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Full text of "L'Ouvrier"

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186f — 1862 




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L'OUVRIER 



JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRE 



pliîes, — Causeries, — llisloire, — Lillmlttre. — Bomaas el S&uvellei — Poésie. — Scbncei. — \»]ajes, elc. 



ir ANNÉE 




PARIS 

àU BUREAU DC JOURNAL L'OUVRIER i LIBRAIRIE DE BLtBIOT 'F fl-ÉRÇa 

S5, quai de» Grandg-Auguslina , 5iS ;!» -' « -^% 



18 6 2 



Angerii Iinp, Bi:rdiîw bt C'S ru» Stlnl^Laud, 63, 



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the;new ych;k 
PUBLlCLlBRARi 

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astor, lehox and 
tjlden foundations 



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e«iituneB la N« 
eoarante. 



(10 



centime! 1« N* \ 
aunéei échati. ) 



S" \. 



4 mai 1801. 



L'OUVRIER 

mrnal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



DMIWISTRATION : 

pL des Grand&-Augu8tiiis, 
blibxùrie de BLÉÈIOT, 
A PARIS. 



SOMMAIRE. 

A QUOI BON. par rnnd dp Lfpranc. - AVIS AT3X ABONNES. - CE 
QU C'EST QU'UN CURÉ, par Louis V itiil«»t. ^ LmE VIEI.LA D, i nr 
l .Ubè I.B IlMKL'iLLi. — NANETTE AUX CHAMPS. - CHRONIQUE IN- 
DUHTRIELLE. par Eugène PÉNkL. 



ABONrfEMENTS D'OIT A« 

A partir da 1®' de A^m mm : 

Frakci 9 mm 

QciB d'Asie. • •• 

États- Ums de l'AméiuqobdoNoIi». • T •• 
GoLONUs rr autres pats D'ovTBB-aau S 91^ 




NANETTE AUX CHAMPS, tableau de M. Fanart, à rexposilion de Besançon. (1860.) 



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l'ouvnip.u 



A QUOI BON» 



Encore un Journal !.,* tont pis, tant mieux!... que voulez- 
vous?. . . plus on est de fou^, [>lus on rit. — Mais il y en a déjà 
frenle-six; c'est benuro^ip,loaucouptrop!! — Tant pis; vous 
en miTQz désormais trentc^-sepl. Bon, honnête et sagace pu- 

tlic, réjouts-loi! 

Et pourpoi se plainrlrait-on? Ne vivons-nous pas dans le 
siècle des lumitros? Quel toraps plus que le nôtre mérita 
cû litre?... Remonfoîç lo eours des âges, et trouvez — je 
TOUS m déflo — nnei époqTie oîi Ton ait barbouillé tant de 
popier. Quel siècle vit jamais une telle dépense d'encre 
noire?,,. Oui, ce siî^c.le osl le siècle des lumières. A nous la 
gloire d'avoir Inventé la lumière du gaz, la lumière phos- 
phorique, la lumière électrique,... et bien d'autres choses, 
qui nous mèTioraient trop loin. 

Arrière donc ! arrière ! c^elui qui nous regarderait de tra- 
r«rs. Arrière les obscuran Listes ! arrière les routiniers ! ar- 
rière les éteignoirs ! vive la lumière et le progrès!!... 

Mais quelle est votre couleur, votre nuance? — nous de- 
mandera quelque indiscret. A cela nous répondons, sans 
détour, que dos nuances c f des couleurs nous ne disputons 
pas* Et qu'importe , je vous le demande ? Les couleurs ne 
sont que des couleurs. Laissons cela aux artistes peintres et 
aux peintres sans art , et à certains journalistes-compères , 
(suit dit outre nous), marchands de couleurs. 

Prenez noie do ceci r Jamais , au grand jamais , nous ne 
aacrifiorons le fond à la forme, — et si le fond de nos idées 
00 vous va pas, tant pis, camarades, — mes camarades, tant 
pis!!,.. 

Nous nous donnons la peine d'écrire pour les gens sérieux. 
Hous faisons appel à la réflexion, à la froide raison, au bon 
MHS philosopîiique et pratique. Nous n'acceptons pas d'a- 
vance les préjugés reçus. Nous voulons, en écrivant, conser- 
wer la liberté de notre jugement et de nos idées ; nous ne nous 
mcIiDorons que devant la vérité et l'autorité légitime. Nous 
ne prenons pas rengagement — qu'on le sache bien — de 
penser comme tout le monde ; et lors même qu'un million 
de lecteurs applaufliraîeot à des inepties , à des sottises , nous 
nous réservons le droit de ne pas faire chorus... nous n'ai- 
mom pas ces gros rires... c'est affaire de goût et de carac- 
tère. ^ — Cela vous convient-il? Tant mieux, cette feuille fera 
son chemin, elle courra le monde, et bon voyage! petit jour- 
nal — S'il on est autrement, voyez quel dommage! vous 

aurez perdu vos cinq centimes. Mais nous, profondément 
blessés de vous avoir déplu ^ nous marcherons néanmoins, 
eous marcherons en avant,- la tête haute , et le cœur tou- 
jours dévoué aux intérêts de la classe ouvrière et souffrante. 
Nous avons bien des choses à dire , bien des questions à 
flûulever. Pourquoi les laisser dormir? — Nous voulons 
combler un vide. Cimarades, j'ai lu les journaux avec atten- 
tion et voici ce que j'ai trop souvent remarqué : on s'occupe 
do tout, excepté de vous. Des phrases, des commérages, 
des niaiseries , des idées fausses , téméraires , tout cela ne 
manque pas. On écrit pour le bon et aimable bourgeois, qui 
so contente de cela ei qui paie l'abonnement. Mais lequel de 
ces journaux si populaires se préoccupe exclusivement de 



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l'ouvrier? Qu'on me dise son nom? Qu'a-t-îl fait pour le 
classe souffrante? quelles améliorations a-t-il cherchéfij 
avec persévérance et dévouement? 

La politique! me diront-ils, est notre grande affaire. Eb 
bien I moi je vous dis que la politique n'est pas tout. (Test 
bon pour vous, gros matadors, qui tirerez toujours votre 
épingle du jeu. Voilà certes à vos Seigneuries un agréable 
et lucratif passe-temps ! A l'ouvrier, il faut autre chose. An 
lieu de crier contre le Pape et les prêtres , messieurs les 
journalistes , daignez jeter un regard sur la 'classe qui souf- 
tre; croyez-vous donc que tout ici soit pour le mieux? Vous 
qui vous occupez tant des affaires extérieures, ne prenez- 
vous aucun souci de celles de l'intérieur? Que de quess 
tiens pourtant à éclaircjr : concurrence, salaires, chômage, 
état sanitaire, moral, religieux, maisons de retraite, etc., etc. 

L'étude de toutes ces questions , voilà, camarades, le but 
que nous nous proposons. Nous nous dévouons au triomphe 
de toutes les idées utiles à l'ouvrier dans l'ordre physique , 
dans l'ordre moral et intellectuel, dans l'ordre scientiGquo, 
philosophique , religieux. Assez d'autres écriront pour le 
candide bourgeois. Écrivez , messieurs , écrivez , votre 
temps vous est payé, grassement payé !!... Et Je vôtre, mo 
dira-t-on? — Le nôtre? Nous le donnons, nous ne le ven- 
dons pas. 

Wous n'avons p int la prétention de vous imposer notre 
manière de voir, et nous vous déclarons, chers camarades, 
que nous ouvrons gratuitement les colonnes do notre jour- 
nal à tout ouvrier intelligent et expérimenté, qui jugera k 
propos de communiquer à ses frères une idée de perfection- 
nement ou d'amélioration applicable à la classe ouvrièrq '. 

C'est tout ce que nous avions à vous dire. A l'œuvre, on 
connaîtra V Ouvrier. \ous nous jugerez vous-mêmes en toute 
liberté, et de bonne foi. — Si notre parole vous est utile et 
sympathique, nous nous réjouirons d'avoir fait une oeuvre 
de véritable fraternité chrétienne, qui ne restera pas sans 
récompense , nous l'espérons. Mais nous vous le déclarons 
en finissant , nous jouerons cartes sur table. Nous vous par- 
lerons carrément, et, sans faillir, nous défendrons la vérité 
en philosophie comme en religion, dans les questions indus- 
trielles comme dans les questions sociales... 

Caudibe Lb Franc. 

* Adresser franco, au bureau du journal, chez M. Blériot, libraire, 
quai des Granda-Augustins , no 55. 



AVIS AUX ABONNÉS. 



Le second numéro de VOuvrier contiendra un article dû d la plnme 
si populaire de Msr DE Ségur, et intitulé : Comment on devient 
révolutionnaire ; comment on cesse de l'être. — Nous publie-* 
rons aussi très-prochainement : Un grand homme , par Louis VsinL- 
LOT. — Le Bijoutier du fanbourg Saint-Martin, par M. Tabbé 
Arnault. — Deux Moines du XIII* siècle, par Em. Keller» 
député au Corps législatif. — Les Orages de la Mère noire , par le 
Vto DE Kersollon. — André Bmloy , l'apprenti , par Clément 
d'Elbhe. — Un an de vie ou La nuit aux merveilles , par Jean 
Lagaune. — Le mouvement populsôcf ia^ les Croisades, par 
EuG. PÉNEL, etc., etc. 



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L'OUVRIEU. 



CB ODE C'EST OU'UN ClIRfi. 



Durant Tété de 1846, ma trouvant en vacances à vingt 
lieues de Paris, j'entendis parler avec admiration du euro do 

M , village peu éloigné du château que j'habitais. Sans 

tucune fortune personnelle , ce bon euro avait rebâti son 
église et fondé plusieurs beaux établissements de chanté. 
On racontait mille traits aimables de sa persévérance et do 
sa confiance en Dieu. Jo ne Jea rapporte pas : U n'y a guère 
de diocèse oh Ton ne voie pareille chose. Quel calholiquo 
no connaît au moins un curé bâtisseur d'égliso» fondateur 
d'hospice et d'écoles, embarrassé de ses ouvriers, do ses 
pauvres , de ses dettes , ayant cinquante , soixante , quatre- 
vingt mille francs à payer, et nul autre caissier que la Pro- 
vidence ? Ma curiosité noan moins ne laissait pas d'être fort 
^xcit au sujet du curé de M...,, Déjà jo songeais à lui 
ren<N-e visite, lorsque certains indices me donnèrent lieu de 
crn.re qu'il était mon compatriote , et que je pourrais re- 
t'ouver par lui un apai d'enfance que j^avais entièrument 
f.ordu de vue, à mon grand regret. 

Je partis un beau matin , mon fusil sous le bras , et je me 

dirigeai à travers champs du côté du M , dont jo vis, 

après trois à quatre heures de marche, le clocher neuf s'éle- 
ver à quelque distance au miliou dos bois» Le site était 
agréable; je m'assis, pour en jouir à mon aise , sur un tertre 
ombragé de noyers. Mais mon repos fut court : dos clameurs 
mêlées d'aboiements troublèrent tout à coup le silooco pro- 
fond de la campagne. Je me levai , et j'aperçus , dans un 
chemin creux . un homme vêtu de noir, qui cherchait à se 
défendre de deux gros chiens lancés après lui. Plus loin, un 
^^roupe de jeunes gars, quelques-uns assez grands, pous- 
i soient les clameurs que j'avais entendues. Ils ne retenaient 
Iripas les chiens , ils les excitaient au contraire ; et en même 
nemps ils jetaient des pierres à co malheureux homme, qui 
I «e retirait seul devant eux. Je courus à son secours. C'était 
lui prêtre. Les jeunes paysans criaient ; Coac I coac ! au 
loup : au corbeau ! coac I coac! 
L /'arrivais à temps : les piorros tombaient sur le prêtre, 
" oi ies chiens avaient déjà emporté un lambeau de sa soula- 
ne)}e. Transporté d'indigoalion , je mis en joue cette mau- 
: vsiise bande. Je crois que dans ma colère j'aurais fait feu^ 
h«lii moins sur les chiens. Le pr*^tro, me voyant prendre si 
nrivement son parti , m'enlaça dans ses bras , plus effrayé de 
Hiioî que de ses agresseurs. Mais ceux-ci se soucièrent peu 
Bi 'on gager un combat où leur artillerie n'aurait pas valu la 
Plnienne; ils disparurent comme une volée de moineaux. 

Rassuré contre toute évenlualilé de collision , le prêtre m© 
■ieDdit la main avec un sourire plein de candeur et de bonté. 
W — Ben^dictus qui venit in nomim Dûmini\ mo dil-iL J'al- 
avoir grand besoin de vous. Monsieur.,., mais vous êtes 
peu trop vif. 
Je ne répondis pas à sa cordialité; je m 'aperçus qu'il avaii 
e joue en sang. 

•— Les misérables vous ont blessé ! m'écriai-je. 
— *-Non, non, répondit-tl; les pauvres enfants ne m'ont 

Béni soit celui aui vient «u nom du Seigneur. 



fait aucun mal. Je mo serai écorehé par maladresse en tra-\ 
versant quelque haie. 

— Venez avec moi , monsieur TAbbé, poursuivis-je, tout 
échaulTé encore. Vous ne devez pas laisser outrager votre 
personne- Jo verrai le Mi^ire, et je ferai ^.hâtier ces garne- 
ments. Plusieurs sont asso£ âgés pour répondre de leur mé- 
chanceté. 

^ Ah ! que me proposez-vous? Quand nous allons quel- 
que partj c'est pour porter la miséricorde, non le cliAiuiienL 
Vous ne gagneriez rien d'ailleurs à vous plaindre; personne, 
dans le village, ne trouverait mauvais qu'on assommât un 
prêtre;... surtout moi* 

Je regardai de nouveau le prêtre. Il était assez grand, un 
peu maigre et fa ligue. Ses traits offraient un tel mélange de 
gravité et do simplicité, il y avait tant de rides sur son front 
dégarni, et tant d'innocence dans ses yeux et dans son sou- 
rire, qu'on ne pouvait gu^re préciser son âge; mais cela ne 
devait pus s'éloigner beaucoup de la cinquantaine. Qu'un tel 
homme fût hm, môme hahiiié d'une soutane , c'était ce 
qu'on ne pouvait comprendre en le voyant. Je lui demandai 
ce qu'il avait fait à ces paysans pour exciter ainsi leur 
fureur. 

— Pas grand'chose, me ré pondit-il ^ toujours souriant; pas 
fP'and'cbose , car |e ne suis pas leur curé. Ils ont des jalou- 
sies contre ma paroisse , et ils m'accusent de vouloir les 
rendre dévots; en au#i ils ne se trompent guère. Ils croieni 
aussi que je leur Jette des maléfices , pour me venger de la 
résistance qu'ils opposent à mes désirs. S'ils perdent un 
mouton ou une vache , si une geléo ou une grêle leur fait 
du tort, cela vient de moi. Ils m'ont infailliblement vu, coa- 
jurant te ciel contre eux du haut de mon clocher^ leur en- 
voyer l'orage et retenir la pluie* 

— ^Mais ce sont des sauvages? 

— ^Des sauvages, voilà le mol? autrement ils ne aéraient 
point mauvais. Hélas î nous devons nous frapper la poitrine, 
nous autres prêtres, quand l'esprit des peuples tombe en ces 
profondes ténèbres; car c*est notre faute. Cette pardîa^è 
était gâtée, d^s avant !a Révolution. Le curé, riche et scep- 
tique, se faisait aimor et mépriser en négligeant ses dRVOÎrs, 
Il avait sommeillé durant la pair, il apostasia misérablemenl 
à l'heure du péril; et le mystère de la colère divine lui 
laissa longtemps le poste qu'il livrait à l'ennemi. Lorsqu'il 
mourut , sans se repentir , le christianisme avait déjà péri 
dans son tfoupeau : il n'y testait plus que des superstitions 
et des vices. Los prêtres qui succédèrent à ce curé, ou furent 
chfissés, ou cédèrent au mal, désormais victorieux. Ils eurent 
des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne point cn- 
tondre, des pieds et point de mouvement, une langue et point 
de paroles. Non dnmabiifU in gutitire suo*. Trop heureuit 
d'acheter au moins la paix par de tels sacrifices T Mais quels 
fruits espérer de cette paix de la mort? Non mortui lauda- 
^mt te , Domine^/ 

— Sed nos qui virimiîs^, ajoulai-je en serrant avec une ten- 
dresse respectueuse le bras du bon prêtre. 

Il me jeta un regard ravi. 

— Est-ce à un vrai chrétien que je parle? Mon brave dé- 

*■ Aucun cri n& sortira de leur bouche. 

* Ce ne seront point les morts qui vous loueront , Seigneur I 

* Mai/ tious , qui vivons. 



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L'OUVRIER. 



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fenseiiT 0sl41 do ceux qui mtent? 

— Ouï, monsieur TAbbé; c'est un enfanl de l'Église qui 
TOUS a tiré de la main dos mécréaTits. 

Sot ce mot, nouvolle explosion de joie naïve. 

— Certes, s'écria le bonhommei nequeirrideantmeinimici 
Mei/ Qu'on ne m'insulte plus î je suis en mesure de soutenir 
le combat,.. Mais puisque vous êtes chrétien, mon cher mon- 
sieur, vous comprendrez pourquoi ces pauvres gens me dé- 
testent Ils me font, à leur manière, la guerre qu'on nous 
fait plus ou moins partout. J'ai parlé contre les cabarets, 
eoBtro le travail du dimanche, contre les mauvaises lec- 
luros, contre ravarice. Holas ! J'ai parle a peu près contre 
tout ce qu'ils font et contre tout ce qu'ils aiment , 
et ils m'ont pris en aversion. Ce n'est pas uniquement 
leur faute. Livrés à ouK-mÈmes, ils me toléreraient peut- 
être; mais le Maire fait un peu l'usure; l'Adjoint tient 
Okbaret, le Maître d'école vend des almanachs ; ce sont les 
grandes influences du lieu, et elles forment l'esprit public. 
Sn mitre, j'ai empêché quelques filles de ma paroisse d'é- 
fouser certains philosophes de celle-ci. Je ne pouvais faire 
ftulrement, puisque fêlais consulté ; mais ils n'entrent point 
dans ces considoralions-la : Frenduerunt super me dentibus 
mis*. Tous onsomlile se sont coalisés contre moi, si bien que 
je ne m'aventure jamais par ici sans recevoir des pierres. 
Je vous assure qu'il faudrait de graves raisons pour m'y 
feire venir de nuit. En dépil de ma sorcellerie, je pourrais 
attraper quelque mauvais coup. 

— Mais, monsieur le Curé, comment vous exposez-vous à 
les rencontrer, même de jour î 

— Que voulez-vous ? 11 faut pourtant que je les habitue à 
me voir! D'ailleurs, cette fois il m'ont joué un tour. J'ai la 
confiance d'une bonne vieille de leur village; ils m'ont lait 
dire qu'elle ctail malade , et quelle me demandait insiam- 
menL Je ne m'y Oais pas. Néanmoins, la chose pouvait ôlro 
Trmte; et puis je mo suis dit : Ma démarche leur prouvera 
du moins qu'un prôtro n'hésite pas à remplir son devoir; et. 
Il c'est un piège qu'ils mo tendon t, ils comprendront peut- 
être que je tie suis pas sorcier. Ils m'attraperont , mais j'at- 
traperai le diable. N'est-ce pas? Me voilà parti. Je ren- 
contre plusieurs jeunes gens sur la route, et cependant point 
d'offenses ; mauvais signe) Je passe devant l'école, et je 
m'aperçois qu'on mo guette : bon, je suis pris I J'étais déjà 
lôr de ne pas trouver ma maîade , et j'apprends en effet 
qu'elle est aux champs. J'en Ire à Téglise, pour prier la sainte 
Vierge de m'accorder sa proteclion. Elle n'y manque pas. 
Une petite filte (pauvre petit ange!) vient rdder autour de 
moi, s'approche» me dit tout bas de m'en retourner par les 
fignes, et so sauve. Voyez! même dans ce méchant en- 
droit, il y a encore de la charité. Mais moi , tout en médi- 
tant sur cette adorable Providence , qui se réserve partout 
des cœurs afin d'y asseoir son doux empire, j'oublie Taver- 
tissement. J'ouvre mon bréviaire , et je prends par distrac- 
tion le chemin accoutumé. Une embuscade des enfants de 
racole m'y altendait, en punition de ma sottise. Ils m'ont 
•nvîronné tout-à-coup, poussant des cris, excitant leurs 
chiens, lançant des pierres : Circmndederunt ine siculapes*. 
Ah î c'est qu'ils ne plaisantaient pas ! Heureusement la 

* Ils griacetii des dents cou Ire moi. 

* lia m'ont envirûnné , comme un c£»aim d*abeiUeB. 



sainte Vierge, qui voulait seulement me donner une 1«çqi 
de mémoire, vous avait mis en sentinelle pour les empêcher 
d'aller trop loin. Une petite peur et une égratignure, c'est 
payer peu le plaisir de rencontrer un bon chrétien sur cett« 
terre infidèle. 

— J'admire votre charité, monsieur TAbbé; néanmoins je 
ne me console pas d^ n'avoir pu allonger les oreilles d'un de 
ces garnements. J'avoue que j'aimerais à rencontrer h 
Maître d'école, pour corriger sur sa personne tous ses éco- 
liers à la fois. 

— Bah ! bah ! non sciunl quid fuciunt *. Mais vonlez-vous 
absolument que je me venge ? Ne perdez pas tout espoir. Je 
finirai bien par trouver le moyen de morigéner le grand 
ennemi que j'ai parmi ces gens-là, et qui n'est autre que le 
prince de ce monde. Ils ont fait partir leur curé le mois 
dernier : un pauvre séminariste, qui tremblait d'être assas* 
sine, et qu'ils avaient enfermé comme un lépreux dans son 
presbytère. Je leur en donnerai un autre de ma main. Je 
lésai étudiés, je sais ce qu'il leur faut, et je tiens leur 
homme : un véritable saint, un apôtre à qui la sainte Vierge 
accorde tout ce qu'il veut ! Il les aimera tant, qu'il fera des 
miracles, ou il mourra; et alors ce sera sa mémoire qui fera 
les miracles , et ils se convertiront sur son tombeau. La 
tombe aussi est éloquente et fait ses œuvres. Comment! 
l'Ëvangiie dompte les anthropophages de l'Océanie , et ces 
sauvages-ci, qui sont baptisés après tout, résisteraient à la 
charité d'un vrai prêtre ? Mais un prêtre , mon cher mon- 
sieur, un prêtre, c'est notre Seigneur Jésus-Christ, ce même 
Jésus qui, montrant les chemins de la Galilée, a dit : De en 
pierres, je puis faire les enfants d'Abraham. Il y a déjà là uoo 
bonne lemme aimant et servant Dieu; elle est seule, aver 
quelques petites filles peut-être. Vous pensez que ce n'est 
rien, n'est-ce pas? Eh bien! c'est tout ce qu'il faut. Avaal 
quinze ans, ils auront école de Frères, école de Sœurs, 
confrérie, et le reste; ils iront presque tous à la messe dani 
leur église rebâtie, et ils demanderont un vicaire, parc^ 
que le curé, réduit à se croiser aujourd'hui les bras dans 
cette jachère immense , ne pourra plus suffire à la moissoii«. 
Voilà ce que je vous promets , puisque vous êtes vindi- 
catif, j 

— Dieu vous exauce , monsieur le Curé ! Vos vœux sont 
plus chrétiens que ma colère, et vous êtes meilleur prophète 
que moi. ^ 

— Mon cher monsieur, le don de prophétie , que l'EspriJ 
répandait autrefois indistinctement sur les fidèles , est aui 
jourd'hui le partage des saints : tout me manque pour ed 
être gratifié. Mais celui qui voit un pommier longtemp^ 
stérile fleurir enfin au printemps, sera-t-il prophète poui 
annoncer que l'arbre n'est pas mogrt, et donnera bientôt dei 
fruits? Le peuple dont nous parlons est cet arbre; un^ 
pauvre vieille branche a reverdi, quelques petites fleurs y son 
ccloscs : voilà le signe : je le connais , ce n'est pus la pre^ 
mière fois que je l'observe; et j'^altends fermement la visita 
de Celui qui apparut à la Pécheresse sous la figure d'ui 
jardinier. 

Nous avions fait un assez long chemin; le prêtre s'eil 
aperçut. 

— Je vous délourne pcul-ôire? dit-il. Si nous n'allons pa^ 



* Ils ne savent ce qu'il:» font. 

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L'OUVRTEB. 



da m^m© cAléi permellez-moî de tous remercier de la pro- 
tection que vous m'avez donnée. Je suis mainlenant hors 
de danger. Vous voyez celte croix neuve : c'est rentrée de 
oies terres, et, grâce à Dieu, je n'y manque pas d'amis- 

— Je crois, dis-jo , Monsieur, que nous ferons plus long* 
lenips route ensemble. Je vais à M...*. 

— Eh î s'écria-t-il , Dieu soit loué! il me fait aujourd'hui 
grâces sur grâce?i- Je suis le curé de M...,* 

— Je m'en doutais, répondis-^je. 

— Sans indiscrélion , poursuivit le bon prêtre , puis-je 
fous demander chez qui vous allez, à M.,,*,? 

— ^ Je vais vous voir^ monsieur le Cure. 

— Bmedicamiis Domino f Soyez mille fois le bien-venu , 
mon cher défenseur- Le curé de M..... n'est pas riche , et 

, son presbytère n'est pas grand; mais on y peut encore eier- 
cer la sainte hospitalité. 

— J'en irofiterai, monsieur le Curé, Permettez-moi de 
vous dire qui je suis. 

Je me nommai à la façon des héros d'Homère : Un tel, 
fils d'an toi. Au nom de mon grand -père maternel, il ouvrit 
. des yeux émerveillés; au nom de mon village, il m'^em- 
I fErassa. 

— ^Mais nous sommes pays^ s'écria-t-îl , et même il ne 

> lient qu'à nous de nous croire parents. Je suis du Gàtinais 

' aussi ; ma mère est , comme la vôlre , de Boynes , oîi tout le 

monde est cousin. Que le bon Dieu soit béni ! ce jour-ci esï 

I DU jour de clémence , hœc dies qtiam fecit Dominus * . 

— Je possède peut-être un titre de plus à votre bienveil- 
loBcei J'ai été longtemps l'ami très-intime d'un excellent 
Jeune homme qui, je crois, est votre neveu. 

Le Curé me prit les deux mains , les serra fortement , et 

tfiie regarda quelques mcments en silence, avec une exprès- 
'itfoii de tendresse et de douleur dont je fus trouble. 

— ^ Hélas, me dit-it enfin, je n'ai eu d'aulre neveu que 
l.aurent-Pierre* Est-ce de lui que vous voulez pailler ? Il est 
-mort, le pauvre cher enfant! Il est mort ici, bien triste- 
fnent, bien malheureusement*»* M»is non ; non, sa mort n'a 

pas été triste et malheureuse , car elle a été chrétienne 

Aliî cher compatriote, quel souvenir vous réveillez dans 
mo^ cœur! vous l'avez donc connu, vous l'avez donc aimé, 
Gii doux Laurent ? Il était devenu un homme parfait , plein 
«le bonté, plein de piété... Oui 1 ils Font laissé mourir,., à 
■^use de moi*** ! Tenez , je vous demande pardon, ne par- 
PfUfts plus de lui en ee moment. Ce soir ou demain , après la 
îinle messû, nous irons prier sur sa tombe. Nous y trou- 
verons peut-être quelque chose de cette ineffable paix dont 
it jouit éternellement, je l'espî^re et je le crois , dans le sein 
du Dieu de miséricorde. 

La voix du bon curé était tremblante , ses yeux se rem- 
pn»?îaîent de larmes, son visage avait pâli. Je n'osai le ques- 
iTfMiner sur Tépoquo et sur les circonstances de cette mort^ 
tliiTii il parlait avec une émotion si dilTérento de son calme 
itiituoL J'attendis qu'il renouât l'entretien; et, devinant 
qu*il priait, je récitai moi-même quelques prières pour rârae 
do mon ami. {Petite philosophie*} 

Louis y £0 IL LOT* 

jt C^ ^^*^ ^^ prochain numéro, } 

• dêl le Seigneur qui nous l'a préparé. 



LE YIEILLARD 



ironfBLLB, 



Au moîs d'octobre 1814 , j'arrivais à Paris, hîen }BxmB 
encore. Les personnes à qui mes parents avaient confié ma 
jeunesse inexpérimentée, me conduisirent rue Joquelel, rue 
bien étroite alors , et m'inslallferenl dans un modeste h^teL 
tenu par un brave colonel , glorieux débris de nos vieilles 
armées. 

n y avait dans cet hôtel des hommes de tout âge et de 
toute province , Tbabitude était de se réunir le soir dans 
un© salle commune oîi régnait la plus entière liberté. Les 
nus, fatigués des courses de la journée, se reposaient éten- 
dus dans! de bons fauteuils ; les autres , sans se décourager 
de l'inutilité des démarches de la veille ^ préparaient des 
démarches nouvelles pour le lendemain ; ceux-ci parlaient 
de belles choses qu'ils avaient vues , ceux-là des lettres 
qu'ils avaient reçues de leurs familles; c'était un pêle-mMe 
de déceptions , de critiques , d'admiration , d'espérances et 
de projets. 

Dans un coin obscur de la salle , trois jeunes geos, fraî- 
chement arrivés du pays ^ s'entretenaient de leur avenir el 
du but qu'ils se proposaient d'atteindre. Tous trois, hh:n 
portants et alertes , voyaient leurs rêves de ^mbats et de 
gloire se dissiper en même temps que les guerres de l'Em- 
pire se terminaient et ils agitaient entre eux la grande ques- 
tion du choix d'une carrière. Celui qui avait pris la parole 
le premier , et qu'on reconnaissait pour un enfant du Midi , 
moins encore à son accent qu'à sa vivacité et à sa pétulance, 
disait aux autres : « Puisque la gloire est détrônée, la ri- 
chesse va prendre sa place; sous l'Empire , j'aurais voulu 
devenir un héros ; à présent , je veux être riche et je le de- 
viendrai , car l'homme est maître de sa destinée. Ounnd il 
a du caraclèro, il peut toujours ce qu'il veut résolument. 
Je continuerai mon état de bijoutier jusqu'à ce que je sacbej 
bien parer les articles de Paris , puis je vendra» la petite 
maison et la pelîta vigne que mon p^^e m'a laissées ©t je 
m'établirai, La boutique sera petite d'abord , mais je suis 
joli garçon, j'ai de Fcspril, j'épouserai une femme riche, 
je risquerai beaucoup parce que je me sens heureux i je 
gagnerai, je m'enrichirai; je serai électeur, député » je 
réussirai. » 

— « Tu ne réussiras pas , jeune ambitieux , dit une voix 
grave avec solennité, » 

tVous nous retournâmes tous ver.s l'interrupteur » c'était 
un vieillard h longue barbe blanche, enveloppé dans un 
large manteau brun et qui se chauffait comme de coutume , 
la ir^tc inclinée vers le foyer. Cet homme demeurait depuis 
longtemps dans Thôlel ; on ne lui connaissait pas d'aulre 

* M Tabbê Le Dreuille , doat ta parole aimable et sympa dii^ue 
sVsl riil entendre , pendant plus de qui me ans» dans ks réunions lei 
plus popukiri^s de Paris, afait composé plusif^urs nouvelles demeu- 
rfc inédit es Nous son imcs henremt d'avoir obtena de safMmilliVsw 
torisatjon de les térè connaître I nos lecteurs. 



y 



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L'OUVRIER. 



^ occupation que celle de se promener par la ville , de se mê- 
ler aux foules , d'écouler et d'observer. Tous les jours il ve- 
nait s'asseoir à b iijiime place, ne prenant part à la con- 
versa tiDn que fort raremonl et par des monosyllabes , ou 
encore , plus rarement , par des sentences. 

— <c Otï'û^t-cc quQ vous nous dites donc, vieux? » s'é- 
cria lo jeune gascon , arrôlé au milieu de sa période de for- 
tune 

— «Je dis que lu ne réussiras pas. » 

Puis le vimlbrd baissa la lôle et rentra dans son silence. 

— a Je suis assez do Tavis du vieux prophète , dit le 
second des jeunes gens , car pour nous enrichir il faut que 
d'autres se tmdent. Tous à peu près voudront ce que tu 
veux, et, pour un qui arrivera au but vainqueur, il y en aura 
millfe d' écrasés dans la bagarre. Je ne veux pas jouer ainsi 
ajon bonheur h un contre mille ; j'ai déjà réfléchi, ce n'est 
pas la fortune que j'ambitionne , moi : c'est encore plus 
cbanceux que Id victoire, te plus brave périt avant le triom- 
phe ; moi , jo ne vcus que ce qui dépend de moi. » 

Le vieillard regarda fixement le nouvel inlerlocureur, qui 
cuntinoa : 

ti Le plaisir , voilà mon but ! Je suis de la Touraine,- et , 
dans mon beau pays, tout invite à jouir de la vie. Le plai- 
sir n*est pas chose rare comme l'argent; on ne se le dispute 
pas , on se le communique ; tout le procure , le donne ou le 
juirmel ; une belle journée , la ville , la campagne , la lec- 
ture, la conversation, les bals, les spectacles, les dîners, le 
coin du feu... Vive le plaisir! il y en a partout, pour tous 
les goûts , tous les lieux , Iqus les âges. » 

Le vieillard^'agitait sur son siège. 

« Mes parents m^ont donné l'état de cordonnier , je le 
quitte. Le bel élat que celui oîi il faut travailler courbé en 
deux , depuis cinq heures du matin jusqu'à onze heures du 
soir , à force de bras , sans quitter son escabelle , sans pren- 
dre l'air , sans autre espérance que d'-oblenir , quand l'âge 
viendra , une mauvaise porlo d'allée où la lumière ne pé- 
nètre pas plus que le bon air , pour tirer le cordon à toute 
minute, répondre à loul venant, les lunettes sur le nez , la 
di^uilcîle allumée en plein midi , le teint hâve , les joues 
creuses, parfumé de goudron et de vieux cuir, toujours aux 
^eds et aux ordres de tout le monde, balayant à se donner 
une Jf. digestion de poussière , lavant à grande eau jusqu'au 
sixième étage; ne pouvant sortir le dimanche, encore moins 
le kudi.. . Non , je ne veux pas rester cordonnier! J'ai appris 
le dessin » j'aimt^ la peinture ■ je serai peintre en bâtiments , 
eu décors , en lettres , je retiens la pratique pour tous tes 
enjolivamenis. Je te feraidcs bois dont on n'a pas l'idée , des 
le f 1res qu'on ne saurait lire . des images aont les modèles 
n'ont jamais existé ! Toujours en l'air comme les oiseaux , 
enivré de solctt , causeur, chantant à tous les échos des ap- 
paricments vicies, passant des lambris dorés à la mansarde , 
de la campaji^ne à la ville ; ne sachant la veille où Ton tra- 
vaillera demam; toujours nouveaux compagnons et nouvelles 
figures; des bienvenues à tous les coins de rue , des tables 
servies è toutes les carrières, des connaissances à tous les 
étapes et de bonnes journées , toujours! » 

— « Quand on travaille , murmuri le vieillard. » 

^ a nah ! Ton travaille toujours. 11 y a quatre termes 
éans Tanuée » des devantures et des enseignes à toutes les 
ÉOuUquGS I dos vitres à toutes les crcisées. L'on vit si peu 



de temps et de si peu de chose ! Je ne m© mariera! pti , 
pour n'avoir à ma charge ni femme ni enfants ; je serai 
gueux comme un peintre et heureux comme un roi. » 

— « Gueux et misérable , oui ! dit le vieillard en se le- 
vant , heureux et bien portant , non , jeune étourdi. 9 

Il allait sortir, quand il aperçut le troisième des jeunes 
gens, qui ne disait mot et qui paraissait réfléchir. 

— « El toi, mon jeune breton, qu'est-ce que tu pro- 
jettes? » 

— te Moi , répondit l'enfant embarrassé , je sais déjà pas- 
sablement l'état de charron , je viens apprendre Tétai de 
menuisier -ébéniste, puis je retournerai dans mon pays , où 
je cultiverai notre petit champ , et oîi j'épouserai ma cou- 
sine qui m'est promise. J'aurai soin de mes parents quand 
ils seront vieux; j'élèverai de mon mieux mes enfants, si 
Dieu m'en envoie , et je serai le soutien de ma famille , 
comme c'est la coutume de tout bon breton et le devoir de 
tout bon chrétien. » 

— « Et la richesse, y penses-tu? » reprit le vieillard. 

— te Mes parents n'ont pas besoin de cela pour être ho- 
norés et heureux, j» ' 

— « Et les plaisirs ? » 

— « Les plaisirs! on en a beaucoup en Bretagne. Je me 
promènerai lentement avec mon père; je causerai douce- 
ment avec ma mère ; je regarderai ma femme ; j'embrasse- 
rai mes enfants ; je verrai se finir mes meubles , mes char- 
rues; grandir mon peu de blé ou d'avoine, et, si j'ai quelque || 
peine ou misère, je me recommanderai au bon Dieu , comme 
c'est la coutume de tout bon breton , et le devoir de toul bon 
chrétien. » 

— « Bien , dit le vieillard , bien , mon fils , viens que je 
t'embrasse; viens, quoiqu'il se fasse tard, je vais le con- 
duire chez un brave menuisier-ébéni^e de mes amis , et le 
recommander à lui. » 

Et il sortit avec le jeune homme , sans même regarder h- 
deux autres. 

— « Ah bah ! dirent-ils , c'est un jeune niais el un vieux 
radoteur. » 

— « Vive la fortune! » fit l'un. 

— « Vive le plaisir ! » fit l'autre. 

Et ils s'en allèrent tout riants, se mettre au lÀ. Ils révè- 
rent pendant le sommeil , celui-ci de monceaux d'or , celui- 
là de belles fêtes, y 



J'ai revu ces jours derniers le vieillard devenu presqui 
centenaire. Je lui ai rappelé cette soirée de la rue Joquelet, 
et lui ai demandé s'il savait quelque chose des trois jeunes 
gens. 

— « Oui, me dit-il. Le bijoutier, devenu marchand , au- 
rait très-bien réussi, s'il n'avait voulu être*qu*un honnête bi 
joulier ; mais il a voulu être riche , et il en est à sa sixièmt 
banqueroute, ce qui pourrait bien le conduire aux galères , 
qu'il n'a pas volées. Sa lemme? il l'a ruinée. Ses enfants? I 
il va les laisser sans pain et sans honneur. 

» Le peintre est mort misérable et poitrinaire , il y 
quelques années, à THôlel-Dieu, pour avoir gaspillé beau 
ûoup de talent et abusé de tous les plaisirs. La nature Ta 
vait doué merveilleusement, il ne lui a manqué tout© sa vi 
que Tamour du devoir. 



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*i^" 



L0UVR1ER. 



« Le breton a fait ce qu'il avait dit. Retourné dans sa 
Bretagne, il vit au milieu de sa famille. Des richt^ssrs? il 
n'en a pas, mais il ne manque de rien. Des plaisirs? il en 
prend beaucoup de ceux qui ne ruinent ni la santé , ni la 
bourse , ni la conscience. Quant aux devoirs , il les reT^plU 
tous avec exactitude et simplicité; travaillant à son cbnnip , 
quand c'est la saison ; aimant ses vieux parents ; rondant sa 
fonune heureuse ; élevant ses enfants selon Dieu , comme 
c'est la coutume de tout bon breton et le devoir de loul bon 
chrétien. » 

Le vieillard s'en allait après ces paroles , je l'arrôtai , lui 
disant : « Je voudrais bien connaître votre pays cl voire 
nom? » 

— « Eh ! qu'importe , me répondit-il , avec quelque 
douce vivacité. Mon pays , c'est le monde , et j'ai nom 

rEXPÉHIENCE. » 

L'abbé Le Dreuilli. 



NANETTE AUX GUASIPS. 



En publiant un journal illustré , Tadministration de VOumer ne pou- 
vait consentir à suivre la voie malheureuse ouverte par les iiulrcg 
joitmaux du mcme genre. Nous reproduirons les plus belles toiks de 
nos salons et expositions de peintures, ou des planches gravé«5s spi?- 
cialcment pour notre texte; mais nous voulons oflrir à nos lerlcurs 
des œuvres aussi parfaites sous le rapport de Tart que scrupukusf?s au 
point de vue de la moralité. Le tableau de M. Fanart , Nancfte aux 
Champi, si admiré à la dernière exposition de Besançon, est, sons 
ce double rapport , parfaitement digne de figurer en tête de noire 
galerie populaire. Tout le monde admirera avec quel sentimenl exquis 
de la nature, Tartiste a su éclairer ceUe lisière de bois, où il groupe 
avec tant de bonheur ces vaches, ces moutons, ces chèvres, tout k 
petit troupeau qui précède ou sdit joyeusement la bergère malinale. 
Il était difficile d'unir plus d'art à plus de simplicité. 



1 



CHRONIQUE INDUSTRIELLE. 



Los villageoises de mon pays ont une singulière habi- 
tude : qmnd frllcs vont à la ville vendre leurs œufs , elles 
ont griT-.d soin do mettre au fond de leur panier, les plas 
pelils, — lo^ œufs de pouilleltes, comme on dit, — les moin£ 
frais, ot ceux que déjà les poules ont commencé à couver ; 
quant aux plus gros ot aux plus frais, elles en font de véri- 
tables Irompe^Vœil, qui, placés à la surface, séduisnnt, par 
leur belle apparence, les ménagères en quête do provisions, 
Ce^pelit procédé, qui a pour but de tromper le client sur lo 
qualité de la marchandise vendue, doit offrir, du moins au 
rcMjdeur, de bien grands avantages, à côté de rinconvLinicjil 
>crie\ix de péclicr contre la probité, car je le vois aujourd'hui 
:çôncralcmcnl employé , môme dans le commerce des loltrcs. 
Combien d'où leurs vendent bien cher de gros livres dont les 
premières pages seulement méritent d'être lues? Heureux 
2iicore l'acheteur quand le titre de Touvragc no constitue 
pas à lui seul toute la valeur de l'œuvre ! Combien do gezc- 
tieirs, après avoir écrit quelques lignes plus ou moins utiles 
i. leurs lecteurs, remplissent de banalités et do riens la re.slc 
ifts paaes qu'il leur faut livrer au public ? 



Hh bien ! TOtirHer n'a pas voulu ïenr ressembler. Ses ré- 
dacteurs no vondonl ni des œufs, ni des iïvtqs, et de tous les 
produits qu'ils vous oiïrcut, amt Incleur, il n'en est aucun 
qu'ils aient besoin de cacher dcrTière les autres, car lous 
ont également pour raison d'ôlro le dnsir sérieux do vous 
être agréatilemenl utiles ou utilement ngréntilcs. Voiîà pour- 
quoi ils ont voulu que la dernière page de votre journal fût 
aussi intéressante que la première; voilà pourquoi jo suis 
aussi fier do former la marcbe dans ce cortège d'amis qui 
viennent aujourd'iiui vous faire leur première visite ^ que je 
le serais d'être à leur lête» 

Le litje do cet article vous dit asscK, d'ailleurs, quel rôle 
je dois remplir près de vous^ en même temps qu'il m'assure 
de votre attention. 

Lo soldat belliqueux aime le cliquetis des armes , lc« 
bruits de guerre, les récits do combats; rouvrier infolligont 
et laborieux doit aimer A entendre parler des ateliers ah if 
travaille, des outils dont il use, des marbines qu'il dirige, 
désœuvrés qu'il réalise. Et, puisque j'ai prononcé le mol 
de machines, n'y a-t-il pas dans Fin vas ion toujours crois- 
sante de ces forces aveugles qui tendent A supplanter rou- 
vrier, pour augmenter la somme des produits en centupla nî 
la puis^nce productrico, n'j a-l-il pas, dis-jc," en cela un 
motif de pl^ pour l'ouvrier de r ulliver son jntelligenco et 
do s'instruire? Eli quoi I Thomme se lûissera-t-il totairmeîii 
siq^pléer par un méicanismo que la vapeur mtt en moïive- 
ment? L'ouvrier, réduit le plus souvent du rôïe facile dp 
surveiller une machine qui ne peut faire mal ce qu'elle faiU 
ne voudra- t-il pas so relever a ses pro[ires yelix en se ren- 
dant compte des instruments qu*il emploie et des nméh^ora- 
tiens qu'on y apperlo ? iN'est-ro pas peur lui le seul moyen 
de s'intéresser encore à ses occupations de chaque jour et de 
combattre efficacement l'ennui et le dé;:îoôt, inévitables con- 
séquences d'un travail auquel F intelligence a trop peu de 
part. 

Ce n'est pas à dire pour cela que nous ne parlerons irf 
que de macbines et 4o rouages. Dieu nous en garde ! nous 
relaterons au contraire toutes les découvertes, tous les pei^ 
feutionnements, à quelque brancbe d'industrie qu'ils se rap-^ 
portent; nous n'exceptons que les découvertes réclamant, 
pour être comprises , des études spéciales et des connais- 
sances particulières. Aussi, pour peu quo je fusse charlatan, 
quelle magnifique occasion j'aurais îci de vanter ma mar- 
chandise ! tf Accourez tous , m'écricrais-je , accourez; tuus ! 
» car vraiment, oui vraiment, j'ai à vous parler à tous. 
» Qu'ôtes-vous? orfèvre? bijoutier? éni a illeur? horloger? 
n graveur? tapissier? doreur? lithographe? imprimeur? 
» carrossier? confiseur? liquoriste? teinturier? paii^iier? 
« ouvrier en métaux? peintre d'art? peintre en bélimcnts? 
ïî photographe? cirier? fabricant d'objets d'art? dlnslru- 
H ments de précision? d'instruments de musique? mcnïïi^ 
a sicr? cordonnier? sculpteur?,,, peu m'importe, vous C^te^ 
M le bienvenu- C'est pour vous que j'écris; aujourd'hui ou 
i> demain, je vous entretiendrai de votre état. Etes- vous ou- 
fl vrier des champs? Vous avez droit aux premières places 
» dans mon auditoire , vous qui fécondez de vos sueurs le 
» sillon d'où me vient la vie. Etes-vlSus femme ? êtes-vous 
" enfant? Qu'à cela ne tienne. J'aurai, je J'espère, de 
H quoi intéresser, quelquefois du moiiiSt les dames et les 
9 enfants, m 



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-^7^ 



^•OL'VRlBtt. 



Voilé cû que je pourrais dire, mais, sans allonger davan- 
tage mon préambule, j*arrive à la revue de ce qui s*est fait 
de nouveau , depuis quelque temps , dans le monde indus- 
triel. Du charlatan, je ne veux me payer qu*une fantaisie , 
celle de commencer ma représentation par la musique. 

Ea&surez-vous : ce n'esl ni le sourd retentissement de la 
grosso caisse, ni Taigre fausset de la clarinette que vous 
allez entendre, mais ud instrument de nouvelle invention, 
le lUhophone de M. Bordas. Lithophone... ce mot, tout ré- 
cemment inventé comme l'objet qu'il désigne, signiûe «son, 
voix, musique de pierre », et ce mot est littéralement vrai. 
Voyez plutâtp M« Bordas , se promenant un jour dans son 
jardin, frappa, par manière de distraction, un silex qui se 
trouvait — je ne sais pourquoi ni comment — attaché à une 
corde et suspendu en Taîr* La pierre résonna sous le coup. 
M. Bordas, étonné de la pureté du son, se dit que sans doule, 
puisque ce silex donnait une note aussi claire et aussi vi- 
brante, d'autres silex rendraient un son également pur, mais 
de ton ditTérent, suivant leur grosseur, leur longueur et leur 
position* Pourquoi ne parviendrait-on pas dès lors à créer 
une gamme , à former un clavier avec des pierres, comme on 
ïornie un clavier de métal ou de Lois? M. Bordas a passé 
dix ans à chercher ce clavier» mais il l'a enfin trouvé, et il a 
pu , il y a quelques semaines , faire entendre son lithophone 
dans une soirée musicale , à la salle Molière. « Ce qu'il y a 
de plus curieîix, dit un auditeur, c'est que M. Bordas n'est 
pas mu&icien et qu'il joue très^bien de son instrument. » 

Un autre ipventeur, qui est musicien lui, quoique en dise 
son nom, M. Baudet, fabricant à Paris, a été couronne à 
rExposition de Besançon « à la Qn de l'année dernière, pour 
d'importantes améliorations apporlces à V orgue expressif à 
anches libres. Ces améliorations consistent en quatre choses : 
un double levier placé entre les genoux, pour restreindre ou 
augmenter, à volonté et sans le secours des mains, la sono- 
rité des anches libres; une pédale pour ouvrir ou fermer 
Vexpreuion / un système qui permet d'appliquer le trémolo à 
tous les jeux; enfin, un balancier à veAt placé derrière l'or- 
gue et destiné à remplacer au besoin le jeu des soufflets 
alliacés sous les pieds. 

Si vous n'êtes sensible, ami lecteur, ni aux premiers ac- 
cf'nts du lithophone faisant son entrée dans le monde, ni aux 
harmonieux accords de l'orgue expressif à anches libres, eh 
bien ! pour vous punir, j© vous ferai entendre le sifQet stri- 
dent de la locomotive. 

Jusqu'ici les chemins de fer n'avaient servi qu'à franchir 
des distances relativement considérables, leur établissement 
nécessitant des travaux longs et dispendieux , dont on ne 
pouvait compenser les désavantages que par l'importance 
des résultats obtenus au double point de vue du temps et de 
la quantité des transports* M. Préelin, charron- forgeron , 
rient d'inventer un chemin de fer mobile , que l'on place et 
Bnlève à volonté, et qui consiste en des portions de voie fer- 
fée, si Je puis ainsi parler, assez semblables à des portions 
d'éclielje s'ajustant les unes à la suite des autres. Il suffit 
d'une heure pour établir ou pour enlever la voie sur une 
longueur de cent mètres. Ce cbemin de fer mobile a été 
^ dernièrement expérimcaté sur le marché aux fourrages de * 
Compiègne et a fort satisfait les spectateurs. On conçoit en 
eQet que ce système puisse être utilisé od certaines circuns- 
laiiûti. Un riche cultivateur, par exemple, pourrait au besoin 



établir une communication provisoire entre ses granges et 
ses champs, afin d*opérer plus vite la rentrée d'une moisson 
à laquelle la pluie serait funeste. H pourrait surtout en user 
au commencement de Thiver, lorsqu'il lui faudrait, faute da 
ce moyen, transporter ses engrais par des chemins imprati- 
cables, oîi les chevaux se fatiguent outre-mesure et DÏi Tob 
perd souvent un temps précieux À débarrasser les chariots 
embourbés. N*est-il pas à craindre seulement que le chemin 
de fer mobile ne soit lui-même, pour longtemps encore cl 
pour beaucoup de monde, grâce à son prix élevé, un chemin 
impraticable? 

Mais ce se sont pas seulement les chemins de fer qu'on 
perfectionne de nos jours. Un des plus grands génies du XYII* 
siècle, Pascal, avait inventé la brovMU et Ton se persuadait 
généralement que ce modeste et utile véhicule demeurerait 
pour le grand homme le char de la gloire. Mais bah! k 
gloire n'est qu'un mot et son char est sujet à verser. Cest 
ce que vient de démontrer un certain M. Boulenger, de 
Paris, — il n'y a qu'un Parisien pour avoir cette audace. 
Essayez en effet de soulever les brancards ou mancherons 
d'une brouette ordmaire, bien chargée; vous serez obligé 
de faire un effort assez sensible pour 1^ mettre en mouve- 
ment, puis un effort aussi considérable pour la maintenir en 
équilibre pendant la marche. Voulez-vous la décharger? 
Nouvel effort pour l'incliner ; et, de quelque cdté que vous 
la fassiez verser, la roue et l'un des pieds porteront à faux, 
d'oïl il résultera qu'à chaque ébranlement pour faire tomber 
le contenu, les différentes pièces tendront à se disjoindre. 
Voici comment M. Boulenger pare à tous ces inconvénients. 
Sa brouette a deux roues, dont les moyeux, prolongés sui 
l'essieu , en forme de cônes tronqués , sont libres sur leur 
axe , ce qui leur permet de tourner avec des vitesses inéga- 
les, quand la brouette décrit une courbe. Les brancards et le . 
fond ou plancher se prolongent en avant , bien au-delà da 
l'axe des roues , et se relèvent en quart de cercle ; de cette 
manière , lorsque la brouette , chargée , est soulevée par les 
mancherons, la verticale du centre de gravité du poids total 
passe par l'axe et l'équilibre est assuré. Là cambrure du fond 
fait effet de bascule, quand il s'agit de vider la brouette , ce 
qui a toujours lieu par l'avant , et sans secousse , la forma 
même du plancher l'obligeant à se décharger d'un seul coup. 

J'aurais encore bien des choses à vous dire, chers lecteurs; 
malheureusement j'ai donné trop de place à mon discours 
d'ouverture. J'aurais voulu vous entretenir dès aujourd'hui 
d'un appareil de M. Comte destiné à rendre moins fréquents 
les accidents qui résultent de la transmission du mouvement 
par les courroies , dans les machines à vapeur; — des procé- 
dés nouveaux de M. Hardy-Péchenart, pour la fab,ri cation : 
des charnières et des ^ches, qui sont d'un si fréquent usage 
dans l'industrie ; — de plusieurs améliorations apportée! 
dans les appareils photographiques, etc., etc.; — j'aurai» 
voulu donner aux ouvriers des campagnes quelques détails- 
intéressants sur l'origine et la nature du guano , cet engràic 
exotique dont l'Usage est déjà si répandu; mais je ne puM 
qu'adresser à tous ce mot peu aimable : Au prochain 
numéro I 

ËfJGÈNB PÉNEL. 



Ani^erB , imp. de Laine frère*. Tue Saint-Laud, 9. 



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10 



centimes le iVomërot 



«^ 2. 



il mal i861«. 



m 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis^ 



ADMINISTRATION: 

fS. quii des Graods-Augustins » 

ft la Uhidïih de BLÊaiOT. 

A PARIS. 



SOMMAIRE. 



■^■■srs?^ 



PAiiiii!K '%v PORTicn, par Ecg. Pénbl.- comiBirT oiv dbtibivt 

nÉYOLlTIOI«!%AinK, par Mpr dp. SÉGim -€« QIJK C'ESIT QU'HIV CDnÉ 

nr Lorii Vir no-. — iw» onA>&:» OK i.A MKUK KOinc, par Jba» 
f.OVSKAU - MiaiO.^IQlJE ITVUV'ftTniBr.n.K, parËlckXi! Vr\el. 



ABONNEMENTS : 

A partir du l*» de chaque mois.. 
6 l!r. pour un an. 



PARLEZ 



an 



PORTlEni 



Tel est le ti« 
tre d'an char* 
mjDt tablcaudd 
M. Rousseau, 
copie pur M. 
OOCOURT. Et 
▼o)'cz la mina 
intcressiinle de 
ce portier d'un i 
nouveau genrci 
Gravement as- 
sis sur le seuil | 
d'où il doit sur* 
veiller les en- 
tréeF> DC scm- 
ble-t-il pas «*:lre 
loul entier pé- 
nétré des dc- 
Toirs de sa 
charge? 11 y a 
aor 80P ^ f'*'^nl 
vu fjrmiveuieiu [ 
de sourcils, >l 
5 a danrson re- 
gard Toilé par 




PARLEZ AU PORTIER! 



ront vite appris 
qu'il laut avant 
tout parler au 
portier. Ne le 
croyez pas ce- 
pendant plus 
méchant qu'il 
ne Test en réa- 
lité. Si ses poils 
sont hélasses, 
e*est plutôt 
par nccessild 
de position 
que par m au* 
Tais carac- 
tère. Gomment 
foulcz-vous 
qu'on soit tou- 
jours pompon- *• 
ne, frisé, par- 
iumé, quand 
on habite un 
trou obscur, 
dont le balai 
est un des prin- 
cipaux orne- 
ments? Discret 
d'ailleurs et 
peu bavard, 
comme on le 
devine i la fa« 



les loDgs poils de ses grosses joues , une fixité qui indiquent com- 
bien il prend sa consigne au sérieux. Essayez de forcer le passage, et 
les sourds murmures de Caniche et Texhibition de ses crocs vous au- 



çon dont il serre les lèvres» monsieur Caniche en remontrerait sur es 
point, je pense, à bien des portiers d'une autre espèca. ^ 

Euatrai PiNBi. " 



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^- 



10 



L'OUVRIER. 



GOMIHEIVT ON DEVIENT RËVOLVTIONKAIRE. 



Cela coïmneBce souvent de très-bonne heure. 

Voyez -vous ec marmot qru bal sa mère? c'est un révolu- 
tionnaire qui lote. A cinq ans , il fait tapage ati logis et im- 
pose ses mille caprires à son père oi à sa mère; c'est un 
révoliitionnairo on iK'rbe, Écolier , il se moque de ses 
maîtres, déchire ses livres, monte tous les mauvais coups ; 
^révolulioimaire faisant son stage. Apprenti, il se façonne 
au vice; il insulte les prêtres qui Font préparé à sa première 
communion, les bons Frères auxquels il doit son éducation 
gratuite; — révolutionnaire qui prend ses degrés. Ouvrier, 
il s'insurge contre son patron , lit et commente le Siècle , se 
plaint du gouvernement, entre dans les sociétés secrètes, 
demande la république , fêle ]e lundi , jamais le dimanche, 
et au besoin fait des petites jonmées comme celles de Juin 
1848; — révolîilionnaire émancipé, 

Et voilà le révolutionnaire en blouse. 

Le révolutionnaire en paletot et en habit est , an collège» 
un vaurien indiscipliné; bien avant Tâge, ses mœurs sont 
corrompues; il organise les révoUes et se fait metlre à la 
porte; de lycée en lycée, il arrive à Fadolescence , déjà 
roué, s^ns foi , ambitieujt et déterminé; il est démocrate, 
sans savoir ce que c'est; et sMl sait quelque peu barbouiller 
du papier, il fait des articles de journaux ; — révolutionnaire 
émérite* 

Il fait des pièces ou des brochures; si sa prose surnage, 
s'il prend de Tinfluence , de deux choses Tune : ou bien, il 
attraj^e uue place, un emploi lucratif , et le voilà homme 
d'ordre; ou bien il n*airrap© rien, et alors il conspire, bien 
décidé, si le coup réussit et qu'il arrive jamais au pouvoir, 
à faire main-basse sur la fortune publique; — révolulion- 
naire p^rand homme, père de la liberté. 

En résumé , on devient révolutionnaire en s'habituant à 
irejeler rautorité,rautorité patemolle, rautorité religieuse, 
râutorilé politique; la goûl de la révolte se développe d'an- 
née en année , et , 5ous le souDde du dénion, on devient sou- 
vent un véritable scélérat. 



m 



mmmi m cesse DtTitE rëvolutioi^njuiis. 



I au fon* 



En allant à confesse ; il n'jr a P^'^ d'autre moyen. 

La Révolution, c'est la révolte, f-'est l'orgueil, c'est le pé- 
ché; la confession , et, avec elle., U très-douce et très-sainte 
C5ommunion, c'est rbumble soumission de l'homme à son 
Créateur, c*est l'amour, c'est l'i pure lé, c'est l'ordre. 

J'ai connu un de ces bienh^^ireux convertis du camp ré- 
volutionnaire; il s*était livré à tous les excès de la révolte 
àû Vôsprit et du cœur; il avait rejeté TÉgliso comme une 
Vieillerie malfaisante , rautorité comme un joug avilissant ; 
représentant du peuple et siégeant à la Montagne, il avait 
rêvé je ne sais quelle régénération sociale. Honnête homme 
au fond, cependant, et sincère û.m^ ses égarements, il vit 



bientôt s'ouvrir devant lui des abîmes qu'il n*ayait pas 
soupçonnés. Il vil de près les révolutionnaires et leurs pro- 
jets et leurs œuvres; il prit l'impiété révolutionnaire sur le 
fait...; et rejeté dans le bien par Texcès même du mal, il 
tendit ses bras désespérés vers cette Église qu'il avait mé- 
connue ; il se repentit , il examina , il crut , et déposa Aux 
pieds du prêtre, avec le fardeau do ses péchés, les affreuses 
livrées de l'impiété, n y a de cela bientôt dix ans. D a 
trouvé la paix et le bonheur ; il fait autour de lui un bien 
immense, se dévouant au service de Jâsts-CHRiST avec une 
sainte ardeur. 

Combien de nobles cœurs, parmi les gens qui ne sont pas 
chrétiens, cherchent, sans pouvoir les trouver, cette paix et 
ce bonheur l Les aspirations de leur âme ne seront satis- 
faites que lorsqu'ils se soumettront au joug bienheureux du 
Sauveur, et lorsque, devant de vrais catholiques, ils expéri- 
menteront la puissance divine de la parole évangélique : 
« Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui travaillez, 
w et je vous soulagerai ; Prenez mon joug sur vous, et ap- 
lê prenez <le moi que je suis doux et humble de cœur; et 
» vous trouverez le repos de vos âmes. » 

f L* G, DB Ségub. 



CE OUE C'EST OU'UN CURB 



Nons approchions de M , qui me parut un village assez 

considérable , et mieux tenu que ne le sont ordinairement 
ceux de la contrée. A une portée de fusil des premières 
maisons, sur un petit calvaire en maçonnerie , s'élevait une 
croix de pierre assez belle. Une religieuse y était à genoux^ 
entourée de quinze ou vingt [^otites filles. Toutes ensemble 
chantaient, avec beaucoup do netteté et de mesure, l'O 
crux, avef Le Curé salua la croix, la Religieuse et les en- 
fanls, 

— C'est , me dit- il , noire petite école qui va faire la pro- 
menade du jeudi. Si nous étions arrivés au village par l'autre 
entrée, nous aurions rencontré un Frère avec sa bande de 
garçons* Avant de partir pour la promenade, ils chantent 
VAve^ mam Stella, devant une statue de la sainte Vierge, 

— Je pense, dis-je, que ceux-là ne jettent point de pierres 
au Curé ? 

— ^Ils n'en jettent plus, grâce à Dieu ; mais ce n'est pas 
sans peine qu'ils en ont perdu l'habitnde* Ils étaient pour le 
moins aussi attachés à cette coutume que nos amis de îâ- 
bas, et même je dois dire à leur honneur qu'ils visaient 
beaucoup mieux, 

— Ainsi, monsieur le Curé, vous avez été lapidé? 

— Mainte et mainte fois... mais, hélas! toujours en homrfv^ 
qui ne mérite point le martyre. Je n'en ai pas moins choi;: 
saint Etienne pour un de nos patrons. Nous visiterons* toi 
à rheure sa chapelle i quelques-unes des pierres jetées su 
moi tiennent leur place dans la muraille , et presque toutet 
y ont été placées par les mains qui les avaient lancées. Vou^ 
voyez que je suis croyable, quand je dis que les fleura aç 
Eoncent les fruits, fai passé ici trois longues, bien lon^ui 



Voif te n° de l'Ouviier du 4 ïP*i. 



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Si^m" 



L'OUVRIER. 



Il 



années, avant de voir non pas une fleur éclore , mais un 
faible bouton poindre sur Tarbre que j'arrosais de mes 
sueurs et de mes larmes. Cette paroisse était plus hostile , 
plus perdue encore que celle d*oti nous venons. Ah ! que 
Dieu est puissant ! qu'il est bon I que sa miséricorde est 
grande 1 

Nous étions dans la principale rue du vUlage. Les habi- 
tants saluaient le curé d'une façon cordiale ; les petits en- 
fants accouraient pour lui demander une caresse. 

Nous passâmes devant Tauberge dont renseigne toute 
neuve représentait les Trois Mages, ces antiques patrons du 
voyageur, qui ont découvert le nouvel homme et le nouveau 
monde. L'hâte, assis sur le seuil, se leva, et tira d*une main 
sa pipe, de l'autre son bonnet de coton. Je savais quelle est 
l'importance d'un aubergiste, et je félicitai le Curé d'en être 
aux politesses avec un si gros personnage. 

— n est plus gros encore que vous ne le voyez, me dit le 
Curé. Ce fut longtemps mon adversaire acharné. Il parlait 
contre moi dans le conseil municipal , lorsque je n'y avais 
que des amis. Je l'ai fait nommer maire , et il est dev/^nu 
révéque du dehors. Aujourd'hui , nous en sommes aux 
présents. C'est moi qui lui ai donné son enseigne, et, ce 
que personne ne voulait croire, il m'a fait cadeau d'un 
beau ciboire d'argent. Depuis qu'il est maire , il ferme 
son cabaret les dimanches et les fêtes , à l'heure des 
oCQces. 

— Je commence à soupçonner que vous faites des mi- 
racles, monsieur le Curé. 

— Non; mais Celui qui les fait ne les refuse pas à Tinûr- 
œité de son serviteur. Sa charité supplée à mon impuis- 
sance. Quelquefois il m'inspire les actions et les paroles 
nécessaires; presque toujours il opère par lui-même : je 
viens pour essayer encore de tourner un obstacle que je 
n'ai pu ni vaincre, ni ébranler, ni esquiver;, et l'obstacle 
n'existe plus. 

Je fus chargé, poursuivit-il, de cette paroisse, après la 
révolution de Juillet. Mon prédécesseur avait été pillé et 
chassé outrageusement. C'était un de mes amis. Il vint me 
trouver au grand séminaire, où je professais la philosophie. 
Après m*avoir raconté ses travaux , ses fatigues , ses dou- 
leurs, il me confia que, ne pouvant rentrer dans sa paroisse, 
il se proposait de partir pour les missions. En l'écoutant, 
j'eus honte de ma vie , jusque alors si douce ; je conçus le 
dessein de partir avec lui : Eamm et nos^. Mais notfe évêque 

• nous déclara qu'il ne voulait pas du môme coup se priver 

, Je deux prêtres utiles , et qu'il entendait premièrement me 

garder. «Quant à vous, dit-il à l'ancien curé de M , je 

ne vous donnerai Veoceat qu'après vous avoir remplacé dans 

_ votre cure. Mais à qui iraposerai-je une semblable croix ? 
f!onnaissez-vous quelqu'un qui la puisse porter? — Oui, 
Honsi^igneur, répondit mon ami; et c'est ce bien-aimé frère, 
qui demande à prendre comme moi le fardeau de l'apostolat. 
— ^ Qu'en dites- vous, mon cher Professeur , me dit le bon 

. érêque. Consentez-vous d'aller féconder cette mission ? Elle 

. t|^ aussi méritoire qu'une autre. » 

Je fus moins épouvanté que je ne l'aurais cru , et je ré- 
pondis à Monseigneur en renouvelant à ses pieds le vœu 
d'obéissance de mon ordination. Il me bénit, non sans ver- 



«£| 



f partons! 



ser des larmes. Voilà comment jo devins curé de M..... Je 
f(?rmai mes livres, j'abandonnai mon heoreusc celltile ila 
séminaire, et j'arrivai, rempli d'csporanco et do terreur. On 
me reçut Ires-mal, et il avait été question de ne pas me re- 
cevoir du tout. Cependant je pus m'installer, moyennant xm 
charivari qui se renouvela tous les soirs à peu près, par per- 
mission des Aulorilés , pendant un mois. Un dos plus îMès 
tapageurs était le seul homme de la paroisse qui consentît à 
me parler, mon propre sacri&taîn, espriuforl, et ivrogne 
achevé* J'aurais aussi vainement essayé de le pimir que do 
le convertir. Si je Tavais chassé, personne n'eût consenli à 
le remplacer, et il m'aurait à son tour chassé le lendemain. 
Je voulus plusieurs fois rendre visite au Maire : ce maj^islrat 
mo ferma constamment sa porte. Je vous laisse à penser ce 
que faisait Tlnstiluteur communal/Le reste de la populalion, 
encouragé par ces exemples, me prodiguait les mauvais trai- 
tements. Les petits enfants me poursuivaient de leurs çrl^» 
les grands me jetaient des pierres; les pauvres mffrne ne 
me savaient aucun gré des aumônes quo jo leur faisais. V 
peine daignuienl-ils m'écouler dans le moment que je leur 
donnais mon pain. Quand j^étais forcé de passer devant lo 
cabaret, je voyais toujours quelque pauvre môle 4 ceuï qui 
chantaient les refrains satiriques composés contre le Cur*3 
par les beaux esprits du village : In me pmîlebant qui bibr- 
baîU vinum*. 

Je ne pouvais rien espérer de mes sermons : personne no 
venait à Tégiise, Le dimanche, comme les autres jours, je 
célébrais les Saints Mystères dans une solitude absolue. 
Cette pauvre église faisait peine à voir : Teau coulait par lo 
toit rompu, rUumidito verdissait les dalles ; rédiiîcc entier 
menaçait ruine, et le sacristain me disait avec raison que la 
voûte Qnirait par mo tomber sur le dos, J*avais queiqu:es 
économies ; je les consacrai à faire réparer la principaln 
fenêtre du chûeur. Ce travail coûteux fut achevé la veille de 
la Toussaint, Jo savais que ce jour-là et le lendemain, jour 
des Morts, en vertu d'une coutume pîus superstitieuse que 
dévote^ presque tout le monde assisterait aui offices , et y^ 
pensais qu'on me tiendrait quelque compte de mon cadenn, 
Lorsque j'entrai dans Téglise, les débris de ma belle fenêtre 
jonchaient te sanctuaire , et les pierres dont on s'était seiTi 
pour la détruire couvraient TaulcL Ce spectacHe me navra. 
Je tombai à genoux et je pleurai ; des rires moque lu^s n*- 
pondirent âmes gémissemculs. Néanmoins, après avoir tant 
bien que mal réparé le dégât, jo fis sonner la messe. On vint 
en foule, hélas ! pour jouir de ma douleur et pour me tairo 
un nouvel outrage. Dès que je fus en chaire, chacun se tt-va 
et sortit, au signal du 5Iaire et de Tlnstituteur, « Ant^te?:! 
leur criai-jo, emporté par un mouvement que je ne pus 
dompter, et qui les retint immobiles. Plusieurs do vous onl, 
cette nuit mdme, insulté cotte église , qui est la maison de 
Dieu. Dieu les a vus. Dieu les coonatt : qu'ils fassent périi- 
tence , car Dieu s'appréle à les punir* » Ils haussèrcmt les 
épauïcs et quitti^rent le lieu saint, m'y laissant presque seul, 
après m'a voir fait si durement comprendre qu'ils voulait»^* 
refuser toujours de m' écouter. Recevez l'aveu d'une faul*^ 
que je commis alors : mon évoque m'en a sévèrement re- 
pris, et je la TCgrellerai toujours. J'étais outré; j'oî^ai 4iv 
mander à Dieu de venger lui-même sa cause : S^it-ge, ei ja- 



^ Ib m'insultiicnt dans leurs clianâoas, en s^eoivnnt de lui, 
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• -"^ 



rOUVRIBft. 



diea mmam tuam. Je ne fus que trop écoule. En huit jours, 
deui des principaux déprédateurs faillirent se tuer, et res- 
tèrent infirmes. On se souvint do mes menaces, on em peur, 
on m'insulta moins; mais je commençai de passer pour sor- 
cier, et je ne fus pas moins haï. Le châliment do ces deux 
misérables, qui refusèrent obslinémcnt mes consolations, 
m^épouvania plus qu'eux-mêmes. Aux nouvelles difficultés 
qui m'entourèreut, et à mes propres remords , je sentis que 
Dieu ne m'avait pas envoyé pour maudire : Nonin arcu meo 
sperabo; ei gktdius meus non sahabil mê ^ 

Je ne confiais qu'à mon évêqu© loutes mes douleurs. Elles 
étaient telles que Je craignais de défaillir. Le bon prélat me 
réconfortait : « Ne désespérez jamais do la miséricorde , me 
disait-il. Si vous aviez été en mission, croiriez- vous n'avoir 
rien fait pour le salut des sauvages , durant tout le temps 
que vous auriez passé sur ïa mer ? Les heures employées à 
apprendre leur langue, eussent-elles été dos heures per- 
dues? En vérité, toutes vos peines, toutes vos larmes, toutes 
les peines et les larmes de vos prédécesseurs sont des grains 
précieux déposés dans cette terre : elle ne les étouffera 
point. » 

Il me bénissait, je sentais renaître mon espérance; mais 
les germes annoncés ne paraissaient pas. Fui de tous comme 
un pestiféré, je n'essayais rien qui n'avortât misérablement, 
ou qui ne tournât contre moi. 

Je voulus donner quelques soins, quelques médicaments à 
des malades pauvres, si abandonnés de tout le monde qu'ils 
avaient consenti à me recevoir : le médecin et f apothicaire 
du canton me menacèrent d'un procès. Je voulus donner des 
leçons à des jeunes garçons assez inlelligcnts : le Maître 
d*école me dénonça , je ne sais quel inspecteur me fit con- 
damner à l'amende; et mes élèves, m'ayunt quitté, m'insul- 
tèrent, pour se faire pardonner d'avoir été mes amis. On 
niû signala au chef-lieu, on m'appela un prôtre remuant, on 
so plaignit de moi à riïvùque, et le Procureur du Roi me 
signifia rudement d'avoir à respecter les lois de fÉtat. 

Que vous dirai-je? Cela dura trois ans, mon Dieu, 
quelles années! Prosterné dans mon église déserte, je con- 
jurais Dieu de se laisser toucher. Dieu semblait aussi insen- 
sible à mes larmes quo la pierre ou elles tombaient. U 
m'écoutait cependant , il faisait son travail dans les cœurs ; 
mais je n'en voyais rien* 

A cette époque, un grand malheur m'atteignit : ma sœur 
unique mourut. Elle laissa deux orphelins : Laurent-Pierre, 
votre ami, et une fille de dix-sept ans, nommée Edmonde, 
ma filleule. Cette chère petite voulait so consacrer à Dieu ; 
mais sa faible santé lui commandait d'attendre encore. Elle 
n'avait aucun appui sur la terre. Elle vint ici vivre avec 
moi, ou plutôt elle vint y mourir. 

.- Dans les premiers temps, sa présence parut adoucir ces 
esprits farouches. Elie était douce , avenante , obligeante 
comme la charité ; elle avait mille petits talents , mille pe- 
tites recettes : elle s'attira l'amitié de quelques jeunes per- 
sonnes, el bientôt je pus espérer que par elle un faible rayon 
de la grâce descendrait sut mon infortunée paroisse. Il en 
fut ainsi, en effet; mais à quel prix, grand Dieu !... 

Le Curé s'arrêta, presque aussi ému qu'il l'avait été quel- 

^ Ce ne Bcn jpoînt ûum mon arc qnù je toottrai ma confiance, ni 
pir le gbive que ^'assurerai mon saliU. 



ques instants auparavant , au souvenir de mon ami. 
étions arrivés devant l'église, située sur une place spacieuî] 
plantée do jeunes arbres , et où se voyaient d'assez bell 
maisons. L'édifice était entièrement neuf. Je fus étonné 
ses vastes proportions, et je complimentai sincèremer 
le Curé sur le goût simple de rarchiteclure. Nous en^ 
trames : mon étonnement augmenta. L'autel brillait d'uni^ 
décoration magnifique; tout était propre, ordonné, poli. Uï 
sacristain, que je soupçonnai n'être pas celui dont le Cur<| 
m'avait parlé , époussetait les boiseries avec un air de dé-" 
cence et de piété qui relevait singulièrement ses humbfes 
fonctions. Mais ce qui me fit un plaisir inexprimable, ce fut 
de voir plusieurs femmes en méditation dans la chapelle de 
la sainte Vierge, autour d'un confessionnal, oii le vicaire 
était assis. 

Le Curé, devinant mes pensées, me serra la main , et me 
dit à voix basse : « C'est demain le premier vendredi du 
mois; nous fêtons le Sacré-Coeur. Ce soir, je confesserai les 
hommes. Rendons grâces à Dieu ! » 

C'était un besoin de mon âme. Je m'agenouillai auprès 
de ce vrai serviteur du Christ, et je ne m'aperçus pas si sa 
prière fut longue, car je priai moi-même de l'abondance du 
cœur, comme je voudrais prier toujours. 

n se leva le premier; nous sortîmes. 
. — Voilà, me dit-il avec un vif accent de reconnaissance, 
voilà ce que Dieu sait faire. Cest lui qui a remué ces pier- 
res, au positif comme au figuré. Il a remué les pierres et 
les a disposées dans ce bel ordre, édifiant à la fois parmi 
nous le temple matériel et le temple spirituel. Certes , s'il 
m'est permis de parler comme l'Ecriture , qui fait crier les 
pierres, je puis bien dire que les pierres ont travaillé. Oui, 
mon cher ami , notre église a été bâtie sans plan , sans ar- 
chitecte et sans argent; et pour y voir des chrétiens, je n'ai 
eu qu'à en ouvrir la porte : Qui hdbitare facit sterilem in 
domo , matrem filiorum lœtantem *. Quelle parole puissante 
avais-je adressée aux premiers qui sont venus prier ? Où ai- 
je trouvé les cent mille francs que cette construction nous a 
coûtés? 

— Cent mille francs? m'écriai-je* 

— Cela vous effraie, reprit le Curé ; sachez que ce n'est 
pas la moitié de nos dépenses. Je vous ferai voir notre hô- 
pital et nos écoles qui ont coûté davantage. 

— Mais, dis-je, monsieur le Curé, comment avez-vous pu 
vous engager dans de telles entreprises? 

— Je l'ignore, répondit-il; je n'en ai ni la responsabilité 
ni le mérite. J'ai agi comme ces machines qu'un moteur 
invisible fait marcher, et qui ne savent ce qu'elles font. Ma 
chère petite Edmonde a été la vraie fondatrice de Téglise , 
l'hôpital est en quelque sorte bâti sur la tombe de mon pau- 
vre Laurent... Mais entrons au presbytère. 

La répugnance que le Curé éprouvait à parler de sa nièce 
et de son neveu était trop visible pour que je ne l'eusse pas 
remarquée , et je n'avais assurément nul désir de me faire 
un jeu de sa douleur : cependant l'œuvre de la conversion 
ou plutôt de la résurrection du village paraissait si intime- 
ment attachée à ces deux mémoires , que je souhaitais ar* 
demment de savoir ce qu'il ne me disait pas. Je résolus de 



*■ C'est Dieu qui donne à la femme stérile la joie de voir sa 
se peupler de fils nombreuF 

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/ 



roiîVKiKft: 



» 



le pousser on peu lorsque je le verrais sur ce chapitre, d'oîi 
sa volonté Téloignait sans cesse, mais ou son cœur le ra- 
menait toujours. 

Nous élions au presbytère ; il m'en fit les honneurs. Si le 

curé de M avait remué beaucoup de pierres, ce n'était 

pas pour se mieux loger. La maison , petite et noire, sem- 
blait ne tenir debout qu'en vertu d'un pacte avec les vents. 
Elle se composait de trois pièces au rez-de-chaussée, l'une 
servant de cuisine , l'autre de salle à manger et de parloir ; 
la troisième était chambre à coucher, salon et bibliothèque. 
J'y vis en passant un certain nombre de beaux livres. Le 
Curé me dit qu'il en avait eu davantage , ayant quelquefois 
sacrifié, dans sa jeunesse, au démon de la bouquinerie. 
Mais un jour ses paroissiens , lui attribuant une grêle assez 
forte qui venait de ravager leurs champs , avaient fait inva- 
sion chez lui, et saccagé une partie de son grimoire. « Heu- 
reusement, ajouta-t-il, leur fureur est tombée sur un meuble 
qui renfermait mes livres les plus rares, et c'étaient ceux qui 
ne me servaient pas. 

Au-dessus du rez-de-chaussée , il y avait un grenier et 
deux chambres proprettes. L'une de ces chambres semblait 
meublée pour une femme. On y voyait quelques images de 
piété, un tableau fait à l'aiguille, une table à ouvrage, et 
un lit de fer entouré de rideaux blancs. Mais la pièce était 
assombrie par un vaste auvent placé à l'extérieur, au-dessus 
de l'unique fenêtre. 

— Pourquoi ne faites-vous pas enlever cet auvent ? dis*je 
au Curé; la chambre en serait plus saine et plus claire. 

— Celte chambre, répondit-il, n'est plus habitée : c'est 
celle d'Edmonde. La chère petite a fait elle-même placer 
cet auvent, afin que les pauvres ne fussent pas obligés d'at- 
tendre à la pluie, lorsqu'il n'y avait personne au presbytère 
pour les recevoir. C'était une grande charité de sa part , 
car elle n'aimait rien tant que le grand air et le grand 

, jour. 

I — Combien vous avez dû souffrir, ajoutai-je d'une voix 
1 émue, lorsque Dieu vous priva d'une si douce compagnie, 
et même, si je me rappelle bien ce que vous m'avez dit déjà, 
d'un si précieux secours ! 

—Je vois, répondit le Curé , que vous désirez connaître 
toute l'histoire de mes douleurs. Je vous la raconterai dans 
ce lieu même; je n'en saurais trouver un, à part l'église, où 
je pusse avec plus de consolation et de résignation vous 
faire ce triste récit. Mais vous, mon ami, commandez à votre 
cœur, et ne vous indignez pas contre ceux qui m'ont porté 
des coups parfois si douloureux : N'accusez que l'infirmité 
partout semblable de la nature humaine , lorsqu'elle secoue 
i le joug divin. Songez que je tiens ici la place de Jésus- 
i Christ, persécuté , battu de verges , crucifié; songez que le 
' serviteur coupable n'est pas plus que le maître innocent; et 
enfin souvenez-vous qu'aujourd'hui , comme il y a dix-hwt 
I. siècles, et par toute la terre comme au Calvaire , le fruit du 
^1 salut pend à l'arbre de la croix. Aucun siècle ne s'est écoulé 
L' sans que le monde ait vu des hommes puissants par la force 
^ ou par le génie s'élever à une grande hauteur au-dessus do 
leurs contemporains» les dompter, les enchaîner, leur don- 
ner des lois ou des doctrines. Dans la gloire , dans la pour- 
pre, dans l'empire, tous ces hommes néanmoins sont restes 
• des hommes; le monde qu'ils avaient soumis les a jugôs, et 
toujourSt eu exaltant leur gloire, il les a, par un jnsie un Ci , 



rabaissés au niveau de la nature humaine. C'est à Top* 
probre, c'est au supplice et à la croix que le monde a re- 
connu son Dieu. Mais, je ne crains pas do le dire , va Dieu 
lui-même serait oublié, cette croix auguste se rapetisserait 
au niveau de tant de grandeurs qui oui iVhloui la terre cl 
qu'on ne connaît plus, et l'œuvre du salut serait imparfaite, 
si la très-sainte Trinité, dans les conseils de sa misrricordo 
infinie, n'avait pris soin de donner toujours à la lerro do fi- 
dèles imitateurs de Jésus-Christ. Elle choisit donc des hom- 
mes de bonne volonté, — oui, mon Dieu, d'un peu de bonne 
volonté! — et soutenant leur faiblesse, réparant jour défail- 
lance , pardonnant leur lâcheté , elle tour donne le calice à 
boire et le Calvaire à gravir. Il faut que Tautrage les accom- 
pagne, il faut que la sueur de sang les inonde, il faut qu'ils 
soient attachés au bois , et que le sang et Feau s'échoppent 
de leur flanc ouvert. Alors ils renouvellent Tceuvre de la 
croix, ils ouvrent le ciel au larron et à Thomicide; et ceux 
qui les ont frappés se disent : Vraiment ils nous aimaient ; 
vraiment ils ont pratiqué parmi noua la loi du Dieu qui 
mourut pour racheter le monde ! 

Or, croyez-moi, cher ami de mon pauvre Lnuronl, voua à 
qui je ne craindrai point de montrer mes blessures, croyez- 
moi bien : mon cœur , trop attaché à lui-même , n'a pas 
sans doute autant goûté que Dieu Tauriùt permis les joies 
du sacrifice; mais je les ai suffisamment connues pour pou- 
voir vous dire qu'heureux et bienheureux sont ceux qui por* 
tent la croix. Ils aiment ! Avant de recevoir la vocation du 
sacrifice, ils ont déjà reçu l'amour, ce don de Dieu; rinvin- 
cible amour qui triomphe de la mort ! et le monde conjuré 
ne peut rien contre la félicité de leur âme. Avec ramour, 
ils ont la foi; avec la foi, ils ont l'espérance : et la meilleuro 
part d'eux-mêmes n'est déjà plus sur la terre. Qu'importe 
au voyageur qyi voit le but et qui est sur do Tolteindre, que 
lui importe le chemin où il marche encore? Chaque pas 
qu'il fait n'est qu'un pas de moins à faire» et !o rapproche 
de* son étemel repos. Oui, sûrement, il est blessé, son sang 
coule; mais encore une fois il croit, il espère, il aime, et il 
s'enivre d'un bonheur que toute l'ingratitude des honvniea 
ne peut lui ravir : c'est le bonheur de les aimer et de souf- 
frir pour eux. 

Ma nièce Edmonde, la chère petite , avait rcru du ciel 
cette inappréciable grâce de la charité. Elle connaissait lo 
prix des âmes, et pour en sauver une sculo, dIId aurait 
joyeusement donné sa vie. Des paroles admirables s'échap- 
paient do son cœur , lorsque le soir , dans notre solitude, 
nous causions du bon Dieu. Moi , prêtre , théologien , déjà 
vieux docteur, j'appris d'elle des choses que j'ignorais. Ello 
avait surtout une dévotion parfaite envers la sainlo Vierge, 
patronne des prédestinés; ses entretiens n'étaient qn'un 
commentaire de la parole de saint Bernard , Omnm per 
Mariant^. 

Comme je vous l'ai dit , Edmonde s'était attiré ramitid 
d'un certain nombre de femmes : elle ne tarda pas à le? 
réunir en petite confrérie, et j'eus enfin la joie de voir se 
ou huit personnes à la messe. Avec quel bonheur je sal 
ces prémices si longtemps attendues! Edmonde faisait m 
beaux projets. Elle voyait déjà les femmes m'amonor le 
enfants, les jeunes filles se marier, et convertir leurs épa 



' T.ijI fnr Marie. 



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_.^^, 



lé 



L'OUVRIER. 



a 



Elle voulait que nous réparassions et que nous agrandissions 
Ja chapolie de la sainte Viorge. En attendant, elle travaillait 
jour et nuit pour relever, par quelques ornements, Tindi- 
gence lamentable de ccUe eh ère chapelle. 

Ces agréables rèvcs durèrent peu ; ils étaient prématu- 
rés ; ma pauvre Edmonde n'en devait pas voir Taccomplis- 
sement, ( Peûie phUosoj}hk. ) Louis Vbuillot. 

( La^le tiu prochain numéro. ) 

LES ORifiES SE LA HÈRE NOIRE \ 



Roman. 

CHAPITRE I. 

Dans lequel, entre autres principes d'une hante importance, 
on découvre avec étonn émeut que le hasard n'est autre 
chose qu'un gamin de Paris. 

J'ai toujours pensé qu'il devait être beaucoup plus com- 
mode de lire un livre que de récrire, excepté dans le cas où 
Ton n'aurait fréquenté dans sa jeunesse que l'école buisson- 
nièré. Mais c'est là une exception qui confirme la règle gé- 
nérale, absolument comme le trèfle à quatre feuilles prouve 
que ce végétal n'en doit avoir que trois. 

Je mo hâte de profiler de cette opportunité pomr faire une 
déclaration — soit dit sans calembour — à celles de "mes 
lectrices qui, désirant se marier dans le courant de Tannée, 
s'occuperaient d'herboriser à cette louable intention. Je sou- 
haite sincèrement qu'elles découvrent bientôt un spécimen 
de ce précieux fourrage ; mais les savantes et infatigables 
recherches par moi faites sur cette matière m'ont démontré 
jusqu'à rovidcnce que le trèfle qui pronostique les plus for- 
tunés ménages est celui que L'on cueille dans la plaine des 
Ver lus. 

Après cet avertissement charitable , dont l'effet infaillible 
sera de me concilier les bonnes grâces et les sympathies de 
1(1 plus belle moitié de mon public, il semblera peut-être à 
quelques gens irréfléchis qu'il est convenable d'entrer de 
suite en matière et de mettre immédiatement le lecteur en 
riipport avec la principale héroïne de mon histoire', — car 
c'est bien une histoire que nous écrivons ici comme la suite 
du récit le démontrera aux plus incrédules jusqu'à la der- 
nière évidence. — Les ^gus sérieux au contraire compren- 
drorJ du reste qu'avant de parle» il faut d'abord savoir qui 
parle, de qui Ton parle et à qui l'on parle. 

La Mère noire f — Qu'est-ce que ça veut dire? vont se de- 
manderquclqucs-uns de mes lecteurs. 

Je pourrais de suite satisfaire les curieux, et personne ne 
niera que je sois le maître de répondre comme bon me sem- 
ble ; mais je suis d'une humeur loyale , et , comme j'aime 
qu'on soit franc avec moi , je veux être franc avec les autres. 

' C'est par suite d'un malentendu que , dans notre premier nu- 
îiiurûf nouë avons annoncé les Orages de la Mère noire comme l'œu- 
yrfi propr«^ de M. le Vf de KcrsnUon; notre honorable collaborateur 
n'a fuil f\\m mettre l'orlhugraptie au roman du cordonnier Jean Loy- 
Beau , qui demande â signer lui-même son œuvre. 

k chacun ion bien \ L Note de la Rédaclîon . ) 



{ 



Mesdames et Messieurs, je n'ai ni l'honneur d^êlre conjc 
de vous ni celui de vous connaître, et avant de vous inlr 
duire auprès de mes héros, de ces intéressants personnage 
dont la vie est si remplie d'événements merveilleux et à* 
nislres qu'elle semble un conte des Mille et une Nuits, j'^^ 
prouve le besoin de vous dire qui je suis et de savoir auss 
qui vous êtes. C'est mon droit ; saperlotte ! 

Pardonnez-moi si je m'anime un peu, mais quand je parii; 
de mes droits ça me fait monter toujours un [leu la moutanu 
au nez. U y en a beaucoup comme moi. C'est doux comiL 
des tourterelles , quand ça parle de ses devoirs; €t, quaBJ 
ça parle de ses droits , ça vous crie comme des chats dam 
une gouttière. , 

Je m'appelle Jean Loyseau , ûls de Jean et de Françoise 
Lécureuil. Je suis né dans le bourg de Guichen en Bretape; 
mon père, qui avait ramassé quelques sous d'écononiie 4^ 
exerçant honnêtement la profession de charbonnier, me fîf 
apprendre à lire , à écrire et à compter à l'école du riltaf^ -, 
puis, quand je fus d'âge, il m'envoya à Rennes exercer îê- 
tat de cordonnier chez un de mes oncles, Pierre Loysea», 
qui travaillait sur la place des Lices, où Duguesclin fit ël^ 
premières armes. 

C'est là que je fis aussi les miennes et avec un succk 
non moins complet que celui de mon illustre compatriote 
Je devins tellement fort dans les cuirs que j'aurais pu pas- 
ser membre de plusieurs académies; mais je visais pluâhau'. 
et, les hommes ne rendant jamais justice au mérite , je vi: 
m'élablir à Paris tout bonnement pour y faire fortune. M.^ 
bourse n'était pas des mieux garnies et les loyers étaient trr 
chers dans le centre de la capitale : je crus devoir prenl 
mon domicile dans un quartier honnôte et trancjuille. C 
pourquoi je choisis pour ma résidence, après avoir hi'- 
entre la Butte-aux-Cailles, la Cité-Doré, et la Fosse itfu- 
Lions,je choisis, dis-je,larue du Château-des-Hentiers iiuni 
le nom me sembla de bon augure. Là, je pouvais me livrer 
sans obstacle aux travaux de mon état en miVnio temps qn^^ 
satisfaire mes goûts littéraires en entreprenant quelque qù- 
vrage de longue haleine. 

C'est là que je demeure encore, au n<* 33 et au seconJ 
étage, les maisons du pays n'en ayant jamais plus de deoi. 
sans quoi je ne me serais jamais logé si bas. 

Si quelqu'un * désire d'autres renseignements sur mon 
compte, il peut me les demander sans crainte r je suis prél 
è le satisfaire. 

Voilà ce que je suis ; maintenant qui êtes-vous , vous 
autres? 

Êtes-vous une grande dame du faubourg du Houle , ar 
une robe de 33 mètres d'étoffe — juste la hauteur de la * 
lonne Vendôme, — avec un laquais en livrée pour rama^ 
votre mouchoir de poche et une levrette frileuse en paUii 
gris? En ce cas fermez le livre. Ce n'est pas pour vous f 
j'écris la Mère noire, 

Êtes-vous un banquier de la Chaussée-d'Aulin, aHgnvn( 
des petits chiffres dans des gros livres, prisonnier dans «ri 
cage de verre dépoli, et ne communiquant avec les siuif 
mortels que par un trou au chat où passent et repassoui ^ 
tas de chiffons de papier et de médailles jaunes à touli^s : 
effigies? — Ce n'est pas pour vous que je prends la peine 
tracer les aventures do la Mère noire. 

J'écris pour mes bons camarades des ateliers | pour m^ 



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L'OUVRIER. 



15 



Auxquels |e puis adresser ces lignes comme une franche 
poignée de main ; pour ceux qui oseront rire ou pleurer 
^and ils en auront envie et quand la chose en vaudra la 
peine ; j^écris pour mes frères les ouvrieris ; mais non pas 
pour tous. 

n y en aura quelques-uns, — les malins, -7 qui diront : 
Tiens ! il n*est pas fort en orthographe , celui-là : il écrit la 
Mer avec un E muet à la fin comme si c'était la mère Marie, 
de Tancienne barrière des Deux-Moulins. Ça doit être un fa- 
meux ignorant, et son histoire, des bêtises. Ceux qui pen- 
seront et s'exprimeront ainsi me feront un vrai plaisir de 
laisser le journal à d'autres. Je n'aime pas à causer avec 
des gens qui croient tout savoir et qui ne doutent de rien. 

D'autres croiront que nous voulons nous mêler de politi- 
que et chercheront dans ces lignes un aliment à leurs opi- 
nions et à leurs passions personnelles. Pour qui nous prend- 
on? Nous sommes des gens honnêtes qui respectons nos 
lecteurs et le sens commun, et, bien loin de vouloir faire 
entrer la politique dans l'atelier, nous voudrions l'en faire 
sortir. Quel est celui d'entre nous en effet qui ignore que 
h politique est l'art de ti*ahir la vérité et de déguiser sa 
pensée? 

Ce n'est pas non plus pour ceux-là que nous avons entre- 
pris la tâche laborieuse de retracer l'histoire des péripéties 
et des orages qui ont agité la vie de notre héroïne ]a Mère 
noire; mais assez parlé à des gens qui n'en valent pas la 
peine. Pour ceux qui croient avoir quelque chose à appren- 
dre et qui auraient la curiosité légitime de savoir pourquoi 
on l'appelait la Mère Noire, nous pourrions leur dire : C'est 
ceci, ou c'est cela ; nous préférons leur dire tout bonnement : 
Yoilà ce que c'est. 

Vous croyez, vous autres, que c'est facile de contenter les 
oirieux et de leur donner l'explication de tout ce qu'ils de- 
mandent. Quand on n'a pas de conscience, on répond ce qui 
passe par la tête , sans prendre garde si c'est vrai ou faux ; 
quand on ne sait pas les choses et qu'on ne veut pas se don- 
ner la peine de les chercher, on dit : C'est mon secret. Des 
secrets comme ceux-là, ça n'est pas lourd, une femme serait 
capable de les garder. — Ah ! pardon, mesdames, j'oubliais 
.que vous m'écoutiez, ayez la bonté de passer les lignes qui 
précèdent. D'ailleurs ce n'était pas de vous que je parlais, 
c'était... des autres. 

Le fait est que j'ai été moi-même joliment embarrassé 
quand j'ai voulu m'éclaircir du fait en question. Le nom de 
cette femme était Rose Jourdain et on la connaissait dans 
I tout le quartier sous le nom de la Mère noire. Ça ne se fes- 
1 semblait guère. — La Mère/ elle était demoiselle et avait 
toujours été bien honnête fille, je vous jure. La Mère noire / 
elle était blanche comme un cerisier en fleurs. Cela m'intri- 
guait à fond, et jamais je ne fus si préoccupé de ma vie. 
l'affaire en valait la peine et je fis comme un tas de gens de 
[Ifia connaissance qui prétendent décider des points d'histoire 
Êrtc !e raisonnement. Je commençai donc par chercher dans 
% bon sens que je croyais avoir reçu d'En-Haul toutes les 
;^^tÎ8ons pour lesquelles on avait pu la surnommer ainsi. 

D'abord , je fis comme certains — ce n'est ni vous , mes- 
, ni vous, messieurs, — qui commencent toujours par 

Iger mal leur prochain; mais j'ai eu l'honneur de vous dire 
[fue Rose Jourdain avait toujours été fort sage et j'ajouterai 
0'elle était d'une humeur égale et d^uno douceur d'agneau. 



Je me rejetai sur ses parents et Dieu sait tes recherches 
que je fis ! Elle était née à S'-Mal^ ; j'y fus/ La voyage me 
coûta cher. Il fallut de plus payer 50 centimes k la Mairie 
.pour avoir copie de son acte de naissance. Père, mère, par- 
rain, marraine, témoins, tous, jusqu'au maire et au euro, 
avaient des nonis qui ne ressemblaient pas plus à la Mure- 
Noire que mes souUers ne ressemblent à ûion chapeau . Quant 
à la nourrice, elle se nommait Yvonne Ar Bîhan ! 

En rentrant chez moi , il me vint une idée lumineuse; je 
la crus telle, du moins. Je me souvins que le Jourdain était 
un fleuve et qu'il se jetait dans une mer quelconque. Ce 
doit être I4 mer Noire, m' écriai-je ; c'est évident, j'ai trouvé 
la source et me voilà au terme de mes travaux. Ma biogra- 
pliie est complète. Hélas ! je ne tardai pas à m'apercevoir 
que j'étais bête comme un savant et que, quand môme la 
mer Noire remonterait à la source de tous les fleuves , ri- 
vières et ruisseaux qui s'y perdent, elle n^arriverait jamais 
jusqu'au Jourdain , qui donne ses eaux au lac Asphallil© 
nommé aussi mer Morte, 

Après avoir été bête comme un savant , îl me restait à 
devenir sot comme un philosophe; c'était desccmlru d'un 
degré. Voyant que je n'y comprenais rien, je pensai que je 
pouvais parfaitement suivre l'exemple de gens ijui passent 
pour de grands génies et nier purement et simplement un 
fait qui était au-dessus de mon intelligence. philosoiihes 
avec ou sans blouse ! beaux parleurs de Falelier, avocats 
bavards de toutes les idées extravagantes, avouez que j'é- 
tais du premier coup monté à votre hauteur. Quel raisonne 
ment sublime! « Je ne crois que ce que je comprends. Donc, 
Rose Jourdain n'est pas surnommée la Mère-Noire. * 

Je fus rappelé à la sévère réalité par la voix d'un polisson 
qui, la voyant passer dans'la rue, se mit à crier son soLriqaet 
aux échos d'alentour. 

Alors, cherchant une excuse à mon moment d'orrnur, —je 
veux dire de philosophie , — je_renfonçai mon bonnet sur 
ma tête , je rallumai ma pipe , que dans ma méJi talion j'a- 
vais laissé s'éteindre, et, tirant mon ligneul avec une mau- 
vaise humeur manifeste, je grognai dans mes dents i^niro 
deux bouffées de tabac : Eh ! parbleu , siRoso Jourdain s'np 
pelle la Mère-Noire, c'est uniquement par relTuL du hasard. 

C'est un mot joliment commode, tout de ni^me, que le 
mot de hasard, pour voiler la nudité de l'ignoranco humaine. 
Le hasard ! combien de fois, mes bons amis , no lui avez- 
vous pas entendu décerner les honneurs de Tùtre par do 
beaux diseurs qui vont jusqu'à lui attribuer la confection du 
monde et leur propre création. Pauvre hasEird I il ne serait 
pas capable de mettre un clou à mes bottes ni de culotter 
une pipe d'un sou ! et — vous voyez que j'avouo sincère- 
ment ma sottise — je lui attribuais, moi, le mérite d'avoir 
servi de parrain à la Mcre-Noire. 

Nous avons un grand bon sens, nous autres ouvriers; 
mais, à force de fréquenter des bavards et de lire des romans 
à 4 sous, nous le mettons hors de service. Heureusement, 
quand nous voulons être nous-mêmes et oublier les sollises 
quion nous serine tous les jours , nous redevenons facile- 
ment les plus raisonnables des créatures du bon Dieu. 

Ma pipe brûlait tou* oucement et la fumée s'en exhalait 
en joyeux et légers " iges. Mon mécontentement se dissi- 
pant peu à peu, je f: is par découvrir tout seul que ma mé- 
thode de raisonner «ur les faits m'ayant conduit à Tabsur- 



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If 



L'OUVRIBR. 



dite , c^est qu'elle était mauvaise , et, comme j'entendis en 
ce moment sur le palier la voix de ma voisine la veuve 
Loriol qui appelait ZéphjT pour lui donner son souper , je 
me risquai à l'appeler moi-même — j*. parle de M™* Loriot 
^^pour lui domandâr si elle pouvait m'éclaircir sur le sujet' 
qui me préoccupait si fort. 

«t Ah 1 mon Dieu , oui , Monsieur Loyseau , me dit-elle, 
c'osl ben simple, allez ! faut vous dire que Rose Jourdain a 
toujours joui do la confiance publique et qu'elle a eu autre- 
fois un emploi du gouvernement. C'est elle qui criait dans 
le quartier les non voiles à un sou. Comme elle a une 
petite voii douce comme une fauvette et qu'elle s'avait as* 
socié à la veuve Joly qu'a une voix de centaurée, v'ia qu'un 
jour en annonçant la victoire du Lama elle s'a rompu une 
vcmo dans les intestins. Le docteur vint la visiter et quand 
Il fut dans le colidor, au bas de l'escalier, nous autres , les 
voisines , nous lyi demandions si c'était queuqu'chose de 
grave. — Mon Dieu, non » qu'il nous dit , ça ne s'ra rien : 
tant seulement qu'elle s'a rompu un vaisseau dans le corps 
par pur patriotisme, Y avait Gugusse , le petit à M. L'En- 
Jlamnié qui revenait de l'école avec ses livres sous le bras 
et qui ne savait rien de tout l'accident, comme il entrait 
dans l'allée il enlendil parler do vaisseau brisé. Y crut de 
comprendre : Ah ! ben oui qu'il dit , dit-il , on nous a déjà 
lu ça en classe [vir ordre du ministre , c'est les Russes qu'a 
défoncé les vaisseaux dans la mer Noire. — Les enfants, 
Moràieur Loyseau, c'est bête comme tout, ça fait semblant 
lie tout savoir et ça ne sait rien ; — le docteur, qu'est plein 
d'esprit, il s'mil à rire : Oui qu'il dit, mon p'tit bonhomme, 
c'est un vaisseau qui s'est cassé dans la mer Noire. C'te ca- 
lembour nous fît rire, nous autres les femmes, et du de- 
puis je n'sais pas comment ça s'est fait, on n'appelle plus 
c'te pauv' pelilo Rose autrement que la Môre-Noire. » 

Je remerciai la voisine de ce renseignement qui jetait tant 
de lumiL-rc sur une question si importante, et, reconnaissant 
avec quelque lionle que j'ëpais été longtemps de la force de 
Gugusse, je posai ma pipe sur le poôle en promettant que 
désormais quand j*if,niorcrais quelque chose je la demande- 
rais à ceux qiii la savent, et que je n'élèverais plus le ha- 
sard, un mot vide comme un tambour, à la hauteur d'un 
gamin de Paris, Jean Loysëau. 

{La suite an prochatn miméroJ) 



CHRONIQUE INDUSTRIELLE. 



Dans le premier numéro de VOurrier, j'ai annoncé que 
ma chronique industrielle s'adresserait quelquefois aux da- 
mes cl aujç enfants, je veux dès aujourd'hui tenir parole cl 
raconter une histoire à chacune de ces deux intéressantes 
catégories de lecteurs. Cela ne doit pas empocher les hom- 
mes, notamment les teinturiers et les tapissiers, de me 
prêter toute leur attention. 

J'ai ouïdiro que dans l'antiquité païenne un certain M. Her- 
cule, élevé depuis au rang des demi-dieux , sans que fon 
sache trop pourquoi, ayant reçu de M">« Déjanire, sa tendre 
épouse, une magnifique tunique, fut contraint de se brûler 
vif pour échapper aux douleurs intolérables que cette robe 
lui causa des ^n')l Tout revêtue. C'est que , en se collant à 



sa chair, elle faisait pénétrer dans tous ses m 
poison des plus subtils. — Aujourd'hui , les dames 
avoir renoncé à ce moyen commode de se dél 
leurs maris , mais je dois les avertir qu'elles po 
être à leur tour les victimes de quelque ruse sei 

Il y a peu de temps, en effet, une jeune V**^^' ^^ 
allée à une soirée vêtue d'une robe de tarlatar^^*' *^ 
fut prise , après avoir dansé quelques contredanses, . 
de tête , de vertige , d'engourdissement et de,faN^ P^"*; 
membres inférieurs. Bientôt les symptômes d'enj^^^*^, 
ment devinrent manifestes, et les médecins ne p*^™^ 
tribuer cette indisposition à une des causes ordinales n" 
ments trop serrés , passage subit du froid au ch. L^ ,^^ 
finirent par porter leurs soupçons sur la couleur dont la 
robe était teinte. L'analyse chimique y fit constater la pré- 
sence d'une quantité considérable d'arsénite de cinvre» • 

Une robe d'une ampleur modérée, teinte au vert de 
Schweinfurt, contient environ 60 grammes et demi d'acide 
arsénieux (un peu moins qu'uij demi-quart de livre.); les 
secousses qu'éprouve ce vêtement pendant la danse peuvent 
faire détacher , dans une soirée , 4 gramme» d'acide arsé- 
nieux, qui, tourbillonnant en poussière dans l'air agité, 
entre avec lui dans les voies respiratoires où il devient ub 
germe de mort ou de maladie grave. — Mais ce ne sont pas 
seulement les étoffes teintes par ce procédé qui sont dange- 
reuses, les papiers de tentures ne le sont guère moins. 

« Un enfant, âgé de trois ans et demi, dit VLhdmi médîr\ 
cale, étant mort après avoir présenté les symptt^mes d'ua 
empoisonnement par l'arsenic, d'après la déclaration fié 
M. Metcalf de Highsburg , le docteur Letheby reeonnoi , 
qu'une chambre dans laquelle cet enfant se livrait à ses jcin J 
était tendue d'un papier peint avec l'arsénite de cuivre, et 
que la couche de la substance colorante représentait à pcij 
près le tiers du poids total de ce papier. 11 trouva de l'arse- 
nic dans r<îstomac, le foie et, les matières des évacuations,! 

Heureusement ! en nous faisant connaître lo mal ^ Il 
science nous donne le moyen de le prévenir. Le doctenr 
Ziurek, de la société polytechnique de Berlin , indique lu 
procédé suivant pour reconnaître si une étoffe ou un papîeî 
vert contient ou non de Tarsonic. On coupe un éLhaulilJofl 
de l'étoffe ou du papier en petits morceaux, sur lesquels oi) 
verse, dans un vase, de l'ammoniaque liquide de manière 3 
les recouvrir entièrement. L'ammoniaque se colore en bK 
Après quelques instants, on y ajoute un peu d'atiJe cIiIl/ 
hydrique (cet acide se trouve, comme l'ammoniaque, eli«> l 
tous les pharmaciens et marchands do produits chiuiiqu^'^jii 
jusqu'à ce que le liquide passe du bleu au vcrl , sans con- 
server la plus légère teinte bleuâtre. On y plonge alors um 
lame de cuivre parfaitement décapée. Au bout de cinq mi- 
nutes, on la retire; si elle est restée rouge et qu'il ne ié \ 
soit formé sur elle aucun dépôt coloré , alors mi-inc qu eik J 
aurait perdu de son brillant, on peut être sûr que la lën* ' 
ture ne renferme pas d'arsenic; si au contraire la lamedi? 
cuivre, recouverte d'un dépôt plus ou moins épais, oi 
l'aspect et la couleur de l'acier, la présence de l'arsenic i.- 
wiffisamment constatée et Ton doit se garder de faire usai© i 
du papier ou de l'étoffe essayée. Eugèke Pjénel, 



Angers, imp. de Laine frèreg^ «ma Saint-Laud, &. 



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BRixqaels ] 
ijpoignée d 
; ^and ils ^i 
•^ine; fécr. 
^ pour tons. 



Cff«tfiiies le mum^ro. 



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U%H Iff. !..% MKnK 1%<IIIIK. rnr Jk»N L< 



p»r l.oi i> Vfci; I.IOT. — AVKè* ■■■< 



>t'A«Tfi, car C Lb Fbanc — l.RAOnA- 

L'Ouvrier f i-ii i ô .1-0 rwir d^s Jésuites? - Réponses, par C. Lt Frakc^UB L/% 
Citt/%.'«l>i^^i.:u IIE l.'tJi^iVBRl», par B. G. 



▲BOMHEJKBirTB : 

A partir du 1*' de chaque 

> B fir. pour w «ou 



■PW^W^W^^^W^-^i^Pii^^ 



JEANIVE HtCHETTE 



Il y a des noms qtii 
ont le privilège de res- 
ter à jamais populai- 
res , des actions dont 
le récit , mille fois ré- 
pété, émeat toujours 
à nouveau les audi- 
teurs. Tel est le nom 
de Jeanne Hachette, 
telle est Taclion bril- 
lanff) qui le lui a mé- 
rité. Le duc de Bour- 
gogne, Charles -le - 
Téméraire, profitant 
du moment oh le roi 
Louis XI est occupé h 
une expédition en 
Guyenne (U75i), 5c 
jette sur la Picardie rt 
la ravage. Arrivé de- 
vint Bcauvais , il met 
eu peu de jours celte 
Tille aux abois. Ce 
n*es( pas que le cou- 
rago des hommes fai- 
blisse , comme le di- 
sent certains histo- 
riens , mais leur petit 
nombre ne suffit pas à 
défendre les murail'- 




JEANNE IIACHETT!: 



tkessées poor raséaut 
par les Bourguignons, 
elle arrache Tétondard 
que Tun d'entre eux 
plante déjà aur le pa- 
rapet, aetive la résis- 
tance, enflamme tous 
les courages et con- 
traint Char)es-le*Té^ 
méraire à se retirer 
honteusement. Lare- 
connaissance popu- 
laire, laissant IbU* 
toire incertaine. sur le 
nom de la vaillante hé- 
roïne , lui décerna ce- 
lui de l'arme dont elle 
s'était servie; la ra- 
connaissance royale 
s*étendit à la ville en- 
tière. Lonis XI exemp- 
ta Bcauvais de toute 
imposition et y établit 
nne procession coqu- 
mémoraiive o\x les 
femmes ont le pas sur 
les hommes. Dans 
celte cérémonie, par 
'laquelle la religion ho- 
nore et consacre le pa- 
triotisme, les jeunes 
filles portent encore 
avec orgueil le dra- 



les. Ils vont céder , Iorsqa*une jeune femme , rassemblant 
autour d'elle les personnes de son sexe, se précipite sur les 
remparts. Une hache à la main , elle renverse les échelles 



peau conquis sur les Bourguignons par Jeanne Hachette et 
glorieusement conservé depuis à rhAtjal do ville de Beau<« 
vais. EoaÈiffi Péiyel. 



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n 



L'OUVRIER. 



CE QUE C'EST QU'UN CURÉ '. 



L<*s nmîes di* ma nièce , touchées do ses discours , les ré- 
pëlferenl (kns leurs fomilles , s'élôignèrcnl des fiMes grossiè- 
res qu'elles a viiicnljusquo-l?i rroqucnléos. On leschansonna; 
elles resisicront; rirriûiîion s'en açcrulet trouva enfin un 
moyen de les vaincre. Kon-seulemenl je fus de nouveau en 
bulle aus insultes, mais, ce qu'on n'avail pas fnil encore, on 
décrio mes mœurs, et» te que je n^aurais pu croire, Edmondo, 
cnue doiH-e el virginale ercaiitre , dont Taspecl seul faisait 
penser à la vertu , fut ealoiiinieo aussi. On m'adressa une 
chansQn 4û Bcriinger, qu'une main plus adroite que celle des 
paysans avait tournée conîre ma nièce et contre moi. Jo de- 
vinai que ces refrains hideux allaient circuler partout, et que 
lesenfunts même lesrediraicnL Ma première pensée futd'é- 
loîgiierEdmonde^d^ailicurssouflrantedepuisquelque temps; 
mais le mal était déjà fait , il était déjà trop lard. Ce que je 
venais d'apprendre, Edmonde le savait. Avant de rompre 
avec elle et de la rejeter comme une personne infâme, une 
de ses amies, excit/'e par je ne sais quelle jalousie absurde, 
s'éïait empressée de lui rapporter tout ce que Ton disait. Le 
coup avait porté, il avait fait une blessure mortelle; l'inno- 
cente vierge ne vivait ftfus que par un effort de son courage 
et de sa cliarité pour moi, AQn de ne pas m'affliger, et pour 
qt»o je neroldif^eassc [»as à qiûticrcet air empoisonné où l'on 
asssfïssmait son honneur, elle se taisait et elle mourait. 

Le rerrain meurtrier la poursuivait partout. Si elle sor- 
tait, elle renlcndûit murmurer à ses cOtés ou retentir dans 
le^ iiiàisons, Le jour, quand j'étais dehors, le soir, quand jo 
dïKmnis, des hommes, des enfants, des femmes venaient le 
fredonner près de la fenêtre, sous cet auvent qu'elle avait 
fait placer pour abriter les pauvres. Sans cesse la pointe de 
ce poignard infernal troublait sa méditation et son sommeil. 
Ils la voyaient mourir, et ils ne cessaient pas ! Groiriez-vous 
qu'un Jour, comme elle étaîl seule à prier dans l'église, un 
liofnmo, qj*9lle a reconnu et qu'elle, n'a point nommé, vint 
&e plofcr derrière elle, et sans respect pour le lieu saint, 
sujis pitié pour sa faiblesse, lui chanta ces vers obscènes et 
sacrilèges, jusqu'à ce qu'enfin elle tombât évanouie. Ah ! 
qu'il faut prier pour le poète qui a fait cette œuvre cou- 
pable! Car il ignore sans doute quelle arme cruelle il a 
mise aux mains plus crueiles encore de ces grossiers enne- 
mis de, la religion, qui désolent nos villages. Suis-je le seul 
curé dont il a entravé la iïiî5siDn? Ma pauvre Edmonde a-t- 
clle été la seule victime de sa marotte, plus mortelle que la 
dont des vipères? 

Lorsque }B dis à Ed monde que sa santé m'imposait le de- 
voir de lui faire quitter le poys , elle me répondit : « Cher 
oncle, je sais d'où vous vient celle pensée. Vous devez com- 
prendre que j'emporterai part<:ut le mal dont je souffre ici. 
>"e mo condjuiiiez pas à mourir loin de vous , et songez 
ii.j5Si que men départ loin de faire tomber la calomnie , y 
d^iouerait Jf nouveauis prétextes. Ma réputation exige que 
}é ttj fui© j/as, duhsé-jc, en fuyant, assuret^ ma guérison;. 

* Voir lei û*»* de 1 Oumcr Ués 4 el 11 mai. 



car on vise h Khonneur de Dieu même en attaquant le mien. 
Faisons généreusement notre sacrifice ; nous triompherons, 
vivants ou morts, de c<3 dernier effort de l'enfer. » 

Je ne mo rendis point à ces raisons; mais quand j'ous pris 
à la liâte les dispositions nécessaires pour assurer un asile 
à ma chère enfant, le mal avait fait d'irréparables progrès, 
le voyage n'était plus possible. Je me résignai. 

Edmonde fit dire à ses anciennes amies qu'elle allait 
mourir, el qu'elle les conjurait de venir recevoir ses adiiîux. 
Elles vinrent presque toutes. Celle qui lui avait porté le pro^- 
mier coup, dans la fureur d'une jilousie ms'^nsée, accourut 
la première el fut la plus tendre. Edmonde, consolée, 
m'annonça que celle bonne fille deviendrait le modèle de la 
paroisse , prédiction bientôt accomplie , comme beaucoup 
d'autres; car il semblait que Dieu, pour adoucir ses der- 
niers moments, lui eût accordé de voir l'avenir. Sans mur- 
murer, sans se plaindre , sans accuser personne, elle confia 
l'honneur de sa mémoire à leurs regrets el à leur amitié. 
Elle leur parla ensuite de la religion avec tant d'éloquence, 
que toutes lui promirent en pleurant de revenir à l'église, 
et de n'en plus oublier le chemin. Elles ont tenu leur 
promesse. 

J'ai bien des fois, depuis mon sacerdoce, assisté des 
mourants, et je savais combien la mçrt chrétienne est belle'; 
mais je n'ai pas vu de fin plus auguste que celle do celle 
pauvre innocente : c'était vraiment la victime de bonne odeur, 
s'immolant dans la joie el la pnix. «Cher oncle, me.dil-elle, 
je vous laisse ma petite dot pour réparer la chapelle de la 
sainte Vierge. Prenez courage ; encore un peu de temps, et 
vous vaincrez. Je crois que je vous purle de la pari de Dieu. 
Vos ennemis sont nombreux, nidis ils no remporteront j>iis. 
Faites leur du bien. ». 

Elle mourut en répétant ces paroles ; « Fdile>-leur Ou/ 
bien.» Qui lui avait appris cela, à cette pelile fdlo? Qui. 
lui avait appris à parler comme saint Paul? Faites-Unir • 
du bien, c'est, en trois mots, toute la science des saints, * 
toute la perfection de l'Évangile, tout le secret de Dieu pour* 
vaincre la fureur cl l'art profond de Tenler. L'homme ré-, 
sisle à tout, à la raison, à la force , à la science , au cliuii- 
ment : il cède au bien qu'on lui fait. Ses yeux alors s'ou- 
vrent, son cœur tléchit, sa colère tombe. Vainement il es- 
saie de se révolter; vainement il revôt, contre la doucft 
charité, ces armes dont il se cuirasse contre la juslioftn- 
contre l'évidence et contre les miracles. A travers ces enve- 
loppes d'airain , la charité pénètre jusqu'à la conscience ; il 
faut se rendre, il faut se soumettre , c'est l'arrêt de Dieu : 
Beati mites, quia possidebimt terram'',El c'est pourquoi, mon 
ami, tout le travail des ennemis de li sainle Église est de 
l'empêcher, autant qu'ils peuvent, de faire le bien. 

Edmonde passa de cette vie à la gloire ♦Mcrnelle. J'eus, 
pour m'en convaincre, la secr. !r vtrin qi i sortait do son 
cercueil. Je demeurai en prièr^'^, à (<i'e place où nous 
sommes, toute la dernière nuii qu'elle passa sous mon loit. 
J'éprouvais une douleur immct v», oi , dans cette douleur, 
ur.c paix et une consolation iniii.ies. Jar.nis je ne me suis 
s^nli si tort sous le fardeau que Dieu ma donné ; jamais 1? 
pensée d'un murmure et i'oml're d'un ressentiment ne l'i;^,. 

* Bienheureux les doux, car ils ; s«''Jcro .{ l.i terre. ' • ;" . 



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j I ^ i.u I II I ||l|JJlJ||^^|^^pH|9||^||ppp|p|^p|ppp^ 



L'OUVRIER, 



19 



renl plus éloignées de mon cœur. vertu do celle dépouille 
virginale! verlu de ce pardon si souvent répété dans son .Imo, 
qui lo renouvelait en ce moment devant Dieu! Ma prière, 
commencée pour elJe, s'achevait pour ses persécuteurs. 

Je regardai comme un nouvel elTot do son crédit au ciel la 
foule qui rinl à ses obsèques. Je parlai, et l'on m'écouta ; je 
vis même des pleurs, j'entendis des sanglots; la calomnie 
était tombée avant la victime ; je crus qu'enfin la glace était 
rompue, que les brebis venaient au pasteur. Mais Dieu allait 
me demander encore un sacrifice, et celui-là devait me trou- 
^^T Eiioins soumis. 

Le frère d'Edmondo , Laurent-Pierre , votre ami , avait 

voulu servir, afin de ne point toucher à son petit héritage, 

et de le réserver tout entier pour sa sœur. Brave , instruit, 

honnête, ri pouvait, certes, espérer de se faire une carrière 

dans les armes. La mort d'EJmonde nous laissait tous deux 

seuls sur la terre. Notre mutuelle affection en devint plus 

Vive; chacun de nous aimait dans l'autre tout ce qu'il avait 

. perdu. Sans me consulter, Laurent, cédant aux conseils de 

son bon cœur, sollicita un congé pour venir m'embrasser. 

.E[élà$r il l'obtint à cause de son excellente conduite; et il 

^.partit* eft jeune homme et en soldat, à pied, le sac sur le 

f'dps.. C'était au commencement de l'hiver; il avait à faire un 

'^'.l^'g:Yoyage. 

*;-:Piënciant qu'il me ménageait cette joie, ma situation ici 
,• feàiplraît; non qu'elle lût redevenue ce qu'elle était avant la 
, çâorrd'Edmônie. Les amies de cette chère enfant persévé- 
.. Traient;, grâce à Dieu , et commençaient d'ébranler autour 
d'elle des cœurs jusque alors bien obstinément fermés. 
•. .^is ce mouvement môme ravivait d'anciennes fureurs, que 
*f ^'Bvais crqes trop tôt définitivement éteintes. Les principaux 
:,ilié^îlkgé\^t les jeunes gens étaient toujours mes adversaires 
b;vld6èlai:és'; ils m'insultaient encore fréquemment dans les 
>ijnî|s>'ino|i'nom seul excitait leur colère. Vous allez con- 
^^^^ire à^uefe excès cette colère se pouvait porter. 
L'v>Ifi^i*eiit arriva la nuit , après une longue marche , par un 

V^iftfnTtÀ AU^v'Ahln Î1 avait ciinnArlô rlnrnnt nlucioiirg I^qq^q^ 

dans nos 

permit qu'il s'adressât 

pour demander ma maison , à deux des habitants 

qui? me ''haïssaient le plus. Le premier referma sa fenêtre 

•«iiljf, répondre, le second se répandit en injures. Il leur avait 

idÙQu'il élait mon neveu. Un troisième refusa de sortir. Ce- 

P^4P^ fè.paiivre enfant trouva un mendiant, moins inhu- 

ïW^V.^I. Voulut bien lui indiquer ma po** • "n.v- 

Ui^si 'fè'il'étais pas chez moi, et je ne devais pas rentrer. 

,Ô|l|g6 dQÎne rendre chez un confrère, à trois lieues du vil- 

îagé,^/f avais annoncé que j'y passerais la nuit. Ma vieille 

Wj^TiHite, sourde et presque idiote , ou n'entendit pas, ou 

crifcijjnit.une do ces méchancetés que l'on nous faisait sou- 

Vé^» Laurent frappa en vain; personne ne répondit. Il crut 

qù^câ^iliii avait donné une fausse indication, et que la maison 

«Idi^yjjserte. Accablé dé froid et do besoin, il se traîna dans 

.fc\^agG, cherchant l'auberge. C'était le quartier général de 

tt«f jçûnèmis. Il essuya un nouveau refus , plus injurieux 

((^(^s (mtres et accompagné de menaces... Vous vous 

A^tiez'?!J^ai oublié de vous dire que le malheureux, dans 

teft^utei, avait perdu son sac et son argent. La mort était 

^^•**^çij((eiW son visage; on n'en fut point ému : un chien 




aurait été recueilli, lo neveu du curé fut chassé. Mon Diru, 
faitos-lêur miséricorde I Ce n'était pas ce pnnvro oiiAïut 
qu'ils voulaient frapper, c'était moi! Ils îo virrnt tomner 
exténué, et ne le relevèrent poinL Au bout \V\me heur*^ snu- 
lement, ils permirent à une servante, dont [a charité ext'iiiiit 
leurs moqueries, de lui apporter un peu de vin. Tandis que, 
agenouillée dans la boue, elle approchait des lèvres de Lau- 
rent le cordial qui ne pouvait déjà plus le sauver, ces bar- 
bares faisaient encore pleuvoir sur elle leurs grossif^rs quo- 
libets. Elle leur cria, pleine de terreur, que le malheureux 
expirait. Ils comprirent, à son accent, qu'elle disait la vérité, 
et, alors, épouvantés eux-mêmes , ils s enfuiront. Oui ! sans 
penser à offrir le moindre secours, comme si , en fuyant la 
victime, ils fuyaient le forfait. 

La servante appela vainement un aide; Fan herî^isto, ivre 
et à moitié endormi, ne répondit que par des blasphèmes à 
ses prières. Cette fille dut elle-même traîner Laurent, pres- 
que inanimé, jusqu'à l'écurie, oîi elle lo déposa sut un 
peu de paille. L.*ayant ensuite couvert de sa pelisse, ello 
veilla pieusement à côté do lui, attendant le jour et nlon ar- 
rivée. 

Dans ce grand désastre. Dieu, qui frappe toujours en p^ro, 
me fit une grâce dont je le bénirai aussi longtemps que du- 
reront ces cruels souvenirs : il m'envoya un an^c pour m'a- 
mener plus vite auprès de Laurent, Vers le milieu de la 
nuit, à l'heure où l'infortuné tombait devant la porte do 
l'auberge, un rêve affreux m'éveilla. J'ouvris IpsVeux, et je 
crus voir Edmonde. La rayonnante paix de son visiige était 
mêlée de cette tristesse qui nous semble pouvoir encore at- 
teindre les bienheureux et qui n'est pas un effet de la souf- 
france, mais un témoignage de leur tondre cornfmssitm pi>tîr 
nous. Elle ne me parla point, et je compris cependant qtiVlle 
m'avertissait de me rendre à M... Sans réHéchir ni raisonner 
là-derssus, me souvenant seulement que ma place était chi mi- 
lieu de mon troupeau, je me levai ot je partis. La pluie n'a- 
vait pas cessé, la nuit était obscure, je connaissais peu le che- 
min ; néanmoins j'arrivai sain et sauf en moins de temps que je 
n'en aurais mis lo jour. J'entrai d'abord chez moi : tout ulail 
tranquille, excepté mon cœur, écrasé d'horribles pressenti- 
ments. Je fis du feu, me proposant do prier jusqu'au jour, 
Edmonde m'apparut une seconde fois, plus triste eneoro, 
« Mon enfant, lui dis-je , que veux-lu ? S'agit-il de taiï 
frère?» La douce vision s'effaça, el, machinalement, jo 
sortis. Je voulais aller prier à la porte de TégUse; mais un 
secret instinct dirigea mes pas vers Tau berge. Des voix 
plaintives semblaient m'appeler de ce c5té. J*a perdus au 
fond de la cour une faible lumière, et alors j'entendis dis- 
tinctement, au milieu du silence , des soupirs pareils à ceux 
de l'agonie. Si j'étais arrivé quelques heures plus lard , je 
n'aurais trouvé qu'un cada\Te. 

Mon Dieu, mon Dieu, quel spectacle! et eombion, à pré- 
sent encore , j'ai besoin de me s^^iveinr que votre sainte 
mère vous vit sur la croix , victime sans tache de mes flé- 
chés! Le frère d'Edmonde morte, le preminr-né de ma sœur 
morte , mon neveu , mon fils d'adoption , le dernier de mes 
parents , je le vis là, couché sur le fumier, pâle, souillé, en 
délire , méconnaissable à tout autre œil que le mien ! ÉporJu, 
je l'emportai dans mes bras , délirant presque comme lui , 
ot lui adressant des paroles qu'il n'entendait point, Je la t^^^ 




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rOOVRIEB, 



pcoat wnr le lit de la sœur* et je les pleurai tous deux avec 
nm ftaierlume inexprimable, elle, comme si je venais do 

la perdre , et lui , comme s'il n'étaîl déjà plus. 

La servante ûb Tauberge m'avait suivi. En me doTinant 
one partie des détails que vous connaissez, elle ne m'apprit 
rien que je n'eusse deviné; Il m'avait sufQ de voir Laurent 
dans l*éeurie. A ce trait Je reconnus les meurtriers d'Eil- 
monde; et mes ressentiments coutre eus , ces ressentiments 
si bien étoulTés , si complètement anéantis, se réveillèrent 
dans mon âme avee une énergie aussi sauvage que le double 
GJ-iine qui les excitait. Je me trouvai sans vertu devant ce 
coup soudain ; ma coupable colère sa tourna contre Dieu 
même. Mon Dieu l disais -je , pourquoi m'avez* vous jelé 
panuî ces méchants? S'ils voulaient mon sang, ne pou- 
vaient-ils pas te prendre dans mes veines » et permettrez- 
rous que leur fureur trouve le secrot de me faire mourir 
toejotirs 7 

Détestables murmures , dont je m'accuse devant vous el 
pe je ne veux pas que vous excusiez; car vous verrez ici 
quelque bien que j*ai paru faire , et il faut que vous sachiez 
que c'est Dieu seul qui , réeîlemeBt, Ta fait. A lui donc toute 
la reconnaissance et tout t'bonneur. Je n'ai été dans ses mains 
qu'un instrument misérable el parfois indocile ; j'ai souvent 
refusé de suivre ses voies adorables; il m'appelait au tra- 
vail , et je lu* demandais lâchement le repos. 

Ces murmures, hoiasl ne furent pas l'explosion irréfléchie 
dea premiers transports de la douleur i je m'y obstinai. En 
vain Laurent , ayant repris connaissance , me donnait l'exem- 
pte d'une résiliation comparable à la clémence de sa sttur; 
je me révoltais contre le sort que je lui voyais accepter- Il 
voulait bien mourir, je ne voulais pas qu'il mourût. Tout ce 
que Je pouvais faire , c'était de ne pas troubler sa dcrnicre 
heure par l'aveu de mes angoisses rebelles , et par des. ma- 
lédictions contre SOS bourreaux. Chose horrible! pendant que 
j'assistais ce cher enfant , pendant que j'écoutais sa confes- 
sion vraiment angélique, pendant quL je lui donnais les onc- 
tions saintes et que je m'appretuis à lui fermer les yeux , 
j'entendais sans cesse, comme si on l'eût chanté à mon 
oreille, Finfûme refrain qui avait tué Edmonde, Des mou- 
vements semblables à ceux de la mer an furio , des pensées 
de haine» d'indomptables désirs de vengeance secouaient et 
bouleversaient mon âme. 

Plus tard , la violence do ces sentiments , si difTérents du 
calme ob m'avait laissé la mort d' Edmond e, m'a fait com- 
prendre qu'alors, peut-filre , j'avais conçu quoique vanité 
de mon triomphe. Dieu nous veut humbles en tout et p'ir- 
tout , même dans le sacrifice , mCimo au sein do la victoire, 
aQn que nous n'échappions à la douleur que suivant sa 
volonté, el quand elle le permet, Oui, je m'étais dit : Je 
sais maître de mon cœur; Dieu me demande un grand sa- 
crifice , cl je te fais généreusement ; Dieu trouve en moi un 
serviteur fidèle. — profondeur et folie de notre orgueil ! 
Les yeux fixes sur ta main qui me lirait de l'^htmo, je m'é- 
Ijîis glorifié non fie son sci'ours , mais de ma force; et , bé- 
nissant Dieu tout haut do sa miséricorde, je me savais gré 
tout bas do ma vertu. Pour me faire enfin connaître ma fai- 
blesse, Diou m'ol^andonna tout entier aui tempêtes du dé^ 
«espoir. 

i4ureû4 o'acbeva pas la jouméo; il expira vers in soir ; et 



sans doute je n'ai dû qu'à mon prompt retour d*avoî> 

l'embrasser vivant; car mes soins et la joie de me r€ 
prolongèrent de quelques heures cette existence lifvile mit 
douloureusement tranchée : Tanquamflos a^ri,5ie€^ffriebti^ 
Je l'ensevelis moi-même. Je puis dîre qu'avant d'ètr^^i 
fermé dans le linceul, son corps fut lavé de mes larin^s^K 
élait toute ma famille. Lui parti , rien ne me restait de!ci 
qui m'avaient aimé* J'étttis seul, seul dans le monde ; Si 
l h faclm s u m pel kano sol il ud in i^j? * , * , Vou s le vou 1 i ez i . 
Dieu î il fallait que ces liens fussent brisés , car ma lac 
n'était plus ma famille, et vous aviez formé pour mq|;ti| 
nouveaux liens, plus sacrés que ceux de la chair etsdti^ii^ 
Mais alors je ne le comprenais pas assez* V ^ ;:,>•< 

( Petite philofiophie, ) Louis VrièuLÎ^f ♦^ ' 

(la âuile au prochain numéro,} 



■f- 



àVEUX PIQUANTS. 



4. 



4^^ 
aler. 



La scène fa pmst h Paris , d^ns un hôtel de la rue ^'f^itelf*: 

fIN JOnHÎÎAHSTC , LB CO^tlTB ARTRITR HE tOfS, 

Le journalii^le. -- Comment, c'est toi , cher cohrîcr VrS 

Le cnnile, — Oui vraiment**. Mais comment^diaiiir^J 
es-tu pris pour faire fortune ?,, Dans un hôtcL.,,tÉ«tiijri"^^ 
mior*.- bien meublé, ma foi! bien vêtu.,. et^l^S;- 
bien nourri?.. ^ V ^ 

Le journaliste. — Tu vas en juger : je déjeûii? ikù^} 
demi-heure. 

Le comte. ^ Combien de loyer?.* 

Le journaliste. — Trois mille huit cents... el^j«i*J|iis^^: 
nacé d'une augmenta lion. 

Le comle. — Que les temps sont changés ]^;4| 
quelle chance tu as !., 

Le jouriialisio. — Comment do la chance! |t| 
la bia^^ue. 

Le corn le. — Quoi dnnc ?,, 

Le jourualistc. — Eh ! oui.,. 

Le comle. — Serais- tu avocat î 

Le journaliste- ^^ lïieui que ça, 

Le comte. — Comnierr. nt? hrocnnteurî 

Le journaliste, — Tu fipproches. 

Le comte, ^ Allons donc î., charlatan ?.. 

Le jourualiftlOi — Pire que ra. 

Le ceiole. — Est-ce que tu ferais par hasard lè^ 
journaliste? 

Le journaliste. — Uélas !.. que veux-tu ? . . EBWe;fea 
faut vivre. 

Le comte. — Mais , mon camarade , le muticÉ d0"|a 
liito est uu métier de niadiino. * ,.*'■' 

Le jouniiilisle, — C'est un peu vrai; mais que ré 
il faut vivre, ;}- j 

Le comle, — Vous n'avez pas d'idée à vous. Vo^rj 
ne^ ce que Ton vous dit de soutenir.,. aujourdliuLlé^ 
(leniain le noir.., / i, ' 

' Comme h îlcnr tîcs *'!iamps qui fleurît elqul pas!e:il*i*iiJi i 
* Jq suif devenu leitibLililt^ au |téiic.-)ii du dessert* 






f^ï 



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mm 



l'OUVRIfift. 



9i 



Lo Tonmalîste. — n y a du ?Tai,,, mais que vem-luî il 
t«uL vivre. 

J-e comte. — Mais un homme consciencieux ne soutient 
pas le faux ; il ue soutient que la vdrité. 

Le journalisle. — J*en conviens;., mais*, t îi feut vivre. 

Le corn le. — Ainsi , tout ce que vous avez dit du pape , 
des cardinaux , des couvents , tout cela ce sont des blagues, 
et TOUS le savez bien.,. 

Le journaliste. — Oui... mais..* i! faut vivre,,. 

Le comte. — Tant que tu voudras , mon ami , mais la vé- 
rite doit passer avant tout. 

Le j ou ma liste. — Oh! non... nous autres, nous faisons 
passer le confortable avant la vérité. 

Le comte* — C'est abominable L. Est-ce que tous les 
journalistes sont comme toi ? 

Le journaliste. — Ma foi , je crois qu'il jr en a beaucoup. 

Le comte, — La moitié?.. 

Le journaliste. — Ob ! ob ! 

Le comte. — Les trois quarts f ., 

Le journaliste. — Oh ! oh î 

Le comte. — Neuf sur dix?,. 

Le journaliste. — Oh ! oh !., je no pense pas. H y a des 
hommes qui se respectent, des honames de conscience,., 
m^iis,.. c'est rare! 

Le comte* — Allons , bien ! Vous méritez une grande 
confiance ! Pour moi, je te déclare que je ferai part de tout 
cela au public. 

Le journaliste* — Le public L, rien n'est bète comme le 
public... Tu ne seras pas cru. 

Le comte, — B y a public et public. 

Le journaliste. — Nous savons tout cela ; mais Tun et 
Tautre public ne demandent qu'à être blag,.p» 

Le comte. — Allons donc! 

Le journaliste. — C'est comme j'ai l'honneur de te le dire. 

Le comte. — Eh bien , si le public aime la blague , il est 
bien servL Mais je croirai remplir un devoir d'homme cons- 
ciencieux en disant à tous ceux qui peuvent m' en tendre ; 
« Défiez-vous des journaux. Vous n'y trouverez ni sagesse , 
ni philosophie , ni conseil , ni vérité, w Mes auditeurs en 
feront ce qu'ils voudront , cela les regarde et je m'en lave 
los mains. 

Un domestique en livrée. — Monsieur le marquis est servi. 

Cabdibb Le Fbang. 



LES ORAGES DB Li IIÊRB NOIRE ' 



^^ CHAPITRE m 

D ans lequel on verra qiie ce n'est paa tonjonra chose facile 
qne de faire pousser sur la papier un arbre généalogiquo. 
«-^ On signale comme accessoire le rôle immense joué par 
le nez dans rhiatoire de Thumanité. 

On dit que le pipier souffre tout : je ne soïi pas si c'est vrai ; ma il 
s'il seul tout ee qu'on lui imprime aur le corps , ça doit qudqutjfoîs 
lui temblcr bien drdk. 

• Vtiàt le n* de YOtàtritr da 41 wêL 



Dans le temps que je lisait dans les livres , je me souviens en si'oir 

rencontré de sévères. Vuus le eroirei si vous vonlez, vous autres^ nui h 
j'ii va dans les ouvrages de plusieurs savants modernes que rhomme 
n'a pis toujours été un bomme et que dans le comm+^n renient des 
Cummencpuients, — très- longtemps avant k découverte du Kacahout ! 
des Arabes et Finvention des allumettes chinilqucs , — il avAit été 
créé et mis au mande par un singe savant qui devait être quelque 
chose comme professeur de langue orientale an collège de France dt- 
ce tempsdâ ; que ce singe lui-même avait été produit par une autre 
béte d'un ordre inférieur, maisd^une intelligence supérieure, et ainsi 
de suite ; de sorte que le grand -père universel du genre humain serait 
tout bonnement un corail ou une éponge. 

Je sais bien que cette tbéorie aurait Tavantage de nous donner une 
origine beaucoup plu^ ancienne que ne le prétend le curé de ma pa- 
roisse, et qu'à ce com^te^li ma famille aurait quelques milliers d'au^ 
nées d'antiquité de plus. Â c^ point de vue ça fliittt^rait agréablement 
mon amour- propre. 

Comme les messieurs qui disent tout cela sont des gerts d'infini- 
nif^nt d'esprit y et que d'ailleurs feu mon vieil oncle, Pierre Lo^eeau, 
avait coutume de me dire qu'un honnête homme eroit toujours ee 
qu'il lit quand e'est imprimé , je me sentais assez hicliné à faire 
comme U. Michelet ou M. Quinet et i < voir dans chaque bète de 
la création une sœur et une compagne. * 

La mère Loriot, qui ne manque pas de jugement, et â qui j'en par- 
lai pour SMVoir son opinion, me demanda d'abord si je pouvait lui dire 
comment la chose s'élait passée. J'aurais dû lui répondre que je n^j 
élais p.ns et que je Tignorais complètement , mais, comme c'est tou- 
jours désagréable de passer pour un ignorant, ma foi, je fis comme 
bien d'autres et je lui nconlai la chose avec un aplomb et un air de 
lufTlsance, digues d*un licencié ès-sciences ou d'un docteur endroit. 
Voici â peu près quel fut mon petit discours : 

t Au commencement, mère Loriot, il j eut une éponge raisonna' 
ble qui pondit un œuf d'où sortit vne huître. 

* Cette bultre en produisit d'autres jusqu^ao jour où la reine des 
huîtres mit su monde un homard, 

* Le homard, s' étant peu à peu civilisé, engendra Is sardino. 

* La sardine fut mère du hareng, j» 

— t Ë^i'ce le hareng saur? i demartda ma foisinew 

— • Non , mère Loriot , ce fut le hareng frais* 

■ Le h^ireng donna l'être à la grenouille. 

■ La grenouille ^ après de longues réfleiuons philoiophiques , ta 
prit à voler, sous la forme d'un |nerroL 

* Le pierrot , après avoir longlemp volé , jugea qu'il valait mieux 
brouter l'herbe tendre que courir après les hannetons , et devînt un 
innocent mouton dans une prairie. 

* Le moutoa se tlt éléphant. 

M L'éléphant qoi avait beaucoup d'esprit te fît lingc. 

t £nfin , un jour de mardi -gras un orang-outang se déguisa en 
homme. ■ 

~ t Ça ne devait pas être ragoûtant i voir que ce premier homme 
là , * fil b mère Loriot* 

^ i Non ; mais peu à peu la nature humaine s'est embellie , lu 
dis 'je f grâce à la toi du progrès. ■ 

— I Mais , Monsieur Lojseau , comment donc qu'il a eu eetle b^l» 
d'idée de se faire homme ce rat-goûttnt-là T m 

— f C'est quand il s'est aperçu d'avoir des mains , car j'ai lu dans 
un autre ouvrage — et çâ doit être vrai, puisque l'auteur est payé par 
le gouvernement pour nous instruire — que rintelligence a poussé â 
rhcmme avec les mains. ■ 

— ff Ah ! ben ; mais pourquoi doue que les autres bêtes sont res- 
tées des pierrots et des harengs quand elles en ont tu une qui avait 
comme çA de l'avancement? * 

^ t Dam ! c'est que ptobablement elles ne T^uront pas sa. C^est 
d'ailleurs comme les inventeurs, il y en a beaucoup qui se ruinent et 
pa« beaucoup qui font fortune. Vous comprenez bien que la granouUti* 



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L*OUVRIEn.' 



fjui 41 inventé Je véer ae âera fait breveter parle gonYernement (Talors.f 

^ t Sâna faraîtiÎË? t 

"— t Avee garantie ; sans cela^ mère Loriot, U n'y aurait plus de 
progrès, i 

^*f C*p^t jmïû ; tnikh. Monsieur Lojseau, est-ce que Vhommft ne 
proHuîri |(as im^ autre bète supérieure à lui-même comme la sardine 
était iiipéri^ure à Hmître T > 

^ ■ Je m^ altpuds, mère Loriot, déjà tous voyei que nos pères, 
qui dtîiiejit plongé* dans la barbarie du moyen âge, comme dit le 
CoiUiittititmnd , ont eu de tamniix descendants. Ce ne sont pas eux, ' 
nos pères, qui aurait^rvt (rouvé qu'ils descendaient d*un singe. Ils ne 
connaisse! ierît ni le cuir verni ni la pommade de chameau. Ils ne... • 

— I Ab î mon Di'^u, ninn Dieu ; mais avec tout ça, commeut donc 
qu'on n'a pas **ncorj eu rîdi'e d'avoir des petits tout habillés... avec 
un gibus et une crinoline? ta n userait pourtant pas si difficile que de 
faire un mouton avec un pierrot, ou un gierrotavec une grenouille.» 

— w Ça vi+mdra, ça vîeiîdrn^ mi^re Loriot; quelqu'un y pensera un 
de cet jours, vous verrez! IcpUi^ di (Tic Ile c'était de faire la découverte 
et d'ail eurs impnssible n'est pas français, i 

La mère Loriot garda le sMomco quelque temps et se mit le doigt sur 
le net. Je compris qu'elle albit me faire quelque réOexion exlraor- 
(lin^iiremtînt judicieuse; car luut le monde sait que le nez est le siège 
du bon sens comme la bosse e>t l'organe de l'esprit. 

(Vous rieï, vous autres — nn^ doute que vous avez le malheur 
é^ rhunùli.ition d'avoir un w^t ordinaire et médiocre ; miis moi qui 
fuii af^cz heureux pour avoir reçu de la nature un nez d'une dimen- 
sion démesurée, j'ai ete conduil, par les études les plus approfondies, 
h découvrir que la judifii*re des gens se mesurait sur la lon«rueur et 
h proïseur de leur nci r^^spf^cîif. Oui, Messieurs, j'en appelle à votre 
sintiFrilé. Couïbien de foi^ n'avei-vous pas dit vous-mêmes et entendu 
dire d'un bontme de bon sf u:^ : « II a bon nez celui-là ? » Combien 
/e fois u'avvz-vou9 pas dit d'un étourdi f qu'il n'y voyait pas plus 
loin que son n>'7.î » Ne dit-on pis des Auvergnats (et vous savez bien 
pouniuoi) ■ qu'iU ont le opz creuj t » Parmi les animaux eux-mcmcs, 
l«) plu» seni^é de tous n''i-t'il pas un nez de deux mètres? Oserez-vous 
comparer l'inulinct d*uii boule-dogue, qui a le nez renfoncé entre les 
yeuï, avec r^'ai d'un lévrier dont le museau s'allonge avec tant de bon- 
ne grjce et de. dislinettouf Uni. de même que l'oreille estle siéj;e de 
rïitt»^nlion, de lïiAint^ le nez est l'oriçane du jugemc-nt. Quand un enfant 
est distrait , q^i s'avisera de lui lirer le nez et non l'oreilie? Quand 
f out aurpî fait quelque bévue vous arrivera-t-il jcmais , au li<'u de 
tous pratler l'oreille , de vons gratter le nez ! Honneur au nez ! Ah ! 
qiiaod Chrialopbft Colomb dérivu^rit l'Amérique, quand Michel-Ange 
rêvâfit h Ea coupole de Saint- Pierre , quand Napoléon méditait le plan 
de la bnlaillo d'Au^lerlitz , ils ne purent faire autrement que la mère 
Lcriot au n>omi'u( solennel dont je vous fais l'histoire , et je les vois 
tous en esprit, plonj;;és datis m\^ méditation profonde, posant silen- 
cieusemenl la putote de l'index sur îe bout de leur nez. ) 

— i E^ardon, Monsieur bis^eau, mais fjites-moi te plaisir de me 
diro , si votre bisaïeul était un singe , quelle était donc l'espèce de 
tfotrc grand'iuere. 

Je compris toute la forée de l'obj^'ction, car enfîn la première éponge, 
!a pr^mi^re gn nouille et le premier mouton qui prirent, l'un, le 
mourenient , Tauire , des âil^s , et le troisième , une proboscide , de. 
vairiit avoir une eompagn»; ou un compagnon de même espèce pour 
[ nipager la race nouvellt;; t-t i'on ne peut pas dire que l'orang-outang, 
luudateur de la rai:e iium.une, ait engendré par prévoyance , des en- 
Kiuts des deux sexes ^ sans lui dunner plus d'esprit qu'à beaucoup de 
grands hommes àe notre temps qui voudraie \ bien avoir un fils et 
U le lîlle el qui quelquefois n'ont ni l'un ni l'autre. Cet4e supposition 
déranî^erail singulout ment la grinde loi du progrès. J'allais donc tout 
bonnement reavoyer ma voisine à Charles Nodier , qui fait naître les 
papdloo^ d'une feuille d'arbre qui s'envole , quand son chut miaulant 
l«ndremtint à ta parta^ lui rappela qu^elle avait oublié un hareng sur 
bgrilp 



- — «Pauvre Mim< i ! dit-elle , est-ce que tu voudrais aussi détenir 
un homme ? Mais non ; tu a» trop d'esprit pour ça. » 

Et, quand je fus iout seul , je pensai que mon curé m'avait raconté 
la création de l'homme d'une manière beaucoup plus vrais»*mblal»le p 
et je me bâtai de constater par écrit que les ancêtres de Rose Jour- 
d in surnommée la Mère Noire , n'étaient autres que la faible mère 
Eve , et son époux , hélas! plus faible encore , le premier père Adam, 

Là-dessus, je me couchai ; je m'endormis, je fis de mauvais rêves. 
Il me semblait être enfermé dans une cage de fils de fer, avec plu- 
sieurs autres grands hommes modernes de mon espèce , dans le pa- 
lais des singes. Des badauds qui étaient venus au monde tout habillés" 
passaient leur temps à nous eoutempler comme spécimens de l'espèce 
humaine attardée. Ces messieurs constataient à nos dépens la loi dé* 
sagréable du progrès. Agacé outre mesure de leur curiosité , je pre- 
nais des ailes de chauve-souris , et m'envolais par le toit de ma pri- 
son sous la forme d'un mouton à trois pattes , avec une trompe d'é- 
lephant. Enfin, de transformation en tranNformation , j*en étais venu 
à me changer en béte d'une nouvelle espère, vivant au fond d'un écii- 
toire ; mais , heureusement , je me réveillai au moment où ^ de chute 
en chute , j'aillais tomber dans une chaire de professeur, de quelque 
Faculté imaginaire 

Jean Loyseau. 
( La suite au prochain numéro.) 



CORRESPOKDAXCE. 



Nous recevons la lettre suivante : 
« Monsieur le Kcdacleur, 

» Je vous écris la présente à la seuV.» fin de savoir si 
» êtes jésyile, 'et j'ai Thonneur do vous saluer. 

Paul-Théophile Gruau, 
Ouvrier tapissier. 
• Paris, le 10 mai 1861. 

» P. S. — C'est-à-dire si vous ^tes jésuites, voua el 
9 votre clique, je no vous salue pas, » 

M. Pcul-Tlicophilo Gruau, ouvrier tapissier, n'ayant pas 
juge à propos tlo nous donner son adresse , afin que nous 
pussions lui répondre direclemcnl , force nous est de le faire 
dans le journal. Nous fclicilerons d'abord cet honorable cor- 
respondant do la façon laconique dont il sait rédiger uno 
lettre. Certes, voilà un homme qui ne perd pas de temps à 
faire des phrases. O^^^iil à i>^ question , peut-être la conver- 
sation suivante, recueillie par nous sur les boulevards , il y 
a quelques jours , y répondra-t-ello plus éloqucmmcnt que 
do longs discours. Nous lui certifions la parfaite exactitiido 
do ce dialogue, que nous nous permettrons seulement d'in- 
tituler : „ 

Ne crachez pas en Tair, ça vous retomberait sur la atft. 
( La scène se passe sur le boulevard des Italiim, ) 

m PATRON, UN APPRENTI. 

Le patron. — Décidément les affaires ne vont plus. 

L'apprenti. — A quoi donc que ça tient, patron? 

Le patron. — Eh ! le pape uq devrait-il pas faire ce qu'on 
jui dit. Les choses marcheraient. 

L'apprenti. — Tout comme moi,quand vous me conunan^ 
dez... à la minute... voilà I 



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^;»^'v 



rouvitiER. 



13 



Le patron. — Ils sont là une masse de jé^uites... car le 
pape seul est bon, Il avait accordé Tamnislie... il est bon le 
pape, mais c'est tous ces diabicâ de jésuites.., 

I/apprenti. — Comiucnt donc que c'est un jésuite... je 
n'en ai jamais vu.*. 

Le patron. — Tu en as vu plus de mille, animal , mais tu 
ne les a pas reconnus, il faut de l'œil... et toi... 

L'apprenti. — A quoi que ra se reconnaît ? 

Le patron. — Je te dis, il faut de ra>il... ce sont des gens 
qui sont très-bien à Texléricur... 

L'apprenti. — Ah ! bien, patron, Vous, vous n'ôtcs pas jé- 
suite, pristi! 

Le patron. — Plaît-il? 

L'apprenti. — Je dis que vous n'êtes pas jésuite... mais 
qu'est-ce qu'ils font ces gens-là ?.., 

Le patron. — Je le dis, ce sont des jésuites... ça a bonne 
tournure, c'est poli, c'est complaisant... mais il ne. faut pas 
s'y fier... c'est moi qui leur donnerai ma bourse à garder 
à ces gaillards-là... ah! oui, plus souvent que je m'y fie- 
rais... va-t-en voir s'ils viennent... ça vole tant que ça 
peut. 

L'apprenti. — C'est-il comme vous, les patrons, avec les 
clients? 

Le patron. — Ah! ce n'est pas la môme chose. Eux ne 
sont pas ilans les alTairés, ce n'est pas comme moi... tu 
comprends la dilTérence... 

L'apprenti. — Non, mais je m'en rapporte... suffit... 

Le patron. — Et puis, ces josuitos-là , ça vous fait bonne 
mine en face, et par derrière dos grimaces. 

L'apprenti. — Comme vous venez de faire à ce monsieur 
qui vous a acheté une cravache... 

Le patron. — Mais tu comprends, ce n'est pas la môme 
chose... moi* je suis dans les alTaires... tu conçois la diffé- 
rence. 

L'apprenti. — Non, mais je m'en rapporte... suffit... 

Le patron. — El piis ça a l'air d'avoir de la dévotion et 
je l'en donne. 

L'apprenti. — Ah! oui , comme vous avec ce curé... c'est 
lui qui l'a gobée belle quand vous lui disiez que vous alliez 
à la messe... 

Le patron. — Mais ce n'est plus de même, tu comprends ; 
moi , je suis dans les affaires; tu conçois... hein. 

L'apprenti. — Non , mais c'est égal , je m'en rapporte..! 
suffit... 

Le patron. — Et puis... ça ment comme des arracheurs 
de dents. 

L'apprenti. — Ah! mais pour ceh , vous le faites bien 
iijssî, patron; pour cela, je crois qu'il n'y a pas de mal. * 

Le patrori. — Tu ne comprends pas , moi je suis dans le 
Pcmmcrce... tu conçois, animal. 

L fipprenl!. — Qub je conçoive ou que je ne conçoive pas, 
le patron a toujours raison, c est la règle. 

Ua serpent de vilJe. — Salut ! 

le patron. — Ab bien! vous venez à propos. Dites donc 

cet an<ma! ce que i/es*. qu'un jésuite, vous savez cela, 
eus. 

Lo serpent de ville. ^ Il y a jésuite et jésuite , comme il 

ii^^u bon et du mauvais. Quand vous dites à un homme : 
'ues un jésuite, cola veut dire canaille, menteur, voleur, 



cafard, — comme bien des gens que je connais dan^ les 
affaires. 

L'apprenti. — Oui, dans les affaires, comme le patron. 

Lo patron. — Tais-toi, animal. 

Le sergent de ville. — Je vais l'emnitmer au poste. —* 
Mais, pour revenir aux jésuites, je voiis dirai une diose 
qu'on no sait |>as. Un jésuite, de la vr^nid espnee, quoi! 
un vrai, un bon jésuite, ati ! fichtre! *'/ost aulrô rbo*^o. 
Ce sont des hommes, ah ! diantre!... ils sont î;a\ar>lîil fi- 
chtre! ce sont de braves et honnêtes geiî'i, j'en connais, es 
sont des prêtres, j'ai un cousin qui est jr^uic. C'eM un bon 
garçon. On va peut-être l'envoyer en Dune. 

Le patron. — Et pourquoi faire? 

Le sergent dé ville. — Pour prêcher les Chinois el Ici 
convertir. 

Le patron. — Ah! à sa place, je dirais que je veux rester 
au pays. 

Le sergent de ville. — Psft !... Patron, vaus n'y entendez 
rien... 

L'apprenti. — C'est ce qiie j'allais dire. 

Le patron. — Tiiis-toi, animal. 

Le sergent de ville. — Je vais l'emmener an poste. — 
Mais, pour revenir à ce que nous disians ^ ^ non , pas 
moyen, ils ont l'obéissance militaire.., on commande, il 
faut obéir. 

Le patron. — Beau plaisir !... ah! ils m'y prendront,., 
oui, oui, va-t-en voir s'il neige... 

Le sergent de ville. — Mon cousin, vous savez, est un 
homme d'une grande dévotion ; il fait cela pour gagner lo 
ciel. 

Le patron. — Ah ! je n'ai rien à dire, f:h*icun esl [îbro. — 
Mais je n'ai pas été élevé dans ces idéi^s-Ht.., c'est pis ma 
faute, c'est la faute de mes parents : on m'a fourré f^n ap- 
prentissage de trop bonne heure, el avec un diable do 
patron. 

L'apprenti. — C'est donc comme moi? 

Le patron. — Animal, je vais te donner quelque chose... 

Le sergent do ville. — Je reviendrai lout-a-i'beure et s'il 
continue, je Tommone au poste. 

L'apprenti. — Brenn !!... 

Le sergent de ville. — Plaît-il ? 

L'apprenti. — ^ Je dis bien ! 

Le sergent de ville. — A la bonne huiifL^ !,- 

Pour copie c:»;i'.ornic : 

Lh Fbiwc. 



DE LA GRANDEUR DE l/UNIVEItS. 



Êtes- VOUS citoyens de la moderne Babylone, do celle 
grande cité ou se f.iit tant de bien, oîi s{* einrinjot u\n\ dç 
mal, de celle immense fourmilière oîi toiiflHlIonnoiU et s'a< 
gitent tant de ces petits êtres qui se croient si j^roiids; ou 
bien seulement êles-vous venus en passant conlempler la 
capitale de voire pays, il est impossible que vous n*oye^pas 
remarqué combien vous êtes peu de chose iu sein déco co- 



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L'OUVRIER. 



toisu aux 96 bastions , aux 13 forts , aux 10 lieues de tour , 
uux 1,500 rues, au million et demi d'habitants, au sein de 
ce Paris dont le budget dépasse celui de plusieurs royau- 
mes. Le mètre peut à peine vous servir pour mesurer la 
grandeur de cette ville ; mais qu'est-ce que Paris au milieu 
de cette belle France qu^ vous habitez? Elle a 1,000 kilo- 
mètres du nord-ouest au dud-est et 900 kilomètres du nord- 
est au sud-ouest. Elle est habitée par 37 millions d'hommes. 
Et cependant, quelque puissante qu'elle soit, qu'est-ce que 
la France sur ce globe qui a 40,000 kilomètres ou 10,000 
lieues de toiRr ? 

Il faudrait à un homme , en supposant qu'il pût marcher 
toujours droit devant lui, il lui faudrait, dis-je, 3 ans environ 
pour revenir à son point de départ, en faisant sans repos 10 
lieues par jour ; la rapide locomotive mettrait elle-même 
1,000 heures, c'est-à-dire à peu près 40 jours pour faire ce 
trajet. Vous figurez- vous être 40 jours en wagon , roulant, 
roulant sans cosse, sans répit et sans arrêt, avec une vitesse 
de 10 lieues à l'heure ? ' 

Mais si nous élevons nos regards vers ce ciel qui est si 
beau et que nous nous demandions à queÛe distance nous 
sommes, non pas d'un de ces astres lointains, qui, brillants 
soleils, nous apparaissent seulement comme des points lu- 
mineux, ni du soleil lui-même, ni même des planètes, terres 
semblables à la nAtre , mais seulement de cet^ astre , doux 
flambeau de la nuit, notre satellite, qui gravite autour de la 
terre comme la terre autour du soleil , et qui fait partie de 
notre système terrestre , la science nous répondra que la lune 
est à environ 381 ,000 kilomètres de nous , soit 60 rayons ter* 
restres. La locomotive mettrait plus d'un an à atteindre cet 
astre. 

Le soleil est le centre d'un système de planètes qui tour- 
rient tout autour ; ces planètes sont : Vulcain , encore peu 
connue à cause de sa proximité du soleil , Mercure, Vénus, 
la Terre, Mars, un groupe de petites planètes paraissant être 
les débris d'une autre plus grande, Jupiter, Saturne, Ura- 
nus et Neptune, la plus éloignée de toutes. Supposons avec 
lierschell que nous représentions 40,000 kilomètres environ, 
c'est-à-dire le trajet d'une locomotive en 500 heures ou en 21 
jours, par une longueur de 1 centimètre ; voici quelles se- 
ront la grosseur et les distances respectives des planètes. 

Le S)lcil serait représenté au point de départ par un 
globe de 60 centimètres de diamètre , soit une grosse ci- 
Irouille, par exemple ; 

Mercure serait figuré par une graine de moutarde placée 
j 24 mètres de distance; 

Vénus serait un pois placé à 44 mètres; 

La Terre, un gros pois placé à 61 mètres ; 

Mars, une grosse tète d'épingle, à 93 mètres; 

Jupiter, une orange moyenne , à 317 mètres; 

Salumo, une petite orange , à 582 mètres; 

Uranus, une grosse cerise, à 1,170 ntètres; 

Enfm, Neptune serait à.2,300 mètres en nombres ronds. 

Ainsi, vue de la terre , Uranus ferait l'effet d'une grosse 

isc placée à 1/4 de lieue, et la plus remarquable des pla- 

cs, Saturne, paraîtrait comme une grosse orange placée 

'00 mètres. Notre locomotive mettrait près de 6 ans à par- 

» urir l'espace représenté par mètre, elle mettrait donc 102 

•is pour se rendre à la planète la plus voisine et ne par- 



courrait l'espace planétaire entier du soleil à Neptune <ia*Qn 
14,400 ans.Déctdément notre véhicule serait trop lool, lui 
fit-on parcourir vingt-cinq et même cent lieues à riieure. 
et rouragan, avec sa vitesse de 120 mètres par seconde, 
mettrait encore 1,440 ans à franchir cet e3pace. 

Mais que sera-ce si nous passons aux étoiles? Prenons 
les étoiles les plus rapprochées, celles qui, par conséqi^nt, 
brillent du plus vif éclat. A quelle unité compara ces gran- 
deurs? Le mètre, le kilomètre , le diamètre de la terro lui- 
même s'annulent et disparaissent devant elles. Prenons doac 
l'énorme distance de la terre au soleil avec ses 150 nûllions 
de kilomètres : eh bien! l'étoile la plus rapprochée de nous 
en est encore un million de fois plus éloignée et notre loco- 
motive mettrait 366,000,000 d'années à l'atteindre. Quel 
sera donc notre véhicule ? L'ouragan est trop lent , ie bou* 
let , le son lui-même ne volent pas assez vite. Voyons , -lu- 
mière, avec tes 75,000 lieues par seconde, foudre, qui sers 
à désigner la rapidité même! serez-vous assez rapides mes- 
sagères pour nous apporter des nouvelles de ces mondes 
lointains? Comhi^i de temps mettrez-voos ? Pas moins de 
9 à 10 années; et que sera-ce donc pour les étoiles les der- 
nières visibles à l'ceil nu , celles de sixième grandeur ? D 
faudra 225 fois plus de temps,' c'est-à-dire 2,255 ans. Ainsi, 
parmi ces étoiles que nous contemplons , il peut y en avoir 
d'éteintes depuis plus de 1,000 anà, sans que nous puis- 
sions le savoir. Que serait-ce encore une fois si nous pas» 
siens aux étoiles télescopiqœs, visibles seulement à Taide 
de ces instruments merveilleux qui centuplent la portée d^ 
la vue. Nous devrions compter par millions et milliards «Taih 
nées. Est-ce tout? En voilà certes assez pour c<mtoadr« t. 
fourmi humaine, possédant quelques hectares de terre, il» 
corés du titre d'empire russe ou d'empire de Chine. N<mî , ^ 
n'est pas assez i ce n'est rien encore. 

Quand vous avez contemplé le ciel par une splendide nun 
d'été, vous avez reinarqué cette longue traînée blanche qt. 
le traverse comme un fleuve de douce lumière et qu'on ;ii 
pelle la voie lactée. Cette lueur provient d'un amas 
mense , sans nombre exprimable , d'étoiles qui sembl 
accumulées comme les grains de sable sur le bord de In 
Cet amas d'étoiles , dont notre soleil fait partie , est ce qM 
l'on appelle une nébuleuse de forme lenticulaire et il Cbot 
renoncer à figurer les dimensions des espaces que la^m&ièlL- 
de ces astres met des milliards d'années à pareoi:qrir : f^Hj 
bien ! il y a un nombre immense de nébuleuses sembloldii 
à la voie lactée, agglomérations d'étoiles comme elle, mijtii 
étendues qu'elle et qui doivent être éloignées de notre grou^io 
de distances en rapport avec leurs grandeurs; c'est -' 
que leur lumière mettrait des milliards de milliaitb i . 
nées à se rendre d'un groupe à l'autre. 

Je m'arrête; ces nombres écrasent l'imagination et je 
puis que m'écrier : «0 univers, que tu es lErand ! et C30p 
dant je conçois plus grand que toi , car fes mondes nrxt^ 
mulét étant tous finis ne peuvent donsii* «ne le linl, x 
rhoumie conçoit l'infini ! » 

E. G., ancien élève de FËcoti 
Polytechnique. 






\ 



Angers , imp. de Laine frères , rue Saint-Laud , 9* 



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1\' 4. 



25 mai 1661, 



L'OUVRIER 

loornal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



iDVUnSTEATXUN : 

à PABIS. 



SOMMAIRE. 



X 



CE atTE C'EST QU'UN CURÉ , car Loui* ViuiLtOT.— U2f COUP DËFËE 
DANS L'EAU, r Ji^ CniiMo Ke h . ac. - UM AK DE VIE. i^r Jtàn Uo^uni;. 
- LES BOBDS DE LA CANNE , p r Eugone l'Elit- — LES OBAGES DE 
LA M£itE NOIRE, af .'fljii lQTB»aO. 



ABONNCMEHTS D OH AH 
P^AXCI. ..,.«»* 

CoLoirni iT àtmtB P4ii e'oDTMs^im. S CIO 




''^Br: 






ONE MATINKK SUH LES B R D i? DE LA CANNE i Nlèvm. . 
Tableaiî de M. Hector Hâ^oTHAi . — Salon de 1859> ( Faje 31.) 



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Vi 



L'OUVRIER. 



CE QUE C'EST QiJ'l'X CURÉ 



J'avais conru un projet extravagant, dangereux, indigne 
de mon saceriloco. Je voulais, dans Téglise, profilant du 
concours qif aturerait sans doute le convoi de Laurent, et en 
prf^once de son cercueil, sonlagnr enfin mon cœur, me ven- 
ger de trois années de supplices, faire rougir raes paroissiens 
df^'ltuir in,:;ralilu.lo, de leur cruaulo, de leurs vices snuvages; 
leur rappeler tout ce qu'ils m'avaient fait, les accabler de la 
mort d'Elmonde, du meurtre de Laurent, de ma vie empoi- 
sonnée à jamais par eux; et , leur ayant ainsi parlé, quitter 
la paroisse pour n'y plus revenir. L'indignation, le mépris, 
les traits amers, les apostrophes véhémentos, s'agitaient 
dans mop esprit comme les laves d'un volcan près d'é- 
clater. 

Je montai en chaire. L'auditoire était nombreux : ils 
avaient encore unefois obéi au bon mouvement de compas- 
sion et presque de repentir qui les avait amenés au convoi 
d'Edmonde. Je fis involontairement cette réflexion avant 
d'ouvrir la bouche. Je me rappelai ma pauvre nièce; je me 
souvins de sa dernière parole : Faites-leur du bien I Je me 
demandai comment je pourrais m'cxiler de ces deux tom- 
beaux ei purs et si sacrés. Dieu aussi .daigna se faire en- 
tendre au fond de mon cœur. Ce verset du Psalmiste, que 
j'avais lu le matin mAme sans y prendre garde , me revint 
en mémoire : In Domino confido; qvomodo dicitis animœ : 
Tranvwgra in montem sicuf passer F mon âme, pourquoi 
me conseiUes-lu de fuir? N*as-tu plus confiance au Sei- 
gno.nr ? 

Mes résolutions changèrent; mon cœur, éclairé soudaine- 
ment, me dicta des paroles bien diiïérenles de colles que 
j'avais méditées. Je me bornai à dire que Laurent m'avait 
légué le peu qu'il possédait pour fonder dans la paroisse un 
asile où l'on recevrait les pauvres voyageurs. J'ajoutai que 
maintenant, seul et sans famille, j'en aimerais davantage, 
s'il éîait possible , tous mes paroissiens, résolu de les servir 
assez pour retrouver en eux , un jour, les frères , les sœurs 
et les enfants que j'avais perdus. Ce fut tout mon discours; 
mes larmes l'achevèrent. Leurs sanglots, si j'avais pu parler 
davantage, les auraient empêchés de m'entendre. 

A partir de ce jour , le plus grand nombre des habitants, 
non-seulement me supportèrent, mais me traitèrent en ami. 
Quelques-uns de ceux qui avaient calomnié Edmonde et re- 
fusé d'assister Laurent, vinrent me demander pardon. Le 
Maître d'Ecole perdit son crédit, le Maire passa de mon 
côté; il me fut enfin possible d'annoncer la parole de Dieu^> 
et de commencer le combat contre les erreurs et les vices 
qui infestaient cette malheureuse population. Ainsi le 
christianisme germa dans la paroisse sur les tombeaux d'Ed- 
monde et de Laurent. voies cachées de la sainte Provi- 
dence ! 

Ces chers enfants m'avaient laissé deux œuvres à accom- 
plir : je devais, pour obéir au testament d'Edmonde, répa- 
rer la chapelle de la sainte Vierge ; et , pour exécuter les 
dernières volontés de Laurent, fonder un petit hospice. Mais 

* Voir les n^ de VOuvrier des 4» 11 et 18 maif 



toute la fortune des deux fondateurs ne dépassait pas dix 
inillti francs; c'était bien peu. Je commençai néanmoins, et 
ma naissante ponularité fut loin d'en souiTrir. Un cruel évé- 
nement vint l'accroître : le feu dévora cinq x)u six maisons 
du village , entre autres celle de l'homme qui le premira 
avait fermé sa porte è f-.aure»l. Me souvenant du eoounaiH 
dément d'Edmonde, j'interrompis sans hésiter nos travaux, 
,ei je.donnai l'argent qui me restait à ces incendiés, tODibés 
dans une misère affreuse. 

C'est alors que Dieu, qui tourne tout à i wi^i^umplissement 
do ses fins, connues de lui seul, m'envoya la pensée de 
quêter pour remplir ma caisse vide. Les premiers résultats 
dépassèrent mes espérances, et me poussèrent plus loin que 
je n'avais voulu aller. Par l'appui de mon évêque , par des 
oITrandes spontanées, par des dons véritablement tombés du 
ciel, je me trouvai possesseur de trente mille francs» L'im- 
prudence me vint en môme temps que la fortime : je ne me 
bornai plus à réparer la chapelle de la sainte Vierge : l'é- 
glise tombait en ruines , je voulus la rebâtir. 

Vous ne connaissez probablement que trop bien Thistoire 
des curés constructeurs , fondateurs et quêteurs. Je me dis- 
pense de vous faire la mienne , qui ressemble à toutes les 
auti:es. Je menai pendant cinq ^ six ans la vie la plus con- 
traire à mes habitudes. Je fus maçon , charpentier, archi- 
tecte, négociant, couvreur, prédicateur, voyageur, homme 
du monde, plaideur, hélas! J'essuyai des refus mortifiants, 
j'obtins des secours miraculeux , j'eus des consolations et 
des tribulations de toute espèce : le matin j'étais accablé 
d'une dette que je ne pouvais payer, et le soir ma dette était 
payée cl j'agrandissais mes plans , parce que j'avds d^ 
fonds de reste; mais ces plans agrandis finissaient par créer 
de nouvelles dettes qui m'engageaient dans de nouveaux 
voyages, dans de nouvelles séductions, dans de nouvelles 
dépenses. J'en serais mort à la peine , si Dieu , soutenant 
sans cesse mon courage , réparant sans cesse mes étoorde- 
ries , et sans cesse aussi bénissant ma confiance désormais 
inébranlable , ne m'avait mis en rapport avec quelques 
saintes âmes , dont l'ardeur et la générosité me tirèrent 
cent fois des plus mauvais pas. Une dame de Paris , aussi 
pauvre que moi, fit à elle seule plus de la moitié de^^rais 
de l'éghse. Vous pensez bien que mes fatigues me parais- 
saient légères , quand je voyais de tels dévouements. 

Dieu me comblait véritablement de ses grâces. La joie de 
voir s'élever sur des proportions magnifiques , d'un côte 
l'église , de l'autre l'hôpital , n'était rien encore auprès de 
celle que me donnait mon troupeau : ils m'appelaient leur 
père, et la piété croissait sensiblement parmi eux. Le reste 
vint par surcroît. 

J'avais pris mes dispositions pour que les grands travaux 
que j'exécutais tournassent à leur profit. Je les y employais 
presque tous , sous la direction de quelques ouvriers chré- 
tiens , choisis avec scrupule , et dont plusieurs se sont fixés 
chez nous. Leurs maisons , que vous avez vues sur la place 
de l'église , forment un petit quartier entièrement neuf. 
Dans le village, un grand nombre d'habitations furent re- 
construites et assainies. J'ai eu assez de crédit pour vaincre 
des routines séculaires. L'agriculture s'est améliorée , on a 
défriché des terrains absolument improductifs. Un marais 
pestilentiel est devenu à peu de frais un pâturage excellent; 
le nonpd)re des bestiaux a doublé, et cette richesse féconde 



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t^OUVRîEn. 



2Ï 



iri*a permis d'éiabtir ici , comme vétérinaire, un pauvre en- 
fant du pays , que j'avais rencontré dans mes courses, mn- 
lade cl mourant do t'cdm malçré son talent. Il a fait fortune ; 
c*€$t un ctcs grande de la paroisse aujourd'hui , et mon meil- 
leur catéchiste. 

Pour suppléer le curé durant ses longues et fréquentais 
absences, il fallait un vicaire : j'obtins de mon saint évè- 
que un jeune homme plein de zèle et de charité , qui jeln 
les fondements d'une véritable école , c'est-à-dire d'uîie 
école oîi les enfants apprirent à connaître Dieu. Ce n'était 
plus le temps de nous contrecarrer. L'instituteur et les ins- 
pecteurs du Gouvernement y perdirent leur génie : mon 
vicaire avait des diplômes. L'instituteur leva le pied, ot 
nous eûmes des Frères payés par la commune. J'avais fini 
par intéresser à mes onivres , au chef-lieu et à Paris , quel- 
ques personnages puissants , desquels je tirai quelques p^- 
lites faveurs qui ûrent grand bien ici. Par exemple , mes 
ouvriers, s'étanl associés, purent devenir adjudicataires d'un 
pont que le Département a fait construire sur la rivière. 
Après les avoir mis à leur aise , ce pont a contribué à enri- 
chir la commune au moyen d'un chemin qui la relie à la 
grande route,- et qui lui permet d'exploiter avintageuse- 
ment les in iustries nouvelles créées pour le besoin de nos 
constructions. Nous n'étions qu'agriculteurs; nous sommpïi 
devenus tuiliers, chaufourniers, plâtriers. Je crois que nous 
ferons de la soie un de ces jours , car nous avons planté de 
tous côtés des mûriers qui réussissent à merveille... 

J'interromfjis ici le Curé. 

— Ne craignez-vous pas , lui dis-je , do devenir à la fin 
trop riches , et que cette richesse ne ramène les mauvaii:>cs 
mœurs ? 

— Nor, répondit-H, tout cela ne produit pas de fortu- 
nes. Presque tout se fait par petites associations , dont le 
principal et pour ainsi dire l'unique capital est la probilé 
chrétienne. Ce sont môme plutôt des confréries que des asso- 
ciations. Chacun y gagne un peu. On emploie les pauvres , 
et l'on réserve la part des invalides; la charité fait le reste. 
Le grand propriétaire, c'est l'hôpital, qui ne se soutiendrait 
pas , chacun le comprend , sans le dévouement des Sœurs. 

Voici ce qui est résulte de l'aisance plus grande et plus 
générale que nous avons obtenue : ePe a puissamment conj- 
tettu l'avarice, péché dominant du pays; et, à mesure que 
ravaricd a diminué, l'esprit de famille a gagné de la fore»'. 
H. n'était pas rare de trouver des paysans dont l'avarice flf*- 
trîssait le cœur de telle sorte, qu'ils laissaient mourir <!n 
faim, à la lettre, leurs parents infirmes, et se refusaionl 
aux plus simples et aux plus stricts devoirs envers leurs t>n- 
fànts. J'en ai vu des exemples terribles, incroyables. C'éliiiï 
l'avarice (fui produisait ici, et c'est encore elle qui produil 
dans plusieurs des communes environnantes, ces mœurs vt'^- 
ritablement barbares qui semblent ôtre d'un autre peuple ol 
d'un autre temps. Elle est le seul dieu de ces campagnes 
malheureuses. On lui sacrifie , comme à tous les faux dieux , 
des victimes humaines. A défaut de la haine qu'on me por- 
tait , l'avarice aurait suffi, peut-être, pour décider plusieurs 
habitants de ce village, et des plus riches, à renvoyer ï© 
pauvre voyageur qui leur demanda inutilement l'hospitaliU'. 
J'ai connu un vieillard septuagénaire et paralytique à qui ses 
enfants , cultivateurs aisés, ne donnaient pour nourriture qiH3 
les restes misérables de leur repas. J'en ai vu d'autres expi- 



rer, faute d*un m^diramonl de deut à imh frnncs. On avait 
eslinié en conseil de fdmiUe que hur vie ne valau jsas cela. 
Cpi qii*on faisiail pour les nïanx, on le f;iisail aussi pour les 
enfants* La pluparl n apf^rf^naiL'iïl point à hra, aim d"ê(»ar- 
gner les frais d'école; il n'y avaii point dû première com- 
munion , parct^ que Ton cnugnait li'ucheier <ics habïls nowf;? ; 
on ne prenait pas gardo aux ma lai lies , parco que Ton crai- 
gnail d'appeler le ouklecin. Vous ne sauriez imft;:;ir!t*r les 
ravages que faisait ce vice monsirueux ; il dissolvait aLso- 
lu mont la famille* Dans loule maison , tout individu i jn pro- 
ductif , enfant, ou vieillard , ou ui^daiJe , élaii liaï , et trailô 
avec une dureté donl il ne se consolait qu'en haïssant k son 
tour. A père ararff , fila prodtgne. Les jeunes ^îus, lenus 
sous un joug de fer et n'ayanl jamais riH;o ni un rnot ni une 
marque de tendresse, vendaient à de forûces usuriers, |**5S- 
liôrance de leur héritage , pour le dépenser en iliHmuches 
grossrères; puis, mÏRÏs bientiiL par le vice régnant, et pas- 
sant de la prodigalité à Ta varice, ils s^abandonnaienl comme 
leurs pères, contre ces pères euK-mi)nioseL contre leurs en- 
fants, k eetle sordide passion de répirgno, qui les abrutis^ 
sait jusqu'au crime. Çue de fois, considérant leurs fauLes'et 
les maux qu'elles aliiraienl sut eux , j'ai reeennu ces pê- 
cheurs dont parle rÉcrilure , qui dresaent den tmbûchc*; cun^ 
ire leur itrùprfi mmj, et se mr*tbmt m efnbmcade pùar p^rtlrs 
kttrs propre.s â^m^f ( Prov, LIS.) 

La haine régnait parlout, du voisin au voisin, do répoux 
è répouse , et du père n Tenfant* r;.^îrs(fue je cessai d'être un 
objet d'horreur pour ïa paroisse, et que je pus enfin ransùf 
0vec tous les habitanls , je fus consterné de leurs divisînns, 
de leurs rancunes, plus encoro que do Icnjr profouilo igno^ 
ranre. Je me demandai s1l me serait jamais possible de les 
amener h la pratique de la sainte charité. Ah ! tout est pos- 
nMe à Dieu, et la création du monde n'en est pas une 
preuve plus évidente à mes yeux que les ehanj^oments upd- 
rés dans ces âmes. Dès qu'ils curent consenti à venir cher- 
cher mes inslructions a Teglise, cl h rerevoir les avis que 
j'allais leur porter ch^x eut, tout me devînt facile. Les su- 
perstitions furent m-xpiécs ; et les esprits forts sMtant laisse 
battre en plusieurs rencontres ou parmns raîsonnenji^nls oi) 
par ceux de mes ouvriers, perdirent loule cstinm, Omna a 
Tavarice , nous t^eniplnjâmes elle-même ù vaimire nos ava- 
res. Nous leur fîmes mmprendre qu'ils catcufnlint in.il, rt 
qu>n dépensanl <lavûnî&ge ils gagneraient plus. En i hnire, 
M, te vicaire et mot nous étions prt^tres; hors de Ift nous 
étion* professeurs d'économie politique, [ihy.^siniï-ns ^ astro- 
nomes , conteurs, t^tc, etc. Le dtnictinirdes travaux, hommo 
(h foi cl homme d'cspriî, un des plus prôctf^ux cadt\iux que 
f aie re^;us de Diuu, se (U banquier afin de tuer Tusure* Uno 
opération très-simple sur des terrains acîji'lés pour Thrlpi- 
lai , loi donna la faculté de dcj^a^er la pbii>arl des terres , 
en permettant aux débiteurs de se titjén^r par dos fouruitu^ 
ms ou du travail; et tout le monde y gagna, sauf, bien en- 
tendu , Im détestables usuriers, dont on n'écouta guèr<* li\3 
plaintes, 

Entln , mon cher ami , le pays n'est plus rcconnalssaW©^ 
et nos progrès vers le bien sVilendent chaque jour. Ooi , 
choque jotir, quelque adversaire rëraicttrant , quelfpie vieil 
ennemi rend les armes. Ils cèilent ad bien que la religion 
leur a fait; ils donnent do véritables e^emple^î de ^êoiTO- 
sild. Un de nos usuriers a rendu à scfi ncHmeië, avant d# 



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n 



L*OUVRIÉfl* 



mourir, la moitié de sa ridiosse mal acquise, et légué le 
reste aux pau\TGs dans un t^stamenl rendu public par sa 
volonté , pour la plus grande gloire de Dieu. Il n'y a pres- 
que plus d'ennemis qui ne soient réconciliés. On n'abrège 
plus , par de mauvais traitements , la vie des vieillards ; les 
pauvres sont assistés» les enfants sont élevés dans la crainte 
de Dieu. Dans toute maison , riche ou pauvre , quelque innage 
de piélé se monLre en lieu d'honneur, ombragée du buis bé- 
nit de Pâques* L'église se remplit deux fois le dimanche, 
pour la messe et pour vêpres. Quand le curé monte en chaire, 
personne à présent ne quitte le lieu saint; et le petit nombre 
des entêtés qui refusent encore d'eu franchir les portes y 
ont déjà leur place , où ils viendront s'asseoir un jour ; car 
le respect humam , aujourd'hui , veut que chaque famille 
ail son banc à Féglise. Personne ne meurt plus sans avoir 
roî;u les sacrements^ 

La génération qui s'élève vaudra mieux encore. Nous 
avons deux écoles, une de Frères, une de Sœurs; il n'y a 
p,is un polit garçon, pas une petite fille, dans la commune, 
qui n'y vienne exactement. Si un pare de famille refusait 
d'envoyer ses enfants à recèle, il serait, suivant l'expres- 
sion du pays, tnanlré au doigt ^ et appelé mauvais pire; 
mot, pour le dire en passant, qui n'avait pas de significa- 
tion jadis, et qui maintenant serait compris de tout le monde 
dans toute son énergie. Parmi nos enfants, vous n'en trou- 
veriez pas un, en âge de raison ^ qui ne fût en état de vous 
dire ce que représente chacun des tableaux de l'église, et 
les plus pelils récitent les commandements de Dieu. Quand 
un pauvre passe, je vois souvent ces chers enfants lui faire 
l dum^ne, en se recommandant à ses prières* Trois de nos 
jeunes paysans sont entrés celte année au séminaire : ce 
sont les premiers depuis soixante ans; mais d'autres les 
suivront. Vous verrez rhôpital \ il est desservi par une 
petilt^ Gongrégalion qui s'est formée ici même, qui se recrute 
dans le village ou dans les environs, et qui a déjà essaimé 
sur plusieurs points du diocèse* Ces bonnes filles se livrent 
à toutes sortes d'œunes de charité; elles gardent les enfants 
au berceau, font la classe » soignent les malades, enseve- 
lissent les morts et prient pour les vivants, imitatrices, tout 
à la fois, de Marthe et de Marie. Leur maison est trop étroite 
pour ie nombre des postulantes. Grand Dieu , qui m'aurait 
dit que je verrais ces choses ï et j'ai été asseï lâche pour 
murmurer contre les sacrifices dont elles devaient être le 
pml.« 

Le Curé se tut. Je lui serrai les mains en silence; et après 
avoir promené un regard consolé sur Thumble chambre 
d£d monde, nous allâmes visiter les écoles et rhdpital. Les 
détails de celte visite , quoique charmanls , allongeraient 
trop mon récit : je ne les rapporterai point. Ils n'ajoutèrent 
rien à mon affection pour le vénérable curé, mais Us me le 
firent admirer davantage. Sa prévoyante charité semblait 
avoir atteint la limite du possible; lui seul n'était pas salis- 
fait. Il rêvait d'étendre ses conquêtes, et il me développa 
ses plans de bataille contre les paroisses voisines. Il voulait 
que son hôpital devînt un centre oh les inQrmes seraient 
lecueiltis» et les malades amenés de dix lieues à la ronde. 

— Oui, oui, disait-il, jVnlèverat à nos voisins toutes ces 
prétendues non-taleur^, et je leur enverrai, à la place, des 
religieuses <ïui leur apprendront à ne plus dédaigner de leb 



trésors. Es y sont disposés mieux qu'ils ne le pensent. Du 
côté oîi vous m'avez rencontré ce malin, on me hait encore; 
mais de l'autre côté, j'ai déjà des amis. Il faut qu'on m'aime 
partout, afin d'aimer Celui qui m'envoie. A propos, n'allez 
pas dire ici qu'on m'a jeté des pierres : quelques-uns de nos 
jeunes gens ne manqueraient pas de partir dimanche après 
vêpres, pour aller là-bas rendre des coups de poing. 

La journée s'avançait. Je priai le bon Curé de me con- 
duire au cimetière, car je voulais prendre congé de lui le 
lendemain après la messe. 

— Oui, me dit-il, venez prier sur la tombe de mes en- 
fants. Venez remercier Dieu d'avoir frappé sur mon cœur 
comme le fléau frappe sur l'épi, pour en {aire sortir lé grain 
qui doit donner une moisson féconde. 

Les deux tombes étaient voisines; rien ne les distinguait 
de la foule des autres : une humble croix, sans date, sans 
nom, s'élevait sur chacune d'elles. La charité du prêtre 
avait voulu ne laisser place ici-bas qu'en son cœur à ces 
deux souvenirs. ( P^Ue philosophie ) 

Louis Vedillot. 



UN COUP D'ÉPÉE DANS L'EAU 



UNE ESPIÈGLERIE DE M. HAUTErjGUEULB. 



Voltaire , cet honmae «llironté autant qu'impie , a dit cette 
parole : « Calomnions , calomnions , il en restera toujours 
» quelque chose. » 

C'est aussi l'avis de H. Hautengueule. 

H. Hautengueule voulant jouer une niche aux catho-* 
liques, a fouillé dans les anciennes paperasses, et en m 
exhumé un vieux conte , qu^il accompagne tout bomnemeidl 
d'un laiisez-passer. 

Mais non , cela ne passera pas ! 

Voici en deux mots toute l'histoire : M. Hautengueule $e 
persuade qu'il y a eu un pape qui n'était pas un homme, i 
bien une femme. Ce .n'est pas que M. Haulengueuie i 
bien sûr ; il ne risquerait pas deux cents francs pour le -m 
tenir ; mais , encore un coup ^ il se le perstuide, et , qui plus 
est, il n'est pas le seul. Lisez-le , et il vous citera uttedizaioe 
d'individus qui , comme lui , ont raconté cette bourde. 

Plus tard , dans cinquante ans , un des petits - fils de 
H. Hautengueule servira la même tartine à ses contempo-* 
rains , et , à toutes les autorités aujourd'hui allégoAes « il 
ajoutera celle de son grand-papa!!.. Et voilà conoone oee 
gens-là écrivent l'histoire !!.. 

En vérité , c'est se moquer du public , que de soutenir de 
pareilles vieilleries , depuis longtemps au rebut. 

Voici ce que dit sur ce sujet un des plus grands géntesda 
XVII« siècle, le savant Leibnitz, dont le témoignage M 
saurait être suspect en cette matière , puisque , comme tout 
le monde le sait , ce philosophe était protéstani^. 

« Je viens de mettre au net une diss^tation composée 
• dan» le temps où j'étudiais l'histoire dn neuvième siàGli 



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^^^fl 



rOUVRIER.' 



» et oii je rn*occupais beaucoup de discussions théologiques. 
» Je l'ai intitulée : Fleurs jetées but M tombeau de lapapesRs 
9 /eonwc. J'achève de détruire. en cet ouvrage la fable de 
» cette papesse, soit en confirmant les preuves déjà connues » 
)» soit en en fournissant de nouvelles. 

» ...Je réponds aux derniers arguments de Frédéric 
» Spanheini qui, il n'y a que quelques années, entreprenait 
» de réhabiliter cette fable *. » 

Malgré ce témoignage et celui de tous les historiens de 
quelque valeur, vous entendrez encore des gens qui vous 
parleront de la papesse de M. Hautengueule. Bonnes gens !!. 

Candide Le Franc. 



UN M DE VIE on LA NUIT AUX MERVEILLES. 

( BÉGIT FANTASTIQUE ) 



Le 1«T novembre de Tannée 1718, vers les neuf heures du 
soir, un jeune homme longeait tout pensif le portail de la 
vieille église de Saint-Séverin. Son riche costume , où le 
velours le disputait à la soie, Tépée incrustée d'or suspen- 
due à sa ceinture et le chapeau orné de plumes qur ombra- 
geait sa tête, dénotaient en lui un haut rang. C'était en effet 
le comte de Y..., jeune seigneur de la cour du. Régeùt. A 
la vérité, sans ces insignes d'un rang élevé et la distinction 
de ses traits bien connus, la démarche lente et l'air abattu 
du comte, si différents de l'attitude pleine de fierté , de l'air 
dégagé, du regard insolent des roués de l'époque, auraient 
~pa faire douter aux rares passants qui lui cédaient le haut 
du pavé, tout en se hâtant de regagner leur logis, que ce 
silencieux gentilhomme fût celui dont on vantait partout 
les fêtte élégantes ^t les folios joyeuses. Le comte de V..., 
élevé par une pieuse mcre, demeurée veuve, avait reçu au- 
près d'elle une éducation chrétienne. Sa conduite régulière 
et son assiduité aux devoirs religieux avaient fait de lui, du- 
rant les années de sa première jeunesse , la consolation et 
l'orgueil de la comtesse , sa mère. Mais bientôt la fréquen- 
tation de jeunes débauchés de son âge, le goût des plaisirs 
du monde, la dangereuse facilité que lui donnait sa fortune 
de satisfaire toutes ses passions, en corrompant ses mœurs, 
avaient détruit sa piété et ébranlé sa foi. Il vivait déjà dans 
rmdifférence, en attendant qu'il vécût dans l'incrédulité. 
Les spectacles, les concerts , les ballets ^ les orgies lui pre- 
: liaient tout son temps; il ne lui en restait plus pour Dieu et 
^ pour réglise. 

C'est précisément au sortir d'une de ces orgies, où, mêlé, 
i^^i Ujsôciété la plu* suspecte, il avait bu à Tentière exlinc- 
iiôn de ses remords, au bruit des rires impies et des plai- 
: *=anleries graveleuses, que nous le trouvons, le front sou- 
l deux, en face du porche de Saint-Séverin. Qu'il fut triste, 
^ ob l je le coDçcffs. Pour ma part ( l'explique qui pourra ), il 
[• lii'arrive rarement de revenir joyeux d'une réunion où j'ai 
;Ti, inème innoceninienl, d'un repas où j'ai bu et mangé, 

* Œuvres , tome II,- page 2S4 ; JMm au P. Debasset* 



même modérément- Combien pUis cela doil-il *^lre, qimnà t 
retenue et la Icmpémnoe n'ont pas trouva place au feàliTi. 
Le comte de V... avait, ce soir-là , un moiif particylîor Jt 
tristesse : échauffô par lo vin, il avait eu une violente alter- 
cation avec l'un do ses amis cl ravait quitté brouillé. C'e.s: 
môme ce qui» l'avait tliicid^ k prendre con^^é sîtiît de ici 
joyeuse compagnie; car d'onlinaîrc, ces dobauchcs si corn- 
plaisamment décrîlos par la Hudraturedu XVII^ siècle sou< 
le nom de Soupers de la Hégcjice^ se prolongcaiont fort avani 
dans la nuit. 

Tout-à-coup le jouno gcnlilhommo leva la tète : unr 
douce mélodie, s' échappant des murs du vieil édîGce près 
duquel il se trouvait, avait frappé ses oreilles et inicrrompu 
sa rêverie. Ces chants otaienï pioux, suaves, péuélranlâ» 
Sans qu'il put se rendre complo d'oiï leur venait sur son 
âme celle particulière inQuenco, ils rallondrissaient. Fran- 
chir la porte fut l'affaire d'un moment. Qu'élaienl ces chants 
et pourquoi se faisaient-ils entendre à celte heure tardive ? 
Le pauvre jeune comte avait oublié , au milieu de ses plai- 
sirs, que l'Église célébrait ce jour- là la fôle de tous les 
saints, et l'office qui avait lieu en ce moment dans Téglise 
de Saint-Séverin, était celui de Fantique confrérie de Noire- 
Dame-d'Espéranco. L'assemblée était nombreuse et chanlait 
des cantiques. Le comte de V„,, qui depuis longtemps n'a- 
vait pénétré dans un lieu aussi saint, éprouva d'abord 
comme de l'embarras de se voir dans une église. U lui 
semblait que tous les assistants ^vaionl les jeu s fixf>s sur 
lui et se demandaient , à part eux , ce que venait faire cet 
intrus. Humilié, confus, quoique toujours sous l'impression 
mystérieuse de la musique sacrée, il so glissa sons les voûtes 
sombres, se cacha dans un coin obscur, derrière un pilier, 
et se tint là debout, cherchant à reconnaElre pourquoi lo 
cantique si simple qu'il entendait^ l'émouvait malgré lui, et 
le dominait, quoi qu'il fît. U senlait des larmes monter de 
son cœur à ses yeux. Le secret de cette irrésistible .émotion 
que celui-là môme qui réprouvait, ne pouvait encore dé- 
mêler, ami lecteur, je vais te le dire. Les réminiscences 
d'oreilles,, fussent-elles môme confuses, sont les plus puis- 
santes qui soient; le tinlement bien connu d*uno cloche, 
quelques notes, souvenir d'enfance, doux bruit, si lointain, 
si faible qu'on en a à peine conscience, en voilà assez pour 
nous enlever brusquement aux préoccupations présenles et 
nous transporter, sur ies ailes de T harmonie, dans je ne sais 
quelle région enchantée* Le comte subissait, sans le savoirt 
celte influence des souvenirs s'éveitlant dans la mémoire 
Le cantique qui le charmait, il l'avait entendu le jour de sià 
première communion ! 

Peu à peu, ses sensations, jusque là vagues , se dessinè- 
rent et prirent corps ^ sa pensée, un moment hésitante, re- 
trouva pied; la lumière se fit dans son esprit; il se rappela 
en quel jour et en quelle circonstance ce chant avait retent i 
pour la première fois devant lui. Comment dépeindre es 
que lui fit éprouver la. révélation subite de ce clair souve- 
nir? On raconte du malheureux général i|ui fui chargé, en un 
jour d'égarement; d'entraîner ie pape Pie Vil captif que, sur 
le point de porter une main sacrilège sur le vénérable pon- 
tife, il lui sembla voir apparaître sa première communion, 
c'est-à-dire ce jour béni cuire tous, oîj il avait le .cœur pur, 
où il aimait Dieu, où il respectait ses ministres. Ces souve* 



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L'ôuvRren.' 



nirsfit d'antres ^cmblableâ, auxquels slid joignait la pensée 
cl'un« mère, jadis si hoafease, aujourd'hui désolée, Iraver- 
ièrenl rapUlement T^sprii ému du jeune prodigue. Il n'es- 
saya pins do contenif se» pletBrs'; i\É coulèreiil à ftols ; ils ne 
foidil pfus ses gonoux; des jambes ployèrêûl d'elles-mêmes 
sous rémoHon , ei prosterné sur la dalle nué , la tête dans 
Jes mams, i! se prtt à penser, à prier, à rêVer. Oîi r éomme 
les moriienls loi partrfdrit courts on plutôt comme M marche 
du temps lui devint ittsërt^ible f Absorbé, immobile, il ne 
voyait plus, il ne sentait plus; il vivait de cette vie étrange, 
mi-^xtntîqwe, mi-réelle, durant laquelle il semble que Fâme 
erre dans les espaces ^an^ le secours du corps devenu une 
mB$m inerte* Les ïieures ^'écoulaient , les chants avaient 
cessé; les saints offîr es étaient terminés; le peuple (ïdèle se 
rétiraît; ïe comle ne bougeait pas, on l'eût cru nvé au sol. 
Los officïf^TS de Te^'lise, avant de fermer les portes, procé- 
dèrent à teur ronde accoutumée, faisant résonner leur lourd 
trousseau de clefs pouf réveiller, s'il en était besoin, les re- 
lardaloires assoupis; ils furetèrent dans tous les coins, pro- 
jetèrent la lumière de leur lanterne derrière toutes les co- 
lonnes; plus retirée et plus épaisse, celle qui cachait le 
jeune seigneur, obtmé dans les rêves et dans les larmes, 
échappa seule à l< ors investigations. Et bientôt les portes 
massives, roulant H grinçant sur leurs gonds, renfermèrent, 
en retombant, dans les murs déserts dû saint lieu, le nou- 
?eâu pénilent toujours immobile. 

Rien ne rompit le charme qui le retenait ainsi comme par 
delà le monde crr^n, jusqu'au moment où, croyant entendre 
sonner minuit h l'horloge de l'église, il s'aperçut pour îa 
preniièTc Cois de sa solitude. Étonné, sa première pensée fut 
de se lever pour sortir et il allait accomplir son dessein, 
lorsqu'il en fui empêché parle spectacle étraùge qui sou- 
dain frappa ses yeux. 

( Ici le narra leur sent le besoin d'ouvrir une parenthèse 
pour protester à Favance de sa véracité dans les détails qui 
vont suivre. On ne voudra pas le croire, il le sait; on l'ac- 
éusera d'imposture on tout au moins on traitera son récit 
de conte de bomie femme. Je ne demande qu'une chose : 
qu'an me lise Jusf^'au bout et peut-être qu'à la fin , con- 
vaincu, Von dira : Si no vero, bene trovaXo. Si ce n*est point 
©rai, feM bien imaffîné.) 

Dune, à ce mrnîe coup de minuit qui devait, ce semble, 
faire cesser la cafilivilé de notre héros, voici ce qui, en le 
glaçant d^elTroi , l'enchaîné do nouveau au sol. Les cierges 
chi maîlre-autel sY^taient allumés, sans qu'aucune main vi- 
sible en eut approché le feu; la sonnette de la sacristie, 
dcslinëe à annoncer les messes, s'était spontanément agitée, 
et un prêtre, vêtu d'ornements sacerdotaux noirs, précédé 
d'un clerc également habillé de noir, s'avança, portant les 
vases sacrés, pour célébrer le saint sacrifice. En même 
temps, toutes les portes du temple s'ouvraient sans bruit et 
par chacïino d'elles pénétraient lentement do longues files 
de personnes qui , a la lueur inccriame des cierges, appa- 
rats^atent comnie tuicliées sous des linceuls^ plus semblables 
I de liloncs fantOnies qu'à des hommes. La mystérieuse pro- 
tesbitm remblai i glisser à fleur de terre plul:5t que fouler le 
pavé qui , maigre Taffluence toujours croissante, ne rendait 
ûucuD son sous k's pas des nouveaux venus. Ce fut seule- 
ment lorsque régliâo se trouva pleine, à l'exception du coin 



étroit où se trouvait le jeune comte, et que chacun eut prit 
Fa place pour assister à la lugubre messe, que ce silence de 
mort cessa pour faire place, un instant, h un bruit plus ef- 
frayant encore. La foule fantastique s'étant agenouillée d'un 
mouvement unanime, on entendit pendant quelques minutes 
comme un fracas d'ossements qui ^'entrechoquaient. Le 
éomte é(ait terrifié : tout jeune brave qu'il était, le sang se 
figea dans ses veines, les cheveux se dressèrent sur sa tête 
et une sueur froide inonda son corps. U fut longtemps sans 
oser fixer ni l'étrange célébrant , ni aucun des membres de 
la non moins étrange assemblée. Quand enfin il l'essaya, ce 
fut bien pis encore et son effroi ne connut plus de bornes; 
peu s'en fallut qu'un cri lui échappant ne vînt à trahir sa 
présence. Le prêtre qui montait à l'autel était un vieillard 
décrépit, infirme, au visage blême; le comte ne pouvait le 
méconnaître; c'était bien un sien grand-oncle, de son vivant 
prévôt du chapitre de Paris, mort, — il le croyait du moins, 
— depuis plus de quinze années. Et pour qu'il fût bien établi 
que l'officiant était un défunt sorti un moment du sépulcre 
pour présider cette cérémonie doublement funèbre, le calice 
dont il se servait était de bois et la patène de plomb , en 
tout semblables à ceux qu'on avait coutume de déposer 
alors dans le cercueil des prêtres. De plus en plus épou- 
vanté, le malheureux que sa mauvaise fortune rendait spec- 
tateur involontaire d'une messe de trépassés, voulut détour- 
ner les regards et les ramener sur l'assistance; mais là 
encore nouveau sujet de terreur; les spectres (je ne puis 
leur donner un autre nom) avaient tous rejeté leur suaire 
et il n'avait autour de lui , devant, derrière, de côté, par- 
tout , qu'une multitude grimaçante de squelettes affreux. 
Dieu voulait sans doute parce spectacle impressionner celte 
âme mondaine , inspirer des pensées sérieuses à ce4 esprit 
loger, et châtier, en le saisissant de crainte, ce cœur jusque 
là tout au péché. Ce fut du moins la réflexion que se fît le 
comte et qui l'occupa, en le soutenant un peu durant la céré- 
monie. La messe se poursuivait sans incidents, si ce n'est que 
la voix du prêtre , toutes les fois qu'il l'élcvail pour prononcer 
les paroles qui doivent être dites sur ce ton, avait je ne sais 
quel accent sépulcral, et que, toutes les fois qu'il fallait ré- 
pondre, la sinistre assistance le faisait en chœur, mais d'une 
manière si lugubre qu'on eût dit un concert de gémisse- 
ments. La consécration était commencée, le prêtre en pro- 
férait les prcinières paroles et il semblait au comte, malgré 
lui attentif, qu'il les répétait à plusieurs reprises , comme 
si quelque force secrète, cadenassant ses lèvres, l'empê- 
chait de poursuivre et de compléter la formule sacrée, lors-- 
qu'un sanglot retentit. C'était le célébrant qui , vaincu dani 
la lutte et impuissant à achever, se retournait avec colère 
du côté du peuple à genoux et anxieux : « Malheur, s'écria-^ 
t-il, pauvres âmes souffrantes, bien-aimés frères, malheur I 
C'est en vain que j'essaierais de continuer une messe qi 
ofTerie par nous en ce jour, nous aurait ouvert les portes d 
ciel ; il y a ici un profane , un vivant, un pécheur dont II 
présence maudile me contraint d'inlerromfye le salutai 
sacrifice. Mais qu'il sache cet impie , qu'il sache que, po 
prix de sa témérité. Dieu, dont il a troublé les mystères, i 
lui garde plus qu'une année de repentance et de vie : da 
un an, à pareil jour, à pareille heure il mourra !» — te Mai 
heur, malheur ! » reprirent à leur tour d'un ton lamenta b 



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.J P lllk !'■'«* ■ 



^4. ■» fit ?•'*>'■. 'iiî- •* 



rou^vairaR. 



M 



les revenants consternés, et ies échos de Tédifice, répercu- 
tant la plainte, murniûrèrenl: «Malheur, malheur!» 

Biais le comle n'entendait plus rien. A Tôuie de la terrible 
^ntenco, il s*élail évanoui et son corps glacé gisait insen- 
sible. 

Jean Lagavnb. 

( La suite au prochain numéro. ) 



lU BORDS DE U CAKKE. 



De tous les sujets que le pinceau peut reproduire, il n'en 
est point, selon moi, dont les beautés soient plus facilement 
comprises de tout le monde que les scènes de la nature. La 
raison en est que pour saisir les perfections des œuvres de 
ce genre, il n*est pas nécessaire d'avoir observé beaucoup, 
ni d'avoir réfléchi longtemps sur les lois du beau, il sufHt 
de n'être pas né aveugle. Qui de nous en effet — fussions- 
uous Parisiens et des plus entêtés à ne jamais sortir des for- 
tifications élevées par M. Thiers, — qui de nous n'a suffi- 
samment traversé la campagne pour en avoir au moins 
deviné tous les aspects?... Cette facilité de mettre dans nos 
souvenirs la copie en présence de l'original , explique la 
faveur dont jouissent les paysages dans les expositions de 
peinture ; elle explique en particulier le succès du tableau 
de M. Hector Hanoteau, au salon de 1859. Nul de ses admi- 
rateurs peut-être n'avait jamais vu les bords de la Canne ; 
mais tout le monde a compris que la lumière qui pénètre si 
vive à travers l'épais feuillage des graods arbres est bien 
cette clarté brillante qui présage une chaude jouniée d'é:(' ; 
tout le monde a saisi le naturel des poses diiïérentes des 
bœufs qui se désaltèrent ; et il n'est pas jusqu'aux hoche- 
queue, aux vives bergeronnettes, ces oiseaux amis des trou- 
peaux et des ondes fraîches, qui n'ajoutent un charme do 
plu3 à la vérité du tableau. 

EUGÈKE Pénel. 



lU MAGES DE LA MERE KOIRE ^ 



CHAPITRE III. 



Un nom. 



Elle appartenait donc â la plus ancienne et a la plus respectdbl* 
famille du monde, )a bonne Rose Jourdain : et, si nous voulions faire 
de b bcience , nous pourrions dire ici les noms de plusieurs de ses 
ancétjres qui vivaient il y a quatre, cinq et six mille ans. 

Nous pourrions donner la date de leur naissance et celle de leui 
m7rt. 

^uu9 poprrions prouver nos dires par un déluge de citations el 
remplir de notes la mo lié des pages, mais le bon sens et Timprimeur 
BOUs leronl un devoir de nous en abstenir : celui-ci, Timprimeur, IlOU^ 
ofcferve que la composition des notes marginales coûte trop cher, el 

^ Voir le»^ te Al et 18 mai. 



celui-U, le bon sens, nous dit que \e luxe de science coûte trop bon 
m»rrhé. 

Du grand bisnleul de toute h rare humaine â Noé noussAiitokis donc, 
â pîpd- joints, deux mille ans etTiiisloire de dix palriarcbes : ce dont 
le lecteur ne saurait, s^il est raisniuiaUe, ufm% savoir [^ moindre niau^ 
v^iis gré, et nuus arrivons au déluge aijyoluuit^nt comme le dé*irait 
M. Perrio-Dandin, de la comédie des PI udeurs. 

Par exemple, échvaut pour des lecteurs frunçiiif, nous ne pouvons, 
en conscience, nous dispenser de ronslaier lei que tt^putF No*^ U y t 
entre eux et Kose Jourdain uae btfurcatiuii d;in^ iVbregénttutogîqQe. 
Vous autres vous descendez de Japhet, et inius, — vous vous smu venez 
que Rose était Bretonne, — nousdesceiiiiijiiieQhgne dirtîaeUçiâ«tfi| 
le fils aîné du fécond père du genre huuiain. 

Ma race aux longs cheveux est fïUe dn PAsié , 

a dit un de nos poètes, et ce fut Sem qui peupla les contrées orien- 
tales, comme tout le monde le sait. 

Maintenant, pour vous dire comment ks Aàluliques sont v<^nus 
peupler TArmorique; comment TÂrmorique ^si devenue la Llrelagne^ 
comment notre Rose au lieu de se nommer W^ Sem, portait La nom 
de Mlt« Jourdain; franchement, c*est une làHie au-iJetsus des forres 
d*un simple mortel. Nous pourrions suivra d'illustres exemples ; tthis 
nous aimons mieux écrire Tbistoire que de la faire; c'est piusdiâlvilo, 
mais c*est pUis honnête. — Voilà 1 

Un des petits-fils de Sem, donc, qui se gent^il rhymeur vopgense 
et aquatique, et, comme Noé son ancêtre ^ des cfl^postLÏLjns â li oisiga- 
tion, Oba, — il y a de ce^a environ un siâtit; el dt^mi^ — ^^avont^rer sur 
les ondes ferdâtres de TOcéan en qualité iln mouss:^ dans une coquille 
de noix appelle Lougre qui partait du port àv Bitiîc;., 

Le Lougre déployant sur son joli petit corpis tiJM âm\ immenses 
ailes tr<jpézoIdales , par ua bon vent, à Taurore d uo h^im jour d'a^ 
vril, filait je ne sais combien de nœuds â Hi^'ure en ^'È[ic]îfi.uit sur 
les flots , comme s*il çûl voulu , par coquetterie , &e aiirer dans les 
ondes. 

Je ne dis nullement ceci pour engager nies lectrices à f^ire de 
même. D'abord, je crois le conseil supertia et , ensuite , fiiut-il le 
dire? ces blanches voiles du chasse-marée qui di^fJDr.iiiiSiLUt k rhori^ 
£on, pares de loin et candides comme le plmiii^e d'un tvgne; h qui 
les regardait de près î<'élaient autre cbo&i^ que deux loilos riipi^t:êes, 
cousues avec des ficelles et tacliée^i de gnudroii. — SrnihLblus â hmii 
des figures humaines et à bien des rcpubtfonsauïâi hi^bs \ 

El le Lougre glissait sur Tonde, en couôiit vtrs le nofd-oaeat; il 
s'en albit gaiement sur le banc de Terre -Ntuvc pèelier ha dusc^n^ 
dams d'un autre être qui n'avait eu nul htioln dV'iiirer dam rardie 
pour échapper au déluge. 

Le mousse se nommait Yvonnet Jourdciia, 

Il pécha beaucoup de morues. Ut pluisteurs excellents voyages, 
grandît, se maria, eut un fils et mourut A[irè& avoir vé^u quyjan(e 
années en parfait honnête homme, laboneux et chrétien comme im 
vrai marin breton. 

Son fils suivit — j'allais dire ses traces ; niai^ rOi-énri est semblable 
au temps qui ne conserve aucune empreintt^ de notre existence el dô 
nos mouvements d'un jour. — Son fils suivit les exHiuples palcrmils * 
il vécut comme avait vécu sou père , pijtlia , se uiciria , et mourut 
comme lui. 

Et tous, de père en fils, laborieux et bons, tous vigoureux et hon- 
nêtes pêcheurs , tous vivant du travail de ttiurs umirts endurcies, et 
faisant vivre sans en tirer aucune vanilé et ïani faire de grande et 
d'illicites profits, des milliers de leurs senibLiblps — qui ne savent p4S 
combien de dures nuits, combien de longues lieunts passées h lutter 
avec Torage, combien de fatigues, combien Je vies irbouinieâ quelque- 
fois a coûté le plat de morue qu'un leur ^ert à dîner, — loiis, dis-je, 
vécurent ainsi sans autre repos que celui il - pèt:hcr de temp$ â autr« 
le hareng et la sardine, sans autre distraction que ccUe de donner do 
temps 4 autre la chasse à TAngLiis 



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L'OUVRIER» 



1 



Tel pst Tarbre généalogique de Rose Jourdain ; tels furent ceux qui 
luî léguèrent leur nom , pour qu'il devînt le sien et qu'elle le portât 
jusqu'à la tombe. 

Un nom ! — Vi>ui antres qui lise£ ces p^«s, vous étes-vou8 demandé 
qw Iquerois e^ que ^ ouhil dîm un nom ? 

JJ ^sl des choses en ce monde au:t 'Quelles l'homme n'attaché que 
peu ou pas d Import^ince elqui sûtiL le point de départ, pourtant, d une 
multiUide de f LHim'qneDces prjlîqu^s ga[i& It^squelles la 60ciélé humaine 
deviendrait parfaitemetit impossible. 

Tel ^st riATet de faccûiitLiniancti : elle nnos rend peu à peu les objets 
familier» et tellemf nt familiers que nous m f- connaissons parfois la gran- 
deur d'un bienfjit reçu, uniquement parce que ce bienfait est deveinu 
l'un des éléments essentiels «t quotidiens de notre existence. 

Voilà ce qui nous arrive souvent au sujet du nom que nous portons, 
et voîlà ce qui ne devrait pas être, car il n'est rien au monde qui soit 
plu» respectaLle et doive être plus légitimement respecté. 

Un nom, mes ami^, permettez-moi de vous le dire, n'est pas seule- 
ment une (Cliquette {!ollée sur uo flacon dsns la boutique d'un pharma- 
cien. Si ce n'était que cela , ce serait àéyi quelque chose pour celui 
qui désire ne pas confondre le boi'al du sucre avec celui de Tarsei.ic; 
mois c*est plus que ceb. 

Un nom : re n^Kst pas seulemerit renseigne que chacun porte avec 
soi , pour fdcilircr a feux qui Iq di^sirent ie moyen de se mettre en 
rapport avec lui. Si ce n'étuil que ci^b, ce serait déjà quelque chose 
pour Tadjoinl qui nousiiiscrilsur les r^*^îslres de rÉlat-Civil, pour le 
curé qui nous bapLise, pour le maiire d'école qui nous instruit, pour 
le patron qui nous occupe, aucun d'eux ne pouvant remplir son mi- 
nistère prés de nous si nous n'eussions, au préalable, reçu le bénéfice 
d'un nom. Si donc un nom n'était que cela, ce serait quelque chose ; 
mais c'est plu;; que cela. 

Un nom : ce n'est pas s*'ulement le petit dénonciateur muet qui 
rappelle — au percepteur des contributions l'obligation où se trouve 
le contribuable de paver sa cote personnelle et mobilière; — à M. le 
maire, le moment, Theure précise ou nous devons tirer au sort pour 
Ij conscription. Si ce n*était que celi, ce serait quelque chose, puis- 
que pour les particuliers» toutes ces oljlîg'*lions, malgré leur cOlêdé- 
sagi'éabk, concourent au bien générdl, mais un nom est encore plus 
quf^ cela. 

Uu individu sans nom pourrait-il se marier , recevoir un emploi , 
être inscrit au bureau de bienfaisance, admis dans un hospice? Ne 
lui feraiUon p^s des difficuHés môme pour l'enterrer s'il venait à 
mourir. Lorfi donc que ceux qui nou^ ont donné notre nom ne nous 
auraient pas rendu d'autre service, ce serait déjà quelque chose; 
mais un nom vaut encore plus que lela. 

lin nom : c'eât I>l portion la jlus précieuse et la plus sainte du pa- 
ir iukoinc que nous ont transmis nos pf^res; c'est la couronne glo- 
rieui^e qui p^iit et qutdoil anoblir la pln« humble vie; c'est un dépôt 
s.'icré que ch^icun de nous reçoit pour le conserver pur et le trans- 
nifUre sans tiiche. 

Quand le Maître et Seigneur du monde eut pétri de ses mains 
Taigile humaine «l que, souillant sur elle, il eut dans un corps fra- 
gile allunui la flauime de b vie, à cet être nouveau sorti de ses 
\m]m il donna un nom qui^ selon les savants , est la racine du mot 
fCHu. 

Chaque famille ensuite, comme une source alimentée par le grand 
fleuve de rhum^nité, reçut un nom pattuulier d'un autre «de ses au- 
teurs £l doit porter ce nom comme une bannière immaculée au sein 
de la grande trmée du monde et sous le drapeau général de l'huma- 
nité. 

DoHC, on peut être fier de porter le nom d'homme , parce que 
r homme est à i'iuja^>i dtï Dieu. 

On peut ^Ire fier de porter le nom de Français, parce que la France 
est la naiion qui tient le premier rang parmi celles qui sont assises au 
bioquet de h gloire. 

Utis on peul t IVn d^'it être fier aus^i de porter un nom qui, 



transrais par de nobles ancêtres, nous est arrivé sans souiUuro et i»nt 
honte pour servir d'encouragement à toute notre vie. 

Et que m'importe à moi que mes pères m'aient légué coMme ni 
frivole héritage un nom doré sur tranche; et badigeonné das i't\m 
fastueux de duc ou de marquis. Ma gloire; cVst d avoir un nm. 
propre, — et la grammaire elle-même m'enseigna que tH il doit éln 
porté par moi. Je n'ai ni besoin ni envie d'appartenir â ces famille I fa- 
cettes, dont le monde parle avec emphase, parce que des poches per- 
cées de je ne sais quel grand-père avare tombcreni, je ne sais quand, 
sur une posiérité rapace, je ne sais combien de millions m.il acquis. 
Je ne soupire pas après l'honneur mal-propre d'iHre le fds ou k nt- 
veu d'un banqueroutier célèbre, d'un usurier adroit, ou d'uit.<%pécoli- 
teur heureux. Ma richesse et ma gloire à moi, c'est de siiccéd»'r àdci 
ties que le travail rendit utiles et d*béritor d'un nom que nulle aclioa 
mauvaise ne ternit. 

Non, je n'ambitionne pas les couronnes héraldiques des comtes ni 
des barons, conquises souvent au prix d'une bassesse dans le paUiâd im 
roi ou achetées à prix d'or par quelque riche mai hand au marcàj 
des vanités humaines. J'estime cependant une nob'.csse qui doit $m 
premier fleuron au courage militiaire ou à l'honnêti ic civile ; un noti-l: 
dont le nom date d'un service rendu à son pays jKir ruéroîsme d'un 
ancêtre illustre; un nom ramassé dans le sang sur les champs de ba- 
taille, ou anobli par les gloires d'une longue vie p js<ée dant la pef& 
que et imposante fonction de rendre justement la juslice. Je comprend} 
qu'on puisse être fier encore déporter de tels noms; mais n'oa(-eII*ïi 
pas aussi leur gloire, ces familles inconnues des hommes dont 1 histoire 
n'est écrite dans aucun livre , dont lexislence a coulé de géuératîoû 
en génération sans bruit et sans renommée, et qui ont porté le monde 
sur leurs fortes épaules pendant des siècles et des siéles encore; ce» 
(amilles qui ont nourri les grands de la terre en creusant de dun 
sillons sous les ardeurs du soleil , en exposant des vies précienseï 
parmi les places du pôle pour en rapporter TijlinjiMit qui doit nour^ 
rir les (hiir>nniers et Tes rois; ces familles qui, sous le fardeau àt 
la chaleur et du jour, .^t porté courageusement d'âge en âge enlr^ 
leurs mains calleuses le sceptre du travail et à leur fiont un diidèm<^ 
de sueur? 

Prit ti ! eût dit mon oncle Pierre Loyseau ; voilà aus&i de nobl^ 
vies, voilà de nobles ancêtres... Eh bien! tels furent ceux de Bosi 
Jourdain. J 

Vous ne vous attendiez peut-être pas â cette manière de reTtiur I 
mon sujet; s'il en est ainsi vous me permettrez bien , j'espère, dV 
jouter encore quelques lignes à ces réflexions philosophiques, avant d$ 
reprendre le Gl de mon récit. 

Croyez-moi, mes bons amis, notre noblesse en vaut biea ima aollt 
et vaut piieux encore quelquefois. 

Si quelque 'millionnaire déîteuvré s'amusait â parcourir ces ïîgn^, 
que la main d'un pauvre ouvrier a tracées, il sourirait de pitié, j*cut* 
être, en comparant .ses fauteuils de velours à mou escabeau de bois, 
les tapisseries de son salon doré .aux briques de ma ntansarde et t^ 
glaces de StGobin au miroir d'un sou qui me sert à me raser cbaqua 
dimanche. Qu'il rie si cela lui plaît; mais pour moi qui n'ai dans mt 
famille ni banqueroutier ni voleur d'aucune sorte, je sens an fond du 
cœur une joie incomparable eu reposant mes yeux sur mon r-etH mé- 
nage dont chaque article est le produit de quelques heures dlioïméie 
travail : je sens une légitime fierté me monter au Uoni quand je re- 
pose mon souvenir sur la chaîne de ces hommes honnéJ:Es qui m^mil 
transmis leur gloire et leur nom ignoré. Je ne chai^^ârais pas ce nom 
contre celui des princes et je crois si fermement à la dignité qu? 
me donne et aux devoirs qu'il m'impose, que si je n'avais l Ijoanctti 
d'elle le dernier anneau d'une chaîne, dont nul cliaioon nV^L i/nfur, 
je voudrais au moins avoir celui, plus grand peut-éLie» d'èUre 
leur de race. 

( La suite au prochain numéro, ) Jean Loyseau. 

Angers, imp. de L.iiné frères, rue Saint*Laud, 9, 



i 



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10 



h'^ 5. 



iv fota 1861. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis^ 



JjnamSTRATTiN : 

B , quai des Grands-ÀtguaUnt, 

ètolttnirtodeBLilIOT, 



S0M]»A1RE. 



«svTKiVRRii A, par Louis Vkuillot.-^IjB BMOvriBB. M VAUBMi 

«•^•!«T VANTIK, par M. N. AnNArLT — i.BM OHAOK» a»B LA ■!«! 
1ft»in« , par Jean LOTSSàU. — ■«•-Il Tfl«lT8.i»BII?IL DCHUi »■ M 

lAlUO.^, par JiiiBS SBvisHB. — VM AM DU viSypar Jkav LAOaVNB 
«HIUB lABiWVHIBLUI, par EoOfcHK PfcMII.. 



«ICI 

mu 

JSA1« 



ABONHEll^NTS : 

A pirtir da h" de chaqw aïoj 

• fr. pour un ao. 



GVTENBERG. 



SnUiVOURG a ëleTé une statue à Gutenberg pour trois raisons : 
a première, comme inventeur de Vimpriaierie; la seconde» comme 
'ayant inventée à Strasbourg;;, la troisième, comme étant enfant de 
hrasboorg. Or, ptemièrement, Guteuberg n^est ni le seul ni même 
e principal inventeur de l'imprimerie ; secondement, l'imprimerie , 
|ui n'a pas été inventée par 
Sutenberg, n*a pas. été non 
^lus inventée A Strasbourg ; 
toisièftiement» rien ne prou* 
te que Gutenberg toit né à 
Strasbourg. 

Faisons la lumière. 

Gutenberg , esprit ingé* 
neux, mats surtout opiniâ- 
re . s'était mis en tète de 
ourner i son profit l'indus- 
rit d^s oalUgraphes. Rendre 
enrice i ses semblables était 
a moindre de ses soucia ; il 
lédaignait complètement le 
mint de vue humanilaiie» et 
KNirsuivait en toute ingénui-* 
i aoe belle spéculation , qui 
iUit de produire â bon mar- 
M des livres quMl vendrait â 
très-liant prix. Un larcin, dii 
leore de ceux qu6 l'on punit 
wjoard'hui sotfs le nom de 
Bunlrefaçon, fut son point de 
lépart et la première pierre 
le son monument. Depuis 
boglemps l'impression sur 
^ncbes gravées était con- 
Rte , et un nommé Goster , 
pî travaillait à Harlem , en 
Inliaùde, se servait même de 
twactéM mobiles pour im- 
iriiner «n texte explicatif an 
|m dé tes images; il impri- 
pni mom quelques petits livres, toilà la découverte de l'imprimerie. 

ÇaienbeTf^ de^a ou surprit le secret de l'artisan hollandais, et bâ- 
^ b-dessns lé projet d'une grande affaire et d'une grande fortune. 
I II eol i*idée de faire une Bible. Il trouva des associés, des bail- 
de fonds 9 et travailla longtemps. Le seul résultat décisif qu'il 
t fut la perte des fonds, le découragement des associés, beau- 
de prϏi, l'abandon de Tentreprise. Il n'avait pu sortir des ca- 
en en bois* Ce procédé suffisait bien aux lécendes et aux oetiis 




GUTENBERG 



livres de Goster; mais , pour un ouvrage aussi considérable que la 
Bible , les. caractères en bois exigeaient des expériences , des len- 
teurs , des frais hors de toute proportion avec les bénéfices que l'od 
espérait. 

Ges premiers essais, ces successifs avortements. eurent lieu à 

Sirasbourg, où l'on croit que Gutenberg est né. parla raison que 

rien ne prouve aulhenliquement qu'il soit né i Uayence, dont il était 

cilovcn. 

liais, f *il avait peu d'invention, Gutenberg était largement doué de 

persévérance. Il ne ^ décou* 
ragea ,poiot. De Strasbourg , 
où tout était fini, il transpor- 
ta ses projets et ses types en 
bois à Mayence. Il y trouva 
un nndveau bailleur de fonds. 
Le bon bourgeois Furst s'cn- 
ihousiasma , comme il arrive 
parfois aux capitalistes : il 
vit non pas la lumière , mais 
la Gali for nie. Furst prêta huit 
cents florins é Gutenberg, aux 
conditions les plus bénignes : 
io que les huit cents florins 
buffiraienl; 2» que le prêt se- 
rait garanti par le matériel de 
rinrpriroiBric; 3« un léger in- 
térêt de six pour cent en at« 
tendant les bénéfices. Guten- 
berg promit tout, sign i tout, 
f t se remit à l'œuvre. Il fit 
Tiliriquer de nouveaux types 
en bots, proiluisit douze feuil- 
les d'impression , dépensa 
qiintre mille florins et s'ar- 
rcla, n'en pouvant plus luir 
mOme. Depuis longtemps l'ex- 
cellent Furst était en plein 
dégoût. 

Cela durait dep^iis quinxe 
ans. A bout de tentatives, 
Gutenberg comprit enfin qu'il 
n'arriverait jamais avec le 
moyen si lent et si coûteux 
de graver isolément chaque type. Il enfretu'l, dit-on, la fonte des ca- 
ractères. Alais ce qu'il avait entrevu, un autre le réalisa. 

Dans les ateliers de Gutenberg, tiavailbit un garfon actif et lOgé* 
nieux, nommé Schoefier. Il était calligraphe habile, :/ere, et traçait 
sur le bob les lettres qui devaient ensuite être gravées. On le mit ou 
il se mit an courant des secrets, ei bientôt il fut associe i l'entre- 
prise. Si la fonte des caractères était déjà essayée , Sclioeffer trouva 
un moyen pins facile d'opérer cette fonte, t U inventa le mode dn 



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a' 



IJipciruiBii. 



VT^: 



,or-- rr**»?^ «ïl a-srsrTtrt^* 



• fonte qni est resU depuis lors eo pratique^ «t^piieômf rend b grt- 
1 furc des poinçons, la/iCippé ie> njpfrTcf^ïna fonteC'T*»* car^iterèsTî 
Furst , qui pleurait sf^s i<trins;rena<|ui^à Pi»spéranc6^ Il appïiéi^ia d^n 
coup d'œil le génie prompt e|îheureux^1ii-ôouvei aniocié, qt,*si Ton 
fout ui;e preuve de la nmêriotité delSchufctfer, la voici : le^ncier 
Ici donna sa fille. i- ... ^ *^-. - 

« 
Cela fail^Jf beau-pére et le gendre ne songèrent pi as qu*! se dé- 

barras«£ ;iA/<&leSU^ C«tiMin£iUifeixii£Sifi^^^ 

(i!e , un esprit inquiet , prolialdemcnt jaloux . un ^mplové dont les 



4ppoinli>mpnts flrevai(*nt la caisse, enfin un copartageant ajx b^né- ^ 
fiées '.n-iifilén^rf} 3S*iiT/fs. Ort'lt niilidi-hors. If s'ensuivit un proc^l 
que r,ijf«^l.vi;g:per»^it. F^R^Vf^f Ul'*^^*' M#fMt*èft^ifft.1erl5Hfctf* 
lifrg s'associa un nouveau baillcnr ((e UHÎd8:,4iiooU ÎAi»ncàiè un 
<^iablisseni«^, ft? ^p^i a^ii^phidéî res'învcnldirs tAvjflItèrcnt I é^ 

farr i» f.f.n«* urrf» pfl». Votia vovpt. qii avnM HVtrP r^inia <^an« ift floiirnn 

des éditions stéréotypés , ces bienfaiteurs de rhumanité ne laissèrent 
pas de se gonrnier convenablement. 

Les. deux ateliers prt5pnfarèrit une Efible. iusque-là , dans tous les 
pelills travaux qh*ÏTs avaient Taifs avant de se séparer, les impressions 
dirigées spécialement par Schœfier ofi^raient une incontestable supé- 
riorité, ta ftible* de' Scbœfler parut la première'; elle lut estimée la 
plus belfe. Celle' de Gutçnbergnë Ta suivit qu'après dfeux ans; Schœf- 
♦er avait déjà 'publié soh Psaiitier.' 

Ain^i . y Gutenberg n'est pas l'inventeur de Timprimerie : il n'en 
eut pas ta pr«mière idée,, il n'y ïnit pas la dernière main ; il travaillé 
seulement I hettoycV le terrain entre Gosier et SchœlTer; 2** il est 
douteux que dntèpbêrg «ft né à Strasbourg; 3* Strasbourg, qui 
n'est pài srjûre'd'avrir donné naissance à Gutenberg, qui n'est pas l'in- 
venteur de nrti]»rinT^rie , n'a ^as vu naître le premier grand ouvrage 
impHmé. ^ CVàet'ià'.) ' Louis Veuilw>t. 



LE BlJÔDTlEtt DU FAlBOlttG SAIMT -MARTIN 



^ CnAPITRE !• 

"•' * ' il -FAMÏtLK DUBUISS01I« 

Ee'lt^dtl'ïnoiâ dé mai i839, trois jeunes paysans des 
environs de Varchnes arrivèrent dès l'aube du jour sur 
la grande place de Verdun. Ils avaient voyagé à pied 
peiïdant toute la nuit. Essoufflés, ruisselants de sueur, 
couverts. dé poussière', balelanls de soif, i\s se hâtèrent, 
sans prendre un seul moment de repos, vers lès bureaux 
des messageries, qui se trouvaient alors presque tous établis 
sur la pl0£e principale de la vilLe^ et s'cnquirent auprès des 
employés*, on parlant tous les trois à la fois: «Si le père Du- 
» buisson et la mère Dobnisson n'avaient pas retenu dans 
» une de» diligences qui devaient partir pour Paris, ce 
» môme jour, une place pour leur fils Paul Dubnisson. » 
La plupart de ceux auxquels ils s'adressèrent levèrent les 
épaules sans les regarder ni leur répondre; les autres, dai- 
gnant ouvrir la bouche, dirent à nos gens avec un air dis- 
traitj capabfe et passablement moqueur : « Connais pas; 
voyez à côté. » A côté on lei^xépélail précisémeat la môme 
$hose. . , . 

« Nous devonsj'autorisatio^ de reproduire cette cbacmante- now- 
/elle , extraite des /^gimlles ,inp;ra<f« des Faubourgs- de Pm», i h 
bienveillance tou^e p^rU^ul^re de )t.£b,.|)atvMQl ^ liiiraûre-édketr.â 

Pari». 



Renvoyés ainsi de Turc à tfore, etjD*Qbtonanl pus le 
Tïibimlro reïïscicriomcnl A'i7î^!»jet^e leuéi recherches, ils 
sk déçcspéralont on se rcdisanl. l'un à l'awe : « Qu'est-ce 
»\q«e ça vcçt doi^ dirp-? 0"^ commorcM Oi^ se sont-ils 
» ÛBtic {ouA>isuiés Dubtfisso^^ qu'on k a [i mù i pas mettre la 
» main sur eux? Est-ce qti'ils ne nous avaient pas dit cent 

» jour d' aujourd'hui qt:'il.s faisaient la co n duite à Paul qui 
» part pour Paris dès neul heurts du rpaïiu? Çc;^,lQjul/le 
* niMné bien ennuyant... Voila qio six heures sônhèhl déjà 



^J\ 



iiuyant 
y i la catlrtidr^lô. » 

«•^Quol gnignon! » répétaR à efiaque Instant fê fi)t& 

Agié«. graâJ. garçon, de. nRgt:a»9{ rno pas pèutbiV Anbras- 

T^crxrae^duruière fais mon bim Paul , cet ami de cœur de 

» Penfanco; ne pas m^qp )e.ftrpuytf dans cette maudite 

> ville!» '*• ' * ' '\^ ^ ^ 

• « — Nous tf avons pas de c h a nce \ qu 'est-ce que tu veux ? » 

"répondait le plus jeune. .« Le p$ipa Dubuisspn.nous^a C^us;:^ 

» ses sans le savoir; il s*esl Iroinpé de jour ce pauvre mon- 

» sieur du bon Dieu. Damé ! tu sais^ il se, f^iji yi^vx ; çi^ 

» n*esi pas sa faute et déjà pas étonnant s'il ..coRW.ençe i^. 

» battre la breloque* », . /, . . •, . .u 

« — Allons, allons donc, » riposta le M*oi^èa)e,[(failit>fai pOri- 
rele aussi déddéo que le caractère imposa silences ffur.deas 
autres; « le papa Dubuisson a encore 4»l'HS'de'ccrv^te que' 
» nous trois etisomble. Eh ! qu'est-ce que ^VotrsditJèSroùs 
n autres? Est-ce qu'il vit pour autre efto'se (fûôîftiwf sear 
m enfants, cet homme-là? E?t-ce qu'il peut vpus vepir , k 
n vous autres, danj^Ia tête qu'il oublierait le jour (lu départ * 
» de Paiil ? AUpns donc ! et puis , ta^ de fejgnanfe,, çom-' 
» ment? vous ne faites que de mettre icj^ip(idansi,Vpi4iiji, 
» et déjà vous voulez enfiler la venelle? Ce n'^^t.pa^copiçd^ 
m ça^'ila fait, dansJes^emps, papaf^ybipissQn d(»vanlk» 
» Autrichiens... Je gage qtte nous allffi^lesirietrouvsee dans 
» une minute.» h;ti i> . - • :.ii . 

« — Qui ça ? les Autrichiens? » fit lé j^tts jetMne d'iÉti air 
narquois. ^^ * - '- . • - 

« — Frédéric , tu as trop d'esprit ; tti tftbttrras îl la !Ïài^l- 
» Jean , » répliqua l'autre... « TieAs, tîèn^:.. Qu'ésl-ce quo 
m je vousdisais ? les voilà tout au mitdn do Ja rue, à gauche, 
» Voilà le papa, la maman, Paul et Cliarlotie; t^iis^r^s i)ur 
» buisson en masse; peut-être bien qu'ils npfis .c^^hf^n^ 
» itou; courons après. » •,.., .^^ 

Eu un instant nos trois gars eurent rejoint jtoaiDtÉ^pssson 
'Os les embrassèrent avec la pins expansive ûi»^ Ce]Dett«- 
dant, tout heureux qu'ils étaient de se retrouver «naemble à 
plusieurs lieues de leur dememre , les 'hommes niaient ane 
larme dans les yeux, et. les deux femmes plëurtiiént. * 

Mais avant de poursuivre notre récit, 'îl est îittportént qne 
le lecteur fasse plus ample connaissance cfvec la'ïamillèbu- 
Cuisson. 

Le père Dubuisson, fils d'un pauvre joi^rnaîîej^ ^TW^rW^ 
fort jeune, encore sous la République, dè^ l.'àfinçi5L-î79$^ qç 
n'avait quitté ses galons, de sousjoÇflçjer quç ,^r^ Ji8Q5L, K 
peine rentré dans ses foypr^^ i^ apprit qu'une*^ ^ooïwe;,^» dix. 
mille francs lui était lais^e^ en testament ;paf ;Ain^*iéiitoncle 
du côté de sa mhsQ : le.mililaire §e s<fti*'<fljaitf.l>»èo>(i» nom 
de ee parent.,, «tais il m- Pavait ja«iais comiu;*ColHMk:te , 
^rocanLçiiide^Ma^tat, éta^ttUoédé depuié <ieui^lBtûsà'>ii^ 
rennes. ....■..'../,.:.... ,....-.. :.'. .s- ■ - , ■ 



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V, ^r^^fiif fmitenrètlsn^ovptdélâ Proti(lenee))MF l»«ôldat! 

(MLéréi qMîMio fioasodait eu ce monde ni sou ïii maille.; 

C«l|;fqilie«'U-ilOi:lui restait pltis^ parent m attcimiami 

^4(jimoia:'gâiie'(€ar son &aae était -si boane qu'il aurat^è' 

.«oufii^df^ pafto^a(^ec[jôu9X^l <'^P<'^ de la somme Int^ 

'^gf^tei^^ Jtui^aditrQnttift Cd#t ta potnl, your acheter uii petit 

.^n Ml^fM>rlea'()(«,:VaTjeQnÈiii son. pays àatàh II se maria' 

-^M^Jlt pr/Mmèro^&nnéo cteisa sortie du régiment «a¥eo nno 

cfiilQ dOila edrnpagsQ," assez pauvre en dot, mais ricbe en; 

«a^s^i On piété «eA en «ertus^'Las époni^ Dubuisson diaiôat: 

'^ilo% edmmo oiEfimpilQs kqns , ebaritablesv IclMuriout, d'iine| 

iproÛlé int&ûtetrd!iîiia f olii^ton sincèvè^ ils passàiènl pour tes* 

.meiUoUresigqiisde >la>6oelrée; Gtftce à la régularité de: ieitr ' 

^eoodmto^ à leur travatt sassidu:; à réeonosnio sartout^ à' 

rQi4r6r4|ai tég^ent dans • lenr maison , ils eurent bientét 

«âtfsi^ératilQiticntj: augmenté ile reveOfU dé leur tene et; 

agrandi même de près de moitié leur modeste domaine^ ' 

.'&^kli$9bbwtnÎQS le$ estimaient et les aimaient , Dieu aussi 

les bénissait.rU leur «liait accordé cinq onlaols , trois gar- 

Peu do temps avant r^poQu^ eîi eommeiiQ^ nôtre récit, 
ils avaient m arié leur fille aînée àj^nbonnôte cullivaleur/ 
Le plus âgé des fils aidait son père à faire valoir le bien; 
de }a ^flfiilje; le-cad^Pa^lç, âgé de viAgt;aa^^ 1er h^»os del 
ncftre'^èfbH'é; se 'desBnaît pa^^gôût^ tf rém de feifoulier;,' 
Charlotte allait bientôt atteindre sa seizième année et loj 
plus jeune des garçons n'avait pas encore' accompli sa on-! 
zième. . VT :. :i I \ \ r :\ j | 

Paul Dubuîsson avait terminé, depuis deux ans à peine,! 
un long apprentissagferi'Varchritîs; il travaillait comme ou-J 

teii^B^^fi^piijfi^iiGxJ^^^ 4e febri(iue;| 

<ao^(.itu, r^^tdes^,pc^lo% iriU^B,^vpptedu rebui io^ articliesi 

de;flj^ifi^)eelp<)ff^^ag« 4'obîetS; de eamfiJote dans to&iriOagesj 

lEokttns; éttkange de :cettverts:«é&, de montres quiine'mar-i 

cft«mf4tfs/d!etiadt)»le9^d^ai^(eiitli0?i-H»^ bossuées'pèr 

ll^ofer oH'qttatPô génà'fttiôn^ , * bcéomftrôdages de VieiTlés' 

'"etill^fi'éiûèhtXoi^^ ï»tniie messieurs lesfermîért, etcîei 

* bbicïès d^iftfeitleé, plus' treilles 'éijcore /pour mesdames les' 

ferçpières :.lel est, à^^^ 4^ chose prbs, rabrége dé rin(|us-j 

tr^e'.^^jjj^uJjJire dans uqé pefile ville de provin,ce, f^ari^lj 

.JPiaJr^f.^tf^liS^tJte. gri.,^^ e^li^'p^et j^es persévérants .(Jésjri 

d&it^^c^v^i/^r,in^ellige]^t,,pleifLfiV4 et surtouldie Tefî-i 

ry^49 s(»'tiit.,ftofin>4!^qr0£^to;t^p:étffeiA:0t d^ s^^yaneerixa^ 

^dénH!ifitiiAiflisaa4îar»àt»i; •> • ^ i : 

< Sél»l'4«Taf( donc? partip^eiir Part^ iégrêmdSyiU$r€f'éMA\ 

mft^«fteiwd«épùt!s'ié^gt^p»'i^ol^^ » ./. . t . 

t ÇttW(j(ttè(*ëWigft« db àëHt «t dttlieùe» de VérètraeS; Vèfdài 

avait été choisi comme le point de départ de son fils cadel 

jiSrlk^^fi Bubulssôn\ Verdun se trouvant le centre dé ses 

'at^trfTi^ ïes plus Importantes , il ne fut pas fdché Je proîîlei; 

de li^cijrçp^stancG pour VQÏrJi loisir ses connaissance.ÇvSe^ 

foumisgcmrs^ s^s^ch(U(m4ji,'}l désirait Içut présc^ta^ spn fil^ 

Paid.le vc^ageur, «t^ aM^i^ fiUe Q)arlotte,:Asses bon.partj 

eo .tspéranecb. . . [ 

Jf^ald avait déjà teçu a la maisonles adten de^ stm petij 

frère ^ot ceux de sen-afnéi qui gardufît la maison en TtA'^ 

f^9r,ë^êè son ï*re^ sa ^ctnf mariée-, qui habitait Sarregue4 

mines, était venue à Varennes pour le voir et Tembrasserl 

peu de jours ^us^nMi^nk T^ua lesaMœto^» dftOMtorar^ 



' Wèute'Mrills^f^iimitiMf toadrcment; Ils n'avomm , pour 
ainsi dire, qu*un seul cœur. 

' Ihn&i aéZ' trois attfiS'^deoFltul , que nou* avons vuh le 
-«borèbaul dUDS^fci WIW aroc^tant dVinsioiR, ils habitafciii un 
'^lit>iP9Hag6>pi'ès"do'VàaronàQ5.'Uno aiïurtion vivo et firo- 
'fimdo Iosat<«icKait tePomeàilJEMrx Dubrti^son et surtoui h knr 
-eamarade^d'eii&iiïcev'qdïlB'^TOuluroTit absolu me» ïit lo revoir 
61; te serrer i^ncor6dansrlouTff.bras, uno ilornièro fois. Pour 
;0ÉK'^:ùft<:dépla(|emeiitde^afbiin6.H à Paris possatt presque 
comme une expatriation définitive au-delà du monde 
connu. 
Revenons à notre ^\l*i ^ , t 

Après que nos gens eurent dojpûnô on^^omblo et porlo 
avec eiïusiM ^d^'ctÈlit plusieSfs-sfiTitus pour la voytigour, il 
fallut songer au départ; On s'embrassa , on piûora «js non* 
*eau. ' -'''' •.: -'•o5';i.(T 

"• tTïeuTô'délar*feéparanôtt,^ét ptrr coil^4qiipnl le Tnalmfïrïl 
sbrchnel dés rëéoiimiandatiotiii et des ilèrnlors conseils était 
arrivé. 

La mainan btibuhsôn''d8ait a son fils : «Paul , tu nous 
»' écriras dès foti mrHvée à Piirîs , n'est-co pas? cl ptisiuLo 
•»■ te plus soarent possible; feir, vois-lu, mon cber oiifLint, 
i libùs ^criblas tous bien^ àéKgés si lu m non*? éonmm pas 
» de tes nouvelles quand tUfièrafî tb^ns to paj*ifh[^ itinhipur, 
s» dans céifé 'gMnîïèt6*i'Ébriîè>e «!<* l*aris ou Ton pent son 
n àrgBrit, sa âati(é"ot^'Sbn ffme... N^nublie pas siirlouï les 
-'■'b bons aVîs <jeM;-le€(iWV'<* r^'*^'''*^ *^''*^^ bommefiurt'a 
•*' baptisé, qult'a'ihstftiît-'i'etU'a'fftît faire ta pnmii&re tôm- 
^ tinjtfîon:A. Jé^tè^reèbffttrtëfidè bien , mon Puol, de sùivro 
'=* lëSr dcrn^fe'dé: fiOlfé'<?éiféft¥ David , à Paris , thêz qiJ! (u 
» descendras. Neltei4''f>ëta»$è^n§ lo consullpr, T^on oofanL 
«''Cetlîdnitttfe-4ftV'^«^ fe^-èt^ème des bon fi «hreîiims; U nV 
» en a pas beaucoup de cette grîiine-bi dans Paris. Nous 
■''* M feiVènï aniiobc* fe 'jourî et rbf^urç Hb lou arrivai/, cl 
»• eriVoyé 'fitu^sî d^^SdusïptMlf'lon commcnremoni... H sera 
U '^Jti Seé^lidl ^rfe; Wï6n paèvï^ PauU**i Et la bonne mèrcï 
dn'Ai'èfsSMIsèbWia^eh^àiiglotant, » 

'. Les'ir^ns'amis lui érîa4eAf aux oreilîes et du fond do leur 
'ànie : « PëHtV, prettds gaiiJe^UlK caînaradcs d\ltflier; il y a 
Il fout plein de Vat*riô«s -^dûni co Paris, sans foi ni îoi; et 
» s'ils allaient nous changer notru Paul , nous serions dé- 
'é- soléalTUlnè^ siMâlft .j^Ud^iuii Dubuisson , vois-lu ^ et bous 
» te renlbî*îéris. i ^' i^' ;• 

« Mon bon f«UtiFiaiélijti»4ifî< disait Charlolle on le ref^ar- 

•dalÀtaVëé dè%^ykn»4»laiiis'^e'tiii^iesso, » que ça me faii mal 

■M'éë'i^ voir partiïtiî'ihais jame consola qnami jo pense que 

» tu n'oublieras jamais ta petite sœur ChtiHoilo et que 

f a'dftnS'uii- aii| di^httU dirais t;,u plus tard , selon ta pro- 

' é' meteei' tû-ti6iadrè»<i|0«3iiwir et passer quelques bons 

r 'Qaanl dU'^àr0>DabuissoiF,'iMmnfie sérieux, d'un caractère 
énergique^) it neiompît son long silence que pour dire à 
Paul,' d'^n' air grave et d'une voit profondémeTii émui! ; 

, « Pa«l , pour ton bonhemr et^çoor lo ntilro , je n© le donne 
Il ^u*un 9eulconseit':6AiiDt^ToiTjouft^ m Ùi^kficnt et vm 
m piis^Tunuis LE Lunor. Tout est là-dedans , mon cher 

■«•ils.'»"'-' '• ' 

' A'tous ew-afiâs^'à'tcnito^ces expressions d'uno vive ^ollt- 
i)îtude,d'uiie tendre: amitié, Paul n'avait qrjo lu forée da 
f^iûÉMbre fi « OqS oiii^; wm oère: oui , ma mèr«^ ^i'^ , mij 



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i^ocmiEn. 



9 nom; od , wm amis...; » ses termes rempêchAient d'en 
dire davantage. 

Enfin neuf heures sonnent; oïl .s*approche-de la diligence; 
on s^embrasse et on pleure encore. Paul monte dans la ro- 
tonde de la Toiture , et platé entre un vieil invalide de 
l'Empire, qui venait dé recueillir un petit héritage , et une 
grosse nourrice portant son nourrisson qui jetait les hauts 
cris, il n'a que le temps de faire un dernier signe d'adieu à 
ces parents et à ses amis : la pesante diligence s'ébranla; 
elle part» elle est partie. 

CHAPITRE II. 

VAOL BITBITISSOlf, LB BUOUTIBl. 

Pendant que les Dubuisson, le cœur rempli de chagrin et 
gros de soupirs , regagMit l'auberge où ils étaient descen- 
dus la veille, et que Paid est emporté vers Paris, jetons un 
coup d'œil sur ce damier. 

Le jeune Dubuisson, dont nous allons bientôt suivre les 
pas dans la capitale., avait reçu ainsi que ses frères et ses 
sœurs une instruction élémentaire beaucoup plus soignée 
que, celle de ses parents et de la plupart des jeunes gens de 
son Age., ses camarades du pays. 

Il savait correctement écrire et parler sa langue; il cal- 
culait parfaitement et n'était point étranger aux notions 
principales de la géoméUîe pratique, de l'histoire même et 
de la géographie. En outre, la nature l'avait doué d'un es- 
prit vif, pénétrant , réfléchi , inventif, d'un caractère droit, 
loyal, entreprenant malgré une certaine timidité, et surtout 
d'un cœur excellent, généreux, expansif. 

Quant à sa religion, elle était éclairée, sincère, pro-. 
fonde. 

A de ai heureux dons de l'Ame Paul Dubuisson joignait 
un-extérieur avantageux. D'une taille ordinaire , mais bien 
prise, il avait tous les signes d'une b<mne et fcMrte constitu- 
tion. Les traits de son visage étaient réguliers, son teint un 
peu pâle, ses yeut grands et limpides. Toute sa phy- 
sionomie respirait un air ouvert , plein de candeur et de 
bienveillance qui prévenait dès le premier abord en sa 
faveur. 

Il faut' dire néanmoins que Paul , dans la pratique ordi- 
naire de la vie, avait un peu trop de confiance dans les 
hommes et pas assex peut-être en lui-même : deux défauts 
qbi résultent de deux qualités précieuses devant Dieu, mais 
malheureusement fort peu estimées de beaucoup d'hommes, 
la franchise et la modestie. 

Pendant les premières heures du voyage, alors que la 
voiture remmenait loin de son paya et des êtres quUl aimait 
uniquement en ce monde , Paul ne put s'empêcher d'é- 
prouver un certain regret d'avoir suivi une autre carrière 
que celle de son père et de son frère aîné. Il se disait en- 
core qu'en restant à Varennes comme bijoutier, il eût eu au 
moins la perspective , même en qualité de simple ouvrier, 
Uo vivre paisiblement au sein de sa famille et de ses amis,' 
3t de jouir ainsi d'un bonheur constant et assuré. Toutes 
CCS pensées l'agitaient, assombrissaient son esprit, tour- 
mentaient son cœur. Mais enfin, le désir ardent de se per- 
l'octionner dans l'état pour lequel il avait senti un goût 
parlicuUer (Us son enfonce, le dessein depuis longtemps 



arrêté de se faire A lui-même une position assez homi^ 
pour qu'il pût alléger de beaucoup les charges de la màm 
et donner ainsi à ses parents déjà avancés en âge le mopi 
de constituer, même à son détriment, une dot conveotib 
en feveur de sa sœur Charlotte qu'il aimait avec passioa,^ 
aussi de subvenir aux frais de l'éducation de son petit Mn 
qui manifestait déjà, quoique bien jeune , une yocation sii- 
gulière pour l'état ecclésiastique; et puis l'attrait du nou- 
veau, une secrète aspiration vers un avenir inconnu, les 
rêves dorés de la jeunesse, naturellement téméraire; tout^ 
ces réflexions, tous ces souhaits, tous ces vœux qui séjour- 
naient en lui depuis plusieurs années, réussirent à âoigMr 
toute idée pusillanime. Résolu de rester toujours bon fils, 
frère tendre, ami fidèle , Paul Dubuisson se pressa ferme- 
ment d'employer à l'entier accomplissement de ses projels 
tout ce que la Proridence lui avait départi de forée, rm- 
telligence et de capacité. 

La route sembla longue, monotone à notre voyageur, au- 
quel il tardait grandement d'arriver enfin à Paris. 



(La stnte au prochain numéro.) 



L'abbé N. AufÂUiT. 



LBS ORAGES DB LA MÈRE NOIRE '. 



CHAPITRE IV. 
Espoir et crainte. 

Heureux et trois fois heureux eelui qui a re(tt d*en haut k don di 
genre descriptif! 11 peut à son gré allonger ou raccourcir un chapitre 
de son histoire et , chose pins précieuse encore , disposer Fe^^ 
son lecteur â sentir plus vÎTement et mieux les impressioiit ^"9 dé- 
sire lui faire partager; mais fiissionsHious doués de cette fi^aM ad- 
mirable au degré le plus haut, nous nous ferrions oblige ifo eanfei- 
ser ingénument que peindre la Bretagne au meip^e mai est M 
tâche absolument impossible : ce serait k dé8ei|pé.rer soixante-aaiw 
romanciers réunis, exercés à cette façon d*écrire et enchaînés I lev 
table de travail pendant dix heures par jour. 

On vous dira si Ton veut que c'est une immense coriMille de flean, 
posée sur un tapis d*émeraude pailleté d*or, émaillée dé tMi et de 
topazes et caressée par les ondes d'une mer paisible qui temUe nées 
soulever de son lit que pour le plaisir de mieux la voir et pour mêler 
son murmure loinUin au chant d'oiseaux sans nonaibre qui «eltigefll 
sous la fouillée en devisant de leurs petites afàires de Amitte» è l^hri 
delà verdure naissante des grands arbres ou sow h pralactiou des 
buissons épineux. On vous dirait tout oela et mille auti^ choiea es- 
eore, que vous n*en sauriez pas plus long et n'eu niprondriac pis 
davantage. 

Dans la crainte qu'une si belle contrée ne soit vm jour emportée 
par les flots, la main de Dieu l'a posée sur des fondations soUdei. 
Des rochers de granit, enracinés jusqu'à une immense prolbodear. 
lui servent de point d'appui et de piédestal, et quand h vague 
échevelée et folle se lance en bondissant contre ce formidable rem- 
part , elle retombe bientôt impuissante ne conservant de force qoepoar 
cacher sa honte et sa défaite dans le sein de la vague qui la suit. 

C'est un specUcle qu'il est agréable de contempler quand on se 
sent les pied^ sur la terre ferme et qu*on le regarde à distance ; mMS 
comme il est parlaitement permis â chacun d*avotr mb foOl si m 



y<^\B$ màê rOnmer àH a , 18 et 15 md. 



y ** 



Digitizj/GoOgle 



roiMïlRy 



87 



^en dûputer n^estpas un procéda honnête, nous ne prétendons point 
bldmer les lentimenU et la conduite de cenx qui hasardpnl leur vie 
dans le dur métier de marin. Si nous eussions osé même'mani- 
fSf^ter la crainte involontaire que nous inspire cet élément éminemment 
liquide et trompeur, au personnage que nous allons avoir l'himneur de 
présenter à nos lecteurs, nous eijssions, sans le moindre doute, fait 
éclore sur ses lèvres le sourire de la plus profonde pitié! 

— é Quel beau et bon temps I Anna, t disait un jeune honame à 
une jeune femme qui; appuyée sur son bras , l'accompagnait dans sa 
promenade, versTheure, à peu près, du coucber du soleil. 

Puisque je tous ai dit Theure, je ne vois pas pourquoi je vom cache- 
rais le nom dvt lieu où cette parole ét^it prononcée. C*était donc dans la 
ville de Saint-Malo, Fun des fleurons du beau pays de Bretagne, Satnt- 
Malo, YÎ116 à jamais imprenable sur son trône de granit, ville qui de^ 
loin ressemble è Taire d'un aigle bâtie sur un rocher, ou au nid d'un 
alcyon porté wr les ondes et enchaîné au rivage par une longue 
chaîne» flotUnte comme lui. Ah! Saint Malo, Saint-Malo, siVAnglais 
pouvait te prendre, que ne donnerait-il pas pour te garder ! . 

Hais Saint'-ftfalo ne sei'a jamnie pris par l'Anglais, et les jeunes ai- 
glons qui vivent dans ses murs n'auront jamais rien de si cher à ap- 
pTendre que la douce nouvelle d'un conflit engagé avec leur orgueil- 
leuse voisine. Saint-Malo est en efTtit magnifiquement situé pour gê* 
ner le commerce anglais en temps de guerre. Son petit port, qui 
s'ouvre à l'entrée de la Manche, est le plus ravissant nid de corsaires 
qui ait pu être donné à la Bretagne par la libéralité d' En-Haut. La 
rade, habituellement sillonnée par des barques et des navires chargés 
dé marchandises, change alors subitement d'aspect et de physionomie, 
tout se transforme, tout s'anime : les souvenirs des vieilles gloires 
nationales, les récits d'actions héroïques des ancêtres, la mémoire de 
quelque désastre à venger, une éclatante revanche i prendre , tout cela 
aiguillonne les esprits et allume l'incendie dans les cœurs. Tout 
s^arme; tout sent la poudre; tout prend une belliqueuse attitude;. 
tout aspire après l'heure d'une riche capture ou d'un abordage san- 
glant: 

C'était dpnc à Saint-Malo, le soir, par un temps dair et au souffle 
d'une fraîche bnse,'que discouraient, sur les vieux remparts d'Aleth, 
deux jeunes époux , dont l'un s'exprimait dans les termes que nous 
venons de rapporter fidèlement à nos lecteurs. 

Ne croyez pas que ce fût hier. C'était au mois de mai de Tan de 
grâce i803 , au déclin de la République expirante , quelques jours 
après que l'Anglelecre eut rappelé son ambassadeur , confisqué pieu- 
sement tous les navires français qui se trouvaient dans les ports des 
trois royaumes et capturé tous qeux qu'elle rencontra sur la verle 
platoe des mers. Procédé habituel et rempli de délicatesse d^ notre 
ingénieuse voisine. 

— • Quel beau et non temps ! Anna, » disait le jeune homme. 
Cétait un de ces types vigoureusement taillés, d'une physionomie 

tranche et ouverte, au Iront rayonnant d'audace et d'espéranee, bruni 
par les ardeurs du soleil des tropiques, déjà plusieurs (dis affrontes, et 
4 Tœil bleu et limpide comme un reflet du ciel. 

— • Oui, mon ami, une belle soirée, » répondit-elle, aveo un léger 
soupir. 

— t n vente frais, les croiseurs anglais ont disparu sous l'horizon» 
la marée sera haute a minuit, la lune a eu la discrétion d'attendre l'ar* 
rivée du soled^ et à l'aube nous serons au milieu du détroit, t 

n ne reçut aucune réponse* 

— • D. n'est guère probable que nous rencontrious des navires qui 
partent, mais les meilleurs ce sont ceux qui viennent : j'espère que 
nous rentrerons bientôt avec quelque bonne prise revenant des Ifidcs 
eu de TAmérique du Sud. • 

— ui Je l'espère, mon ami, • dit sa jeune compagne. 

— t.Vois^tu, Anna, plus j'y pense et plus je ni'»pplaudis d'avoir 
Snivi le conseil de t^nte Maclovie et d'avoir fuit les choses en grand. 
Quand on ne sort pas des vieilles habitudes on croupit toujours à la 
même place. Le cabotage est un métier de colporteur; Terre-Neuve 
6ft une grosse fatigue compensée par de* maigre3 bénéfices; les 



longs cours deviennent' trop dangereux en temps de guerre ; not'C 
corsaire peut nous rapporter en une semaine de course plus que d s 
voyagf>s â Porto-Rico ou â Cuba. » 

— « Sans doute , mon ami; mais c'est un gros enjeu mis sur ur. 
seule carte, i 

— « Qui ne risque rien , Anna , n'a rien : tu connais le vieux pr/^ 
verbe. Vois ce qu'a gagné nioh père. Pendant quarante ans, il a vén 
au bénéfice d'autrui ; il a passé dix fois la Ligne; il a échappé pnr 
miracle â vingt naufrages, et quand il est mort, — qi'ie Dieu lui f;iss' 
paix ! — il ne nous a laissé que ce que lui avait laissé son père. % 

— tLa réputation du plus honnête hoteme du pays, une honn^lr 
aisance, une édutiition soignée et une femme qui t'aime : tout ceL 
c'est bien quelque chose, mon anii , et c'est de lui que tu Tas reçu. 
Ne sois pas ingrat, Yves, envers la mémoire de ton père. » 

— « Oh ! Dieu m'en garde ! Anna ; je safs ce que je lui dois ; mais< 
je veux dire seulement que si, au lieu de travailler pour d'autre^, il eût 
travaillé pour lui, si au lieu de marcher dans Tomière de- la routine, 
il eût osé entreprendre de voyager pour son icompte, il eût amassé une 
belle fortune, nous serions riches à l'heure qu'il ef t et je n'aurais pas 
besoin de travailler pour donner une dot â notre Rosine. » 

— « Une dot? papa ; qu'est-ce que c'est que çâ , une dot?» demanda 
une petite voix argentine qui semblait, tant elle était douce et suave, 
appartenir à un être angélique , et qui, passant par les lèvres ver- 
meilles d'une ravissante enfant d'environ trois années, que tenait par 
la main sa jeune mère, monta mélodieusement aux oreÛles paternel- 
les avec la question naïve que nous venons de dire. 

— • Une dot? petite chérie, • dit le père. 

La curiosité des entants est quelquefois plus difficile à satisOiire 
que celle des grandes personnes. Leur âme, encore fraîche, leur 
candide intelligence, comprend sans peine les choses vraies et simples , 
mais se trouve rebelle et fermée devant les inventions mesquines et 
les perfections conventionnelles de notre civilisation décrépite. Quand 
on s'épanouit dans la vie, on ne comprend rien â la mort. Il est plus 
aisé de faire pénétrer dans une âme vierge* de toute souillure morale 
l'idée de Dieu, que l'idée d'une dot. 

— «'t)ui, une dot, papa, est-ce un joujou? » 

— fl C'est un joujou pour les grandes filles, mon petit ange; mais 
laisse noUs causer avec ta mère. » 

— « Vois-tu , mon ami , » dit cette dernière , « je suis loin de te 
blâmer et de trouver à redire à ta résolution ; d'ailleurs, c'est un fait 
accompli , tout notre modeste avoir est placé dans un fragile édifice 
et abandonné à la nierai des événements et des ondes; mais les ondes 
et les caprices mêpie d^ la fortune sont entre le pouce et l'index de 
Dieu. Je suis résignée , je ne me plains pas , mais j'ai peur. » 

— t Peur de quoi? Anna , que fais-je autre chose que ce qu'ont 
iiit tant d'autres? Regarde plutôt le loftg du Sillon * notre j6ii brick 
endormi sur la grève, et dis-moi si tu en as jamais vu de plus fier 
courir sur les flots de l'Océan. Je crois être bon marin , mon équipage 
est composé de cinquante braves, nos dguze canons brillent comme 
un lori^on de petite-maîtresse; nous perdrons à peine la< terre de 
vue , et nous reviendrons bientôt avec quelque boune prise , quelque 
gros navire de la compagnie des Indes qui no.us fournira notre pro- 
vision de sucre. et de café pour dix ans. Il y a si peu de chances 
contraires , que mon seul regret est de ne pas t'emmener avec moi 
pour faire ensemble cette petite promenade. * 

— « Papa^l papa! voilà le brick qui se réveille, » dit l'enfant. ' 
Pour comprendre ce(te exclamation , il faut savoir que dans les 

ports ouverts sur les côtes de l'Océan, la marée qui s'élève quel- 
quefois jusqu'à dix et douze mHres, laisse à sec, en se retirsTnt, les 
navires qui sont amarrés à certains endroits du rivage. C'est un speo- 
lacl«5 curieux à voir que ces uiacliines flottantes au moment où la mer 
buib^e, demeurant d'abord saos mouvement et comme sans vie; Tune 



* r^ Sillon est la cboussée qui réunit à la terre ferme le rocher sur lequel 
Sitini-AJulo cH b&ti cl cii To: inc ulnsi une presqu'île. C'est & cette obaussée que 
viciuicut & amarrer des uavires roôf^ d'uu ««"^^^^ tonnage. 



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rofftiiBlïr 




I droHe, fiutre l|ai]rke , Je^fergaci m «lélenl; ki pommas 
éài iiilU ont l'air de s'approrher pour i e dire en confidence qu'elles 
iMit uft métier bien eniiuyeiii ; d'autres semblent se bouder comme 
dies époui en quer^-Ue , tou^ paraissent plongés dans le phis profond 
sommeil, jusqu'à {'heure où la marée montante ies souleva si , las 
remettant à flot , leur repd le mouvement et U TÎe, 

Le Aux , en elfet , commençait à sgiter toutes les earines et I ^ 
remettre en équililire sur leur quiUe vigoureuse. Au milieu da cette 
ligne de navires , celui qui attirait Tattentionde Te^Oaipt était un joli 
brick armé en ^erré. Les sabords fermés uérobaiaot m% regards 
las gueules l>éanle8 ie doMzepiéces de calibre asasx fort pOur un 
temps où Tart de 'destruction n'avait p^ encore enianlé l^ osnons 
Paixhans; lies voiles étaient liées aux vergues.,. et les vafgues «èlkss- 
œemes é^iienl gra<.'teu!^efn> nt rt^le^ées aux extréiriit^. CestiUi une 
des eoqudterie« de Thomm'? de mer. Tout était iraogé*, propre -et 
britlanl â bord , toul él^aii neuf, tout était en ordre, toutéiait frabet 
dUpoA; h'» gr;i|ipini d'ubord.^ge attacbés aux pavois., les haches 
d'arniet , les Ironillons , hi sabres, lançaiçnt, saasies lew|i du soleil 
couch<f)t, de menâçanft éclains , et le soleil qui descendait «eus les 
floti, réJiétaU dars les ondes «^on image splendide, aernblaUe 4 
an patiîiier d*or aux feuiilïs molil^s et enflammies. 

Tout ilâil en mouvenieiit à bord; encore quelque heures » et fai 
première vagu» du reJlux allait t^mportcr, sur sa verdâtre cime , le 
léger et Bn voilier aux ailes étend ue*$. La nuit couvrait do ses ombres 
pTopicMselb prairie en Heurs et l'abîme >dds jcaux. Le vent de terre 
se lève ; kà barres tai^oïiaitni âdos le moyeu dii cabestait; l'jinffe est 
levée ; onze heures bonnent k rhorlcige de Tégliî^ ; tout l'équipbif e est 
sur le po;it en grand»*, tenue, chapeau ciré en tête, celui d'un ruban 
?ert avec lequel folâXre b biise : chemise bleue su Isrge ^Hel lom*^ 
bant , bordé d'un liseré bUac ; le csj^itaine, dobout sur le tittao, dit 
au revoir à u j' une épouse et lient spn eufant d«ns ses bras. 

«— f A bientét, Anna, i bientôt ! va, n'aie pas peur; errant huit 
[ours non» serons de retour ayec une bonne prise* -«- Allm» , petite i 
tu m'étouffesà (brce de m'embrasser. .-* Ne pleure donc pas, mon 
amie , c'est de la faiblesse ; une femme de marin doit avdir plus de 
cœur que cela , — ayec.des comparons comme ceia?al « ia me sens 
de ^ille i,pren,dr|Ç, une frégate à l'abordage.— -Ja la rapporterai un 
aachemire des Indes , et h Rosine , une beUe reba.if soie aaulaur dn 
firmament , comme ses |eux. -^ Au revairi à bieqtôi 1 Imni^e Anna , 
-*- prends l'enfant , soifi bien sage » eoteuds«ti , palita chérie , taus 
les matins tu embrasseras maman et tu feras bien ta priera. A biantàt ! 
mes deux anges , h bientôt , au revoir ! t 

£t il partiX ainsi, le cœur plein d'eipérûnca; k jeûna femme 
regagna le riva^ ; le léger uavire glissa lentement et aileneiettseiMefrt 
dai*s l'ombre, et Tçpil de la tendresse p}of7g<!ant dans les ténèbres 
n'y put lui-même biei>tôt plut riçn découvrir. Le bruit detf voix peu 
à peu s'éteignit dans le silence de la nuit ; le sifikt du eontre-maitre 
ne se ftt plus entendra, al ta port Solidor devint muet coonna un 
champ de repos» 

Li paufreAiina regagna lentement sa detfieiire, étfulRint da temps 
an lamps quelqua prufond soupir , et aerratit dans une des sieanas far 
petite main da sa douce Rosine » tandis que da Tantre alla asaujak 
&riiv€fnent une dernière larme suspendueâ ses cils. 

-*- fl J'ai peur que tu n'aies froid , sum amour, a Im dit«^Me pour 
aa distraira de ses pensées. 

— • <Hi1 MBv palila maman, je B*y pensa pas, aaulemeDi, à avoir 
froid, a 
'«<-»« Eti qm pansea-tn dane , petit angéT a 
~ a Je pensée la dot que papa va me rapporter bientôt. Et toi , 
petite aaamati » à quoi penaes^tu , qne ta ne dis rien â ta petite 
Rsaine?! 

— ^ • Je pansa, chérie, que la oorar de l'homme ne ressemble guère 
à celui de la femme : l'un croit toujours ce qu'il espère , et l'autre 
suppose toujours ce qu'il craint. • 

Jean Lotseau. 

( I« titiie au prodmn tmmk$.) 



REVIIB DRAMATIQU&a 



LBS TftfilfTS«BBVX B'UB&a BB JtA^ «faUfllr 

L'autre jour, an suivant ks bawIleVards , je Vopis une aflithe de 
théâtre qui vensit se poser devant mes yeux ift chaque Ma qtie je les 
^vais, avec une insistance fiitifantè. Sur le fond jaune 0lili|é, oit liaaît 
an. énoraMs capttalaa noires : Les TRnfTB-Deax BVElia ttB Iean 
GiGON , par M. Ferdinand Du^. Ce titre nse ren^t tdllt pensif. 
P6urquoi trente^deux duels, me dis-je en tomi-tnêmé, «t inan pas 
trente^roîs ? Quand on ^t en si bonne Toîe, an ne Sftiraît aller trop 
avant. Quel est donc oe batteur de fer sur kquel llikstdli^e tie m'a 
jamais rien appris? Qoelk moralité peut-il j avoir à nM:ltre en acèna I 
trente-<deux duels, krsque un seul est déj& une faute grava eoii^ ta ^ 
loi de Dieut 

Comme je ne vais jamais au spectacle, pour plusieurs motfts, dont . 
le moindre est l'économie, je ne vis d'autre moyen de résoudre ces 
questions que d'entrer chet l'éditeur Barbré et pour mes trente sous , 
je devins acquéreur des Trente- Deux Duels, 

Le premier acte se pas*se dans les Pyrénées. 
' Le père de Jean Cigon, ancien g'*ndarme, fêté le vingtième anniver- 
saire de son mariage et procure pour la vingtième fois la même surprise 
à sa femme. U, une série de personnages dont on ne verra plus trace 
dans les quatre actes suivants , embarrassent la scène. On aperçoit 
pourtant le héros de la pièi'e et pendant qu*il a son premier duel, au 
pistolet, avec le bohémien Pedro, les compagnons de celuî-d enlèvent 
la jeune Marie Gigon, que Jean a cru jusqu^^-U être sa sœur. Lui- 
même apprend qu'il n'est qu*un enfant des gitanos, recueilli dans un 
fossé par l'homiéte gendarme, et il quitte en pleurant sa maison non* 
pternelle. 

Au deuxième acte, til n'y a plus de Pyrénées! t Nous >roici 

transportés en Afrique, dans k camp de BuufT^irik ou de BIus- 
tapha, au tnilieti d'un escadron du i» chasseurs. Nous n'eh sortirons 

(hUS. 

Heureusement, pendant ce topge, nous ayons évité viifigt-sept 
duels de notre ami Jean Gigon. Je suis d'avis de voter des remercie- 
ments à rantemr, pour la bienveillance dont il a voulu user ici â notre 
égard. Encore quatre, et k voilà quitte avec nous*. Il en mettra trois, 
qui seront du irral remplissage : le vingt-neuvième, au sabre, I pro- 
pos d'un mauvais calenibour fait au jeu de cartes ; lé trentième , au 
fleuret 4 uniquement pour changer d'armes ; le trente-et-unième . â 
l*épée, pour satisfaire un caporal maltais qui n'en est, lui, qu'à son 
vingtième; enflUt k trente- deuxième,... mais attendez donc un ina-* 
tant 

Nous f oyons revenir nos amis les bohémiens, et notre chère tiarie. 
As exploitent TAfrique , «tt entrent, en espions des Arabes, au camp 
français. Jean Gigon reconnaît en Marie l'objet d'un ancien amour 
plus que fratem^. H parvient â lui parler et apprend que sa 6dèle 
payse est mariée avec son ravisseur. Vous comprenez la ressource 
que possède M. Ferdinand Dugué pour trancher re nœud gordien?.. . 
k trente-deuxième duel. Mais quelle arnie employer t II n*en reste 
plus guère de connues. Sera-ce comme entre GirafCer et Patachon, 
les deux aveugles, au canon, i boulet rouge, â mitraillet... Non , 
mieux que ça... â la baïonnette ! Quoi de plus dramatique! Voîqî le 
tableau : Sur un rocher... de bois, au bord d'un abîme... de carton, 
pendant qub la foudre éclate... dans la coulisse, Jean Gigon et Pedro 
eoutiennent ce combat vraiment singulier. Soudain , le premier s^ar- 
rète et baisse son arme... Qu'a-t-il donc aperçut... une tache Situât re 
sur la tempe du Bohémien, qui lui donne â penséi' que cet honnîne 
pourrait bien être aon frère , s'il en a jamais eu , puisqu''i1 est orné 
lui-même d'un signe semblalïk. Pedro ne s'arrête pas 1 ces réflexions 
D frappe un damier coup terribk et s'enfuit. Ifélas! il n*ai»aB tu 
k f ottfiire • al tout justa il ta a^y prfeipiter ^kao Gigon. iÊtiJn iàÛ^ 

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roUTRIftit; 



est Aendit nonnnt. Anx crit ()e tes témoins, Marie accourt et cett<> 
^ue ranime le moribond qui en réchappera pour IVpouse.r .. enfin ' 

Loin «le nous la pensée de tout blâmer dans cette fable. Non, assu- 
rément, et hitons-nous d'en contenir, il y a ptubieurs scènes qui lé- 
molgnpnt d*on talent que nous regrettons de ne pas voir mieux employé. 
Les caractères de soldat, et , eh particulier, celui du commandant 
des chasseurs, sont certainement présentés d'une manière piquante. 
Le di alo y i» osi génôpalom e nt èien mené; il j a plusieurs mots très- 
heureux. 

Toute la ftntaamaiçorie du dran^e moderne a été mise en oeuvre. 
On y voit des hommes se donner des coups d'épée, se tirer des coups 
de pistolet, on y entend le canon et la fusillade, et la pièce se termine 
fr uB Assasstaal tm règle. Rien n'y manque donc pour les cerveaux 
avidt'S'd'émotioiis et d'ébranlemenis. QtianI au oôlé moral el instmo- 
iïî^ nous ne l!avons pas aperçu. 

Le héros j ^eaii Gigon, ei»t, suivant le gpût du jour, un enfant trouvé. 
Faut-il donc que Ton. tâche de relever el de réhabiliter dans ropjnim 
par les «xptoits «[u'oii leur prête , ceux dopt la naissance atteste quelr 
que désordre dans la famille ? Lorsqu'il retrouve celle qu'il aimait 
tranquillement mariée avec le bandit qui l'a enlevée , Jean Gigon no 
dé|;ttise pas sa passion. On croirait que lé théâtre donne dispense de 
leés les empêchements religieux et tivHsau mariage, et valide toutes 
les onie«t. Rien ne parait embarrasser l'on ou l'autre personnage dans 
celAiJsilwitiou'ilelieuee, ib en profilent niéme pour énoncer deain^ 
guii4res théories sur la matière. Mais ce qu'il y a de plus déf^orahlje 
c'eet ce dénouement par un double crime : un fratricide et Turaon 
dune fenune avec l'assassin de -son mari. EIn présence des notions que 
la loi divine a déposées en nous , en présence de l'enseignement. for- 
mel de la religion et même de la loi civile , nous ne pouvons rien 
teir de légîtirtie dans cette romanesque aventure. 

O^cher M. Dugué , la morale i tirer de vos trente-deux duels de 
vaut pas ce qu*iU me coûtent. Franchement, je suis volé! 

Jules Sévèrb. 



m AN DE VIE 00 U NUIT AUX lERVElLLES \ 

(mtfCIT rAHTASTigUl) 



Quand il reprit ses sens, ranimé par la fraîcheur des dalles, 

les premiers rayons du soleil, tamisés par les vitraux gothiques, illu- 
minaient réglise, ^la vision avait disparu sans laisser derrière elle 
auoinie trace. 

lit. premier .eentiment qu'éprouta le jeune acigneur fut un aenti- 
metti de stupeur et de désespoir : il itait condamné à mort ; ses 
J0|ii;e étf^ent comptés ; dans trois cent soixante-cinq fois vingt-quatre 
l)ii^f^ il f^e servait plus : h^ prQphète de la nuit le lui avait annoncé, 
(jo .^çpnd noro^yement le porta à reprendre courage. 11 est vrai, il 
n'avait plus qu*une année devant lui ; mais cette année , il en était 
siir /personne ne viendrait la lui redemander avant le temps. Combien 
qtir, en réclamant sans doute un plus long délai, voudraient avoir une 
pareille certitude, tant pour pouvoir jouir en paix que pour avoir le 
tempe de se préparer à la mort? Un année, c'est bien long! Pourquoi 
ne paftagefaii^il pas la- sienne en deux portions égales , abandonnant 
Tuoe excoria. «il plaisir, réservant l'autre â Dieuf ^ 11 eu était là 
de, 8^ r^pioffi, q^and le suisaer entrant dans IMglise, vint lui 
rendre «a (ib^f^.. 

JU^s six pri^v\ijçrs mois» qui suivirent cette nuit mystérieuse, s'é- 
coulèrent donc gaiement. On n'avait jamais vu le comte si joyeux ; il 
TotHit de fête en fètc. Mais précisément parce qu'il était heureux, le 
temps passa vite; il fut tout étonné un malin de se trouver au i«?r 
avril ^t19. Hestait à courir l'autre p^iitie du bail. — Six mois, 

• Voir le s* de rOuvritr du S5 mai. 



ah ! il n'en faut pas tant pour se convertir. Voici la belle saison, 
voici la tiède haleine du printemps , voici le doux sourire du ciel , 
voici les fleurs , les promenades aux champs , les visites à M^rly, â 
Sceaux, à Versailles ; comment se. refuser à ces, pressantes sollicita- 
lions de la nature qui se réveille? Dans trois mob il sera temps de 
songer à la conversion. 

Les plaisirs recommencèrent donc de plus belle ; mais |è dois dire 
qu'ils n^étaient plus tout â -fait sans nuages. A TOpéra, à. la Gomédie- 
Françalse , dans tous les lieux fréquentés de la mode , on voyait le 
comte s'épanouir sans doute , on l'entendait même rire avec édat ; 
niais tout-à-coup se^ traits joyeux ^'assombrissaient, son regard de- 
venait fixe, le sourire expirait sur ses lèvres, le rire mourait dans 
sa gorge ou finissait en soupir. On eût dit , en ces moments-li , 
que notre jeune homme voyait se promener sur la muraille les doigts 
mystérieux du festin de Ballbazar, traçant pour son propre compte 
les paroles fatidiques : « Matu , Th^cel^ Phares. Tu as été pesé , tu. 
as été trouvé trop léger, tu périras, a D'autres fois, assiç en un.baut 
quet et buvant â longs traits dan^ sa, coupe ciselée ^ il s'arrêtait 
brusquement , ne l'ayant qu'à demi épuisée , comme s'il craignait 
d*en mettre à nu le fond ou comme si la liqueur enchanteresse s'était 
changée soudain en une lie amère. Ou bien il laissait les inorçej)Ufl) 
intacts devant lui, oublieux de manger, rè^veur et p^r insiant Jey^inl 
les yeux au ciel , comme si, nouveau Damoclês , il voyait une épé,e( 
nue suspendue par un fil sur sa tète. C'était le, remords qui venait 
aÎQsi troubler tes joies ; c'était la pensée de sa mort à jour et à 
heure fixe, de cette mort chaque fois plus prochaine, qui lui causait 
ces subites alarmes, à la vérité bientdt oubliées. 

Vaille que vaille, ces trois mois passèrent encore* Il songeait i^ 
mettre sérieusement à l'œuvre et à travailler pour tout de bon i apn 
salut éternel , quand des alfaires indispensables , imprévues . vinrent 
encore retarder l'accomplissement de ses bonnes résolutions. Il s'a- 
gissait de percevoir le loyer de ses terres que ses (enni^ nc^ lui 
payaient plus, de faire des réparations urgentes à ses maisons à^ 
ville, de soutenir un procès , où il allait non, p98%eM)emei4 <)e I9 to- 
talité de sa fortune , mais encore ( et ceci il ne pouvait le sacrifier) 
de son honneur et de l'honneur des siens. Tout cela lui demanda 
deux grands mois et , lorsque l'impatience de se vojr ainsi arrêté le 
prenait plus vivement, il se rassurait en se flattant de l'espérance que 
le dernier mois il le passerait k la Trappe » tout entier à Dieu, ^.à 
son âme. 

Le dernier mois venu, un proche parent qui allait se marier, l'invita 
à ses noces ; le comte était le chef et le représentant de la famille ; il 
ne pouvait décliner cet honneur. Huit jours se consumèrent en céré- 
monies, en danses , en fêtes de toutes sortes. Mais cette fois il avait 
hâte d'en finir et ces délassements étaient pour lui autant de aupr 
plices. 

Aussi était-il devenu sombre , chagrin ; sa santé elle-même s'était 
altérée et, soit effet de son imagination frappée qui ne pouvait se 
débarrasser du souvenir de la vision nocturne , soit crainte du dé- 
nouement prochain , il était hagard et montrait dans toute sa per- 
sonne je ne sais quel air étrange qui sentait l'insepsé. Lui, l'élégant» 
le passé petit-maître, lui qui se faisait gloire de ne se laisser vaincre 
par personne pour la magnificence des habits çt de l'emporter sur 
tous en galanterie, il était devenu négligé, sauvage, indiflerent à 
tout. 

Si bien que ses amis qui Considéraient avec surprise cçtte méta- 
morphose, en vinrent â s'imaginer que, quelque peine secrète le dé- 
vorant, il avait le projet d'attenter à ses jQurs. Ils complotérciil donc 
de ne Fabandonner jamais â lui-même et de se relayer à tour de rôle 
pour faire la garde auprès de lui. Dés le matin , deux d'entre eux se 
présentaient et rertraînaient, bon gré , mal gré, qui à la chasse, qui 
à la pèche, ceux-ci â un pique-nique , ceux-Iè i un bal, et les jours 
passaient, passaient, l'emportant dans leur course rapide toujours pé- 
cheur, toujours impie , jusqu'au moment fatal tant redouté. Le 15 
octobre passa, puis le tO, puis le 25, et chaque soir, en rentrant chez 
lui pour se mettre au lit , il se disait : • G'est demain tj^ue je corn- 



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-Itp5 



M 



rOUVRIBR. 



ntence, c*est demain que je me conTertis. Huit jours suffisent i qui 
ltf& emploie bien, t Et le leodemain ressemblait à la Teille , et ces 
Ijuii jours sVnvofèreii( i^omihe les autres , et il arriva sans plus de 
jirqsiràlîon au U^ imvtMiibre 1719. 

i Jean, Jean, cîit-il à soa Talet de chambre, eu se levant ce dernier 
jour, Jean , je f ûiuJanin^ ma porte, que personne n*entre chez moi, 
pjis inihjne mes amis les plus mtimes. • Pauvre jeune homme ! il es- 
p^ruil pouvoir consacrer à son salut la seule journée qui lui restât; 
c*éUit bien le moins en effet. Une journée pour réfléchir , pour re- 
passer en eoi-mème ks fautes de toute une vie, pour s'approcher du 
triliunal de la pénitence, pour se préparer à mourir!— Il avait compté 
tans l*opiniàtret6 inleo^pcstive de ses amis trop fidèles. ' 

Ceux que le sort avait désignés pour lui servir de chaperons en 
ce jour, frappaienl à U porte, au moment où il achevait ces paroles, 
et« coTnme le valet» pour se conformer aux ordres de son maître, leur 
refusait Tentrée , ce refus confirmant leurs soupçons , ils résolurent 
de pénétrer quâod même. Le domestique essaya bien de leur faire 
ré^ÎAtance , m^iis seul contre deux, il fut repoussé et les jeunes sei- 
peurs, forçant le passage, furent bientôt auprès de leur ami, j'allais 
dire de leur prisonnier. Celui-ci, interdit d'une apparition subite qu'il 
avait espéré prévenir, garda d*abord un morne silence ; mais la vue 
de ces geôliers d'un nouveau genre lui rappelant que, s'il tombait entre 
leurs mains, c'en était tait de sa dernière chance de salut, l'effroi, la 
honte, la colère firent bouillonner son sang, et ce fut d'une voix que 
réniûtioQ faisait trembler, qu'il demanda de quel droit on violait sa 
consigne, on ItisuUait ses serviteurs et l'on envahissait son domicile. 
Les jeunes gens prirent la chose en riant, comme si entre amis aussi 
familiers et de liaison aussi étroite, une pareille scène ne pouvait être 
qu'une plaisanterie. 

Le coiiile tint bon ; sus amis insistèrent, et d'autant plus vivement 
que sa propre résistance était plus vive. « Pourquoi, pensfiient-ils, se 
confiner ainsi dans sa propre chambre , sinon pour être plus libre 
d'accomplir enfin le fatal projet que, par suite sans doute de quelque 
désespoir romanesque, il tramait depuis quelque temps contre lui- 
même ? i Le comle était faible, ses amis pressants ; la lutte se ter- 
mina par un compromis. Il s'agissait d'une course de chevaux, plaisir 
alors peu commun, qui devait avoir lieu au bois de Boulogne. Il fut 
convenu que les trois amis réconciliés se rendraient d'abord à l'église 
prochaine pour y assiîîtêr au saint sacrifice, que la solennité de la Tous-. 
saint rendait obligatoire. Ce premier article de la capitulation fut bien 
un peu débattu, et, is'il fut souscrit, ce ne fut pats sans quelque sourire 
de la part des jeunes roués , surpris d'un accès de dévotion , auquel 
leur ami ne les avait pas accoutumés; mais comme le comte de 
V,., en fit une condition sine qud non, il fallut bien le signer. On 
décida ensuite qu'on se rendrait au lieu des courses, oii Ton déjeû- 
nerait et se promi^nerail jusqu'à l'heure du dîner. Enfin il fut arrêté 
i[u\in pritidraît ce repas chez le jeune duc de L..., l'un des deux 
trop ofiîdcux amis; mais que chacun des convives serait libre de se 
ri'iinn à hui( heures ; stipulation bizarre aux yeux de deux des con- 
IracLmts, qui estimaient entre eux leur ami un peu fou, clausfc de 
EoMles la plus importante aux yeux du comte , pour qui les heures 
iTstJirUt'S devenaient si précieuses. 

Lh3 malheureux sortit osrorté de ses vainqueurs. Aie voir traverser 
IcB mes, lentement, Irisioment, le regard inquiet, on eut cru avoir 
sous ks yeux un caplif conduit entre deux gendarmes et qui ne cher- 
ilijiil qu'à échapper à leur surveilkncc. Une pensée le consolait néan- 
moins, c'est (\nt, s'il n'eûl point cédé, ces obstinés records se seraient 
.MRl,i1lés cli**z loi et ffussent gardé à vue; sa soumission apparente lui 
nuvT:iil une d^rniifre ]ioric. II ne faut ni une semaine, ni un jour, ni 
'HMHQ une iiourn pour se fiire pardonner toute une carrière d'iniqui- 
{ht fM*îi*ail-iL b's ouvrions delà parab«^le, venus à la onzième licnre, 
uni ri'ÇK li*iîr sabin* sionHnc les autres. Le bon larron allait expirer, 
f\n^ni\ il înilernlit N. S* lui dire : «Eu vénlc, en vérité, je te le dis; 
uijcuinlluu mènm lu seras avec moi daus le paradis. » il ne fallut 
■piuitL* mnHil« h Saulp renversé sur le chemin de Damas, pour sctc- 
'uver converti et apùtre. Eii' bien î lui , il aurait quatre heures, trois 



heures et demie tout au moins pour dire â Dieu : Tai péché, je me 
repens. <— Il entendit donc la messe â la paroisse voisine , déjeuna, 
se promena, rit, à la vérité, du bout des lèvres, but, mangea, mais 
comnie le condamné à mort qui n'attend plus que l'échaDiud, regarda 
maintes fois sa montre avec une impatience fébrile , et enfin , huit 
heures sonnant, demanda sa voiture. 

(La suite au prochain numéro.) Jean Lagaiinb. 



CHRONIQUE INDUSTRIELLE. 



Si les machines sont dangereuses auxhommeé qui en ap- 
prochent, elles ne le sont guère moins à elles-mêmes. Ces 
êtres naturellement inertes, dès que Thomme leur a donné 
la forme, le mouyement et comme une apparence de rie, ne 
sont pas plus raisonnables que ne Test leur auteur en cer- 
tains moments. On voit en effet des machines qui se font 
sauter, à peu près comme les imbécilles qui, las de la 
vie, se brûlent la cervelle; d'autres se cassent inconsidé- 
rément un bras.... de levier; d'autres enfin se brisent les < 
dents, c'est-à-dire les dents de. leurs roues. Et comnie il a 
fallu aviser à remplacer les dents des honmies , qui tien- 
nent à pouvoir mâcher leurs aliments, et des femmes, 
qui veulent à tout prix conserver leur beauté, de même il a 
fallu trouver le moyen de remettre des dents aux roues ébré- 
chées. Seulement, dans ce dernier cas, on ne dit plus : I 
Mettre un râtelier, mais refendre les engrenages, ce qui sent 
moins la gourmandise.... et l'écurie. J'engage les délicats . 
à adopter, dans le langage ordinaire, cette expression tech- 
nique. Quoi qu'il en soit, les machines à refendre étaient 
jusqu'à présent trèsrcompliquées, et, par suite, d'un prix de 
revient trop considérable pour que les petits établissements 
pussent se les procurer aisément. De là des interruptions £â- 
cheuses où tout au moins dispendietises, dans le travail , 
les roues malades devant être expédiées au loin ou rempla- 
cées par des roues neuves. M. Charles Decoster, directeur 
de filature à St-Martin-lez-Riom, a voulu obvier k cet in- 
convénient. Nous empruntons au Génie industriel la descrip- 
tion détaillée de l'appareil qu'il a inventé. 

Tout le système est supporté par un montant, qui peul se 
fixer à l'aide de boulons sur un tour ordinaire, dont l'arbse 
porterait la fraise au moyen de laquelle on taille les dents. 
— Dans une coulisse de ce montant s'engage, grâce è 
un coulisseau formant glissière et pouvant monter ou dés-> 
cendre sous l'action d'une vis , un manchon percé d'outré 
en outre pour donner passage à un arbre , qui liii-mèoMi 
reçoit un plateau divisé de façon à correspondre au plus 
grand nombre possible de dents des roues. Ce platei^i, ûmé. ' 
à l'arbre au moyen d'un écrou, peut tourner sur cet arbre, 
lorsiiue récrou est desserré. — Une tige élastique, méplatcx^ 
ihcc à la partie inférieure du montant d'assemblage, poric 
une pointe qui se meut dans une coulisse verticale, et qui 
sert à arrêter le plateau dans une position convenable pour 



clîccUier la taille des dents. — Sur le nez du manchon 
vient se monter la roue à diviser, fixée aussi au moyen d^un ^ 
ccrou. — D faut veiller à ce que la fraise puisse s'avancer ] 
dans le sens de la largeur de la denture, suivant les progrès 
du travail. Eugène Pénkl. 

Angers , imp ^le Lniné frères, rue Saint-I^ud, 9. 



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mîîmttÊ Jfl N* / I A eentimee I« N« \ 



r 6. 



B juïn tSÔl. 



L'OUVRIER 

irnal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis* 



ISTKATION : 

des Graads-AugListîns 
rlibr&irii deBI^ÉHIOT, 



S I^ï M A ï B E . 

LA BATAILLE DE BOUVIKES, paT EugPfîe PêKEL. — LE BUOtJTIEH 
DU rAXJBOURQ SAtNT-MAaTIÎf , par M. N. J^MaDLT.-UN AN DE VIE , 
fftr JrMii U(î*trwi. ^ LE PHOQHËâ , par Candide LErflAVc— LES ORAGES 
DE LA MEHE KOÎBE , pat leta LoyivaU. ^ COERES POND ANGE. 



ABONNEMENT» D*UN AN 

A pirûr du 1^*^ de ài^m mm : 

Eoiiort , ÉaTrT*! EiiHii D'Asit:, Tur- 
Ottt &'A»iE. . . . » « . « . 6 «» 

^T^TA-tJE<l« DU t*AllilllQÛI eu NoUl» .Tu* 

€ou>mm ft aptuis pats s'oirm»^»* S 50 



BATAILLE DE ItOLVIKES 



18 27 juillet 1211, uîie bataille à jnmais célèbre rîans les fastes 
■A France se livrEiiL près du pursl île Bouvîîies^ sur los bords Je 
tlit^ nviêre de la !Vlarcq, tntrc Lille el Tournai. Fhinf>pc Au- 
b* à la tête de nombreux chcvafieri5 qI des [roupc; miinicipales 
pyèeâ par les communes, nouvel^cmenl alTrarichies,du noid de 
f>^nce, dcrcînîalt son royauni'! C'^tnLre l'onif-ereur d'AÎJf^JH 



Ulhon IV, uni aux ûucs de BraDantp de LimbourgeL de Lorraine, 
aux comtes de Flandre et de Boulogne et à une foule d'autrei 
seigneurs. Cinquante mille français se trouvaient en présence de 

cinquante mille ennemis Mais c'était la première fois que les 

milices communales se groupaient autour du roi ; celait la pre- 
mière fois qu'on s'armait en France pour proléger contre les en- 
trepriiics de rétranger, non plus seulement des propriéiés seigneu- 
riales et des droits féodaux , mais le sol mèTne de la p&lrie et la 
IHnirli^ commune} ii faltait que Dieu ennourag-e^t par un éclata rt 




g^er el a boire avec lui, en srgnc d'union el de fldèlitê , ajoutsnl 
quo s'ils connaissaient ptrmi eux quelqu'un plus digne que hu 
(le leur commander, il se sentait prêt k lui céder la couronne. 
Bientôt , l'armùe française , hîibilttment disposée par le frère 
Guérln , prof«s de l'Ordre de JérasaJem , évêque élu de Sen- 
bs, fil des prodiges de valeur. Au plus fort de Im mêlée cepen- 
dant les soldais des camiDunes , étant peu babitués encore à 



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41 



L'OUVRIER. 



soutenir le choc des bataillons, parurent faiblir, et le roi de France, 
renversé de son chevaV par deux fantassins allemands armés de cro- 
chets de fer, faillit être (ait prisonnier. Heureusement , â ses côtés 
veillait un fiJùle et intrépide serviteur, Gallon de Montigny, qui, 
brandissant d'une main son épée et de Tautre agitant la bannière 
royale, Tétendard aux fleurs de lis, fit connaître i tous le péril extrême 
où se trouvait le -roi. Quelques chevaliers accoururent alors et déga- 
gèrent Philippe. Enfin après trois heures d'une lutte acharnée, Tem- 
pereur Olhon prit la fuite ^ bisîiant trente mille morts sur le champ 
d^ bataille , et aux m^ins des Français un grand nombre de prison- 
niers. Parmi ces derniers se ia^uvait Ferrand i comte de Flandre. 
Lorsqu'il eutra à Paris, h la suite de Philippe-Auguste, et assis sur un 
char traîné par des chevaux gris de fer, alors appelés ferrans, les 
Parisiens — t ce peuple esl sans pitié t — comparant son orgueil passé 
eL r humilia Lion de son ^lat présent, Paccueillirent avec ce refrain peu 

charitable : 

Qualfo fenans ferrés 
Uètietit Ferra nd bien enferré. 

Philtppe^Au^ste ss livrait â des pensées plus royales. Après avoir 
accordé leur pardon 4 plusieurs des chevaliers prisonniers .qui avaient, 
trahi sa cause pour embrasser le ji^rti de Tempereur, il voulut consa- 
crer le souvenir de la bataille de Bouvines par un monument chré- 
lîen et fonda, près de Senlis, Tabbaye de la Victoire, 

EUGéNB PÉNEL. 



LE BIJOUTIER DU FAUBOURG SAINT-MARTIN '. 



CHAPITRE III. 

H. DAVID, LB BOtjUNGER BU FAUBOURG SAINT-MARTIN. 

Des le lendemain du départ, v»^rsmidi, Paul Dubuisson , sans s'ar- 
rêter dans tes rues et devant les*jdifices de Paris , entrait chez son 
pirent RL David , boulanger dans le Faubourg Saint-Martin. C'est à 
lui que les p»ren1s de Paul avaient confié leur fils. 

M. David , né à Varennes et établi depuis plus de vingt ans à Paris , 
avait épousé une orpkeline , élevile dans une maison religieuse de 
Verdun. L«s Da^id n'avaient pour enfants que deux filles jumelles , 
^gécs à peine de neuf ans. Le boulange»* était un homme réfléch» , 
positif, d'unt amitié sùro d^un earactèrp plein d'égalité el de cor- 
diide Tranchïse , un peu bourru. Tout b^ monde, dan» le Faubourg, 
le connaissait comme un rlnLdieu de la vieille roche , on le surnom- 
mait généralement le r«i Ditvtd. 

Après les embrâssaiieii el lei poignées de main , après les amitiés 
d'abord réservées, puis .ensuite ties-expancives des deùi». petites filles , 
qui élaieut ent!liant4îeâ d'H^oii uil cousin de plus dans ce monde pour 
le^ amuser et les faire jouer; .^près toutes les questions et les ré- 
ponses qui se croisaient pèle*mélt* pendant le premier repas de Vhos- 
pitalilé , sur les parents , les on ries , les cousins , les amis et lei^ 
voisins dti Verdun ^1 dt Virennes , on se mit à causer un peu plus 
gravement. 

« Eh bien! voyons ^ mon neveu •» (M. David i/était oncle de- Paul , 
du côté de sa mère, qu à h mode de Bretagne), . parlons nison. 

■ Que vonx-lu faire ini , j Vm&l » Le boulangei , qui tutoyait in 
disliiiii^Mnent 'ous ks jeunes g^,ns ^^u quartier, st serait bien garde 
d'user dVne autre foraie da lajjg^ige "envers son neveu et son nouveau 
protégé 

■ ^ Vous le saves par la lettre de mes parents , mon cousin..., 
« mon onele ; ie suis venu \ Pari? uour me perfectionner dans mon 

■ état dé bijoutier, et pour y Inivailler..., et peut-être plus tard m'y 

■ établir* » ^, 

* Vorr !e rr» de VOutritr du i" juia* 



c — Bien, bien Mais sais-tu d*abord ce que c'est que ] 
ff ne t*en doutes guère, mon garçon. Je m^en vais te te dirt.' 
t vois-tu, c'est la beauté des beautés, et c*est Phorreur è 
« reurs ; c*est For , Pargent en masse, et c'est U misère 

• sères ; c'est h vertu des vertus , et c'est rabomination éui 
« nations ; c'est la demeure ^u bo» Dieu » et c'est k 
t diable ; c'est le paradis et c'est l'enfer. Gare â toi ; i 

• ta route ; tiens-toi bien ; oui je te le dis et je te le redis, ti| 
« trompes de chemin, si tu t'arrêtes, si tu bronches, tu a f 

• homme flambé* 

• Ce n'est pas tout, » continuait le boulanger avec uni anin 
toujours croissante, « tu veux être bijoutier : c'.est ton idée, i 
ff ton goût, c'est, comme tu dis, ta partie ; soit ; maïs il faut ctip» 
« dant que je te dise franchement la chose : les bijoutiers , à ?ii, 

• sont presque tous parisiens , pai conséquent , ou tout bons m l'- • 

• mauvais. Les bijoutiers , entre tous les autres ouvrierv, fbniH 

• huppés , les amateurs , les messienrs , et je te le dirai entre mi 

• ils ont à cela un certain droit, mais qu'ils exagèrent pas mal. Ii| 
« bijoutiers cultivent â qui mieux mieux le mépris des pro^m 

ff et les calembours. Je t'en avertis. Ils ont de l'esprit i rcujr.: 
« Tapageurs , flâneurs . dépensiers , orgueilleux , ils sont poun 
ff presque tous bons enfants et bons cœurs. Mécréants et impie; 

• paroles , ils sont au fond plus religieux qu*on ne le pense. Ik fi^ 
ff rarement de sots mariages , et beaucoup parmi eux sont aasaM 
« ses, quand ils se rangent, pour n'épouser que des femmes dl 
« tiennes et pieuses , et , par conséquent , vertueoaef . Ga sont fl 
ff malins finis. ' 

« U y a ensuite bijoutier et bijoutier. Il y a bijoutier en or oi 
ff gent, bijoutier dans le faux , bijoutier joaillier , bijoutier serli&k.. 

• plaqueur , garnisseur , émailleur ; bijoutier d'atelier , bijoutit? • 
« chambre , bijoutier i la journée , bijoutier à ses pièces , bijoutiifrl 
« façon , etc. , etc. , c'est à l'mfini. Tous ces gens , se connaisi» 
ff assez généralement les uns les autres, se moquent volonii- 

a uns des autres, se vilipendent quelquefois les uns les aulr^ 
« cependant , pour leur état , pour leurs commandes , et même | 
« leurs articles en magasin , ils ont absolument besoin les um 
ff autres. 

« Je te dirai encore, pour ta gouverne, que les bijou lie 
« forment pas ordinairement de très-grands ateliers ; ils sent 
« en chambre, ou trois ou quatre , ou huit ou dix au plus» ? 
ff maître ou le patron. Les fabriques proprement dites, qui occ. 

un plus grand nombre d'ouvriers , sont assez rares. 

ff Or , je t avertis que l'habitude assez générale des bi; 
ff qui travaillent en fabrique, est maintenant de travailler le du 
ff jusqu'à deux ou trois heures , et de faire le lundi toute la jo 
ff et quelquefois la moitié du mardi. 

ff Je te préviens aussi que si , te ressouvenant de ton lillagp^ I 
ff laissais échapper par mégarde au milieu d'eux un fêtions ou jâ 
« Ions , tu serais un homme perdu. Ils sa vent leur fiançais, el ( 
ff ils semblent en parlant commettre quelques fautes de lanf^tpj 
ff \t font exprès pour se donner un genre <it se moquuV ides ait 
« c'est entre eux chose* convenue ; fais-y attention. 

« Voilà , mon neveu , ce que j'ai à te dirf pour le quart iTfc 
«Mai' surtout n'aie pas peur; ne va pas filer doux de va ni j 
« comme un enfant h-- sept anr. Tu es un homme , port- H 
« haute, et tout en restant bon Uhonnète, garde-toi d'avoir ïai. 
« capon. Entends-tu?» 

< — Mon cousin mon oncle . - répondit Paul « tout ce 
. vous venez de me dire n'est guère encourageant ;* mais 
■ vob bons conseils , avec vos excellents avis , j'espère me tirer m 
ff faire. Quant au dimanche . ju l'observerai toujours comme > 
ff ma famille. Rien au monde ne serait capable de m'en empii^v? 
Lb lundi je travaillerai Je ne crains que Dieu ; les bomiTint 

• me feront jamais ni repentir ni rougii d'être chrétien. Si je smti 
« temps à autre «m peu timide et peureux , quand ii s*agil ér m 

• intérêts ou de ma personne , je suis plein de courage et de f^rci 



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W9S^ 



L'OUVRIER. 



13 



rW|e tous rassure , quand il s*agit de la conscience et de la religion.» 
r' H. David , enchanté des dispositions si nettemeht exprimées de 
flôn jeune parent , lui promit de le conduire dès le lendemain même 
tttïez uo maître bijoutier son voisin et Tune de ses pratiques , qui 
^occupait dans son atelier neuf â dix ouvriers. 11 ne le connaissait 
I îqpilmparfailement , il est vrai , mais il savait qu'il jouissait d'une 
^certaine réputation pour son habileté et celle de ses ouvriers dans 
Tart de la bijouterie. 

Mentionnons ici que , d'après des arrangements réglés par la £i- 
^mâle Dubuisson, Paul devait coucher chez son oncle jusqu'à ce 
nipi'on pût \m trouver une chambre dans la maison attenante â celle 
^qu*habitût le boulanger, U était aussi convenu qu^il prendrait ses 
b^as ches son onric. 

f^ CHAPITRE I¥. 

i^ L*ATBLllil. 

r Le lendemain de ton arrivée â Paris, Paul Dubuisson, après avoir 
entendu une messe qu*il avait fait dire en Thonneur du Saint-Esprit 
h réglise Saint-Laurent, était présenté par son oncle â M. Noirot, 
^ijoutier dans le Faubourg Saint-Martin. 
r ' Les visiteurs et M. Noirot se mirent i causer , en plein atelier , et 

Eit-étre trop , du pays , des Dubuisson et des David , de leurs anté- 
ients, de leurs tenants et de leurs aboutissants. On parla des 
3rres de la République et de TEmpire, de la province et de Paris , 
:4}e la différence de mœurs de Tancien temps et du nouveau , du corn- 
obérée, de l'industrie , etc. M. Noirot. selon son habitude, se bor- 
nait ides questions ou à des généralités ; Dubuisson disait peu de 
«hose ; mais M. -David , avec son laisser-aller ordinaire , fit presque 
nbus les frais de la conversation. 

^ Les ouvriers , dont les nouveaux arrhes examinaient attentivement 
pièces , écoutaient , puis se regardaient en tapinois les uns les 
ratres y et , sans se permettre un seul mot , semblaient se dire entre 
IX , en riant souè cape : • Bon I voilà un plastron qui nous vient 
de la province , tout droit par la diligence. Excellente aubaine U 
Cependant Dubuisson voyait tout , remarquait tout. Aucun des 
;nes d'intelligence échangés entre ses futurs camarades ne lui 
happa ; aussi se promit-il , dès ce moment , • de se roidir contre 
timidité plus instinctive que réfléchie , et sans rien dire à son 
ifcle de ses observations , de ses impressions / ni de ses pensées 
fjà bien arrêtées, il vint trois jours après, sur les dix heures du 
tin, demandera M. Noirot de vouloir bien le recevoir parmi ses 
Rvriers. Sa proposition fut acceptée par M. Noirot de la manière 
plus gracieuse. 

n faut dire que Dubuisson ne craignait pas d'être trop au dessous 
son état , même â Paris ; son apprentissage avait duré si long- • 
nnps chez le bijoutier de Varennes , qu'il avait fini k la longue par 
un peu de tout. D'aiHeurs , il se promettait de ne rien négliger 
de se mettre en quatre pour uiarcher de pair avec ses camarades. 
Ce fut d'une âçon polie , modeste et cependant assez dégagée , 
iHl se présenta , reçut du contre-maîfre l'ouvrage qui lui était des- 
, et prit 4a place dans l'atelier Aprèp avoir demandé les expK- 
néeeasaires, qu'il écouta avec une intelligente attention « il se 
à l'heure même au travail. 
Le silence' régna pendant plus d'une grande demi-heure , après la 
de possession du nouvel arrivé. H fut rompu par un apprenti 
se mit à crier tout haut : « Oh ! jb buis-(-iy enrhumé > qui qui 
ilBut me payer des dragées de Verdun pour ma guérison?» 

-*Tais4oi , gamin , » dit uh jeune ouvrier « ea ne te guéri- 
pas ; mais $h te rendrait le teint blémc. • (Noup avons dit orufs 
avait le visage un peu pâle ) 
Tu ferais biei. mi»;ux |)our ton rhume , • reprit un autre , 
te chauffer dans le fouroil du o> David. > 
Plus souvent, ' répliqua l'apprenti, je deviendrais rouge 
si je sortais du buisson d'éerevisses. » 
•A ce ^^Tais cale!uly%»r tnus les ouvriers noussérent un éclat de 



rire. Dubuisson, sans avoir l'air d'écouter et néanmoins entendâiït 
tout, continuait paisiblement son ouvruge. 

Encore un moment de silence. 

M. Noirot entra vers midi dans l'atelier , Ht îia ronde accoutumée , 
s'approcha de Paul , examina longtemps son travail et , lui donnant 
une petite tape sur l'épaule , dit tout haut : « Hais c'est bien , c'est 

• très-bien ; je ne m*y attendais pas Continuez, jeune homme ;§ 

et il se retira. 

• —Papa Noirot est content aujourd'hui , t se prit à dire un des 
plus anciens ouvriers, • le bourgeois est enchanté. Il a fait une 

• bonne digestion; la journée se passera bien; nous n'aurons ni 

• pluie , ni veht , ni grêle , ni tempête ; le baromètre est â beau 
« fixe. On vient de délivrer , sans papier timbré , un billet Je con- 
« tentement , un petit satisfecit au nouveau, » 

• — Ce que c'est pourtant que d'arriver par b diligence , » rdpli- ' 
qua son voisin ; « tout nouveau , tout be;nj.» * 

t — Ah! c'est égal,i observa un Iroisiùme . i je n'aime pas le 
« Nord ; on ne boit là que de -la bière ou de la piquette ; pi ça vous 

• rend le teint couleur de neige. » 

. t —Allons donc , • riposta un autre, • c'est pourtant le pays des 
t canons; il y en a sur les forts à Verdun el autres villes des envi- 
« rons. C'est ceux-là qui ont lancé joliment des pralines aux Prus- 

• siens ,... autrefois...» 

« — Nous donnons dans le roman historique et paternel , » reprit 
un petit ouvrier louche qui se trouvait prés de Dubuisson. 

« Taisez-vous donc , » se mit à dire à haute voix le c ontrc-maîlre. 
« Avec toutes vos calembredaines on ne sait plus ce qu^on fdit... vous 
t nous fendez la tête, t 
Troisième silence. 

Quatre heures' sonnent. C'est l'heure du dîner dans les aleliera do 
bijouterie. Les ouvriers sortent. Les uns silTlenl; les autres dianlenl 
à demi voix l'air en faveur sur les orgues de Barbarie; d'aulr*'? 
poussent ert manière de jeu ceux qui les précèdent ; tous descende ni 
les escaliers quatre à quatre. Dubuisson les suit , va Iranquiiltmenl 
dîner chez son oncle , et revient à cinq heures précistïs. Ses nouveaux 
compagnons ne rentrent qu'après lui ^ et remarquant son eicaclitiklr 
ponctuelle, disent chacun à leur tour, en arrivant , avec une affet- 
tation railleuse : 
ff Présent ! » 

De cinq à six heures environ il^ régna dans Tatelier un wihnct 
presque général. 

On a remarqué généralement que dans les ateliers , comme dans 
les salles d'étude^ la première heure de travail qui suit le déjeûner 
ou le dîner est le mieux egiployée; ruiivricr, comme Técolier, a 
pris son repas justement mérité par un traviiil Jti plusieurs heures; 
il s'est reposé, il a causé et ri â son aise , il s>sL maiii^é : le séneux 
lui plaît après la récréation. Les hommes ne sont , â vrai dire, que 
de grands enfants. 

Mais cette application silencieuse ne peut durer longtemps surtout 
parmi des ouvriers parisiens. 

Ayant oublié pour le moment le nouveau venu , dont la tenue d'aîl- 
leurs ainsi que l'air convenable et bienveillant commençaient à leiu 
revenir, ils se mirent à causer de journaux, de speetitiles, de po- 
litique, d'histoire même, sans beaucoup Jesutle, bien entendu, el 
surtout sans oublier l'éternel calembour , qui sert presquii toujours 
de terminaison â un sujet quelconque ou Je transition obligée k un 
autre. 

Jusque-là on n'avait adressé encore au>^une parole nu provincial ^ 
quand , au bout d'une heure de travail , Dubuisson ayant dem.ind4 
un outil â l'un des apprentis, v:«ilui-ci rapportant lui dit avec une 
assurance {^rolesquf;, ol d'une voix asFc^ hmbi pour que tout Taie- 
lier p(\t l'cnlendre: « Monsieur, si c'esil pis votre jière qui a Latin 
f les Prussiens près de Verdun, c'est-tj votre graud-pere qui a arrête 
i Louis XVI i Varennes? » 

Il y eut alors dans l'atelier une explosion de fou rire , auqurtj 
Dubuisson fut le premier à prcnlre part f^t â cutur joie. Tou^i les ris* 

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L'OUVRIER. 



fards »e portèrent fitr lui , et de toutei les bouches sartil â l'in&tant 
le mot déi'istf , le jugement sans appel , r*rfêt en deniiêr fËssort : 

K Allons, c'est un bon enfant. ■ 

L*apprenli si fort en histoire attrapa cpielqucs horions du contre- 
maître et se retira dans un coin , moitié riant , moitié pleurant. 

te terme du traTail en dlé, sept heures, ^lant arrivt^, Dubuiason 
«n ftort^nl avec »cs camarades reçut d'euK avec courtoisie et leur 
rendit quelques bonsoirs ^ et retourna souper chez son oncle » auquel 
il raconta les événements du jour 

f Très- bien ! trés-bîen ï c*est cela , mon neveu, 9 lui dit le bou- 
langer, « Tu as gardé parfaitement le juste milieu , et bien mieux » 

■ je te le dis, que notre gouvernemerit bourgeois. Tiens^toi toujours 
» comme ça ; écoute tout ce qu'on dit - prends-en un peu et laisses* 
« en beaucoup ; d'ailleurs t tout ce qu'ils disent , ne tire pas k consé- 

■ quenca; il faut lyen qu'ils a'amusent. Montre-toi toujours boa 

■ conipAgnon et bon prçon, 

1 Hais, mon ami, ne cesse pas pourtant de prendre garde k toi; 

■ iQJourd'hui ils ont voulu simplemenl éprouver ton caractère ^ mais 
i demain peut-ètr€, ou du moins dans quelques jours, ils Icuteront 
1 ta moralité et ta religion ; je t^en préviens « Ils feront tout au 
i nioDde , ils emploieront tons les moyens p^ur te rendre ^ au moim 
» en paroles f impie et libertin. 

1 Non pas , mon garçon , qu'ils soient si nuuviis que tu pourrais 
» le croire ; il s'en faut de beaucoup ; ils sont en général meilleurs 
f qu'ils ne le disent , et qu'ils ne le croient eux-mêmes ; je te Tai déjà 
« dit. Cependant vois- tu t il {ludlt qu'il y ait dans un atelier un ou 

■ deux méchants garnements pour faire la loi ans autres , et même 
t pour imposer silence par leurs forfanteries , leur jactance et leurs 

■ pud noies à ceux de leurs camarades qui sont bons et vertueux , 
1 main quif malheureusement, n'ont pas le courage de leur ré- 
» pondre hautement et de les mettre une bonne fois â leur place. 
* Quant à toi , j'espère bien que tu ne seras jamais un peureux^ 

■ Dans tes rapports avec tes camarades , sois toujours honuêtû et 

■ poli; il faut même i leur endroit de la hontd , de la complnisauce , 

■ mais jamais de faiblesse ni de llcheté, entends-lu? Ne sois pas un 
» vil esclave du respect humain. Marche la tête levée , s'il est néccs- 
t flaire , et ne forligne pas. ^uis mes couseik , nkoEi cher neveu ^ 

■ tu t'en trouveras bien , je te l'assure , et tu seras toujours digne 
« de Dieu et de ta famille. ■ 

Dubuisson remercia du fond de son co^ur son bon oncle et re« 
nauvela toutes ses promesses de suivre fidèlement des avia si sages 
et si chrétiens. 

Le lendemain et les jours suivants « il trouva d;ins T^itelier un ac- 
cueil prévenant et aimable ; non-seulement personne ne se ^>erniit le 
moindre bm sur son compte , mais il éclt:ingt\i nitline quelqrjes 
proies de bonne auiiliê avec presque chacun d'eux » tout en se 
tenant sur la réserve &t se gardant bleu surtout de prendre la 
moindre part aux conver^sa lions plus que légères dont on ne se fait 
pas faute dans ïi plupart des ateliers. Leur premier et fnnesle ré- 
sultat est presque toujours la corruption précoce des jeunes ap- 
prentis. 

Son abstention de tout propos immodeste fut remarquée de plu- 
sieurs » sans qu'ils se permissent pourtant d'énoncer tout haut à ce 
sujet quelque observation inconvenante, i Ce n'est pas étonnant , * 
se disaient-ils entre eux k voix basse, « c'est pour le moment 
1 un mmple enfant de son village ; il a encore des goûts champêtres 
1 et la tenilre innocence des moutons de son père. Mais , palience » 
i ça changera ; nous le formerons le garçon ; nous le style rons 
t malgré tous les Psaumes du roi David. 1 

Cependant le dimanche arriva , et Dubuisson ne parut pas â l'ate- 
lier. Comme les ouvriers de M. Noirot et II. Noirot lui-même ^ brave 
homme au fond , mais asseï indifférent pour les prescriptions reli- 
gieuses , travaîlloienl le dimanche et se reposaient le lundi , l'absence 
de Dubuisson fut remarquée dès le matin. 

Il n''ivait prévenu perionne , pas même le patron, 

i Qu'est il devenu î a se disBÎeaNli tQtrd eux. f On voit bieji 



mm\ 



i qu'il arrive de sa province ; il fait le dimanche. — Ce ii*6dfail^ 

> sa faute ; c'est de la nôtre : nous anrions dû l'avertir, — Ai rois, 

■ c'est vraiment un excellent garçon, un peu prude, un pea tinée; 

■ mais bon caractère, bonne humeur, bon camarade. — Qmî^I 
1 vienne de Kon village , il n'est pas du tout manchot ; il asUq^ pa 
1 mal ; il fait de /a bonne ouvrage. » 

Tous faisnenl l'éloge de Dubuisson ; il .n'y avait sur loi qu'e^ 
seule opinion , c'était comme un concert de louanges. 

A dix heures et demie, â la Gn du déjeûner, qui se prend àm 
Tstelier même chez les bijoutiers , — • Grrrande nouvelle ! • cria a 
rentrant un des apprentis qui venait de faire une coiiimissist, 
I fameuse nouvelle; ça vient de paraître, messieurs, mesdam»: E 

■ Paul Dubuisson , né natif de Varennes, département de la Messe, 

■ particulier très -inconnu â Paris, est accusé , atteint, et convaifiei 
i d'avoir ce matin été à la messe à Saint-Laurent avee le rot Daiii 
i et toute aa séquelle. Achetez, messieurs, mesdames: ça ma 
I de paraître ; je le vends , pour la bagatelle de rien du tout » à M 

• le monde^ ■ 

c — En voill une sévère ! t s'écrièrent presque tous les ouvrioi 
en se tenant les côtes à force de rire ; a pas possible 1 — « Vojo&s, 

• gamin, comment sais-tu ça, mauvais ûirceur? » dit i l'ip* 
prenti l'un des ouvriers ; f en voilà encore une de tes in?efl* 
tions,..* » 

* —Moi, pas inventé , t riposta Tapprenti ; f pardienne , c'est f9 

* malin. C'est ma mère çii'est dévote, qui se fournit chez le roi Da* 

> vid , qui l'a vu à l'église et qui vient de me le dire tout k llieure, 

* dans la rue , que je l'ai rencontrée , quoi ! t 

ff — Ah ç.\l dîtes donc , monsieur Noirot , » dit gravement II 
plus ancien de batelier k son patron dont l'apprenti n*avait paJ 
remarqué la présence , • est-ce que vous voulez par hasard nous en 
i canailler en recevant au milieu de nous un cagot, on bigot 

> un tartufe î« j 
M. Noirot t homme bon , comme nous Pavons dit , niais d'un a* 

ractére faible t se contenta de répondre : • Est-ce que je saw 
I moi î ça le regarde ; je n'ai rien â y voir. D'ailleurs il ^ i 
1 ses pièces comme vous tous. Tant pis pour lui. Et puis ne vous ffi 
1 che£ pas ; attendez un peu , ça se passera. Je l'avertirai, je vousl 

■ promets» * 1 
• — A la bonne heure ! • répondirent k la fois tout kf owrieis, 

I et noua vous aiderons , soyez tranquille. • 
11 lie fui plus question de Dubuisson. 
( la mite au procJmin numéro. ) L'abbé N. Arnault. 



UN m m VIE 00 LA NUIT AUX MERVEILLES' 



( BÉGIT FANTASTIOVB } 



Le cocher avait mieux profité de la fête que son maître. Taitl 
monde sait qu'on dtne plus joyeusement et mieux à l'humble table ^ 
l'offîce que dans l'aristocratique salle k manger. Le cocher doncai^ 
fait honneur auK mets, honneur aux vins, et de nombreuses rjss4| 
bues â la santé de ee maître qu'il ne savait pas si proche de la moÉ 
lui avaient légèrement affecté le cerveau. Le regard troolAe, k é 
marche chancelante, la main mal assurée, il ne trouvait pointées k 
nais, ne pouvait attacher les guides ni accrocher les bouclettes,^ 
malgré les reproches , les invectives que le comte , dans son dés^ 
poirr ne lui ménageait pas, aveuglé par les libations, assourdi part 
cris, faisant d'autant moins de besogne qu'il avait plus de hâle , il \ 
plus d'ime demi-heure à préparer son attelage. La calèche prétaij 
comte s'y jeta, sans même se donner le temps de prendre congiJ 
commanda au cocher malencontreux de brûler le pavé, cooune s'Al 
gissait de la vie, et en effet il yen avait une enjeu. Le coelier, 

' Voir les n^ de rouvr^er des K mai et l^^uia* 

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yOUVRTER, 



45 



abrépr, voulut prendre dfs mdks étroites; renconibrement iîna 
toitures l© contraignit d*aUer au ps. Il voulut traveri^er le bnult*vTrcli 
le duc d*Orléana se rendait âla CouiéJiei ses équipages tennicnt toute 
la Yoîe, sea gardes faisaient Taire place; il fallut faire halte pour lais- 
ser passer le cortège. Pour rtîg.igner le temjja perdu» le cocher du 
comte TOulut tourner court; il prit mal se* mesures et renversa une 
échoppe (iHi occupait un coin de rue. Une pauvre fruitière _v l+^iait 
boutique; le choc Tentraîne; marchande, fruits et légumes roulent 
pêle-mêle dans le ruisseau. La femuie se relève , crie , pltiure , tem- 
pête; b foule s'amauEe, arrête le carrosse, et veut faire un mauvais 
parti a.h malatlroit , cause involontaire du desastre ; href , ce n'est 
qu*eiï jetant de la menue-monnaie â poignées que le comte parvint â 
dégager son cocher, à calmer la marchande, à apaiser rirrilation de 
k foule et h poursuîvrû, tant bien que mal, sa roule si malheureuse- 
ment traTerfiée. 

Je ne puis relater dans tous leurs détails les accidents de cette 
course k travers Paris : on eÔt dît qu*un mauvais génie, ennemi du 
comte, s'attachait à en multiplier les obstacles pour lui faire perdre 
les minutes et les heures. C'est une rue dépavée , en réparation, in- 
terdite aux voilures, qui nécessite mille contre-marches et mille 
détour»; c*est un lourd chariot qui heurte Téquipagc du comte et 
menace de le faire verser; c'e^t Ton des chevaux qui, en faisant un 
faftx ps, se déferre ; aceîiïenl plus grave^ parce qu'il fallut plus de 
temps pour le réparer. G'^iUiit jour de fête, l.i nuit était venue, toutes 
les boutiques de forgerons étaient fermées ; on eut toutes les peines 
du monde A réveiller un marfkhal-ferrand maussade , qui arriva à 
demi endormi et répara le domm.ige en maugréant. Et cependant 
les quarts, les demies, les heures gliâsaient Tune après Taulre dans 
l'éternité* Quand le comte de V... atleignit son hôtel, il était onise 
heures I 

«Jean, Jean, va me chercher M, te curé, t -^ «Mais, monsieur?» 
*- ■ Va, te dîs'je, et ne rr^plique pas. * — * Mais, monsieur n'y pense 
pas? à cette heure, M. le curé sera couché. a — pTu veux donc me 
faire damner, maraud? Va où Ton te dit; va vite, âmoo ami, — et le 
comte devenait suppliant , — h3te-toi»j* ^ s Mais , monsieur le comle 
n'est pas malade?» —Un gestede colère cl de désespoir fut la seule 
réponse du maître. Le serviU^ur, sans pourtant comprendre davantage, 
s'empressa d'oliéir. Le jeune seigneur ditmeuré seul se jeta sur un 
prie-Dieu, prit un crucifix à la main et attendit. 

Il attendit longtemps . Sa pensée errait de ses péchés , cause des 
souffrances du Sauv^'ur, à la bouté de ce m^lme Sauveur qui avait bien 
fr)ulu mourir pour IVxpiation de ses iaut^'s. La pendule placée sur le 
chambranle de la cheminé t^ , marquait onze hiures tt demie. Jean 
n'arrivait pas. Enfin un bruit dû pas se fisit entimdre. C'est Lien lui, 
mais il est seul ; M, le curé est â Versailles auprès d'un de ses parois- 
siens qui se meurt, 

*0 mon Dieu, que vais-je devenir? Jean, un |irèire quelconque, le 

■ premier que lu renconireras; Ciuijurele à g*^noux de venir voir 

■ un p^hcur qui n*a pbi« qtie qneîques minutes â vivre*» Et Jean, 
qui ne doute plus que son pauvre jeune maître ait perdu Tesprit, se 
jirécipite a travers les rues silencieuses, ne sachant plus trop bii-niéme 
ce qu'il fait. Le comte de V,., consïtiémil d'un œil égaré le cadran 
sur lequel Taigu il le lui semSjlnit courir. Il v a de? gfins ijui prélinulent 
que le temps marche toujours du même pas, que h-s lu-ures ont IouIj^^s 
îe même nombre de minuits eV les minutes le même nombre de se- 
condes; ces gens-lâ n*ont donc jaujais vu courir une aiguille pendant 
l'agonie d'une épouse, d'un enf.iut que Ton sait devoir expifi^r, cpiund 
elle aura parcouru tout son tour?..» Pour le jeune seigneur qui allait 
mourir, Taiguillf! ne courait pas, elle volait*" ÏMus que \'ii:::l-iinq, 
plus que vingt minutes, plus qu'un quail-il'hf^ureL*, Que fait donc 
Jean et pourquoi ne revient-il pasf.,. Ah ! j'i?ntends du bruit. — 
liais non; c'est le frôlement des ailes d'une ch.iuve-souiis au vol 
lourd, — Le voici» — Non ; c'est le vent quî ,^'engonffre avec furie dans 
la cheminée qu'il ébranle; c'cibt une luiJe qmi dans sa courte folle il 
1 fait tomber du toit; ce^i le veilleur de nuit qui fût sa ronde; c'est 
tme fotture aiii roule et ^l rê^ûmim- le m^é^ éant U lointain. -*Plii« 



t 



qur^ dix m[f>tifrs, plus que ss>pt mî nu lies, plus quft cinq minutes. — 
Est-c:e lui tuHn nvec nu pn'ire? ~ Fltnn 1 nen! — Le mmte nuvrii \a 
fenêtre. 1^ nuité^ait obscure rt froide; pas une étoile nu ciel; h 
pâle lumière de quelque réverbère funv^ux lulle seule, tant bien qu- 
mal, contre les ténèbres. Le roiutcse penche encore, encore, —Von 
drait'il se ji t<'r par la feni:frc pour en finir avec une torture devenu- 
insupportable^ — Mais non \ il cherche simplement à mieux voir. -^ 
Cette eseorte qui tourne la rue et s'avance, c'est le guH; CKt homm^i 
st-id de Tautre côté, c'est un voisin attardé ; cette ombre qui se pro- 
jRttè, c^est celle du perron de Thôtel.— Désespéré, le comte se rejett> 
en arrière; il se fait vioTence poor regarder encore une fois la pen- 
dule j il s'en fallait d*une minute, d'une demi-minule, d'une seconda 
que minuit sonnât. — N^y pouvant plus tenir, délirant» presque fou, 
rinfortunéj s'il ne re larde pas l'heure fatale, aura du moins la conso- 
lation de n'en rien entendre. L'heure arrivera, c'est vrai; il mourra, 
c'est possible ; l'heure et la mort le hravenl , mais la malheureuse 
pendule, instrumenl innocent de l'heure , signal involonUire de la 
mort, paiera pour la mort et pour 1 heure. Il la saisit, la soulève et 

la brise à ses pieds Vains efforts ! au même moment dou^e coups 

bien distincts résonnent : c'est minuit, c'eitaon glas funèbre^ il expire. 

Non , — lecteur sensible , rassure-loi, <— tout au contraire , il se 
réveille. 

Au^si bien l'instant esl venu de te faire un aveu, c'est que depuis 
quelque temps déj^ je te raconle , non plus une réalité , maisi un 
songe -j'ai oublié de te prévenir,' quand, la réalité cessant, bî sonp^e a 
commencé. Le fait esï que le comte de V... était bien réellenvpnl pî\- 
tré le t*r novenibre 17i8, au soir, dans IVi^lise de Salnl-Sévcrin, 
attiré, comme nous l'avons dit, par le chirme tout inlime d'un (^^rr- 
tique qui lui rappelait sa première communion; il y avait prié, il y 
avait pleuré, mais aussi , et â la ktlre, il y avait rêvé. Un soioîmil 
m Tsté rie ux et qui tenait de l'ei^tase , sommeil causé par la fatigue^ 
rémotion , ta grâce de Dieu peul-étre , s'ét:iit emparé de lui durant 
les dernières noies du chant sacré , et c'était pendant ce sotumed, 
qui n'avait dure que quelque?! heures , qu'il avait cru assislf^r a b 
messe des ombres, eriti^ndre prononcer sa sentence, vivre toute uuf^ 
année et mourir im[>érÈi[enï. Le^ douîe coups de l'heure qui, en Tar- 
raibant A son lève au moment critique, mirent brusquement lin aux 
follfs terreurs de cette nuit d aventures , étaient réels et provrmiient 
de rhorloge de l'église i le cadran éclairé par un furtif rayon rie la 
lune , marquait minuit et Taîr ébranlé par le tintement qui venait h 
peine de cesser, frémissait encore , sans avoir pu recouvrer Véquibhre. 

Le comte , réveillé en sursaut , se retrouvait h genoux à la même - 
place ou il s'était caché la veille pour s'abandonner plus i l'aise aux 
sentiments quî l'oppressaient. L'illusion avait été si forte et son ima* 
giuaiion si complètement fascinée, qu'il eut d'abord quelque peine â 
se convaincre qu'il venait d'être le jouet d'un songe, mais l'inspetlion 
des lieux, la réflexion, la nature extraordinaire, impossible ilt^s faits 
qu'il s'était imaginé voir, l'ubligérent enfin à reconnaître la véiib^ 1! 
était décidément vivant, libre de tout anathèine et plus jeun»> qu'il 
ne le croyait d'une année; c'était bien le 2 novembre dont Iheuri' 
nouvelle venait de sonner l'apparition» mais non pas encore le 2 no- 
vembre de Vannée t7t0* Heureux de n'avoir eu afT.nre qu'à un cau- 
chemar, le comte se leva avec un empre.'^iement joyeux, et, secjDuanj 
ses membres endoloris par la position incommode qu'il avait con- 
servée en dormant, il étendit les bras vers le ciel et bénit la Prosi- 
dence de se trouver encore eu vie. 

Il comprit du reste que ce son^e était une grâce d'En-lîaut, un 
avcrtis-^'^meut ménagé par la divine miséricoi'de. U se dit : Je croyais 
être assuré du marnent précis de ma mort et, nonobstant, je me suis 
laissé surprendre , courbien pt\is facitemcnt seraîs-je surpris , si je 
n'y prends garde, maintenant que , snivanl la parole évangélîqop, je 
ne sais ni le jour ni Theurc. Il résolut de ne pas tarder davantage â 
mettre l'avis céleste 5 prolU* Se dirigeant le mieux qu'il put A ta ton/ 
dans robseurité, il se fraya un chemin â travers les chaises, les bancs, 
les «^lo:^Ëi jusqu'il uit portëi de^U iacriftîe;/!t^|^^||i^tf«n^frap* 



;ô(?>S|Tè' 



^ ^ 



pAiit 1 i« fairê'cntenrfre d'un Ttetiit prêtre, gardien de Téglise, qui 
teilkit. Il lui racoîiU ^m histoire. Le tête4 lête di^a longtemps; le 
rmnl« ne sortit qu'au iiiatîn. Qy»nil enfin il i>rtl congé du prêtre, 
une joie se rei ne illiiiummt ses traib, ioa cœur débordait; il était ré- 
cottcilid avec Diâu par le sacrement de pénitence. 

Jean Lagaune. 



LE PROGRÊStI! 



Sa ^oM m mot qui &it foreur : tioinnie de progrès ! siècle àepro^ 
grès! suivre le pr<igréMÎ!!.,,\ iî fait toitrnerh léleâ bien des gens qui 
s'éferluenl, bonnes natures! â suiyr*i le progrés, jusqu'à en perdre 
huleine. irnutres , fiut*il le dire, e.^[irit^ chagrins et inquiets, tres- 
saillent d'ép^uviDlt i ce mot magique , qui leur semble évoquer tous 
les diables. 

Pcmr moi, met etmaradeSf j'avoue mou faible , au risque de tous 
d^ire. Oui, je suis pour le progrès, je suis de mon siècle, — enten- 
d«»«Toii«, — j« suis du XIX« aif!de , et j(î m^en réjouis. <2uel dom- 
iiia(«l„« t*^ m était autrement,.. Supposer donc que j'aie vécu il y 
a d«os cent cînqu:inte ang seulement.., encore un coup , quel doni- 
mifêl fniisque je n aurais pas le plaisir de vous connaître... 

Eefenofis *u pctgrès. Ne me demandeE pas ce que c'est, car vous 
devexle savoir aussi bien que moi. Je veux seulement vous foire part 
de mes réflexions sur ce iujet emportant. Je vais tous dire des choses 
se rieuse ^ drfl΀iles, — asseyiaz-vouâ donc» appuyez vos deux coudes sur 
h table f prenei votre tète dans vos deux mains , faites faire silence 
autour de vous,., it nuin tenant écoutez- moi. 

♦ 

Hum! hum!!... parlons d^:ibord du progrès... dans les haricots. 
Lorsque vous avet gemé un harii^ot^ U pourrit, puis il germe, puis il 
pousse, el, de progrès en prtkgrès (nous y voiliî), il arrive à une hauteur 
raisonnable, après quoi il î*arrdte , produit ses fleurs et ses fruits. 
Qonc les ëorûMi { comme disent rAcadémie. et la mère Ladoucette) 
eonnusi^ent le prof rns, maïs ih n'admettent [las le progrès continu. 

Maintenant ^oriDn« de la famille des hancots et passons à la vôtre. 
— Votre gamin » ciriq ar*a i fl grandit '^l grandira encore, et de pro- 
gré» efi progrès il rinira par atteindre k taille de son père, — c/est-à- 
diro qii*H sera un bcfm g«rçon. Piti? il en restera là. Heureusement ! 
car t*il s'êl*vaît â la hauteur de i^eux au trois mètres, il vous occa- 
gionnersil une dt'pnxe d'entretien qui ne finirait pas. Donc dans 
voire fdiMitie » niM t*loi que chef les haricots, le progrés continu 
nVit pas r««u. 

En d'autres tsr^nps i il ]f a des progrès limités par la nature même 
i <s chutes . — Ci'lti^ r^Qiion n'est-elle pas philosophique au dernier 
for! 

Sivet-fons «fielque chose dont le progrès est incessant , continu; 
quelque chose qui myrrhe nuit et jour, d'un pas constant; quelque chose 
que rien nVrête?— Quoi donc?,., c*est le temps, c'est la vie. Ah ! 
diantre 1 1 nous en avons fait du prngrAs dans le temps, — et notre 
vingtième année est déjl si loin , si loin , que e*est à peine si Ton 
se souvient que nous eûmes noire temps l notre temps , qui n*est 
plus ï hélai t pleurez, mes jeux t M.,. 

I # # 

n y a , en reTancJie, un progrès peu sensililc parmi les humain^ | 
Je ne di« pas qu*il n'ixbte point i luai» j'afTlrme qu'il n*est pas visible 
â Paris. Et de qu^^l prognh pcuscï-vous f\\u} je parle? Ne rhcrch^ 
pas, je vais vous le dire : je [inrlc d;i pntgsùs moral, — Y a-t-il au- 
jrnird'hul moinjï de e.inailTes, de volL'urs, de cuistres, de goinfres, d« 
p4'.liis-maîtr««s, — j i t-il moins dt^ rodomonds, de fanfaroDf , d'arpt* 
goiif , de poltroiti * de furibonds T,«. 



Je le sais, le christianisme combat toute cette clique, mais à 
son tour il est combattu par tous ces pendards, et ma question 
revient : la morale est-elle en progrès ? — Qu'eu pensez-vous , toui 
autres , qui connaissez le monde ? 



En certaines choses le progrès n'est pas possible. Écarquillez tos 
yeux , tant que vous voudrez; dites que Le Franc est un rétrograde, 

— vous savez que je n'y tiens pas ; — eh bien ! oui , je le répète, il y 
a des choses qu'il, n'est pas possible de perfectionner. Et quelles 
choses?... Ce sont les œuvres de Dieu : le soleil, la lune, lalu* 
niière, etc., tout cela est parfait en son genre et conséquemmenl 
n'est pas susceptible d'amélioration. 

Mais bah ! vous savez ces choses. Prenons donc un autre exempif . 

— Jésus-Christ a fait une œuvre aussi simple qu'elle est grande. C'aai 
son Église. L'Églbe se compose de trois éléments : le Pape , qui en 
est la pierre fondamentale; — les Évèques, qui en sont les ofieiers 
supérieurs ; — Les Fidèles qui sont les membres de cette société. 
Voilà tout bonnement ce que c'est que l'Église. Cette Église ait d'une 
constitution parfaite, parce qu'elle est divine. Essayer de la perfec- 
tionner c'est tenter une œuvre aussi impossible que de la ilétruire. 
Elle est ce qu'elle est ; elle est et sera telle que Jésus-Chriii Ta M». 

— Ceci peut étonner quelques persoànet. — Que voulM-voua? jce 
n'est pas ma faute. 

Le progrès moral est donc an moins douteux. Et lo progrès itUel- 

leeluel qu'en dirons-nous? Ah ! ah! pour celui-là ah! ah ! 

Eh bien ! voyons. ^ Aujourd'hui tout le monda tait lire , écrire plus 
ou moins incorrectement, c'est vrai. Mais cek ne prouve absolument 
rien en faveur du progrès intellectuel. — Ja connais des gens qui 
lisent et écrivent comme vous et moi et qui, avec cela, sont Âirieuse- 
ment bêtes ! (pardon, lecteur.) 

Il y a progrès intellectuel dans un payi*quand les vérités fondamen- 
tales soit en religion , soit en philosophie , y deviennent de plus en 
plus populaires. — Dites que ce n'est pas vrai, si vous l'osez. 

Il y a décadence intellectuelle quand ces mêmes vérités fondamen- 
tales déclinent, s'obscurcissent, disparaissent à la vue du peupU. — 
C'est incontestable. 

Et maintenant que pensez-vous du progrès intelleetael} 



Chaque siècle a eu la prétention d'être le siècle des lumières. Cest 
peu flatteur pour les devanciers, mais c'est encourageant pour les suc- 
cesseurs. Chacun aura son tour. — Les premiers-venus au banquet de 
la vie passent pour retardataires, et sont traités de rococos. Les der- 
nferj-t;entM se piquent de marcher en tête. — Où donc est la tête, où 
donc est la queue?... Et d'abord y a-til une tête, y a-til une queue 
dans l'humanité? A laquelle enfm de marcher la première?... 

Pour moi, m'est avis que depuis le christianisme, un siède Taut 
un siècle. Les vérités et les erreurs se balancent d'un siècle à un 
autre. Le nombre des méchants peut être plus considérable k leMe 
époque, mais tous découvrez alors, parmi les contemporains,, des 
saints qui portent les vertus à un degré proportionn^ment ^us 
élevé, lin honnête homme vaut dix coquins, dit-on. Mais un smM!,., 
combien faudrait-il entasser de milliers de canailles pour faire son 

poids? 

* * 

Pour s'élever au-dessus d'un rival, il y a deux manières. La pre- 
mière consiste à le rouler dans la poussière ; la seconde, c'est de le 
laisser debout et de lui monter sur la tête. L'une de ces manières est 
plus facile; l'autre est' plus noble. 

Je ne jette pas la pierre aux siècles passés : je les grandis , je Ic& 
élève le plus possible, puis, cela fait, je leur mets mon siècle sur les 
épaules. Ai-je abaissé mes contemporains?.. 



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iMUA^¥.WI|4i«i^ 



VOUVRIBR. 



17 



Ne- tenons pas ft faire croire que nos pores furent des imbéciles. 
Quel avantage y a-t-il là pour nous?... D^ailleurs n*ont-ils pas inventé 
la poudre?... n*ont-i]s. pas cent autres titres "i notre admira^n?... 
En fait de monuments religieux et oivils nous ne sommes auprès 
d*eux que de tout petits garçons. Le palais de Tlndustrie n*est-il pas 
ridicule comparé à Notre-Dame? — Et nos journalistes que sont-ils? 
sinon des écoliers et des bavards en comparaison des grands doc- 
teurs catholiques de l'Université de Paris , au moyen âge. Cependant, 
soyons justes envers les journalistes ; ces messieurs n*ont point la 
prétention d*être des savants , et en ceci seulement ils font preuve 
i% bonne foi et de bon sens. 

Nos pères n*ont*ils pas rempli le monde de leur nom î n*ont-ils 
pa» eu de grands capitaines , de sages magistrats , des évéques ornés 
de •cisnce , de zèle et de Tesprit apostolique ? Aussi pour ma part » 
je ittis fier d'être Français ; et vous autres î... 






Paris n'a pas été ftit en on jour. Le temps amène bien des change- 
ments, dM perfectionnements... Voilà pourquoi notre siècle possède 
des avantages marqués sur Içs siècles précédents. A nos pères la 
gloire de Itnvention de la poudre , de la boussole , la gloire de la 
découverte dSin nouveau monde... Mais à nous la gloire de la va- 
peur appliquée comme force motrice sur les chemins de fer , dans la 
marine , dans llndustrie. C'est nous qui avons inventé ces télégraphes 
électriques, qui suppriment les distances Toutes les sciences (Inob- 
servation : la médèeine, k physique, la chimie, la géologie, la géo- 
graphie, Tastronomie sont arrivées de nos jours à un développement 

merveilleux Et pourquoi ne mentionnerais-je pas les allumettes 

chimiques, les canons fttyés , le confortable , — toutes choses qui ont 
leur importance i — et surtout Tinstruction primaire plus répandue , 
régalité de tonales citoyens devant la loi, Tabolition des privilèges 
odieux , un plus grand respect pour les personnes , et je ne sais quelle 
plus grande douceur des mœurs publiques ? 

Voilà des progrès incontestables qui sont la propriété et la gloire 
de notre temps. 

Mais en gagnant d'un cdté, il arrive quelquefois qu*on perd de' 
Pautre. La spéculation et Tagiotage ont pris la place des idées philo- 
sophiques. — Ce qui manque donc à notre siècle ce sont les idées ! ! 
—Je reconnais pourtant, ami lecteur , que , sous ce rapport , tu n'es 
pas de ton siècle. €andid£ Le Franc. 



LES ORAGES DE LA NÊRE NOIRE \ 



CHAPITRE V, 
Une Toile. 

Un jonr iiufi. j'adcessais à un de mes amis je a» sau plus quel re- 
proche , pour je ne sais plus quel oubli dont il s'était rendu coupable 
i mon préjudice , il me fit poliment une réponse qui m'interloqua 
tout net : « Mon cher, »• me dit-il, • il n'y a que ceux qui ne 
font rien qui n'oublient rien. » Je suis bien aise de retrouver cette 
eitatio» 4^ l^ ^s-fonds de ma mémoire pour l'envoyer , avec la 
mên^ p^tçf s/i^ , i c^x de mes lecteurs qui auraient la tentation de 
me laijrQ )^ jp^ipe plainl/e. 

Nous nous sommes promenés , il y a huit jours , avec une intéres- 
sante fiini^Ue de lyurin, siir la plage de TOcéan , nous avons embar- 
qué ]e ca|iî^ine , nous l'avons laissé à son bord , nous avons renvoyé 
chez eiU(9 sa.femi9e et sa joigne enfant, et nous n'avons pas pensé un 
inst^ 4 T^MS 4ûre , cher lecteur , -r- ou gracieuse lectrice , — le 
noi(a di9 cb^f de l? famille m celui de son léger navire. 

Quant. fM ffeppier, le mal n'est pas grand : votre haute intelligtoce 

* Voir l0S.UM.d» fOnQTMr dea H, 48, Sa mai et I** juin. 



aura aisément rempli cette lacune et chacun de vous aura deviné que 
la petite Rosine n'était autre que notre héroïne Rose Jourdain , et 
que , par une conséquence rigoureuse, son père et sa mère devaient 
être et ne pouvaient être autres que M. et M^e Jourdain. 

Pour le brick, par exemple , c'est une autre paire de manches , et le 
problême de deviner son nom ne pourrait , je pense , être résolu 
même par le savant mathématicien qui ^ si vous lui donniez exacte- 
ment le tonnage d'un navire et l'âge du c^piUine , en déduisait rigou* 
reusement, par des chiffres, quelle devait être U longueur de la pipe 
de ce dernier. 

Gomme je ne pense pas qu'il se rencontre parmi mes lecteurs ni 
même parmi mes lectrices beaucoup de cali'ulateurB ni de calculatrices 
de pareille force , et que d'ailleurs la soliititm de ce& savantei équations 
de je ne sais quel degré est un travail bien plus pénible que la simple 
addition du ménage qui consiste à faire la somme du prix de six 
œuis , douze carottes , et un kilo de haricots secs ^ je préfère » et je 
crois que tout le monde sera de mon avis , vous dire tout simple- 
ment que le brick en question portait écrit sur sa poupe goudronnée 
le mot significatif et joyeux de TEspérakce. 

Il faisait nuit noire quand il sortit du port : la mer était tant ioit 
peu houleuse, et se brisait avec une sauvage harmonie sur hs flancs 
de granit du grand Dey * et du petit Bey. Le vent était bon , E.-S.- 
E. ', et sifflait vif et frais à travers les haubans et les cordages , StUis 
manifester clairement ses intentions pour la journée. Voulait-il com* 
mencer une lutte avec, les ondes , essayait-il de les agiter encore avant 
de les quitter pour aller en tourmenter d'autres sur de lointain;» ri- 
vages, ou désirait-il simplement tenir le capitaine éveiUé sur la du- 
nette , c'était son secret et nul ne garde ses secrets plus scrupuleuse- 
ment que le vent. 

Le capitaine marchait d'un bord à l'autre aussi vite que le permet* 
tait la circonstance , et aussi loin que *le permettait l'espace ; mais 
uniquement pour se réchauffer les pieds , car il eût pu faire ainsi itix 
lieues sans avancer d'un pas. Le spectacle d'un navire el des agita- 
tions du bord est bien l'image de la vie humaine 1 Chacun se remue 
et change de place, on court, on se croise , on se Jieurte et se hâte ^ 
et , au milieu de tout ce mouvement et de ce pète-mèle , et de ce bruH 
confus de voix humaines, allez à droite , allei â gauche , allei de W- 
vaut à l'arrière , ou de-rarrière à l'avant; descendez à U cale^ ou 
montez sur la pomme du grand mdt, le vaieicau ne prend aucun louci 
de vos préoccupations ni de vos marches affj^irées ; il vous emporte 
avec lui , bon gré mal gré, jusqu'au terme du voyage, sans que vos 
courses ou votre repos aient diminué ou prolongé d'un jour votre 
pèlerinage. 

Mais telles n'étaient pas les pensées qui se heurtaient dans la léte 
du jeune capitaine de V Espérance et , et quand Taube parut , elle le 
trouva encore debout à son poste , rêvant les mêmes rêves et cares- 
sant les mêmes désirs. 11 jeta un regard ver^ la côte qui avait presque 
disparu ; le cap Frehel lui-mêm^ , avec son phare mobile , ne sernblail 
plus qu'une ombre légère. Les souvenirs fugitifs de sa femme et dt 
sa fille firent bientêt place à des préoccupations d'un autre genre et 
ses yeux se mirent à interroger les profoiideurs dû VJiorîzon du côté de 
la pleine mer, comme ceux d'un épervier à jeun, en quête de sa prote. 

La vie de l'homme de mer , surtout en temps de guerre , est belle 
sans doute, et pleine d'intéressantes émolioîJs. Floltaut, isolé et soli-^ 
taire dans un frêle esquif, sur les ondes d'un oc4an dont les rives ont 
fui à des distances immenses et descendent â d^ profondeurs incon* 
nues , séparé de l'éternité par une planche de sapin aujourd'hui son 
salut et sa vie , et demain peut-être son tombeau ; ballotté par des 
flots pleins de caprices et de mystères et courant sur leur sein amer I 
la merci de ces coursiers indociles et indomptés qu'on appelle les venU ; 
voilà ce qui se passe tous les jours ; mais quand il faut ajouter I ees 



* Cest sur ce rocher aride que CSiâteaubrisnd a detnandé et obtenu pnn %ërà 
de faire creuser sa tombe. Quand la mer est forte , la Grand-Bey disparaît f uif- 
queibis entièrement sous les vagues. 



•Est^ud-etU 



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VOUVRIER. 



prloccupatloîis quotidiennes la souci de savoir ce qnt cache la pro- 
fonJeur de Vhorîicin loinUin , le cœur palpite alors sous Tempire de 
•antîrrifïnti inconnus au reste des martels. Que noua apporte Theure 
00 h minute qui va venir 1 VqîcÎ poindre un mât t A qui peut-il ap- 
partenir? est ce nn ennemi puîssatit, ou bien est-ce une proie ? Il nous 
i TUS ! il vient \ Faulnl sg préparer â salyer un frère cherchant comme 
BOUS des avânturf^s T h escort^^r un faible et riche anii , hasardant , 
pour quclqu(>s pièces d'or, sa Tortnnc ^i na liberté, ou fiitjt-il se dis- 
poser à une lutte meurlrjcre etsangldole, dans laquelle Tun ou l'au- 
Ire succombera et où lims lea deux peuvent périr? Miis le vaisseau 
grandit! il monte ! voilà les vergues , voilà les voiles déplovées ! voilà 
*on beau corps qui se des&ine et se balance comme un loptr berceau 
agile parla main maternelle et voilé par raile des ang^s M/ii^ ce léger 
berceau est une corvette agile qui cingle vers le brick et semble em- 
pressée de causer avec lui ! Allons ! elle porte le double de canons et 
lie double d'équipuge : son pavillon est ami ; mais n'est-ce pas une 
ruie de guerre? Non , c'est vraiment une àn^ur ; elle cargue ses voiles 
ft nouiî carguons les nâtres ^ elle est arrêtée , elle p.irb , un éclair, 
mn panache de fumée , suivi d'un bruit sourd que nul écbo ne répète , 
BOUS annonce qu'elle défaire un Enoment d'entretien avec nous. Ici, 
comme partout , ce sont les plus Torts qui commandent , il faut obéir. 
Bn canot se détache de notre bord , un oflicier part avec quatre vi- 
goureux rameurs , et à l'aide de lunettes on le voit embrasser un ca- 
marade de Tau tre bord, C'est une vieille connais:;'iTfe. On s'arrête 
(fuflque temps , on se donne tout ce qu'on sait de nouvelles» et là ce 
lont des nouvelles vraies et seVieuses, car dans ce pays on ne reçoit 
f«s !e^ journaux. Puis chacun se dît ^dieu , on ge salui; en se soubai- 
tant réciproque m eut un bon voyage et Ton se remet à courir les aven- 
Inrei, 

Voilà précisément ce qui arriva à notre Espérance sur le soir de la 
première journée ; une corvette de guerre qui rentrait en France , 
donna â notre corsaire quelques indication» utiles. Elle avait capturé 
on îrois-mdl» anglais, na\ire marthnnd de lacotnpignie des ïndes, et 
Il prise étant riche on la conduis tit au port pour ne psis s'exposer 
ivec eUe aux chances d^ue mauvaise rencontre. On av.ùi appris des 
prisonniers que d^autres navires venant du même lieu et ^lyant même 
destination êbient en route pour les ports d'Angleterre , et il était 
probirble quVji alhnt poliment 4 leur rencontre on pourrait en cap- 
Itirer quelqu*un avant qu'il ne se fût mis aous Tr^gide de quelque 
mu fi ofwûr ' anglais, 

La nuit se passa sans encombre. La mer était euperbe, la brise 
parfaite , pas un nuage au firmament , et quand le soleil éleva sur les 
fagues moutonneuses son opbe immense, des torrents de lumière en 
|ai!lirent comme d*un formidable incendie allumé sur Vliorizon en 
leu. Le capitiiine se leva de sa couche et se frottant les yeux il se de- 
m.ind^il au nsîHeu d'un bâillement prolongé ce qu'il allait faire de 
tontes les piiscs qu'il avait faites — en rêve. 

L'air frais le réveilla bien vite , et sous l'influence joyeuse de la 
brise matinale i) recommença à vivre dans le royaume d(;s réalités; 
rity.uime moins doré sans doute que celui des illusions , mais qui 
pimHant n'était pas sans quelques charmes. Ce si quelque chose en 
cffi'l , pour un homme dans la force de Hge, intelligent et énergique, 
qnt« de se sentir investi d'une autorité plus grande que celle d'un 
tmprcur ou d'un roi. Son ropume n'a pas autant d'étendue, mais 
la îi DU va raine té est plus absolue et mille fois plus réelle „ 

Yves Jourdain contemplait sous ses pieds son équîpage faire la toi- 
lette du brick. Ces marins aux formes vigoureuses , au teint basané , 
aux brâs athlétiques , les uns puisant dans la mer et jetant sur le pont 
un rnisteau d'eau limpide » les autres suivant la trace huKiide et hi- 
Uy.iul avec soin jusqu'au dernier fétu, d'autres séchant et essuyant le 
çout avec di:s faisceaux de vieux câbles hors de i^ervice , d'autres en- 
core, avec le ïmn et la coquetterie que les hommes de juer mettent 
i entretenir leur navire , polissant tous le« cuivres du bord , tous ces 



marins, dis-je, Yves les contemplait avec une sorte de fierté J)ieB 
légitime. Ce brick était son brick , cet équipage était son équipage, ce 
joli navire, ce petit bijou au noir corsage, ceint. d'une verte ceinture» 
symbole de l'espoir, portant à la proue une souriante figure dans la- 
quelle l'artiste avait cherché i reproduire les traits d'un eyfant ché-' 
rie , ces sabords fermés derrière lesquels se cachaient de brillants 
canons, qui semblaient impatients de faire entendre leur voix mu- 
gissante , tout cela était à lui ; tout , depuis le sommet du grand mât 
jusqu'à la carène profonde; tout, depuis le premier gabier de 
hune jusqu'au personnage important et prophétique du chat du 
bord. 

Il avait mis dans cette affaire toutes ses espérances et plus encore 
que ses espérances, car il y avait mis tout son avoir. Ses ancêtres , vi- 
vant de fatigues et de peines, avaient peu à peu amassé une honnête ai- 
sance ; son père était second à bord d'un navire marchand où il avait 
quelques intérêts et où il avait (ait quelques bonnes affaires à la suite 
d'heureux voyages ; mais Yves Jourdain était allé plus loin qu'eux 
tous. Après avoir suivi quelque temps son père dans ses expéditions 
lointaines , ayant acquis l'âge et l'expérience d'un n^arin , il avait subi 
ses examens et était devenu capitaine au long cours. La guerre sur- 
venue avec l'Angleterre , l'exemple de quelques amis heureux , qui 
avaient fait de riches captures, l'enivrement de la gloire d'autrui, — 
maladie contagieuse qui produit quelquefois des héros , — quelque 
grain d'ambition, peut-être, — hélasi en ce bas monde quel mortel 
en est exempt? — mais surtout les conseils désintéressés d'une cou- 
sine avec laquelle nous ferons , en temps opportun , plus ample con- 
naissance , toutes ces choses l'avaient décidé à faire un grand sacrifice, 
à réaliser toute sa fortune et à armer pour son compte un corsaire 
tout neuf. Il avait même dépassé les limites de sa petite aisance et 
s'était vu obligé , pour compléter l'armement de son., navire , de re* 
courir à la bourse de quelques amis qui , confiants en son expérience 
et en sa bravoure , loi avaient prêté des sommes assez importantes pour 
que ce souvenir le préoccupât un peu à certains jours. Mais , que 
craindre quand on est jeune et fort ; quand la vie s'ouvre devant nous 
avec ses brillantes perspectives , quand on se sent à la tête d'une com- 
pagnie de braves , quand on est roi sur son bord et que l'on com- 
mande à des marins bretons? 

Ainsi pensait Yves Jourdain en regardant ses hommes occupés 
sous ses pieds à faire la toilette du navire. 

Tout-à-coup un cri se fait entendre. Partie du sommet do grand 
mât, une voix a retenti dans les airs et frappé tous les cœurs à l'en- 
droit sensible , comme une étincelle électrique. Tous les bras 's'ar- 
rêtent : un silence profond règne à bord ; tous les yeux sont fixés k 
l'horizon; le capitaine s'est redressé comme un lion et promène au 
loin des regards investigateurs, à l'aide d'un puissant télescope. 
Deux mots avaient opéré cette transformation à bord de VE^pèrancc^ 
une vigie placée dans une hune avait crié : 

Une voile ! JfiAN LOYSBAU. 

( La suite au prochain numéro, ) . 



CORRESPONDANCE. 



* Ndiu que loi Anglalâ dooDeiil i 



L vaia&eauï ûq h^yt bord , UllÈralemeut : 



Nous avons reçu de M. Tiburce , ouvrier à Paris , mi article iatîtiilé 
r Atelier et renfermant des considérations excellentes surit sîtnaticn 
déplorable dans laquelle se trouvent la plupart des apprentis dans les 
ateliers. . ' 

Un de nos celiaborateurs préparant un travail complet sarl*impor^ 
tante question fie l'apprentissage , nous ne pouvons , à notre grand 
regret , publier l'article de M. Tiburce , sans nous exposer I dM re- 
dites ; mais nous tenons à remercier notre bienveillant correspondaol 
et à lui dire que ses observations seront mises à profit pour le Ui¥a3 
que nous annonçons. EUGÈNB PtNBU 

Angers , imp. de Laine frères , rue SaintrLand , 0» 



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!• H« / i A otiitimM !• K* \ 
oonnsle* v 1 v aiméet échues. / 



^• 7. 



l^S lu'n «861. 



L'OUVRIER 

iloarnal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



ADMINISTRATION : 

^.qo&i des Grands-Augnstins, 
iklibimixie de BLÉRIOT, 
▲ PARIS. 



rSOMMAIRE. 

DEUX BffOINES DU XIU* SIÈCLE, par Pm'îe Rvllkr. — LE BIJOtT. 
TIER DU FAUBOURa SAINT-BffARTIN, par M. N. A ^n a (tlt. -L'EUSSES- 
TU CRU* lar Ciiii.ii.le Le Kh nr. -LE CHIEN DE CHASSE, p-r Ew^éne 
PcNiL — LES ORAGES DE LA M£R£ NOIRE, <.ar Jean Loysbau. — 
VARIÉTÉS, par Eugène PÉ^'B|„ 



ABONNEMElfTS D'UN AN 

1 piftir h 1*' h diafiie Biis : 

FSAIICB S •» 

Bimops , isTvn » Rimn s'An , Tu* 

QOIB S'AmB. ••• ••••#»» 

ÉTATt-UlIMMl'AMlSiaOBtvNoM». • 7 •» 

GoMm» iT AVTtn rAVs s'ovns-ns. é 60 




(Salon de i8o9. ) CHIEN DE CHASSE, par Tro yon (Pa^r^ 54.) 



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80 



L'OUVRIER. 



DEUX HOLXES DU XIII" SIÈCLE. 



A la teille de la triste guerre des Albigeois, un prêtre de Ca^iRe, 
âgé de trente-quatre ans , qui , tout (>eiit, couchait sur la terre nue, 
}t éimiiant vendait ses livres pour Tamour des pauvres , avait tra-* 
versé le Languedoc , allant baiser les tombeaux de sninl Pierre et de 
saint Paul. La soif des âmes le dévorait. Logé à Toulouse chez un 
Albigeois il pa^sa la nuiti renirftenir , â le presser , à le convaincre 
et conçut la pensée d'un ordre pour convertir les hérétiques. A son 
retour de Rome, il retrouva le*mal accru, les esprits aigris; il se 
lia intimement avec le légat Pierre de Castehiau et avec les moines 
deCîteaux, attirés comme lui par le péril. 1^ légat scella de son 
sang l'œuvre naissante , et Dominique résolut de le venger i sa ma- 
nière. Là guerre déchaînée il revient a Toulouse , foyer du mil , où 
Tarchevèque même a tram , refuse la mîlro . prêche pendant que les 
autres se battent , institue le rosaire pour le retour de la paix , sauve 
tout ce qu*il peut arracher au supplice , et brave lui-même la mort 
dont il ne se croit pas digne. Ce fut dans cet ei^pril apostolique qu*il 
fonda les trères précneurs sous le vieux manteau et la régie oubliée 
de damt-Augustm. Et vraimeni il était ressuscité le doctcor des doc- 
t'urs. le fléau des hérésies, le pcrc de la vie monastique. A sa 
voix les Albigeois revinrent en foule . touchés de .sa vertu plus i|ue 
ae sa parole, et leur haine fut désarmée par cet a'H'Urc sans défense. 

A peine réunis , ses seize disiiples , dont huil Français . se dis- 
persent vers les trois <*en très de la science , Paris, Uoiin? et li<i|.ij'nc , 
sans abandonner Toulouse et sans oublier TEspagne. Ils partent n'ayamt 
m argent ni protection , et ne se doutant guère iprils seront dans cei 
rameuses capitales les restaurateurs de la scii^noe chrétienne. A Pans, 
iîs reçoivent Phospilalilé dans une maison des faubourgs . consasrée 
lUX péhTins S(j^îs Pinvocatioii de saint Jacques : de là leur nom bien 
ronnu de Jacobins . sous lequel l'Université leur uermtl d'enseigner 
ia théologie. Saint Dominiaue vient lui-même les visiter , et de Paris 
envoie des fondateurs à Limoges, Reims, Meti, Poitiers, Orléans. 
Puis il parcourt le reste de l'Europe à pied , ressuscnanl les morts , 
servi par les anges , faisant plus de chemin avec son b;l ton qu'aujour- 
d'hui avec la vapeur. Enhn . après avoir cicatrisé les plaies du Lan- 
guedoc , hiti plus de soixa^iCe couvents , établi un ordre pour les 
femmes et un tiers-ordre pour les tldéles , fait six voyages à Rome 
et benié des colonies jusqu'en Hongrie , il voit la mort s'approcher. 
Partout son œuvre est tlonssaiite ; dans cnaque maison les frères 
. nomment leur prieur , les prieurs choisissent un provincial , les pro- 
vinciaux un général , et l'ordre ne tonne ainsi qu'une famille , où 
Il plus douce liberté pr^i^ide aux vertus les plus austères. 

Mais la robe blanche du frère prêcheur sera-l-ello longtemps Pi- 
mage de sa vie ? La première ferveur passée , qu'ont Juré Cluny , 
Cîleaux , Clairvaux et toutes ces grandes abbayes , si tôt riches par 
leurs vertus, si tôt pauvres par leurs richesses? Où est l'homme 
sous le soleil qui possède le secret des choses durables ? Cet homme, 
t|iie saint Dominique cherchait , il le trouva un jour â Rome sous le 
capiK bon d'un mendiant. Ils s'embrassèrent ; ils passèrent une nuit 
v'U prières sans se rien dire; leurs cœurs s'étaient compris, et le 
uiendiant avait donné son secret. Ne rien acquérir, ne rien posséder, 
vivre au jour le jour du pain de la charité , voilà le moyen d'être 
toiijouri libre et fort. Saint Dominique ordonna à ses frères d'être 
pauvres « et mourut content. Son ordre a vécu , puissante école de 
science , de travail , d'éloquence , de force et d'unité , pilier de la 
loi encore debout sans avoir été ni mutilé , ni restauré , foyer des 
plus pures inspiralions de Part chrétien. 

Le mendiant en capuchon éUiil saint François. Il devait mourir 
peu après s.ùnt Dominique , consumé à la fleur de l'âge par le feu de 
l'amoar de Dieu , ayant aussi fait de grandes i hoses et fondé un ordre 
nouvt>au, second pilier apparu eu vision à Innocent 111 pour soutenir 
la chancelante bisilique de Latran. Fils d'un marchand d'Assise , 
qui afait (ait fortime en vendant des draps de France , et qui , par 



amour pour ce pays , Pavait nommé Françoia , néanmains fMift«.' 
musicien, chevaleresque, ami de la beUe nature, roi dea I9iea4 
des plaisirs , il était devenu , â vingt-quatre ans, fou d'amour poîr 
J^us-Christ, et, couvert de boue et d'insultes, il avait tout quHtf 
pour épouser une dame inconnue et méprisée , madame la PauTreté/ 
plus forte que la science et meilleure gardienne de la liberté. Ennenû 
des honneurs au point de ne pas vouloir être prêtre , il avait parcoum, 
l'Italie , réconciliant les villes , apaisant les haines , apprivoisant ks 
loups , sauvant les agneaux de la boucherie , chantant lea louanges 
du Très- Haut avec les petits oiaeaux , répandant aur aes paa U coa- 
tagion de l'amour divin 

En un seul jour saint François avait réuni autour de lui, sous. des 
cabanes de joncs . plus de cinq mifle religieux. Loin de 8*y complaire, 
il convoitait une tien autre jouissance , le martyre chez les infidèles. 
Déjà l'Adriatique Pavait rejeté sur ses côtes ; b maladie Pavait retenti 
en Espagne, et six de ses frères, plus fortunés que lui. étaient 
morts au Maroc. Il s'échappe enfin , débarque heureux i Dandette . 
et vient apostropher le soudan d'Egypte , qui , ô fâcheux miracle ! 
se sent le cœur touché , et le renvoie la vie sauve. De li , ia Palestine 
le reçut , et ses larmes arrosèrent le Saint-Sépulcre . dont ses enfants 
sont restés les gardiens. Revenu en Occident , il trouva .«on ordre 
languissant en Italie, mais vigoureux en France et en Allemagne , et 
il envoya son manteau A sainte Elisabeth de Thuringe , la mère des 
pauvres et la reine des saintes. Puis , ravi d'extase en extase , le 
cœur depuis longtemps blessé d'amour, il reçiit dans ses pieds, 
dans ses mains . dans son côté , les plaies de son Sauveur. Pour 
achever la ressemblance . saint François mourut à trènte-trois ans. 

Quand il avait cnvové deux à deux ses disciples aux quatre^ coins 
de l'horizon , il s'était réservé la France . dont il parlait admirable- 
ment la langue. Puis, empê« hé d'y demeurer, il l'avait du moins 
traversée pour aller en Espagne , et il avait destine â Paris un célèbre 
troubadour converti , ce roi des vers couronné par Frédéric H , de- 
venu le bon frère Pacifique. Pacifique et son compagnon soignèrent 
d'abord les malades et les lépreux dans les hôpitaux . tout en men- 
diant leur pain. L'abbé de Samt-Germain-des-Prés leur donna nu 
terrain , où Us bâtirent le couvent de l'Observance avec sa grande 
église et son collège célèbre, disparus comme tant d'autres monu- 
ments. Déjà les Franciscains s'étaient répandus avec une incroyable 
rapidité. Cette immense famille, trop nombreuse pour ne paa se par- 
tager , devait croître en plusieurs rameaux , formés suivant lea libres 
inspiiations de l'amour , retombant quelquefois des hauteurs hé- 
roïques où avait plané leur père , mais ne se lassant pas de reprendre 
leur vol à sa suite et de reproduire â l'envi sa joyeuse pauvreté. 

Au lieu des Albigeois et des Vaudois , qui menaçaient de tout en- 
vahir et de détruire la société dans sa base , Dominicains et' Francis- 
cains couvrirent de concert le monde comme deux milices aœura , 
prévenant les dangers de la science et de l'amour, donnant un ali- 
ment nouveau aux esprits et aux cœurs , échangeant leurs trésors de 
s igesse et de pauvreté , produisant l'une Pangélique saint Thomas 
d'Aquin , l'autre le séraphique saint Bonaventure , toutes deux indé- 
pendantes des princes et deslieux , nommant hbrement leura «*lie& 
toujours pauvres , destinées à sauver k liberté et à conjurer les pcrib 
de l'ÉglLse. Emile Keller , Député au Corps législatif. 



LE BIJOUTIER DU FAUBOURG SAI1VT-H4RTUI \ 



CHAPITRE IV. 

l'atelier (Suite,) 

En cette même journée , notre jeune ouvrier , après avoir satisM 
à ses devoirs de chrétien fidèle , s'était reposé de son travail asstdv 
de toute la semaine dans la compagnie de la bonne et aimable (W 

* Voir les u- 4ê i^ Ouvrier des !•' et 8 juhi. 



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L'OUVRIER. 



«I 



OîilV de Bî. DivW, Le t^^Tnpt apnt paru Tsrîflble , on remplaçi 
la prora^nridc hiibilnell*» par qn^lifSTftS partes de dominos et de 
tirtfs à U m'^is^'H, et de jfu de bnulei d^tni un p^tit jardin aUenant 
i l*arrière-boiJlique du bouI;mger. DuUuiFGoa, d'un caraclére naîu* 
relfement gai , se prêta de lout ccDur à L'ântUâement et aux 
ébâ\s de ms deux pfiliLcs Cûu^ine-^. 

> Le bontieur quHl trouvait dans i'amilié si frânchâ de ^h DavirJ el 
de son excellente f<tmille ne put cependant faire oublier i Dubuîsson 
la makon paternelle oili il avait laissé des parents cliéris , de& frères 
%i une sœur qu'il aiiuaît teudrement. Auïsi employa-t-il les dernières 
àeures ilu jour â répondre I leur première lettre; il leur donnait 
> iui-méme pour la seconde foh de ses nouvglkâ , do celles de son 
I oacle « et les instruisait de sa position » de ses travaux et de ses dis- 
pos if ions touJMnrs chié tiennes. 

Le lendemain lundi » rl^s sept lieurea du malin , Diibuiîson re- 
loiirna h son atelier; il le trouva désert. KL David te lui avait prédit/ 
Selon les conseils de son oncle » Dubuisson demanda à parler à 
11, Noirol, 

Jl. Noirot le reçut as^ei rfoidement . maïs néanmoins avec blen- 
Têillance et le prévînt que , d'fiprès Tusage dfi sa knaison ^ usage 
^*il avait trouvé établi du temps de son prédécesseur , les ouvrit^rs 
de b^ fabrique f selon leur désir et leur ancienne habitude, travail - 
bient le dimanche jusqu'à Irois heures, et se réservaient le lundi; 
il rengagea â se c on fariner â celte coutume , s^ns toute fois ni Tap- 
prouver ni la blâmiT. 

Dubuisson répondit avec fermeté, sans toutf'fais manquer ni h la 
modestie ni au respect envers sou patron , qu'il ne pouv.iLt absolu- 
ment se départir des principes de son éduCtUion , e£ pria M. Noirot 
de \vi permettre d'emporter avec lui l'ouvrage qu'il avait coui- 
meticé, ainsi que If s outils les plus indispensables pour y travailler, 
t'af urant que dés le soir oiênae le tout serait remis en place dans 
l'atelier. 

M. Noirot hésiU quelques instants ^ représenta à Dubuisson que 
Ki demande sortait de U règle ordinaire de son atelier, puis enfin la 
lui aco&rdj , m exigeant toutefois la promesse de ne mn dire à ses 
camafades de cet arrangement particulier. 

Dubuîsion travailla dans sa chambre avec ardeur et contentement 
tiKiU la journéd du lundi, et le soir rapporta dans Tatelier, â Theure 
cdaTenue p mùu ouvrage avec les objets dont il s'était servi. 



I 



CHAPITRE V, 



DIX GONTIIE UN. ^ 



fa mardi ^ su montent où Dubuisson entrait dans Tateher : t Ah ! 
I v<Hi» volU I « lui dit un des ouvriers arrivé des premiers l i ûerte^ » 
f iiiAo cher t pour un provincbl save^-vous que vous êtes un fameux 

• luroe ; personne ne e*y serait attendu ; il paraît que déjà vous tra- 
^ vultet en amateur. Deuï jonrs de congé , de nopC€s et festins, di- 

• mmncbe et lundi t plus que ça de genre î Excusez du peu. i 

« — Ça promet , » reprit un autre, i Vous verrez que Dubuîsson 

jnarchera bientôt sur les traces glorieuses de Tincomparable 

itartin , qui ne revient jamais que le mercredi , tes yeux en eom- 

t pote , les genoux et les jambes battant de supetb^s entrechats , et 

• les mains encore plus agacées que son fameux vin bleu d'Argen- 

• teuiL 1 
t Ah ça l malt dites donc , mon cher , i ajouta un jeune ouvrier 

loustic , qui se mit a rej^arder d'un œil malm h pièce à 
tii{ueile travaiiliiit Dubuisson depuis plusieurs jours , ■ est-ce que 

• par fiasard vous vivriez en commumcation avec le diable f Mais 
I TOUS D'en étiez pas là du tout samedi dernier. Quel est donr 
I IL lutin bbnc ou noir qui a sué au moins une grande journée sur 

• v^ire pièce pendant que , de votre côté , roua vous en donniez à 

• cceur joie et i bouche que veuxHu , dimanche et lundi T Ues^ 
tieurs t notfe nouveau cajnarade est sorcier ; prenons garde, i 
lém autres ouiiiers aui n'étaient pai i ce moment tréi-noju* 



breux , par^e que pluwenrs d'entrp fUî ob^**rvaipnt ssf**i fir^<^ÎPm*'nt 
cette maxime ' qiiil w'f/ a im\ tît. hmim féie iyuns frHdémfttn ^ répé- 
tèrent â peu ptèâ ks m«?ines choses avec quelques varuut»^. Au 
re^te , re rrél^Jt encore U qu'une simple escariuooihe , peurUût la- 
quelle Dubuisson souriait tranquillement , bissait passer s^ns i*é- 
mouvair le moins du monde h prt»mier fou de l'ennemi , et s'»pprii- 
tiit inlérieuremeol â soutenir plus tard avec force et couiage 
les a Iliaques plus sérieuses d'un vériLible combat. 

Ce fut vers onie heures que les retardataire?^ if lurent enfin ; râte- 
lier était au complet, moins l'ouvrier Abrtiu, qui ne r^^^enait 
souvent que le troisième et même quelqin^fois que le qu^lriêuii 
jour de la semaine , et toujours dans un pileux état. D^jâ là 
mot d*ordre était donné. C»^lui qu'on avilt dibigné pour en^M^iPr l« 
""îeinier la bataille était un des derniers arrives, le même dont noui 
avons déjà entendu la question oulrp.pmdanv t M, Noirot jsur têd- 
mi^fion de Dubaisson dans sou attlier. Il se annimnt llurr^L 

Uurel était le plus ancien , et sans contredit le plus bibîle des ou- 
vriers de M. NoiroL 11 le savait parfiilement ; aussi ne se gêti^itt-il 
pas pour sapptïler hriut>'iîi -nt Thomme le plus néc4^sS''ïire de la n^ai- 
son. Se croyant tout permis en celte qu Itté, il imprjsaitse* viihuilC 
à ses eamarades I régentuitle contre-maître ei faisait presqm^ lu loi I 
son patron* qui montrait quelquefois trop ouverteintmt le h^-som 
qi 'il avait de hiip et au fimd le redoutait eiicore plus quM ne IVslt- 
ni^iL Père d'une notnbreuse fainHte , llurel av^it du r'^i^ie <Un<ï mn 
ïnEérieur une conduite assez régulière ; malgré ses drf.mts ou n^ 
pouvait lui cont^^ster do viTilaldts qualités. AUis d.ms VatpliPr il 
jouait rincrédule , ^^ philosophe , le beau niiuvais sujet; irtramli^Kt 
avec importance toutes li'S queshons de religion , de moiiilH , de pi>- 
lîtique; as donnait volontiers , et même, il f*ut le diie, avait réussi 
â se faire généralement aceopter comme un oracle paruu ses c*hm^- 
rades, qui cependant ne se gênaient pas pour le dépeiiidre umù 
entre eux î Hard bon cœur , mauvaist téU , imokni , en été , imtfard* 

Ilurel , constitué chef delà b:uide, résolut dune d'aUaqn^^r Di/huis^ 
son en face, et avec d'autant moins de méuag'ment quM savi^ii de 
science certaine que M. Noirot p prévoyant Torage , s'ab-^enlt rait 
toute la journée. Quant au conlre-mailre , déjà sur Tige , personne ne 
le craignait ; on le regardait corn me un bon homme , tant sott peu 
braillard , mais nullement redoutable. Les ouvriers lui donnaient le 
surnom de piipà le Soliveau, Quant aux apprentis qui se IrouvalifUt 
soua sa gouverne immédiate , ils rappellent par contre, non â catise 
de ses cheveux blancs , mais à propos des corrections qu*il leur ad- 
ministrait de temps à autre , h vieux mottton enrogé. 

Il était convenu que d'abord tous les ouvriers garderaient le si- 
lence, llurel devant seul entamer et souli mr l'action , les autres ne 
donneraient en masse que dans les moments opportuns et même in-* 
diqués d'avance* 

t Ditt^s donc t monsieur Dubuisson , i commença Hurcl a vte un 
ton plein d'arrogance, < est>c& que vous n'allez pas aujourd'hui 
» même quitter l'atelier ? a 

Dubuisson travaillait à une soudur@ en ce moment; il parut ne pas 
entendre. 

Il urel répéta sa question phi s haut et ajouta d'ujie voijt stridente ; 
ir Est-^e que vous ce m'entendez pas? t 

i — Si fait, si f/U, je vous entends maintenant, monsieur îîu* 
» rel, ■ répondit Dubuisson d^une voix tranquille ^ en quittant sim i^ha- 
lumeitu, sans détourner les yf'ux de son ouvnige; « m.ds, vo)ez- 
M VOUS, on ne peut en même temps sonfil^-r^ entendre tt p^i Ut* 
1 Permettei-moi seulement de vous répoudre que je n'ai absoluuiiint 
# aucune raison de quitter l'atelier ni aujourd'hui, ni d«^u^ain « ni 
1 après^demain , ni plus tard, que je me tiouve pji f^iitement irji 
i sous un excellent patron , avec de bons camarades , et que je 
■ com|ite y rester le plus longtemps possible. ■ 

f — Je le comprends bien ; mais cela ne vous est plus posdble « 
i entendez-vous T i 

f ' Et pourquoi donc î Est-ce que par hasard U. Nolrat oè ¥ûii« 
drait yl«i de miU ^.^^.^^^ by GOOglC 




^ Jïr 



f^tnriWÊfi; 



t — M. Noirot... M. Noirol peut Youloîr encore de Yous; possible. 
I malt qu'impoile? nous.,, nour ne todoos plus de yous,. 
- Ions ! * 

f — Hoïi , nous ne vaulons pins de tous , s t'éerièrent ak>n tons 
IftS otif rmrs ensemble. 

f — Allons, sUun*, tai$Ê£-T0ii8 , taiseA-fOos , s dit le eontre- 
maJtre. 

Personne ne Ht attention ni sa eostre-msKre m i son ordre. 

f — Messieurs, répLitiue alon DulMiîssott ifec éoerfîe, et regar- 
I fiant mt adversaires en T^ee Je pense ^pie vovs èles tons trop bien 
i élevés pour me Taire la moindre Tieteneé ; et d^aîHevrs personne 
a d^entfi vous ne me touihersit du boot du doi^ impunément, je 
a fous J*4ssure, Ajes seulement k bonté de m*apprendre quelle est 
1 h nîson pour laquelle voui^ ne Youks plus de moi? Je yous assure 
I que je ne ro*en doute pas, » 

• — Parée que vous êtes un capucin » » riposta aussitôt Hurel. 

« _ Vous Yous tromper , moasieur Hurel ; je yous affirme que je 
f ne suis pas un capucin , ]e suis simplement comme yous un bi- 
f jouticr. I 

« _ Vous êtes un jointe en robe courte. • 

• — Non , monsieur Hurel ; j'ai Thonneur de yous répéter que je 
a œ suis qu'un ouvrier bijoutier comme yous ; et comme yous je ne 

• parle ni robe longue ni robe courte , mais un simple paletot. • 
Les apprentie m cachent pour rire i leur aise ; quelques ouvriers 

font deâ cantofïtiuns pour garder leur sérieux. 

I— Vous êtes un cagot , un bigot, un hypocrite,» continuait 
Burel avec une animation qu accroissait le dépit. 

a ~ Monsieur Hurel, a répnd Dubuisson sans trop s*émouYoir, 
I fêndex-moi » je yous prie, i*important serrioe de m*en donner la 
. preuve « * 

• ^ La preuve t la preuTo !... e*est que yous ne travaillez pas le 
■ dimanche et que vous allez 1 la messe. » 

i— Ainsi vous penser que tous ceux qui ne travaillent pas le di- 
» manche et vont à la pesstî sont des cahots» des bigots, des hy- 

• pocrites t a 

a -^ Qui , N cria Hurel d'im ton furieux. 

1 Oui ^ oui f j répétèrent ^ruoe voix assez Euble deux ou trois ou- 
vriers , pendant que les autres n'étaient plus déjà que les témoins si- 
lenrieux d une licène ù nouvelle pour eux, et que les apprentis mur- 
muraient : « Ça cliaufij , ça chmiffe. » 

« ^ A ce couiple , Monsieur Hurel , a repartit Dubuisson d'une 
voix grave et posée , i je me regarde, et vous me regarderez vous- 

• même ^ j^en suis sur , comme trés-honoré de partager les beaux 
f nonH dont vous av^z l'ftxLrême bonté de me gratifier, avec trois 
i personnes qu*ou m'a dés ignées, dimanche dernier , à Saint-Laurent, 
i assistant a la messe comuie moi; qu'on m'a dit même aller souvent 
a i vêpres , ce que je ne fais , je vous l'avoue , que très-rarement, 
i Ces troif personnes sont : Mme Hurel , votre digne femme , Mlle 
1 Hurel , votre (ilie , aussi pieuse que belle , et M. Hurel , votre père , 
a qui m'a paru un des hommes les p\^ respectables que j'aie jamais 

• rencondéii. a 

. A rinstatil joiâme la parole manqua A Hurel ; sa contenance hau- 
taine se démcnUt, son visage changea de couleur. Aucun de ses ca- 
marades , n'osait tourner les yeux vers lui; tous gardaient le silence, 
exc4ïptê uu des apprentis qui s'enhardit jusqu'à dire , mais bien bas : 

• iCnloncé l ft 

Ce silence général dura jusqu'au moment du dtner. 

Vers sise heures , après la reprise du travail , quelques ouYriers se 
aairenl à causer d'un de Wurs camarades , absent de l'atelier de- 
puis plus de trois semaines. Ils disaient que probablement il 
devait âtre encore asses gravement malade et que sa jeune femme , 
lUnihisM4iuâe en M , ne pouvait sans doute suffire à la nour- 
riture de leurs deux eiir^iUâ en bas âge. De là ils prenaient occa- 
sion de dêbIiiLért;r contre la société et en particulier contre les 
riche» , qui rcfpnfrnt de knd pendant que les malheureux manquent 
du mcêtèam; ils se raiJUicnt surtout de ce que t certainei gens 



f appelaient la Providence, a Us ajoutaient cependant que 

l'atelier devrait bien penser à ces malheureux et que leurs camarades 

feraient bien de s'unir à eux pour se cotiser le samedi suivant, afhi 

de dire au moins une avance à la famille de leur pauvre ami. Puit 

ils entrèrent dans quelques détails sur le quartier qu'habiiûl 

Ménard (c'était le nom de l'ouvrier malade); ils parlèrent de «oa 

logement, de la nuison où il demeurait depuis quelques années, Bm 

s'étendirent beaucoup sur les dettes qu'il avait certainement eoa- 

tractées pendant une nudadie si longue et qui avait épuisé toutes ses 

ressources. 

CHAPITRE Yl. 

LA BONNE ACTION ET LA YICTOIM 

Dubuisson ne perdit aucune de leurs paroles. 

Dès qu'il fut de retour chez son oncle il rinstruisit de tout ee ^n 
s'était passé , et lui communiqua un projet qu'il avait formé. M. Dte- 
vid ayant approuvé son neveu, ils se. hâtèrent tous deux d'aller vift- 
ter dès le soir même l'ouvrier malade , dont il avait été question â 
l'atelier , et de porter à sa famille des consolations et des secours. 

Ménard demeurait rue Montmartre , près l'église Saint-Eustaché. 
Homme laborieux et d'uue conduite irréprochable , il avait pu réus- 
sir, jusqu'alors, à soutenir sa famille, mais une fluxion de poitrine; 
dont il commençait à peine à se relever, l'avait réduit presqu'à la 
misère. M. David et Dubuisson entrèrent chez les Ménard au moment 
même où la pauvre mère , entourée de ses enfants qui lui demandaient 
à manger, fondait en larmes, et faisait à la hâte un assez gros pa- 
quet du reste de ses propres hardes qu'elle le disposait à porter 
au mont-de-piété. Ménard , qui pouvait à peine encore se lever de son 
lit , se tordait les mains de désespoir. 

Accueillis par cette famille infortunée comme des anges que Dieu 
lui envoyait , nos deux visiteurs s'informèrent avec le plus touchant 
intérêt de la santé du malade , et de la situation de ces braves gens , 
puis leur laissèrent une somme suffisante pour payer un terme 
arriéré et toutes leurs dettes , et les placer entièrement à l'abri du 
besoin pendant les dix ou quinze jours de la convalescence du ma- 
lade. Le pauvre Ménard , sa femme , ses enfants se mirent à pleurer 
de joie; ils ne savaient comment témoigner leur reconnaissance à 
leurs bienfaiteurs. Ceux-ci , malgré les instances et les supplica- 
tions de cette famille , tout à Theure plongée dans la désolation et 
maintenant si heureuse, ne voulurent point se faire connaître ; ils se 
retirèrent après avoir adressé à leurs protégés quelques bonnes 
et chrétiennes paroles de consolation et d'espoir. 

ff Voilà une bonne action à laquelle tu m'as associé , mon cJier 
• neveu, » dit en sortant de chez les Ménard M. David à Dsbssssoa 
qui était tout ému , t elle te portera bonheur. Vois-tu ? c'est comme 
» ça qu'il faut se comporter quand on a le bonheur d'être un Ymt 
» chrétien : ne point emboucher la trompette lorsqu'on fait la 
» charité , et rester inconnu même à ceux qu'on soulage. C*est 
9 comme ça qu'on observe le précopte de l'Évangile : Que votre maim 
» ^aticAe ignore ee que fait voire main droite, A quoi servent* d'ail- 
» leurs les louanges des hommes? A rien , mon ami, sinon à nous 
» ôter la récompense de Dieu. » 

Le lendemain , c'était un mercredi , l'ouvrier Martin , que ses cs<- 
marades avaient déjà signalé en présence de Dubuisson , comme utt 
franc débauché , arriva à l'atelier vers deux heures. Ses yeux étaient 
battus , ses traits décomposés , ses mains toutes trembhintes , sa dé-^ 
a marche peu assurée. « Ah ! voilà Martin qui arrive de la noce et du 
» retour de noce , suivant sa noble coutume , » dit Hurel en riant. 

fl — Plus souvent que j'arrive de la noce , je viens d*un enterre— 
ment , » répondit Martin de cette voix âpre et chevrotante , partie»- 
lière aux gens qui abusent des liqueurs alcooliques et qu'on appelât 
vulgairement voix de rogomme, 

ff — Tu viens d'un enterrement, Martin ! allons donct on ne 8*en 
» douterait guère. Il faut que tu aies chanté fameusement fort le D» 
» profundis à l'église , car tu es furieusement enroué, a 

ff — Dis donc, Hurel, tu m'insiiUes, Est-ce que tu 



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f^K^wr^ 



53 



I pour im cafard ? Tn*as-tu jaiT^ais vu entrer U-dedans , moiV Taime 

• bien mieux dépenser trois francs avec un ami , i la barrièi*e , que 

• de donner un sou à l'église. Je ne me sers pas du culte , moi , • 
ajavta-t-îl en faisant un ge^te de dédain et de colère. 

f — Hurel , laissez-le donc tranquille , § interrompit le contre- 
Diftre, fl il Êint bien qu'il se mette au travail pour réparer ii^ temps 

• qvTI a perdu ; Martin a une femme et des enfants. • 
f — Qu'il laisse mourir de faim , » murmura Hurel. 

Martin , avant de s'asseoir à l'établi , se mit à chercher quelques 
oilils dans l'atelier ; en se baissant il perdit l'équilibre , tomba et 
roala par terre, t En fait-y du vent &ujourd'hui ! « cria uh upprenti 
Tons les oaTrien écUtèrent de rire, excepté Dubuisson qui , assez 
éloigné de Martin , se hâta néanmoins vers lui et l'aida h se relever 
p«fldani qu'un jeune ouvrier disait tout bas d'un ton moaueur â son 
Toiiia : ■ Voilà l'innocence qui ramasse le crime. » 

Oejoar et les deux jours qui suivirent se passèrent sans nouvel 
ij^ndent ; les conversations étaient insignifiantes. Personne ne parlait 
\ Dubuisson , mais personne non plus ne cherchait a l'attaquer ni i 
k jîi^esler. 

Quant à If. Noirot, il faisait vers midi sa ronde et donnait ses 
erâfej comme de coutume, se gardant bien toutefois, pour ne 
fmi se compromettre vis-i-vis de ses ouvriers, d'adresser un 
im\ mot à Dubuis9on. 

Cependant ce calme apparent recelait une tempête. Une sorte de 
Hilprraijoa s'ourdissait en silence contre Dubuisson. Hurel , do- 
mé par la passion de l'orgueil qui étouffait ses bonnes qualités , 
lînit pis oublié sa défaite. Jaloux de reconquérir A tout prix son 
tmm ascendant sur ses camarades, il les engagea i .se joindre à lui 
|iar &ire tous ensemble une manifestation énergique contre Du- 
Nisson , au moment où le samedi soir M. Noirot solderait la paye i 
i.iplîcî. Toutes les batteries étaient donc dressées de nouveau, 
teiivs lêi iTiËsures prises ; et la victoire paraissait tellement assurée , 
l»i pour la oélébrèr dignement on avait déjà arrangé pour le di- 
siiirbe soir un pique-nique général dans un des restaurants les plus 
reofiminés du Faubourg. Tous les ouvriers devaient en faire partie. 
mêam le contre-mattre , auquel on avait caché le motif réel de la 

Une drconstance inattendue vint tout à coup non-seulement dé- 
nvtr toutes ces manœuvres , mais encore changer complètement la 
qlQition. 

Le iiiiiecii , vers onze heures , on vit entrer dans l'atelier l'ouvrier 
lénard encore pâle et faible ; an sortir de sa maladie et avant de 
^ger même à reprendre définitivement ses travaux , il venait ren- 
irs une première visite à M. Noirot et à ses camarades. Ce fut avec 
BÉ véritable joie qu'il fut reçu par les ouvriers , et chacun lui donna 
■OÉ ebande poignée de main , en le félicitant de sa convalescence. 

Pendant toates ces démonstrations d'amitié , Dubuisson avait eu 
^ temps de remettre les traits de Ménard. Quoiqu'il ne l'attendit pas 
éiAt j îl espérait cependant n'en être pas reconnu. 

lais le ronge lui monta au visage , il parut embarrassé. Le souve- 
m de sa bonne œuvre était plus gênant pour l*ii que pour tant d'au- 
iits celui d'une mauvaise action. 

T«ntefois personne ne s'en aperçut , excepté Hurel qui , ne pou- 
Qrt se rendre compte du trouble qui se montrait sur la figure et 
àm le zntînlien de Dubuisson , dit à voix hrsse à Ménard : • Tout 
« h monde ici est content de te voir , mon ami, excepté ce palto- 

• >^ que tu vois là- bas; mais nous espérons bien le. chasser de 
' litetier dès ee soir; nous ne lui ferons pas de quartier, t 

Ménard , avant alors fixé ses yeux sur Dubuisson , sembla interdit ;' 

rapprocha plus près de lui , et après l'avoir regardé fixement , 

rtr>dis que Ûubuisson baissait la tête , il s'écria tout à coup : t Je ne 

• tm trompe pas, c'est bien lui, je le rr sonnais!... Ah !... • Il ne 
ffit tn dire davantage et se laissa tomber presque évanoui et 
\ûu{ iremblant sur une chaise. 

4 rinslant même tous les ouvriers se levèrent. Ne pouvant |*exi li- 
per e« ifiii lapisiiil tous leurs yeux , ils l'avançaient d'un air me- 



naçant vers Dubuisson , lorsque Ménard , revenant peu à peu à lui , 
leur dit en pleurant : f Oui , oui , mes amis , voilà mon sauveur ; 
» il nous a arrachés à la misère et à la faim., moi , ma femme et 

• mes enfants... Il n*a pas voulu dire son nom, mais je le recon- 
» nais... C'est lui qui, accompagné d'un homme rfîspectabie,... San^ 
» leurs généreux secours nous n'avions plus que h mon â 
» attendre.... § 

fl — Monsieur Ménard, dit alors Dubuisson d'une voix émue, ee 
» n'est ni à moi ni même à mon oncle que vous 4 te s redevable de 

• quoi que ce soit , mais c'est à ces messieurs vos citai raii as et vo^ 
» amis. Si je n'avais été l'heureux témoin du vif intérêt quib pre< 
» naient tous à votre situation, jamais la pensée ne me $ùm\i venue 
» d'aller vous voir , et de jouir ainsi du bonJieur de \ouâ cùn* 
f naître. • 

A ces paroles, pleines de sensibilité, de délicati^sse tt de mod«*!ïtLe, 
les ouvriers de M. Noirot se regardèrent avec surprise . ^t mnnirës- 
tant aussitôt les sentiments généreux qui respiraient an fond de leur 
cœur , chacun d'eux , par un mouvement unanifit»^ el ^ poniané , ten- 
dit la main à Dubuisson. Hurel fil plus , il l'embr^isa , en lui di$^nt 
avec sensibilité : < Vous avez un bon cœur , Dubuisson , moi , j'ai 
f une mauvaise tête ; il faut tout oublier; vous êtes pour jamais notre 
f ami... • 

A peine eut-il achevé , que les apprentis se mirent à crier tous à la 
fois : fl Vive monsieur Dubuisson ! vive le rot Dâ\id ! ■ 

Ne sachant d'où venait tout ce bruit, M. Nqirut accminit aussitôt 
dans l'atelier et demanda d'un air inquiet quelle en é la il la cause. 
Alors Ménard , après avoir salué son patron , raconKi tons les délaits 
de la visite de Dubuisson et de son oncle ; comment lis éialent venu^ 
à son secours., envoyés par la Providence , au moment même où lui 
et sa famille se trouvaient réduits au plus aflreux dést^spoir. 

Après avoir terminé son récit , Ménard , ne se poïst^dant plus dans 
l'effusion de sa joie et de sa reconnaissance , se jeta au cou de U . fM^ 
rot et de Dubuisson -et les embrassa en sanglotant, i Vive moa&ieur 
Noirot ! Vive monsieur Dubuisson ! Vive monsieur Mén.ird ! Vi¥e tout 
le monde ! § crièrent de nouveau à tue-téte les apprentji. 

M. Noirot, attendri jusqu'au fond de l'âme , et surtout enchanté 
d'être sorti d'un fâcheux embarras, félicita Dubui^sùn pour lequel il 
n'avait pu s'empêcher de concevoir de l'estime et d» L'uffeclion, er 
engagea par de paternelles paroles tous ses ouvriers à vivre désormiiis 
en parfaite intelligence. Il ajouta qu'il espérstit bien que nen tie 
pourrait plus à l'avenir troubler la paix et rharmonie qu'il désirait 
voir toujours régner dans sa fabrique. 

(La suite au prochain numéro. ) L'abbé N. AïWAtrLT. 



L'EUSSES -TU CRU?.. 



Et de quoi s'agit-il donc? De la chose dn monde li plus in«ro|ab1e, * 
la plus inimaginable. f 

De toutes les affaires la plus difficultueuse, la plus épineuse, la plus [ 
scabreuse, la plus délicate, la plus interminable, c'est assurément, in- 
contestablement un mariage. ~ Que de moyens à f^mplcjer, que de 
paroles, de diplomatie, de prudence, de sagesse, d'observations, d'ap- 
préhensions , avant d'en venir à bout! -^ Avez* vous jamais tent^ di^ 
faire un mariage ?... Une fois dans ma vie, je l'ai tenté , mais.. .. tnav 
je sais ce qu'il m'en a coûté d'ennuis, d'inquiétudes..* 

Eh bien 1 voici quelqu'un qui a fait une entreprise? gigantefqne, 
Chnstophe Colomb, partant pour la découverte d un nouveau monde, 
n'est rien à côté de ce hardi personnage. Ce mimiiieur en cfTl a b 
prt^tention de marier , non pas un ou deux mortels , ^ ce ne serait 

oas la peine, — mais devinez combien? Ls simple bagiteUe de 

50,000 personnes Vous riez! C'est comme cela ceppnrLini. — Et quelkf 
personnes? tfel hommes qui ne peuvent se marier.— Voua croy**- -^ut- 
^-^ qO s'agit das militaires? Du tout, les sûldîits français $ûn\ 



\ 



I 



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L'OCVtllÊH; 



,000 condamnas par Ips i ^glements , je ne dis pas à la continence , 

n^oserait aller jusque-là , nais an rc^llbat. Or, notre entrepreneur 
porté ses vues hnmanilairf que sur 50,000 personnes qui forment, 

si vrai, tout un ordre sorla». 

Inclinons-nous devant la hardiesse de cette conception ! ! — Quels 
sont donc les citoyens, objet de tant de sollicitude ?Uuel est le pro- 
fond penseur dans le cerveau duquel s'est (épanouie celte id(5e? — Les 
50,000 citoyens qu'il s'agirait de marier, de par Tordre du gouverne- 
ment, ce sont, — l'eusses -TU cru?., lecteur , nos 50,000 prêtres 
français, — et llnventeur, apparemment breveté, c'est... ne Tavei- 
vous ps deviné ?... M. de Hautengueule. 

/ Ah ! Monsieur de Hautengueule , n'auriez-vous pas mieux fait de 
vous taire !... Vous devez être bien jeune... au moins de caractère... 
et si tous-même n'étiez pas marié!... quelle farce!!! j/e vai»; m'en 
informer. Mais, tenez ! votre jeunesse me fait pitié, et je ve>ix être 
bon, à votre endroit. Donc, puisque votre métier vous oblige à conter 
au peuple des fariboles, lais>ez-moi du moins vous donner un conseil 
pour la réussite de votre entreprise. 

Vous rencontrerez des obstacles, mais vous me paraissez un homme 
d'énergie. Vous lutterez avec une sainte audace. Et qui sait?... Luther 
n'était^ il pas prêtre?... ne s'est-il pas marié? bien d'autres de son 
temps ne (irenl-its pas de même? Pendant h Révolution française ne 
vit-on pas un certain nombre de prêtres jeter le froc aux orties et 
prendre feninuî? Voila des antécédents!! oui, certes et de propres!!.. 

On fera des objections; on vous dira qu'au milieu de la corruption 
du monde, des exemples de continence <ont chose précieuse. — Vous 
répondrez, que vous ne croyez guère à h continence des prêtres.— 
On vous en demandera la raison. Ici, ne \ous troublez pas. Répondez 
carrément que depuis deux on trois .105. sur cinquante mille prêtres, 
trois ou quatre ont donné des scandalf^ «'iiotivantables. Vous citerez 

l'afTiire du chanoine Mallet , etc — P.nt-être objeclera-t-on que 

de ce petit nombre on ne peut rien conclure contfe le corps entier du 
clergé. — A quoi vous direz : Eh ! conibien.de choses aiireuses que nous 
ne savons pas!!... ah! ah!...— Enfin, si l'on vous réplique : fVous' 
ne devez point parler de ce que vous ne savez pas , » — faites la 
sourde- oreille , ne répondez rien, car A cela jïoïni de réponse, ou 
prenez un détour. 

Vous leur direz : la continence est contre nature, — On s'écriera : 
Quoi 1 contre nature ! C'est donc un crime ? et Jesus-Christ , et sa 
sainte Mère, et les Athanase, les Anibroise , les Augvstin , les Ber- 
nard , les Fénelon , les Vincent do Paul ont été coupaUes d'un crime 
contre nature !!... et tous les prêtres depuis dix-huit siècles et tous les 
religieux ont été coupables d'un crime contre naiuro 1!... — Si l'on 
vous tiefiFce'ran'gage , cher marquis, ne discutez pus , mais pour 
toute réponse , dites à vos adversaires : Vous êtes d^sreoc...., vous 
n'êtes pas de votre temps... 

L'honneur de l'initiative vous reviendra toujours ; dans les siècles 
des siècles, les générations se diront les unes aux autres qu'un certain 
marquis de Hautepgueule , qui passa sur cette planète, au milieu du 
K1X« siècle, — trop tôt, selon les uns , trop tard , selon les autres , 
«- entreprit de marier 5Q,000 prêtres!!! — Encore un coup , à vous 
rbonnur; c'est justice, n'avez- vous pas levé le lièvre? — Mais , satis- 
fait de cette gloire i venir, effacez-vous présentement; un pas en ar- 
riére, et laissez venir les intéressés. 

Ce n'est ni au gouvernement , ni à l'opinion publique de pousser à 
la chose. Si vous êtes rédacteur d'un journal , eh bien , que votre 
jmHtial soit Torgane du clergé : recueillez les vœux des phalanges 
sacerdotales; invitez le clergé à user du droit de pétition. Quand vous 
aurez la majorité . à tout le moins une considérable minorité , vous 
sereï fort, et alors oui , alors... 

Maintenant , pour vous dire nettement ma pensée , je crains que 
vous n'en veniez pas i bout. U y a trop longtemps que les chos'^ 
sont ainsi. D'ailleurs, franchement, j'aime encore mieux ' «^élibat que 
ie mariage des prêtres. Le prêtre célibataire W * vous 

criez au fimatique, monsieur le marquis, ' ^^ parlant 

ainsi, je ne prétends pas être calhoÛi 



contrnu de 



.xu 



penser comme les païens. Vous le savez bien : los p«ïpns <*nx-\ 
voulaient que leurs sacrificateurs fussent ch.isle«; ils a\iii<^iii Irunv^ 
taies qui devaient vivre chastement pour honorer \os duns, â h 
chasteté est une vertu, c'est au prêtre sans doute qu*elW rcmvjivrit. 

On objecte quelquefois riutérèl de la population. — Quç; les ma- 
riages soient féconds , comme ils doivent rétrc , et la source de k 
population ne tarira pas. L'intérêt moral passe d'ailleurs avant Hidé- 
rêt matériel. — L'important n'est pas d'avoir une population Dam» 
brcuse , mais d'avoir une population morale. Or, un sacerdoce cluste 
est le plus puissant moyen que je connaisse de moraliser les masses 
et de contenir chez tous la fou9ue des passions. Honneur donc et 
gloire aux papes qui ont compris toute l'influence de la grande insti- 
tution du célibat des prêtres !... 

Riais que ferons-nous de M. de Hautengueule? Le ferons-nous bril- 
ler vif! Non , M. le marquis , ne craignez pas , vous ne ser«» uî cuti 
ni cru» C'est ce que je vous souhaite ! 

Candide Le Franc. 



LE CniEN DE CHASSE. 



Le salon de 1861 va se fermer; il faut se bâter de jeter un dernier 
regard sur ceux qui Tout précédé , si l'on veut en «admirer encore 
quelques toiles avant de considérer les richesses du présent, \oici 
donc un chien de chasse par M. Troyon, ce peintre de la nature si 
goûté des connaisseurs. Quoi de plus correct sous le rapport du des- 
sin que ce magnifique chien d'arrêt? Mais là n'est pas son prinripal 
mérite. Quelle vie dnns cet œil tourné vers le maître auquel le ùdcit 
animal présente la perdrix frappée par le plomb meurtrier 1 Voilà bica 
le plus intelligent des serviteurs de Thonime , le Compagnon Je sei 
plaisirs et au besoin de ses dangers. On reproche généralement i 
Tro)'on de peindre trop et trop vite; mais à coiip sûr le tableau dont 
nous donnons la reproduction ne lui a pas attiré ce reproche : si k 
sujet est ici des plus simples, l'exécution est en même temps des plus 
soignées. 

Eugène Pénel. 



LES ORAGES DE LA NÉRE KOIRE '. 



CHAPITRE VI. 

Agréments et désagréments résultant de la longueur 
des Jambes. 

fl Capitaine, il me semble que nous courons bien loin pour pea de 
chose, • disait à Yves Jourdain le second du navire, pendant que' 
f Espérance^ filant ses douze nœuds, fendait les vagues écumeuses iU 
poursuite d'un cotre passablement effarouché. 

f Les petits ruisseaux font les grandes rivières , t répondit 
Yves. I 

U en est du luarin comme du chasseur : on part le malin pour ] 
trouver des lièvres , mais si le lièvre refuse obstinément de se moa* - 
trer et qu'un lapin se présente, on ne rcsiate jamais à la tentatioff de 
lui envoyer la charge destinée à une plus noble bête. On tirerait vaî 
une taujie ou un mulot plutôt que de rentrer au logis les mains videl. 

Surtout quand il s'agit du premier exploit d'un chasseur. 

En nier, c'est comme cela que les choses se passent : si vous pos* 
vez capturer lin vaisseau â trois ponts , c'est bien ; mais faute dft 
vaisseau i trois ponts, si on trouve sur son chemin une inuffensive tar- 
tane, personne n'aura le cœur assez dur pour ne pas U laire jouirais 
privilège de l'anneiioa. 



• Voir las hm de rOtt«rt>r du 44 mai au 8 juin. 



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p*^- 



k 



fOUVHIBR. 



T«l était le tni motif pour lequel le brick courait après le côtre et 
k cotre défaut le brick. 

Naturellement, le cotre courait tert TAngleterre, en vertu du pria- 
«ipe ccmnu : 

 tooa les cœurs bien nés que la patrie est chère t 

Et puis il y a des gens mal «Hevés qui n*aîment pas â s^annexer 
JDX autres, comme si ce n*était pas toujours le plus grand honneur 
et le plus grand plaisir que les gros pussent faire aux petits. 

La boule était forte et chaque vague frappait sur Tavant du navire 
aYèe un coup sec et brutil ; mais l Espérance se tient â merveille, et, 
sans trop se soucier de ces rudes coups, elle marche droit et raide, 
allongeant son mât d*artimon comme le bec i<*un gros oiseau de proie 
et vole sous toutes ses voiles, légèrement inclinée sur le flanc de 
bâbord 

Quant au cotre , il semblait positivement avoir perdu la tète ; il 
montait et descendait les vagues, se balançant de droite et de gauche, 
absolument comme un homme ivre. Ah ! Mesdames , je n*aurais pas 
voulu vous y voir. G*est une vilaine société, même sur FOcéan, que 
celle des gens qui ne marchent pas droit. 

U allait pourtant de son mieux, le pauvret, et je suis sûr qu'il 
pensait dans son esprit de cotre : «Ah ! si je pouvais arriver en vue 
des côtes de mon pays ! ah ! si je pouvais trouver quelque bonne fré- 
gate de mon opinion dans mon chemin ! » Mais qui pourrait dire 
toutes les pensées qui traversent le cerveau d'un cotre en détresse? 
U lui arriva ce qui arrive en pareil cas â bien d6s êtres formés d*os 
et de chair: oeu à peu ses espûrjiices s*évanouissaient et la triste 
rédlité était lâ. c'était le gros épervier aux ailes étendues, qui cou- 
rait sur ses talons. Je demande à mes lecteurs pardon de la métaphore. 
L'espace entre eux diminuant toujours, un moment vint auquel le 
brick jugea convenable à sa dignité d'adresser une sommation Respec- 
table au fugitif. 

Le procédé est tr^-simple : une des deux pièces de canon placées 
A l'avant envoya un boulet d'avertissement, ce qui en langage techni- 
que signifie : f Faites-moi le plaisir de vous arrêter, t 

Le boulet partit en sifflant selon l'usage, passa »iir le -mât du cotre 

{et aDa tomber dans la mer, à i<» îie sais quelle distance au-delà.' 

On prend en considération de semblables procédés - l**ji voiles te 

targuèrent à l'instant de part et d*autre et, en moinb dun ^\\\ir\ 

d'heure, la caj>ture fut faite. L(* prisonnier solidement amarra î Tar- 

rîère. les quatre hommes qui le montaient changèrent de ImrH »n se 

[ mirent à se promener sur le pont avec une figure de trcs-mau«iijie 

; humeur. 

I Puis comme on était un peu loin de Saint-Malo , on vira de lorU 
et on se mit â recommencer la croisière. 

Vous dire ce qu'où trouva à bord du cdtrc serait de mince utilité 
pour notre histoire , et puis, franchement, j'aime mieux avouer que 
' je ne m'en suis jamais informé. 

Une prise est toujours une prise. On fit l'inventaire de tout ce qu'on 
\ trouva et on se remit en quête d'une proie plus grasse, après que 
r chacun eut fait sommairement dans sa tête le calcul de la petite part 
; de bénéfices qui pouvait lui revenir sur la prise, quand on serait 
rentré au port, quand on en aurait fait la vente, quand le gouverne- 
ment aurait prélevé sa portion. 

Lorsqu'on a bon appétit, il n'y a rien qui l'augmente comme une 
(letite bouchée. Ce ne fut donc pas sans- un vrai plaisir que l'équipage 
aperçut,,8ur le soir, une autre voile à l'horizon. C'était juste ou à peu 
prés dans la direction que devaient suivre les navires des Indes et 
personne ne douta un instant que celte fois il y eut une alfaire sérieuse 
i iéa!i.«er. 

D abord , le navire devait être considérable parce que le mât se 
voyait de très-loin , ensuite pour l'œil exercé des marins , il est des 
^nes inronnus au rebte des mortels, mais auxquels Thomme de mer 
leeonnait à la seule inspection des hautes vergues et &la seule vue des 
kooneltes, non-seulement quel est le tonnage, mais encore quelles 
Ilot la^ lorrA. TesDèce et la nation d'un navire. 



Celui qui était en vue ét^jt évidemmf'nt anglais» 
Peu i peu il devmt clair, mèuif» pitur le inousiie, que lenouve-a« venu 
était doué d'une grande inifiru'IiMiec ou d une ceruine audatc ; tàT 
U ne se dérangeait pas de son chemiii et venait droit à i Eapératice. 
Peut-être ne l'avait-il pas vue ' 

Un autre gabier de hune , vieux loup de mer, redegri^ndant da Sii 
haute positi<in avec une grande :igiUlé, vint dire deux mots au capi- 
taine. Il avait jeté un regard piirç.int sur le voyageur luinLàn ' îl n'y 
avait pas moyen de s'y tromper, c'était une fr^gUr^ angUise. 

On peut être brave: mais tl est d*is cas oii h reiratle est pnrfaite 
ment honorable, et tel était celui où se trouvait t Espérance, QtMnd 
on âe rencontre avec un particulier qui portes â son bord q»iar<inti? 
ou cinquante pièces de canan, deun ou trois cents hoinines d'o- 
qpîpage, et qu'on n'en a que le quart ou le cinqtiiènie â lui opf^nser , 
qu*on est tout seul dans un eridrijît ddeerl, et que le parUrulier ea 
question fait mine de vouloir ym\'\r â vous la casq^ietle sur Toreille 
pour vous chercher dispute, la main ^ur la conscience, ce qu'il y a 
de mieux â faire si l'on e&t doué des plus simples éléments de la 
prudence, c'est de prendre ses jjmbes à son cou, — grâce cncor** 
pour la métaphore! 

Tel fut uus^^'i le sentiment de tout l'équipnge de notre brick et je 
vous assure que l'ordre donné de filer vers la Bretagne ne rmicoiilr;) 
aucun contradicteur et que les manœuvres destinées â raccomp^^jSi- 
ment de ce dessein furent faites avec une activité et une bonne volonLé 
au-delà de toute expression el aunlessus de tout i^loge. 

Je ne sais pas précisément à quel degré, minute et ser^onde de hi- 
titude pouvait se trouver notre chercheur d'avenlures , au momi ni 
dont je vous parle, mais ce que je sais, c>>it qu'il ii'ét;iîl pas au pori . 
Je sa*s aussi qu'il devait êtru passablement luin d«5s cûl^is , il cou rai L 
déjà depuis trois ou quatre jours et la ihas&e qu'il avait donnée au 
eêtrc Jie l'avait nullement rapproché du pays. 

A propos du cotre il fut en ce momeot l'objet d'une manifesta 
tion asseï originale. 

Les choses changent si facilement d'aspsit au gré des circnnstanceg! 
et l'esprit de l'homme est si mobile 1 Tout à Tbaure on regardait et 
pauvre bateau avec une sorte de Gom|ilabanee et de tendresse , et 
maintenant en songeant au temps qu'il a fait perdre, on lui lance des 
regards de mauvaise humeur sauvnge. Comme il relardait h marche 
du navire, l'ordre fut donné de Tabandonner et pas- une voix ne 
protesta. On enleva rapidement tout ce qui pouvait avoir qui^lqite pe- 
tite valeur à son bord , puis, par pure méchanceté, on lui attacha un 
pétard au fond des entrailles i dlin qu'il loullt b^is et que personne 
n'en pût faire son profit, on alluma la mèche et on le livra crudleuicnt 
à la merci des ondes. 

Ce sont là des remèdes suprêmes que la médecine n'emploie que 
dans les cas désespérés. 

Or, au bout d'un quart d'heure « une explosion et une sorte de fré- 
missement se manifestèrent dans sa pauvre coque floltaiite , et quuU 
ques instants plus tard il av,iti doucement disparu â tous les regarda 
entre deux vagues q«ii sonibl:ircnl lever la lèle pour le regarder périr. 

Que SOS mânes reposent en paix! 

On parlait peu erfce moment â bord de VEspéranCë, quoique tout 
l'équipage fut réuni sur le lillac. On parlait peu ^ mais on pensaiî 
beaucoup. 

Les prisonniers, en se voyant condaire dans les parties basses du 
navire, devinèrent sans peine que le niiuve:ia vt^nu était pi'uUètre iir: 
sauveur et adressèrent au ciel des vœux ardents pour obtfînir leur 
délivrance. 

Le second s'applaudissait d'avoir deviné si juste et prévu qu'on s'a- 
venturait trop loin — l'orgueil se niibc parloi- > Même dans les co-ur^ 
des seconds, — et c'était comme une couiol^ition à ses pHineii que dt 
pouvoir répétei' à des compagnons d'infortune : Je vous Tùvais bii^n dit. 

Le reste de Téquip^ige se demandait eoinmenl k chose alUiit tour- 
ner et regardaiUe capitaine, lequ^davcc un grand sang-frûid el inules 
les apparences ou calme prenait les disposiloris ndL:^âg4lr(.'s i.n ^.^n.i 



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'%^ 



S9 



l'OUVRîER. 



I 



l^aque navire a les caprices, et sans qu'on pnîfsi savoir pourquoi 
DÎ cotnmenl , marche m reine ou ptu« mal en de ce ruines conditions. 
Il hni quelquefois un riea pour entraver ëê. marche. J*ai counu un 
trois-m^U qui avail faille voyaife d'Amérique par un lemps ^g^lement 
favorable pour Taller et le retour ; fin voilier il élail arrivé â New» 
York en Irès-peu de lemps, el au rcloiir il ne marchait plus. Lèvent 
d 1:1 il bon et toute» !es circonslanci's par.iiss.iient ég^li^menl favorables. 
Ôfi avait beau depiover tontes ks voiles, charger el décharger lavant 
sur Tarrière ou TarritTe sur Tavant, rien n'y faisait : il eo traîiiail t;l 
b tra«erfiée paraissail devoir être îritf'niiinable- Aprùs avoir essayo 
iniitihmenl tous les mo]fens et mis en oeuvre lanh^s les ressources de 
Tart et de l'eipérience , voiU qtj*un jour — e'ôtait Tavaul- vieille de 
Varmée — il se met â filer autant de nœuds à l'heure qu*aux jours 
de sa plus grande vitesse. Que lui éîait-il arrivée presque rk-n. Le 
charpentkir eu navire avait tout uoimeut relire sa meule qui avait 
roulé sous le pied du frand mât i^l qui, en lui retirant ^a RL-xibililiï 
et en s'oppoaaul à son libre jeu^ avait été Tunique cause de b lenteur 
du navire^ 

Qii.iut à iiolrtî Es}ferdn€S , iJ ou elle marth^it Lien : oo :irf*i mU 
toutes les vojlfs dehors, depuis le phoque jusqu'aux bûnni;?tt*-â ; on 
avait pris le vent dans la poi^iiion îa plus favorabk et ljeuruu.^enienl 
il portait jusle du côté et veri! le point désirable. On ne pouvait riitn 
souhaiter de phis propice; el eependa/il la position n'ét»it pas |;aie. Il 
y avait là-haa, derrière, â quelques lieues, un gros monstre de vautour 
qui avait vu le hrit:k, qui suivait sa trace el qui avait les iambes 
longues. 

Si vous vûulei prendre la peine de relire les réflexions que nous avons 
surprises dans la It^te du rôtre et fidèlenit^nt rappnriées il n*yaqu'un 
io^hmt, vous pourrai les appliquer au lé^er brick qui nous inléresse 
bien davitutage. 

Seulemcol entre un cûtre et un brick de guerre il y a plus de dif- 
feri^nee el de disproportion qu'entre un biiik et une fréj^.^^^ Je jie 
croîs pas que dans It-s annales de la marine on ail janinî^ entriulu 
parler d'un brick capturé par un cotre tandis qu'on o vu qu+/li|uerois 
des frépteg prises à Ta borda g e par un brick ; mais ce sont des cas 
rares. Le plus sûr est de tâcher d'échapper par h fuite. 

La nujt allait être une précieuse ressource. Qui sait si une ma- 
nœuvre habile ne dépisterait pas Venoemi? Aussi pendant la jour ne 
suivait-on pas la >raie dirtîctîon atln de pouvoir en changer dans 
des circonstances plus opportunes el s'échapper â la faveur des lé- 
nèbfts. 

La nuit vînt. On avait perdu du terrain ; évidemment si la chasse 
durait encore, si nul sccoui^ n'apparaissait, il faudrait avant que la 
journée de demain fût écoulée entamer la conversation avec ce désa- 
gréable interlocuteur. 

La lune avait la uialadresse d*élre dans tout son plein ; mais quaud 
elle se leva on pouviiit comme se cacher dans la trace lumineuse qui 
la réilélail dans les ondes. La course avait déj^i duré huit heures. 

On n'apercevait |>as encore le corps de la frégate, niais on en dis tin - 
gixaii toult' la blanche voilure : aux rayons de l'astre des nuîtSï elle 
apparaissait connue un hnmense fanltirue vêtu d'un suaire. 

La pauvre Ei^pàdriûe, par une manœuvre habile, essaya de se pla- 
cer dans le reflet lumineux que la lune jetait sur les ondes, el, après 
avoir fait perdre sa trace, de se détourner de la route qu'elle avait sui- 
vie, pour reprendre plus dircclement le chemin de son glniï*ïiix nid. 
Ah ! si Ton pouvait seulement arriver en vue de la terre e» s'abriter 
sous la protection de ses chers rochers î Mais vaine UntaUve. La ma- 
nœuvre a élé vue ou devinée, une ujanœuvre sembliblc a éli* f-tile par 
rennemi : ion œil périmant parait lixé sur le brick el il seudile qui! 
soit allaché à ses pas par un ronducleur invisible, ^i ou essaie lïe 
tourner soit à g<ncbe. soit à droite, voilà qulmmédinli inenl mène 
disposition est prise à bord de la frégate. El h auû se p.isîic ains-à. 
V*aa un nuage au firmament, pas une ombre au ciel. Ah ! que ceuï qui 
s^'exlaiiient sur ks beautés de la nature sotil heureux^ f|Naod on est 
ehei soi el qu'on va le soir, se js rouiWe d'un grand chûne, ouïr le 
.'.Msignol «i ai romance ^ eo.it iiuder ]a !une qui se lève »! parait au 



travers des branches touffues, c*est un déUeienx spectacle; 
pour en jouir, il ne faut pas être poursuivi sur rOcéan par le fm- 
tdme d^une frégate, en n*ayant pour toute musique que le sifflement 
du Yent au travers des cordages , le grincement des poulies , le cla- 
potement des flots, le craquement des parois d*ua navire sur lequel 
YOHS n*avez en perspective que les incertitudes du lendemain et Im 
chances d'un combat inégal, terminé, selon toutes les probabilités, par 
la captivité ou la mort. 

Quand Taubc se leva, la frégate était plus prés encore: on distinguait 
sous les voiles sa proue noire et menaçante et Tœil investigateur da 
capitaine eut beau interroger les trois autres points cardinaux deTlio- 
rizon lointain, rien n'apparaissait qui pût lui faire concevoir le plus 
léger espoir de secours. Plus tard, peut-être; mais pour anjourd*hui» 
malgré tout notre regret, nous nous voyons contraints de l'abandonner 
aussi à ses dangers et à ses craintes, seul sur Tabîme des eaux et 
poursuivi par un formidable adversaire. . 

, J£AN LOTSEAU* 

( La sutie au prochain nurnéro. ) 



VARIÉTÉS. 



Recette pour la coloration des bonbons en Tort. 

Nous parlions dernièrement des empoisonnements par la 
couleur verte ; mais c'est par les bonbons teints en vert, 
— nous a-t-on dit, — bien plus souvent que par les papiers 
peints, que nos cbers bambini sont empoisonnés. Voici donc 
une recette pour la coloration inoffensivo des bonbons. Cette 
recette , donnée par le Dingler's polytccnlsche journal, est 
simple et peu coûteuse : je le dis pour Messieurs les conli- 
seursqui sacriQent sans bonté la santé de leurs jeunes clients 
à un bénéfice sordide. 

« On fait infuser à une lempératuro modérée, pendant 
vin|l-quatrebeures, 32i centigrammes de safran de première 
qualité, dans 7 grammes 80 centigrammes d'eau distillée. 
On prend aussi ^6 centigrammes de carmin d'indigo, et on 
les fait infuser de la même manière dans 15 gramnios 60 
centigrammes d'eau distillée. On mêle ensuite les doux li- 
queurs, et l'on obtient ainsi une couleur verte fort belle qui 
peut servir à la coloration d'un grand nombre de sucreries. 
Si l'on fait bouillir cette couleur avec une quantité do sucro 
suffisante pour former un sirop , on peut la garder pendant 
des mois; si on la fait évaporer à siccité sur un banc de 
sable, elle peut même être conservée pendant btiaucoup 
plus longtemps. » Eugène Pënel. 



ERRATUM. 



Dans la notice sur la bataille de Bouvines , insérée dans notre den» 
nier numéro , le compositeur nous a fait dire : • Cinquante mille fran» 
çais se trouvaient en présence de cinquante mille ennemis!... » Lu 
victoire remportée dans de pareilles conditions n'aurait rien qui pt^t 
flatter notre amour-propre national ; il faut lire : • Cinquante mille 
français se trouvaient en présence de cent cinquante mille ennemis /•• » 

Eugène Pêneu 



Angers, imp. de Laine fcres. rue Saint-ï-iuJ, 9. 
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z 



i'^y^p*! 



to 



canitipieti l« daméro. 



«•». 



UjDlo IMI. 



L'OUVRIER 

Journal hebdamadaire illustré paraissant tous les samediSi 



ADMINISTRATION : 

S5 , quai des Grands- Augustins, 

AU Ubralriade BLÉRIOT, 

▲ PARIS. 



SOMMAIRE. 

MARIS 0TIIART, par EuofcM PbHKL. — I.B ■MOCTTO 1»V W/kV- 
BOVKG IIAI!«T*M.%RTI.ir, par M. N. AmrADLT.— DU CDOIHL D'UN ÉETAV, 
pnr MAunicE Lipkïvost. — wm lllG:«AL«flK«T, par Candidb Lb Feamo. — 

LBS on.tttc» DB LA Mène i%oirb , par jbax lotsiau. 



ABONNEMENTS ; 

A partir du 4» de cliaqut mois 

6 fr. pour on an. 



HARIE STUART. 



Âpres Blanche de Gastille qui, dans son fils Louis IX, nous donna 
toat à b fois un grand roi et un grand snJMt , nnninc pMi! clro de 

ijotes les princesses qui 
œoDtérent jsar le trône de 
France n'a laissé dans sa 
f2\nt d'adoption un nom 
p403 aimé que celui de 
Ibne SUiart. Qu'a donc 
kl celle étrangère pour 
qae son souvenir demeu- 
rit ainsi parmi nous en- 
lauré d'une respectueuse 
ijoipalhie ? Mariée , à 
Seize ans (1558), au dau- 
fbia de France depub 
François 11 ; yeuve après 
uD an et demi d'un ma- 
ria^*! stérile, et quelques 
DOIS seulement d'un ré-» 
{De |»ureBient nominal ; 
ibiigée de «'en retourner 
presque immédiatemenl 
en Ecosse pour échapper 
aax petites persécutions 
k fa belle-mère, Cathe- 
ftue de Hêdicis ; Marie 
Slyart u'a point donné de 
m l la France , elle n€ 
fj pas même gouYernée 
Ç-j'i-t-eUc donc fait? — 
i'jiii été oialhenreuse.. 

Rien de plus toucban 
^ les poétiques adieu^l 
akossés par celle reine 
^ dis -huit ans au beau 
fiTs de France, qui lui 
I Eût oublier les monta- 
de son pays natal. Il 
tlafele qu'avec It^ rivages 
iras au loin, derrière 

mseaa qui l'emporte, 
looissent pour elle toutes les joies de la vie. Et vraiment il en 
i. A peine débat quée en Ecosse, à peine montée sur le nou- 
trône que lui a laissé son père Jacques V, elle trouve ses sujets 
et fanatisés par le protestantisme. Remariée en 1565 à son 
Henri Darnley, elle ae voit l'objcl des inculpations les plus 




MARIE STUART. 



odieuses. Son secrétaire Rizzio est assassiné sou» ses yeux, victime de 
la jalousie de Darnley ; celui-ci périt bientôt lui-même d'une manière 
tragique-, elle peuple accuse la reine de ce meurlre Marie StuartnV 
vait cependant qu'un tort, celui de posséder une âme trop sensible, 
naïve encore et incapable de garder celle réserve extérieure qui con- 
vient aux femmes, aux reines surtout. Elle n'avait contre elle que des 
ippnrt*nce§, cUo commit la faute de las multiplier encore. Cédant aux 

sollicitations menaçantes 
du comte Botbwel , l'as- 
sassin probable de Darn- 
ley, elle consentit i lui 
donner sa main et son 
trône. Le mécontenle- 
ineni des Écossais ne con- 
nut plus alors de bornes. 
Soulevés par M u r r a y , 
frère nature^ de Marie, ils 
poursuivent leur reine à 
travers ses États, s'empa^ 
rent enfin de sa personne 
^ et l'enferment au château 
de Lochleven. Parvenue 
a s'échapper , Marie se 
^ réfugie en Angleterre et 
I se confie à h bonne foi 
^ de sa parente Elisabeth. 
I Mais la reine d'Angleterre 
' est protestnnte; elle hait 
^ souverainement le catho- 
licisme que Marie a voulu 
défendre en Ecosse contae 
!os entreprises de la Ré- 
forme. Elisabeth prétend 
de plus au sceptre de la 
. beauté et toute l'Europe 
s'accorde à proclamer 
Marie Stuart la plus belle 
femme de son temps. En 
présence de celle jalou- 
sie de femme et de cette 
haine de sectaire que sont 
les droits de la justice et 
les liens de la parenté? 
Après quelques semaines 
d'une compassion simu- 
lée , Elisabeth feint de 
croire aux accusations calommeuses dirigées contre sa cousine. Elle, 
la reine orgi^leuse qui , sous le titre pompeux de Rein&-Vierg€ , 
cache soigneusement ses désordres secreU , la voici toul-â-coup 
transformée en divinité vengeresse de l'honneur outragé ! Par les 
ordres de sa no|||^ cou^sine , Marie Stuart est jetée en prison , et * 



fi- TUiviiiftiLt. 



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88 



l'OUVlIlRU. 



langait dix-huit ans, jasqH*ft ce ^iB^enfta, sous la fnix prétexte d'une 
conjuration ourdie pour sa délivrance , on la condamne â porter sa 
tête sur le billot (1587). 

Durant cette longue captivité , Marie parut oubliée de tous , même 
de son fils Jacques VI , qui lui aVait succédé sur le trône d'Ecosse 
Aucun souverain n'éleva la voix contre Tinfâme conduite d'Éli^betb , 
aucun , sinon le Souverain Pontife Sixte-Quint , qui , parlant au nom 
de Dieu , sut faire parvenir , jusqu'au trône d'Angleterre les protesta- 
tions sévères de sa justice , et jusque dans la prison de Marie let 
. paternelles consolations de sa miséricorde. 

Eugène PAnbl. 



m BIJOUTIER DU FAUBOURG SAINT -MARTIN \ 



CHAPITRE VU. 

t*ENTENTE CORDIALE ET LE LUNDI CONDAMNÉ A HORT. 

A peine M, Noirot fut^il sorti de Tatelier et avant même que cbacun 
•e remit au travail, Hurel éleva la voix : w Messieurs , je fais une mo- 

• tion. Nous devons demain dimanche faire le soir un pique-nique 

• général; je propose, pour cimenter notre union fraternelle, que 

• neus invitions i dîner avec nous M. David et nos deux bons cama* 

• rades Dubuisson et Ménard. • 

fl — Approuvé! approuvé! § répondirent d'une voix unanime le 
contre-maître et tous les ouvriers. 

Dubuisson et Ménard remercièrent affectueusement leurs cama- 
rades. 

Après avoir employé la journée du dimanche, chacun selon ses ha- 
bitudes antérieures , M. David , Dubuisson et tous les ouvriers de 
M. Noirot se trouvèrent , sur le soir, réunis à la même table. 

Pour témoigner aux camarades de son neveu combien leur invita- 
tion lui avait été agréable , M. David avait commandé , en dehors du 
menu limité par Técot de chacun des convives , plusieurs bouteilles 
de vin de Champagne et un très-beau fromage glacé. La gaieté la plus 
franche et la4>lus vive régna pendant le dîner. Les conversations 
étaient convenables quoique joyeuses. Les calembours et les charades 
allaient bon train. On parla aussi de la bijouterie. On se plaignait 
assez généralement de la trop grande concurrence qui engendre la 
camelote , et surtout de l'abus du nombre excessif d^apprentis chez 
certains patrons ; on glosait aussi sur les ouvriers en chambre et à 
façon. 

Lorsqu'à la fin du repas vint le moment de porter les santés , Hu- 
rel , Torateur ordinaire de l'atelier , demanda la parole et s'exprima 
ainsi : 

fl Messieurs, je viens vous faire une proposition. Comme moi vous 
» comprenez tous qu'il est nécessaire à un ouvrier de prendre un 
» jour chaque semaine pour se reposer, et ranimer ainsi ses forces 
1 après qu'il a été courbé sur son établi pendant six grands jours en- 
» tiers. Travailler tous les jours de la semaine sans interruption , c'est 

• pour l^uvrier la ruine de sa santé , et pour sa famille c'est l'es- 

• davage pire que la mort ( oui , oui i ) 

f Depuis quarante ou cinquante ans , je ne sais vraiment quelle est 
f l'origine de cette habitude , un certain nombre de nos camarades 
■ les bijoutiers ont choisi le lundi au lieu du dimanche pour se re- 

poser, cnntroiiement aux usages de nos pères. On disait autrefois 
s le lundi uIm ^'/^«(ierf : tout le monde sait, en eflet, que Pétat de 

1 ces industriels, V'^^ j^ suis loin de déprécier, car i) n'y a pas de 

• sots métiers, il o'^ >* que de sottes gens; vous comprenez, dis-je, 
» que l'état de ces btjoit^it'fs sur le genoi^ s'exerce surtout le diman- 
B che pour tout ce petit nu. '«lOqui ne se sert de souliers que ce même 
» jour, et n'a le temps de ^ei.^ar à sa chaussure êf luxe que le sa- 

.» medi soir (on rit). 

• Voir les H** de fOttincr des K •% e et 45 juin. m 



• Mais en vérité, messieurs, pour «)us parler franchemeot, pni 

• les raisons de cette substitution du lundi au dimanche je k tf- 

• couvre que celle de (aire injure i nos anciens , d'insulter i les 

• croyance, de nous déshabituer insensiblement du foyer dooei- 

• tique, de passer nos meilleurs instants loin de nos femmes et (kim 
f eniants, de nous condamner à ne guère fréquenter que ceux èa 
f ouvriers qui, au lieu de Thabit neuf et propre des jours de (êtes, 
f ne coûtant pas d'ailleurs si cher, se contentent de la blouse delà 
I semaine, qui ne leur revient pas â la dépense d'une soirée de ïA- 

• lard; et enfin de ne vivre qu'entre nous autres seuls, dans soi 
i cafés , dans nos estaminets et ailleurs , en sorte que peu i pea «t 

• sans même nous en apercevoir, nous devenons quelquefois, passeï» 

• moi le mot » de véritables sauvages ( c'est vrai ! dirent qudqBs 

• convives). 

• 11 me semble done que si nous, nous, messieurs, qui, en qualiti 

• de bijoutiers, d^artistes et d'enfants de Paris, devons marcher i la 

• tête de Tindustrie et donner l'exemple. ^ (bravo l bravo! braio! 
f s*écrièrent à h fois tous les ouvriers); il me semble que si noa 

• changions le jour actuel du repos et que si nous abandonnioBs k 
f lundi pour revenir au dimanche , nous n*y perdrions d'abord riei 
f comme ouvriers , et qu'ensuite dans la compagnie des êtrci ^ 

• nous sont les plus chers au monde , nous y gagnerions beauomp, 

• comme époux et comme père de familles. Pour ma part, je ne vrâ 
f dona pas le moindre inconvénient dans cet arrangement nouveau, et 

• J*y rencontre les plus nombreux avantages... 

• Vous me direz, sans doute, messieurs, que j'ai changé bien siU- 

• tement d'opinion. £h bien , non , messieurs , je n'en ai januk 

• changé dans le fond de mon âme (quelques-uns rient) ; mais, je 

• vous l'avoue en toute franchise , par pure habitude et peut-être 

• aussi par obstination, j*ai dédaigné jusqu'à ce jour de suim 
f l'exemple de plusieurs de nos camarades en bijouterie, et entr^ 

• par l'aveugle multitude, j'ai, sinon pensé, du moins agi comme 

• elle. Maintenant , je seeoue le joug, et je proclame ma lâ>ertê , 
f d'homme et. d'ouvrier, et avec l'agrément de notre bon contre- 
f maître , je vous soumets la proposition de travailler désormais le 
f lundi et de nous reposer le dimanche. Je vais aller aux voix. § 

A rinstant même , les convives, comprenant la gravité de la ques- 
tion , se rerueillirent, et, malgré la joie expansive et l'entrain de kv 
réunion, prirent tous une attitude réfléchie. 

Martin, dans le verre duquel ses voisins de droite et de gaaât^ 
n'avaient pas épargné l'eau, et pour cause, demanda la parok:* 
f Messieurs , dit-il , moi , je n'approuve pas du tout une seirtUk 
» proposition , qui me tombe tout à coup suc la tête comme aas- 

• tuile , ou comme une tournée i payer ; ça dérangerait to«tfl m 
B vie ; c'est trop tard pour me ranger ; et pdis si j'avais le maften 
9 de Ikire le dimanche , ma (emme , qui est dévote, ne manquenit 
». pas de me mener à la messe, ce dont je ne me soucie pas; 4. 
» d'ailleurs » 

Un rire universel interrompit le discours de Martin , et eomme 11 
habitudes et la moralité de Torateur étaient connues, l'opposititS 
qu'il manifesta dans sa grossière franchise suffît pour faire Uiorapbtf. 
h l'instant même la motion d'Hurel. Tous .les convives s'écrière4, 
spontanément et d'une clameur unanime : « A bas le lundi ? vive le 
dimanche ! • 

CHAPITRE VllI. 

ENTERBBMENT DU LUNDI ; LE DIMANCHE TRIOMPHE SUR TOUTE Là UQHL 

f Je demande la parole , » dit alors Dubuisson : « Messieurs «I 
f chers camarades , permettez-moi de proposer à mon tour que, potf 
» nous mettre tous d'accord autant qu'il est possible, et p««r 
» rallier même à l'opinion de notre ami Martin , nous enterrMBis 
» Icnnellement le lundi , en le faisant tous demain pour la decniiq 
» fois depuis le matin jusqu'au soir (bravo ! bravo!).; Et eo 

• faut que je fête ma bienvenue au milieu de vous, permettei-noi 4 

• vous inviter tous demain à déjeûner ici pour bien caauneaeeili 
» journée.,.» 



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L'OUVRIER. 



89 



• El moi, » inlenromplt sur-le-champ M. Dsvid , ■ je tous inTîte 
» tous, avec M. Noirol, qui ne s'y rerusnra pa», \*m suis iûr, à dîner 
• demain au Rocher de CaneaU. ■ 

Un tonnerre d*applaudi&»e niants et de braîoi suivit les paroles de 
ronde et du neveu. 

Les toast& vinrent ensuite â l'adreiae de chacun en particulier et 
de tous en général, et les convivei ne se séparnwit qu'en se promet- 
tant pour le lendemain une honne et jo^eus^ journée. 

Le lundi matin, M. David se Mu ifaller rendre visite â M. Noirot 
avec Dubuisson; il lui ràconla les évcnemenlB de la veille, et obtint 
de lui très- facilement qu'il prît part au dîner. Ils firent plui ; et afin 
que personne ne manquât à cette fête de famille, ils allèrent prévenir 
les parents des trois apprentis , qu'on viendrait chercher leur^ {i\& à 
Tatelier vers cinq heures du soir^ et qu'avec ragrément de M. Noirot, 
ils étaient invités i dîner avec leur patron. 

Après le déjeûner, qui fut plein de gaieté, on dirigea la promenade 
vers le canal de rOurcq. J*fii de boule, jeu de Siain , jeu de billard, 
excursion en bateau sur le b^Sï^in de la Villette, sauIs de mouton pour 
les plus jeunes, jeux plus pacifiques pour les anciens : journée agréa- 
ble , ravissante pour tous , et parfaitement remplie. Vers cinq heures , 
deux omnibus spéciaux, commandés et amenés par M. David , reçurent 
les ouvriers de H. Noirot, prirent en route M, Noirot lui-même et 
les trois apprentis, qui avaient fait une toilette superbe. 

Ne se possédant pas de jaie^ ceuvci grimpèrent h Tinslant, Tun sur 
Timpériale de la première voiture ^ où il eÂsa]fait de se luainlenir en 
équilibre dans la position difUrile du génie de la colonne de Juillet, et 
les deux autres sur le siège des cochers , d'où ils criaient à tue-téte, 
lorsque les chevaux furent Imcéa au grand trot ; « Fouette, cocher ! 
f gare! gare ! laissez passer la jeune France f ■ 
Arrivés ûu Rocher de Cancale . M . David donnant le bras â M. Noi^ 
F^ot, et Dubuisson i Hurel, introduisirent tout le personnel de l'alelier 
lans un des plus grands salons du restaurant. Une Uble assez sonip- 
leusement servie excita radniiration de tous. Le^ apprentis auxquels 
surs parents avaient cependant recommandé la sagesse et surtout la 
[silence, ne purent 8*empêcher de crier i t C'est i'if choueUe! c'ut i'if 
[thoueiU ! » Cependant le contre -maître leur ayant fait dts yeux terri- 
bles, ils se continrent pendant tout le repas. 

Quant â l'ouvrier Martin, qu'on avait soigneusement empêché 

toute la journée de s'arrêter 1 tous les cabarels de h Villette, mâl|iré 

invitations et les bruyants appela des habitués qai s^y trouvaient , 

qui le surnommaient le Pire Pûx-Grand'Chou, il était dans une 

itase inexprimable. Mais la vue de son patron , avec lequel il avait 

tnsigne honneur de dtner , le retint constamment dans une cunve- 

ace à Ucfuelle on ne se serait pas attendu ; iï ne perdit néanmoins 

irani le banquet ni un coup de dent ni une rasade. 

Une loyale franchise , une amitié vraiment confiante , un eontente- 

it parfait, animaient tous les convives. M. David et Dubuisson 

Srent les honneurs de leur festin avec un entrain et une politesse qui 

ichantdrent tout le monde. 

Au dessert, on ratifia solenneiiement U résolution du repos du di- 
inefae. 

'Non-seulement M. Noirot donna I cette disposition nouvelle dans 
atelier une pleine adhésion , mais il ne put s'empêcher de décia- 
qu'il le désirait depuis longtemps. ■ Mes amis , ■ leur dit-il k la 
du dîner , lorsqu'il répondit au toast de ses ouvriers , ■ je 
suis enchanté de vous voir prendre celle détermination de 
voire plein gré. Je vous avoue même sincèrement qu'elle m'ar- 
range beaucoup; car le dimanche étant le seul jour de congé 
de mes deux jeunes fils , il m'était impossible , empêcha par les 
travaux de L*atelier, de leur donner tout mon temps. J'en avais 
Ld'aulant plus de regrets^ # ajouta M. Noirot d'une voix émue, 
(que depuis qu'ils ont perdu leur mère , je me dois à eux tout en^ 
}icr et sans réserve. Le dimanche , comme vous îe voyei , possède 
9utes sortes de mérites , puisqu'il fait du bien même au cœur de 
\>\rQ patron. • 
Les convives s^ montrèrent touthéi presque jutqu'aux larmes ^ 



Avant qu'on se séparât, M. Noîrot invita M. David , tous ses ou- 
vriers et même ses apprentis , qui ne pouvaient revenir de leur éton- 
nement , à dîner cbe£ lui le dimanche suivant avec ses deux fils. 
Cette invitation, qui sortait des habitudes de M. Noirot, et cette 
nouvelle fêle achevèrent de cimenter l'union la plus étroite entre le 
patron et ses ouvriers. 

Dés lors , et par le seul fait du repos du dimanche , on vit s'opé- 
rer pan â peu d'heureux changements dans râtelier de M. Noîrot. 
Les rapports si rnuUipliés entre ouvriers d'une même fabrique furent 
plus confiants cl plus poUs ; les mœurs et les caractères s'adoucirent ; 
les convers^ations ellçâ-mêmes, sans cesser d'être joyeuses , piquantes 
et ornées de Tindispensable calembour, devinrent plus réservées, et 
le travail des six jours de h semaine étant plus assidu , rapporta 
une paye beaucoup plus élevée â chacun des ouvriers. 

A la grande joie des femmes et des enfants qui , jusqu'alors , n*a* 
vaîenl qu'à peine aperçu au milieu d'eux le chef de la famille , le 
bonheur du foyer domestique , goûté pendant une journée entière , 
resserra plus Ë^troilemenl des liens aussi doux que sacrée. L'esprit de 
prévoyance , fruit d'habitudes plus calmes, plus intimes et [ikus reli- 
gieuses , inspira même â quelques-uns de nos ouvriers la rèsolulioEi 
de lever un tribut mensuel sur leurs économies pour le placer â la 
Caisse d'épargne; et presque tous se Srent un plaisir de de venir 
membres d'une Société de secours mutuels , placée sous l'iavoi^atioii 
de saint François Xavier. 

AËn que personne de ratelief ne leur fît honte, tous , sans excep- 
tion , sur U motion de Dubuisson et d'tlurel « sa cotisèrent pour 
pa^er les dettes de Martin que ion ivrognerie avait conduit k U plus 
affreuse misère , et pour retirer du mont-de^ pitié , que Martin np- 
pelait ia iunte » [iresque tous les effets de sa p.iuvre femme. Lors^ 
quHls Teurent ainsi mis i Ûot , iU le gourmandèrent fortement sur 
ses grossières habitudes , indignes d'un ouvrier bijoutier, et lo pi- 
quèrent d'honneur Martin fut plein de reconnaissance envers des 
amis aussi généreux , et leur promit de changer , en accompagnant 
son serment de deux ou trois gros jurons. 

Biais la conversion d'un ivrogne n'est pas si subite. Martin vérifia 
trop longtemps encore Taxiome connu : Qui a hn boira. Lorsqu'il lui 
arrivait de retomber dans son vice , à des époques , il f^ut le dire « 
de pius en plus éloignées les un^ des autres , ses camarades s'en- 
tendaient entre eux pour cesser tout rapport avec lui et ne plus lui 
adresser même une seule parole pendant des semaines entières. 
Cette réprimande silencieuse , plus pénible â Martin que les reproches 
les plus sanglants , réussit enfin è le corriger tout à fait. 

Il n'y eut pas jusqu'aux apprentis qui ne se ressentirent de la sub- 
stitution du dimanche au lundi. Dt^ux d'entre eux , dont rinslructiou 
éléme-ntaire était plus qu'incomplète , fréquentèrent assidûment \tn 
écoles du soir f dirigées par les Frères de l'arrondissement ; et 
l'autre » qui, âgé de quinze ans , n*avait pas encore fait sa première 
communion , fut préparé à ce grand acte par un des membres de la 
conférence de 8ainl-Vincent'de-Faul , établie sur la paroisse Saint- 
Laurent. 

L'atelier de M. Noirol , sous l'heureuse influence du repos du di- 
manche , était devenu un atelier modèle^ ' 

CHAPITRE IX. 

CONCLUSION. 

Trois ans après les faits que nous venons de raconter , les pratiques 
de M. David virent arriver chez lui, un beau matin » avec des malles , 
de grands cartons â ctiampîguon, des souliers de rechange et force 
parapluies aruiés d'anneaux , appelés riflanls , M. Dubuisson père 
madame Dubuisson ^ leur Als alnè , leur fille Charlotte avec leur nou' 
veau gt^uJre , r|che contiseur de Verdun, et un grand gailUrd ih 
paysan , haut de cinq pieds ituit pouces. Ce dernier était Tu ri des 
trois amis d'euiance Je Duhuisâon que no^is avons vus Hgui er au 
comment^ËUicat de 



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m 



fOUVRIBR. 



pilier ifuelquM jôors I Tèrdun, I IVecision du mariage âe sa mm, 

les ramenait tous â Paris pouraisister à son mariage avec Mn« Louise 

Hllf€l. 

Ce fut toot un éfénemânt dins Taldier de M. NoiroU 
n y eut àomf i celte occagion, une suîle non intefrompue de tè^ 
joui&sances pour tous les ciniaradeâ d'Hurel et de Dubuisson. Elles 
le terminèrent psr une Wm louchante, par U cérémonie ûé h pre- 
mière communion des deu^ Hlles jumelles de M. David t elles étaient 
pieuses et genUlles comme deux petits anges. Les ouvriers de M. Noirot 
voulurent tous y assister : heureux de témoigner à cet excellent 
homme et â son neveu leur estime Jeur amitié et leur dévouement. 

Ils furent plus heureux encore lorsque cinq mots après le mariage 
de Dubuisson, hf. Noirot, qui désirait depuis longtemps se retirer des 
affaires, céda g« maison de bijouterie i Hurel et à Dubuisson , qui 
s'associèrent. 

Le père Du buisson ayant appris cette nuu vêliez et ravi de voir enfin 
Fa Venir d'un de ses ûh assuré, entreprit une seconde fois le voyage 
de Varennes à Paris pour féliciter son cher Fâul et lui faire comme 
ses derniers adieux. 
D demeura une semaine entière chei le jeune ménage- 
Le jour de son déport , DubuJBson , Hnrel et les ouvriers de la fa- 
brique l'accompagnèrent jusqu^aux messageries, et avant qu'il montât 
dans la diligence embrassèrent tous ce bon vieillard. Pour lui^ at- 
tendri jusqu'aux larmes , il dit d'une voix pénétrante â son fils , au 
moment oii k voiture était sur le point de partir : f Mon cher Paul. 
I je suis bien vieux» je ne te rev errai peut-être plus ; mais tout de 

* mémi je iQ*en retouine au pays bien content parce que le bon Dieu 

* fa récompensé d'avoir écouté les paroles de ton père. Aussi, je ne 
i te demande plus quVue seule chose en retour de tous nos soins 
â pour loi; c'est que lorsque je deviendrai grand-père, et ça ne tar- 

* dera pas, â ce que j'ai bien vu, après que tu auras appris i Ion 
4 premier-né le signe de la croix de par Dieu el ses prières, tu lui 
i rediras souvent, pas vrai, de h part de son grand-papa qui est là- 

* bas, là-b?is : Mon tils, garde toujours le Dimakciïb et m fais 

n JAiATS L£ LuNOl. ■ 

L'abbé N. Arnault. 



DU CHOIX D'UN ÉTAT. 



Des ÎDdnstnes en généraL 

Cest toujours un juste sujet d*înquiélude et d'appréhension pour des 
parents que le choix d'une carrière â donner â leurs en fan Is ; maÎF 
t'est principalement pour les ramilles ouvrières que l alTaire est grave 
et imporlanle. Tout l'avenir, misère ou bien-être , moralité ou perdi- 
tioUp dépend ici d'une décision. — Quels sont aujourd'hui les bons 
êtâii^ Quelles sont les meilleures conditions d'un placement au point 
de vue moral et matériel? Voilà ce que la plupart des familles igno- 
rent et ce qu'il gérait bien important pour elles de savoir* 

Quelques conseils dictés par rexpérience et inspirés par le dévoue- 
ment pourront venir utiienienl en aide à la classe ouvrière et prévenir 
bien des misères et de pénibles épreuves. C'est le but que nous nou^ 
proposons en les adressant A nos amis , les bienveillants lecteurs de 
rOiitiner, 

Dislinguons d'abord trois sortes d'industrie : rindttëtrÎB mamtfac- 
iurièfi, nndusîrie maritme , l*indtisim dis méHen proprement dits. 

Vlnduitrii mamtfudurière , purement mécanique , est sujette â de 
continuels dianiements par suite du perfeetionnement incessant des 
procédés de fabrication ; elle n'oS're donc aucune sûreté peur l'avenir 
et ne peut constituer un véritable métier. 

Elle est ordinairement préjudiciable à la santé de l'ouvrier, qu'elle 
oblige 1 vivre lu milieu d une uoustiére funeste i m poitrine ou dtûa 



une vapeur suffoquante , constamment plongé tlaus l'eau ou dsm II 
chaleur et sans ce^se exposé aux plus terribles accidents. 

Elle réunit dans un pèle-mêle inévitable hommcSf femmes, enfant?, 
jeunes filles et jeunes garçons; d'où il suit que l'immoralité règne au , 
milieu de ces tristes population! flétries dés Tenfance. N'en déplaise J 
aux très -honorables chefs de manu factures dont nous ne méconnais^ 
sons ni les bonnes intentions , ni les efforts pour le bien, un© vie ' 
misérable sous tous les rapports est partout la destinée de la malheu^ 
leuse portion de la classe ouvrière employée par l'industrie mauufac^ 
Kiriêre. 

Vlndti strie que nous appelons murUime, spéciale aux populations 
de nos ports de mer, comprend plusieurs professions : les jaugeurs, , 
les porte faix, etc. Les salaires en sont élevés» le travail assuré, riu-j 
dépendance complète , la liberté du dimanche partout réservée, les , 
moeurs enfin y sont pures et honnêtes. C'est de toutes les industries b 
plus morale et la plus avantageuse, 

VIndustne dis métiers proprement dits; menuiserie, sefFurerie, • 
cordonnerie , etc. , d'un emploi plus général , semble | l'abri des .' 
grandes catastrophes de l'industrie manufitcturière et de la guerre que < 
tes machines et la vapeur font au travail individueL Elle procure de 
meilleurs salaires , ofTre des chances plus faciles d'établissement et 
moins de dangers de démoralisation. C'est dans cette industrie, dont . 
les développements sont si variés, que se font aujourd'hui la plupart . 
des apprentissages et c'est elle que nous étudierons plus particuliè- 
rement. 

Dans la mulLilLide des métiers qu'elle embrasse , elle réclame des^ 
aptitudes très-diverses. Pour assurer autant que possible l'avenir d'ua! 
enfant une tripb étude est donc â faire i apprécier ses dispusition 
ualurellea ; étudier celles qui sont les plus propres A telle ou t^aj 
profession ; le rendre compte de la valeur actuelle et future dea pro-^ 
fessions elles-mêuieit 

II. 

Des aptitudes. 

Certains états demandent surtout la vigueur e^rpordle. L'ouvrierl 
dont la santé e^t débile ^ reste inférieur aux autres, gagne de moindreii 
salaires et subit de plus fréquents chômages. 

Les forées physiques sont particulièrement nécossairei dans letj 
travaux de bâiimentt plus pénibles que les autres^ 

La vivacité du tempérament serait au contraire plus préjudîciaMJ 
qu^utlle dans les travaux sédentaires , tels que h gravure , Thorlof &«1 
riei la bijouterie, etc. 

!1 convient donc d'examiner la vue, la conformation de la main, k] 
drsposilion des organes respiratoires, etc., toutes choses qui influeol 
notablement sur Tavenir d'un ouvrier dans telle ou telle profesaioa el 
ilont il faut tenir grand compte. 

Quant aux aptitudes intellectuelles on peut eu trouver des iodtce 
asseE sûrs dans le^s succès qu'obtient un enfant â son école. 

Le goût pour le dessin ou pour l'écriture dénote habituellemen 
quelque disposition pour les arts industriels^ tels que le dessin d'ij 
pression sur étoffes, châles ou papiers peints, la peinture en décofi 
ou sur porcelaine, la gravure dans ses applications si variées, etc« 

Les succès en orthographe ou en calcul signalent une certa.iii4 
aptitude aux travaux de précision, comme la méc.^Eiique , la serm*^ 
rerie, qui exigent une conception nette et ferme des choses, tand 
que lea tris induîflriels demandent surtout de l'i ma gi nation et di 
goût* 

Il faut donc s*appUquer à connaître les dispositions réelles d'u 
enfant et ne pas se fier 3 certains caprices qui n^ont aucun fouiiâ 
inent. Dans l'affaire si grave du choix d'un élal, les paients dôiti 
ausEii se défier des v^nteries deg vobins, du mauvais vouloir de cer 
lams ouvriers qui voient un concurrent de plusdans un nouvel up 
prenli et de la cupidité de cerliins maîtres qui exagèrent h iiaAêiai 
de leur état Euïîn ils se tiendront en garde surtout conire 
amour- propre qui iea illusionne lî couvent £ur Im antltuJei réeH 



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w. 



i^^l 



t'OUVRlEB, 



fif 



de leurs enfants ; et loin de chercher avant lont un allf^gement A Icnr 
propre situalioa, ils préféreront atout autre nn état moins productif 
dana le présent, maîa plus avantageux pour Tavenir 

lit. 

m 
Qnols sont les bons états î 

GTegt une queslion qui semble presque iuâotubb en raiion des flue-* 
tuâtiouB incessantes de rîndusCrio actueile. 

L'invasion de plus m plus menaçante des Tnadiinfis; l application 
de nouveaux moteurs siubstîtués au bras de Thoinme \ vapeur, électri- 
cité, gaz, etc.; les découvertes de procédés nouveaux ; Tititroductton 
du travail des femmes dans ta plupart des métiers, tous ces accridents 
fbrcéâ de la liberté du travail et de la concurrence, qui sont souvent 
de véritablas cataetrrpbes » changent continuellement la valeur réelle 
des divers états. 

Certaines profesHons surabondent démesurément de bras et leur 
Êitualion s'aggrave tous les jours par l'arrivée de nouveaux apprentis- 
d'autres, au contraire, tombées dans un complet discrédil ou n'é- 
tant pas suffisamment connues, manquent complètement d'ouvriers, 
et naenacent de s'éteindre , m'«Igic le rJMlîi'e élev« de la comni;inde. 
D^aulres encore soijfTj'i'nt psr b trop grandt^ f^i'niiié irétablisfemenl, 
qui, en multipliant les aîelÎÉ^rs, divise li;s travaux, multiplie le* chô- 
mages et prolonge tes mortes sai^ions. 

Tel état qui passait pour exCfiUent , il y a quelques années encore, 
eat aujourd'hui comiléteminl tomLé. lA'tat de tailleur, par eremple^ 
était ► il y a trente nns^ une des plus avait l.igouscs proftiSFÎons. Un 
maître tailleur occupait dans Tintlustrii^ un^j position nutîihle* Lca 
grands élablissemenU de cfnfiiction, k [c-nMii dcsTeuimes et d'autres 
eauses ont précipité sa déchéance. \^ réccsilti invention des ma- 
chines à coudre vient encore d1n(roduire une nouvelle perturba lion 
dans U fabrication du vêtement » source de travail autrefois si pro- 
ductive pour la cl:tsse ouvrière 

Les compositeurs typographies ont à lutter depuis peu contre la 
concurrence des femmes. 

Les tapiisiurs, autrefois si considérés, subissent en ce mtmcnt une 
crise terrible par suite du nomhro iniîuliïiinmnt raulji{tlié de leurs 
étiiblis^ements, des chaînages qui dure ni la moitié de l'année et delà 
quantité de jeunes ouvrier^ il d'apprentis qui i'upasse de beaucoup les 
besoins de l el^l, 

L*ai ticb de Paris, avec la multitude d'phjt^ts qu'il embrasse^ trans- 
forme de plus en plus ses pi'orddcj cl sa fahncaliou selon les mùbilas 
ea|>rices de la moile. 

Partout au^st la noceadté de. produire à bon marché oblige à préférer 
le travail aux pi^^ces au travail à la journée et à adopter la division 
Ju travail qui tue l'indivitlualiLé de rutivrier, supprime en réalité 
t', rt ^t le métier, en faisant passer par toutes sortes de .spécialités td 
^ifij'^t autrefois entièrement confi^ctiouué par une seule main. C'est 
ainsi qu'on ne trouve plus aujourd'hui d'ouvriers achevés dans aucune 
;>arlie. l\ y a des limeurs^ des tourneurs, des ajusteurs ^ des per- 
ceurs, des poEiuis, etc.» mais il n'y a fKUs ilc mécaniciens, de ser- 
fmier:^, dlior'cgtrs, etc. Dornonsici ce^ ^ijncxioiis qui nous entraîne- 
raient b'^nîoin tt posons quelques prlncipn*!. 

Le niiilk'or état sera toujours Ti'tal le plus conforme h nos dispo- 
Mtianfriuleileclu.'lles cl physiques. 

Ce point résolu, il faudra clioisir de préférence parmi les états qui 
lÊmbîentde leuruatureln pliïs ûr:ihri de l'invasion LÎes machines, du 
travail des fcmnii^a tt Je la division du sfr-rjiï. 

Le m^'Uuiaier et î« ch r^cjtlcrp qikt..:.]Ui^ co^jipromis iJéj:î par la 
charpente et la uiLjiwiseiie da fer, gai.- mnt lougtemps leur indiû- 
dualité* 

Le mécartif^ien , maître rimcultou des outî^s-machines (l'étau li- 
tueur, la machine u ral;ut4jr^ ttc), est [du^ que tout autre assuré de 
îon indépeuiliuce. 

Le lerrumr ïq fu h h autnanillenû fabriquée ^ 



en province dont il n^est plus guère aujourd'hui que le poîeur ; mm, 
fil le travail de b;Uini(Mit devient presque nul, le travail de ville ri^cta* 
lïiera toujours forcément son intervention. 

Le peintre , le tourneur , le graveur , Tborloger , le dessinateur 
peuvent avoir la même assurance. 

Les états d'une utilité générale, qui s'exercent en toute saison ïl 
partout , au village comme à la viKe , -~ ceuxdà surtout qui dé- 
pendent du hâtiniout , — seront toujours préféj ahles aux états de luxe. 

Les états qui peuvent s'exercer durant le service militaire , tek 
que ceux de cordonnier ^ sellier , tailleur, etc., offrent cet avintagij 
qua, après sa libération , l'ouvrier n'a pas oublié son état et peut s'é- 
tablir à laide des profits recueillis pendant le temps du service. 

âlais en général le meilleur état , celui qu'il faudrait préférer k tout 
autre, c'est Téta t patetneL Ceiui-U, on le connaît dés la premtêrs 
enfance. On est initié à tous ses secrets avec un dévouement bien 
ditricito à rencontrer chez un étranger. En restant dans sa famille , 
l'enfant est préservé de toutes les misères de Vapprentissage. Mais 
d'ordinaire, le père est mécontent de son état ; il s^imagina qu^en don- 
na iit à son fiSs une autre carrière , il lui procurera un sort moins mal- 
heiireux que le sien , ignorant qu'aujourd'hui tous les êtat5 ont leurs 
désavantages et que les meilleurs sont encore bien précaires* L'enfani 
de son cùté est prévenu do bonne heure contre le métier paternel par 
les perpétuels murmures de ses parents. On le jette alors au hasard 
dans une carrière inconnue où il est impossible de le guider. On re- 
grette ensuite cette précipitation irréfléchie , mais il est trop lard t\ 
Ta venir de IVnfant est gravement compromis. 

Concluous eu disant que tous les états sont bons quand on a de 
rhabileté, qualité qui s'acquiert par la bonne volonté , une vie bon- 
nêle , ramoLir du travail ^ l'ordre et l'exactitude. Le dévouemeot à son 
maître , l'obligeance envers tous ^ la douceur unie à la fermeté dans 
les contradictions j acbèverontle portrait de l'ouvrier cbréliep. Soyons 
assurés qu'avec toutes ces qualités l*ouvrier, quel que soit son état, 
pourvoira facilemeut â ses besoins et i ceux de sa famille , malgré 
les accidents et les catastrophes inévitables aujourd'hui dan^ WwU 
profession industrielle. 

Maurice Le Faevost, 
( La mite au prochain numéro ^ } 



UN SIGiViLLEMËNT. 



Vous êtes priés, dans F intérêt commun, de tous apUojer sur h 
sort malheureux d'un bravo et digne homme qui a disparu dqiti 
assx^t iongti^mps. Toutes les recherches opérées à soâ sujet sont d 
meurées infructueuses* 

Peur nous , nous ferons tous nos efforts pour découvrir le heu i 
sa retraite , et nous ne désespérons pas d'y réussir. — Plus d'une Ti 
pareille alarme nous a été donnée , et toujours nous avons vu revci 
ctîiti que nous regrettions. 

Voici tous les renseignements qu'il nous t étS possiblB de r 
t ucïllir sur le compte du fugitif. 

Ce^t un homme qui n'est m grand ni pttit. Il a dans son extériru 
quelque chose qui tient tout k la fois de ta noblesse et de la rotui j> 
— 'Il est enfant du peuple , mais il sait au besoin prendre de graniL 
airs et de btjUes manières. Noua savons de bonne source que beau- 
coop de grands cultivent son amitié, — ^et les plus gros bonnets de la 
finance souL dans son intimité; — en va mémo jusqu'à dire qu'il est 
souvent admis au conseil des souverains et qu'il a le pas sur les mi* 
nisCrcs. — Son naturel t^st b^n. Il îïVjccupe de ses propres aiïaires beau- 
COU)} ;- — de cclb^s dj?s autri^s fort peu. — Il prend le temps cûmnn.- il 
viont , les gens comme iU sont » et il laisse l'eau couler sous les ponts. 
— U egt pacifique » inuffeubif; il n attaque jamais, mais il est suscep- 
tible au dernier chef, Prenez garde de le froisser ^ de le heurter , de 
réclabousser. ur qui pue vous so;ïêï il veut remet ira dans le droit 



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à 



fOUVIllEH, 



ebemin. — Sî fôus lui marcher, »iir le pied, il irriera— et %nft â 
voua!:... car sâ colère est terrihk , son regard lance i'êdair , tit i*il 
d^ifoe toui faire rappUcalion de IVjitrénulé d« sa boîte , vous êtes 
perdti, *oui èim mort, — Quel esl donc le oom de ce j^ersoûnage T — 
C'Mt le père Bon-Sens. 

Una GirconsUsce à remarquer. 

Noui eropns defair porter à La conna^siinci! des raoïânid^ le râît 
fulfâfit f qui ne lerait pis étraDger, riuus dit-on , âi» départ précipita 
do regrettable pêrê BON-SfiNâ. 

C*élaît un malin, vers huit heures. La bise du nord soufiTait, en 
plein décembre, avec une insistance plus qii1niliscF*^te. On sortait, 
mais 4 regret. Or donc, M, flon-Sens , d'une nature forte, se mo- 
quant du vent qui soufltait i &a porte, était ^orLi , et il allait r ooime 
k veille , comme l*îivant-veille , il allait, comme il y va deputs long- 
temps, il allait â h messe (b jdBUïtell.) sans tambour ni trom- 
pe tle. 

Au détoitr d*unê m% il est assailli par quatre ou cinq indifidut, 
bien ficelés, ma foi , portant breloque et lorgnette. D'un ton gogue- 
nard ils rinterpi^llent , le coudoient bniïatement, mettent en lam- 
beaux son modeste paletot, et sournoîsem!»nt lui passant un croç-en- 
jtmbes, vous le jettent dans le ruisseau. M. Bon-Sens pousse un cri, 
el de toutes parts charund*acpourirct d'oilrir ses bons offices,— mais 
déjà nos aventuriers étaient au large. 

iC*€st une vengeance î... dit Ht. Bon-Sens, je n'ai pas sur la terre 
de plus mortelft ennemis ; ces |en8-là ont pour métier de m'assassi- 
aer, ah ! les malheureux L.. ■ 

— I Hé ! lui dit-on , quel est donc ce métier T • — ■ Ceat le métier 
de journaliste, répondlt-il. * 

Ua soniTâiilr. 

Ce«i me rappf-tk que me promenant un jour, smis les frais om- 
lirages du Luxembourg , avec le père Bon^ens , je m*avisai de lui 
adresser cette question : t Dites-moi, père Bon- Sens» ce qu'il faut 
l^enser des journaliite^ en général, j» 

Après un moment de sitence : « Ce sont, me dît-il, i peu d'excep- 
tton prés, de pauvres oiseaux , qui ont des plumes de diferees cou- 
leurs : il» en ont de jaunes, ils en ont de rouges, ils en ont de bleues, 
ils en ont qui ne sont ni rouges, ni bleuea , ni jaunes. — Qu^y a^nl, 
monsieur, pour votre service T, . . — Quelle couleur monsieur d^sire- 
4-ilT.., — ^ Wous an avons pour tous les goùls !... — C'est rembâfras 
du choix 1!.,. Cette espèce d'oiseau*là vend ses plumes... marchands 
de plumes i marchands de couleurs 1!,.. Fi ^ donc. i 

CANiïmE Le Fmnc. 



LES ORAGES DE LA MÈRE KOIRE *. 



1 



CHAFITRE VIL 

Combat à outrance liTré stir mer entra deax proTorbii : Qui 

n# mffwe rtm na rim; et U"^ ^Tup tmhnts^f , nmi eirttaî — 
Tîctûirê remportée par an troisième qtie Ton trouvera con- 
ché tout de son long à la un du chapitre. -~ On indique 
encore, ponr Vinstrnction des gens de mer, un moyen aussi 
Ingénieux que simple , inventé par i:n mousse , d éviter tes 
désagréments auxquels sont ordinairement soumis tes pri- 
sonniers de guerre à l>ord des pontons anglais. 

Quind un fjucon rencontre une alouette ou même unn perdrix , il 
n'a nt diiBculté ni scmpiîlede cooseienee i en faire son (ic|« tlner, ion 

» Vetr \m n-* m TOupriw m H mil ta iB juin 1 



dîner on son souper; maissf, pendant Ttgréable travail de la digeition, 
il arrive que q^ielque gros bonnet i plumes, — jh déclare solennellemeal 
ici que je ne fais la moindre allusion à aucune autorité civile im mili- 
taire , ^ si qut^lque gros bonnet du genre emplumé désire lui donner 
rhospilalité dans son vaste et avide estomac, les rôles iont instanta- 
né ment intervertis, et le faucon le plus fier et le plus gourmand des 
airs baisse pavillon et eUerche son salut dans la fuite : 

Tel briUê an aecoiul rang qui t'éclipae «i premier. 

Voilà ! 

L'Ejtpérance avait parfaitement compris cette théorie el la mettait 
en prali'jue aveo une agilité merveilleuse. Semblable au s^timent 
dont elle portait le nom , elle courait devant elle sans se retourner 
jamais en arrière; mais, incertaine eonmie lui de Tavenir, attatt^Utt 
atteindre son but? 

C'était bien ion intention , assurément , tout en elle respirait le 
plus louable désir d^éviter une conversation dangereuse. Ah ! jeunes 
filles , jeunes fdles! qui portez, vous aussi, Tespérance écrite en invi- 
sibles caractère sur votre front de quinze ans , vous qui vojex au 
travers d'illusions dorées un avenir couleur de roses miroiter dans un 
lointain imaginaire, ne vous faites pas chercheuses d'aventures sur la 
mer agitée. 11 y a toujours â Thorizon un épervier qui se cache pour 
briJïer dam ses serres cruelles les ailes de la fauvette , un navire d« 
guerre insatiable et brutal pour ravir au faible esquif son innocence et 
sa liberté. Croyez-en, s'il vous plaît, ma vieille expérience , j'en ai tant 
vu, htlas ! qui h'v sont laissées prendre. Et de celles qui s'en soient bien 
trouvées je n'en ai jamais rencontré encore , depuis que j'existe» sur 
mon chemin. 

Le léger bricli fendait les lames écumeuses. D est inutile de dire 
que toutes les voiles étaient dehors , gonflées comme les joues d'un 
enfant qui souffle dans une bulle de savon; ses mâts pliaient sous 
Telforl du vent et grinçaient des dents k fond de cale â chaque mou- 
vement du roulis. Les veines étendaient leurs grands bras pour son- 
tenir et développer dans toute leur étendue les ailes du navire. La 
proue se jetait avec colère contre les vagues qni semblaient vouloir 
lui barrer le chemin et qui la soulevaient en passant. Le mit d'arti- 
mon, avec sa grande voile latine, avait l'air d'un immense courlis aW 
télé à la masse du navire et le tirant comme un désespéré. L'équipage 
gardait un sombre silence, chacun eut voulu faire de son mouchoir de 
ptkclie une voile de plus. Le capitaine donnait de temps à autre quel- 
que ordre d'une voix sèche et brève; le timonnier , serrant des d«BS- 
miiins la roue du gouvernail, tenait l'œil fixé sur la boussole et To- 
reille attentive au commandement. 

Le second était monté sur la dunette, k cdté d'Yves Jourdain. 

— • Capitaine , je reconnais cette frégate : je l'ai vue dans la mer 
des Antilles, à un voyage que je fis, il y a trois ans, à Porto- 
Rico. • 

— f Comment se nomme-t-elle ? » demanda machinalement Yves. 

— f The Thundef *, et c'est un des meilleurs marcheurs de la ma- 
rine an{slai>e . ■ 

— ■ Je ne le vois parbleu que trop, » répondit le capitaine. 

— I Depuis que les vagues ont grossi ils nous gagnent de deux 
nœuds à Theiire, » dit le second. «Si nous essayions, capitaine, de 
serrer un peu plus lèvent?» 

^ — ► f Essayons i 

Ct Tordre fut donné et exécuté d'incliner la barre du gouvemafl I 
bahord. 

Le loch constata immédiatement que le résultat était contraire i 
Tallente, 

— « Ramenez la barre droite ! » cria le capitaine. 

— i Si nous ne trouvons pas quelque auxiliaire en route, capitaiii 
nous serons h portée de canon avant deux heures. » 

— I Par le vent qu'il fait , les canons ne serviront pas à gran 
chose m à eux m à nous. La mer est houleuse en diable. • 

— ■ Quand on est bord i bord, ils servent toujours, capîtame. t 



Lç Uinaerri. 



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-W> >^".'— ; 



#» ""Tr 



■^n. iiu^Bi^i^-^flpi^r 



L'OUVHlBa. 



*^ mVEijtéTanm a un b«au nom, monsieur DuTaf, il lertit dar d'étra 
prÎB â la première campagne, i 

^^ i C*est vni, capittiinB; mais e^t-ce que noua ooiia rendroni sam 
ii^hanger quelques bordf^^eati 

— f J'espère que ce n*est pas TaiiB de réUt*mijorrt dit Yf^t '^ 
tout cae, ce n'est pas le mien. * 

— « On a vu de grandes chances^ capitaine, l'aï entendu dire â mon 
père, un vieiiK loup de mer, qui avait servi dans la dernière gu^rra 
conlr€ r Angle terre , qu'un brick quMl montait , avait tellement mal- 
traite la mâture d'une frégate qui les poursuivait, comme cellaH^i noua 
poursuit aujourd'hui, que toule la volée ayant porté dans la mâture ^ 
le mât de perroquet s'était brisé et avait » en tombant sur le mât da 
Qûsiîne, embarrassé les manmuvrea au point que les Anglais avaiiat 
4û cesser la chasse, i 

*- i Gela s*est vu, monsieur Puial , et cela peut h toîr encovi. p 
^ ■ Eapêroos, et ne nuit jamaii. i 
' — V Jamais. « 

— « En atteiiduit , ces diable$ d'Anglait pou» Cognent à vue 
d'œil. » 

^^ i Réunissez Tétat^major. ■ 

Le capitaine, en disant ces mots, descendit dans la chanibre. H te 
jeta sur un divan et ses yeui tombèrent machinalement sur un cadre 
suspendu à la paroi. C'était le portrait d'Anna, sa jeune épouse, en 
face de celui de si jeune en^t, Ik semblaient le regarder en aou^ 
riant. 

I Pauvres chéris , t pens*-t-il ; et un soupir involontaire s*échappa 
de sa poitrine. Sou souvenir le reporta , rapide comr e un éclair, à 
quelques jours en arrière, et il crut sentir aur ses jouet le contact 
telouté des lèvres enfantines de Rose. 
Cela ne dura qu'un instant. 

La second revint bientôt, et avec lui tous les olDderi du bord. 

Le conseil lut court et il lut décidé â Tunanimité qu'on ne se ren» 

drait pas sans tenter une vigoureuse défense. L'équipage était admi* 

fable de courage et d*dnergiB. C'étaient tous de vieux marins et de 

[ f îf ourenx soldats. En cas de nécessité , on tenterait Tabnrdage , un 

coup de main audacieux qui avait réussi à d'autres. Toutes les mesures 

I furent prises, tout fut aussi bien calculé qu'il est possible de calculer 

L en pareille circonilance. Chacun reçut les ordres qui le concernait. 

\ Les armes lurent chargées, les haches d'armes visitées» le^ grippius et 

les échelles préparés et mis à portée, pour s'en servir en cas de besoin. 

On désigna pour les manœuvres ceux qui devaient Lee (aire et les autres 

- eurent ojrdfe de se tenir prêls. 

Tous accttellUrcnt ces diî^positions avec enthousiasme^ Et le capl* 
taine reprit son poste d'obscrvallan et de commandenienL 

I) 5 était â peine installé que de Tavant de la fregale un éclair jail- 
lit. Un boulet vint tomber dans h mer à une distance respeclfible du 
brick , et, quelques instanti après, le son lointain arriva à l'oreille dea 
ru|itirs. 

<— « S'ils virent toujours comme ceUf i dit un mousse k un vieux 
gabier» tils ne nous hm^l pas grand maL« 

— ■ Veux* tu te taire» imbécile, « répondit le mariai «tu vas nous 
{lorter m al heur, i 

— I Ça veut dire : Amenei votre pavillon , » dit un autre , ■ c*est 
arertistement. > 

— ff Rendez le salut» ■ cria le capltainop 

— r Feu] • dit le eontrfc^mattre. 
Et le eanonnier d'une des deux pièces d? l'arriére fit feu* Le narire 

"tkonna comme un tambour ; mais le projectile n'^^ut autre eJ»*,» que 
fie faire kairele plus inuljle dus péchés de gourmanitse à ufi marsouin 
ité^ œuvré qui'He promenait sous les ondes et qui le prtti tu premier 
ibc»rd, pour un conit^stlble de nonvelîe espèce. 

Les déceptioni peuvent se faire sentir même aui cmurs des mar- 

uins. 

La pièce fut rechargée et on se mit â commencer un entrelien com- 
plètement inutile^ absulument coinme deux personnes qui s^enlre- 
adf Êê»efit des menaeea et le montrent les poings de loin «ans oe l^re 



le moindre mali oa, eneore, pour nous lervir d*une comparaison plus 
distinguée, comme un boule-dngue de la barrière de la Glacière montre 
leit dents i un roquet qui jappe avec furie perché sur le sommet d'un 
cimlnn. 

EnBn, un eoup |iarti da tEsnérûne^ enToya tm boulet plut faenreui 
et ûi un a déchirure â la voilure de la frégate, coupant sur ton pas^ 
sage deux ou trois câbki et faisant voler quelques éclats de lH>îfl. 

— ■ Si on pouvait couper une vergue, * disait le mousse, 

— ^ r Veux-tn te taire, imbécile , * répondit le phîer, i tu vas nous 
porter malheur ; tu crois qu'une vergue , qui esl quatre fois ^sie 
comme toi, va se couper avec un bouleL * 

La position devenait de plus en plus ontîqne. 

L'avarie produite à bord de la frégate avait été promptement répa-^ 
rie par quelques hommes, grimpant avec ragiltté des singes. Celles 
qui ne (ardèrfînt pas £ se produire â bord de f Espérance le furent de 
même, car les deux navires, gênés pour la justesse du tir, par lo 
mouvement des vagues, ne pouvaient se serrir que des pièces de Tar- 
rîère et de Tavant ; mais encore quelque temps et ils allaient se 
trouver bord k bord , et le pauvre brick serait obligé de receToir en 
plein corps une volée de vingt coups de eanon à la fois» 

Cette perspective n'élaît pas gaie. 

On était encore à plus de trente lieues de terre, et rien ne faisait 
présumer qu'on dût recevoir aucun secours, quand une voile fut apcr*^ 
çue, venant des cdtcs de Frani.ep 

A ce moment une pensée traversa Se cerveau du capitaine. 

— « Pierre, r dit- Il à un contre- maître « « fais monter ior le pont 
quatre tonneaux vides r des plus grands, » 

Quand its furent déposés sur le tlllac , on vérifia ails faisaient eau 
et comme ils étaient en as^ez bon état, nn lea défonça I l'une des 
extrémités, et après qu^'ils curent été soigneusement goudronnés, 
pour en boucher les fissures, le capitaine se fit amener un des pn- 
sormiers augbis, caplurés k bord du cétre, et Tayaut fait entrer dans 
une des tonnes vides, le fit, k l'aide de câbles, couler dintcement dans 
ta mer. 

Le malheureux n'était pas â son aî«e et poussait des eris de dé- 
tresse que chacun conçoit , et comme plus d*tiJi de mes lecteurs eût 
assurément fait en pareille position. 

La vie d'un homme est une cbose sacrée et quel qve soit rmlérèt 
qu'un ennemi puisse prendre à une poursuite ardente» on ne peut voir» 
sans lui porter secours» un de ses semblables en détresse, surtout un 
compiitriole, livré à h merci des flots. La frégate qui suivait U\ i»il- 
lage du brlck^ en arrivant â quelques encablures de l'homme floll -ni f, 
ne put se décider a lui passer sur le corps. Force lui fui de maniru- 
vrer de telle sorte qu'elle l'évitât et de ralentir ta marche» pendant 
qu'un canot fut mis en mer pour le recueillir. 

h ne laut pfts longtemps pour faire une lieue en mer, avec une 
hcTiue brise qui vous pousse , et quand le prisonnier eut été repêché 
par la I régate , quand le canot eut été de nouveau suspendu le long 
des bastingages, quand les voiles eurent repris le vent, fEspéranct 
était encore une fob hors de la portée du canon , cinglant vers la 
voile qu'elle avait aperçue » dans l'espoir que ce serait quelque cor- 
vette de guerre dont la présence et l'intenfention eût rendu la partie 
moins inégale. 

Quatre tois la même manœuvre fut réitérée et presque avec le 
même succès. Un seul des bommes ainsi jetés â la mer prvint à s'ac- 
' orher â un câble qu'on lui jeta du bord » im autre fut laissé en ar- 
riéra, (bns la chaloupe destinée à le recueillir. C'était le dernier, et ce 
iut sans doutfc pour celte raison que la frégate ne s'arrêta pas pour 
l attendre. 

ÏA voile qu*on avait signalée était asset proche pour qu'on put 
constater qu'elle appartenait à un bateau pèchear, que le vent avait 
forcé à prendre le large et qui se hâta de virer de bord» quand il v' 
de quoi il 3*agissalt et entendit les coups de canon qui ne pouvai 
lui être d'aucune utilité. Il s'eniuit donc en grande hâte, comme 
nnolneau aux oreilles de qui vient de retentir un coup de fusil, t| 
même qu'il ne Im est pas destiné. 



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*^^ 



L'OUVRIER. 



Tl ^Uit près dé midi, te soleil bnllaitde tout son éclat, le irent s*é- 
tilt c*lmé. Sans êlre, toutefois, à Vétat de calme, la mer était moins 
agitée. Les deux mvîres n'étaient plus qu'à quelques -encilblures. Les 
coups , plus &ùrs, coinmençaient à porter presque à chaque fois. Les 
deux l'^qiijpsigefi s^en voyaient. même des coups de fusil, qui, sans 
citiser d& mal^ maiiifasl aient cependant la bonne volonté d'en faire. 
Le conib^l <;orps à corps était inévitable, il était impossible de ne pas 
prévoir qii*il dût cire prochain. 

Cntin, le mât d'artimon de la frégate touche presque rarrièr&du 
brick et Ton voit liur Ici flancs de la première une ligne de têtes, de- 
vant évidemment appartenir â des corps humains et semblant atten- 
dra; le aaomËul de s'ékncer aur un enaeini plus ùiible, mais noa moins 
brave. 

Yves Jourdain était bon marin et aussi brave que possible; il nV 
vait jamais fdit la guerre, mais il possédait de précieuses qualités pour 
la f^iire : un grand sang-froid et une audace extrême. A ce moment 
fuprêine, où il jouait £a vie et celle de ses hommes, il était magnifi- 
que de calme et d'énergie. Appuyé sur une hache d'armes, les bras 
nus, à U té te d'une poignée d'hommes résolus à vendre chèrement 
leur vie et à tenter Viiripossible pour vaincre dans une lutte désespé- 
rée, il avait divisé sa petite troupe en trois corps, dont l'un était caché 
et é**ux seuiemeut en évidence. Une habile manœuvre, au moment où 
U fri'gate pas^a \irt& de lui, lui fît éviter d'être abordé, les grappins 
tombèrent dansi IVan. entre les deux navires, et la marche du brick, 
Yolont^iremonl ralentie, fut cause que la bordée ennemie passa, en 
partie iniilik i côté de l'Etpérance , tandis que les cinq boulets de 
celle-ci [ioojièreDt en plein dans les œuvres vives de la frégate. 

Mats un navire de guerre a les côtes plus solides qu'un canot de la 
Seine, Néanmoins, chaque boulet fit son trou. 

PéiiUdiii que L'on rechargeait les pièces et que la frégate virait de 
bord , pour revenir à la charge , manœuvre qui ne peut se fair<i en 
mntas de dix minutes, Yves Jourdain exhortait son équipage i (aire 
vailUumient son devoir. 

— n lis nous on^ manques au premier coup, mais ils ne nous man- 
queront pas au second; du courage, çnfants, ils sont six contre un, 
ce %tçA une glorieuse victoire !» 

Alt; moment, une décharge terrible passa sur les têtes des Bre- 
iDns. Le navire lembhil devoir être rasé comme un ponton. Un grin- 
eemeiil de bois m fit entendre : les deux navires s'abordaient. C'était 
une lutte corps à corpe , et dans quelles conditions,, grand Dieu ! Fi> 
gurax-vouB un ealoïse élreignant un eçfant dans ses bras ; l'odeur de 
h poudre, U vue du lang, le mugissement de l'artillerie qui tonne, les 
pUiiiU's de celui qui meurt, les ciis.de celui qui pnenace : rien ne 
peut reudre , ni les émotions de pare^illes sc^es , ni la surexcitation 
nerveuse de ceux qui eu sont les acteurs. , 

Suivi de dix de stss hommes, Yves s'élance pour montersur le tiï- 
Iad de ia U t^gate. Deux fois repoussé , deux fois il tente de nouveau 
cot effrayant abordage;. La seconde troupe , sur l'arrière du navire, 
conduite par le lieutenant, n'est ni moins brave ni plus heureuse. La 
position est désastreuse : placés à découvert , sur un terrain infé- 
rieur à les ennemis six luis plus nombreux , ils sont exposés â des 
coups qifiks ne peuvent pas rendre. Monter à cet assaut est un acte 
d'audace fUi ressemble i de la folie; mais aussi se rendre et perdre 
li liberté L»* 

Au moment où les bras et le visage ensanglantés , un poignard 
«nlre les tenta , la hache d'armes i la main , ses pistolets à la cein- 
ture nalre j^^une héros allait pour la troisième fois se précipiter en 
i^^iit . -ne Rran Se clameur, se fit. entendre i bord de la iiégate : la 
V< i:(î«^ine troupe de rtlserve sous les ordres du second, profitant du 
iLiMiuUe de la mêlée et de l'obscu^issement momentané produit par 
une Jécharge de lAousqueterie , était montée. du tillac du brick sur 
r^rrière de la iiégate , et le paviUon anglais brisé à coups de hache 
était (omié ihiis la mer^ 

t^râce à celle diversion inattendue Yves , suivi des siens, arrive sur 
•t pont ; niais 14 néua pas encore la victoire; décimée par une lutte 
f^Ms, duiail ilu[iui5 prés d'une demi-heure , la petite troupe avait bid.^é 



derrière elle plusieurs morts et -plusieurs hommes hors de combat. 
Yves Jourdain se trouve face â face avec une armca de plus de deux 
cents hommes contre une trentaine à peine 1 

Le petit corps commandé par le lieutenant était encore au centre 
du brick et montait par la même route deveime accessible sur les 
traces du capitaine ; ce renfort était précieux et le reste de l'équi- 
page de VEspérance , abandonnant des postes devenus désormais iau- 
tiles dans les vergues et même an gouvernail se précipite au secoura^de 
ceux qui précèdent. 

La lutte , toute disproportionnée qu'elle soit, prend une attitude su- 
blime. Les dix hommes guidés par le second cherchent à se réunir 
au corps principal dont ils sont séparés par une masse compacte et 
armée. Les canons sont devenus muets et abandonnés de part et 
d'autre comme inutiles. Les seuls armes sont la hache, le sabre et le 
poignard. Quant aux anglais , outre leur supériorité imoiérique ils 
peu^rent encore se servir des armes i feu et frapper de loin dans cette 
petite masse de héros. 

Le capitaine anglais, debout sur la dunette de son navire, ne pent 
s'empêcher d'admirer tant de courage et , pour épargner un carnage 
inutile , se prépare à descendre et à inviter lui-même â e? rendre le 
capitaine de YEtpérance, A ce moment un covp de feu parti d'une 
vergue du brick le frappe lui-même mortellement; il tombe baigné 
dans son aang^sur le tillac du navire. C'était le mousse qui resté 
seul i bord n'avait oéssé de le viser et avait fini par l'atteindre. 

A un moment de stupeur causé par cet événement tragique , euc- 
cède' une sorte dé fureur qui parcourt les rangs de l'équipage de la 
frégate; une troupe nombreuse rangée en ordre aU pied du grand 
mât , sème par une terrible décharge la mort dans les rangs des Bre- 
tons ; Yves est blessé , mais ne s'en aperçoit pas. If se précipite 
comme un lion sur ses adversaires. Entouré plusieurs fois et dégagé 
par les siens, il sent ses forces lui manquer et Toyant qu'il Caut 
périr , il veut au moins périr à son bord. Réduite de plus de moi- 
tié, sa petite troupe rentre eh bon ordre, refoulée par la masse enne- 
mie ; la résistance est devenue impossible, itTaut céder au nombre. 
Pressés contre les parois , ils se décident enfin à quitter ce pont où 
ils ont fait tant de victimes et où ils ont laissé tant de morts. Les voilà 
réunis sur le tillac de l'Espérance ; le lieutenant du Thunder, devenu 
capitaine par la mort de son chef, a (ait suspendre le feu par un senti- 
ment d'humanité et de respect pour le courage malheureux. Lui- 
même s'avance pour recevoir i'épée d'Yves Jourdain , qui , la tête in- 
clinée, non par honte, mais par un sentiment de douleur, se dis- 
pose à la rendre teinte de sang jusqu'à la garde. 

A ce moment une commotion étrange se fait sentir sous leurs pieds, 
une détonation terrible, un choc épouvantable lui succèdent, un nuage 
énorme de fumée enveloppe la frégate dont le flanc blessé est ouvert 
par cette affreuse atteinte: Le nuage a été emporté par le vent. Le 
silence de la mort règne sur les flots amers. L'Espéranu a disparu. 

Le mousse avait mis le feu à la Sainte-Barbe. 

Pendant ce temps-là , une blonde enfant se promenait joyeusement 
sur la grève de l'Océan. Sa mère assise sur un rocher de granit som- 
bre, la regardait pensive baigner aes petits pieds nus dans le flot 
expirant de l'Océan. 

— « Maman, maman! je viena de pêcher encore un lançon, » di- 
sait Fenfant ravie , f nous en ferons un plat pour papa quand il 
reviendra m'apporter ma dot. U a dit dans huit jours, c'est demain , 
n'est-ce pas , petite mère ?» 

— « Il reviendra quand Dieu voudra , mon petit ange. » 

*- ff II a dit qu'il battrait les Anglais , et qu'il viendrait pks tôt 
si j'étais bien sage. Qu'est-ce que c'est que la sagesse, bonne petite 
mère? • 

— fl La sagesse, ma cbêrie, c'est la fuite de tous les excès. • 

( La Muite prochainement» ) Jean Loyseau. 



Angers, imp. de Laine frères, rue Saint-Laud, ô. 
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MM 



im Al 



^^ 9. 



29 Juin iS6l. 



L'OUVRIER 

roarnal hebdomadaire illustrô paraissant tous les samedis^ 



ADMIHISTRATION : 

.^ , quai des Grandf-Auguttiit, 

« U IttoBirto 4t ILtaiOT» 

▲ PJIRI8. 



SOMMAIRE. 
kWAKD OB PAIJrffST, par Tabbé Lb Drcuillk.— TRATAlis A«HI- 

C01<l» OE« MOIWBH OANS I.BS rOBBTS, par 1»- C** Cn DE MoitTAlBBBttT. 
— l<SCO.%FBCTIOW.%BIJn, Poésie, par N. G. ~I71«>BBAliD BOMMB, par 
Louis VbOILLOT. — DO CHOIS D'VN ÉTAV » par MaURICB LBPRfcrotT. 



ABONNEMENTS : 

A partir du 4** de obaqve moia. 

6 ftr. pour na aa« 



BERNARD DE PALISSY. 



Né vers 1499, au fillage de Biron, dans le diocèse d*Agen, d(5par- 
mcnt de la Dordogne, Bernard de Palissy dut le jour à des parents 
lovres; ils lui apprirent â lire et à écrire, mai? ne lui clri;ii.':enl 
is d'état. 

Uu arpenteur venu dans 
pays popr en lever la 
an, frappé de rintelR- 
îQce du petit Bernard et 
i ralttiOtion particulière 
l'il mellait à suivre ses 
avaux» obtint de Temme- 
T avee lui à Montpazier et 
s lui apprendre gratuite- 
eat son état. 

Bernard, qu'aucune âi(- 
çrKc ne rebutait, fit de 
jiides progrès dans la géo* 
ilrie pratique; maiscom- 
t rurpeotago n'ei/iployait 
K tout son temps , il ap- 
^ seul â peindre et il 
pccupa de la peinture sur 
brrc. Dans les voyages aux* 
tels Tobligeait sa place 
^rpenleur-juré il put se 
^urer une honnête ai* 
ioce et recueillir mille no- 
oos d'histoire naturelle, 
b (ou;ns paris on l'appe* 
tt pour orner les églises 
I kâ châteaux. 
.Un goût particulier le 
^lait à s'occuper surfont 
^ rechercher les terres les 
119 propres à faire de 
Ile poterie, il ne connais- 
H pas d'autres livres que 
jnature el ses merveilles! ! ! 

Re sachant ni grée ni. latin, dit-il, n'étant pas grauiniaiiit'n . 
e n'ai point d'autre livre que le ciel et la terre, lequel est connu 
de tous et est donné à tous de connaître et lire ce beau livre, » 
t^nard de Palissy se maria à Saintes et s'y établit. Un jour le ha- 
rd ou plutôt la Providence fit tomber entre ses mains une coupe de 
tn émaillée. AuJSitAt il entra en dispute avec sa pensée et il réso- 




BERNA HD L» K PALISSY. 



lut de doter son pays d'une hidustrie nouvelle , v^<^ P^i* les ails , 
utile pour les usages domestiques. 

Mais comme Bernard ne veut rien faire témérairement, il visite les 
ateliers de Limoges, où, dèà le Xllo siècle, on possédait Tajt d'em- 
ployer les enduits de verre colore en Liane et en noir; à force d'étu- 
des il entrevoit la possibilité de fjure miei^x. 

De retoftr chez lui , le voîlfi qui broiu» inille tlroguCf, pQiir les ap- 
pliquer «ensuite sur des |>ols 
de terre (in'il (ait puir à sa 
fantaisie dans d«!.s fourneaux 
toustruits par lui^mcnic. Il 
essaie toutes les substances 
qui peuvent», sputi.riir un 
degré de chaleur convena- 
ble , fournir des émaux 
épais cl conserver aux cou- 
leurs un éclat loujour>'C(;al. 
Burnard « s'abusa plu- 
sieurs foii avec grands frais 
et labeurs, cori oipmalions 
de bqisiet d^ temps. « I) en- 
voya des pièces d'essai à des 
potiers qui les mirent dans 
leurs fourneaux , mais il 
les reliraient si mal réus- 
sies qu'ils s'en n^oquaient 
devant lui, ajoutant ainsi à 
son labeur el à ses dépen- 
ses f confusion et tristesse. » 
Douze ans se passèrent 
ians CCS tent.«iives infruc- 
tueuses , l'argent manqua , 
il fallut arpenter pour ga- 
gner sa vie, celle de sa fa- 
mille et pour faire quelques 
ccanooiies. 

Dès que Bernard se sen- 
tit un peu, d'argent , le dé« 
sir passionné de découvrir 
rémail le reprit. Ayani en- 
voyé de Aouvelles pièces 
d'essai à une verrerie, il 
s'aperçut qu'une partie de seseompo.-ilions avaient commencé à fon« 
dre, vit qu'il devait atteindre le but, et comme re but était noble et 
utile, se promit bien de ne se laisser décourager par aucun obstacle. 
Palissy tenta plus de trois cents épreuves sans obtenir ce qu'il 
voulait. Pour e:(périmcnter mieux il se construisit un fourneau .«ii,m- 
blabie à celui des Terreries, f maçonnant tout seul , détrempant ^oo 



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61F 



L'OUVRIER. 



moflier, liranl lV»u pour le d'»t remuer , allant qni^rir la brfqiie sur 
son rifïs, rar il iravinfi pi»* le nioy^n il'entrelenir un homme pour Tai- 
rier en *etÏH ^ifTn'e, «^11 fit ruire fspsvai s*»aux ■ à la première ruis- 
ffin , mais â U ^Mtomle , qimii|n*il î(i\ réglé , ainsi qu*il le raroft^ , 
i pïji jimr» Pi six miils dev.ml suri fouri»t*au , sang i-egser de brnler 
^njfi \t^r l4**t deii?E f;iif»iil«>s , » il lui fut impossiM»* <fe pouvoir fomlre 
réiiiiiit/ C^ q^in vnysnT7tt~dî'nn( romme-mî- fmmiite d»îs»*p|i«Vé, s'inia- 
pMiaj>| t q l'il y av^it trop peu dn la matière qu fes^ij fondre tes an- 
Irnt», t Ajirt^s! Kin jiiiirs cl six nuits de trMV.<i1 , il f se prit à piler et â 
bn*)vr di' 1.1 iiïe uiaiiére ■ sans laisser refroid-r le fourneau. 

N'tirr i^iihiiiiie ouvrier inCitigable , dévoué â son œuvie,'ne dor- 
mant ni là jour ni la nuit, pilant, broyant, chauffant toujours, réussi- 
ra -i-ii au môTrïiy^ 

V îl i^UJt tout tari et dessérhé à cause de la chaleur du fourneau. > 
Lm difTîcultés persistaient, le courage augmenta. « Il y avait près 
d'un mois ^ dtt-il, que ma rhemise n'avait séché sur mui ; » et pour 
comble de m ^.1 heur sa femme le gourmandait , chacun se moquait de 
lui, nu le tra liait de fou. 

Quand tt eut dépensé son argent , il en emprunta. Il prit alors un 
potier avec tul « maïs au bout de six mois , il fallut le congédier ; 
B'jtyant: pas de quoi le payer, il lui donna ses vêlements , et recom- 
ni^ ml^^i à travailler seul, les mains « coupées et incisées en tant d'en- 
dnnls qi/il manfe son potage les doigts enveloppés de drapeaux : » 
il broie ses mal ières d'émail à un moulin à bras , « auquel il fallait 
ordinaîrf ment dnux puissants hommes pour le virer. » 

Après Lmt d "ruinées de durs labeurs il se trouvait, raconte-t-il dans 
gon atmi^Ie langage , • si fort éroulé en sa personne , qu'il n'y avait 
aucune rorme uu apparence de bosses ni aux bras ni aux jambes. » 
1) ail ut âouTenl se promener dans les prairies de Saintes, en consid»"- 
nnl fifs mitii^res et ses ennuis , ne recevant ch^z lui que des malé- 
dictions et di'S ]ti-iiiiies et continuant d'ctie la risée de « hncun. 

G'pt'ndar>l il m«l le feu à une nouvelle fournée; cette fois le mor- 
tier doiil il avait ii^açonné son four était plein de petits cailloux, 
qui aux ardeurs un feu crevèrent en éclats et s'attachèrent à s»^s 
vas^s. ,.. Ses ennemis, ses créanciers étaient là quand il désen- 
fuuriia !.,. L^& pièces retirées avaient réussi... pour lui, mais des mor- 
ceaux de 4'aillpux s'étaient si bien attachés à ses vaisseaux, que « quand 
ûu pasf^ait les mains dessus, ils coupHient comme rasoirs. > Le grand 
«rtiale qui crovail marrhiT vers le succès , se consolait de tous ces 
m^lheuni ; quant a srrs voisins , ils le raillaient. 

Sahs argf^nt. shoîs crédit, moqué, bafoué, exténué de fatigues, quf 
TA-t-il frfire? IIËLO.VIIIENCER : « Dieu m'a contié une œuvre, > disait- 
il, ■ je lui en dots compte. Il ne s'agit pas de moi, mais de mon ou- 
I vrag^; c«lui qiu m'a envoyé le devoir me donnera la vertu; j'ai 

■ To'oiiié, j'aiifiïi l« courage et je ferai tout ce que je pourrai! Qiif 

■ fœuvre î>'achêve «t que de l'ouvrier il advienne ce qu'il plaira à 

Cfs pf'Tiséee le Eouienaieni pendant les longs mois , oi^ il n'osait 
pret^ijut^ r*'Mlier cUi^z lui, où il s'en allait « coucher a la minuit on 
au piMui du jour , accoutré de telle sorte comme un homme ivre, 
qiiti Ttin «urail trafin^ par tous les bourbiiTS de la \ille, bricoll'int , 
sarts fiiaiidr-ll#'«, fi-inpli de grandes tristesses , bOiiillé et trempé, et 
truu^ani en ï^a rliatiibre unn persécution pire que tout , • qui le fui- 
eail pltjsljiid « émerveiller » qu'il ne se fût «onsumé de cliagiio. 

Â\*t**i mile lravtri»es, il a rélab i ses fourneaux! Le voilà qui 
chai ff de plus belh% il n'a rien omis, il a pris toutes ses précautions; 
celle fois i\ ne peut manquer de réubsir. 

Bétas ! pauvre grand ouvrier, rien ne lui manque pour chaniTT 
que le bois. O'i^ ^a-t-il devenir? Il se désespère; voyez-le les bras 
1 iiiMs ri U tête rhinicelante , se promener ilaiis son janlin , mar- 
rh iil ^ile , criant , pleiiraiit... puis »'atrè!aiit tout-à-cunp. Il apeiçmt 
1rs *'ttip j qui ^ <ul4''r»Hieiit se* tcMllev^ || rnqorle les ét^ip s * l ave** ebe 

pruUilileiJieht 1rs Irrilles, le feu absorbe tout et I émail ne fuiid 

p4>. Il court chez lui, prend chaises, tabW-s, port* s, bois de lit> 
même , et jellu luul dans le fourneau embrasé.... ^ L'émail ue lond 
pu exi€ure« 



Oh ! pour cette fois , plus d'e«pérance ; il ne reste plus nen I |i> 
crifier. Le voilà étei.du se roulant sur les matelas qu'il â jet^p 
tftfre, le cœur navré, confus, Is yeux baissés... Soudain il se r^ 
lève, .«aute de joie, court, triou>phe : cA-st qu'il vient de déroiivnik 
plancher de sa maison... Il le démolit pièce. à pièce et le porte n 
courant à ses fourneaux; le feu s'active... L'émail fond... Bernai 
tombe à jrenonx et remercie l)ieu ! 

Il a réussi, la faïence , la porcelaine sont trouxées , les émaux dé- 
couverts. . 

Ah t ce n'est plus le pauvre fou, c'est 1p fondateur d'une industrie, 
le père de la chimie et de nos arts céraiiiiques, l'inventeur d<*8 four- 
neaux, des lanternes de terre, des gazettes â porcelaines, des coq 
leurs de la faïence, l'auteur de mille chefs-d'œuvre, richesses arti^ti- 
ques et nationales; c'est un grand homme, et ce qui vaut mieux, an 
homme utile L'abbé Ls Dreuiue. 



TRAVAUX AGRICOLES DES HOIKES 

DANS LES FORÊTS. 



Tonte l'existence des moines âu f • I les forêts ne fut an mojes- 
:1ge qu'une longue série de travaux p> uiules et persévérants, dont les 
populations voisines et la postérité devaient recueillir les bienfaits. . 
C'était à lui seul un bienfait capital que le défrichement des furets, 
entrepris successivement sur tous les points de la Gaule, et pbnrsmû 
avpc une infatigable constance par la bêche et la cognée du fnoit^.1/ 
déboisement , qui est devenu aujourd'hui une menace et quf^lqiiefdis 
une calamité réelle , était alors la première des nécessités. U s*o|ié- 
rail d'ailleurs avec prudence et mesure. Des siècles s'écoulèreitf avnl 
ipie la disette des bois se fît sentir, même dans les tristes prrâMi 
le notre Midi, d'où la végétation forestière semble avoir >ujs«rfhd ; 
«lisparu pour toujours; et pendant ces siècles, les iDotoés conti-; 
nuaient à entamer sans relâche les grandes m<sses forestières, i kl 
percer, à les diviser, à les éclaircir et à les remplacer çà et là pr de^ 
vastes clairières , qui s';< grandissaient sans cesse pour être livrées i 
une culture régulière. Ils apportaient le travail, la fécondité, k force 
et l'intelligence haimaine dans ces solitudes jusqu'alors abaodonoâei' 
aux bêtes fauves et au désordre stérile de la végétation spontanée. Ol^ 
consacraient leur vie entière à transformer en gras pâturages, tt; 
champs soigneusement labourés et ensemencés , un sol hérissé de 
bois et de halliers. • 

Ce n'était pas une tâche douce, i*ourte ou facile : il Tallaît pour ( 
venir â bout toute l'énergie que donne une volonté librement soumise 
â la foi , toute la persévérance qui naît de Tesprit de corps jointe 
à une sévère tiiscipline. Cette persévérante énergie ne leur Dianqoa 
jiinais. Nulle part ils ne reculent , nulle part ils ne restituent voloB- 
clairement au désert ce qu'iU ont une fois entrepris de lui dispute 
Au < oiitraire . on les voit »>an8 ces^e allé ndre dans leurs exploratiooi 
et leurs établissements rextiéuie limite des facultés humaine>; dtspt; 
1er aux glaces, aux sables, aux lochers, les derniers fragments éj 
>o\ culiivabl ; s'installer tantôt dans des marécages réputés jiisqiiV 
lors inaccessib es, tantôt dans des sapinières chargées pendant toslé 
l'année de frimas. Quelquefois il leur fallait avoir recours i rineefl^ 
die p lur se frayer un chemin dans les bois ejl se débarrasser des \icxi 
troncs qui eussent rendu toute culture imppss'ble. Mais le p^us soih 
Vent c'était la bêche à la main quMs parvenaient â déblayer un espad 
d« terrain propre â être euNemencé ou à devenir une prairie. 

Souvent ils lemp'açnient les arbres forestiers par des arbres j 
friiit> ; comme ce Telio , momi- breton , qui plmta de ses pmpitl 
iiiaiiis. avec l'aide de saint Sainson, un immense verger, ou , coma 
lin l« légende, une vraie foret d'aibres fruitiers, ayant trois oiiSm 
•le h n^, dans les environs de Dol C'e^t i lui qu'on fait rensonter Vk 
trodu< lion du pommier en Armorique , où le cidre est resté la 



son nationale. D'autres plantaient la vigne dans uneexposîUoa fii^ 
rable . et léudsi^isaient k racciuuater dans ces cantcées aMMp3 



ihiL 



rouvRim. 



HbmVs de la Canle qui se sont apppl^es plus tard la Bretagne , b 
(•mufidie , la Picardie , où Ton a vainement essayé de la conter* 
fir. L'éducation des abeilles leur inspirait aussi une sollicitude par« 
Ikuliére. Aucun métier d*aillt*ur8 ne leur semblait trop pépîble» 
pas plus celui de charpentier et de maçon que celui de bûcheron 
et de jardinier. Celui-ci broyait sur la meule qu*il avait lui-même 
fabriquée le froment dont il se nourrissait. Celui-là creusait au* 
tov de la- fontaine qu il avait découverte ou fait surgir par ses 
prières on réservoir en pierre , afin que d'culres pussent en jouir 
après hit; et la postérité reconnaissante se donnait garnie d'oublier le 
ÛeiiCiit et le bienfaiteur. 

L uiRuence de tels trataux et de tels exemples se faisait prompte- 
ment sentir sur les popuUtions rustiques qui avoisinaient ces cul- 
tures nais.<antes , ou qui pénétraient dans les forêts à la suite des 
solitain*s pour contempler leurs œuvres , pour trouver en eux des 
pides et des protecteurs. De Tadmiration elles passaient volontiers 
î limitation. Souvent aussi ces paysans devenaient les coaujuteurs 
volontaires des moines , et , sans embrasser la vie religieuse , les ai- 
daient i défricher et i construire leurs demeures. Quelquefois les 
brigands eux-mêmes , qui d*abord en avaient voulu â leur vie , ou 
prétendu leur interdire Taccès des forêts , finissaient pnr devenir agri- 
ddteurs k leur instar. Ainsi s*explique raccroissement rapide de la 
population rurale dans le rayon des établissen^ents monastiques , 
comme aussi Timmensité des travaux de défrichement que les céno- 
bites purent entreprendre et dont les résultats subsistent et nous 
étonnent encore. 

Les plus riches cantons de la France actuelle remontent 2 cette 
origine : témoin, entre mille autre! lieux , cette portion de la Brie 
entre Sleaux et Jouarre , autrefois couverte par une vaste forêt qui 
eut pour premier habitant le moine irUndais Fiacre , dont le nom est 
resté populaire » et que nos jardiniers honorent entore comme leur 
patron. 

Mais la charme Hé manqua bientôt nulle part avx moines. Il était na- 
turel qu'elle devint le principal instrument de la culture monastique, 
et Ton peut dire sans exagération qu'elle pourrait servir, avec la croix 
do Itédempleur, d'en.<(ei£ne et de blason à toute Thistoire des moines 
pendant des siècles. Croix ei charrue ! Elle résume surtout la vie d'un 
de res grands moînea du sixième siècle , dont il nous reste à parl.er. 
Tbéodulplie , ué en Aquitaine, était issu d'une longue lignée d'ancê- 
tres ;«jrticulièrement illustres par la noblesse autant que par la piété. 
S'éLint fait moine â Saint-Thierry , près Reims , il désira être sp»{cia- 
lem**nt eioplojé aux rudes travaux de Texploitation agricole du mo- 
Da»tère : on lui confia deux bœufs de labour qu'il mena â k charrue 
pendant vingt-deux ans. Avec cet attelage il taisait autant de besogne 
q!ie d'autres avec deux , trois et même quatre frères. Il y avait des 
gens qui douta i*fnt du bon sens de cet homme assez fou pour user sa 
fie par de tels travaux et pour braver toutes les intempéries des sai- 
sons, commt un slm|ile paysan , au lieu de vivre, comme ses aïeux, 
en fruit du tnrti» de ses sujPls. Mais tous admiraient un tel labou- 
reur, encttie plus infatigable que ses bœufs : car, pendant que ceux- 
Q Sf reposaient-, lui remplaçait la charrue par le boyau , la herse ou 
h bêche ; et quand il revenait au monastère après des journées si 
Ueii remplies, il était toujours le premier aux offices et aux psalmo- 
dies de la nuit. Après ces vingt-deux ans de labourage , il lut élu abbé 
de »a communauté. Alors les habitants du village le plus voisin s'ein- 
parcrf lit de sa charrue et la suspendirent dans leur église comme une 
relit|iie. C'en était une en effet ; noble et sainte relique d'une de ces 
vies de travail perpétuel et de surnaturelle vertu , dont l'exemple a 
heureusement exercé un plus fécond et plus durable empire que 
celui des plus fiers conquérants. Il me semble que nous la contem- 
pleriuns tous avec émotion , si elle existait encore , cette charrue de 
moine , deux fois sacrée , par la religion et par ie travail , par l'his- 
toire et par la vertu. Pour moi , je sens que je la baiserais aussi vo- 
lontiers que l'épée de Charlemagne ou Li plume de Bossuct. 



{Us Motnes d'Oectdenl.) 



Le comte Ch. de Montalembert , 
*A TAcadémie française. 



LB COXFECTIOAXEUR. 



iê me voyah en montre au g<»nre ttomain . l*obJel 
de ses respects, 1 arbitre de aea penséei. 

( L. Vbuillot : PtUU PhUoêK-phU. ) 

Vos papiers! — Les voîci. — IVsiW Lehtaguewr, 

Boulevard Beaumarchais , 3, rnufectionneur. 

Vous confectionnez, c'est fort bien ; mais la chose 

N'est pas, ne me paraît pas cl.iire. Je suppose 

Qu'assez honnêtement vous gignez votre pain 

En louant votre aiguille â quelque magasin 

D'habits pour homme ou femme, enfant ou jcime fiUef 

»- Non pas précisément, gendarme. Mon aiguille 

( Car je manie aussi l'aiguille) use d'un fil 

Tout différent du fil des tailleurs. — Quel est- il? 

^- Devinez ! — Deviner? Vous vous moquez, jeune liommOi 

Je suis, vous le voyez, gendarme, et je vous somme 

De déclarer tout net votre profession. 

^- Eh mais ! vous l'avez dit : c'est la confection. 

— Encore?— Allons tout doux, honorable genilarmei' 

Ne vous gend;irnicz point si j'éprouve un grand cUanno 

A causer avec vou« familièrement. 

Je vais donc m'expliqucr catégoriquement. 

Je suis, s'il faut parler sans détour, journaliste, 

El c'est, je vous a^ure, un métier assez triste. 

Lorsque je me disais uii confectionneur^ 

Comparant mon travail i celui du tailleur, 

Je l'entendais ainsi : Ma plume est une aiguille» 

Et mon encre du fil; un fil que j'éparpille. 

En le faisant courir bur un certain tissu, 

Frêle, blanc et léger, qui von i bien conno. 

Le papier souffre tout, dit un certain adage» 

El certes il y paraît i tel el tel ouvrage. 

—Vous vaquez, iisiez-vous, à'ia confection ; 

Que confectionnez-vous donc? — L'opinion* 

L'opinion publique ou bien nationale, 

C'est comme qui dirait une rumeur banale» 

Un son vague et confus, de partout arrivant. 

Et que nous nous chargeons d'amplifier. — Comment? . 

—Je vais vous présenter un exemple entre mille 

Force mauvais sujets trouvant bon et focile 

De soustraire leur vie au joug religieux, 

Nous autres écriveurs, qui ne valons pas mieux» 

Nous faisons nos choux gras de leur apostasie» 

Et, comme un porte- voix, notre piuiii<* publie 

Que le catholicisme est mort ; qu'un lion chrétien 

N'est pas celui qui croit et pratique, iiiaisbiea 

Un citoyen qui n'a fait de mal à personne. 

Toute religion, en conséquence, est bonne. 

Puisque aucune jamais n'admit, n'autorisa 

L'assassinat, le vol, la fraude, et cœtera. 

Mais, comme il faut d'un frein brider la plèbe vfli^ 

Nous lui recommandons, au lieu de rEvaxigilS^ 

Et le Code civil et le Code pénal. 

A bas le prêtre! à bas le cpiifessiorjul I 

Respert, autorité sans rivale et sans borno 

Au Palais de justice ' honneur, gloire au tricorno i 

Gendarme, vous voilà contenu, ]*en suis certain? 

—-Pas trop, mais c'est égal, passez votre chemin. 

N. G.» ottTrier typographe* 



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L'OUVRIER. 



ON GRAND HOMME. 



Le f niîé bomme ionl je tmx conter Thistoire n*e«t nî riche ni 

célèbre» el i\ ne sorliri \amak de la pauvreté obscure où il a tou- 
joiif» vécu. Ce nVji ^mX un savant , quoiqu'il sache beaucoup de 
thofies; Ci iï*eat point un artiste , quoiqu'il ait de nombreux talent» , 
de Vu^nt et fie l'imagination , ce n'esl point ce que le monde ap- 
pHïe un philosophe , quoi^tril soit fort sage, et qu'il ail plusieurs 
rtiis dédaigné de taire Torlune, Quedirai-je encore? Il vil sous la dis- 
cii^line la plus aévère : esl-c^ m prêtre ou un soldat ♦Ni l'un ni 
Taulrc. Il ifavaille quatorze ou acize heures par jour : est-ce un spé- 
culaient, un employé , un artisan? Pas du tout. Tout ce qu'il fait est 
pour les autres, nen pour lui : est-ce un père de famille? Encore 
moins. 11 a , dans le rîiil , une famille immense , mais ni femme , 
ni enfant , ni frère » ni lœur , il ne se connaît pas un parent. Qu'est- 
ce donc? Nous verrons tout à l'heure. Mais, pour achever de le 
(iéindre , saches encore que malgré ce travail el celle discipline qui 
|ié&enl toujours sur lui , malgré son indigence , malgré le peu d'éclat 
de Àon grand mérite , mAg^é de longues vicissitudes dont il n'a 
point perdu le souvenir , privé enfin de toutes les satisfactions que 
peuvent procurer la liberté . Taraour-propre , les liens de la famille , 
lai he£ que notre héros n'est pas seulement un grand homme , mais 
|u*iï est encore un homme très- heureux. 

Les pauvret gens qui vont lui confier leurs peines le trouvent 
toujours paisible , affuble . disposé â les servir , et s'y employant de 
boim© humeur. Il ne leur donne m or ni argent ; il n'a jamais un 
sou. Pourtant presque toujours , ils s'en retournent satisfaits. C'est 
qu'il possède un grand Tonds de bon sens , de résignation ol de cou- 
rage f et comme saint Pierre , ce qu'il a il le donne. Voilà donc en- 
core un Init isspf étrange de cet homme , qui ^.s\ grand dans une 
posilion huM, i{ui est heureux dans une condition sévère : c'est 
qu'il di<itribue en abondance des trésors inappréciables . et qu'il fait 
beaucoup d'heureux sans dépenser un sou. 

On va me dire que la seule imagination fait celte peinture , qu'un 
^omme û extraordinaire ne peut être mconnu . qu'un si grand gé- 
nie ne peut se plaire dans rabaissement, qu'une pauvreté si complète 
ne peut «e^MJurir tant de misères. Je réponds que je suis sûr de ce 
que j'avance, que même ii«)n grandi homme n'est pas unique au 
monde , qu'il ^ en a loujoars eu de cette sorte » et qu'il y en a beau- 
coup de noire temps. 

(lu'iniporte te bruit et la renommée? Attirer beaucoup de regards, 
c*eit quelquefois V^ÏÏei du mérite, mais ce n'en est pas la cause. 
Orfjîns homiiies sout , dans la simplicité de leur âme , comme les 
roses et W oîse;iux,qui Qi^urissent et qui chantent partout. Les lilas 
des Tuilei îes , derrière leurs grilles, ne donnent pas aux milliers de 
piTSonnes élégantes qui viennent les voir tous les jours , des fleurs 
plus hAW et des parfums plus doux que n'en a l'aubépine des champs 
dans le chéuiin creux où passent quelques pauvres et rudes cultiva- 
teurs. Une griinde âme doone ses vertus comme une belle fleur 
éitnm ses parfums^ Vous la jetteriez dans im désert , vous l'enferme- 
fieï dans un cachot, que, ne pouvant être grande par ses œuvres, 
elle serait grande encore par ses pensées. Mais voyons enfin notre 
hivloire. 

Une nuit , les habitaTtls de P. m, TÎlledu midi de la France, fureni 
réveillés en sursaut par dVfiTroyables clameurs, mêlées aux tinte* 
ments linistrei du locMn, La rivière qui traverse celle ville, grossie 
par ét*s pluies abondantes, était sortie de son lit, et env.diissant les 
faubourg! , y avaii dqâ renversé plusieurs maisons. Le fracas d'une 
tempête pluvieuse augmentaîl b consternation générale. Des hommes, 
tenant une torche â la m^in , couraient frapper à toutes les portes ; 
d'iiUhVes , i'arentiiraAl sur de frêles barques , essayaient de luii^ 



contre les courants ; les mouvements rapides et irréguliers de letm 
fallots dans tes ténèbres , faisaient comprendre le danger qu'ils bra- 
vaient , el quand ces fallots venaient à disparaître , les femmes , res^ 
lées ^ur le bord , se demandaient avec épouvante s'ils avaient été 
éteints par la tempête , ou si la barque ne venait pas de chavirer. 
Enfin le jour parut , et l'on vit que les craintes n'avaient pas ét^ au 
dessus de la réalité. Les eaux furieuses charriaient sous les yeux des 
habitants de P... les tristes preuves du malheur de leurs voisins, dont 
ils étaient menacés eux-mêmes. Des poutres, des meubles brisés, 
des bestiaux noyés passaient emportés par les vagues , pénétraient 
dans les terres basses , se heurtaient contre les murs , et, funèbres 
messagers , semblaient frapper à toutes les portes au nom de la mort. 
Après quelques heures d'épouvante pourtant , la sécurité revint, i*eaa 
cessa de s'élever , puis elle décrut , laissant stur les rives un épais li- 
mon el de lajnenlables débris. 

Or, parmi ces débris, on trouva, sous le porche d'une église des 
bas quartiers, un berceau, et dans ce berceau un enfant qui dor- 
mait. D'abord on le crut mort tant il était pâle. Cependant il n^avait 
qurt froid et &im , et d'ailleurs pas une égratignure. On le porta au 
curé. 

Ce brave homme pensa bien que Dieu lui envoyait li un malheu- 
reux de plus i nourrir. Mais comme il était lui-même un des plus 
pauvres habitants de sa pauvre paroisse , il fit des démarches pour 
essayer de découvrir à qui appartenait l'enfant , et pour lui donner 
des protecteurs. Il apprit que la veille du désastre un homme et une 
femme très-misérables, sans argent, sans bagage , ayant l'air de deux 
vagabonds, et venant on ne saitd'oîli , avaient été reçus par charité, 
avec un enfant , dans une hôtellerie du faubourg , et qu'on les avait 
retrouvés morts sous les ruines de cette maison écroulée. Quant au 
petit, la bonne hôtesse, émue de pitié, l'ayant placé dans une 
chambre meilleure avec ses propres enfants , s'était empressée au mo- 
ment du danger de le sauver en même temps qu'eux ; mais elle igno- 
rait où elle l'avait mis , dans son trouble , après avoir emporté son 
berceau, et au milieu de sa ruine , elle rendait grâce â Dieu du mi- 
racle frappant par lequel il avait conservé la vie i cet orpheUn. ^ Je 
vois bien , dit le curé en joignant les mains , que Dieu le protège ; 
voyons maintenant s'il lui enverra des amis plus riches que moi. 

U alla de porte en porte , chex tous les paroissiens les plus charitables 
et les plus â leur aise , offrant son petit nauCragé. Malheureusement 
chacun avait ses pertes à réparer , ses infortunes k secourir : on ne 
voulut pas se charger de la pauvre créature. On conseilla au bon 
homme de le mettre aux enfants-trouvés. —Vraiment non, répondit- 
il ; tous ces refus me prouvent que Dieu Ta envoyé à mon adresse ; 
quoi qu'il arrive , je ne refuserai pas le cadeau. Puis s'adressant â sa 
vieille servante : Ah ! ça , Marguente , qu'allons-nous faire de cet 
enfant ? — Ma foi , monsieur le curé , nous lui ferons manger de la 
bouillie , jusqu'à ce qu'il ait assez de dents pour manger du pain. Je 
ne pense pas qu'il y ait à s'occuper d'autre chose pour le moment ; 
mais il faudrait lui donner un nom , car personne n'a pu découvrir 
celui de ses parents. — C'<^t vrai , reprit le curé ; je vais le baptiser 
sous condition , et comme les eaux l'ont amené sous le porche de 
St-Nicolas pendant l'octave de Noël , nous le nommerons Nicolas- 
Noël , puis nous tâcherons qu'il soit fidèle au Seigneur. ^ Tout de 
même , observa H<irguerile , en dorlotant l'enfant , voilà un marmot 
qui n'est pas malheureux. Je croirais assez que ses parents n'en au- 
raient pas fait grand chose de bon , tandis qu'à présent , qui sait s'il 
ne deviendra pas évèque? — Qu'il devienne seulement honnête 
homme , dit l'humble curé. — *£h bieal reprit Marguerite , évoque , 
ça n'empêche pas. 

On voit que Marguerite avait le cœur bien maternel ; elle formait 
déjà des projets ambitieux pour son enfant d'adoption. Nicolas-Noôi 
avait un an à peine et ne marchait pas tout seul. 

Dix ans après ce grand jour , M^irguerite était morte. NicoUs-Nocl , 
déjà grand et fort parce qu'il était laborieux et que le travail fortifie , 
plus instruit et plus raisonnable qu'on ne l'est à cet âge , parce qu'il 
n'avait jamais négligé êeê études , remol'A^it la bonne femme dans 



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L 



r; ^-f^.r -• 



L'OUVlUEft, 



m 



ses soîns près du pauvre vieux curé , dont il semblait être T^nfa»; , ' 
tant il l'aimait et en était aimé. lîrâce aux leçons ae la bonne hô- | 
tesse , qui était parvenue à rebâtir l'auberge où elle Tavait reçu avec 
ses parents , et qu'il allait souvent visiter , il avait acquis as^cz de 
connaissances culinaires pour faire lui-même l'ordinaire modeste du 
vieux prêtre; à vrai dire ce n'était ni long ni diffuile : une omelette ; 
un peu de morue , des pommes de terre pour les jours maigres ; 
dans la semaine , le pot au feu , quelque vieille volaille pour les 
grands jours, du pain tout sec quand beaucoup d'indigents étaient 
venus frapper à la porte , et qu'on leur avait tout donné , tels étaient 
les festins du presDytêre. Mais la joie et l'appétit les assaisonnaient. 
Quand ils avaient soupe de pain ' sec , le curé , après ses grâces , ne 
manquait jamais de dire k Nicolas-Noël : Mon enfant ,' voilà un re- 
pas qui te profilera longtemps, car il t'apprend qu*il est aisé de vivre 

de peu : 

Celte leçon vaut bien du fromage , sans doute. 

Nicolas-Noël avait fait sa première communion ". il connaissait par- 
faitement son catéchisme , il savait 1 histoire sainte , pouvait réciter 
cinquante beaux cantiques , et pas un enfant de chœur dans la ville 
n'avait mieux l'intelligence des cérémonies de l'Eglise , ni ne savait 
mieux chanter au lutrin. Tous les jours avant la messe , le curé con- 
sacrait quelques instants i l'instruire sur la fête que l'Église célé- 
brait , ou lui apprenait l'histoire du saint dont c'était le jour. TE- 
glise catholique honorant des saints qui ont vécu dans tous les temps, 
dans toutes les condition;! , dans tous les lieux , ces récits , sur les- 
quels on revenait encore durant les causeries de l'aprés-souper, for- 
maient â la longue de véritables leçons d'histoire universelle , où les 
grands événements du passé, les personnages célèbres, des caractères 
remarquâmes , les descriptions géographiques s'enchatnaient et se 
gravaient dans l'esprit de Nicolas-Noël ; en même temps mille pré- 
ceptes sa'ges et consolants, mille exemples de la plus haute ^eitu, de 
la plus sublime résignation dans les souffrances , et de la constante 
protection de Dieu sur ceux qui veulent le servir , pénétraient pro- 
fonditoent dans son cœur. — Mon enfant , disait le curé . en te don- 
nant ces levons, je te donne ta fortune; je ne t'en laisserai point 
d*autre en monrant. Gardénia bien , et n'oublie pas que le moyen de 
la conserver toujours , c'est d'en user beaucoup. Nicolas- Noël n'y 
. manquait pas : quand il trouvait quelque enfant de son âge , il lui 
! racontait une de ces belles légendes , et tous les enfants l'aimaient à 
cause de cela. 

Il était bien heureux ; s'il avait pensé â l'avenir . il n'aurait point 
souhaité une autre vie. Mais le curé lui recommandait de ne point se 
préoccuper du lendemain , de ne s'occuper chaque jour que de faire 
le pliw de bien possible, disant que c'était prendre aesez de soin d'une 
destinée dont Dieu seul est maître , que de veiller sans cesse à ne 
point offenser ee maître souverain dins le moment même où l'on 
exi^te , puisque d'une part tout homme est sûr de mourir et d'être 
jugé, et que de l'autre nul ne sait quand il mourra. Aussi, Noël n'atr 
tendait jamais avec impatience que les grandes fêtes. Ces jours-U , 
I revétn de ses plus belles robes de lin , portant tour-i-tour la croix 
on Tencensoir , écoutant les chants sacrés , priant le Seigneur , il 
: n^estimait qu'il y eût au monde un sort plus doux que le sien. 
I Rien ne dure ici-lns; on dit que des années de bonheur, lors- 
f qu'elles sont finies , ont passé^ comme un jour : c'est que le bonheur 
\ n'e^t pas Téritablement sur la terre ; et qu'on ne le comprend que 
eoRime le sommeil , au moment où il n'est plus. L'homme heureux 
s* loo raccepUon vulgaire de œ terme , est comme l'homme endormi, 
qui ne sait pas qu'il dort. Ce que Ton appelle ordinairement bon- 
heur est un rêve du souvenir , où l'on fait contraster les peines 
évanouies du passé avec les ennuis du présent. La sofiTrance seule 
(ait bien sentir la vie : je n'appelle heureux que Tenfant d«ins Us 
joies de son innocence, et l'htmine de solide vertu, de solide raison, 
qui, fennedans l'attente des récompenses divines , souffre et s'e lime 
bearevx de souffrir, parce qu'il fait mériter ainsi les félicités d'un» vie 
^ imouH-lelle, assuré que ses souffrances passeront et que son espérance 
te ymcni peioL 



Un soir que Nicolas-Nuël venait, â la grande s^tisfi^clion du curé, 
de traduire, sans faire une faille^ tout*? \me page de ):ilin , h. miû\a\{\ 
fut tout-â-coup frappé d'un comm^ncemenl de pTiral^sle. Appu^'A sur 
l'enfant, il gagna son lit avec peine; et lor^qn'^l y fut coui^hc, -^!Mon 
ami, lui dit-il, je crois que ma journée est finie ; je vais bi^ntât aller 
me reposer de mes fatigut^s près de Celui pour qui j'ai loujour;^ voulu 
travailler. Il ne se trompait pas. Quelques heures aprèït , il était très 
mal , et le médecin déclara le lendemain qu'il n'avait plus que \wai 
d'instants à vivre. Ayant donc rempli ses derniers devoirs de reli- 
gion , le bon. homme, tout eonsolé de mourifj ùi approcher ^jicobi- 
Noël, et lui parla en ces termes : 

• Tu vas me perdre, mon enfant ; mm Dieu te restera. En l'appre- 
f nant à le connaître , je t'ai donné tout ce que je te pouvais donn'^r , 

• et je meurs sans inquiet udi^s , parce tu sauras demander le pain 
f quotidien à Celui qui possède louL 

» Ne t'effraye pas parce que tu es pauvre , faible et orphelin, Di*iu 

• aime les pauvres et les enfants. Puisqu'il te prive de tout humain 
» secours, c'est qu'il veut lunnême et tout spécialement avoir soin dij 
» toi. Ainsi , sois tranquille ; (u as Dieu pour f.«niiUe , et pnur ri- 
» chesse tuas sa bonté. Tout est dans la main de Dit'u; il donne /il 
» reprend , il élève , il abaisse; la maladie et la sanlé , la vie et la 
» mort lui appartiennent. ïl n*est pas d'opulence ni de pouvoir (|n'il 
« ne puisse détruire en moins d'un jour. Sa tendresse est le seul bun 
Ê durable; travaille à t'en rendre digne, rien ne pourra te rertlevt«r , 
» et nul homme sur la terre ne sera plus riche que toi. 

» Ne cherche pointa t'instruira des ruses du monde pour 1e^ pra* 
» tiquer à son tour. Tu connais les comniandeuieuls de Dieu et de 

• rÉglise; observe-les en toutes les eirconi^lant^eà , malgré tnutes les 
» séductions, tu seras asseï habile ; et si cela t'empéi:he quequefois 
» de réussir parmi les hommes, tu devras t'applaudir de n'avoir potni 
» réussi. 

» Ne te laisse abattre par aucun dés^islre^ décourager par aucune 
» disgrâce. Comme un laboureur qui déihire la terre pour y semer 
» le grain qui fera sa richesse, Dieu prépare souvent notre lionhtiur 

> à venir au moyen des doulrurs qu'il nous envoie dans le prtlât^uL 
» Attends-toi toujours â recevoir quelque preuve de sa bociLo, til 
» lori^qu'il t'accorde à peu près le néeessuire, sois i:onLeiU. Uun 

• faut-il de plus! Le vo>a(^eur boit dans le cr^ux de sa main au 
» ruisseau qu il trouve sur la route ; quand il boirnit d»us une couj<e 

> de cristal, serait-il mieux désaltéré ? Lo^ïque le somuicil a répare 
»,nos forces, qu'importe où nous avons dormit 

9 Ne te laisse séduire par aui'une esperarme qui te df manderait d«*s 
» actions contraires au devoir ; c'est sumi quft les uiêclutits i'êlisveiit 
» une fortune; mais rien nVsL amt*r et tremblant comrue leur pros' 
j* périté. Ils jouissent beau(!oup moins de leurs hU'm qu'ils ne sont 
» tourmentés de leurs remords» et !e r*:mord^ subsi-le ^u dernier 
» jour, quand tous les biens ont disparu. Pour ne pmnt risquer de , 
» perdre ton âme, fais toutes cKo-es en vue de ton deniif^r j^iur, 

• Oblige tes frères toutes les fois que lu en irouversi» rocca^îon ; 
» oblige-les même â tes dépens, même au prix de ton r»>]ioj ; ulilig-^ 
» les malgré leurs déÊiuls et leur^ torts, malgré les goùlf , m^iigié 
» la prudence; évitant seulement de les entraîner au pnliê et dcp^- 
a cher toi-même dans les rapports avec rux. Jette lib^iriileru'iiil tes 
» services, tes travauit , tes sumdnes; ce sont des semences qut 
» tombent toujours en bonne ferm, qui r^ndi^nl beaucoup diins l'^n- 
■ tre m.onde et quelquefois dans celui-ci. Quand je t'^i recueilli , 
k pauvre petit être, n'ayant rien , p»s même la raison pour nie ron- 
» naître et la voix pour nie reiu«rcier, je ne prévoyais pas quu tu uie 

• serais utile, et cepend^ni Dieu ui a donné par loi h s plus dour^f^ 
« consolations que j'aie reçuts en toute ma vi«*. Agis de même; Uuu 
» fera de même aussi. 

» Eu toute occasion , ne For^ge point au danger , songe au devoir 
» Dans le cours ordiudire du* ihosea, il faut être prudent; ma<£ 
» quand Dieu nous impi>âe im dijvoir, il faut le remplir, et ceU est 
» duux malgré tous les pt^rilâ. Pourtant &ols moiiesle , même en 
f donnant la \ie ' la sdoire Que W cLréllejis pourtuiveiit aa pmmaié 



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L'OUVaiHA. 



i pal en de nîns JippbndÎRscincnts* Qîi' importe de Uiiser cm de fis 
» pu bisAer un souvenir dam re iTH>niïe r|iïi pôriri 1 Avons une luriTie 
f place dans h in/'innire (îLcrncUe Je Dieu, et que b mûâda noua 

I ignore ou noua oublie. 

■ Apprends le \i\m que to pourras , non pnuf l'orgncil de siïoîr , 

■ mais ptïur mulUplier Itîs occasions dVlre lUtie à Ion prochain. Si 

■ tu fi^ij pas te leinps de lire, queflLionne ie^ homujcâ f^ur ce qu'ib 

* savent, sur. te qu'ils pensent , sur ce qii'iU foni ; \h le fourniront 

* ainsi bien des mojens de fiaslruire et bien des o<:casions de l^ 
i consoler. Hâii surtout applique- toi è tirer un heureux, fruit île tes 

* infurliines » eu en profilî^nl poui approndte la science la plus difO- 
« ciliï et la plus nêcessiirô de b tie : la patience, avec laquelle Ofi 
t luent à bout de tout. 

w MiiB forcer l'é puisent : iid»eu .mon enfant ; touviens-tm de moi 
k tbns tes pri^re$, mets la confiance eu Dieu, sois béni l « 

La voii et la fie du vieillard s'étel^^nircnt en prononçanl cet p<* 
rolf.". Quelquei pirenl* qu'il av-iit . liront mettre les sLellês dans son 
indigente demeure, Pl signifièrent durement à Nicolas-Noel de quit- 
ter la maison. Après avoir baisé en pbiirant la main in:miinéc de son 
bienfaiteur, celte main qui lavait si long-temps nourri el b»^ni tant 
de foiâ, te triste enfant ^e rendit chez la bonne hôtesse du faubourg. 
Elle lui demanda ce qu'il coni|.»tail faire , cl lui offrit de le recueillir 
en alh'ndant qu'il eût trouvé un a^ile. hUh il srtvail que cette dipne 
ftimme n'était pas à son aise ; il la remercia , et lui dit qu'il voulait 
:ilkr â Bordeaux , où demeurait un ami de son dt'fiTnt maître , di>nt il 
%tait connu et qui lui avail auUefttis proniis de le priiU^er. Niiêl ne 
lOenlait pai : c^pi^ndanl il ^uriiil mii'u^t anntj demeurer l'Iie? TlnUeSiïe, 
P.tr oiiL.ieur, elle ébiL si pauvre qu'elle n'iusi^La point ; tioUÏ , con- 
vainru par là de la niisi'*re de cette dî^ne femme, s'applaudit de sa 
résulution, et fixa au lenilemaîn , jprèB l'enterrement di« curé, le 
m^oiienl dt; son départ. Il uvail résolu de se rendre à Bordeaux par 
la voilure publique « ayant en sa possession une petite souiukC que 
le bon curé avait amassée pour lui pendant plusieurs années Riais, 
conime il comptait ce nmdique trésor devant les enfants de riiùLesse: 
— Tu et bien riche , Nuel , lui dirent iU ; si notre niAre avait aut;int 
d'argent , elle nous achèterait de bons bahiis pour l'biver , et elle se 
débarrasserait de ces |^na qui viennent tous les joui^ lui demander 
de le!» pa^er. Noét eut le cour serré. Sl.is lien répondre, il se cou- 
cha, et quand les enfajits furent endormis , se relevant avec précau- 
tïnn , il glissa doucement les deui tiers de sa fortune sous roreiller 
de Tun deux ; puis le lenilemain , è la pointe do jour , avant fait ses 
adieux â Tbôtesse , qui lVn\brassa tout en larmes , il partit léger 
d'argent, mais le eœur plein de joie, en se disant q\i il ctait déjà 
une fois sorti de cette maison plus pauvre, plus faible, et soumis 
h plus de dangers, 

Noël, comme on le pen^ bien , Toyageail à petites journées. Ce- 
pcndint il fit son vojage avec moins de fati^es qu'il ne s'y éUif at- 
tt;ndu. Il avait toujours beau lempîs et ne rencontrait que de bons 
ctrurs. Les hommes sont quelipiefois méchants entre eux et volunliers 
se nuisent; mais tout te monde s'inlére^sseà un enfant qui munire de 
la rai^n et du courage. Souvent, lorsqu'au moment de rimUei la 
mâii^on oiï il avait passé la nuit , il voubiit pajer sa petite déprn.^e , 
ks gf-ns , touchés de ^on histoire , réfugiaient de rien recevoir, el.le 
for(; aient en rare d'accepter un morcc^iu de pain pour son déjevlner. 

II dcceplait joyeusement ces duns faits de bon cienr, mais il en parta- 
gerait le bénéfice avec le |ireiuiiT pauvre qu'il trouvait fur Iju clientin. 
b'autres rois, un chàrrelier le fusait monter sur sa voiture; t\nn 
paysanne le prenait en croupe sur son lue, et ravie du l'en te mire 
CHUiteri elle voulait qu'il \înl f.ùre un bun repas à sa fermo avant de 
contiftiier soa ifuyage. Un samedi soir, ctiiut entré dans une ê^^hsc 
pour faire ta prière , le curé le vit, le questionna , el , charmé de ses 
réponse* t remmena chei lui., en lui disant qu'il votdaii le garder 
loiite la journée du dimanche; en sort£ que Koi]! .cul re jour-là le 
bonheur d'tstister aux ofilces en enfant de cbœur, ciimiue luis sa 
rhèrc paroisse de St-Nicoks. 

f afin il arriva lûf] s eneomDre , n'ayant presque rien dt^pcc»^, a^ant 



^ 



nemi b^snemip le nombre de tes coimaîswBett, et Tonifia is nmn, 

ainsi que sou eouragc, par l'eipéricnce d'une pri^mièru didteullé 
vamcue. 

lï trcHin Tami de «on vieux prolecteur prêt it partir pour les p^ys 
étnni^efB : c'était un homme oblif^eant . maa bnl^que l'I loujuUf ^ 
pre*>A* — Veux-tu , dit-il à Noël , que je le melt« m tlan> une fien^^ion, 
ou «eux-tn venir avec moi ? Je te donne unr bi'iirf» \*fMr tu déi ider, 
Noél fit en lui même une petite prière * il songeai qu'il avait beau- 
coup apprii en vovn géant ^ et que ce monsieur si briif^quf sk trouve* 
rail ii'^ut-étre assez bien d'avoir près dt ki) qu*rhjiriiN *b' patient cl 
4e fidèle. Cependatit il hésitait. — Où irous-tmi*.< . moiisïuur? dit-il à 
«on nouveau maître. ~- A Rome, d'aboni, répondil eeluKL Ce nom 
rie Rome déenla Noél : ils prtirent le jour ruiv,int. ^* 

NoUf ne sutvrt^ns pas notre orphelin ■lau!> lous 5C^ voyages, qui 
duMreitt plusieurs années. Je dirai seulement qur.. ^e souvenant tou* 
jours des bonnes leçons qu'il avait reçuet^ du vieux i:nré, sou esprit 
faisait chaque jour encore plus de cbeunn ipir ncn faisaient ses 
jambes. Il n'est pas d'hoinme qui ne saclip qiii-lqm: cliosi- lU qui hq 
parle volontiers de ce qu'il sait. Noél. *'n f^nsml rau^er ceux qu'il 
rencontrait I et en les écuutant avec atlcniion, puisait dans ces en- 
tretiens une înslruclion véritable, et il di^uit que malgré sa vie er- 
rante f il se trouvait toujnur!^ comme dan^ nup prandn bibliothèque , 
dont les livres s'ouvraient d'eux-mêmes a 1 imilrml lu plus iiilére!>sanl. 
Il observait aussi les usages du conimerce . Vv^ mélhodes d'^igriculluro; 
enfin il s'appliquait a apprendre la langue <iu paya, et au boul de cinq 
ou six années de voya^fe, tout butnble secr/laire i deiiiMlomeslii^ue 
qu'd^tait, il savait passablement l'italien , rauglais , l'allemand : it se 
connaissait en arb, en antiquités; il avui complété iM» études 
d'hlstoiiii , heureusement ciunmencéos par ta vjo de.* saint* ; mais aur- 
tout iJ avait si bien étudifl lej liommei el son ^iropre cdiur, que £a 
raison élaii formée comme s'il avaii •'u Irenli^ a.,s^^ *%[ qu'il rerannut que 
nulle éducation n'iurait pu valoir jiour lui cislli' que lui avaient donne < 
les difiicultés de sa vie, h pauvreté ei le malbeur. 

A son retour i Bordeaux, î| er. eut une {tr^nde preuTe. Son m^îlrr ,, 
frappa par plusieurs accidenta inattendus, vit nn peu de temps sa toi lui. j 
diminuer et presque disparaître. Dans cettp occurn^nce, cet homiin* 
qoi ne manquait pas cependant de bon sens et de courage, mais q' i 
avait toujours vécu dans l'ahmidrince , et qui Uf |tonvji| s'h;iliilïJi i ' 
l'idée de la paiiïreté, perdit la tête et s'abandonna au déî^eî^]»o;; ; 
tandis qut: Noél , regardant plus froidement le désastre' , prit hirt: l 
le moyen da le réparer» Il suggéra h son patron l'idce iJ'irnc eui 
prise commerciale dunt le projet îui était venu en étudiant l'Anj^leli > p 
et l'Espagne. Il s'en occupa avec lèle, courut d'un pays k V^u'- 
et Tenireprise réussit parlaitement. Déjà son ui;utre« plein ilr i ^«| 
connaissance et le nommant son sauveur, se réjouissait du rrlmu .1 
sa prospiirité; il voulait pariajjer avec Kicidas-No'îl une forlnn* «j | 
confessait lui devoir tout entière- IHais Noël était réservé I de no^>' -:. j 
épreuves et à une autre destinée. Au milieu de ses projets , el d,*s ^ i 
de sa fortune renaissante ^ son patron mourut, ne laissant quf? re i / 
fallait poi*r désintéresser ses créanciers. Noël avait vingl-diux :zi \ 
et n'était guère plus riche après tant de travail qu'à la mari - 
curé. Ai lis grâce à tout ce qu'd a^aii appri.s,il Favait ce qu'il |^i ?u{ 
vai faire ; et par sa confiance ^n Dieu, inainleuanl raisonnde, al m^i 
sur une lurgue expétiencGi il se sentait au-dessilides coups île 
dt^stinée. 

11 avait toujours gardé le désir de revoir la bonne hôtesse àa Htij 
bourg de P..... Il voulut satisfaire eofin cet aricien vœu de son cca^^ïii 
Un bAton à la main , le sac sur le do^ , il reprit à pied le cheniîu de ^^ el| 
ville comme il en était pnrti 

Aveic i{iih11o éumlion il s'agenouilla sur la tombe du vieux curé , %|| 
vaut ta croiSk de fer rouillée qui s'élevait sur les restes de Al-irgitei iti 
et aux pieds do pauvre atitol de cette église de St-Nicolas, où Dieu I** 
vail conduit tranquillement ciulormi sur les vagues en fureut^^ I 
Fut pour lui une douce chose de pouvoir ^c dire qu'il u'avail pc;i 
oublié tant de Lienraits , et qu'à travers ses vicissitudes Dieu ne lui a v i 
pas retira &a protection* i Je suis fiitcore sur les Qot^p te dit^l ^ ma i^ 



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L'OUVRIER. 



7! 



inatn qoi m*a sauvé est encore toute puissinte, et saura me conduire 
au port. » 

Eu «rivant chez Thôlessc, il la trouva hion nffligc^e — Noël, lui dit 
cette leimne, nous cuiiim^ricions à être au-dessus de nos alTaires, et 
votre don , tout fadde qu'il clail , nous y avail n'u\è.s. Mais mon fils, 
dans un nioninnl de. fuliH, sVst l'iij^ncri^; il e.-^t soldiit ; c'était iiot'e 
Aoutten;' et sans lui tout v.i ni.il, tout se perd : il U sait, il se désole, 
et voudrait revenir; mais il nous est impossdde de le racheter. Nous 
ne savons ce que nous d^^viruilrons... Et vou^t, mon enfant, que faites- 
vous? — Je voyage, répondit-il, el j*ai voulu voua voir en passant. *Je 
suis triste de vous trouver si à plaindre, maip ayez confiance en Dieu. 
— Hélas! reprit-elle, et Ton dit <jue nous allons avoir la guerre! qu'il 
est difficile à une mère de ne pas se désespérer. 

Huit jours après, le fils de l'hôtesse était déji prés de sa mère, et 
Nicolas- Noël était soldat, dans un régiment qui partait pourTAfriqur: 
Eh bien, pensa-t-il en s'embarquant, voilà ericore un de mes souhaits 
remplis. Quand j'étais petit enfant, j^avais toujours^ envie de voir les 
Ar-^bes et le pays de saint Augustin. 

Noël fut bon soldat : il se rappelait Tavis du curé : • Ne songe 
point au danger, song>>. au devoir. • On avait tant de confiance en son 
courage et en son sang-froid qu'un jour, comme il fallait un homme 
dévoué pour s'acquitter d'une reconnaissance très-périlleuse, ses chefs 
songèrent à lui. Il fit si bien et si bravement ce qu'un lui demjindait, 
que son généra] lui fil avoir la croix. 

En aussi peu de temps que possible, Noël fianchit les grad(>s infé> 
rieurs, et quand son n^gimont revint en France, il était oEicier. A 
force de vertus , Torphelin avait pu se créer une famille : )l n'était 
per&onne dan-* le régiment qui ne l'aimât, et n'app'audîl à son avan- 
cement. Sa position était belle, pour la première fois de sa vie il eut 
Tambition et songea à son avenir. 

Il vit toutes les carrières ouvertes devant lui , parce qu'avec de 
l'intelligence et du savoir^ on ne rencontre aucune barrière difficile 
â franchir. 

Il n'avait qn'^ rester en Afrique. En moins de dix ans , il pouvait 
compter Fur les grades supérieurs. 

Il savait plusieurs langues , il avait étudié beaucoup de choses ; il 
se' connaissait du goût, de la justesse dans l'esprit, de l'imagination; 
il pouvait s'adonner aux sciences et aux lettres : il était sûr de trou- 
ver encore de l'aide de ce côlé-là. 

Ses connaissances rommcrciales l'avaient déjà servi ; elles pouvaient 
le servir bien mieux mamtenant; et il n'ignorait pasia grande fortune 
politique où sont parvenus, non-seuleinent de simples coinmerçmts, 
mais anssi de simples ouvriers. 

Il réfl chit, pesa les avantages, les inconvénients /le chaque carrière, 
et enfin >e décida â devenir... ce qu'il e-st aujourd hui» 
Biais qu'est-il donc? 

Il se dit qu'il avait assez vu de choses, assez c<>uru de pays ; que la 
Providence l'avait comblé de bienfaits, et qu'il devait essayer de rendre 
un peu aux autres ce que la Providence lui avait donné; que rien 
n'était plus beau que d'être utile , rien plus doux que d'étn ignoré, 
rien plus sûr que d'être pauvre, rien plus profitable que de i é)iandre 
dt bonnes connaissances et de bonnes idéei...; et suspendant son 
épée h un clou, mettant sa croix d'honneur dans sa poche , il se fit 
ficre de la doctrine chrétienne. 

Louis Yeuillot. 



DU CHOIX D'UN ÉTAT*, 



Très -incessamment l*Outricr commencera la publica- 
tion des 

COMPAGNONS DE LA CROIX - D'ARGENT , 
roman , par M. FR4ffÇ0is Beslv/. 



JV. 
Conditions d'an bon placement» 

Le premier devoir des parents est dft visiter **ux-mAmes rsteliproû 
ils plai-eiit leur enfant, de f.tire connaissnnco avec 1c nï<iîlre el de no 
s'en rapporter ja'iais â l'entremise dt's tiers â moins quM ne s'ii|^isff^ 
d'h >mnies d'une exp«^rience démontrée ronime pourrait être celle de> 
membres d'une Sociélé de Patronage. Ces visites sunl très-impàr- 
tantes pour bien apprécier les conditions où ^& trouvera renfant sous 
le rapport moral comme sous \ê rap|iort matérieL 

On réglera donc avec le patron, snr le eoiriptc duquel on aura re* 
cueilli des renseignements favorables, les cooditions générales de ren- 
gagement, en les subordonnant loutefim encore  rexpérietice du 
temps d'essai. 

Il faut exiger en premier lieu la liberté du dimanche , en fais;)nl , 
autant que possible, commencer ce temps de repos le samedi soir, 
ou au plus tard, le dimanche dès sept heures du malin, malgré U to- 
lérance regrettable delà loi qui accorde au patron jusqu*^ dix hi^ures, 
ces dernières heures étant habituellement consacrées à meltre fie 
l'ordre dans l'atelier. Si la place réunit des avanlages LeU qu'on 
doive faire un sacrifice et s'en tenir aux preseriplîons légales, il fiiut 
au moins stipuler par écrit une réserve pour la dis^pense du rangenn^l 
de l'atelier une fois le mois, afm qu'il soii possible à reufanl d'accom- 
plir ses devoirs religieux. 

Il faut aussi ne pas négliger de s'informer exactement si te pstron 
est catholique , dans le cas surtout nû son nom serait élraufr^T, a 
s'abstenir rigoureusement de placer un en Ta ht rhei un oiailre doiil ' 
culte serait différent, quelles que soient d'ailleurs ses assurances el 
moralité. 

On évitera de placer dans les ateliers comprises de pluâ de i|u 
ouvriers, l'enfant qui doit être logé et nourri, prindpalpment si le 
tron ne travaille pas avec eux, ou s'il s'^f trouve déjà plus d^ deux a^ 
prentis. 

On ne doit jamais placer un enfant 1â où travailleraient des ouvrières 
ou des jeunes iilles. Si le patron ou h pAnmnc m quitte pas T^ti lier 
et qu'on n'y occupe qu'une seule femme ûgéû ou mariée, ou [»eut ce* 
pendant faire exception â cette règle d'ailleurs absolue. 

Loin de taxer ces précautions d'exagération , pour peu que Ton 
connaisse l'état moral des ateliers, on les jugera à peine suIUsantes I 
sauvegarder la moralité d'un enfant. 

Si l'apprenti doit être logé chez son mnllre, Tesamen sera plus sd- 
vère et p'us vigilant encore. Les parente fxigfMont que renfaut ait im 
lit â part et pour lui seul. Si malheureusenieut il se trouve jvcc [ilu- 
sicurs apprentis placés aux mêmes coiidiû^ms, on ^'ilît^reera d obtuiîr 
qu'ils courbent autant que possible, toul-âfiikt sépitri^s, ilnns les dHfi'- 
rentes pièces de l'appai tentent du maîlre, dussent-ils èire obligés de 
dresser leur lit chaque soir et de l'enlever Lliai|ue inalin. Le sjslërne 
des soupentes, où l'on entasse les apprentis, équivaut au cim^lier en 
commun et ne peut être toléré. 11 faut savuir en outr«3 quelles per- 
sonnes couchent dans le voisinage des apprenlis, el quelle est la 
vigilance du patron et de la patronne sur leurs enfants et leurs tïo- 
mestiqucs. On ne saurait mettre trop de prudence d.ms ces dispûËÎ- 
tions; une triste expérience en a démenlré h uécessilé* 

Les apprentis devront toujours être log^'s dsns rappartement ou dans 
l'atelier du maître, sous sa clé , pour ainsi d«re, et j^tmdis ^ quelqiïe 
ct^ge supérieur et en dehors de sa surveillance. 

Il serait surperflu d'entrer dans d'autres d>'tâils. Le zèle âf^n pnrenlt 
pour la moralité de leurs enfants , leur inspirera les meilleures me- 
sures à prendre sur des points qu'il serait itiipns^ible de prévoit 
tous. Ajoutons seulement que cette situation e^t lrè£-d.jugereuse ai 



• Voir le n» de rOuwritr du 45 J 



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rOUVRIEH. 



fae, sous loui les ra^porfi , W eit â tf^sirer que l'enfant continue â 
demeurer dans sn niiiiilk. Il y est ttiçiîmr exposé aux travaux prolon- 
gés dans ta nuit, aux eitcès de faligue qn'il est difficile de prévenir 
et mèiiïe de contrôier qu:iud Te n Tant est & demeure chez son maî- 
tre. En restant dans sa familte, il ^\ attache davantage, il se trouve 
aisocié h toutes les pbnsi^s de prospérité ou d'épreuves qu'elle peut 
tubir ; il s'iiabilue de plus en plus au dévouement â Tégard de ses 
parents. 1) ¥ trouve chaque soir, sinon dans Texcmple plus fré- 
quent qu'on ne pense dtt^ vertus domestiques et de la pratique de la 
vic: eh rétienne, an moins dans la vigilance maternelle, le contrepoids 
n£ce!<sairean}( riin«'<iles convers^^tiotiset aux tristeis exemples qui Pont 
Impressionné Ee plus vivement pendant te jour. 

Si IVrbnf est nourri cheison m-iître, situation qui donne lieu sou- 
vent à des eoiiietita lions , les parenls exigeront trois repas par jour, 
dont deux avec aliments chauds, repa« pris tous les trois àTatelier, et 
j;vmaitdans un restaurant qiieleouque, ni en compagnie des ouvriers, 
e^r e^eiil Ih le moment le plus dangereux de la journée, â cause 
de Liltherté des conver^gations^ 

Que ks parents sVtTorcenl donc de garder i leur charge leurs en- 
fants pendant la durée de Tapprenlissage. Les places où les apprentis 
}atii payés ou nourris, sont rarement pour eux d*une utilité sérieuse. 
C'est un pensionnât gratis pour un enfant pauvre, qui, rengagement 
fini, le Jaisî^e sur le pnvé sans plus de moyen d*exi>tence pour ainsi 
dire qu'au premier jour de son apprentissage. Or tel n'est pas le but 
tjue se propoai^ une famille en donnant un étal â son enfant. 

Constatons qu'un vériliilile apprenlissnj^e demande de la pnrl d'un 
p.^lron conscieneumx des sacrifices cons^idénibles de temps, de malièr(?l5 
premières el d'uutils. Les dernières années de Tapprenlissage, quand 
il s'Ach^'ve thei te môme maître , ce qui est chanceux et assez rare , 
Ira courï'es et entres services remtus à Vatelier le dédommagent à 
p« îne. Donc, lorsqu'un patron offre des avantages tant soit peu no* 
tables a un enijuit, on peut afilnuer que c'est au préjudice de celui- 
t i Ou rêtat ne vaul rien, ou bien il peul être exercé sans apprentis- 
£,igH et de suite, ou bien encore il ne sera pas démontré à l'enfant 
et alors le pntron ne prend un apprenti que pour avoir un domesti- 
que û l'âtelicr, pour f^iire les courses et servir les ouvriers. L^appren- 
lissage doit être payé par les parents comme l'école ou le collège, 
aussi longtemps qu'on n'aura p^s eréé des écoles d'apprentissage 
^r^luites comme on a institué des écoles primaires. Il faut que l'en- 
Tint paie par son temps s'il n'inJenuiJse pas son maître en argent. 
CV^t ce que bien peu de familles comprennent , habituées qu'elles 
TOt>t à compter sur le labeur de leur enrmt pour les aider à porter 
h* I bargos du ménage el trop désireuses d'en être débarrassées après 
\i'ui première communion. C'est une déplorable habitude qui per- 
pétue indéfiniment la misère ihn& les familles ouvrières et qu'il 
i;îul tombait re par tous b's moyenï^ 

liren dVutrea soins sont à prenore dans les ronventions de Tappren- 
(i^stge, au sujet, par exemple, des courses, «les fardeaux, des heures 
Ai^ travail de jour et de nuit. Tous ces points doivent être réglés par 
ir ronirat, coufomi émeut a la loi< 

La contrat. 

\a condîtîon essentielle et principale du contrat d*apprenttssage est 

, liberté du dimanche. Dans toul contrat 06 elle ne se trouverait pas 

< spti ssément réservée, elle est sous^eutendue et obligatoire. Toute 

HMi^i^ntion conlraire entacherait b contrat de nullité, et les parties 

n»* %i' trouveraieul pts engagées, 

T>iiil rbt'f d'alt^linr qui idiligp ses apprentis â un travail quelconque 
|i! duHancbc et les n^tiiMit :\ l^delier ;<près dix heures est passible d'une 
aïiiende, el de 1** prison, s'îl y a récidive. 

Les commissaires de police de rbaque arrondissement sont chargés 
ynr le gouvernement de rexéculion de la loi et il suflll d'ime simple 
réi lamalkm pour faire dresser un procès- ver bal cl faire constater 
l'ui fraction lUx r«mti«oeiiti. 



Est-il toujours avantageux de faire nn contrat ? 

C*est une question h résoudre. Dans la difH culte de trouver de tnin» 
ateliers, moraux, où l'on puisse apprendre sérieusemenl un état» nous 
préférons pour les deux pnriics l.i liberté de se si^psrer quanit ban 
leur semble; et du reste, dans la p-atique, bien peu d'engagé ments 
sVxécutent jusqu'au bout. 1.»» contrat nnu!^ semble donc comme un 
débris de l'ancienne organisation dn travail qui n'a plus de raisou 
d'être dans le régime actuel de la liberté et de la concurrence. !l 
était nécessaire au temps où le nombre des patrons et des ouvncis 
étajt limité, où il était possible de régler le nombre des bras et de le 
proportionner aux besoins de l'industrie Mais cet état de choses n'e- 
xiste phis ; le contrat est un privilège tout à l'avantage des patrons. 
Toutes les fois que les familles pourront s'y soustraire, nous leur con- 
seillons vivement de le faire. Mais, qu'elles ne s'y méprennent pa&, 
une convention verbale est un contrat , et â même valeur devant la 
loi que la convention écrite et signée. 

Un assez grand nombre de chefs d'atelier, convaincus que le contrat 
d'apprentissage est la plupart du temps illusoire et un prétexte I de 
continuelles contestations , ont pris franchement le parti de ne plus 
prendre d'apprentis par conti*at , mais d'occuper des enfants qu'ils 
rétribuent aussitôt qu'ils sont capables de travailler et de rendre 
quelque service. Ils demeurent par là entièrement libres de s'adreaaer 
à d'autres si bon leur semble. De cette façon l'apprenti est vivement 
intéressé â apprendre le plus vite possible, puisqu'on l'indemnise en 
raison de sorj avancement et de ses services ; le patron de son c/)té n'a 
pas moins d'intérêt à pousser l'apprenti dans cette condition que dans 
l'autre, d'autant plus que sous tous les rapports il préférera occuper 
des apprentis et des jeunes gens intelligents et assez faciles à con- 
duire, plutôt que certains ouvriers paresseux et débauchés qui troj) 
souvent veulent lui faire la loi. 

Encore un avis sur le contrat. 

Est-il à propos d'y stipuler une indemnité mutuelle en cas de rup- 
ture par le fait de Tune ou l'autre partie ? 

Nous croyons celte giranlie le plus souvent inutile; elle n'engagi 
d ailleurs que le patron, les parents étant ordinairement insolvabloE 
D'jiilleurs en cas de dinicultés graves, quoique aucune indemnité h'.j 1 
été prévue au contrat, les prud'hommes peuvent en fixer une de Icui 
chef et la rendre obligatoire. 

Mais avant de signer tout engagement l'enfant débute par ce que 
l'on apjpelle le temps d'essti. Il doit employer ce laps de temps â étu- 
dier ses dispositions pour l'état qu'il embrasse, le caractère et les La 
hitudes du patron, Ti'Sprit de TiHelier el la facilité qu'il peut prévoit 
lui être accordée pour la liberté du diinambe Ce n'est donc point ;'< 
salisf:>irc son maître seulement qu'il duit surtout s'iippliquer. L'ess.'n 
doit durer un mois environ, et pendant ce mois les parents feront en 
sorte de visiter de temps en temps leur enfant à l'atelier. ^ Li lui 
étend à deux mois le délai après lequel le contrat demeure irrévocable 
Jusqu'à celle époque, il peut être rompu de part ou d'autre sans 'ni- 
dêmniié. 

Terminons ces conseils que le désir d'être le plus utile possible a 
sans doute un peu trop longuement développés, en invitant lesta- 
milles â meltre leur confiance dans ces sociétés de patronage dues ù 
l'initiative et au dévouement du clergé et des catholiques. — Nul ne 
saurait donner sur ces matières des renseignements plus sûrs ni plus 
désintéressés. Ces sociétés sont répandues dans la France entière et 
elles doivent cire déjà connues et appréciées de la plupart de dm lec- 
teurs. Li, les enfants du peuple reçoivent ces enseignements de la 
relijiion el de la morale qui seuls font les b<ms fil< , les ouvriers 
laborieux , les citoyens dévoués. C'est là que se prépare la régéné- 
ration de la classe ouvrière plus sûrement que par tous les rêves 
creux de nos démocrates sur l'organisaliou du travail et la referme 
sociale. Mâuiucs Le PajsvouT 



Angers , imp. de Laine frères, rue Saint-Laud, 9* 
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iO 



emntîMkmm le (f améro. 



n» 10. 



6jvUleti86l. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



ADMINISTRATION : 


SOMMAIRE. 


ABONNEMENTS: 


66 » quai des Grands Augustin», 


««AifitR n'ékmc, par EuofcME Pbnil. ~ M^éammumm bb L'Arai.nn», 




à la UbraliiedeBLEHIOT, 


par Mal-ri< B l.B PRÉVOST. — I.B MMAIVCHB OB L'AKI SAC^^MM, Poésie, 
por Paul Vbk.mi tT.-c.%iJ«EitiK sur bbb ribms, par Cahdidi LiF&aiic 


A partir du t" de cbaqua mois 


A PAUIS. 


— M.KH onAiitm UB la mîsrb KOinB, par Jean LortEAir. 


5 £r. pomr tm ui. 



JEANNE D'ARC 

La glorieuse histoire db 
Jeanne d'Arc esUrop connue 
pour que nous nous hasar- 
dions à raconter ici en quel* 
ques lignes une vie que pla- 
sieurs Tohimcs su fTi raient â 
peine â exposer digneincnl. 
Il y a cependant dans cette 
lli^loi^c des points qui méri- 
tent d'être mis en lumière 
plus encore qu'ils ne Tont 
éié jiusqu'à ce jour. Les bril* 
lants faits d'armes de la Pu 
celle, le sacre de Charles Vil 
â Reims, le supplice de l'hé- i 

roïne à Rouen, sont dans 
tous les espiils ; mais les té- 
moignages de conPi.mce et de 
sympathie populaire dont 
Jeanne et sa mission furent 
Tobjet sont moins connus, 
même de cette portion du 
publie qu'ils défraient inlé- 
reiser davantage , je veux 

£re : du peuple. 11 y a pourtant là matière â une étude intéressante 
eli un grand enseignement. Il serait curieux de voir comment la 
peuple soutint de ses encouragements la jeune fille envoyée de Dieu 



pour délivrer la patiie, alors 
que k prince, endormi dam i 
les plaîârrs, et les géndraux , 
jaloux ou ddfiants, na le ren- 
daient qu'a peine aux dé- 
monstrations àé U nctoira. 
11 serait beau df» voir le poo^ 
pie, même dant^ Rouen It 
ville anglaisej protester par 
ses larmes contre Tin ri ma 
lâcher qui dévore la ^ainle, 
tandis que loin de Rouen, 
le peuple encore refuBe da 
croire à celte mort cruelle 
et acdame avec enlhousias* 
me une fausse Jeanne d'Arc^ 
par anioixr tsl vdnéraliun pour 
celle qui a disparu* 

LVspace nous manque 
pour ruire dujituid'hui eelie 
élude f mais nous dannoQi 
des m^înti^nanl le dessm da 
la statue de Jeanne d'Â rc 
par la princease M^rie d'Or- 
léans, Ûlk du roi Louis^Phi^ 
lippe. Celle statue, qui fait 
l'ornement de la galerie de sculpture du palais de Vursailles, pasie 
avec raison pour un chef-d'œuvre. £11» est, croyonsnous, la plut 
connue mais aussi la plus aimée des statues de ta TuceUe. £. FàNEU 




D'ARC. 



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7* 



L'OUVRIER. 



LEGENDES DE TATELIER* 



LA 6DERRB. 



Œil pour œU« 

011 tnrMTi de farjoutter. — Pâpim- ^eri foncé. — Belles gravures encadrées. — 
D«m baigneuses ûe Pradier et buste de Garibnldi. — Une cloison grillée se- 
pare le burfSQ PB deux parties. ^Derrière la ^rjllo, M. Bougon, le patron, 
Ëgure longuo , favoris gris et bel è«bit noir ; M«" Bougon, robe de gros sa- 
tin vert boulTante, grand bonsel de dentelle à î^rges rubans, chaîne, broche, 
etc.; figure courte, taille rîcbe , etc. «^ Devant la grille, partie réservée au pu- 
blic, personne. 

M^« Bougon {parc&ursnt un grand AVre) — M. Bougon, voulez- 
voui tatoîr vos commandes pour janTÎer et février? assortiment de 
broches, camées et niozaîques pour M. Larose...; six paires de 
boutoni brillants pQur M, Coupandâux et quatre bracelets aventurine 
et jupe pour la maison Van Kalioti ! Est-ce avec ça que vous allez 
raire marcher Fâtêlier jusqu'à râqucs ? Car vous savez bien qu*il ne 
faut pas compter sur d*autrea commandes d*ici deux mois. Noua 
voici en pleine morte saison. 

M. Bougon (titant UjûUfWil) -^ Ne te chagrine pas, ma biche. 

M™« Bougon. — M* Bougon , voub avet une apathie qui m^agace. 

M. Bougon (liianl toujours, ) — Quand on est dans les affaires, 
ri n^est pas permis de 3*agacer. 

Mit"! Bougon, — £st-s» que décidément vous n allez pas congédier 
tout votre monde T , 

M. Bougon, — ^Dequoi.t 

M^ Bougon. — Tu veux faire de l'avance et nous encombrer de 
marchindises. 

M. Bougon « — Madame Bougon , ToiU vingt-cinq ans que vous 
êtes dini la partie et vous en êtes encore à savoir que la morte sai- 
son de Touvricr est tout bénéfice pour le patron ! C*est le moment 
de profiter da la baisse d'ouvrage pour rabattre le prix des journées. 

On aowe. — Bien-du^Tout , Fapprenti , sort de l'atelier et court ouvrir. 

Ll Plaoek ( potani à terre ia boîte d'échantillùM et tombant sw 
tutê ehêin ) — Ouf I je n'en puis plus l six heures d'antichambre , 
dans Tescalier, pf^ndani que votre M. Axor, le commissionnaire, 
ronffait dans son Ut 1 

M"« Bougon. — Chut 1 c'est notre meilleur client 

Le PiACEER. — Tant pis, car il ne faut plus compter sur lui. 
Après ma faction de six heures , j'ai vu passer devant moi le placier 
de FouiUaupot. — Il parait qu'il a offert â M. Azor un rabais de 15 
CVOtur DOS marchandises. — ^naturellement on lui a donné la pré- 
férence , et quand je me suis présenté , on m'a proprement donné 
mon congé. 

H»» Bougon. ^« Est-il pomible T 

M, Bougon. — Infime Foullkupot t 

Lb PiACien. — Nous étions dix^huiC. ~>Nons sommes tous partis. 
Gomment soutenir une teUe concurrence î 

M"* BouGDM. — Allons , il ne laut pas vous décourager, tous serex 
plus heureux eliei un autre. 

Le PlACtEfi. ^ Aussi je continue ma tournée... et k ce soir ! 

M. Bougon. -^ Du tout, va faire un tour chez le père Lapompe, le 
lîquonste, et tiens-toi prêt au signal l 

Le Placier. — Suffît ^ patron. ( // sort. — On sonne, ) 

RlBN'DU*TOirr. — Patron , c'est Alonsieur Chalumeau le chatniste 
I façon. 

GaàLUHEAU (saluant).—^ Bonjour, M. Bougon ; respecta Madame ; 
1^ l4l de Touvrage aujourd'bp^ * 



M. Bougon.— Pas Fombre , mon cher , obligt ce tov de eeo^ 
dier tout Tatelier sans exception. I 

Chalumeau. — Sans exception ! | 

M. Bougon. — Que voulez-vous î Touvrage est si mal rétiîlnié p^ 
les clients et Touvrier se fait payer si cher, qu*on estdégoâté de m 
de Tavance. | 

Chalumeau. -^Combien m'afos-fous payé la chaîne gourmettij 
dernière fois? 

II. Bougon. — Vous savez bien que vous avez eu rabominaôt 
d*en exiger six francs du sautoir , c'est-à-dire trente sous du pie 
J'en ai passé par là à cause de la presse d'ouvrage ; mais aujourd'h 
c'est difl*t5rent. 

Chalumeau. — Tenez, M. Bougon, pour me raccommoder av 
vous , je vous la laisse à 5 fr. 

M. Bougon. — Puisque je vous ai dit que je n'avais pu on pou( 
de commande. 

Chalumeau. — Je vous donne , et c'est bien le mot, la chatoe/b 
çat et la chaîne colonne au même prix ! 

M. Bougon. — Impossible. 

Chalumeau. — Allons , je vous la laisse à 4 fir. 50 1 

M. Bougon. ~ Pas davantage. 

Chalumeau. — A 4 fr. ? 

ftl. Bougon. ^ C'est plus raisonnable. 

Chalumeau. — Même à 3,75? 

Bl. Bougon (après un sHence,) — Tenes, M. Chalumeau, poi 
vous rendre service , je veux bien en essayer une douzaine de pici 
à 2 fr. , mais , dam , que ce soit perlé ! Allons, ma chérie, pèse vi 
du lingot à M. Chalumeau. 

Chalumeau prend le lingot, salue poliment et s'en va. 

M. Bougon ( ouvrant le guichet qui donne sur PateUer, ) — M 
sieur Bambochard ! 

Une Voix. —Voilà, Palron ! 

M. Bougon (d'un tondoiuc.) — Mon cher, vous voyez on homp 
joliment contrarié d'être obligé de vous donner votre congé 

Bambochard. — Tant pis , patron , je me plaisais pourtant bit 
dans votre boite. 1 

M. Bougon (d'un air froid,) — Oui, mais votre genre ne co 
vient pas du tout à la maison. 

Bambochard. — Fallait deviner ça , patron , le mois dernier , a\.-ii 
de me faire passer cinq nuits de suite. Dans ce temps-là , que voi 
ne pouviez pas vous passer de moi, m'en avez-vous fait de ces pol 
tesscs : le café tous les soirs et le pousse-café ! Ça a drôleinej 
changé depuis ! 

M. Bougon. —Faut vous dire, mon cher, que mes commandes ( 
bijouterie en ce moment sont trop propres pour vous les donner 
faire. 

Bas!BOCHARD. — Merci du compliment! ... au plaisir de ne pli 
vous revoir ! (dans V escalier) -^ adieu , vieil épicier, vieux muile 
vieux concombre! 

M. Bougon (au même guichet.) — Monsieur LoupenviUe ! 

Une voix dans l'atelier. — Voilà , Patron. 

M. Bougon. — Vous voyez comme l'ouvrage baisse, mon cher; 
ne peux plus vous payer à la journée , mais à vos pièces. j 

LouPENYlLLB.—Mais c'est impossible ! Vous savez nos condition^ 
qui m'ont décidé à sortir de chez Fouillaupot , sept francs la jouroil 
et les heures en plus. Je ne travaille pas autrement. 

M; Bougon. — Alors, mon cher, il faut ramasser fos outils 
contre la force pas de résistance. 

LouPENViLLE. — Mille millions de tonneaux! si je nVaîs pas 
femme en couches , comme je vous enverrais promener 
Bougon ! 

M. Bougon. — C'est comme il vous plaira , mon cher ; 
gnorez pas si j'aurais du mal à vous remplacer. 

LouPENViLLE — Allons , j'en passe par oi9i vous voules; I 
un peu fort tout de même ! ( il sort^ ) 



pas ni 
, Pèi 



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■W5!^r^ 



"^«^ip^wf^ 



l'ouvRim. 



n 



^ H. 6OU6ON. -* Farceur, tu sturu bien me repiger, qaanà j*iu- 
^rai besoin do toi. 

Fricoteau ( sortant de râtelier, ) — Excuser, patron, mais il 
n'y a plus assex de soudure pour finir le bracelet mosaïque. 

M. Bougon. — Mon pauvre Fricolcau , tu viens bien à propos, car 
jHillaîs Rappeler pour te dire que je n'ii plus d'ouvrage. 

Fricoteau. — Vous me donnez mon congé ? 

Bf. Bougon. — Ce n'est pas à moi , mon gros, c*flit â li morte 
saison qu*il faut t'en prendre. 

Fricotbau. — Moi t votre ancien apprenti, que tous conservez id 
«lepuis bientôt cinq ans et qui me regardais comme l'enlant de la 
maison ! ' 

M. Bougon. — Tu me fais de la peine tout plein et , tiens, si tn 
veux te réduire i Irois Trancs, tant pis si je m*eafonee , je te garde 
tout de même. 

FnicOTEAf j. — Trois francs au lieu de six ! 

M. Bougon. — Tu sais , si ça ne te va pas. Je te règle de suite. 

RilcoTEAU. — Mais c'est une horreur ! 

M. Bougon. — Rue des Gravilliers ce matin , on les vendait au 
boisseau , les bijoutiers ; si tu t*en vas, j*en ai plus de deux mille à 
choisir. 

Fricotbau. — Allons , père Bougon , vous êtes le plus fort . je ea- 
pitnlor 

M. Bougon. — Avee ça, les enfiints , que vous me ménagea quand 
▼DUS me tenei ! 

FkicoTBAù (à part.) — Vieux Saloraon, on te repigera - - à la 
première poussée , gare à toi I 

M. Bougon. — C'est y convenu? 

Fricoteau ( ai'ec «nefilrom/brce.) — Mais comment éoM, Pa- 
tron , e^est toujours avec un nouveau plaisir! (il renire é f atelier ef 
ferme la parte avec bruit,) 

M. Bougon {comptant sur ses doigts.) — Voilà si je ne me trompe 
une diminution sur la main d'oeuvre de la chaîne et de la uintaisie 
de 50 0/0 , sur la finition de 25 0/0 au moins. Ça me suffit ; avec ça 
je peux enfoncer Fouillaupot , au moins pour le moment (t7 sonne. — 
Rien-du'fout parait. ) Va t'en chez le père Lapompe me chercher 
le placier ; je te donne trois minutes. 

L*appreiiti file comme une flèche jii^qu an bas de Pescalier et se dirige 
a pas de tortue vers le marchand de journaux du coid. Au bout de trois 
quarts è^heoire il râmëne le placier. 

M. Bougon (au.plaeier). — Cours vite chez M. Azor — tu le 
trouveras à cette heure à faire sa partie de billard au café National , 
passage du Saumon. — Dis-lui que je lui cède la fantaisie et la chaîne 
â 10 OA) au- 'dessous de Fouillaupot et ça dans la fabrication la plus 
foisonnante et la plus cossue ! Entends-tu 1 

Le Placier. ^ Oh ! Patron, y pen8ez-vous?vous allez vous ruiner. 

M, Bougon (at;ec sentiment, ) — A tout prix je garderai mes ou- 
vriers. — Allons , dépêche-toi. 

Lb Placier. — Brave Patron I Je cours chez M. Azor et je vous 
rapporte dix mille francs de commande ! {il sort,) 

M. Bougon (se tournant vers Madame Bougon.) ^Qa'en dis-tu? 

M"M Bougon (e6aAte*) — Monsieur Bougon, je vous admire ! 

M. Bougon (te frottant Us maini.)— Enfoncé Fouillaupot 1 



IL 



Dent pour dent. 

Un faitèrieur d*atelier de bijoutier. — Deux grands établis à six places. — 
Forge. flMule*, tas , grosse lampe et soudure, claie par terre pour le déchet, etc. 
— Mura sales. — A peine du jour. — Fenêtres closes. — Porte odeur de fumée 
et diacide. 

M. Bougon ^eul. (// va et vient très-agité,) — Dix heures et pas un 
ouvrir 1 Lundi, mardi, mercredi I c*est leur troisième jour de noces ! 
Des masses de commanderl Un jour de Tan comme je n*en avais pas 



vu de pareil de longtemps ! One parure de mariage qui me reste sur 
le dos, si elle n'est pas terminée vendredi ! Le marchand d*or qui me 
talonne pour son ar([ent! Toutes mes pratiques en révolution! et 
personne ! personne ! Ah ! les animaux, les gueux, es chenapans ! Ils 
sont à faire des parties de billard, de canot, de piquet» ces messieurs. 
Ça boit, ça mange, ç^ danse, ça tait des orgies ^e tous les diables, 
pendant que je suis là . sur le gril, on peut Le dire, assiégé par le 
public, â me manger les sens, et ne sachant où donner de la tête ! Ja- 
mais de plus belles affaires, et toutes h la fois ; de quoi occuper ïingt 
hommes I Et pas un , pas un seul qui se décide & venir ! Ah ! certes, 
si je pouvais donc les fiche tous à la porte d*un coup, pour leur 
apprendre qu'on ne se moque pas comme ça des patrons! Oui, mais 
où en trouver d'autres, ensuite! Et, pour changer, eu avoir de pires, 
peut-être. Ils sont tous de même aujourd'hui 1 Pas un liard de dé- 
vouement à son maître ! C'est la haine 1 c'est la guerre [ Les gredins 
nous font tous la loi en ce moment. Quand je pense que tout â l'heure 
les pratiques vont arriver en masse î J'en ai remis plus de trente à 
ce matin. Et pas un pouce d'ouvrage depuis quatre jours \ Quelle bor^ 
dée de sottises à recevoir ! — Tant pisn, je ne sors pas d'ici. Ma femme 
s'en tirera comme elle pourra. Une femme ^ ça n'est jamais embar- 
rassé. Et dire qu'il laut endurer tout ça, par la feignantise de ces 
messieurs. Ah ! soye^ tranquilles , mes agneaux , je voiu retrou^ 
verai! • - , 

Od entend ma 10^ dans rescalier i 

« Quand on a tout perdu , quand on a plus d'espoir, eta. • 

Ah! ipielie chance ! Enfin, en voici un qui se décide. Ça n*e^t pas 
malheureux! — S'il veut bûcher un peu avee moi et ]'appt;^mi , nout 
pourrons peut-être contenter les plus pressés t Ah ! si j'osais, coDinio 
je vous le flanquerais par la fenêtre i 

Fricoteau {sans voir le patron), — Quand on a tout perdu... faut 
revenir à l'atelier et reprendre sa petite galère ( il hâillÊ et sê fiéitiÉ 
les membres). Ah !!... déjà mercredi l adieu le plaisir et la rigubde. 
Faut donc bûcher misérablement à présent! Mais quelle heure e.4-il? 
Tiens, déjà dix heures, tout juste l'heure du ddjcûner. Gomme ça se 
trouve bien , car j'ai up appétit I... — Où est-ll donc ce moutard de 
Rien-du-Toutî II n'est jamais à son poste, le satané lliiieurî C'est 
insupportable ! aussi, quand il va rentrer, gare i lui, je vais t'arranf^cr 
proprement. {Apercevant M. Bougon,) — Ah! bonjour, p^pa Bougon, 
Comment ça se fait-il qu'il n'y a pas ici l'ombre d'un crapaud d'ap- 
prenti pour aller m'acheter k bouSer et du tabac? — Comme c'dst 
amusant, quand on arrive exténué de fatigue. C'est que c'est joliment 
dur, quatre jours de noces consécutives , sans s'arrêter, m jour, ni 
nuit. Faut un tempérament de locomotive pour tenir bon. Allons, père 
Bougon , faudrait diriger mieux que ça votre apprenti. --* Ah 1 excu- 
sez, la bourgeoise , je ne vous voyais pas ( il hàille, $*assiei près du 
poêle et allume tranquillement sa pipe), 

M"* Bougon, eiaspéiée , parle à voix, basse à son marU 

M. Bougon. — Chut! madame Bougon , mi!]^^vaua de ce qui vous 
concerne. — Eh bonjour, mon cher Fricoteau, comment ça vous va-h 
il depuis la dernière fois? c'est-à-dire depuis dimanche, car vouiavez , 
été indisposé sans doute? — Voilà trois jours que nous n^avons pni 
eu le plaisir de vous voir ! 

FniCOTEAU. — Oui, une indisposition causée par un samedi d^ 
paie, un régiment de poules au café des trente billards et plusif^urr 
festins de Balthasar ! Si ça ne voue convient pas, faut le dire, je lire 
d'ici mes guibolles et je vous fiche en plan ! 

M. Bougon (s* efforçant de modérer M^^^f Bongm qui gtitieuh ). -- 

Chut ! ma bonne, je t'en prie, pour Tamour delà caisse ! Allons, 

bon monsieur Fricoteau, comme vous êtes de mauvaise humeur ce 
matin ! Un peu de mouvement vous remettra. Mettei-voui vite I votri. 
besogne et ça vous fera du bien. 

Fricoteau. — Non, il me faudrait autre . 

M. Bougon. -« Sh ««uoi donc, mo cher t 



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n 



roùvniER. 



Fricoteau.. — Qtie tsm me nragmftnlW de deux Trancs et que 
?aus m*jf anciex Tingt-cbq fnmca tout de suite* 

IL BoLXOH*— Connue c*e«i particulier 1 Figurei-irouB qu'il n'y a 
qu'un moment^ uiiiî et ini femme , noui disions comme ça : Ce bon 
ffîcoteau, Bout ut U payons pu atiet pour son îalenL Vrai, tout le 
monde eit enchanté de votre ouvrage. Et quant h des avances , c'eat 
1 votre volonté « 

FflicOTEAU {hourrant um tetondé jp^pt), — Convenu, maïs pour !e 
moinent, i« ne travaille qu après déjeuner et mea trois bouffardes 
d'habitude! 

M, Bougon,— Mon cher Frîeoteau, je ne puis rien vous refuser.— 
\A M^ Bau^m) Mail où est donc Eien*du*Tout? 

Mw* &0tK*OH. — Je l'ai envoyé de loua les eôléa prévenir les prati- 
ques que Touvrage promît pour e« malin n'est pas entièrement 
l^evé et qn^on le portera à domicile. 

M. BocGON. —Alors, ma cbêre, il fant aller loî-méme chercher le 
déjeûner de Fricotean, autrement il va s'en aller i la crémerie et au 
café, et noua ne le reverrons plus d'aujourd'hui ( i/™* Bougm sari 
^rédpHammefU, ) — Mon cher Fricoleau, mon épouse veut aller elle- 
même vous chercher ce qui vous faut ; mais en attendant, si vous 
vous mettiez tout de suite â l'ouvrage T 
FhlGOf SAU. — Ah ! mais nous avons le temps* 
ElEK-nu-TouT (mirant îtmt euoufpé). —Patron, M, Chalumeau, le 
chiîniste a dit comme ça que vous a\et \ lui payer II chaîne sept 
fnncft le sauloîr, au lieu de 3 fr. 75 ; qu*il en avait plus qu'il ne 
pouvait en faire i ce prix*ll, et que d'aiUeur s il ne tenait pas & travail- 
ler pour votre bazar. 

U, Bougon, — Ab! llntolent, il a osé dire cela. Obligez donc les 
gens ! Un malheureux que j'ai tiré de la mîsi^re ! Qu'il s'en aille au 
diable, avec ses conditions d'usurier, — Un instant, retoome-s-y 
tout de même et dis-lui que , vu la prisse d'ouvrage, je lui accorde 
ce qu'il me demande ; mais qu'il mette de côté tout le monde pour 
mou 

niEii*-*T0UT» — J'y cours, patron, (à parf) Oui, quand j'aurai fini 
mon 1^ ,, tùUi et l'histoire illustrée des Truis-Pendui- 1 c'est ça qu'est 
rigolo [ 

M. BotJGOK. ^Voilà rheure qui a'avance, les autres n'arrivent 
pail 

Fricûtëah (kujoun fumant], — Allons, palran , ne faut pas vous 
ddsokr. Ça s*arrangera. Cependant, faut que je vous dise que 
Loupenville vous quitte , pour entrer dans le hijon artistique , cher 
II. FouiUaupot* — Vous connaisses t —^ parce qu'ici on fait trop de 
camelotte. 

M, Bougon. — Gueux de Fouillaupot, je te retrouverai donc tou- 
jours pour être mon cauchemar l Maïs qu'est-ce que je vais de- 
venir T 
FHicOTEàO. — le sais bien ce que je ferais S votre place. 
M. Bougon. — Et quoi donci 

Fricot EAU.— Je ferais comme tout le monde, j'entrerais chei 
Fouillaupoi î 

M. Bougon» — Malheureux ! vous vous fichet de moi!— Tout ce 
que vous venez de me dire sont des m ente rie s. Il n'^ en a pas un seul 
chei Fouiîbupol; mais vous êtes convenuSi tous ensemble, de me 
ionter cette blague, pour que je vous raugmenle. 
FhlCOTEAU. — Voui y êtes, patron. 

M. BotûON. — Ty consens , je les augmente tous, *— Combien est- 
<e qu'ik veulent ? 
FnitoTEAU. -^ Sept francs par Jour, 
11. &OUG0N, — Au lieu de quaire î miséricorde i 
Fhicotiùau. — Ou le» aura n'iiKpurte où. 

M, Bou&ON. — Couïenu, j'accepte. — Courei vite chez le liquo- 
riilft, oà ils vous al tendent sans doute. — Ameoei le^-moi tout de 
luite (on sonne l'iolemment). Court;x, je vous eu prier 
r&l£OTE»lU. *• i'y foie, patron t 

Il iJhube une iroisiÈme pipn« -< Ifntrée de 11"* Uoug^'n précédée d*aB3 
r Bpp^tiNaalv dn r^^ni^u^ ^ u sattee. ^ lile pftris une assieMO 



W - 



couverte , le Journal le Slêde, «i9 pipa neuve et un eohiet ^ tahss. 
M""e Bougon. — Mais, où est-il donc, ce bon M. Frieotetat 
FuicoTEAU. — Voilà, voilà. 

On sonne de nouveau et plus vîoleounént. 

BiEN-DU-TouT (accourait/). — M'sieur, Fescalier est plein de monde. 
On vient chercher tout l'ouvrage. 

M. Bougon. — N'ouvre pas, malheureux ! Si, ouvre tout de même. 
Ah ! mon Dieu, c'est à en perdre la tête, (il Fricoteau tmmoH/e devani 
la portt) Vous n'êtes pas parti î 

Fricoteau. — Non. 

M. Bougon. — Mais, ventrebleu, qu'attendes-voui donct 

On entend un grand bruit dehors. 

M. Bougon (à M"m Bougon). -* EBvoie4es au diable, avec toute la 
boutique ! 

Le bruit redouble. — M** Bougon s'ôlanee dans le magasin. — On Tentend 
parlementer avec le public. —A son apparition, un «il A/ m immense 
retentit. 

Mm* Bougon. — Bien des excuses voyex-vous iln'j a rieq 

de notre faute On ne peut pas avoir autant d'ouvriers qu'il faa^ 

drait vous comprenez , n'est-ce pas ?..., monsieur Vertujon, voui 

aurez vos médaillons après - demain sans faute, pour deu| 

heures du matin Voulez-vous revenir, nudame Rebèehe, aprè< 

votre déjeûner?.... Monsieur Bronzoni, tous ces messieurs sont i 

votre parure si vous ne l'avez pu samedi, pour le plus sûr di^ 

manche soir ! 

M. Bronzoni. — jC^est inutile de me l'envoyer plus tard que vtn* 
dredi. Vous vous êtes engagée à me la livrer pour la eorbnlle d< 
mariage. Je vous donne les quinze milie francs comptant ; autrement 
vous pouvez la garder k votre compte. 

Mm* Bougon. — Mais, monsieur Bronzoni, vous nous ruinez... C'e^ 
une parure iantaisie, qu'il faudra remettre à la fonte , et toute notrj 
main-d'œuvre est perdue. Si lundi je n'ai pas les quinze mille franc 
de la parure, notre marcliand d'or nous fait tout saisir. 

M. Bronzoni. — Vous êtes bien heureux que je ne vous cite p^ 
devant le juge de paix pour me faire perdre une pratique que nod 
fournissons depuis vingt-cinq ans. 

Miu* Bougon (sup/^/mnl). — M. Bronzoni!... 

M. Vertujon. -* C'est insupportable, j'ai pour plus de six mil^ 
francs de commandes A faire et on ne daigne pas seulement ftire a^ 
tention à moi ! 

M. Rabacha. ^ C'est pour la neu^ème fois que je viens réclam^ 
un méchant bracelet de quinze cents francs. Impossible de ravoiij 

Un Apprenti (tout essoufflé et bousculant tout lenumde). — M^ 
dame Bougon, si la broche du patron n'est pas prête, rendeirla-m 
comme elle est, que je la porte toute de suite chez M. FouiUaupot. 

M«« Bougon (se réfugiant dans V atelier), *— Mon Dieu, messieur 
attendez donc , s'il vous plaft , c'est l'affaire d'un moment , deux < 
trois jours tout au plus (elle disparaît). 
Grognenaent terrible dans l'auditoire. 

M. Vertujon. — Allons chez Fouillaupot t 

M. Bronzoni. — C'est ça, portons-y tous notre ouvrage éi ne mj 
tons plus les pieds dans cette baraque ! 
Tout le monde s*en va. 

Mm« Bougon (s'élança/û sur Fricoteau), -^Ceit toi q[ui no 
perds ! 

M. Bougon. — Je suis ruiné ! 

M»"'' Bougon. — Je suis folle î 

Fricoteau (se frottant les maitis), — Et moi, je suis vengé ! 



(La suite auprochain numéro,) 



Maurice Le Prévost. 



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\^^'-. 



L'OUVRIER. 



77 



LE DIMANCHE DE L'AMI JACQUES. 



fOÉSlI. 



le port6 I pr&ent sur Tépanlê 
Le poids de six jours de trataO ; 
En Térité ce n*est pas drdle : 
n est temps de rompre le bail. 
D^i sur la muraille blanche 
De mou logis pauvre et joyeux 
Dieu, de sa main , écrit : dimanche I 
J*ea ai plein l*cœur et plein les yeux. 

Chère mansarde si petite 
Où.rijgB ne trouble mon sommeil , 
Nid modeste où me rend visite 
• Mon vieil ami , le bon soleil , 
Je vais te faire ta toilette 
Et te parer de quelques fleurs : . 
La jacinthe et la violette 
Valent bien Tor et les grandeurs. 

Sur une table un peu flétrie 

Par le temps , malgré tout mon som , 

J*ai placé la Vierge Marie ; 

Pour saint Joseph , il n*est pas loin ; 

La Croix du Sauveur les surmonte : 

(limite Emilie ! il parait 

Que le pauv' Jacq' ne fait pas honte 

Ma habitants de Nazareth. 

C*esl à leurs pieds que je veux mettre 
Ce gros bouquet tout embaumé.... 
Maintenant , ouvrons la fenêtre : 
Place à Tair pur du mois de mai ! 
douce brise printanière ! 
Frais parfums , vous pouvez entrer; 
Je viens de faire ma prière, 
J'ai le droit de vous respirer. 

Ah ! mon Dieu , je n*me sens pas d'aise ; 
Seigneur , que votre ciel est beau ! 
C'est k peiné si mon corps pèse , 
Je suis léger comme un oiseau.-* 
Mon père est mort , ma mère est morte , 
£t ma petite sœur aussi , 
Cependant la joie est plus forte * 
Mon bon Jésus ! merci ! merci ! 

A Tatelier souvent Ton s'moque 
De Tami Jacque ; on dit, je croi, 
Que je suis un garçon baroque, 
Un saint' n'y touche , un je n'sais quoi ; 
Les plus charitables me plaignent 
El disent enlr'eux r quel malheur ! . 
Ceux qui me raillent , ceux qui geignent 
N'ont jamais vu le fond d'mon cœur. 

C'est li, cher époux de mon âme, 
Une vous descendez chaque jour , 
El c'est là que brille U flmime, 
U doux fojfer de yolr^ aoiouff 



C'est là que votre voix si tendre 
Me parle tout bas si souvent : 
Je n'ai pas d'peine â vous comprendre, 
Et pourtant je n'suis pas savant. . 

Ah ! si mes pauvres camarades 
Vous connaissaient, divin Jésus, 
Ils trouveraient k\iv% \AiiUir5 fades 
Et, pour sûr, ils n'en Vitudraient plus, 
S'ils savaient, 6 Vierge Marie! 
Comme il est doux de vou^ aimer. 
Ils vous prieraient, mhti clieric, 
Eux qui ne font que blasphémer* 

Parfois une grande amertume 
Me vient au cœur h l'alelier ; 
Alors, penché sur mon enclume , 
Je pleure au lieu de travailler, — 
Jésus, exaucez mn prière! 
Faites, 6 Dieu crurifié 1 
Qu'en tous les endroits de U tem 
Votre nom soit sanclitîé ! 

Mon Dieu, que votre règne irrîfit 
Que" tous les ouvriers un jour 
Aillent boire i la source vive 
De foi , d'espérance et d'amour ! 
Que votre volonlé soit faite , 
Seigneur , et qu'en toute maiimi , 
Depuis la base jusqu'au faîte , 
Chacun vous adore, â Dieu bon !,.*. 

Mais, tiens! on dirait qu' c'est la cloche 1 
Vite i la Messe ! — Oh ! quel bonheur l 
Jésus , mon bien aimS , s'approche , 
Je vais recevoir mon Sauveur !,,,* 
Un p'tit tour dans l'apres-dinée. — 
Puis mes pauvres que j'aime tant, **^ 
Puis le salut, — v'Ià ma journée ) 
Je me coucherai bien contenta 

Or, c'est ainsi tous les dimatichei ; 

Mais , lorsque revient le lundi , 

On retrousse , en ch a niant , ses mancliei , 

Car on est tout ragaillardi. 

On frappe, on co^nc, on lime, on taille, 

De grand cœur, comme un bon Françaîi: 

La semaine, c'est h balaillef 

Mais le dimanche , c'est la paix ! 

PàDL Vrignault. 



CAUSERIE SUR DES RIENS. 



Depuis l'autre jour, camarades, f]ue s'est-il passé? Je ne vous dîraî 
pas ce que vous savez dt'jà, par la raison que je Liens essenîidlemenl 
à ne point vous faire bâiller ; — je laisse celle charge à 401 voudra la 
prendre. — Donc il vous faut du nouveau... 

Eh bien, lundi dernier, rue du fanljrnirg Moiilm^irlre , j'f^ntendîj 
deux messieurs qui s'entreleniiml -à ha nie voix^ et Tu^i disait à 
r.Mitre : • Qu'est-ce donc que le j^ninial rOuvrier dont tout le monde 
parle?» — «Ah! pslt!! c'est un petit journal..» cùàq untimei.,^ 
p>itl! ce n'est rien, » 

Ab| liiM i:e f»*Mt rien I Vgilâ quj n'eit pai perdu « me dis je, tt 



t 



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78 



fOUVRIER. 



je m'en gouTlentfrti» Ces messieuffl en font fi t parce quMl ne coûte 
que cinq centimes. En voilà Jes hoiHEnËS qui ne se laissent pas 
prendre aux apparences !!,., LOuvrkr serait parfait **il coulait quinze 
rentimes \\.. Messieurg, vous êtes des sots^ et je vous adresse franco 
ce (!ompUmcnt sincère. 

n est bon, chers camaradeSf il est bon de tous prévenir que je me 
place âu-dessus du qu'en dira-l-Qn ? H remplis une œuvre de dévoue- 
ment à regard de la classe ouvrière ; — cette œuvre est elle-même 
ma récompense ici^bas, sans préjudice de Tautre qui nous attend U- 
liauL Qu'on me blime p qu^on me loue , cela m'est égal, à peu prés 
comme , lorsque j'ai soif , de boire du Bordeaux ou du Bour- 
gogne. 

Pourtant je veux faire respecter F Ouvrier, Aucune parole de dédain 
ou de mépris ne tombera impunément sur ce peLit journal. Son nom 
seul lui donne des lilres à toutes sortes d'éprds. 

Revenons donc â : ce n'tst ritn î — Drôle de chose ! Voyet : à 
propos de cela, j*ai formé le dessein de faire un livre, et un gros li- 
vre. Le titre sera : Otivrage de philosophie oà l*m traiU des RlBNS, 
ci de i'mporfanC€ des petiies ckous. 

Camarades, ce qu^il y a peut-être de plus important dans ce monde, 
c*eù ce que Ton appelle des riens!... 

Gela vous étonne. C'est pourtant ainsi. 

Permettes que je vous j^tte ùu nez quelques observations, et vous 
me dires ce que vous en pensez. 

Une gouUelette imperceptible de tfocfin, que vous inoculez sous la 
peau de votre enfant » ce n'est rimL^. et pourtant, chères lectrices, 
c*e5t grlce i ce rien^ que votre visage n'a pas été changé en écumoir. 
N'est-ce rien? Hein ? 

La parole! ce n^cst rtinî ce n*est qu'un peu d'air rois en mouve- 
ment. Touletois rbrstoire nous apprend que la parole de Dcmosthène 
tenait en ^chec la puissance de Philippe, roi de Macédoine; — et 
combien de fois la parole de saint Alhanaso» uvt^rjue d'Alexandrie, et 
de âlint Clirysostôine, évi'que d'AtitiucIie, nVl-elIe pas troublé la 
conscience des persécuteurs !.. 

Un fumm/ ce n'est n'en, et pourtant qui sait si ce gamin ne sera 
pas un jour un modelé de pieté lllîale, la ^\o\re de sa famille, Thon- 
ïieur de son pa^s... — Je ne conclus pas de U qu'il laille honorer les 
gamins , — non ; cela leur ft^rait Imnte , — m^is ne les méprisez pas 
non plus en disant : ce n'est rien 

Un ^mef ce n'est rien ! Et cependant ce germe imperceptible dé- 
posé dans la terre peut produire el lancer dans k's airs un arbre gi- 
gantt'sque. (Qui uoinpreiulra rini'piiisabli; fécondîté que la puissance 
créatrice de Dieu a déposée dans les germes ! ) h est-ce donc rien ? 

Si cela ne vous ennuie pas, je vais continuer, — et quand vous en 
aurei assez, vous êtes prié de vous arrêter. 

Le nean(f ahl diantre , en voilà un rien! et c'est avec ce rien que 
Dieu a tout créé!' Comprcne;-vons coh 1„. mptére! mon camarade, 
c*esl un grand mystère que la création ! 

Un mvrier ! bah ! disent certains individus^ ce n'est rien, — Et la 
religion nous apprend que le Fils de Dieu, J.-C, s'est donné la peine 
ih mourir sur la croix pour ioui homme, quel qu'il soit. Le dernier 
des ouvriers est égal sous ce rapport au premier des potentats. — Eh 
bien ! patrons , qui méprisez et bmtaltsez vos ouvriers , dites-moi, 
n'est-ce rien ! qu'un homme pour qui le sang de J -C. a été versé sur la 
croix T ~~ La grandeur de Touvricr est fondée sur U croix : ne Tou- 
blions pas, camarades. 

Un sQcremini , ce n'est rienf-, on verse un peu d'eau sur la tête 
iVun nonveau-nâ en disant : * Je le baptise, au nom du Père, du Fils, 
du ?îainl-Esprît,i cl voili que IMmc de cet en h ni est toute changée !.., 
et U porte du ciel lui est ouverte î... Ceci ce n*est pas n'en / heinî... 
quVn dilcs-voust 

Douie^ garçons butelicrs î pour prêcher l'Evangile, ce n'est rien ! Eh 
Lîeup pourtant, ce sont doute lialdîcrs que J&^us- Christ a chargés 
d'annoncer la vérité» ~~ et ces douze pauvres prolétaires ont converti 
U monde entier I— U e^t vrai qu'ils avaient reçu le Saint-Esprit: f'jk" 



quoi n'auraient-ils pas été aussi bêtes que vouf et moi, « 4 ( 
de souffrir le martyre pour gagner le ciel, n*auraient-3fl pas 
nué i pêcher la truite. 

Un mauvais livre ■' bah ! ce n^est rien / Et si votre Glle met ta 
dessus, c'est une fille perdue I et vous rougirez de \m avoir doMrf i^ 
jour. N'est-ce rteiiT Hein T.., 

Ah ! ah !! camarades, la sainte Écriture , que je erws et respeetot 
dit ceci ; Celui qui méprist les petites ehosa tombera peu à peu, Vms 
voyex bien que les petites choses ne doivent pas être méprisées. BHSf 
ont leur importance et leurs conséquences bonnes ou mauvaises. 

vous donc, grands faiseurs d*embarras, hâbleurs, ignorants, fri 
que vous soyes qui méprises le petit journal fOutnier, prenez (guet i 
vous! 

Ah ! ah I j*y suis !!! je ii*ai pas Tinsigne honneur de tonelMr eeol 
francs par jour, comme certains confrères journalistes qui sont les 
plus démocrates du monde (k ce prix là !!!), je ne reçois pas, le soir, 
en rentrant chez moi, les soins empressés de trois laquais. Non, ma 
foi, je suis moi-même mon laquais , mon cuisinier, ma feaune de 
ménage, mais en même temps je suis mon patron , ason bourgeois, 
mon maître, et nul ne comprend mieux que moi cet adage : • Comme 
on fait son Ut on se couche, t 

CAHDma Lb FftAHC 



LES ORAGES DE LA MÊRB NOIRE \ 



CHAPITRE VIII. 

Dans lequel le lecteur est invité à faire la eonnaissaaco l'on 
nouveau personnage. 

En face de Saint-Malo , de Vautre côté de la Rance , sur une falaise 
dont la mer vient battre le pied, se pose un groupe de mabons, dont 
Tcnsemble constitue un important village. Ce village s*appeUe DinarU 
Les communications entre Saint-Malo, Saint-Servan et Dinart sont in- 
cessantes. Le bras de mer qui sépare les deux cétes est formé par l'en^- 
bouchurc de la plus jolie rivière du monde, large comme un fleuve au 
point où elle vient mêler sa goutte d'eau aux ondes de TOcéan qui joue 
avec elle comme un vieux grand-père avec sa petite-enfanl, et monte 
deux fois par jour prcsqua jusqu'à sa source, comme pour la visiter 
dans son berceau. Des roches granitiques et décharnées, des bois au 
vert feuillage, des maisons blanches, des clochers bleus, et des châ- 
teaux sombres, se penchent sur le miroir limpide de ces eaux que sil- 
lonnent quelques barques paisibles, portées et rapportées par le flux 
ou le reflux, et sur lesquelles d«'^ bateliers, insensibles aux beautés de 
cette riche nature , n'ont besoin ni dévoile ni de rame pour Bsonier 
et descendre de la mek' à Dinan ou de Dinan â la mer. 

Mais nous n'allons pas à Dinan et nous rentrons i Dmart sans jeter 
même un coup d'oeil rapide au château de feu Monsieur dt la Barbe^ 
Bleue. '. 

Quoique Dinart ait suivi la loi du progrê€ et se soit enrichi depuis ce \ 
temps de plusieurs auberges et d'un bureau de tabac, il avait cependaii l J 
déjà un petit air propre et coquet comme les villageois de Tendrait. ' 
Des maisons de pêcheurs, quelques magasins échelonnés le long de la 
grande rue, et un certain nombre d'habitations bourgeoises, apparto* 
nantà de petits rentiers retirés des affaires : tel était l'aspect |ln8fil 
du pays et tel il sera longtemps encore, s'il plaît i Dieu. 

A Dinart, les femmes qui travaillent portent, en général, des bomflGls 
de blanche toile, surmontes d'une manière de promontoire arrondi 
qui leur donne, quant à la forme, l'apparence et leur obtient io surnom 
de créle de coq. Les demoiselles ont des bonnets. 

* Voir les n** de rOum'er du H mai au 13 jnùMê 



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VODffSIW^ 



Je ne venx pis dire, Diea n'en pr&enre! <|iie les demoiseUes de 
Dinart soient msifes. Je les crois toutes très-occupées et tris^nnèle- 
ment occupées ; mais je constate seulement un ûiit, c'est que la coif- 
fiire est un signe merveilleusement caractéristiqiie pour découvrir 
nu premier coup d'œil quelle doit être la cUase et la profession à la- 
quelle appartient celui ou cette qui la porte. 

On pourrait dire bien d'autres choses sur le chapitre des chapeaux, 
mais je m'en abstiens ici pour cause de brièveté et surtout parce que 
je compte bientôt publier un grand travail sur cotte matière, lequel 
contiendra environ quatorze volumes in-8o et auquel je renvoie le 
lectiwr. 

Sur le perron d'une maison d'asseï honnête apparence, i l'extrémité 
dn village,. du cAté de la mer, une eréte de eoq,\e bras enfilé dans 
l'anse d'un panier, semblait tont4-fiût dans l'intention de passer de 
l!extérieur à l'intérieur. Pour réaliser son dessein avec plus de facir 
lilé, elle posa avec précaution son panier par terre devant eUe, et, fouil- 
lant dans sa poche, en retira, non sans travail, une grosse clef enfouie 
tous un immense mouchoir de toile rouge , un sac à gros sous , une 
pclotte garnie d'épingles , une paire de ciseaux , nne poupée et d'au- 
tres choses encore, dont le détail fatiguerait en vain l'esprit de mes 
kcteav« 

An moment précis où eUe ajustait sa clef dans le trou de la serrure, 
après avoir préalablement soufflé dans cet instrument pour le débarras* 
ser de quelques miettes de pain qui s'y étaient furtivement introduites, 
la porte s'ouvrit subitement avec une certaine violence et commit une 
foule de dégâts dont je dois faire ici la nomenclature. 

1» La clef fut arrachée des mains de la crête de coq. 

fp Cette dernière porta sa main i son front qui venait de recevoir 
nne contusion assez forte pour y faire pousser une bosse de la grosseur 
d'un œuf de pigeon. 

8* Enfm , le panier soudainement renversé et son contenu , roulant 
avec le contenant jusqu'au bas des trois marches de pierre , offrirent 
aux regards du spectateur surpris, dans un pêle-mêle aflligcant, une 
douzaine d'œufs cassés, une bouteille d'huile, un bonnet de tulle, et 
le corps argenté de six sardines mortes, dont l'une était triomphale- 
ment élevée en l'air et serrée dans la pince vigoureuse d'un gros 
homard vivant. 

Personne n'aurait la simplicité de croire que tous ces désastres aient 
eu lieu si nulle cause ne les avait produits. Aussi pour tirer de suite nos 
lecteurs de peine, je dois leur dire que la brutale et inattendue ouver- 
ture de la porte qui avait occasionné tout ce désordre, n'était due ni 
è un coup de vent, ni à un ressort caché, posé là par rarchitectc pour 
souffleter les voleurs maladroits, ni â aucune autre cause seconde qui 
doive demeurer un mystère; mais uniquement a l'impétuosité d'un 
bennêt qui venait de Vintérieur dans le but peut-être de lier conversa- 
tion avec h crUe de coq, 

— Mon Dieu, mam'zelle, sauf le respect que je vous dois, faut-il que 
vous soyez toujours comme ça ! 

— Je te demande bien pardon, ma pauvre Julie, c'est que j'étais 
pressée de savoir si tn avais pensé à prendre mon bonnet chez la mer« 
dérc. 

— Ah 1 ben oui, il est joli à voir vofbonnct, i cette heure, qu'il y a 
dedans un tas de sardines à la nage dans des blancs d'œufs. 
—-Ah ! mon Dieu, dans quel état il est mon bonnet; moi qui devais 
le mettre demain pour aller à Paramé, et qui n'en ai pas d'autre. 

— Ah ! ben, si vous voulez y aller avec un bonnet comme ça 

Mais, bissez donc le homard tranquille, mam'zelle , vous allez vous 
faire pincer le nez. Rentrez donc dans vot'chambre ; j'vas ramasser tout 
ça, sauf les œufe, vu qu'l'omelette est faite. 

-— Tiens I, tu as un noir au front, ma pauvre Julie. 

--C'est vous avec vot'porle; heureusement qu c'est â la tête, ça 
D'«'ra rien ; allons donc , mam'zelle , c'est pas une raison pour me 
fourrer un son dans Tœil. 

— Pardon, ma pauvre Julie, laisse-moi faire, il n'y a rien de meil- 
leur pour les contusions que de les presser avec une pièce de monnaie. 



— Mais , Tons voulez donc me Tfaire entrer dans h tète , vot'sou ! 
Heureusement qu'vous ne pe&ez pas sur l'endroit oii ça mïuit plus mal. 

— - Attends ! je vais le mettre juste dessus. 

—Non, non, c'est pas la peine, alîez '. des lêles de Brolons ça n' craint 
lÎM. Laissez-moi plutêt ramasser les sardines et le homard avant qu'il 
SMt tout-à-fait suffoqué, c'te pauv'béte, c'est ben assez qu'on va rf:jira 
cuire sans lui faire souffirir par dessus le marché de &Noir noyé ûam 
des jaunes d'œufe. 

Et , ce disant , Julie recticiUil tout ce qu'il dtait liLimaLnemcnl 
possible de recueillir au sein de ces Irîstes débris , landts quû sa 
maîtresse rentrait impétueuse tuent, dans T intention de elicrdier un 
OBguent pour en frictionner sa bonne , et iTietlait en fuite sur son 
passage son chat et un chien gras, qui, tous deux assis sur leseuili re- 
gardaient l'accident avec un^^ impaiïsibililé Âtotque. 

Un instant après, ce dernier entra dans la eui^inef marchinl &ur trois 
pattes et criant piteusement. 

— Dam ! Azor, si tu avais pris tes sabots, ça n'te s'raît pas arrivé, dit 
Julie. 

Je n*ai jamais pu savoir ee qu'Azor lui avait dit pour s'attirer une 
pareille réponse; mais quand on a Thabitude de vivre ensemble, oû 
se comprend à demi-mots; c'est tout simple, 

^— Dis donc , Julie , as- tu pensé I acheter une poupée pour Eosîne ! 

— Certainement, que je l'ai la poupée, est-ce (|ue je pouvais Tou- 
bliercHe pauvre amour d'en fanlT Seulement, je ne faî pas prise ha- 
billée parce que d'abord ça l'amusera dTbabilkr el ensuite 

— Oui : ensuite parce que tu avais peur que je ne l'abtme, tu me 
juges toujours maladroite , Julie ; c'est pour cela que je casse quelque- 
fois les choses,'parce que tu me troubles. 

— Dam ! comme on connaît les singes on les adgre, mam'zelle ^ &3u\ 
vot' respect. 

— C'est bon ! c'est bon ! donne-la-moi toirun peu. 

— La v'ia : elle est solide « a]ki. Mais faites donc attention, mnm'^ 
zelle, c'est pas la peine de l'dcarleUTr pour voir si elle est bien courue 
Voyez-vous, v*la tout le son qui lui sort du ventre mainLenant ! 

—Ce n'est rien; tu vas raccommoder cela avec une aiguillée deûl, 
il n'y paraîtra pas. 

Pendant que Julie réparait le désastre et bourrait de son le corps de 
la poupée en se félicitant do l'avoir gardt^e dons sa podie elpréscrvi^e 
ainsi de l'accident arrivé aux sardines et au honiird , pendant que s.'i 
maîtresse bouleversait troi^ armoires pour y chercher le vulnéraire 
dont elle avait menacé Julie, nous allons, selon notre promesse, faire 
faire plus particulièrement sa connaiasance i nos lecteurs. 

Mlle Maclovie Jourdain , dont nous venons de peindre très- 
impai fai(ement le caractère empressé et serviable, n*ëtâit autre que 
la personne â laquelle le capitaine Jourdain a v;iit fait allusion Jari: 
la conversation que nous avons rapportée quelques pages plus haut. 

Tante Maclovie, comme on k nommait dans la Tamille. était la créa- 
ture la plus remplie de bonnes intentions qui Ait jamiis vécu sous le 
soleil. Si on eût voulu apprécier son âge par tes triits de sa physio- 
nomie, ç*aurait été une tâclie dillicile; elle appartenait â celte espêco 
de gens auxquels on peut donner aussi bien cinquante ans qn*on 
peut leur en donner quinze. Tout le monde a vu de ces lypes-lâ sur 
son chemin. Elle n*eût pas eu besoin de se primer sur un théilr\: 
pour représenter dans la mi^nie soirée le personnage d'un ^]if\ 
avare et celui d'un gamin de Paris, comme te faisait avec tant île 
succès Facteur BouflTé, du Gvmnase. 

Petite, blonde, Tœil vif, la démarche pétulante, ta toilette toujrH.rs 
en défaut, au moins sur un article ou deux, une petite figure ronde 
et épanouie, couronnée d*un bonnet rejeté en arriére , et dont lei^ 
rubans, rarement de mômfv l'ouleur , étairvnt toujours au vol commo 
s'ils eussent été le jouet d'un courant d'air peipétuel : tel est, bien 
imparfaitement sans doute, le portrait de H^^^ Jourdain. 

Elle avait vingt-huit ans, et depuis trois années, elle s'en donnait 
trente — chose rare parmi les femmes , surtout à cet à^<\ âo h 
vie que les philosophes appellent un certain o^, probablement p^rce 
qu'il est toujours le plus incertiin. 

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8» 



^OUVRIER. 



Fir une meïpriïnalïle bi^sirerie de h TiMore, elle 4iait la ploi jeane 
enfant du grand- père d'Yves Jourdain , de lorte qu'elle était réelle- 
ment la Unie de ce dernier^ quoiqu'elle fût ^enue au monde quel- 
que» mois apm lui. Peur tout le reste de »eu eîtistence, il avait été 
marqué au earhetd*un empressement et d*une p ri? c oc» té extra ordinaire. 

Cet empresiiimi^nt s't'Iait manifesté âH ïe sein de sa mère qui, Ace 
qu'il piratt, ataît ^prouié pendant sa grossesse un désir irumodéré de 
manger un plat de sauterelles, comnje saint Jean dans le désert, dé- 
iir qu'elle n'avait jamais os^ maDifcstcr I $on ïuarf, par un sentiment 
de fausse honte. L^enfant ^ preasée de jouir du bienfait d*i la lunûèrei 
ftnt au monde k sept mots. 

Oïl remarqua, dés sea plus tendres années, des dispositions éton- 
nantes i !*activitê et au mouvement, Jamsii sa nourrice ne s'était 
penchée sur elle pour Vembrasser , qu^ Madovi^i n'eut f:iit, avec sa 
petite bouche, la tentative de lui happer le bout du nez. Elle n'avait pu 
être corri|ée de cette inconvenante habitude, même par les désagré- 
ments que cela lui avait procurés , sa nourrice faisant un usage im- 
modéré de tabac. 

Quand elle fut sevrée, il fallait être leste des mains pour lui faire 
ingurgiter sa bouillie. Au moment où l'on croyait avoir réussi i intro- 
duire dans sa bouche h cuillère qui lui dtait destinée, on s'aperce- 
vait avec surprise que cet objet venait de faire la plus îrr^guliére in- 
tsiiion sous le menton ou dans Toreille* Maclovie marcbaît correcte- 
ment i quatre pattes dès Tége de dt-ux mois» et sur les deux pieds â 
un an ; le lendemain elle criait i t P:ip:i I jf â tue-téte dans b maison et à 
U grande joie de ses parents ém^^rvejil^s. Ellttsaluailde ce nom abso- 
lument tout le monde, depuis la nourrice jusqu'au garde-champêtre. 
Elle se le disait quelquefois â elle-même, en regardant sa petite figure 
t'i%raphîer danf un miroir. Son père seul était excepté de la règle 
générale . 

Quand elle fut |randektte, on s'aperçut avec joie qu'elle avait «n 
e^iccUent cœur. Eile ne pouvait voir souifrir personne sans chercher I 
iui enlever sa peine ou son uuL ËUe etendiût sa bienveillance à tout 
ics êtres sans exception; mais avec une telle impétuosité de formes 
que sea jlsni prématurés devinrent bientôt robjrt des préoccupationt 
inressantes de sa mère. Il faudrait un volume pour dire tous les ae- 
cidents auxquels ta précipitation donnait lieu pendant k eoarte pé* 
rlode d'un mois. 

En un seul jour on put constater la soir qu^elle avait écrasé toutes 
les tulipes d'une plate-Lande , pour aller arracher de jeunes résédas 
qu'elle supposait être de mauvaises herbes; une heure plus tard, elle 
avait étoutîé son serin, qui ihantait dans sa cage, uniquement parce 
qu'en TenteDdant cltaiLter et supposant qu'il se plaignait de la faim , 
elle insista trop vivement pour lui Caire avaler un morceau de lard. 
Ses tarmeâf causées par cet accident i n'étaient pas encore taries, que 
déjà elle avait failli tuer Yves, son petit neveu, qui dormait auprès 
d'elle, parce qu'en le berçant avec trop de frénéaiet elle avait iiui'par 
renverser le berceau sur Venfant, 

Quelques instante plus tard, s'étant aperçue qu^on avait fait subir au 
chat l'indignité de lui couper la queue, elle se mettait pieusement â 
To^uvre pour la recoudre, quand celui-ci, prenant cette seconde opé- 
ration pour une aussi mauvaise plai^âaiiterie que h première, la mor- 
dit eruetlement k la tnain, sans avoir le moindre é^ard pour ses 
bonnea intentions. 

Comment raconter le motif d'une autre morsure, faits par la per- 
ruche, à la pauvre Maclovie, pif suite d'une tentative charitable mise 
en œuvre par cette dernière, pour faciliter le travail qui ré^ullf) de h 
digestion t ^- H'apnt pas d aputbiciire sous la main,] ai demandé à la 
mère Lonot le nom honnête de l opération et de rinsïlrumenl hydrau- 
lique au moyen duquel on Vaccompitt; mais comme elle n'en connaît 
p% d'autres que moi , je suU contraint de livrer le cas inexpliqué à 
l'imagination du lecti^ur. 

Enfin, le soir même, on eut toutes les peines imaginables à la re- 
tirer du vivier ou eltasétait précipitée pour sauver k vie à une gre- 
nouille qu'elle supposait îi voir voulu eoutui^'ttD; uu suicide. 

Ualgru toulcâ cesDeiittis imperfections, Maclovid yUil universelle- 



ment aimée et grandissait au travers de mille accidents que sascitaient 
sans eesse, k elle et aux autres, reffervescence cle ses manières et les 
imprudences où Tentraînait son cœur. Ses parents étant très-âgés 
et ses frères et sœurs établis, on songea i la marier, pour donner un 
proiectcur i cette vie si exposée à devenir sa propre victime. Maclovie 
n*avait ni goût ni répugnance pour le mariage et subit d'assez bonne 
grâce la visité du premier parti qui se présenta. La nuit et le jour qui 
suivirent l'entrevue furent pour elle l'objet de préoccupations pro- 
fondes et le motif de ces préoccupations demenra mi mystère pour 
tout le monde et ne se manifesta que lorsqu'à la seconde visite, l'ex- 
cellente enfant, â peine entrée au salon, salua son prétendu du rouH 
pliment suivant : • Pardonnez- moi , monsieur, d'avoir altendo a 
longtemps à vous faire une proposition que j'ai omise par timidité 
pure ; mais je veux aujourd'hui réparer ma gaucherie et j'ai apporté 
avec moi un fil de soie pour couper une verrue qui vous déG- 
gure et que vous n'aures sans doute pas aperçue sur votre narine 
droite. • 

Le monsieur recula de trois pas devant le fil de soie : absolument 
comme doit faire un pacha coupable lorsque la main d'un janissaire 
lui présente le même objet de la part du sultan; puis, interprétant 
les intentions de la pauvre Maclovie de la façon la plus sinistre, rou- 
git, se tut, prit son chapeau, partit et ne revint plus, au grand 
étonnement de la pauvre fille qui s'était fait un bonheur de délivrer 
le nez de son prétendu d'un accessoire aussi disgracieux qu'inutile. 

• Est-ce bien possible, • disait-elle ensuite, f qu'un homme tienne 
k une verrue au point de rompre on mariage, plutôt que de se la 
faire couper?» 

( La tuile prochainement. ) Jean Loyseau. 



CHRONIQUE INDUSTRIELLE. 



Los journaux rapportaient il y a pou do tomps un bien 
triste accident arrive dans la filature de M. Doiiuoy, à Mou- 
lins-Lille. Une jeune fille de seize ans, enlevée par une 
courroie, a eu la tôte détachée du tronc. Les courroies qui 
transmettent le mouvement dans les machines à vapeur sout 
en oiïet Tune des causes les plus ordinaires des affreux mal- 
heurs qui désolent nos usines, et nous devons signaler aux 
industriels un nouveau système inventé, par M. Comte, 
d'Albert (Somme), système qui a l'avantage de faire dispa- 
raître entièrement la difficulté de l'arrêt et de la mise en 
marche des machines, lorsqu'il faut débrayer et embrayer 
les courroies. L'arbre moteur est entouré dans sa partie 
iiiiêricure û'une chaise ou support formant un coussinet 
d'un diamètre un peu plus grand que celui de l'arbre même. 
La dnaillu io ce support porte la poulie folle, tournant 
librement, mais maintenue par une bague avec vis do 
p.T.s5ion. Celte poulie a le môme diamètre que la poulie 
fixe, a côté de laquelle elle se trouve. Une détente, en 
forme de fourche, fixée près de la chaise, sert à ren- 
voyer la courroie d'une poulie à l'autre. Pour arrêter la 
machine , l'ouvrier n'a qu'à saisir et à fixer à un crochet un 
bras de levier articulé, qui, placé à sa portée, passe dans 
un guide avec arrêt à ressort s'engageant dans des crans 
pour maintenir le débrayage; pour remettre en mouve- 
ment, il suffit de lâcher les bras de levier. 

EUGÈNB PélCEL. 

Angers, imp. de Laine frères . rue Saint-Laud, 9. 
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f '^ reiiflniM le naméro. 



A« n. 



13 Juillet 1891. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis^ 



ADMINISTRATION : 

05 , quai des Grands-Augustins , 

à U Ubralrie de BLÉ RIO T, 

A PAAld. 



SOMMAIRE. 

LATOISIFIt, par ECGÈKB PpKEL — I.A T'KTTliE l»R CiPWHAMDB, par 

ClÊMBNT n CiBHK. — lll^TOinK II riVie ri.i».«TT» qui n'irait pat céfle du 
roi Dagoberl, par Candii>e i.*- Tba^v;. -> L.fïf.;R,iii|{ uk i. .%i Kueit . ii^^r 
MUBICK LepRÈVOST. — LES» OUACfEl» l»E Ë.Jk nàllE !tOIRE. par Ha^ 

LoyseaU. 



ABONNEIfiNTS 

A partir du 1*^ de chaque 

i îi, pour nu ii« 



LAVOISIËII. 



Fils cTun commerçant , LavoÎÉÎer naquit â Paris en 1743. îl mon 
tra des sa jeunesse une aptitude peu coinmiinc el un g» ftf |m ononc 
pour l'clude des sciences na- 

turellcs. A vingt-cinq ans il 
s'était déjà fuit une telle ré- 
putation par plusieurs expé- 
riences intéressantes» que l'A. 
cadémie des Sciences s em- 
pressa , malgré son âge peu 
avanoé, de l'appeler dans son 
sein (17G8). Moins de six 
ans après, il découvrait U 
principe de la calcinât ion des J 
métaai et démontrait que la 
couibustioa des corps est le 
produit de leur union avec 
le gaz oxigénc que renferme 
l'air respirai. Celte décou- 
verte et d'autres qui la sui- 
virent donnèrent un nouvel 
essor à la chimie , science 
alors peu connue et aujour- 
d'hui intimement unie i la 
plupart des arts utiles. De 1787 à 1789| Lavoisier publia des mémoirt;â 
daaa lesquels il expliquait le premier, d'une manière plausible, le phc< 
Ri>mèoe de la respûralion. Selon lui, cet aete essentiel à la vie n\a 
ibtra ciMMe qn'iin écliange continuel entre l'acide carbonique prove- 




S^g. 



LAVUiblEH 



nant du ^âng veineux et l'oxigérte de l'afr. Celle IhAorie» appuyée sur 
des faits nombreux, eët aujourd'hui univerteïleincnL admise. En i 7!]I8| 
Lavoisier ddeouviit la coniposilîi>n de Ttuiu , que les anciens anient 
conFidérée eo'.>ime un corps simple, un ëlément p el dont on igno- 
rait ceti'orc la véritable nature r ^ iiméliorait en même teinpi la ta- 

bricatioD de la poudre, et 
rendait d'imporlanls services 
é ragricuUure en analysant 
ks engrais et en déti^rniinan! 
kuts éléme nis h r 1 ilisa n U * 
Toute ta vie enfin pariihfait 
i:onsj<crée à h science lar#- 
qu'en 1791 dc.*envieux V lï*"'- 
noncérent au tribunal revu- 
lutionnaîre comme suipticf â 
cause uns doute do h ch.trgr 
de fermief'généiai qu'il avait 
t-xercée soue Loub XVl, Le? 
[toinmcs da saug qui gouvei^ 
iiaienl alors la France t*l.iicnt 
inrapables de ^cconn^is^.1nfL' 
p^ur les lerricei rendui , 
coitkme de respect pour la 
ftcienee et ta vertu, et Luvui- 
sier fut envo^ti â récliafauil le 
8 msî 170i, après avoir rai» 
nemcnt ^oîlicil^ na lursls de quelques jours pour aclieTcr quAÏqaes 
^^xpéi-iences utiles. Le gonvcrMement do Loui^-Pbiîippe a fait édite 
en i8i3 , par rimprimene roiale. les Œuvres complètes du célèbre 
^\m\m\A, Eugène Pentl. 



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fA)(JVftIË«. 



^ 



PRl^ÇOISriiOlRNEY 



OU 



ta IfîTTitK li»-i?eMMANDJI, 






fi ftW ipudt tpeetaicle 'plos réjouttnnt au cœur que la fue d'un 
atelier en pleine activité . quand rhomme assidu à l*uuvrage y déploie 
aes forées, et que sous ^es mains lo bois et le fer semblent s'animer 
et cf evenitf ^ filants. 1^ soufRet gronde sur la forge élincelante ; l'en- 
clume résonne sous les coups cadencés du Torgeron ; les roues tour- 
nent gaiement sur les essieux graissés, et entraînent dans leur ronde 
iolle, clialaes et pignons d*engrenage. L'outil s'aiguise vivement sur 
la pierre , h scie grince, le rabot enroule et jette au loin ses longs 
rubans satinés, !û maillet frappe le bois, accompagnant en mesure la 
ioyeuse chanson d». l'ouvrier, dont le cœur est léger de souci et le 
bras fort de courage. lÀ oii. l'ouvrage abonde, où la commande presse, 
tout est mouvement. et joie 

Mais qn*y a-t-it de plus attristant qu'un atelier désert , pairB fue 
l*«ttvrage manque ! 
- Voyez celui de i'ébéniste Bourncy. Au moment où nous y entrons. 
Tannée 184S tou€b« ï sj tin ; depuis six mois, faute de commande, et 
après avoir ftit fabriquer longtemps à ses risques et périls, Bourney a dû 
fermer son atelier ; et depuis six mois ses ouvriers sont en chômage. 
L^alelier, vide et silencieux, avec ttê établis rangés le long des murs, 
i^omme autant de cercueils sur leurs trétaux , ressemble i un long 
caveau sépulcral L'air y est glacé. Le sol , dégarni de son lit de co- 
peaux, est humide et noir. L'araignée file sa toile sur les manclies 
d'outils poudreux, tandis que la gelée étale ses blanches palmes sur 
les vtires fermées et intercepte la clarté déjà si blafarde d'un jour 
d'hiver. 

Un ouvrier est U . cependant, nuis immobile et inactiX. Assis sur 
un des établit, les jambes étendues, les bras croisés, sa longue taille 
eoHrbée, la tête ûiclinée sur sa poitrine, il promène autour de lui un 
regard plein de découragement et de pensées amères, car dans le si- 
lence et la solitude quiTenvironnent, il sait ce qu'il y a pour lui et ses 
etmarades de loyers en retard . de ménages troublés, de cheminées 
sans feu, d'enfants sans pain , et Gerbeau fait un triste retour sur lui- 
même. 

5imoB Gerbeau est veuf : il a trois enfants. C'est un honnête 
bomme, un ouvrier tranquille, laborieux et qui connaît bien son état. 
Jamais il n'avait manqué d'ouvrage avant que Tat^jelicr de Boùrncy 
n*eût été fermé. Depuis lors et peu à peu ses petites épargnes se sont 
épuisées. lia mb en gage ou vendu le moins nécessaire de son mobilier 
et de ses efifets. l) y a longtemps que le vin a disparu de son ordinaire ; 
maintenant, de deux jours l'un, il supprime un repas. Il maigrit, ses 
forces diminuent. — Le beau malheur, pense-t-il, puisque je n'ai pas 
d'ouvrage. — Gerbeau doit deux termes. Cette inquiétude lui 6te le 
tommeiL Dans quinze jours, s'il ne trouve pas de travail , on saisira 
le reste de nu meubles; on le mettra dans la rue en plein hiver, avec 
ses deux petits garçons , l'un de six ans , l'autre de trois , et l'aînée, 
sa fille, sa chère Simone, âgée de douze ans, pauvre créature contre- 
laite, paralysée, presque aveugle. 

-—Où meitrais-je ma pauvre fille, si on nous renvoie, se disait 
le père désolé T qui prendra soin d'elle et de mes deux petits 
garçons? 

£t le front penché vers la terré, faible et découragé, Gerbeau son- 
geait tristement 

Une main lui frappe sur l'épaule. Il se retourne et voit devant lui 
un jeune 'camarade d'atelier, Victor Boulefroy, surnommé le beau 
parleur. 

— C'est moi , père Gerbeau, dit Victor; il y a longtemps que je 
suis là. A vous regarder sans rien dire. Vous êtes venu comme je 



viens, pour Toir si l'ouvrage reprend cher, le patron, n'est-ce fut 
Mais, c'est bien fini; jamais plus nous ne toucherons une srie sa ne 
rabot. La gêne est chez nous comme chez vous ; comme chei les 
Mrtres. Moi d'abord , je ne peux pas voir cela et je vais m'eo* 

— Et ton vieux père ? 

«^ Il pieure , mais connnent faire T J'ai couru partout , dans tstu 
^Df uteliers , sans trouver seulement une planche à scier. Je ne peni 
pas voler pour vivro cependant. Et dire que voilà deux bras qui ea 
abaltruient de l'ouvrage si l'ouvrage arrivait ! Mais je vois bien qu'il 
n'y faut plus compter. J'étais venu pourtant â tout hasard pour dire 
un mol au patron. SU n'y a rien à espérer , demain je m'engage 

—M. Bourney est avec un monsieur. 

—-J'attendrai. Hier par avance , je suis allé dire adieu aux cami- 
rides; sur douze que nous étions li, occupés & ces établis qui 
chêment avec nous , Lefreux seul travaille chez lui à de petits rac- 
commodages que son propriétaire lui fait faire en déduction de soo ' 
loyer. Âimard et Gimblot s'en sont allés colons en Algérie ; et je 
crois bien qu'ils ne sont pas au bout de leurs peines. Tardieux est , 
embrigadé dans les égoutiers. Voilà les seuls qui aient de la chance 
llimbert a pris le chagria en désespéré , il passe sa vie au cabirti 
et ne dégrise pas. 

— ElFinelle? 

— Oh cchii-là ! il vaut mieux n'en pas parler. Il n'était pas ferme 
sur l'honneur. Vous entendez, père Gerbeau: la misère l'a coodoitl 
mal. 11 est en prison. 

^Et Brunier? 

— Sans ouvrage ; Schmidt aussi ; AUand aussi ; Certon , Saraignes 
aussi. EiiHii luus. Quant aux apprentis, Cypricn , Nestor et Le Mioche 
sont â la Hoquette , en éducation correctionnelle , pour vagaLoo- 
dige. 

— Et Bertrand? 

— Je ne sais pas ce qu'il est devenu , il a déménagé. C'est le piu^ 
malheureux de nous tous avec ses sept enfants. Je n'ai jamais pu k 
trouver. 11 se cache peut-être , pauvre Bertrand ! 

— Qui m'appelle ? Me voilà , dit en entrant un ouvrier , maigre 
et pdle, dont la douce figure s'éclaira d'un s*«urire d'espoir â la vue 
de ses camarades. Est-ce qu'il y a de Vouvra^c, demandat-il avec , 
empressement ? Est-ce que le patron cmbaucb*! 1 

-*Non, mon pauvre Bertrand, rt'ponuK ^iclor. Il nVn est pas 
question. Mais tu es donc devenu millionuaii . qu'on ne te voit nulle 
part? 

— Pas tout à fait, dit Bertrand, et même bien au conlrairi».. Ma 
femme va accoucher dans trois semaines , et hier la noiiirict^ nous a 
renvQvé noire dernier garçon qu'elle ne veut plus garder. Un (kii 
d'ouvr.ige viendrait bien à point. On dit que les aflaires reprennent, 
et j'étais venu parler à M. Bourney, espérant.... 

— Ah ! tu espères encore toi , interrompit Victor t C'est vrai , je me 
rappelle que tu parles toujours de la providence. Je ne sais ma fui 
pas où clic est ta providence . ni toi non plus , je le parie , rien qa'i 
voir ta maigre figure et tes yeux creux. La providence l veux-tu qve 
je te dise? Elle est pour nous autres au fond de la rivière. 

-—Tais-toi, mallieureux, dit Bertrand d'une voix sourde, ne me 
tente pas. Ju suis faible de corps et d'esprit, vois-tu. Il n'y a pai 
toujours assez de pain â la maison pour que le père de sept cntaoU 
en ait sa part. 

— Mais moi j'en ai dans ma poche , dit Victor en présentant â bcr* 
trand le pain de son déjeûner. Prends , mon vieux camarade. J'en ai 
plus qu'il ne m'en faut jusqu'à ce soir et demain..,, bah ! demain je 
serai soldat 

Bertrand hésita un moment, puis il pnt le pam : 

—Non pas tout , dit-il en coupant un petit morceau et rendant i» 
reste à Victor. Deux bouchées seulement pour le plus pressé: la Pr^ 
vidciice aura soin du reste. 

Dans ce moment la porte du cabinet de Bourney s'ouvrît , le pa- 
tron salua ses ouvrier» d'un sicne de tète amical, nuis il traversa 



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rOUVRIBR. 



«7 



rateîîer «Teo wn TÎsîtcur, le condwisit jusqu'à li rue, et foritrant 
dans l'atelier : 

— Une commande, mes amisi dil-il. 
^ Dae commande !...• 

II. 

A C€lle eiclamalion que chaque ouvrier répêlo avec un cri de 
bonheur, Gerhean redresse sa grande taille , relève sa manche et tend 
son bras prêt au travail ; le pâle visage de Bertrand se colore d'une 
rougeur subite ; H joint les mains et murmure une fervente action de 
grâces. Au même instant il se sent pris par Victor qui dans un accès 
de joie folle le saisit, l'enlève comme une plume dans ses bras ner- 
▼enx en s'^criant s 

— La Providence ! voilà la Providence! vive la Providence de Ber- 
Innd! vive mon vieux père et toute la nature ! Je ne serai pas soldat. 

Puis il couche Bertrand tout de son long sur un des élablis et re- 
fient à Bourney en se frottant les mains ; mais la figure du patron , 
•érieuse au milieu de leur joie , inquiète Gerbeau. 

— Il I a quelque chose qui ne va pas, dit-il. 

— Sans doute, répond Bourney; il me faut des avances pour cette 
commande et je n'en ai pas. — Rappelez-vous qu'avant de fermer 
mon atelier , j'ai employé toutes mes ressources à vous fai^re tra- 
vailler quand rien ne se vendait! 

— Oh ! pour cela, s'ceria Schmidt, hon gros lourd alsacien, lent de 
eorps, fin d'esprit j honnête de cœur, entré tout à l'heure dans l'ate- 
lier peu après Bertrand : C'est une justice à vous rendre, notre pa- 
tron , vous avez toujours bien agi envers nous. 

— Je l'ai lait de bon cœur, reprit Bourney; mais les économies 
qui me servaient alors pour mes avances, je ne les ai plus. Si je 
prends cette commande, je ne serai payé, comme de juste, qu'à li- 
vraison, c'est-à-dire dans trois mois. D'ici là je devrai faire les 
avances ordinaires pour achat de matières premières et paiement de 
vos journées ; je n'ai pas un sou devant moi pour tout cela. Je ne 
demande pas mieux que de vous donner de l'ouvrage si c'est possible, 
mes enfants, mais je veitx prendre le temps de réfléchir et de voir 
où je pourrai trouv«}r de l'argent ; si je n'en trouve pas, je serai bien 
oMigé de refuser la commande. Ne vous réjouissez donc pas trop. 

— Laissez-nous tout de même nous réjouir, dit Victor, certaine- 
ment, si vous voulez, vous trouverez de l'argent à emprunter. Le. 
père de Mme Bourney 'est riche et votre beau-frère aussi. 

— Personne n'est riche aujourd'hui , mon garçon, et l'argent est 
T$T^ thés tout le monde. Les affaires voudraient bien reprendre, mais 
la confiance n'y est pas cl il n'y a plus de crédit. 

— Vouii trouverez du crédit partout 

— Kxcepté cbe7 toi, n'est-ce pas? et chez vous tous? car Totre sa^ 
krire c'est votre pain du jour , surtout après un long chômage. 

— Mais le bourgeois qui apporte la commande , pourquoi ne 
donne-t-il pas des avances à mesure, demanda Schmiill? 

— Est-ce que cela se foit jamais ? dit Victor ; pourtant un peu 
d'argent d'avance sur notre travail nous rendrait bien souvent service. 

— Le bourgeois qui fait la commande n'est qu'un correspondant, 
reprit Bourney. La commande consiste en un mobilier pour une riche 
demoiselle des États-Unis, qui se marie. L'ouvrage doit être livré à 
jour fixe au Havre pour le départ du paquebot et le correspondant ne 
lâchera l'argent que lorsqu'il tiendra le mobilier. 11 est donc né- 
cessaire que je cherche ailleurs l'argent que je n'ai pas , c'est-à-dire 
qu'il faut que j'emprunte. C'est ce qui me contrarie et m'embarrasse; 
jamais je n'ai emprunté un sou. Jusqu'à présent j'ai toujours mené 
mes petites' affaires tout seul et j'y ai fait honneur sans le secours de 
personne. Mes économies suffisaient à mes avances , les économies 
sont parties et je n'ai plus de ressource par moi-même. 

— C'est ce qu'on appelle le capital qui vous manque, dit Gerbeau. 

— Gredin do capital l s'écria Victor ; c'est toujours lui qui embar- 
rasse tout. 

— Les lins disent quUl embarrasse, les autres croient qu*il facilite , 
•bserva Bertrand* 



— Parbleu, répliqua Victor, il facilite quand on l'a, et îV embar- 
rasse quand on ne l'a pas ; et comme il existe bien plus de prolé- 
taires qui ne possèdent pas de capital que de rentiers qui en pos- 
sèdent, il embarrasse plus soitvf^nt 411II ne facilite, 

—C'est à savoir, répondit Bf?r(rand. 

— Comptes-tu donc devenir Mpihilîsic que lu parles eemma çaf 

— Peut-être, dit Bertraml avr^c un fin sourire^ si la Providence 
me permet d'élever mes sejit e^iU^its. Le ci pi La L l c'est le fruit du 
travail. 

— C'est fe qui engraisse les pnresseux, tu veux dire. 

—Mais, répliqua Bcrtrnnil , le (apit-il de M- Bourney qui lui ter- 
?sit d'avance pour nous faire travailler n\rngi aissaiL point des pares- 
seux , il me semble. 

A cet argument Victor ne sachant que répondre : 

— Prends garde, dit-il 4 BcTtraiiil avec un geste d'affectueuse 
menace, je vais te recoucher sur l'établi ! 

— Tant il y a, reprit Bomncy, qne^ cmiiraa dit Gerbeau, cW le 
capital qui me manque. Il faut qire je tû cherche, que le crédit nie la 
procure ou l'atelier restera kwié. 

-^Ce serait un grand malheur pour nou&, dit Gerbeau, 
■ —Et pour moi aussi, répondît le patron ; ar j'ai des frais g^ 
néraux qui courent avec ou fians lra¥aiL 

— Embauchez nous toujours, SilonsÊeur Bourney, dit Vicier* 

— Conditionnellementje le \eux bien. 
»-^ El les camarades? 

—Tous, excepté Finçllcet UmiWt. 

— Finelle ne viendra pas..,. Mai^ lai^sez-moî amener [1imbert> 
S'il a de l'ouvrage il ne se grisera plus. 

— J'en doute.. Une mauvaise habîtMJe se prentl vilc^ et j'ai besoitt 
d'ouvriers assidus pour ma cômiiiiinde. Bonjour , mes amis. Je vais 
mo ineitre en.co.ur$â. A /^ soir pour h réponse. 

Bourney sortit. 

— Je vais toujours prévenir ks ramnraJo^, dît Victor, 
D s'en fut en courant. Les trois aultcâ rc&lèrent. 

itt. . 

Gerbeau ne voulait pas retourner chet lui ar^c une fausf e cs[**» 
rance. 11. se rassit et demeura les jambes pend-intes , les bras rroisfc, 
à calculer, de quelle manière Irois mois de travail pourraient le lir9 
de peine. Quant au bori, gros ScliiTiîill^ campé dftvant Bertrand, \s% 
yeux fixés à terre, la mam tout enlièr*.^ enfonrée dans sa chevidure 
épaisse, il réfléchissait sur m qu'il venait dVulomlro t les mots rripi' 
tal, crédit, auxquels il ne poiïvail dnnnnr un^î si gni fi cal] on préiise, 
excitaient en lui comme en bti^n d'au1ri?s, un itmilc pî" in de dnfianre. 

— Capital !....cr»^dit !...,dil'il, -^ la fin toiil haut- Voilà de grandi 
mots que j'entends répéter tous les jours rans y rien compri^ndrcï, 
J'écoule pourtant bien ceux qui en partent. Je n'en s\m pas ^dm 
i^vancé, et puis il y a tant de h«auii park'urs (\m disent do ma u va il 
mensonges dangereux ! Je vouilrnis bien savoir lu juste ce que cas 
deux mots signifient. Voyons, p^'r^> Oi;rtr<jnd, vous ôtps un honnête 
homme, on peut vous croirai vou^ eti*s un savant et voua avez pa- 
tience; instruisez- moi uq ptMi lUdj-ssus. 

— Je ne suis pas un savant ^ moti bon Schmidt , répontlil Oertrand, 
mais j'ai eu un oncle caissier- 1.- ïi^'z !^f. Mf^i^r, fabricant ;\ Mulhouse. 
Dans ma jeunesse je le qu^stinnnMb sur ce qo'il savait et en réiau- 
tant j'ai appris ce que je ne savais pas, 

— J'étais bien sAr, père Berlramî, que vous pourriez mieux qu*n»i 
autre me dire la vérité des choses. Et bien, qu'est-ce que c>st i\nQ Iq 
capital? 

— C'est un fond quelconque destiné h rapporter un iulér^'L C'iîst 
d'abord l'argent placé sur TËtal, dans ks banques, dans rîndnstrie 
et le commerce. 

-r- Alors les camarades ont raison de dira que le capital n'apptr» 
tient qu'aux riches. 

«-Ceux qui disent cela se trompeai. Tous les hommes, excepté 



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8i 



L'OUVRIBH, 



los inrirmw et les TÎeilhrds, ont en eux-mêmes un éditai. 

— Bah î et moi donc' \mn sûr» je n'en ai fas de capital. 

— Alors tu es fftus riche que ta ne le crois , mon bon Schmidt, 
ear lu as ta forée » La sanl^ , tes bons bras courageux et solides. Et 
ce n*esl pas li tout*! ïi richesse , tes outils sont égilcment un capital. 

— Comrtieiil î mes brai , mon rabot » ma tcift , ma yarloppe lont 
un capîïaU 

— Certamemcfil puisTu'ili le font gagner un salaire qui reprc- 
senle rintérél et qui est proportionné à Touvra^c que tu fais. 11 en 
e.-<l de même de T amende ment d'un cultivateur, de son grain de se- 
m;tille, de sa bestiaux, de la terre qu'il cultive et de sa peine. Ce 
sont ïi autant de capitaux qu'il met en taleur. Les machines d'une 
usine , les mi^tiera d*une fabrique ^ sont aussi un capital. Les écono- 
mies de noi livres d'épargne sont un intérêt capitalisé. Le capital 
doît son origine au travail, et te travail h son tour est alimenté par 
le capilaL Les Iravailleors ont donc bien tort lorsqu'ils considèrent 
les capitalistes comme leurs ennemis , car le capital et le travail ne 
peavfnt vivre et prospérer l'un sans l'autre. Il faut dire qu'il y i 
deux espèces de capilal : — 1« Le capital fixe , ce sont les terres , 
les maisons, les machines , les bâtiments et les outils d'exple a- 
lion î — . ?• Le capital roulant ; c'est Vnrgent employé en /bat 
des matière* premières , tellet que le fer a forger , la laine , '« soie, 
le coton 1 tisser , le bois de menuhene ou de ch.irpente , uc. , etc. 
C'est encore l'argent employé à payer le salaire des ouvriers. Ce 
capital roule Lien en effet puisque, argent d'achat ou de paie , il re- 
vient au fabncant par la vente des produiU de ta fabrication. Com- 
prenditu bien cela, mon camarade* 

— Je crois que oui. Je comprends que ma leie , mes ciaeaux , tous 
mes outils sont mon capital /ix^^çt Pargenl que cherche M. Bourney, 
pour ses avances, est un capital rmfûni qui» après avoir passé dans nos 
mains comme argent de pai^e reviendra iu patron quand notrt ou- 
vra go lui sera payé à lui-mâat. 

— C'est parfaitement oeil. ■ 

— El le crédit , qu'e«t-ce que c'eatT 

— Lt; crédit est la faculté d'emprunter établie sur Vassurtnce du 
remboursement dans un délai fixé. Le capital roulant des avances 
qui manque â Etoumeyi 1 qui le demandera-t-ilî Au crédit. Le cré- 
dit (ài{ à une personne coniiste à lui avancer soit une somme 
d'argenl, soit des denrées, des marchandises, etc., etc., sans 
recevoir d'elles en échange autre chose qu'une promesse faite en 
billets , leltrea de change , factures, etc. Laquelle promesse remet 
le paiement â une époque déterminée, consentie par celui qui em- 
prunte au prolil de celui qui prête, 4lnsi M. Bourney, en échange 
de l'argent comptant qu'il recevra, fera un billet qui en remettra le 
paiement 1 l'époque où il sera payé lui-même du travail fait et livré. 
Le crédit est tellement nécessaire qu'il est jm possible de s'en 
passer. Si pendant que l'ouvraee chème le boulanger ne te donnait 
pas du pain à crédit ^ tu mourrais de faim. Si M. Bourney ne 
trouve pas de crédit pour ses avances , il sera forcé de renoncer k sa 
commande et nous resterons sans ouvrage. 

— Le crédit est une bonne chose alors t 

^Oui qihind on i^en sert avec prudence. — Hais ton boulanger 
&e le donne du pain 1 crédit que parce qu'il sait que tu es un hon- 
n£te ouvrier^ et que dès que tu auras du travail et que tu recevras 
ton salaire, tu t'acquitteras. IL Bourney trouvera du crédit par la 
mdine raison et d'autres encore. Le crédit s'^appuie sur la confiance 
qu'inspire celui auquel il est accordé soit h cause des biens qu'il 
po^èJe I de l'industrie qu'il exerce , de la position commerciale qu'il 
occupe, de sa propre fortune ou de ce qu'il gagne en salaire, hono- 
raires, appointemenlSf etc., ; soit â cause de la bonne réputation de 
probité ou de capacité doni il puit , de sa liberté qu'il expose puisque 
faute de paiement au temps fixé il sera mis ati prison; soit enfin à 
causo lies nanlissement^ , gages hypothécaires , ou signatures plus ou 
moins loUdes et nombreuses quM donne. 

— Je comprends bien tout cela, dit Sc^hmidt t je comprends bien 
tisiî |ue moi * f luvre ou Trier i}ut ne f&uède qus mes outils et 



mes bras , je sois forcé d'avoir reeours au crédit ehei le boulanger^ 
mais pourquoi le crédit est-il nécessaire aux fabricants qui sont plos 
riches que nous ? 

— Parce qne presque toujours les fabricants , même les plus riches , 
se trouvent dans la même position que Bourney. 11 est d'usage dans 
le commerce d'attendre les paiements trois mois , six mois , quelque- 
fois plus quand les produits vont â l'étranger. Pendant ee temps , la 
caisse du fabricant est vide et il manque d'argent comptant pour ses 
av.inccs. Cet état de choses vient de ce que dans shaqne pap il n'y a 
pas assez d'argent en numéraire pour les affaires qui s'y font Mais 
par le fait, et c'est un résultat curieux i observer, le crédit change 
cette pauvreté relative en richesse. Supposons que toi fidbricani , tu 
sois riche d'un capital fixe de 20,000 f., tandis qoe ton capital 
roulant nVsl que 10,000 fr. , — tu as avancé pour an premier tra- 
vail les 10,000 fr. qui ne te rentreront que dans 6 mois, ainsi que 
cela se fait le plus souvent dans le corameree. Te voilà sans avinées 
pendant ces six mois, et si un autre travail se présente tu ne 
pourras t'en charger qu'en ayant reoour au crédit. Je suppose que 
tu es honnête et rage. Alors tu n^empninteras Jamais an-deli des 
30,000 fr. que lu possèdes en réalité. Ceux qui par fm calcul ou 
ambition d':iffaires usent du crédit auidelâ de leur avoir, se rainent 
infailliblement. C'est U presqne toujours la véritable cause de la rwne 
des fibricants et commerçants. Mais si, empruntant an crédit les 
10,000 fr. dont tu attends la rentrée, tu les emploie k un second 
travail assuré, et que tu fasses cette même opération quatre ou 
cinq fois dans l'année avec succès pour quatre ou cinq travaux com- 
mandés , ce sera comme si tu possédais 40 ou 50.090 fr. de ca- 
pital roulant dont tu trouveras l'intérêt légitime dans les bénéfices de 
ton travail. C'est ainsi , — j'ai entendu bien souvent mon onele en 
faire le calcul , — c'est ainsi que la France qui ne possède en mi^ 
méraire que trois ou quatre milliards , voit cependant son crédit 
commercial s'élever dans les temps d'actirité à près de trente mil- 
liards qui lui rapportent l'intérêt voulu. Mais, pour en arriver k ee 
point de prospérité, il faut que les révolutionnaires et les émeo- 
tiers se tiennent en repos ; il faut que les aigres s'appuient sur la 
paix et la sécurité. Alors quand on s'en sert avec prudence, le cré- 
dit est une source de richesse pour les ouvriers , les fabricants , les 
commerçants, les cultivateurs ... 

— Enfin pour le pays entier, dit Schmidt en finissait la phrwe. 
Merci , père Bertrand , ce que vous m'avez appris aujourd'hui , je ne 
l'oublierai pas. 

— .l'ai encore à te dire quelque chose , mon garçon : la savoir , la 
science et l'expérience sont aussi nu capital. Celui qui sait bien son 
état travaille plus promptement et avec plus de perfection ^e l'i- 
gnorant : il a droit par conséquent â un plus fort salaire; il re- 
çoit donc un intérêt plus considérable , en rapport k ce capital de sa- 
voir qu'il possède. 

— Celui-là , père Bertrand , vous l'avez : moi je ne l'ai pas. Je m» 
suis pas un ouvrier savant. 

— Non, et cependant tu as une grande , une précieuse richesse.... 
écoute-moi bien , continua Bertrand avec un afleclueux sourire eu 
voyant Schmidt ouvrir à ces dernières paroles de grands yeux éton- 
nés. J'ai pensé souvent que les ouvriers honnêtes et chrétiens comme 
nous le sommes toi et moi et aussi Gerfoeau , ont une autre espèce 
de capital. L'assiduité au travail , la conduite régulière , l'honneur de 
la conscience, ne. font-ils pas rechercher l'ouvrier qui pratique ces 
vertus ? Les bons patrons ies embauchent de préférimce aox ivrognes , 
aux pircsseux : Rappelle-toi ce que Bourney disait tout i l'heure; 
et â qui le boulanger fait-il plus volontiers crédit? A l'ouvrier éoo^ 
nome, rangé, honnête.... 

— Vous avez là une fameuse idée , père Bertrand , dit Gerbeau : 
et dans ce cas-là , vous êtes le plus riche de l'atelier. 

» C'est vrai , dit Schmidt, et cela me rappelle une parole que mon 
vieux grand père nous répétait toujours : A richts^e., disait-il , qni a 
bonne réputation, 

— Et puis • continua Bcrtrana , on ne vit pas toujours , mes came» 



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L*OUVRIBn. 



8S 



: et Celui qui sis Mndiiit en to«l ehrétiennemênl a lâchant t)ne 
caisse d'épargnes ! 
Tout en parlant notre ami Bertrand ne restait pas oisir. Pendant 
3 Schmidt , les yeux fixés sur lui, ne perdait pas une de ses pa- 
les . Hionnéte Bertrand , plein de çonfianoe en Bourney et comme 
Vouf rage pressé allait être commencé dans un quart d'heure , net- 
Irait son établi, affûtait scies et ciseaux, fers de rabot et de 
rlope. 
Ce "bruit joyeux «nena dans TateUer un bomme qui depuis un 

moment, assis sur une borne dans la cour, Usait un journal en fumant 

sa pipe. (^ 

(La 8uUt a» preeham numéro.) Clément d'Elbhe. 



HISTOIRE D'UNE CULOTTE 

QUI 1I*ËTAI7 PAS GBLLB DU ROI DA60BBBT. 



C'était un jour d'été , en Basse-Normandie , non loin du rivage de 
la mer. Une pauvre paysanne, veuve depuis deux ans, fllait sa que« 
nouille à l'ombre d*un pommier. Petit-Paul , bel enfant de dix 
ans, son 6ls unique, était assis à ses pieds, occupé à démêler un 
écheveau. 

Si pauvre était la mère que, malgré son désir, elle n'avait pu encore 
acheter pour son enfont le vêtement pourtant le plus ordinaire, le 
plus indispensable : une culotte (puisqu'il faut l'appeler par son nom). 
Mais en gùise de cela, ayant coupé taillé, rapiéceté quelques jupons 
antiques, elle était parvenue i mitourer le eorps de ce petit bon- 
homme de quelque chose qui ressemblait presque à une robe , ou 
plutôt â rien. 

Combien de railleries et dliumilîations cet étrange accoutrement 
attirait journellement sur Tenfant, on ne peut le dire. 

Être un garçon et ne pas porter culotte!!... Hélas! èélasl!... 9 
laut y être passé pour s'en faire une idée. 

Aussi chaque jour Petit-Paul faisait entendre quelques plaintes, et 
léguant en exemple tous ses camarades Jacques , Nicolas , Robert , 
Auguste, etc., etc., etc., il en revenait toujours à sa culotte. 

Ce jour-là donc fenfant reprit son refrain accoutumé , sur un ton 
lamentable, capable d'attendrir des rochers : peu lui importait la cou- 
leur, rétoffe; qu*elle fût vieille ou de fraîche date; de rencontre ou 
de commande, il n'y tenait pas, pourvu toutefois que ce fût une cu« 
iotle, une vraie culotte. 

Eh bien ! dit en souriant la mère , sois bon garçon , fidèle i ta 
prière du malin et du soir, et je t'en j^omets une , une vraie, pour 
k Saint^ean. 

Inutile de vous raconter les transports de joie de Petit-Paul. H 
eompte les jours et les recompte tant et tant , qu'il lui semble que 
celte année la Saint-Jean n'arriverai pas. — Illusion des enfants pe- 
tits et grands!! le temps nous parait lent i combler nos désirs. Mais 
demandée au vieillard qui touche â l'éternité , demandez-lui si le 
jtops est long t 

La Sainl-Jean vint I point nommé. La veille , un petit paquet avait 
tié mystérieusement apporté par une voisine, couturière de son ctaL 
i— A la pointe du jour Petit-Paul se réveille, et, 6 bonheur ! son pre- 

tier regard tombe sur l'objet tant désiré ! Il le saisit, le tourne , le 

oame, le presse sur son cœur ^c'était une culotte, une vraie 

dette, tout cequ*il y a de plus culotté. Pour la première feis. il lui 

l donné de revêtir ce viril et noble vêlement , — et le voilà qui se 
e, qui marche avec dignité; il va, vient, fait mille tours, — on le 

endrait pour un homme. 

Je tous étonnerais bien si je vous disais maintenant ce que de^it 
kre un jour ce petit pa}'san. Vous le saurez plus lard. En attendanl 
Dlcz l'événement qui vint loul-â-coup troubler la joie si pure de 

!ltl-Pau1. — Pauvres enfants ! ils ont de grandes joies , et quelque- 

I aussi de grandes peines!! fis sentent si vivement ! 



Où Tamour-propre ne se fourre-t-il pas? Petit-Paul voulut 

faire étalage do son costume; il parcourut tout le village, et chacun 
put admirer â loisir cette culotte qui devait faire éfaqm dans la vie 
d*un grand personnage. 

Alais le village est un théâtre trop restreint; il faut aller plus loin, 
pousser jusqu'au bourg de K.... — Justement voilA Philippe î heureuse 
rencontre !! partons, et ils partent. 

Ah î Petit-Paul l tu ferais mieux de rester auprès de b mère. Lrs 
vopges ne sont pas sans périls. H est vrai, il n*y a point de voleurs 
â craindre, point de précipices à franchir, point d« noire forêt I 
traverser; le chemin est bon , droit, ffequenlé. — Mïilgré tout cela, 
cette petite échappée te sera funcsle. 

Yoici ce qui lui arriva. Son camarade Philippe gai. joyeux^ souple, 
grand amateur de sauts périlleux , aimait à porter <li?s défis. PeUt* 
Paul, comme vous le pensez bien, nouvellement enculflUd , ïi*4taît pas 
homme â reculer devant les entreprises les plus hardies. 

Or donc, tout en devisant, sautant, gambaJanl, nos deux moutard* 
arrivent près d'un monticule, au pied thiqusîl coulait un petit ru isi eau» 
Remarquât, je vous pne, cemaleïiconlreuxruisseaiL 

Du haut de ce monticule jusqu'en bas, descendaît une espèce de 
tentier, de traînée , de ruelle , comme vous voudrez , lellemeut 
abrupte, qu'il était impossible de le monter ou de le descendre iur 
ses pieds. 

Voici en deux mots l'origine de celte voie quasi aérienne : 

C'était un usage constant et immémorial , que tout gamin passant 
aux environs de ce lieu, se détournait de sa route, gravissail la col- 
line et se procurait le plaisir de se laisser glisser de haut en bas, non 
pas sur les pieds, ni sur lesmainîs, ni sur le ventre, mais..... deiinec 
sur quoi?... — c'est cela !I!... 

Philippe ne fait ni une ni deux ; en un cUn-d œil , il est en haut. 
puis en bas, puis dans le ruisseau. 

Quoique novice, Petit-Paul se glisse sur aei traces, et au IroUit^me 
tour, il peut passer pour maître. 

Mais on n'obtient rien sans peino; il en coûte pour apprendre ; un 
si beau jeu, un succès si brillant, un tel laisser-aïler valait bien qn*?!- 
que sacrifice. — Aussi après une heure dVxercire, Ptiil-Panl y avait- 
il laissé une partie considérable de sa culotle ( tant il est vrai qu'il ne 
faut abuser de rien), et encore ce qui en reliait avait-il disparu sdus 
une épaisse couche d'argile. 

Diantre d'enfant! qu'as-tu fait lâ?... étourdi, eommenl rÊnlrer au 
logis?... 

Cependant la nuit tombait. Petît^Panl avait Testomac dana hi îa^ 
Ions, et force était de regagner le logis où sa mère FutU'nttail av*:c in- 
quiétude. La pauvre mère! elle aimail lant son enfjnt [! 

Madeleine (c'était son nom) avait tti^ la têLr;, chn^^e assez rare parmi 
les femmes.. Crâce & sa foi» de thrclirnne, die était par?emie pnt ît 
peu à conserver son calme et son sang froid, au milieu de touks les 
contrariétés de la vie, — et Dieu sait si elle en avait eu des contra- 
riétés!! 

•Elle n'avait pas seulement la résigna Uon, elle était douée d'un grand 
bon sens et chaque jour en donnait l1>'s preuves. Elle ne vivait que 
pour Petit-Paul, mais ne le gâtait point; — elle mettait une grande 
diflerence entre une faute de b'gèretéet une kiiiê de malice. Elle sa- 
vait tour â tour se montrer indulgeiit^ et sévère. Proporliotinant tou- 
jours la punition à la faute, faisant appfl aux bon^ centiinenl5 de son 
enfant, mêlant la force i la douceur, i^lie avait prissnr Im ceUt^ cor* 
diaie autorité dont une mère a besoin. Aussi jama-s enrant ne fut plus^ 
respectueux, plus soumis ni plusafftïr!u»'u\. 

A la vue de la pauvre culotte en bmb^'aux, aux souvenirs des sacn« 
fices qu'elle s'était imposés et qui devaient donc aboutir â cette nrine^ 
grand fut son dépiL 

M/iis aussitôt elle comprit bien qu^après tout ce n^èlalt \h qiiVne 
étourder^e. Sans doute il fallait une correction; mais Tenfiiiit n't^iait- 
i! pas deji puni ? ses larmes, son émotion da traliissaienl-elles pas sa^ ^ 
rept.nlir ? 

Mjdcieine (chose héroïque!) garde un profr^nd sileô^e, donne 1 



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^i-T^^^jr-^' 



" — tx* 



^OUVRIER. 



•ouper à Pclil-Paul et l'envoie «e coucher. L'enfant so plonge dans 

■on sommeH J'iimop.fTice. Mais le lendemain de culollc, pas plus 

que sur la msin !J3 lï fallut reprendre la jupe et, plusieurs jours du- 
nnt, porler le poids de cette humiliation. 

La croîraît'On?,.. cinquante ans plus tard, Petit-Paul, devenu 
gnnd personnagfi» se plaisait â raconter lui-même cette mésaventure, 
^«lavec une meiï^ble tendresse, il ajoutait : Que ma mère était 
booiie, .douce, ferme, timable et pieuse II... Je lui dois tout ce que 
jiiiiis. 

Jïi fini lliîsloire de la culotte; il n'en sert plus question. Écoute» à 
présent cjc que devint ce petit paysan. 

Petit-Paul ae fil remarquer par sa piété, ses goûts sérieux, si docî- 
Gléi son bon scnâ et ses tilents. 

Le vénérable curé de m paroisse lui donna quelques leçons de latin 
et bientôt Tenvoja au j^tit Séminaire. 

Apres de brillantes études Petit-Paul entra au grand Séminaire, oà 
S fut le modèle de toutes les vertus ecclésiastiques. 

U devinl prêtre ^t !^e livra pendant quelques années aux travaux si 
pénibles du mmîstére paroissial. 

Son éMèqm Tappela bientôt auprès de lui et lui confia les impor^ 
tintes fonctions de vicaire général. 

Knfîn le roi LouisrPhilippe le désigna pour le siège épiscopal d*un 
desdiocâies que traverse la Loire, et Petit-Paul devint évêque de... 

Après quelques années d'épiscopat. Dieu Tappela à lui, et il quitta 
celte \ert^, sur bqueUe il avait passé une vie si bien remplie Main- 
tenant il est au cieJ, 

Yoitâ ce que peut devenir un enfant du peuple ! 

(Hiiloftfiff t. Candide u Franc. 



LÉGENDES DE lATELIER \ 



lA OUBRRB. 

m. 

Le pâté des veillées. 

L'ftefier do M. Pautlliupot Cranhformé en sallo S manger. — Une grande 
titlle servie est dr^^^sco âu milieu.— i.c grand père Fouillaupot, 97 ans, tôte 
flfcsuve «t barbe bianche . assis dans un grand fauteuil, occupe le haut bout; a 
H giudie il"* Fouilt^upot, sa bru ; à sa droite, Tabbé Bonhomme, vi- 
caire de ta pATOiâse. ^ M. Pouillaupot, le patron, en Tace. — Les apprentis Ca- 
VMtotte et Flàne^^rOEtl , à l'extrémité. — Lovis, Christophe, Boulfard, Lou- 
penviUei ouvriers , Cagneux, l'homme de peine, et M"* Tubeuf, la cuisinière, 
Bccupent 1^ cAtéa, -- Vn immense pâté, couronné d'un bouquet de fleurs ar* 
tilcieEles ^ uno oie ràU& do belle dimension s'élèvent au milieu de la table et 
neiteiit vivement l'attention des apprentis. — M"* Fouillaupot, la aer- 
vieUe attachée avec deui épingles sur la poitrine est UKijours en l'air. — On 
Hl , on cause , fia parle tous à la fois. 

II. FouiLLAUl*OT. — Allons, vite, passez-moi vos assiettes! 

Le grand-pére F'^uillaupot, resté debout pendant que tout le monde ft'sel 
ISsiâ » marmotte quelque chose qu'on n'entend pas. 

lîn^e FomLUii;pOT. — Silence, U compagnie, grind-père parle et 
pefËoime n^écoutEi! 

U . FoutuuUPOT (interrampatU le service, se lève aussitôt). — Noun 
écoutons, grand-père ! 

Le GranU'Pêiœ (avec un geste gracieux et un sourire d*enfant). — 
Mes amis, de nwv\ temps, le pu le des veillées n'aurait pas été trouvé 
lH}n, SI M. le curé n'y avait mis la main ! 

M . FouiLLAUrOT. — Cest juste , grand-papa , nous n*y peniiont 



^s. 



Tout le monde se teve. •— H. le vicaire bénit la table. — On se rassied. 



* Toir le ft« de rOwnVr du A juillet. 



M. Foi]ILLAIIPi>T. — Dépêchons-noits, la soupe rerroiiiit; ^rtniii 
chaîne avec les «ssietted. 

Maa FOUILLAUPOT (rouge, empreMséi ei jo^êm&). — Allons, 1a ^ 
fants, fêtons comme il fiaiut la ruifiine de la mère Tubeuf. notre cefi» 
bleu. Faisons honneur au xml usage de h maison FouilbD|Mt, li 
doyenne de la bijouterie parisienne, qui cornmencrv ses veilléei 4V 
ver pw un joli repas de iamiile. Alion!#, donnez- vous -en k votr^ân, 
pas de façon, pas de cérémoniei, <k f^ippétiC et de U gaieté. 

Tout le mondb.— Soyez tranquille , patronne, ç4 ne mts'pc!! 
pas 1 

LOUPBNVILLB ( tmt bas à Bmtlfard], — Qicl dr^k de dîn^^r lu m 
fais £iire aujourd'hui ! Y aH^il longl^^mps que Je me suis troufé imi 
nez avec un corbeau ! Où diabl»? m'as-tu conduit? 

DouffARD. — Tu ne connais pas hs habitudes de li boite. Çn 
jésuite, mais c'est bon enllint tout de même. 

LouPENVILLB. — C'est égal , j'ai idéi^ que ce dîner-li me poricti 
malheur. 

DotTPARD. — Tas une jolie femme I cdté de toi. De que p 
plains-tu ? 

LOUFKNVILLI. — > Oui , la cuisinière , cinquante printemps et <i 
pouce. Tant pis, je me dévoue et je lui hh la cour. 

Christophe (à Cagneux). — Vois donc, si le pité des v«i1le«i if 
fait pas des miracles ; les apprentis qui s^em brassent , eux qui ne ti 
parlaient plus depuis quinze jours 1 

CaneiX)TTS (à Flâne-à-rŒH). — Regard^donc le patron à cM^J^ 
Bl. Louis, sa béte noire ! Je parierais que c'est un tour de h patronii:. 
pour les raccommoder. 

LoUfENViLLB (à ^«« Tubeuf).^ Slademoisi^lle, oserai -je vou^ > 
frir de ces cornichons ? 

Mm« TUDEUF. — Merci, de voire lionnêtelé, monsieur Lonpemï3« 
mais si ça vous est égal, appelei^nioi donc madame Tubeuf, 

LotJPENViLLE. — Ciel ! seriez^ vous mariée T 

Mm* Tubeuf. — On voit bien que vous n'êtes ch» les Fo^'^p^r 
Spie d'avapt-z-hier 1 Vous n'avez donc pas connu mon défunt, Tiéai, 
le contre-maître du temps du grand-papa , pendant vingt-sept «m, 
fa n'e^t pts un jour. Dame î dans celle maison du bon Dieu, 1^ »» 
vriers sont comme de la famille, 

LouPENVlLLE. — C'est rare. 

Mm* Tubeuf. — Ils ont eu pitié de la pauvre ve«ve el m*oiit pris i 
la maison pour m'employer à n'importe quoi. Voilà des maitves, nNm- 
sieur Lou peu ville, qui sont des pères et mères pour l'ouvrier ! 

LOUPENYILLE. — Uum ! soyez tranquille, quand les paîtrons (bot é^ 
ces coups-là, c'est qu'ils y ont leur intérêt; et d'ailleurs , c'est â a* 
voir s'ils auraient gardé tout aussi bien votre Tubeuf à sei eioqiiati 
ans. 

Mdm Tubeuf. — Tout aussi bien , et la preuve n*en est pas loin. 
Voyez plutôt Vhomme de peine , M. Cagneux , c'est aussi un anciea 
ouvrier du grand-père, qui n'a pas eu comme les autres là dioseés 
l'amasser un petit magot pour ses vieux jours. C'était un brave homme 
et un fameux ouvrier, mais qui n'avait ni ordre , ni prévoymce! 
Quand se^ yeux aflaiblis l'ont rendu incapable de tout travail et (]M 
tant d'autres patrons l'auraient mis dehors , ils l'ont pris comm^ 
homme de peine. Oh ! c'est des gens d'humanité et de religion. 

M. FouiLLAUPOT (servant une rasade â Louis). — Je vous Uisi* 
étoufler, mon cher, c'est votre faute, vous ne dites rien. 

liOUIS. — Je ne dis rien , patron , pour me punir d'en avoir trof 
dit. Je vous ai fait souvent de h peine cette année. J'en ai rijasqu'i 
présent, mais ça me fait un drôle de poids tout de même ce soir ! Per^ 
mettez-moi de vous servir à mon tour ? 

M. FouiLLAUPOT. — Volontiers ! Oubliez mes vivacités, ami Louif. 
%i nous serons quittes ! 

Louis. — Parole, voilà que je me sens des idées de me jeter ds» 
le feu pour Yous faire plaisir. 

M. FouiLLAUPOT. — Mais ça ne ferait pas les affaires de la maifo^ 
ventrebleu ; où trouverais-je un ouvrier comme vous pour les mt» 
dt^'ips ! Sans compliment, j'aurais un peu de mal I 



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fOUVRIER. 



" Louis. — Vous pourriez toujours être sûr de ne pas perdre tti 
change pour le caractère. 

M. FouiLLAUPOT (lui serrant la maîn). —Oui , mais où trouTertis- 
jë un meilleur cœur ? 

LaupENViLLE. — Dis donc, Bouffard, elle m'embête , la cuisinière, 
avec son admiration pour les Fouillaupot Y a-t-il longtemps que ta 
ti as vu le père Bougon T 

Bouffard. — Gomment! mais, tu ne sais donc pas que sa faillite 
est déclarée ; tout va être vendu chez lui. Sa femme est à la Salpô- 
irière, et quant à lui, on ne sait pas ce qu*il est devenu. 

LouPENYiLtE. — Ah jft»igre l le vieux singe aura filé en Amérique 
avec son magot. 

Bouffard. — Lui , il est trop bête , il s'est laissé plumer comme 
M poulet. — D'ailleurs, il faut bien convenir que sa déconfiture est 
un peu notre faute. 

LoiJFEN VILLE. — Et Fricotean ?... 

Bouffard. — Existence mystérieuse et ineffeble. Une femme et 
six enfants sur les bras, la passion du billard et du petit bleu, cinq 
mois de morte-saison , et pour soutenir tout ça , quatre francs par 
jour: c*est une vraie charade pour laquelle je donne ma langue aux 
chiens. 

LouPENViLLE. — Le Mont-de-PiétA et les bureaux de Bienfaisanoe 
ne sont pas faits pour les patentés . 

Bolffard. — Voilà aujourd'hui la vie de roitvrier. 

LouPENviLLE. — Celle du patron n*est guère meilleure ! Pauvre 
père Bougon! 

Louis. — Comme elle se trémousse pour nons servir , U p«*- 
tronne ! ^ 

Cagneux. — Et ^omme elle a l'air contente, tout de même 1 

Mme FouiLLAUPOffU «on mari). — Bibi, il me semble que tu ne 
soignes guères tes apprentis i^ font des yeux à la volaille, comme 
s*ils allaient mourir de (aimT ' . 

Bouffard. — Vous voulez donc les étouffer, ce soirî 

Min« FouiLLAUPOT. — Faut bien qu'ils se régalent on peu ces pau- 
vres enfants. Ils vont avoir assez de mal cet hiver. 

Cam ELOTTE. — Oh ! patronne , vous pouvez compter sur nous. 

M. FouiLLAUPOT. — La bonne invention, que le piié de veilles. 

M>ue TuBEUF. — Comme ça met tout le monde de bonne ha* 
meur ! 

Louis. — Ça dissipe les vieilles rancunes. 

Bouffard. --Ça fait du patron et de Touvrier une piiit d*âmis. 

L'abbé Bonhomme (au grand-père). <— Bon papa , il y avait du bon 
dans l'ancien temps. 

Le Grand-Père. — Oh ! il y avait encore mieux que le pâté de 
veilles. 

Mm« Tubeuf. — Bien sûr qu'il n'existait pis de meilleures gens que 
les Fouillaupot. 

Le Grand-Pèrb. — Au quai des Orfèvres et au Palais-Royal, c'était 
une noce générale! On aurait dit le réveillon de Noël! 

BI>nc TuBEUF. — Il n'y avait pas tant de moi te-saison qu*aujourd'hui, 
ni tant d'ouvriers dans la misère ! 

L'abbé BOiNiiOMME. — On ne travaillait pas le dimanche ! 

M. FouiLLAUPOT. — L'ouvrier soutenait les intérêts de son maître; 
le maître n'exploitait pas l'ouvrier. 

Louis. — Et c^est pour ça qn'aujourd'hui U maison Fouillaupot , 
où patrons et ouvriers ne font qu'une famille, est la première boîlc 
de Paris ! 

Tous. —Vive le patron e( 1/. patronne ! 

M. FouiLLAUPOT. — Vive le pâté des veillées I 

Camelottb. — Vive tout le monde ! 

Animation générale. — On crio dos vivats. — Loupenville trinque avec labbé 
Bonhomme. — Gamelottc offre ses gâteaux à FlAne-à-rOEil. —M. Fouillaupot 
verse des rasades à tous ses voisins.— M*« Fouillaupot est si cootenlo qu'elle 
fleure tout le temps et se mouche tant qu'elle peut. 

L'ABBE Bonhomme. — Il faut que je vous quitte pour aller voir un 
^ttvre malade. Aimez-vous toi4uttrs comme aujourd'hui. 



Le GllAND-PÈRB. <^ Pour ça, monsieur le vicaire, bénisseî-noua 
encore, la maison , l'atelier, les outils, ouvriers et patrons, enfanU et 
vieillard \ 

L'abBÊ Bonhomme. — Prouvez à tous que le secret de la fortune el 
du bonheur dans l'industrie n'est pas régotsme et la concurrence hai< 
neuse ! 

Tous —Vive M. le curé! 

L*ABBÉ Bonhomme. — Merci, eufants. adieu, et au revoir i 

lY. 
8ttr le Pont aa Cliange* 
Au clair de hme. — Deu* heures sonnent k Tharloge du Palais. 

Un Inconnu (au bout du pont). — Une ht^ure de raclion..,.. et per« 
sonne encore ! Pas un être vivant , pas un aniuial..... pas jnênie un 
sergent de ville ! Et mes pauvres enfants qui n*ont pas de pain ! Li 

mendicité est défendue et d'ailleurs ne rapporte guère l El^ayont 

du métier de voleur, il vaut peut-être mieux que celui de mendiant..^ 
ou de bijoutier!... 

Un AUTRE Inconnu (d Pautre bout du pont). ^^ Allons , c'est le mo- 
ment d'en finir... Oh! que la rivière est soinbre et rapide ! J'ai peufi 
comme un lâche ! Ruiné, déshonoré, ma pauvre femme fuUe I C'en «st 
trop à la lois... Un moment de résolution et tout sera dît t 

Le PUEMiER Inconnu.— -Enfin... lâ-bas un passant.... tout seul, 

un homme âgé... voilà mon aflaire... (t7 lire stm cùuleau tt se gHsts 
dans r ombre). 

Le second Inconnu (enjatnbant U parapet). — Malédiction I 

ceux qui m'ont perdu I 

Le PUEMiEH Inconnu (U prenant à bras le corps). — Halte-U ! 

Le second Inconnu. — Arrière.'. .. Que ma vouki^vout t 

Le PflEMiER Inconnu. — Rien.. .la bourse ou la vie!, 

Ls second Inconnu.— Les deux... si vous vouleil 

Le PREMIER Inconnu. — Uercil... Biais culta voixT Vous êtet.«. 
mon gueux de patron... le père Bougent 

Bougon, —Fricoteau;! 

FricoteaU. — Oui, lui-même , victime da l'avarice de ses maîtres 1 

Bougon. — Et tu assassines ton maître, ruiné par la haine ei Les 
vices ! 

FaicoTEAU.— Tais -toi, lâche suicide! 

Bougon. — Tais-toi, voleur et assassin 1 

Fricoteau. — Sangsue du prolétaire, meurs tJone puisque tu l'ai^ 

voulu ! 

Us chcrcbcnt à se précipiter par-desati^ te parapet. 

L'abbé Boniiomue (portant U saifU vmti'jue à un mourant). — * 
Frères, arrêtei ! 

FRiroTEAU. — A mort ie maître, bourreau de l'ouvrier I 

Bougon. -^ A mort l'ouvrier, l'ennemi social! 

L'abbé Bonhomme. — Frères, la paix soit avec vous * 

Fricoteau. — Qui cs-lu? 

L'abbé Bonhomme. -- Je suis prêijre I 

Fricoteau. — Ami de lios ennemis, les oppresseurs du peuple, va^ 
t'en ! 

Bougon. — Menteur et hypocrite, laisse-nous! 

L'abbé Bonhomme. <~» La paix! au nom de JÉius voire Dieu, ouvrier 
comme vous' au .nom de vos pères et de vos enfaotst au nom de 
votre bonheur, la paix! 

Fricoteau. — Que le maître ait doue un a»w pour l'ouvrier î 

Bougon. — Que l'ouvrier ait aussi un cmvLv pour le maître! 

L'abbé Bonhomme. — La haine, c'est le triomphe de vos ennemis i 
c'est la perte de l'ait, c'est la misère de tousi L'uuiE>n, c'est le bon- 
heur, la dignité, U force ! Ah* plus de guerre fratricide entre vous, 
mattres; entre vous, ouvriers; unissez-vous tous ensemble, ouvriers et 
maîtres, dans l'amour de Celui qui a voulu être le frère et le libérateur 
du maître et de l'ouvrier ! 

Bougon et Fricoteau (dans les bras du pritrt.\ — Ouï, la paix Lt.*« 



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L'OUVRIBn. 



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^^9" 



nuCOflMT. — < OaUtons I 
Bougon. ^ Frère, aimoiiMMms I 
L'abbé Boniiommb. —Gloire à Dieo I 

Une lueur éclatante ptriR 4 llMrtioû. — Le soleil se lève et resplendit tu 

Maurice Le Prévost. 



LES ORAGES DE LA HÈRE NOIRE \ 



CHAPITRE Vin. 

Dans leqaei le lecteur est inTité à faire la connaitBance d*nB 
nouTean personnage. (Suite.) 

MUo Madovie n'eut que peu ou point de regret de cette mésa- 
venture , et qujind le second prétendant k sa main se présenta , le 
premier était déjà eflacé de son souvenir. Le nouveau venu avait une 
sœur aînée qui avait beaucoup d*influence sur son esprit. Les parents 
de Maclovte, ne Pignorant pas, crui-ent devoir tiser envers cette demoi- 
selle de certaines prévenances et de marques de politesse; ils Tinvi- 
taient parfois, soit à quelque partie de plaisir, soit à quelque soirée , 
soit à quelque dîner de famille. Or on eût dit que Maciovie faisait 
exprès de se rendre insupportable , tantôt en critiquant, pour la rec- 
tifier, une toilette que Pon croyait irréprochable, tantôt en cherchant 
à 5 mettre la main et en saccageant tout avec les plus gracieuses in- 
tentions du monde. Un jour elle voulut faire une aimable surprise â 
sa future belle-sœur et corriger je ne sais quoi qui ne lui semblait 
pas régulier dans une superbe coiffure à Poiseau royal , qui n avait 
pas dû coûter moins de trois heures de travail à celle qui la portait : 
notre innocente, arrivant furtivement par derrière, un peigne à la 
main , enleva avec dextérité le bonnet de sa victime et , malgré les 
cris et la plus vigoureuse défense , ne s*arréta qu*au moment où une 
grosse liasse de faux cheveux tomba sur le carreau. 

On avait pardonné bien des griefs i on avait subi même la chute 
d'une saucière remplie de grabse d*ote, sur mie robe gorge de pigeon ; 
mais la découverte de cheveux postiches doit être un péché contre 
le Saint-Esprit qui ne trouve de pardon ni dans ce monde ni dans 
Pautre. N'est-ce pas , mesdames? — Bref, la sœur , outrée , ne revint 
plus et le frère, bientôt après elle, disparut lui-même â Phorizon. 

Le troisième soupirant n'avait ni verrue au nez , ni sœur à iaux 
toupet. C'était un beau et bon jeune homme , plein d'intelligence et 
d'avenir ; brave marin et doux comme un agneau dans l'intérieur de 
la famille. Il s'attacha â Blaclovie, malgré ses défauts ou peut-être â 
cause de ses défauts même et elle, de son côté, ne tarda pas â éprou- 
ver pour lui une vraie et profonde affection. Gomme ils étaient encore 
jeunes Pun et Pautre , les parents retardèrent de quelques mois une 
union qui semblait devoir être on ne peut plus heureuse, et qui s'an- 
nonçait sous les plus favorabli^s auspices. En dépit de toutes les char- 
mantes extravagances de la jeune GUe , la sympathie réciproque allait 
toujours croissant ; en vain Maciovie avait un jour, en voulant la boucler, 
brûlé la moitié de la chevelure du jeune homme, avec un fer trop 
chaud ; en vain elle avait lait une incision à l'oreille de son futur, en 
voulant égaliser ses Civoris avec des c^eaux. Tous ces petits accidents 
ne servaient qu'i cimenter une affection qui paraissait devoir être 
étemelle , quand un jo«r le jeune homme se sentit atteint d'une indis- 
position assez légère pour ne point inspirer de crainte; mais a;>sez 
grave pour lui faire suspendre, momentanément, le cours de ses 
visites. 

La pauvre Maelovie pioura de tout son cœur, et les convenances 
(^opposant à ce qu'elle allât voir son cher malade , elle voulut dn 

* Vpjf les ■* diir0i$9rier du M mai au Î2 juiu cl du 6 JuillVl. 



moins hâter sa guérisen et lui envoya, I cette fin, un remède i 
vait être infaillible et qu'elle a?ait préparé de ses propres mains, en | 
triplant les doses pour en hâter Peffet et en augmenter l'efficacité. 
Elle écrivit en cachette un mot qui accompagnait le précieux envoi 
et suppliait son prétendu de le prendre • pour Pamour d'elle». 11 n'en 
fallait pas tant pour décider le jeune homme et la drogue fut ingur- 
gitée d'un seul trait. — On avait oublié de dire qu'il y en avait poi|r 
trois jours, — Le mal prit des proportions effrayantes, Uin4isposltiofi 
devint maladie grave ; le malade en fut peut-être revenu, grâce â une 
constitution vigoureuse et à de bons soins, mais &laclovjie, désespérée, 
voulut une consultation de médecins : ce fut^ coup de grâce. Iluil 
jours après, l'infortuné rendait son âme i Dieu. 

La pa^vre fille ne se consola jamais de cette perte et, quoiqu'elle 
n'eût point soupçonné qu'elle en était la principale cause, elle n'en 
prit pas moins la louable résolution de demeurer toujours fille et la 
tint avec une grande énergie. Après avoir fermé les yeux à ses vieoi^ 
parents, elle se retira â Dinart, dans U petite maison où nous Pavons 
laissée et où ifious la retrouvons, se préparant â frictionner le front de 
sa bonne avec un onguent précieux qui , probablement, si un pro- 
dige n'intervient, doit lui occasioiiner pour le moins im érésypèle. 

La Providence, toujours attentive à protéger Pinnocence oppri- 
mée, vint au secours de Julie : un coup de sonnette retentit i la porte; 

Ce n'était pas un coup de sonnette brutal comme celui aue v per- 
met un agent de police, allant faire une perquisition aans ue aomicile 
suspect. Ce n'était pas non pius le coup de sonnette vigoureux et ferme 
du maître de maison , demandant à rentrer chez lui ; ce n'était pas 
surtout le coup de sonnette empressé de celui qui, ayant un rendez- 
vous à heure fixe, s'est aperçu en arrivant au coin de la rue, qu'il a ou- 
blié chez lui son parapluie, sa tabatière , ses lunettes ou les papiers 
essentiels à PafTaire qui l'appelle au dehors : non, c'était un tout autre 
coup de sonnette. 

Le coup de«onnette en question semblait dire et disait : « N'ayez pas» 
peur, et ne vous pressez pas , c'est moi. Finissez ce que vous avez h 
faire, j'ai le temps d'attendre. • 

Aussi, Julie eut-elle le temps de mettre ses sardines en lieu sûr, d'a- 
jouter deux morceaux de charbon â son fourneau et de se heurter 
contre sa maîtresse qui venait lui demander si elle avait entendu son- 
ner, avant qu'un second appel manifestât la moindre impatience ou le 
moindre empressement du visiteur inconnu. 

— J'y vas, j'y vas, mam'zelle; mais, pour Pamour de Dieu, ne tou- 
chez ù rien dans la cuisine; vous savez que vous faites toujours des 
malheurs. 

— Tiens ! c'est vous, monsieur Tardif, dit Julie au personnage qui 
se tenait debout en dehors de la porte. 

— Oui, m^ bonne Julie, c'est moi; ta maîtresse est-elle â Is 
maison ? 

— Ah ! certainement, qu'elle y est, et vous êtes ben heureux que ça 
ne soit pas elle qui vous ait ouvert la porte, allez ! mais vous allez la 
voir, elle doit être sur mes talons 

En effet, guidée par son expérience, Julie avait deviné que Mii« Ma- 
ciovie Jourdain devait prêter l'oreille dans quelque coin et n'allait pas 
tarder à faire son apparition sur la scène des qu'elle aurait constaté Pi- 
dentilé do la personne de son visiteur. Avant que la porte fut refermée, 
elle était là, tendant la main â H. Tardif, et lui avait déjà dit cent 
choses et fait dix que<itions sans que celui ci eut pu trouver un temps 
d'arrêt pour placer une réponse. Pendant qu'il attend im étemuemenl 
favorable ou un accès de toux pour réaliser son louable dessein, et 
qu'il entre au salon pour causer avec son hôtesse , il est absolument 
indispensable que nous fassions nous-mêmes jplus ample connaissance 
avec lui. 






(La êuiU prachaineme.nl.) 



Jkan LOYSfiAU. 



Angers, inip. de Laine frères, rue Saint-Laud, 9. 



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Id 



«entlnes le Maiaéro. 



N* il 



«JnilMIIII. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samediSi 



ADMINISTRATION : 

8B,*(|Uai dès Grands- AugusUnt, 

àllUlttftfirledeBLéRIOT, 

▲ PARIS. 

et 

LA TACCINB. 



L'osage du vaccin est 
ii^ourd'bui universel- 
lemeot répandu. Grâce à 
Ittiy D0U8 rnetlons chaque 
joor nos enfonts et nous- 
mêmes i l'abri des Ut- 
rîbles atteintes do la va- 
riole, cette cruelle ma- 
ladie qui , sous le nom 
plus connu mais moins 
ju^e , de petite vcroïe , 
imprime ses stigmates in- 
délébiles sur le front de 
ceux quVtle ne peut arra* 
cher i la vie ; nous usons 
du préservatif, mais le 
nom de l'homme dont 
les recherches laborieuses 
nous onl acqtib ce pré- 
cievx antidote reste igno- 
ré de la plupart d'entre 
nous. Ainsi en est-il sou- 
vrat des bieinfinteurs de 
rhumanité. 

Édouai'd Jemier naquit, 
lé 17 mai \1A% k Ber- 
tàejt petite ville du comte 
de 64oeéster, dans la 
Grande-Bretagne. Voué de 
bonne heure à la carriè- 
re médicale . il eut pour 
maîtres les premiers mé- 
deôss de TAngleterre à 
eett9 époque. Ce fut ches 
hia d'entre eux qu'il en* 
tendit un jour une bonne 
femflie affirmer a qu'elle 
ne craignait pas la petite 
vérole, paive qu'elle avait 

en la pieotepou la maladie des vaches; » celte parole attira toute son 
attention, et dés lors il se livrr avec une patience inraligabU à la re-* 
cherche et à l'étude du préseivatif si emcace. 

La vaffialeavattétélonglemt>5 MUS remède; après avoir essa)édedi* 



SOMMAIRE. 
inMKJAmi» jfQvarisii ht r % vaccixb, pnr EvofcnE Pékk, - TOiiÂerrft 

fMrCANi»iDKLiKiiAKr.~B..% I V.'rTBiR mmcmmWÊlkmmm, («sr CLratrmk'EL *f- 
^ LA www» DU I^KitB StÉUT, par AMftoèe NlOOttT. — MMM OUAL^aa Di! 
i^ HKaiB MOIBIB, I ar Jbam 1 OISKAU. 




EDOUARD JËNNER. 



ABONNEMENTS 
A partir du i*^ de ch^quis 

S ÎT, pour aa âJtk 



vers moj^ens pour en itt^ 
nuer les ti^cLs , la méde- 
dnv en iUd venue â eam- 
{lâiitù \o mal par le mal 
liiî'itièiiie. Guidé p^t cer* 
Uliis iiulices . on avait 
tm;igîn(^ de rendre ^nahi> 

en leur inûCùUnl du pus 
empriirUé aux pustules 
des v,nrioloux ; la pclile 
vjola s'clait uiontnic do 
bonne corn posî Lion , et , 
£»lbraite de ce s^icrincû 
valontaire^ elle féviss^til 
MLf>it.s cruellemenl auriez 
lirtiinui qui s'oiTrûtenl 
d'i^lleÂ-mémos i lei 

En priUtince d'un tel 
l'IaL de èiioseâ , on cmit- 
fkri^nd que Jenner aîL^^té 
[nijipé de la ruvékliûo 
.<miJdine de la femme 
ûoï}\ noua ppirlions^ tout h 
t'iicura. La picote dca 
vjcbes est une maladie 
érupliv^e dont les pustu- 
Ws se produite ni parti- 
lièreîii(-Mt sur k pis do 
CU3 anintaux. Li3 pu?î qui 
se forme d^ns o^a pu^lu^ 
ies iei :])1'-ïL viMinient un 
pré^ervalîf pour rUoiiTme 
menacé d'éruptions jna«- 
logucË? Telle fut la quo-- 
(ion que se po5a Jenner. 
il était difftcile J'y ré^ 
pondre ; le? dru puons 
auxquelleft h vaehe e^ 
sujette sont multipleg , 
et (juand les refUcrcUes 
de Jenner lui mitni La 
découvrir qu^ n-irml lui 
habitants des taiiij'agnea. 



beaucoup de ceux qui étaient emploies h ira ire tea rachi^s ècbap* 
paient compléiement à le variole, on lui objectai que d'auLies liom« 
mes, placés absolument dans les n ternes eonJilinns, avaient suc- 
combé i la malaàk. Ce û'etl fé^ m le lieii dû racuut«r en déUii lontes 



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'90 



f^lOUVHIEH. 



f* 



^N^ 



les rechcrcbes auxquelles se livra notre héros, malgré les observalions 

dédaigneuses et découragtfntes dy hryies, detiniédecin^'intve à 

qui il communiquait ^s Qq>érancés. DHns seulé||ent qu'iprèsf^ngt 

ans d'études et d'ob^rratl^s, il déifuipt qu'unÀscule d(^ruf(tîons 

de la vache contenai le (iiservalir. et ^e si ce pifservalif n'était pas 

toujours infaillible ,Mr est q^ne pWsédrfttpas lantftne énergie à ttmtes 

les périodes de Véruplion. Ce point une fois acqub , dçs expérien- 

ce^ltiî^ntMCf^j ;Slle&"rf«4irefi Uit|»tlenlefil âbdlcioi^rtcfTiit 

renoue publique par une petite brochure^ù Jen ner ét ablissait que les. 

diverses varioles qui attaquent Thomme ou les animaux ont entre «lies 

une parenté réelle et tiennent lieu T^j^^ jJç }ji\)itre. U était donc facile 

désormais de soustraire l'hconme à une nuWdW crudle^ ii«iittafti4de | qui ^m- quelquefob p lm î eii rt 

lui inoculer le virus vari^leux de k^.tatfttf ;'^f Hé hii oeeasioime' 

qu'une tièvrt légère^ très-supportable, même au milieu des faiblesses 

de la première enfance. 

} Les hommes intelligents comprirent vite Timmensd portée. de la 

découverte du vaccin (c'est ainsi qu'on nomma, du mot latifl vaeca, 

vache, le virus emprunté à la vache et inoculé à l'homme), çsalgré les 

dénégations et les cris de ses détracteurs. Dès 1800, deux ^iis seide» 

ment après la publication delà brochure de Jeoncr, une société s'était 

formée à Paris pour en propager Tusage ; la société royale de Lcmdrcs, 

l'Institut de France s'empressèrent de conférer au méâfffn.ie Bcr* 

kley le titre de membre de leur Compagnie. L'cnU^siàsme était uni-. 

verse! et les souverains eux-mêmes le partageaient. L'empereur 

Alexandre 11 se trouvant en Anf^leterre, .â) {814, voulut voir Jenner 

et le féliciter. Deux des amis du méd^eijs étaien( trisonniers dé la 

France ; unef simple demande adressée jpar lui à Napoléon suffit pour 

leur faire rendre la liberté. Le gouveinement royal l' Angleterre fui 

moins gracieux que Fempercur des Fri^çjis; Jenner scOicita en vaîA de 

sa munifieence Télârgissement d'un ^^ prisonnier figinçais auquel il 

s*hitéressait également. La noble An(||etçrre saitappUi^irc peut-êtnsi 

la gloire de ses en&nts, mais faire gàçe àungpaiwnit.^. 

Jenner mourut d*une attaqué (l'apoplexie^ 1823. U n'y a de cela 

que trente-huit ans, et pourtant comme jf* le disais en commençant, 

son nom est déjà inconnu du grimjfj|onii)r^. j> ^i • .ui 

. . • ^11 • j^-' ^î ji j j .,- d'un poil imperceptible pour 

Après avoir raconté la vie ne jenner et la découverte du laccm, il ,, \^ J; .,. "^ ■ 

nous reste à donner â nos bons amis, Içs lecteurs ^0 TOuffier^ quelque? 

conseils pratiques sûr'lâ vaccina^ok â^^ enlapts ^u ()^ adultes, c est 

€0 que nous ferons dans un pro€havi articte« ^oènb PéMEL. 



continuellement; k victime ne i^espirant plus qu^uie 
^lenMfo, e8tF.«sphpTée. -^e ^ptile^ifTamé , devenu oirftreiBtt 
proit^ 8*appuia contM les «Ares, eontré" les bloo& de pierre qw mUI 
sa panée; brise sa victiiBO, il îtSSL craquer lei os sont tes eflorts,! 
la ^oio et la réduii <n une espèce de pfit^ en PliumccUntaveelilî- 
qii^r fétide dé^ sofi^stomac. — 5i Taniroal est petit, il n'a pas besdi 
de déployjîr. lant de (prc^, il Tavalelout vivant. Mais 8*il eat tn^ 
gt^èd, «f)rôs louscci cMnbifi; 3 dilate ma énorme gueule , tnh 
sa proie 4 moitié,' la digère en partie avant d'engloutir le re^; nub 
alors devenu énorme et lourd , il perd son agilité, Q te traîne plutdt 
(|u'il ne jRampe* -etileatredaBa une sorte de sommeil de digeitiea 

(Encyclopédie da XIX* s«) 



U. 

Il existe ùans le jardin loologique de Londres (xooldfleMi jwibi) 
un boa d'une assez belle dimension et d'une voracité singulière. Tont 
est bon à cet animaMà. Figurez-vous que Tan passé , il avala , ei in 
même jour,.un parapluie, un chien, une canne (nerf de bonf) etqad- 
^es autres bagatelles de ce genre.. 

Lorsque j'eus l'honneur d'être adnùs en sa présence , le gaiOtrd 
s'était procuré une fantaisie qui risqua de lui coûter cher.-— C^rtaioe 
lady, par pure bonté d'âme, luî^ avait fait hommage de son toamèw. 
Bo;me fortuoe !... ce n'était pas tous les Jours qu'on Im servait pareil 
fftaif Aussi la bête ne fait ni une, ni deux,— sa gueule s'ouvre 
comme nu Blj(ine béant, dont les profondeurs caverneuses disparais- 
sent dans ses replis tortueux. le manchon est absorbé. — La diffi- 
culté n'était pas là ; — force était de le digérer : ce âtt^'âDore de 
^quelques osois il faillit étouflfor . ' 

ui. 



-!-*- 



VORACITÉ. 



te serpent boiu -* !ta mniiclLoii. — le. public. — Popnlt- 
rité« — . Carottes et Gatottenrs. 

"s 

l. 

. Avez-votts vu des boas? Les boas sont les plus forts et les plus 

grands de tous les serpents. 11 y en a qui sont de la grosseur d'un 
homme et qu ont jusqu'à 10 mètres de long. Les combats des boas 
contre les plus terribles çt leî^ plus forts animaux sont célèbres. Ils 
attaquent et domptent le^ lloh?. 

Le boa dmn se cache dans les grandes herbes , sous des buissons 
épais, dans des cavernes; là il attend patiemment sa proie ; sitêt qu'elle 
est à portée, il s'élstnce sur elle avec la rapidité d'un trait; l'a^-il man« 
quée, il la poursuit aveé fureur. Il rampe avec une eflrayante vitesse, 
franchit l'espace d^uk sdttt eu nage comme le poisson, et grimpe au 
sommet. des plusigramls arbres. — Il saisit sa proie , il l'entouré , il 
l'enlace comme uh^lAMeWivant; il l'enchaîne, il la presse par tous les 
replis de son imnlense longueur; -^ Alor^ TaêimaP saisi, haletant, es^ 
soufflé, est paralysé lout-à-coup , ses menfDres sont enchaînés; fixe, 
immobile, il hurle avec effroi; mais bientôt llkaleine empestée du 
serpent corrompt l'air à une grande distance; sa gueule béante vomit 
une bave écumante et fétide, échauffée par les violents efforts qu'il fait 



Mettez-vous âi(»nc i la place de cet animal-U ( en imaginatioa que 

no fait-on pas?) — avec un manchon dans le gosier, — pensez!... il 

n'en £iut pas tant pour embarrasser un homme, ne aûfliriitrîl pat 

vous (aire tousser, cracher, nmmt i«i- 

Mais pourquoi, à propos du boa, menasttre en sçènn«rrf2^n le 
public,*— pourquoi ce rapprochement? '! :/ 

cher public, il s'agit de voracité; il c'est pm 'qtwetiia d'autre 
chose, et sous ce rapport tu ne le cèdes à personne , r^ «eic, — pas 
même au boa! . • : h'i»:\ 

Écoute-moi dbnc , écoute un homme qui iiient te MÊ^fàm 
qu'on fie te dit pas souvent. ** -• • 

Public français !! aimable et charmant en «érité, bè»,» | s ^i a n, 
plein de confiance et d'abandon , naïf et candide à l'excét » jiné$ 
trompeur et souvent trompé, dis-moi comment 41 se £ûi, qu ayaatlMt 
d'esprit, tu 'sois û bête que d'avaler, sans y reg^rd^,'tpp(c^ qu*^ 4c 
jette en pHure?— Mon métier, tu le vois, n'est po9t'(l^.t^i9Î^*^, 
te juge assez fort et robuste pour supporter \^ traiS^sa^ti k fmm*^ [ 

Mas la popularité! me dira-t-on, la popularité >a toos é thtp i p w, 
Et deiffî^ popularité parlez-vous, s'il vous pla!t?*-^ll f «kpepir 
larité de la rue, du ruisseau, du cabaret, qui va et viend, et l ol l fe m 
certaine à tous les vents. — - De celle-là, je n'en veux paS; le hi^asi 
en partage à tous les Hautengueule , pataugeurs ,. flatteurs » Jhgm 
neurs, et à certaine race de bipèdes empmmés , vulfairement^cénna 
sous le nom très-commun de journalistes* — Encore un coi|p » je déJ 
daigne cette' popularité stupide, aveugle et brutale. 

Mais la popularité qui s'attache, comme un hommage, de la 
naissance publique, au magistrat intègre, â l'écrivain sîlicèrft» 1 W 
ministrateur consciendeux , à nos prêtres dévoués, â no 
soldats, — la popularité qui s'acquiert par la lutte contre lot 
ses passions, cette popularité de bon aloi est.ambîtiODiiée par 
cœurs honnêtes — Bt c*est vous qui la décernez, vous. 




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L'QUVRIBa. 



91 



b^\it%Wiii laborieux, hommes d*ordrc a de bon $eo0. vc^na qui ^o^- 
hm la portion la plus considérable de ce qu'oa appelU' k p'^uplë 
français. —Mais gare ! gare ! encore une fois, gare lea caroiles 14 

V. 

' Lg conseil en est bon — et il me ramène tout naturan^nicfnt â la 
voracité d'un certain public dont, à coup sûr, tu ne fait pa^ p3Hi'\ 
toi ami lecteur du journal/' 0//m(;r. 

Qu*un serpent boa absorbe bœuf, lion, parapluie, moutDn. man- 
chon, il n*y a rien à dire i cela. 

Mais quand le public le plus spirituel du mqnde avale uaa m^sso 
gigantesque de blagues, de balivernes, de mensonges, d^crrrurs, dû 
calomnies, —assurément, il y a quelque chose â faire, ^ — El quoi 
donc? 

D*abord avoir confiance dans le bon sens du peuple, du vrai peuple, 
et dans sa droiture. 

Après cela, démasquer hardijnent Timposture , le mensoTigf^, Thy- 
pocrisie, et mettre au grand jour la vérité. 

Sans doute nous ne rallierons pas tous les esprits autour de notre 
drapeau , car le triomphe de la vérité sur la terre est împarfliU. La 
Fils de Dieu, Jésus-Christ, la Vérité incarnée, n'a-t-il pas ck? *!Oiubaltu 
et crucifié?... Mais comptons sur les hommes de bonne voluulé, et 
Tavenir est ft nous. 

Aujourd*hui donc, je veux vous signaler, camarades, quoli]ucMiTins 
des monstruosités, df|^ lubies, des billevesées et des eorneltes dont 
s'est laissé bourrer et farcir un voracc publia. Mais laissons |)arkr 
M. de Ilautengueule lui-même. 

La scène se passe dans un omnibus , te i^ mai de ta présenta an- 
née. »- Les jeunes gens qui liront ce récit apprendront qu'il vunt mm\% 
so taire que causer, — ^ surtout en cowpagm'e* de «gens infonniis.— 
L^omnibus était au Complet. M. de Hauiengu6nle, avec une îfrtcnlîon 
marquée, se pavahait dans son col empesé; sa figure n^bkonde lUait 
épanouie, — son air satisfait;— ^vec bonlieut A careréa!t i:^ barbi- 
che... Heureux mw)rtel! s'il eût pu s'en tenir là!..', mais il est un 
besoin auquel les pliis vaillants ne résistent *^ères, c'est lu htsmn d@ 
parler... Cependant jamais plus belle occasion de se taire ne s^êtait 
présentée^ M*, de H?utengueule. fjélas ! il la manqua. 

Tout près de lui était assis un petit homme , dont la phj^ioncmîe 
accusait' cinquante ans. Sa mise simple, mais propre, contrastait a^cc 
celle de notre personnage. Au premier coup-d'œil, on reconnai^^iiil 
en lui un de nos ouvriers intelligents, sages, i^éftéchis; poSîtifs, — un 
homme pratique et plein d'une franche gaieté. -^ Yoifâ rhoiurne F|y»3 
M. de Hautengueule eut la maladresse de prendre* à partie ^ et voîci, 
autant que j% m'en souviens, la conversation qui s'engagea : 

M. DE Hautengueule (d'un atrnarj(to,if ).— ^Eh hicA^^ oiou brâvc, 
que dit-on dç neuf? • 

L'Ouvrier. — Ma foi, monsieur, ils disent par chez nous que cVst 
la moitié do dix-huiL 

M. DB VAUTENGU£ULB.-7Ahl ah! ah!!.., VOUS êtes un farcÊur. .^« 
je le vois bien et de quel pays êtes-vous ?... 

L'OevRlER. -— De quel paya je suis?... On peut venu fi^t^^^aire- ^b 
sots Picard. 

M. DE Hautengueule (avec un air presque ma/m).— -Lisez-vous les 
journaux?... 

L'Ouvrier. — Ça nous arrive quelquefois. 

M. DE Hautengueule. — Avez-vcua luc^ n^euvean trait d'intolé- 
rance c'est afl'reux !... 

L'Ouvrier. — Quoi donc? 

U. DE Hautengueule. — ^^^ji Jiomme est ^noçt ?pri8 avoir refusé 
les secours de la religion; -««rde son vivant» il jn*avait voulu ri d^s 
consolations ni des prières de l'église, •*- et figurec-vous quà causQ 
de cela, le curé do la paroisse lui a refusé la sépulture chrâ- 
ItenM ! 



L'OuvHîHn. —i Sait-on si, iprêa sa mort, cet homme avait changé 
d'idée? 

HA. DE lUiiTENGUSlstË^ *'— ' Ëh bien l vouîi te crolrei si voua le vou- 
lez, mab en sont ces cboses-là qui perdent b religion. 

L'ÛuvniEa.^ — ^Ah! bah! monsietir, pour le coup c'est vous qui 
êUis un farceur! 

M. DE II AUTEN&iiEULE. ^Comment* sachet que je suis vou» 

jïû savci p33 kqni vous parlei..... 

L'UuvriiER, — Ma foi, monsieur ^ c'est bien k vous. 

IL DE HautëN^UEULB. — Je vous db que vous ne savftï pas qui je 
suis. 

L'Ouvrier {ians te IfOîtWfr). — Cela pfeol être, • 

M, DE Hautengueule {renversant sa fiie en arrière). — Monsieur, 
je mis journaliste, 

L'OuvniËn, ««^Je nem^en doutais pas... vous ave« l'air d'nn brafo 
et digne monsieur, mats vous avei tort de prendre la mouche. — On 
peut être journaliste et lionnêle hommf*, 

^1 , DE Hautengueule, — Ne savcï-vous pas que h classe journaliste 
csl toute dévpuée àFintérct du peuple? 

UOuVRïEn. — ^Non, je ne le Bavais pas. 

M. DE lUtJTENCUEULE. ^ Mais, notre intérêt hii-même nous y oblige. 

L^OuviviEci, — Je sais que TinlMl fait faire et t^it dire bien des 
choses. Je vah cela tous les jours, dans m% position dWvrier, Or ne 
fidl ri^în pour rien, ^-* tout par calcul. 

M. hK HAiiTËKtiUECLSp — Vous ne connaisses p^s les journaliates, — 
ils sont plus dévouas au peuple que vous ne peoséï, — vous êtes un 
ingrnl. 

L'OiiViiiEft ipiqité par celle paroh). — Un ingrat ! Je sais, monsieur, 
râcoimaître loua le^ services qui me sont rendus. — Je rends justice 
h chacun. J'ai été malade, j'ai eu besoin d'argent, de m^dicamenls, de 
soins, de coiiBobtions, et si, dans mes malheurs, un journaliste m'avait 
rcf^du <lut!lque service, je le prinilamerais hien haut. Je suis la franchise 
ni^me, eh lien l ii'est un vicaire de ma paroisse^ e*e£t une bonne scBur 
dû cluinté qui mu sont venuâ en aid<^..... Non, non, il ne faut pas faire 
tant d' (embarras parce que vous êtes un hou^me de plume. Quel mérite 
aveît-vûus donc à écrire?,,,*. 

M. de; Hautengueule (*îij[rp^«^/^af ctile sortie imtkndue}. — Qml 
mérite!... Vous ma demandes c^uel mérite T.. . maî^... mais je ne dis 
pas qu il y ait du mérltOi jo n^aî pas dit cela,... vous me faîtes dire dea 
choses que je ne dis pas , et que je ne pense pas.. .. je ûh seulement ..* 

L'OuvfUEii. — I^toï, je voiu dis qu'il n'est pas difficile de barbouU* 
1er un peu Je papier,.. 

IL 0B HAUXENCUEtJLË [d'un tm wdoucî). — Si c'était diflicilo, rst-ce 
que nous pournens éàlre comme nous faisons^ ^^ La r^ileiion ne 
nous embarrasse pas, car obligés daller grand train, noua n'avofis pas 
même le temps de réÛéçLir. 

L'Ouvtiii^n. — Feu mon bonhomme de père avait coutume de me 
tti^e '. Uoà garçon f réQécliia taujoiirs avant de parler, *^ ça devrait 
étt'o tout de même attant d'écrire. 

i\]. ^B tUuTE.scCEULB* — Ça ne noua emptîche pas décrire su? 
toute espace de cbo^es... bien au contraire.*, çt nos ketcnrs, qui soot 
de tons enfanta, ne se montrent pas difficiles. J'oserais même dire ( ici 
M. ûé Uaulenfpfmk bama mode^lemefii les i^ettx] qu'ils ont en nous une 
confiance imméritée. Sur les qiicslixm s religieuses, par exemple^ notre 
|] an lie a du poids, .> hum ! hmn !,,.»il quoiqu*en disent le J'ape cl Ici 
Ëvcqués... bum! hum I 

L'OuvRtEfi. ^ Ah i oui... oui, ils diront que tous parlei à toJi cl â 
travers, do ce que vous ne connaissci pis..» que vous êtes des brouil- 
lons... des farceurs... des cuiïtrea*.» des blagueurs.., 

M. DE lUuTENGUEtJiË.^ — Aussî nous leur en avons flanqué du tifi- 
toîn avec le fameux abbfî Mallet l .♦ 

L'OuViViEH. ^Eb bien ï qu*cst-ce que cela prouve?... la bslle af- 
faire L.. parce qu'il se trouvera un roisérablo parmi les prêtres, est-ce 
à dire que tous lui ressemblent!.., Vous rail onnex comme un tamhour 
de basque,.. 

Ml DE HAUTESTiUiULl ( ^r/î M s'attendait pfis û alU rifltxwn\, »m 



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. ^:\%r^ 



L'OUVRIER. 



Plilt'îll.. ¥001, 

L'OtJVRiER. — Précinîmeût ! naut y sommes, 

M. DE HAUTEKr.DÊLîLE. — Volre adféBsel. je teiii savoir voire nom. 

L'OuvRi£n. — Mon nom d@ père en fik, c'est Loii la Tranquille. Mais 
l«s ramurtdeft m'ont «urnommi! Oui^on, 

 cfile réfonie, tûui In t^yageurs partent d'un éclat tk me. M. de 
HaMtenguiuh demande à deuntdre^ e* il court enrore... 

Candide Le Fiukc. 



FKÂNÇOIS BOURKEY 

tk LETTRE DE COMMANDE'. 



ÎV. 

Cet hGmtn€, forgeron de son éUteUii Tréquenli chdnuges, étiittin 
parent de la femme de Boume^f ; il fl-appelait Rufiu LêbexQp Ce nom 
de fâmiUe allait fort nml, il l'iTouâil lai-même^ I ion corps (rapti, â 
6a grosse tête coiffée d'une forêt de cheveux roux el crépus; et il 
raurait volontiers changé contre celui de Lefort et torlout de Le« 
grand. Mais pour Tempire du monde , il ii*eûl p&int quitté son nom 
de Rufus^ dont la conaonnance latine résonnait agr^blement i ton 
oreille » en te rapprochant dans sa pensée des Horatius Codés, des 
lliitius Sc^Tola et autres héros de la république romaine. 

Devant ses camarades et devant lui-même , RufuA se posait tout h 
la fob en victime de la société et en savant politique. Or, il n'était ni 
Ton ni Tautre. Q avait eu de grands revers, mais causés par ses pro- 
pres fautes; et il était en vérité plus ignorant des choses puhtiquei 
£Tec £on demî'Savolr puisé de ci de 11 dans lea journaux, que e^il n'a* 
vait jamaii rien lu. 

Pilier de club , ferme soutien des doctrines anarchiquêi qu*il ne 
eomprenait pas toujours, hom£, passionné, entêté, inébranlable dans 
les principes qu*il s'était Tails vaille que vaille de toutes pièces , il 
cropit tout savoir et ne savait rien ou savait mal , ce qui est pire. 

Ru fui avait été mattre forgeron. Ruiné par de mauvaises spécula- 
tions, il était maintenant simple ouvrier, errant d'atelier en atelier, 
travaillant un jour , renvoyé le lendemain et le plus auvent sans ou- 
vrage. Il était sobre cependant et Infatîgahle i la besogne quand rien 
ne Ten venait distnure ; mais il se laissait détourner sans cesse, soit 
par la lecture des journaux, soit par les discussions, disputes et dé- 
clamations politiques qui faisaient de lui la terreur secrète des pa- 
trons et un véritable dissolvant pour les ateliin où il était admis, tl 
ivait une femme et une fille qu'il aimait et qui n^en souffraient pat 
moînt beaucoup d'être attachéei Isa fortune; car Ta Section qu'il leur 
portait ne modifiait en rien son caractère et sa conduite. Quand li 
misère était chez lui profonde, aCTamée, il se prétendait trop fier pour 
se faire inscrire à Tindigence et accepter ouvertement le pain de 
l'auméne j malt II retombait sans honte , lui et les siens, & la diarge 
de Boumey. Il défendait chei lui lea plainte et les larmes parce que, 
disait-il, en se drapant en romain « la plainte est une fathlesae et les 
larmes une lâcheté ; tandis que lui-même ni cessait de pUindre amè- 
rement la classe ouvrière , uns songor qu'il décourageait et irritait 
par la pensée incessante de leurs maux ceux dont il prenait ta défense 
I tort et h travers et sani réfléchir qu'on pouvait I bon droit taxer 
de lâcheté les paroles haineuses et de mauvais conseil qui sortaient 
en toute occasion de son eœur ulcéré. — Tel était Rufus. 

— Eh I dit- il en entrant dans Tatelier, son journal I la main , il j 
• donc de Touvrage icit 

Gerbeau leva h tête , regarda le nouveau venu et ne lui répondit pas. 

Rufus avec tes grandes déclamations ennuyait et eflrayait Gerbeau. 
Quant I Bertrand, ecetapé de ie« nutib, il n'entendit pas le forgeron, 

* T«irtta*d«r£>i»f^du il^utUei* 



autremèAtil loi «mit polimeoi répondu. H sttait bian etfmÀuA fM 
Rufus lé regardait du haut de ses divagations pditi^pMs «I traitait SM 
bon sens de pauvreté d'esprit 

Laissé i lui-même , Rufus allait reprendre la lecture de son inter- 
minable journal ; mais les camarades avertis par Victor» aceouraiest 
Us firent une entrée bruyante et joyeuse , précédés de Victor qui 
chantait â pleine poitrine eette parodie spontanément improTÎtié»' 
de la Pamienne : 

Bo avant, marteau, 

Tarlope et dseaa , 

Courage 1 à la besogne. 

— *(rest doue vrai, demandèrent les autres en se groupant autour 
de Gerbeau , il y a vraiment une commande et nous sommes em- 
bauchés ? 

— G'est-â-dire conditionneUement, répondit Gerbeau. Dieu veuilU 
que ce soit tout-â-fiât. Ce n*est pas la bonne volonté qui manque au 
patron, c'est le capital. 

— Tiens, Gerbeau, je t*en prie, dit Victor, ne répète plus cela. 
Toutes les fois que j*entends prononcer ce mot de capital , j*ai eaw 
de me mettre en colère... Si le patron ne Fa pas, ce maudit capital, eh 
bien, â sa place, il trouvera du crédit 

—Ah I tu crois ceU, toi , dit Rufus. En voilA encore uu jobard 1 
On ne (ait crédit qu*aux riches, entends-tu, mon garçon. Boumey ne 
possède ni terre, ni maisons, ni rentes. Il n'a que sa parole et ton 
honneur â engager ; c*est une valeur que les capitalistes ne connais- 
sent pas. Je vous le dis â tous ; Boumey ne trouvera pas de crédit, 
parce qu*il n*a pas de bien qui réponde pour kd ; et vous n*aures pas 
de travail, et vous siourres de faim, parce que Blpumey est un proie- - 
taire et vous de pauvres ouvriers. 

-^ C'est bien malheureui, dit Certon, qu'il faille que l'empruBteiir 
ait de quoi répondre ! 

— C'est de toute justîee, répondit Bertnmd, car n les afiàires de 
l'emprunteur ne réussissaient pas, il ne pourrait rendre l'argent prêté V 

— Le beau malheur, reprit Rufus. Quand on ne rendrait pas snx 
capitalistes l'argent qu'ils amassent «t qu'ils entassent 

— Oui, ce serait un malheur, réphqua Bertrand, parée que ks oh 
pitalistes seraient ruinés et le crédit avec eux. Alors comment irait le 
commerce? 

— U irait peut-être bien tout seul, dit malignemeot CeiUm. 

— 11 n*en irait même que mieux, ajouta Rufus avec unmeneiQMDi 
aplomb. S'il n'y avait plus de capitalistes qui accaparent l'aifeut et de 
crédit qui exige des sAretés, Boumey trouverait de suite les avanças 
dont il a belbin pour vous faire travailler. 

— Et â qui emprunterait-il cet argent, s'il n'y avait plus de capitn* 
listest demanda le tranquille Bertrand. 

-<A l'Eut, parideul répondit Rufus. 
— Et comment l'État aurait-il cet argentt 

— Parée qu'il posséderait tout. 
-^ Quoi, tout t 

— Les revenus, les terres et tous les biens. 

— Et l'Eut prendrait^l des intérêU? 

— Non, sans doute, puisque les intérêU sont la ruine de l'em» 
prunteur. 

— Et l'emprunteur serait-il obligé de rendre â l'État l'argent prêté? 

— Non, s'Û éUit prouvé qu'il ne peut pas le rendre. 

—Tiens ! s'écria Certon , voill une ûimcuse idée ! tout le monde 
emprunterait s'il ne &Uait pas rendre. 

— Et alors, un beau matin , reprit Bertrand , l'Eut qui ne réou- 
vrait ni les intérêU ni le capiUl , serait ruiné aussi et ferait banque- 
route. 

—Tant pis pour l'Eut, dit en riant Certon. Ceux qui hd auraieai 
emprunté l'argent sans être forcés de le rendre, le garderaient etd^^- 
viendnient capitalistes i leur tour. Quand je vous dis que c'eaft 
une fameuse idée. Ah ! l'ami Rufus en sait long! 

Rufus ne sachant pas trop si Certon raillait ou parlait s érieue s ■■ 
ment, se leva, tout prêt ^ «e ficher, mais Boumey rentra. On ne Ptir» 



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rOUVRlER, 



m 



Iten^k pts ihdt. Le» outriers se tournèrent fera lui dti» une muette 
intorrogitioii. Boumey ttait Pair soucieux et découragé. II s^assit et 
jeta son chapeau sur un des établis, sans prononcer un mot. 

— J*en étais sûr ! s^écria Gerbeau avec un geste de désespoir. Le 
patron n'a rien trouvé. Adieu la commande! adieu l'ouvrage. 

— Ce nW pas ma (aute, dit fionmej. J'ai été ches tous les amis. 
PenMme n'a d'argent. 

— ^'esi-â-dire, s'écria Rufus, que ceux qui en ont le gardent. 

— Et pourquoi le gardent-ils, répliqua Bertrand , si ce n'est parce 
que les révolutions et les émeutes ôtent la confiance et le crédit? 

• — :£st-ce qu'on en a besoin de votre confiance et de votre crédit, 
reprît Rufuad'ad ton colère t L'puvrier ne devrait-il pas se faire jus- 
tice kii-mème et aHer prendre dans les cofFres où on le cache, l'ar* 
gent dont il a besoin pour travailler ! 

*^Les ouvriers ne sont pu des voleurs , dit Vîetor avec indignation. 

— ^Ila aiment mieux être dee nisùs. Mais il fiiudra que tout cela 
change. Quand l'État aura enlevé aux riches cet argent, fruit de la 
sueur du peuple, dont ils se gorgent et qu'ils enfouissent, le travail- 
leur n'aura plus besoin de tendre honteusement la main pour mendier 
Targent nécessaire i ses avancée et-alors nous aurons véritablement 
le droit au travail. 

— Cest vrai, repartit Bertrand. Les fabricants n'auront plus besoin 
d'avances, car ils ne travailleront plus pour eux-mêmes et pour leur 
toiMe; ils tràvaitteront pour l'État comme l'esclave travaille pour 8<m 
maître ; et non-seulement l'ouvrier aura son droit au travail , mais il 
y sera contraint comme le bœuf l'est à labourer la terre. 

-^ Le bœuf mange au moins , dit Gerbeau accablé ; et nous, faute 
de qudque argent, doqs voQè tous perdus, nous, nos familles et nos 
enfants. 

-^Voos le abrites bien, Mnéts que vous êtes, dit Rufus d'une 
voix sourde. 

— Nous ne sommée pas encore si bien perdus que tu le crois, Ger- 
beau, reprit Bertrand sans écouter Rufus. Je suis sûr, monsieur Bour- 
ney, que vous n'avea pas pensé â aller chez M. Meyer, le banquier. 

— Non, certes, répondit Boumey. le n!ai jamais mis les pieds dans 
une banque et je ne les y mettrai jamais. 

-— Et tu auras raison , dit Rufus. Un ouvrier honnête ne doit pas 
avoir recours & un argent qui est le fruit de la rapine et du vol, et le 
propre sang des malheureux que le banquier ruine. 

— Nous sommes du même âge, monsieur Bourney, et de la même 
ville de Mulhouse, continua Bertrand ; vous deves connaître comme 
moi la &mille Meyer. Ce sent d'honnêtes fabricants. S'ib se sont en<- 
richis, ce n'est pas, comme dit Rufus, en ruinant le peuple, mais en 
le faisant vivre. Eh bien, le banquier de Paria est le frère du fabri- 
''•ant de Mulhouse. Ailes le voir. 

«—Pourquoi, demanda Boumey t qu'irais-je y faire? 

— ^Je vais te le dire, moi, s'écria Rufus en dressant sa grosse tête : 
to iras y chercher ta ruine. D'abord , tu n'es pas certain qu'il te 
prêle, Tu n'es qu'un prolétaire sans sûreté, car tu n'en u pas d'autre 
que ta paM>ls. 

—Et la lettre de commande, observa Bertrand. 

— C'est vrai, monateus Boumey, dit vivement Gerbeau , Bertrand 
a raison. Votre lettre de commande est une sûreté. 

— Mais» s'ftltB fait les aianoea dont tu as besoin, continua Rurus 
lans répondre â l'argument, il te grugera, il te mangera tes bénéfices 
par des intérêts iHO. 40, 50 pour cent... 

-— Ce sont les usuriers qui prêtent i. ce taux , dit Bertrand ; les 
banquiers ne sont pas des usuriers. 

-— Et qnand arrivera réchéance, continua Rufus toujours sans ré- 
pondre à Bertrand, tu ne pourras pas payer; et ton banquier, honnête 
hofluae et scAsible, te fera poursuivre. Les frais de protêts, d'huissier, 
detribunauK, doubleront ta dette. On te cliaEsera de chcatoi, on 
vendra ce que tu possèdes jusqu'à ta dernière chemise ; on te met- 
tfa dana la rae, toi, ta femme et tes enfants ; on te jettera en priison 
et ta seras ruiné de fond en comble, sans pouvoir te relever jamais. 
h\\ c'est une belle chose, ma foi, que le crédit. J'v ai oassé. J'ôinis 



patron ausai, moi, avant d^êlre m que je suis devenH, c*esl-A-dire, un 
ouvrier prolétaire nomme vous tous et dans la misé ri? ; et pour f?n avr^ir 
Hiè de votre crcyJil , pour avoir eu recours I lui , jVi eu proc^^ sur 
procès, jugement sut jugi^ment, condamnation sur condamnation, ^t 
î'ai dû aller, pendant cinq am;^, gémir dans h prison de la délie» à 
Ctiehy. Et jû ne %ms pas le ieuL Tu connais louarrf, le lampiste; 
Frémond , le njarthand de boîa ; Pierre Anguy , le marchand de fer» 
et lant d'autres qui sont aujourd'hui sur la paîile...,. Ah! le crédit! , 
J aimerais mîeui pour toi, Bourney, une corde passée â ton cou et qui i 
t'étrangle tout de suîte« 

— ^n j a encore quelque ehose de meilleur, reprit Berlrand ave* 
un calme souriro ; c'est de faire honneur â ses aflaircj. On peut eer^ 
laine ment se ruiner par le crédit , quand on 9^ en sert împtudemmeitt 
ou qu'on en abuse. — Sans parler de vous, Rufus, et de tant d'autres, 
Jouarre, Frémond, Pierre Anjjiuy ont tous tenté de grandes spécula- 
tions dans le commerce ou dee entreprises hasardeuses Tandis que 
vous, monsieur Bourney, c'est différenl. Vous ne spéculer pas ; ee 
sont des avances, pour une commande assurde , que vous empnmtei. 
Vous Irav aiderez â coup sûr. Nous sommes de bons ouvriçri ; nous 
ne perdrons pas nos journées , vous en Êtes cerlalnf puisque depuis 
longtemps vous nous connaissei. L'ouvrage sera prêt le jour convenu 
et on vous paiera exactement. 

— - Comment en être assuré ? demanda Bourney, 

— En allant consulter M. Meyer, S'il vous dit de prendre la com- 
mande, c'est que le payeur sera bon. Alors vous marchefet avec con- 
fiance* Nous travaillerons régulièrement , vous paierez M, Képi  ré- 
chéance. Vous aurez fait une bonne aiïaireel vous nous aure^ tous sauvés 

— Je le savais bien, dit Rufus, G*esl voire propre intérêt qui vous 
pousse h ruiner Bourney. 

A cette sotte injure de Rufus, tous les ouvriers répondirent par «Il 
hourra dindignation. Victor s'^avança vers Rufus » prêt h lever le 
poing; mais un pur et placide regard de Bertrand avait déjà fait bail* 
ser les yeux au forgeron. Il ne vil pas le geste de Victor 

— Je m'en vais» dit- il, en gagnant la porte. 

Cependant il se retourna sur le seuil et le bras levé, d'un air pro* 
phé tique f il ajouta avec emphase : 

— Ecouteï tous mes paroles ! Je te le prédis ^ Bourney, le crédit le 
ruinera. Du jour 06 lu lui auras confié un seul de tes cheveux, il te 
dc'ïvorcra jusqu'à la plante des pieds. Je t'aima trop pour assister I ta 
perle, Adieu, je ne reviendrai plus. 

Ru fus ^ ayant ainsi parlé, tourna le dos et s^en alla, Bourney le lais ai 
partir; il savait bien qull reviondrart. 

— 11 faut donc que nous nous en allions tous aussi i s'ét;ria Gerbeau 
avec un douloureux soupir ! Qu'est-ce que je vais dire I mon pro- 
prictaîre, mon Dieu T 

Bourney ne répondit rien i cet appel si éloquent de Gerbeau. Bour- 
ney rtîfiérhissait. 

Son hésitation à s'aventurer pour la première fols dans un ^m^^ 
pruntj était très -sage et Irts- naturelle, 

Bourney ressemblait â beaucoup de petits fabricants. Économe ^ 
rangé, prudent même et asseï entendu, il menait bien ses aflaîres 
lorsque, sans sortir de la marche ordiMaire, elles ne dépendaient que 
de lui seul. Mais, peu instruit en savoir-faire industriel, il craignait 
comme le Feu, et il avait bien raison 1 lea huissiers , les avoués avec 
leur attirail de procès et de chicane. Crédule, et pourtant défiant et 
craintif quand il croyait ses inlérêla compromis , il n'en était que plui 
entreprenant, plus prompt â se décider quand il y voyait clair de- 
vant lui , et plus ferme , plus courageux quand il était sur son terrain* 

La commande de New^York était une bonne aubaine dont il dêsi* 
rait vivement profiter pour ses ouvriers et pour lui-mcme ; mais un 
emprunt le jetait dans une voie qui lui était inconnue ; voie où tant 
d'autres trouvent leur perte. C'est pourquoi i) hésitait, 

— J'en suis aussi fâché que vous, mes amis , dit-il enfin ; mail 
vous ave^ entendu ce qu'a dit Rufus. Il n'est pas le seul à parler 
contre le crédit. Et ma foi j'&n ai peur. Mo' Aum ^e doit songer 4 
mi r. mille. 



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'^^^Z\t^^r:: 



L'OUVRÏER. 



^la n'«î jamais menti , monsieur, dïl Bertrand , «n A tant «â cat- 
qnettâ et levant la main Yera le ciel ; eh bien , je vous assure que 
Rufua te trompe; si ce que je vous conseille pouvait vous nuire, je 
me tairais. Allez voir M. Meyer. Une visite ne vous engagera pas et 
j*ai dans Vidde qu^il nous lirera de peine, , 

— Oui \ voy6ï-le, monsieur, pour l'amour de nous, dit Gerbeau en 
■'etsu^anl les ^feux \ 

— Ëcoytez Bertrand , notre patron , ajouU Vicier. Il ne pèse pas 
lourd au physique, le père Bertrand , vu qu'il est maigre et creux 
eomme un fer de vilebrequin^ mais au moral il a bon poids; et puisque 
dans son idée un banquier peut être â Focçasion une manière de pro- 
vidence et que la Providence c'est son faible, il faut le contenter et 
&ire ce qu'il dit. 

— Vous le voulez tous , sMcria Boumey avec impatience ! je vais 
allûT chez M, Me^'er, mais je vous déclare que je ne consentirai Ârien 
«ans être certain de pouvoir Taire honneur â ma signat^'^re. 

Il Eortit. 

— Atlendcz le patron, dit Bertrand â ses camaradet. Aypi confiance, 
véus verrez que M, Bourne; reviendra avec une bonne réponse, 
^-^ Oh l qu'il n'y a pas de danger que je m'en aille , répondit Victor. 
Tous restèrent, 

( Im suite rit prochain numéro, ) Cléuent d'Elbiib* 



Ik PIPE DU PÈRE RÉMT. 



-* Voyons p ^ûus TOUS plaignez que les denrées sont chères et que 
le gain n'est pas toujours fort honnête. 

— Ah I oui , monsieur; je ne connais que trop la vérité de ce que 
vous dites là. 

— Eh bien 1 «avez-vou* pourquoi, père Rémy^ le boni du compte 
Yous semble tel? 

— Mon Dieu ^ monsieur, e*est qu,e Ton est le pauvre père d^une 
nombreuse famille ; c'est que la nature est avare ^ les pommes de terre 
malades, c'est qu'on n^a plus la force de manier toute une semaine 
la scie ou le rabot, c'est que le travail est rare et mal payé; enQn c'est 
|ue tout va wiaL 

— Hais enfin, père Eémy, aï vous ne dépensiez pas tant, voua 
pourriez ittrapper plus commodément le bout de Tannée, 

— Que voukï-vous dire ? 

-^ Oui, je erois que vous vous passez certaines chosea. .. 

— Oh î ma foi, moniiîeur, jamais. Mot, dépenser l Ah î certes, non; 
fcuillei croire que l'économie. . . 

— Ne vous hasardez pas trop^ Bémy . Si vous n'employiez votre 
petit pécule qu'aux besoins de votre ménage^ voye?., vous seriez riche 
dans dix ans; dans dix ans, Ton vous nommerait peut-être maire ou 
député. 

— Oh î ohl et comment donc? répliqua Bémy en se croisant les bras. 

— Je parie que vous avez une pipe , \à , sous votre blouse t 

— Eh bien? 

— Ëb bien ! il voua songiez que c'est elle qui rend les denrées 
chères, et médiocres les profits, ai vous saviez que c'est à cause d'elle 
que tout va mal, vous n'bésiteriez pas à la briser surde^hamp. 

— Quoi l ma chère pipe !»., 

— Si vous songiez que c'est votre chère pipe qui vous prive bien 
souvent des cboses les plus indispensables , que cet objet fuit Le sur 
lequel &e reposant vos plus douces affections , est un ami traître et 
pcrQdCi un ami qui suce votre santé et votre bourse et qui vous me- 
nace des plus tragiques événements ; encore une fob ai vous songiez 
â tout cela, vous briseriez sur-le-chantp et sans regret ce fragile, mais 
pnissa ut i ni» t r u m e nt de mal heur. 

Remy ouvrait de grands yeux. 

— Gomme «ous le voyez, je m'anime un peu ; mais il s'agit de 
votre iniéi-èt^ m' la pi^e^ c'est *"^pable de tout Coite iiipc ne route 



qu^un sou. Eh bien! en admettant Fimpossible, c*esM-dire que von» 
réus^isi^iez â la culotter pendant dix ans , savez-vous combien elle 
voiK aura pris de nourriture? Comptons, père Rémy. Vous dépenses 
bien un sou de tabac par jour? 

— Quelquefois deux, dit le père Rémy, d'une voix altérée. 

— Ne comptons que sur un sou par jour , cela fait huit sous par 
semaine, un franc cinquante par mois, dix-huit francs par an; et au 
bout de dix ans vous vous êtes privé pour cent quatre «^vingts francs 
de pain. 

— Mon Dieu ! comme cela va vite ; je n*y avais jamais pensé. 

» Attendez, père Rémy; faites attention qu^avec tout cela, il n*y a 
point de pipe cassée ; supposez une pipe tous les mois , ce qui est la 
meiiure ordinaire, cela fait au bout de dix ans cent vingt pipes et un 
excédant de dépenses de six francs; total : cent quatre-vingt-six 
francs de fumée. Observez que je ne compte pas les jours où vous pre- 
nez pour deux sous de tabac , et les jours de fêtes où vous êtes forcd 
d'en acheter pour trois. Ajoutez le nombre d*allumettes qu'il faut a«. 
bout de dix ans pour allumer toutes les pipes fumées dans ce laps de 
temps. Considérez avec tout cela que vous vous ruinez U santé sons 
prélcxte de reprendre courage , que vous perdez votre temps, que 
vous brûlez votre habit, que vous pouvez mettre le feu i votre mai- 
son » que vous vous exposez â perdre l'amour de votre femme , que 
vous donnez le mauvais exemple è vos enfants qui vont tripler et 
quadrupler les dix-huit francs de tabac par an et le nombre de pipes 
cassées. N'oubliez pas que la pipe nécessite i certains jours la tasse 
de café, le pousse-café ou la bouteille de vin ; et alors les dépenses 
s'en vont croissant à Tiofini ; bien heureux si vous n'êtes pas oblige 
de solder le menu de deux ou trois amis. Enfin , joignez à tQÙt cela 
ks disputes qui peuvent nattre , les combats qui peuvent surgir au 
milieu des vapeurs du tabac, du café ou du vin, et vous aurez unn 
médiocre idée 

— Oh ! de grâce, interrompit le père Rémy terrifié. 

Ei le père Rémy brisa sa pipe contre terre en s'écriant : C'est la 
dernière ! Amédée Nicolbt. 



LES ORAGES DE LA HERE NOIRE *. 



CHAPITRE a. 
Honsienr Gédéon Tardif. 

U. Tardif, Gédéon Tardif, était garçon , habitait la petite vffle de 
Dinan, et vivait modestement de ses rentes, firuit de la succession de 
ses pères , modeste héritage qui consistait en une petite maison qu'il 
habitait lui-même en ville et en un jardin potager que cultivait pour 
lui un vieux et honnête jardinier, sur les bords de la Rance. 

U était frère d'Anna Jourdain, plus âgé qu'elle de quelques années 
et parent très-éloigné, par alliance, delà famille Jourdain. Le degré 
de parenté était parfaitement inconnu, ce qui n empêchait pas qu'on 
ne s'entre-appelât cousins et cousines, selon Tosage de la Bretagne . 
où tout le monde est parent de tout le monde. 

Gcdéon Tardif était un homme d'une quarantaine d'années, mais 
qui semblait avoir atteint la cinquantaine ; soigné et irréprochable 
dans sa tenue, propre comme un bijou et rangé comme trne corvette. 
Son chapeau à larges bords, sa catogan serrée dans un ruban de tc- 
lours noir, sa culotte courte, ses bas de soie, ses escarpins i larges 
boucles, tout en lui annonçait un homme d'ordre, de méthode, de 
j tige m ont. 

Sh figure se résumait flans nn nez qui en formait Tmàque point 
appircnt. 11 était trop gros et trop long pour pouvoir .être classé 
parmi les nei vulgaires. Si quelqu'un eût été ehargé de faire son si- 
gnalement t pour demeurer dans le vrai , il eût* fallu le formuler ainsi : 

< l^cirlefn*-i?'^/'aHPft«fdu44Diaiatt9SJttiD«det6etl3iiiUtoi> 



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LVOUVRIEH. 



W 



Front : Descendu dans le nez. 

Joues : Absorbées par le nez. 

Menton : Monté, dans le nez. 

Nez. : Énorme. 

Signes particuliers : Un nez comme il n*y en a point. 

Avec tout cela , W. G. Tardif était un excellent homme , aimé de 
tous ceux qui le connaissaient et toujours disposé à désirer rendre 
service à quiconque avait besoin de lui. 

S'il ne ressemblait pas à quelqu'un, c'était à Ml^« Maclovie : autant 
die était précipitée et vive, autant il était calme et lent. On dit qu'il 
avait attendu dix mois et un jour avant de se décider à venir au 
monde. Son enfance s'était écoulée sans bruit et sans incidents nota- 
bles ; il avait reçu de ses camarades d'école une foule de coups de 
poings qii*il n'avait jamais rendus. Sans avoir une grande vivacité d'es- 
prit, il avait fait néanmoins de bonnes études à force de patience et de 
travail. Livré à lui-même, il avait mené une conduite irréprochable et 
ne s'était pas marié, uniquement parce qu*au moment de faire ou de 
laisser £iire les démarches nécessaires pour réaliser la chose, il s'était 
toujours trouvé que la patience de la demoiselle ou de ses parents 
avait été mise i bout par sa lenteur et le temps qu'il avait pris pour y 
réfléchir. Dix fois il avait pensé à un établissement, et dix fois il était 
arrivé qu'après avoir bien et dament pesé le pour et le contre , étudié 
Le caractère, la famille, la fortune de celle sur laquelle il avait jeté les 
yeux, au jour et à l'heure où il allait enfin se décider à faire parler aux 
parents par qucflque personne intermédiaire, il s'était passé une scène 
comme celle dont nous allons donner un fragment. 

M. G. Tardif.— Après de mûres réflexions, chère madame, et après 
avoir bien et dûment pesé le pour et le contre au sujet d'une union 
que je projette, il me semble que je puis enfin , sans trop, d'impru- 
dence, hasarder une tentative, et je viens vous prier, sachant la bonté 
que vous m'avez toujours témoignée, de vouloir bien sonder le terrain 
et me servir de gracieux intermédiaire. 

M«»« ••• — Mon cher monsieur Tardif , mais je ne demande pas 
mieux; vous savez que mon mari et moi vou8 estimons infiniment. Je 
ferai tout pour vous être agréable : seul^ent» ayez la bonté de me 
dire de quoi il s'agit. 

M. G. T. — C'est peut-être bien audacieux i moi , chère madame ; 

mais e^n, j'espère me rendre digne etc., etc., etc. (Suit une 

longue périphrase qui se termine ainsi) : C'est votre nièce. Mademoi- 
selle Zoé R. 

Mae '**. — Ma nièce , pber monsieur Tardif, eh ! mon Dieu , que 
Qe me i'avei-vous dit plus tôt? les parents désiraient vivement cette 
union ; l'eulant y eût consenti avec plaisir ; on a même, dans cette es- 
pérance, .voyant que fous avioz eu quelque politesse pour elle, attendu 
plus d'un an av^mt d'accepter un autre parti ; mais enfin, votre silence 
prolongé a fait Croire que vous i^'y pensiez pas et elle s'est fiancée, il 
y a huit jours, avec M. Jules Y..., que vous connaissez, du bourg d% 
vran. Pourquoi donc austi m'en parler si tard 1 

M. G. T.— rJe voulais, chère madame, y penser mûrement d'a- 
vance, et -se pas faire de démarche irréfléchie. 

M"»* ."*. — Oui, mais avec vos lenteurs vous avez perdu l'occasion 
de donner un excellent mari i ma nièce et de trouver pour vous une 
excellente femme, car soit dit sans la vanter, Zoé est une charmante 
enfaiit. 

M. G. T. ^— J'en aile plus grand regret, je vous assure. C'est pour 
moi ip'esttoiite la perte. 

Um.'^, — Pour vous et pour elle ; mais aussi , monsieur Tardif, 
rous ne tous-- décidez jamais à rien : vraiment, c'est agaçant d'avoir 
aflaire avec voue. Vos amis ont bien raison quand ils disent que votre 
nom de fiimille est bon , mais que votre parrain aurait dû seulement 
vous donner le nom de Josué plutôt que celui de Gédéon. 

M. G. T. ^- Et pourquoi cela, chère madame ? 

Mme •**.-^ Parce que vous seriez capable comme l'autre d'arrêter 
le cours du soleil.- 

Ce dialogue, ilix fois^épété, peut servir de spécimen et expliquer 
pourquoi ei comment M. G. Tardif n'avait jamais pris femme. 



Or, tel est le personnage que nous retrouvons avec W^ Madovii 
Jourdaui. 

— Mais, passez donc, mon cousin, disait-elle i la porte de son petit 
salon. 

— Après vous , ma cousine, je vous en prie . d'ailleurs , je veux 
prier Julie d'essuyer un peu mes escarpins avec nn linge. 

— Vous les essuierez après. Allons donci sans cérémonie , vous 
n'avez pas dû amasser tant de poussière, pour venir du coche ic;. 

— Je ne. suis pas venu par le coche, ma cousine. 

— Ah! vous êtes venu par la voiture. 

— Mon Dieu ! non. Je suis venu à pied. 

— A pip 1 ! de Dinan ! mais vous êtes fou, mon pauvre Gédfton. 

— Que voulez- vous i chère cousine, je ne savais pour lequel des 
deux me décider. Le coche va plus vite et est moins fati|;aiit; mais la 
marée descendait trop tôt et j'avais peu? d'arriver de même ; la voi- 
ture arrivait un peu tard. Enfin je m'élais décidé pour le coche^ quand, 
eu descendant la côte, je l'ai vu qdi partait. Je suis allé à la voiture ; 
toutes les pll^^aient retenues. Le temps était superbCt l'beure tfd«- 
convenable; j^MHypion parti en brave; je suis parti à pied, et my^ 
voilà. ^ 

— Pauvre Gédéon I vous devez être exténué, et affamé. Julie i Julie! 
Malgré les instances de M. Tardif, et au miUeu d'une scène de sans 

dessus dessous admirable et plus impossible à décrire que l'enthou- 
siasme ofijciel, il fallut que Julie improvisât un déjeuner et que 
M. Tardif y prît place. 
Quand ils furent assis : 

— Vous ne savez pas pourquoi je suis venu, ma cousine? demtnda 
ce dernier. 

— Franchement, je l'ignore, mon cousin, j*ai supposé d'abord que 
c'était pour me faire la visite que vous me promeltet depuis un an. 

— Oui, et non ; vous savez tout le plaisir que j'ai à vous voir, néan- 
moins je vous avoue que j'eusse peut-être attendu quelques jours en- 
core ; mais je me suis hâté pour un motif qui nous iniéresse Ions les 
deux — par le cœnr, du moins,— et je ne fais que passer à Dinart en 
me ren-l-'ut â Param^ 

— Vous allez vj^^nna t 

— Je vais surtout pour voir son mari et ticher de le dissuader d:i 
projet dont il m'a fait part d'armer un brick à ses frais, pour faire la 
course. 

— Vraiment! mon pauvre Gédéon, voilà la première fois de ma 
vie que je m'applaudis de votre lenteur, dit MUe Maclovio un peu pi- 
quée de cette improbation indirecte donnée â un projet auquel elle 
avait pris la principale part : mais heureusement, selon votre habi- 
tude, vous arrivez un peu tard ; voilà huit jours qu'il est parti. 

— Parti? cria M. Tardif en posant doucement son couteau sur la 
table et en regardant sa cousine de l'air d'un homme qui apprend la 
nouvelle la plus inattendue. 

Son étonnement avait quelque chose de si comique qiie W^ Jour- 
dain oublia le petit nuage de mauvaise humeur qui avait assombri 
son front, et se mit à lui rire au nez. 

Il était, vous le savez, difficile de rire autrement, quand on était 
en face de M. Gédéon Tardif. 

— Parti, répéta M"® Maclovie. 

— Parti !... eh ! bien, franchement, il me semble qu'il a eu tort tta 
partir. 

Et en disant ces mots, M. Gédéon hocha instinctivement la lêle, 
allongea les lèvres sous son nez, et ressaisissant Eon couteau, se mit à 
fendre méthodiquement une des pinces rouges du homard. 

— Et moi , il me semble que j'en suis bien aise, mon couein ; eu 
définitive qu'avait-il donc de mieux à faire? 

— Mais avec quels fonds a-t-il fait les frais de son aroement ? de- 
manda M. Tardif, sans répondre i une question que du reste on ne 
lui adressait que pour la forme. 

— - Avec ses fonds, mon cousin , le navire lui appartient eti tout^^ 
propriété. 
—11 a dû nécessairement emprunter la plus grande partie de h 



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'OOVRIBS. 



tomme } car tous eivez auisr bien cpie moi^ Macleviei qu'il n'était pas 

«aifîi ricbe pour fournir en argent comptant le quart de cfi qm était 
nâcÊSMire, et quand même il eût aliéné sa propriété eel^ ^At encf>re 
4ti insuffisant 

^~ C'est vrai ; aussi a-t*-il complété c« qu'il fallait par un em- 
prunt U a hypothéqué cela sur ses bien^ Fonds , comme disent lc3 
gens de loi, et pour p^rlaire toute h somme, il a eu encore recours à 
la bourse de quclquca amia , à la mienne en pariL<!uU£r : j'y ai mis 
tout mon avoir ; Fa flaire était si belle ! Le reste a été prêté par ]e ne 
MÎa qui ; maiâ c'est peu de chose. Avec eela , tl £St maître d'un 
hcâu navire^ cl k l'heure qu'il est, û court lea mers cherchant quel- 
que groft navire de la compagnie des Lides, 

^- Quelle impnidence ! 

— Dites donc quel courage ! mou cher G^idéon, vous étea toujours 
L*hjimme de la peur. 

— Et s'il allait être prisî 

^- Mais aussi s'il allait prendre ? 

— S'exposer 4 de pareils kiasar da ! 

— Tenter une pareille fortune ! 

-^ Jouer l'aveTiir de sa fetnine et de m fille sur un coup de dé \ 

— Dite» donc leur créei' une position briUante et assurée , mon 
rousm. 

— C'est égal, appel Cl cela comme tous TOUdrei, c'est trop risquci" 
que de risquer tout. Si on était seul encore au monde , pas&e ! mais 
quand on est mari et père» je crois qu'il faut pens4fr aussi aux autres 
et éviter de comprouietlre leur avenir sur une espérance aussi incer- 
taine. Je sais bien qu'on peut quelquefois hasarder quelque chose ; 
mais tout ! mais |>bis que tout! muk l'argent d'aulrui, en ïérité, c'est 
Ifop fort. 11 eut pris un inlérêt iâur un autre corsaire — un ou plu- 
fieurs, — c'est une spéculation comme une autre ; mit s tout soQ 
dvoir su/ une phinche de sapin ^ c'est trop fort ! c'est de la foiie. 

Pendant que M^'a Jourdain , un peu effrayée par ces réHexions 
qu'elle n'avait pas faites , se préparait à y chercher une réponse , ré- 
ponse qu'elle eut infailliblement trouvée, parce que, bonne ou nmu- 
vaise^ quand on veut a^oir niison, on en trouve toujours ; un second 
coup de bonnette, fenu de l'extérieur, appelait Julie à It porte de la 
maison. 

— Bonjour^ m.im'zelle Julie, dit un jeune marin, aut j ou e^bron^ées^ 
<n tenant poliment ^on boïinct a la main. 

— Tiens, c'est vous» Pierre ^ vous êtes dé]i ravûûu de vol' voyage, 
e.M- ce que vous voulci parler à Mïim'îclle? ' . 

^- Mais, oui, û ça s' peut. 

*-^La v'ià. 

^- Vût'serviteur, mam*£elle Jourdain^ comment va l'élal de vot'sanlç? 

— Très-bien, Pierre» et vous, mon ijarçon, ave^-vous fait bomic 
pèche f demanda M^'o M a cl o vie qui faisait son apparition » 1^ bou^ 
che pleine et sa serviette h la main. 

— Âh ! mon Dieu, non, main'zelle Jourdain, nous n'avons Hen nip- 
porlédu tout sauf une nouvelle qui n'va peul-êlre pa^ vou!^ faire plai>tr. 

— ' Qu'esl-çe que c'est donc? mon pauvre Pierre^ esUce que le coup 
itf vent de Tautre nuit vous a fait des avaries? 

— Oh ! c'est pîis ça, niam'zelle Jourdain; c'est pas ça du tout, dii le 
fLUttc homn^e en tetirnant £on bonnet rouge dans ïses mains d'un air 
iSis^ez mubarrasâé. Tenei. j'aime mieux vous dire toul de !^ui(e commont 
la chose s'est passée. Vous savez que nous étions partis sur noire baloau 
pour aller pécher sur les cales. Nous avions doublé le cap Fréhct quand 
le vent nous prit. Alors comme la nier élail mauvaise, nous nous mîjnes 
courir des bordées pour gagner k large et éviter les bi isans. Le malin, 

houle était encore forte et nous nous trouviens au brgi^ j nous 

ulûmes filer vers Pordic, quand itprês une heure ou deux de marche , 
tlous vîmes arriver sur nous un brick qui courait avec toutes les voiles au 
vent. Comme ça devait être un ami qui vciuutdans cetle direction, iiuus 
ne mirâmes pas de bord cl au bout de quelque temps nous nous a|jer- 
Çumes qu'il était chassé por une frégate anglaise. Alon père, qui est un 
Ytcux marin, regarda de tous «es )eux et nou^ dît qu'il était sûr d'à- 
loirrvconuu lu corsaire de votre cousin, M. Jourdain | de Pat^inié , le 



capitaine axi long cours, qui est parti quelques jours arani nous, vous 
savez, du port Saint-Pierre. Comme il n'y atait pas de danger qu'ils se 
dérangeassent de la chasse pour faiire attention â nous, nous conti- 
nuâmes â courir pour, si nous avions la chance de irencontrer quelque 
navire de guerre , l'envoyer à ta suite et rendre la' partie plus égale. 
Pendan( ce temps-là , les deux navires se sont joints etnoius autres , 
le vent ayant baissé et tourné â Teucst-nord-ouest, nous reprîmes la 
roule de Sainl-Malo, en nous rapprochant des côtes. On entendit de 
loin une canonnade très-forte, et puis pendant quelque temps, plus 
rien. Nous disions : Qui sait ! il y a une chance, si l'Anglais allait être 
pris. Surcouf en a bien fait d'autres. Tout d'un coup, il s'^sl fait 
comme une grande flaiàme le long des flancs de la fh^gate, nous avons 
entendu comme un grand coup de canon et quand la fhmée a été dis- 
sipée, il n'y aVait plus qu'un navire. 

— Mon Dieu ! mon Dieu ! c'était f Espérance? dit M»» Jourdain. 

— Hélas! oui, c'était l'Espérance, qui avait sombré. Soit que l'An- 
glais ne nous ail pas vus, soit qu'il eût de trop fortes avaries (le fait est 
qu'il afvait joliment mauvaise mine après le combat) , il s'est en allé vers 
chez lui sans penser k nous. Alors nous sommes revenus versTendroitet 
itous avons trouvé un tas de débris & un quart delieuë ila ronde. A force 
de chercher nous' avens trouvé un honime qui s'était accroché i une 
bouée et qui nous a racoUté comment tout s'était passé : l'Anglais 
avait eu son capitaine fué, le lieutenant avait dû sauter avec ceux 
du brick et pas mal d'Anglais aussi avec, qu'étaient venus fiour le pren- 
dre, à preuve que lui-même en était un, d'Anglais, et que tous les antres 
y avaient resté. Ça fait voir comme quoi f Espérance » péri corps et 
biens. 

— Ah ! mon pauvre Yves, dit MHt Jourdain en sanglotant. 

Et elle'senlit son cœur manquer et ses jambes clianoeler sous elle. 

Julie et Pierre la prirent sous les bras et la portèrent dans son salon, 
où ils l'assirent près d'une fenêtre ouverte qui^donnait sur la mer. Julie 
courut chercher du vinaigre , en pleurant et s'essnyant les yeux. 
Pierre, avec le sens droit que possèdent les hommes qui ont un cœur, 
comprenait qu'il n'avait rien à dire et «e taisait. 

M. Gédéon Tardif péfléokissait sur oe qu'il y avait âfail-è en pareil 
cas; ne trouvant rien de mieux, il s'assit et s'appuya le meal«n sur U 
j^omme d'ivoire de sa canne. 

Quand la première émotion fut passée, Muclovie demanda au jeune 
marin depuis quand il était de retour. 

— Depuis tout i l'heure, mam'zellc Jourdain, fit-il. 

^ Pour l'amour de Dieu, mon bon Pierre, si votre p4re et vos frères 
n'ont encore rien dit, courer et suppKei-les q}iiU gardent pour eux 
cette affreuse nouvelle jusqu'à demain , — au moins jusqu'à demain, — 
afin qu'elle n'arrive pas à la malheureuse mèreavant que je l'aie vuo. 

Pierre le promit et partit. 

Pauvre, pauvre Anna !— Pauvre , pauvre Rosine! dit-elle. Ahl 
quelle nouvelle à leur apjprendre ! Elles ne soupçonnent pas encore 
toute l'étendue de leur malheur. Pauvre petite Rose! pauvre Anna ! 
Hier si heureuses encore, et aujourd'hui l'une veuve et l'autre orphe- 
line. Orpheline à trois ans ! Hier riches et pleines d'espérance et au- 
jourd'hui sans protecteur, sans ressources, sans abri. Mon Dieu! dans 
la vie humaine combien vous avez semé de jours amers ! 

Oui ! la vie humaine est remplie d'amertumes. Oui , les dooleurs 
en dévorent la plus belle portion. Oui, la souffrance est la seule sou- 
veraine qui tienne entre ses mains le sceptre de l'univers; mais si 
l'homme savait mettre un frein à ses convoitises , si le cœuf n'ambi- 
tionnait pas toujours dans la sphère étroite des espérances d'en bas, 
si l'âme avide ne soupirait pas sans cesse après des ehosesqui péris- 
sent et font périr, si l'âpre soif de l'or ne lançait pas si souvent son ai- 
guillon perfide au travers de nos rêves \ — oh î quelle .économie de 
larmes pour nos yeux et de déceptions pour nos cœurs? 

Voilà ce à quoi vous ne pensez pas, mademoiselle Jourdain. * 
( La suite prochainement. ) JEAN LovaBAC. 

Angers , imp. de Laine frères» rue Sain^-I^MMi» ^ 



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eenflinei le W- /ma ç&nUmes le N» v 
' MUié« courante. \ ll/ftnnéea éc^tiei. ) 



N" i:{. 



37 JaiUst 1841. 



L'OUVRIER 

tournai hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



>lIIÎfISTRATION : 

û des Grandt-Aii^ustina 
^ librairie de BLÉRIOT, 



A PAR.Iâ. 



sommaire: 

LES au A THE SAISONS, T'^^jrjV/ par L CtiAtrrEPim. — LA LETTRE DE 
COMMANDE, par QémentdBLBBi — UN COUP DE BALAI, par Cjudîrfç 
Lr FattiG. — LES ORALES DE LA MÉKE NQIHE . pif J^an UvsEAU.fle 
ENPTCR E T LA ITACCIME , par Eugène Ptnii. 



ABONNEMENTS D'UN AU 

I p^rlir du i^^ de ckque moiii 

Fratici, ,...*,.. ..Sil 

BnnoPK T ÉGYi'rtr RuiisfE d'Awr, Tur^ 
Cut-offiE» fT AIT me* PATI ly^orrfti'iftAt 8 ttO 




LE I^RINTEMPS. 



LEi QUATRE SAISONS. 



Poésie 



Le Priiitempfl. 

Frstcfae et belle ao [iriu temps té veille ta nature; 
Tout rmûi , tout s anime , et du |)fGmïer beau jouf , 
Sous k jeune arbrisseau , sous la tendre verdare^ 
LêK Queaux du bocage ont ehauté le TËtour. 

Primitive Ëaifion , le printemps c'est renrance 
Où tur le fruit nais&ant la fît^ur s'épanouit ; 
G* est la jeunesse ^ avec la naïve espérance , 
Qm folle > MAT lei bob , court et le réjouit. 



B*il noui eâi toujours cher ce temps de la jeunfsie : 
Au aiatin de printemps e^t^il rien de pareil T 
Le souvenir de Tun réveille U fieîllesfrâ ; 
L*aulre ^ les ioin d'hiver, rappelle le soleils 

Aussi , pour conierver si saveur enivranta | 
Comme pour égayer le pénible avenir i 
Gardei toute l'année une fleur odorante; 
Gonservei do Tenfanoe un tendre fooT«ûJr* 



httà. 



Uél » c'est râ|e mûr, le trtTail et la fmme. 
Noire course eft pénible ; auaai , minquint d'haleins. 
Plusieurs , découragés , ti>mbent aur te chemirL 
Noiit avo»i Pif*» u^ur but , pour flimb 



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t*OtiyRIER. 



Levons-nous et marchons : Dieu promet TassisUnce , 
Mais non le lendemam. 

Voyez ces TiOageois : ils fauchent dès l'aurore 
. j 9^ m;49^é ^ chaleur travailleront encore , 

4 travers ces nioissons', jusqu*au soleil couchant z 
Brûlés des fenx du jouri épuisés , hors d*haleine ^ 
On les verra ce soir, de faiblesse et de peine , 
Tomber au bout du champ. 

Pourtant : — Dieu soit béni pour le grain qu'il nou& donne ; 
Quelque lourde que soit la gerbe qu'on moissonne , 
Vous dit le moissonneur , on n*en murmure pas s 
Qui sait si Van prochain ces plaines florissantes 
8e couvriront encor de moissons jaunissantes, 
Pour en charger nos bras? 
( La suite au prdehain numéro,) J. Chantepib , ouvrier graveur. 

AVIS IMPORTANT. 

Plusieurs de nos lecteurs se plaignent de trouver fréquemment dans 
les numéros de VOuvrier livrés par certains libraires de Paris ou de 
la province, des prospectus de journaux et de romans dont Tesprit et 
le but sont essentiellement différents de Tesprit et du but de notre pu- 
blication. L'Administration de TOumer déclare qu'elle est absolument 
étrangère à toutes ces réclames frauduleuses ; elle n'accepte de res- 
ponsabilité que pour les numéros délivrés dans les bureaux du jour- 
nal ou transmis directement aux abonnés par la voie de la poste. 



FRANÇOIS BOURNEY 



ou 



LA LETTRE DE COMMANDE*. 



Quand à son arrivée chez le banquier , Bourney traversa l'enfilade 
des bureaux pour parvenir jusqu'à M. Meyer, il fut étourdi du mouve- 
ment des allants et venants et de la multitude des commis occupés & 
répondre, i questionner, à écrire ou compter. M. Meyer était en 
afBiires. Bourney dut attendre quelques minutes et il employa ce 
temps à s'effrayer de plus en plus des dangers auxquels la démarche 
qu'il tentait pouvait l'entraîner. Dans le kxe de l'ameublement qui 
l'environnait , il vit écrit en chiffres palpables les énormes intérêts 
qu'il aurait à payer et qui dévoreraient ses bénéfices. Les allants et 
venants ou commb lui parurent autant d'huissiers préparant sa ruine 
et de recors prêts â mettre k main sur lui. S'il eût trouvé une porte 
ouverte pour s'échapper, sans passer au milieu d'eux, il n'eût fait 
qu*un saut jusqu'à la rue. 

— C'est à M. Meyer lui-même que vous désirez parler, monsieur? 

A cette question qu'une voix douce lui adresse , Bourney se re- 
tourne. Il voit devant lui un homme dont les traits calmes et le sou- 
rire bienveillant le rassurent tout d'abord. 

— Oui, monsieur, répond-il, c'est à M. Louis Meyer, le banquier. 

— Eh bien, venez me conter votre affaire. 

M. Meyer, car c'était Ini-méne» précédant Bourney, le fit entrer 
dans son bureau particulier, où ils s'assirent. 

— Votre nom, dit le banquier? 

— François Bourney, ébéniste. 

— Bourney, ébéniste? Il me semble que je connais ce nom4à. 
N'êtes- vous pas de Mulhouse? 

— Oui, monsieur. Mon père demeurait près de votre fabrique, 
dans la même maison où mon frère est encore. 

• Voir les v àêlOwrkr des 43 et 20 JuiUeU 



— "Dites-moi alors, monaîeur Bttarnef^ en quoi je puis vous étrs 
Utile? 

•—Je suis un peu embarrassé de.Vous le dire, monsieur. Je viens 
presque malgré moi et je ne saif comment ^M» expliquer... Tenez, 
Dumieur, continua t(wi^i-c^p Bourney avec ré8oluty)n , ^n mren^nt 
d'autant plus de courage qu*îl regardait davantage M*. Méy^i^je tais 
vous raconter tout simplement la chose. Vous savez mieux que moi 
où en sont aujourd'hui les fabriques, le commerce ei le trrwfl. Défiais 
plusieurs mois j'ai été obligé de fermer mon atelier, après avoir épimé 
toutes mes ressources pour donner de l'ouvrage à mes ouvriers. Hier, 
à rjnstantoù je l'espérais le moins, il m'est arrivé une commande 
qui nous ferait à tous grand bien ; mais j'ai dépensé en travaâ toutes 
mes économies et je ne sais comment parer à mes avances, losqu^i 
présent je n'ai jamais emprunté : dans les temps ordinaires, j'aonii! 
trouvé du crédit chez mes fournisseurs et de l'argent chez mes amia. 1 
J'ai couru ce matin partout sans rien trouver. Je suis rentré chez moi 
bien triste; mes ouvriers m'y attendaient; ils étaient venus cbns 
l'espoir d'une bonne nouvelle. Ce sont d'honnêtes gens. Je voudrais 
les faire profiter de cette commande et j'étais venu je me suis dé- 
cidé à venir à tout hasard..'... 

r^ Vous avez le nom de la personne qui vous fait la commande ? 

— Voici la lettre, monsieur. La commande est faite pour le compte 
de M. Bagaray, banquier à Nevr-York , par M. Huas, son correspond j 
dant, au Havre. 

A mesure que Bourney disait ces noms, M. Meyer les écrivait sor 
deux petits papiers séparés. 11 en prit un troisième sur lequel il mitl 
le nom de Bourney, puis il sonna. Un commis parut. Sans dire on 
mot , M. Meyer lui donna les petits papiers , et le commis les em- 
porta. 

— La commande est-elle considérable ? demanda le banquier. 

— Oui, monsieur, c'est un mobilier d'appartement, à moulores et 
incrustations, pour la fille de M. Bagaray, qui se marie. Iloos aurons 
de l'ouvrage pdur trois mois. 

— Quel sera le prix de revient ? 

— De huit à nenf mille francs. 

— Et vous le ferez payer ? 

— Douze mille , monsieur ; je veux aoi|Ber Tonvrage , afin de eon* 
server la réputation du pays et du fabricant , mais l'étranger paiera. 

— Vous avez raison. Ëtes-vous sur d'être prêt à l'époipie dite? 

— Oui, monsieur. Mes ouvriers sont des boomiee rangés ; je pois 
compter sur eux. 

Le commis revint en ce moment, s'approcha de M. Meyer et kii dit: 
à demi-voix : ^ 

— M. Bagaray, de New-York , n« i ; M. Huas, du Havre « bon 2; 
M. Bourney, ébéniste, rien ^ Et le commis disparut. 

— C'est à merveille, dit M. Meyer. —Eh bien, mon cher Bourney, 
vous pouvez en toute sûreté accepter la commande. Mais je comprends 
que ce n'est pas seulement un conseil que vous ê^es venu me deman- 
der, n'est-ce pas? et me voilà prêt à vous compter l'argent qu'il viras 
faut sur votre- signature. 

— - Mon Dieu, monsieur ! dit Bourney surpris et eidbarrâssé, voua êtes 
bien bon... mais... je ne vous ai pas dit encore le plus difficile à dire. 
Si vous me le permettiez, je voudrais vous parler avec la firanchise 
d'un ouvrier. 

— Parlez sans crainte : j'aime la franchise et j'aime les ouvriers» 
c'est de famille. 

— Eh bien donc, monsieur, je vous disais tout à l'heure que 
j'étais venu presque malgré moi. C'est la vérité. J'ai grande peur de me 
mettre dans de mauvaises affaires. J'ai entendu raooiMèr des choses... 
sans doute exagérées... que je ne peux guères juger par moi-même... 
Mais enfin... on nous fait peur des banquiers, on nous ditqu'ila exi- 
gent des 30 , 40 , 50 pour cent d'intérêt et qu'après ils doublent la 
dette par lea frais, et poursuivent le débiteur jusqu'à la ruine et à In 

« Dans les banques od a l*habitude de numéroter les diflérentes maisons «reo 
lesquelles on est en relation par degré de eokabiUté\ î^ I , crédit, de prenoer 
ordre, etc. 



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LIOCVRIER, 



prison. Vous souriez, monsieur ! ce nVst donc pas yrai? 

— Si, mon che^ Boifroey^ les poursuites sent waies,! mais non pas 
1C5 intérêts à 30 , iO et 50 pour cent. Les usuriers seuls exigent ce 
taux. Celui de 6 pour cent que prennent les banquiers... 

-^.ê piour cent seulement, s*écria Bourik^y avec un soupir de soula- 
gement. 

— C*est le taux légal et nous ne pouvons point le dépasser.. 11 est 
vhii'l{Q'Il faut j joindre la commission dont le prix varie selon le taux 
de Targent, ce qui, fait monter aujourd'hui Tiotérêt à environ sept 
pour' cent. ' ' 

— ^ Hais, demanda Boumey , pourquoi cette commission ? et d\)â 
nent que vous la comptez à part de rintérét? 

— Parce que Tînlétêt et la commission sont deux" choses tfès-dif- 
fôrentes. L*intérêt représente le revenu que totit capital <loit rappor- 
ter. Si ce revéâu était laissé à la Volonté du préteur, il le ferait 
niontèr ail plus haiH possible, et l'emprunteur, forcé parles circons- 
tances , serait obligé d'en passer par où Tusurier voudrait. Précisé- 
ment atlh de p^réveilir autant que possible les abus ruineux de Tu- 
etire, cet intérêt à d& être iBxé par la loi, et il Test à six pour cent 
dans W commerce. — Mais Vargent n*a pas toujours la même valeur. 
Quant 3 est rare bn né le trouve pas â ausst bon marché que lors- 
qu'il est abondant. Eh bien ', la commisâion sert de balance' dans ce 
mouvement déhaiisse ou de bsiisse que, comme toute autVe marchan- 
dise, Targent subit forcément. 

L'argent que nous vous livrons est une marchandise excellente et 
de première qualité, âTabri de toute mauvaise chance. Le papier que 
nous recevons en échange , quelque bonne que soit la signature de 
i*em|^untëur, est, commercialement parlant , moins solide, et nous 
expose â des' risques de pertes qui parfois dépassent dix et vingt pour 
cent. Il esty n'est-ce pas, de toute justice que vôu^ me -teniez compte 
de la (fiffé^eiicè existant comme sûreté entre l'argent que je vous 
fitré^(^ le papier que vous me remettez? La commiséion est donc une 
juste indemnité pour les risques courus par moi banquier ; de plus 
enfin, 1^ commission paie mes soins , mon travail , et aussi les frais 
généraux et considérables de ma banque. 

D'après ce qùe'je viens de vous dire, vous devez comprendre que 
les bimquiers, Totn d'être des usuriers, ne sont pas même dés préteurs , 
Boaît'dçs marckçtndi d^ argent dn des éehaugeufs de valeurs; et qu'à 
ee point de Tue , non-seulement rinférèt mais encore la commission , 
ensemble sept pour cent, est un dû parfaitement légitime. ' ^ 

•^Assdrément, monsieur: 

— -D^aîlleuirs , faites attention que cette châ. ^e âé l'intérêt et de la 
commissiez 'doit être supportée par Facheteur et vous devrez la com- 
prendre dans votre priK de revient. 

«-Oui, monsieur, cela me paraît juste. Mais les poursuites! en 
cas de malheur... 11 y a encore les poursuites â craindre. J'en ai 
petàr. Vous ne voudriez pourtant pas me traiter avec rigueur et me 
réduire â *la misère , si je ne pouvais vous rembourser exactement, 
n'est-ce pas, monsieur Y 

— '- Ne vous y fiex pas, répondit le banquier en souriant, le mettrais 
tolte allure entre les mains de l'huissier et je. laisserais la justice 
suivre son cours; ^ 

A ce mot. la physionomie de Bourney se rembrunit. — Est-ce que 
Ru1\ts' aurait raison, pensa-t-il? Je crois que je ferais bien de laisser 
U toute l'affaire et de m'en aller. 

-^Maîs vous-même^ continua M. Meyer , n'avez-yous jamais fait 
poursuivre ceux qui vous devaient? 

«- Gela m'est arrivé plusieurs fois, monsieur ; je ne pouvais faire 
autrement. L'argent qu'on me devait était le fruit de mon travail et 
représentait la valeur de la marchandise que j'avais livrée. Dans la 
toèifâe qui m'était due , se trouvaient compris , non-seulement mes 
bénéfiees , mais encore mes déboursés en matières premières , mes 
KVances i mes ouvriers , l'intérêt de ces déboursés , mes frais forcés 
et ïMiurants comme loyer, contributions, patentes, amontemeut d'ou- 
t3s, etc., etc.; et enfin l'avance pour un autre travail. Je ne pouvais 
Woae pis abandonne^ mon dû légitime ; je ne suis pas assez riciie 



ipour cela, le pouriuivais | eontre-c(Eiir, mais je le faisais parce qui 
j'y étais forcé. 

— Eh bien , mon cher Bourney , nous autres banquiers , nous 
sommes exacteiaoent dans h même position que vous. Nous avons les 
mêmes nécessités, les mêmes raisons , et d'autres encore plus près* 
santés de recouvrer nos fonds par tous les moyens qiie la loi nous 
donne. Tous êtes fabricant d^ébénisterie nt marchand de meubles ', 
nous sommes, nous, marchands d 'aident et négociants de valeurs. La 
différence entre- votre commerce et le nôtre, c'est que la natura 
de notre marchandise n'est pas de s'user ou de se contommer, maji 
de circuler. L'argent que je vais échanger contre votre fîgiiaîure; 
qu'il soit en métal ou en billets de banque, est dans nos mains uns 
véritable marchandise que nous vous fourm^sons k vous qui en man- 
quez pour vos avançai. Mais, faites bien attention k ceci : cet argent» 
après vous avoir servi , doit nous revenir I jour fixe poar servir de 
même i d'autres f^ibncants ou commerçants qui, à leur toitr, en ont 
besoin. Si, cet argent est arrêté dans vos maîns, n'importe par quel 
motif, il arrête toutes les affaires qui se seraient faites par lui et coni- 
promet les fntérêts de tou& ceui qui Taltendent. 1! est donc de notre 
devoir de banquiers d'en biller le recouvrement par tous les moyens, 
aBn de le rendfre k la circulation. L*înt**,rêl général du commerce nous 
force à poursuivre. -^ Remarquez que cet intérêt n'est pas le i^eol en 
jeu. Quand l'argent prêté nou^ appartient, il est le fruit de nott^ Iravailet 
notre propriété aussi légitime que le sont vos bénéfices ; mais cet ar- 
gent ne nous appartient pasiouiours. Hest souvent déposé d.ins noire 
caisse comme placement, et nons en sommes responsables, à tel point 
que s'il n'est pas rendu, noua couvrons immédiatement cette perte 
de nos propres deniers. Ce n'est pas tout, Les emprunteurs ne sont 
pas tous honnêtes, voua en conviendrez. Noi poursuites exercent une 
sorte de policé de sûreté dans les affaires. Combien de vols, du trmn' 
peries, 'd'abus de confiance , connnjis aux dépens des homiËti^s gens, 
sont mis à jour et dénoncés â la bonne foi publique» par les jugement» 
que nous provoquons ? Nous condervorss de la sorte la conOance né- 
cessaire au commerce et au crédit. Vous voyez donc bi<^n, mon cher 
Bourney, que nous avons , non-seul ejn^nl les mêmes raisons person- 
nelles que vous de poursuivre, mais d'autres plus graves, plus géné- 
rales, qui nous en font un devoir. 

-^ C'est vrai, monsieur, réponilît Bourney avec un soupir. Je com- 
prends bien tout cela ; maïs puisque c'est un risque tnévit.Jjle d'être 
poursuivi quand on vous emprunt^?, je n'ose pas m'y exposer. J'aime 
mieux ne pas émf runlcr et renoncer â ma commande. 

— Lcoutcz-mui bien. Si vous vouliez emprunter seulement pour 
faire travailler, sans une cerlitudi^, absolue de placer l'ouvrag»^ fait, je 
serais le premier k voijs en dissuader, et je vous refuserais, pour 
cette dangereuse opération , mon concours et mon argent , car vous 
commettriez une grave imprudence, une grande faute qui a ruiné 
beaucoup de fabricants; mais vous êtes dans une circonstance tout 
autre. Le mobilier :\ faire est commandé , vous êtes certain de le pla- 
cer : vous travaillerez donc â coup sûr. Emprunter dans ce cas est 
une nécessité qui, vous allez le voir tout à l'heure, ne voua fait cou- 
rir aucun risque : ne renoncez pas à voire commande. Vous ^les du 
nombre dés travailleurs honnêtes jiour lesquels le crédit doit être , 
non pas un danger , mais une ressource bii^tfaisante. Bien nVst plu!t 
facile que de transformer ce terrible crédit qui vous effraie en unn 
bonne chance eerlaine de gain et de réussite. Vous ne serez pas 
poursuivi, n'est-ce pas, si vous vous acquittez à Tâchéance? 

— Non, monsieur, 

— Et vous me paierez exactement si vous êtes payé vous-même par 
M. Bagaray ou M, Iîu^îs? 

— Certainement j monsieur. 

— L'essentiel est donc de sairoir si votre lettre de cojmmande csi 
bonne, c'est-â-dire, si M. Bagaray et M. Huas sont solvaMcË? 

^le ne puis en être sûr, monsieur. Ncw-York estloiji, je ne i^on* 
nais personne au Havre, et je ne sais pas... 

— Non, foiis ne savez pas. Bn général les petits patrons et les on^ 
vriers ne savent pas, ne peuvent pas âoiiùir d'une manière certaine et 



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cetiïi <rui t«s font trafniUcr soDt soUablei . Le plus souvent ils accep- 
tent J'oyvrage comme il vient , de toute main et sans information. 

^ Nous ne pouvons ftiire autremêTil, monsieur; si nous avions Pair 
de nous d^Ber, on porterait Touvrago ailkuj-s. 

— Et danî une pareille incertitude tous ris([ueE' votre travail, vos 
avances ou votre Bignaturôï Eh bien, mon cher Bourney, là, com- 
prenez-le bien, li e^t pour FOUS tous le danger réel du crédit. Quand, 
au moment de réchdance, le fabriant ou l'ouvrier ne. rentre pas dans 
ses avances et ne reçoit pas le prix de son travail, il ne peut s*acquit- 
ter luî-mâme et Taire honneur à sa signature. On le poursuit, les frais 
réc rasent, il est ruiné et il s'en prend injustement au crédit qui Tai- 
t*ertit au lieu de le perdre, s*il s'en servait avec prudence... et tout 
c^la, fauU de savoir. Mais, mon cher Eournej, ce (|ae vous nesavea 
^s je te sais, les banquiers le savent. 

— Et comment le savet-vous, monâieur ? 

— Nos âfiTjires nous metlent en relations journalières avec toutes 
les maîâons de banque et de commerce, non-ieulement de Paris et 
de la France , mais da l'Europe et du monde. Noua ne traitons pas 
ta p!ui petite affaire, nous n'acceptons ps un billet sans prendre des 
renseignements sufiisants sur la solvabilité de chacun des signataires 
ou des endosseurs. Ainsi, le commis que vous avez vu tout à Theure 
est venu me dire que la si pâture de M. Bagaraj de New-York, qu*il 
a gratifiée de n« 1 , esl ce qu'il y a de meilleur ; que celle de M. Huas, 
du Ilivre, bon % est excellente; enfio, il a ajouté que M. Boumey, 
ébéniste, n'avait rien, c'est-à-dire, ni protêts, ni poursuites, ni aucun 
jug^'ment contre lui au tribunal de commerce. 

— En vérité ^ monsieur , vous prenez les mêmes précauiiooa pour 
toutes les affaires ^ 

— Les mêmes eiactement. 

— Alors, je comprends pourquoi il «oui faut de si grands bureaux 
et lant de comnin ! 

*— Et vous comprenei aussi à quel point il est juste que je voua 
prenne une commission pour couvrir tint do frais? 

-> Assurément, monsieur* Mais , quelle tête il faut que vous ayez 
pour conduire tout cela ! 

» L'état de banquier exige un apprentissage comme tout autre 
état 11 y en a peu qui demandent autant de travail; et à la fin du jour 
je TOUS assure que j ai aussi bien gagné mon salaire que vous, mon 
■^r Boarney^ ou que vos ouvriers. 

— Grâce â ces précautions, monsieur, vous ne devez jamais es- 
suyer de perles t 

— Jamais, c'est beaucoup dire. Si nous ue mettions pas un grande 
prudence dans nos opérations » nous serions vite ruinés et beaucoup 
de monde avec nous. ^ Nos opérations ne se font pas toujours comme 
avec vous, sur quelques milliers de franci, mais sur des millions. £t 
comme tous les banquiers sont pour ainsi dire forcément solidaires, la 
ruine d'une maison comme la nôtre, sans parler des fortunes parti- 
culières pbcées sur notre banque et perdues ^ entraînerait la chute 
de plusieurs autres banques du pays et de T étranger.... Pour en re- 
venir i votre affaire, MM . Bagaray et Huas étant solvables, vous pou- 
vez sans danger accepter leur commande, el comme vous êtes bon, 
vous aussi « mon cher Bourney, je vais vous compter Targent qui vous 
est nécessaire « Je vous engage cependant a le prendre peu â peu, à 
mesure que vous en aurez besoin ; Tintérât â payer en sera moins 
considiSrable* 

— Oui, monsieur. Je vous remercie bien de vos bons conseils; je 
vais vous faire mon billet et je le sigueraî sans crainte. Le crédit ne 
me fait plus peur. Oli ! é tous les petits patrons comme moi et les 
ouvriers savaient ce que vous venei de m' apprendre ! Si on nous ex- 
pliquait cela au lieu de nous répéter le contr;iire!... Voulez-vous me 
permettre ée venir vous consulter quelquefois * 

^ Venec , mon cher Bifvirney ; vous me trouverez toujours prêt â 
TOUS rendre service. 

ïk)umey sortit de chez le banquier la tête légère et débarrassé de 
toute inquiétude. H ne fut pas longtemps â arriver chez lui. 



UN COUP DE BALAI 



M">« François. 



M«« Ghapard, marchande de légumet. — 
M. Prty, rentier. 



Mn« François. — Eh bien ! mame Chaprd , ett-il parti c*t6 p'Iît 
mossieur? 

Une Chapard. — Oui , il vient de sortir le £on p'tit msieo. Il 
m*a laissé quatre livres de pain et un pot-au-feu pour moi el mon 
vieux. Seulement qu'il y a que je le trouve trop jeune pour me faire 
de la morale i mon âge, comme si jMtais une jeunesse. 

Mm« François. — Quoi donc? 

M»* Chapard. — Pardine , v*là-t-il pas qu^il m*a dit : Mame Cha- 
pard, qui dit, dit-il, c'est vrai que vous me paraisses une brave femaie» 
mais quoique ça , qui dit, que je suis sûr que vous n'êtes pas uae 
bonne chrétienne, puisque vlâ vingt ans que^.yous avez été mariée au 
Xllle , et que vous n'avez pas encore eu l'idée de vous (aire marier 
â rËglise. 

Ma« François. — Vous ne vous attendiez pas i c*te bonriie-là » 
mame Chapard T Et qu'avez-vous répondu? 

Mm* Chapard. — Ma foi , je loi ai dit carrément que je n'étais plus 
d'âge. 

Mmt François. — Qu'a-t-il dit ? 

Mme Chapard. — H a dit que l'âge n'y lait rien. — Mais de qaoê 
se mèle-t-il ? 

M"« François. — Dam ! vous êtes bien libre. -^Mais lui , il est 
de la Conrérence de St-Vincent-de-Paul. — C*est uù msieu /reUgieux p 
vous uvez, il a ses idées, et il croit bien faire. 

Mi»« Chapard. — Pardine , i qui que vous le dites? N'esl-il pas 
bon comme tout^ et pourquoi qu'il me dirait ç^ si ce n'était pour moo 
bien. . . N*est-il pas trop gentil? 

Min« François — Eh bien! vous v'iâ déjà â moitié convertie, 
mame Chapard, je vois çâ. Vous v'ii d^i un pied dans le bon chemis. 

Mmo Chapard. — Ma p'tite mignonne « on ne uit pas ce qui peut 
arriver. — H ne fout jamais dire : Fontaine , je ne boirai pat de Um 
eau. On change qiiéquefois d'idée plusieort lois par jour, — ai ea 
çà comme en d'autres choses, c'est le premier pas qui icoûte. 

M. Pety ((Tune voix haute), — Eh bien ! la mère Chapard. 

Mn« Chapard. — Je n'sommés pas sourde , et vous pouves crier 
moins brutalement — As- tu vu ce troubadour-li?...Qué que vous 
voulez, expliquez-vous en deux mots et ûchez-noos 1% paix. 

M. Pety. — Une nouvelle ! . . . 

Min^i^CiiAPARD. — Voyons , quéque c'est? 

M. Pety. — Çà vous regarde. 

Mme Chapard. — Voyons çà... ( à part ) çà m'a l'air suspect de pas 
grand chose de bon, comme tout ce qui sort de la bouche de ce grand 
diable-là... Eh bien! voyons... Tant donc bien de la peine pour cracher 
c'te babiole-là... voyons... 

M. Pbty. — Savez-vous à quelle société appartient ce naoasieur dé- 
coré, qui vous apporte des bons de viande et de pain ? 

M"« Chapard. — Et d'abord, cela ne vous regarde pas. 

M. Pbty. — C'est pas pour moi... c'est pour vous... j'ai vu dans le 
journal... dans un journal... chez le marchand de vin. 

MoM Chapard. — Juste ! v'ià encore quéque bêtise qui va nons 
tomber de ce bon endroit-là... Et quéqu'il dit c'te joumaMà?... 

M. Pety. — Dam ! qu il fondrait soufiQer la Société de St-Viscent-* 
de-Paul . . . parce que. . . parce que. . . 

M"« Chapard. — Voulez-vous répéter? 

M. Pety. — V'ià ce que c'est... qu'il fondrait que tous ces gens4à te 
tiennent un peu plus à leur place... car depuis qu'on a introduit dans 
le monde les principes modernes , et avec tous les progrés du X1X« 
siècle , qui a l'honneur d'être le siècle des lumières dans lequel noee 
sommes, et que tous les ultramontains, comme on les appelle aujour- 
d'hui ou bien le parti clérical, à votre choix, et l'indépendance des 
nationalités, et toutes les lois humanitaires utiles aux hommes etk li- 



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LOU VBIBK. 



im 



berté, régalU6, la fraternité de TÉvangil**. ., mais je vmi§ aiipfïrteraî le 
Siècle et vous verrei... 

M"« Ghapaud ( les mains mr tfs hanches ef ta fête hfifde). — De 
manière quMls veulent supprimer cHe bon pHil msieu.-. el mes quatre 
livres de pain, et mon pol-an-feii idem... que je leur soubaîLe qu'ilft 
Refassent pas ci... au moins, 

U. Pety. — MàÏB T0U3 n'y perdrei rien,., car ces journaux-la disent 
€|u*l la place de la Sociélt- le gouvernemf'nt pourrait peut-être faim 
dks distributions de pain et de viande, 

M"»« Chapakd. — Ouï , oui... mais mieui vaut tenir que courir, 
et alors avee oela , si le gouvernement veut me donner du pain et de 
la viande, ma foi on ne a'y oppose pas.,. Je ne serais pas désliono- 
rée de vivi« aux dépens du gouvernement , il y en a bien d'autres. 
Mais pour quant A donner d'une main et reprendre de Tautre, c'est 
pas la peine de se fouler b rate , et votre j ou rn[i1 est un imbécile de 

•'occuper de ce qui ne le regarde pas et de s'exposer a tirer le 

pain de la bouche d'une pauvre femme coptue moi et de bien d'au* 
IreiMsfli. 



tramonlaint^ vous en tenez, vous âtea nltrara on tains. 

M™c CiiAPAnD. — Ullramoîitain toi-même , entendsrtu, monskut 
Pety » diable de troubadour, —^ c/est b première fois , vieu^ mfime^ 
qu'on me traite de tramontaifie , — je ne gui» pas si tramontaine que 
toi, et que je suis une honnête femme » qui suis à mon troisième 
bomme , que je n'ai jamais fajl parler de moi , et que je les ai se- 
courus et assistes comme une honnête femme et une chrétienne doit 
le Taire, et que v'ià mamo François qui me connaît depuis dix ans, et 
qui peut dire sans sourciller ce qu'elle pense de la mère Cbapard,— 
oui, foi de Chapard, et que je perde mon nom, qu'est le. non» démon 

vieux, si je ne dis pas la vérité et qu'il faut qu'à mon âge je m'en* 

tende appeler tramontaine, et me voir menacée qu'on me retire le pain 
de la bouche et le pot du feu, 

Mme Françl :s. — Vous avei tort, msieurPetj, de la traiter destra* 
montaine , ce sont des choses qu'on ne doit pas dire i nne ben^ 
note femme » d'autant que je ne sais pas même ce que çâ signifie. 

( U"' Chapard avajt tort de se fâcher peur ccljj , car on Appelle ultra 11.I0 
taina tous ceux qui sont soumis à fÉgliso calbolique-spostoUque -roEnaiM 




1 •.'«i/. 



IL Pbtt. — Et daprès des calculs rriU?,l'i plnm^^ fi ffi m lîn , il 
estreconnaque cette sociétf- est rép rindui^ \-inv IouIl' h\ lern? — -/ff- 
lisée, s'entend, — et qu'ils sont pfu^ d^ Tnn^nnO hnmnru^s qui t^'t^cfti- 
pentde cette manière-là et qui disposenl cha<|uc nnn»^edt» 4 mil- 
lions, d'eu il résulte que les ultramonlTiLins font courir à In civilis^i- 
tion des dangers dont auxquels on craint bien quelle ne suc- 
combe... 

M™* CHAFARr> — 7nn,0D0 hommes dans la sociélù de S h Vin - 
cent-de-I^aul I!... et pour \ OOO.Oi^O de pain el de viamlG pour le 
{MUivre inonde... et vous ditos que, . . 

M. Pety. — Que ïa civilisai ion est exposée. 

M"* Chapard. — Comme ça, dam î la civilisalîon ne se trou- 
Tant pesen sûreté avec ces mes?ieurs-là.. . pour lors , qu'elle 
fasse comme ta mère Chapard» en pareil cas, qu'elle fiche le camp 
et nous laisse tranquilles. .« 

M« PbîTl -^ Ah I ah !.. je la vois bieni vous êtes du bord des ul- 



< I M-j-di r f.,llli(lir|iji-!i. ^ ^'i^te au n^âaiteur.y ^ |, ^^ 

M Pety — Ma fui, je ne croyais pas la suffoquer en fui di- 
sant cehi, (M mrine que je ne sais pas plus que vous ce que c'est que 
ça, seulemenL que j'ai vu dans le journal le Siècle.,. 

M""' François. — Kl puis vous, m rime Chapard , i-lfons, vous 
vous I niporlci^ trup vite , et vous savez qu'il faut supporter les 
injuiCL- , u est uue commande de la religion chrétienne. 

M'^® CuApAuD. — C'est poutlant dur à avaler ;.., mais aprèe 
tout j je me fiche de tout cela > et je suis une honnête femme ^ et 
il n'y a pas lieu de me prendre les quatre livres de pain, et mon 
pot-nu- reu. 

M. Pety. — C'est que, voyez^voua , la société de St*Vinoènt- 
de-Paul est gouvernée par lo Pape .* 

M®** CuAPARn — C'est-il donc lui qui m'envoie mes quatre 
livres de pain et mon pot-au-feu chaque semaine?., ahl merci | 
mon saint bomme de Pape 1 1 

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rOUTRIKR^ 



M. Pety. — Mais le Pspe est un étranger, et vous stvei*.. 
.iv |I"M Chafard. — Eb bien I d'ousqu'il est? 

M. PiTY, — Tiens, — d'Italie, — coounent? 
' MoM, Crapard. — Eh ! grand benêt, faut-il pas qu'il soit de quéque 
fart., ou d'ailleurs. Et d'où voulei-vous donc qu'il soit né natif t.. . 
De liinie Moufletard peut-être t. . . 

: M« P£TY.— ^ Moi je vous dis seulement cela, pour la seule chose que 
je Tailti; c'est une remarque qui a été faite. 
. Map*. Ceapard. -^ (Tétait pas la peine de parler pour dire de ces 
chos«44i. S'il n'est pas né en France ^ il est né ailleurs, pardine ! c'est 
pasdifUcile.,. 

M"» François.— Mais non, c'est pas le Pape qui dirige la société 
dû Si-Vincenl-JerPaii) , c^est un monsieur... monsieur... monsieur... 
j'oilblie ...je n'ai pas de mémoire. . . il habile Paris ... 

|ln)« CuAPAEiD. — A Paris , à Rome ou ailleurs ; que m'importe i 

U. P?rv. — n faut encore vous dire une chose que vous ne savez 
piM. C'est qu'il se passe 'des choses, en dessous, dans les ténèbres, et 
qu'on creil que c'est pour la charité qu'ils font ça, mais pas du tout ; 
— seulêmenl leurs complots , leurs ruses , sont si bien cachés , que 
malgré tout » il a été impossible de rien découvrir, sans quoi on les 
aurait pinces , — mâb tout ce qu*ils font c'est un secret comme la 
confession, ni vu, ni connu , on n^y voit que du bleu , et va-t-en voir... 

IfHt* Chapaaiï. ~ Mais, puisque c'est si bien caché, qu'on n'a rien 
découvert, qu'on ne Mit rien, pourquoi que vous accusez ces braves 
geni qui m'ipporteni mon pot-au-feu et mes quatre livres de pain ?... 
Moi i'sime U justice,., quand on ne sait rien , on ne dit rien. 

M. Pety. — VoilA toujours comme vous êtes, vous avez confiance 
en tout le monde, 

MiDû Chapâhd (bfûnîant la iéU). -^En'tout le monde 1 — dis donc, 
Petj , toi et ta clique , je n'ai pas Tombre de confiance en vous 
antres. 

Ux Fhançdis. — H. Pety, vous avez tort de dire du mal de ces 
mcEsî^urs, puisque vous n'en savez rien. Cest pas honnête. 

M, Pety* — Voilà encore ï mais c'est-il pas l'histoire de rire !... 

M">'î Ffiamçois. — On ne rît pas de ces choses-li. 

!!■»« Chapard ( prenant iQh balai), — Et tu vas me ficher le camp, 
et n'y reviens pas. 

(M. Pe(]r redoutant à bon droit la cdôre d'une femme , et plus honteux qu'un 
rêD&rd qu'use poule aurait prii^ cûosent à déloger sans tambour ni trompette.) 

Candide Le Franc. 



LES ORAGES DE LA HÈRE NOIRE ^ 



CHAPITRE X. 
^ ITne lonmée sur la greva. 

Paramd est un gras village litué k environ trois quarts de lieue de 
Saint-Malo, sur les bords de la mer. Son territoire est assez étendu et 
sa population assez considérable; mais les nuiisons du bourg propre- 
ment dit, groupées autour ci^une pauvre église sans apparence et pres- 
que saES réalité, ne sont pas nombreuses. La plupart des familles qui 
habitent Paramé sont des ramilles de petits gentilshommes ou de petits 
rentiers , lesquels fatigua , et non sans raison , d'avoir passé la pre- 
oùére partie do kur eiblence dans la prison étroite d'une ville en- 
tourée de rempaits, veulent au moins couler leurs vieux ans à l'ombre 
d'un figuier et reposer leurs yeux sur trois brins d'herbe, avant d'élire 
leur dernier domicile sous le gazon. 

Les babitatiuns sont en général propres, mignonnes, et assez isolées 
•a nnes des autres. Une cour, un jardin potager, en forment l'acces- 
ioire obligé, et derrière le terger enclos de murs commence d'ordi- 
naift iù petit rojaume du maître. 

'fou Ici SP« dt tOimiêf du 11 mai au tt Juin , des «, IS et M juillet. 



Ll , des champs de tabac , de céréales on dVrtichaux ierréùi de 
prétexte au contrôleur des contributions directes pour faire jouir ie 
propriétaire des douceurs toujours nouvelles attachées au paiemedl dd 
l'impôt foncier. C'est si plein de charmes de subvenir aux besoins du 
gouvernement de son choix ! Ah! combien je m'estimorais heareox 
d'avoir seulement ^ chaque année , dix mille francs d'imposilioa i 
porter au bureau de mon percepteur. 

A Paramé la grève est superbe : partout où elle n'est pas hérissée 
de rochers , elle est sablée d'un sable fin et doux aux pieds comiae 
un tapis de velours. La pente en est rapide assez pour qu'iin baigneur 
puisse trouver de l'eau au bout de quelques pas , mais pas assez pour 
qu'il 8*expose , en descendant dans la mer , à mettre la pied dans an 
gouffre. La plage de Paramé est la plus belle qu'il y ait au monde pour 
prendre des bains de mer. 

Or , derrière un de ces rochers gris qui la mettaient i l'abri âem 
vents de nord*Auest, une petite maison d'assez honnête' apparesce 
semblait se dérober aux regards du voyageur se rendant de Sàint-Malo 
i Caneale, derrière un massif d'arbustes en fleurs. Si vous.qniltei hf 
grande^route et suivez le sentier bordé de gazon et émaillé de pâque- 
rettes qui conduit en serpentant & cette maisonnette ; si , au travers 
des barreaux de la claire-voie pratiquée dans le mur vous fatiguez vos 
yeux à chercher au fond de ce bosquet embaumé de lilas , de chèvre- 
feuilles ^ do jasmin et de genêts d'Espagne en fleurs , pour savoir si 
quelque être vivant demeure dans ce modeste et frais asile , vous serez 
obligé de renoncer à vos curieuses investigations et de recourir tout 
uniment au vieux procédé de la sonnette dont le cordon pendant au- 
près d'une petite porte de chêne peint en couleur vert sombre, sem- 
ble vous dire poliment : sonnez et l'on vous ouvrira. 

Mais si vous n'osez vous présenter ainsi au domicile de person- 
nages inconnus, voici une Cancalaise qui apporte des huîtres fraîches 
et qui se charge de vous servir d'introducteur. Son appel a été en- 
tendu , un chien a répondu aussitôt en manière de truchement par iw 
aboiement i deux fins qui veut dire à ceux du dedans : 

fl Faites donc attention , vous autres, il y a quelqu'un à la porte; • 
Et à ceux du dehors : 

c Attendez un moment , voici qu'on vient vous ouvrir. « 
Et, en effet, un instant après, le gravier de l'allée crie sous les 
pieds de quelqu'un qui approche, la porte s'ouvre et une femme in- 
troduit k Cancalaise avec ses huttres, et vous aussi sur ses talons. 

Par suite du privilège de« l'invisibilité dont nous sommes dou^s, le 
bel épagneul se contente de flairer le bas des jupons de la nouvelle' 
arrivée, et reconnaissant que c'est une hubiluée du logis il retourne â 
petits pas reprendre son poste habituel sur le gazon qui verdoie, â 
Tombre d'un acacia fleuri. 

Laissons-le reprendre le fil de son rêve interrompu, laissons la 
Cancalaise discuter avec la cuisinière le mérite et le prix de ses bi- 
valves et entrons dans la petite chambre du rez-de-chaussée qui s'ou- 
fre i notre gauche et où quelque bruit se fait entendre. 

L'ameublement est simple, mab brillant de propreté : le parquet re- 
luit comme un miroir ; au milieu de la chambre sur une table re- 
couverte d'un tapis, un vase rempli d'eau cache les pieds de branches 
de lilas fleuris qui , sans se plaindre , ont vu transporter là leur TÎe 
éphémère et leurs légers parfums. Sur une console de bois d'acajou 
s'étale une corbeille d'autres fleurs plus solides dont les pétales en oo* ' 
quillages sont abrités de la poussière par une cloche de verre trane- 
parente. Sous deux autres cloches plus petites , i droite et à gauche , 
une paysanne et un paysan bretons, également vêtus de coquillages, 
montent la garde d'un air souriant et vous oflrent un crabe et une 
huître microscopiques ; aux parois sont suspendus des portraits dé ' 
famille encadrés dans des cadres dorés; le long des murs pendent 
également une pirogue en écorce , un arc et des flèches de sauvages , ' 
une ombrelle monstre en feuilles de latanier, et des plumes tom- 
bées de la queue d'un paon domestique décédé ou victime de là mue. 
Sur la cheminée nne pendule et deux flambeaux dorés, et près de 
la fenêtre, une personne assise en face d'un guéridon brode en ' 
tapisserie un canevas destiné à recouvrir plus tard un fiiuteuil ou une 



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L'OUVRIER. 



m 



chaise, tandis qu*& ses cdtés une enfant qui folâtre joue avec sa pou- 
pée et lui transmet fidèlement tous les avis et tous les reproches dont 
slle a été elle-même quelquefois roccasion ou Tobjet. Mon Dieu ! 
combien l'éducation des poupées est plus facile et plus économique 
que celle des hommes ! 

Quand la poupée eut été habillée et déshabillée dix fois, quand elle 
nut dormi , quand elle eut mangé sur une assiette vide une foule de 
bonbons imaginaires, quand elle eut été grondée pour un mensonge, 
fouettée pour une désobéissance et pardonnée pour ses sincères re- 
pentirs, la pendule sonna neuf heures. 

— Allons, mademoiselle, dit Tenfant à son poupon inanimé, dé- 
péchez-vous d'aller chercher votre chapeau de paille pour sortir. 

Cette réflexion était â Tadresse de la mère qui semblait absorbée 
dans son travail et ne Tentendit pas. 

Il fallait un appel plus direct à son attention. 

— Maman , ajouta Tenfant d'une voix câline , quelle heure vient 
donc de sonner? 

— Neuf heures , mon ange. 

— Elst-ce que nous n'allons pas bientôt partir? 

— Tout-à-l'heure : laisse-moi seulement finir mon aiguillée de laine 
et va voir pendant ce temps-là, si le déjeûner est prêt. 

Uenfant partit en courant , ses cheveux bruns et bouclés flottaient 
sur ses épaules , la mère la regardait , et sans savoir pourquoi , se 
prit à soupirer en la regardant. 

Le déjeûner était prêt; après le déjeûner qui ne fut pas long , la 
toilette fut bientôt faite. Alors ce n'était pas comme aujourd'hui où 
les parents veulent des enfants toilettés comme sur (es images colo- 
riées du journal de la mode. Alors on n'envoyait pas encore les 
pauvres créatures se promener emprisonnées dans un luxe qui ne 
leur permet que la coquetterie pour toute distraction. Alors on ne 
recommandait pas aux femmes de chambre qui les accompagnent de 
les tenir sans cesse par la main. Les cerceaux n'étaient pas en acajou 
verni , ni les ballons captifs dans un filet. Une petite fille de sept 
ans n'était pas condamnée 4 circuler pendant deux heures avec un 
jupon de danseuse , des brodequins trop étroits et une paire de gants. 
Alors le père et la mère ne se gênaient pas pour dire â une bonne 
plus vaniteuse de leurs enfants qu'eux-mêmes : c Fanchette, mettes- 
loi donc son vieux pantalon , ou sa vieille robe , c'est bien assez bon 
pour être traîné sur l'herbe et revenir en lambeaux. • Alors que les 
gens s'amusaient quelquefois ils comprenaient que les enfants 8*a- 
musassent ; mais alors c'était alors, et maintenant c'est la loi du pro- 
grés. Je m'attends qu'avaut peu l'on verra promener des moutards en 
robe avec la distraction d'une grammaire grecque â la n^iin. * 

— Maman, Yvonne est toute prêle. 

— Bien ! bien , dis-lui de ne pas oublier la lunette d'approche, en- 
tends-tu, Rose? 

— Elle l'a prise , petite mère , elle a tout pris , tout, absolument 
tout ; le. panier pour cueillir la casse-pierre , la petite bêche pour les 
lançons, le sac pour les coquillagel, elle a tout, tout pris. 

— Eh! bien; partons. 

— Partons! partons! cria l'enfant ravie; maman, je porterai la 
poupée. 

— Si tu veux. 

— Et Médor va venir avec nous, n'est-ce pas, maman? Il s*cn* 
Duierait tant â la maison, pauvre Médor. 

— El Médor aussi , ma chérie. 

Médor , réveillé parles cris joyeux de Rose , ouvre les yeux , lève 
la tète et s'étant mis debout sur ses quatre pattes, après un long et 
consciencieux bâillement , étire ses muscles engourdis parle sommeil, 
secoue ses oreilles et bondit joyeusement en tête de la petite troupe. 
Rose courant après, l'appelant en vain de toutes ses forces. 

De la maison i la mer il n'y avait qu'un pas : du sommet de la 
alaise k la grève. Rose ne fit qu'un saut; Anna chercha pour s'as- 
leoir et s'installer , un lieu propice d'où elle put suivre des yeux les 
mouvements de l'enfant et de sa nourrice Yvonne Ar Bihan, pendant 
fue celles-ci variaient leurs olaisirs soit en ramassa&t quelques co- 



quillages pour faire des Seuri arlîficielîes . soit en cueillant du ttif- 
frage — sorte d'ombcUifère de Tespèce du fenouil qui croît dans les 
fentes de rochers, et dont les îmVihE passes et odorantes mises dans 
du vinaigre servent A faire une sorte de cornerve de ménage , et que 
dans le pays on appelle casse-pierre ou perce-pierre; — loit â Taide 
d'une petite palette rie fer , soulevant le sable humide pour en faif^ 
sortir et saisir au vol ce petit poisson argenté qu'on appelle lançon, 
genre de pêche qui exige une mcrvetUcuse agilité , car , dés que la 
tête du lançon est rentrée dans le sable il faut renoncer 1 sa potir-^ 
suite; soit enfin â jeter dans l'eau quelque épave afin de perfeclionuer 
et développer les talents natatoires de Médor et son habileté h retroii* 
ver et rapporter les choses perdues. 

Rose s'arrêtait de temps h autre au milieu de ses jeux et de sa joi4 
et â chaque instant revenait vers sa mère , tantôt pour lui montrer 
quelque goéfnon superbe alsfiridonné par la marée, tantôt pour lui Ta- 
conter quelque exploîl de Médor, tantôt pour Ini demander la lunelle' 
d'approche et regarder dans les nuage» si le brick de son père allait 
bientôt venir; mais c^étaient \h de demi- prétextes et la vraie raison 
de ces petits voyages était de recueillir des lèTres matemeUei un^ 
parole et un baiser. 

L'air â peine agité par La Irise soulevait, en les caressant , les che- 
veux bouclés de l'innocente eréature^ l'Océan semblait endormi dans 
sa paix et son immen?ité> l'alouette de la plage chantait en montant 
vers le firmament bleu , ks courlis et les goâlanJs rasaient les {lois 
tranquilles en y trempant le bout de leurs ailes. Le soleil radieux et 
sans nuages commençait â descendre vers L'horîron \ rien de plus 
splendide et de plus doux que cette journée, passée ainsi sur la grève 
silencieuse , quand les vagues se balançaient avec un faible murmure 
et que le vent soufflait sans faire entendre un soupir. 

On croiriit quand on ne t'a pas vu, que ce spectacle grandiose peut 
à la longue rassasier les yeux et le cœur ; mais la conlempbtîon de la 
mer charme toujours Fâme huniain>? sans la fatiguer Jamais. L'Océan 
est si beau qu'il semble r ha ngi^r J'i^spect ik chaque heure et varier ses 
formes au point de ne se ressembler jamais. C'est te navire qui passe^ 
c'est le flot qui succède au fiot, c^eat le nuage qui monte, c'est un je 
ne sais quoi de mystérieux et de grand qui saisît, qui fascine, qui at- 
tache ; et l'on passerait sur la plage des jours et des mois entiers sans 
sentir fatigués ses regards, ou son cœur. Tel n'est pas l'effet produit 
par les beautés factices et les magnificences de commande et de créa- 
tion humaine. On s*en lasse vite et leur instabilité seule les rend tolé- 
râbles en les rendant éphémères. 

La eréation porte avec elle un cachet divin que les oeuvres de 
l'homme ne sauraient atteindre et qu*e11es peuvent â peina et de loin 
imiter. L'harmonie des êtres , quand elle frappe à la porte de notre 
âme , y réveille des échos endormis «vec lesqucb elle est toujours 
d'accord. Ce qu'on est convenu d appeler la nature et ses voix, cons- 
titue un ensemble ot chaque note trouve sa place sans pouvoir jamais 
y produire un son discordauL Que dans un morceau de musique exé- 
cuté par une masse un seul chanteur ou un seul instrument place une 
note étrangère, l'oreille sera blessée et k plus belle symphonie aura 
perdu tout son charme par Terreur d^un seul conp d'archets Dans 
cette autre symphonie au contraire , dont le chef d'orchestre est Dieu, 
il n'y a point de favsae note possible; le vent qui gémit et la mer qui 
gronde, chacun sur un ton d'fTcrent, accompagnent lonj ours d'accord 
les sons qui viennent s'unir û leurs voix , et s'harmonisent admira* 
blemeotavec le chant de l'oiseau et le bourdonnement de Vinsecte el 
même avec la clochette lointaine du bélier qui rentre le soir au ber- 
cail i la tête du troupeau. 

II y a plus encore : cïmcun des musiciens de cet innombrable orches- 
tre reçoit au fond de son âme , da ce concert écrit de main divine » les 
impressions qu'il doit y trouver et les sympathies dont son cœur i be- 
soin. Si vous êtes triste, ou gai , au pensif, ou occupé d'une œmm 
sérieuse , nulle œuvre humaine ne vous sera complètement agréable 
et souvent deviendra tellement intolérable que toute votre sensibilité , 
crispée et blessée an vif par la discordance entre les sons extérieurs 
et les sentiments oii votre vie se ia<siil «t «^agite, ne voua permettra 



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L'OUVRIER. 



(91 A*(V»jdDroiitfirledoiilQurein contact. Quifourrait subir le specta- 
cle d*iin bal le soir de la mort d'un enfant ou d*une mère ? Mais les 
choses i|tti procèdent de la main suprême trouvent la porte du cœur 
toujours ouverte et y pénètrent avec de suprêmes adoucissements. 
Tout se revêt de la teinte (pu nous convient. On dirait que la nature 
inerte ^Bile-même renouvelle le miracle de parler toutes les langues et, 
merveiUe.plus étonnante encore , de dire i Thomme toutes les choses 
l^0 ,plus disparates et les plus opposées sans se tromper et sans men- 
tir jamais- p^ sà^tU se revêtent des couleurs et des teintes dont le 
CiQBur a bqioia. Le même chant du même oiseau , la même perle de 
roaëo^ la même fleur des jchamps disent au passant qui les contemple 
et les écoute tout ce qu'il a besoin d'entendre, et la rosée qui pleure 
ivee celui qui pleure sourit i celui qui sourit, et Toiseau console une 
trist^sius eoBune il iait écho è une joie, et la fleur échange toujours 
un regard ami avec quiconque la regarde et semble dire i l'homme : 
Je sais tes émotions et j'y prends part. 

Vçilà ce qui 86 passait dans deux cœurs , au même instant , sur la 
grève JK^litaire* A Tâme insouciante de Tenfant tout disait allégresse , 
espérance et vie ; devant l'esprit préoccupé de la mère chaque objet 
et chaque son répétait un autre mot : Incertitude. Les soupirs qui s'é- 
ehappaieot de sa poitrine répondaient comme un douloureux éclio 
auxédats bruyants de la joie enfantine de Rose. 

Une fois que cette dernière , debout sur la plage , battait des mains 
en appelant sa mère pour lui montrer une ^Igue interminable qu'elle 
venait de dérober au flot et qu'Anna lui renvoyait en échange un doux 
e( mélancolique sourire, un cri de surprise s'échappant de la poitrine 
de reniant et la direction de son regard firent retourner la mère et 
lui firent élever elle-même 1^ yeux vers un objet inattendu. 

Une femme , avec des vêtements quelque peu en désordre , les bras 
crojpés sur la .poitrine , le corps légèrement penché en avant sur le 
sommet du rocher, semblait chercher des yeux quelqu'un de connaisr 
sance. Anna se leva d'un bond de la place où elle était cachée et l'é- 
motion lui arracha i^ie exclamation involontaire. 

Rose 4kccourait vers elle , et toutes deux ensemble montèrent vers 
le lieu de l'apparition; cette dernière avait dbparu. 

— Maman , dit l'eûfant , ;par.où donc |i -passé tante Madovie? 
(Li tuiU proiàoùMmetU.) Jean Loyseau. 



JElVNER Et LA nCGip\ 



n. 

Avant d'écrire les lignes qui vont suivre , j'éprouve le besoin de 
domier de» garanties k mes lecteurs et d'établir en quelque sorte de- 
vant €ui la compétence de celui qui va leur parler. Le domaine de 
la raédedne n'est pas un jardin public où il soit loisible à chacun 
l'entrera toute heure; c'est un temple mystérieux dont l'étude 
et l'observation sont les seules portes ; le droit d'y rendre des oracles 
est réservé ao petit nombre d'élus qui , après de longues épreuves , 
ont revélu le sacerdoce de la sdenoe. Appartenant au vulgaire pro- 
fane, j«B'ai dlM eetle occasion «pi'un devoir à remplir , cMui de me 
taire et «Téccàter ; ainsi fenà-je. Ce qu'on va lire en effet n'est pas 
de moi : taa plimie est ici au service d'un consciencieux praticien , 
docteur «nmédèdne de la Faculté de Paris, que deé occupations trop 
moltiplîécs^nt seilles empêché de rédiger lui-même ces observations, 
écrites en quelque sorte eous sa dictée. 

Le ftecki, avcoMunis 4it, s'^trait des pustules développées sur le 
pis dite vaches par k maladie appelée vulgairement jTÏcoto. C'est là 
vn eflét la provenaRoe première du vaccin , son pays d'origine , si je 
pms ainsi parler. Mais l'inoculation de ce virus à l'homme détermi- 
nant eo ce dernier une émptiofi tout-à-fait analogue à celle de la fa- 
cile, c'est au pustules ImnaiBes lei^ns aoutent qu'on eniprunte le 

Tsir la ■• de l'Ouvre, du » iMUlet. 



vaccin. Après Tavoir recueilli sur la pointe d*une lancette, on le con- 
serve dans des tubes de verre bouchés hermétiquement ou antre des 
plaques de même nature cachetées sur les bords. Les médecins savent 
où trouver le vaccin ainsi conservé ; ils savent aussi comment et dans 
quelles conditions il faut l'inoculer : nous n'avons rien à leur ap- 
prendre sur ce point. Itais il est quelques circonstances que les pères 
et mères de famille peuvent préparer et surveiller , et c'est aux pèces 
et aux mères que nous adressons ces conseils. 

Nous disons : aux pères et aux mères, car l'habitude s'est heureu- 
sement répandue de faire vacciner les enfants dès leur plus bas ige. 
La variole ou petite vérole est en eflet particulièrement redoutable 
dans la jeunesse et jusqu'à l'âge de trente ans ; passé cet âge, eHe 
sévit peu et se montre bénigne; au-delà de cinquante ou soixante ans, 
on est presque certainement à l'abri de son atteinte. 

La transmission du vaccm se fait quelquefois de bras à bras, c*esl- 
à-dire qu'on le prend sur un enfant nouvellement vacciné pour le 
comniuniquer immédiatement à un autre enfant à vacciner. Il faut 
dans ce cas veiller à tïe que l'enfant qui fournit le vaccin soit bien 
portant et né de parents sains et bien portants eux-mêmes. Un en- 
fant atteint 'd'une maladie héréditaire ou contagieuse pourrait trans- 
mettre un germe de mort ou de maladie grave en même temps que 
la précieuse liqueur qui doit prémunir contre la variole, il faudrait 
donc refuser absolument son vaccin. 

A quelle époque de l'année peut-on vacciner un enfant? En toutes 
saisons, mais il est sage de ne point le faire pendant des chaleurs ou 
àes froids excessifs. 

L'usage le plus ordinaire est aussi d'attendre le deuxième ou la 
troisième i^ois après la naissance ; l'enfant est alors plus en état de 
supporter la fièvre légère qui accompagne l'éruption des pustules. 
Mais en temps d'épidémie, lorsque la petite vérole sévit dans le pays, 
il faut vacciner sans retard, même dès la première semaine de la vie 
et ne tenir compte de la température que pour entourer l'enfant de 
plus de soins après la vaccination. Il n'est nullement besoin de chan- 
ger en rien le régime de l'enfant avant ou à moins que la fièvre qui 
suit l'opération devienne trop violente ; dans ce cas il serait néces^ 
saire de mettre le vacciné à la diète et d'appeler le médecin. 

Il parait ai^jourd'hui à peu près constaté que la vaccine ne pré^ 
serve pas indéfiniment de la variole ; toutefois il est certain que lee 
personnes atteiptes de cette maladie après avoir été vaccinées, n^ont 
généralement qu'uoe , variole à peu , près inofiensive. On n'est pas 
d'accord' sur h durée delà période de préservation , et l'on conçoit 
en effet que cette durée doit varier indéfiniment avec le tempérament 
des individus , la qualité du vaccin qui leur a été inoculé et la ma- 
nière dont iî a agi. Les médecins les plus sévères accordent à celte 
période une durée de quinze à dix-huit ans; en temps d'épidémie, 
on peut si l'on veut devancsr ce terme pour se faire vacciner de 
nouveau, selon l'adage : deux sûretés valent mieux qu'une. 

Quelques personnes croient encore que r4isage de la vaccine a 
rendu plus fréquentes plusieurs yialadies auxquelles l'homme était 
autrefois moins sujet. C'est là un préjugé qu'on ne peut discn- 
ter parce qu'il repose uniquement sur une affirmation dénuée de 
preuves. Si les maladies sont plus fréquentes , si la mortalité est plus 
grande qu'avant la découverte de Jenner, il y a tant de moyecs d'ex- 
pliquer cela et de démontrer, les preuves en main , que ce& maladies 
et les morts sont attribuables à une foule d'autres causes , que la 
vaccine n'a rien à craindre d'une pareille accusation. Rappdlons-noos 
qu'avant de posséder le vaccin , on n'hésitait pas , pour soustraire les 
hommes aux cruelles atteintes de la variole , à Jéur inoculer le viras 
varioleux lui-même; en leur communiquant le mal afin de le préve- 
nir en eux et de le leur rendre moins dangereux , on en perpétuait 
l'existence et on menaçait la santé de leurs voisins. On n'hésitait pas 
cependant; eh bien ! que de vaines chimères ne nous lassent pas hé- 
siter à user pour nos enfants d'un préservatif assuré et sans danger 
pour qui que ce soit ! Eugène Pbnel. 

Angers, imp. de Laine frères, rue Smt-Laud, 9. 



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3 août iMt: 



L'OUVRIER 

bornai hebdomadaire illustré paraissant tous les lamedls* 



ADIcnnSTRATION : 

I, quai des Grends-AuguBtias, 
llilibiiixia de BI«ÉBIOT, 
A PARIS. 



SOMMAIRE. 

LES QUATRE SAISONS. Pot^sie, p«r J. CBAMTtPlB — LES CXOTTRES, 
par Louis Vkhillot. - LBft COMPAGNONS DE LA CROIX D'ARGENT, 
par Géraent Just. — PARIS, par Uuovin, de Dié. ^ UL LETTRE DE 
COMMANDE, par Clémeni d'OcLBi. 



ABONNEMENTS D'UN AN 

1 (Milir 4i 1*' 4e dufw mêêê: 

FaAJici '••••§•« 

BimopB , Éorm , Rumb »'A«b , Tn- 

Qt-iB d'As». • • •• 

ÉTATt-UmsDB L'AMbiiocimjN(Ki». . 7 •« 

COLOIOBS BT AUniB PATB »'0UTIIB-]IB«. S 60 




L'AUTjOMNÇE. 



LES QUATRE S4ISOK8 \ 



i*UtSlt. 



L'Automne. 



Courageux vendangeurs , iiirin voici Taufomni); 
A ros arides mains la vigno offro son fruit. 
Ebfdnis, Tenez cherelior les présents du Pomene, 
U chasse, le plaisir, les vacances, le hrott; 
Venez : mais de Thiver , hclas ! plus d'un présnge 
lient attrister ces jettx et ces riants tableaux , 
Sar le front du vieillard parfois passe un uupge; 
U est à son autonne ; il 6ors;c à son repos , 
Et va le soir , laissant les plaisirs au jeune âge« 
Regarder le soleil s éteindre dans les (lots. 

% Il K Ai fournir du 27 iniUei 



L'BiTar. 

Voyageur, il fait froid; la tempête f assiège 
Et le sol disparati sous sa rob« de neige ; 
Quand, triste et rigoureux, lliiver hlasehit not ïoiC^ 
Où vas-tu par les monts, les plaines «t Us boist 

Oh ! ne ¥B pat pl«s loin; VhxMt de son llileÎMj 

Image du trépas , a dépouillé la plaine; 

Il flétrit les trésors fu'on gardait avee som » 

Tout uicurt , la ciel est noir : oh ! ne vi pas plus lom. 

Regarde ee linceul qui couvre noa campignet; 
Écoute Taquilon , i travers les ttontagnat » 
Dont monte , grandit , passe et s^effaee le hnMt 
Comme on cri de douleur qui se perd dans la nuîl« 

4. GOAMTIPIB, OINTM 



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L*01IVRIBR. 



LifS CLOITRES 



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^l^'j 



Qnel galant homme , parlant des monastères et voulant les proté^ 
4ltlh AflMbl} 2 dit Bif jour : B fkut laisser les réf\4m duvelts aux 
i repentirs et aux grandes douleurs T 



C^ttô'soitisç! a bbtintl un cours prodigieux. Pas d'honnête écrivain 
'caQi9U<|ueL0V à^peiiprès qui ne Tait opposée i M. Havin. Je crains de 
. fftioir répétée cent fois. 

' Klle à pris pardiitement dans certaines demi-cerveUes. Un jour, à 
Rome , je regarda» passer une procession. Il y avait des capucins 
chargés de leur lourde bure, pieds nus et tète nue sous le soleil 
ardent 

Deux graves FVancab étaient prés de moi, Tun voyageur du vin 
de Bourgogne, l'autre voyageur du vin de Bordeaux, tous dent ven- 
dant du vin de Cette. H. Rapet, montrant les capucins, dit i 
M. Maréchal: 

iCes gens-là doivent e» avoir fait de bonnes, pour s'imposer une 
pareille vie ! • M. Maréchal répondit 1 M. Rapet •• Il n'y a peut-être 
pas parmi ces hommes tutant de scélérats que nous le croirions. 

• J*ai visité qnelqvet couvents. Ma parole 1 On y voit d'honnêtes 
ligures. » M. Rapet reprit > •Ce sont des fainéants. « — M. Maréchal 
continua : c J*avoae qu'ils ne servent à rren. Mais 

ê J^estimerais qu*on les doit laisser vivre selon leurs goûts. Slls 
■0 punissent, cela ne nous fait aucun mal ; et s'ils se consolent, nous 
a'en sommes pas pins à plaindre. Voyez-vous, Rapet, 

• Dans ce monde nous sommes sujets i parler souvent sans ré- 
flexion. Nous avons des tie$ contre ceci et contre cela. Ces lieux de 
pémtence, ces eonVents ou, conmieils disent, ces monastères, 

a Nous trouvons; nous antres, que ce sont des absurdités. Nous ne 
voudrions pas vivfo là-dedans. H nous faut faction ; notre sang gé- 
aéienx nous porte auxaibtreà et «nx plaisirs. 

a Nous sentons k besoin de nous rendre utiles à nos semblables, 
de les gonvemer, de (aire fortune, de percer dans les sciêiy^, de 
yarler, d*écrire, de penser. 

a Tout cela est bon pour nous. Notre consdenee est en paix, nous 
nVvons jamais fiât de mal... Si un sinistre arrive, eh bien, sacrediél 
\ remettre sur pieds. 



a Mais réfléchissons : tous les homoMs no no«s reneaablent pas. 
Goanhien db yodes nUNiâlées , qui s'abattent pow tmh lait des atro- 
cités» on pordnJear l<irtwie , ou me maîtresse , on un euftnt? 

• Qae deviettdnMUees gins^èt Bs ne peufMit pourUnt pu se 
twr» soyons jnstesl Eh bien , çt n dana un eowent. U fout des 
refuges aux grands erimes el c«x grandes donleucs. • Rapet ac- 



D y a des idées loMes iaitee dont on ne eonnaft le fond de sottise 
que quand on les rencontre dans certains esprits. J*anrais embrassé 
Maréchal. U venait de m'ôter une sottise comme avec U main. 

* M. Louia VeuiUot nous doBoe un nouveau témoignage de sa sympathie en 
■ons OQMmiqnantCMhapitM ih» ouvrage encore inédit , intitulé U Parfum 
dfilaiia. {Nou d« la Rédaction.) 



JV,' grlce i*Vien , connu etiprati|ué nA grandi^quantM do fcB- 
gieux. moines « flrati, clercs, de tous les habits et ^ toutes les voca- 
tions. Qhelques haltes dans les monfslères sont les meilleurs instants 
de mu vie. 
• 

De (fais le jb jr où, pour la première ibis; j^. st^a^^é da|[ij^^Hiît8r 
du P. Rozaven, au Gesû , comme dans la piscme dont lea eaux gué- 
rissaient les mourants et les paralyticpies , juç^u'au ^moment, où 
j'écris, 

J*ai va le noue moine sous ses nobles cloUres, solitaire, savant», ou- 
vrier de la terre. J'ai vu le n^endiant apostolique, n^s de saiut Doini» 
nique ou de saint François , dans son couvent semblable i une ruche. 

J'ai vu le clerc régulier. Jésuite, Théatm, Bamabite, etc., dans sa 
petite chambre encombrée de livres et aasiégée de pénitents; j'ai vu 
le missionnaire arrivant, fottgué non vaincu, des extrémités do 
monde. 

Je les ri vus de prés, tous, et j'en ai vu beaucoup ; je les ai vns au 
travail, i la récréation , «lu chosur, quelquefois au milieu du monde 
qu'une affaire les obligeait de traverser; j'en ai vu de vieux, j*en ai vu 
de jeunes. 

11 est vrai que ces gens-li mènent >iûe vie laborieuse, sobre, dure, 
mortifiée, sacriGée; mais je n'ai jamais remarqué qu'aucun Frit eni« 
brassée sous la pression d'jin grand repentir on d*une grande 
douleur. 

La plupart y sont venus jeunes ; et dans le petit nombre de ceux qui 
sont entrés tardivement, la plupart encore ont en cela réalisé un vœu 
de leur jeunesse qui a persévéré et vainou les contre-temps de 1« 
vie. 

Us ont choisi la vie du cloître, non pour avoir commis des cnroes, 
mais parce qu'ils craignaient jusqu'à Tombre du péché; non pour avoir 
subi de grandes douleurs, mais parce qu'ils ressentaient un grand 
amour. 

Par cndnte du péché , ils se sont mis i Tabri; par amour de Dieu , 
ils ont voué i Dieu leur existence , ils la lui ont donnée pour le louer 
par une prière perpétuelle et par des muvres de victimes qui les asso- 
cient à Vœuvre de la rédemption. 

Us ont voulu vivre sans tache, dans la sobriété, dans le travail , 
dans rhumilité, dans la charité; rivre non pour eux-mémeç mais 
pour Dieu. Je ne suis pu étonné que M, Maréchal leur ait trouvé 
d'honnêtes figures! 

Sans doute, dans le cours des siècles les cloîtres ont pu renfermer 
de grands repentirs. Didier , roi des Lombards , clottré par la clé* 
mence de Charlemagne , se fit volontairement moine de Gorbie. J*ea 
souhaite autant à d'autres rois ! 

Et l'on peut citer aussi de grandes douleurs , sans prendre pour, 
exemples Héloise et Abélard, la seule religieuse et le jeidL moiim 
pour qui M. Havin se sente du respect. 

Mais s'il n'y avait pour peupler les monastères que les framb re» 
pentirs (ce que l'on entend du repentir des )$nnds crimes^, et lei 
grandes douleurs , les monastères seraient vides et n'auraient jàinai j 
été pleins. 



Les vrais grands crimes , bien combinés , bien délibérés et 
mis en connaissance de cause , sont fib deS'frrHies ambitioan; ifa 



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rOUVRlBR. 



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ti- «|t po«r tibjet les grandes fortunes et les gnndes jovûssanees. C^est 
le eontraire de la «)eation monastique. 

Les ffi^ades ckuléurs , tseUes du moins que le inonde appelle ainsi , 
les douleurs qui poussent des cris et s'arraehent les diereux , sont 
le fait d'une âme mal équilibrée et d*une foi iiieertaine. C*e$t le 
coBmire de la vocation monastique. 

Lii frands orimes qui ne parviennent pas â fleurir dans le grand 
monde ¥•■! an Jbagne ; les grandes douleurs qui se sont arraché 
les eheveipc .finissent à la cuisine, ou à l'opéra » ou aux secondes 
noees. 

Ce grand evima qui, par hasard , pi;end le chemin du monastère, 
eet déji pérdoHié, paîsqtt*il« fait toutes les réparations possibles; la 
grande douleur qui cherche Tabri des cloîtres est déjà consolée , 
puisque elle accepte la volonté ds Dieu. 

M. 'MMchal et M. Rapet seraient élrangemefit «urpris s'ils appre- 
naient Tobjet des grands repentirs et des grandes douleÉirs du cloitre. 
Qnot! se. repentir de ae pas asses se repentir! Pleurer de ne pou- 
Toir asset pleurer! 

Lee résultats de cette vie pénitente et mortifiée étonneraient bien 
davantage nos deux honnêtes marchands de faux vins. Gomment ! 
point de meubles , point de feu » point de cuisine , et la joie ! 

Gdi est uni pourtant, et la joie habite les cloîtres , et la vérité 
est qa'il fant conserver les cloîtres pour laisser en ce monde un' asile 

j^ij vertus et aux grandes joies. . 

Louis Vxuillot. 



LES COMPAGNONS DE LA CROIX - D'ARGENT \ 



CHAPITRE 1er. 

CéiBfliMit CSaiide Chopin , arrlTé à Pane , ne pnt atteindre 
renberge de la Croix-d' Argent. 

I>aM lit 4tfinsiiecB jours du mois de.juiUei 17S9, vers les sept 
fce ofe s du soir, un jeune garçon , d'une vingtaine d*annéee, entrait â 
Paris par la barrière du Trdne. 

Cdftiît H^.lAfkùsa que l'on donnait, avant la Révolution, à la.bar- 
liiie ^ ouvce Paris du eùié de Vincennes. 

Ce nom était un souvenir historique. Le 26 août 1660, avaient 
ee liée de^graedes létes pour le mariage de Louis XIY et de Marie- 
Thérèse d'Autriehe. Ae milieu du fond-point, tète de l'avenue de 
Vioeeenee, en avût , 4 Toeeesion de ces fiâtes , élevé un trône ma- 
gipfique sut lequel le cenple royal était venu s'asseoir. 

Sn 1786, les fermiers-généraux, autorisés par M. de Galonné, vou- 
lant, enétee ka pregn^te toujours oeoissants de la contrebande , enfer- 
méient les ftubourgs de Paris d'un mur d*enceinte. 

Ge Alt alors fue iee Parisiens iapi ovisèrent cette épigrajqnie : 

Le mur murant Paris rend Paris murmurant» 
Pour augmenter aon Dumértire 
Et raccourcir notre horùsoo, 
La Ferme a ju^ nécesMire 
De mettre Paris en prison. 

Bbi mtaie temps ipi^un mur d*eneeinte , il fallut établir ,dea bar<* 
neiw* 

On donna le nom de barrière duTrtoe k la barrière qui ouvre IW 
eir M fkniietrg Saint-Antoine 

« U fsprodaotloe esiloieidlie. 



Le jeune homme qui franchissait la barrière au n^oment pu com- 
mence notre récit , ne connaissait sans doute nr celte étymoljogié, ni 
ces souvenirs historiques. 

Il paraissait avoir fait une longue route â pied; ses vêtements 
étaient couverts de poussière : leur désordre attestait le ni{>uvement 
répété d^une longue marche. Ses gros louliers et sai bâs hieus étaient 
devenus gris : sa chemise. entr*o\iverie sur la poitrine n'était relenue 
au cou que par un bouton ; ses longs ehevpyx épars s'échappaient de 
son bonnet de laine, autrefois rouge , aujcturd'irui bruni p^ir k t^^aips. 
Ses yeux avaient perdu leur éclat, éteints par la souffrance que u«use 
une trop grande fatigue; sa tète était penchée en avant, el son front 
incliné portait la marque d'une sorte d'aniantissemnnt des facultés. 

Malgré ce désordre , tout chez le jeune vopgeur indiquait la no» 
blesse de la race; on ne pouvait dire qu juste s 'il était ouvrier de 
métier ou paysan ; Tintelligence qui brillait par éclairs dans ses re-< 
garda, marquait Thabitude d'une pensée élevée. Ses mains , fortes et 
calleuses, laissaient voir qu'elles avaient servi aux rudes travaux de 
la campagne. On verra plus loin que Claude Chopin n'était ni un 
ouvrier ni un laboureur, mais qu'il tenait des deux états psr plus d'un 
côté. 

Après avoir passé la barrière du Trâne, le jeune voyageur descen- 
dit la grande rue du faubourg. Il avait l'air de ne point conu^Ure Pa- 
ris : u chercha quelque temps des yeux une personne 4 qui ileoianier 
un renseignement qui lui manquait. 

Un marchand de vin, les poings sur les hanches, debout devant âa 
porte, regardait venir l'étranger, d'un air moitié railleur, moitié pro- 
tecteur : Chopin passa au ras de la porte du cabaret : 

— Eh l'ami ! vous n'entrei pas boire un verre de vin t la journée a 
été chaude, et â vous voir, la route a été longue, dit te caharetier 
de sa voix la plus engageante ; son accent avait per Ju toute Inflexion 
ironique pour ne garder que la note la plus mélt^Jkuse de U t<en- 
tation. 

Le jeune voyageur leva la tète, s'arrêta un moment; il s'appuya sur 
son bîton comme un bomn^e à qui la station est fresque aussi dou- 
loureuse que la marche. 

— Je voudrais gagner l'auberge de la Croix-d'ArgetU qu'on m*a in^ 
diquée ; elle est dans ce quartier, n'est-ce pasî 

•*- L'auberge de la Groix-d'Argent ï vous n'y éles pas, reprit le 
marchand , de l'air d'un homme qui veut engager ^t prolonger k 
conversation. 

— Apparemaei^, peieiiue îe ilemande m^p chemin i^oiir y aller, 
répliqua , avec une Hiauvaise humeur mal dissimulée p le jeune 
étranger* 

— -AJlees, 4^1p^* ne>vpas.Ûcbex pas , 6t entrez prendre un verre : 
il y a enccre loin d'ici i la Croix-d 'Argent : buvei un coup; nion 
garçon \ous conduira. 

Chopin parut hésiter un instant : il fit mena e le mou vement d'un 
homme qui veut continuer sa route , maïs épuisé de ftUigue , il 
céda. ^ 

U entra dans le cabaret ; c'itait un bouge d'assex sombre appa- 
reeoB, coinpesé de deux pièces : il n'y avait personne d^jis U pre- 
mière ni dans la seconde; quoiqu'on fût encore en plein jour, cette 
seconde pièce était déji plongée d^n^ \m& proloude nbscurilé. 

-^yenex par ici« dit le cabaretier » en di.^ posant étm cette pièce 
un tabouret de bois, auprès d'une table ; venes par ici, en est plus 
tranquille. 

Chepia fut surpris que le cabaretier ne lui donnai pas 4 boire dans 
ia première pièce, on y voyait phis di?ir. 

11 ne fit pas de question : la fatigue dominait chei lui la curiosité. 

Le cabaretier battit le briquet, adluma une mauvaiie bmp^; la lu* 
mière, ea éclairant la pièce oili veiiait de s'asseoir Claude Chopin, la 
lui montra plus grande qu'il ne l'avait vue d'abord. 

Ql|e]||uee inataatji passèrent s le marchand apporta un pot de 
faïence blaacbe, marqué de fleurs vertes et rouges ; il mit deux fttJM 

n lersa du fin dam Ton des ve^rf^^de m^i^re i y» f^}^(: il,p^ 



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108 



t'OUVRIER. 



V 



v«ni datii Fautn que cpi^lqiies goutteâ. 

— Asieyi^t'Vaust dit Ctiipirif lldéle aux lUâgea de la vieillâ céré- 
monie pogtibire. Le t^abaretier «'assit. 

Chopin le rt'prdo ; cY^Utt un homine de trente â quarante ans, 
grand, forl» l*air résotii" cet homme avait en lui quelque rhoie d*é- 
irange i ion regard n*^Uit jamais droit, ses lèvrcB mmr^s et blan- 
ehea lé mofgn aient d'une nature mauvaise; ks jeux rouges et le nez 
bourgeonné trahissaient d'une oianière irrécusable dei Latitudes d'i- 
frognerie et de débauehe- 

— Vous venei de loin, comme ceU? dero^di<l41 ifec ui^ aoncha- 
knce afiectée^ 

Chopin fut quelques instants avant de répondre. 

— M^ii, d'assez loin, dit -il eniîa. . 

— De Vîllere-CotlereU? 

— Non. 

— De UeluQ} tlarif 

— Non plus. 

— De Corbeil, peut-être ^ 

Le cibarelier se mit à rire, d'un rire forcé» pou? dîssîiniileT la cu- 
riosité aous let apparences de la pbi^anterie- 

— Je Tieni d'au ddà de Meaux^ répbqua Chopin, laase de cet in- 
terrogatoire I mais ne vo^f^nt dans cette question que rindiscrétion 
d'un homme mal cleve, 

— Tiens p reprit le cabarclicr, ma femme est de ce pays-lA : elle 
€«t de la Fcrlé-Milon. Un beau pays, la foret de Villers, La petite ri- 
TÎêre d^Ourq, de larges prairies , sans compter les jolies fïHes... 

D fut interrompu par une espèce de militaire qui entra dans la 
première pièce et demanda A Loire : orcupé h servir le nouveau 
venu, le cabaretier laissa Chopin seul quelques momenls. tl commença 
defider le verre rempli devant lui ; il trouvaille vin meilleur qu'il ne 
i^j attendait. 

Chopin savourait le plaisir dVne surprise qui, dans ce temps déjà, 
était bien rare au cabaret. 

Tout-i-eoup , il lui sembla entendre un bniit sinplier \ e*étaien( 
comme des voix d*hommes qui parlaient entre eux. La son ne venait 
ni d'une pièce voisine , ni de la rue , ni de Fétage supérieur ; û pa- 
raissait 1 Chopin que le son venait de dessous terre. 

Il écouta : le bruit se tut ; Chopin se demanda quelle en pouvaitêtre 
ta cause. Le bndt ne se renouvelant pas , il pensa qu'il a 'était trempé 
et qu'il avait entendu quelque querelle venant de la rue ; le cabare- 
tier ayant établi dans la première pièce le soldat , revînt prendre place 
en face de Chopin. 

— Vont conatisiet ce rêgiment-làT demanda-t-il en baissant la 
voix et en montrant du doigt le nenveau venu : e'est h régiment 
d'Orlétm. 

— Oui, j*en ai déjl vu* 

— Cest qu'alora vous vene^ de Seistons , ils j ont été longtemps 
en laniison : ce sont des troupes bonnes au peuple, celks-lâ. 

En disant cela , le cabaretier leva les yeux au ciel, puis lança un re- 
gard oblique^ pour observer la fîgure de Tétranger. 

Celui-ci se leva; U voulut payer sa dépense et gagner Thdtel de la 
Croix-d"* Argent* 

— Le petit n'est pas encore rentré, il faut qu'il vous conduise : il 
sait le chemin ; mais vous qui ne le lavei pas , vous perdriez du 
temps i le chercher. 

Chopin se rassit : le petit repas qu*il venait de prendre avait en-^ 
gourdi ses membres fatig ués» il ne pouvait plus se tenir debout. 

— Vous diiiea donCi reprit le cabaretier, que voua éties de b Fcrté- 
Uilont 

Chopin allait répondre. 

L€^ sf»n^ qu'il a fait entendus pendant Tabsence du cabaretier se fi- 
rent entendre de nouvejiu. 

C'était k bruit qu'eussent fiit des coups violents frappés dans U 
Dtur d*nne c«v«. 

Le cabaretier panit troublé : il éleva la voiz p^iir çauvrir h hnùl 
IM tiUA to^jffini in iu|meiituL "^^ 



*- Vous venez à Paris, Bion garçon, oA eenx qui oot à&m jeox 
dans le visage et une oreille de^ chaque eA\é ibat ^Nen dte let oa* 
vrir ; il j a à voir et â entendre. Avez-vous Tintention d*aller à Ver* 
saillest C'est là que les choses vont vite? Avez-Yoïis une lettre pour 
quelqu'un des Éiats, on comme on dit maintenant, de rAssembléef 

Le bniit devenait de moment en moment ploa fort. 

— De l'Assemblée , continua le cabaretier en haussant fiiotre la 
voix et en faisant de visibles efforts pour détourner l'atteotion de 
Chopin des sons étranges qu'il entendait , de l'Assemblée nala^âale i 
car vous n'êtes pas sans savoir que c'est le Bom que les députés des 
provinces qui sontâ Versailles ont pris dv premier jour qn*ils «e isont 
réunis. Ils ont bien fait : le nom d'États généraux rappelait de vieîUes 
choses et ils veulent tout faire i neuf. 

Le cabaretier jugea utile de poser k Chopin une qoeslîtti qui forçât 
le jeune garçon a répondre : — Est-on paitiote âm e6té d*o& vous 
venez ? 

— Qu'entendez-vous par là? répondit Chopin. 

— J'entends par patriote, au'on veut tout changer, et mettre à terra 
ceux qui sont trop haut. Est-ce que vous ne penses pu qa*fl y a bien 
des choses à détruire? 

— Je pense, répondit Chopin, que changer les mots sans changer 
les choses, c'e.^t mettre à un voleur l'habit d'un moine. 

— A la bonne heure, s'écria le cabaretier, jaloux d'échauflCsr la con- 
versation : vous êtes des nôtres; 

— Comment cela? 

— Vous Mes pour la révolution? 

— Que voulez-vous dire ? 

— /eveijx dite, reprit le cabaretier on pea surpris de ces questions, 
je veux dire que vous êtes pour l'indépendance des hommes et la li- 
berté des nations. En disant ce^ derniers mots, il donna à sa parole nn 
ton d'emphase assez ridicule. 

— Je suis, dit Chopin, pour que les ouvriers fessent leur ouvrage, 
et que chacun pense à son état. Chacun son métier, les vaches sont 
bien gardées. . ; , 

Comme Chopin disait ces derniers mots, nn coup de sifflet aign et 
prolongé retentit. 

Le cabaretier se leva • îl {tait pâle ? il paraissait vivement con- 
trarié. 

Chopin ne comprenait pas ce qui se passait : il était d'un naturel ov- 
rieux ; il trouvait, dans tout ce qu'il vojait, quelque chose d'extraor- 
dinaire. 

Tout-i^up un certain bruit se fit entendre dans TeoLtltoitâ de la 
pièce. 

Une porte basse, cachée dans un coin, sV>nvnt. 

Un homme parut : il était vêtu d'une culotte, le haut du corps était 
nu ; il tenait à la main une torche de résine allumée, il avait ia figure 
couverte de charbon, les cheveux en désordre. 

La porte, en s'ouvrant, éclaira la piéoe où se tenaient Chopin et le 
cabaretier; elle y laissa pénétrer la lumière de la torche. 

A cette vue, le cabaretier s'élança vers la première pièce : il ferma 
brusquement la porte de la rue, et Chopin entendit qu'il hctodait les 
volets de la fermeture. 

Le jeune garçon était brave : il ne put se défendre d'un sentiment 
de surprise cl d'effroi. 

L'homme à la torche sortit de la porte basse qu^l avait «ntr*- 
ouverte. 

Chopin vit que la porte donnait accès à un petit escalier qui pa- 
raissait descendre dans une cave. 

Le cabaretier rentra dans la pièce où venait de se produire cette 
apparition fantastique. 

Ces trois hommes formaient un étrange tableau : Chopin étonné , 
les yeux démesurément ouverts, les lèvres pâles, restait assis devant 
la table. 

Le cabaretier s*avança vers le personnage mystéri^un qui «Of^it 
d'entrer en scène d'une façon si singulière. 

Os causèrent queloues instants ensemUf i voii Hno* 



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t/OUVHIER, 



iW 



Chopin vil bien qu'il ^(ait qiHifttioii de lui, ^•^ • •. 

H 86 demandait ce qu'il devait faire t il awt grande envie ds sV- 
bnc^r hors d'un ii*Hi où il ne se Iroiivail pas parfatteiuent t^n sûreté ; 
le soin, qu'avait eu le cabareUer de fermer le cabaret ^ ptriiisBait a 
Cbofuii assez menaçant 

Il n*était eepetuhril pas Uïîleraent certain d'un danger ré«l qu'il 
D*eût jieur en tfimorgnanl de la crainle de donner â rire à sas rf(îpens. 

Faut-il ajouter une raison qui expliquera au lecteur l'irrésolution 
do €hopia et le vague de ses rL>flcxïona t II s'ëlait laissé aller i boire 
largement le tiji que lui versait le cabaretier : ce? gr'néreuses liba- 
tions avaient, sans troubler sa raison ^ légèrement diminué sa jus- 
tessc ée déeiatan. Le caba relier avait eu le soin perfide de verser au 
jeune voyageur un de ces petits vins de La Marne si charnianls au |^n(>t 
Maisû capiteux. 

CiMpHi eepeodant, désirant trancher ce que la situation avait d'em- 
kamssant et i'inquiétant , se leva : 

mmt% voudrais mon coppte et partir , dit-il au caharelier. 



première pièce. 
Il ne pe*t y arriver : au premier geste qu'il fit , le cabafetîer et 

rhomme à la torche sautèrent sur lui. 

Il se «enlit les bras serrés comm*; une trinple de fer entre les deux 
mâcboires d'un étiu. La résistance ét^iil impossible. 

Chopin ouvrit la bourbe pour jeter un cri d*alar me , il espérait que 
quelqne passant reiUetulrait de la rue. La main rude H large du ta- 
ba relier vint se mrllre romme un bâillon devant ^a bouche. 

Chopin tenait ses yeux vers la porte du souterrain : tl s'attendait i 
voir apparaître c^lui que 1 homme à la torche avail appelé l'Améncain, 

îout-d-coup il aperçut une lête charmante qui se montrait par 
riiorrible ouverlnrp. 

C'était une jeune Pille dans tout Féclat d'une fraîche beauté : elle 
ne paraissait pas avoir plus de i6 anq ; elle était t^rande ; un peu 
pâle. Ses cheveux blonds étaient relevés de façon à laisser voir les 
racines bien dessinées sur son front : elle était vêtue <J"une robe de 
toile bleue juste au corps , boulunnée oar-devant cl avant au-des*oa 




k-aiiï^^n 






L'HIVER. (W pai/c looj 



Nous allons voir cela, reprit le lal arcticr. Chopin regarda autour 
de loi : il était seul avec deux hommes , dont aucun ne paraisse il 
maladroit de ses brag^ ni débile de son corps. 

.L*homino â la torche se tourna vers la parte : t L'Américain ^ • 
cria-i-il. Sa voix rude et pleine retentit d'une manière étrange : la 
lonorité de Técho fit croire â Chopin que rcscalier abouti^isail dans 
quelque vaste soûl erra m. 

Ou ne répondit pas. 

^ L'Américain , répéta le mystérieux personnage. 

Use fit un silence. 

Teut^â«TCOiip une voix perçante répondît i elle sorlait dei profo))- 
deurs de la terre : t Ony va. * 

^Chopin comprit qu'on voulait lui faire violence, et qu'il allait avoir 
fttfaire i un troisième adversaire, 

Sam Vaitendré, il saisit son bâton de rojage, et s'éba» veri la 



de la laille de polîtes ba qiics : la robccUit courte et laissait voirdpi 
bas blancs et dea pieds mignons. 

Dûs qu'elle vil ce qui se passait, elle poussa un cri : ■ Oh î mon 
père . ne le tuez pas. t 

11 sembla à Chopin entendre une voix venuii du cîeU 
Le caba relier fit retentir un horrible jurement! «Marseillais, mur- 
mura t-il à rhomme à la torche, renvoie donc ta Tille en bas : elle 
est toumurs là pour nous gént^r. * 

Le Marseillais ne dit rien : il se tourna vers la porte. U jeune fille 
s'y tenait imniobib\ Quatid elle vil le reg.ird que lui jetîiit mn père, 
elle leva les yeux au ciel , joignit un instanl lea mabis en signe do 
supplication f puis elle disparut. 
Quand Chopin ne la vit plus , il pensa qu*il n'avait plus qu'a mourir* 
Chopin était un bon chrétien : il commença à réciter si prière 
pensant uu'il n'y avait plus que Dieu 1 qui il pût l'adreissf» 



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'^??rTr 



yOUVRIBIlJ 



;— t'Afflérienii ne ^nt pas , murmura le eabaretier. 
. Ui§tmifiBé$ fit in «gîte de tète ; il témoignait quHl était eeriain 
qae eeltti i|u*il avait appelé ne tarderait point & pardtre. 
/VMo^ncmn parat : e*ê4aît un lumune d*iine taillo gigantesque. Il 
•e eoarba de la moitié de u hauteur peur paiier tous la pçrte du 

.0 s*av|iaca ven le groupe que formaient au mBieu de la salle, 
Chopin, le cabareti{>r, M le Marseillais. 

f. *-^D 9 a de Touvrage? âemanda*t-il. — Le mot fit frémir Chopin. 
«^Onii^ répondit le Marseilbis, c â emporter. • 

f L'Américain mit la main dans la poche de sa culotte : Chopin re- 
gardait , pensant qu'il allait en voir sortir quelque poignard. L'Ame- 
ffîcain tîm une corde : il s'approcha , il lia les mains de Chopin , puis 
â 1^ 4ît en kû montrant la porte du souterrain — • £» at^ml / « «—Le 
^i N w U er «I le Marseillais le lâchèrent. 

. llià'j aTaîl pas à &eater. 

5.Cho|)in ta dirigea vert la porte baste : elle donnait sur mi eaealier 
trés-loug, qui conduisait â un souterrain. La voûte de Tescalier n'était 
point haute : il fallait se tenir courbé pour passer : au bas de Tes- 
calier brûlait une torche de résine. 

Au moment où Chopin posa le pied sur la première marche, il vit 
«wt les dernières une forme blanche s'agiter dans Tombre mal éclai- 
rée par la clarté fumeuse de la torche. 

U pensa que c'était la fille du Marseillais. 
( Le Mtite au prochain numéro. ) Clément Just. 



PARIS ni 



Les conseils des savants, des représentints de rAotoritê ou des 
moralistes, ne sont guères écoutés par les ouvriers, devenus , â tort 
ou à raison , très-économes de leur confiance. Le journal l'Ouvrier 
aura plus de chance , nous y comptons bien, car il n*a pas la préten- 
tion de (aire la leçon â qui que ce soit , mais uniquement de rendre 
terviee. Il le fait tout simplement, sans grandes phrases ni protesta- 
tions ronflantes , heureux aujourd'hui de mentionner d*excdlentet 
piroSit adressées par un ouvrier menuisier à ses camarades , sans au- 
euae prétention ni recherche de style. Les observations qu'on va lire 
pestent convenir tout auui bien aux travailleurs de n'importe quel 
état, des villes ou dt% campagnes, attirés eu si grand nombre i Paris 
par Ui fausse idée d*y gagner davantage et d*y devenir phit habilea. 

c Mes pays » 

• «•••• n ne font pas que j'oublie de vous donner un petit aperçu 
et» difficultés que les menuisiers de province éprouvent lorsqu'ils trn« 
vent â Paris , et qui souvent leur font regretter d'avoir quitté la pro- 
vince où ils avaient l'habitude de faire de si beaux *ravanx , pour venir 
à Paris y rifler de vieux débris Je démolitions , des bois de cloison ou 
autres travaux de ce genre sur lesquels se trouvent de la tapisserie 
ou peintures sur peintures; sans compter les vieux clous qui y sont 
cachés et que l'on rencontre à chaque coup de riflard ou de scie. 

a n est vrai que toute la menuiserie qui se fait à Paris n'est pas 
toujours faite avec le bois dont je viens de parler ; il é'y en fabrique 
de la belle, mais c'est rarement par les ouviiers arrivant de province. 
Lorsqu'on arrive à Paris on a Thaliilude d'aller chercher de rouvragc 
soi-même , on se trouve désorienté â chaque coin de rue et on cherche 
d« toutes parts des boutiques , faisant quelquefois plusieurs lieues de 
marche sans en avoir visité beaucoup. Fatigué de cette promenade 
peu agréable , vous reprenez la route de votre demeure en en deman- 
dât b direction aux passants que vous rencontrez à chaque pas , et 
tt îri éë aii ih , même promenade , sans obtenir un meilleur résultat , 
^étcê ^*à Pari» ce n'est guère que le dimanche matin , le lundi et le 
mardi qu'il est focile de s'embaucher lorsque l'ouvrage va à peu prés 
biÛ; fÊÊÈê M trois jours » si vous n'êtes pas embauché. v^«ci pou- 



vez compter flâner le reste de In eemaine. Après avohr p uuwu lec 
met de Paris pendant huit jours , si vous aves le bonheur àê tnnnrei^ 
de l'occupation , la première parole qu'un patron vous adressera sert' 
de vous demander si vous connaissez la ville , ce qui. signifie parmi 
nous connaître la pose. A Paris il y a autant d'ouvriers k travailler eh 
ville qu'il y en a à travailler dans les ateliers. Jls travaillent dans les 
bâtiments neufs, aux réparations et changements qui sont à fairt 
dans les magasins on ailleurs, A votre réponse, quelquefois timide eM 
embarrassée , le patron reconnaîtra au premier ^rd que vous arri- 
vez de la province , ce qui ne lui inspirera pas grande confiance , ma» 
ayant besoin d'ouvriers , il ne fera pas le difltcile. 

i Le premier jour de votre embauchage , il vous conduira on voi» 
fera conduire par son commis pbs ou moins loin de l'atelier où sera 
l'ouvrage que vous devres faire. Vous voilà donc parti, chargé de ¥OS 
outils , renoostnmt k chaque pu une infinité de voitarea p^Uî^pAet 
ou autres qui te croisent dans tout les sens » ne tachant de quel oèlé 
tourner la téta , ne pouvant pas toujours tnivre ces grands grattoirs 
qui ressemblent â des rues de province, parce que vos scies et Toe 
affûtages, qui sont passés k une longue tringle que vous portez etir 
l'épaule, accrochent ou touchent les passants à chaque instant. Ajou- 
tez i kout cela le sac dans lequel sont les nombreux outils dont vous 
avez besoin à chaque instant , le tout si volumineux et si susceptible 
de nuire à la circulation pubhque, que vous vous résignez à quitter le 
bitume pour marcher sur le pavé , où vous trouvez un peu plus d'es- 
pace et êtes moins exposé â casser quelques carreaux de devanture 
de boutique. 

> Vous suivez une infinité de rues dont vous êtes bientôt fatigué de 
lire les noms. Vous n'êtes pas à moitié chemin que de grosses gouttes 
de sueur coulent sur votre visage et que vos épaules se fatiguent de leur 
lourd fardeau. 

i Oh! pauvre compagnon de Paris , il n'y a pas de pitié pour loi ; 
il faut malgré sa charge de niulet , qu'il suive un conducteur qui ii*a 
qu'une règle ou un double mètre i la maie et qni , je vous assure , ne 
t'amuse pas à regarder les caricaturée qui tout expotées aux devan- 
tures de boutique. 

B Vous murmurez tout bas , vous compagnons dé province , qui 
n'étet pu habitués â ces rudes |>romenades et vous voi£s dites en vous- 
mêmes que , pour vous , la province est préférable â la capit^e ; mais , 
attendez » ce n'est pas li le plus grand désagrément que vous éptoo- 
verei. Vous penses que , pour vous dédonunager de la longue route 
que vous aurez i faire matin et soir , on vous conduira dans un de 
eu grands corps de fiâtimenU que l'on a pour habitude de faire à 
Prris et que là vous aurez de bons ouvrages à faire , tels que portes 
â grand cadre, croisées , persiennes , lambris , etc. Mab doucement , 
eb«r collègue , et attendez que vous soyez arrivé dans ce grand corps 
de bâtiment» où vous espérez travailler d'un si grand cosur , avant de 
porter un jugement sur le travail qui vous attend. Enfin, votre con- 
ducteur t'arrête un moment p^ur vous attendre , car il est souvent 
devant vous, et vous dit : Coterie, c'est ici. Vous ouvrez de grands 
yeux, et quel n'est pas votre mécontentement lorsque vous voyez une 
mauvaise boutique de fripier ou autre , à hiquelle vous allez foire 
quelques changementa. 

f Votre désappomtement est i son comble, vous réfléchissez en po* 
sant votre sac et vos afl'ôtages à terre, et vous n'êtes pas- pin» t6t dé- 
barrassé de votre charge que votre conducteur se met à vous expliq^ier 
l'ouvrage que vous aurez i exécuter, aussi vite qu'il voudrait qu'il fût 
fait. Vous voilà dans la bricofe jusqu'au cou, les beaux travaux que 
voua pensiez faire se changent en ceci : un vieux comptoir k rallonger 
ou à raccourcir; quelques étagères pour y étaler la marchandise du 
boutiquier, et quelques casiers et placards compléteront ie progranUM 
de votre travail. 

• Ce que je vous ai prédit vous amve, vous avez pour faire cai tm» 
vaux des débris de déniclition 1 Vous ne connaissez pas encore k nie 
Chapon I où sont en grande partie ces grands chantiers de^bsiS'si 
agréables â travailler. Lorsque vous arriverez k Paris , viiitei eetlS . 
rue . je vous y engage ; ne foîtes pas d'autre promenade avant cdte^ 



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L'OOVRIBR. 



m 



lli potirlmi vBttt rendre compte du bois que fova tmwUorex la plu- 
ptrt du lempt qtte tous resterez k Parû^et que vous ferez le bâtiment. 

» Uais revenons i la boutique du. fripier ; ivant de sortir vos outils 
de votre sac vous êtes indécis si vous devez commencer ce beau tra- 
vail ou sî vous devez remettn» vos outils sur votre dos et repartir 
comme vous êtes venu. 

• Si vous* êtes courageux et que le besoin de travailler vous pousse 
â vous mettre I k besogne , vous vous préparez à Touvrage et votre 
patron prend congé de vous. Vous Avez quelquefois de l'ouvrage pour 
huit â quinze jours qui sont bien longs pour le pauvre boutiquier qui 
perd sa vente pendant tout le temps que vous Vembarrassez chez lui ; 
le jour que voqa finîaeec, le palron vous appocte votre argent et vous 
congédie. 

a Vont reportez vos outils dans votre garni et le lendemain vous re- 
partes de bon matin pour chercher du travail ; mais ne pensez pas, 
vont novice dans Paria, vous embaucher facilement et au bout de 
quelques heures de course ; ce sont des jours qu'il ûiudra consacrer à 
diereher de.Foavrage. 

> » Vous êtes enfin embauché de nouveau et cette fois poor travailler 
ê l'atelier; vous avez un petit rayon d'espoir d*être mieux que d*où 
vous sortez, on vous désigne votre établi. Oh ! fatalité, c'est une pile 
de planches de bois de Lorraine de 35 â 40 centimètres de largeur 
qui SQ trouvç à côté et que vous allez blanchir. Attendez-vous souvent 
à &ire de la bricole à Tatelier lorsque vous serez à la journée et que 
vous y serez moins libre que lorsque vous serez en ville. Ce sont les 
marchandeurs qui, la plupart du temps , font tout le bon ouvrage et 
ne. laissent pour les hommes à la journée que de petits travaux de 
peu d*importance. 

t Toutes ces petites misères auxquelles vous n'étiez pas habitué en 
provinpe vous font quitter Paris plus têt que vous ne le pensiez ou bien 
vous décident à &ire une autre spécialité que la menuiserie propre- 
ment 4ite. On est bientêt fatigué de s'embaucher et de se désembaucher 
sans cesse ; en portant ses outils d*un quartier de Paris à un autre, on 
se rappelle encore les beaux travaux que Ton exécute en province et 
cela achève, de vous décider â y retourner et à dire adieu à la capi- 
tale. • Chovin, de Die, 

dit Firançoiê li Davphini, compagnon menuisier du dovoir. • 

{Extrait du Comeiller des Compagnons du devoir, ) 



FRANÇOIS BOURKEY 



liA LETTRE DE COMMANDE •• 



m 

• — ATenvrafe t..^ I Touvrage! f*éaria4-fl en entrant. T^ avais tai- 
son, Bertrand. J*ai trouvé un fomeux homme dans M. Meyer. 

En quelques mots Boumey raconta â Bertrand oe jque M. Meyer lui 
avait dk. B vanla u politesse, sa bontés son savoir en affiiret. 

—-figeai iM. Meyer que je dois d*oser prendre la commande, lyou- 
thi-fl, OB s * adressant aux^ ouvriers. C'est k lui que vous devrez votre 
IravaiL A Vouvragcdonc, fort et ferme... 

Un lon§ cri de joie retentit dans l'atelier en réponse à ces paroles de 
Bo«m^. Gerbeau s!éUnça conmie «ne flèche , aerra en passant la main 
deJonraoy et prit.sa course vers la rue en s^écriant : 

— Je laia le dire à mon propriétaire i au boulanger... à mes 
enfimts... 

Victor, pensant à son vieux père, fit un entrechat. Le paisible Ber- 
trand, sans songer à s'enorgueillir d'avoir eu raison, continua de pré- 
parer ses outils ; mais le soir, le modeste et laborieux Bertrand s'en fut 
â ae» tmir consoler sa (anuUe. 



* Teir les i*^ «Wriir des a,Hett7iumei. 



• Lelendemain , tout le monde était à IVravrage. Pendaiit ^is mois» 
dix familles vécurent de ce travail. Au bout de oe temps, le mobilier 
était confectionné. Au jour dit, la commande était prête. M. Huas, en 
ce moment à Paris, vint la recevoir lui-même et paya Boumey» en 
le chargeaut de Texpédition jusqu'au Havre. 

Le soir de ce même jour , les billets, souscrits par Boumey cliex 
M. Meyer et présentés à Téchéance, étaient soldés par lui. 

Le jour suivant, les meubles étaient encore exposés dans la partie 
de l'atelier où M. Huas les avait vus; et on disposait tout ppur Tem-. 
hallage. Le sol de l'atelier disparaissait sous les planches de sapiu et 
les bottes déliées de paille ou de foin. Les ouvriers, contents et fiers de 
leur ouvrage, étçiient en gaieté. Rufus lui-même, qui, son joumai ai ' 
main, au lieu d'être â sa forge, trouvait toujours moyen de se glisser' 
chez Bouraey, comme un frelon dans une mche, avait uflemiçe moins 
refrognée que d'ordinaire. Bourney, la tête haute, la poitrine ouverte 
comme un homme qui a frit honneur à ses aflaireai activait la be- 
sogne. 

An milieu du mouvement, du brait, des chanta et dee €0^p• Al 
marteaii, un homme parut sur le seuil de l'atelier. . . 

— M. Meyer ! siécria Boumey, en accourant vers lui, 

A ce nom , les ouvriers se découvrent et Victor se précipité ^a 
écartant le foin et la paille pour faire un passage. M. Meyer sa^ue 
les ouvriers, et peut lire sur leurs figures expressives la joie que 
leur cause sa visite. 

Cette joie s'augmente encore des éloges de connaissenr que le 
banquier donne k leur ouvrage. 11 admire en artiste les beaux meubles 
aux formes élégantes, aux finea et gr«iGieuaes moulures» aux incrusta- 
tions nettement dessinées. 

— Nos affaires ne sont point encore terminées, dit41 enfin au pa- 
tron. Je suis venu, non-seulement admirer Touvrage fait, mats encore 
m*inscrire pour une commande. 

—Je' passerai ches vous prendre vee ordres, monsiei^, répond 
Bourney. Mais avant tout, en face de ce mobilier et de oeox ipiî rp.pt 
fait, permettez-moi de vous remercier, de vous exprimer ma recon- 
naissance pour Taide que vous nous avez donnée et le service que 
vous nous avez rendu. 

• — Et quand le patron aura fini^ ce sera notre tour^ dit Victor, en 
s'avançant avec sa joyeuse figure ouverte; nous avons aussi notre 
mo\ â vous dire, monsieur, ajouta-t-il avec émotion. B faut que vous 
sachiez quel bien vous uous avez fidt et de quelles peines vous nous 
avez tirés tous. Et d'abord, me voiU moi» qui, sans le travail de 
ces trois mois, serait soldat â Theure qu'il est et soldat pas trop con- 
tent, bien loin de mon pauvre vieux père abandonné. Voilà le grand 
Gerbeau qui serait dans la rue... 

^ Oui, dans la me, monsienr, interrompit Gerbeau ; e| peut-être 
mort de laim avec mes deux petits garçons sans mère, et ma pauvre 
Simone, paralytique et presque aveugle. Tandis foe, grtce ^ veins, 
j'ai travaillé, et j'ai payé mon propriétaire et mon boulanger. Aâssi 
matin et soir et de bon cœur» mes enfants elmei nous fnom tons 
quatre le bon Dieu pour vous. 

— Gerbeau n'est pas le seul, reprend Victor, voici le père Bertrand, 
n est de Mulhouse aussi, notre Bertrand. C*est la saiEOsse des nations, 

le roi Salomon en personne. Nous l'honorons et nous l'aimons 

pour bien des raisons. D'abord, û a sspt enfants et..*» voyons, pitre 
Bertrand, parlez un peu vous-même. 

-r C'est vrai, monsienr, dit Bertrand, en déooovMnt sa tète frise, 
j'ai sept enfonts. Ils avaient bien souflèrt! usais vous nous avei fait 
vivre, eux, leur mère et moi pendant lee pins onaels mois de l'année; 
nous ne Toublierons jamais. 

— D y a enoore les autres , reprend Victor; ceux qui sont U der* 
rière, et qui me poussent afin que je vous parie d'eux, parce qulls 
n*osent rien dire eux-mêmes. VoiU Schmidt, l'Abacien, qui a aussi 
femnM et enfants, et Certon qui a, comme moi, un bon vieux père"... 
Tous enfin, monsieur, nous sommes bien reconnaiesanti et nous von» 
drions vous remercier... vous dire tout ce que... vais ma foi» je ne 






peuipM. 



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L'orvniRR 



El Tietot le beftu partetirf se détournant le cœur ênm^ les yeux hu- 
mides, r^U cDurlcâtta fm. 

— Mes amb, dit le banquier ému lul*mêinej vi^iis remerciez en moi 
l'IjofîiTTiBquî, âce que vous crojez^ tous a rendu un grand service; 
mtii ne vous y trompez pas ; le banquier en «oui Ikiâant participer aux 
bienfaits du crédit a td\i one aifàire^ 

— kh \ monsieur ! ça va nous g^ner le cœur, dîl Victor , si tous nous 
pariei du crédit* 

— ' Pourtant, mes amis, c'est au crédit qiie tous A\tz dû de travail- 
lur ces trois derniers mois. Vous me dites avee raison que votre tra- 
fait a fiayvé vos familles. C'e^t un grand bieorait que vous lui devez 
•ftsurément- Êh bien, si vous calculiez le bénéfice que ce même travail 
I prodoit au pays en ^(^néral et même à T étranger, vous en seriez 
étonnés, 1° Vous avez alimenté le commerce de vos dispenses pcrson- 
neUes et de famille « que le eh dm âge ne vous auntt pas permis de 
dire, en meilleure nourriture, vêlements, loyers, achat d'objets de 
nécessité ^ d'outils de toute sorte , etc. , et€^ S*^ Les fournisseurs de 
matières premières telles que bois ou autres ont particrpé à votre 
travail et â votre gain. 30 En envoyant à Tel ranger îe produit d*une 
labrique française, vous établissez la circulation de Targi^nt par les 
assurances , chez le coin mission naire , au roulage, au t ïiemirï de fer, 
par les bit! menti dô transport ou de commerce, etc., *^c En nn root 
lOUR avez donné cours au travail et â Targent directement ou par ri- 
eochets pour une somme considérable. 

— Liquelle à peu près, monsieur, demanda Schmidt? 

— Dans certaines circonstances on pourrait l'évaluer I cent mille 
francs. 

— Et vous*même, monsietir, dit Victor, noire travail vous a enri- 
chi, n*e£t-ce pas* Gela me ferait pliisir a penser ! 

«"Sans doute, répondit en souriant M. Ileycr; et je vous remercie 
4e ce bon sentiment. Voulez-vous savoir couibion ma maison a gagné 
A cette affaire ? Quinze frarif s de commission. 

— ^ Quinze francs seuïe ment T s'écria Victor, 

— El les intérêts largement payé?, reprit aigrement Htifus, 

— Les intérêts à six pour cent , mon icur , répliqua le banquier en 
|ei*inl un regard étonné sur h grosse figure qui lui pari;» il ainsi : et 
nous devons compte de cet intérêt, pour leur part, aux personnes qui • 
placent leurs fonds dans notre banque ; joignei ces intérêts à h corn- 
mission^ cela fait pour le tout cent et quelques francs. 

^ — C'est égal, dit Scbmidt, cent mille francs de travail pour cent 
€l quelques francs de crédit , ce n*est pas cher. 

--Mai*, s'écria encore llufiis, vous ne voyez donc pas que c'est 
autant de moins que gagne rouvrier! Et pourquoi le pct»|ïlfâ véut-il 
reuTcrser votre crédit? C'est afin de le rendi-e gratuit. 

— Vous ne connaissez pas bien ce dont vous parlez, niorisieur, dit 
le banquier. Bourney lui*même vous dira que cette augmentation, 
prélevée par k crédit, est supportée, non par le travailleur, mais par 
rneheteur. 

^ Qutixi ce^ serait vrai, répliqua Ru fus, comme le peuple est aehe- 
trur lui-même, il est naturel qu'il cbercbe i s'alf'ranchir de cet imp^t 
ruineux. 

^ Cette augmentation, loin d'être un impôt ruineux, répondit en- 
iuirc M. lieyer, est presque inappréciable^, La sotïinie prélevée par le 
crédit forme à peu près le cent quatorzième des douio mille francs 
que M. Biïgaraj va payer ces beaux meubles. Le crtyit gruiuii n'aurait 
Vaulrei avantagea que de supprimer cette légère augmenîalioii. 

— Un cfint quatorzième ! dit Schmidt. Eh bien ! jn suis content de 
SAvoir cola. On noui dit donc de beaux mensonges ! Mëis, tous lestra- 
vnitleui-s rinironl, un ]our ou Tautre, par savoir comme nous la vérité. 
Us verront bien alors que ce n'est pas la peine de faire tant do bruit 
pour si peu. 

—Oui, mon ami, vous avez raison, répondit II. Meyer, en se re- 
toCfrtiïint vers ûolre bon Âlsjitiicn t un si faible avantage n'est certai- 
nement pas i mettre en balance avec les chances toujours dangereuses 
il*uiia réwolulion linaûL-icre ol sociale. Car cet avantage, foit douteux 
d'ailleurs, no l'obtiendrait qti'au prix de malheurs incviinbks, dont les 



travainenn, ik en ont fait la triste expérience» tonl loujours lei pre- 
mières vietimei. — J*ajoate qne lorsque li tranquâlité oubliiftie. eet 
inépuisable grenier d'abondance d*un pays« établit solidt^ment la ran- 
fianeè et anime les affaires, les capitaux deviennent plus abondifitt el 
le crédit est moins cher. Tout le monde y gagne : las ouïriers pltu 
que personne. Groyet->en donc l'expérience des hommes sigcs , te 
crédit gratuit ou par l'État est une chimère nén des oiauvaises pas- 
sions et qui se nourrit de phrases creuses ; tandis quo le crédit libr«, 
par le négoce ordinaire, a pour Ini la sagesse calme de Texpéneoce 
et la raison irréfutable des chiffres. 

En résumé» mes bons amis, n*0ubliez pas qn*nn honnête labricant» 
comme nn honnête ouvrier, n*a jamais rien i craindre eo reeoiirant 
au crédit : premièrement, quand il ne s'adresse pas I des usuriers ; 
secondement, quand il travaille avec la certitude de placer Touvrage 
fait ; troisièmement, ({uand il exécute avec conscience, avec talent, avec 
exactitude la commande acceptée; quatrièmement, quand il s^assure 
de la solvabilité de ceux auxquels il a afiàire. Ces quatre conditioas 
sont indispensables ; mais en les observant toutes et dans leur entier* 
lo crédit n-est jamais une cause de mine, fit â ces conditions nu 
banque vous ser? toujours ouverte. 

Vlll 

M. Meycr ne quitta point Tatelier sans filtre i Bourney une com- 
mande considérable. 

Dés qu'il fut parti , Victor , en se balanciint , les bras arrondis, la 
bouche en cœur, vint se placer devant Rufus. 

— Dites donc , monsieur h Romain , laissez On peu votre journal 
et parlez-nous. Tu es un savant, Rufus ! tu en sais long! eh que toi 
nous Tavais bien justement prcfdit ! Voilà le patron ruiné ! et nous 
tous également! Vois un peu quel mal il nous a fait, ce banquier a¥e<; 
son crédit ! Et comme lu Tas fait taire avec tes belles objections ! Ah ! 
tu es un grand savant, un grand politique, un grand écon<NSli$ld, 
maître Rufus ! En vérité, tu mérites une couronne de sagesse et de 
science. Aussi j<^. vas l'en tresser une en copeaux. 

— LnissiMuoi Iraïquillc, ditRulus, si ton banquier a bien répondu 
anjouririiui, une fois n'est pas coutume. 

— Ndis, reprit, Victor, si tu t*es si bien trompé, toi, maître Rufusi 
grand liseur de journal , dans ce que tu nous as chanté sur le crédit 
avec ton aplomb ordinaire, tu peux bien te tromper de mène sur 
toutes les autres belles choses que tu nous prêches. Aussi on ne me 
prenJra plus à écouter te* dangereuse faribples. Nous savons â pré- 
sent par expérience jusqu'où va ton savoir et ton bon jugemrat. Alaia 
nous savons aussi , grâce â M. Heyer, ce que c'est au vrai que le 
crédit. • 

— Oui , dit Bertrand , mais ne l'oublions pas : pour que le crédit soH 
un ipoycn de salut et non pas une cause de ruine , il faut le demander 
non pas aux usuriers, mais aux banquiers honnêtes ; de plus il làut n'en 
jamais faire usage sans observer les conditions que M. lieyer noua a 
dile^, et etiùn ne s*en servir qu*à coup sûr et avee une extrême 
prudence. 

—«•Tout jutte comme de mon ftisil, répliqua Victor. Il m*est utile 
si je sais m*en servir; il me blesse ou me tue si je le charge Irof o« «s 
je le diarge mal. Clbmrnt d*Elmib. 

Quelques personnes s'étonnent que rabonnement â FOumer soi! i 
de cinq francs par an , tandis que le prix du numéro est de cm^ , 
ceiUimc% , soit 2. fr 60 c. pour les cinquante-deux numéros de l^n*^ 
née. I^ raison de cette différence est que les abonneiMiite néee8si«--| 
tent des frais de bureau et des frais de poste qui ne lèvent se < 
VI ir qu*à l'aide d'une augmentation considérable. 



Nous prions nos abonnés de joindre à iaïUes leurs kUres une 
bandes imprimées du journal, 

Angers , imp. de Laine frères ,\^rue Saint-Laud « 9. 
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\ 



oonnato. \ W aanéei échaei. / 



«^ 1». 



10 août 1861. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



ADMINISTRATIOlf : 

I, qaai des Grands-Angostint 

à la libnirie deBLÉRIOT, 

▲ PARIS. 



SOMMAIRE. 

PARMENTIER, par Eugène Pémbl.-LES PREMIERS APOTRES DE 
L'IRLANDE, par le comte Gh de Montai luBltT.-LES COMPAGNONS DE 
LA GROnt D'ARGENT, par Clément JcsT. — LA TOLÉRANCE DE M. 
PEHRICHON, par le Caporal MiBTiN. — KfiTLESS LOGK, par Louis L. 
> LES ORAGES DE LA MÈRE NOIRC , par Jean Lotssau. 



ABONNEMENTS D'UN AN 

i partir li 1*' le ek«|«e mmi : 
6 ^» 

, ÉcTPim, RoiMB d'Ahb, Tur- 

OOB b'Ahb. B •• 

ÉTATt-Umi M L'AateiQi» do Nobo' . 7 • • 
CoidOinia iT AirrmM pats o'onrRi-im. 8 00 



PARNENTIER. 



Lâi plus grands bienfaiteurs de l'humanité ne sont pas nécessaire 
ment les hommes qui se sont le plus illustrés par la production de 
ebeb-d'œuvre dans 
les lettres et dans les 
arts , ou par quelque 
brillante découver- 
te dans l'industrie. 
Rendre service aux 
masses , se préoccu- 
per de leurs besoins 
vrais et y apporter un 
remède efficace* voi- 
là, selon nous, le li- 
tre de ^oire le plus 
prédeux. C'est à ce 
titre que nous pré- 
gênions aujourd'hui 
Parmentier à la recon- 
naissance et au sou- 
venir du peuple. 

Né en 1737 à Mont- 
didier , petite ville de 
la Picardie, Parmen- 
tier fat d'abord phar- 
macien i l'armée de 
Hanovre puis aux In- 
valides de Paris. Cette 
brillante position et le 
thre de baron que lui 
valurent de nombreux 
services rendus à 
TEmpire, ne l'empê- 
chèrent point d'arrê- 
ter son adention sur 
le peuple que la cher- 
lé des vivres et quel- 
quefois leur insuffi- 
sanee rendent à cer- 
taines époques si mal- 
benreux* 

La peimne de terre 
étaii encof e alors peu 
connue en France. lm« 
portée d'Amérique, où elle croît spontanément dans les montagnes 
des Corditliéres, elle avait été répandue dans les provinces espagno- 
les, notamment en Bourgogne et eo Franche-Comlé , dès la fin du 
IVl« siède. Vers la même époque l'Allemagne et l'Irlande se l'ai^pro- 
priaient et commençaient i la cultiver en grand ; mais les provinces 
•f aient hésité i l'admettre. L'Artois, la Lariaine et le 




PARMENTIER 



Lyonnais en faisaient seuls l'objet d'une culture asseï itnportanio. 
Parmentier devina le rôle que pouvait prendre Je précieux tubercule 
dans l'alimentation des masses. Aux préventions qu'il rencontra, aux 
objeoliom qu'on lui fit , il répondit par des eipéiieoues concluan- 
tes el par des ealculs certains. Avec l'instance d'un» conscience 

dévouée, it conâUta 
\^ qu^iUté^ nutritives 
de Taliment dont il 
voulait vulgariser Tu- 
sage, prouva Ti^coDO- 
mie de son emploi et 
établit de quelle res- 
source il pourrait être 
dans les années de di- 
se (Le. Ce Lie insistance 
fuibaureu^ment cou* 
ronnée de succès; h 
pomme de (erre est 
aujourd'hui la ressour- 
ce de bien des {ahle^ 
et le peuple peut dire 
si Pdrnientîer lui a 
vrai m eut procuré un 
aJimt'nt &ûn et peu 
coûLcux. Eu 1793 un 
lie cultivait encore eu 
France qut 35,000 
liectares Je poiuuies 
de terre, un en cultive 
^cluellement plus d'un 
mil Mou dlieclarea , et 
i:i*jiMnJant ce giiure de 
culture a été un peu 
abandonné dan^ le^ 
dernii^res années, par 
K suit? du fléau qui a ^u- 
biitîEiicnt ^lleint ce lu* 
l berttite. 

Parmentier est pli n* 
cipakmcnt connu pui^r 
avoir vutgatkéU (iom* 
me de terre; uiai;^ ce 
n'esl pas le seul servi* 
ce qu^il rendit âu peu* 
pie. Il inC mil Misait d'iui" 
por{<mte^ a m Jim ra- 
tions dans l'art de la boulangerie, pour lequel ilôbliut du gouvirn^" 
nient la création d'une école, sefitrapdlreelledélensi^urd^ I;^ uiou- 
(ure économique qui obtient un seizième de plus de hunt , el ««r* 
cupa jusqu'à sa mort, arrivée en 1813, de reehercUeji siur Ee muh «« 
la châtaigne , deux autres substances alimenlaires dont ni\ a\t peul^ 
4|r« pas encoie tiré ciiei nout tout le parti po9sibbr> K. phoM.' 

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lit 



L'OUVRIER. 



LES PHëMIëRS APOTRES DE L'IRLANDE. 



L'Irlinde , cette Ik vierge ^ù j^iTïiais proconsul n'avait mis le pied , 
<|Uî n'avait jatnaiB cfirwnï ni hs exactions (ÎR Rome ni ses orgie» , 
Unix auisi k %m\ Ii'hj du monde dont l'Évangile ciM pris possession 
im^ effusion de saiijr. Cède brandie de la grande famille des peuples 
tdliqucs , ror,n\in snus I** iioiii \VHibcrniens ^ de Scols ou de Goëls , 
fît dont len desccii J.II3ÎS et la htïpîa ont survécu jusqu'à nos jours en 
Irlande , dans les Hh^hionfh de TÉrosse , dans le pays de Galles et 
dans la Grand e-Bn^lagtie , avait adopté avec enthousiasme la loi du 
Ojrist , et bienlôt , au moment où en Gaule et dans la Grande-Bre- 
tagne la vilalit*^ ciîUiqmî sBJiiblait s'abîmer sous la double pression de 
la décadimcti romaine et de l'invasion germanique, elle apparut entre 
toutes kfl rarcà cluélitMmGs toninn! la plus d«»vouéc à la foi calhoU« 
que et la plus téUc fjfiur h prop?ig:ilicn de l'Evangile. Dés que cette 
Verte Erin , silmîe h lï^xlrcmil«î du monde connu , eut vu se lever 
poar elle le «okil de la foi , elle lui voua celte ardente et tendre dé- 
^otirm qui est devenue sa vif^ propre. Le cours des siècles ne Ta point 
interrompue; la plus ^yii|lnale et U plus implacable des persécutions 
no Ta point éïiranlée; la dêft;r1itm de toute l'Europe septentrionale ne 
Ta poïnl entraîn<^o , >^\ clbt entriîLient encore, au milieu des splen- 
deun et de^ misères de la civilisation moderne et de la domination 
an|*o-£aionnr, un Incxtini^iiilpl^ foyer où survit, avec Torlhodcxie la 
plus inlacl*^, cette, adminsbl*^. piiret<^ de mœurs que nul conquérant , 
que nul adversaire n'a pu ni con lester, ni égaler, ni entamer. 

Deux esclaves donnèrent la foi à l'Irlande et y fondèrent en même 
tetnpL' la vie religieuse. Tellr ^.s\ ilu moins la croyance populaire, con- 
lirmée par les Têcils. les [ilu:^ at^i redites. 

Le Gallo Romain Patrice, til.^ trune parente du grand saint Martin de 
Tuwrs, avait été enlevé h seize ans par des pirates, puis vendu comme 
esclave en Irlande, où il gardiU les troupeaux de son maître , et où la 
faim , le froid, la nudité, les séviee* impitoyables de ce maître l'initiè- 
rent It toutes les horreurs âa la servitude. Rendu à la liberté après six 
ans de captivité^ et revenu en Gaule, il voyait toujours dans ses rêves les 
enfanb de ces paîfsnë irlandais dont il avait connu le joug, qui éten- 
daient vers lui leurs [petits bris. Son sommeil en était troublé comme 
8CS étuites. U lui semblait ouïr la voix de ces innocents qui lui deman- 
diisnt [i\ bapléme, et lut criaient : « Gher enfant chrétien, reviens 
b (iirmi nou& ! reviens jiour nous sauver ! • Après avoir étudié dans 
les graaJ^ sanctuaires nLoriastiqi^e^ de Marmoutier et de Lcrms , après 
âioir aiicompagné sabL Germain d*Auxerre dans la mission entreprise 
par ce grand ihampion de rorlliodoxie pour extirper de la Grande- 
Bretagne rhéré&ie péL^ienne ii chère aux races celtiques, il va à 
Home, y obtient une ruisi^ion du pape saint Gélestin, et retourne 
L'ommi^ évêque eu lii iiid<' pour y prêcher la foi. Les rois , les chefs, 
\tA peuples belliqueux ti niohtlË^s de la verte Erin Técoutent , le sui- 
vent, et lui lémoignL'iil miU \mïération passionnée, qui est devenue 
U tradilion la plus pnjinlaîri* des Irlandais et que treize siècles n'y 
oui pas ^jifaiblie. Apnb trente-trois ans d'apostolat il meurt, laissant 
ïlrUnde presque Èntir^rmut^nt nuiverlie, et de plus remplie d'écoles 
*îl de coiumuuautds di^sliniks h devenir une pépinière de mission- 
uairûs pour rOccideni, 

L'Mstotre et la légrndii $*• :\m{ emparées â Tenvi de la vie de 
Patrice . 

Dans sa légendiî rien n'est plus poétique que la rencontre de l'a- 
pôtre gilLo-rûmiiin avec les bardci irlandais qui formaient une caste 
héréditaire et sacerdotale. C'es^t parmi eux qu'il recrute ses plus fidèles 
disciples : c'est Ossian lui-même, c'est l'Homère aveugle de l'Irlande , 
qui se liisse convertir par lui , et à qui il permet â son tour de lui chan- 
H\r h longue épopée des rois et des héros celtiques. L'accord ne s'é- 
^bht pas entre eux sans élre précédé de quelques orages : Patrice 
m-naçait de l'enfer les guerrière trop profanes dont Ossian voulait la 
|ioire , ei le barde riipliquait à l'apôtre : « Si ton Dieu , à toi , élait 
é m f^fër, mes hérm l'en retireraient. » Mais la vérité triomphante 



amsua la paix entre la poésie et ki foi. Les monastères fondés par 
Patrice devinrent Pasiie et le foyer de la poésie critique. Une fois bé- 
nis et transformés , dit un lieil auteur , les chants des bardes deve- 
naient si beaux que les anges de Dieu se piHçhaîent au bord da ciel 
pour les écouter; et Ton s'explique ainsû poiurquoi la Iprpe des bardas 
est resiée le symbole et lé U^wlt de^ YiAmh dalholîi|ie. ' 

Dans son histoire , rien n'est mieux constaté que son tèle pour 
préserver le pays où il avait lui-même subi r^clavage, des aVtt« de 
la servitude et surtout des incursions de ces pirates , Bretons et SooU , 
voleurs et marchands dliommes , qui en faisaient une sorte de hara3 
où ils venaient recruter leur bétail .hamain. Ce qu*il nous reste de 
plus authentique sur son compte , c'est son élopieate protestation 
contre le roi d'une horde bretonne qui , débarquant au milieu d*une 
peuplade baptisée de la veille , en avait massacré phisieurr, et cftle^ < S 
les autres pour les vendre au loin. ■ Patrice, pécheur ignorant, maïs 
constitué évêque en Hibernie , réfugié parmi las nations barbares , â 
cause de mon amour pour Dieu , j'écris de ma main ces lettres pour 
être transmises aux soldats du tyran , je ne dis pas â mes concitoyens 
ni aux concitoyens des saints de Rome , mais aux compatriotes du 
diable , aux apostats Scots et Pietés qui vivent dans la mort et qui 
viennent s'engraisser du sang des chrétiens innocents que j'ai enfantés 
à mon Dieu... La miséricorde divine que j'aime ne m'oblige-t-elle pas 
â en agir ainsi , pour défendre ceux-li mêmes qui naguère m'ont 
fait moi-même captif et qui ont massacré les serviteurs et les servantes 
de mon père? • Ailleurs il vante l'intrépidité des filles esclaves qu'il 
avait converties , et qui défendaient héroïquement , contre des maîtres 
indignes , leur pudeur et leur foi. 

La traite du hommes et des femmes se pratiquait alors chez toutes 
les nations celtiques comme au siècle dernier sur la côte d'Afrique. 
Ghez elles l'esclavage et le commerce des esclaves furent bien autre- 
ment difficiles à déraciner que le paganisme. Et cependant la foi chré- 
tienne était éclose en Irlande sous l'égide de deux esclaves ! Au nom 
de Patrice s'associe par un lien éternel celui de firigitte , fille , seloa 
la légende , d'un barde et d'une belle captive que son mattre avait 
chassée , comme Agar, à la suggestion de sa femme. Née dans la dou- 
leur et la honte , elle fut recueillie et baptisée, ainsi que sa mère . 
par les disciples de saint Patrice. En vain son père la veut-il reprendre 
et la marier, lorsque sa beauté et sa sagesse l'eurent fiiit remarquer. 
Elle se dévoue à Dieu et aux pauvres , et va vivre dans un bois de 
chênes naguère consacré aux faux dieux. Ses guérisoris miraculeuses 
attirent la foule , et bientôt elle y fonde le premier monaMère de 
femmes que l'Irlande ait connu , sous le nom J(5 Kildare , la Cellule 
d'i Chêne, Elle y meurt septuagénaire, après toute une vie de travail 
et d'amour. D'innombrables couvents de femmes font remonter leur 
origine â l'abbesse de Kildare ; partout où les mornes irlandais ont 
pénétré , à Cologne comme à Séville , des églises se sont élevées en 
son honneur ; et partout où de nos jours encore se répand l'émigra- 
tion britannique, le nom de Brigitte signale la femme de race irlan- 
daise. Privés par la persécution et la misère des moyens de tïonstruire 
de^ monuments de pierre , ils témoignent de leur inébranlabie dévo- 
tion à celte chère mémoire en donnant son nom â leurs filles. Noble 
et touchant hommage d'une race , toujours inibrtunée et toujours fi- 
dèle, à b sainte qui fut comme elle esclave et comme elle catholique. 
Il y a des gloires plus retentissantes et plus splendides ; mais en tron- 
verait-on beaucoup qui fassent plus honneur à la nature humiiine? 
( Les Moines d'Occident, ) Le comte Gh. de Montalembert, 

de rAcadémie française. - 
, 1 

En envoyant trente centimes de timbres-poste dans ttne iêUre ^fflrmn^ 
chie à l'adresse de M. Blériot, éditeur y S5, quaidês GMmd Ê --Am§iuiiinM. 
à Paris, on recevra franco et par le retour du cmrtier, l'ouvrage loyant 
pour titre : 

AGRICULTURE, AM&NDEMENTâ ET ENGRAIS, 

PAR OILLBT DAMITTB, 

Uq volume in -12 de 60 pages. 



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rouvRiia. 



Mi 



\es compagnons de U CROIX-D'âRGENT 



CHAPITRE II. 

! Oq le lecteur , pliis heureux que Glande Chopin , arrlTe à 
l'auberge de la Groix-d'Ârgent. 

€hopHi^ quand il aTiii été arrêté à Timproviste par lea événemeuta 
racontés au chapitre qui précède» se reodait à rairf)erge de la Croix- 
d'Argent. 

La CroixHl'Argent était une petite auberge peu fréquentée et peu 
eoimue , aituée dans la me du Petit^Musc. C'était une vieille maison 
dont le pignon » élevé et pointu conune la flèche d'une cathédrale , 
donnait sur le me, La façade décr^ite laissait voir lea poutres de 
bois noirct par le tempa ; les fenêtres » toutes petites , étaient garnies 
de carreaux verts, épais comme des bouteilles; la porte de la mai- 
son toit étroite : elle n'avait qu'un seul battant. Au-dessus , on 
¥03fait, pendant au vent» une enseigne représentant le roi Salomon, 
coiffé d'une perruque à la Louis XIV, et le sceptre en main. L'auberge 
»*était appelée dans son origine : l'Auberge du Roi Salonoon. On verra 
plus loin par suite de quelles circonstances mystérieuses elle avait 
eliangé aon nom et pris celui de la Croix-d'Argent. L'ancienne en- 
seigne était restée. 

Au'^ssus de la porte, â l'endrmt où la branche dé fer qui suspen- 
dait l'image du roi Salomon était scellée dans le mur , ou lisait sur 
une bande, wn peu mieux badigeonnée que le reste de la façade, les 
mots •acfamentels : 

Hôtel d$ la Croix^d^ Argent, tenu par Bmlot, de père en fiU ; 
loge à pied Its voyageurs. 

Le père Brûlot qui/ en 1789, tenait .'hôtel de la Croix-d'Argent, 
était un gros homme connu dans lout le quartier Saint-Paul pour 
Tamplenr de 'la personne. 

Quand on disait qu'il était gros, tout le monde était d'accord. 

Quand en affirmait qn*ll était le plus gros des aubergistes de Paris, 
l^unanimité ne cessait point. 

On e6^ prétendu que le père Brûlot était le plus gros aubergiste de 
FEurope, qu'il n*y anrait en pour contredire que quelques esprits mal 
faits ou envieux, peut-être lun et l'autre. 

L*aeeord cessait quand de la personne on* voulait passer au carac- 
tère. 

Les uns prétendaient que le père Brûlot était ce qu'on appelle dans 
le peuple t nn vilain chien. § 

Les autres disaient que sa brusquerie, difficile â nier, cachait une 
grande bonté d'âme. 

Tantél on lui donnait de l'esprit; on affirmait que le père Brûlot 
était fin ; on en faisait presque un sournois. 

Tàntdt on le représcal&'rt comme une tête vide, incapable de réunir 
deuxiilSes. 

Quoiqu'il en- fût de la diversité de ces jugements , le père Brûlot 
paasail peur un bon chrétien ; il ne nninquait pas un des offices de la 
paroisse Saint -Paul, dont, depuis quelques années, il était mar^ 
guillier. 

Le père Bmlot avait perdu sa femme , la Brulotte , il y avait déjà 
]phis de dix ans. 

U chérissait sa fille, Mi)« Finette , qui est appelée â jouer un rôle 
important dans le cours de cette histoire. 

A l'heure même où Claude Chopin franchissait la barrière du Trône 
et demandait l'auberge de la Croix-d'Argent, le père Brûlot était assis 
'devant' la porte de sa maison. 

U causait avec les passants , encore nombreux à cette heure , et 
qui paraissaient accoutumés è s'arrêter devant la porte de la Croix- 
d'Argent , et i y faire un usage plus ou moins immodéré de notre 

• iMTifroiuctiim têê interdiu. — Voir le muùéfo de i:Ouvriâr du 3 août. 



belle langue française. 

Le père Brûlot prenait volontiers la part du lion dans le partage 
de toutes les conversations tenues en sa présence. 

Ce soir-li il parlait moins que de coutume. Pendant que l'on 
causait autour de lui, ses yeux se portaient fréquemment vers l'ex- 
trémité de la rue. 

•—Tiens, dit-il, en voyant venir un petit homme bossu et fort laid, 
voila Léveillé, qui va me donner dss nouvelles. 

Léveillé méritait son nom par deux yeui pleins de malice , une 
petite figure dont l'expression changeait I chaque ÎL^âtaiit. 

n s'assit à côté du père Brûlot. 

— Eh bien! quoi de nouveau t demanda Vaubtirgif;te de h Croix- 
d'Argent, de l'air d'un homme sûr d'être bien renseigné par celui au- 
quel il s'adresse. 

— De grandes nouvelles. 

— Lesquelles ? Depuis deux mois que TÂssemblée nationale , 
comme ils disent, est revenue, il y a tous les jours quelqun chose de 
neuf à apprendre. Qu'est-il arrivé aujourd'hui â Versailles? 

— Je n'ai pas été à Versailles, je ne sais pas ce que fait TAssembH^ 
nationale : les députés parlent beaucoup et agissent peu, ïèn suis sûft 
mais la nouvelle n'est pas venue de l' Assemblée. 

— D'où est-elle donc venue T 

— Du château. 

— Le roi renvoie les troupes t 

La parole du père Brûlot, en faisant cette question, trabÎAsalt une 
émotion très-vive. 

— Non, il renvoie, répondit Léveîlié, en fois^nt attendre le dernier 
mot de sa nouvelle, il renvoie M Necker. 

1— M. Necker? demanda le père Brûlot d'une voix altérée^ 

— M. Necker! 

— Quel malneur ! 

— Oui, c'eit un gr^nd malheur, qui peut-être en amènera d*au- 
tres. Il faut croire que le roi a ses raisons , et prier Dieu qu'il l*é- 
claire. 

La nouvelle ap^^CNrtée par Léveillé fut bleniiU confirmée : le pêra 
Brûlot appelait cem qui passaient dans la rue , î) leur dem^induit m 
qu'ils savaient ; tOQl répétaient la même chasa. 

Chacun voulait deviner la cause du renvoi. 

— M. Necker, disait l'un, il est parti parce qu'il dejiUisait I Ja 
reine. 

— Ce n'est point cela, disait l'autre; les députés ne voulaient p!us 
de lui. 

— On a découvert qu'il prenait l'argent de TÉlat , mi^rmuni un 
troisième. 

Cette dernière opinion souleva un orage. 

Necker était, comme on le peut voir, un ministre aimé du peuple. 
Son renvoi aiïligeait en général les bons citoyens ; ils étaient presque 
tous de son parti. 

— M. Necker, prendre l'argent de l'État? c'esJ une calomnia, 
dit le père Brûlot avec chaleur. Vous oubliez doue ce qu'on raconte 
de M. Necker? 

L'aubergiste de la Croix-d' Argent rapporta un trait qui était alors 
dans toutes les bouches en l'honneur de M. Nacker. 

Le ministre était pressé par un grand seigneur, qui voulait une fa- 
veur onéreuse pour le trésor public. 

Necker résistait. L'homme de cour, impatient d*un refus et plein 
d'orgueil, se fâcha. « C'est un peu fort , ditil avec eiii porte nient. « — 
« Ce qui serait fort , avait répondu Necker, c'est qu un genliihmiÉnio 
obtint, pour satisfaire ses goûts de plaisir, la conlribulion d*un vo- 
lage tout entier. • 

Le mot tombé dans le peuple , y avait fait fortune. Vive Necker I 
crièrent plui^ieurs voix, dès qpe le père Brûlot eut raconté lias- 
toire. 

Chacun s'éloigna pour aller chercher des nouvelles. Le renvoi du 
ministre était un événement grave : on voulait connaître les déijuli* 

Léveillé partit un des derniers 



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110 



l'OUVHrRR. 



«^le vieiKlral tl^^maia vous donner lei nouvelles que ^^Aiîrai suea 

ce Goîr, dit-iK en serrant h main du père Bnilot. 

— Merci, mon garçon, tu nous féru toujours jpbiBîr. 

— Mademoiselle Finette vi bien t 

— Très-bien, mon garçon; elle est sans doute à se Cairt brave, 
(Jour iàhr sur les boulevards promener avec quelque amie. 

Lcveillé s'éloigna. Le père Brûlot n'avait paa remarqué que les 
^oues ordinairement pâles du pauvre bossu s'étaient colorêi^s quand 
le nom de W^^ Finette était venu sur ses lèvrea- 

Resté seul, Vauberglste de la Croii*d 'Argent se mit h ni^flémir. 

Au bout de quelque! instants, il mnrnmra : i le tfauraîs jamais cru 
ce!a do roi, > 

Puis il eut l'air d'écarter une idée triste : « 

— Finef te , Finette î crîa-l-il d'une grosse voix , en se tournant 
vers la jiorte ouverte près du banc oà il dUiit a^^sis. 

— Ile voici ! répondit une voix fratcbe et cliire. 
Quelques mioutes se passèrent. 

— Viens doncl eria de nouveau le père. 

Au même moment parut sur le seuil de Tauberge une grosse fiUe 
qui, 3* celte date de 1789, n'avait plus vingt ans depuis bientôt huit ans. 

Ëlîc était grande , un peu brune : ses traits étaient pronon^^és , 
ion regard décidé , sa voix ferme : ses yeux étaient noirs , beaux et 
bien fendus , k^ bouche grande , maia garnie de belles dents blancheî^. 

— Viens t'as^eoir auprès de moi , Finette ^ dît le père. .. em re- 
levant la tête pour mieux regarder sa fille. 

Ck^lle-ci , avant de prendre place auprès de Tauteur de set joura , 
s'arrêta un Instant sur le pas de la porte i elle jeta sur sa peteonne 
un coup d'eeil complaisant » et fit passer à sa toilette un examen dont 
te résultat devait être satisraisant même pour les yeux les piui diiïi- 
f lies '. elle portait un déshabillé de nankin jaune « juste â la taille , 
qu'il réussissait encore â rendre assez fine : les parements des man- 
cb(!5 ctiiienE rattacbés par des nœuds ceriseï ; un nceud de même 
couleur dissimulait le bonnet de paysanne , aujourd'hui presque in* 
connu, alors traditionnel ehei les femmes du peuple et de b petite 
bourgeoisie. 

Ciuand Finette eut passé en revue tout l'édifice de sa toilette , elle 
promena aei regards dans la me du Petît-Musc avec un mélange de 
vanitt: satisfaite et de curiosité déçue. 

£11 e parai^^ait chercher des yeux un admirateor de u persomie : 
la rue était déserte. 

Finette s'assit auprès de sou père. 

^^ Comme tê voilà brave î où vas- tu donc ce soir ? demanda \ù père. 

— le vais me promener , répondit Finette , de l'air décidé d'une 
personne habituée à faire plutôt sa volonté que celle éB& autres. 
Elle comprit cependant que la réponse était un peu sèche : ie vais me 
proQit:!ner avec la Glle de Nicolas votre collègue. 

Le père Nicolas était marguilUer â Saint*Paul : Finetle rappelait le 
collègue de son père pour flatter la vanité de ce dernier. 
La flatterie réussit > 

— On dirait I dit le pér« , que tu vas 1 më recherche d'un miri. 
Le bonbomme paraissait vouloir conduire la conversation sm un 

terrain particulier t k manière dont il s'y prit déplut k Finette. 

— A la reciierche d'un mari , moi ! cria-t-elle ^ d'un air assez dé- 
daigneux; ce serait bien plutôt les mari^ qui viendraient i la mienne, 
l& ne suis pas faite pour courir après un homme 1 

Cela voulait dire que Finette ae croyait faîte pour que tout le 
monde courût après elle. 

-^ Ces t égal , reprit le père Brûlot, tu ne devrais pas toujours re- 
gimber quand je te parle d'un parti ; tu ea ai diflicile que tu Uniras 
par rester fille* 

Finette se mordit les lèvres* 

-^ Dites tout de suite , mon père , que vous ivex encore quelqu'un 
a me proposer T 

--Je ne te dis pas cela , reprit le père Brûlot de l'air d'un homme 
qui pour vouloir aller trop viio, t est nais le pied d.ina un trou d'eau i 
mm ù ï%\m auelqu'uii â t^ vn^^aer il m ^udriit pu preutri 



pour cala tes grands airs rébarbatifs, avant de savoir ce dont U s'*^l 
Finette» quoi qu'elle en dît, ne dcmindait pas mieux que d'enti/n- 
dre parler d'un mari ; mais elle ne voulait ^ ni en parler la prenoière, 
ni mémo avoir l'air de désirer qu'on lui en parlât. 

— Je suis sûre qu1l s'agit encore d'un gros lourdaud comme votn* 
Berriclion ! 

— Celui-là tu l'as rudement renvoyé- 

— Et j'ai bien fait 1 n'a-l-il pas eu l'insolence de me dire t Finelït 
tout court â la seconde fois qu'il nie voyait t on me dit Madenimseltf 
Un ai- je répondu ! fit il n'y est plus n^venu ! 

— C'était un honnête garçon î 

— Oui , comme le Champenois ! un imbécile qui ne savait point 
dire trois mots sans y étaler trois bêtises. 

— 11 n'était point adroit de sa langue , mais il iviil le sens juste 
et Tes prit rassis i vois -tu , Finette , un bon mari , ce n'eet pis un 
homme qui fait de jolies phrases , et a la tourmire d'un gentil- 
homme ; c*eat le contraire* 

— Oui , oui , un bon mari c'est quelque grosae bête comme le 
chantre de Salnt-Alerry dont vous me disiez tant de bien i il avait les 
cheveux rouges et le nex long comme d'ici la Bastille. 

— C'était un homme qui avait plus d'écus que je n'en ramaiserai ja- 
mais à rhôtel delà Croix-d' Argent ! c'est quelque chose cela I les éeus l 

— Ce n'est pas ce que vous me disiez quand voua voulîet me Caire 
épouser le Gis du père Nicolas ! 

— C'était un prçon Instruit , laborieux et Irès'prompt de ton 
corps i toute espèce d'ouvrage. 

-^ Oui , mais gueux , et sans un sou vaillant pour entrer «n ménage. 

— U avait sa tante Félicité qui lui laissera «a fortune et elle en 
possédait une fort honnête. 

Si Finette eût pa|sé en revue tous ceux qui avaient aspiré I Thon- 
neur de Vépouier , la conversation ne fût pas tombée ; Finette qui ae 
croyait U huitième merveille du monde , ne voulait épouser cpie U 
neuvième , disait- on dans le quartier : et le mot était juste < 

Le père Bmlot, si bénévole qu'il fïit, s'ennuja du mauvais fouloir 
de sa fille. 

— Allons < dit-il , en aspirant une priie de tabac » noua reparlerons 
de cela , tu n^es pas bien disposée ce soir. 

Cette remise ne faisait point l'a^ire de Finette : la eurienae per- 
sonne tenait beaucoup â connaître le nouvel élu que lui destinait son 
père. 

Elle fit , par la pensée , le Umr des connaissances que le père 
Brûlot avait dans la quartier , el n*7 trouva perteime à qui on pût 
songer pour elle. 

Elle se rapprocha de son père. 

— Je ne voudrais pas vous avoir fâché , dit-^ella de sou air le plus 
doux, 

— Va-t'éii dans la salïe à manger, et rapporte-moi mon almmach : 
il est Kur la cheminée. 

Finette eut mieux aimé une confidence qu*une commiaaion ; elle 
pensa que k seconde chose amènerait la première ; elle se leva et 
rentra dans rhOtel. 

— Cest singulier ' murmura le père Brûlot, il devait Mre ici hier . 
il n'a rr i ve ra pi us ai I Ml ! I rd' h ui . 

Finette reparut 

— Quel jour sommes-nous T demanda le père Brulet. 

Finette ouvrit Talmanacb , comme si entre les pages du livre eili 
avait dû trouver un mari. 
— ^Le il , répondit- elle. 

— Le 11 , saint BeuoistT 

— Précisément : demain saint Gi^alhert, hier sainte Félidtê. 

— Dis-moi , Finette , devant un des jours de cette semaine, 
tu une petite marque noire , un signe de croix f 

— Non , mon père , répondit Finette après avoir cherché» 

— Regarde mieux î 

— Je regarde ! ah ! oui !... voici une petite &m t 
—Bien * devant auel jour t 



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L'OUVRIER. 



!.H 



-Détint «ujourdlmi. 
*- To es sûre ? 

— Parfaitement sûre : tenei » toyei font-mdme. 
— Je n*ai pas mes lunettes. 

— Je von très-bien la petite marque noire; mais que veut-elle dire, 
mon père ? 

-—Elle veut dire... 

Le père Brûlot paraissait chercher un détour pour cacher à sa 
fille Ja signification véritable de la marque noire. 

n fut tiré d'embarras. 

Le père Nicolas vint chercher Finette ; il était avec sa fille : il 
donna un bras i celle-ci , un autre à la fille du père Brûlot. 

Us partirent pour aller vers les boulevards. 

—Ta ne sais pas, Nicolas? dit le père Brûlot â son collègue; on 
prétend qoe 16 roi a renvoyé M. Necker. 

— Vraiment t 

— Trèe-certainement. G*est LéveiUé qui est verni me le dire, et il 
ht bien informé. 

— Ce serait une grande misère l 
£t le père Nicolas soupira. Il ajouta : 

— Enfin nous allons nous promener ; nous serons revenus dans une 
leare et nous saurons les nouvelles. 

Quand Finette rentra une heure après de sa promenade , elle ap- 
prit an père Brûlot d'une façon toùt-à-fait certaine le bruit répandu 
dans tout Paria du renvoi du Ministre. 

— On dit qu*il est exilé , ijouta-t-elle. 

— Eiilé? 

— Oui , et que déjà il a quitté Paris et peut-être la France. 
Finette eût bien voulu reprendre la conversation commencée au 

début de la soirée, mais elle vit son père si préopcupé par la nou- 
velle de l'événement politique qu'elle n*osa lui rien demander. 

Elle lui souhaita une bonne nuit, le laissa faire sa ronde dans Tau- 
berge , et se retira dans une petite chambre qu'elle appelait un ap- 
partement comme une véritable bourgeoise. 

La ronde que faisait chaque soir le père Brûlot avant de prendre 
80A repos ne fut pas longue. 

il n'y avait pour cette nuit ancnn voyageur k l'auberge de b Croix* 
d'Argent 

Cependant le père Brûlot ne se eonefaa pas ; il avait ses raisons 
ponr rester éveillé. 

(Lff «tttte 0» j»roeAatii numéro. ) Clkmsnt Just. 



LA TOURANCB DB h. PBRRIGHON. 



M. Perrichon lit Voltaire, il trouve qu'il y a de bonnes choses dans 
Voltaire. 

Ce que M. Perrichon aime dans Voltaire, e'est la tolérance que pré- 
sha « ce grand philosophe, t 

Vous lui direz que Voltaire fut le courtisan , souvent servile , de 
MiM Dubarry, une femme de mauvaise vie que la corruption d'un prince 
avait mise près du trône de France. 

Ça m'est égal, vous dira M. Perrichon, Voltaire a prêché la tolérance. 

Vous lui dires que Voltaire a trahi toute sa vie la cause sacrée des 
peuples, et qu'il a été le flatteur d'un tyran, du roi le plus absolu et 
le pins despotique que l'Europe ait connu au siècle dernier, de Fré- 
déric n. 

Ça m'est égal, répondra M. Perrichon, Voltaire a prêché la tolérance. 

VoQs lui direz que Voltaire a écrit un livre obscène dans lequel il 
mirage l'héroïne qui sauva , au XV« siècle , le peuple de France, 
ieanite d'Arc. 

Ça m'est égal, répondra H. Perrichon, Voliaire a prêché la tolérance. 

Voiu lui direz que Voltaire a écrit des pamphlets contre les parle- 
oieiits» Anneépoque où la liberté elle droit n'avaient an FraocOi pour 



réclamer contre un pouvoir absolu , d'autres organes que 1(>s > oar* . 
lements. 

Ça m'est égal, vous dira M. Perrichon, Voltaire a prêché la loléianre. 

Vous lui direz que Voltaire était du nombre de ces beaux ii^tprit&i 
élégants et lettrés, qui faisaient des vers galants, pendant que les pluâ 
grandes questions sodales demeuraient négligées et méprisées. 

Ça m'est égal, vous dira M. Perrichon, Voltaire a prêché la lolérince. 

Vous lui direz que Volbire était un granU seigneur , tré^peu snv 
«les libertés populaires, et très-jaloux des pnvilëges nobilittire« &i ato* 
narchiques les plus exorbitants. 

Ça m'est égal, vous répondra M Perrichon, Voltaire a ptérUé la tolé- 
rance« 

M. Perrichon pourrait vous dire que Voilai re était un homme Irès- 
spirituel, qu'il a mis dans plusieurs de ses pamphlets iiiâninient d'a- 
dresse, et dans tous ses écrits beaucoup de verte. 

M. Perrichon ne vous répondra pas ainsi : U vous dira que Velu ire a 
prêché la tolérance. 

M. Perrichon pourrait vous dire que Voltaire a composé itiia^quoA 
tragédies qui sont fort belles : que quelques actes rappelleni kê ivlni- 
admirables pièces de Racine et de GomeiUe. 

M. Perrichon ne vous répondra pas ainsi : il f^nis dira qye VulMir« 
a prêché la tolérance. 

M. Perrichon pourrait vous dire que Voltaire t eu en prose im si} Le 
clair, net, et souvent admirable de simplicité. 

M. Perrichon ne vous répondra pu ainsi : il vous dira que Voltain^ 
a prêché la tolérance. 

La conversation est pen variée sur ce siqet : vous la oonduirca vers 
un autre. 

Vous parlerez â M. Perrichon des Jésuites qu'il n'aime pas , pour 
ne plus lui parler de Voltaire qu'il aime tant. 

Les Jésuites l vous dira M. Perrichoin, on devrait les faire recon- 
duire à là frontière entre deux gendarmes, et leur signifier de ne plus 
mettre les pieds en France. 

Les Jésuites l vous dira M. Perrichon, il faudrait leur défendie de s-^ 
réunir; leur défendre de dire la messe; leur défendre de prêcher; 
leur défendre d'apprendre âlire et â écrire, et i compter, et le latin, 
et le grec, et les mathématiques; leur défendre de bllir des maiions ; 
leur défendre d'en louer; leur défendre d'en acheter; leur défendre 
d'acquérir; leur défendre de fidre knr testament; leur détendre de 
rien recevoir par succession. 

^* Mais si avec toutes ces défenseSt ib ne pouvaient pas rifre t 

— Da s'en iraient^ et e*eilee qne je veux, répondra M. Perridion. 

— Mais, de grâce» diteennoi, Monsieur Perrichoa , que faites- vous 
des conseils de Voltaire, que vous aimes tant, si Voltaire a prêché b to- 
léraïuset I^ ûaporàl MiinTm. 



KRYLfiSS LOGK 



A M. LE RÉDACTEUR DB L'OUVRIER. 



Mon cher au » 



LmdréM , 5î Juillet iBÛi. 



Keylesa lock ! ce titre que nous avons lu sur une affiche anglaiie 
nous a d'abord fait rire et vous en ferez sans doute autant que moi si 
vous savez qu'il signifie : â^rrurt sam eUf. 

Pourtant en déchiffrant ce programme pour nous exercer â L'étude 
de la Ungue du pays, nous cessâmes de rire en voyant que cette dé- 
couverte provenait d'un ftenchman^ et l'orgueil national lidant , noui 
en conclûmes que l'invention devait être bonne puisqu'elle iviil été 
faite chez noua. 

Ce qu'il y a de certain , c'est que nous autres Français avons i ma 
haut degré le génie de l'invention; mais— il faut te dire tout biS'~ 
9o« voiiini d'Outrer HiMke, mmê wmi&k qm noua . uvâni | 



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-.^nfr 



118 



L'OUVRlBa* 



eovp mieux Exploiter Iw d^cauterte* utiiei et encourager le« in?en- 
teurs. 

Quoi qif il en uit , void ee que ma eunosité m*a eondait â ajp- 
prendre. 

Le Keyless hck a dû être inventé par un particulier fatigué de perdre 
ta elef de ia porte ou d& porter dans m poche le carillon des cin- 
t[uant« elefë de ion secrétaire» de sa commode, de sa boîte i cha- 
peau et de iim sic do nuit. Nous avons vu de belles et bonnes serrures 
partout et vous aaTos i|ue nous eonimea de la partie; mai?, quelque 
perfection qu'aient pu apporter nos maîtres â la construction de leurs 
petites merveilles, ni le luxe de rornernentstion, ni la savante et in- 
génieuse combii;nison du méanisme, n'ont pu nous faire oublier la 
itésagréable nécessité qu'elles entraînent de porter dans sa poche une 
barre de fer qui la perc« ou un bijou microscopique qui 8*y égare on 
s'envole inaperçu dès qu^on tire soie mouchoir, 

fin outre , plus une serrure ordinaire est parfaite , et plus le pro- 
priétaire court le risque de rester â la porte, s^il vient à avoir le 
malheur de perdre Tobjel qui seul peut t'ouirrir — et â qui d*entre 
DOtii cette humiliation n^eet-elle pas arrivée t 

Le Keylesi lock, ainsi que son nom rindique, est par jsa nature 
exempt de cette incommodité, et Texamcn que nous avons voulu faire 
de Tobjet lui-même chez le possesseur de la patente anglaise nous a 
amené à j découvrir bien d'autres avantages. 

Voici h peu près la traduction du prospectus anglais dont nous avons 
vérifié rexacUtude : 

f Ce qn'^D | ■ de particulier dans la coniïlruction de cette serrure 
i consiste en ce qu'elle est Ibrmâe de tubes cylindriques concentri- 
» queSi au centre desquels passe une tige destinée à faire mouvoir 

* le pSne. La partie extérieure des cylindres porte une série de let- 

■ très qui j sont gravées et ce n'eri que lorsque ces lettres sont placées 
« dans UD certain ordre et selon une combinaison prédéterminée que 
« ta âge — tkê spindlê — peut-être tirée en partie et mise en position 
» de faire fonctionner le pêne. • 

Ici. 7 a un dessm de Tappareil qui serait Tort utile i son intelligence 
complète et que je tâcherai de vous envoyer plus tard. 

4 Les tubes concentriques sont construits de façon i ce que les 

■ combinaisons soient changées et é (a volonté du seul proprii" 

■ faire. 

« Ce changement ifte eombinâiêon eit presque instantané et s'opère 
t 1 Textérieur. 

i Supposons que le Keyless lock soit construit avec quatre tubes 
1 portant cbaoun un alphabet de Î4 lettres , cela représente un 
» nombre de 381,766 combinaisons possibles. Ainsi, par exemple, 
i s'il ne peut s'ouvrir que lorsque les lettres T, U» R, F, appartenant 
i cJlacune A l'un des quatre alphabets, sont en ligne droite, il est clair 
i que, dét que l'on dérange la position de l'un ou de Tautre des tubes, 

* il devient impossible de tirer la tige et par suite de faire mouvoir 
» le pêne — tkt bott^ jusqu'A ce qu'on ait ramené les cylindres à la 
( position première et reformé le mot TURF que le maître a choisi. 

» Si un voleur mal avisé voulait essayer de découtrir la combinai- 
I son en les essayant toutes. Tune après riiitre, il lui faudrait, pour 
> accomplir sa tâche» environ trois ar.s, en travaillant dix heures par 

* jour. 

* Et si, au lieu de quatre alphabets la serrure ait cûnslmite avec 
i cinq , ainsi que le sont générsilement celles pour caisses , co£Qres- 
1 fiwti et portes de chambres de banquier, le nombre de combinaî- 
4 son» i^élâve à sept millions neuf cent soixante-deux mille six cent 

■ viogt-ipiatre et le temps qu'il faudrait pour les essayer Tune après 
i rautre senit soixante-treite années , toujours en 8ttppo»»nt un tn* 

■ viU 4le db heures par jour. ■ 

— Ced va A L'adresse des voleurs habiles dont Londres est si ri- 
chement dotée , car il n'est pas probable qu*on rencontre un de ces 
messieurs ayant le temps ou la patience d'entreprendre in travail de 
7& aos, 1 dii heuree par jour en moyenne, quand il s'agirait néoit 
de crPibeierla porte d*un Botbechitd. 

^Jm po«r lia lolAum fà'ùca qui abondent aussi en Air>;leterr6 : 



ff Pour les coffres-forts et caisses , les tubes sont en acier trempé. 

• Le Keyless Icck est â Tabri de toute tentative faite au moyen de l.i 

• poudre k canon , puisqu^l n'offre pas la plus petite onvertare p^ir 

• oi^ Pon puisse introduire même un cheveu. » 

—Pour eomprendre ceci en France, il faut que vous sachiez, mon 
cher ami, qu*â Londres, beaucoup de banquiers ou de riches person- 
nages ont deux on trois maisons qulls habitent successivement â la 
ville et à la campagne ; or, les voleurs qui savent le temps où Tune ou 
Tautfe de ces habitations sera déserte, sans prendre la peine de cro- 
cheter la serrure, y introduisent tout bonnement une charge de pon- 
dre et la font sauter en y mettant le fen. Ce pirocédé â b fois ingénieux, 
simple et peu délicat, est rendu impraticable par le systèmeido cens- ' 
triiction du Keyless lock, lequel m présente aucune sorte d^ouverture 
rfpparento. 

«Cette serrure est donc plus sûre qu^aucune antre, car, de deux 
'» choses Tune, ouïe malfaiteur ne. connaît pas le principe de sa 
i construction , ou bien il le connaît : dans le premier cas , le pro~ 

• priétaire peut taire un tour sur le continent pendant qne le malfai- 

• teur essaie les combinaisons pour trouver la bonne ; dans le second, 
> a^cun voleur bien avisé, ne voudra en entreprendre l'inutile essai. 

• Cette serrure peut s*appliquer i tous les usages auxquels ser- 

• vent les serrures ordinaires, t 

Une objection que Ton peut faire â ce système est que si le pro- 
priétaire vient i oublier sa combinaison , il demeurera i la porte, 
sans pouvoir rentrer chez lui ; mais Taoteur anglais fait observer ici 
avec juste raison que inconvénient est bien plus grave quand il s'a- 
git d'une clef toujours si facile â perdre, que quand il s'agit d'un 
mot bien plus difficile à oublier; « prenez , dit-il, le mot : CHILD ou 
INDIA, ou les cinq premières lettres de votre nom et tnême mettez- 
le par écrit , et vous oublieriez aussi facilement f otre nom ou celui de 
votre enfiint.t 

Cette serrure est tellement peu compliquée dans son mécanisme 
ifu'elle ne peut jamais se déranger. Un appareil à la fois simple et 
commode permet de s*en servir même la nuit. Un timbre* qu^on 
peut y adapter aveé la plus grande fecililé , dispense de faire des 
trous au mur pour y poser une sonnette. 

Le Keyless lock étant ordinairement en métal inattaquable à l*bu- 
midité , est extrêmement précieux pour les endroits humides et il 
paraît, soit dit en passant, que la banque d'Angleterre pense â adopter 
ce système pour la double raison de sécurité et d'économie, car vqus 
savez que dans ces grands établissements on est obligé de changer 
tous les ans les fermetures des portes pour les lieux humides o& sent 
conservées les valeurs. 

L'inventeur n'a pas négligé Télégance; la forme obligée de sa ser- 
rure y prêtait du re^te beaucoup plus que celle des serrures cons- 
truites d'après Tancien système , dont les arêtes â anf^e droit sont si 
désagréables à la vue, et exigent pour les portes un travail de destruc- 
tion. 

Je pense que vous devez avoir i Paris quelque maison oîk se ren- 
contre sous nn nom ou sous un autre le Keyless lock et je vous engage 
â Texaminer de vos yeux. En ma qualité de serrurier je dois dire à 
mes confrères en serrurerie que ce serait un véritable avantage pour 
nous tous que de voir cette invention se propager en France. Car ils 
savent comme moi que le serrurier ne fabrique presque plus de ser- 
rures. Les consommateurs s'approvisionnent chez le quincaillier ; e; 
la pose du Keyless lock étant plus facile et plus prompte , il y aurait 
pour nous un bénéfice réel à le voir adopté du public. 

Quand les préjugés seront tombés et l'habitude prise, ou trouvera 
que k clef est une méthode barbare d'ouvrir sa porte, et comme le 
Keyless lock offre tous les avantages des autres fermetures unis â 
d'autres qu'il ne partage avec aucun système, nous croyons ferme- 
ment que cette invention est un véritable bienfait rendu â la société 
tout entière et qu'elle est destinée â opérer tôt ou tard une révolution 
-^empiète d4ns l'art de la serrurerie. 

Je vous serre la main avec affection , 

Louis L....9 serrurier* 



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\t 



r*^ 



L'OUVRIEIt. 



lit 



ill« 0RA6BS DB LA HBRB NOIRIi \ 



CHAPITRE XI, 

Qnà prat oceopor une plaM rtsp^olable dans le dictionnaire 
des cent nrille mâladreMes. 

— Dam ! monsieur Tardif, je ne peux pas vons dire ce que mam'- 
zelle va faire : ça t un e<Bur comme la brebis du bon Dieu , mais 
ça â la tête comme un coup de yent. 

C'est en ces termes cfue Julie faisait à M. Gédéou Tardif, resté seul 
â la maison, Tapologie de sa maltresse. 

— C'est qu'elle m*a dit qu'elle allait seulement chez la mercière 
chercher un bonnet et qu'elle allait rentrer tout de suite pour que 
nous partions ensemble pour Paramé. 

— Ah ! ben oui ; mais^ comme il y a déjà deux heures de çA , elle 
doit y être rendue à Theure qu'il est, pour sûr. 

— C'est impossible, Julie; il a été décidé entre nous deux que ce 
serait moi qui annoncerais i ma sœur la triste nouvelle , parce que 
Maclovie ne s*en sentait pas le courage. C'est une vilaine commission , 
Julie. 

— C'est vrai, M. Tardif; mais dans tous les cas il vaut mieux que 
ce soit vous, parce que, avec le caractère de ma maltresse, elle est ce* 
pable de raconter ça , sans le vouloir, de manière â faire mourir tout 
le monde de peur et de chagrin là-bas. 

— Je le sais bien ; aussi je vais l'attendre encore un peu, et, si elle 
ne revient pas, je partirai seul pour Paramé. 

Resté seul , M. Tardif se mit à réfléchir profondément au mode le 
plus convenable de faire savoir à H">« Jourdam la douloureuse véril». 
\ connaissait sa sœur, douce et bonne nature , sensible à l'excès et 
d'autant plus que , par une habitude contractée dès l'enfance , elle 
comprimait extérieurement ses émotions et renfermait avec une 
grande force d'âme ses impressions dans son cœur. L'état de sa santé 
ne contribuait pas peu à rendre dangereux un ébranlement inattendu ; 
aussi, son frère, après avoir tourné et retourné le cas sous toutes ses 
faces , jugea prudent de se faire précéder par nne lettre qui préparai 
l'âme de la pauvre jeune mère â recevoir le coup cruel. 

En attendant W^^ Maclovie, il se mit donc â l'œuvre, et après avoir 
essayé plusieurs rédactions , il s'arrêta enfin i une missive dans h~ 
quelle, sans nen dire de précis, il laissait entrevoir vaguement le fait 
de la rencontre entre TE^peraiic^ et le Thunder, et la perte du brick , 
ajoataot qu'il allait aux renseignements et que le soir même ou le len- 
demain au plus tard, il serait auprès d'Anna pour lui donner des détails. 

Julie fut chargée de trouver un exprès qui consentit à porter la dé- 
pêche et i la remettre en mains propres. A son retour : 

— Qu'ebt-ce que je vous avais dit, monsieur, fit-elle, mam'zelle est 
partie, il y a plus de quatre heures? La mercière n^avait pas de bonnet 
prêt; elle est descendue sur le port avec son vieux, et a traversé dans 

: le premier bachot qui s'est trouvé sous son pied. 

— Mon Dieu ! pourvu qu'elle m'attende à Saint-Malo, dit le pauvre 
Gédéon avec un soupir. 

— Ce n'est guère probable, monsieur Tardif, main'telle n'est pas 
beaucoup habituée à attendre. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que depuis 
le temps, elle ne soit pas allée et revenue trois fois. Aussi, pourquoi, 
vous qui la connaisses, n'avez-vous pas pris les devants et fait la chose 
vous-même? 

— Mais , ma pauvre Julie , c'est que , dans cette affreuse circon- 
stance, il me semblait nécessaire de bien réfléchir â la manière de 
présenter la chose à mon infortunée sœur. 

— Je ne suis qu'une pauvre ignorante, dit JuUe, mais il me semble 

* ymr ls« H** ii» IfOmritr du 44 mai au 23 juio* et du au Sf7 juillet. 



qu'il n*y a pti deux manièrti de lui dire çl, i cette pauvre chère 
âme. 

— Eh bien I comment voua y prendrleE^vau»^ Julîe ? 

— Ddm ! monfieur , c*est ben simple. Faut qu'elle le sache, n'est-^ 
ce pas? Donc faut qvi'on la bî ilisc cHe nouvelle, tl n'est pas posftible 
que ça ne lui donne pas un coup au premier moment Avec ^ qu'elle 
est si bonne et li douce , c'te pauvre madame Jourdain ; mais en lui 
racontant (a tout bonnement et tichanl de li faire pleurer ^ et de ta 
faire distraire après ^ faut espérer qu'avec le temps ça hii guérira le 
cœur, le ne sais pas i quoi serviront toutes vos lettres, et vos petites 
ruses qu'à U blesser plus à fond. Voyet-voui, monsieur Tardif, ça ma 
rappelle feue ma pauvre mère, quand elle perdit ses varh&s; elle di"» 
sait â mon père comme ^\, quand illui apprit c'te nouvelle ; Voîs-lu,^ 
mon homme, quand en a <]e gros chagrins, la seule ehoss qui consaie^ 
c'est, de sentir quelqu^un qui les partage. 

Après cet aphorisme , Julie s^essuja le nés avec un coin de son 
tablier , et rentra dans sa cuisine pendant que M. Tardif^ de plus en 
plus préoccupé, finit par ne plus voir clair du tout dans la marche è 
suivre. A force de chercher i prévoir la méthode qu*jl devait em- 
ployer, il avait complètement oublié que, probablement à l'heure qu'il 
était, sa préoccupalion devait être devenue entièrement inutile, i;râce 
â la précjpilatîoh de sa cousine. 

Et d'ailleurs . les oscillations d'une conversation ne sont -elles pas 
toujours tellement imprévues qu'il est impossible d'en prédire ou 
d'en déterminer ta marche t 

Quand le soir vint» il trouva M, Tardif dans ses perpleiilés tM^oun 
croissantes. 

£t, comme nous ne pouvons absolamenC venir 4 son leeoors el ]ui 
donner un conseil qui le relire de set doutes, nous alloua le laisser 
entrer dans la petite chambre que Julie lui a préparée et se couler 
méthodiquement dans son lit, après avoir préalablement posé Tétei- 
gnoir sur sa chandelle et s'être entouré la tête d'un vaste foulard, 
r usage du coton i cette époque étant un luxe plus grand que celui de 
la soie. 

Hti* Maclovie était partie en effet pour Saint-Halo, sans Favoir |iré- 
liisémenl ce qu'elle y allait faire, mais par suite de ce besoin de lo- 
comotion qui la dévorait. Elle pensait peut-être que son cousin, oe 
la voyant pas revenir, se hâterait davantage de la suivre, mie ne vou- 
lait pas Taire elle-même U triste commission sans doute, sa sensibi- 
lité s*y opposait formellement; mais elle attendrait U. Tardif à Sainte 
Malo. Une fois à Saint-Malo, où elle débarqua pour la première fois 
sans accident, la patience lui manqua bientôt pour attemlre ce 
pauvre M . Gédéon ei la voiU cheminant sur le sillon ^ns mèi^ie âon. 
ger à m hisser dsna une de ces pataches ou carrioles non*suspendues 
qui font le service de Sainf-Mato à Faramé. «J'attendrai i Paramii, • 
pensait^elle. Arrivée à Paramé , elle réfléchit que si M. Tardif passait 
sans qu'elle le vtt , il lui sertH impossible de savoir le résuit* t île 
rentre vue , et qu'il valait mieui faire lea cent pas sur la route par oà 
il devait arriver. 

Elle entra pourtant dana la modeste église du village , et, «o sortant, 
s'agenouilla pour dire un Ba ftûfvndis sur la tombe d'un de se» an- 
cêtres, dans le cimetière qui entoure le lieu saint. — Quand j« dis r 
qui entoure, c'est peut-être : qui entourait qu'il faudrait dire, car 
celte pieuse coutume de nos pères i presque unîveraellement disparu , 
grâi^e à la philanthropique intelligence administrative qui a éloigna 
le plus qu'il lui a été possible le champ de repos des morts de la à^- 
meure des vivants, sous je ne saie quel prêtante de salubrité publique. 
— M ado vie poussa un profond soupir en songeant que lei morts les 
plus chen ne rece? aient ptj! tom tes tnalea honneurs de la sépul- 
ture. 

Elle se remit ennite i circuler sur ta grande route k long de la 
grève et à chaque tour, involontairement, elle se rapprochait davan- 
tage de la maison de sa mèce ; mais toujours avec la volonié bien ar* 
réiée de ne pas être ta premiéi^ messagère de l'affreuse nouvelle. 
Si. Tardif n'arrivait pas. A l'un de^ ces voyages, passant derrière le ro- 
i^er où. Amu était assiaei le» édata de la joie eoiiotiiie de E^eo par- 



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L'OUVRIER. 



Tinrent à tûH oreiUe ; «île monta jii8(|ii'au bord de la falaue al fot 
ipêrçue de rimiûeeiite créature. 

Un ffîiioii jiasaa sur le corpi de la painre Maclovie. EUe n*ëtait 
rien main» i^ie préparée à cette reneontre et seyant la mèire et l'en- 
fant £e diriger f en elk, elle se aauva comme éperdue pour chercher 
iauB «quelque lieu un aaile où elle ne pût être découverte. 

— Où donc est passée tante Bfaclonet demandait Rose. 

-- Mais je n'en saîs Traiment rien, cbére enfant, répondit la mère, 
non sans quelque vague mouvement d^inquiétude. 

— Pourquoi donc aTait^elle Tair si effrayée de nous voir, son bon- 
net tout de travera et ses cheveux tout en désordre t 

-< Ta sais, ma chérie, que tante Madovie n*est pas coquette : elle 
ne pense pas à sa toilette autant que toi, dit Anna avec un nouveau 
frisson. 

— Ce n'est pas une raison pour se cacher de nous , observa l'en- 
bnt ; veni-tu que je rappelle ^ petite-mèret 

— Appelle-la si tu vaui, llosiae ; mais nous la trouverons probable- 
ment a la maison où elle veut te ménager quelque surprime. 

£[ ce disant, elles hâtèrent le pas et s'acheminèrent vers leur de- 



Personne n'y avait paru. 

Anna devenait de plus en plus inquiète. L'altération des traits de 
ta laute ne lui avait pas échappé, non plus que le désordre insolite, 
même pour eUe^ de 50 n ajustement. Elle était toute pensive dans son 
petit jardin f tenant la main de sa petite-fille et ne sachant â quel parti 
s'arrêter : falhit-il attendre la visiteuse t fallait-il aller I sa recherche 
dans le village î quand tout-à-coup l'enfant interrompit sa rêverie : 

— Marnant pourquoi donc Médor n'est-il pas rentré avec nous et 
resle-t-il tout seul à aboyer là-bas ? 

Ce fut comme un trait de lumière pour Anna, elle s'élance hors du 
jardin et suivant la direction des aboiements de l'épagneul, elle arrive 
bientôt auprès d'un moulin â vent dont les grandes ailes étaient dans 
un parfait repos. Une échelle conduisait à la petite chambre où fonc- 
tionnait la meule; au bas de l'échelle, Médor faisait entendre les plus 
jo^euit aboiements pour célébrer sa découverte , et au sommet, la tète 
passée par rouverture, une personne dont le nom s'échappa comme 
da[is un seul cri de deux poitrines : Tante Maclovie ! 

C'était elle en effet. Toute tentative d'évasion était désormais im- 
possible. Par un mouvement inâUnctif elle s'était rejetée en arrière et 
blottie dans un angle de son étroit refuge; mais eUe n'avait pas même 
là ressource suprême de cet orateur qui , resté court, au milieu do 
sa liârançue, cacha ta honte et sa personne en s'accroupissant dans la 
tribune d'où il refusa obstinément de descendre, jusqu'à ce que la 
lalle fut évaniéc. Ici, U fallait absolument se trouver en présence avec 
les inlerlocukurs. Anna Ta p pelait avec une sorte d'angoisse, Rose 
pletir^il sans savoir pourquoi. Le cœur de la pauvre Maclovie battait 
et la tête lui tournait comme si, transformée en un moulin marchant 
■vec furie, elle eût senti Taxe des ailea lui traverser les tempes et la 
meule lui broyer le cceur. Enfin, comme a£folée, elle se représenta de 
nouveau au sommet de l'éciiclle, pâle, échevelée, l'œil égaré, regar- 
dant iiisiincUvement sur la route de Samt-Malo ai le frère de 
l!nî« Jourdain ne venait pas encore. 

' — Oh ! Maclovie, pour l'amour de Dieu, descendes, disait cette derr 
niére, ei tiret-moi de cette afiVeaae incertitude! Qu'est-il donc arrivé 
I mon mari T 

Maclovie abaissa lei yeux rerâ Anna et à l'aspect de sa profonde an- 
jotss« senlit un nouveau frémissement lui parcourir les veines 

Elle répondit sans Irop savoir ce qu'elle disait : 

— Rien, rien, absolument rien. 

— Oh ! vous me trompez, vous me trompes, dit sa nièce, vous saves 
«fuelque chose que vous ne me dites pas. Vous qui êtes si bonne, Ma- 
ilovic, voua ne voudriez pas vous jouer amsi â déchirer mon cœur. 
Vovez combien je soufre, et, par pitié, ôtesHUoi cette crainte affreuse. 
^^Jucllcï nouvelles avet^vous reçues d'Tvest Ah! ne craignes rien; la 
r>iamO me sera encore moins amère. 

y ado vie était cependant descendue. Sa physionomie était loin d'être 



rassurante. EUe embrassa convulsivement sa petite-nièce , et voyant 
les yeux d^Auna ardemment filés sur les siens , eDe abaissa ses regards 
vers la terre et dit d'une voix saccadée : 

— Vous m*en demandez plus- que je n'en puis dire, Anna ; plus que 
je n'en sais. Que voules-vous que je vons dise? Attendez l'arrivée de 
votre frère. 

— Vous l'avez donc vu? vous saves donc quelque chose? quelque 
chose de bien affreux puisque vous n'oses pas m'en (aire p^rt? Ah ! 
mon pauvre Yves, mon pauvre Yves, que t'est-il donc arrive * 

A cet instant, un commissionnaire s*approchanl d'elle:^, leur de- 
manda, le chapeau è la main, où demeurait M^^ Anna Joudain. 

— C'est moi 1 c'est moi \ mon ami, cria la pauvre femme, avez-vous 
quelque chose i me donner? 

— Une lettre ; et la voici, fit l'homme en la retirant avec précaution 
de son portefeuille. 

La prendre, déchirer le cachet, et dévorer des yeux le contenu fut 
pour Anna^raffaire d'un moment. Trois fois elle la relut sans parvtjiir 
à la comprendre, tant les termes en étaient vagues et peu précis. 

fille congédia le commissionnaire. 

— Tante Macbvie, dit-elle avec un profond soupir, voua aves vu et 
kissé mon frère â Dinar! ? 

La pauvre fille crut qu'elle pouvait l'avouer sans se compromettre. 

— Savez-vous ce que contient cette lettre qu'il m'envoie? 

— Il vous envoie une lettre ! s'écria Maclovie, avec un étounement 
très-sincère. 

— Alors vous ne le savez pas ; mais vous savez certainement les 
détails de Tacddent arrivé â l'Espérance. Cette lettre n'explique rien ; 
mais/au nom du ciel, ne me le cachez paf^ Je suis forte, voyez-vous, 
je saurai souffrir. Vous voyez que j'ai subi le choc d'une mauvaise 
nouvelle plus courageusement que les transes de l'incertitude. Dites- 
moi tout, jusque dans les moindres détails ; c'est une sorte de conso- 
lation de les connaître. 

Maclovie la regardait fixement avec une sorte de stupeur. Croyant 
que la lettre de Gédéon renfermait en substance le terrible événement 
delà mort du capitaine, elle ne pouvait comprendre le calme d'Anna 
m présence de cet affi eux malheur. 

— Gédéon vous dit tout? répéla-t-elle. 

— Tout , sauf les détails que j'attends de votre bonne amitié , cher 
tante. 

— Quoi ! vous savez que l'Espéranu a sombré ! 

— V Espérance a sombré ! cria Anna épouvantée. Yves n'est donc 
pas prisonnier? 

— Ah! malheureuse, qu'ai-je dit? s'écria la pauvre Maclovie, en 
se frappant le front. 

— Yves ! mon pauvre Yves est mort ! dit Anna eii devenant pâle 
comme un linge. 

Ce fut en vain que la tante Maclovie répétait qu'elle n'avait pas dit 
cela : le coup avait été porté de la façon la plus sensible. Le cœur n*a- 
vait reçu la préparation d'une première douleur que pour rendre la 
seconde plus imprévue et plus cruelle. Anna n'entendait plus rien, el 
se sentant chanceler sur ses jambes tomba évanouie sur la terre. 

C'était un déchirant spectacle : la tante s'arrachait les cheveux dans 
son désespoir, croyant avoir tué sa nièce ; Anna était étendue sans 
connaissance sur le sol aride, tandis que sa pauvre petite Rose poussas^ 
des cris déchirants en se jetant sur le pâle visage de sa mère ; Médor 
silencieux et triste, léchait doucement les blanches mains de 9^ 
maîtresse. 

( La suite proehainemeiU. ) JEAN LoTSSao. 



Nous prions nos abçnnés de joindre à toutes leurs lettres une dem 
bandes imprimées du journal. 



Angers, imp. de Laine frères, rue Saint-Laud» 9» 
DigitizecTby VnOOÇ IC 



eoiiimM It H* / j a eoitiniM le N* \ 
oonnuito. \ lU «anées éehuM. ) 



W 16. 



17 août ISei. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



AJ>BaNISTIlATION : 

f quai des Grands-Augustins 
& U Ubraiiie de BLÉRIpT, 

A PARIS. 



SOMMAIRE 

L'ARTrSTE, ptr^uztooP«<«lL.— LSacOXPAONOirS D9 LA CEOIX 
D'ÀnOEST, par Clément Just. — UNB PIÈCE OB GBNT SOUS, ptr Je» 
Laoaitkb. — L'OIB£AU DE PARIS . par J. Roofu. - UH VOTAOB A 
V0uO'0iB£AU. |>a< MAiMFrtOT. 



ABONNEKENTB D*UN AN 

1 pirtir il i*' de chaque moii : 

fmAMCM, ••.>..».. .6 •« 
Buaora , Èûivn, Kvwu» d'Aiu, Tar-. 

QDiB d'Amb • • B »» 

SrA-re-llKit DB l'AmAhique do Noro . 7 •» 

CoLOnin BT ACTB» Pkr% b'OOTKB-ICBK. B BO 



L'ARTISTE. 



On demandait on 
iour à Racine â quoi 
il en était d'une tra- 
gédie dont il avait 
depuis longtempa 
entrepris la compo- 
sition : • elle est à 
peu prés terminée, 
répondit-il; je n'ai 
plus que les Ters à 
Taire, t Ce mot du 
pocte est presque la 
reproduction d'une 
parole de Léonard 
de Vinci , cdlcbrc 
peintre italien de la 
6n du XVe Kiccie. 
Chargé par des moi- 
nes de Milan d'or- 
ner de peintures le 
réfectoire de leur 
monastère, l'artiste 
avait exigé que, jus- 
qu'à l'entier achève* 
mentdosestnivaux, 
nul autre que lui ne 
pénétrât dans celte 
salle. Chaque jour il 
s'y enfermait nlu* 
fieur» heure» de 
suite et n'en sortait 
qrie les traits rati« 
gués commo apréi 
vn travail long et 
pénible. Deux mois 
entiers s'deooléreot 
ainsi et Pépoque tp* 
procliaU pour la* 
fielle Léonard s'é» 
Isit eBgigi i ir 
loi, loftq*i*an jour 




L'ARTl 
d'après Louis Haghe 

k n^'^r da eonvent, désireux de jouir plus vite du chef-d'œuvre 
qae promettait le talent éprouvé du peintre, le pressa vivement de le 
laisser entrer dans le réfectoire transformé en atelier. Après quelque 
héiitatioo, Moaard j consentit en souriant. Grand fut le désappoin- 



STL, 

( peintre belge. ) 



fement du bon l*êre 
lorsqu'il aperçut la 
muraille aussi blan- 
che qa*au premier 
jour, c Où donc est 
' voire pointure? » de* 
iiiaDda-t-il d'un air 
ojêcoulent. — « Elle 
ost là, répondit Léo* 
nard en se frappant 
le front; elle est là 
tout entière ; ce sera 
maintenant l'affaire 
de quelques coups 
de pinceau. • Peu 
de temps après en 
cS'ct les religieux 
conicroplaient avec 
admiration la sainte 
Cène, une des plus 
belles pages depeîn* 
turcs inspirées par 
nos saints livres. 

Docesdcuxexem-^ 
pies il faut conclure' 
que le travail de l'in- 
telligence n'est ni 
moins vrai, ni moins 
pénible que le tra- 
vail des mairis. Ho- 
norons ce dernier, 
car il est presque 
toujours directement 
otileâ notre viopiiy. 
sique et extérieure , 
mais sachons hono- 
rer aufsi le premier 
quand il produit des 
œuvres dont le ré- 
sultai est d'clcvcr 
notre âmep^r lacôn* 
teniplation du vra: , 
du beau et du bien. 
Cette réalité du 
travail de l'esprit, la 



voici encore mise en relief par un magnifique tableau de M. Louis 
Hagbe. L'artiste est là , dans son atolier , contemplant une de ses 
esquisses et travailhrU i la contempler par la pensée avant d'en fixer 
suf la toile la dernière el parfaite expression. Son regard fixe «t 



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in 



L'OUVRIER. 



ton front plissé dSsent pssez qa*il n^est point kactif. Lt palette , la 
brosse et les pincAtox sont seuls an repos pour le moment ; attendez 
un instant, rartiate va les saiiir. et, sur la toile maintenant vierge 
de toute couleur, sa main trop lenie au gr^- de ses désirs tracera un 
nouveau <JieM*<Biivreu» lakorieuçeinent conçu dans son intelligence. 

Eugène Pénsl. 



LES £OfflPA0i\ONS DE U CROUB'ARfiEKT 



CHAPITRE UL 
AtteniB et expUcationt. 

Vne benre après le moment où Finette avait souhaité bonne nuit 
i son père, onze heures sonnèrent i Thorloge de Téglise Sainl-Paul. 
On profontl silence régnait dans la rue du Pclit-Aluso. 

De temps en temps une oreHIe attentive aurait entendu dans le 
lointain les bruits dé la ville , plus élevés qu'à Tordin^ire ; mais leur 
écho arrivait affaibli dans le quartier où l'auberge de b Croix-d'Ar* 
font se CK^ait. 

Les habitante de Tauberge, le père BrakA, Finette et deux domesti- 
ques, paraissaient plongés dans le wOmmeil : aucune lumière ne brillait 
I travers les volets fermés. 

L*auberge qui donnait sur la rue, par une petite porte, avait, par 
fierriére, de grands jardins. 

Gea jàrdiRo s'étendaient jusqu'auprès de ceux de Tarsenal. 

VnpeU plus loin, se dessinaient dans l'ombre de la nuit les tours 
ténèbres de la Bt stille. 

Une porte basse donnait issue des jardins dans la rue de la Cerisaie : 
eetfe hie, il y a un Siècle, était encore presque déserte. 

Quand minuit sonnèrent à Ihorloge Saint-Paul, du mur qui, rue de 
ta Cerisaie, faisait Ibce aux jardins de l*auberge de la Croix-d*Ar|eiit» 
•e détKha une form«» noire. 

£lle s'srréta au milieu de la me. 

La lumière pâle d'une nuit ckîre, nau sans lune, écltirtk le mi- 
lieu de la rue. La forme indécise et obscure se dessina plus nettement: 
c^étaitnn homme couvert d'un grand manteau. 

U reganh attentivement ven hme et Tautre des extréodlia die la 
rue. 

D éeouift s'il n'entendait lueua bruit. 

n exjMnna^ d'un œil inquiet les différents angles que formaîetti lia 
murs des jardins et la façade dHrae ou deux pauvres maîaont. 

Ces angles éimat sombres : ib pouvaient cacher des témoins. 

L'homme au manteau paraissait craindre qu'un regard eadid pont 
lui ne suivit ses mouvements. 

Son «camen terminé, ft Ata le petit chapeau de feutru qui eonvraîl 



La chaliBnr était extrême ; l'air, très4ourd. 

Béeonvérte, k igure du mystérieux personnage avait un mnMn 
singulier. 

U avail.des cheveux longs, qui tondraient preequ» enr nm épaules. 

De grands yeux noirs, mais admirablement doux, brillaient d'un 
é^t merveilleux : ils éckiraitnt tout le visage. 

Mal caché par l'abondance de la chevelure, un front large bien des- 
tiné accusait une pensée supérieure. 

Il était difficile de dire, en voyant ce singulier personnage» i quelle 
classe de la société il appartenait. 

Il ne portait ni perruque, ni épée : ce n'était point un gentil- 
homme. 

Le grand manteau noir qui le couvrait, les souliers en cuir fin 
n'itdiquai#nt ni un ouvrier, ni un homme de métier. 

• (a niproiMlion «< inttrdiu. ^ \^ \pp i^*» 4e fOutrûf des 3 et 40 août. 



La noblesse des manières, la franchise hardie et coi 
des allures n'étaient pas d'un bourgeois. 

Gentilhomme, homme du peuple ou bourg« ois, il s*avan 
porte qui, de la me, donnait accès aux judins de l'ai 
Croix-d'Argent. 

Arrivé près de la porte, il la poussa de l'épjiule, comttiO nt dk 
dû céder à un léger effort et s'ouvrir. 

La porte ne céda pas. 

L'inconnu tenta un nouvel effort, plus puissant que le premier. 

La porte ne céda pas davantage. 

L'inconnu se retira ; quelques instants il demeura au nûfieu de h 
rue, regardant de droite et de gauche si personne ne venait. 

Puis il s'éloigna : il allait du côté de l'arsenal. Quelques m<mieiiti 
après celui où sans frapper il avait poussé la porte , une des fenêtres 
basses qui , de l'auberge de la Croix-d'Argent, donnait sur les jardins, 
s'ouvrit mystérieusement. 

Les volets tournaient sans grincer sur les gonds; ib ne ftrèntance 
bruit en venant s'appliquer contre la muraille. 

Un homme, la tète couverte d'un épais bonnet de laine, regaià 
dans les jardins. 

C'était le pcre Brûlot. 

Qo.ind il se fut assuré que ni dans le jardin, ni d'ancone partie de 
l'auberge, personrs ne le voyait, il passa par la fisnètre, élevée sa^ 
ment de trois ou quatre pieds au-dessus du sol. 

Une fois dehors , il mardia plus rapidement qu'on n'aurait <Uk 
croire d'un homme gros et déjà âgé. 

Au milieu de sa course, il s'arrêta. 

U avait cru entendre, du côté de la maison, un léger mouvemeot 

n se reiourna, regarda, écouta attentivement; il ne vil rien duoéti 
de l'auberge, rien dans le jardin : il n'entendit aucun bruit 

U continua. 

Arrivé près de la petite perte, i l'extrémité^ d'une longue dlée de 
tilleuls, il tira une clé cachée sous ses vêtements. 

La porte était fermée par deux forls verrous et par une aerrore. 
tira les verrous, il fit jouer la serrure. 

La porte s'ouvrit. 

Le père Brûlot, le corps â demi sorti, regarda dans la rue. H ne fit 
rien. 11 repnussa hi porte sans la fermer. 

U rentra dans le jardin : il s'açsit sous un tilleul, sur un vieux bnc 
de pierre. 

Profilons de ce moment de repos pour jeter un rapide coupni'si 
sur les lieux où vont s'accomplir quelques*uns des événements de ùM 
histoire. 

L'auberge de la Croix-d'Argent était, comme on l'a dit, située me 
du Petit-Musc. 

Elle faisait le coin de la rue de la Cerisaie. — Les rues du Fttil- 
Musc et de la Cerisaie avaient une origine peu ancienne _ au XVIÎ 
siède. 

AuXlIH aiède, entre la Bastille et l'église Saiat Paul, s'éteodaiei 
de vastes terrains déserts. 

On les appelait communément le Champ-au-Piâtro. 

Sous François 1^, l'arsenal fut établi dans la partie.de ce vaste <pu 
drilatère la plus voisine de la Seine. 

Mais le 28 janvier 1562, les constructions de l'arsena} lurent rmk 
par l'explosion de vingt milliers de poudre qui y étaient déposés. 

L'explosion cassa les verrières qui étaient un des plus beaux or» 
ments de l'église Saint-Paul : les vitres de Tappartenient qu'occupa 
I la Bastille le gouverneur de la prison , volèrent en éclats. 

Le souvenir de cet événement était encore prient dansléquarfi^ 
Siaint-Antoine en 1789 , époque où commence nôtre répit 

Henri IV fit relever l'arsenal. 

Il fit planter le long de la rivière , en face la petite tte Leuvieit, s 
mail. 

C'était une longue allée d'arbres, dont les dermers étaient eiici 
debout au commencement de la révolution. 

En 1788 , Louis XVI avait rendu une ordonnanr^ par laqteHs 



( 



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j |-»\^^r:. 



L'OUVRIER. 



ordonnnt b démoIHion de l-arsenal. 

Les motWs de TordoniKmce étaient ceux-ci : le roi disait ! 

« Le de^ein de procurer du soulageirfcnt à nos peuf^tes , en appli- 
quant aux dépenses de Tétat les revenus d'anciens établissements de- 
venus inutiles, lious a déterminé à supprimer rAtâenal de Paris près 
âe notre ehâtpau de la Bastille. 

» Gét établissement essentiel dans son origine a cessé d*étre néces- 
saire au moyen des fonderies, des forges et des manuractures d'ar- 
mes e^de pondre établies dans différentes parties du royaume. 

• A ces causes.... i 

Mais on ne s'était pas encore mis à l'œuvre, et en juillet 1789 » les 
immenses comtraciîons étaient encore debout. 

Elles étaient vides , inhabitées , désertes. 

Le vent entrait par les fenêtres brisées. 

Les herbed poussaient dans ies vastes cours solitaires. 

Ça et U, dans quelques chambres, des amas de vieilles ferrailles gi- 
saient couvertes de poussière. 

Au couchant de TArsenal , en face le Port-Saint-Paul , au coin du 
quai des Céleslins et de la me du Petit-Musc , une grande maison 
dont les fenêtres étaient toujours fermées , et d'où s'échappaient fré- 
quemment des chants religieux, c'était le couvent des Célestins. 

EUi 1 789, le couvent était vide. Les Célestins avaient été rempla- 
cés en 1779 par les Gordeliers , puis les Cordeliers étaient partis. 

Il no restait pour garder le couvent qu'un vieux frère. 

L'Arsenal désert donnait la main au cov/ent désert. 

En remontant la rue du Petit-Musc, depuis le quai pour alkr 
vers la me Saint-Antoine» on trouvait à gauciM la Rue aux lÀon». 

Le nom de cette rue bâtie au XVIe siècle» venait de ce qu'elle occu- 
pait l'emplacement de la partie de l'ancien hôtel Saint-Paul oà étaient 
renfermés les lions. chi tm. 

Amxb9 Hûj a enioore aujourd'hui une fontaine que le peuple ap- 
pelle le regard des lions, 

G tte rue avait été ouverte au milieu de la ménagerie royale ; les 
rues voisiaee, an milieu des jardins de l'hôtel Saint-Paul; d'où leurs 
noms rue Beautreillis , rue de la Cerisaie. 

Après la me des Lions, toujours i gauche, on trouvait la me des 
Trois-Pistolets. 

Le nom de cette rae avait son origine dans un crime qui s'y était 
counnis. 

11' y a encore cent ans les usassinats la nuit dans les rues de Pa- 
ri^ n'étaient point rares. 

One nuit les gens du guet avaient trouvé dans la rae en sortant d^ 
Saint-Paul , un homme tué et près de lui trois pbtolets tachés de 
»ng. 

Delà le nom de la rue : nom funèbre d'une rue sinistre. 

A droite, presqu'en face de la rae des Trois-Pistolets, s'ouvrait dans 
h nie du Petit-Musc , la rue d« la Cerisaie. 

Celle-ci courait vers le petit Arsenal et la Bastille , entre deux 
nmn de clôture fermant de grands jardins. 

A droite du côté de la Seine , en entrant par la rae du Petit-Mosc, 
k$ jardics de TArsenal plantés d'une forêt d'arbres séculaires. 

A gauche, les jardins, magniOques autrefois, de Thôtel de Lesdi- 
gtiiéres. 

L'hôtel donnait me Saint-Antoine : il avait été constrait par le fa- 
mim\ financier Sébastien Zamet. 

Les héritiers de Zamet vendirent la demeure pateraelle à François 
de Bonne, duc de Lesdiguiéres et connétable de France. 

On prétendait dans le quartier Saint- Antoine que le financier avait 

an foui dans le jardin de son hôtel des sommes considérables ; il avait 

emporté avec lui dans l'autre monde son secret , mais tout le monde 

Croyait à une cachette mystérieuse , où se trouveraient un jour des 

I trésors. 

On verra que cette croyance n'était pas une illusion. 

Pierre la Grsadf empereur de Russie, dans le voyage qull fit â 
Pilis an 1717, avait logé hôtel de Lesdiguières. 

Les jardins avaiert eu au commencement du siècle une grande ré* 



putation : ils étaient pleins de beaux arbres et de statues. 

On remarquait surtout dans un coin du jardm , un petit momi^ 
menl. 

C'était le f9iid)eai!r d'une chitte qui avait appartenu â Françoisa di 
Gondy, veuve d'Emmanuel de Créqui,-diic de Lesdjguièraa. 

On y lisait une éptt^he liosi i 



Gy glat uns c!iaite jotlt. 

8a moltrcsae qui n'aima riea , 

L'ai ni a Jusqu h la v'oUe. 

Pourquoi le dire? On Je volt bits: 

En 1789, l'hôtel deLesdigulèrE<s appartenait h la famille de Ville rov. 
Les Vilieroy étaient parents éloigna d^s Lesiliguiêre». li était hnbit^ 
par une jeune femmOi la marquise de Vilteroy p veuve depvii deux ans 
d'm mari toi i le guerre. 

Les jardins de l'auberge de la Croix-d^Argent attenaient à ceux de 
l'bôtel de Lesdiguières dont ils avaient fait autrerûia partie. 

Us étaient dessinés dans le goût de Le lïôtre avec des quinconceSi 
des massifs et des ifs taillés en bi>ules. 

Une belle allée de tilleuls partait de îa maison : elle allait se termi^ 
ner au mur qtii îermaît le jardin du côtS de T Arsenal. 

L'allée était garniiË de banes , les arbres , taillés court pendant h 
temps qu'ils étaient dana le jardin d*un grand hôtel, poussaient  
toutes branches depuis qu'ils croissaient dans le jardm d'une aiibE;rgB. 

Le père Brûlot était asûig sur uu des bancs de l'allée ; Toaibre des 
tilleuls rendait plus profonde la nuit qui le cAuvraiL 

11 attendait ainsi depuis une demi -heure environ. 

Tout-à-coup il regardai veri la petite porte. 

Un léger bruit venait de s'y faire entendre. 

La père Brûlot vit à travers robscurité la portd s'entHouvrir 

Une forme sombre pénétra dans le jardin, 

Le père Brûlot se bva. 

Le mystérieux penonnage qui, une heure anpiravanlp avait frappé. 
inutilement â la porte du jardin, s'avança. 

— C'est vous, maître Louis? demanda le père Brûlot en ôtant avec 
déférence le bonnet débine qui lui couvrait la le te. 

— C'est moi, père BraloL, nioi-même. Canfcz votre bonnet î le 
temps est chaud, mais l'air de î t nuit est toujour* mauvais, répondit i 
voix basse celui que le père Brûlot appelait m;iîtrâ Louis i 

— Elles autres? 

— Les autres ? 

— Oui, Us compagnontl 

— Ils vbnaenU 

— Tous? 

— Tous. 

— C'est donc grand Ibvoir celte nuitt 

— Oui, le H juiilel; n'aves-yous pas regardé votre almannfUt 

— Si fait , si fait. J'avais marqué d'une <:roix lïoirc le jnur de II 
réunion. 

En disant ces derniers mots, les deux hommes se dirige.iieat \ùvs 
une extrémité du jardin opposée aux. bMiments de Tauberge. Il y vivait 
là un massif d'arbres et de buissons : la nuit plus claire dans les }i^r- 
ties du jardin découvertes ii^il plus prolbrtde en cet endroit. 

Arrivés près du mur qui séparait le jarjin du père Boulot du jnrJin 
de rhôtçl de Lctdiguières, les deux hommes s'arrêtèrent un niorurrit : 
ils gardaient le silence. 

Le mur était â cette place en partie démoli ; les pierres , disjoin- 
tes par le temps, séparées par la végétation puissante du lierre , gi- 
saient sur le sol du jardin, et oSraienl des degrés coinmodcr^ pour 
franchir le mur. 

Le père Brûlot, aidé de son compagnon, le hissa d'abovd »vec pre^ 
caution, regarda attenlivem eut dans le jardin de l'hôtel LËsdiguièr^s, 
puis y descendit en se retenant de la main aux branches noueuses du 
lierre destructeur. 

Le jeune homme, avec une agilité surprenante , s'élança, H sans 
faire de bruit franchit T obstacle. Quand lea deux hommes furent dam 



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rOUVRIBR, 



le jardin de lli^tcl , îk mîfireht une petite «liée, ilrotte, fomlire et 
dont le iol était couvert d'un gaion épais. 

Ce jardin ^tait deuiji^ d'après U mode inyentée pu* Le Ndtre* Lei 
irbres étaient taillÂs avee une tymétrie ptrtkiteinent eniiiiyeii»8 '. dt$ 
^uinconfe& étaieat «iitDiirés d'une couroane de itAtoea représentant 
\e» >aiAonSf Tamitlé, les quatre Igei de la ?ie» Les bordures de buis^ 
ji^l^^t^ÔBS depuis quelque temps « rompaient par uae végeUtion indé- 
pendjtnte les lignes rentières qu'elles avaient dû garder. Les ifs, lail- 
léît en boules» en carréi, en triangles, déliraient leurs bras mutilés. 
Ce jardin désert était rimage sinistre d'un psssé négligé et bientôt 
ditpsni. 

Au bout derallée ûù s'étaient èngagéi le péreBrnlot et son compa^ 
fïion était tine petite chapelte. Cette chapelle avait été dans le prin- 
cipe un petit temple 1 Tamitié. La piété d'une des dames de la faniiKe 
Lêt^ïiguières avAit lait du petit temple une espèce d'oratoire : on y di- 
sait quelquefois la messe le dimanche. 

La père Brûlot paraissait connaître très-bien les lieui ; il s^apprn- 
cha de U chapelle : une petite porte ^ donnait accès. 

Il rouvrit, et il entra. 

Une lampe brûlait près de rautaU 

Les deui hommes regardèrent attentivement autour d*eui : ils se 
séparèrent un moment et vif.itèrent toutes le^î parties de Is chapelle, 
Qunnd ils se furent assurée qu*ib étaient seuls, ils revinrent fers fô 
milieu. 

Quiconque eût â ee moment contemplé h figure du {»ére Brutat | 
eût remarqué le feu d'une intelligence cachée d'ordinair«, 

-^ Et votre neveu Chopin ? demanda au père Brûlot êùû compa- 
gnon, 

^^ Claude Chopin devrait être ici, répondit le père BrutoC. 

— Quand eat-ù parti de Soiasoni f C'est de Soissona qu*il vient, 
m*e&t-ce pas? 

— Oui. Il est pirtt de Soissons afant-bier de granil ttalin; il a dà 
toucher à liareuil ou A May, nous ivona par-U des Ciimpa|iiMif i 
aurait dû arriver ici ce aotr. 

~» Il vierkt 1 pied t 

— Oui, il est bon marcheur, et de Soissons id il n^a qie dix-huit 
lieues. 

*- Dk-huit lieues p^t la route de Titlen-Cotterets , Ifantenil «t 
Dammartin; mais ^r là Ferté-Milon etHeaus, îl jtaii moins vingt* 
deux lieues. 

— C'est frti, maStre Louis, voua savei tout; fl j a en efbl plus 
long à tenir par la Ferté^Milon que par Dammartùi. 

^^ MaiSi interrompit maître touiSi vous ayei (ait venir votre nev^u 
par le plus long afin qu'il ne passât pas à Dammartin, 06 vous redoutez 
pour lui la rencontre det Compagnoni nmii. 

— C*eat encore vrai , répondit le père Brûlot , je lui ai recommandé 
de venir par le bord de la Marne, et |e ratt«ndais ce boit ; c*e«t singu* 
lier quHl ne soit pas arrifé, 

* — Oui, c*€et étrange , répondit le jeune homme paraissant pr^- 
aupé d*une idée fort gf«f«. 
Après un moment de silence, le père Brûlot reprit : 

— Claude Chopin r mon neveu, se sera peut-être arrêté i Vîncennea. 
lÏDUs avons là un compagnon, le fils de Jean Rouget* 

«x JeanBouget et son fils viendront tout-l4'heur«; ils nous diront 
ills ont vu votre neveu , maîa , je ne sais pourquoi , j*ai peur dea 
Com|iagnons noirs. 

Mieux instruit que le père Brûlot, le lecteur sait pourquoi Claude 
Clio{>in n'était pas arrivé à l'auberge de la Croix^d 'Argent. 

Quelques minutes se passèrent* Les deux hommes gardaient le si- 
Unce, 

1l£ entendirent sonner une heure , d'albord è Téglise Saint-l^iuU puis 
I Vhorloge de la BastiDe. 

f/écho prolongeait encore les fibrations sonores au milieu de b 
,poit, quand la porte de la chapelle s'ouvrit une seconde fois. 

Un homme entra , puis un autre , puis un su Ire encore. Le père 
Smlol eunyta ; il | iQ if ait a^ 



Ha s'approchèrent tilencieusement de l'autel, touchèrtnt la maki 
du père Brûlot avec les apparences d'une franche amitié «t celle dt 
jeune homme au manteau noir, qu'on appelait maître Louiii t^u Itt | 
signes d'une affectueuse déférence. 

Puis ils s*agenouillèrent. 

C'était un tableau réellement fantaatique. Li noit, dont la emlifti J 
profondes régulaient dans la plus grande partie de la chapella, lid^ 
donnait des dimensions incertaines. La petite lampe jetait une cUrtlJ 
douteuse et rougeÂtre ; devant l'autel ces hommes 1 genom. Li Im 
miêre fumeuse éclairait mal leurs fîguris; on voyait des tètes rt-* 
cueillies, mais véritablement étranges. Autant qu'on pouvtit le dia« 
tinguer, ces mystérieus penonnages étaient des ouvriers. 
( La $uiu au prùchain tmméfQ^) Clément Jiibt. 



HM PIÈCE DE CENT SOCS. 



( ESâAl HUSlQHISTlQtJB. ) 



Il J a quelques jours , traversant le boulevard de THÔpitâl j 
gagner le chemin de fer d'Orléans , je heurtai du pied un 
paquet, tombé sur la voie, et que la brume m'avsit empêché d'ip 
cevoir. Le choc fit ouvrir l'enveloppe, simple feuille de pspier, 
une pièce de cent aoua qui y était renfermée , a'en échappa et roub 
i quelque distance. Je ramassai la pièce et l'enveloppe , dans Tesp 
rance que cette dernière me Uvrerait peut-être l'adresse du prop 
taire. Quel ne fut donc pas mon étonne ment, quand^ de retour 4 
moi et ma lampe allumée, je lus sur k papier maculé de boue et 1 
chirè par places , les lignes suivantes, d^une écriture fine et aerr 
surmontées du titre que voici ; 

I lOURNAJ. ÂBRÎGÊ D'UNB ¥I£ D'â?£KT0!USB. 

Chateaubriand nous a donné hi Mémoiret fTOutrû'TomhÊ ; Lama 
tfne, les Confidences, George Saod, rHinioiredeMa Vie, révélation» - 
cela va sans dire — toutes arrachées i la niodeslie de rantenr 
qu'aucun des trois ne se serait permises sans la dure nécessité d'J 
Aer te public» Je veux, sur de si nobles traces, écrire, moi aussi, 
rapide rè&umé de ma vii^. Aussi bien ma destinée a été passableniti 
agitée, ma carrière passablement accidentée. J'ai beaucoup vu et j 
lont leaucoup retenu ; j'ai parcouru bien des pays; je me suis troti^ 
mêlée ( ces E muets voui révèlent mon sexe) '& bien des événemenis» 
défie pour les voyages rilluslre Cook et le non moins illustre Guli 
ver ; je défie pour le& aventures Âlexandre^lû-Grsnd et Alexandre l^à 
mas, César et don QiiicholtG. — Ou je me trompe fort ou le namS 1 
meif faits et gestes fournirait matière à de dramatiques récits. 

Je déclare d'ab^^rd en toute humilité que mon extraction est 
plus obscures. £t cependant ma famille est considérable et j^ajc 
qu'elle a toujours été et qu'elle est encore très-fort considérée, H^ 
sommes ta grande puissance de ce monde; prlncei et rois, 
et génies &*inclinenl devant nous. — ^ J'ai vu le jour pour U pre 
fois l'an de grdce tJ^32, àGuanaxualo ^, au Mexique. Comme 
qui j'aime à me comparer , on a dû employer le fer pour tn'enlr 
du sein maternel. K peine née , je fus embarquée sur un nairicc 
m*amena en France pour y cire formée aux manières du pa^s. 
dans un ^ieil édifice, situé i l'angle de la rue Guénégaud et du q^ 
que se passa mon enf;ince ; je m y transformai, autant du maîski 
pouvait le permettre ma nature rebelle ^ sous rinfiuence dii 
sévère auquel on me soumit; j'y fus frappée durement^ violetsif 
et je conserve encore la marque des coups que j'y reçus* l'euU»! 



* Guanaxuato , chef-lieu de l^tsl du même nûm, ville joduilrîeuwa , 
par ses mines d'argenL Ua «eul Diaii ^ appela mniHii^if an picduit t 
nom U milliona de rrdncs. 



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tvOUVRIER. 



k 



f^-.V 



autai ee système n^est-il pat des mefllenn; ear^i-il est fadle de le 
reconnaitre à première vue— je n'ai ni volonté propre, nicœiir; 
mon insensibilité est extrême, je suis dure ; je n*ai ni étendue, ni pro- 
fondeur , â peine une légère surface qui me fait taxée d'être plate 
par des esprits sans galanterie. J*ai en revanche certain brillant qui 
'ne laisse pas que d'éblouir; j*allai8 oublier ce qui est incontestable, 
malgré une contradiction apparente, quelque peu de pesanteur. — Là 
trente me contraint d'avouer que je ne suis pas mieux partagée sous 
le rapport des grâces extérieures ; j'ai la taille trop arrondie et trop 
courte €t le teint pâle et blafard. Pour terminer ce qui regarde ma 
personne , disons encore que , tout en dominant toujours , et mes 
maîtres eux-m^mes, je n'en ai pas moins servi toujours , semblable à 
ce fameux 6d-Blas de Santillane, qui ne fu^ toute sa vie qu'un valet, 
jnèflie alors qu'il dirigeait la maison de l'archevêque de Grenade ou 
qu'il régentait l'Espagne sous le couvert du duc de Lerme. Quant à 
la conscience, dût-on m'accuser de cynisme , je me reconnais tout4- 
fiiit exempte de ce préjugé. Je n'ai aucune opinion ni politique, ni reli- 
gieuse; je suis tous les drapeaux, je sers tous les partis, indifTérente 
k toute loi morale, fidèle tant qu'on me tient , quitte à me retourner 
contre mon ancien maître , aussitôt que je suis en la possession d'un 
antre. 

Toicî, sans autre préambule, l'énumération sommaire de mes prin- 
cipales aventurés : 

1o Ma vie débuta d'une manière tragique. U y a des misérables, 
on le sait, qui ne reculent pas devant le plus odieux des attentats, le 
vol de jeunes enfents, dans l'espérance d'exercer un jour à leur profit 
les talents de ces pauvres petites créatures. Je suis victime d'un guet- 
è-pens de cette espèce. Mal surveillée par ceux à la garde de qufj'é- 
tais confiée, je suis surprise i l'improviste et enlevée. 

2o Le crime par bonheur est découvert et mon voleur est puni. 
Trop jeune sans doute pour comprendre le péril auquel je viens d'é- 
ehapper, je n'éprouve aucune'joie de ma délivrance, de même que je 
n*avais ressenti aucun chagrin de mon malheur. 

d^ Rendue I mes protecteurs natoreb , ceux-ci me destinent au 
commerce. 

40 Plusieurs négociants, reconnaissant mon mérite et m'apprécient 
à ma valeur (le terme est. un peu fort, mais quiconque me connaît 
avouera qu'il est juste) se font â mon sujet une rude concurrence et 
luttent i qui m'aura. 

5* Je suis placée dans une maison de banque. 

6* Je repasse les mers et vais aux colonies pour le service du gou- 
vernement. J'y suis chargée , comme qui dirait en qualité de vivan- 
dière, — mais ce n'est pas précis.' nient cela — de pourvoir à la sub- 
ûslanee d'une partie des troupes de marine de la Guyane. 

7<> Le navire (ait naufrage; je tombe à l'eau. 

9^ Un pécheur me retire du milieu des flots. En récompense je 
la sauve d'une mort horrible , ainsi que toute sa femille composée 
d'une femme et de quatre petits enfants. 

9* J'habite quelque temps la maison d'un boulanger. 

W J*entre au service d'un jeune enfant qui ne se sent pas d'aise 
de m'avoir, mais qui ne sait à quel usage m'ëmployer. Servirai-je â 
lai procurer un jouet , des livres , ou bien serai-je l'ange de sa cha- 
rité auprès d'un mendiant aveugle? Un'y a qu'une fée (je le suis un 
peu ) pour se prêter ainsi à tout. 

11« Un pauvre homme, qui aurait en un besoin infini de moi, mais 
que sa malheureuse destinée empêche de me rencontrer jamais, s'a- 
bandonne au désespoir et meurt. 

12* Un riche vieillard s'étant épris de moi, on me donne à lui sans 
consulter mes inclinations. U m'est impossible de le payer de retour. 
Mais ma froideur ne fait qu'irriter son affection ; jaloux de me dérober 
aux regards pour se réserver la contemplation exclusive de mes 
charmes, il me détient dans une sorte de cabinet étroit, obscur, tout 
bardé de fer et verrouillé , sis au plus profond de sa cave. C'est là 
qo'il vient me visiter la nuit, seul et dans le plus grand secret. 

Sa iSlie ( quel autre nom donner â une passion aussi extravagante), 
]mm dadinimier avec l'âge, s'aecrott an fnr I masnr» des années; il 



en vient â oublier pour moi le boire, le manger, le dormir et finit par 
se laisser manquer de tout. 

13<> Lé vieillard meurt înksfat. Les hérîlien — des colhlJ^rau:! in- 
connus—me délivrent aux cdati de leur joie grossière, en prlt-int 
des toasts â leur cousin défunt. 

14o Je reprends ma vie de hasarils. Mon noaveau maître « pnuirR 
jeune fou, esclave de ses caprices, n*i point de cosse qu'il ncf^e »*i\i 
défait de moi. Mais â peine il m'a laissé aUer qu'il me regivtii^ 11 c:»! 
trop tard. 

150 Je prends part (devrais*je Té^rire sans houle? mais ja np snis 
point rougir; mon frantest pire que s'il était d'mr<iin) je preitdi p;ir1 
i une fort laide intrigue. Il ne 8*agit de licn moins que de prê' jpiiir 
la perte d'une jeune Fille légère et coquellc. Ma EeuLe vue ddi idi? b 
malheureuse à livrer son honneur^ etc., etc.^ etc* 

Je pourrais prolonger iiidérininnint ceîU^ l'inimi'ïration ; m'^h j€ 
m'arrête, je suis futiguee, n'ayant pas rhabUude d'écrire et n'étant pas 
précisément conformée de manière i pouvoir le faire couimodémeni. 
— A propos, xt'ai-je dit mon nom , cher lecteur ? je crois en vénié 
que non. Qui suis-je donc? Une fille d'Eve, une femme? — Cet ou- 
bli, ma discrétion, la brièveté de ces mémoires, en voiU plus qu'il ne 
faut, je pense , pour Ee convaincre que je n'ai aucun droit à ce titre 
cliarmant. Je sui^ — ne Tas-tu pas deviné? — Eh bien! oui, je 
suis 

Une pièce de cent sont. 

Heureux qui me gagne honnêtement, m'emploie bonorablement, 
se passe de moi nlli^^'ri'ment. 

Pour copie conformé* - Jean LacaunKi 



L'OISEAU DE PARIS. 



Petit oiseau peu timide , 
Tu vis heureux dans fa ris , 
Sur le vert gazon humide , 
Sur les arbustes fleuris ; 
Ton sort est digue d'envie. 
Je voudrais , moins incertain , 
Comme toi passer ma vie^ ^ 
Sans souci du lendemain* 

Tu commences des Taurore 
Tes chansons et tes ébats , 
Lorsque la fleur vient d'êclore 
Sur la tige deslilaa; 
A toi comme i ta couvéo 
Dieu prodigue ses trésors , 
Et , quand Gnit la journée , 
Sur le rameau tu t'endors. 

Tandis que moi je chemine 
Et le matin et le soir , 
Aie piquant â quelque épine , 
Courant après quelque espoir ; 
Le jour fuit avec mon rêve 
Et je me db : d mon Dieu ! 
On n'a ni repos ni trêve , 
Quand on n'a ni feu m lieu. 



Si des reitaurants j'approdie , 
Un parfum aseâisonoé ' 
Me dit que vide est ma poch# 
Et que je n'ai pas dîné ; 
Si je dors quoi qu*il advienne 
Ayant le ciel pour plafond , 
Des bonnes iniBura la gardienne 
Me prend pour un vagabond. 

Si , grdce à ma bonne mine , 
Si t grâce i mon bel habit , 
Pour h chambre et U cuisine. 
On m*onvre un large crédit , 
D peut m'arriver qu'au terme , 
Si le sort n'a pas souri , 
Tr^poliment on m'enferma 
Dans la prison de Clîch|. 

De ces petites misères 
Dont le sort nous fait cadeau 
Toi tu ne te doutes guère , 
joli petit oisf au , 
Car ta joie est sans égale , 
Et, quand tu vas sautillant t 
le vois de la capitale 
La plus heureux habitant. 
J. RoiirPL 



Nom prkmê im abonnéM de joindre â iQU^ê lêun kitru um du 
banda imprimi$i du jûutmU ^. 



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-Jf^-Î:- .-ap 



196 



L'ouvmaii. 



UR VOYAGE i VOL D'OISEAD. 



foîcî la sahon des voyages. Chacun des heur(*ux TTioHels 1 qiii la 
Fortune a donné de Vor el iIbs loisirs «'tm^îresse de (Mpcnser cel or 
€i ces loisirs, en parcourant ta France iti l&p pays êtring^i s pour y 
contempler les merveilles de \a nature ou de Tari, Ncpus avons pen^é 
être agréables i nos lecteurs » retenus pour là plupart au logis p^r les 
e:tigences d^une vie laborieuse, en leur Faisant parconrir par la pensée 
lin coin do la Suisse , une partie de T Allemagne, et les bord? du 
FUiin , qui sont si rréqueminent le but de ces ert^ursiona des vacances. 
Un de DOfl amis veut bien ncus tcmmuniquer le récit inédit d'un 
voyage en C€i contrées; nous en extrayons les passives suivaoU. 



Arriva â LyoR^ vers la fin du mois d^aoÛt 185., j'y trouvai deux 
tmis avpc lesquels je partis immédiatement pour la Suisse. J'avais di'j4 
parcouru la roule de Lyon à Genève et je l'ai décrite ailleurs, h ne 
sâum dire avec quel plaisir je reîis ces ravins, Cfs vallées, ees tor- 
rents au doux iiurmure, cette vierge do Saint-Rambert, si aérienne» 
enfin toutes ces gorges si pittoresques que Ton découvre du chemin 
de fer. 

 h dernière douane nous dîmes au revoir k la France. Nous lui 
jeLlnics un regard plein de tendrc&se , comme des enfants à leur 
mcre bien -aimée. A ce moment, nous passions à toute vitesse sûus 
le fort dé i'Écluse. Ces canons braqués , ces remparts iimcccssî- 
blés , tout cet appareil de force et de puissance nous niellaient m 
cœur joie et orgueil... Rien n'est &î beau , si doux, si graml que ce 
mr)t : la patrie,.. Je ne sais pourquoi, en entrant en Sui^set je trou- 
vai aux douaniers du pays un air plus faroucbe et plus sombre qu'aux 
donaniûrs de notre France, 

Nous arrivâmes â Genève â cinq heures du Boir. Devant nous , les 
eauit du L'man qui se perdaient h l'horizon et qu'anitnait^nt quelques 
voiles triaii^Lilaires, la Savoie ou p1uti)t la France qui vient comme 
baigner ses piedi dans le lac , enfin Genève : voilà ce qu: Ton dé- 
couvre en descendant du wagon. Ce premier panorama de la Suisse 
est beau, il vous sai^^it» maii cette fois un temps couvert lui (:îilev'>\t 
quelque chose de sa grandeur Les cimes des montagnes se earbai^nt 
d<tns la brume, et Ton n'apercevait pas le mont Blanc avec son dia- 
dème de neige. Heureusement je l'avais vu autrefois. Cela mt; ^ndl^ 
lattj on ne l'oublie jamab , et par le souvenir, je refis la tableau, 
l*élargis les horizons , j'enlassai montagnes sur niontagnes , et je dis 
â mes compagnons ; Voir la Subse et puis mourir « 

Quand on arrive dans une ville, la recherche d'un hdlcl ast U pra* 
mière chose â faire ^ et cependant je ne sais rien de plus ennuyeux. 
Ou ira-l-onî On est harcelé par les porterûx, assourdi par les con* 
ducleurs d'omnibus, oa ne sait où donn*?r de la tête. C'est la le re- 
vers de la médaiUe; c*est rheure de la mau fraise humeur, eï si au 
milieu de tous ces cris et d6 tout ce pêle-rneb vous restei mdécis, 
TOUS étf's uo bûmiii€ perdu ; on vous mènera où vous n'auriez jaiusis 
foulu a^lBr, vous y sere£ mal, très -mal pour votre bourse, de là des 
impati€ïvco», du dépit, mille ennuis. Dans de par*^iUes conditions, 
toute la t>eauté d'une ville ou d'un site disparaît, Heuretisemcnt , je 
tavais w^on cbenim et mon htïkl par cœur. Nous fûmes parfaitement 
accueillis au Lmi-d'Or^ un excellent dîner nous y fui servi; notre voya* 
ge commençai! bien, la première étape était bonne. 

Vers six heures , nous Hm^'s une promenade an lac. Hélas î J>ai 
d'étfiiles au ciel , le t^mps était noir, les eaux du Léman cbipot^îent ' 
ftir la rive, fouettées par une rude brise. Impossible de r^ver, de 
faire de ta poéiîe, d'embi'Uir ces bords déjà si rharmants. Quand il 
fait noir et presque froid , le lit est encore le ineilh ur endroit pour 
rivtr ti ïmïï dea cliàleaux eu Espagne. Nous allimts donc u«m coû- 



te lendemain était un diminche , ot il pleuvait I Torae. Afrèi 
avoir entendu la messe , nous partîmes pour l^usanne. Le cheniin 
de fer longe lea bords du lac. Ah ! si le temns était beau , quel 
spectacle â notre droite ! quels horizons ! quelles montagnes t ie 
devinais tout cela, mais cette maudite pluie ne cessait pas...- Déci-. 
dément en voyage, il faut du soleil, san^; lui les plus beaux l^ca n'ont 
pas de rt'Oet , les montagnes restent sombres , les glaciers ne miroi- 
tent pas, Les plus beaux si les ne disent i-ien, Nous ne devions foire que 
toucher i Lausanne, y rester deux heures et partir ensuite pour Bâle. 
Mais deux heures en temps de pluie c'est vraiment un siècle. 

Lausanne est bâtie sur une éminence qui domine le lao , . puis elle 
descend dans un ravin , pour remonter la pente opposée. Mes amis 
ne connaissaient pas la cathédrale , et voulaient la visiter, je me ù$ 
leur cicérone. Imagines trois touristes, un pai^pluie à la main, fouet- 
tés par un vent ifui souHlê par rf^fTiiles , poursuivis par des torrents 
d'eau qui descendront dans des rues inclinées, et vous aurez une idée 
de cette partie dt plaisir. La magnînqne catiiéilrale de Lausanne 
nous consola un peu, un bon beefs teuk, qui vint après, nons remit 
.en gaieté , enfin un rayon de soleil écUirant le ciel, acheva de nous 
rendre frais et dispos. A midi nous étions en route pour Date, pleins 
d'espî^rance dans Fat^enir , ou pour mieux dire» dans le soleil, dans 
le beau temps, dans les briser ravorables. 

Pour aller de Lauiâ;inne à Baie , on pa^se par Yverdun , Neuchatcl , 
Soleure et Olten. Chiand nous arrivâmes a \veidun, le soleil était 
splendtde et nous pûmes jouir d'un paysnge magnifique; â droite 
nous avions le lac de Neuchàld que Ton ^uit dans toute sa longueur 
et qui rst encadré par de riantes collines. Yverdun est assise, plaie- 
ment nnha sur l^s bords de ce lac. Je n'en dis rien parce qpi'il n'y a 
rien h en dire. 

A l'cxlromîté du lac on rencontre la jolie ville de Neuchâtel, située 
on ne peut plus gracieusement sur une colline qui descend en pente 
douée vers la rive. C'est la reine du lae, de ce lac dont las aspectft ne^ 
sont pas grandioses comme ceux du Lémaa , mais plus doux et aussi 
riants. Partout sur les rives on aperçoit de gracieuses villas, des vignes, 
quelques sapijis, beaucoup de noyers, et au milieu de cette verdure, 
de nombreux villages propres et coquets , toujours trahis par leurs 
clochers aux tléchcs élancées. Neuchàttl n'a d'ailleurs rien de remar- . 
quable que sa position. Nous arrivâmes vcirs les trois heures sur les 
bords du lac de Sienne. 

Là , le ch>'min de fer n'allant pas encore plus loin à cette époque , 
les voyagi'orâ montèrent sur un bateau pour être transportés à Tautre 
extrémilé ilu lac. le n'en fus pas ûlcbé , le chemin de fer finit par 
devenir monotone. On est à l'étroit dans s'^â wjgons, el les paysages 
ne vous apparaissent jamais que reslreinls et toujours fugitifs. Au 
eofitraire sur le bateau, le visage au venl, et ayant devant moi une 
nappe immense , Je me sentais plus à Taise. Le cœur aime les larges 
horizons, avec eux il s^élargit, il se dilate. Lai bords du lac de Bieiine 
sont sauvages, de hautes montagnes ccuverles de sapins se dressiieat 
devant nous, image magnifique de Téternilé et de rimiuobiiilé de 
Dieu. A leurs pieda se trouvent adossés quelques pauvres villages 
bien misérabks, aux toits de chaume. Quelques barques, mises à Ta- 
bri dans de petites criques, indiquent assez que les habitants sont des 
pècli*3urs. Peut-être n'en sont-jls pas moins heureux! 

Au bout du lac, noui retrouvâmes le cbeniiu de fer qui reprit voya- 
geurs et bagages. Nous marchions â toute vapeur. Ah ! quel bonheur, r 
Cette fois, nous voici vraim4'nt en pleine Suisse ; des ravins, des ter— ' 
rents , des mont^igues hardiment coupées , des sapins suspendus sur 
des précipices, des vallées admirables de verdure, enfin dans la bouche 
des habitants les sons rudes de la langue aUiuiaL^dc. Tout-à-coupap^ 
paraît Solenr^^ Soleure, vil'e cathiilique^ perdue au milieu des arbres, 
sur le bord d'une rivière aux ondes rapides» entourée do vieux roui- 
paris et de inj^^nifiques promenades ; dans le voisinage, de belles 
cascailes et de piltore^ques châlels ' .. Nous la quillâmeà à regret, et 
le tndn nous emporta rapide ver^ LfJle . â travers monts et vallons. 

Nous ne fîme^ que pa&ser à Dâk , puis à Strasbourg, où nous Ira* 
versâmes le Rhin sur un pont de baleaux. Nous meltoni pied à terra 



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L 



rOUVRIBR. 



tir 



à Relfa, forteresse badôise; noni sommes en AHemagne. 

L'Allemagne ! la patrie de GofrUie, de Schiller et de tourtes ces âmes 
mélancoliques et vaporeuses comme le ciel qui les a tuS naître ! Qui 
dQoc redira tous-lés charmes et tous les attraits de ce paysl quels 
poètes n*ont.pas chanté la brumeuse Germanie? Ah ! leurs chants ne 
seront jamais assez inspirés... Ce peuple allemand est bon, hospitalier, 
simple dans son abord. Il a un air rêveur et lui-même est poète. Oui, 
tous les Allemands le sont, et ils le sont en tout, dans leurs maisons, 
dans leurs jardins , jusque dans leurs gares de ctiemin de fer. Musi- 
ciens, peintres, poètes, voilà ce que produit TAllemagne. Les arts sont 
sa vie, et je ne m*en étonne pas. Chaque ville a eu son existence 
propre , ses grands hommes , ses gloires. Chacune a ses ruines, son 
Université, ses vieux remparts. L'air du moyen âge n'en a pas encore 
complètement disparu , enfin chaque ville possède de vieux châteaux , 
chaque province de grandes forêts, comment ne pas se sentir un peu de 
poésie dans l'âme , au milieu de tous ces éléments qui rappellent de si 
grands souvenirs? Savez-vous pourquoi en France il n'y a presque plus 
de poètes? C'est que l'industrie a coupé les ailes à toute grande pensée. 
C'est elle qui a rasé toutes les forêts ; c'est elle qui a démoli toutes les 
ruines, ouïes a converties en usines, c'est elle qui abâtardit tout, 
elle eiifin qui a créé ce type bourgeois de nos jours , qui ne pense 
qu'à la matière, c'est-à-dire tout ce qu'il y a de plus plat et de moins 
susceptible d'émotion. 

En Allemagne, notre première visite fat pour Bade, située au pied 
de la montagne noire. Imaginez un amphithéâtre dont les hauteurs 
s()^>t couvertes de sapins noirs et magnifiques; au fond de cet am- 
phithéâtre tracez le lit du ruisseau le plus frais et le plus limpide ; à 
cheval sur ce ruisseau placez une ville charmante dont les deux côtés 
s'en vont remontant les pentes des montagnes, et vous aurez une fai- 
ble idée de Bade, le pays le plus enchanteur qu'ait jamais lait sortir 
de terre la baguette magique d'une fée. Tous les plaisirs s'y donnent 
rendez-vous au milieu de la nature là plus fraîche et la plus pitto- 
resque. Comment vous décrire une pareille ville? Il faudrait un 
peintre habile pour vous représenter Bade par une belle matinée. Il 
en faudrait un autre pour vous la montrer vers l'heure de midi, 
alors que les amazones et les cavaliers sillonnent les sentiers perdus 
des forêts. Enfin, il en faudrait un troisième pour vous la faire voir le 
soir, avec son parc enchanté, resplendissant de mille feux, où l'on 
s'enivre de parfums et d'harmonie. Encore une fois, comment décrire 
tout cela? 

Bien que le soir fût venu . de belles rues , des maisons blanches 
comme neige, des calèches se croisant en tout sens , tout nous an- 
nonçait une ^illc de plaisir, hantée par les grands seigneurs. On nous 
reçut à l'hdlel de la manière la plus cordiale, et comme la faim nous 
pressait, avant de monter dans nos chambres , nous passâmes dans 
la salle à manger. 

G^est là que j'ai vu de près, pour la première fois, ces bons Allemands 
qui s'oublient si facilement à table, devant une chopine de bière, en 
filmant leurs cigares et en devisant politique ou plaisir. Au moment 
où nous entrions dans la salle, la discussion était engagée entre un 
officier stipérieur et quelques bourgeois. On se répondait vivement : 
à travers tous ces sons gutturaux delà îanguo allemande, le mot 
France revenait souvent; évidemment on parlait de guerre. Le mili- 
taire était du métier et de plus avait la voix forte ; il eut le dernier 
mot. 

Le kitâemain , soleil magnifique. Bade nous apparaissait pour la 
première fois en pleine lumière. En montant à l'église nous admirions 
la béante de ses rues, de ses hôtels, et nous voyions se dérouler de- 
vant omis les sommets de cet immense amphithéâtre , au milieu du- 
qvel Bade repose comme dans un doux berceau. L'église est ancienne, 
d'uD^-bdle architecture et, comme toutes celles d'Allemagne, tapis- 
sée de superbes mausolées. Elle était remplie d'enfants des écoles 
qui venaient y entendre la messe. Pendant le saint sacrifice ils chan- 
taient, mais comme on chante en Allemagne , d'une manière ravis- 
sante, ïai. déj^ dit que tous les Allemands étaient artistes et poètes. 
Ea FnqcevnoB'eiiIlBitt» è l'église, piaflleat , crient , vous assourdis* 



sent ; en Allemagne , ils chantent , dans le vrai seos^ii mot, e*elt-4- 
dire ils prient. Ces cantiques graves , pleins d'harmonie , qu'accom- 
pagne un orgue délîci,jusemi'nt toiïché . vont à l'âme. 

Au sortir Je l'église^ nous pareonrûniee la ville dans tous \t% sens. 
Qui s'atteniiait à trouver « en pi^^ine montagne noire « d'admirables 
rues presque toutes tirées au cordeau, et bordées, à droite et à gauche 
despleniiiLJes hôtelsi vrais palais entourés de superbes jardint dam 
lesquels se cachent^ sous dVk^gaiiies ehâtrmiUeSi des statues , des vi- 
viers, un luxe inouï. Descendez avec nou^. Mous voici arrivés au bord 
de ce fui^se^u qui coupe la ville en deux parties. Quel ruisseau j 
On h*a pas voulu en perdre une goutte. On lui a tracé un lit char* 
mant, bordé de chèvre^feuille et pavé de pierre*; parfaitement poliei^ 
afin que son onde de cristal pût collier plus rapide et fît entendre 
un plus doux gazouillement. Vous pouvet le traverser I volonté sur 
plusieurs ponts de bois. Arrivé à Tautre bord , voyeï en face de 
vous rétablissement des b^iiis , sorte de carré long, nyant sur le de- 
vant un immense vestibuk à colonnadt>s» décoré de fresques. Entrons 
dans la grande salle qui suit ce vestibule. Voici au milieu une petite 
colonne d'où e'échappe l'eau thermale qui vient de la montp^ne par 
une foule dâ canaux. Vous vous approchez , et une jeune Elle de 
la forêt noire vous offre , avec une grâce parfaite , un verre reiopll 
de cette eâu, qui ^^uéril tous les maux pa&iéM , présents, futiin , nou- 
veaux, C'i'st uue autre fontaine de Jouvence. On ne fait que passer 
dans la saiie des bait>s ; ce n'est pas Là qu'est le plaisir. Sortes, des- 
cendez Tescalier du ve^Ubula , et prenez 1 votre droite le premier 
sentier venu, il vous conduira à la merveille tJe Bade, â son 
Versailles , a ce qu'on appelle le Sahn de h tûHverâaUùn. Voici 
d'abord tm parc magnifique..... Jetez -^ k profusion des fteurs 
et de ia verdure ^ ajoulez quelquei aUéea de grands arbres; sous 
leurs ombrages , places des marchands forains qui étaient les cu- 
riosités h$ pluiî diverses; au milieu des tapis de verdure, élever 
les kiosques les plus sveltes el les plus gracieux ; dans le fond de ce 
jardin enchanté^ supposes un inunenge bâtiment gai d aâpt2ct, et dans 
lequel se trouvent une salle de bal, un théâtre, dijs salons de jeux, de» 
salons de lecture, tout ce qu'il est possible d'iu^dj^iner en fait de p9ai> 
sirs ; au milieu de tout cela voyez se coudoyer tous les grands seigneurs 
de la FraniT , de TAUemagne el de k RiBsie^ voilà leSakm de la cmh 
vertation à Bade. C'est là qu'on g'aniuse, c'est !â qu'on eb^nle, ceat 
là qu'on rit, c'est U qu^on te ruine, c'est la qu'on se daaine, 

J*enlriii dans le bâtiment de la ConverAatwnj et en voyant ta ^ande 
salle couverte de dorures, de marbre et de gl^ceS} Je poussai un cri de 
surprise, tes chMcanx roynux n orit rien de plus beau ; mais j*eus 
bientôt oublié tout i e kixe ; quelques in.^tanls j»prùs , j'étais debout 
derrière quelques bomines assis autour d'une talta rouverte d'un 
tapis vert. Sur ce ta pif je voyais des naonccaux dW; diacun do ceux 
qui étaient assis avait â ia main un raleau servant a raniasser les 
pièces d'îirgert cparpilUlessiir le lapis. Silence coiufilet, on n'enlciid 
qu'une voix sèche annonçant, à de courts inleTt'jlIes, le numéro sortant 
— car cel or doit es gagner à U ioterie ^ — on no voit que des visa- 
ges enfla ni uiés et dévora ntis , une rapidité fi livreuse danâ bs mouve^ 
ments.. , J' étais stupéfait- l'ava*^ bien lu dans les livres qu'on perdait 
au jeu par mille et dix mille francs, pour la première, fois ^-i voyais îa 
réalité. La tète me tournait. Nous Eortîuies de cet enfer, mais pour j 
revenir un peu pins tard. 

La jourjiie était magnifique, nous prîmea une voilure, el vers midi 
nous paitiiues pour Eberstein, château de chasse appartenant au grand* 
duc, et sititè h deux ou trais Lieues de Bade^ en pleine forêt noire. Li 
route qui y mène gravit ingensiblement une monlirgne, en suivant pen- 
dant quelque ten»ps un ruisseau dont les enux bondi.' sent comme tes 
chevreuils. Une demi-heure s'était à peine écoulée que déjà nous étions 
au milieu d'une forât de sapins. J'aime le sapin. Ciit arbre à U noire 
chevelure et qui monte droit vers Le ciel, donne toujours â un pajfsage 
un caractère sévère et grandiose. En voyant un de ces i^r^nds arbres 
admirablement panachés et au tronc immense , je lui disais rn moi- 
même : Géant de la montagne , bientôt la cognée du bûcheron te 
frappera au pied^ tu tomberas. Mais tu ne resteras pas là étendu el 



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1» 



^. 



ibandonnâ eomme un cidatre; oti Vemportera loin d*ici, et leà eaax 

du Rhin te déposeront dans quelque chantif^r. où lu deviendras Tarbre 
de couche d^une grande machina , ou peut-être le mât pavoisé de 
quelque navire, qui ira porter iiotre paviUun jusque sous les feux de 
V^quateur. C'est de la poésie, me dîra-t-on. Peut-être, mais c*est aussi 
ce qu'il y a de plus réeL £t en effet i de loin en loin nous reneon« 
tnons des montagnards Equ.irrksont cm grands arbres, pour les trans- 
I porter plu» racllement vers la plaine. 

i Tout4H:oup , à un brusque d^^lour de la route , nous apparut le 
I dlâteau d'Eber&tein, bdti sur Le penchant d^una montagne toute cou- 
\ veile aussi de Fspins, Ce trhJleau , sombre romme la forêt , possède 
une haute tour, de vieux remparts , une salle dVmes. Je ne dirai 
rien de l'iuténeur, car on ne vient guère à Kbaratein, que pour mon- 
Ut sur la plate^forme de li tour, et de là contempler un admirable 
point de vue. Sous vos pieJs, ou pluiât autour de vous sept ou huit 
montagnes formant comme un immenBe cirque. Au fond de ce cir- 
que, une rivîèr* «u lit c^pritieuît, des villa pes qui s'allongent sur ses 
rives, des eliamt)!» cuUivi^s , des fermes , des troupeaux. A gauche, 
entre deux montîigneË, une échappée de vue vûrtlcs plaines du Rhin. 
Partout des sapins couvrant coninm d'un noir bandeau les crctcs des 
montagnes. En un mot, le grandiose, le subltnie, voilà Eberstein. 

Après une longue contemplation de ce UMgniOque paysage, noua 
reprîmes le chemin de Bade. Quand nous arrivâmes, les plaisirs du 
soir commençaient. De jolis entants, habillés en fils de prince, et ac- 
compagnés de lenrs mèreit, éblouissantes de pierreries, se rendaient 
datous câtés au parc. Mille feux seintillaii?nt à travers les arbres, mille 
échos rép'Tcutjient le ion d'une musique délicieuse ; nous ne pouvions 
quitter Bade sans avoir vu au moins quelques instants la société cos- 
mopolite qui se donne rendez* vous dans le jardin de la Conversatimi, * 
Le parc était littéralement encombré par une multitude d*élégants 
promeneurs. Dans le fond , la maison de la Cottvenation resplendis- 
sait de feux ; au hruit qui en sortait, on sentait bien que la vie était 
là plus active et ^atmosphère plus dévorante. Devant le palais 80 
trouve une allée sablée, sans arbres. Or, a droite et à gauche de cette 
alUe, se pavanaient toutes les duchesses, toutes les marquises» dans 
leura plus riches toilettes , et la foule passait au milieu , admirant ou 
critiquant. 

On me trouvera peut-être sévère, mats je me sentis pris d'une pro- 
fonda pitié pour ees femmes qui, oubliant mari, enfants, devoirs, vien- 
nent se donner ainsi en spectacle i la mullilude. 

La musique que jVn tendais un peu plus loin était celle de la garni- 
son sutrirhienne de RastadI, venue par le cht^min de fer toiit exprès 
pour récréer les étrangers de Bade. Jamais je n*ai entendu dliarmonie 
plus douce et plus agréable a ToreiLle. 

Entre deux morceaux, nous entrâmes dans la maison de la C&HveT'F ' 
iuiîon. J'avais à cŒur de voir de plus près les aflreux joueurs de 
fOuleilÉt 3^^is autour du tapis vert. 

Un coup d'œil jeté ^ur la magnilîcence des lustres et sur cette so- . 
eiété choisie, passant et repassant dans ces immenses salles, me suffit; 
jcm'approL hat des joueurs. La roulette albil lan tnin avec une fureur 
calme, seulement les lumières Jetaient sur les visages des habitués je 
uo sais quel éclit fantastique. Le sîlf^nce le plus parfait régnait au 
milieu de tout ce monde. A Bade, on Triit ftirlniie ou Ton se ruine, au "• 
milieu de i'indifTtfrence la plus CDmplêie. Ruiné, il ne reste qu'à vous 
LU aller; alors la banque, qui a vidé voire bourse jusqu'au dernier sou, 
vous fait la gracieuseté de payer votre voyage , d'abord pour vous re- 
mercier de l'avoir laissé gagner, et puis pour se débarrasser au plus vite 
d'un personnage réputé dangereux, par cela seul que sa bourse est â 
sec. i 'essayai de comprendre ce jeu de la roulette. Je demandai des 
explications, mais les explications ne m^en a [éprirent pas davantage. 
le passai donc dans uni: autre salle où Ton jouait au trente-un. 

Le tapis devant lequel je me trouvais était occupé par une trentaine 
de joueurs, parmi lesquels sept ou huit dames. L'une de ces dames 
èlMÏ aisiie en face de moi ; sa figure était distinguée , pâle et d'un 
iîfgme dédaigneux ; ses atours d'une richesse inimaginable ; tm col- 
lier de perles iimes ornait son cou : sa main , nonchalamment posûtt 



sur le tapis vert, laissait voir nn bracelet dont les diamants jetn»i 
des flammes. Un jeune cavalier , assis â cAté d'elle, suivait son jhi 
Quand j'arrivai , elle pouvait avoir devant elle la valeur de 3000 fr 
réunis en un monceau de pièces de 20 fr „ h eâlé d^un rouleau d^ 
1000 fr. encore non décacheté. Elle gagnait : pas nn sourire ne « 
montrait cependant sur ce irisage imperturbable ; son onralier scol 
semblait satisfait. 

J'étais là depuis un quart-d'heur», 4 li voir grossir fon moneètv 
d*or. Tout-i-coup la chance tourne : elle perd quatre , cinq fois de 
suite. A la sixième, ayant pour système de vouloir rattrapper en ana 
seule fois tout ce qu*dle avait perdu précédemment, elle avait expon- 
une somme d^ji très-considérable, eÛe perdit encore. Enfin, au bout 
d*uo quart-d'heure, il n'y avait plus une seule pièce d'or devant die. 
Restait cependant le rouleau de 1000 fr. dans son enveloppe. Jd8« 
que-U elle avait toujours exposé sur les numéros noirs qui se trou- 
vaient â cAté d'elle; au dernier coup, elle voulut *^aposer sur les nu- 
méros rouges. Alors, prenant un de ces râteaux, dont j*ai déjà parlé, 
avec un air dédaigneux qui me semblait cacher de la fureur, elle fil 
rouler les iOOO fr. vers un numéro rouge de son choix. Les cartes 
sont retournées ; les points noirs sont les plus forts : la banqne avait 
gagné les derniers mille francs. Quant i la jeune dame, avec une so- 
lennité et un calme affectés, elle se lève, donne le bras 4 son cavalier, 
et, le sourire sur les lèvres, sort du salon , frôlant de sa robedeioie 
les nombreux spectateurs qui la regardaient passer. . . 

Nous sortîmes â notre four, effrayés de ce culte réel rendu au dé- 
mon de For, et de la froide stupidité dont le faux dieu afflige ses 
adorateurs. 

Avant de quitter Bade, nous voulûmes fiiire une excur^ion au 
VieuX'Ckâteau. Sur le sommet de Tune des montagnes qui ferment 
Tamphithéétre de Bade , â droite en regardant le Rhin , et i demi- 
eachées parmi les sapins, se dressent d'antiques ruines, c*est le Vient' 
Château, De Tune des tours ébréchée sur l'un de ses cétés, nous 
découvrîmes un beau point de vue. A nos pieds et un peu â gauche, 
Bade tout entière se dessinait avec ses jardins, ses villas et dans ses 
moindres détaiU. A notre droite, la plaine immense, au milieu 
de laquelle nous apercevions les remparts de Rastadt ; pa'^-delà , 
la ligne sinueuse du Rhin , et enGn par-delà encore, la France , la 
patrie!... 

Avant de redescendre , nous jetâmes un dernier regard sur Bade. 
Cette ville de plaisirs nous praissait si rapprochée , qu^on eût pu 
compter peiil-étre les promeneurs de son parc. Quel contraste ! è 
côté de CCS grands seigneurs', venus de tous les coins de TEurepe, 
vivent dé robustes montagnards qui passent là , non-seulement les 
beaux jours de Tété , mais encore les mauvais jours de l'hiver. Pen- 
dant la moitié de l'année ils sont seuls , délaissés , comme perdus; 
pendant l'autre moilié , ils sont visités par les rois , les prinees , tooi 
les puissants de la terre. Ils ne voient que plaisir , fêtes , réjouis- 
sances... eh ! bien, en vérité, je crois qu'ils n'ont jamais envié les ve> 
luptés mensongères de ce monde parfois si séduisant. Je ne kt ai pas 
reneontrés au milieu des fêtes publiques , mais seulement sur les 
grandes routes, sur les hauteurs, dans les forêts. G*est là qu'ils sont 
heureux , contents. Le plaisir pour eux , c'est le travail , et quand 
vient le soir, ils rentrent bien vite dans leur famille , dont les joies 
pures et tranquilles leur paraissent mille fois plus prédeuses q«e les 
joies bruyantes et corruptrices du monde. 

Le lendemain matin nous quittions Bade pour gagner Hdddberg. 
Adieu Bade, adieu ville de plaisirs 1 Qu'avec raison je te compirenif 
i ces nymphes de la mythologie, chantant sur des écueib pour attirer 
et perdre les voyageurs! Combien nombreuses soDt les âoies qnr, 
après avoir bu à la coupe de tes fêtes , s'en retournèrent tristes et 
malades I Combien plus nombreuses encore edles que tu brisas pour 
jamais!... 

( La iuite proekaineinent, ) lUiNntar. 

. ■ I »■ ■ I ■ . , «,1 ^À^^^^ 

Angers , imp. de Laine frères • rue Saint4Mi4 , 0^, | , 

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•onnnto* 



(10 



oantimei le N* \ 
Année! échnei. / 



\' 17. 



24 août 1861. 



L'OUVRIER 

burnal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



AJDMINISTRATION : 
• quai des GrondA-Au^utin» , 
à lA librairie de BLÉIUGT, 
A PARIS. 



SOMMAIRE. 

SAINT-LOUIS, par Emile Kti L t -LES COBffPAGNONS J)B LA CROIX 
D'ARGENT, par C'd^iont JrsT. — VARIÉTÉS, Les mille et vn avantages de la 
pèche à la ligne. — LES ORAGES DE LA MÉRB NOIRE, \ ar Jean Loysiac. 



ABONNEMENTS D TTN AN 

1 partir 4i 1*' 4e eiuupM noi^ : 

FrAHCB iSa» 

Buftopi , ÉoTpn , RoMii ï'Ani , Toà- 

Qoii D'Aaut. . . . . e »i> 

États-Uhmdp L'AMteioDBWiNoiiO. . 7 Kto 

COLONIS» KT AUTRM PATS D'oOTRS-ltXR. 8 50 



SAINT-LOUIS. 



XMsqae Louis IX perdit son père, il était tout jeune, et long- 

ips encore sa mère l'entoura de tendres soins ut de conseils saines 

nicme temps que, d'une main ferme, eilo lui conservait 

royaume. En prosence d'une femme, les i^runJs vassaux avaient 

le mcmant venu de secouer l'autoHté rov.ile et> comme an 



temps jadis, de ne plus dépendre que de leur ëpëe. Ils comptaient 
en même temps mettre la main sur les biens et sur les dignités 
de rKglise. N'était-ce pas eux qui, depuis Charlomagne, la sou- 
tenaient de leurs armes, qui avaient converti les Saxons, chassé 
les Sarrasins, déiruit les Albigeois et qui, chaque jour encore, 
brûlaient en grande pompe des hérétiques? Que pouvait-on Jour 
refuser sans injustice ? Tout en tenant ce beau langage, ces hypo- 
crites se liguaient avec les Anglais, prenaient traîtreusement les 




nés, et venaient ravager les envir jis de Paris. La Heine était 
le son fils i Moutlhéry, et n'osait en sortir. Les bourgeois de 
ns, svj méfiant des Seigneurs, et amis du jeune Rui, vinrent 
tfemeiit le délivrer, el reicortérent de leurs bataillons jusqu'aux 
Mes d^ leur bonne ville. Blanche rej)rit courage. Sans autres 
os quo Dieu et les bourgeois, elle marcha contre le chef de la 

r, Bon perfide cousin le duc de Bretagne, qui avait osé rece- 
lé Roi d'Angleterre, à Saint*Malo ; elle lui enleva la place de 



Bellesme, et le força à demander la paix. Soumis et repentant, 
Pierre Mtiuclerc vint, la corde au cou» se jeter aux genoux du Roi ; 
laissant à son ûls lo duché de Bretagne, il prit la croix, el jura 
de finir ses jours en Palestine. 

Apres lui, le plus important des Seigneurs était le comte de 
Champagne, le poète Thibault, épris de la Reine Blanche et pour- 
tant incertain entre elle et ses ennemis. Il changea trois fois de 
parti, et, toujours malheureux > vendit au roi Blois, Chartres, 



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130 



L'OUVRIER. 



Bancerre et OhâtËaudun. Piûb» comme Pierre de Bretagne, il dit 
idieu m% phhm , aux dames et ati beau pays de France , et s'em- 
barqua pour rOricnt avec le duc de Bourgogne , les comtes de Bar, 
de Vendôme et la iiU de Simon de Silontfort , aussi ardents â la croi- 
lade que naguère à la rérolte... 

Au milieu de ces folles tentatives des grands , Blanche arait soli- 
dement établi tes Gis, Robert était comte d*Artois; Alphonse, déjà 
JtiTeitî du eomlé de PoitierE , avait é pousé la fille du dernier Ray- 
mond de Toulouse, et VhériliÊre de Provence avait apporté en dot le 
réâte du Midi à Charles d'Anjou. Quant à saint Louis , il avait grandi 
en dge et en vertu sous l'aile de sa mère. « Mieux vaut mourir que 
■ mal fiiire » t lui répétait-elle sans cesîte. Ce fut la devise de toute sa 
vie « partagée entre Tamour du bien eL le mépris de tous les dangers. 

Ses turbulents et incorrigibles vassaux éprouvèrent les premiers 
son courage. De même que les soigneurs du Nord exploitaient tour 
^ tour le voisinage et Tamilié do la France et de rËmpiré , de même 
ceux du Midi appuyaient leur indépendance tantôt sur les Français, 
lantAt sur les Anglais, Cette fois ib invoquèrent le Roi d'Angleterre, 
et â leur tête se mit le comte de la Marche , gendre de Pierre Mau- 
elorc , hâte félon qui quilla honteusement la table royale pour lever 
le drapeau de la révolte. Saint Louis ne perdit pas de temps. Avec 
une ardeur de jeune hoitiuio , il emporta bravement le pont de Tail- 
lebourg, rejeU les rebelles au delà de la Charente, les poursuivit, 
l'épée dans les reins, jusque sous les murs de Saintes, et les écrasa 
avant qu'ils pussent rentrer dans la place. Le comte de la Marche 
vint se mettre i sa merci et d^nvander à genoux son pardon , tandis 
que devant lui ses ennemis triom^bants et vengés se faisaient couper 
tes cheveux qu'ils avaient jure de laisser croître. Les Anglais deman- 
ilérent une Lrùve de cinq an5. 

Cependant , dans son ardeur à suivre l'emienii , le jeune Roi s'é- 
tait faiigué oulre mesure, lie venu h Paris , il tomba gravement ma- 
lade , et fut bientôt si bas qu'une dame qui le gardait le crut trépassé 
et couvrit son visage. Quand il rouvrit les yeux , il demanda la croix. 
One voix lui avait pailé, et Dieu lui avait commandé de délivrer la 
Teire-Sainte. A peine r^ndu à ses amis, il allait s*arracher de leurs 
bras. Sa mère le pleurait comme mort , et craignait de ne plus le re- 
voir. Pour tout le royaume, son dcparl n'était -il pas une menace de 
guerre civile et la perte d'une paix ^i récente? Mais il demeurait iné- 
branlable , et , comme pour justifier sa confiance , les hommes les plus 
turbulents et le comte de la Mar^:he lui-même, entraînés par son 
esïF^iivple, juraient de partir avec lui. 

S.uiit Louis résolut d'alliquer TÉ^ypte , vieille terre d*impiété , 
dernier el puiiisant r^fugo des Tu fis, Il alla recevoir â Saint-Denis la 
paueUère et le bourdon de pèlerin , el prit la route d*Aigues- Mortes, 
au. milieu des cris d entbouaiafrnie et des larmes de ses peuples. A 
Cluny , sa mère , qui ne pouvziit &e détacher de lui , l'embrassa une 
dernière fois ; c'était à cette main chérie et respectée quMl confiait , 
en $ùu absence , le gouverocnieni do la France. Avec lui partaient 
son épouse ÏLirgucrite, ses tVêres Bobcrt d'Artois et Charles d'An- 
jou (Alphonse de Poiiitits devait amener Tarrièrc-garde), puis le duc 
de Bourgogne , Pierre de Breiagiie , les comtes de Saint-Paul , de 
Dreux , de Bar , de Soitsons , de Blois , le dernier Archambaud de 
Bourbon, destiné â mourir en rou(e , le comte de la Marche , qui , 
piir leflament , rendait tous b^ens mal acquis , enfin le sire de Join> 
ville , qui devait revenir sénédial et ami du Roi. Les uns s*en allaient 
pleins d'ardeur et de joie , les autres n'auraient pu sans pleurer tour- 
ner la tète du côté de leurs châteaux et de leurs petits enfants; tous 
ivaient convoqué serviteurs et vas<^aux pour leur dire un adieu peut- 
être le dernier et pour ré[>sirer les tort^ commis à leur égard. A côté 
de cette brillante nublesse mari'haient des laboureurs, des artisans, 
de bons bourgeois el ^ parmi eux, le fâge Etienne Efoileau, plus tard 
prévôt des marchanda , force prêtres pour dire la messe et chanter 
rofiice , et pour donner , au besoin , un coup de main â la bataille : 
Pun d'eux , delroussé par des sergents du Roi , en avait tué trois 
d'un coup , et , pour sa peine , saint Louis lui avait fait prendre la . 
croix î en Orient les occasions ne manqueraient pas d'exercer sa bra- 



voure. 

Les ans 8*embarquèrent à Aigues-Mortes , les autres â Marseille. 
Grande fut la surprise de ceux qui n'avaient jamais vu la mer, quandj 
après avoir entonné le Vent Creator et mis à la voilo , ils se sentirent 
bercés par les vagues , et s*endorndreht sans savoir s'ils ne se réveil* 
leraient pas au fond de Peau. A Chypre se trouvèrent lés provisions 
que le Roi y avait amassées depuis deux ans : tonneaux de vins en- 
tassés comme des montagnes , monceaux d'orge et de blé , dont le 
dessus avait germé à la pluie , mais dont l'intérieur était aussi frais 
qu'au sortir de la grange. Cette prévoyance n'était pas inutile ; car 
les seigneurs avaient â peine emporté de quoi payer leur passage et' 
vivre pendant la traversée. 

Après quelques mois passés i se refaire, la flotte se remit à la mer. 
Chose admirable à voir, dix-huit cents voiles marchaient de concert , 
et couvraient l'horizon. Malheureusement, une afircuse tâmpcte s'é- 
leva , et dispersa tout. Un quart â peine se trouva réuni sur les côtes 
d'Egypte , en face de Damiette. Prévenu et par les préparatifs faits à 
Chypre et par les envoyés du perfide Frédéric II , l'ennemi était sur 
$es gardes , et avait rangé sur la rive ses escadrons aux cuirasses do- 
rées , aux tambours et aux cors retentissants. Le Roi tient coQseil. 
Les chefs sont d'avis d'attendre la reste de laflol'.e; mais ils ^ sont 
sans abri; un nouveau coup de vent pourrait les emporter. Saint 
Louis ordonne de débarquer. Lui-même , en dépit de ceux qui veu- 
lent l'arrêter, se précipite dans l'eau jusqu'à la ceinture. Son exemple 
entraîne toute l'armée. Les Turcs surpris s'enfuient vers la ville , et 
envoient en toute hâte des pigeons au Soudan du Caire pour lui de- 
mander du secours. N'en .recevant pas assez tôt, ils mettent le feu 
aux magasins et aux entrepôts de Damiette , et abandonnent sans dé- 
fense celte riche cité. 

En pareil cas , l'usage donnait au Roi le tiers du butin et le reste 
aux soldats. Saint Louis fut plus sage : renonçant le premier à sa 
part , il fit mettre de côté tout ce qui se trouva de grains ou de riz. 
&lais les seigneurs , maudissant sa prévoyance , gaspillèrent en plai- 
sirs fugitifs les ressources de Damiette , et louèrent les boutiques si 
cher qu'il n'y vint nul marchand de Grèce ou d'Italie. Les mauvaises, 
mœurs devinrent si efiroutées que le Roi fut oblige de renvoyer de 
ses gens, pris en flagrant délit aux portes de sa tente. Les fruits de 
ce premier succès et un temps précieux se perdirent à attendre les 
vaisseaux dispersés par la tempête et les renforts commandés par Al- 
phonse de Poitiers. 

Chacun arrivé, il fallait faire quelque chose , sortir de cette place 
et repousser les Turcs, qui rôdaient aux environs, et venaient chaque 
nuit assassiner quelques sentinelles. Devant les croisés s'ouvre un 
pays nouveau pour eux. C'est lA cette merveilleuse Egypte , fameuse 
dans les livres saints , celte terre d'iniquité et de puissance diaboli- 
que. Le Caire, sa capitale, mérite bien le nom de Babylonc; car 
c'est l'ennemie de Jérusalem, Voila le fleuve mystérieux dont la 
source cachée est au paradis terrestre , el qui , du haut de ses cata- 
ractes infranchissables , apporte encore aux hommes le gingemlre, 
la cannelle , la rhubarbe , fruits tombés de^ arbres du jardiu de 
délices. En face de ces pays inconnus, les sages craignent de s'a- 
venturer, et conseillent, avant tout, de prendre Alexandrie, boo 
port pour la flotte, riche entrepôt pour l'armée. Mais le frère d^ 
Roi, le bouillant Robert d'Artois, ne voit que l'ennemi qui est de- 
vant kii , et, trop docile aux inspirations de la bravoure, le Roi or« 
donne de marcher sur Babylone. Malheureusement les mois d'hiver, 
passés â Damiette , étaient la bonne saison pour envahir l'Egypte ; Ici 
chaleurs approchaient , ennemi plus dangereux <)ue les Turcs. D'ail- 
leurs, la route de Damiette au Caire était mauvaise et sans cessé 
coupée par ces petits rameaux du Nil , qui , détachés des bras prin- 
cipaux , vont se perdre dans les sables et les lacs salés. Au bout de 
quelques lieues, l'arméç fut arrêtée par un de ces cours d'eau, en 
face de la ville de Mansoure. Jetçr un pont en présence de l'ennemi 
n'était pas alors chose facile : les Français voulurent, entreprise moins 
possible encore, barrer le'Qeave par une chaussée. A mesure ,qué Iji 
jetée s'avançait , protégée par des galeries couvertes et toulantiey '» 



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L'OttrftlEft. 



m 



Pèmwmî ereusmt dans It rite opposée d'immenses trous , où le cou« 
rant se ûùsait jour, et qui élargissaient d*autant son lit. En même 
temps , avee des machines , ils lançaient d'énormes pierres qui em- 
pêchaient , pendant le jour, toute communication avec les trarait- 
leors , et des masses de feu fgrégeois , q[ui , i la fin , consumèrent 
kon galeries. 

ijt situation devenait critique, quand un Bédouin proposa, moyen- 
nant une seram^ d'argent , dSodiquer un gué praticabU. Ainsi si; 
trouvait détruit le petit obstacle qui avait mis en échec toute la 
science de l'armée , et de nouveau le champ était ouvert à son ini- 
mitable, mais trop conflante bravoure. Pendant b nuit /élite de la 
cavalerie se mit en marche pour passer le gué. Los Templiers de- 
vaient , comme toujours , se battre k l'avant-garde. Ils traversèrent 
donc les premiers, et se d<^()lu>èrent bravement en face de rennemi, 
immobiles sous ses flèches , protégeant le long passage de l'armde , 
attendant le Roi qui devait engager l'action. Mais Robert d'Artois , 
qui vient après , ne peut se contenir k la vue des Turcs , et , devan- 
çant les Templiers , il charge avec furie. Le grand-mailre ne veut pas 
le laisser seul , et marclie pour le soutenir. L'ardeur les emporte jus- 
qu'à llansoure; ils entrent avec les fuyards et les massacrent dans les 
foea. Cependant , dans la plaine , personne n'a eu le temps de les 
suivre. L'ennemi s'est rassuré. Les portes de la ville se referment 
sur eux , et tout k coup ces braves se trouvent assaillis par des forces 
inégales , sans issue pour s'échapper. Ils expièrent dignement leur 
désobéissance. Robert d'Artois mourut avec trois cents chevaliers , 
et Tordre du Temple en perdit deux cent quatre-vingts. Le duc de 
Bretagne ,. qui les avait suivis au gué, essaya vainement de les se- 
courir et de se faire jour jusqu'à la ville; il revint presque seul , 
bleesé, vomissant tout son sang , et frappant encore des coups ter- 
ribles. A sa vue , le Roi , qui arrivait , comprit le sort de son avant- 
garde. Presque seul sur un terrain découvert , il lui fallut les plus 
glands efforts pour se soutenir. Enfin , le nombre des Français qui 
avaient passé l'eau augmentant toujours , les Turcs cédèrent ce champ 
de bataille disputé , et allèrent s'enfermer derrière les fatales mu- 
railles de Mansoure. 

La bataille finie , saint Louis pleura son frère et tous les braves 
perdus par son imprudence.. La journée avait coûté cher, et sans ré- 
sidtat. En (ace de l'armée affaiblie, voici une place forte, de nou- 
veaux cours d'eau , et encore , avant d'aller plus loin , faut-il ache- 
ver cette chaussée , depuis si longtemps commencée , qui doit assu- 
rer les communications. Sur ces entrefaites, pour comble d'épreuves, 
k peste se déclare. La bataille avait eu lieu le premier jour de ca- 
rême; depuis, les soldats, fidèles à l'abstinence, n'avaient mangé 
que du [loisson, et les poissons, l'eau , l'air, étaient empoisonnés par 
les cadavres jetés dans le fleuve après le combat. Il s'ensuivit une 
afiireuse contagion , qui gagna toute l'armée. Le Roi lui-même tomba 
malade. La retraite était inévitable. Avant d'en venir là, saint Louis 
essaya du moini de traiter avec le Soudan , et telle était la terreur 
causée par sa br.;voure que celui-ci promit de rendre Jérusalem en 
échange de Damlctlc. Biais la rotiaite se changea bientôt en déroute. 
Uabdes et fuyards quittaient Its rangs pour descendre le Nil en ba- 
teau. Le Roi seul , bien qu'à demi mort, ne voukit pas abandonner 
Mtte armée déband/:û., décimée , assaillie de Turcs et de Bédouins , 
et préférait moiurir .\vcc les siens ; il fut pris par l'ennemi avant d'a- 
voir pu joindre Daiiiiette. 

Ceux qui avaient cm trouver par eau une route plus facile eurent 
le mêine sort. Montés sur une flottille plus nombreuse et plus active, 
les Turcs faisirent tous les bateaux. Us tuèrent les malades , sous 
prétexte Qu'ils ne sauraient point se guérir , ne gardant que les plus 
riches pour en tirer rançon. Quant aux matelots et aux soldats vali* 
àbs . les uns se firent turcs pour sauver leur vie , les autres furent 
massacrés ou emmenés en esckvage. La nouvelle de ce désastre alla 
jeter l'épouvante dans Damiette. N'ayant plus rien à gagner, les ma- 
telots elles marchands de Pise, de Gênes et des autres riches cités, 
vookient sur-le-champ quitter k ville. Il fallut pour les retenir que 
^ reine Marguerite emnlniAi Ter. plus pubianl que ses priirM. Coite 



malheureuse princesse savait son époux mourant et captif. Elle était 
dans une ville assiégée et mal défendue, et , à toute heure , s'atten- 
dant à être ptise , elle faisait coucher près de son lit un fidèle cheva- 
lier de quatre-vingts ans. tJn jour elle le fît agenouiller et jurer ûa 
lui rendre un service : c'était de lui couper la tête si la ville étaM 
envahie, a Je le ferai volontiers ^ lui répondit le vieux servi Leur , et 
» même je l'avais déjà pensé. * Ce fut en ces jours d'anxiété que la 
Reine eut le fils qu'en souvenir de sa tristesse elle nomma Jean 
Tristan. 

Cependant le Roi avait échappé â la maladie. Guéri , il restait â h 
merci du Soudan, qui, peu soucieux de sa parole, demandait commfl 
rançon les dernières places fortos de Pales Line, Ne \gs ayant pas con^ 
quises , saint Louis ne se croyait pas le droit d'en disposer, et il lei 
refusa. Menacé d'avoir les jambes brisées , il dît que prisonnier oji 
peut faire de lui tout ce qun l'on voudra » nmiâ qu'il n& codera pas. 
Enfin , vaincu par sa fermeté , le Sou|!an ne den^inde plus que Da- 
miette , et cinq cent miUe livres. « Damiette sera ma rançon , dit In 
■ Roi, et le reste celle de mes soldais ; car je ne suis pas un homme 
» qui se rachète à prix d'or. • Touché de ce nolle orgueil et stupé- 
fait de ne pas se voir marchandé , le Soudan lui remet cent mille li- 
vres, et prépare tout pour lui rendre honorable ment la liberté. Tan- 
dis que le vaincu inspire respect et amour autour de lui , le vainqueur 
tombe sous les coups d'une révolte militaire , et , un instant , les rd-» 
belles se demandent s'ils n'ofl'riront pas leur empire à saint Louif. 
Puis • craignant sa main ferme et aage , ils a'aban Jonuent à rivresKê 
de la victoire , recommencent à tuer les malades ^ pillent Damicitti 
contre la foi des traités, brûlent les vivres des Français , et brandis- 
sent leurs sabres sur la tête du Roi. Soit appdt de sa rainçon, soit 
reste de conscience, ils répar^nêrent pourtant , lui rendirent la li- 
berté , et l'envoyèrent à Plolémaïs avec une centaine de chevaliers, 

(Histoire de France. ) ˻ile Kelleb ^ 

Député au Cûrpa législatif. 
(La suite au prochain numéro, ] 



LES COMPAGNONS DE U CROIX-D'ARGENT \ 



CnAPlTHE IV. 

Où l'on apprend an lecteur ce qu'etaiont les Campa§iions 
de la Croix-d' Argent. 

Les hommes qui, dans 1:i nuit du 11 au \t juillet 17BQ, tenaient 
dans la chapelle déserte, au milieu du jardin des Losdignières, une 
mystérieuse assemblée, étaient les Compagnons de la Croix "d'Argent 

Que voulait dire ce nom étrange? 

Quelquefois avant la Révolulion on voyait arriver è un baptême une 
douzaine de figures inconnues, des hommes à la taille haute, aux nmm 
endurcies par le travail, à b hn^ brûlée parle eoleil L'un d'eux fêtait 
parrain de l'enfant baptisé. Il disait à haute voijL le Credo, et fai.'^nît 
résolument le signe de la croix d'une manière aussi dévote que l'eut 
pu faire un curé. 

— Pourquoi ces hommes à ce baptême? demandait- on, 

— Ce sont des Compagnons. On baptise le fits de l'un d'eux. 
D'autres fois, à un enterrement, on revoyait les mêmes hom mes j'h 

lencieux, tristes, mornes. Quand on de^rf^n fait le corps dans la foss^, 
chacun d'eux s'avanç'^it succcssiveui^al^ murmurait quelques paroles 
que la foule n'entendait pas. 

— Pourquoi ces hommes â cet enterrement ? demïindait-on, 
7— Ce sont des Compagnons. On enterre un Compagnon. 

On mettait le mort en terre. Un an après si vous passiex au cîmi^ 
tière, devant la place où reposait ledérunt, une croix de bois noir s'a* 
levait, ^es fleurs fraîches tressées eu couronne pendaient suspendues 

' lAreproiitciUm ui inttriUf. —Voir ie» n" do rc?uiTi>r d.?* a .0 mI i; aoûi* 



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131 



l'OUVRIER. 



tux l>rM de h croix. 

— Qui a mh ces flâurs? demandait-oA, 

— Les Compagnons ont passé par 11. C'e^t la tombe d^un Com- 
pagnon, 

D'autres fois encore r'éUit k une n4>ee. Au mitteu du bal et des 
daT)flf^^ armaient de hardÎR garçons, qui, snniï dire d*où ils venaient, 
prenaient place , dansaient piement, riaient, buvaient, el ne se reti- 
raient gif au malin après avoirmi s partout la gaieté par leur bi^nne hu- 
nicur, et l'hêtre fait bien venir de toul le monde sans que personne 
les connût. 

— D'où viennent ces jojeux invités? demandait-on. 

— Ce sont des Compagnon;;. Le mari e^t dans le Cotupngnonnage. 
Le Compagnonnage était une association d^ouvriers unis entre eux 

pour se prêter secours et assistance , s*aid**r daos le danger, et par 
leur union, être forts contre les méchants et utiles aux bons. 

Il j avait des Compagnons maçons, des Compagnons menuisiers, des 
Compapons charpentiers. 

Tous Jee ouvriers quij comme Ton dit aujourd'hui , travaillai eut dans 
}& bâtiment se divisaient entre les difTérents Compagnonnngcs. 

Lf^s Compagnons d'un métier prôtaifint, au besoin, assislance aux 
Comparons d'un autre métier ; mai^ en général Tunion était ifautant 
pins intime que Ton appartenait au nvème métier. Tous les Compa- 
gnons s^appelaient parents : les Compagnons d'un même métier s'ap- 
pelaient cousins. 

Les origines de celte association étaient très-mystérien^es : quel- 
ques-uns les trouvaient dans la Bîbltif et croyaient reeonnafire dans 
qui'lqnes pratiquéi^ du compagnonnage des rites judaïques. D'autres 
aflirmaient que Fidée d*» cctle confrt'rie secrcl*? venait des Arabes, et 
qurt les premières rompagait^s d^ouvriers unis s^étaient formées en 
Espagne. Comme louîes les associations «errétes, le Compagnonnage 
avait une histoire tn^ s- obscure , couverte p.ir des traditions fabu- 
leuses et légendain^s. 

La Compagnie des cbarp(*nliers 6ii Parii était une des plus ancien- 
nes : elle remontait jusqu iu XH^siêule. 

Il est certain qu'elle existait au XVUo siècle , mm le règne de 
!vouis XIV. Vers tfïSO, cent ans avHnl l'époque où commence notre ré- 
cit, le Compagnonnage des charpentiers de Paris s'était divisé en deux 
grandes factions. 

Des querelles étant survenues entre des Compagnons charpentiers 
et d'autres ouvriers, le grand m.iîlr0 du Compagnonnage proposa de 
décider que tout Compapon qui fïïrait usage d'une arme de Ter dans 
une rixe, serait exclu de la Compagnie. 

Celte proposition fut acceptée par un grand noihbro de Compagnons 
charpentiers ; ils prirent le nom ib^ Compagnons de la Croix-d'Argent. 
D'mvtres repoussèrent toute presrription contraire â leurs babitudes de 
violence, et, se séparant de la Compagnie, prirent oureçurentlenom 
de Compagnons noirs. 

Ces deux partis, d'abord féparés par une légère dissidence, le furent 
bientôt par une division profondr que h temps creusa toujours da- 
vantage. 

U y eut des assemblées rllriinrins , des pratiques dîfTiTentes : les 
(Jlompagnons de laCroix-jrArgeiil gardèrent rhidiîlnde qui a été con- 
servée jusqu'à nos jours de s'appeler îns uns h'^ autres la coferie. 

Chose singulière : les Cnmp:igMons jioîrs f'i^loîgncrent rapidement 
des traditions religieuses au! rt^foif (^omuuînes - TnutleComp^ignonnage, 
t*it comme en ces sortes de cl^-M^^ciniml'ï, il A rare que Voti change 
modérément, ils devinrent d'arlu^inés ennem. de3 choses de Dieu el 
4ù VËglise, 

Des bruits sinistres couraient sur eux : on prétendait qu'un prêtre 
qui avait consenti h dire la me^sc |>our un Compacuon de la Croix- 
d'Argcnl, avait été , le lendein.iitï . trouvé assassiné dans son église 
inémo. 

Les Comp^gï^ons de h Gt^oîs -d'Argent étaienl , au contraire, restés 
profondément ^Hachés àrÈj^Us+i et lidi-b-s h ses prf"'srrip!ions Ils as- 
sistaient aux odices, disaient d^ns \t$ réunions des priiircs com- 
niunei, et vcr< tu temps des grandes fêles, ils avaient C3 qu'ils appe- 






laient des devoirs , eVst-â-dire de grandes assemblées. Un prêtn, 1 
d'ordinaire un religieux, frère, fils, p.irent de quelque Compagns^l 
leur disait la messe , et tous lei Compagnons receTsient Dien 
semble. 

Les deux partis se ditisant toujours davantage , les Gompagnoni 
de la Croix-d'Argent augmenlérent encore ta rigueur de leurs pres- 
criptions : leur règlement porta défense , non-seukmtnt de fr^ppier 
avec le fer, mais aussi d'user de violence, quel qu'en fut le prélexte^ • 
même celui de la défense légitime. 

Il y avait dans ces prescriptions nne exagération étrange : heuretiM^^ 
sans doute. Ne fallait-il pas imposer une modération excessive 1 dea*^ 
hommes toujours armés par leur métier même, préparés pour ainsi . 
dire aux violences les plus graves et les plus dangereuses? 

En 178^, les Compagnons da ta Croix-d' Argent étaient depuis 1 
quelque temps sous le coup de la persécution la plus violente. Lét j 
Compagnons noirs leur chen hâtent querelle , et profitaient de l^u|9 
patience pour les outrager et les frapper quelquefois de la ntanièrâ 
la plus cruelle. 

Un soir, un Compagnon de la Croix revenant d'un chantier où il 
avait travaillé tout le jour fut accosté par une bande de Compagnann 
noirs. On se jeta sur lui, on le souOleta, on le roua de coup. Le lett- 1 
demain, il fut trouvé mort. Le lieutenant-criminel informa. Onarràaj 
quelques charpentiers de la bande des Compiagnons noirs. 

Ils étaient tous complices , et se tenaient p^r les liens mèmei di 
leur complicité : ils jurèrent qu^ils étaient innocents , ne se déaoa-^ 
cèrent pas les uns les autres. Ils furent renvoyés impunis. { 

Si l'un d'eux eût été condamné, ils avaient juré de tuer jttflq«*an I 
dernier les Compagnons de la Croix-^ d'Argent. ;i| 

Ceux-ci, au lieu de chercher avec leurs redoutables emearit une 1 
rencontre qni 'eût été sanglante , se tenaient prudennieiit i Técart. 1 
Malgré leur prudence, leur nombre diminuait tous les jours : 1«6 uns i 
désertaient le Compagnonnage , les autres quittaient Paria oè ils 1 
avaient surtout à redouter la domination des Compagnons noirs. | 

D'après les anciens usages, les membres d*un Compagnottnsge, 1 
dans chaque ville, avaient une maison où ils logeaient, inangetîeat et J 
se rassemblaient. La maîtresse de cette nraison s*apl»elait la Mère. ^ 

C'était chez la Mère que se rendait le Compagnon i son arrivée en 
ville. Le mari de la Mère était le Père des Compagnons, ses enfanU, 
leurs Frères et leurs Sœurs. L'hospitalité était toute cordiale. 

Les Compagnons de la Croix-d'Argent , séparés des Compagnons 
noirs, avaient eu i se choisir une Mère. 

Ils n'avaient pas pu en trouver. Poursuivis, harcelét par leurs en- 
nemis , on eût craint, en les recevant, d'encourir des haines et des 
vengeances redoutables. 

Pendant plusieurs années, les Compagnons de la Crois avaient eu 
grand'peine i se réunir ; ils avaient dû renoncer h vivre ensemble 
sous le même toit, comme le voulait la tradition du Compaxnbunage. 

Cette séparation forcée eût nécessairement peu A peu effacé le sou- 
venir des Compaççnons de la Groix-d'Argent , sans une circonstance 
qui leur fournit le moyen de se réunir. 

Dans tout devoir de Compagnonnage , il j avait un Compsfnon 
qu'on appelait le Rovlevr. 

Les fonctions du Routeur consistai * 
les assemblées, â accueillir les arrivants, A 
en portant sur son épaule leur canne et 1*^ 
séparation. 

On choisissait d'ordinaire , pour remplir les onctions de Konleur^ 
un Comp.ignon infirme ou estropié, incapalil** •< travailler. 

Les ^^mpagnons delà Croix-d' Argent "^v tenl, vers 1780, pour 
Rouleur, en^ 'i* ^"-'^ ""-;;" ^ue nos lecteuis connaissent déj^ . VK^ 
veillé. 

L'Éveillé avait pour parrain le père Brûlot. CehrnîV faisant a»et 
mal ses affaires avec la chélive clientèle qui fréquenUit. nied'j Pi»îit- 
Musc, l'auberge du Roi-Salomon, avait consenti â rcevoir rh<tz lui les 
Compagnons de la Croix. 

L'auberge avait alors changé de nom, et pris ceini de laCroiA» 



embaucher, k tcnvoqaer 
ccomp.tgner les partants, 
u paquet jusqu'au lien dn 



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r9T- 



rèOVRÎBfi. 



m 



y 



d*Argait 

Ce nom même ▼•naît aux Compagnons de ee «jue ehacân portait 
snspendae à son eoa et caehëe sous ses vêtements, une petite croix 
d'argent , signe de reconnaissance ajouté aux deux on.blémes tradi- 
tionnels, réquerre et le compas. 

La croix d*argent les distinguait des Compagnons noîrs. L*épitliète 
qui désigtkait ceux-ci était mystérieuse. Elle'leur demeura toujours, et 
▼ers la fin dé la Révolution, elle s'attacha encore i la fameuse bande 
noire, dont les redoutables associés étaient, presque tous, lesaneiens 
ennemis des Compagnons de la Croix-d*Argent. 

Le père Brûlot était dope^ ^vemi le Ptrè^es Compagnons d*un de- 
voir persécuté et peu nombreux. 

Mais c'était là un secret que nul ne savait , hormis les char- 
pentiers qui teiiaient au Comp^piWQiage. 

M"« Fmette, elle-même, nVait jamais surpris^ entre les ouvriers 
charpentiers qui descendaient â Taùberge dé la Cnoix-d'Ai^ent, les 
indices d'une mystérieuse association. 

Le lecteur comprend maintenant pourquoi le père Brûlot, pour se 
pendre à la nocturne assemblée des Compagnons de la Croix , avait 
attendu que tout le monde dans Tauberge fût plongé dans le som- 
meil. 

La réunion paraissait présidée par le personnage que le père Brûlot 
appelait maître Louis. 

Quel était cet homme? 

On savait qu'il était jeune; son air seul disait qu*il était dans toute 
la force d'une vigoureuse jeunesse. Il n'avait pas trente ans. 

On disait qu'il était admirablement brave : dans llncendie d^une 
maison au faubourg Ménilniontant , on l'avait vu s'avancer seul au 
milieu des flammes, pour sauver une vieille femme surprise par le 
ftiU dans sa chambre, au troisième étage. 

On répétait qu*il était très-instruit, et non pas seulement aux choses 
qui concernent Tart du charpentier, mais en plusieurs sciences et arts 
beaucoup plus releVés. Il connaissait bien, disait-on, les mathémati- 
qutàSy ei.il n'ignorait ni les lois, ûlet usage» qui réglaient le Compa- 
gnonnage. 

Oq n^ aiifiit rien de plus enr ton coopte ; il avait été élu >, il y « vait 
déjà trois ans , maître Compagnon , et à ce titre, il présidait les de- 
voirs du Compagnonnage parisien, mais nul ne savait, ou du moins, 
nul ne disait où il avait commencé l'état ^e charpentier. 

On ne le voyait travailler de suite à aucun chantier; il était un 
jour â un ouvrage, l'autre jour à «n autre. 

On remarquait qu'il était plus habile de la tête que fort de ces maips; 
dans les travaux qu'il voyait faire aux Compagnons, nul, mieux que 
lui, ne savait donner un avis qui diminuât la peine et avançât )a 
besogne. 

On estimait mattre Louis. 

On l'ainuit. 

Mais, i son endroit , l'estime et la bonne affection étaient mêlées 
d une certaine déférence. 

Tel était le personnage, quelque peu mystérieux, auquel on donnait 
ctans le Compagnonnage le nom de mattre Louis. 

CHAPITRE V. 

Assemblée de nuit où il est question fort longuement 
de Glande Chopin. 

Les Compagnons étaient réunis depuis quelque temps, quand maître 
Louis, se tournant vers le père Brûlot, l'interpella. 

— Voyons , père Brûlot , dit-il , vous êtes inquiet de votre neveu 
Claude Chopin , de Soissons , qui devait ûous arriver ce soir, et qui 
b'est point encore Tenu. 

— Oui, mattre Louis , j'en suis inquiet. Les Compagnons noirs ne 
demandent pas mieux que de nous jouer un mauvais tour, et je ne 
puii m'empdcher de craindre que Claude Chopin n'ait été leur 



lean Rouget» un Compagnon, prit la parole vivement : Comment, 
dît-îl, le neveu atii père Brulbt n'est pas arrivé? H m'a quitté hier, 
vers les deux heures et il devrait être arrivé ce tantôt vers l'heure du 
dtner. 

— Que voules-vous dire? demanda vivement maître Louis. . 

— Je veux dire , répondit le Compagnon, que, comme on sait, je 
demeure à Vincenr>fs oà j'ai mon chantier, et ûû je travaille de^ 
puis tantôt dix an^ï. I Mer, --el je dirais volonliers aujourd'hui, s'il n'^^ 
tait plus de minuir, ^hi^r donc, vers tes trois heures, m'est arrivé mï 
chantier un jeune pr^'on qui s'est fait reconnaflre de moi pour êtrf 
Compagnon delà Croix, neveu du père Bmlotici présent^ ets'apprîlei 
Claude Chopin. 

n venait â pied, et comme le malin il était parti de au-deU de Ma- 
reil-sur-Ourcq et qu^îl ^tait In^s-fallgué, il m'a demandé sHl était encof>' 
loin de Paris, disant qu'il aimerait mieux coucher où il était que d'al- 
ler plus loin, è cause delà grandie fï^Ligue qu'il ressenlait- 

Je lui ai dit qu'il ferait mieux de continuer et de venir coucher I 
i^auberge de la Croix^rArgcnt, où d'aventure on ratteudralt et on se* 
mit inquiet de son retard. 

Je l'ai quitté vef« quatre heures, et comme mon chantier est suî' la 
grand'route, je suis sarti et je lui ai (kit la conduite jusqiu' vers ta 
barrière, lui disant que nous nous reverrionâ ce soir, car il y avait de- 
voir. 

Je ne comprends pas qull ne soit pas ici * il faut qu'il lui soit ar* 
rivé malheur. 

La même crainte venait à Vcsprit de \am les Compagnons ^ pend:tii( 
quelques instants ils se communiquèrent leurs appr^hen.^ïons- 

Un étranger, présent au milipu d'eux, eût elé frappé de rextréme 
aflection qu'ils se trmoignarent les uns aux autres. Les uns lais^aît'ut 
voir la crainte quM ne fûl îirrîvé malheur à Ctaude Chûpin , mats «*n 
même temps, ils fhe reliaient tes moyens de lui venir en aide, s'il 
était en danger. Les autres , voyant le père Brûlot tout tristement 
préoccupé, faisaienl rfTort pour le rassurer. 

— il arrivera demain matin, disait l'un. 

— n se sera trouvé trop fatigué et se sera arrêté dans le faubourg, 
disait l'autre. 

— li se sera égjré ; Paris est li grand pour un garçon qui n'y f^sl 
jamais venu, proposait un troisième. 

— Il ne peut pas avoir eu querelle avec les Compagnons noirs ; car 
après tout il ne porte pas écrit sur son ch:ipeau qu'il est Conip^tï^non 
de laCroix-d'Argent. 

Tous les raisonnements paraissaient distraire fort peu le père Oni- 
lot de son inquiétude. 

— ^. Assez parlé sur ce sujet, dit maître Louis d'un ton â la fois 
doux et impérieux. Prions Dieu qu'il n'arrive aucun mal i noire cou- 
sin, et que la volonté d'en haut soit faite. On ira demain kiiatin aux 
nouvelles de Claude Chopin et nous le retrouverons. 

Les Compagnons gnrdèrenl le silence^ il semblait que ces hommes 
fussent totis soumis d'avance h h peniée de maître Louis : quelques-uns 
seulement prolongèrent Eeurs efforts pour rassurer la confiance du 
père Brûlot et écarter ses sinistres appréhensions. i 

— Or çl, maintenant, mes amis, il s'agit de parler de nos affaires* 
Voyons, Leroux, quelles nouvelles T 

Celui auquel cette question s'adressait était un grand garçon d'une 
vingtaine d'années, dont les cheveux parfaitement rouges expliquaient 
le nom. 

— Moi, dit-il, je suis sur le point de quitter le chantier où je tra* 
vaille : on me menace de me donner congé. 

— Pourquoi ? demandèrent plusieurs voix. 

— A cause du Compagnonnage, répondit Leroux avec une extrême 
douceur :1e patron, dont te neveu est dans les Compagnons n^irs, a 
découvert que j'étais Compagnon dfi la Croix. 

— Eh ! bien, demanda mattre Louis. 

— Eh ! bien , il m'a dit que j'eusse â me décider dici la Saint'» 
Martin; il me fallait choisir entre deux partit : recevoir mon coQgl 
oa être Compagnon noir. 

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114 



t'OUTBIBR. 



— CîmX impossible^ nninmirêreiit les Compagnons : renTO|cr un 
nuvrîer aussi courageux â Tonvrage que Leroux ; «i lei choses en 
vien n e al là , que iJe vie nd ron s-noii» î 

— Tu chobtras Ion congé , n'e«t-il pa« vrai î demanda mitlre Loms 
avec k sourire d'un homiïie qui en posant une question est certain de 
la f-épon^e* 

Lerouï hoeha la tMe en signe d'affirmation. 
—'Tu e$ un brave, dit le maître, mais n'aie pas peur, ton patron 
ce termverra pas. C'est le père Chanois, d'hry, n'esl-il pas vrai? 

— Voua Tavei àiU 

Les Compagnons s'entreT regardèrent : Us paraUsaient surpris que 
maître Louis connût si bien ce qui se rapportante chacun d*eu3t. 

-- Et toi , demanda le maître en se lournanl vers un ouvrier tout 
jeune 1 petit de taille, mais d'une apparence vigoureuao; et toi, 
pinson t , 

— Moi? répondit Fins on , d^une voix fraîche etneuse. 

— Ouï, loi! 

— Moi, je tais hien de lire aujourd'hui, ear je pourrais bien pku- 
rer la semaine qui vient : je travaille aux chantiers de Popincourt, 
mais je suis menacé d'être damné la «emaine prochaine. 

— Damné ! répétèrent les Compagnons, avec nne véritable terreur 
mêlée de compassion. Pamné î 

La damnation d*im ouvriiîr est îe supplice que, dans certains ate- 
liers, on inflige k celui dont on veut se débarrasser. Pendant soixante 
jourt, personne ne lui parle, ne lui prêle l'outil dont il a besoin, ne 
lui fournit le renseignement qui lui est nécessaire : sourde et terrible 
persécution à laquelle les caractères les plus fermes ont grande peine 
I résister. 

— Damné ! murmuraient les Compagnons presque eonsternéi. 

— Oui, damné ! répondit Pinson de Tair du monde le plus dégagé. 

— Qu'as-tu donc f;iit, demanda maître Louis, qui te vaille damna- 
tion : conte-nous cela, mon pauvre Pinson. 

— VoiU la chose t îe pain a manqué Pau Ire jour dans notre quar- 
lier. La boutique où l'on en a la première foia refusé était celle d'un 
brave marchand, honnête homme, mais délesié dans le voisinage pour 
être trêi-difQcile â faire crédit 

U ferma sa porte, disant qu'on le tuerait, mais qu'il ne pouvait 
dernier ce qu'ail n'avait pai^ 

On s'assembla dans k rue. 

Je passais par U; j'avais âla main ma bisaiguë. On m'appelle : on 
f eut que je force la porte ; je m'y refuse i la foule alors tourne sa fu- 
reur contre moi : on me poursuit ; on m'injurie ; on me jette des 
pierres. 

Bentré au chantier , je trouve que la nouvelle de ee qui s'était 
passé y était avant moi , les ouvriers qui , presque tous , sont des 
Compagnons noirs, me disent que j'ai été un lâche; bref il eat dé- 
cidé qu'à partir de lundi qui est demain je serai damné. 

— Tu en prends paiement ton parti, dit le père Brûlot 

— Certes, oui, dit Pinson : â chaque jour sntOtsa peine; si je dois 
pleurer lundi, c'est le cas de rire aujourd'hui. 

J'ai fait mon devoir, n'est-ce pas, les eousîns T Je sais bi^n qu*une 
poi te de boit n'est pas un homme, et que j'aurais pu enfoncer k bou- 
tique , sans manquer aux devoirs du Compagnonnage dn la Croix, 
mais j^ai cru qu'il valait mieux refuser ce qu'on me d«mandaiL 

— Tu as courageusement fait , répondit maître Louia en tendant 
cordialement la maii: au jeune ouvrier. Si tu supportes sans mur- 
murer riujuste damnation qu'ils ont résolu de te faire subir, lu 
courras te vanter d'être Pins^ïn-lô-Bravô : m t'a déjà surnommé 

^ in son-la 'Gaieté, 

Pinson parut vivement touché. 

'-Merci, dit-il, d'une voix émue. 

Maître Louis se tournait vers un troisième Compagnon. 

Tout à-coup un cri étrange retentit dans le jardin au milieu duquel 
était située la chapelle. * 

Celait comme un gémissement étouffé. 

Ui Compagnoni te regirdêrent ; quelques-uns le levèrent* 



-^ Avei-vous entendu 
•- Oui. 

— Un criT 

— Un cri étraogA, 

— Chut. 

— Écoutons 1 

Quelques minutes &e passirent dans le plus profond srlenea. 
(La iuUê nu prochain numéro.) Clbhbj!? JuSf, 



VARIÉTÉS. 



Les milb et m âTantages de la pèche â la lifoo* 

On lit dans le Monde : 

n vient de se former â Londres une société peur Pencouragerae 
delà pèche â h ligne. Les membres fondateurs, dans leur premiê 
réunion , ont adopté la résolution suivante ; 

< Considérant que la pêche à la ligne dispose I la patience, qn'e 
éloigne ta jeunesse des tavernes où se consomment le gin^ le bmn 
etc. j etc, ; que par ronstiqucnt elle a un côté moral ; que pour h 
pêcher à la lign'^, il ne faut faire aucun bruit , et par conséquent f 
1er le moins possible i que l'abstinence du langage dispose 4- la 
serve , i la réflexion , ce qui est surtout nécessaire pour les ladiê 
et miiadm de tous les pa^s , qui abusent étrangement de V organe 
la parole ; que la pêche i la ligne employant les loisirs des class 
laborieuses , les dispose à Téconomie* 

t On décide : Que des primes seront accordées chaque année tif 
personnes des deux sexes qui auront fait le plus de progrès dans Pa 
de la pêche à la ligne ; les plus méritants auront des médailles d*ho 
neur ; il sera statué u^'iéiieurement sur les dispositions à ado 
pour la distribution de ces primes et médailles. * 



LES ORAGES DE LA HÈRE NOIRE 

CHAPITRE Xn, 
La maison d'Aanai 

Le lendemain de la scène douloureuse que nous venons de rieonti 
M. Tardif se présenta à la porte de la maison de sa sieur. A la 
d'un long évanouissement, la pauvre Anna s'était mise au lil, attela 
d'une fièvre ar» ente et, par des mots entrecoupés et ininteiligil 
essayait de traduire à des auditeurs imaginaires tontes les blessuretf i 
son cœur. 

Cet état, quelque triste qu'il pût être, était une sorte de bienfait i 
ciel en ce qu'il lui enlevait le sentiment raisonné de ses peines et 
épargoait le surcroît d'amertume que lui eût occasionné en an pat 
moment la vue de sa tante, dont les agitations, les bruyints so 
pira, et les plaintes saccadées, eussent suiïi pour la jeter dans la \ 
du désespoir. Mademoiselle Jourdain s'était établie d'autorité ay dbil 
vel de la malade, en s'accusant ere-même, non sans une grande , 
tice, de tout ce qui êlait arrivé. EHe cherchait , par son empfê 
ment, aussi rempli de bienveillance que de maladresse, â soulafir 
au moins son infortunée victime. Un homme de Tart avait été appelé 
et, selon Tus-ige, il avait pour tout remède pratiqué une saignée pré:i 
lahle, ordonne des compresses d'eau fraîche sur le front , pr^îscrii 
des sinapîsmcs et je ne sais quelles drogues plus ou moins imi!i| 
et réptignanles que la malade devait prendre d'heure en heure 
une grande ponctualité. 

* Voir \e$ ù'* de rOiisfiir du H mai AU IS Juiq ^ du S lU 17 juilld • 

10 AOÛtp 



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rOUVRIBB. 



ISf ! 




hierragé par tante Maclotie, rhomme de Tait atait hoché la tête 
ta ttr profond et dédarë que la cause du mal était une émotion 
m et inattendue et que le mal lui-même portait je ne sais quel nom 

— Maif, docteur, que pensez-vous de Tétat de la malade T 
— Cest un cas grave» très-gtave, avait-il répondu solennellement, 
feaii vu beaucoup avoir une mauvaise fin; mais celui-ci ayant été pris 
ï temps et étant soumis i une médication intelligente et active, il faut 
espérer... Le sujet est délicat et nerveux ; mais les ressorts de la nature 
ne sont pas usés. On ne peut rien dire, il faut attendre, nous verrons 
toain, s'il j a un changement. 
Et avec ces notions confuses, l*homme de Tart partit et fut s'installer 
éa le pharmacien du lieu pour faire une dissertation sur les e^Tets 
^ les émotions ^pouvaient produire dans l'organisme humain et la 
réictioa du moral sur le physique. 
Maelovie , encore plus eflrayée de cette solution négative, se tré- 
autour du lit où gisait l'infortunée, montant et descendant 
liagl fois pour savoir ai le moment était arrivé de prendre tel ou tel 
lent, et quand Theure était venue, se trompant régulièrement 
i chaque fois , ne manquant pas de poser les sinapisknes au 
et les compresses d*e«u froide aux pieds de la patiente, et lais- 
saot les sangsues courir k Taventure au gré de leur bon plaisir. 
Les deux bonnes de la maison , voyant qu'il n'y avait rien â faire, 
^■^tftit retirées, de guerre lasse, Tune k la cuisine et l'autre dans le 
RniiD, avec Rose qui, i force de sanglotter, s'était enfin endormie 
I Mir les genoux de sa nourrice. 

Tel était l'aspect de la demeure quand Gédéon Tardif arriva. Au 
I ooavement que fit Yvonne pour se lever et lui ouvrir, l'enfant se ré- 
' letlla, et sentit se réveiller aussi en elle le sentiment vague et indis- 
Haet de sa peine. 

r — Bonjour, Rose, allons! tu ne viens pas m'embrasser. Est-ce que 
■b ne me reconnais plus? dit son oncle en Tatlirant doucement vers 
' bi, et ne pensant pas le moins dii monde que la nouvelle qu'il appor- 
\ tait n'était plus depuis longtemps une nouvelle. 

— Tiens, ma petite chérie, ajouta le pauvre homme, en faisant de 
grands efiocts pour retirer de sa poche, un objet assez volumineux qui 
semblait n'en pas vouloir sortir. Tiens, voilà quelque chose que je 

piiyDrtef mais c'est tante Maclovie qui Ta acheté,. seulement elle Ta 
(HiUié i La maison. 

L'enlànt regarda d'un air distrait la grosse poupée au corps rose 
qui lui était offerte ; elle la prit machina^.cment entre ses petites mains, 
puis ses yeux tombant sur la face rebondie du jouet inanimé et y 
tfsavaot ce perpétuel et niais sourire que chacun sait , Rose sentit 
se réveiller au fond de son jeune cœur toute sa douleur endormie. 
Elle kissa tomber la poupée et se jeta sur sa nourrice pour cacher 
rotre ses bras, sa figure et ses larmes. 

— Est-ce que quelqu'un est venu apporter ici quelque mauvaise 
nouvelle? demandai la nourrice le pauvre Gédéon un peu déconcerté. 

—MU* Hadovie est ici depuis hier, répondit-elle. 
—Ah ! fit-il , en ouvrant de grands yeux surpris , et &!">• Jour- 
4ml 

— EUe est au lit avec la fièvre , monsieur Tardif, c'est étonnant 
fK vous n'ayes pas rencontré le médecin^ il sort d'ici. 

— Mon Dieu ! je suis arrivé trop tard , murmura le pauvre homme 
use dirigeant vers la porte de la maison. 

Tante Maclovie descendait l'escalier au moment où il franchissait 
k seuiL lit bonne créature , en lui tendant la main « sentit deux 
tresses larmes rouler fur ses joues. 

— Ah I sansia vouloir,' je lui ai fait bien du mal, dit-elle. 

—Ce n'est^pas voua, Maclovie, ce n'est pas vous, oe sont les cho- 
sesqui fMU mairie n'aurais pa& lait mieux que vous, ma pauvre Ma- 
done, ^dlofis! allons! ne pleures donc pas comme cela. Quand la 
pFemière émotion sera passée , Anna saura subir sa douleur avec ré- 
npatiqn , avec force, je la connais, c'est une femme d'énergie que 
m. sœur. G^inmenè va-t-elle* maintenant? 

—EUt n'a pas u connai«sance,clle a le délire depuis hier : elle ne 



vous reconnaîtra pas; elle ne connaît' personne , f»a mémo ioacn^ i 
faut. Toules-vons la voir? 

-^Assurément; montons. 

Ils montèrent et regardèrent Anna quelque temps en silenee, éeon» ^ 
tant avec une peine profonde les paroles entrecou|M$es qui sortaient de « 
sa poitrine haletante. * .' ' -^ 

n n'y a rien de triste comme d'entendre ees expressions égaréet ' 
d'une imagination en proie au délire d*nne fièvre ardente. 

— J*ai soif ! ah ! j'ai bien soif, dit-elle, en fixant sur son frère de» 
yeux où brillsit le feu de la fièvre. 

Maclovie se précipita sur le premier vase qui lui tomba sous la mam 
et l'approcha des lèvres desséchées d'Anna. C'était une potion grasse 
et sucrée d'où s'échappait une odeur nauséabonde Jle fleur d*orailger« 
et qui devait être prise d'heure en heure. 

Heureusement le dégoût vint au secours de la malade ^ et dès quWe 
en eut goûté elle détourna la tète et reprit le fil de ses divagationt 
dans l'inextricable labyrinthe de ses pensées. 

— Est-ce que c'est cela qu'il faut lui donner quand elle a soif? de* '■ 
manda M. Tardif. 

— Oui,... non... je ne sais pas... mon Dien non, au fbit, c'est la 
potion qu'elle doit prendre par cuillerées; mais j'ai la tète aussi k 
l'envers qu'elle, je crois. 

— Ne serait-il pas prudent de Isisser une des deux bonnes auprès 
d'elle, ma cousine, et de profiter du temps où elle ne peut rien com- 
prendre pour causer, vous et moi, des intérêts de la mère et de 
l'enfant? 

— Gomme vous voudrez, mon cousin. Alors, faisons monter Yvonne* 
et, si Rose se réveille, l'autre bonne Is gardera. 

Quand ils furent tous deux seuls an salon , M. Tardif s'assit en lace 
de Maclovie et, après avoir puisé dans sa tabatière une énorme prise 
de tabac, opération qu'il réitérait souvent, surtout quand il éprouvait 
le besoin d'éclaircir ses idées sur quelque point difficile, il s'exprim» 
en ces termes : 

— Vous dbiez donc, ma cousine , que le pauvre Jourdain a placé 
tout son avoir dans l'armement de son corsaire et que ses fonds , 
étant insuffisants, il a emprunté, à vous et à d'autres, ce qu'il fallait 
pour compléter la somme, en hypothéquant sa propriété pour en ga- 
rantir le paiement. 

— Hélas, oui , répondit Maclovie avec un profond soupir; maisoe . 
que je lui ai prêté pour mon compte n'est pas grand chose, quoique 
ce soit tout ce que jo possède. Ce qu'il y a de plu;j fâcheux, c'f st que, 
dans son empressement d'en finir, il a eu recours è je ne sais quel 
usurier de Saint- Malo qui lui a demandé des intérêts exorbitants et 
qui a dû prendre toutes sortes de précautions pour y gagner quelque 
chose avec cerliludc, quel que fût l'événement. Yves en a ptssé par 
où Tautre a voulu. Nous nous croyions tellement sûrs de la réussite! 
Et aussi il faut avouer que cette réussite était infaillible si , an lieu 
d'aller cherchei* â prendre une frégate , il se fût attaqué à un gros 
navire marchand. 

— Je ne pense pas que ce soit précisément sa- faute s'il a eu affaire ' 
avec une frégate , dit M. Tardif en souriant â demi des idées singu- 
lières que se faisait sa cousine des habitudes marKimes; mais, quoi 
qu'il en soit, savez- vous combien il a dû emprunter à rusutior en 
question? 

— Non. unis je ne pense pas que ce soit moins d'une vingtamii 
de mille livres. 

— Diantre! dit M. Tardif en humant une seeonde prise de latiae. 
Et cet honnête homme d'usurier ne porte-t-il pas.' un nom à peu près 
comme : le voleur, l'avare, le gros ou quelque chose i-oinme ça? 

— Le Ladre, dit Maclovie. Est-ce que vous le connaissez? : 

— Le ciel m'en préserve, ma cousine, seulement en voilS attendant ' 
sur le port et en me promenant de long en large, je me trouvai derrii^ 
deux individus qui causaient de l'accident arrivé au pauvreJekiPdain,-' 
et donf l'un appelait l'autre M. le Ladre. 

—Mât avez*vous entendu ce qu'ils disaient? demanda Maclovie eu ■ 
rapprochant Al chaise dHm air de curiosité- •mouiète, et sa- br^quane^ 



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IW 



laa petits feux vifs et tout rotkda eur la figure de son înterloculeiir. 

— Pas eatièrement , ma cousine , mais de qu^ques motf entre- 
coupés j'ai cru comprendre que l'usurier était décidé k eistMmU/di^ 
pounuitet. 

— * Ikê patirt lùtet ! 

•^ Hâbs ■ oui. L'autre , qui atiît Tair d'uti as^ez bon homme, lui 
disait de temps eD teicps ; Uais , monsieur le Ladre, que va devenir 
la pauTre veuve avec une pelile orpUcUue sur les Urai? La voilà 
doue Induite i oipudier son pain. C'est hi&a dur après avoir vécu à 
leur aise toute leur vie, de se voir ainsi (oui-â^coup réduites à la men- 
diciliS, — Et l'autre répondait avec une voïk de fauEsctien se redressant 
de toute sa petite laiile : Tant pB pour eux« on ne (ait pas des aflaire« 
avee du tentiment. IIï doivent , lU paieront et le plus t^t possible, 
parce que je ne veui pas attendre qu'ils aient sousUaitles trois quarts 
du mobilier à U jutUce. Voilà tout ce que j'en ai pu saisir; mais c*est 
assBL clair. 

— Ainsi donc, on va tout vendre ici? demanda MacLovie avec an- 

^ Il paraît que cela ne lardera guère ; ce cpii m'étonne e'est que 
Tusur^r ait prêté viogt mille livres sur une propriété qui n'en vaut 
guère plus de qumie. 

— Ah ï voilà , répondit tante Mâcbvie, j'ai entendu dire â Yves, 
avant son départ, que la somme qui lui manquait pour compléter Tar- 
mement était seulement de dix mille livres. nuLt que le vieux le Ladre 
qui. depuis longtemps, avait Tœil $ur cette pet Ue maison, profitant de 
sa position, lui avait fait taire un reçu de vingt mille livres sur les- 
quelles il, n'avait reçu que huit mille en eipèi:es » le re^B.^vait été 
versé en marchandises évaluées douze mille livres, mais qpi , par le 
fait, n^ofit pmats pu être vendu plus de quinze ou diirhuit cents 
livres. Celaient des tonnes de morues, avariées pour la plupart, qui 
n'ont pu servir que pour engrais, les moins gâtées ayant été refusées 
même par le; pigeons. Ce qui n'empêche pas que sur Tacte, cette 
denrée ne Eoit qualiBée de tréfi-bonne et de première qualité. 

— Voilà comme lU sont toiis ' les misérables! fit M. Gédéoa en 
prenant une troitieme prise plus copieuse encore que ses devancières 
et in secouant, pour le« déloger, les grains de lobac qui étaient allés 
«e nicher daus le pbot de &a chemise. £t quand il aura volé cette de- 
meure et ruiné cette rumille, il criera au meurtre et se plaindra partout 
qu'jl perd é'ix mille francs dam cette affaire. 

— N'y aurait-il aucun moyeu d'^:inpéclier cette vente et de conser- 
ver cette habitation a Ajina? dcmuiida Udclovie avec un petit air hu- 
niitiê auquel Gédéon ne prit pas garde. 

— Je n'en vois aucun i mon petit bien de Dinan me mpporte juste 
du quoi vivre et ne vaut pa£ le quart de cette propriété. Vous, Maclovic, 
rrugâiei pu f peut^tre , mu i s ne m'avez vous pat dit que tout totre 
.ivoir i'iait p^us que compromis par cette perte? 

Aldcluvie baissa tristement la tâte. 

— Quant aux autres parents , vous les connaigseï : il y en a aux- 
qui U it fHUt venir en aide et c'est le plus grand nombre, le reste va 
ti e semblant d'être tiirieuit pour qu'on be dispense de leur rien 
il lji larder, 

— - li!t parmi les amis? interrompit Al>i« Jourdain. 

— Ah I les amis ! lea amis 1 c'est un prnverbe vieux comme les mes. 
iti.i rousine, que tes amis sont une race tiiobiîe et rhangeante : Donec 
iris, disait le poète latin; mais^ vous n'entendez peut-être pas le latin, 
ma tousine^ 

— Non, dit crUe-ei. 

— Cel^ veut dire que tant que vous serez heureux vous aurez des 
ni llii^rs d'amis à vos trousses; mais que du jour où vous tomberez 
tUm Tin fortune , ils vouâ planteront là et voua laisseront vous dé- 
li oiidler tout seul. 

— Je comprends ce litin-là, Gi'déonp observa la triste Maclovie en 
b'^cbantU tête d'un air pensit Miij Anna, queva-t^elle devenir? 

— .1>< V ignore. Je la connais, et quelle que soit |a volonté elle la 
ft^.». )b i^aiir ^»t Oère et ne vivra pasd'aumânes, elle ^iira fouiîrir, 
le tsire, tiav^ill^'t et dissimuler les peines, mai^ elle ne recevra pour 



elle attcan secours d'argent. 

— Quoi ! pas même, de vous ^ 

— Pas même de moi. Le proposer «erait peine perdue ; je ne lui ei 
prierai même pas. 

Un léger bruit qui se fit entendre dans la chambre de la m*bét 
vint mettre un terme i leur conversation Maclovie monU en toutt! 
hâte Elle trouva la malade plus calme et assoupie Yvonne et Tenruii 
avaient cédé la place à l'autre bonne» laquelle , douée d'aune ^.^nH^ 
perspicacité, jugea qu^elle ne risquait rien I accepter la propnsii on 
que lui faisait Maclovie d'aller la remplacer dan^ ga cuJSine peijd.i^r 
que la cuisinière garderait Anna Cet échange avait cela de bon que U 
pauvre malade pendant ce tempi ne courait te risque de se «oir wn^ir 
aucun :$irop dans l'œil. 

M. tardif prit ia canne e! son chapeau et sortit pour respirer Vzk 
du jardm L'atmosphère était embaumée De^ mésanges chantaient 
dans une charmille un duo venu d'outre -mer et (out-â-fai nouveatf* 
tandis qu'un pànson fidèle sm% traditions musicales de «on ei- 
péee, redisait aux échos d'alentour la chanson que chantait son gi'.'ind- 
pére. Les msectes harmonieux, se balançant à ta tige Hl^xiIiIc ûes 
grandes herbes, jouaient, chacun selon son talent, de rinstnim^nf 
qu'ils avaient reçu d'en haut et mêlaient « sans jamais se tromper de 
mesure, leurs notes cadencées et vibrantes au choeur du grand or- 
chestre. L'Océan roulait ses vagues et soutenait toute cette musique 
enchanteresse sur les modulations d*une basse pleine de majesté. 

Au milieu du parterre, a l'abri de quelques arbustes toullus . t'iri' 
de Gédéon découvrit bientôt sa nièce. Elle était assise &uf un peut 
banc de gazon ; â sa gauche* un genêt d'£spape, revêtu de flf^urs d or, 
exhalait ses parfums, tandis qu'un chèvrefeuitlei sur lequel elle ét^it 
appuyée, faisait ruisseler sur la tête de l'enfant sé^ longs rameaux . 
flexibles. Yvonne filait une quenouille de blond lin à l'autre eitrémné ^ 
du b-inc. Médor dormait aux pieds de Rose. 

— Eh ! bien, petite Bosme. lui dit doucement son onde en s'a^ip^- 
chant d'elle, tu oe m*a8 pas encore dit bonjour. Est- ce que tu ne iwi 
reconnais plu^? 

Pour toute réponse, Tenfant descendit de son faié|e et outnt s^^ 
deux petits bras pour appeler le cou de son oncle q li «e l^l^&a ea- 
lacer par cette douce chaîne et Tembrassa teudrenoiml en la pres- 
sant sur son cœur. 

— Tu t^amusais, Rose? A quoi t'amusais-tu ? dis-mn; veux-tu que 
nous nous amusions ensemtde ? 

L*enfant le regard)a en remuant sa petite tête et essiya de sounre 
pour ne pas fondre en larmes. 

— Mais si, vraiment, regarde plutôt^ voiU encore h poupée près de 
toi, dit le bon Gédéon en ramassant cet objet sur le banc , elle est 
très-belle, celle poupée ; c'est tante Maclovie qui te Ta ât:hetée ; re- 
garde comme elle rit eîi te regardant. 

Le cœur de la pauvre enfant n'y tint plus et elle jeti ses petites mains 
autour du corps de son oncle en versant un torrent de larmes. 

— Ah ! elle n'a pas perdu son père, dit-ûîle. 
( La suite proehainemmt. ) Iean Lotseàc. 



En envoyant trenle-^inq ctnlimes iû timbrer -pùsie dani nne ktir^ 
affranchie à l'adresse de II. BLÉmoT, éditeur, 55, qu^i des Gratié.- 
Augustins, à Paris, on recevra franco eipar h retour du courrier^ i'ou^ 
vrage ayant pour titre : 

ART DES F£UX D'ARTIFICE OU PTROTECHNEE, 

Pau aiLLET DAMim, 

Un volume in-1î^ 50 pAges, accompagné d'une [lanràseipHcb ;»■ 

f Bibltothique utuilit dtê ViOtt tt dei Campagneis 3 

A«w5 prions nos abonnes de joindre à îouieê hurt U^^ru im ^ dt* 
bandes imprimées du joutnai. 

Angers , imp. de Liine frères, rue Saint-Laud, 9" 



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5MnâmM le N* / ja 
•née eonrMito. ( lU 



Mntimei le N« 
Minéee Aohnee. 



K« 18. 



31 août 1861. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tons les samedis. 



ADBCnf ISTRATION : 

t, quai des Graad«-Àugiutiiie 
à 1* lUmdrie de BIiiOBIOT, 

A PARIS. 



SOMMAIRE. 

SAINT LOUIS, par Emile Kkllib {Suite.) — LES COMPAGNOIf S PS LA 
CROIX D* ARGENT, par Cl^mtDt JUBT. — LA CHARITÉ PROTESTANTE. 
- X7N VOYAGE A VOL D'OISEAU, par MAiRFROt (Suite). 



A»01I1IBIIB1ITS B*VH MÊi 

Hà^cM, . . .; • • • • • . .Se» 
Simon , Èwwm, Roau »'Aib, Tw- 
Qoii b'Aaol • • '• S »• 



SAINT-LOCIS'. 



Enfin saint Louis touchait celte Tcrre-Saimd qu'il atait tant iic:>i 
rée , mais faiBCU , pres^juo seul , à peine auvé dv la Uiovt el Jç 1 

eaplivilc. A quelques - 

lieues de lui 4tait Jé- 
rusalem » qu'il avait 
rêve de conquérir , et 
qu'on lui ofirait de vi- 
siter. 11 ne voulut pas 
b voir aux mains de^ 
Musulmans. Sa mère 
le rappelait pour dé- 
fendre le royaume 
contre les Anglais. De 
SCS frères , l'un état/ 
mort, les autres, Char- 
les d'Anjou et Alphon- 
se de Poitiers ^ mau- 
dissaient la croisade , 
demandaient haute- 
ment â revenir en 
France^ et, en atten-. 
dant, jouaient aux dés, 
fans s'inquiéter des or- 
dres ni des malheurs 
du Roi. Saipt Louis 
n'en j»vait il pas assez 
fait ? Pourtani il hési- 
ta . el rassembla son 
runseiU Tous votent 
pour partir; uu seul 
e^t d'avis dç rester : 
c'est le sire de Join- 
vil If, qai pense à ses 
pauvref «ol^ats captifs 
à DainÂet^e, et qui n^ 
veut pas fe faire mau« 
dire en revenant sans 
eux. Chacun Tattaque, ^^ 
le eriliqus, 1» raille. 
Le Roi ne dU md; 
mais , le soir /il le 
suit 4«DS rambrasAira 
d'une Ceodlre, d'4>ùle 
koD^MCd rAgiicdaUtâs- 
laiSMU lo ciel, et lui poae f^n^illèrement ses ^eux, mains sur les 
épaules. Joôiville, cjue la^journée n'avait pas qeûs Jejxinne humeur» 



Voir le If-de VOwtrUr an A aeût. 




LES PASTOUREAUX. 



allait s'impatienter ; mais il reconnaît une émeraude que saint Louis 
portait à son doigt, et se retourne tout confus. Le roi lui demande 
si son coneiiil est sérieux , et s'il est prêt à rester avec lui. Ils se le 
jurèrent, el de ce Jour ils s'aimèrent d'une amitié de braves. 
Joinville, qui avait perdu tous ses b'Sgages, entra au service du 

Roi avec trois de ses ' 
chevaliers; et, tandis 
que les frères de saint 
Louis s'en r c tour- 
naient dans leurs ê- 
(als , son bon séné- 
chal demeura avec lui 
dur la terre étrange- ' 
re, attendant que les 
rançons fussent payées 
et les captifs délivrés. 
A lui seul, Joinville 
habilla trente- cinq 
chevaliers champe- 
nois , sortis presque 
nus des prisons de Da- 
inietle et désormais fi- 
Jèies â fa bannière. , 
Saint Louis vécut ain- 
si 'jualrq ans avec une , 
j)oi|(née d'homniei, , 
consacrant ses r e s - 
sources k fortifier les 
places délabrées dc^ Si- 
don çt de Cés^rée, ar- 
rêtant les Turcs d'E-. 
^yplc par le st^ul pf csf . 
l.ge de son nom« re- 
cçv^nt les ainbassa- 
d«urs des Ta rt are s, 
qui promettaient, ton- 
joiurs en vain, de chas- 
ser les MusuIombs,; 
çspérantde l'Occident > 
d<^ renfr>ris qiifi n'ar- 
rivaient pas. Tout cc« 
qui parut , ce furent 
quelques braves Nor- 
végiens . venus à 
grand peina da ces ré-^ 
gions du Njord, 0^ 
rét4 n*a pas de nuit 
el l'hiver poini de sokiL Cependant le ftoi rendait la justice, en oonw 
pagnie de ses baioa^, auèsi psiaihlement qu'à. Paris ou i Vincenne% 
faisait respecter les lois el coutemcs du co^faume dô iérusaleu , U 
tstajaii de vaincre Dieu par sa. persévérance* ' 

Les pauvies >gpns des CAmpa^nes a'éuieat nuls tess pour leur Roi, 



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138 



L'OOyRUÎR. 



et avaient cru qae^l^t!)p|g:tiant W^tn» des ft$pÈ et rq|fCral| des 
rhevaliers , Jésus-f^rist^vc liait ^ t80%. service i^ simplet pa^^s , 
i'où le nom de Pas^tlàix. Les bif g9fs quittèhmt leurs i^upeaux, 
les laboureurs leuCèharnie. Partie de flandre élÇde Picardie , com- 
mandée par un vieillard à longuèliarbe , cette troUpe, comme celle 

mule hommes sous les murs de Pans. La Reme Blanche se hâta de 
lot eBwyer air 4ai mjé/^ ée Jfaiseâle au secours de son fils. Mais , 
aveelas n|talittons1è&plu8.|E^iéreuse8 , la pauvre multitude est plus 
facile 4 égarer qu*à conduire' : ^e peut-elle abandonnée sans guide à 
^)^ instincts grossiers? Recrutés d^ave%tuifÈ^/dè vagabonds j de gens 
. rsans aiiei»,.lis I?iulQUf^aux fMrent bientôt enivrés dé leur nombre. 
^loiiM»,YfrètPe»^«oèMnoimets a*^ta^nt que des hypocrites, des ava- 
res , djès gloutons: Çux seujs étaient iesrarats, envoyés de "Dieu pour 
le salut du m^nde. Â^ Orléans , un clerc Voulut faire entendre raison 
i ces nouveaux 'Albigeois : poui^ toute réponse un coup de hache lui 
fehdit la tête. Ce fut le signal du massacre des prêtres, du pillage et 
de rincendîe des châteaux. Les gens de Bourges coururent sus aiix 
brigands , tuèrent leur^ chefs , et dispersèrent leur foule mal disci- 
plinée. . ' ' 

Cet orage passé , un autre malheur vint compromettre la tranquil- 
lité i peine rétablie et mettre en éveil les esprits turbulents, toujours 
k la piste des occasions. La Reine Blanche , comme elle Tavait prévu , 
mourût sans revoir son fils. A cette nouvelle , le Roi d'Angleterre , 
regrettant les conquêtes de Philippe-Auguste , 8*arme pour envahir la 
France ; les vieux amis des Albigeois , les Rois d'Aragon , intriguent 
au delà des Pyrénées , et y remuent les cendres encore chaudes de . 
la dernière guerre ; ils sont appelés comme des sauveurs par les trou- 
badours de la nnlheureuse Provence qui, par une révolte sans suc* 
f es , a redoublé la tyrannie de Charles d'Anjou. Ce |)rince cruel est 
tnlré de vive force i Aîx , Arley, Afigoon , {Marseille, a traité en 
illles prises d'assaut l'es riches àtés qui ont chassé ftes m^gistratt , 
et les a dépouillées de' leurs ajntiques et idières libertés. Ma) étouffée 
par les supplices , la HmlS^ peut renaître el gagner tout le Midi. 
Ainsi , partout des dang^. 

La France entière re^tt^a la grande 'Çeipe sous qui, à àem re- 
prises , elle avait goûté une doncè félicité, et dont le tendre o<Bur 
n*avait connu d'autre faiUess^ qu'un peu de jalousie maternelle. En 
Orient,' saiiit Louis et Marguerite , qui jadb^ pour né' pas la chagri- 
ner, ne se voyaient à Ponlojse que par un escalier dérobé, pleurè- 
rent ensembtef cette bcmne ci sa i a le mère. Sa mort décida leur dé- 
part. Treize voiles emportèrent les débris de cette armée, arrivée 
sur dix-huit cents nn^ires, En arrivant â Chypre, celui du Roi toucha 
sur un rocher , et se tH â. h qyiUe une forte avarie. Il portait huit 
cents personnes , presque toutes sans moyens de payer leur passage 
sur un autre bâtiment. Aussi , mdgrS le dâoger , le Roi ne voulut-il 
pas , eh les quittant , jeter l'alarme parmi ces pauvres gens ; il pré- 
féra les ramener en France au péril de sa vie : • Un nuurchand , di- 
» sait-il , -se risquerait bien pour ses marchandises, i Sur lavis de 
Joiuville , la Reine promit un beau vaisseau d'argent à l'église Saint- 
Nieolas ^e VarangeviHe , qui en resta longtemps parée. La traversée 
fut belle , et le navire arriva en vue d'Hyères. C'était le domaine de 
Charles d'Anjou , et h fierté du Roi souffrait de deseendre ailleurs 
que dans 'ses Étatâ. Pourtant il £i«u|rait peut-dtre plusieurs semaines 
pour arriver à Aiguesf-Mortes : plulôt que de faire courir aux autres 
de nouveaux dangers , saint Lmns débarqua , et rentra dans son 
royaume pà\r Avignon. 

Son premier soin fut d'assurer ta psdx au >d6faors. En Espagne , 
cherchant vn contre-poids dans les maisons de Castâle et de Navarre, 
ÎA maria une de ses^lles à l'héritier du grand Alphonse le Sage, 
l'autre au fiU dtt poète Thibaut. Puis , fort de ces alliances , il traita 
avec le roi d'Aragon , qm> en échange des Tieux droits de Charlemah 
gne sur \é éofflté de-Bar^elone^v renoiiça'i tonte prétention sur les 
filles de Languedoc et de Provence. Saint Louis ne fit pas lesichoses 
moins largement avec l'Angleterre , reconnut que ses prédéœsseurs 
avdent pu «buier ide la tictoire , et, pow eoneteieri de l'aveu même 



^s^i^is , l^osswton de kt^rman^îe , d^l'snjou , du fibim 
4t du Poitou , ieur «landoutMi toi^ce ^U^ posséÀit aux frontière 
âf Guienne. Cl|acun y en étonna. C'était la première fois qu*un son- 
vèram cédait alins (Mfaite vit^ portion de s4a territoire. Ete même | 
temps il maria Wr fils Roberi de Clermont iTHiéritti] c du dernier | 
f{^ deQûiiflf)]^ , Qt^fo^dA àK pied-dea tboAagi^ d'|uv€f|af fe fii^ 
mitle' un jouV^rÔyalè^des* Bourbons. 

En face de ce grand Roi , au cœur large et généreux , mettant h I 
justice au-dessus de la force des armes , sachant faire ies sacrifices | 
au maintien de la paix , dédaignant de| semer ta division entre ses 
vassaux ou ses voisins , et apaisant lui-tnême leurs rancilnes et leurs 
discordes , ÇEurope eâtière était dans l'admiration ; peuples et sou- 
verains l'invoquaient comme l'arbitre de leurs difficultés, et, iTexem- 
ple du duc de Lorraine, phis d'un seigneur étranger se vantait d^être 
son ami et son vassal volonftire. 

Au lieu de chercher , comme les Empereurs , i rabaisser l*Égli8e 
au niveau du monde féodal et à tout soumettre au régime de l'épée , 
son but était aii' contraire de modeler le royaume sur TÊglîse et d^ 
miter la liberté de ses élections et de ses conciles , Timpartiâle jus- 
tice de ses tribunaux , ouverts aux petits comme aux grâdds , enfin 
la puissance toute morale de ses lois , de ses peines et de ses excom- 
munications. Saint Louis , loin d'être comme Frédéric II un destruc- 
teur de cités , chérissait ses bonnes villes , dont les milices avaient 
marché avec Louis le Gros contre les brigands , avec Philippe-Au- 
guste à Bouvines , avec lui-même à Montlhéry et à Taillebourg , et il 
engageait son fils à aimer ces solides appuis du trdne contre une 
indomptable noblesse. R consultait leurs députés toutes les fois qu'il 
s'agissait du moindre changement dans les impdts , dans les douanes 
ou dans les monnaies , et préludait par ces paisibles et modestes réu- 
nions i (-. ] < des États-Généraux. Il voulait que leurs magistrats 
fussent hoift44ulcment élus , sinon choisis par le Roi, et abolit INisage 
de ceux qui , transmettant ou vendant leur emploi , perpétuaient 
dans la même famille un privilège dangereux. 

Son triomphe était dans l'exercice de la justice. Lui-même , après 
avoir entendu la messe au Palais ou à Vincennes ; venait en hiver au 
pied de son lit , en été sous un chêne de la forêt , recevoir les plain- 
tes et juger les procès de ses sujets , écoutant tout avec piftience , 
consultant dans les cas difliciles le sénéchal de Joinville ou quelque 
autre homme sage. Souvent un mot Téclairait , et lui inspirait ane 
bonne mesure. L'abbé de Cluny , désirant lui parier d'une affaire , 
lui avait amené deux magnifiques chevaux. « Eh ! dit' l'un , ne l'avez- j 
i vous pas. mieux écouté que s'il n'eût rien offert? ■ — « Cest pos- 
» sible , dit saint Louis , » et aussitôt il défend à tous oflîciers , ju- 
ges , sergents , de recevoir désormais des présents ,' d'acquérir des 
terres ou de marier leurs enfants sans son consentement. Mécontent 
des barons , qui négligeaient de venir à sa cour ou parlement , il leur 
substitua des fils de bourgeois , studieux élèves de Tuniversilé de 
Paris , connaissant à fond et le droit romain et le droit canon. Quant 
aux baillis ou prévôts , jugeant pour le Roi , ils ne prélèveront aucune 
amende, ne prononceront aucun jugement , sans l'avis des latines' 
gens deTendroit. Trêve aux combats judiciaires , plus de ces vieilles 
épreuves germaniques du feu et de l'eau bouillante , qui, â moins 
d'un miracle , assure le triomphe de la force ou de la stipercheKe. A 
leur place, l'équité; la raison et la preuve par témoinslsousia Ibidul 
serment. ' ' 

Grâces à ces lois protectrices , les terres du Roi , jadis fiUd peu- 
plées , eurent la préférence sur celles des seigneurs; 'la pdpttktkm ei 
les revenus du trésor doublèrent. Jusque-là Paris étïÉit uH repaire dei 
larrons , et les rues , la nuit venue , de véritages doujie^gërge. Gon-^ 
sidéraqt l'impunité comme le juste profit d'une (Aatie payée eher , les 
amis du prévôt étaient les premiers à voler, piUdk^.'toer. A Pâlis ^ 
cotnxàé aifieurs , cet abus disparaît , et là prévôté pattse frittuitenÉen^ 
au sage Etienne Boilesu , soldat de la dernière croisade. Par se» aoind 
la capitale est purgée de brigands. Chaque soir , la cloche du cenvre-H 
feu avertit les habitants de rentrer chez eux : les travaux eesseni; 
les portes se ferment; au milieu delà ville. %vi dort en •ioorifé.l 



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L'OUVRÎKR. 



IS9 



plus diantre bruit que celui des bourgeois du guet, qui, dans leur» 
r«uiesBO€tnrBes, ramassent les vagabonds , arrêtent les voleurs, 
préviennent les incendies. Chacun est de garde i son tour , k moins 
l|QA 8» femme ne soit malade on ses affaires en danger. Une surveil- 
kraoeispédald s^exercw sur les tavernes on cabarets , destinés aux 
étrangers en passage et non aux OQvriers fainéants, ni ant gens sans 
«▼en. Toat-fMUvre <qui'les fréquente sera banni de la ville. En même 
teisps S€fnt rédigés par le prévdt , sous le nom d Établissements , les 
srîMi nsaigetd^s eoirp» de métiers ,. glorieux monument des associa- 
tions ehrétiennes , où la charité , victorieuse de Tégoîsme , pourvoit 
jffM4iollicitiide anx besoins des apprentis , des orpheline et des veu- 
ves , fixe les fcenres et le prix du travail , et assure k l'euvrier une 
«aûetenoe honnête et uh repos nécessaire; Le gardon boulanger lui- 
même joèiira de son dimanche, et cejonr-Iè les phis grands seigneurs 
manferonl du pain ni9ns. 

Pendant qu'il se purifie an dedans , Paris s'entoure an dehors 
«Tonaoeintttre-de nouveaux couvent^ , citadelles de la prière et de la 
pauvreté. Le Roi donne Longchamps aux Ciarifses , fiUei de saint 
Firançitfe; Gharenton aux Carmes déchaussés; les Àngnstins s'éta- 
UÎMail ih porte Montmartre , les Blancs-Manteailx et leë frères de 
la Sainte-Croix à la porte du Temple. Partout s'élèvent des hôpitaux, 
dos Idproeorîet ; le vieil Hôtel-Dieu, fondation du tii« siède , se ré- 
plire et s'agrandit , et saint Louis bâtit les Quinze-Vingts pour trois 
tmtB psnvret soldats , qn ont eu les yeux crevés par les Sarra- 



Toutefois, bien que nombreux et riches , les hospices ne sont que 
let vtastèe«l déteitablefl casernes de la misère , sans k charité qui , 
veillant au chevet de chaque malade , remplace pour lui les soms 
d'un» mèro cm d'me femme bien-aimée. En ces temps de ferveur , 
les tiers-osflres de Saint-Dominique et de Saint-François' se dispu- 
taient celte héroïque mission , et les pins riehes seigneurs , les plus 
nobles dames venaient avec les bons bowgeots se relever au lit des 
psnvres. Quelques prêtres on quelques religieuses suffisaient pour les 
diriger , et , quant aux orphelins et aux enfants trouvés , exposés 
ilans les églises , qui le croirait? il n'était pas question pour eut dV 
Biles ni d'hospices , tant les bonnes âmes se disputaient Thonneur de 
les recueillir à leur propre foyer. Tertiaire de Mint F^nçois, admi- 
rateur de sainte Elisabeth , dont il aknaat i embrasser le fils , saint 
Louis sentait que la charité ne se décrète que par l'exemple, et met- 
tait Ini-iHême k main^i l'œuvre. Chaque vendredi , il visitait les hô- 
pitaux , pansait les blessés , et consolait les infirmes ; il nourrissait , 
tous les jours , tine centaine do pauvres ft sa table , les servait de ses 
maûu en Avent et en Carême , et , le Jeudi-Saint , Wur lavait les 
fimàs^ an grand étonnemeut de sa cour. 

Si , i l'exemple de Jésus- Christ, saint Louis aimait, soignait^ caî- 
resoait les pauvres , quand il s'agissait de faire honneur à soH' Sau- 
veur lui-même , sa munificence ne êomiaissàit plus de limites: Pour 
renfermer k couronne d'épines , un clou et un morceau de k vraie 
crois , venup do Constantinople, il construisit cette Sainte-Chapelle, 
BwrvdUe de Fart gothique , oA k pierre , tissée par le sculpteur en 
un fésoiu léger , parée de couleurs aussi dofuees que vives , se d^ 
covpo ta simple ^t pure ^tve , et où , changeant l'asur du ciel en 
mille teintes magiques, le verre des grandes fenêtu» mf vie ses élouis- 
aaats tableaus:aux mosaïques des mnrailks. Les bonnes villes suivent 
eut âan ; Rouen , Chartres , Amiens , Bourges , Reims , Slrasbousg , 
élevait leurs superi>es cathédrales , esuvres sécukiires de foi et êe 
piété; Les pkns des premiers architectes sont débondés ; les roses et 
les fenêtres grandissent ; les colonnes s'allongent ; les voûtent s'élèr- 
vo»C; tout s'éknce vers le ciel , depuis k amindre clocheton jusqu'à 
. l'andaeieuso fllècfae qui se perd dans les nuages. A d'autres le marbre 
prdcicox.,.ks bois parfumés , l'or et. les pierreries ; les églises gofchi- 
• i|«es^ ont souks cette inimitale vie J[|ue l'amour donne à h pierre. ^ 
.. Soiis ces voûtes sonores coulent à flot l^ musique et k poésie. 
Aus: vienx chants ambrosiens ou frëgoriedS'Se mêlent les proses d'In- 
Bocent 111 , les hymnes de saint Thomas d'Aqiiin, les chnnts a'amour 
.Jes^ Fftaciscains , mélodies iraîchea et pures , qui, toujours en har- 
mo ie a\cc le sujet, emploient les richesses variées d« i'ait grec. 



Tantôt le lugubre IHés irœ évoque sur le cercueil dei morU râppsreil 
du jiigement dernier'; tantôt la côitij^ainte dfu Sîahai révèle les douleurs 
de Marie, debout hn pied- de la croix ; tantôt, enBn , dans le mjajf^s- 
tueux oITice du Saint-Sacrement, les fidèles rnssurés adarent «t Âm 
lent le Fils de la Vierge, le jpJaîn des voyageurs , nompagiton et sou- 
tien de kurs misères évant d'ôfi'e feur juge. Aînai l'art chrltirn était 
complet, et, à leur beroeaUj les peuples dta Nord, portl^t snrks »îlcs 
dek foi et de l'amour de Dklr, pouvaient hardiment défîer les pahis 
enchanteurs et les délicieux jardiné <fes Ai^abes. 

Même codtra^te dauales sciences: Taiidis que , sons la main de fer 
de leurs soudans, les Orientaux brillaient surtout dans les choses 
positives et matérielks , mathématiques , géographie , aBlronomie , 
cliimie , médecine , saint Thomas d'Aquinuietraîi la dernière pierre 
au magnifique édfiice de k théologk éhrétiennct , science msîLre^^e , 
qui , commandant à tous et n'obéissant & persoiine , eôre d'elle-mi^me 
et paisiblement assise au somniet des choses, pouvait de 1^, plus tard, 
explorer librement le monde des esprits et le monde des corps » fidè^ 
les miroirs du monde moral. 

{HùMrt de Frmiu.) ÊnilE Kkllsei. 

Député au Corps légialatlL 
{La suite au prochain numéro.) 

LES G0HPÂ6N0NS 6E Li GROlX * D*ARG£NT u 



CHAPITRÉ V. 



iy 



U^' 



Aosmnbléo do nuit oà il est' qnostioii fort totiguemeiil 
de Clavdio Chopin. {Suite. ) 

— Pinson, dit maître Louis, va voir ce qui se passe. • . 
Pinson obéit. 

n sortit ; le jardin était sombre : la lune se cachait derrière un 
nuage. ,....- 

Pinson parcourut à pas lents k petite allée qui condui&iit h Vm- 
droit où le nwr écroulé avait laissé, w^ a^.'^ds facile aux Compa- 
gnons. 

n ne vit rien ; il n'entendit rien. , , 

Le vent sMtait élevé, vent chaud et lourd, plein de fluides orA^ 
geux. . ... 

Pinson revint vers les bâtiments de^ TiiâteL Les fenèlres étaien! 
sombres; aucune lumière n*y brillait. 

Quoiqvi'elle fût habitée, la maison paraissait morte ; ellei se dfeasait 
silencieuse et morne. 

Une allée dVnes conduisait vers un |ietît carrefour ^ù s'élevait 
la statue fameuse delà chatte favorite. 

Pinson 8*en^3a sous les voûtes fo|rmées par les branches touf- 
fues. 

De moment en moment il s'arrêtait, il prêtait Toreilk aux moinr 
dres bruits. 

Il n'entendait que le vent a^gitant les feuilles et sa jouant dans le 
faîte des arbres. 

Au bout de Tallée, près de la statue, il y avait un petit ba&sîn. 

Un cygne, hôte solitaire du jardin désert, dormait la Idie envelop- 
pée dans le fin duvet de ses plumes. 

Pinson passa sans réveiller Toiseau. Il, allait rentrer dans la i^ha- 
pelle. 

Il crut entendre des pas dans une allée ; iHcouta attentivement 
il n'entendit plus rien. 

Il a'y a. personne dans le jardin , dit-il en rentrant dans la cha- 
pelle. 

C'est bien! 

— Continuons,, dit maître Louis d'un air parfaitement calme. 
Voyons, fiuillot la Laague-Morte| à toi ! 

' La reproduction est interdite. — Voir les n*» df* ^rVirytVr des 1, 10 , 47 Cl f & 



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-^5- 



-?• 



fit 



roUVRIER. 



Le Compâpon, 1 qui ces inoli s^adrêtsâïent, ^tait jeune : fl parais* 
lait n'aToîr pu p!ii4 de 27 i ^8 ani. H éUît petit, mais il avait la taille 
bien prise €t paraissait Bolidement biti, li parut embarrassé de 4a 
question du maître. 

— On l'a lurnomnié b Langue-Morte , â cause du silence que lu 
gardes toujouTB sur les choses qui le concernent; vuyoos, dêmeolston 
luniom, paries-nouSf dh uo peu ce que tu h'm. 

— h ne faii rien ; mes jours sa suivent, et Dieu sait qu'ils se res* 
semblent comme les deui œufs de la même poule. 

— Cen^êst pas une réponse^ ça» interreuipit maître Louis en ca- 
chant mal un mouirement d'impatience. 

— U fi*eii fera pas d^autre , interrompit le pare Brûlot , cependant 
l'Éveillé, notre Rouleur, m^a rapporté de Gulllol un acte qui nous le 
ferait eslimer, li déjà nous ne roâtimions comme un de nos meilleurs 
cousins. 

^-Qu'a-tril donc ^t, ce sournois 4i? demanda en souriant maître 
Louis. 

— Oui, quVl-il fait? demandèrent les Compâgnoas. 

— Vous connaisse E Pierre TÂrdennois, notre cousin, qui n'est point 
ici ce soir — je ne sais pourquoi: — rArdtnnois avait un petit pécule. 
n voulait renvoyer à *a mcpt;, qui demeure du cûté d»i Charlrcs. 

— Pas si loin , înterrompil Guillot, un peu au*dessus de Rani- 
botiillet. 

, — LaÎËse-dono dire le père Brûlot, E^écnèrenl 1 s Compagnons. 

— Je disais donc, reprit celui-ci, qu'il n*y avait personne pour por- 
ter â la mère de TArdennois Fargeut que lui voulait faire tenir son fils. 
Guiltot voit rembarras du Conjpi^non : il prend un samedi soir h 
somme d'argent dans &a ceinture, son bâton fi h main. 

1k a été faire la commission de Pierre TArdi rinois ; il a faft le 
voyagf^ k pied en un dimanclie &i deux nuits. 

Il iH:ùtle lundi de retour a son chantier, sans qu'on s'aperçût qu'il 
fU fatigua; et cependant il devait rètre, car ilavait marché en moins 
de 40 heures plus de 30 lieues. 

(luillot ne disait rien. 

— VoiU qui est d*un bon compagnon ; ce sont bien les meilleures 
jimbo^ et un des meilleurs cœurs du Compagnonnnge, et maître Louis 
en disant ces mots, regardait avec un sourire plein d'affectiun le jeune 
Compagnon. 

U demanda ainsi â chacun ce qu'il avait fait depuis la dernière as- 
semblée. 

Quelque^S'Uns étaient mariés. Maître Louis leur demandait des nou- 
velles de leurs femmes et de leurs enfants. 

Chose singulière, 

^faitre Louis semblait connaître les afTciires de tous les Com- 
pagnons. 

il disait k chacun ce qui le concernait* On aurait cru qu'il vivait 
familièrement avec eux tous. 

Il répondait à toute question , comme sHl eût prévu qu^elle devait 
lui être posée. 

Il avait des paroles d'encouragement pleines d^une douceur extrême. 
On sentait qu'il partageait la peine qu'il sViïorçaït d'adoucir. 

Les Compagnons récoutaîeot avec une déférence marquée. 

Maître Louis avait , pour relever les âmes , ât^ accents tous parti- 
«iîlitirs. 

U pariait de la France ! 

tl parlait de la grande cause du peuple î 

n parlait de TÉglise catholique ! 

Ce3 trois amourâ sembla îenl lui brûler le cœur. 

îts échauffjienl ses paroks, 

îli allumaient dans ses regards des clartés étranges. 

Chacun des mots qui s'échappaient des lèvres de maître Louis tom- 
bait comme un charbon ardent dans Yàmè des Compagnons. 

Il s'était levé. 

Los Compagnons assis, en cercle, autour de lui. les yeux Hxés sur 
fui, dominés par son regard^ par son geste , étaient suspendus à ses 
lèvres. 

1^9 cfaeTeux rejetéi en arrière fautaient voir un front lar;'! bien 



dessiné. 

Sa figure, peu régulière, était toaie illuminée par «ne în«piralÎM 
mystérieuse. ^ 

La langue qu'il parlait était la langue du peuple, familière, taifii^, 
et quelquefois grossière : mais cette langue, au contact de U -pensée 
de maître Louis, prenait une grandeur singulière. 

Il ne parlait qu'à quelques honsmes réunis la nuit dans nnfe cba* 
pelle déserte, le maître des Compagnons de la Grou-d'Argeftt — On 
eût cru qu'il s'adressait â un peuple tout entier réuni pour Ventcadire 
sur quelque place immense. 

Non que maître Louis parlât haut : il éteignait «vee le plus^ned 
soin les accents naturellement sonores de sa ^cHx mélodieiMO. 

— Non, disait-il, mes amis non, il ne faut pas vmis le dissi- 
muler, des épreuvos, del épreuves terribles vous attendent I 

11 y a des réforhies à opérer dans l'ordre de choses actuel i le roi 
et l'Assemblée nationale préparent <ies réformes. 

Leurs efioKs réunis corrigeraient les abus , dont on se pUînt, kâé* 
te raient les progrès qu'on demande. 

Mais vous le savez , à côté des gens de bien qui Taillent ées rfi- 
fo:mes, il y a toujours des hommes violenta qui ireuk&t ike «é** 
volutions. • • • 

L'église n'a jamais défendu A ser enfants de eoneourir dans la me^ 
sure de leurs efforts à réaliser le bien, â corriger le mal. 

L'Église défend de faire le plus petit mal , f6t-oe peur iffriver a« 
bien le plus grand. Elle défend donc les révolutions, c'est-Â-dire la 
violence, l'abus de la force. • 

Elle veut la liberté ^ oui 1 mais la liberté du èien; nen la liberté 
du mal. 

Nous sommes ouvriers > nous sommes les d» du peuple etlee fils 
de l'Église ! 

Jetons dans la balance où, se pèsent les destinées de la Fi^aee le 
poids de notre puissante décision. 

Compagnons , opposons-nous de toutes les forces du compagnen- 
nage à la violence révolutionnaire. 

jSoyons fidèles aux vieilles traditions suivies par les Compagnons de 
la Croix-d'Argent I 

Douceur et pntience I 

La nouvelle du renvoi du ministre, annoncée htereoir è Ptris, y 
produira dans quelques heure» du nouveau. 

Le jour va se lever : e'est dimanche at^îiuAd^ui ; allons tous prier 
Dieu qu'il nous protège et qu'il sauve ia France. ! 

Si, comme je le crains-, il y a quelque niouvement dans la foute i I 
cause du renvoi de M. Nocker, les Compagnons noirs en proriteranf 
pour faire le mal ; mettez- vous en avant, et faites ce qu'il faudra poM^j 
le bien. ] 

Il ne faut jamais recourir à la violence; même pour fiire justice* i 
maintenant moins que jamais. Dieu protège la Trance; il h «auven 1 1 
prions-le et seyons patients. 

Il continua longtemps ainsi , montrant avec une éloquence admi- 
rable les funestes conséquences des violences populaires, l'eflîeacill , 
de Ir parole patiente et convaincue, la sagesse de rÉglise, Im itécd»»] 
site d'être catholique pour les hommes de bien , jaloux de servir w 
cause dn peuple et celle de la liberté. | 

Tantôt il peignait les horreurs des luttes civiles , le sang coulatil ! 
dans les rues, les femmes qui se désolent, é^m^is la veiUe, veu vei j 
le lendemain , les enfants qui pleurent. Malheur, disait-il , mnx ei^j 
toyens violents*, loin de hâter le jour de la justice, 'tli le r^! 
tardent J 

Tantôt il montrait l'eaipire de la persuasioB et de h douceur. Notfi , 
Seigneur, disait maître Louis, a'avait pas d'armée â ses ordr^ it| 
cependant il à conquis le monde. Soyez doux à son exemple, nies amiS| i 
et comme lui vous triompherez et vous feres triampli>ar avec vout m 
sainte cause populaire, poar laquelle chacun de vous est prêt â niou«| 
rir. L'Église vous regarde I la Franee vous devra son salut. Courage l| 
courage ! 

Pi ions. L'action n'est rien sans Dieu qui la bénit. Travaillonj. Lt 
besogne Oit rude ! U tâche immense i travaillons 11 



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l'ôûvmbr; 



fif 



S*il le faut, sachons mourir pour ta France, pour i^Ëglise et pour 
la |ibeftéde$ enfants de Dieu..., 

Quâbil maître Louis, épuisé par reffort même de sa parole, s'ar- 
rêta, des krmes brillaient dans les Jeuic de plusieurs. 

On se taisait : tout-à-coup on entendit dans te jardin, près dé la 
chapelle, comme un bruit de p^s, qui paraissait se rapprocher. 

Pinso^ 8*^laii^ verft la porte. 

La nuit êtxtt toujoiit's profonde*. . 

n regarda attentivement; il cherchait â distinguer i travers rob^cu- 
rité là cause du brait qu^on avait entendu. Tout-1-couj^ l'un des hùa^^es 
qui couvrait la liine s'écarta. 

Une pelouse qui s*étendait devant lliôtel de Lesdiguières s*éclaira 
subitement. 

Pinson rentra précipitamment. 

— n y a quelqu'un dans le jardin, murmnra-t*il , asset haut pour 
que chacun Tentendît. 

Mattre Louis souffla la petite lampe. Séparei-vous, dit-il ; le Rpu- 
lenr vous avertira du prochain devoir. 

Quelques iiistants après, on voyait dans ta rue de ta Cerisaie et 
dans les rues voisines des formes sombres qui glissaient silencieuse- 
ment le long des maisons, et suivaient différentes directions. 

C'étaient les Compagnons de la Croix^TÀrgent qui retournaient 
mystérieusement chaciin chez eux. 

Au jnqment où le jour psirut, rÉveillé entrait â Tauberge de la 
Croîx-d*Àrgent. 

Le père Brûlot conduisit son tilleul dans une petite pièce reculée, 
ou il était sû^d*ètre I l^bri dés Indiscrets. 

L'Éve\ilé fut, en sa qualité de douleur, mis au courant de ce qui 
s'était passé dans rassemblée de nuit, oOf il n*avait pa alisier. 

lie père Brûlot le chargea ensuite de se mettre immédiatement à h 
recherche de Claude Chopin, à qui il devait être arnvé quefque mal- 
heur. " ■*' '/ ' • ■"' ; * 

— Fais tout ce qui! faudra pour avoir de ses nouV(^te5,rfisreillé, dit 
avec insui,nce le père Brûlot, et il donna au Rouleur différentes indi- 
cations. 

— Soyez tranquille , je chercherai le Compagnon comme un frère. 
—7 Mattre Louis te le recommande ! 

Ce mot produisit un effet magique , et le Rouleur quitta rauberge 
de la Croix-d' Argent pour aller à la recherche de Chopin 

Quand il fht dans la rue, avant de s'éloigner, te pauvre bossu leva 
la tête. Il regarda la fenêtre de la belle Finette ; fa fenêtre était fer- 
mée : tes volets étaient ouverts ,' mais deux rideaux soigneusement 
unis défendaient conti'e les indiscrétions d'un soleil matinal II som- 
meil de M»« Brûlot. 

L*£vèillé poussa un profond sotipir. IHiis il se dirigea cf un pas ra- 
pide vert la rue Saint-^Antoine. 

CHAMtRfl Vî. 

Où le lecteur retrouTa Claude Chopin dsws PM» fit«»ft|Oû 
»;/•.' ffl^^M 4e-p*Bils.. 

Claude Chopin, que l!on attendait en vain â Taube^rge de la Croix- 
d'Argent, pensait, bien qu'il ne lui se»*ait jamais donné d'y arriver 

Au mçment oÇLÏ'ÊveîUé quittait la rue du Pétit-Musc. le nevô^ du 
père Brûlot sç réveillait d*un prorond sommeil. 

U ouvrit lés yeux : il se trouva dans un lieu parfaiteinent obscur. 
La nttit ta plus complète y régnait. 

H étendit les bras : il sentit tout autour de lui un mur. Ce mur 
était humide comme celui d'une cave. 

P^ndf nt quelques instants Claude crut quH rêvait ; il cherchait I 
. reeuadlir ses idées. 

11 tût était bien arrivé quelquefois dans son pays , en revenant i 
SoUsofU de la fête de Crouy, de tomber dans un fossé et d*y dormi 1 
une partie de la nuit. 

Afors, quand il se réveQlait, il voyait le ciel étoile briller au-dessu: 
de sa tête, ou tes flèches de U cathédrale de Soissons percer i Tho- 
ixon le ciel douteux du premier matin* - 



Ici, il se sentait bel et bien enfermé dans un lieu souterrain. 

Il s*agita, afin de chasser 1âs dernières illusions da sommeîl : U 
souvenir de ce qui s'était pa^^sé U veille lui revint I k mémoire. 

Il se rappela sa f^trgue e^drêmc, son entrée au cabaret, l^^s bruiti 
étranges qu'il y avait entendus , ta scène de violence à h<\\ïc\\e il 
avait succoml^, la jeune GRe qui était intervenue pour lui sauver h vie. 

n se souvenait qu'ofi ravait fait descendre par un escalier très- 
obscur, et que vers le milieu de Tescatier on lui avait ûùnt\ê sur la 
tçle-comm^ un violent coup de poing, 

u «'arrêUlent ses sr,uvcmn>. -* •» '^'""'''» ""^ **'' 

Il porta sa main  U têle : il y sentit une légère douleur; ce lui 
fut U preuve que ce qui s'était passé n'était pas un rêve. 

nais où étâi^-jt? qu*avait-on fait de luiT depuis combieu^ de {empf 
élait-illâr ^ 

Sa pensée .flottait indéciae. "^ . ''^ 

Il était enfermé dans une espèce de cdlute ; de trois i^Stês il tou- 
chait de ta main la muraille , d'un quairlème il sentait une porte 4^ 
bois. 

11 fit eifoi't pour Touvrir : la porte résista; elle était soUde coil|^e 
la porte d'une prison. 

Sous la porte, ^ y avait un intervalle par oA Tair entrait et venait 
jusqu'à Claude. 

n sentait que si b porte e^ït été fermée plus hermétiquement , il 
eût été asphyxié* 

L*air qîii pénétrait dans Tespèce de cellule où il se trouvait rfen- 
îermé était lourd, chargé d'humidité et des odeurs malsaines que Toà 
respire dans les lieux souterrain?, 

Chopin ne pouvait imaginer où il était. Il se coucha i terré, appli- 
qua l'oeil soiis h porle : il ne vit rien» pas même la hieur incertaine 
(fuite clarté aperçue de loin dâos Tobseurité. 

li écoutait avec une attention fébrile : son oreille ne percevait au* 
cun bruit. 

Par instants il lui semblait bi^n que des rumeurs vagues venaient 
jusqu*i lui : il faisait alors un effort incroyabïe de volonté afin de 
percevoir tetf sons plus distinctement. Était- ce une illusion des seni 
qui l'avait séduit"? Il n'entendait plu? rien. 
• Claude n^était pas une âme faible. '^' ^^' ^^' * ' 

Le silence , Tobscurité , la solitude prenaîent néanmoînt tor soH 
esprit une étrange influence. 

fl se sentait le cœur troublé par une horreur indiribie. 

La notion de b durée tut échappait : quelle heure élait-in combien 
de temps était-il resté endormi ? 

C'est un sentiment extrêmement doubureux que produit T igno- 
rance absolue de Th^ure dans une circonstance tomme celle crû le 
trouvait Claude. 

il sentait qu'il avait besoin de manger; une soif ardente le dévorait. 

Qu^avidt-on fïit de lui t L'avait-on jeté dans quelque trou de basse- 
fosse pour l'y laisser mourir âà t',»im? " '* 

Claude Chopin se poMU S lut-même ces questions terribles. * 

U se demandait surtout quels étaient ces hommes qui s*élaient em- 
parés de lui dans le cabaret. 

Il rappelait dans éa pçosée leurs figures étranges, horribles, leur 
violence qu*ils aur^i^nt (lousséa jusqu'au meurtre, s'ils n'eussent été 
ïicténus par une jenne tille. 

Quelle était cette jeune Fill^? ClauJ'* Chopin avait compris qu'elle 
était la fille de celui de ses agresseurs qui s^appelait le MarsèUlab- 

La tête du malheureux jeune homm^ s'égarait en conjectures, 
n resta longtemps ainsi 

Si on eût prêté l oreUU t^t qu*on eût voulu surprendre ce que faisait 
Claude Chopfn danii l'ht)rnt)1a situ^tbn où il se trouvait^ on eût en- 
tendu, entrecoupés pir i<^s .■f^nglots, des moti comme ceux-ci i 

f Ma mère*.... mon Dieu, ayei pitié d*ellô, ajet pitié de moi!.... 
j'ai été jusqu'ici un bon ouvrier chrétien et soumis â l'Église , mon 
Dieu, ne m'abandonnez pas!,.. . Saint Joseph, patron des charpen-^ 
tiers, ne m*abandonni^z pas ,,,. Sainte Vierge, sainte Vierge, sauvez* 
moi, sauvei mi mère U 

_ M^ mè re ! ce mol lui faillit biUr« k Cdur eltis ? ÎU me^iK 



'S^^ ^ 



lU 



L*OUV{l}^R. 



% Y il 



C'ff lit Qûo nobk femme , la mère de Claude ! 

£lk habitait, à 5oissQ0s» uae pnufre maj&an , clans une petite rue 
^}iï mène à h rivière. 

De son métier, elle était fil eu se. 

En 1 789, le mélier de fdeuse était encore assez lucratif. La mère 
de Cbude en vivait, 

EUé était veuve. Le père Chopin, son mari, était un brave ouvrier 
charpentier. Il ét4it mort, il y avait déji cmq ans, d*un accident ter- 
rible. 

Une poutre détachée d'ane toiture I Timproviste lui était tombée 
iur la tête. 

Il était mort sur le coup. 

Sa veuve était une saiote femme i elle n'avait après le bon Dieu et 
la sainte Vierge qu'un seotimenl dan» le cmur, c^était Tamour de 
Claude* 

Et Claude pleurait eu se rappelant comité il «Itatt aimé par sa mère. 

Q la voyait par la pensée la digne femme avec ses cheveux déjà 
blancâ ^ sou bonnet de mousseline grossière , mais admirablement 
propre, son fichu croisé sur la poitrine, 

entendait dans sa mémoire le bruit sourd du rouet! 

Puis le souvenir rappelant le souvenir, û croyait encore être ad- 
près de sa mère, le pauvre Chopin. 

La chambrette de la vieille femme dormait sur l'Aisne , qui coulait 
joyeuse et bahillirde i deux pas de la maison, 
. Le dair soleil cintrait par la fenêtre, U faisait reluire comme un 
miroir le christ en ivoire pendu i la muraille , seul trésor de la pau- 
vre la mille : ouvrage d'un ami, sculpteur habile. 

Les bruits qui se font sur le petit port de Soissons, au débarquement 
des baCeauit , arrivaient à la demeure de la mère Chopin. 

Puis Claude regardait autour de lui » et il se sentit lom de 
j|oiwoa , loin du petit port plein de soleil et de bruit, loin de sa 
mère! 

la pauvre enfant ï il tUait sans doute mourir }k^ sans qu'elle, fût 
auprès de lui pour lui dire de douces paroles ^ Ijui mettre s^r le 
ffOUt sa grande main blanche et l'aider à mourir en lui parlant de 
Dieu. 

Et que dirait-elle quand elle n'aurait pas âa eâ9 nouvelles, quand 
éUe ne le verrait pas revenir. 

Elle ne voulait pas le bisser partir : elle craignait pour son cher 
Claude le voyage de Paris, les dangere delà route* les mauvais^ ren- 
cpntres, les périU inconnus. . . • 

Les mères ont dans le cœur des pressentiments qi^i ne les trompent 
jamais. 

Claude pensait que sa mère ne s^était pas trompée, quand elle lui 
avait dit en pleurant , au moment de aon départ: «Tu t'en vum» mon 
en&ntp mais tu ne me reviendras pas ! i 

Toutes ces choses passaient et repassaient dans TesprU du malheu- 
reux Chopin* 

n éprouvait une tristesse insurmoutable , et comme les premières 
attËintes du désespoir. , ; 

Uon Dieu I mon Dieu ! s'écriait-il. . , , 

Sainte Vierge Marie ! ma mère vous a récité bien àf^ chapelets afin 
qm vous m'ayez eu votf e protection. 

Sainte Vierge Marie, ayes pitié de moi 1 Sauvez-rOtpi ! sauvez ma 
mère, ma mèret 

Et puis le âilence te disait , et Ton n* entendait que les pleu|9 du 
jeune ouvrier* . , . i 

Et pourquoi n'aurait- il pas pleuré, le pauvre enlantt U n'avait pas 
encore ses vingt-deux ans t 

Le danger, la mort elle-même, en plein jour, 1 la (ace du aolei), de- 
vant des ennemis vivauti, elle iCeùi pas fait peur, à Claude Chopin ; 
car il était brav^â , le jeune charpentier de Soi^sons , et aussi brave 
que les plus ûinfarons de bravoure. 

Hais b mort, la nuit , quand on est seul , loin dM imis qui encou- 
ijgent, loin du ciel bleu et clair, loin d'une mère qui vous donne 
nn dernier baber , loin d'un prêtre qui une dermôie fois vous dise : 
t Diev est bon. v Qh 1 o'est hornye] 



n frissonnait; ear il s*attendait à une pareille mort. 

n sentait que les forces albient rabandonner. 

Une faim horrible le tourmentait. Une soif inte^tioguible loi brftUit 
la gorge. Il ii*avaît rien â manger, rien i boire ! 

Il tenta nn effort désespéré. 

Avant de mourir, ne falbit-il pas tenter Timpossible T 

Et puis, il avait prié Dieu, et la foi doun^du coi^^ge. 

U appuya l'épaule centre la porte, et poussa de toutes las Jbrçei.de 
son corps, centuplées par le. désespoir, < i ! > 

Un moment la porte parut céder. •....;, . . • ' 

Claude redoubla ses efforts. • . > , t . ., . 

Sans doute ]» ports firajDob^r Claude .trouverait biei\ d*atttref obs- 
tacles. * 1,. . ', 

N'importe ; il n'en voyait qu'un en ee moment* , , , ., 

La porte, un instant ébjranlée, ne eédapaa^ ,. , r , <]. 

Claude sentit qull perdait connaissance. m • .. , . 

Cet effort immense et inut^eravaitbriséa • - / r. < ' . 

U toml)a sur le sol de sa eeliule. 

Quand il reprit connaisHUee, il était toujours enferml.^ 

Une clarté sourde pénétrait |Qus le seuil dei la porte^. . . , , 

Claude entendait des voin;; il lui parut qa*on p^riajt .da]Qi^^ eu- 
droit du souterrain voisin de e^lui où jl était. „ 

— U ne peut nous être bon i rien, disait une voix qi|e Çlaade re- 
connut pour être celle du cabaretier. 

— Si nous lui faisons ton aAure, oOi le mettrons^^ous^ répondit 
une autre voix. 

Ces expressions faire son affo^ire, avaient un sens trop claif ..Claude 
Chopin se sentit le corps trembler. 

— Nous le jetterons dana )e puits perdn , U-bae derrière û grande 
galerie. » . j i 

— Non, ça gâterait rean« - 

— Tn as raison, TAméricain; eh bien, nous lui erénserons un 
trou, et avec six pieds de (erre, on ne sent pas rôdeur. 

— On ne sent rien, quand le plein air est là poui^ pnrger les maa« 
vaises vapeurs, mais ici, dans ce souterrain, avec lliumidité nous an- 
rona la^peste. 

— Laissons-le aller, èe aéra plna court. . .- _ 

— Oui, ponr qu'il ai^e tqut droit noua dénoi^eer an U^^temlnt cri« 
minel. . 

— Eh bien, envoîe*-]e noua dénoncer ,au Père Étemel» et vçae nui] 
nous sortirons le oorpa et nous le jetterons à 1<| ^eine ou ailleurs. 

— C'est trop dangereux ( on pieut avoir vule gars entrer au cabarel 
U-haut. Tu aais bien qn'on a des- so^pçona sur .nous, , 

— Nous ne pouvons cependant pas le garder. 

Claude Chopin »' l'oreille o^llée â la ; porte , écoutaij; plis m«l ^1 
rif chacune des paroles de ce sinistre dialogue. , 

Une sueur froide glissait à grosses gouttes sur son front 

Ses cheveux roidis se daeesaifi^^ anr Jn ,tête. 

Je suis perdu, murmurait-il, et il ajoutait aussitôt : 

Keu; ianvëi-moi ! • - .. - ' , 

Les voix se turent. U paniti 43alide qne les deux interlocuteur 
«'éloignaient. r . 

Ils vont me laisser mourir de faim, se dit-il. 

n commençait i éprouvei^ des douleurs insupportables. 

De temps en temps il sentait sa tête saisie d'un étourdîssement e^ 
trêmen^ent pénible ; puis la connaissance lui revenait, et avec élj 
toutes ses terreurs. 

Une des plus vives, le croira-t-on I était la crainte de mourir fsui 
confession. ^ : 

Claude Chopin était un bon chrétien. . . I 

Il se rappelait ce que sa mère lui avait enseigné, ce qne plus tard! 
avait entendu quand , avant de laire sa première communion ^ fX ^v^ 
suivi le catéchisme. , * 

S'il mourait sans se confesser, il serait damné et pour rétêniitâ. | 

Il se souvenait qu'un soir , il avait entendu un capucin prêcher da 
la calhcdrale de Soissons. ... 

. L<^ capucin avait pi écbé sur la mOrt, el sur VeuUr, 
Digitized K.y -^^^ ^ *^-.^ 



rouvRiBn. 



i« 



~ CMnéê se fâppèltîl eomiii» sll les eût eateodisesla veitte» U)«tes 
*es fisreles dtt ÉerBMMi. 
(Test herrible t se 4i8si^il , je suis perdu en ce monde el A jsiiMiU. 
hèmÊlkeiatéUM tt*afiit jpes enoore^m 4e si' près Is mort et ses con- 



Lidée de movrir sepscoofessî^iUerriSsil Tâme religieiiéeda jeune 
«mtffieri ■ - *j - • 
Ss pensée sniftnt les mêmes tôles , il vint à se rappeler un autre 



ff était ^uelqaee msés auparatant; «i clair dîmandie de prutemps. 

Le soleil jonait dans les grands titraia rouges delà cathédrale. 

GoUe^lbis là encoro «n espncin aiait ptêehé. . 

n amt dit que Dieu était si bon , iiu*il n*abaadonnait j^uosaii eeu 
qai vrëeài recours à kd. 

Cette parole jetée dans L'âme 4le Qaude y était demenrée comme h 
pierre que les enl^nto jeilent dans k torfttat y demeure cou? erle jna* 
qu^au jeor où l*éao tient à baissor. 

L'idée delà bonite de Dieu et le soutemr de tontes les belles choses 
que le eapucm atait dites sur oe sujet revinrent en iaéme tepoups A la 
oaémoirè de CUnde. 

Mon Dieu t mon Dieu! teiMi fotre promesse. 

Soyes bon et sauvei-moi , s'écria Claude e?ec une insistance singu* 
lière d*espéraneoet de (bi; 

L*etRst de cette prière l'exalta un moment, puis pour la seconde 
fois â tomba sana connaissance. 

B pensa que cette défaillance était la dernière et qu'il ne se réteil- 
lemitplQS. 

{Umnkauprvékëiàimmirù.) GuÉUNT JUST. 



LA CUARITË PROTESTANTE. 



Nous lisons dans l'un des derniers bulletins de Y Association catho- 
Uqt$e 4e SaiiU* Français de Sales : 

e La cbafité oathotfque est ?siocne ; jamais elle ne pourra, suivre 
lee pas gigantesques de sa redoutable rivale , la philanthropie anci- 
enne» Celk*ci alMndèotte les bommee pour embroMor leschiros. 

» Il vient do se fonder à Londres unomuvredont l'Eglise romaine 
est proTondément indigne et dont le bar, éminemment charitable, 
e^t de consoler dans lour4 peines les eUieoe tristes, affamés et m i<* 
ladcs. La pieufe fondatrice, noble dame de Csnonbury^ n*a pusnp- 
porler la vue de tes milliers dHiftortnoés qui parcouraieni,dansriiur 
mtliaifonet dans IVngoisso^ les mes de la capitale snns avoii d'asile 
pour s'abriter. Elle e fait un tendre et chaleureux appel à tous les 
cœurs anglitaoK, et l'hiiBpico pour les rhieus perdus el nioursnts a 
été fondé! .. 

» Un (losteur en est le dirteteup (stc) ;nn médecin dirige au tempo- 
rel, aidé d'un confrère (raitant (sky. L'établissement reçoit ks soins 
intelligents et affectueux de quatre dames pattonesses, dont trois ont 
rhonnouf d^appirtenir à la boute aristocratie II y a, en outre» un 
conâté composé d« sept dames pipuses et de quatre gentlemen ; le 
tout, présidé par le pesteur. Cinquante ^uscripteurs H autant de 
donateurs trouvent dans leur charité de quoi soutenir honerablemeot 
cet aoile du malbeur. 

» Lorsqu'un cbien est admis dans l'établissement » son nom ( sic) 
et sa race sont inscrits sur un litre spécial ; un numéro correspon* 
danl à son chiffre d'inscription est attaché. à son oou, et il s'instaUe 
dans la loge que lui choisit son directeur , lequel a grand soin de 
consulter prjéalablement l'âge , l'état de 9snté (la moralité, le carac- 
tère , la corpulence ) du nouveau pensionnaire. 
' » Cent soîxanto'dix chiens ont eu le bonheur de s^asseoir ainsi au 
' baquet .de. la charité , et de se consoler, dans l'Asfle , des injustices 
du sort. Plusieurs cependant se sont échappés : c'étaient des chiens 
sans cœur ! d*autres sont morts , hélas \ mais avec les consolations 
^ et rassistan e e suprêmes de leur^élé pasteur. Actuellement» l'Hospice 
renferme sa loce soixante«>dÎK ehièos. 



! ».Oin a csamirqoé» chose touchante et qui montre ^en quel est le 
^ai caractère do oitte (E^yrt 1 que presque tous ces chiens sont.d'ar* 
freux roquets, fmmtM^ galeux, éreintési informes.. infirmes , saus 
éducation; les beamc 'jeux des^ protectrices ne «e rq>osent que sur 
une hideuse collection do caniches obscurs, ii^cif ^lei| de flatter l'a- 
monr-pffopré; et oependanjt elles les aimeptv elles se. dévouent p^ur 
eux.! chiennes , 6 chiens d^AUnon, que Totre sort est digne d'en* 
vie ! Bénisses , bénisses sans oisae la dame de Gsnonburï l bénisses 
l'Angletecre ! bénisses les pasteurs «prolestaots ! Ce n'eit p^ I Hume 
que pourraient germer dea dévoûmenisfareili , et ces peii&4es l^^- 
sent bien loin derrière eUeii iputes les instîtQttona eharitâiiles dont &e 
prévalent si fort ces miséraUes catholiques l 

s Et que l'on dise encore qu(| la civiliialkm, moderne ne produit 
irien de neuf! • 



ON VOYAGE A VOL D'OISEAU'. 



Heidelberg est à iiqe petite dist^qce de Bado. La ville n'a rien de 
remarquable. Mais voyez sur le flanc de la montagne a laquelle îlii- 
delberg eat adossée, ce vieux château, perché là- haut cofume un nid 
d'aigle. On Ta surnommé l'AUvimbra de l'Allé uiagne. Ce m conique di^^ 
nnines, m«s qaelles mines 1 Les ruiner d^aîl leurs n oiU-elles pas kur 
poésie? Elles pleurent, elles sourient, elic» f a ri tînt» elles r^k^onleul et 
font naître dans l'âme mille pensées, mille s^îiiUmeuls divers. Voici un& 
tour, un donjon abandonné; n'est-ce qu'un monceau de pierre&t oliÎ, 
pouF un maçon; mais pour le reste des hounues c'est auil'e chose. 
Sur cette tour passaient et repassaient autrefois des homiues bardés 
de fer. De là ils ont signalé l'ennemi; ib Toni frappé , ib Tonl ra^ 
poussé. Dans ce large fossé se sont heurtéi , t&siégeants et assiégé». 
Dans ce sombre cachot ont péri tant' de prisonniers. Que sais'j^ en- 
core t ÇUliaquepan de mur est un livre ouvert, dans lequel je Us toute 
l'histoire du passé. 

Le château d'Heidelberg est précédé d'un oia^iGque parc âzn» 
lequel de grandes allées ombreuses ont été habilement QuinnËéts. 
L'une d'entre elles aboutit à une superbe terrasse , d'où le reg^^rJ 
plonge sur une belle rivière qui coule au bas. 

Au*delà d'un pont-levfs on arrive dans une vaste cour carrée et ei^ 
tourée de bâtiments dont les façades immenses sont a&se^ bi^n con- 
servées. Quelle richesse d'architecture et de sculpture 1 Ces graîides 
croisées aux fouillures si délicates, ces garigotiilleâ gripitçaptes, tous 
ces chevaliers, armés de pied en cap, placés entre chaque croisée^ f nliu 
celte multitude d'arabesques , de volutes , de médaillons , fruppent 
d'admiration. En vérité on est étonné^ en vciyunt ee que Fsvaîent ùire 
ces vaillants du moyen-âge. La cour est ob&lruée de ironvons de co- 
lonnes, de grosses pierres sculptées, de statues i detni-brii^ ; c^est 
le canon françab qui a fait tous ces ravages. 

Nous considérions toutes ces choses quand une femme .itle mande, 
portant un trousseau de clefs, vint nous accoster. C'éuîl k cicérone 
Cette femme m'a paru un type singulier. Avec ton air pinc4^ et se& 
phrases françaises, qu'elle entremêlait de quelque esprit^ certaioc^ineor 
non improvisé , elle me fit l'cflet d'une précieuse ridicule au petit pied. 

Elle nous conduisit d abord dans les caves du château i caves im- 
menses , magnifiques. On y voit trois tonneaux « dont le plus gros 
présente l'aspect d'un navire sous la cale. Il a 8 mètres de diamètre, 
11 métrés de long , et peut contenir 283,ÛIX) bouteilles de vlû. Au- 
dessus de ce tonneau se trouve une plate-forme , sur laqueile on 
monte par deux escaliers ; c'est li que l'Electeur palatin vint danser 
avec toute sa cour, la première fois que le tonneau eut été renipU de 
vin. Aujourd'hui il est vide. Pourquoi ne le rempIiL-an past demaji^ 
dâmes-nous à notre gracieuse cicérone. Ah f répondit- elle avec son 
petit air malicieux, si on le remplissait aujourd'hui, ce sérail toujoun 
le toMieati des Datmdes. CeU voulait dire que le tonneau était perc4 



. • Voir le ai» de l'Onvritr du 47 aaOt. 



Aflfi 



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L'OUVRIER. 



iTme fkçmi irrémédiaUe. 19o8 MHimes approbateurs te ûrêtA te rêo» 
gorger comme m ptôii. tes cavès vistlées, nMiS filmes csoduils à U 
cuuliie, gnmde siffle att mîlieii (te laquelle se trouve . «lie énonDe 
pierre de tâlBe. Ceslle^yer. CTéil U qu*oii fahtatt râtir amtrerois 
des bcèûft entiers. tEt eomme to'Us K^oyez, mes&ieur», ajouta notre 
prédeuse, dans ee temp^-4i le fititf était tn proporHon de ta etme, <m 
buvait et wùàgeaît lien. • Ttottveainc sourires 4e noire part, nouvelle 
satîsfketiou de ^Allemande. Elle éîatt radieuse ; elle papiNomiait au- 
tour de nous, le paota Msaît 4a rbué. Après k cuisine, nous tisi- 
times d'autres salles , dès eohridors, des ool>Kettoè , tout eek adnit* 
raUetamùt'Mti et disposé. Quakid lé moment fat tenu de monter sur 
une des tours du efaâteau : « Faites attention , Messieurs » nous dit 
notre eOndtlctHce eri nous montrant le bas de Vèsealîtsr ; k première 
marebe est brisée, mais n*ajes pas peur, il n'y a que h premier fan 
quitM^M -Apréa^e bon mot elle a'élança toute triomphante dans le 
tortueux escalier. Nous k suifimes en riant sous cape. De la pkte- 
forme on «parfait .If |9)iAlHu dans ioutf son immensité. Le legard 
plouge dans tes cours intérieures » et tous ces vieux remparts , ces 
tours démolies, ces fenêtres brisée»» ces pans de murs crevassés, entre 
lesquek de magnifiques arbres sont parvenus i se caser, et â jeter vers 
k ciel de supeibes rameaux , tout cek forme un ensemble des plus 
imposants. 

Au-deli d'Hèidelberg , k chemin de fer décrit une grande courbe 
pdur aller passer i Manbeim , ville peu intéressante , bâtie â la mo- 
derne, au milieu d'une plaine monotone. On traverse k Rhin avant 
d'arriver i Spire, qui appartient à k Bavière et qui a souvent été ra- 
vagée par les guerres et les incendies. Cette ville manque sussi à\ft^ 
térèt. Nous j étions venus uniquement pour visiter k cathédrate, 
osasse énorme, d\m extérieur lourd bien qu'imposant, et sur laqueUe 
s*é!ève un dtoe immense. 

Que de temps, que d*années, que dé siècles peut-être ils fîillu pour 
achever ce monument ! Maiis autrefois nos pères ne s^éffro^aient pas 
des siècles. Ik n^avaient pas comitte nous k fureur -de jouir de leurs 
propres osuvres; ik travaiUaient pour k postérité. NoiS arrière- 
neveux, disaient-ik, nous devront ce majestueux abri, ce lieu de si- 
lence et de repos, cette pi%uve impérissable de notre piété et de 
notre foi. Où: trouveraSl-on aujourd'hui de pareik sentiments et ^ 
pareiRes œuvres î ». 

Lorsque vous pénétrez dans Tintérieur, la beauté et k majesté de 
rédifiieéTous arrachent des cris d*admiration. Trois inknenses nefs de 
sfyle roman s'allongent devant vous. Elles sont terminées par un supeibe 
escalier d*une trentaine de marches qui monte jusqu'au transept. Ar- 
rivé là, par k nef du milieu , voUs vous trouvez sous le -ddme et è 
c/(té du maftre-autel, qui domine l'église et présente un aspect des plus 
grandioses: 

Ce monument est le plus parfHH de tous ceux que fai vus. C'est ' 
une œuvre finie , jusque dans les plus petits détails. Leè orgues, les 
peintures, lès autels, les marbres, k chaire, le pavé, tout est aehevé, 
et dune propreté admirable. Hais <^ qui est surtout merveilleux dans 
cette église, ce sont les peintures. Elles couvrent le monument depuis 
le pavé jusqu'i la voûte, et sont toutes de Técole moderne allemande, 
cette école si correcte et si pure. Les typ« s de vierges en particulier ' 
sont d'une suavité divine et la Vierge Marie occupe partout dans ces 
peintures uoe place importante. 
Voici eé qi^on raèonte i Spire, d'après une pieuse traditbn. Saitil 
eraard j étant venu prêcher la croisade, on fit 5 cette occasion une 
igniflque procession. Or, qu nd k procession rentrait dans l'église, 
saint eut sur le seuil une sorte d'extase en voyant dans le fond de 
basilique uiie statue dek Viergo Marie, les bras ouverts comme une 
endre mère, pour recevoir ses enfants. On chantait en ce moment 
Tantienne Salve 1\etjina de compiles , qui rmi^sait à cette époque par 
ces paroles : fh^is post hcft exilivm ostende. La Ibule répétait « es 
derniers mots avec enthoUsianne ; quand loat-à-coup sahit Bernard, 
sortant de son extase, en le vit s*avancer de quelques pas dans la 
grandie îtot; ëf kissèr éthà^i^èt^ de son cteoi^ ému, cette première in- 
vocation : clemen» !., puis il s'avança encoro jusque vers le milieu 
de k nef» et les yeux amoureusemeiit fixés Sur k statué de Marie. A\ 



ajouta oeUe seeonde iavocatiou : pial» Enfin, ceimiie tsansp«rt4 tf 
hors de lui-même, il arriva jusqu'à Tescalier du chœur^ et ce Ait 
là que» tombant i genoux, il jeta ce •dernier ori 4e l'amour : Oinlm 
Vitfê Mma !.. Depds ce temps, l'église a toii|oiu%tQrnii^rattti4)oec 
du Salve Regina par ces trok invocations de saint Bernard; et4aiH 
régUse de Spire od a indiqué, p«r trok large» piervoft, ks trois en- 
droik de k nef où s'arrêta le saint, pour laisser sortir de son iqq nm^ 
brasée ces sublimes il ineffâbks.puvoks. 

Revenus è Manbeim pour prendre le chemin de Francfort^ W9m 
longeâmes ensuite i droite «ne petite ebiSae de eis nt i pso . A glMKiu 
de k voie s'étendent les pkines du RbÎA. Dan$ «Si tr^et* om f^ma h 
DarmsUdt, capitale du duché de Hesse. C'«st k^seule viUe luirpOM^ 
foitaûte qvel'ott renootttre. 

Francfort, où nous nous arrêtâmes, est une yitte libre. X^'^st la i^«» 
trie de Gestbo «t le siège de k Diète germanique» Ses abords el ses 
boulevards aMmoucentune ville oenâdérabk. Le nNQr6»4ge et W f^t 
moderne semblent s'y être donné rendei-«aus. Oa^ Moitde grtndfi^ 
larges rues l eôté de vues sales el étfoites ; de s«pmi»es.bdkls« ewiS' 
trnits de k plus bette pierre , s'élèvent i c6té de vieilles meis^a» 
ayant encore leurs pignons, leurs tourelles, leurs ogives, et-.oeUe 
bigarrure de styles donnée k vilk un aspect origiaeli i.neri «fis 
fort agréable. 

De la cathédrale , qui n'a rien de remarquabte , bous uous diri*- 
geâmes vers l'HéiteNk-Ville , quV)u apfielk le Ranner. C'est là qu'au- 
trefois étaient élus et proclamés les empeveiirs d'Allenu^ne. On visite 
d'abord k salk de l'éleetioa. Lesiiuteuiki k tabk, ka beiaeriee, tout 
y a été précieusement conservé. Quand Tempereur était élu,il,^e6SAit 
dans une atitre salUy Située â côté dé «ik-^L £'«si k qpiV>B k pn><- 
ckmMl e ropo r ou r devant ks bauU seigneurs et barons ;.pms« coQUPe 
le peuple usemblé sur la pkce du Rœmer attendait impatiemment le 
résultat de l'âeelibn* 0n .op^i^kf cing (èi|êtres* de ^ fafa^^ don- 
nant sur cette place , et i l'une d'elles paraissait l'empereur, k cou- 
ronne sur la tête et le sceptre .à k main. Tout le peuple racclamait 
avec eiithousiiisme. * 

Autour de cette salle, ont été peinU I fresque les portraits de toul 
les empereurs d'iUkinague, depuis Cbariemagne jusqu*i FfSHç^îf Ii> 
en 1806. Sous efaaeune de ces. peintures tm lit ube deirise, 

Le Rœotff «st dansk plus. vieux ^qutrtief d0.ArimQR>rt-NoQL|oitt. 
de k setrovve k rue des ieik qu'oaneus eveH rcMmms nMde ^ilor; 
c'est be qud fon peut imaginer de plus sale et de plus dé|^aot. Um^ . 
rue étroitr. , «^ont ks maisons se touchent preaque.i leur soumiet ; A 
droite et I g/oiche d'ignobles boutiques d'h^bil» capes, de chiffons, de 
ferrailles, detvmaisons em bois e& .mortier « a deiù-pourries d® l4^ 
tusté, k ni Wre af>parento far (otU, et à travers tctutes ses vieUlerip^, 
quelques bwli s> figures de Racbel ou de Rebeeoi : vpilè b fue de* 
Juifs. Gài^ iajs eette rue ifiie se treiive k maispp m, soniné^.JeSf f>4n , 
lèbres trA <a Holhschild ; on nous l'a montrée en nous disant 9^e^J^ut , 
vieille m^n i'« jamais voulu; qviitler eoUe paavce maisfon pour suivre 
sesenùfti" ^anekuj: palais : elle y est merle! ,. t :**x 

> En triant de k rue des Juifs, boais «arciiâmes dreit devant QWVi 
et a irr^'j^ de riches qu«rtiers«iiiOus arrivâmes sitr li^b^r4$ d» Wdiq^'i 
Celte r^^^ire est large et bblk-; ses: quais sont grjmdiosesy m^s mumv^ 
désertfe Nous employâmeo4e temps qui nous restait à |»arcourijrJlMf 
vkuiL nu^parfts quon a tnuipformés e* boulevaids et an i»agmGqiiM« 
jardins publics. Ces quartiers sont entièrement neufat G'eM k q^^est }a 
richesse; paKout s'élèveul de ftiqmifbss hôtek^ .un moment îe( me 
sois eru transporté i la Cheuss^-d'Antin. 

Nous quittâmes f ranefort à k nuit. Une deminbeure apffès neui 
étions k Mayence. 



(La suite pio:liainement.) 



MAmmoY. 



j i\ou$ prions nos. abonnés de joindre à toiUés leurs tettres une det 
\ '.' mdcà imprimées du journal, 

Angers , imp. de Laiaé Ikières, fue Saii^Lau^^j 9- 



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5o«iitmet le K» 
manie courâ^ale. 



( Âfi oentimefl le N^j 



A" 19. 



7 Eeptcmbre IStl. 



L'OUVRIER 

fournal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis^ 



ADMINISTRATION : 

ll> , quai dits Graiid6-Aii;^tifttiûB 
à 1» librairio de BLKHIOT, 

A pAaiS. 



B M MAIRE 

SAINT LOUIS, par Emile Killer. - LES CDHÉPAGKOHB DE LA 
GPOiX D*APGtNT. p;/r Clcm*^lit JUST- —LETTRE DU PAYSAN G UYOT, 

ilf BOUDEUB — LES OKAGEB DE LA MÈÏIE NOIKE, par Jeun Loviiiu. 



ABOMHEMEMTS D'tlH JkJI 

i parlir h i^' U chque mm : 

FkAlTGJt. , ft ■• 

Bdkope t ÈiitPTft, RuBsiK d'Asu, Tut- 

QÏTII p'A4|f. ^ . . ^ . . # . 8 •* 

CûLQ^J» ET 41.111 tS TAÏl fi'ûlIinf-Mn. 9 60 



SAINT LOlilS'. 



lemble venu ce mùment tûujoupa ddsiré, où la vertu «ivr le 

gouvernera ie nioriLÎB, dirigera la acienco et Ica arts, ete^tr^ 

iur touteâ chosûs un empira? incontesld, L'édiicaiii}n ûq la 

est achevée, L'obtîissancG, h clmsteté, tu pfiuvreK', jx^n - 



trani dans ses mt^iure, en on fait I& terre eacrda du travail liï^re, 
de la fantille chrétienne, de ]&. charité et dâ la fraUrnild volon- 
i aires» TamJi^ que docleura et architectes, peiatrea et sculpteuri^ 
ëv Laques proBcrîts et pHpes fui^ilifd B'aasembl''nL des quatre coi ni 
du monde sur ro soi Ubre^ l'epee d^: »es solda ta a reconquis Jéru- 
silem et Consiantinûplo. Qni» dm Hb \\o- saint Louis, dm su€0^s 
seur.^ d'Innocent III, dea onrants dii saint Douiiiiii|ua et do faiiit 




*- i TA^ _ 



^^5i.i 



MORT DE SA1NTJ,L0UIS. 



jran^oiSi oaefa le premier trahir m rnisBiûn? Réunis, qui pourra 
ij rési&tei'? 

o*eat point pourtant le coure des choseà humaines. La vertu 
raie eon plu^beau titre de gloire qui e^t d'être baie, bumiliëe, 

VcHT le» £1*' éê VOittriêf des ^1 ei 31 f&iii. 



0]>prïnidc, ])ers(^cutoe, cl de lrium[>hcr dans ^a faiblesse. Ce.>ten 
êi ju tenant tic Uui tes de g^Saut^ que Giet^oIre-k-Grantl, Innocent III, 
miai Cotomban^ ^aiat Butxiface et i^itit Bernard oni^égnéi ils aont 
morlie calon^nie^, eiil(5a ou martyrs; et maintenant^ parvenus à Tâgc 
mû r> bs peuples auxquels t'Eglin a donné science^ richesse, liberté, 
vont tourner cette vigueur contre leur mère et ap|)rendfe par 



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116 



L'OUVRIER. 




une imi& expérience ce^e devienoonl tous cca biens , lans la sain- 
te ta cjui en est Tâmei 

Qui la croirait t le mil éclate partout A la foin. Vaincus en appa- 
rence , les îtislincb païens , qu*a ressuscites Maliomet , r+'prennenl 
une nouTcUc farce au ccpur même d&rOcddent. Sans parler des re- 
nd gais traîtres â leur foi , le Prophète a exercé sur les croisés un 
«liânne faUl, et leur a inoeuté une lèpre morale « pUii triste et plus 
tontfigieuse que celle des corps. Au moment île syrroiti^'T devant la 
ëouce autorité du Sainl-Si^a , le dei^potimle dm kalilc^ revit en des 
princes jaiouit d'asservir le pouvoir ipirituel ; la polvgaïuîe, qui n*ose 
ee produire au grand jour , se chiche ilaus le désordre de^ mœurs ; 
les esclaves reparaissent sur les bancs des galères , et ce paganisme 
renaissant sauve Tislami^ime à son déclin > En une nuit , ï'empire fran- 
çais ite Gonstanlinopie , mal gardé par une fuible g^iritis^un . rdombe 
entre les mains des Grecs, et le dernier L^nipcrcurt Baudouin, fils de 
Pierre de Courlenaj , revient en meudiaut dans sa patrii?. Tandis que 
Templiers et Hospitaliers ensanglantent l'Orient de leurs dissensions 
ineortrières , les Turcs reprennenl la bellts Aotioclie , luenl dix-sept 
mille habitants , eu enunt nent cent niill*.^ en esclavage. Les avides 
Ta r tares jettent le masque , cbas^ent les missionnaires , envahissent 
b Russie , et menacent les hords mêmes du Danube. Toujours alliés 
dn Sarrasins, les enfants (\t^ Frëiiéric H accablent rit^lle de cruautés 
sans exemple , elle Papti êjjouvanliî uilVe au premier venu le royaume 
des DeuK-Siciles, 

Saint Louis n'acceptant ni pour lui ni pour ses fils , moins Ecrupu- 
leux , sou frère, le tyran dii la Provence, le cruel et auibitieux Char- 
les d*Anjou, entre en Italie , pguc une bataille, et Tait tomber sur 
uu ccbaraud la tête du jeune et in For luné Couradîn. 

Ainsi , au milieu d'une paix douce et profonde , les clioses pre- 
miit*iil un tris le aspect , et saint Lmii* , stu bîte du pouvoir , pressen- 
tait de grandes calamités , et eu apcrtev^iit b^s situes aviuit^coureurs 
darlssa famille etdansrË;^lise , parmi ^^^es ami^ les plus chers. Hélas ! 
sans les honimei de co u * qui hm animent , ijue sont les plus belles 
institutions, sinon des mots pompeux et vides de seub , d'autant plus 
fragilcjs el menteuses que leur but est plus sublime. 

En face de cette lameiitible décadence, taint Louis n^ douta pas du 
Dieu que les hommes tr» hissaient , et , s^il u'était pa^ donné h un Roi 
plus qu'a tout autre d''arréter le torrent , il voulut du moins , ayant 
vécu poyr la c:mse du bien, mourir encore pour elle. Quoique tou- 
jours fiiible et niahidt3 depuis m captivité d'Ét^vjile , il reprit l.i croix, 
eî^i^:iyant, une di.'rniért:: \\}h , de tourner contre iVnnemi roEimmn les 
forces de la ebréiieuté , et de njunirdans un tratcrnei accord les ri- 
chesses du clergé et la bravoure des chevaliers. Mais ses meilleurs 
atuJs le virent avec peine recommencer la perre sainte. Très- peu le 
suivirent ^ et encore , chose inouïe pour des si^^neurs , il fallut leur 
assurer une solde en paysenuemi, I»e fidèle Juiovdle déclara qu'à son 
retour il avait trouvé ses domaines eu trop pileux état pour les livrer 
de recbcf aux malfaisant» sergents du Itoi et du comte de Champa- 
gne. Les ardenls troubadours étaient découragés, et reprui'liaient à 
Dieu d'être content du triomphe de i^es ennemis ; le clergé ne payait 
qu'en murmurant trois décimes de g es revenus ; enfin la Retnc elle- 
tn^me se souvenait des périls de Damielte , et prérériiil rester. Par- 
tout, des visngci ministres et eonslernés. Il n'y eut que les bons bour- 
geois de Paris qui fêtèrent eiTcore une fois leur Roi el son fda Philippe 
le Hardi , fait chevalier pour la eroi&ade. Une seni line se passe en 
jeux et eu tournois, et toutes les maisons se parcrt^nt le jour de ban- 
nières et de tapisseries , le soir de lanternes aux mille couleui^. 

Cependant le moment des adieux approchait. Inébrankible dans son 
dessein , ferme au milieu des larmes de tous , saint Louis Cd son tes- 
Uimeut , laissa quatre mille livres à sa femme Marguerite , dix à sa 
fiLIe Agnès , confia les rênes de l'Etat à Fabbé de Saint^Denis ; puis, 
d'un pas courageux , il sortit de son palais, pieds nus , avee le bour- 
don de pèlerin, alla entendre une dernière messe à Nolre-Djime, et 
reprit cette fatale route d* Aiguës -Mortes , qui l'avait déjà mené à de 
il grands malheura» 



i-, 



Nul De sayait où se dirigerait Vexpéditiou. Tremblants au seul re- 
nom de bravoure de saint Louis, les souverains musulmans lui avaient 
tous envoyé des ambassadeurs pour détourner sa colère. Plus adroits, 
les Turcs de Palestine adressèrent des présents k Charles d'Anjou , et 
s'assurèrent de ses bonnes dispositions. Ce prince égoïste, désireux 
de se venger des pirates harbarcsques , qiii ravageaient les rivages de 
Provence et de Sicile , représenta i son frère que le grand tort était 
d'avoir jusqu*alors négligé la côte d'Afrique , que le prince de Tunb 
serait facile â convertir , sinon à renverser , et que ses Etals étaient 
la vraie route, la clef de l'Egypte. Peu habile i soupçonner des ruses 
dont il était incapable , le Roi se laissa persuader , et mit i la voile 
pour Tunis. Le jeudi avant la fête de sainte Madeleine , au plus fort 
des chaleurs de juillet , les Français débarquèrent sur les ruines de 
l'antique Carthage , i cinq lieues de Tunis. Le prince musulman an- 
nonça qu*il viendrait leur demander un baptême de sang â la tête de 
cent mille hommes. En attendant , il les fit harceler par des bandes 
avides et infatigables , et acheva de ravager cette terre brûlante , si 
déchue de son ancienne splendeur. 

Manquant d'eau et nourris de viande salée , les croisés souffraient 
cruellement. La peste recommença. Malgré les soins qu il leur prodi- 
guait , saint Louis vit les plus braves succomber l'un après l'autre , et 
parmi eux son cher fils Jean Tristan , souvenir de Damiette. Puis il 
tomba lui-mcmc , atteint d'une Gèvre mortelle. Couché dans sa tente 
et paisible en face de la mort , il reçut encore les ambassadeurs de 
Constantinople , vit tous ses soldats , et fit à chacun de ses eniants de 
touchants et solenneb adieux. 

Il s'entretint surtout longuement avec son fils atné , Philippe le 
Hardi , lui communiquant une dernière fois les désirs de son cœur : 
c Cher fils , premièrement aime Dieu de toute ton âme ; car, sans 

> cela , nul ne peut rien valoir. Plutôt que de faire péché mortel , 
» laisse prendre ta vie et hacher tous les membres. Si Notre-Seigneur 
ji t'envoie persécution ou maladie, n nicrcic-lc et souflre débonnaire- 

> nient; s'il t'envoie prospérité, leuicrcie-lc humblement, et garde- 

> toi de l'orgueil. Cher fils , aime et honore la mère , et sois enclin 

> à croire ses conseils; cherche le bien de tes frères, et liens-leur 

> lieu de père. Cher fils, aie le cœur compatissant envers les pauvres 

> et les affligés , et , suivant ton pouvoir , soulage-les volontiers 
» d'aumônes ou de consolations. Si tu as malaise de cœur , dis-le à 
» ton confesseur ou à tout autre ami loyal , et , pour être plus en 
i paix , ne fais que choses que tu puisses dire. Cher fils , sois si bon 
â en toutes choses que tu te montres reconnaissant des bontés de 

> Noire-Seigneur ; s'il t'accorde Thonneur de gouverner le royaume, 
» sache être digne de la sainte onction des Rois de France , el prends 
» soin d'avoir les qualilés d'un Roi. S'il advient querelle entre un 
» pauvre et un riche , jusqu\'i ce que tu saches la vérité , soutiens 
» plutôt le pauvre. S'il advient que tu aies toi-même querelle avec 

• autrui, soutiens devant ton conseil la plainte de l'étranger, et uic- 
» fie-toi des flatteurs. Cher fils, sois toujours <i voué à l'Ëglisc de 

> Rome et à notre Saint- Père le Pape , el porte-lui respect et hon- 
■ neur comme à ton père spirituel. Défends de toute violence cl se- 

• coure volontiers les gens de religion , encore qu'ils te fassent tort ; 

• car il vaut mieux souffrir dommage que de le faire à la saûUe 

> Eglise. Cher fils , prend;$ garde qu'il y ait bons baillis et bons pré- 
» vôts en la terre, et que bonne justice se fasse; donne Vv/lontiers 
» pouvoir aux gens de bonne volonté, qui en savent bien user; car tu 
» es responsable de ceux qui reçoivent de toi l'autorité. Cher fils , 
» mets grande entente à ta dépense, et aie soin que tes deniers soient 

• levés justement et employés â bon usage. Défends-toi autant que 
» possible d'avoir guerre avec nul chrétien , et , si c'est guerre rai- 
B sonnable , et que tu aies sommé le malfaiteur , aie bien soin que les 
i pauvres gens , qui n'en sont pas coupables , ne souffrent ni dom- 
i mage ni incendie. S'il survient guerre ou débat dans ta torre, mcts- 
i toi en peine de l'apaiser. Cher fils , je te donne toute la bénédiction 
» qu'un père peut donner à son fils , et je demande i Notre-Seigneur 

• Jésus-Christ la j'r^-vAqïj'ii poit servi et honoré par toi. » 



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Gq0gle 



rOUVRiBR. 



147 



. En quelques iniUnts le t«nt Roi avait donné 4 son (ils le secret de 
n vie , immortelle leçon pour les souverains de tous les temps. Après 
avoir reçu le viatique et rextréme-onclion , il passa encore une nuit è 
louer Dieu et è prier pour son armée. Le matin , il perdit la parole ; 
mais n regardait encore les gens d*un œil débonnaire. Couché sur la 
cendre, revêtu d*un cilice , il attendait la mort en souriant, et, au 
moment d*expirer, il retrouva la voix pour s'écrier : c Seipeur, 

• j'entrerai dans votre maison , et je vous adorerai dans votre saint 

• tabernacle. » C^était le lundi 25 août , à trois heures après midi. 
II était mort ce bon Roi , qui aimait la France comme la prunelle 

de ses jeux , et bientôt arriva dans toutes les églises du royaume la 
lettre Ainèbre , où son fils racontait au clergé et à tous les gens de 
bien les derniers jours et les aemières vertus de ce père adoré. 

Ce n*était pas seulement un homme qui était mort. Avec lui finissait 
toute une époque do foi vigoureuse et de généreux amour ; avec lui 
8'éteignaient l'esprit de la chevalerie , les libertés du moyen-âge , le 
génie des croisades. Si la croix resta le signe de Thonneur sur la poi- 
trine des braves , si la guerre sainte , mille fois plus riche en poésie 
que le siège de Troiç . retrouva un écho lointain dans les chants des 
poètes chrétiens, les Turcs n*en reprirent pas moins le cours de leurs 
désastreuses conquêtes ; les calaniités retenues par saint Louis dé- 
chaînèrent leurs ravages , et il fallut six siècles avant que U France 
eût châtié les pirates barbaresquef . 

( Histoire de Frtmee. ) Émilb Kellbr, 

Député au Corps législatif. 



LES COMPAGNONS DE LA €R0IX-I>'AR6ENT \ 



CHAPITRE VII. 
tes Compagnons noirs et lenr chef Chaulât 

Chopin reprit ses sens. 

Combien de temps était-il resté évanoui T 

n n'en sut rien. 

A peine avait-il les yeux ouverts , il remarqua qu'une lumière plus 
vive pénétrait, passant sous la porte. 

Il entendit un brait de pas. 

Ce bruit était extrêmement léger ; ces pas étaient assurément des 
pas de femme. 

— Êtes- vous là t dit une voix d'une extrême douceur. 

— Oui, répondit Claude,- à moitié mort. Donnez-moi à boire, pour 
Tamour de Dieu. 

— Parlez bas, ou vous êtes perdu. Êtes-vous blessé t 

— Non, j'ai reçu un coup violent sur la tête. 

— C'est tout? 

— Oui, mais où suis-je ? 

— Pas de questions. Si on vous donnait les moyens de vous sauver, 
où iriez-vous ? 

— J'irai où on voudra, mais au nom du ciel, sauvez-moi d*ici. 

— Chut! chut,! 

— Qu'ya.t41? 

— Faites silence ou vous êtes mort , répondit précipitamment la 

▼DIX. 

Claude entendit s'éloigner la personne qui lui avait parlé à travers 
la porte. 

Il ne doutait point que ce ne fût la jeune fille ]u'il avait aperçue 

& La reproduction eit interdite. — Voir les w» de /'Ouvrier du 3 au 31 août. 



dans le cabaret, su moment oA ses agresieurs s'étaient jetés sur 
lui. 

n resta quelques instants sans entendre rien* 

Puis un bruit sourd ré son n» dans lr3 Bouterraîa. 

Le bruit d'abord éloigné se rapprocha du Heu où Claude était en<« 
fermé. 

— LâcheE'le. 

— Il roulera tout seul* 

— Pousser, 

— Laissez-le là auprès des autres tonneaux. 

— Nous en aurons besoin bicntûL 

D'après ces p^irobs et le- roulement sourd qui les aecompagnait, 
Claude conjectura que Ton venait de descendre dans le souterrain des 
tonneaux. 

Si je suis dans les caves d*iin march^ind de vins, pourquoi m'y avoir 
jeté d'une faço/i si étrange? se demardait-îL 

Les honimes qui avaient roulé le tonneau s' éloigné rent« 

Quelques instants après, Claude entendit de nouveau qu'on s'appro- 
chait. La douce voix qui lui avait parlé quelques mamenls auparavant, 
rr-prit : 

— Ils ne vous ont rien dit ? 

— Non, répondit Claude. 

— Tenez, baisseit-vous ; voiei du pain et des fruits, le ne puis vous 
donner à boire : mangea ces fruits. 

Claude vit une blanche main de femme qui, sous la porte, lui pas- 
sait un morceau de pain et quelques prunes noires. 

— Vous me sauver! Qui êtes-vous î 
On ne répondit pas. 

— Est-ce vous que j*aL entrevue dans le cabaret là-haut î . 

— Oui. . 

— Quelle heure est-il t 

— Il va Être huit heures. 

— Du matin* 

— Non, du soir. 

— Comment ! depuis qinnd suîs-je ici t 

— Depuis hier soir samedi. Voilà vingt-quatre heures. 

— Qu'est-ce qu'on veut faite de moi T 

— Je ne sais pas. 

— On veut me laisser ici mourir de faim. 

— Je veux essayer do vous sauver. Qnî oies- vous f 

— Je suis un pauvre ouvrier charpentier. ■* 

— Charpentier ? | 

— Oui, pourquoi? 

— Est-ce que vous H&s Compagnon de !a Croix T , . 

— Qu*e:4-ce que cela fait ? demanda Claude qui ne voulait pas Ira* 
hir les secrets du Compagnonnage. 

— Si vous l'êtes et qu'on vous le demande iti , ne l'avouez pas, 
au nom du cieU Ce serait une raison de plus pour vous tuer« 

— Ils veulent donc me tuer Y 
La voix ne répondit pas. 

On entendit appeler. 

— La Miette ! la Miette 1 criait-on. 

Celle que Claude pensait être la Ûlte du Marseillais sV^nigna préci- 
pitamment. 

Tiens, dit-il en lui-même» la Miette ! un singulier iwm, 

Il écouta. 

Aucun bruit ne vînt à son oreille. 

Il retomba dans la plus sombre Irislesse. 

Depuis que h jeune HUe s't^tiit éloignée , il lui gemblait <|li'iI Clail 
abandonné du ciel. 

Au bout de quelques instants , il entendit des pas qui s'appro^ 
chaient. 

Une clé grinça dans la serrure »^uillée. 

La porte s'ouvrit. 

Celui qu'on appelait rAméricûin, et qui avait, la veiHe, û rudemânf 



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lit 



L'OtVRIBR. 



mlêT^ Qande, 8€ présenta. 

C'était réellement un homme terril»l& 

Sêi épaules énormes semblateiit «sseï fortes pûnr iQpporter les 
plut lourds tinleatix. 

Sa tête éUïi emguliêr«, H était laid , horribleineîit laid. 

Quelque maladie avait creusé dans la peau de la figure des cica- 
trices. On y voyait comme les traces de plaies fermées. 

D*épaii sourcils cachaient deux yeux noirs, pleins d*un feu satant» 
^ue, très-petits. 

Un regard affreux animait par instants cette face hideuse. 

C%rormtdable personnage portait des f étemenls en lambeaux : une 
culotte de toile où l'œil distinguait des taches d^^un rouge sombre^— 
du vin ou du sang? — une petite veste de laine brune , une chemise 
ouverte laÎÉ^int voir la puissante encolure d*un vérilabîe géant. 

Claude Cbopin ne put se dt'fendre d'un mouvem€nt d'horreur en 
voyant pour la seconde fois ce monstre humain. 

L'Américain parut étonné de trouver Cliude Chopin de-bout , éveillé; 
il pensait qu^après vîngt-quatre heures passées sans boire ni manger, 
U vîr tïme serait tombéi^ épuisée. 

Il ne savait pas que la Miellé a^ait porté à Claude quelques ali- 
mon la, 

— Viêns-U , dit-il, mon garçon , viens manger un morceau' il 
faut refaire afJ forces. 

La parole de TÂméricain était pleine d*une eiprcâsion dUronie 
railîeufe. 

— Où me meneE-vûui^ fit Claude. 

— A table, répondit TAméricaîn avec un horrible jurement : passe 
devant* 

Claude sortit de Tétroit cachot où il était enfermé. 

L^Amérieain tenait â la main une lanterne ; elïe était entourée d'un 
petit grillage en fer et d'un double verre. 

Claude remarqua celle forme inusitée. 

]}ii longues galeries obscures s^ouvraîent de plusieurs cdtés. 

— Marche , dit l'Américain en indiquant â Claude Tune d'elles 
Marche devant. 

Claude s'engagea dans la galerie. 

Son sinistre conducteur le suivait, éclairant ses pas par la lumière 
vacillante et sourde de la lanterne grillée. 

L'écho répétait sous les voûtes sombrer les pas de Claude et de 
l'Américain. 

Chopin se demandait tout bas où il pouvait Être. 

La galerie qu'il suivait était tantdt étroite, tantôt très-large ; le sol 
Était jonché de fragments de pierre, 

Chopin comprit qu'il se trouvait dans quelque ancienne carrière 
abandonnée. 

De temps en temps il voyait se dresser le long des murs des ton- 
neaux amoncelés. 

Le cabaretier avait-il fait d'aune ancienne carrière une cave pour 
son commerce? 

Ci^s souterrains semblaient immenses & Glande, 

11 marchait ainsi* 

Au bout de quelques instants la galerie tourna I angle droit, puis 
elle fit un second coude. 

Claude et son guide se trouvèrent dans une vaste salle, une dizaine 
de lanternes pendues aux parois du souterrain y répandaient une 
clarté incertaine. 

Au milieu de la pièce se trouvait une table de bois , autour de la- 
quelle étaient aisis une vingtaine d^hommes silencî^^ux, à figure pres- 
que aussi terrible que cr-lie de TAmcricain. 

Un plat fumait au milieu de la table ch.irgi'e de bouteilles 

Au moment où Claude p.irul, les convives se ristournèrent. 

— Tiens, voilà le gars ! dit Tun. 

— ùi n'est ni de Paris, ni des environf , dit un autre : çh vient du 
Nord, vous verrei. 

Chopin avait sur la tête ion bonnet de bine. L'Au^ér icain qui en- 



trait après lui dans la salle , lui jeta h terre, par vn rlgeSretix c<iap 
de poing, le bonnet. 

— On se découvre devant les anciens , cria-trîl d'ans voix mo-r 
queuse. 

Claude rougit : le sang lui monta â la figure. 

II éprouva une sensation pénible à la tête ! le plus léger coup ra- 
vivait la douleur du coup qu'il avait reçu Vavant-veille en deacendani 
Teacalier. 

Il se retourna. 

La colère dominant tout autre sentiment, il allait se jeter siir VA- 
méricain. 

n élevait déjà le bras. 

— A bas les pattes ! cria celui-ci* 
Claude allait frapper. 

Il vit derrière T Américain, dans la galerie par laquelle il venait de 
passer, la fille du Marseillais. 

Elle était réellement fort belle cette jeune fille ! 

EUe joîpait les mains comme pour supplier : elle regardait Claude 
avec des yeux pleins d'effroi, de compassion et de prière. 

Ce n*était pas pour rAméricain que la jeune fille était effrayée. Le 
terrible personnage s^était redressé, il s'apprêtait à saisir Claude. 

n semblait que dans Tétreinte de ses bras puissants il allât écraser 
le jeune ouvrier. 

C'était pour Cbopin que la jeune fille avait peur. 

Une réflexion subite mit cette pensée au cœur du jeune homme : 
il 8*arrcla. 

L'Américain parut étonné : il attendait le coup de Chopin pour le 
terrasser. 

Claude se retourna , se baissa et prit son bonnet â terre : il ne le 
remit pas sur sa tête. 

Celte douceur inattendue irrita l'Américain : il allait frapper 
Claude. 

— Laisse-le , laisse-le , crièrent les convives près de la table. Nous 
terrons ensuite. 

— J'aurais voulu donner une petite leçon qui apprît les convenan* 
ces au jeune homme, grommela TAméricain. 

— Avance ici , dit l'un des personnages qui semblait tenir, à la 
tablei une place d'honneur. 

Claude avança. 

Tous les yeux des convives étaient fixés sur lui. 

— Gomment t'appelies-tu ? 

— Chopin. 

— Tu as un autre nom ? 

— Oui, Claude, Claude Chopin. 

— D'où viens-tu? 

— De mon pays, de Soissons. 

— Qu'est-ce que tu faisais là-bas? 

— J'étais charpentier, je le suis encore. ...,.- .. . 

11 y eut un mouvement parmi ceux qui assistaient i cette scène 
étrange. 

— Charpentier, ah ! reprit l'interrogateur, es-tu pour maître Jacques 
ou pour maître Soubise? 

— Je ne sais pas , répondit Claude. Il ignorait en effet que très- 
anciennement le Compagnonnage s'était divisé entre les Compagnons 
de maître Jacques et ceux de maître Soubise, et qu'une ardente hos- 
tilité avait séparé ces deux devoirs. 

— Comment ! tu ne sais pas ! tu es compagnon i 

Cette question éclaira Claude : il se rappela que dans la galerie « 
un peu avant d'arriver à la salle oiî il se trouvait , il avait tu entas- 
sés des bisaiguês, des ciseaux, des pioches, des niveaux , des mail- 
lets , des galères , des essettes , des doloires , et tous les outils doiU 
se servent les charpentiers. 

Je suis ici au milieu de Compagnons noirs » pensa-t-il avec 
terreur. 

— Hé bien , et-tu compagnon? 



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^^7f^-^ 



rouvftïER. 



l'iîî 



— Non ^répondit-il, sentant ({ue, sHl 8*avouaît Compagnon de la 
Croix, était mort , et se rappelant d*ailleurs la recommandation de 
b Miette , la fille du Marseillais. 

— Gomment non? tu mens , tu es Compagnon de la Croix-d*Ar- 
gent? 

Claude ne répondit rien. 

— Pourquoi ne dis-tu rient 

— J*ai répondu. 

-^ Qu'est-ce que fait ton pèret 

— n est mort ; il était charpentier. 

Il se fit de nouveau un mouvement parmi les assistants. 

— Et pourquoi yiens-tu à Paris? 

— Pour travailler. 
— Quel âg^ as-tu? 

— Vingt-deux ans à la Saint-Martin. 

— Et où allais-tu Tautre soir? 

Le cal>aretier était assis à un bout de la table » il prit la parole^ 

— Il allait à Tauberge de la Croix- d*Ârgent , il m*a demandé son 
chemin — il s'adressait bien ! et il se mit â rire. 

— Ah I tu allais à la Croix-d'Argent ! tu es Compagnon de la Croix ! 
il n*y a pas â dire non , mon gars. 

Claude ne répondit pas. 

— Nous allons voir , dit l'Américain. 

Il s*avança vers Chopin , lui arrachant brusquement son vêtement , 
et lui mit à nu la poitrine. 

— Il n'a pas la croix , murmura-t-il. 

La mère de Claude Chopin , prévoyant qu'il pourrait faire quelque 
mauvaise rencontre de Compagnons noirs , avait cousu dans la veste 
du voyageur le symbole du Compagnonnage. . 

L'interrogatoire reprit. 

-7 Tu (%nais le père BrutôTT 

— Non , je né l'ai jamais vu. 

— Pourquoi vas^td chex lui ? 

— C'est le frère de ma mère, et il m'a écrit qu'il voulait m - donner 
de l'ouvrage. 

— Oui , oui , de l'ouvrage! il te fait venir pour l'affîlrèr aur Com- 
pagnons de la Croix ! 

Les questions et les réponses se pressaient. 

On entendit des pas dans la galerie qui donnait accès dans la salie 
où les convives étaient attablés. 

Le silence se fit. 

Un homme parut. 

C'était na des hommes qui reçurent plus tard do la suite des évé- 
nements révolutionnaires la plus terrible célébrité. 

C'était Chaulât. 

Il éUit né en 1 730 , il avait 59 ans en 1 789. . 

F.ls d'un cabaretler de Romainrille , ^levé durement au milieu de 
h débauche , il s'était instruit i une rude et funeste école. 
F. H était doué d'une intelligence supérieure : u^ oncle , frère de sa 
père , l'ayant tiré vers Tâge de dix-huit ans du cabaret paternel , 
gavait placé au collège d'Harcourt. 

'f Vieil écolier , au milieu de camarades plus jeunes et plus instruits, 
4on caractère naturellement sombre était devenu plus sombre encore. 
l insulte au collège par un élève , dont la famille était plus puissante 
^•ui Toncle de Chaulât , le jeune homme , enfant la veille , voulut se 

Il frappa le camarade qui l'avait outragé. 
^ Il fut puni avec une sévérité excessive, 
i/ciolier, cause indirecte de cette punition , injuste par son exagé- 
tiion , appartenait à Taristocratie. 

Chanlat, irrité d'un courroux impuissant et dissimulé, se prêta tout 
9s h lui-même le serment d'Annibal. 

' Il promit qu'un jour l'homme mûr laverait dans le sang de toute la 
liesse firaoçaise l'insulte faite â l'écolier plébéien par l'écolier ari^- 
lerate. 



Haineux contre toul ce qui s'élevait, Chaulai lirtMiît ri'inic indi- 
gnation pleine dMgnorance , mais d'aulanl plus paBsiomioe, coalrc l*i 
clergé. 

Un prêtre était pour lui un nohlo , un aristocrate. 

Chassé du coll(jp!*3 d'Harrourt vers Tàge de vingl-un ans . Chiiulal 
avait été militaire « 

Il avait servi en France , puis à Tel ranger. 

Il avait été en Ânt^lcterre, tnêitie, disait-on^ en Améiique, 

Sa jeunesse était connue. Son âge mur était couvert d'un voile im- 
pénétrable. 

Les uns prête ml aient qrje Chaulât s'étiit marié : que m i^ me il avai^ 
épousé une fille ôp. h noblesse. On ajoutaitque sa femme était niorto 
après l'avoir trahi. On allait jusqu'à soupçonner Chadat de Vavoîr 
tuée. 

D'autres assuraient que Chaulât ^ marié , avait eu un fils , quii ce 
fils était mort d'une manière misérable. 

Les récits les plus contradictoires couraient sur rexislcnca qu'avait 
menée Chaulât. 

C'était un de ces hommes dans la vie desquels il y a un drame. 

En 1789 , Chaulât était à Paris* Il avait voulu être élu, ù^ns on 
bailliage, député aux étots généraux. Il n'avait eu qu'un petit nombre 
de voix. 

De quoi vivail41 ? nul ne le savait. 

Il habitait dans le faubourg Saint-Antoine une rue déserte , uns 
maison solitaire. 

On disait dans le quartier quil y recevait quelquefois , la nuit , 
d'étranges visites ; des hommes qui paraissaient craludre d'être vuâ ^ 
se glissaient le long des mura , entraient vers minuit , rensoriaie/it 
avant le jour. 

Le lieutenant de police s'était înquiéld : U bruit courait que Cluulat 
avait chez lui un (lé|iût d^'arm^ps cachées* 

On avait fait une perquisition. 

On n'avait rien trouvé. 

Chaulât était un homme do h.iula taille. 

Il était remarquablement ni^iigro , s<;s yeux noirs pleins d'un feu 
sombre se cachaient sous d'épais sourcils. 

Il avait la tête couverte d'une forêt lïc cheveux très-abondants , et 
dressés naturellement sur le front. 

Chose étrange î tes sourcils et les dmvcux étaient blancs. 

On disait que de ïrès-noirs qu'ils dlaient atiparavanl » les cheveux 
de Chaulât étaient devenus blancs tout- à -coup à la nouvelle iVna 
grand malheur qui élaît vcuu k frapper. 

Quel était Ce ni.ilhoijr? on rignorait. 

Au moment ou Chaulât parut , le^ sombreE convives a^sis autour de 
la table se turent. 

Le Marseillais se leva. 

Il avança une chaise : Chaulât s'assît. 

Chaulât regarda autour de lui ; il ^%a surressivcmonl les ^cux mk 
chacun de ceux qui claient â la lable. 

Son regard rencontra Cbude Chopin. 

— Quel est cet honimt; , d*iinaudri-t-il au cabarctierf 

— C'est un garçon charpentier^ un Cimipagnon de h Croix , (^ui 
entré samedi boire dans le cabaret là-haut. 

— Pourquoi est-il ici ? Chaulai adressa celte question avec un ïu,i 
de sévérité. 

Le caba relier expliqua que pendant que Claude était â boire , il v 
avait eu du bruit dans le souterrain , que Claude avait entendu i*: 
bruit, et que dans la crainte qu'il n'allât los dénoncer le cabarcti^ t 
l'avait arrêté. 

— L'Américain et le Silarseilbis m'ont aidé , ajouta le cabarctier. 
Le front de Chaulât laissa voir rcxprefsion d'une profonde cou 

Iraricté. 
— Que comptez-vous faite maintenant de ce garçon? demanda-t-îl 

— C'est un Compagnon de la Croix-d' Argent* Et vous voulez le tuer ^ 
mais malheureux ! n'oublierex-voui donc jamais vos querellei mes- 



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Tf 



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VOVfï 



ininci de tompagnonnaget quand donc n'auresE-Yous pins qu*nne peaiH 
iée : le f rand deuain révolutionnaire , que nous avons juré d*ac« 
eomplir, la Yengcance sociale ! 

£n disant ces derniers moU rœil de Cbauht s'illumina d'un feu 
lînislre. 

Il se tourna rers Oaiida Chopin pour lui demander d*où il venait» 
eomment il se nooi niait. 

Le caba relier répondit en racontant 1 C&aulat ce qu*avait dit 
Chopin, 

Chaulât écoutait silencieux. 

n tenait les yeux fiiés sur CUude avec un air de profonde pitié. 

Le jeune homme était trés-pâk. L'omotion ^ ke besoin de nourri- 
ture , la latigue , la crainte de la mort t dominaient sa nature , il 
tremblait. 

<~ Depuis quand est-il ici t demanda Chaulât- 

— Depuis samedi. 

— Lui a-t-an donné h boire ^ à manger t 
Personne ne répondit. 

— Vous êtes des monstres , dit Chaulât d'une voix tremblante de 
colère. 

Il versa un verre de vin ^ et tailla un iar^e morceau de pain. 

— Mange c<>la, mon garçon^ et ne tremble pas. Jamais en ma pré- 
sence et de m^ volonté un lib du peuple qui n'aura rien fait contre 
nous ne perd m seulement un cheveu. 

Claude prit le pain et le vin, 

il voulut manger ; il ne put avaler un morceau^ 

L*émotion lui serrait la gorge. 

Il y eut un moment de silence. 

Les Compagnons noîrs se taisaient , n'osant lever. les yeux. 

Ces hommes étaieut comme terrifîés par ja présence de Chaulât. 

Celui-ci , après avoir réfléchi , se tournant vers le cabaretier. 

— Amé î dit-il , — c'était le nom du cabaretier. D leva la tête. 
— Ce garçnn a-t-il une mèreî 

— Oui , une vieille femme, 

— EUe habito T 

— Soissons, 

— Cela est sûf t 
--Il ledit. 

Chaulât garda quelques minutes le silence. 

Il paraissait préoccupé d'une idée grave , nul n osait Tinterrompre. 

Il reprit i 

— Ave£-voui ^vlé devant lui de projets T 

Le cabaretier , le Marseillais » TAméricain firent de la tête un signe 
négatif. 

Chaulât te tourna vers Chopin^ 

— Mon garçon , dit-il , tu vas sortir dlci , — pas maintenant , il 
fait déjà jour , — ce soir. 

Les joues de Claude se colorèrent subitement , Tespérance y rap- 
pelait le sang. 

— Tu marcheras droit devant toi sans teretournery et puis, quand 
tu seras k cent pas d*ici , tu oublieras tout cequetuasvu, tout ce 
que tu as entendu ; tu ne diras Jamais , quand mt^me on te mettrait 
é la question , que tu es entré dans le cabaret B-haut. Si on trouve, 
où tu Y&B , que tu arrives en retard , tu raconteras ce que tu voudras; 
mais jamais , â qui que ce soit , tu ne diras la vérité. Est-ce convenu î 

— Je vous le promets , dit Claude Chopin , d^une voix encore 
troublée par la crainte, 

— Il faut lui faire jurer « dit un des Compagnons. 

Chaulât regarda celui qui venait de faire celle proposition. Le sou- 
rire d'un profond mépris pEssa ses lèvres : il haussa légèrement les 
épaules. 

—Si tu parles de ce qui t'est arrivé, la première fois il ne te sera 
fait aucun mal , entends-tu bien ? 

Claude parut très-étonné. 

— Seulement f dans les vingt-quatre heures qui suivront le jplus 



petit mot que tn auras laissé échapper sur notre compte , ^': 
seul à seul avec ton meilleur ami ^ avant les vingt-quatre ti 
peut-être, ta mère qui habite Soissons , verra entrer che£ ùWt r 
ou trois Compagnons noirs; tu connais les Compagnons noirs î 
Claude Chopin fit de la tète un signe afllrmatif. 

— lia lui diront que tu es mort , et cette nouvelle fera graïul ir 
à ta mère ; ensuite ils lui couperont La tète , et ila te k feront parv 
quelque part que tu sois. 

Une indicible horreur tortura Téme de Chopin. 
^— Je vois que tu seras discret ^ ajouta Chaulât avee un sou 
sinistre de satisfaction. 
Et s*adressant â TAmèricain ; 

— Emmenez-le d*ici ! voua le ferez sortir I la nuit pmchaîae. 
Claude s'en alla . lu Marseillais le reconduisit par les longues f 

ries vers la cellule oa il avait dpjiî éié enfermé. 

C'était rentrée d'une petite galerie plus basse que les autre;, dr 
on avajt condamné raceî's. 

On avait seulement, dans la profondeur formée pnr la voûte, bn 
libre un étroit espace qu'une poile fermait. 

Le Marseillais y poussa Claude. 

Le neveu du père Biulot pensait que dans quelques heures il l'k' 
rait embrasser son oncle. 

— Vous n^oublierei pas de me tirer d'ici , dit-il au MarjeflUî» 

— Sois tranquille , mon compagnon , murmura le sinistré 
sonnage. 

Claude lui trouva dans la voix un accent ironique. 
—-Aurait-il sur moi des projeta particuliers T se demanda-t^il 
bas avec terreur. 



( La suite au prochain numéro») 



Clément Jnsr. 



LETTRE DU PAYSAN «UTOT , dit BOIIDEIIR 



A M. CANDIDE LB FRÂKC , rédocteur dô Vôutrkr* 



Monsieur le nÉMCTEun, 

Je ne 8uisqu*un paysan ^ j*ai le caractère mal tourna et je ne pe^i^ 
pas comme tout le monde. Jugez de ma mauvaise tête et de nwn 
peu de cervelle : Je m'imagine que le sens cùmntJm , étant chose an; 
ne peut appartenir au grand nombre, et qu'à tort ou à raison il i'^ 
niché dans Tesprit de la mijiorité de laquelle je fais partie. J'avmK 
pourtant , car je suis de bon compte , que tes majorités son vente (m 
ont le privilège d*avoir raison. 

Permettez-moi , Monsicufp de vous dire un mot sur la cîvîlisaliM 
J*ai là-dessus une idée que je ne veux pas bisser pourrir danf « 
tête. 

La civilisation!... tout le monde en parle ^ jusqu'à mes gar^nn 
ferme, mais sans savoir ce que c'est. Four moi , voici ce qui 
pense ; à vous de me dire si j'ai raiâon. 

La vraie civilisation , je ne parle que de cèlle-B| c^est le cnn!: 
de la barbarie. C'est cela ou je n'y comprends ricn.^ — Les barb.-)r 
cultivent ni les arts , ni les sciences ; ils ne connaissent d'autre 
que le droit du plus fort; pour eux^ mensonge, ruse , injostic--'. 
lence, tous les moyens sont bons pour arriver au but ; — il* r> i" 
respect ni pour les personnes, m pour la conscience, ni pour 1.^ 
priété, ni pour la famille, ni pour la religion. 

Encore MU mot : Dans notre siècle, et parmi nous, il jMàe^ 
bares et il y en a plus qu'on ne pense. — Ce n'est que trop ^rai. 

Je ne veux pas m^lr^éler en si belle route ; allons jusqu';iii i 
Qlk'Is sont, â votre avis, ces ennemis de la civilisation T Ah î %mi 



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(.'OUVRIER, 



151 



[mes pis , mais compère le Siècle et commère VOpinion ton» le 

imi ijBe ee sont les devinez; je vous le donne en dix, en cent, 

mille devinez. Y êtes-vous ?...... y renoncez-vous?..... Eh bien, 

% monsieur et cette dame ont découvert que ce sont les catholiques. 
la cilholiques!! en voilà une sévère t! et ces choses-lâ passent quand 

bême.— le public les avale et les digère Grand bien te fasse! ai- 

ïâUe et vorace public. 

Poor moi , pauvre paysan , pauvre ignorant que je suis , je croyais 
k eeatraire , — et je le crois encore , je le croirai toujours. On aura 
Mn dire , je croirai que les catholiques ont fait fleurir les arts de- 
^ dix-huit siècles : qu'ils ont couvert TEurope de monuments 
Istgeifiques? Comptez, si vous le pouvez , les milliers etlesmil- 
1^ d'artistes dont ils ont excité et développé le talent. Architectes , 
jcaipteurs, peintres, statuaires, musiciens, grands hommes qui fûtes 
b gloire des siècles catholiques et dont les chefs-d*œuvre provoquent 
letre enthousiasme , vous auriez donc travaillé pour des barbares ! 
iubares vous-mêmes !! Non, c'est trop fort. 

[ On aura beau dire, mais le paysan Guyot croira toujours que 1*Ë- 
jfsà catholique respecte ce qui est respectable : le droit, la vérité, la 
prtiœ , la conscience , les personnes , la propriété , la fiimille. Oui , 
ifflise catholique , ayant en tête le Pape et les Êvêquea , est Tins- 
ÉitioD la plus civilisatrice qu'il y ait au monde ; et les barbares 
fi ne sont pas les accusés, mais bien les accusateurs. — - On dira peut- 
are que je ne suis qu'un paysan, — c'est vrai, -—et que je dois croire 
i2i»rade le 5iéc/e et sa sœur VOpinion , arrivant de Paris. — De 
hfis ou du diable , c'est tout de même, je me moque de l'un conune 
ésT^atre 

k n'ai pas la berlue : tout ce qui vient de Paris ne fait pas mon af- 
hàtt. Parisiens , mes amis , ne savez-vous pas où poussent les badauds 
èb plus fine espèce?... articles de Paris /... Parisiens, mes petits 
mi>, qui ne savez pas comment vient le blé, ni comment on taille la 
npiê, ni comtncnt on fait pondre les poules, ni comment on fait le 
lis. ni comment on engraisse les dindons, ne soyez pas si fanfarons, 
1^ H rodomonds. 

Vous nous accusez, nous autres catholiques, d'être des rétrogrades, 
es ennemis du progrès. — Mais y pensez-vous ? vous nous prenez 
éenc pour des imbéciles, ni plus ni moins? 

Moi, Guyot, dit Boudeur, pa)san, catholique, apostolique romain , 
Imh eoiiemi du progrès!... moi ne pas voyager en chemin de fer pour 
rkr rendre mes bœufs au marché ! moi, ne ps faire jouer le télé- 
rijjti^' clectrique pour connaître le cours de la vente des bestiaux ! 
i'jj, Qd ps profiter du bon marché, grâce au perfectionnement de 
fjiKiuflrie ! moi, ne pas me servir des allumettes chimiques !... moi, 
h r t'^ laire enseigner à mes enfants la lecture , l'écriture et le cal- 
rÀ ' }luï, être ennemi du progrès ! mais qu'est-ce que j'y gagnerais.. 
W^ Kc sommes pas si bcles!!... 

k Dc suis pas novice; j'ai couru le monde; je connais les gens; il 

tipbâde fous que de sages ; à tort et â travers, vous direz et vous 
■hri'i, ô Parisiens, que les catholiques, les papes et les évcques, sont 
«tir&^i^des. — Hélas l hélas ! comment empêcher les enfants de baver? 
fiBMicoQt vous empêcher de blaguer?... 
l'a ilionoeur d'être, Monsieur, etc. 

Guyot, dit Boudeur 
ISitimarais, 20 août 1861. 

Pour copie conforme. 

> Candide Le FaANC 



j agait matrimonial engageait vivement un célibataire très-raison* 
liUt< i épouser un jeune bas-bleu. — C'est une nature d'élite, disait- 
Il; éti Tesprii jusqu'au bout des doigts ! die est femme de lettres ! — 
II' lit le futur, j'aimerais mieux qu'elle fût femme de ménage! — 
|lt (lit admirablement les vers! — J'aime mieux qu'elle les rince. — 
lo, Monsieur, c'est une femme qui ira i la postérité! — i'aime 
pOK qu'elle liUe au marché. 



LES 0BA6ES DE LA MfiBE NOIBR ' 



CHAPITRE Xm. 
Ne Jnges sur les apparences ni les dioses ni les gens. 

— A quelle heure allez-vous rentrer, mon eousint 

— Je pense que nous serons ici pour dîner, ma chère Madorie, 
répondait M. Tardif. Anna va mieux ce matin, la fièvre a presque en- 
tièrement disparu ; seulement elle est si faible encore que le nioindrs 
bruit doit la fatiguer beaucoup, et puis... Rosine, ma belle, fais-moi 
donc le plaisir d'aller chercher ma tabatière , sur le ooin de la che* 
minée du salon. 

— Vous l'avez dans U main, mon oncle, répondit Tenfant. 

— Ah * c'est juste : alors, va chercher... va chercher... va voir si je 
n'ai rien oublié là-haut, ma canne, caon chapeau, mon mouchoir, n'im** 
porte quoi et tu me l'apporteras. 

Et quand la petite Rose fut partie : 

— Je ne voulais pas le dire devant elle, dit â voix basse Gédéoa; 
mais cette pauvre petite m'inquiète. Elle a les yeux cernés et rouges à 
force de pleurer. Elle est pâle comme un linge. Jamais je n'aurais cru 
cette enfant si sensible et si impressionnable à son âge. Je vab l'em- 
mener faire une bonne promenade pour la distraire et pour que sa 
mère ne la voie pas en cet état. Nous reviendrons dans quelques heures. 
Quant h vous, Maclovie , je crois qu'il serait bon de ne pas trop faire 
parler Anna ; mais je sais que je puis me fier â votre prudence et à 
votre expérience. 

— Cela veut dire , répondit Maclovie en souriant , que votre con- 
fiance est un peu ébranlée; mais soyez tranquille, je vais m'occuper â 
la cuisine. Franchement, j'ui besoin de remuer et aujourd'hui je me 
sens un peu nerveuse. 

— C'cit çà, dit Gédéon, tâchez seulement de ne pas mettre trop de 
moutarde dans le pain au riz. 

— Ah! mon cousin... 

— Mon oncle, interrompit Rose, j'ai cherché partout et je n'ai rien 
trouvé. Vous n'avez rien oublié nulle part. 

— Eli ! bien, partons. 

Fidèle â sa promesse, Maclovie s'empressa de prendre la route de 
la cuisine et de s'y installer â la place de la cuisinière qui lui rcda sa 
place avec une pliysiononiie de reine détrônée ; en d'autres termes, 
avec un air de fort mauvaise humeur. 

cœur de l'Iionimc ! qui )Kfurrait dire la multitude de les variations 
et sonder l'abîme de tes caprices? Il y avait un quart d'heure que Fan- 
chon gémissait mit les ennuis allachés à la profesMon à laquelle le sort 
l'avait condamnée el voilà que mainlennnt elle gronde et s'irrite de 
s'eji voir délivrée! Pourquoi? C'est un mystère dont le secret est en- 
foui dans l'âine de plus d'une Fanclmn, sur celte planète où régnent 
la mobilité et l'inconséquence des volontés humaines. 

Mn« Maclovie, cependant , s'agitait immensément dans son labora- 
toire, bouleversant presque simultanément les casseroles et les épices, 
épluchant la salade pour ic plaisir de l'éplucher, sans doute, car elle 
jetait alternativement par terre et dans le séchoir les feuilles avariées 
et les cœurs. Deux fois elle s'arrêta au moment précis où elle allait 
verser une pelletée de charbon dans la marmite et enfin , quand 
l'heure où le déjeuner devait être prêt eut sonné à la dernière des 
horloges en retard , tandis qu'elle cassait la coque d'un dernier œuf 
(ur le bord d'un plat pour le préparer à la transformation merveilleuse 
vulgairement connue sous le nom d'omelette, la tête de Fanchon ap- 
parut soudain par l'entrebâillement de la porte. 

* Voir les n«* de tOufariêr du 44 mai au 2i juin , du e au Ï7 jsilWt , du 
40 et du il aoM 



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^OUVRIER. 



M^fl Madone, en eoteBdiat pranoncer son nom, fit un souLresaut 
formidable « 

— Qij'e£t*ce que c*est? FânchoUi demanda-t-cUet sans ditacher du 
plat ses regarda attentifs. 

— C'est, MamVeUe, un monsieur qui vous demande. 

— Un mûnsleur qui me demande? , 
«^ Oui, Majn'ieUe, un monsieur qui tous demande. 

— Quel est oe maniâiaur « Fanchon ? dit Maelovie , en battant ses 
iBufo avec frénésie à l'aide d une fourche Itu de fer. 

— Dam i Maru'ieUe t i^ d& £^ p^ l ^^^^ un petit monsieur qu*a 
ÛQ& beiicles. 

— Un petit monsieur qui a dea besicles ! Fancbon, fab-le entrer au 
aaloa; dis^lui que j'j vais tout de suite, et tu reviendrais pour mettre 
les œufs dang le poêlon, ât tu m'appelleras pour b déjeuner dès que 
l'omelette sera faite. 

— C'est entendu, Maiïi*iellei 
Quand elle fut partie : 

— Est-il ennuyeux, grommela MU> Jourdain, ce monsieur qui a des 
besicles, de venir €omme cela, juste au moment du déjeuner, Avec çà 
que je suis faite!... 

Et en cdet, la pauvre fille était dans un élat lamentable : le désor- 
dre produit par Tari culinaire étant une exception au proverbe connu. 
Rùâga comme un Djquelicot, les mains grasses^ et la robe mouclietée 
de taches de toutes les couleurs : un seul coup d'mi lui suÏÏrt pour se 
convaiocre qu'elle n'était réellement pas présentable. 

Elle s^enfuiten courant dans sa chambref et oprcs s'élre immerge le 
visage dans une cuvette d'eau frakbe^ arraché une poigniio de cheveux 
à l'aide d'un peigne, et ntjustée enfin de son mieux, elle iie di^cida à 
fdire son apparîLjon au salon où Ta t tendait le petit monsieur en ques- 
tion. 

C'était en effet un petit monsieur, portant une peiroqmt couleur 
d*iic;ijou, une figure ara nig rie dont le menton, faisant canin v;il avec le 
aai, g^mbl dt tenir étroitement pincées deux lèvres sans couleur cl sans 
éptiîsseur ; loi yeux gris, boidcs d'une lïgue rouge , étaient presque dé- 
pourvus de cils. \y n'en restait plus que deux, a tilre de spécimen , â la 
paupière inférieure de l'œil gauclie, encore snniblaient-ils tellement ef- 
frayés de la pensée do kuribùte prochaine^ qu'ils j^'claient corn m r) re- 
joints dans un mouvement eonvulsif et coUéâ Tun a Tautre par uu alôme 
de chassie, jiour s'onlre- soutenir et se prêter un mutuel appui en vertu 
de Taxiâme : L'union fait la force, L^s sourcils avaient complètement 
disparu. 

L'ajustement du personnage était plus que modeste et singiiHcrc- 
ment râpé i on voyait toute la corde de l'habil ; celle de la culolle avait 
disparu sous une couche de mille ingrédienls divers, forni.jnl un ver- 
nis dont h conipasitîon eût éelLappé à l'analyse du plu^ h.ibilc clii- 
niiste ; Les bas avaii^nt été de soie, mai^ êiaient devenus un^ mosaïque 
de petits morceaux de drap. Et le^^ souliers éculéiï et fendilléit eu dix 
places, se serrnîealsur deux pisds décharnés â l'aîde de boucles tn 
cuivre vertdegrisd, , 

— C'est il >Ii">e Jourdain que j'ai l'honneur de parler? dit poliment 
le monsieur d besicles, en accompa gisant sa question d'une profonde 
rdvérence, pendant laquelle i) rrgarduit h h déjobêt Eklaclovie^ pardes- 
sus hs verres rondâde sesluneltes. 

— Mademoiselle Jourdain, dit Maclovie. 

— C'est avec fti™a Jourdain que je désirerais m'cntrelenir. Est-ce 
qu'elle est sortie*? 

— Elle est couchée, et malade de la fièvre, le médecin a défendu 
diî la laisser parler avec qui que ce soit; mais si c'est une comniis- 
M'^n qu'on puisâelui faire, je suis sa tante et je la lui traosmeliroi G- 
dêlament, dès qu*il sera possible. Pourrais-je savoir à qui j'ai Thon- 
neur de parler ? 

— Je préférerais voir ll™s Jourdain etle-même, dit le petit mon- 
sieur d'un air soupçf^nneux qui semblait lui être habituel. 

— Mjtf, c'est vraiment impossible, monsieur, ma nièce est très-mal, 
Dial Elle n'a repris ta connaissance que ce mutin et sa faiblc;>s6 



est telle qu^elle ne sauraît s'occuper présentement d^aucune afTiire. 

— J*en suis bien désolé, mademoiselle. Âuriez-vous la bonté de lui 
dire que M. le Ladre est venu pour lui offrir ses respects. 

— M. le Ladre! c'est vous, monsieur, qui... c*est vous i qui*,. E^t* 
ce que Monsieur ne serait pas le monsieur auqueL.. T 

— Le déjeûner de Mam*£elle est servi, interrompît Fancbori. 9 

— C'est bon 1 c^est bon l Fanchon. — Ainsi, ;*e9i monsieur qoL ,., 
c'cst-â^lire auquel H. Jourdain a emprunté dix mille livres. 

— Vingt mille , mademoiselle , dit , baissant la tête , le petit tnon* 
sieur avec un humble soupir. 

Un moment de silence s'ensuivit pendant lequel rîmagination ac- 
tive de Maclovie parcourut trois fois le tour du monde indéfiai des i 
rêves. Au milieu du tohu-bohu de ses pensées , son esprit parvint i 
suivre le fil d'un raisonnement qui lui sembla d'une merveilleuse lo* 
gique. Son estomac l'avertissait que le déjeûner n'était pas une pure 
affaire de forme, et comme M. le Ladre était créancier, elle jugea que 
peut-être une politesse l'induirait â user de quelques ménagements et 
peut-être encore i faire quelques concessions , et la conclusion de soa 
vagabond syllogisme fut : 

— Si M. le Ladre voulait me (aire l'honneur de partager un mo-j 
destc déjeûner. i 

M. le Ladre réfléchit un instant en regardant le chapeau gras et pelé 
qu'il tenait â la main et un raisonnement des plus savants lui ayant 
démontré qu'il n'avait rien â perdre en acceptant , que c'était tou- 
jours autant de gjgné sur l'enncnii, et qu'en se forçant un peu il pou- 
vait économiser deux repas d'un coup, il répondit avec le plus gra- 
cieux dos disgracieux sourires : 

— Oh ! je craindrais trop d'être indiscret, et de déranger madot- 
moiselle. 

— Comment donc ! mais au contraire ; je serai trop heureuse. Fan- 
chon ! Fanchon! un couvert pour monsieur. Monsieur voudra bien 
m'excuser. C'est la fort une du pot : si j'avais su que monsieur dût 
vtnir. Mais, ici, il est si diflicile de se procurer quelque chose. Nous 
causerons de Taff-dre en déjeûnonl : j'y suis moi-même intéressée. 

Le couvrt fut mis : h\. le Ladre posa son ch»peau sur la console 
et quand il se retourna pour offrir son bras à W^^ Jourdain, elle avait 
disparu. 

( La sulle au procliain numéro, ) J£AN Loyseau. 



En envoyant trots francs cinquante centimes, de timbres^pt^te 
dans une lettre affrapchie à l'adresse de M. ^lsriot , libraire^ 
cdileuv, 55 , quai dts Grands-Augustins , à Paris , on recevra firancd^ 
et yar le retour du courrier , l'ouvrage ayant pour litre : 

DE L'ÉDUCATION. 

Discours prononcés aux distributions des prix de son 
établissement , 

Par l'ubbô Poullbt , Supérieur do l'institution do Saint- VinceQt , à Seal» 

UN TRÈS-FORT VOLUME IN-DOUZE. 

( 11 ne reste plus que très-peu d'exemplaires de cet ouvrage éminem 
meut utile a tous ceux qui s'occupent de la jeunesse. ) 



l\ous prions nos abonnés de joindre à toutes leurs Mres une dû 
bandes imprimées du journal. 

Angers , imp. de Laine frères , rue Saint-Laud , d- 



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oonraato. 



/ JA etolimMle^N* \ 

V lu MUléM éolMIM. ) 



V 2ff 



14 septembre 1861. 



L'OUVRIER 

fournal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



J[>iaNISTRATION : 
<iuai des GrandA-Augmtiiu 
U litaiiiif dieBLËSIOT, 

À PARIS. 



SOMMAIBE. 

LE RETOUR DU PÊGHEOR. par Euj^èao PÉ:«ii,— LES GOMPAGNOKS 
DE LA CROIX D'ARaENT. par r.I5ment JtsT - LE CONSCRIT. Poésie, 
par LoiiU MAir.KEN -- LES ORAGES DE LA MÊHE NOIRE, par Jeun 

LOfSBAU. 



ASONNBKENTS A'UH AW 



s o» 
Buion , Éaitra, RtfMi »' Amh TMp- 

Qon a'Am. • * • S •• 

tirATS-Uim as L*AaiRiQn M Ifosi . 7 »• 
Couimas bt àtmai mtb a'oums-iOK. S Se 



LE RETOUR DU PÊCHEUR 



1 na faut juger sur l'apparence ni les personnes ni les choses. » 
de La FonUine et, après lui, Jean Loyseau ont eu bien rai- 
le le dire. — C'est sur le bord de la mer que nous faisions 



dernièrement cette rëflezion, on contemplant nos marins du Bou« 
lonnais et da Calaisis dont toute l'occupât iou n'est actuellement, 
comme dit encore Jean Loyseau, de pêcher le hareng et le ma- 
quereau, en attendant l'occasion de donner la chasse à l'Anglab^ 
Ces rudes Iravaillcurs regardent dédaigneusemebt la terre et les 
hoinmes fans vai lance qui, de leur vie, n'ont quitté le plancher 
des vaches, l/babituHe où ils sont de braver les hasards et les 




LE RETOUR DU PÊCHEUR. 



fera âe le mer semble les prémunir contre toute émotion, 
jle qu'eo aoit la nature. Et cependant nulle part les Joies de la 
Ole ne sont plus vivement senties que chez nos pécheurs. 11 
$ pas rare d'être témoin, du haut de la falaise, d'une scène 
logue à celle qu'un habile crayon a ici même fidèlement repro- 
b. A rentrée de la nuit, alors que les pâles rayons de la lune se 
iKent dans les flots, le pêcheur revient d'une de ses courses la- 



l 



borieuses sur l'élément humide. Sans doute la journiée a été pleine 
de périls ou du moins la nuit sera pleine de tempêtes, c^ les nua- 
ges s'amoncellent et prennent à l'horizon les teintes les plus som- 
bres. Devant la cabane abritée par les rochers, la famille attendait 
avec anxiété le retour du marin : le voici : toutes les figures ont 
retrouvé leur sérénité. Le plus âgé des enfants se charge grave- 
ment des bardes et de la lanterne arrachées des mains de son père, 



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194 



L'OUVRIER. 



landis que celuî-cî enleva dm s se» lira» un ^utre ««rniot sQûrîuit; 
h mère cgtitmne de bercer son nourrisson onilarmî, etk stmTj rote- 
nm% â peuie h petite &Ue j appelle avec discrétion le gran^-pôre , 
ïieui loup de mer <]^ eut en son tempi 63 part des darjgew de TO- 
céâO. Seul , au bord de la pelile bai«, formée sans doute par Venîbnu' 
chure d'wie nvière tranquille^ Je ulileu ^ui ne saurait être liampé 
par Tapjiftfinitft plseidité dei ^ux, s*«gîte el aboie* Ses aboîcnienta 
ÂDjipncei^ l'orage; nmia qu'importe Turiige à la famille que Dieu a 
Oiïiûie ! EtcÊNE Pénel. 



L£S COnPKiNONS DE LA CROIX -DARtiËNT 



CHAPITRE VîlK .¥1 

CoMinenl lâ Miette vint nu sacours da Qleud? Gtiopiii , qui 
sans ùUb eut perdu la vie. 

Claude pnfifia dans robscuritfè de retrait espace où it était enfermé 
un temps qui lui pirut Irê^-long. 
Ëoiîn il enlendit dea pas. 
Une main légfère ouvril la serrure, 
Claude vît devant lui la Mietti^i une lanterue i la mam 
— ^Sortei^ lui dit-elîe. 

— Gomment f (^t Claude tout ému, c'e«t tous? 

— Oui , ilîi sont sortis tous. 

— Vous Êitfs senlc ici t 

— Oui. 

Claude était un honnête ^nrpon « asse^ embarrassé de aen naturel 
ITOC loi jeunes. Jilles qu'il ne <:oDiiai«siiit pas, 

A Soifisons te» choses allaient bien , el Claude était brâve ; tout le 
monde le cenoii«£iit et Tainiait. 

A la fête de Crouj, Cliude Cbopin était un des plus beaux, danscun. 

Nul mieux qu^ lui ne menait un» bourrée. 

tt Uouvait la Louiie bien jolie , et û le Uii tvail dit ctnt Tnis «ans 
qu'elle songeât 1 s'en Cieber, 

La Mario n sd mo4|uik lotijoi^rs de lui , pn^t^ndant f(u-îl n^mt tes 
jambes trop longur» pnur damier , et Im iionseiHant , piii»i}oll était 
diarpentier, de tes ftiirçourt^ir leulement dun demi-pouce. 

Il avait niaintes fois embrassé sa cousine , h Tillt' d'un Chu pin . qui 
Il a b luit â Loitfponi , jinur ^e jwiyer des peme^ prises â dtJrucher les 
nids iU merle qu'il lui apfiortait, 

Hi Itis conipliments qu*il fai^ftil â la Louise , ni les rai 11 taries de lu 
Alarinn , ni les fiancii et ^ro^ baisent qu'il donnait #ur tes ûem ]ouCfi 
à sa cousine uVvaient jamais fait battre plu» vite kccfMirdo (Uuipin. 

Tontes les fiUettea d*^ SoieRous , de Crouy ei de» «UTirt^iis n'étaient 
pour lui que de bons eanKirado» , atec lesquels il étail allé à Técole, 
. au catécbisuiefât luiqneli il nu fallait paf donner de coups de 
poing. 

Quinrl CbopiJi fit devant lui la Miette , une lanterne é la main , 
lui souriant de «ou \Àm «ngébque sourire , ce fut tout autre chose. 

Il se sentit tout eniu. 

Les jambes lui tremblaient comme les étais d'un échalaudage ébranlé 
par un grand vent. 

Les oreilles lui tintaient de la plus singulière façon. 

Il se sentait intimidé par la ¥ue de ctlte jeune fille qui cettys 
n'avait point Tair de loi vouloir du mal , plus qu*il n'avait été elTrajé 
quelques beures auparavant par les menaces de mort qui lui étaient 
adressées, 

Chofirn ne iroup(:onnait pas le moins du monde la véritable cause 
du mshiae qu'il éprouvait. 



• f.a rtproéticiiûn e»i itiierdii^. — Voir te» n" de ^Omtrisr du 3 août au 7 sep 
lÊUDrat 



G^est k faimv.«e tHairit-il â hsi-même^fa étnruattde rester li 
longtemps sans oianger, 
La jeune fille ieprit i- 

— ft faut vou» sauvar d'ici , "et bien tit6. 

—Pourquoi, répondit Ghdpin , puisqu'on doit me faire sortir? 

--Pas du tdli|> rep4t;vv«ei^6ntb jouila illo rfls véus t«erom; 1 
ûs ont peur que vous' ne les trahissiez; ils disent qu*il n'y a que lef j 
morts pour ne point parler. 

Alors eHe expliqua rapidement â Chopin le danger qu^ courait. 

— Le chef — elle appelait ainsi Chaulât— toulait que Claude eût fa 
vie sauve ; man rAmêricaio avait peur des déaoneiatioiw , et il avait j 
rcsoki de se d^aire de lui , et de ne pas lui laiéscr revoir le jour. 

Chopin comprit que le Marseillais et le cabaretier étaient dans le 
même dessein , et qu'ils agissaient tous trois i Hnso do chef. 

— Mais vous ? dit-il en regardant \a Miette avec de ^nds yeux , 
qu'il ouvrait comme il faisaii quand i SoissonoB il voyant dans la ca- 
thédrale passer les reliques de saint Gervais et saint Protais » portées 
par les chanoines. 

^ Moi , répondit la Miette » moi , je veux vous sauver. 
— Comment faire , denianda Claude? 

— Ecoutez-bien et iaites ce que je vous dirai, 

— J'écoute. ^ 

— Vous voyez des tonneaux , là dans le fond ? 

— Oui / 

-^ Houlez-en un par ici , il est lourd , ouiis vous êtes fort. 

— Oui , je suis fort , répondit Claude , flatté secrètement que la 
jeune fille eû| remarqué un des mérites dont dans son état de char- 
pentier il était le plus fier. - 

iLs'approcha des tonneaux. 

n en choisit un , et le roula de l'autre bout de la galerie , â une 
place que lui indiqua b Miette. 

— Il y a du vin là dedans ? ^ 

— Non. 

— De la bière? 

— Non. 

— Quoi donc? 

— De la pampre ; mais travaillez et dépôchez-vous. 
—C'est Élit. 

— Bien * voasilà des tonneaux vides. 

— Je les vois. 

— Hé bien ! il toi (aire sMlsr muaptoiiin. 

— Et puis? 

— Et puis véus mettre ^»$ le toancsu. 

Qaude regarda la jeuue fille avec éMyevx où «Ni fttt ^ntrU mar- 
que ëe la plus profonde stupéfaction. 

' Vous n*y penses pas? 

'- jSi fait ! repnt la Miette avec une fMiMke fenMé st une grande 
ifoueeiir ; il n'y a pas d'autre moytn «pavr ihms 'ée aaalir' ihi sou- 

^ Comment ! mais ouvrezHUoi la pavle iM iaatt 

— La porte est fermée , je n'ai pas k olé , a^ y i «{adqu'uii 
d'ailleurs probablement ém» le oalMrat. 

— Mais il y a d'autres issues. 

— Aucune. 

— C'est impossible ^ 

La jeune fille haussa légèrement les épaules. 

— Vous perdez le temps , dit-elle , et dans quelques mutants d 
sera peut-être trop tard. 

— Mais enfin qui êtès^vous? vous ! idèmaiida illiùde t * ' 

— Je ne vous ai pas demàiidé qui vous étiez la nireioifi!e fbSs q^ 
J ai tâché devons setvir. 

Claude rougit jusqu'aux ordiliea. 

— Qu'est-ce qne j*ai (ait pour que foui nmhef me sair^a^r 
—^ Rien ! dit la jeune fille , mais vous ferez. . . ^ 
-^Quoi? demanda rapideme«it Claude Chopin. 

La jeune fille rougit à son tour ; eue <<eM(a â repoudra* 



L . 



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l'OîBviukr; 



1S5 



— -Toiu «tiret k lotrd mèfe de piier povr les filksifuÎA^oBl'.pas 
de mérB — ^ mamteiiant hâtez-vous. 

Claude eut rapidement défait me planehe. 

Qeelque étourdi qu'il fût par tout ce ^fti lui était arâvé d*extraor^ 
ëa^n et suptout 'per la préaeoee de û Miette , Chopin laiaait les 
réttexi^Mis If^ pkn oireonspe^tea. ^ 

— Je ne vois pas , dit-il , comment une fois dans ce tonneau je 1 
sortirai de'ce soutertaigii- 

— Voici : cette nuit , les Gompagnoon iJoivp«t eMportev ces ton- : 
ses : ayez soin de fte point h^n^r , et de vous tenir paHaitaalent ; 
ionnobile , puis , quand vous entendret frapper ttoja eoupe , ious ,' 
pourrez làtre sauter la douve et sortir; et une fols sorti voua aaniier. 

Ciinpigi écoutait de Tair d*un homme A qui Ton dirait que pour 
2ll<r de Versailles ^ Paria il faut passer par la lune. 
H ri^svdait le tonneau vide et entr'ouvert 
UregMdétialliatle. . , 

— Allons» ditrelie , poussai le teonemi vide euprôc des ienaeaiu 
plana. 

GhopÎR vo^ le teipun* 
—Maintenant! dit la Miette. 

it éemande Ghepiff. • 

; il^ttt n» faire iei une pronease devant Dîaii. 

— Oui » et montrant du doigt la galerie qui conduisait é la salle c(& 
âuMie avait eemparu devant les Gonpi^oaa aoira, elle ajoita : 
yMi iln n'ont pan venlu voua taire jurer. Ge«x qui n'ont pas de fei 
se croient pas â celle des autres ; mais moi... * 

— Mais veust îdtenpoaipitGilopia. „ 

— Moi» je cfoia e» Te«i# Je ne voua demande paa d vmh avetf une 
fliâie» wae aonr, mejenae fiUe que voua ahMea-^en diaant œa 
derniers mets la Miette rougit légèrement. 

—Je n'ai que ma mère au monde ; maia je Taime si fort que si je 
savais qf^'il feoiaeiait fait ^nelqne mal à canae de moi , j*en menrraia 
i Tmatant. 

— Si vous ne dites rien , il ne lui sera rien fait. 
_Voss en répondes? 

— Ten réponds » mais... 

— Mme quoi Y demanda Claude rapidement. 

— Jarez que pour Tamour et en bon souvenir de moi , qai vous ai 
lauvé , irons ne dênoneeref jamais œ qiti ae lait ici. 

-^ le vent le jurtï 1 répondit avec «m sorte d'exaltation k neveu du 
père Brûlot. 

— Devant Dieu f 
— Devant Dieu. 

Il I eut un moment de silence. 

^ Vous pensez donc , reprit Claude, que j'aurais le cœw* dVxposer 
ma mère par une parrile imprudente? 
^ H*m I mais votre nière est vieille ; elle pent mourir , et alors... 

— C'ait vTii , murmura Chopin , et alora je meaenviendrai de vens. 
U AlieLle vivement émue ae détennaa. Le neven du père Brulol ne 

mï pai rëmotîen de la jeune fille : la hienr devteuae de la lanterne 
frdlée éclairait' mil le souterrain. 

Chopin regardait la tonne vidé. 

Toute sa tirconspedlon était en éveil. 

C'est cependant un singulier moyen de se sauver 1 disait-H- 

La Mictt€ aurait pu répondre h Chopin que le même moyen avjit 
iiutm^ en 1596, au fameux ligueur du Tenage pour sortir du rhl- 
letâ de Dombs ; en 1633, au chevalier d^Ksfats, pour éihapper A 
Sidieliea; en 167i>, I^Signeley, pour se smiver du Mont-Sainl^Mi- 
cM ; en illt , h loté Mjrino , piMir s'évader de la Baatille. 

Mab ta Miette ne connaissait ni du Tenage, ni le chevalier d*Esfi r^, 
u Séf m»ley, ni linlbrtuné Joéé Mariao. 

— Vous étfis s^re 'pm , si je reste . on me tuera? 
— Sûrc- 

— Ce soir? 

-C««4i>r. fèant iiM aavre pfiit«eire. 



-^ Mais , si en renie le tennean ni je serai enfermé ? 

-^ On ne roule pas les tonneaux de poudré. ' 

Chopin ne ae déeidalt pa#. 

Le croira-t-on ? quelque terrible que fdt la situation dans laquée 
ii^aeitrtnwait » «k n*était pas ffilbé de prc^otigerla conversation avec la 
Miette. 

Elle était si charmante. 

Ses yeux blenset pleins d'une descenr infinie se fixaient sûr Claude, 
avec une compassion pleine de tendresse. 

:Efte ne panaiséf it fuère avdir p3us de seite ans , mais son regard 
brillant témoignait une intelligence f réobbe. 

Son eestume contrastait eingeliôremént avecles lieux et les hommes 
au milieu desquels elle vivait. i , . . 

La petite robe bleue qu'elle portait n'était pas le Vêtement cTune 
fille dea^ Compagnons noirs. 

Ghopinne pouvait se lasser de regarder la Miette! 

Tout embarrassé qu'il fût avec elle , il trouvait un grand pla/isfr i sa 
esttserie. , . . ^r.-iv.di 

— Et vous ? pourquoi restez-vous ici , demanda-t-il avec ttfie brua- 
qnerie dont rembarras éîait la vraie cause ? '^ 

La jeune fille redressa la tête fièrement. 

— Peurquèi cette question ? fit-elle. 

— Mais... et lé neveu du père Brûlot montra le souterrain, ce n'est 
pomt par goAt qu'une fille de votre Age reste ici. '" ' 

Le jeune fille rougit , et murmura d'une voix faible : '' '" ' 
— J'ai mon père. ' ' " •^••' • ; f^ ' . • 

— La Marseillais? demanda Claude. rr ;;î, i.' 
On entendit un léger bruit dans une partie de la galerie. 

— Chat, fit la Miette: cachez^veus. Et une fois ifàtk te tonfteau 
refermez-le sur vous, et tenez- vous immobile. 
Chopin s^ngagea -dstis rottvertut^ étrnité: " ' '- '' 

— Attendez , dit la Miette , prenez ce marteau , cette pinee'et ce 
lingot de fer. 

— Merci , dit Claude , mais je n'ai pas besoin de ce mèreeàu 
de fer. n. , .: • 

— Sî fait , et encore de ee1«i-d , et de celui;^ ,' fit'énè en met- 
tant entre les mains de Claude linéiques lourds morceau% de fer. 

— Que voulee-vous que je fitsse de • tout cela ? demanda Cîaude 
avec étonnement. 

— Je veux que le tonneau dans lequel vous se^ëz pëse antant que 
les autres. *.; , , . 

Claude fut frappé d'admiration. Qu'était donc cette jentie fille , 
pour prévoir tout ainsi , et n^'êtrè embarrassée par rien? 

Quelques instants après lé tonneau était rongé prés des autres, 
dont extérieurement il ne diiffi^ait en Hen. • 



CHAWTRBtX. ii 

*Le U juillet i7W. -^ 

Dès le in^n , la chalenr fiit accablante , le cie) éinit t^kr^ do 
nuages blancs et gris qui semblaient étouffer Patmosplière sons leur 
pesanteur brAlante. 

R ne fai^t pas de vent. L'atr était lourd, orageux. 

Le pavé était ardent. Vers les six heures du matin , la (rtaee im- 
mense qui s'étendait devant la grande porte de la Bastille était pleine 
de monde. 

D'où venait celte foule? 

Elle débouchait de toutef? les nsea, des boulevards, dn iknbourg. 

Les boutiques étaient fermées ; les cabarets seuls restaient ouverts 

Dans le lointain on entendait le roulertient du tambour. 

Pourquoi tout ce monde réunit ' 

Nul ne le savait. 

L» B^istille morne se dressait lèvent cette foule comme le silence 
devant une question vivante. 



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•"xr^- 



m 



L'OBVRIER. 



■ m il m .iii . !■■■ i^i I i ->^-. 11 I I nr ^^^^P>i- -Bj ^ 

Poû une forte barrière è el»re*vde, fermée de paDlrellei réTbc] 
de fer. 

Derrière eette grille apfMiniieMitlt cour intérfeare, cmiTert^ d'ooln 
par les haatee tours qui Tentouraient. 

Dans cette eour, â y atait une horloge dont le timbre sonare s'n- 
tendait bien depuis Tauberge de la Croix-d 'Argent , rue du PsÉp 
Musc. 
La cour aTait iD2 pieds de long et 72 d^ large. 
Elle était deninée par six tours. 
La première tour s*appelait la tour de la Liberté. 
La seconde, la Berlaudiére« 
La troisième, la Baiinière. 
La quatrième, la Gomté. 
La cinquième, le Trésor. 
La sixième renreirmait la ehapeBe. 

Ces six tours étaient réunies par des massifs de mifomierîQ p 
s'életaient à la hauteur de 73 pieds. 

Au fond de cette grande cour 8*élevâit un bâtiment . Au milîeit de k 
iaçade de ce bâtiment on lisait une inscriptioii en lellres d'or graré«« 
sur un marbre noir. 

Cette inscription disait que le bâtiment aTait été ciMutniit sons I» 
règne de Louis XV et le ministère de U. de Saint-Florentin pirU.di 
Sartînes, alors lieutenant de police, pour le logètneïit des offiiners de 
rétat-major. 

De la grande eoilr, en passant soiis le bâtiment dn TotmI (m pénl- 
trait par une galerie dans la cour du Puits, qui cUit la basse^our dt 
château. 
Cette, cour était commandée par les tours du Faits et d a Gei^. ' 
An sommet des tours, grosses et petites, hautes et bassa, él^ 
une terrasse prolongée le long des mastifs par. lesquels ces tour» ir 
communiquaient. 
Au bord de cette terrasse courait un parapet de fer. 
Cette galerie aérienne formait ee qu'on appelait le chemîs é^ 
ronde. . 

Les officiers et les sergents y faisaient de Mqucnlcs rendcf , sur- 
tout la n ; I , pour :> 'assurer que les senlinclles Teîlîaient. 
Le 1 4 juillet, au matin, la forteresse semblait morte. 
Les ponts-levis étaient letés. Lés fenêtres, qui donnaient sur les 
fossés, fermées. 
On ne voyait personne sur les tours, ni sur la gnleric ait^eure. 
Seulement, â travers les embrasures, on apercevjît béante b gpeal« 
des canons. 
Lo gouverneur de la Bastille s'appelait, de Launay, 
C'était un officier fort brave, disait-on, mais léger, homme d& e«v 
plutôt que militaire. 

Il était très-in^populaire, parce que le gouverneur d'une priiei^ eil 
toujours détesté. 

Ses manières légères semblaient autant d'iosuUcs au mallieur de$ 
prisonniers enfermés k la Bastille. 

Il avait reçu du roi le commandement de la Bistiîle : il fiariift ti 
forteresse comme une consigne. 

Prévenu de Témeute parles rumeurs qu*il entendait depuis la ?<iBt 
gronder autour de la Bastille, de Launay sVtait préparé à la resii- 
tance. 

La petite garnison était sous les armes depuis deox heures ai 
malin. 
Toutes les précautions étiient prises. 
L'arlilbrie était prête. 

Outre Tartillerio de la Bastille, il y avait celle de rArsenu^. 
Sur les tours on avait amoncelé six voitures de pavds, de h^û^ 
de ferraille. 

Dans leurs •meurtrières du bas , de Launay avait placé douze gro^ 
fusls de remparts. 
Chacun d'eux pouvait porlor une livre et d^mie de ballet. 
i .nppcUit n'% fusils I >s .isiinsetlos du i^emte de Sait. 
Quinze pii'c s do onon liotdaient 'es tours. 



La Bastille, cMtaît le grand objet de haine héréditaire el «inîver- 
selle pour le peuple de Paris. 

Tout régi nie qui a duré longtemps a des fautes, quelquefois des 
en mes dans son histoire. 

L'ancien régime avait ses fautes. EU es se personnifiaient toutes 
dans la Bastille. 

C'était U qu'une erreur avait enfermé Utude. 

Quand la nouvelle de la prise de la Bastille arriva en Russie, Ton- 
tbousiasme fut immense. 

Les Husses s'embrassaient. * Comment ne pas pleurer de joio ! la 
Bastille est prise \ ■ dbaient-ils. 

Le fait est rappelé par un témoin peu suspect, le comte de Ségnr, 
ambassadeur en Russie. 

Toua les malheurs que la France avait traversés depuis quÎAxe siècles 
^mblaient planer de leurs souvenirs sur b lugubre forteresse. 

Les murs avaient dix pieds d'épaisseur au sommet des tours, trente 
et quarante ï la base. 

Derrière ce vêtement de pierre la forteresse pouvait rire longtemps 
des boulets* 

Les tours étaient percées d'étroites fenêtres et de meurtrières : 
elles étaient grillées, et avec doubles et triples grilles. 

C'était prUculièremenl le peuple du ^ubourg qui haissiit la Bas- 
tiUe. 

Sans cesse , dans ce lieu si fréquenté , il passait et repassait sous 
son ombre. 

Jamais, en pasiant, il ne manquait de la maudire. 

Cette lourde masse de pierre et de bronxe écrasait la rue Saint- 
Antoine. 

Un mot spirituel, lancé contre U Bastille, avait, dans le peuple, une 
vogue universelle- 
Quelques années avant 1789, un avocat, Linguet, bomme d'esprit, 
fui mis â la Bastille. 

B y écrivit, la colère au cœur, un lactum contre 9M incarcéra- 
teun. 

Un jour il était I sa table. 

Un homme entre , grand , pjlo, maigre, {(. A. La présence de ce 
singulier personnage étonne Linguet. 

— Que me voulez- vous? dit-il, avec TacceM d'une mauvaise hu- 
meur peu dissimulée. 

— Monsieur, je viens 

— Ëh 1 parbleu, je vois bien que vous veneE ; mais c*est fort mal 
â propos. 

— Je ne dis pas, monsieur, c^est qufi à suis le barbier de la Bas- 
tille i et je venais 

Linguetse retourne, et d*uo air trji-sérieux: — C'est diflërent , 
iw^nsieur, puisque vous êtes le barbier de la Bastille, th f bien, raseX' 
nr/ 

LVaeedote et le mot couraia*^^» dès le lendemain, les salons et les 



On en rit même I b cour. 

La Bastille se composait de huit grosses toura. 

Chacune des tours était reliée avec les tours voisines par d'épais 
naasiffl de maçonneriii^ 

Un large fossé profond et plein dVau entourait la place. 

Une des parties de ce fossé, creusée sous Tempire, est devenue 
i*extrémîlé ducanalSaînt-ïlartîn. 

La Bastille était, en 1789, bâtie depuis quatre cents ans. 

Ctle avait été commencée en !369, sous Charles V. 

La Bastille était divisée en ptu^ieur^ cours. 

La première était la cour du gouvernement : elle était située en 
dehors de la forteresse, en deçl du fossé principel. I^e gouverneur 
Y avait son hôtel. 

De la cour du gouvernement une avenue conduisait au fossé de la 
Bastille. 

On francbjtiait ce foijé sur un pont^kvts 

Dcrricfê le pont, il f tf ' ■ *" 



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vi 



L'OUVRIER. 



15» 



Trois pièces de campagne étaient placées dans la grande cour, en 
fece k porte d'entrée. 

La garnison était d*ai]1ears peu nombreuse; eHe se composait en 
tout de f i4 hommes; 

n y avait 32 Suisses du régiment de Salis-Samade et avec eux 82 
invalides. 

Les munitions ne manquaient pas. 

Il j avait dans les caissons 40U biscaîens , i ,500 cartouches , des 
boulets de calibre et 250 barils de poudre du poids de 425 livres 
ehaemi. 

La matinée se passa jusqu*à neuf heures sans que rien vint hâter le 
eours des événements qui se préparaient. 

Une foule immense, de plus en plus serrée, couvrait la place. 

11 y avait des hommes , des femmes, des vieillards, des enfants; 
beaucoup venaient, par curiosité, pourvoir; un très-petit nombre avait 
un dessein arrêté : on voyait peu d'armes. 

Beaucoup d'hommes portaient à leur bonnet une cocarde verte : 
quelques-uns, pour cocarde, avaient pris des feuilles. 

D^autres avaient des cocardes rouges et bleues. Ces deux couleurs 
étaient celles de la ville de Paris. 

Mille bruits divers couraient dans la foule. 

— Qu'est-ce qu'oft va faire? 

— On ya prendre la Bastille. 

Les uns levaient les épaules, les autres riaient 
Plus loin, on parkit dé M. Necker. 

— Le roi Ta renvoyé, puis il Ta fait revenir. 

— Vive le roi ? 

— Vive M. Necker! 

— Ce n'est pas v|ai, criait un inconnu, M. Necker est parti ; il. ne 
reviendra pas. 

Vers les sept heures et demie un baquet descendit du faubourg 
Saint-Antoine. 

Il était traîné par deux chevaux : sur le baquet il y avait cinq ou 
sjx tonneaux. 

-^ C'est bien VU| disait l'un des spectateurs, il fera chaud, on nous 
apporte â boire. 

«^Oui, mais qui nous donnera â manger? répond un autre. 

—Tiens! ils descendenjt leui^' tonneaux lâ-bas, sous la porte- 
cochère ! 

— Ce sont des tonneaux de bière 1 

— Oui, ce sont les chevaux de Santerre, le brasseur du &u- 
bourg. 

Les conducteurs du baquet, dans lesquels nos lecteurs voudront 
bien reconnaître le Marseillais et l'Américain, déposèrent les tonneau?! 
sous la portercochëre d'une maison qui était située au coin du boule- 
vard et dd la me du faubourg Saint-Antoine. 

Quelqu'un étant venu près des tonneaux avec une pipe, 

— Passez an large, l'ami, crièrent-ils. 

On était occupé â regarder le déchargement des tonneaux , quaiid 
na gnnd bruit se fit dii côté de la Bastille. 

CTétait une députation qui venait de l'Hétel-de-Ville et qui deman- 
dait A entrer dans la forteresse, pour parler au gouverneur. 

Au milieu d'un groupe un homme murmura : 

-^Ils vont perdre le temps en paroles quand il faudrait agir. 

-9 Si on peut s'entendre â l'amiable, reprit le voisin. 

— n n'y a pas d'entente possible, répliqua le premier. 

— Pourquoi? 

— Parce que le rouge est rouge et le blanc est blanc. 
Lîiomme qui appelait ainsi de ses vœux une collision était un 

Compagnon noir. 

Dans un autre groupe, un homme battait des mains : 

— A la bonne heure ! qui ne demande nen, n'a ricnccriail-il. 

— C(»mment? demanda-t-on autour de lui. 

— Certes, oui, disait-il , donnons nos raisons au roi; nos intérêts 
•ont lea siens, et les siens sont les nôtres. Il ne sert â rien de se ti- 
rer des eonns <M fiwiU. m»^Qà on pent parler antrement. 



A quoi chacun répond ^til selon snn idc^i 
-^ Moi, je ne tiens p;is i me baLtra l 

— Ni moi i me faire tuer» 

— J'ai une femme. 
— J'ai six enfants. 

— Ce n'est pas que j^aie peur d'un coup de hu, 

— Ni moi. 

— Ni moi. 

Ces rumeurs allaient pqr la place immense, roulant lan^ ôrJri; 
comme \e9 flots roulent sur les grèves. 
Pourquoi cette foule immense réunie? 
Que voulait-elle-! 
Le voici. • 

( La suite au prockam nun%éro. } Clémrkt Just, 



lE CONSCRIT. 



Les vers qui suivent sont exlrmU d'un charmant petit volume moflnstement 
intitulé : Ruttiqwi, ttiaîa dont rAcadémio Fran^;4ise a proclamé tout If m^rrte, 
en le couronnant dans ta sèiince aoletmelle du 14 août dernier. 1ms li^cK'urf ild 
^Ouvrier sauront gré à 11. Loujs Maîgnen d'avoir bien voulu nous auturi^er k 
mettre sous leurs yeux une pièce si pleine de senti meni. 

EtruÊiit VÈUtlm. 



iK CONSCRIT. 

J'entends sonnpr le HTrc et Kitlre le tambour : 
On emmène nos gns ; j'aurai bieuldt mon lour. 
Les voiU, def^cciulant à travrrs h ebiriêre 
Oi!^ de loin apparaît h vieHIe croiit île pierre. 
Et le sac sur le dos, les sabots à U main , 
Ils traînent lentement leurs pas sur le cWinin. 

Moi je me suis levé, j'ai prié ma patronne. 

J'ai quitté la maison sans eveiUcr personne, 

Et le long des luisions, en silence marchant, 

J'ai conduit mi eharrue et mes bœuTs dîna ce champ. 

Pauvre champ ! que je quiMe avec tout ce que j'aime, 

Où je ne verrai pas la nieïssnn que je sème ; 

Je ne veux point laisser à des gag paresseux 

Le soin de labourer oh j'ai pouisé mes bœuf», 

Dont le pesant eflbrl, sans que leur mî*ître y songe. 

Entraîne en ce moment le sillon quia^allonge...^ 

Allons, petits I a Ikon s , ne vous arrêtez pas^ 

Les bleus vont m'em mener, je les entends ll-bas. 

Hier, comme au bruîl lointain du signal militaire 
Je restais dan% un coin à pieurer solitaire ; 
Un garçon de chei nous, le Bis â Sîmoneau, 
M'a dit : c Console- toi ^ tu verras du nouveau. 
C'est faire de la vie un assez pauvre usage 
Que presser tous les jours le beurre et le fromage. 
Ne jamais voir le monde et no connaître rien 
(lue son toit de fumier, ses vaches et son chiea, 
Soldat, d'un tout h l'autre on mesure la Franct, 
Ou promène en [lilnant une noble indolence ; 
C'est le bourpois qui paie, et l'on n'a pour tout s^m 
Qu'à porter l'uni forme et combattre au besoiiL a 

nis à Simon eau ! pour tenir ce UngagOt 
Comme moi tu n'm pas un enfant dki 0aca|ta, 



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y^êa 



t'OUVRlER. 



Ta mér6, en endormant 1c$ cris de ton berceau, 
Ne t'a pas répété les rondes du hameau ; . 
Tu n'as pas, épiant la louve meurtirière , 
Chassé, dormi, prié, rêvé sur la bruyère; 
Respiré ce plein air et cette liberté. 
Loin du paysnatal vainement regretté. 
Tu n'es pas nn de nous ! cette terre chérie, 
Pour ({ui peut l'oublier, n*es.t point une patrie !... 

Allons, petits, allons, ne vous arrêtez pas, 

Les bleus vont m'emmener, je les entends lâ-bas. 

Le fils â Simoneau m'a dit encore : c Eh ! Pierre, 
Ta vcjte a grartâ besoin d'an bain dans la rivière; 
Tes guêtres du dimanche et ton large chapeau 
Ont changé de couleur dans la poussière et l'eau; 
Ces longs cheveux pendants vont mal à ton visage. 
Et' font rire de toi les filles du viÀage; 
Un collet écarlate et des cheveux bien ras, 
Séduisent plus leurs jeux que la mise de« gas, 
El la lourde démarehe et l'incertaine allure 
Que Ton n*a poii|( formée à marcher en mesure. • 

Ouittotte n'a jnnÉis ri de mon vieux ehapeav; 
Sous eet habit grossier eBe me trouve beau : 
Cest èffe qui m*à (ait les guêtres qne je porte, 
Elfes sont à ma taille, et Tétoffe en est forte. 
 Gnillôtte aussitôt je songe en les mettant: 
De plus belles pour vous ne ne plairaient pas tant; 
EQes ne plairaient pas, j'en suis sûr, i GnUlotte, 
Non plus que le schako ni la rouge culotte. 

Allons, petits, allons, ne vous arrêtez pas, 

Les bleus vont m'emmener, je les entends là-bas. 

Le fils â Simoneau m'a dit encore : ■ Eh ! Pierre, 
Plutdt que de tirer sur les coqs de bruyère 
Ou de brûler ta poudre au noir museau des loups. 
Ouvre ton avenir par de plus nobles jcoups. 
On en a vu souvent enlever Tépaulette ~ 
* A b pointe du sabre ou de la baïonnette, 
Et d'autres qui, petits, avaient planté des choux, 
Acheter le manoir des seigneurs de chez nous. » 

C'est ainsi que parlait le jeune militaire. 
Et pour moi, je n'ai fait que pleurer et me taire : 
Ce que je pouvais dire, il ne l'eût pas compris, 
lAii qui trouve étonnant qu'on se plaise au pays ! 
Je ne sais point û c'est pour le pays lui-même 
Ou pour tous les parents que j'y laisse et que j'aime, 
Mais je me sens bien triste, et mon étonnement 
Est que tout ne soit pas de même en ée moment. 
La charrue et les bcêufs et la croix solitaire. 
Chaque chose a sa place et sa teinte ordinaire; 
Le ciel eet tovt brillant : on n'entend rien au loin 
Que l'essieu gémissant sous sa charge de foin. 

Mes bœufs, que désormais un autre fera paître, 
N^avez-votts point de pleurs pour pleurer votre mattre? 
Beau ciel, dans mon bonheur si souvent ténébreux. 
Pourquoi souriez-vous quand je suis malheureux? 

Avez-totts o«iblié, vous ma croix vendéenne, 
Que mon père et ma mère, en cette même pbine. 
Quand )V.LiiF tout petit, me plaçant devant xoih, 
F;uz niAmes, le front nn. se mettaient â genoux? 



Avez-vous oublié qu'au seuil de notre porto. 

Quand il fait du soleil, chaque jour on apporte 

La grand'mère tout bas disant son chapelet 

Pour son petit Piarrot, comme elle m'appelait^ 

Car maintenant, pour moi c'est une ancienne histoir% 

Je ne suis plus Piarrot ! c'est i ne pas y croire 1 

Et pourtant, il n'est rien de plus vrai que oe&a : 

Ce toit, ce champ, ces bceafs» cette croix qu^ voili» . 

Cest tout comme un beau rêve où Ton voit daat sa frai||a 

De l'avoine et du blé tant qu'une ville ei^ mange ; 

Puis quand on se réveille, oA, d'un si riche bieii« 

Dans sa grange déserte on ne trouve plus rien ! 

Ainsi, mes hauts buissons, mes torrents, ma bruyère, 
Vous n'êtes phis qu'un rêve aux yeux du pauvre Pierre! 

Alhmi, petits, allimè, ne vous arrêtez pas, 

Les bleus voM m'emmener, je les entends li-%ti. 



Je les entends lâ-bas, partons aaae plue alteAdre, 
Mon père osera toni, mon père eelaité presMke 
Notre poudre cachée aux recherchai des Uéua ; 
Ils sont plus de soixante, ils nous tueraient tooedesi. 
Ils ont tué Malfan, les eousini, b frand-pàre, 
Dont on voit dans ce pré la fer»e eolitâfe. 

Par ici, mes petits, mes bœuii, détoumes-veos. 
Et reprenez tout seuls le chemin de chea nous. 



{La suite au prochain numéro.) 



Louis HAiGiaEN. 



LES ORAGES DE LA NÊRB NOIRE '. 



CHAPITRE XIll 
Ne juges sur tes apparences ni lea ohoses Jii les gens. {StaU ] 

n prit son parti en brave et arriva â la porte du s-ilon just^ si 
moment où elle y rentrait en courant : ils faillirent s'em brader, u 
demandèrent mutuellement pardon et se pardonnèrent comme il eM 
•d'usage et comme il est si facile de le faire quaiïd personne ii''i f^o 
d'offense. 

Au moment où M. le Ladre levait les basques de son babil p«ùï 
s'asseoir, Maclovie se précipite comme une tempête et arrive ji^ i 
temps pour lui enlever la chaise en criant: 

— Mais Fanchon est folle , de donner la chaise de Ewq I 
monsieur ! 

La réflexion était plus opportune que l'acte auquel elle donna hn, 
car à l'instant précis où l'infortuné convive allait poser rexLréiniti 
inférieure de son épine dorsale sur le siège qu'il supposait derrière 
lui, il s'assit malencontreusement dans le vide el tomba les quitreriïrt 
en l'air, entraînant dans sa chute la nappe à laquelle il s'était eon^^ 
sivement accroché. Une assiette fut la seule victimâ de Vaecidéni, 
tandis que la cruche de cidre perdant soudainement l'équilibre rouii 
sur son large ventre d'une façon si ingénieuse que le contenu s'é- 
lança , sous la forme d'une cascade aux ondes dormes, et se ver» tout 
entier sur la tête et dans le cou du malheureux usurier. 

Tout ce drame fut accompli en dix seiondes; mais quand k désofilm 
eut élé réparc , les pardons redemandés de part et d'siulrc , une ei^ «^^ 
nouvelle apportée, quand la cruche eut été remplie de Kouveau, qiï^n^ 

* Voir les n»* de F Ouvrier du 44 mai au ttjuin « (tu â M ^ Icuié'ft ^ 
10 et iï août et du 7 septembre. i 



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LVOUVRIEfi. 



M»^ 



9 ne resU pins d*«utre trace du désastre qii*«ne goutte de ciàre su»« , 
pendue à la catogan de la perruque de M. le Ladre, la converaatîon 
oemmença. 

— Quel affreux malheur est fenu frapper notre ramille, monsieur le 
I Ladre ! dit Maclovie en lioi'iiaot la tête d*un air signilicitiir. 

•— Affreux! mademoiselle, répoudit Tusuricr, avec un accent de 
' profonde aympaUiie. 

^-Affreux ! répéta Maelovie. 

Elle cherchait i se frayer un demin jusqu'au cour de son oon- 
vife : ee D*élaît pas une petite besogne. 

— Henreuaemeiil, monsieur le Ladre, dit-elle de sa plue douce 
Toix, que c'est enrers vous que mon neveu a contracté sa plu» lourde 
dette. Vous ne seres pas trop exigeant, n'est-ce pas? 

— Oh ! mademoiselle, si vous me connaisaies , vous ne me parle«- 
riez pas ainsi. Tair lé cœur sensible comme une femme. Je ne puis 
voir souffrir personne sans que les larmes me viennent aux yeux. 

— lilxseHent monsieur le Ladre ! dM Maclovîe, touchée ^Icrmême 
jusqu'au point de sentir se mouiller ses paupières; mais vous ne 
manges pas, monsieur le Ladre, est-ce que ^omelelte^.. Ah 1 mon 
Dieu, que cette Fanchon est maladroite ! ne voilà*t*il pas qu'elle a 
battu les coques avec les œufs ! Je suis désolée , désolée. G^est la 
journée aux accidents. 

— Man» pardon, éh est trés4ionne, Tomeletie, mademoiselle, dit 
le vieil avare en s'éoereiMnit les gendvcs avec une grimace que lui 
arrachait l'introduction violente de deux ou trois fragments de coques 
d'œnf^ dans ce cartilage où il ne restait plus que trois ou quatre dents: 
elle est excellonte; seulement, c'est domnsage que 

— Vous êtes trop poli, monsieur le Ladre, c'est impossible de man- 
ger cela. Ah ! qu'on est malheureux d'élre obligé de se faire servir. 
Je vais la faire enlever: Nous avons autre chose. 

Ce n'était pas généreux à M'^ Jonrdain de rejeter la faute sur Fan- 
ebon; mais comment avouer une faute pareille en présence de sa vie* 
time ! Un civet fut substitué i l'omelette et M. le Ladre se con.ola en 
se voyant servi avec abondance. 

— Ainsi , vous serez bon avec cette pauvre Anna , n'est-ce pas , 
monsieur le Ladre? 

— Ah ! mademoiselle, croyez que je ferai tout ce qu'il sera possible 
de £iire humainement pour adoucir sa position et lui témoigner le 
profond intérêt que je porte i son sort. 

Et, ce disant, il jeta un coupd'œil furlifsur le mobilier de la salle 
â manger pour constater, en temps et lieu, s'il ne manquerait rien sur 
l'inventaire qui devait en précéder la vente aux enchères. Maclovie 
était encore plus émue ; encore une protestation du petit bonhomme 
et elle allait faire jouer les grandes eauz. 

Bonne âme ! 

— Ainsi, nous pouvons espérer que vous nous ferez la remise d'une 
p^irtîe de la dette? 

— Remise d'uue partie de la dette ! s'écria le Ladre en sautant sur 
âa chaise, comme s'il eût aperçu une vipère dans son assiette. 

— Mais vous, savez, monsieur le Ladre, que la somme prêtée n'é- 
Uiii pas tout entière en espèces. 

— Ah ! mademoiselle, on voit bien que vous ne connaissez pas les 
i iïaires, et vous ne savez pas quelle difficulté on a pour se procurer 
des fonds aujourd'hui. Les temps sont durs , allez. J'ai eu tant de 
P&îne à trouver ces malheureux vingt mille francs ! Si ce n'eût été 
four obliger un galant homme (que Dieu fasse paix à son âme ! ), ja- 
mais je n'eusse consenti à faire toutes les dénurches et i subir toutes 
tes £itigues que eette opération m^ causées. 

t — Comment ! ce n'est pas vous qui avez prêté cette sojnme i mon 
nereu ? 

— Plût au ciel que ce fût moi! j'ai frappé â vingt portes, j'ai 
échoué vingt fois ; enfin, c'est an moment où je désespérais de voir 
mes soins couronnés de succès, que j'ai trouvé un capitaliste qui 
a consenti à fournir la somme demandée. 

*^ C'ent'à-dtre, moihs de moitié : le reste était en denrées qui n'ont 
m sanrir qu'à jeter au fiunier. 

i 



— Je ne dis pas non ; mais il fallait en passer r^^ir )A. t^ t^ïpitâini^ 
Jourdain Ta bien senti, et fôor i^oi, je n*ai rien voulu me réserier qui 
In pbisir de lui rendre ^rvirc Je n^ai demande que de trèirfajblei 
bon lirai rei pour mep peines et nip& soins et je crois que je tctài en* 
cor<3 oMigi^ d\v meUfi^^lu mien qtund il f'indra on venir à la vente. 

^ A la vente ! E^t*çe qu'on vendra b propri^^lé pour pa^er la 
deU«* 

— iirlos ! madâmoi selle, c'est h ioi qui le veut Ce sont de doulou- 
reuses ex igrnces; mah ^€$1 \a lui. 

— Coinnjenl ! tout sera vendu int 

— A moins qu*oa ne rembourse le capital et le* inlérèts i Tépoqul 
de réch^ance. C'est bien triple, mai* c*est la loi. 

^ Mais, avec quoi rembourser? il n'y a rien. 

— C est ce que je pensais aussi, Enademoiselie , et avec uu jond 
chïigrin de ne pouvoir Tein pécher ; mais qu'y faire t Je tâcherai d'y 
mettre loules les formes les pïm douces, par exemple ; oh ! oui, tout 
ce que je pourrai faire, je lo fiTai^ soyez^n bien sûre ; vou^ pouvea 
fOus ih'r à moi , là-dessus. Las formes seront uhscrvéet ponctuelle- 
menr, rc sera comme une alHiirtide fa milles Aiil si j'élats légiatatcur! 
mih la loi est si sévèro, 

— Les formes \ les formes !,..,. mais^ pardop, monsieur le Ladroi 
je croîs i^ue vous avez un mauvais morcc;iu de çivetf 

— Au contraire, au contra îre^ mademoi^ll^, eicellent; seulement 
unc|»clile odeur de vernis. 

— Uiie odeur de vernis I Dieu me pardonne} moniirur le Lidri^; 
mars je crois que vous mordfz la têtt^ de la poupée. Mon Diey ! oui^ 
jit^leni! nt, el voiià quB je trouve un de ses souliers dans mon assiette t 
Déddcinent, c^est à ne pas y eioîre^ jt* trois quiï Fanchon k fiit ùK" 
pvàSf *ur ni i parole, nVl-elle pas élc dqieccr li puu|'to dii IVose pour 
la ui* lire en civet ! Heureusement f]uo Te n Tantes l propre cummc uîïfi 
liertiiuie ; mars (^'^M l'^^l, c'est ii>loldiiiblc.f. niofi pauvre lUonMeur le 
1^1 lie, quel déjeûner je vous Taiis fiiii^! 

— r^irldltt uiademotH'lle, dit Tavrirè^ cachant sa mauvaise liumeur 
croissante sous un ulTreux ëouiIit. Lu itvet e\mi par fa il; il n'y aviùt 
que ce morceau qui fut.,, un peu... comment dirji-je? 

-^ ïlais pas du tout , cmi le premier auquel vous avci loucljé. 
Justo ciell voilà que j'.i perçois la chcvolure delà pouprc ûm$ le pbh 
Uécidément Fanchon n'entend rien à la cuisine. Je la kr^ nnvojer 
|<ar ma Dièce, 

Ah! Madoviei Maclovie, ce n'élaii pas geniTeus cuvrrs Fjoclion, 

— Tenez! cela i*^ 'indigne, continua t-elle , njai^ voici ce quo nous 
allons faire, j'ai tait Ucr un p.Mc avec le resta du liùvre : i;4jlitî ftiU, 
c'est moi qui seule y al mis la main , nous n'y trouverons ui coques 
d'oeufs, ni poufHÎo érarlelée. 

El le pàtésucvôda au civet et il fut incontirient Tobjct de b plus vi- 
goureuse attaque. Ou eùl dit qu'il était i:liar|;é de pi>)«ir pour lu â^ivct 
à k poupiie et jn^ur ruiuelelte aux coques d'uruf^ : auïsi, pund inl quel* 
que temps les deux interlocu leurs gar^léreut un silence tju'mterruuj- 
paii seul le clii^ucll^ des couteaux et des fourchettes. Macluûc fui u 
première à reprendre le tîl de b convcisalîon. 

— N'j aurait-il pas mo^en d'éviter ces malljcurfti mon bon oion-^ 
Sîcur le L^dret dit-dlc d'une voix cîlliue. 

— 11 n'y a que le nio^en de payer la dette, repomlit le vieil usurii^f 
sur un ton éiuincmmeot douccreuï^el persuasit; C'est la toi. 

— Mais s'il n*y a rien pour spldcr celte criîancc, comment fairoî 

— Alors, il faudra bien en venir à la triste lormaUlé du la vente; 
ïai\t& rassurei-vout!, je vous assure que je m'interposerai pour que ceU 
se h^&a tout doucement, sans bruit et avec toute» les fmiues. Gomptei 
sur moi comme sur un ami sincère. 

— Merci 1 merci, et dans cette lamentable éventualité, quand esl^ce 
qite celle tente aurait lieu ? 

— Je crois... je suppose,., il me semble que Téchéance des biUels 
âou^crits par M. Jourdain (pauvre capitaine ! que uieu ait son âme!) 
tombe nût dans qu talque chose comme une huitaine cië jour*. 

— Dans une semaine ! cria douloureusement Iiiaciorie. A^ ! maU 
c'est borriblé, cela^ monsieur le Ladre. C^imment. k Hm\t jiuraH li* y 



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ICO 



yOUTRÎER, 



tftni tine sema me! 

— ^Oh l ra&sures-^Toiii, mademoUeUe Joardiîiii je veillerai à voi in- 
(érêU ; an ménagera l€i têûtioients de Ut irnlheureu^e veuve. D'abord 
n ^ aura une aâsignatîoD, et «t Ton peut payer et trouver d'ici 1â lea 
rondiDécêEMiret, k Taîde de quelques parenta ou de quelques amia, la 
vente n^turitit pu liait. J'étaii venu dam cette charitable intention 
^onr prévenir M°^ Jourdain afin qu'elle se mit en mesure* 

V- Mais jamaii Amia ne pourra trouver cette aonune, monaieur le 
Ladre, jamais elle ne pourra la trouver. Ne leralL-il pas possible d'à- 
voir un peu de temps ? Ne pourries^voua nous accorder celte grâce t 

— Ah ! cbêre mademoiaeller je donnerais tout ce que j'ai pour vous 
rendre service ; mais la loi est inflexible. Vous oubliez qu(ï ce n>st 
pas moi qui ai prêté lea vingt mUle francs. Je n'ai f^it que prêter nion 
Etom par pure bienTeîllance , par une condeacendance dont je serai 
probablement victime, car je don Le que la maison el le mobilier aient 
une valeur égale i la créance ; maia j'ai été entraîné par mon CŒur et 
le désir de Eieiliter une transaction que feu le capitaine Jourdain dé- 
sirait ai ardemment. Ab I plùl a Dieu que j'euseepu prêter moi-même 
une aomme de vingt nulle francs 1 

— Ob î mon Dieu, dit Maclovie, en joignant les mains et en se le- 
vant de table, eat^ee que vous n'avez pas parlé aufisi du mobilier? Le 
mobilier devrt-Vil donc aussi être vendu? 

— Si le prix de la maison n'atteint pas le chiffre de la dette , 
je penae qa*il dadra bien se soumettre à cette pulbeurcuEc né- 
eesilté. 

— Pouf rumiur de Dieu , montieur le Ladre, dit U pauvre fîHe en 
se dirigeant vers le jardin, suivie de son interlocuteur, pour 1 amour 
de Dieu, chercbeE, trouver un moyen d'épargner à ma nièce un r^up 
qui la tuerait. 

— le n'en vois pas d'autre que de payer, répondit l'usurier. 

— Jamais on ne pourra trouver cette somme. 
Il y eut un moment de silence. 

— Ain^i h pauvre Anna va se voir chassée de cbet elle? expulsée 
dans huit jours ! dit M^l^ Jourdain. 

Un second moment di^ silence succéda pendant lequel M. le Lodre 
nt une sorte de grimace dont la si| ni tî cation n'était pas parf.iitemenl 
iléterminée. 

— Chassée do cbe2 elle avec sa pauvre petite innocente créature, 
sans pain, sans asile, réduite à la mendicité ! 

— La loi est inflexible , grommela son interlocuteur, en regardant 
du côté delà porte delà maison. Car eii ce moment ibse promenaient 
côte à côte dans une des petites allées du jardin. 

^ Ah î je vous en supplie, mon bon momieur le Lidre, vous qui 
Ites un liotnm^^ iraiïiiircSi un homme de cct^ur, vd^ce si vous ne pour- 
m*i pas inventer un niojen de prévenir ce coi^p mortel pour deux mal- 
licuteusce si dignes d'intérêt et de pi lié. 

— -Je ne puis pas re Taire la loi, ntadiinoiselle, dit l'aTare d'un ton 
isB^^i étnngc et avec un accent devivaeilé qu'il n'avait pas encore eu 
ilepui^ Fon entrée d^nsla maison. 

— (Mi ! que la loi est cruelle, mon Dieu, et ainsi il n'y a nul mojon 
irécliopper â celle conclusion funeste?.... Mais est-ce que voussouf- 
fiv?, monsieur le Ladre' 

— Non , au contraire. .... c'c«t-i-dirc, je crois que je suis un peu 

imtisposé. Il faut que je m'en retourne je suis pressé J'ai une af* 

Tairc urgente. 

— Attendez un peu, dans quelques instants, mon cousin, lf« Tar- 
dif, le Itt^re de llv>Q Jourdain, va rentrer* Peut-être, à vous deux, 
trouverez- voua quelque reiiource. 

— Impossible, je crois que je ne puis attendre. J'ai peut-cire trop 
alTcndu... un rendez-vous,.. Où sont mon chiipcauet ma canne? Pur- 
don « mademoiselle, de m'en aller si vite, ce n'est pas poli ; mats il est 
des cboset qui ne peuvent attendre. 

Et] ce disant, M. le Ladre allait en trottinant du côté de la maison, 
U5 deux mains serrées contre ion abdomen, et murmurant entre 
se^ dents i Dieu me pardonne 1 je crois que je suis empoisonna. 

li «of t^ du salon • ^n cbaoeau è la main , avec une pi éii \i 



tout-i^fait insoîite, passa presque en courant devant Maelovie, ébnuehs 
quelques excuses inintelligibles, trépigna en sautant d'une pmhù ^ur, 
Tautre pendant que Fancfaon ouvrait la porte extérieure, donnante 
tous les signes d'une viaible impatience, comme si la clef eût été en- 
sorcelée ou l'il eût eu un chien enragé sur les talons. Et â peim* 
l'ouverture fut-elle asset grande pour 5 faufiler son maigre corps, qu'il 
ae précipita dans le sentier avec un empressement qu'on ne lui aivait 
[amais vu. 

Fanchon , debout sur le seuil , le vit bientdt disparaître dans un 
fossé sans eau, qu'un talus de gaion séparait de la route et déii3b^il 
aux regards des passant*. Eu retournant vers la maison elle trou'^a 
W^'^ Jourdain un peu abasourdie de ce départ précipité et préoccupée 
de ses pensées auxquelles semblait ausai se joindre une autre impri^s- 
sion d'une nature toute particulière. 

— Est ce que les casseroles n'ont pas été étamées depuis long- 
temps, FanchoD? demanda-t'elle â la cuisinière. 

— Mais si, mam'zeile, elles oot toutes été étaméas il o^^^apas nue 
semaine. 

— Alor^, qu'est-ce que c'est que tu auras mia'dana les sauces? 

— Moi ? rien du tout, mam'îiclle. Et puis voua savez ben que c'est 
vous qu'a fait le diner d'hier et le déjeûner de ce matin. E^t-CB quq 
vous vous sentez mal? Au fait, vous avez un air tout chose. 

— U li^ oui, depuis quelques instanta je ne me sens pas trop bien. 
Je suis comme mal â l'aise. On dirait que mon déjeuner me fait 
mal. 

— Tiens, tiens, liens! ab! c'est donc ça qu'eiplique la cbose 
de savoir comment qu'elle a disparu c'te drogue qu'était dans la p'tite 
fiole du buffet de la cuisine, que c'était bhnc et que vous ramez mis 
dans le pâté de lièvre, croyant que c'était du sel. 

— Mon Dieu, oui , Fanchoni et ce n'était pas du sel? dencLanda 
Maelovie en regardant la cuisinière avec des jeux effarés. 

— ^^Ûli ! ben sûr que non, que ce n'était pas du sel^et que Msidam^ 
avait seulenient ben défendu qu'on y tuuche. 4. ..* , 

— Miiéricorde î c'était de rjrsenic l 

— Je iTOÎs brn que u'était ci qu'y avait écrit de dessus la p*t'te 
bouteille ; mais ça pourrait encore ben être autre chose de pire , vû 
que je ne sais pas lire. 

Hiielovie courut vers la maison, se précipita sur V armoire, Touvrî^ 
avec anj^oisse et saisi ^^.-^nt , toute IrembUnle , le Hacon redoutable^ 
etle lut &ur rétiqueile qui y était collée, ces mois significatirs, qu^ 
expliquaient surabondamment la position de l'usurier et la lionne : 

< Sel d'AuduHerre ! w 



{L> iiuft a M prochain unmérQ,) 



JSAH LoVàEJLU. 



K/i fiivoijûtU trente cf^ttimes de timbres - pOit& dam une IttiH 
^ffraurhité Fadrcsit HeU. BlÉRIOT, éditeur, fiS, qmi â€êGrn*i* 
Auijtntins, à Paris, on recevra franco et par h retour du courritr, i 
vfu*f€ atjQHi pour titré : — - 

HYGIÈNE DE LA TABLE; 



Proprifitès des aliments par rapport à réoonomie dômes ttq 
^ et à la santé , 

PAR GliLlit BAUITTE , 

Un volume in - iS de 50 page«. 
f Si^iioihiq^s us^dîi iM VUltÊ et da Campagmt, } 



Nous priom nos abonnés de joindre à toutes kurs kitru rtne di i 
if ondes mpriméei dit journaL 



\ 



Aiigers , împ. de L.iint; frêies, rue Saint-LAud, &. 
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( Â(\ eefitiin«t le M* \ 



fi' 21. 



21 septembre IBai 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



ADMINISTRATION ï 
1 1* ùbmlrie aeBLÉHIOT. 



SOMMAIBE 

ËCONOMli; ROUAI^t: . Lv GfiAi«o , par EugèOG Péml. - E.E8 COMPA.- 
GHONB DE LA, CfiOtX ç'ARGCNT {*nr Clément Jurr. — LU CQfflGRIT. 
Pue'^it^ vtr l MAlQKKtf. - LES BABDECHS, par EugèAù PÉRIL* — Uîf 
VÛ¥Aa£ A. VOL WQIBBAXJ . ^«r MaIKFaûy; 



ABONHEHENTS D'UH &M 

I pArlir dv 1^'' it û^àe nidis : 



ECONOMIE RURALE. 

LE GUANO, 



confondent autant 1 înt^nigenc^ du n^turalistâ quo le colosfial élé- 
phant et h cèdre mejâ^tuoux. Les clioioa privtkia de vie uiit oUei- 
m^niea leurs mer voilier '» que dia-je? la mort ot sa triste compagne, 

^ I la corruption, recèlent en leur sein k* uiérveillea les plus élon- 

I nantei ! Quoi de pltii vile apparence qu'un peu de fumier ? et 

^^Bg^ilf^ Ti'osi nuUâ part pliai adrairabio que dans lei produit* | cependant od y a-f-il plut de force* aclîvas et do propriél^ fë- 

f. i|tpâreiiCd ïës plu^ inUmeâ de la criljitÎQn î mù*anrîa in minimîs ^ contlet? DécompoaiEîon repou^AOjite deB ^tr&i org'iniËes, animaux 

■Ml \m afioîjfuâ. Le moiudre cirQn et la dernier brin d'herb*3 I oy vëgéuux, il devient, dans son horreur toemp, ta aourco inU- 




i Attible où de nouYf^^aiiJC êtres puisent la vîe. L*engrak ï vuîlà en raii un livre curîeux k faire sur ie rôle des engrais lelativemei/ 
fkêd U Writable ricbesee du laboureurs par lui, il r«nd à tes | au bonheur et à la prospérité des nalions; bûmong^naus aujouc 

d*hui à passer rapidement on revue ïes merveilles spéciales à un 
engrais des plu^ puissants^ dont l'usage tend chaque jour davan* 
tagaj à se généraliser , mais \lont certaines circonstances arrêtant 
encore la propagation : je veux parler du guano. 

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wTnp« épuis*^» leur fertilité première; par lui^ il assure à ses 
, nioTi 4* dcheH rocolteSi et, à la nation tout entière» abonijance 
«i yen*étTâ. 11 f aurait un livte curieux à tairez — je le dis sé- 
ddaeititf.nl et sans nul désir de reliausser mon sujet i — il y au^ 



Tout le monde lait qiié le gtfano « dont VimporUtion ne r^ionte 
guèr^ qu*^ une f i&^taliiÊ d'années « n*ést autre chose qae lei déjec- 
tions dWeaux dêoiefi accu mu Mes depuis tki siècle g d mi les S les 
&u sur les rocheei det ucéâns litiiUaiiis. L<i Patjtgonie , b CaUl^rnie , 
les |Sçs de k mer Caraïbe ^^da golfe du Mi,^iMjue , U Bolivie , le Cltili , 
les Atilitleii'l^vslralifi ^- VAfriq^i èîWmêm^ A êpéi-kilûnuua Vilti 
dlchaboep située au N. E, du cap de Bonnu-E^pérance , en fournb-' 
ient plus ou moms abondammeut. Mais lesdépâU ks pluis riches par 
In qualité comme par U q'jmlM ^u trouvent au^ îles Bajker «t Jêrviâ 
deTOeé^u Padfiquâ, qu'exploitent Wi KUti-Ugb, eur les côtes du 
Pérou et dui îles de Chine ha , prinçlpalenreril ïJsilées par les Euro- 
péens. Le guano g île ordinairom^ut a Tabrî du vent , dans des m~ 
fraotutjfil^s de rocher!», dans des ravins , sur de petits promontoires 
formes par les falaises. L'épaisseur des couches , fort variable , est 
souvent de 15 à 1G mètres ; en certains endroits elle atleint ju£((u'â 
30 mi^tre*- L© dépôt . quelquefois de nature pulvérulente ^ présente 
fréquemment plus de dureté que la pierre. Il Hiut alors Tatt^quer, 
non-seulement au pic , mail â la poudre. L'exploitation se fait à ciel 
ouvert ou p^ir galeries souterraines , suivant Tîniportance des couL'hes 
de sable et des terrains d'alluvion qui recouvrent la guano. 

Certes j les Espagnols qui firent la conqnéle du Pérou ne se dou- 
taient guère qu'à câté des mines d'or exploitées par eux avec tant 
dVmpresseinent se trouvaient d'autres mines d'un rapport au^si riche 
et dont les produits seraient un jour Tobjel d*un important com- 
merce. Le proverbe si connu : • les extrêmes se touchent i trouve 
iei une bien singulière application ; à cûté de Tor ^ le fumier , Ten- 
grais ; et de no^ jours le plus recherché des deux n'est pas celui 
qu eussûul pcn^é les avides compagnons de Fizarre ! 

Les amas de gu^oo , en espngnol huaneras » sont extrêmement eon- 
sidérable:!^. Un géolo^e péruvien , M. Francisco de Bivero , a éUbli 
que, d Lins son pays a«*u1enn^nt , ils occupaient encore une supcrUcie 
totale de plu» do 1,700 kiloiuètrea ciirréa et quHls représentaient en- 
viron 4t niillions de mètrt^s ouhes. Ur, en 1844 TeT^ploitatiou de ces 
dépôtB était oommencde d&puia lEMigtemp^ , au moins (lar les hahi- 
tants du |)ayA , el M. F. dt* Hiv^iu a négligé de compter une partie 
considérable du goxio doui ri.^xlniclion est regiirdée comme impos- 
sîhli; ; en estimant h millions d«^ mettes cubes les quantités lais- 
ié«s hors de compte par le stiitialicieo , on Iroure ^ pour le contenu 
loU\d^A huunent s |jéruvinuici, plus dé 47 mil irtns de mètres cubes, 
ee qui donne pour le j^uld^ , â r^kon de 776 kilogrammes par mètre 
cube (puidfi Jiio)tm du ^uano), plus de 378 inillions de quintaux 
métriques. 

Cette éjiornie accumulaiian de matii^TÊ» des déjections a fait 
penser â quelques sivanEs rpie U plu a grande partie de ces dé^ 
pùts étaient anté-Liiliivjiiis et n. mont lient à ces époques primitives 
d'une dufëe iadétermlnée et que La Genèse désigne sîut|demenl fiar 
le ternie généul dejut^r^. Api^i les savants , quiaviiient eu au moins 
le bon sens de icsttir dans les Umiti'S de la Fui ot d<' U rjEsoUj sont 
venus les demi-savants , toujours empre^st'ti de trouver qui.lqutr nmi- 
vel appui â leurs systèmes nhsurdes. Nous avons vu de nus prupn'S 
yeux les efforts ridtcuks de Tun d^entte eux pour étîiliUr \ à l^aide des 
âfuas de goano , l'étemilé de k în»tière el Vo\rsttmct* qn^i^i-cHerneUe 
aussi des oiseaux producLeui^. Uii" simple ob^n vaiion » ^uJU jjour met- 
treà néant les hypotlilie^ prém,i lunées des ^avunls ^% \^& i>i>ibuU men- 
songers des demi-aavanla. Les lies de Chinrhii reitfermrrjî Vun^ des 
kumerm les plus coitsidérablejf , évaluée h 500 inilliijus de qmtiEauï^ t^8- 
pagnols. Or, en stippusatït avec M, P. de Ilivero que chai' un de^ olise^ux 
do mer ou iptûtiau rende chaque nuit une once d'excréments et que 
le nombre des oiseaux habitant ces fies soit de 20 i mille , le guano 
produit en 6,000 ans s'élèverait à 361 millions de quintaux , sans 
cotQpter les dépouilles des guauaes^ dépouilles dont le valu me et le 
poids doivent être bien plus considérables que te volume elle poids des 



* Oaj}^ une ilecti* que nous ne nommorons pîia ^ Câr elle ml df?pui5 tombée 
t&nfi avoir pu triovipherde l'Iiutitlëreoce du p^pU h qui elle pféieoiiait s'a^ 



déjeétions. L^ nomjtre de ^4 mil&c gumiae» habiUnt à la rc«sles Ilei 

de Chincha c|b saufiit parattre trop considérable. Jusqu'à la conquèta 
ea^gnobf e& effali ces oiseaux furent protégés contre toute tente* 
li^ de destrlietiqprf ar les lois les plus sti^rei. Du temps des rois 
[ncast il était défendu tous peine de m^>rt de pénétrer dans les Iles,, A 
l'f^f oquâ de lu pontâ , aân de ne point efifa^r les couveustSi et, an 
rapport de rhistonen Garcilazo de la Vega ^ la chaise des oifeaum 
df! nier était prohibée en tout temps avec la même rigueur, mémA 
en dehors des îles, f Aussi , dit un autre espagnol , Antonio de 
Ulloa , quelquefois en s'élevant des lias , les guawies forment comme 
un nu4ge qui obscurcit le Eoteil, Ils mettent une heure et demie à 
deux heures pour passer d^un endroit â un autre , sans qu*on voîo 
diminuer leur multitude.... Quand ils commencent â traverser le port 
on n'en voit ni le commencement ni la (in. i Aujourd'hui , l}ien que 
les lois des In cas n^ les protègent plus , le noiubre des tjmnaei tie 
paraît guère diminuer, s'il faut en croire M, Boussingault, âqul noos 
empruntons la plus grande partie de ces détailïs.^ ■ Les ffuanats , 
dit-il t ne pèchent que pendant la journée , la nuit ils se retirent dans 
les huansras ; dans Vhypolhèse de IL F. de Itivero, les Sle« de 
Chineha en recevaient ÎM mille ; la question est donc de savoir Et 
la place ne leur manquerait pas. Or la surface de ces lies est de 
l,450,fS4 mra$ carrées (une tjura équivaut â mètre SI centimè- 
tres ) \ un gttanau y pourrait donc disposer de 5 varai 6/10 , soit i 
peu près 4 mètres carrés sur lesquels il se trouverait par faite meiit 
 Taise. * U faut bien le croire ! car beaucoup de Parisiens de iQtt 
honnête condition s'estimeraient heureux d'avoir une chambre i i 
cher de cette dimension. 

(La suiU ûu jifochain numéro.) £ugëî4E PêN£L. 



LES COMPAGi\Oi\S DE U CROIX - D'ARCEMT •- 



CHAPlTtlÊ IX- 
Le 14 joDlet 1789. {Smt&.\ 

Le peuple de Paris crojait que le roi , Louis XV!, était mal ceA^ 
seillé. 

La récolte ayant manqué pendant plusieurs années, le peuple p«ymit 
le pain très-cher ou même il n'en trouvait pas. 

Ce n'est pas la faute au roi , disait k peuple. Le roi est si boa : 
c'est li faute de Barantin, le gardo-des-sceto^, 

La viande que vendaient les huucbers était mauvaise. 

Ce n'est pas la faute au roi, dirait le peuple , le roi est si boa; 
c'est la faute de Bertier, Tintendant de Paris. 

Le travail ne marchait pas : on avsiit , dans le faubourg , renYci5d ' 
tes ouvriers de deux ou trois ateliers et diminué les salaires dans le» ^ 
autres. 

Ce a>at pas la faute au roi , disait le peuple , le roi est si bon ; I 
c'f^st la faute de Beienval 

Le mtkontentement populaire allait ainsi grossi sf an t depuis plu- ] 
sieurs mois. 

L%\.»5 emblée nationale était réunie; elle ne l'avait pas été de}iH 
près de deux cents ans. 

Le peuple pensait qu'il Lllait en profiter putir faire entemire s 
^kmatious, ses gnefs. 

Le roi Tavail dît : « Signale^-mni les abus ; je les corrigerai. • 

Si le' peuple s'en fut tenu là , murinucant et demandant la réforme 
des abus, la révolution ne se serait point précipitée. 



' Voir un article fort hiléressiol, #«ir U» siëtmmi* du ff^ana éant t§i 

ti ffiif ka câte^ dt lOcém paçi^qm , publii^ par le âaviïril i^rofes^ur dans 
AfiTiÀLES du Conservatoire impérial des Àiis et Métiers (Janvier ItJOI» ) 

■ La reproducimi «#( m^rdOt. -» Voir Ml a** de fOuim^ du 3 «aâl «u i h tm» 
téAbre. 



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t*dt'*rft1fR\ 



"tM 



' Mais des partis, animés par la passion d*intérM confrainss, pous- 
saient le peuple et changeaient en ardeurs înconsid<&rées de rérolul ion 
violente les aspirations légitimes à de pacifit|ues réformes. 

Tous ces partis avaient dit air peuple de l^aris, dans là nuit du 13 
mai 4 juillet: 

— H faut firapper un coup violent. * 

— n fiiut prendre la BastiHe ? 

Yoilâ pourquoi cette foule innombrable se pressait; 'sduil un feid de [ 
plomb, dans cette place immense , Trop étroite ponr la ednteilir; de- ; 
vant la gueule béante des canons de b Biiétillé: 

Cependant, Ta députation, envoyée par rHdléVde-VtlIè; (^éti^it dans • 
M silencieuse place forte. ' ' ) 

n était onze heures du matin. 

De Launay était à déjeûner. ' î 

n fallait prendre des forces a?ant Vattaqdè qni poutait être' 
longue. ' 

Un suisse entra. 

— Qu'ya-t-ilt 

— Trois messieurs demandent I parler ï M. lé gotitemeur. 
^- Quels sont-ils T 

-—Ce sont des parlementaires envojés par le comité des beîirgeois. 
de Paris qui se sont réunis â THôtel-de-Tille. 

— Qu'on les fasse entrer, répondit lé gouterhetfr. 

Us entrèrent : c'étaient deux ofBciers des gardes flrançalses : l'un 
se noamait Belon; l'autre Beltefond. 

Vn honmie du pepiple sMtàit joint â eux : c'était maître Louis. 

De Launay, en les voyant, se leva. 

Les officiers qui étaient autour de la table imitèrent Texémple du! 
gouverneur. i 

— Asseyez-vous, messieurs, dit de Launay aux parlementaires. 
Les convives du gouveroeur restèrent debo'ut. 

De Launay s'assit. ! 

— Vous venez delà part de rHôlcl-deVille ? 

— Oui, gouverneur, dît le plus âgé , Belon. Le désordre est ex- 
trême. Le peuple veut forcer la Bastille. 

De Launay sourit. 

— Le comité pense qu*il faut que vous retiriez vos canons. Don- 
nez-nous votre promesse que tous ne commencerez pas les hos-i 
(ilités, et nous, â notre tour, nous pouvons vous assurer que le peu-' 
pie du faubourg Saint-Antoine ne se portera contre la place â aucune, 
entreprise. 

— Je suis convaincu de là sincérité de votre promesse, répondit de 
Launay. Mais pourrez-vous la tenir? 

— Nous répondons de tout, reprit Belon avec assurance. i 

— Vous êtes jeune et je suis vieux, fit de Launay avec douceur. Jei 
vais faire retirer les canons. Je suis, ici par la volonté du rdi, et je' 
dois exécuter ses ordres. Je n'ai pas celui de tfrer, je ne tirerai pas. 
Vous pQuvez être tranquilles. ^ î 

Les députés s'inclinèrent. 

— Il est de bonne heure! voulez-vous partager notre déjeûner, de«i 
manda de Launay avec une bonhommie toute militaire. 

— Volontiers, répondirent Belon et Bellefond. 

— Moi, dit maître Louis, je vais reporter au peuple les bonnes pa- 
roles que je viens d'entendre. 

Mattre Louis sortit. 

n avait Fair radieux : le conflit qu'il redoutait tant allait dtre évité. 
W sang ne coulerait pas. 

Au momeiit où il franchissait la dernière porte de la Bastille , il 
jNicontra un homme qu'il crut reconnaître, c'était Chaulât. 

^Oà allez-fous? 

— Prendre votre place. 

— C'est inutile : le gouverneur promet de ne pas commencer le. 
feu. 

— C*est égal, fit Chaulât avec un sourire sardonique, j'entre. 
n entra : raailre Louis s'avança vers la foule. 

D rapporta ce ope le gouverneur avait dit. • Vous le voyez , itjou- 



fâ-t-1!î pé dé tîoflenceî tout finira M^n,» 'M • •* 

Chaulât entra chrz le î^ntivcmeiir. •••^ 

-^ Qhrêtès-tbws ^ hii (kriïanrti do Laitnaf . ' 
Chaulât, montrant \e^ rMnx H^piTiés i 

— Ils étaient trois lout â l'heure, le troisi^'^mo pst mtft\ je l^rc^!^ 
jilafce.' ••• •»* ' 

' ïï"i*âssli;' 

Le repas fut court. 

•irWgîri; 

De Launay, affcble ^ homme du monde , liomma de cour, fecevaît 
Hëlùti thiéiilrlè^ df^piités. 

Ceux-ci , d'abord uti peu ^ènés , «tuient rassurés par la franchise 
iîlilïtaTi% des oflfc kn. ^ 

Les Français sont lonjours Seit mâmt>s. 

Il y eut de l'esprit etlnn^i^ ilc pari ^t d\iiilre. 

Atafnt de se lever d>. libic, *U^ Laimiy Cei dressant aux dallés : 

— Voilà, messieurs, h pr€mhiri> fois i^uc i'^i rimnneur de vous 
recevoir â ma tabk, j'ai h drnit tic vous proposer un toast i 

f Je<boiii au roî et â h nation !* 

— Au roi et âla naîinn ! rqiomlirî^nl les dépuh^s et les offimers. 
Lès itns' et les autr^'s trinqmTi^iit avec nna cordialité pleine de 

gaieté. 
Chaulât seul, qui avait f;ardiUe silence, rf^tira son verre. 

— Je ne bois pas, flil-il d'un air m^li^. Je veux voir clair. 
Et s'avançant vers le gouverni^ur ; 

— Monsieur, les cmons placi's sur im tours répandent falarme 
'dans Paris : il fkiïl l^s (mtf. dtiscenrlrft. 

— Ces pièces ont éul de toul temps sur les tours i je les y ai Irou* 
vées quand le'r6i rn'a ihnnê le pmivi*rn*?ment iU^ la Bastille; je iiû 
puis les fairt'*de<cendrç qn'i^n vii:*rlu d*un ûrdrp, du roi. 

i— Mais vouâ^ pouviez li^s fain' r^^piilf^r, inlprronipit Helon, 

— ÎFii doflfté rordrp d»? les %m\W di's <^mbr*isnres. Je ne puîs, je ne 
veux faire davantogiv. Vnus awi i-l*', vDns i"l<*s nnmre miliUiirc», mon* 
sieur, dit le gouvi^raiin^ en si* ttmrîmrif vof,^ ïîolon, la devoir 1^11» 
militaire, vous' deviez h? savnîr, psI dn piràfiv sa cnnsîgiie. 

Le député s'incUriri il<'vaiil cth respect rondu à I.1 dtsmplinfi. 
On ét^il d^scenil'i d.ins la cour du gan^mmikenl. 

— Au moins, dit Chanîal, an firinverimur, bissci-nons rtitrcr dnnt 
la cour intérieure» Nous l' ou Ion s voir. 

Ce ton imfpérieus blossait d« L»us(ï»y, • 

Le major de la plifr;» s'appdail de Losme : îl sVvifffsa 
C'était un homnin fnri hr>n : il »*(Mrl tiH^'â-aiiné d^s prî*5onfii**r», 
'' l^LauYiay reilimfdl romm^ un tiravii îiiditairfl. 
' n* pria le gO/ovenhMir de bisser enirfïr la ddpiTliition, 
le gouverneur cmin^intit. 

Belon, Bellefond et Chaulât pénélrèrenl dans îa cour întcriourG. 
' 'Bte Iiaunay,'-de Losme et quelques offiderît de la garnison les ac- 
compagnaient. 

" An tnilieudela eôtir, ime partie de la garnîs^it prit les armes à la 
vue du gouverneur. 
C'était des Suisses *.'i quelffues invalide». 

— N'est-ce pas, nw^ KnhiûSj que si «n ne vnn» attaque pas, vous 
ne tireres jamife sur le peuple rie Parî^ ' d**manda de Launay, 

-—Jamais, répondirent les rdlici^Ts sni^ise^. 

— Jamais, jamais, rêpélèrent Ic^ itivalidijs. 
Chaulât était sombre. 

Il s'approcha du fnajor, ei L« ûrmi 4 [mti 

— Vous êtes un palriole ^ vmdot-vnus livrer la Oasiîlk? dil-il a 

'Volt basise. 

— Trahir, moi 1 s'/^ni.» d^' Losnif^ 

Il était vieux : le s:m^ lui monta h h lîçnre^ ses yeux â'i5clairàren( 
du feu de l'indignalioiï. 

11 saisit vivement le hns 1I+» Chaulât : 

— Je devrais vous faire fufîilliT. 

Puis il lâcha lo bras qu'il tenait cl repouas^ Chadil avec no geste 
de dégoût* 



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'•^^S' 



m 



VOmMEK. 



Dt !• iour intérieum oà ■« psuit c«ttA neèm^ on «fitendnt las rn- 
■MTi Immeni^s du dehon, 

*— Hôiloni aux touri, dit de Lnmaj. Et te toaraaiit vert les d^ 
filé» t fVoulet-TOtu mmiter, meffienri. i 

r. e laïuiij moula. Lei députés le iuiTirenl. 

Quand on fut sur le haut de U tour que Ton «ppelail b tour de 
k Uberté, un ipeeUele eilraordmaire frappa lai yeui du footenaenr 
et des députéa. 

ÏJ. Bastille ae dresiaît comiiie ira rodier ee faee d*u«e ner im- 
menso. 

Les groupée populairee » flots Bombree , adaptaient avee des bnnte 
étrange^. 

Ausiî loin tpie 11 Tue a^étendait , od voyait des tétea, maase obs- 
cure, au milieu de U({ueUe, ci et U, hrilbteut des piques et des 
fusils. 

Daha le loîataÎDp aui âgUseï du faubourg Saint- AntoioOi on sonnait 
le tocsin. 

Plus loin encore , vert les birriâres, on vo^fâit des fumées noires 
l'élever dam le ciel \ c'étaient les bâtiments de Toetroi auxquels on 
avait mis le feu. 

Toul-â-coup, an miUcu de la feule , il se Ût un mouvement Les 
masses pressées s'éeârUient. 

De Làunflv et les députés regardaient vers le mdme point. 

— Ce S4ini des canous, s'écria Delon. 
—^11 y en a trois, ajouta Bt^ltefoud, 

^ La Baslillê est prise, murmura Cbaulat. 
De Launay examina un instant les pièces que Ton venait d'établir 
en face de la porta principale. 
Des cris terribles s'élevaient de la place vers la forteresse. 
— ^Allon^-nous^ent dit Chaulât, là* bas on noas demande. 

— Je vous salue , messieurs, fit de Lannij, avee une aisance aussi 
parfaite que s'il se fdt trouvé dans un des petits salons de l'Œil-de- 
Vnïuf, 

Lps députés descendirent. 

Les Suisses et les invalides étaient toujours sous les armes. 

Chaukt s'approeba : 

— Si voua ne loua rendei pas , tous seree tous masacrés, leur 
cna-t*il, dés qu'il fut i dis lance d'être entendu. 

Les invalides ae regard are ot lea uns les autres. 

Lt peur ^tait un sentiment inconnu i ces vieu% soldat* 

Chaulât reprit : 

— Le peuple est 11, qui'vous demande de lui rendre la Bastille ! 
Les soldats ne répondirent rien De Losme se tournant vers Chaulât : 

— Nous ne pouvons disposer de ce qui ne nous appartient pas. La 
ItoRirlle nous a été confiée par le roi; nous la défendruns au prix de 
natr€ sang. 

Comme il achevait ces moto , on entendit une décharge de mous- 
queterie. 

Quelques balles perdues viarent , après avoir ricoché entre les 
tours, tomber dans la cour, 

— Notre plare n*est point ici, dit Belon. 
Li.'B trois députés sortirent. 

^^^^elquês instants après, l'attaque de la DastiUo commençait 



CnAPITRE X, 
Le ilége et l*ai$Anl. 

La première cour, la cour du gouvernement, était garantie par nn 
petit fossé et un corpsde^arde. 

I^ gouverneur avait fait lever le pont levts et évacoer le corps-de- 
garde. 

Deux canons avaient été disposés par le peuple en face du pont-levis. 

On tira un coup sur le corps-de^gArde ; le boulet pénétra par une 
tmbtwure- 

Le peuple cr oja il Le i^rpp-d&fardo défondit 



On s'attendait i une décharge. 

Le corps^de-garde resta muet. . 

On tira un second coup. 

Puis, aussitôt après, un troisième. 

-— Il n'y a personne, cria une voix, allons- jl 

Deux ou trois liommes 8*éUncèrent. 

Ils ae jetèrent résolument dans le fossé. 

n y avait pen d*eau. 

Ils passèrent et grimpèrent après le mur extériei r du corps-de- 
garde, s*accrochant aux barreaux de fer des fenêtres inférieures. 

Ils atteignirent ainsi une onverture dont le premier bonlet avait 
détruit la défense. 

On les vit disparaître ; ils entraient pour chercher les clefs et faire 
tomber le pont-levis.- 

Le eorps-de-garde donnait, d*nn côté sur le fossé, de Tautre sur ta 
cour dn gouvernement. 

La cour était vide, mais an fond se dressait la forteresse; on enten- 
dait le roulement du tambour et lea ordres des ofTicicrs. 

Les assiégeants, qui avaient pénétré dans le corps- de-garde avancé, 
cherchaient les clefs du pont-levis. 

Ils ne les trouvèrent pas. 

Ils voulurent abattre les cliatnes è coups de hache. 

On leur passa des haches du dehors. 

Quelques coups rudement frappés brisèrent les chaînes. 

Le pont-levis ébranlé, frémit sous la secousse ; puis tout-â-coup, les 
chaînes étant brisées, il tomba avec fracas. 

L'énorme machine, dans sa chute, avait écrasé un homme. 

La foule se précipita dans la cour du gouvernement et, passant en 
courant devant Thabitation vide du gouverneur, s'élança sur le se- 
cond pont. 

Mais, k peine les assaillants étaient-Us au milieu de la conr, les 
Suisses, atteints par la mousqueterie, répondirent par un feu vif et 
soutenu. 

Aussitôt les assiégeants se retirent en désordre , les uns sous la 
voûte de la porte qui conduisait dans une cour latérale, la. cour de 
Lorme ; les autres, sous la voûte de la porte principale par où on était 
entré. 

De part et d'aiitrc on ne cesse de tirer. 

Les assiégeants dirigent vers la plate-forme un feu meurtrier. Les 
assiégés ne peuvent atteindre les tirailleurs, cachet dans les bâtiments 
du gouverneur, et tirant pnr les fenêtres. 

Le feu dura ainsi une heure, soutenu de part et d'autre. 

Enfin les assiogivirits comprirent que les coups de fusils quUb li- 
raient n'atteignaient que rarement les hommes placés dans la forte- 
resse et abrités par les hauts épaulcments. 

Il fallait faire avancer une pièce et la pointer pour enfoncer la 
grande porte et le pont-levis relevé. 

On approcha un des canons. 

Quelques hommes plus hardis que les autres le poussèrent jusqn^au 
milieu de la cour du gouverneur. 

Ils chargèrent la pièce, ils la pointèrent sur le pont-levis. 

Au moment où ils allaient mettre le feu, et où Tun d'eux* appro- 
chait de la lumière la mèche enflammée, une dé harge épouvantable 
vint les atteindre. 

Ils étaient cinq , quatre tombèrent pour ne plus se relever : Vnn 
d*eux, qui se nommait Bernard, fut foudroyé de trente-deux coups. 

11 avait reçu la décharge entière d*une des amusetles chargée I 
mitraille. 

Le cinquième n'était que blessé : il tomba comme les autres, puis» 
•e redressant sur ses mains , il jeta vers la foule un regard sup-« 
pliant. 
Il demandait qu'on vtnt le chercher. 

La foule regardait ; personne n'osait se dévouer, se découvrir, aller 
au milieu de la cour chercher cet infoKuné. 
Les balles plcuvaient. 
To«t-i-coup un homme se détacha. 



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L'ouvnriîn. 



(C3 



1 ê'éUnça au milrl^u de la cour, Etui paraître faire attention h U 
It d« fer et de plomb qui tombait è iMé de lai. 

prit entre ses bras le blessé et le rafi porta dans le bâtiinent du 
venicur; où les assieg^'anls étaient i^m busqués. 
^A erî immense $'éleva pour' saluer eet acte d*întrépîdité li€- 

blessé était un Compagnon uotr. Le lauvâur était maître 

(eu continuait, bien nourri des ieax cAtéi. il ne eemblâl! pas 
I dût en ilkndre aucun résultat, 
àrmi les assiégeants, chaciin proposait un moyen d'en finir. Les 
piers , qui étaient en grand nombre, voulaient employer leurs 
■llpes qu'ils avaient été chercher i mouiller \ùs .1 mort' es des eanona 
qués sur les tours. 

iliauteuT étiit telle que le jet d'eau pouvait tout au plus y re- 
bcr en Tapeur. 
[tUne autre idtîe parut meilleure. 

I amena trois voilures ilc paille. 
lOa mit h feu au corps Jo garde avancé i}uî se trouvait en. faee Ju 



Une idée infernak vint. 

— ^ Que de Liujiay rende h place ou il va voir ^1 HMo bril!<*r toui 
«es yeux ! 

Une clameur imm^^nse s'éleva. L'hoireur sViup.'ir;iil de iptilques- 
ufis; le plus grand nombre bissait hhù * une ituu/ÀiiUC Je furieux bo 
préparait i exécuter leur épouvaubble projet, 

La malheureuse jeune fîlb; était I demi^morlei 

Les voitures de paille liri'daient encore. 

On poussait b victime de ce côté. 

ILiîtra Louis était dans ce moment à l'autre bout de la cour. 

Il venait de rekHcr un homme gravemenl blessé , le MarsciUait, 
qu'un éclat de mitr:iille avait atteint â la jambe. 

Aun cris que poussaient la jeune fille et ai s bourreaux il le re- 
fourria : le MarsiiilLiis se souleva lui-même pour r» gsirder* 

"* Dieu^ s'écria-t-il , mu Hlle! ma fille ! ma tîlJe ! Il i^riail et s*é- 
lan^nit sur sa j.imb»^ brisée. >— L-^-s monstres, ils vont brûler mafilloJ 

Et s'adi<?iisant à maîire Louis: 

— GuHrî, couff^JE, i^auvez'lij, c'est ma fille I 

Eu iihthudc Win^i% ^uil n'en faut pour i& raconter, [iiaitre Looit 




ponMevîi, et que lesSuissris avaient évacué en serelîrant dans la for- 
leresBe. 
One fumée, épaisse a'éleva aus^itât^ 

Elle masquait aux assiégés les démarches des assiégeants , el lei 
'tmpéchaU de pointer i^urla foule. 

k l'^abri de It fumée, et malgré les baltes qui la traversaient, tiréei 
_aa hasard} tes asssiégeants avancèrent les deux canons. 
ÎU les pointèrent sur le pooMevis* 
ta foule se pressait près des canons. 

T^ttt-â-coup des cris se font entendre. Un groupe de furieux s'élaît 
«mparé d'une jeune fille qui se cachait dans une des chambres du hû- 
timeni du gouverneur. 
•^ C'est k Glle de de Launaj, eriait-ottx 
|— Il faut la tuer* 
— Il faut qu'elle paie pour son père qui nous fait massacrer ici dc- 

k d€ux heures l 

ta jeune fille, les cheveux épars» le» vêtement' en désordre, pous- 
it dm cris déchira utt. 
te li traînait ven ' 



s'était précipité auprès de la Mietle. 
— Laiissex cette jeune fdle, cria-t-il d^une voix tonnante 

— C'est h fille du gouverneur, répondirent vingt voix. 

Au même moment une décharge affreuse vint couvrir d^ morta U 
sol de la cour 

— Voilà comment il nous épargne, le monstre t Au feu, au feu, Il 
fille ! El plusieurs approchaient déjà la paille enOammée, 

— Monslreg, cria maître Louis , mais c'est la fille d'un des vâlreit 
Le librseillais , la face horriblement contraetéâ, l'était traîné jui< 

qu'au lieu de cetle scène terrible, 
11 se dressa comme un spectre. 

— C'est ma fille l 

La Miette se jeta dans les bras de son père. 
Plusieurs reconnurent le RLirscillats. 
*- Nous ne savions pas, murmurêrent-ila. 
La fusillade continuait. 

Cependant les canons pointés vers le pont-levis Tébr anlaient ; thê* 
que décharge donnait aux piÉeej de bûb une puîif^iiti ftccoii^t. 

Toute l'ârtillerte do îa Bastille faisait feu*. , , j 

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i€e 



t'OtnrRIIttl, 



Câtiit un épouvnnhbk tumuUa. 

Uair était on flammé. Le lol était jonché de ballet br&lfntet. Le 
un g coulait a Rots. 

Les rris àçs blessés^ le Fracâs de la bataille, kl décharges dei (riéees 
Jie CD n fondai en L 

Cependant il était maaifeste que le feu de la Bastille était de moins 
en moinâ nourri. 

Tout-d-eoup on entendit nn roulement sourd de tambonr dans la 
fortereuû. 

— CTestta chamade, îb vont se rendre, dit un oITicier des gardes 
françaises qui combattait au premier rang prmî les assailknts. 

Au même instant ou aperçut un drapt^au blanc qui se déployait an 
haut de la tour de h Bazinière. 
La foule irritée ne cessait pas do tirer. 
Quelques hommes criaient eu vain i 

— Cesseï le feu l ne tirei plus I 

— La victoire *^ ^ ^ous. 

Celait des Compagnons de la Croix^d'Argent» 

Leurs voix ne pouvaicnl dr^miner la fureur de la tuuTe. 

Les assaillanta étaient hors d'eux* mêmes ; la pondre « h chaleur, 
te danger tes avait enivrés. 

Une espèce de créneau avait été pratiquée anprès du pent-levîs. 

Un ofTicier suisse, adressant la parole aux ai^siégeants, a travers Té- 
truite ouverture, demanda 1 sortir avecles honneurs de la guerre. 

— ^fon| non, non, répondirent mille voix, 

La fusillade reprît. t 

L'oHIt^ier passa par l'ouverture de la petite fenCtro un papier q[a'il 
avait lié au bout d^nne pique. 

L'éloigné ment empêchait de lire ce qui était écrit 

Les Suisses criaient que la garnison était prête î se rendre, si on 
prometlait de ne pas massacrer la troupe, 

Periûnne n'osait donner cette promesse au nom de U roule qm 
hurlait sans cesse et redonblait de fufcur. 

Il fallait cependant entendre la capitulation proposée. 

Un homme se présenta : c'était nu Compagnon de la Croii , Jean 
Rouget^ de Vincennes. ^ 

n avait h coté de lui Pinson. 

Le fossé était â cet endroit large, plem d'eau. Il riUatt le traierser 
pour saisir le papier, que l'officier misse tendait de Tautre rûté. 

On apporte une planche, on la pore sur te parapet : plusieurs hom- 
mes du peuple se mettent dessus poi^t faire contre -poids. 

Jean ftouget s'avance. 

La planche, en équilibre, rrémît â chique pie. 

Il avance : le veili au milieu du fossé. 

Une décharge imprévue éclate ; deux h^inmes, qui par leur poids 
tendent b planche suspendue, sont frappés. 

Ils tombent. 

La planche, qui n*est plus retenue , s'affaÎAse et Jean Rouget dis* 
paraît dans Teau noire du fossé. 

Pinson s'approf.he aussi tét. 

La planche est redressée* mise en équilibre. 

Le jeune ouvrier s*élance. 

Il passe rapide et léger ; il atteint le papier t il le rapporte. 

La foule applaudit è sa bravoure. 

Un eapllaine des Cent- Gardes qui, comme on Ta dit, se trouvait 11, 
prend le papier, en donne lecture. 

II s'appelait Hullin. 

Voici quel en était le contenu : 

t Kous avons vingt milliers de poudre ; noua ferons sauter la garni- 
son et tout le quartier/si vous n'acceptes pas la capitulation, i 

-^Foi d 'officier, noua l'acceptons, répondit Hulïin. Daiasez les 
ponts. 

Maître Louis se trouvait h côté de Ilullin. 

Il se tourne fers ta foule : 

-*La ne lauve aux raineui l c'est promis, ciie-t41 d'une Toîxéda- 



*-<«Onî, oui, la vie saufe, la vie sauve, répond 4a foole. 

La crainte que les Suisses ne mettent le feu aux poudres tm^^i 
le monde. 

Cependant le pont4eviB ne s'abaisse pas. 

Les assiégés fônt baisser la passerelle qui, suris gaucbe en ^m 
levis principal, donnait entrée dans la forteresse. 

La foule se précipite. 

La p^'i^ereUe, trop étroite» plie êoui le poids. 

aàtdiks En grand pont est ouvert. 

Il n*est pas encore assuré, que le peuple i*éknoe^ 

La Bastille est prise ! 

( La SttUe au proth q in rmméro^ ) Cleu EKT f fiST. 



LE GOi\SGRIT \ 



u. 



lA FAimXE DU COHeCRIT. 



Jeanne. — llailinritt. 

JEANNE. 

Notre gas , Matharin , est bien loin maintenant ; 
Poisse Dieu de tout mal garder le pauvre enfant ) 

MATmmur. 

An moina , s*H atait eu le eœnr de se défendre » 
Ils rauraient payé cher atant que de le prendre; 
Cette porte est solide et ce mur assez bon ^ 
Enssent-ils été cent, pour amorifar leur plomb. 
Hais à céder an nombre ils ont su le résoudre , 
Sans qu'il lenr en eoûtit une charge de poudre I 

JEANNE. 

On dit que les malheurs sont pour nous éprovfsr , 
Que Dieu ne frappe ainsi que ceux qu*it veut elMw. 

MATHUniN. 

M'emmener non garçon ! oh 1 Jeanne , quelle perfe! 
Gomme depuis ce jour la maison est déeerte ! 
Gomme l'ouvrage est dur et me semble ennuyeux » 
Depuis qu'il n'est plus là pour récréer mes yeux î 
J'ai vieilli de vingt ans , le moindre elfort me lasss , 
L'herbe , dans mes sillons , sur le bon grain s'amssis; 
Et plutdt que d'agir et de Ten arracher , 
Sous un arbre, au soleil ,f aime mieux mecouchêi^. 
Aussi bien pour nous deux , Jeanne , que noua iniporta 
Que la moisson soit pautre eu que le pré rapportSw 

JEANNE. 

» 
Je suis plus malheureuse et me plains moins que lei , 
Mathurin , dans les champs tu travailles aâns moi , 
Et je reste souvent , une jdumée entière , 
Seule dans la maison pleine de notre Pierre. 
Quand je teux Toublier , je trouve i tout me ment 
Son lit , sa chaise vide ou con vieux vêtement. 
Tu pousses la charrue et tes ehsigrins se passenc , 
Selon que l'air c&t chaud et que tes hras se lassent ; 
A tonte heure , en tout lieu , ce souvenir ma tieut l 
Mon fils est-il heureux et se por te-t-il bien T 



■ Voir le n« àc VOuvrtn du 44 soDterahfii 

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\ 



n 



^OUVRIER. 



1« 



H ne pm rieo manger sans mo dire en moi-même : 
c Pierrot aimait cela , mangc-t-il ce qii^il aîmet a 
Je ne me couche pas sans penser aussitôt 
<tne ce grand tii lii-baa » c*est le lit de Pierrot. 
JVi regret d'«n plaîair, d'une fête où j'assiste, 
Peut-être i Theare même où mon enfknt est triite. 
Comme il aivait tenjonra habile aoue mon toit , 
Il ne me semblait pas qu'il pèt Tifre sans moi. 
Ah 1 je m*>étai8 trompée , il faut que j*en contienne; 
C'était ma m à moi ^ tenait k la ^enne. 

MATHURIN. 

Un riche du pays paie avec son argent ; 
A nous qui n'avons rien on nous prend notre enfant. 
C*eet pour TÉtat , dit-on , que tous tant que nous sommes» 
PéiofraB et paysans , nous élevons des hommes ; 
L'État , qui , si mes bras n'avaient g >gné mon pain 
M'annât sur un grabat laissé mourir i! r.iiin ! 

Oh f Jeanne, sais-tu bien ce qui me désespère? 
C'est de voir de beaux gas venir avec leur père 
Me vendre leurs secours pour rentrer la moisson « 
Depuis que les soldats m'ont volé mon garçon ; 
CHait de ne plus entendre , en allant au village , 
Les fermiers tour à tour crier sur mon passage : 
c Eb t dis donc , Mathurin , ce grand gas est i toi ? 
J'en voudrais un pareil pour ma femme et pour moi. a 

Et quel père eut jamais demandé davantage î 

n avait lout pour lui , bon cœur , force et courage. 

Ah ! Touvrage allait bien , quand nous étions nous deux ; 

H était fort lui seul comme un couple de bœufs ; 

Aussi làisait-il plus, en une matinée , 

Que quatre btt Bretons dans toute leur journée. 

J'avais beau lui crier : Repose-toi , Pierrot ; 

Avant de m'obéir » il me fâchait plutdt. 

JBANNB. 

Tu le vois toujoun |prand et tel qu'au labourage 
Quand il poussait hos bœufs ; je le vois i tout âge , 
Et même en son berceau , moi qui , jusqu'aujourd'hui , 
N'avais jamais marché , dormi , mangé sans lui. 
U me semble souvent qu'il ne fait que de naître , 
Qu'à peine son regard commence â me connaître. 
Je le vois s'élever , grandir entre mes bras , 
Puis i marcher tout seul j'accoutume ses pas ; 
Il m'écoute , il répond , il nomme enfin son père , 
Et de ses petits doigts fouille d<^jà la terre. 
Puisque , devenu grand , il fallait qu'il partit , 
Ah ! que n'est-il plutôt resté toujours petit. 
11 serait â^ec nous , près de nous è toute heure , 
Et je l'embrasserais comme , hélas ! je le pleure. 
Vraiment oui , Mathurin , j'aimais trop mon enfant : 
Le bon Dieu m'a punie en me le reprenant. 

MATHURIN. 

Qu'ont-ib donc tant besoin de soldats dans leurs villes , 
Traînant sur le pavé des sabres inutiles ; 
N'ont-ils point éprouvé qu'il ne faut pas longtemps , 
Quaiïd ou veut des héros , pour les trouver aux champs , 
Dans ces jours où , laissant leur village eu arrière, 
lies jeunes paysans couraient â h frontière , 
tt , la fourche à la main , quand les fusils manquaient , 
pMhdent sous leurs sibots ceux qui les attaquaient ^ 



le Mis vieux , et pourtant que la France m'appelle , 
Cttieux reste 4e êing s'en va couler pour ^e I 



Mais qu'on vienne me prendre , au milieu ae in paix. 
Mon Pierrot, mon soutien , le seul fîîs quèj'avs^i» 
C*est l'abus odieux d'un pouvoir Ijiannique , 
Digne de Carrier et de la RèpiiLli(]ue. 
Je ne suis pas méchant , Jeanne , mmi^ ii[*rH Imit 
Le meilleur ne vaut rien quand ou h poii^^e â bout, 

JEANNE. 

TaisonS'^nous , Mathurin , regarde : h gr^ind'méra 
Semble nous écouler , contre son ordinaire. 
Depuis le triste jour où Pierrot eU parti , 
Soit l'âge ou le chagrin , elle n'a plus rien dit ^ 
Mais souvent de ses yeux fermés a U lumière , 
J'ai vu couler des pleurs le long àe sa paupière. 

Taisons-nous, Mathurin , ou si tu veux , tout bas , 
Ensemble agenouillés , prions pour notre g.is. 



{La fin au prochain nnm^.l 



Louis Maighen, 



LES BAft»ËUR$« 



Parmi les toiles qui ont figuré honora Ll&ment i rexposUion de 
peinture de cette année, on a justement reuiarqui^ le tabk.iti dont 
nous oflroiis^ici la reproduction. Ce LaUcau, l'a^uvre d*un diîbuEant, 
M. Danguy , dont nous voyous pour la pruinlértî îim lu nom au Uvret 
du salon, oflre la représentation d'itne scène vraiment îniéres^sute 
de la vie de l'ouvrier. Six bardeur« , k La file , tirent péniblrment 
deux lourdes pierres destinées à la const rue lion d'un de cm édtlîees 
qui embellissent notre Paris. Dcrricru vient le pinesur; tout en pous^ 
sanl de l'épaule, il veille au travaiL Les typei» sont hhm choisb ; 
l'effort , lent , pénible , !>ans saccade ^ i|ir] transporte ces massues ^ est 
heureusement traduit par le dessin. C est lien là , dans sa juste Tab- 
leur , le mouvement soutenu d'homme ^ dont \m uns ont àéjh lardé 
la pierre pendant vingt ans , et dont les aulrt's la Iraîneront vingt ans 
encore peut-être. Nous félicitons l'auteur et de son Idéu, et di^b ma- 
nière dont il l'a exprimée. M. Danguy ii hh^é 4l>3 câté tous les renfle- 
ments de forme , les lignes outrées , les e?caj;Graiions de Lic^'js que 
nombre d'artistes prennent pour la for^ e et Itj uiuuvemetiti et il a bien 
fait. Il a tiré un heureux parti du costLiitie de nos ouvriers ; ses hhn- 
ses forment de bons plis. Le fond es^t hinn eonçu el toujours dans la 
même donnée de simplicité qui rend le tableau &i intéressant. La scène 
se passe bien au milieu de cette atmosphère de plâtre el de tnuelloit 
que nous connaissons si bien , nous autres Pansiiens, fious IVrouB ce* 
pendant ici une critique i M. Danguy : son ciel est un peu lourd et 
peint avec trop d'âpreté. La disposition en dtaît bonn» , il eût fallu 
en atténuer les modelés. Le ciel n'est {las plu^ de pierre pour le • bar- 
deurs que pour les autres hommes. Eugène I'émil. 



UN VOYAGE A VOL D'OISEAU*. 



Mayence est la clef de l'Allemagne, et l'on s*en sperçt/tt dès k 
premier pas. Nous avons pu parcourir cette ville lesoimiètn^ th notre 
^Arrivée , et nous n'avoi:» rencontré que casernes et saldaU : : otdats 
autrichiens et prussiens parce qu'elle est ville de ta Confédération* 
Les remparts %ont formidables , et on travaille tous les jouts ilea 
rendre plus formidables encore. On entasse dans se$ arienaux iQuleti 



« Voir p. 4«. 

« Voir les v de rowaritr des 47 et 84 4o4i. 



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m 



fOUVRIBR. 



t«r bouMi» wnmiê nr canons , mitraâle sur mitraille^ enfin tout ce 
qa*il y a de mieux en (ait de tuerie, de boucherie humaine. Je ne 
suis pas hoaime de guerre, mais je comprends très-bien que le jour 
où Ton attaquera Mayence, le Rhin coulera du sang. 

La cathédrale, le plus beau ou plutôt le seul monument de Mayen- 
ne, se compose de deux absides romanes, reliées entre elles par une 
grande nef. A Textérieur, son immense dôme, environné de cinq ou 
six clochers et badigeonné en rose , offre un aspect singulier. A Tin- 
teneur, ces deux absides, en face Vune de Tautre, étonnent encore 
datantage. On ne saurait dire quel e^ii l*autel paroissial. L'église esl 
d'un bout â l'autre pavée de tombeaux , la plupart oriiés de figurées 
représentant des évoques, mître en tête et crosse â la maii^. C*e8t là 
en effet que dorment en paix tous les archevêques de Hayence, dont 
la puissance fut autrefois si prépondérante en Allemagne. Dans toute * 
les chapelles , on r marque une profusion d'ornements fantasques , 
pieux, nal& , tels qu'en produisait le moyen-âge. 

A Mayence , nous avions retrouvé le Rhin ; c'est de lui quil faut 
parler maintenant, lui dont les ondes rapides nous ont portés i tra- 
ders les sites les plus grandioses et les plus charmants , jusqu'à Tan- 
lique cité de Cologne. 

Jusqu'à Bingen, le lit du fleuve est large, grandiose , et ses deux 
rites semblent k peine pouvoir contenir les flols bouillonnants. A 
droite surtout, le paysage est enchanteur; le n.o.it Taunus se dresse 
dans le lointain et ferme l'horizon avec ses cfme« noires et abruptes ; 
puis, jusqu'au bord du fleuve, s'étagent d'autres montagnes dont les 
crêtes s'abaissent insensiblement en laissant voir de nombreuses mai- 
sons de campagne, quelques châteaux, modernes pour la plupart, en- 
fin une multitude de villages pittoresquement bâtis. 

Celte immense étendue est à peu près tout entière couverte d*. 
Tigués; c'est là que se récolte le fameux via du Rbin. Voyez-vous 
cçtte petite colline dont la circonférence se détache au milieu des 
. autres et présente la forme d'un pain de sucre? de la base au somii et, 
h droite et à gauche , on n'aperçoit que des vignes, dont chaque cep 
est soigné i prix d'or. Sur le sommet s'élève une masse énorme, >lti- 
Corée du nom de château. Ce château appartient au prince de M. ttcr- 
nicli; toute celte colline est son domaine; ce crû c'est le célèbre 
Johannisberg , dont chaque bouteille se paie 20 et 25 fr., niectar ou 
ambroisie que se disputent les rois et les reines , çénéreus *. liqueu 
qu'ont si délicieusement chantée quelques poètes allemands, admis à 
la goûter, i la tab^e des souverains. 

A Bingen le lit du fleuve se rétrécit tôut-i-coup. Ses deux riv* s de 
tiennent deux montagnes à pic, toutes deux couvertes de bois et de 
rochers. Quand l'un de ces rochers, avançant en saillie et for<p. ni 
une espèce de plate-forme , vient à se dinuder, les habitante (iu I at* 
meau voisin y 1r9nsportent à grands frais de la terre vé^clafo , v\ !â^ 
ils plantent un cep de vigne qui leur donnera cent pour un. !)*^ «ii.>- 
tance en di^tamv, et c'est là ce qui donne aux borJs du Rhin t.n l'i- 
ractère si pittoresque , se montrent d^anciens châteanx U'oda , 
tantôt sur la cîme d'une montagne , tantôt,au sommt t d'iin : ourg, 
quelquefois même au milieu du fleuve , fièrement a$^i' s r i n roc 
battu par les flots. Quelques-uns de ces châteaux sonl parfal ein "i 
conservés, d'autres sont en ruiie, mjis presque touj urs u » n ai i 
habile a relevé et recomposé ces mines, et l'imagination aida t tant 
soit peu , il semble voir encore passer et repasser sur 'es ci cueaux 
les sentinelles armées de pied en cap. 

Tous ces châteaux ont leurs légendes et I urs raditions. Ici, sur 
ce donjon que vous voyez comme suspendu sur e ilpuve, une jeune 
fiancée attendit de longues années son amant par i pour la crois 'de . 
mais Pâmant ne revint pas, et de désespoir, la belle châtelaine <"i pré 
cipita un jour dans le Rhin. Parfois, lorsque grondent les orages, on 
entend un doux gémbsement sortir du fond des eaux. Hélas ! c'est ie 
gémissement de la pauvre fiancée..... 

Voici un énorme rocher qu'un géant précipita un jour au milieu des 
flots. U y a bien des années, une femme d'une merveilleuse beauté y 
faisait entendre , à la tombée de la nuit , une délicieuse harmonie : 
q :and les pécheurs dv Ahin voulaient s'approcher , enivrés par de si 



doux accents, un courant rapide les entrathait, elles brisait aux pieds 
de l'enchanteresse dont les échos voisins répercutaient les éclats de 
rire sardoniques... 

Un peu plus loin et k demi-cachées dans la brume, apercevez-vous 
ces quatre tours jumelles , qui semblent planer au-dessus d'un gros 
vilbige, comme quatre vautours au-dessus de leur proie? Autrefois tes 
seigneurs de ce lieu s'étaient rendus fameux dansia contrée par leurs 
rapines et leur tyrannie. Ils détroussaientles passants, ils rançonnaient 
durement leurs vassaux , et quand ceux-ci murmuraient, ils les fai- 
s jient jeter dans un noir cachot on dans tm puits creusé entre ios 
quatre tours, et dont on n'a jamais pu sonder la profondeur... 
•> Enfin, chaque pierre, chaque ruine, chaque tronçon de tour, 
chaque rempart a son histoire terrible, noire, sombre conane le crime. 

Il faut convenir d'ailleurs que ces bords du Rhin prêtent merveil* 
leusemonl au mystère. Autrefois, disent encore de rieilies traditions, 
les druides eh passant sur ses rivages , ne manquèrent jamais d'évo* 
quer les esprits; les Francs, nos pères , y trempaient leur vaillabte 
framée, avant de marcher â de saoglants ccùukits. Toutes ces tradi- 
tions s'étaient perpétuées â travers les siècles , et c'est sans doute» 
attirés par ce mystérieux et par d'aussi inaccessibles rochers, prêtant 
si bien à la défense, que les hauts seigneurs de la féodalité vinrent 
en grand nombre établir en ces lieux leurs châteaux-forts. 

Avant d'arriver à C'»b1enz, on admire encore le château de Stol- 
zenfels, appelé aussi le rocher superbe. Il appartient au roi de Prusse. 
C'est la perle du Rhin. 

ACoblenz, les touristes n'ont â visiter que la citadelle. Du bateau 
à vapeur bn l'aperçoit dans tout son ensemble. Bâtie, â droite du 
fleuve, sur une montagne très-escarpée, elle n'est accessible que 
d'un seul côté, et là, le géji^e militaire a entassé forts, redoutes, bas- 
tions, redans , tous les systèmes imaginables de défense; quant aux 
autres faces de la montagne, elles ont conservé en apparence leur as- 
pect naturel. C'est à peine si on peut entrevoir le réduit de la garni- 
son ; tous les engins de mort sont à fleur de terre ; leurs bouches 
béantes ne se montrent que rarement ; aujourd'hui c'est le silence, 
et cependant on ne regarde ces pentes dépouillées et arides qu'avec 
cfl'roi. On sent la mort dans les flanrs de la montagne. 

Au-delà de Coblenz le lit du Rbia s'élargit un peu. Les rives sont 
moins sauvages et moms rudes; les aspects sont plus variés et plus 
riants, et toujours de nombreux châteaux couronnent les crêtes des 
montagnes. Parfois cependant ce que nous prenions dans le lointain 
-pour une tour féodale n'était autre chose qu'une de ces hautes chcmi- 
.nées de forge ou d'usine que l'industrie privée est venue y établir. 

A une demi heure de Coblenz, nous fûmes tout-à-coup mis en éveil 
par un coup de canon dont le bruit se prolongea dans les gorges en- 
vironnantes. Aussitôt tous les passagers se portèrent sur l'avant du 
vapeur, et nous vtmes à quelques milles devant nous une ville de jolie 
apparence. Sur les quais une foule nom'breuse. assistait à la décharge 
de trois petits canons. Cette ville s'appelle Neuvid. Elle fêtait le re- 
tour de son prince. Et en efit^t, à quelques mètres devant nous, pas- 
sait un joli petit navire dont les pavillons flottaient au vent, et qui 
portait à son bord le prince de Neuvid. Neuvid est une principauté à 
pou près indépendante composée de la seule ville de ce nom. La Con- 
fédération germanique lui accorde le droit d'ayoir' trois canons. 

Le Rhin n^prend sa première largeur et balance dans ses flots plu- 
sieurs îlots verdoyants. Sur la rive gauche s'élèvent des collines ta- 
pissées de villas ; sur la rive droite s'étend une longue plaine fer- 
mée par sept montagnes dont les sommets brillent à l'horizon sous 
les feux du soleil couchant. L'une de ces montagnes est le Drachnefels, 
que les touristes gravissent d'ordinaire pour jouir i son sommet 
d'un maniÛque panorama. < 

La ville de Ronn , que Ton voit ensuite du niême côté, est jolie, 
propre, coquette, malgré son ancienneté. C'est la patrie du compori- 
teur Reethoven, dont la statue décore une des places publiques. 

(La fin au prochain numénf. ) Hainfeot. 

Angers, imp. de Laine frères, rue Saint-Laud, ^ 



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^* ^* ( 4 A MntimM le N« \ 
Mmnato. \ lU ftnnéM éohiiM. j 



K° 22. 



28 septembre 1861. 



L'OUVRIER 

JTèarnal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



ADMINISTRATION : 

U» 4|«M dM Onndt^ugustiiu 

.Al» libnirl» d«BLÉBIOT, 

A PARIS. 



SOMMAIRE. 

LES COMPAGNONS DE LA. CROIX D'ARGENT, par Clémeot Jl78T« -* 
UN VOYAGE A VOL D'OISEAU., par Mainfrot. — LE CONSCRIT. Poétie, 
par Louis Mammbn. — LA FILEXJSE BRETONNE, par Eugène PÉMII. — 
ÉGONOIOE RURALE, Le Guano, par Eugène PéNU. 



ASONNEMENTS D'UN AN 

HàMcT 5 r,, 

Bumora , Éotptb, Ron »'Aaa, Tar- 

QOB >' Anp. • « S » • 

ÉTÂn-Uim DB L'AaÉHQm M lIoKD . 7 »» 
GoLOinii mt kinacm paw »'oimB-im. S 60 




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170 



'fOUYRIBR. 



lis (ioiiPÂm^ 



DE Li CROUD'AROëNT 



«HAPITRE XI 
Victoire sansflante. 

La foule entie dam la vieille forteresse a?ec des cris de joie firoces. 

Dans la cour intérieure» lee iavalides étaient rangés k iroite et les 
Suisses k gauelie. 

Les armes étaient déposées le long 4» mur. 

Ils ôtérent leurs chapeaux , battirent des mains , et crièrent bra?o 
aux assiégeante (jui accouraient en foule dans le fort. 

Les premiers entrés étaient les plus hardis • ceux qjâ à l'attaque 
s'étaient mis au premier rang. 

L'humanité est toujours compagne de la braTOure 

Us sautent au cou des officie rs de Tétat major. 

Us les embrassent en signe ie paix et de réconciliation. 

Us font tout pour diminuer à ces braves militaires, vaincus cums 
raccomplissement de leur devoir, Thumiliation de la défaite. 

Mais bientôt une bande sanguinaire entre dans la place. 

Ge sont des Compagnons noirs. 

Ils manquaient à l'attaque : pendant qu'on tirait des coups de fu- 
sil dans la cour du Gouverhement , ils étaient la plupart sur la place 
en dehors k exciter le peuple , loin du danger. 

Les derniers au feu , ils sont les premiers au piUage. 

Car ils espèrent qu'ils pourront piller. 

Us sont aussi les premiers au carnage. 

Car ils demandent un massacre : ils sont prêts i verser le sang des 
vaincus , eux qui n'ont pas su répandre le leur. 

Us s'clanccnt. 

— Mort ! mort ! hurlent-ib avec fureur. 

Us se jettent sur les Suisses , sur les invalides. 

Les pauvres soldats sont en rang désarmés : ilt lea séparent ; ils 
les entraînent ; ib les tuent 

Le sang coule k flots : on n'entend que les imprécations des bour- 
reaux y les cris des victimes. 

On ne tire plus ; c'est k coups de hache » de pieu , qu'on assomme 
les malheureux Suisses. 

Chaulât et ^quelques-uns des Compagnons nohrs , ceux qui avaient 
pris part i laibataiUe, veulent s'opposer au carnage* 

Leurs efforts sont impuissants. 

Les Compagnons de la Croix sont partout. 

-—Ne tuez plus 1 ne tuez plus ! 

Leurs cris ne sont pas entendus. 

Us se jettent devant les Suisses , devant les invaUdes : ils leur font 
un rempart de leurs corps. 

On entend la grande voix de maître Louis ! 

—: Malheureux, crie-t-il, ce sont des français, 'des frères, des 
vaincus, ne les frappez pas. 

La foule cependant se précipite : elle veut détivrer les prisonniers ; 
eUe les cherche, f \, 

EUe croyait en trouver beaucoup. 

U n'y en avait que sept. 

Pujadô , Béchade , la Roche , la Caurège , qui étaient accuses d'a- 
voir falsifié des lettres de change ; 

Avec eux M. de Sciages , Tavemier , Whyte l 

Ces trois derniers étaient k la BastiUe depuis plusieurs années. 

La foule brise la porte de leurs cachots : on les enlève , on les 
porte en triomphe. 

Conmie ils sortaient , ils aperçoivent le brave de Losme , le major. 

Tous ils avaient trou/é de Losme bon , plein d'humanité et de 
douceur pour eux. 

*LarêfirodwilionmêMéfSit$,'^^WÏMV^à»(Outnêrû}i^ tOtauUsep- 



Autant ils aimvent peu Delaunay » autant fls ché ri ssaient de 

Losme. 

iu le voient entouré d*uae foule de furieux , oft Veut regorger : il 
aa débat 

—Arrêtes ! arrêtes • crient les prisonniers. G'estilç mefllm àm 
hommes ; ne hii faites pas de mal ! Sauvez-le. ' ' 

Une lutte s'engage autour de de Losme. Les uns veulent le sauver » 
les autres le frapper. 

Un Compagnon de la Croix se jette sur le malheoMUx major : e*esl 
le brave Leroux. 

— Vous ne le tuerez qu'après moi, dit-U; c^est une horreur qu'un 
pareil massacre. Vous avez promb la vie sauve i la gamièon ; cet 
homme est un brave homme. Voyez , les prisonniers le reconnaiseent 
et demandent sa grâce. 

La foule , un instant arrêtée , pousse d'horribles clameurs. 

Tout i coup un forcené nercè les rangs : 

Il s'avance : il a i la main une hache. 

U décharge un coup terrible sur le malheureux Leroux. 

Le premier coup le renverse : tombé il est assailli de toutes parts ; 
on le perce de cent baïonnettes. 

La Tureur s'est détournée un moment du major, elle s'acharne sur 
Leroux , qui déjà n'est plus qu'un cadavre. 

Aflailre Louis apparaît. 

Deux Compagnons de la Croix l'accompagnent : Pinson et Guillot 
la langue morte. 

— Prenez cet homme-lâ, dit mattre Louis en rencontrantde Losàie, 
et menez4e â THôtel-de-Ville ; U faut qu'il soit jugé. 

Pinson et Guillot obéissent ; ils entraînent de Lo^me. 

Ia foule, dominée par mattre Louis, bisse passer ie major : elle le 
suit en l'outrageant par mille cris furieux. 

Cependant pour le moment de Losme était sauvé. 

La colère faisait peu à peu pbce i b curiosité. 

Beaucoup avaient lu la Bastille dévoilée^ ce livre qui fit tant de 
bruit avant b révolution. 

Us s'imaginaient trouver k la Bastille des appareib de supplices in- 
connus, des cages de fer, des instruments de torture, des oubliettes. 

On cherche, on descend dans les cachots; on brise les portes» on 
visite toute b forteresse. 

On ne découvre pas ce qu'on attendait. 

Dans une chambre, on arrive et on voit l'appareil de b question : 

il était rouillé, en mauvais état. 

-- Depub longtemps il n'a pas serri, dit une voix ; le roi a ab<4i 
la question. 

Cette voix était celle d'un Compagnon de b Croix. 

Aussitôt miUe crb répondent : 

— Vive le roi 1 vive Louis XVI ! 

U semblait que b royauté et le peuple eussent été d'accord pour 
prendre la BastiUe. 

Une bande plus redoutaUe et moins facile à distraire cherchait 
Delaunay. 

— Où est-il? 

— Il se cachet 

— Le monstre, il a peur! 

— Mort à Delaunay. 

On passe plusieurs fois près de lui sans le reconnaître, il n'étaâ 
pas en uniforme, mab vêtu d'un frac gris avec un ruban poneeau. 
Enfin Chaulât passe devant lui, le regarde un moment. 

— Le voilà l crie-t-il, en cherchant une arme pour le frapper. 
Maître Louis, lui aussi, avait reconnu Debunay, il voubit le déro 

bcr à b fureur du peuple. 
U n'avait rien dit. 
Voyant le geste de Chaubt, 

— Halte-ià, s'écrie-t-il ; il fout mener cet homme 4 l'Hdtel-dè 
Ville. 

Chaubt et mattre Louis se trouvaient en présence* 

A U vuedu Compagnon de k Croix, Chaulât s'arrêta ua 



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L'OUVRIER. 



171 



Son regard s'énflaitima d'une haine horrible, on eût dit une hyène» 
\os ^ux fixés sur .sa proie. 

Maître Uouis était calme. 

il regarda le Compagnon noir en face. 

Les deux hoDunes faisaient mi étrange contraste. La Toule 8*as- 
^rmh)a. 

*- N*çsl'Ce.pas, Us amis, dccnanda mattre Louis, il fjul conduire 
•M lioinuic à rilôlcl-dc-Ville? 

I.t! liiçr ici sans jugement serait une lâcheté ; il est désarmé 

— Oui, oui, à rHôlel-de-Ville! répondirent plusieurs voix. 
Qiitili{ucs honmies formArent la haie autour de Delaunay. 
On soUit de^ la Bastille. 

Au nu)mcnt où on passait sous la dernière porte, maître. Louis se 
li-uuva près du gouverneur. 

< — Laîssex-moi, dit le malheureux : tous vous perdez et vous ne 
me sauverez pas.i 

»- Courage, répondit maître Louis. 

Quand Delaunay parut, sortant de la Bastille, une elameur immense 
s'éleva de toutes les parties de la place. 

n semblait que Tocéan humain allait se refermer et engloutir dans 
son sei^ la pfstite troupe qui protégeait le gouverneur et le condui- 
sait â Î^ôtel^fe-Vîlle. 

n y avait â suivre toute la ftte Saint-Antoine, elle était pleine de 
monde 

L*air était plein de cris. 

r- La Bastille estl^ns^ 
'^^eW^bértéM • 

— Mort ï Delaunay! 

Celui-ci, saisi des'âtfi^^&iMsde k'^mo^.lnarehidt â côté de mattre 

Xmtôl^ désespéré, 3 lui dis^t : . .^^ 

— - Mbiisiètir, dbnnez-moi une épée; ou tirez-moi un coup' dé pis- 
tolet; je vais être massacré; ou tuez-moi d'un seul coup, par grâce, 
je vous ^Vî^«'/ 

Tantôt il reprenait courage. 

-7: l|lonsieu^ ! monsieur ! vous m'avez promis de ne pas m'abandon- 
ner; TPtesfez avec nfioi jusqu'à THétel-de-Ville. 

Plqs on avançiut, plus Tacharnement populaire était terrible contre 
le un^efiraûx prisonnier. 

Peu k peu les Compagnons de la Croix, qui formaient son escorte 
et qui filisaient tout pour lui sauver la vie, étaient entraînés : la foule 
lesséparaif. 

tt<fiht8igtaait Delaunay. 

Un homme lui saisit par derrière les cheveux et lui en arracha une 
poignée. 

Mattre Louis vit que la foule ne connaissait Delaunay qu'à une cho- 
se, que seul il était sans chapeau ; il eut une pensée héroïque ; il 
ôta son chapeau et le mit sur la tète de Delaunay. 

n B^exposait ainsi i tous les coups. Il voulait à tout prix que la foi 
donnée par lui au nom du peuple fût gardée, et oue la vie du pri- 
sonnier fût safiVée. 
' Dëbictnay répondit à l^hérolsme par Théroïsme. 

Il remit le chapeau sur la tête de maître Louis. 

— Vous vous perdez sans me sauver, répé!a-t-il. 

Ob^M'iv» ainsi, par une suite de rues étroites, sur la place de 
lHôtdHlé'VÉ^. ' 

' Eb i789*raûtel-de>-yi1le ne ressemblait guère au monument mu- 
pidpd tel (lîuè Vont fait les modernes restaurations. 

Le quai n'existait pas. 

Leyeaux de la Seine, quand elle ctiit haute, venaient jusqu'au 
mflieu dé la place de Grève. 

L'emplacement occupé aujourd'hui par les jardins était couvert de 
fiefltes millions à lourds piiliérs de pierre et â pignon sur rue. 

Derrière ces maisons, plus au levant, se dreésait une église. 

L'église deSaint4ean surnommée en Grève à cause du voisiur^ge 
I de la place de Grève* 



Ddn.^ la prirîcifjft celte é|;lise iCélMi i]u'uj(]0 cbajuîliè servant dt 
b^iplistêre â Saint- Cer vais. 

Une circonstance pariicoliùrû y atlirail uù grand (^finroiiPs , H M~ 
corait Tt^life d'un nombre "meroyable d'ex-volo. 

Un juif de la niR des Biîkltpsavoit, en 1^90, [»r«ifjné um hosUii. 

Gfeltc-ci sV.bit niiracylnuaemenl écbajïf de de ses nmins , et sVlail 
mise à volti|»ef autour ûûh émnf!mii du ^ncrili^gt», 

Lg Juif en était mort de terreur* L'hostie a v;iit Uê disposée n Saint- 
JcarvcH-Grève, 

Ou la voyait encore les jnurs dfi fête, en i789, tkns réglic SjiiiJt- 
Jean , qui h caase de cela était Irès^rn^ttuentêe* 

De régliseS^inl-leanï démolie h h révoliUion, \\ ne rciïa loiiglempïi 
qu*uncrliapeHe, la Dhapclle dite de la Cmnmunbn, 

Elle fut annexée à ritôtelHle-Ville et servit ^ous le itûm de iallc 
SaintJean â diverses réunions. 

Elle fut démûlÎB en 1837 Ion de ragrandis£€ment du Pdab Muni- 
cipal , mais elle à Uisié son nom k Tune des plus grandes saUeet de 
l'édifice moderne. 

C'nst le seul souvenir qui soit demeuré de h vieille église Saint- 
Jean -en-G rêve, t , 

A côté de régltae, en 1789, s'étendait au milieu de maisons léxiç- ' 
dées un vaste b^ liment ; ThÔpital des Baudrietles. .-^'f: /( /, 

Cet hôpital avait été fondé en 1306, par Etienne Haudri, pour let 
femmes veuves , puis it avait été en 16iâ transféré rue Saint- If ohoré. 

Les biltîments , debout au eommen cernent de la révolution , étaient 
habités par des mendiauts à qui la ville d'è Paris accordait ce refuge r 
popuhition immonde et vicieuse , prête à toutes les violences , placée 
au seuil de Vh6tel municipal comme le bois près du foyer, ' ^ 

Entre les biUiments de Thâpital et Les maisons particulières qui sé- 
paraient rilôtel de^VUle du fleuve , un étroit passage conduisait'^soui ' 
Tarcade méridionale de l^édiftce municipal et sur la place, ' î 

On r^ippelait passage du Martelet, du moi martroi qui en vieux 
français signifiait supplice — la place de Grève était la place de& sup- ' 
pli ces. ) ^ 

Elle avait vu en i310 brûler ïive Marguerilts Porette* rj ,t // / * j 

En i 'àWà , cent bourgeois y avaient été mis à mort pour avoir pf'is ' 
part à b révolte des Maillotins. ; ' 

Le 17 septembre 144^ , Jean de Alontaigu y avait eti la tète eou- 
pée, avjiU d'être pendu au gibet* 

Le 11) st?plemi)re 1472 , le comte de Saint- Pol y avait été décapité, ^ 

Le t^(i juin 15^1, le ^1dréi:li:d de Bie£ y avnitsnbi La dégrarlatmn 
nobiliaire et ; avait vu eKécuter sous £es yeux son gendi^ Corecy 
Verviua. ^ 

Le £0 déi'embre 1559, Anne Dubourg y avait été étranglé, puis 
brrtlé. 

Le 30 avril 1574^ la Mule etCoeonas y avateûtété roués, puis dé- 
cipilés. 

Le 2G juin Je la même année ^ la même peine avait été appliquée 
à Monfgommery qui avait blessé mortellement » d.'^ns un loumoî , 
ilmrilL 

Le 17 septembre 1591 , les Seire avaient fait pendre à la Grève les 
trois membres du Païknietit étranglés la veille au Châteïet. 

Trois des hommes qui avaient pm part à cette exécution et, parmi 
ou% , le bourreau , furent à leur tour pendus le 11 août 1594, 

Le ^7 mai iOlU, Rat^illae avait élé éc;irlelé à la Grève au milieu 
d'une foule immense de peuple. 

C'était sur cette place que k H juillet 1617 Eléonore Galigiïi maré^ 
cliale d^ Ancre, avait été brûlée vive comme coupable de magie. 

Le 2^ juin 16^7» Montmorency-Boutteviie y avait eu la tête trancbéô 
pour avoir enfreint Fédit contre les duels. 

Le 16 juillet 1G76, la marquise de BrinviUiers avait été pendue puis 
brûlée en place de Grèie. 

Le 2% février 1680, la Voisin , la fameuse empoisonnante , gavait été 
brûlée vivo. 

Le XVlUo siècle avait vu aussi souvent qu^ le X\\U ïm m^- 
plices en place de Gf^*-^ 



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ITI 



L'ODVBITîR 



En f 7S0, k êemU de Hom 7 ifaitété pendu potir itoît msasainS 
an (le^ agiot&art de la Dirnque dé Law. 

U "^7 novembre i7t!, Cartouche j afsit été rompu ^f» et^ le $6 
mars 1757, Damiens, Tasiitafajn de Lotiiâ XV, ; avait étâécartelé. 

Le dernier supplice mémorable était, en 17^, celui da comte de 
ItWy Tolîendal qui» le id mai f 766, avait été décapité â la tirève. 

La vieille place, entourée de vieilles maiaona, dominée par te vieux 
P.ilâis munlcîjf^l « était sinistre. 

î^ peuple croyait que la nuit, aui anniversaires des suppIicËSf les 
Imes des tupplieiés reveuaient errer sur la place témoin de leur 
mort. 

On prétendait qu'on y entendait des gémissements, 

Au nord de la place , au lieu où ad dressent aujourd'hui les non- 
leaux bâliments de h partie septentrionak de rHdtd-de-Ville et où 
l'ouvre la rue de Bivoli, on voyait en 17&9 Thôpital du Saint-Esprit. 

Au^ ffânêtre» des bitimenta sombres ks figures livides des malades 
apparoissment, tristes habitants de ceUeu lugubre. 

Au milieu de la place s'élevait une croies de pierre . 

La rocade de rHétel-dê*Ville noire, poudreuse, était sombre comme 
iù pasaé. 

Plus sombre , plus lugubre que jamais était la place de Grève an 
malheureux Delauuay, k 14 juiUet 1789. 

L'hdtel était plein d'une foule immense, 

D s'échappait par la porte béante de terribles mmeurt. 
! — La Bis tille est prise i criait- on . 

Les cris répétés mille fois roulaient dans le vieux bâtiment. 

Quand le sinistre cortège qui amenait Delaunay parut ^ il n) eut 
qu^un cri. 

— Le voilà ï le voilà I c'est iui« 

Les Compagnons comprirent que si Delaunay pouvait pénétrer 
dansThôtel , monter k perron, tout était Qni : il était sauvé t 

Ils 6fent un effort désespéré. 

Maître Louis ^utenait le malheureuse gouverneur que ses forces 
abandonnaient. 

Tout à coup le Maîlre Compagnon se sentit terrassé par deux mains 
puissantes qui le prirant par ks épanks et le renversèrent* 

Il se releva ; sa tête avait porté sur les marches du seuil ; k sang 
lui QODlaît sur la ïïgure. 11 entendit un cri horrible i il leva les yeux I 

11 vit dans Tair au bout d'une pique une téie coupée; c'était la tète 
de Delaunay. 

Quand la tête le dressa sanglante el livide aii-dassui de la foule, un 
applaudissement sauvage éclata^ 

Une minute à peine s'était écoulée. 

Un nouveau cri se fit entend re^ 

Maltra Lonii tt retourna. 

La tête du major de Losme a^agîtait en face de la tête du gouver^ 
meur ^u bout d'une pique. 

Cette fbb et comme si la fureur fût assouvie, on mouvement d'hor^ 
reur courut dans te peuple. 

Jamais, même au jour des plus ^nds excès, k peupk n'eit cruel. 

Le peupk de Paris est un grand peuple, naturellement bon et brave» 

Malheureusement il y a toujours dans son sein des mooâtres qui 
ionillent son drapeau et déshonorent sa cause. 

Ces monstres, en 17B9, é1 aient des Compagnons noirs, 

Maître Louis comprit que son devoir n'était plus dans la me. 

L'H6te1-de-ViUe était plein de monde. 

C'était U qu*atliît se décider k sort des prisonniers. 

îl Ht signe 1 eeux des Compagnons de Li Croix qu'il aperçut de le 
suivre; et il s^élança dan^r^'^ riHrr qui eonduisaitau premit^r êbige» 

Les marebes étaient chargées d'une fouk tuiuulUieuse. 

Des troupes d*ouvriers armés de bàtonf?, de fÎTsils, de piques, do 
sabres, de lani^s, de pistolets se pressaient frémissantes. 

Depuis k dimanche foi r il juillet les électeurs de Paris l'étaient 
iËanis à rHôt^l-de-Vilk. 

Ils avaient nommé un comité permanent, espace ik gouvernement 
prurisoire chargé de maintenir autant qu'il serait possible Tordre 



E ^[Bilrft <fbt^^ 



public. 

Le prévAt des marobands, le procureur du roi, l*s < 
le greffier de la ville, deux conseillers, un certain nombri 1 
notables faisaient partie de ce comité. 

Gelait devant eux qu'on amenait Delaunay et de Loime lonqulli 
avaient été massacrés. 

Ibsiégaient dans une det grandes salles de THcltel an mWm de II 
fouk. 

La porte de ta salk était gardée par deux hommes en chemise, jam^ 
bes nues et sans souliers, k fusil sur Tépaule, étranges factIofinair«a 
qu'on ne relevait pas. 

Quand la nouvelle de la prise de la Bastille arriva I PHdt«l-^ViQi, 
elle viola toute consigne et envahit avec le peuple, qui rapportait, Il 
salk du comité* 

Les ékcteurs furent en nu moment entourés d*une fouk bon d*«ik- 
milme, au milieu de laquelle tunl délibération était impossiMe. 

Le tumulte était extrême. 

On apportait des armes ; on en demandait. L'un disait que ÛMm Vâ 
endroit Ù y avait un dêpAt de poudre; l'autre qu'on avait fouiUé Vm- 
droit indiqué et qu'on n'aviit rien trouvé. 

Ceux-ci assuraient que la nouvelle de la prise de k Bastilk mu 
fols connue â Versailles, k roi défendrait l'assemblée et fantt lUf^ 
cher ses troupes sur Paris, 

Ceux-là altirmaient que M. Necàer était rappelé 1 qn'Û était rfifSD 
k soir même. 

Au moment où maître Louis pénétrait dans k salle , m | iflMiï 
un homme , un vieillard. 

Une femme h^ moitié évanouie , venait derrière lui* 

L'homme était presque mort de frayeur » douie liaiitmM, fttê 
même , ravaîent pris d^ns leurs bras. 

Us k portaient, proie vivante, â une boucherie qu^ikTOlilaiâiil Ut* 
autoriser par le Comité. 

Maître Louis ks reconnut , c'^étaieut des Compagnons ncMfS, 

— Encore un â rendre patriote , criaient-ik* 
La foule étonnée s'approcha. 

L'homme fut jeté sur une table au milieu de k nlk ; c'éliit li 
tahk des délibérations. 

— Quel est cet homme! demanda une voix ïmpérieiiMi k niidA 
maître Louis dominant la foule, 

— C'est un miniitre \ 

L'homme sa redressa ; il se mit sur son séant, 

— Non » dit*il , j'ai servi autrerois Sa M^ealé , mail |« ii« iiji 
plus ministre , je l'ai été. .» 

— Votre nom î 

— Prince de Monlbarrey. 

— Aimez-vous le roi T 

— C'est mon mattre. 

— El k peuple • 

— Je suis français. 

Un murmure d'approbation courut dsns les issisknta^ 

— Quel âge av6£-vou& f ajouta maître Louis avec une rudeiM otki 
affectée que réelle* 

— Soixante- quinze ans l 

— Le pauvre homme ! murmura une voix derriér^^ maître Lo«ii. 
C'était k voix de Jean Bouge t , un Compagnon de la Crulx. 

U se tenait derrière k maître Compagnon* Noir de boue, tomls^ d«Ri 
k fossé de la Bastille , il en était sorti fangeux des pieds â k lélt. 

— Voyez comme il tremble ! ajouk un autre, 

— On nlItrt^.Yous quaud on vous a arrêté? continua ntatIrÊ I 
— J'aU js ches moi dans ma province où je suis né tt #jk {i 

voulu mourir, 
La fouk s*adoucîssait. Les Compagnont noirs ne voolakni |iat Ikte 

prise : ik restaient autour de h table. 

— Cela ne peut pas se passer aùiaî I murmurûentHDt* 
Jean Rouget savant. 

>j était graiid. ISa &eelt«it celle d'un géant La boun fù In £immil 



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r 



rOUVRIBR. 



173 



i iiMMi mm apparwe 

B tDl0ai le tuiskwtmx vieiKkrd e«nne mi enfant. 

Oo cral qaH Tovlaît rassommer. 

D le déposa ma dehoM do groupe àe» Compagnons noirs. 

— ADoDs » les anda , dit41 à quekuea hoimnea serrés autour de lui 
Kipeel anx ehe^ux làÊiù€$. 

Ce coop de force et d*auda«e plut au peuple. On applaudit 

Les ConapagnoDs noirs allaient se précipiter et tAeher de reprendre 
k proie qui leur éehappait. 

A ce Bioment aniuîent les enfanta de éèrriee de k BaAiUe , la 
ibprt lUs des suisses de la gamisaa. 

lit afaient grand peur 

Ib regardaient caa^tisa^et irritif , noireia de poudre , «{uelques- 
m rouges de sang. 

La foule les contemplait indécise. 

— Grice pour les enfants t oria mettre Louis. 
-Grâce! répéu la foule. 

n n'y eut pas de transition de la fureur i la pitié 

Cbiâiii prit un des enfants. On se disputa pour les prot£t;er 

Les petits regardaient en fAeurant. 

QoelquesHUis embrass»eAt ceux qui les saut àf etti . « 

Les Compagnons de la CMi les conduisit«nt en toute hâte loin de 

rHôiekie-Vine 
En sortant» Fun d^eux vit la tété de de Losme, qu'un Compagnon 

MÎT promenait a» bout d^une pique. 

— Ob ! le major , fit-il a?ee horreur; était si lion, t 

(U stnis m froekam numéro.) CUiibnt JnsT 



VN T0TA6B i VOL D'OISBAD \ 



A h tombée de la nuit, nous arrifions I Cologne , Tantique cité 
im\ ies récita légeadanres onl entretenu notre enfance; Co1ogno> sur- 
txiimée autrefois la Kome de FAllemagnè ; Cologne, la patrie de 
Fiabens, h grand atelier de ces peintres modernes de rAIlcmagne» 
i rm&pîralion ii chaste et si délicate. Conduite dans un hôtel dont 
il &çade donnait sm> le Rhin, notre premier soin fut d*ouvrir les fe- 
lires de notre chambre , pour chercher au-ddà du fleuve la eathé- 
irak, malheureuMient aitnée sur k mêaM rire que notre bétel et 

errière noufl. Ne poofantk découfrir, je me mis au moins à repasser 
'U^i mon esprit la naïve légende qui se rattache à sa construction. 
li^vès e«tte légende, k monument ne doit îamms s'achever. Voici 

t 11 5 a bien des années , rarchevéque de k cité décida k cons- 
EncUon de ee magnifique édifice; pluaieurs architectes présentèrent 
bin plans qui furent tous refusés ; le plus jeune d'entre eux en fut 
«déi^>3poir et vûukt en finir avee k vie, en se jetant dans le Rhin. 
Iilbtt réaliser MB fimesls projet, quand teut4-coup le diabkhii ap- 
pm sous les traita d'un vîéittard, et kii offrit le dessin de k cathé- 
inh actuelle^ en échange de son âme. Le jeune architecte demanda 
TiD^t-quatre hearespottr Iréfiéehir, prometlsnt de revenir le lende- 
1^)11 1 k même heu». Ea sfle!, k kodemain il fut exact au rendez- 
»odi ; et quand le dkbk lui offrit de nouveau son plan , le jeune 
koimne k lui arracha et en même temps, tirant de dessous son man- 
leia une relique de sainte Ursule , il on frappa an froat Satan qui 
wmh. épouvanté. Ma» Satan s*en vengea, c G*est une ruse d'église, 
1 èrria-t-il, U cathédrale que tu me voles ne sera jamais ach'^v/re. • 
U fiïtij en prononoanl cos mdts, il avait déchiré, avec sa griffe, une 
firlîË do des«in. Peu de temps après , Tarchitecte mourut de cha- 
|pjft, sans avoir pu réparer ce dégât et refaire sur le papier k partie 
fUi manquait, f 



P 



« Tûir ks r* ie /OHvrriir des 17 et 3t août et du :lf1 sepicium*. 



Nous avons visité cette cathédrale le lendemain de notre arrivée 
Je ne suis pas assez expert en architeôture pour faire bien compren- 
dre les merveilles de ce majestueux édifice. Les détails les plus char 
mants ont été jetés i profusion et avec im goût infini sur le chevet 
extérieur de Téglise. 11 y a. là une véritable forôt de clochetons f;t 
d'ar€s4N>uknte, entremêlés de fouillures, de pierres sculptééè, de 
statues, de figures grimaçantes; rien ne se confond; chaque orne-' 
ment est i sa pkce, dans un ordre parfait... A Vintérieur, plusieurs 
ne& spacieuses, des voûtes hardies, une multitude de piliers élégants, 
des eolonnettes réunies en faisceaux et s'élaiiçant dans les airs avec 
k légèreté du palmier, des vilraux, des rosaces, toutes les richesses 
de Tart gothique en un mot ont été réunies dans cette admirable basi- 
lique 

Après avoir parcouru le monument dans toua les sens, admiré ses 
tombeaux et quelques bonnes peintures, nous d c ma n dames â visiter le 
trésor de l'église. Moyennant une assez forte rélributionja permiasion 
nous fut accordée. On nous montra donc dea christs, des crosses, 
des calices;, des ostensoirs, et d'autres vasei sacrés, d'une richesse ini<- 
maginabk, en or, en argent, en ivoire. Mais k merveille de ce Iré- 
spr c*e8t k châsse en or massif et tout êlincetante d'arabesques, 
d'émeraudes, de rubis, de dkmants, dans laquelte se trouvent renfer- 
més les corps des trois rok Mages, Mdchior, Gaspard et Balihasar, 
Elle vaut des millions et des millions 

Les rues do k ville sont noires, élr(Hies, trrégulièrea ; mais ce ca- 
chet d'antiquité convient très-bien à Cologne. 
-^ Les églises sont extrêmement nembreuses et toutes remarquable. 
L*une d*entre elles nous a fort intéressés. C'est TégU^e de Sainte-Ur< 
suie. L'histoire rappoite que cette sainte, venant d'Angleterre et si 
rendant h Rome, avec dix mille vierges, fyi arri-lée à Cologne par let 
Huns, et qu'elle y fut massacrée. On bllit plus Lrd une église ^oui 
son vocable, et comme ks ossements de ces dix mille vierges avaient ét^ 
conservés, on les y a ramassés et on s fait de ce monument un im- 
mense ossuaire. Les murs sont une vraie mosaïque de crânes. A 
droite et h gaucho» sur les piliers , dnns les cbapclles , partout vous 
aperccvei ces milliers de crânes parraitement aligrtés, restes vénérés 
qui ne font natlre en voua aucun sentiment d'horreur, mais qui, au 
contrnire, émeuvent doucement votre âme. N ont-ib pas appartenu â 
des vierges qui reposent du doux somiuâil de la paix! Une salle placée 
i côté de la sacristie est encore toute tapias^^e de ces reliques ; c'est 1â 
qu*on nous a montré la châsse de sainie Ursute, et, à côté, celle de 
saint Hippolyte. On conserve encore, dans cette même salle, une des 
six cruches de Gana, dans lesquelles Teau fut mira cul eutement chan- 
gée en vin. 

A Cologne, nous quittânei k Rhin et ses bords enchanteurs pour 
prendre le chemin do fer et gagner Aix-la-Chapelle dont on aperçoit 
bientôt le dôme do k cathédrale. Aix-la-Chapelle ! Queb souTenîrt 
rappelle cette ville 1 La grande ombre de Charlemagna se dressait 
devant nous toute radieuse do cette gloire si pure que ne devait sur^ 
passer aucun de ses successeurs, i TeKception de saint Louis. A Aix- 
la-Chapelle, on a vu se tenir des diètes, des conciles , des congrès. 
Deux traités de paix y on été signés. Trente-sept empereurs d'Alk;- 
magne et onze impératrices y ont été couronnés et sacrés. ' 

La ville est belle , agréable , et renferme de charmantes prome- 
nades. Au centre même d*Aix-la-Cliapelle sont des eaux thermales. 
L'ét'iblissement des bains nous a rappelé en petit celui do k Cgnuer- 
salion à Baden ; c'est aussi un rendei-vous d^élrangers. 

Le lendemain de hotre arrivée St^it un dimaticbe. Le peuple se 
pressait en telle quantité dans les églises qu'il noue M impossible de 
pénétrer dans aucun do ces édifices, sinon dans b cathédrale, monu- 
ment d*une extrême originalité. En entrant et après avoir fail à peine 
quelques pas , voua vous trouves sous une rotonde éclaiT^e par en 
haut, et autour de kquelle sont dbpQsées, comme autant de rayons^, 
plusieurs chapelles , dont l'une, plus vaste et plus msgni&que, fcinue 
le chœur. Sur le pavé du temple, on Ut cette inscription m le Lires 
d*or : Garolo Magno,! Charks-k^rand (Char) e magne). Car <:ette égii?^ 
n'était autrefob qu'un vaste loflibein 4m» kq^Mi ivfOiaieflt kt ceji 



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rotîVRieR, 



m 



Ires de Gharlemagne. 

Le trésor de la cathédrale est immensément riehe et renferme des 
reliques insignes tr4s-précienses ; mab ce trésor, mais ces reliques ne 
sont rien auprès du trésor de foi que possèdent les habitants d'Aix-la- 
Chapelle. En aucun lien du monde on ne célèbre mieux, je crois, le 
laint iour du dimanche. Li, point de magasins outerts, point de tra- 
failleun en habiu déchirés ou sales, mais tout un peuple en habits 
de fêle qui se presse dans les rues, le malin pour remplir ses detoirs 
reVtgieuij ia «oir pour se promener et goûter les douceurs d'un repos 
tégitiniement g igaé par le travail de toute une semaine. 

A A tx4a Chapelle le termine la partie intéressante de notre tojage. 
Noua allions quitter l'Allemagne pour entrer en Belgique, et de ce 
pijs je ne ¥eux rien dire ici. Hormis ses églises dont les richesses de- 
manderaient un volume pour être décrites , la Belgique n*a vraiment 
rien d'intéressanl. G'eat tout simplement un département agricole 
et industriel , qui deviendra quelque jour peut-étrA la ferme-mo- 
dèle de la Francis. 

Hainfboy. 



LE CONSCRIT 



m. 



u RBioim DU cONScnir. 



^ jaanxe. ~ nom. 

JBAMia. 

Eh ! Pierre , 8i4u fini de pleurer , mon garçon t 
Ta n'es donc pas content de revoir la maison t 
0e retour au paya après dix ans d*absence , 
A genoux préa de moi tu gardes le silence , 
Et promènes ta vue étonnée en ces lieux , 
Gomme s'ils n'étaient point familiers k tes yeux i 

Pourtant rien n'est changé sous ton toit domestiqoo : 
Id le crueifii » là le buffet antique , 
li le vieux banc do chêne et la table en noyer , 
Li réchelie oi Ton aïonte en allant au grenier.. 



ma mèn ï 



PIERRB. 



JBANNB. 



Viens donc visiter notre étable» 
Voir nos bœufs , ta charrue et son beau joug d'érable ; 
lisais bien... Mon eniant , que seK de Vaflliger 
Sur un mal où m» pleurs ne pourront rien changer ? 



PIERRE. 



Et dire qu'il est mort dans la chambre où nous sommes , 
l.iii qm nous aimait tant I lui le meilleur des hommes 1 
Dire que je Tai vu si bien portant , si fort , 
Et que malgré cela je le retrouve mort I 

JEAMIIB. "^ 

C'est vriî qu*il était bon ! H n*avait sur la terre 
De plaisir qu'avec nous , avec sa vieille mère. 
Le soir , après Touvrage , il te prenait souvent , 
Pour jouer avec toi redevenait eniant ; 

*W^lmm*m rawf4«r 4as i» oi 9l sentenhre. 



Ou me raccommodait quelque oubl de ménage . 
Ou chantait avec moi les rondes du village. 
Mon pauvre Mathurin ! Tu lui ressembles bien t 
Ton regard est brillant et doux comme le sien ; 
Tes cheveux sont châtains comme ceux de ta mers, 
Tù n*es pas tout-i-fait aussi grand que ton père , 
Mais c^estlui ! c'est son air I mais c'est sa même voix ! 
Pierre , en te revoyant, c'est lui que je revrâ 1 

Ce banc de chêne usé , cette massive armoire , 

Comme ici chaque objet réveille sa mémoire f 

Gonune ici tout eihale une funèbre odeur 

Qui malgré mm m'effraye et me glace le cœmr 

Ce vieux chapeau , li-bas , tout couvert de ponesiére..* 

^ IBANNE. 

n te fiut mal à foir , et je vais Tôter, Pierre. 

PIERRE. 

Oh ! laisse. Il est au fond de certaines Couleurs 
Je ne sais^uel plaisir qui se mêleâ nos pleurs. 
— Li , ce petit panier, tn sais , tu sais , ma mère, 
C'était pour toi I 

IBâNNB. 

U-bas , cette cage légère. 
Faite de joncs tressés , te le rappelles-tnt 
Citait pour tes oiseaux ! 

PIERRE. 

Et quand fl est .. 
Tu saie, me rapportant de la ville voisine 
Ces trob livres de poudre et cette carabine ; 
Comme il était heureux 1 — D me dit : Mon garfOP ; 
Voilé qui peut servir , et , dans Toccasion , 
Si Dieu me prête vie, et que la bonne cause 
Nous appelle , k nous deux nous ferons qofllqne chose. 
Tu le grondais alors. 

iEÀNKB 

Il était de ce tempe 
Où tous nos Vendéens abandonnaient leurs ehampe « 
Ets*en allaient mourv peur la foi de leurs pères. 
Il aimait k parier de ses anciennes guerres : 
Quand ils étaient traqués , fusillés par les blees , 
Qu'ils étaient cent n'ayant de vivres que pour denz ; 
Pas de poudre souvent et battant en retraite « 
Sanglants , découragés après une débite; 
Puis , brusques , tout4-coup revenant sur leers pas » 
Pêle-mêle enfonçaient les lignes des oeklats , 
Et rentrant glorienx dans quelque >riUe prise , 
Albient s'agenouiler aux nurehes d'une égMee, 
Courber devant la croix et les parvis sacrés 
Leurs drapeaux en haillons et leurs fronts bilafrét. 
U savait là-dessus des histoires bien beUee, 
Qu'il aimait à conter et que tu U reppeilet. 

PIERRE 

A4-il kngtempe sodfort ? 

JEANNE. 

Une nuit seulement. 

PIERRE. 

Mère , que pensas-tu dans ce triste moment! 
Voir un êtred bon « voir celui que Ton aime 
Mourir ,e*eet ftas emelfne demenrb -'^«> 



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F 



L'OUVRI«R. 



b tÊMêèm^ ééiiim&Tt rmt li.dière foix , 
Se dire : le Tenieiids pour la dernière fois I 

JBANNE. 

Un taible mouvement , un Souffle dé sa boiirhe 

Hc tenait attentive k sa funèbre cpuchc. 

le savais qu*il vivait, qu'il était àvçc moi ; 

Mab quand, entre mes bras , il devint pâle et fioitl , 

J*eas peur alors : to sais combien j'aimais ton i î rc , 

Mais la mort est affreuse ; â genoux sur la terre , 

Je n^osais me lever , tremblante au moindre bruit 

Do rideau que le vent balançait sur son lit : 

Je n*osais regarder cette pâleur livide. 

Seule auprès de ce corps , dans cette chambre vide, 

Comme si j'avais craint de troubler son repos , 

Dans mon cœur oppressé j*étotiffais mes sanglots. 

PIERRE 

Que ferons-nous tout seuls î 

JEANNE. 

Bien des choses nouvelles » 
Al on fils , emporteront ta douleur avec elles , . 
Et ce triste foyer te verra quelque jour 
Répondre aux noms de père et d'époux à ton tour; 
MjIs moi, vieille et traînant une infirme existence* 
S JUS plaisir désormais , comme sans espérance , 
Qu*ai-je à (àire*autre chose , en attendant ma fin , 
Quà me ressouvenir de mon cher M.iihurinî 
Pour toi , ne pleure pas ; j'irai dans le village 
Demander pour mon gas Guillotte en mariage. 
Vous aurez des enfants : une fille , un garçon , 
Qui vous aimeront bien et qui s'appelleront , 
La fille , n'est-ce pas? Jeanne , comme ta mère ; 
Le garçon , Mathurin , comme ton pauvre père. 
Il aura le teint frais , les yeux bleus comme lut , 
Des cheveux noirs et longs , un front épanoui. 
Tu me verras encor dans les traits de la Qlle , 
Si je viens à mon tour i quitter la. famille. 

Pierre , ne pleure pas , car dans un même lieu , 
Nous nous retrouverons tous trois auprès de Dieu. 

Louis Maignen. 



LA PILEUSE BRETONNE. 



r^-.-/' 



? L'œuvre qui porte ce titre *, pour n'être pas signée d'un nom il- 
lustre (nous respecterons Tanonyme dont Tauteur s*est entouré), 
Lia*en est pas moins une œuvre remarquable. Une pauvre jeune femme, 
preuve de son mari, est restée seule sur la terre avec une innocente 
petite fille. Voyez-la suspendre un instant le mouvement rapide de son 
hrouet , pour jeter un regard de mélancolique affection sur cette in- 
[sonciante enfant dont les minauderies du jeune chat attirent toute 
l'attention. Pauvre mère ! elle seule encore sent tout ce qu'ont de 
[iroid ces murs dépouillés et ces dalles humides, elle seule éprouve- 
[tait del a honte à sortir de la chaumière avec ces vêtements rapiécés ; 
nuais elle songe sans doute qu'un jour toutes ces souffrances morales 
et physiques seront partagées par son enfant , et son visage amaigri 
lemble pâlir davantage et sa paupière abaissée ne pourra plus long- 
Imps retenir ses larmesl Eugène Pénel. 

r 

' Voir k gravure, es tête du numéro. 



i««II01IE RURALE. j 

LB GUANO ' (SiiUe). 



Si tel est le nombre des offleanx producteurs dé guano, qud doit 
élrc celui d?s poissons qui, tcur servant de nourrilure, dcvionacnt kt 
éléments de leurs déjections? Be patientes recli^rchea ont permis ■ 
M Bottssiugault d'évaluer, quant au poids, la quafitjtê de poistons 
ainsi dévorée. Après avoir constaté que la plus çr^nde parUe de Vjk* 
zote de la nourriture se retrouve dans le« dujéctioni et qu*aînsi un 
poids donné de guano aura pour équivalent un certain poids de pois- 
son dans lequel il entrera la mêiue quantité d'aiote, Il suiïlsirl d*a- 
nalyser successivement le guano et le poiuon. Or, le guano du Pérou « 
• quand il vient d^étre eïtrait, lorsqu'il n^est pas «varié, re a ferme, en 
moyenne, environ 14 pour 100 d'az;ote; ■ d'un autre cOté, ■ le poisson, 
i sa sortie de la mer (entier, non vidé, desséché à l'étuve et pulvérisé), 
contient 2, S d'at;ote pour lOO. Ainsi 100 kilogrammea de guano 
contiendraient Vazote de 600 kilogrammes de poison de mer, et cueduiq 
dans les huatieras, avant qu^on eût poussé aussi activement leur ex^ 
ploitation, il y avait 378 millions de quintaux métriques de guano, on 
aurait pour équivalent t milliards WH millions de quintaux de pois* 
son de mer. * 

Ajoutons que Tun de^ poissons les plus nombreux sur les cales du 
Pérou, et conséquemm^nt i'ea et â^MU qui servent le plus ordinai- 
rement de nourriture aux gtiatmea^ est en même temps Tun des plus pe- 
tits, Panchois, dont il faut nécessairement d'énormes quantités pour 
représenter un quintal mélriiiue* 

Voilà pour les animaux rpii ont «concouru à former les amai de gua- 
no; mais M. Bous^tingault ne s'en est pis tenu là. L*anal]fse lui ayant 
révélé la présence dans le guano d*une partie considérable de phojï- 
phatede chaux, rélenient coasiilutir des os, il a voulu savoir combien 
d'hommes on pourrait tirer des gisemeols dont nous avons parlé. ^ ' 
De grâce, messieurs, ne vous r^voUez pas : notre premier père Adam 
fût pétri de boue. — L'honorable professeur du Conservatoire des 
Arts et Métiers «^time le pho^plute de chiux de ces gisemenU à 95 
millions de quintaux métriques, de quoi rormer, suivant une donnée 
de M. le docteur Jobert de Lamb^ille» le système osseux de quatre bil- 
lions d'hommes. 

N*avais-je pas raison d'annoncer des merveilles f .,« 

Après avoir indiqué sommairement U naturel les gîtes et rorigine 
du guano, il peut Être aussi intéressant et aussi utile d^exposer les 
raisons de h supériorilé de cet engrais sur la plupart des autres. 

Les deux élénienls les plus importants de tout engrais, ceux qui as- 
surent ou plutôt constituent ses qualités fertilisantes, sont l'acide pho?- 
phorique et rabote assimihble. Or les phosphates et les substances 
azotées se trouvent en quantité considérable dans le guano non avarié. 
Voici en effet quelle est la composition moyenne d'iprêt quinze 
analyses faites par H. Lesbit sur des guanos des tlea de Gbincha î 

Matières orgSDiquefi C y comprks i'àciûe urk^ue el l'aoïde ouLi- 

que) et sela ammoDiacaux .•*..*« C9|^3 

Phosphate de chaux .....* #,. . WJ&% 

Acide phpsphohque (dégagé)^ t,*l 

Seb alcaluis ......>».•■* «i W^ 

Silice 6t sable < ^t^ 

Eau ..,,....*. ^ .... . 4S;«i 

lOO.tJO 

Pb)5phate de chaux SQluble (neutre) . . . . 6,76 

Phosptiate à& cbaux iDsotuble { l>asiquQ ) . . tQ,5i 

Àuoie doaé ...... !«••••. 1 ^è^'^ 

Répondant h. âmmoniaqui ...**, r Hi^^ 



votf le 0.^ de iQ^entr du 2\ «epiembre 



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176 



L'OUVRIBh. 



On ilevine bien que tous les guanos ae sont pas é|aleiuent riches* 
Outr« \q& différencÊf originelles, il «*é1ablit entre eux des différences 
acridf^n telles qui en modifient singiiUêreuient k valeur. 

Oji dfàtbigue d'abord le guano de pujaro (t;uano d*olsesu] du gus- 
no de itfbo (guano de poïisooa et d'amiibibies ; phoques « luarsouinsi 
lou|is de mer). 

Ce dernier, qu^on reconnaît â sa couleur presque noire et atix pe- 
tites f lierres de porphyre que les phoques ont rhabiluded'àTaler et qui 
accompagnent toujour* leurs déjections, possède moins de principes 
rertiSisanU. 

Au point deTue de Tâge, le guano est récent, hîavco, ou ancien, par- 
do. Dans le premier cas, il a une couieur claire, presque Manche, at- 
tribuable â ia présence de Tacide unque. Dans le second cas, il peut 
aroir toutes les nuances depuis le gris sale jusqu'au brun rûiicê. Les 
gisements de guano panjo sont actuelle m en lies plus considérables, du 
moins il u Pérou, les habitants du pays ayant toujours uUlisé de préfé- ^ 
rcnce le guano bJunaK L'ancienneté ne nuit d'ailleurs en rien à la 
qualité, partout où l^.^^ th^pâts sont êublis à Tabri des pluies ou des 
lamas de tuer, dont Tt^ffet est pernicieui, car Teau b^e k décomposi- 
tion d^ aubtani-es or g; iniques et la dissolution des sels à base d^unnno^ 
niaque, Tune des principales richesses du guano. Lesgiseuientâéloi* 
gnes des côles du Pérou sont sans doute dans de mauvaises coùriiuons 
sous ce rapport, car ib donnent a Tanalyse principalement de Tacide 
phosphorique et manque plus ou moms compJelemEint de iiialii^ros 
aiotées. L*azote étant, des deux ék'menls, celui qui incriU U préfé- 
rence, le guano même le plus ricbe en acide pha^pborique devrii donc 
être considéré comme ayant peu de valeur. On pourrait cepi^ndaiU Tu- 
Liliser, après Ta voir aioîé artificiellement par rincurporrilion, en r^i- 
Eon dVnviron 1§ pour 100, d'une dissolution saturée soit de nitrate 
ûû soude, sait de sulfate d'ammoniaque ^ 

' Les guanos du Pérou, originaires de la zdne que nous avons dé- 
It^rniinée plus haut, sont ordlnai renient irréprochables, h La partie du 
littoral de la mer du Sud où g lie le guano ammoniacal 4»iïre, en < fT I, 
cette particularité, que, sur une étendue considéiahiu, depuis Tuui- 
bes jusqu'aLi désert d'Alacama, la pluie tist pourain^i dire inconnue, 
Undis qu'en dehors de ces limites, au nord de Tumbes, dans les Ig- 
rSls impénétrables et marécageuses du Choco, il pleut presque sans 
interruption. A Payla, placé au sud de cette province, lori^que je m'y 
trouvai^ il y avait di^-sept ans qu*il n'avait plu. Pms au sud encore, à 
Chocopé (latitude T*} 46' S.), ou citait comme un événement uiém<.ra- 
blela pluie de 1726; Uest vrai qu'elle dura pendant quarante nuits, 
car elle cetsaît pendant le jour... Il n'y a pas d'orage sur cette côte 
péruvienne. Un habitant de Piura, de Séehura, s'il n'a pas voyage, n'a 
iueuiie idée du tonnerre^^.. a Nous-méme avons connu un jeune Pé- 
ruvien ainimé en France, vers Tàgede dix-buit ans, puury terminer 
SCS études. Le premier hiver qu'il y pa&sa lui prot^ura bien des sur- 
prises ; Li fréquence de la pluie sous notre ciel Té tonna grandement, 
les gelées répouvanterent, la neige le luit hors de lu\ La première 
foi» qu'il \ii d'épais flocons descendre lentement sur la terre et la re- 
vêtir coimue d'un blanc linceul, il se jeta n4nvementâ genoux^ an mi- 
lieu de la cour où il prenait sa récréation, alln d'exprimer pins vive- 
ment â Dieu Tenlliousiâsme de son admiration. On lui ûi dillLi!ilement 
rom[irt'ndre rtndiflTéjreinîe de-sc^ compagnons pour un spectacle qu'il 
appelait lUiignîtique; CI jamais il ne put se ré^^oudre à fuir couime eui 
U neige et à se réfugirr sous uacliritï'e. 

Nous ditkons, en commençant cet article, que certaine^ circonstan- 
ces empêchent encore en France l'usage du guano de se répandre au- 
t-^nl {\uï\ Serait à désirer. Le haut prix de cet engrais cotistitue assu- 
réiut nt k prinripalc dif^culté. Il revient ordinairement à 3G francs 
\c^ cent kilogrammes et, spivanl un homme compétent M . le gêné- 



* Voir BâUSSiiigduU ^ ^vr Us QUétnant^ t/u ifnativ é*iît$ (^ tUm u *ur lu cdfr.i 

il iikrnn Fat\fi<(m , dau^ le^ As^ULca du Gouservaio^rD imp^iial des ÂrLs et 



t l^u^tupult, (bU^ 



rai marquis d'Hautpoul, il faudrait que l'agriculteur pût l'obtenir I 
30 francs pour pouToir s^en sertir, La guano n'est pourtant ît^\;^A 
d'aucun droit ï son entrée en France par navires françaig ; il y « scu- 
tement une taxe de f francs par 100 kilogf. pour les navires fran- 
çais ayant pns leur chargement dtos les entrepôts et de Z francs 
pour les navires étrangers. Alalheureosemeni le gouvernement péru-* 
vien, propriétaire des principales huamraM qui bu missent i l'im- 
portation française, a augmenté ses prix de vente, chaque fob qu'en 
France ou en Angleterre il y a eu diminution de droits. Il ne nous ap- 
partient pas de discuter îa tes moyens d'ohner i un te! état de dio^ 
ses ; nous savons d'ailleurs, par le compte-rendu de b séance du Sé- 
nat du 24 arril 1861 , que des négociations sont ouvertes entre le gou- 
vernement françab et le gouvernement péruvien pour obtenir un abais- 
sement de prix. Nous terminerom, enrm, par k tableau comparatif 
suivant qui donnera une juste idée de la êtuaticu respective de la 
France et de rAngleterre^ relativement à Timport^itiou et i Tusage du 
(^iiano. Notons seulement que le prix d'achat est le même pour les 
deux pays. En 18iS, la consommation du guano avait été en Angle-» 
terre de 283,300 tonnes (la tonne de lûûO kilogra^niites). 



lïtoLiTEitme. 





Nombre de totincs ini portées. 


ffombre do tonnes ioiportâe^. 


tBVG 


8ÎÎ.100 


3,130 


isn 


Kr-t30 


AJM 


IHV8 


71, VIO 


fi,3B3 


ig-Ml 


^,\s& 


3Jiâ3 


\mi 


mî.i*ao 


l,m 


tB^ 


ây,ûrD 


SOI 


tSrii 


42î»,890 


O.ÎVI 


tB53 


13:4,0 


nm 


4g5l 


£î:M10 


\%,m 


4S55 


305.060 


10,191 



L^s donimenls nous manquent pmir continuer relie comparaiFon 
jusqu'à Tiinnée counmte ; mais nohs savoti!^ qu'en fH59 ritMpoHsîîon 
ne sVsl i4*^vée en France qu'à i G J7iî tonnes, dont h;s quatre 4: in* 
qniènies par navires français et le reste par navires élraiig^-rs, Ccchif- 
fi'î donne une dilTiTt-nfC de 5,il9 lonnes en Faveur de l'année 1855. 
Qii peut en conclnrc évidemment queVubajge du guano se répand dlf-^ 
fi(:iti:ment cbex nous. 

Emtm PéKEL. 



En QuvQijfmi iioixitide centimes de timbre^-poale da.nÈ uœ ttUrt 
affitmchte à t'udicsse deU. Blé mot, éditeur ^ SH^ qurn di9 GTnnds' 
AngttiliHs, ù Pmis, mreuvra fmnm tipar kniwi d'icùmnis-j t'm* 
nufft aifaut p^fur lUn : 

MÉALECH 

ou le 

LIVRE DU PAU? RE", 

Par Louis Tostl 

Un volume in-3î. 



I 



Sutts priotti nos obûnné^ de jomina é itmUis itM% H^lï%â a.^t ^ 
ùftndes imprimves du jotauat. 

Anger; , imp. de Ui.i.? héieSp rue Saint-Laudi 81 



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IliJIi 



/ J A M&timM 1« H* \ 



II" 23. 



5 octobre 1861- 



L'OUVRIER 

lonrnal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



àîMmiSTmjkTiON i 

B.pii dm GriLodê-AugnsUm 
^ B|u«irî« é6 BLÉBIOT, 



SOMMAIRE. * .--t...... 

LEB COMPAGNONS OE LA CBOtlC D'ABQCMT. p*r CJ-mtrvt JtST. - 
UNE MANTÉREDE VOIK, ^^àl Uudde Lkfïiakc.— CAHTE B0II TABLE, 
|iiir Eugcuw PE»tJ.. -- LEa ORAGES 0E LA MËRE Momc. pâf J€iii 



A30NKElf ËffTS 0'0lf AIT 

1 ptrtir àw !*' de cbqM mtii : 




m 



l'OUyBIER. 



mcfmvmm de^ù cRoix^D'AR«JBirr 



^-. 



CHAPITRE XI. 
VlfttQta^ «anglante (Suite). 



:ei£1Eq 



Mdire'LMis «tlevMis tekm reslél dins là àéXïé où'lé^lMiité 
«%att (eim depuis trois |dMftérdélit>éràUôhs. ^ , '^ ;|^ ^" ;, ,, ^ 
H ToiUàçoQpuçliriUt éppuyànta|lè^ 
' Ce sont des eris, des YOcifératioDis. 

Une foule en délire est.^HU| les fenêtres^ elle paraît demander en- 
core une fictime. 
|. ^ Que veulent ces menaçantes rumeurs? 

— Flesselies 1 FlesseOes ! Mort à FlesseUes. 

Près de maître Louis, au aondtre des membres du Comité, se trou- 
vait un liomme grand, k la figure noble. 
En entendant les crîs du dehors il pâlit. 
Mattre Louis se tourne vers un Compagnon qui était près de lui, 
*- Quel est cet homme? 

— C'est M. de Flesselies. 

— Le préTÔt des marchunds? 

— Oui, le préTÔt des marchands. 
^* C*est lui que la foule demande? 

— Oui. 

»— Que lui yeuleat-ils? 

— Us veulent le tuer. 

— Le tuer? 

— Oui, ib demandent sa tète ! écoutez! , 
Les cris redoublaient de violence. 

— A mort le prévôt ! i mort l 

^ A la lanterne, FlesseUes ! i h kateme. 
Maître Louis se tourna vers Pinson et vers GuiDôt,^ les Aetht'Sisiqr 
pagnons de la Croix qui se trouvaient le plus-i»rès de lui. ' 
^ Il faut sauver cet homme l 
*^ Le sauver? 

— Oui, et nous hâter. ^ 

— C'est impossible { ' ^, 

Maître Louis regarda Pinson et Gmtiot avec une ceftme surprise. 

•—Impossible? t)ieu nous ai^ta. 

Pinson et GuiUot échangèrent ]iii;re||ird rapide, 

— Essayons! / 
FlesseUes était horriblement uiHe. 

Une sueur froide mouiUait ^ .liront nu» il se^tSurna vers nlattre 
Louis. : , A. , 

*- Monsieur, je ne votn coudais pas ; vous voulez me sauver -.«que 
fcut-U faire! 

Il lui murmura tes pu rôles presque l voix basse. 

I^ peuple^ qui avait envahi la saUe du Comité dès le début de ces 
scènes, lurveillait le pri^VïVI. 

^ Montre£-voti£ p^r h f^^nétre, dit matti^ Louis. De Fless^es s'ap- 
procha d'une des fenêtfes. 

Dès que la foule Taperçut, les cris redoublèrent. 

— A mort! à mort! FlesseUes, 

— A mort! ^. 

— A la lanterne le pr^ïèlf . . ,- , 
Pourf[\mi cette fureur? . ..r^n ''* .' 
Le void. 

De FlesseUes éUût un bourgeois. 

Il avait été nommé peu de temps avant i 789 prévôt des marchaj^s. 

Les marchands de I^uris, avant la révolution, formaient une ilÉiQense 

corporation* • • 






- Voir les vr de tOnwrier du 3 août au 98 sep- 



^ 



Ils avaient de| priviléiges , à^ droiW« déshonneurs, des obligations. 

•La èorporatidn était gouvernée, représentée par un prévdt; e»- 
prkW^ s'sppelaii le pfjvôt des marclÛhds. ^ 

Etienne Marcel au XIV« siècle avait été prévm'détlmtrehandi. j 

VQeV^fltI|4ma(il|if%éai^i0r^^ rj:j- . 

En 1789 U éuit bat du peuple. 

Dans les temps de disette \ei marchaiids vendent cher. 

Ils achètent cher; ce n'est pas leur faute ^\hi m ]^tenf ^e&^ 
bonmafché. \ ' *" 

LeboulangQr veûd chèrlaHvfede paiii. ' . -« 

C'est qu'il achète cher la livre de farine. ^ 

Le marchand de vin vend cher le Ùtrè devin. ^ ^^ 

C'est qu'U achète cher le tonneau qu'il débite. ' 

Le peuple ne r^HISchit jamais i ces choses. f - ■ ^^ 

n fait porter sur le marchand avec lequel il traite te^ poids d^ime 
colère que le marchand ne mérite pas. 

Injustice extrême qui vient d'un extrême^ aveuglement. ^ 

En 1789, temps de disette, les marchands 'étaient haïs. 

La haine n'a jamais un objet collectif : eUe a besoin pour frapper 
d'une victime unique. 

De FlesseUes était le bouc émissaire chargé des anîmosHés*dont les 
marchands de Paris étaient les victimes assez innocentes. 

VoUâ pourquoi le 14 juiUet 1789, à quatre heures et demie de 
r«près-midi, la foule demandait avec de grands eri0 la tête; de Fles- 
seUes ! 

n s'avança et se pencha sur la balustrade , il regarda. ' 

La place de Grève , moins large alors qu'aujourd'hvi , était pleine 
de monde ; moisson immense dont les sombres éfùs ouëulaient au 
gré des passions les plus diverses. 

Les cris de mort dominaient les autres. 

Soudain, vers le quai, de FlesseUes aperçut, portées au bout de deux 
piques, les tètes de Delaunay et de de Losme. 

— Je suis perdu, s'écria-tûl, et i\ rentra dans la salle. 

Mattre Louis s'était concerté avec les membres du Comité. 

On pensa que le meilleur moyen pour sauver de FlesseUes de la 
mort, et le peuple d'un crime était de simuler un jugement. 

On condamnerait l'accusé , et on le ferait conduire i 14 prison de 
l'Abbaye. - 

Là U serait en sûreté. 

— Silence, cria mattre Louis. Vous voulez tuer cet honuiie. Prouvez 
d'abord qu'il est coupable. 

Au fond de la salle on avait dressé une estrade. 

EUe sYlevâitde quelques pieds au-dessus du sol de la sde. 

Les membres du Comité s'y retirèrent , Us y firent jçnonter de 
FlesseUes avee eux. 

Le prévôt se tint debout près d'une petite balustrade qui défendait 
l'estrade de l'invasion de la foule 

JSeS' jambes tremblaient. 

Il avait les mains tombantes et entrelacées, 

n regardait d'un SBil hagard. 

— Voyons , dit mattre Louis , que lui reprochéz^vôus? 

n espéniit que persoiine ne'Se.'tousf^adtJBiouLf^^^^ contre lui 

tfoè aIscMsallon précise. 

- -^À a défendu aux boulangers de^uii^ dimanche domier , cria 
une femme duîiée pur U foule. 

-^Qui a dit eefo? demanda nudtre Louis. 

•^ Uei , aria la femme. 

-T- Approchez ! 

La ^iMiiinet s*avança. 

C'était une harengère d'une obésité ridicule. 

Elle était grasse à ce point queUe pouvait à pejne s'avancer au miKen 
de la fouie ; ses joues étaient colorées par 1 éclat d^uae santé floris* 
santé. 

•^Noos mourons de faim , et lui , le monstre l U s'engraisse aux 
dépens da pauvre pei^e , cria-t-eUe avec jnajreur en niontiànt le poing 
au prévôt. 



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W»U»f^Hif^ 



th 



Ua ée)«| de ^ra retentit dKiiB toute la taQe. 
Le prévôt était un grand corps s^c» fluet, et 4!)Uie4na^ejir.<^jtr9- 
ordinaire. 
Maître Louis comprit qiji*il fallait paraître supérieur à ta foule, i 

— Ne riez pas , cria-i-il ;. si vraiment^ Tacçu^e .a défeodu ^de |yiire 
MX boulangers ^^i^'estjgraye^ j . ...... 

. -^ Oui , c*est,graYe ! réjfondit la foulée. 
— - Mais est-ee,trai? demanda une yojx , celle de Jeaji Rouget. 
Mattre Louis se tourna vers la femme du P^upte^,) i)j^ fiiri6i|^ dTétrej 
moquée, injuriait ceux qui Tentouraient » ^ _ ! 

— Quelle.preuve avez-tous , Ji^i ,jlil^jl ^y^c.^*a|r. ^ ^pn^e')lej|>1us 
sérieux , que le prévôt ait défeq(|u,,d.e çt^re^?. 

— QiujJ(epijcpjre,t 

..-rrOyi,. le .peuple. 40 ffU jijfge : il ue peut.coji,dig[i^er,^ai^ pr^veJ 
Jf'anio?u^4ft>Jik^rté^edi|jpen^ pas 4)11,^^ , 

—Très-bien , crièrent quelques voix. ^ ,, 

J^Wepgère ne p^t doBUf^eir.une pçeftY,e ; ,f qn;l^i. avait j|ijt réelle 
svait.euteqdu.i» . 1 

Des murmures accueillirent bientôt se&jltrp^i^ . 
. ,^ boouae s'avasça. . . • 

■7- Monsieur le Préyôt^/fitîU enjsaorw>iU inriafor^i^.ij^.lll^-. 
selles, vous avez donné les ordres nécessaires. pQur qu'qn. rii^us. délj-! 
vfjll^de^ aifi^3(9tt,diéipôt de la m^^içip^^l^.•^. n!y.fiFait.pa§,^4U»e8.j 

— Est-ce vrai? demanda çûître , Louis W^ ,m^\^t: ^^ ^f^rj^e\ 
l^avanlage de diriger les débats. RépQadeL,./iccm^ , | 

y^ U y 41 des fime9,ai4 dépôt, , répouidit ElesseJIfui. , , ,* 
Maître Louis se tourna vers raceusatajor . . > v 

— ^ Vous dites qu*iln*y a pas.... . -î 

, r7-^Qip^,(NM^:r^poi|cÛtril. '-- , 

•T<;Conuiieiitlesi^Tex«yo«s.t ,■'., . .. ... ^ .. ,..i j 

— On me l'a dit. j 

-r ^ftÇ^m.^^jm- '" '. • • . ...;^' . . .- ! 

— Gomment cela ne sufiit pas ? . r | 
^.{tTtKptt « r^^t afec.fo^flO^,^^^^e.Loui« :,,iUfu;^.qM^'un,t|^oin; 

ait.xu las laits don^ il 4^«e* ^ , \ 

Un murmure se fit entendre dans la salle. ' : < } 

i of ûwoil n9pn4>n9Ura Loimp f estiil.quel<{n'im,,ici>..^.ypnït^e. quel 
l'on frappA sans jii^Q^t etJ{UB Tou jv^o sans proMvq .T 

Personoe m répondit. . • 

iiir* Il u'i a plps de chufgea contre le prév^? depaai^fk^ wiHifA L^ujs.! 

Un homme se présenta : c'était Chaulât , ..•..; 

^-Tt. Yoiiçi itoe preuve , wa-Vil I t > 

— Laquelle? . , .»i .. . .• ' 
n remit avec un regard brAlant de haine un pipîeri^iiiattQOXouis.i 

— Lisez! ..... . .f ,:. » - 

Maître Louis lut , il pâlit légèrement , et jeta A JaiiléMÎbaiJU re- 
gard de pitié sur de Flesselles. s, .. ^ > i i . n i. : - - 

— Lisez haut , hurla Chaulât. • -^ - 

— Lisez , grommela la foule. " i- /^ - 
. ;iliiltreflJ8lj^B(ltoIna!koture'éu|lapkr;. . . . .* i u v.^ . 

;G'éta^#ni fcallft édrosaéquelques |ieiiDes|ati|ftaifraiiipar!aai Flçssetlet 
\ Delaunay. . .< - in 

« Tenez bon , disait le piéiôt-, . j'amptaieft^f arisieaa .aMior^dea co-i 
cardes et des promesses. • >/ . 

A celte lecture un cri de fupaiiflibnnkleÉ^VQAl^daMiiibre hôtel] 
Mattre Louis tendit le papier à de Flesselles. .:;../> ) 

— Reconnaissez-vous votre é<tiiiàiii?dkanaB4»fi-«îààlMuile voix. I 

— Oui.... , non , répondit le prévôt en balbuliaat*' i r - 
Maître Louis se tourna vers la foule. > 

— 11 faut examiner si ce billet M>4if9n^delVlWU8éh|r^0^^a-t-OI^ 

— Dans la poede de Delaunay, répondit ChaulaU . , , ,, . . | 
Maître Louis donna à sa jwix t(|ut^.r^i^ran^ d)^n^,i|Olgnté im-^ 

périeuse et s'adressant à quelques gardes rrançaises. / . j 

— Le Comité vous remet cet homme , conduisez-le ;|H.jGMlelet. L.^ 
jiiftice informera^ Q%'il ne iuî so^ leii.a^if^ I9M( 1- . . ,. .7 ... 



La foule répondit par un murmure ; cette décision tronjMJt son ar- 
jdç,ur.4|iv6iQgejBnce. , . ^ * 

Les Compagnons noirs voulaient du ning. ^ 

Les membres du comité m levèrent sur Vestrade. 

— Allez:, dirent-ils i de FleiseBes ; ils confirmèrent aux gardes 
françaistift /ordre de le conduira au Châtekt. 

Dfi Flesielles passa près de uiaîïre Lo/ila. 

— Si jf} ne suis pas tué dlci à une demi -heure , je vous devnî la 
»ie, dit^il ttvtjc elTiision; - i ^ 

— Courrfgtî , répondit maître Louis i voix basse , et en tout eas 
priez Dieu ! 

De Flesselles traversa ta «aile au milieu d^s vociféralionà. 
Cuillql, Pinson et quelques Comfi-igflom de la Croix mêîél aux 
pfinïes françaises , faisaient d^nèï-nyVbtei efTortâ pour proléger k 

Il descendait Tescaiicr porté par urte mer d'hommes ftnieux. 

Au bas dft Tescalier il ,retûl)roa la tête, i-i • 

11 vil maître LoiUB qui k regar^àif avec un regard de pilîé. 

H voulut faire un ge^te pour reaiertîer te maître Cûmpagnon< 

Au même moment un coup de pist^oîet lîré presque â bout portant 
Tracassa ta eervuilc (lu ina1tjéu#eu3t [irlïôt 

Un rire ËtrMent se fit entendre. * "* ' **' 

L' assassin élail Chadat. 

Il se retourna et montrant à maître Louis, glacé d*horreur„ le corps 
de Flesselles qui chaticeliït et tombait i ierre, 

— Voïlâ , çria-l-il, comment le peuple punit les traîtres ! 

— Le peuple est innocent de ces érunés, mur ura le maître Com- 
pagnon ; Dieu les lui pardonnera. 

CHAPITRE XlL.., 

Scèno d'iti teneur où M*^» Finette trouve son oousfii de soa 
goût, et où le père Brulo^ s'étonne d'un récit mii lui ^st 

' I * i . -. i - , t î 

U est six heufee da eoïr. 

Nous somme* à Tauberge de la Croix. d'Argent , daj^s une petite 
chambre qui donne sur le jardin. 

La fenèUe eat ouverte ; le ii^mps e^L bkïau , le ciel cl^tr; le «oleil 
penêlre dans la chambre. 

Ses rayons joyeun hqHrteot.les^meutîles, et argeulent le carreau 
, rouge ffoi|eàM cire. 

Un itir tlMe agite les rideaux 

Dans le Fond de b cfa^bre„^oia un Ut, un gr^nd Ut arec des cou- 
ferture& e|9 ri|>tile parse chargée de lleur$ 4trapge3 etd^oiieâux îit- 
nombrnblei. 

, enjre l^drfpt bliuics, appuiée^ sur J'oieiller, repose une télé de* 
jeune homme. 

âe.« }jmx Ê^ul feruiêa. ^p^ Iffïrès Bf tr'ouvertes hmmi passer une 
respîriition prea ée, bruyante. 

Sa fi;» lire est pdle; c'est celle d'un malade. Il dorl, mats d'un som- 
meil péjirble et fîéi?Teui. 

IVe3 du Uu une jeime fcjume, peut-être uae jeune fille ,Pii ne b 
foît qu' de dos, 

t^lle est tournée ver^l^ Ut; tJle regarde dormir le nul^de. 

La vu Kl qui se lève; elle st! dirige wn une grande armoire de 
noyer, au Ibtid de la chambre, pour y prendre, une perfidie de (îne 
,^. Icde, (ju 'elle mettra tous la tétts, du malade, ijuand il se réveiUara, 

Après avoir pris dans fai moire ce qu'il lui faut, elle revi rjt ven L 
lit. 

En passant Rêvant UJ^e lU^H&ftlace^.^uie&tâuspemJue au mur, ell& 
s'arrête et ser^«vde< ,„. -,^ ^^ , . ^^^, 

C'est MUe Finette. . .„ . . 

Et le jeune malade? 'f .i»r 

C'eit Claude Cbopîa ; bier^ une h cure environ après la prise de tt 
Bastille, on Ta apporté â Faut erge de i Croix-d' Argent, 

Il était blessé, blessa au bras d'un ccm àa fea <|uî Ta alteiut tu- 



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&'OfhrRtftÉ.' 



•— VoQI de bien grands é?êaementf , veprit-fl; ça empédie dé 
pemer à les affaires* La Bastille prise ! 
— * Qu^es affaires t demanda corieusement Finette» 
La père Brûlot allait peut-être répondre. 
n entendit du bruit an res-de-ehaussée. 
—J'entends ^elqu*un qui entre. Valoir, Finette. 
Finette, légèrement, outritla porte et regarda â travers TescaUer. 
— C'est l'Éveillé , dit-elle. 

— Pis-ltti de monter. 

— Icit 

— Oui, id. n ne fera pas de bmit. 
Le Rouleur entra dans la chambre. 

— Finette, dit le père Brûlot, donne une ehaise I rÉtefOé. 

MU« Brûlot n'avait jamais des jeux fort tendres pour le panm 
bossu. Ce îour-là elle semblait â son égard plus maussade ftie 



deoMAseoude. 
Hegardei, utt peu dé sang t eoulé sur l'ereiaer, malgré les bandes 

detoîk. 

Finette a été chercher tout après la seniêtte pour préserver l'o- 
reiller. 

Cliade Chopii] est son couiin, 3 lant qu'elle en ail soin. Qui sait 
même ? L'autre soir, le père Brûlot ne pirUil-il pas d'un gendre, d'an 
mari pour Fin elle ; Fînette a fait des réËexîons. 

Il eit tréË-gt^ntil, ce garçon-ll. G*est dommage qn*il soitUessé 

mais sa blessure n'est pat grave , le médecin a dit qne ee ne terait 

rien 11 a le nt^i un peu long, pas trop long De queOe conlenr 

sonidonc ses yeux t , , 11 dort si rudement qu'an n'y voit rien. . . H paraît 
Bouflnr cependaDt le pauvre garçon...,* s'il aUaît mourir I 

ÏM blesBé s '^^'i la il; son sommûil était inquiet* 

—lîeiw^ dît Finette, il rive I , 

EUe éeouta. 

Claude parlait tout hiut : c'étaient des phrases sans suite. 

i Ma mère !...« ma mèrel ■ 

— Ce psuvre garçon, c^estun bon fils, dis^ttout bas Finette. 

f De la poudre, de la poudre ; meUei-moi dans un tonneau le 

poudre..... a 
. — Gomïue il est brave t pensait FÎQette. 

t Tiret, tirei, vises plus haut... plut bas.,, tapes, tapez...» 
*-G*est un vrai démou 1 et Finette écoutait; elle ne respirait pas 

^our mieux entendre 

■ La Miette, h Miette/inurmurait Qaude r comme elle est1)onne ! • 

— Il a eu bien faim, le malheureux ! et Finette pensait qu'à la gué- 
H^oii elle donnerait à son cousin quelque bon plat de sa iaçon. 

■ Comme elle est jolie I ■ 

— Elst-ce qu'il me voit, se demanda-t-eUe en se regardant dans la 
petite gkce. 

t La jolie personne 1 1 

Et Fjnetie, prenant tout pour elle, se rengorgeait, 

Tout4-coup Claude s^agiia violemment. 

• Horreur l horreur, criait-il d'une voîx étouffSe par le SommeO, 

le feu,.,., ils vont h brûler la paille, les flammes borreur 

^uvez-la. > 

— Qu'est-ce qu'il a! le diuît Finette ; c'est le cauebemar 
La père Brubt entra. 

— 11 j a longtemps que tu eslïl demandA-t-il â sa fille, 

— ÏÏDn...., tout â rheure je suis venue répondit-efie avec fm 

eerlain embarras il est endormi. 

— Il dort depuis longtemps, comme cela T ' 

Le père Bmbt, en faisant celte question , avait l'air du monde le 
plus natureL 

^^ Depuis plus d'une heure il parait rêver, reprit Finette, sans se 
douter du démenti qu'elle se donnait. 

^ Ah l depuis plus d'une bèure, il rftve,.*.. et avant? 

— Avant t 

— Oui, avantî 

— ^Jusque-lâ il avait très-bien dormi. 

Un sourire de satisfaction quelque peu narquoise courut sur les 
lèvres du père Brûlot. 

Qui Teûl vu dans ce moment-la, n^eût point douté de son intélli- 
|enee. 

11 s^approcha du lit. 

— Tu peux t'en aller maintenant. Finette : ie vais garder notre 
naïade. 

^ Je n*si rien i Taire en bas, dit Finette négligemment. Et puis, 
je TOUS ai si peu vu hier avec eatte horrible bataille : j'ai passé la 
journée entre h vie et la mort : j'ai besoin , aujourd'hui , de vous 
voir deux fois plus qu'à ^ordinaire* 

Le père Brûlot embrassa Finette. 

— Pauvre fîtle, ditnl, et ion regard le porta sur le lit où le som- 
meil du blessé paraissait plus calmé 

Aoris un moïïK^ut de sileiue s ' » 



Cest que, sans s'en douter, le malheureux l'Eveillé interrompait 
une conversation entre le père Brûlot et sa fille , que celle-ei a^fiît 
grande envie de continuer. 

Quand elle eut avancé une chaise à TËveillé , la vaniteuse pertomie 
lui tourna le dos , et si ses regards se fixèrent , ce fîit sur le lit oà 
gisait le pauvre Chopin. 

—Voyons, l'Éveillé! conte-nous, sans parler trop haut, oA H 
eomment tu as rencontré ce garçon-U. 

Il montrait du doigt le blessé. 

Au lieu de répondre , l'Éveillé tourna son bminet entre ses doigts ée 
l'air d'un homme embarrassé. 

Il regarda du côté de Finette. • 

— Finette, dit le père Brûlot, je n'ai plus besoin de toi Id ; vu es 
bas surveiller le ménage » et, s'il vient quelque étranger, préviem- 
moL 

M0« Brûlot ae leva : elle jeta sur le pauvre Bouleur le regard d'vM 
reine ofiÎBnsée. 

Sa curiosité trompf e, Tennui vague qu'elle éprouvait i quitter la 
chambre où reposait Chopin , rendaient plus vive la petite blesÉiÉre 
f lite â son amour-propre. 

L'Éveillé souflVait plus qu'elle : H comprenait que le renvoi de fU 
nette lui serait imputé, et qu'elle lui en saurait mauvais gré. 

Or, le pauvre Rouleur aimait éperdûment la fille du père Brûlot; 
passion discrète, malheureuse , presque ridicule . dont il sou£Brait et 
ne pouvait guérir. , 

Quand ils furent seuls : — Parle, fit le père Brûlot avec une car* 
taine impatience. Où as-tu trouvé mon neveu, hier? 

— Votre neveu t -^ 

— Oui, Claude, que votei. 
-—Je ne l'ai pas trouvé. 
—Tu ne l'as pu trouvé? 

— Non. 

— Non? 

— Je venaia id voua donner de ses nouveUas, #■ plutlt vms ik^ 
que je n'en avais pas , quand je Tai r^noontré qn'on apporlail im 
blessé et saignant. . . 

— Ainsi, ce n'est pat toi qui Ta relifé? 
—Non. 

— Ta n* saia pas oè a a été bleaaéY 

—Non plus. 

•^ Mais alors que sais-4n de lui? 

— Ce que je sais? 

— Oui. 

«^ C'est une singulière histoire. 

L'Éveillé était troublé par le brusque congé que ie père BnlsMI 
avait donné â sa fille. 

— Gomment? une singulière histoirsb 
— Voici. 

— réeottte. 

— Vous saves que dimanche et lundi /avab passé la joiiniti m 



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w^ 



L'omrRiBR*^ 



m 



viines ndiérches dé fttre nénm, 
— J« le Mit, el j« le suit recowiâissaBt de tes scias ; mais hier? 
— HiermatiD. 

Qattde fit un moufemeat dsns son lit. L*Steâlé s^terroMph. 
(!• tuîU miftoekam nmUro.) GiiMBNT Jost. 



UNE lANIÈRB DE TOIR. 



Pardon , eamindes , si mon humeur irons déplatt anjourdlrai. le 
rsYoue : je ne sois fns dians mon assiette ordinaire ; je suis texé. — 
Tenez , tons eommeneez 1 me connaître , tons sates qne je suis la 
candeur même, la franchise en persoiAie; — j'appelle un chat : chat; 
nn cafard : oiford ; un poltron : poltron, — et je ne me gène pas pour 
dire à la harhe des gens ma manière de foir. 






Or donc , je retenais hier de Visiter un camarade, onyrier typo- 
graphe, bien malade, et sur le point d^aller rendre ses comptes, — je 
revenais tout bonnement au logis, faisant mille et mille réflexions sur 
la vie future... Tout-à-coup je me trouve nez à nez avec le vicaire de la 
paroisse qui, la veille, avait accordé à mon ami les secours et les con- 
solations de la religion. Gomme il me paraissait être un assez bon 
diable, j*àllais entamer conversation avec lui , quand trois espèces de 
bourgeois, passant près de nous, saluent Tabbé par le cri bien connu 

du corbeau : Coac , coac — Moi , je suis vif, — c*est mon plus 

grand défaut, — je relève la chose, je les traite de canaille et de polr 
trous... oui , leur dis-je , poltrons ! vous savez bien â qui vous vous 

frottes! Si ce digne prêtre était un sergent de ville comme il 

vous aurait bel et bien appliqué la main sur le museau Attaquer 

un prêtre, un être inoffensif, autant vaut attaquer une femme on un 
en&nt. — Là-dessus , je dis au prêtre : Voyez-vous , c*est pas çà , — 
on ne fait ni une. ni deux , en pareil caf, > — on vous leur envoie le 

bout de la. semelle quelque part. — Pour lui, me tendant la main, 

il me rendit : La paix ! et il disparut. 






A propos de ce trait, pourquoi ne dirtis-je pas que la petite guerre 
que Ton fait aux prêtres me déplaît. 

Saperlotte ! je ne suis pu un cafard 1 — Eh bien ! cette guerre est 
maladroite et injuste. 

Crier contre les prêtres, — belle affaire ! 

Et d*oû viennent-ils donc les prêtres t ne sont-ils pu Français 
comme nons, ne sont-ils pas enfants du peuple,— au jour de la dé- 
tresse et de la misère, où l'ouvrier trouvera-t-il plus de secours et de 
sympathie qu'auprès d'eux? 

Messieurs les bourgeois, • ne vous fourrez pu le doigt dans Tœil, » 
n'oubliez pu que la classe du clergé est la plus populaire et la plus 
démocratiqne 

Parmi les prêtres, point de privilèges ; chez eux, l'avancement est à 
la vertu, à U science, au dévouement. L'enfimt d'un smiple ouvrier 
peut devenir pape ! — Eh ?... eh?... qu'en dites-vous , camarades t... 
fa vous va-t-ilî... votre moutard a-t-il des chances I... dam! qui 
fait?... cela s'est vu. 

vous donc, hâbleurs, qui vous posez comme les amis du peuple 
et qui êtes payés pour cda, sachez bien qu'en frappant les prêtres, 
fous atteignez du même coup les cksses laborieuses et souiDrautes, 
dont les prêtres senties nobles enfants et les amis éprouvés. 

Mais, uMÛs ma dira-t-on, le temps ut mal choisi, pour déflm- 

dfi tm Mtfot Us foarnattx np Miit^a»nss inIMéf do pfooèiican- 



dideux.....ip 

Pardon i camarades p je ne défends point la eanaiHe , quelquo port 
qu'elle soit. Il y r il a bon et du mauvais partout, noua savons 
ceh. 

Mais s^, dans la cki$e respectable du dergé, il s*est trouvé des mem- 
bres indigne», soyons de bon compte; cd sont là de très-rares excep- 
tions. Ces scandales ne m'é tonnent pu ; c^ qui m'étonne , c'est qu'H 
y en ait ai peu. — Comment cela T voua allez voir. ' 



Grand nombre d'hommes ont été froissés des attaoues violentes et 
brutales dirigées contre les prêtres, en ces derniers temps, par 
les mauvais journaux. Ne croirai t^on pas, en les Usant, que le dergé 
et les religieux sont rongés, dévorés tout vivants par l'immoraUté la 
plus dépravée , qu'ils se livrent i d'infâmes et ténébreuses manœu- 
vres, etc., etc., etc. 

N*a-t-oo pu fait un petit livre ( heureuse' idéeï) dans lequel on ra- 
conte, pour U grande édiUcation des kcteun, tous les procès scmi- 
daleux de personnes appartenant iTÉglUe, pré très ', moines^ reli- 
gieux. 

K ce petit livra, sani doute, on pourrait opposer la belle histoire du 
savant M. Eohrbachor, en $8 vttlumeâ de 600 pagBi diacua, çontenaiit 
im abrégé les luUeâ det p&^pét, du évéquet êi du mùinu , €mtr§ h 
barbarie, lavi&len^, f esclavage^ t'tgnoranee, ta ddgraduiian, d*unf^ 
part; — et d'autre part tous l&Én efforU pour êiùbHr là mitisatitm , 
le droit, la libérien la sûhnee ei le p-ogrès danê te month entier. 

Mais bah ! c'e^t trop lorig , c'est trop cher* Et qui donc, s'il vous 
plaît, se donnerait la peine de lire vingt-^huit gros volumes en faveUr 
du dergêt II n'y faut paa songer. 

Tel est aussi i*avis d'un écrivain diitlngué , H. G. Grimaod , de 
Gaux, qui n'a pas eu la moindre idée de nous faire Ure cette masse 
de livres. 

En homme pratique il s^est dit : consultons les statistiques, voyons 
lu chiffres , compi^ns les crimes imputés aux prêtres , moines 
firêru, etc., etc., etc 

Puis il s'est adressé à l'honorable M. Guerry, le patient auteur des 
tabUaujt sîathtiqttes de ta justice triminelk , lesquels tableaux ont 
été deux fois couronnés par T Académie des sciences. Voilà donc une 
source incomparable de rensei céments , et voici maintenant le cu- 
rieux résultat des recherches de H. Grimaud. 

• Qu'on dise ceci au clergé catholique : Vous nous prêchais loi de 

• Dieu , comment la pratiquez- vous T Le clergé peut répondre , en 

• s'appuya nt sur le compte général de radministration de la justice 
» criminelle en France depuis 1SS9, sorti de rîmprimeHa royale, ni- 

• tionale et impériale : 

» Noue tommei en France au nombre de f2Ù,00Ù mptron ( y compris 
» lu ordres religieux) ; or, en 9$ uni; il ff a «h parmi noue 7i ac- 

• ettsés: ce n^est pae I accmês par on ; eeierutf f acciuisur 3&fi00 

• pertonnes. » 

Ce n'est pas la peine de tant erier, messieurs I 

M. Gricnaud a voulu comparer là classe si honorable d'ailleurp des 
notaires â la claî^se du clergé , et il a constaté qne, dans le piAme 
laps de temp^, on trouvait: 

Prêtres accusés , 1 sur 30,O(KK 
Notaires accusés, 1 sur 873, 

Après celai M. Guerry proposa à M, Gnmaud d'étendre k eompa- 
raison aux Instituteurs, aux médecins, aux avocats, aux avoués, aux 
ingénieurs» aux hommes de lettres...,. Nous regrettons vivement que 
M. Grîmaud n^ait pas icceplé celte offre obligeante qui eût été très- 
certaini^ment 1 l'ivanUge du clergé. 






Et c'est cette honorable corporation du clergé fonçais, Tune de^ 
pures gloires de la patrie, enviée de l'étranger ^ que des botnmes 
de rien* des brouiUonSi voudraient «ouvrit de boue stdlslioflorerf,,.* 



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L'OUVRIER; 



Gepesdant , le clergé continue aT€c un imperturbable dévouement 
•en œufte rdifieaaef qui eit en mi^nriiî Umps une œuvre de haute 
civilisatjon. 

Aux paroles violenlea» injustes, insoleiHaa , aux calomnies, auxin- 
iîiiuitiottt perfides de a^ ennetnis, ï\ répond par ses ceuvres. 

le trouve qu'U a raiion. M. PaulThéophile Gnuu, d'agréable mé- 
voire, dira peut-èlre que je suia jésuite- — Son serviteur 1 C'est 
mi roaniâre de voir. Je reipnmerailouioureafeft franchise et. liberté, 

eoutmè il convient, 

. w. Candide le Franc. 



"•. CAHTÏS SUR TABLE. 



'mi wmÊi9^%n*^} V* 



f Ctrtesinr laHei moiîskur, ctrtes sur taWeî Jeues ftpanejen et 
ifou€ii yûs tûf ti. Si k fTand'mére a pris aou air grave pour éceeter 
vos explioationa , si soti o&il vous inlerroge avec «oMieitlwlc, ^e^te fi- 
gure ennoblie parler ride» de Vàge , ce regard même si douloureux, 
lÊtiusent is«ei de tendresse et d' indulgence penr vous encourager. 
Faute avouée est i don^i paftk+niié&, dit [^proverbe; mais le oGSur 
d'une mère» d'une grand 'mère fiurt<>ut, renchérit encore sur le pro- 
verbe et dit tout bas sans r^slriclion -. Faute- avouée est plus que 
perd(Mijiée. Laiaftez: donc lî votre hésîtit ion ; dites franchement : Oui, 
mère, oui, f ai fait ceci, et puis encore cela, mais... mais je m'en 
rapeni... — El vos larmes cooletont, el, avec les vôtres, celles de 
la gftnd^mère, et ftts grands bmâ tons ^Itireront sur son oosvr. * 

N*est-ce pas là vrai me. ni ce que signiRo ToBUvre si remarquable de 
M. F. Pierdon, donl nous donflona aujourd'hui la reproductiont Et 
ee dessin, dont h parfaite correction est â Tabri t» toiute critique , 
ne satisffera-t-il pas, en même temps que les aiustes les plus exi- 
géant® , tiïutes les vaèrm h qui il rapp«Ui»ra Fanxiêuee émotion qu^elles 
ont vesaentie lors de U première faute d*un fils bien-aimé ! N'ap- 
preudra-t-îl pa^ enfin aux enHinti, par un ingénieux emblème, que, 
quai qn*iui ait fisit d^iniprudent ou de coupable. Tunique moyen de 
aorlii' dW;niauvar_.^iî! *st de fiavoir enauite jouer catiei sur table! 
'"" '•' Eugène Pénel. 



LES OaAUBS DE LA MERE NOIBE '. 



CHAPITRR XiV. 
L'inventaire. 

!î y avait environ un mois f|ii« a'i^tait passé l'événemeni indescrip- 
tible dont nous avons donin^. (connaissance â nos lecteurs : M^o Ma- 
clovie Jourdain était entièrement ras.<^urée sur les suites de son acci- 
dent qui n'avait eu pour sa santé aucune conséquence funeste : M. le 
Lidre de son cAt^ jodisait dvîdetnnient du bienfait de Texistence, car 
i] avait cru devoir en donner des signera manifestes par Venvoi suc- 
cessif de divers papiers où sen nom se trouvait étrangement empêtré 
dans un iainlftlUgible grimoire manuscnt, sous la forme vulgairement 
appelée patte i de mouehei et comnienç^int par ces mots : 

i L'an mil huit cent trois et le.,,,, de mai, âla requête de M. Dis- 
mâ! le Ladre, r^rtlier, demeurant à Saint-Malo, je Jacques Leblond, 
huissier assermenté,., me suis préskui^ au domicile de Mme veuve 
Anne Jourdain auquel, en parlant h la pi^rsonne de sa tante, etc., etc. » 

Ces eomposittons plus ou moins littt^raires, griffonnées sur du pa- 
piei timbré» étaient apportées par un monsieur en frac noir, en cra- 

* ITalr Im n» d& tOu*^itf tiu H mai m 13 Juin , du 6 au tJ juillet, du 
10 «I du ib a^i al ^ î iapttfmbn. _ o , 



vate jaune sertn, an chapean légèrement suranné ; lequel mmàtm 
toujours trop pressé pour pouvoir se permettre de grandea dA^i 
trations de courtoisie, péchait ksdites feuilles dans un fotUimr^ 
en cuir noir brun, les remettait périodiquement et fidèlement i l> 
clovie et ê'en allait le chapeau sur la tête comme il était entré. 

Mil* Jourdain les prenait du bout des doigts , avec une crainte i** 
perstilieuse, et après les aypir regardées sur les deux faces et avoir î> 
connu qu'elle n'y comprenait absolument rien , elk les portait i 
M. Gédéon Tardif pn lui. dèmandaM d'un air ému ce que cela figa^ j 
fiait. Celui-ci répondait, avec un soupir, tantôt : C'est une somnutioî^ 
tantôt : C'est une assignation^ tajiLât ; X'est la copie d'un jugemeat I 
et autres choses semblables qui remplissaient Ta me de la pauvr» Ma^ 
clovie d'iwe sorte d'inexprimable et m ^slé rieuse terreur. 

Malgré les efforts de. la médecine , i>eu â peu la malade avait ce> 
couvre quelques forces. Avec rintËlligânce, le souvenir de ses pdas 
lui était revenu , vague -et confus d'abord comme au travers d'ii 
rêve douloureux ; puis précis et clair comme b réalité mêfiie. liai' j 
la maladie, en ces circonstauoes pleines d'angoigaes , estcftcoren 
bienfait de Dien. Il est des douleurs dont Vaction incessante briterù 
une nature sensible et délicate, si le isentîment de la soulfrance n'êti» 1 
pas comme éteint dès l'abord par cette sorte d'asËOUpi&sement de$ ft- 
cultes qui souffrent, et quand It^s impressions reviennent, le cttur r 
subit plus aisément l'atteinte, parce qu'elles sont moins vives et poî 
ce que l'âme est comme préparée à les recevoir. 

Ce n'est pas sans une profonde amertume, toutefois, que s'opèi 
cette sorte de résurrection de la douleur; que la mémoire se rempUi j 
de nouveau goutte à goutte de toui les détails qui Tont une ku v 
brutalement envaliie, et que Tesprit analyse les incertitudes d'une po- 
sition et compte un à un les déchirements du cceur. Chaque vltt 
qui nous approche semble toucher et rouvrir une blessure mal cia- 
trisée. L'aspect d'un objet naguère inaperçu et indifférent devient um 
pointe aiguë qui s'ouvre cruellement un chemia jusqu'au cœnrlt 
voix d'un enfant , un mot prononcé sans dessein , un vêtement qoi 
ne portera plus jamais celui qui Ta porté , une broderie comnii^cét 
qui n'a plus d'objet désormais , tout rappelle , tout émeut « M 
blesse. 

Ce fut sous l'empire jBt dans la société de ces impression» péal^ki 
que la pauvre veuve se releva du choc qui l'avait si rudement fra^ 
et renversée avec tant de violence. Lo sentiment de sa podlion ki 
revint pourtant accompagné de celui du devoir. Elle était veuve, m% 
elle était mère; et l'être si frêle et si doux quo lui avait confié !)i«i 
n'avait phis désormais qu'elle seule pour appui sur la lerr^. Ot 
avait beau chercher à lui épargner le spectacle des visite^ dellmk^fr 
l'air embarrassé de Maclovie, les précautions de Gédéon et lei mut* 
centes indiscrétions de Rose lui faisaient pressentir la proximlH d'aï 
afiliction nouvelle. Elle connaissait assex les choses du monéi peof 
savoir qu'un emprunt, mémo usuraîre, doit abouU^ au paîemeirlct 
elle n'ignorait pas que la modeste fortune de son mari éttit au^esisii 
des engagements qu'il avait contractes ; en outre , la réputation 4» 
M. le Ladre était si bien établie, que U^^ Jourdain devait savoir ft tl 
était plus fkcâe d'entrer dans les serres de T usurier qu'il n'Itail i^ 
d'en sortir. 

D'ailleurs, ne fallait-il pas que tôt ou lard elle vît éclater rofigst 
et n'était-ce pas Texposer à un nouveau saisissement et I un nouveii 
danger que de ry jctôr à ritnproviste* Ce fut donc un heureui ic- 
cident que celui qui suggéra â l'enfiint une de ces questions is^- 
crêtes dont elle ne soupçonnait pas la portée. 

— Mon oncle, pourquoi donc y a-t-il toujours deux petites Imigis 
rondes sur les papiers de ce monsieur qui est venu ce matin ? 

11 n'y avait pas moyen d'éluder k difficulté. La pauvre connUî- 
cente aVait été assise sur un fîiuteuil devant la porte de la mi\s&t 
pour respirer l'air tiède et embaumé du soir. Sa tante , son frère 
étaient auprès d'elle, et Po^»^ sur le tabouret oâ sa mère avait fod 
les pieds. Un silenco rempli *h malaise suivit la question, pm 
pendant que M. Tardil cm ■ e^ait une réponse impossible, llirtci[Ti« 
fit obtenror à l'enfint qu'il ue fiDiit jamais qu'on enfant parlât m^^ 



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L_ 



L'OlJVttlER. 



1» 



il ii*étaft paé interrogé. 

Ce eûttôeil, dTaiUeurs assez diflUefle i suine, im répondait pas â la 
question qu'Anna 8*était posée & elle-même et, après un àiitre moment 
de silence, également enibatrassé, elle le rompit en démandmt i son 
frère tpxéi papier où a^ait apporté le matin . 

Gédéon eut d'abord recours à sa tabatière, si conseillëre habituelle 
àxùÈ toutes les occasions difficiles , et, après atoiir aspiré une prise 
de tabac qui eût condamné un nez ordinaire' â éternuer i perpéluité, 
il répoildit avec embarras que c'était probablement quelque papier 
d'affaires dont il n'avait pas encore eu le temjps de prendre con- 
naissance. 

Gomme Û n'atait pas préduément de grandes occupations, le temps 
ne lai avait pas manqué et le mensonge était fîagrant. 

*- Pourquoi me tromper, Gédéon? hii dit dottcêlnentsa e^eur; 
après le coup qu» m*a frappé, quelle douleur pourrait m'dt^e serfsibieT 
bt-ce que nous afions bientôt être expropriés? 

Madotie tba tout le monde d'entbarras en se mettant à pleurer. 

Anna se trompait : les peines se succèdent; mais quelque grande 
qu'une affliction ait pu être, elle n'empêche pas de sentir là blessure 
qui suit. Et la nouvelle de la perte de toute sa fortune , en lui étant 
ainsi révélée, ne passa pas sur le cœur de la pauvre veuve sans y pro* 
dfdre un doukmreux frémissement. 

— Eh bien! nous tratv^erons, dit-elle; quand on peut travailler,. 
en n'est jamais pauvre; 

Sa détermination contrastait tellement avec son état de faiblesse, 
que son frèl^ e^ sa tai^ en éprouvèrent éomme un serrement de 
cttur. L\in et l'autre bii dirent dans«n sédiment de tendresse sincère 
qu'elle vienArait partager leur modeste «voir ; nais Anna, lee remer- 
eiaift avec un afieotueux sourire, leur rappela que leur position ne 
permettait ni â Gédéon ni à Maclovie de s'imposer une pareille charge, 
le premier n'ayant pas même une ciiambre i donner, et la seconde 
allant se trouver, elle aussi, aux prises avec des embarras pécuniaires 
provenant de la même catastrophe. Il fut donc décidé que , dès que 
MoM Jourdain- serait- un-peu rétablie, on -chercherait pour elle un petit 
logement où elle pût travailler pour g-^gner soû existence. Son frère, 
se promettant bien de lui venir en aide, et espérant ainsi la distraire 
ée ses tristes souvenirs, entra dans ses vues et tous trois se mirent à 
fermer encore des projets d'avenir. 

Rose écoutait toutes ces choses sans en comprendre pleinement la 
portée, mais un vague sentiment dé sa position avait pénétré son jeune 
cœur. Sa jolie tête était posée sur les genoux de sa mère, dont lés 
doigts amaigris se perdaient dans les ondes de sa chevelure, et joi- 
gnant ses petites mains, dont la robe noire qu'elle portait faisait res« 
sortir la blaUcheur, eUe por'a't ses yeux alternativement sur chacun de 
ceux qui parlaient cherchant â démêler la pensée commune au milieu 
de ces mots à demi-barbares dont elle ne pouvait comprendre le sens. 
Assignation, jugement, s lisie et le reste , tout cela frappait sa jeune 
îmagihâtioii d'une sorte d'effroi instinctif. Qu'étaient ces hommes 
noirs, pressés, impolis qui allaient et venaient, entrant dans la maison 
sans Ùiç6n, comme chez eux? Que signifiaient ces papiers sales et 
griCfdiiîiés, remis à sa tante ou à son oncle, mystérieusement reçus, 
soigneusement cachés, et dont la seule vue faisait couler les larmes de 
l*iDne àiant toême que Tautre en eût fait tristement la lecture, précé- 
dée de'la plus slidstre des prises de tabac et suivie infailliblement 
d'un remède de même espèce? Pauvre Rose ! elle semblait douée d'une 
prééodtï ^r souffrir que devait développer en elle le tissu des évé- 
nements ((td planaient sur son enfsmce. Ignorante de la vie qu'elle 
possédait à peine, elle avait été dès le début initiée au sombre mys- 
tère )dl(làmort, et "avait f^it l'apprentissage delà douleur par la perte 
' d'un père sur la tombe duquel elle ne pourrait jamais prier â deux 
'gendidk, et dont eHé ne lirait le nom sur aucune pierre sépulcrale. 
PuîsToici sa mère malade et qui peut-être elle aussi allait bientôt 
ittèttrit. Mourir! hélas, un enfant en sait autant là-dessus que le plus 
ingénieux des philosophes : e'est se séparer po^r ne plus se revoir ja- 
msis idMl»s. 
Teiir(|iioi s'étail-oa empressé de mander i la maison une ouvrière 



qjtà prit mesure d'oiiertfbe iioûtéBe, en lui redmwuniiat ^^db si 
hâtât de la finir, et pourquoi cette robe éUit-eUe tosis noissl poarp 
quoi son chapeau étalt*il tout noir, noîre sa ecâleretl^ si tisissansÉi ses 
gants? Si eHe demandait â sa noarrico, onM f^Mniddl qa*4|e4lsii 
en deuil : en deuil de son père t 

Ses deux bonnes avaient suspendtf kMTS j^yflM8ésMgSndss.ii^(^ 
chotaienl entre elles sur les évéttements'i tsm^ ci sur k^ séoassilA^ 
eRes allaient être de se ehèroher imë ndnfslls [Asso. La oiisiBièiS» 
dont PîntelligeAce supérieure en imposait ft tHttsaBjpériBnos dnfsoiijet 
avait même été surprise unefbîs par Rose mtMKrMH à l'ev^Ms^sa^ . 
compagne, à la suite d'mie des ttsilès do Htuissisr, Is owt sArSfSBi 
de prison, prison pour dettes ! Quel MH doM*e# «mém ^'«n sypi^. 
lait dettes et comment sa benne mère Vaviîl^sttscMmibf Médsar 
. lui-même paraissait agité delugttbMipmssntknsMs. A dssaaaltlsflBS 
longtemps *^'^ lui était possible, et soupiriûl ssuventdsns ses rèrss. , 
Sous le poids de toutes ces perpkxités, ITenfiiiil sfiil psrd» sa jois , 
et eHe errait tristement dans la demeure mateniette , ésoiÉuili tsaitas 
les paroles et interrogeant tous le» gestes sans y son^pvëndiè sntiw • 
chose que l'annonee d'un nouveau et prodiain mallisw/ «• 

Un jour, entre autres, que M. 'hrêM avsit Irefs enostsu»des gri«< 
moires en question, plus insslemment #enris>p«r)sai4nMiyi!ftM|r, si 
à la suite de la lecture qui en frit faîlo el Oft c^ tts^déaÉéiaq[M4ssmoli 
d^mventaire , d'enchèi^ el de vente par «djodioaiion pidiUqvs^ die 
entendit son oncle déclarer solennettement & Maslme qi^il ws^fiilaît' 
pas qu'Anna restât dans la maison pendant raeeotupUssmsntds setjts 
formalité; tfue, sous un préteiite ou loUs iin^iiutmk il fiiUail ^Vtts 
s'absentât pendant un jour ; tfue cette scène liû ferait trop demsi M 
qu'enfin lui seul demeurerait au logîs pour survsiller l'aiécotion de 
l'acte qui allait se paSser. 

En efl'et, de bon matin, aeoempagnéo dotants Mado^; Anaa ^ 
peu k peu , avait recouvré quelques forces, sorlîtpocir ss veidssi 
Saint-Servan où elle devait, pour une raison qudeonquSi passerimilè 
la journée. . 

Quelques heures s'écoulèrent : Gédéon < ettendeitti étail'asdsaa 
sa(on, faisant semblantes Kre àm$ vm Hwe doatH m» teuilUril Jamais 
le feuillet ; de temps on temps il jetaft lesyem suris psndols d'in 
air inquiet el préoccupé de qûdque pensée fp», évidemipsttl, 
dominait toutes les autves si pandssak les wrojr coBiflétsamrt ialn 
sorbées. 

Enfin un violent eoup de sonnette Is iil sortir de ss iêseris«l Inl 
annon^ l'arrivée dos visitsuvB si peu désirés^ liS^ssadirssaul ifi'il fil 
sur sa chaise < C[fiaya Rose qui fui se oscher dsifièw Im séinme un 
petit oiseau efiEaroucbé se bkittit derrière mu ktaoehe.d'«riipe^. quand 
un bruit inaecoutamé hii semble indiquer la proximîlé d'midangsr 
inconnu. Son oncle la prit sur ses gensm et fsasaiqnslnt son aie 
efirayé : ..':.. 

— Qu'as-tu donc, Rose? lui demaiida^t-Ha on h hjiifSiH^tSDisikip 
ment au front. 

— J'ai peur, mon onde, dit-elle. .„.__.. 

— Penr de quoi? omu enfant , tu sais bssn qsi'iliP?y ^p«ras||n id 
qui veuille te friire du md. 

Avant que Rose ait pu répondre^ Yvonne aononsa t ;. . . . 
— Trois messieurs qui désirent parler âmopsîsnr* 

— Faites entrer, dit Gédéon. 

Grêlaient trois personnages dont la description n^ntéresserdt nul* 
lement le lecteur , attendu qu'ils ressemblaient i tous ceux de leur 
espèce. Les habitudes de notre vie impriment i chaque être humain 
comme une sorte de cachet qui traliit presque toujours Pindivkkt qtii 
le porte , sous quelque déguisement qu'il 66 cache ^ On a beau faire, 
on n'échappe pas â cette loi qui (bit de l'habitude une seconde iiature* 
Revêtez un marin, un soldat, un prêtre des niétnes habiti et ils n'au- 
ront pas fait trois pas devant vous que vous les aui-e^ devinés. Le trot* 
pier, accoutumé à se mouvoir mécaniquement, ae saura que faire d^ 
ses mains naguère d à leur dse quand elles jouaient avec la carabine, 
et le petit doigt cherchera involontaiAment la coulure du pantalon J^e 
matelot, par son dandinement mesuié. vous fei*aji croire volontierf 



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rODVRIER. 



qnt Ttndroit où us piedf se posent efii «ojat ao ii|ouYeinent ^uuleiicé du 
rouli«,L'boiiiaie d'église, Kans aouUiie, fera la figure malheureuse d'une 
dMne de notre tempe oontrâiitte d'aller au bal sans cruoiine. tin je 
De sais quai dlndé&nissable ftU qiie nui ne ressemblera jainais â 
Tautre quelque effort ^'il fasse pour en imiter les allures. On raconte 
qu'un voleur, déguisa en femme, s'étant introduit chet un riche fer- 
raier, sous le prétexte de lui demander l'hospitalité pour k nuit^ fut 
reconnu et découvert parce qu'un garçon de la ferme» qui s'amusait â 
lui jeter des noix, observa que, pour kl recevpir sur ses genoux, il 
se serrait les jaïnbes au lieu de les écarter, quoique les jupons qu*il 
portait lui rendissent ce second mouvement, plus rationnel, tant il |^t 
vrai que le& habitudes sont h chose importante de la vie. 

Mais si cela est incontesUble pour ceux-là même qui cherchent â 
dissimuler lenr idttntité sous un masque trompeur, combien est- ce 
plus évident encore lorsque nulle raison ne nous engage à nous dé- 
partir de ces coutunj4^ habituelles 1 Alors chacun s'identifie tellement 
avec sa professiun. qriO tout ce qu'il e^t semble en porter une indélébile 
empreinte. Le ^^tr., le langage, l'habiUement, toutes lef manières 
d'être du eorpt dénoncent les manières d'être dc^ Tesprit, et vous portez 
le nom de votre état et le titre de votre industrie écrits sur toi:^ 
votre personne eu caractères aussi lisibles que sur renseigne de votre, 
magasin ou sur la vitre de votre échoppe. ^ 

On dit que les animaux qui vivent sur les neiges poires changent 
de couleur et revêtent une teinte blanche en, harmonie , avec celle des. 
ûbjeU au milieu desquels ils demeurent, et cette observation nous ra-. 
mène naturellement aux trois personnages. dç^nt nous ayops annoncé 
rinlroduGtîon dans le salon de Mi»^ veuve Jourdaip. • 

Ib étaient loin d*être blanea, pourtant, car on devinât au contraire 
â leur coutume queTencre devait être leur amie intime. Cçhi avait upe 
physionomie de gens à paperasses, à grimoires, à dossiers, à assigna- 
tions, à requêtes, à inventaires, tellement que la pauvrç petite Rose 
elle-méine crut reconnaUrf à leur entrée, ^mme upe mauvaise odeur 
qui lui rappebit celle du papier timbré, d'où s*exhale. comme chacun 
sait, le plus fétide des narfiuna. 

M.Tardit s'était levé poliment pour les recevoir. L'enfant tenait 
avec force une des mains de son oncle serrée entre les siennes et no 
Veut pas abandonnée pour un monde. Les Irais de .courtoisie de Gé- 
déon étaieul bien en pure perte, car ce fut i peine si on dajgna faire 
attention â lui , cnacun avait gardé son chapeau sur la tête pour 
rhonneur des pHncipes et ne eoiisentil à Y Mût qu'après; s'en être ex- 
cusé Tis^l^vis des autres et pour Tunique! nisml qU'â filisait trop 
iihaud. On eût dit que ces messieurs étaient iein.pays ooitquis. L'un 
s'assied à une table « repousse brutalement tout ce qui s'y trouvait con- 
que ttement arrangé, s'y installe à «on aise avec ses: papterSjjson en- 
crier, son portefeuille, son mouchoir, ta tabatière et. ses lunettes; 
s'il eût pu y mettre sa culotte et se^ souliers , il n'est pas xlèuleux 
qu'il ne Teût &ît. Pendant qull taiUe sa phtait et qu'il en essaie la 
pointe sur la feuille d'un album ouvert, un second nmnsieur, plus inl^ 
pertinent encore, s'il est poi^sible, que le, premier, passe en revue le 
mofaiUer et en dérange toutes !es pièces, &isMit au troisième des ré- 
flexions critiques sur chaque article qui lui tombe sous la main. 

— Tout çâ, ça n'ira guère à la vente^ monsieur le Ladre, surtout si 
c'est vendu sur place ï auKi vous allez an acheter les trois quarts • 
pour votre magasifl- 

— Alil mon cher monsieur Goulon, pour achetisr, il faut des fonds. 
— Bon ! bon! ou vous connaît, vieux £célérat,.ditl*expert en faisant 

une agréable grimace i Tavare et en hii frap^iant famiiièromentsur ledos, 
on sait bien que vous n'altacheE pas vos dbiensav^c des aauçisses. 

— Je n'attache mes chiens avec rien du tout, mon cher, fit le 
Ladre avec une autre grimace, éplement destinée à représent>5r un 
sourire ; mais vnti, là, les alTiiires depuis quelque temps, n^e vont plus. 
Vous ne vous imaginez pas tout ce que j'ai perdu depuis quelque 
temps, par excès de bon cœur et pour obliger les autres. 

— Perdu à gagner, dit M. Cioubn en clignant ide l'œil d'un air 
&iguiiicatif. 

— Perdu â perdre* Ainsi, par exemolCp dans Taflaire des le Blond, 



j'y suis pour plus de deux mille ciii«| r«ttts livres de ma poche. 

~^ Les le Bbndi .4:'est ceux au^ouels vou» sviez iirété trente-cinq 
mille francs à douze; pour cent? 
. -«-Dn toutl du tpi|it 1 voussavez que je nepréte jamaisqu'an taux légat 
-Je veux dire que vous leur aviez fait foire un reçu de quaranU. 
cinq mille et que vous n*ea avez prêté que trente-cinq^ * :. 

—Dam ! sans cette petite précaution , vous voyez bien que i'auraif 
per4u douze mille livres au lieu de deux. 

— Ah ! bien oui ; mais vous n'aviez pas, versé les trente-cinq mille 
francs en espèces sonnantes i 

— Heureusement, j'avais quelques marchandises que j'ai pu faire I 
passer ; mais ces marchandises, c'était toiyours des valeurs, et ^core 
ai-je été obligé de les racheter à la vente ; penonne n'en voulait. 

— Oui, oui, je me rappelle : c'était cependant joliment vieux et 
le vieux ça va toujoun mieux que le neuf. N'était-ce pas à cette veiu ! 
que vous aviez pour trois mille francs de souricières. 

— Justement, de souricières et de pièges i taupes, j'avais reçu cela 
en paiement d'un autre pauvre diable qui avait ia^t faillite six mois 
auparavaiat. 

— Gomme, ça vouq prètea des piégea i taupes pour prendre les 
emprunteurif 

— Farceur! âitVusurier quels pUlsapterle mit eâ gaieté, lui rap- 
pelant sans doute ui^ foulo; d'agréables souvenirs. 

— Je vous attends, monsieur Coulon, dit l'honmie, qui avait taillé 
sa plume/ . 

r-Bienl monsieur la Fosse, écrivez : t Au rez-de-chaussée , et 
daito la première chambre à gaudie ou sakrn de compagnie : un mea- 
ble en acajou, cumposé de : un canapé^ six fauteuiU et 4oaze chaises 
couvertes en tapisserie, lé Umt estimé deux cent soixante-quinze frmacs. 

— Deux cent... soixante-quinze... francs. 

— Une pendule en cuivre doré^ avec son globe, représentant l'E^ 
pérance, évalué cent irancs, 

-^G'esimis. 



-—Nous allons passer dans le salon à manger, dit Coulon, je crois 
que c'est fini dans cette pièce. 

— Pardon, dit le Ladre, je pense que vous avez oublié ça. 

— Ah ! c'est parbleu vrai, vous avez des yeux de lynx, mon cher. 
Écrivez, monsieur la Fosse : Deux canaris dans une cage, avec mani 
geoirè en porcelaine, le tout estimé deux francs vingt-cinq centioies. 

.^Voili, dit le 8cxihft.« en se levant et emportait son attirail vers 
ta porte. * 

Tout y passa, depuis la casserole jusqu'aux bonnets de nuit, rîeq 
ne fut oublié , rien ne fut négligé, et enfin quand liit terminé^ cett^ 
visite hideuse, quand tout eut été exploré, inventorié, fouillé, tarifé 
du grenier à la cave et de la cave au grenier, le trio détestable s*ei^ 
alla comme il était venu, le chapeau sur la tète, sans saluer pemonne 
et sans montrer même un sentiment de pitié pour les infortunés dont 
ib avaient écrit la ruine. Race sans coaur et sans entrailles, inca|»abli 
de comprendre ce q.ui n'est pas un chifire et de sentir ce <pii n^ 
pas un tarif. 

Médor lui-même semblait indigné. Jamais l'ijuioeente créatu] 
n'avait naordu personne : il crut devoir faire une êxfi^^îiqn en bcwe\ 
de l'usurier et lui sauta aux jambes. 

— Rattachez votre chien ! rattaches votre ehitfi! s'écria M. il 
Ladre, plein d'effroi, en se défendant avec sa canne. Hessieurs. tou 
êtes témoins, je vais demander des donmiages-:intérêts» 

— Est-ce qu'il vous a fait bien mal? c^oanda Goulon quand ils fia 
rent dans les champs. ^ 

— 11 ne m'a pas mordu ; mais n'oubliez pa^ de^le mettre sur Tia 
ventaire; . i . i i 

— Vous entendez, monsieur la Fosse : un épagneul avec sa «i^^^^ 
évalué dix francs. Vous ajouterez cela sur la minute. 

( La svile au prochain numéro.) JjUN LOYBIAU. 



q 



Angers, imp. do Laine frères, rue Saint-Laod* 9. 

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Ç MiitiiiMi le N» / j A oentimea l6 N» \ 
umée eounuite. \ lU années, éohnes. ) 



^«24. 



12 octobre 1861, 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



ADMINISTRATION : 

i.quai des Grand^Augustins 
à la UbnMe de BD^OT, 



A PARIS. 



SOMMAIRE 

LES COMPAOIfONS DE LA CB01X D'AROEHT, pjr Clément JuR. * 
LÉGENDES DE L* ATELIER : Les Moines , par Maurice Lkprévost. — LA 
MORT, par Eugène Pé:«il. — LES ORAGES DE LA MÈRE MOIRE . par 

Jean Lotssau. 






ABONNEMENTS D'UN AN 

1 partir dt 1^' de du^M mrâ^ 

FaA5at. . . . S »a 

BoRor* , ÉcTirra, Rumib D*'AtHi, 'îxk- 

QuiE d'Asie. . . . . . . . . S »■ 

ËiATs-U.Ms DE l'Amérique du Nord . -7 »■ 

COLOMES ET At-TnE;9 PATS d'oUTRE-MBR. 8 50 




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L'OUVRIER. 



LES €01PA«N0NS DE li GROil-D'ASfiEirr \ 



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GHAPITRC XII. 



S^ènB dlutérieiir où tf^i* Finette trouve son cousin de son 
geut, et où le père Bnûot s'éteune d'im récit qui lui est 
fdt. {Suite. ) 

— Continue, il a la fièvre, ça pissera. Hier matin donc? 

<^ Hier mâtin , j'étais sur la place de la Bastille , comme tout le 
monde, allant et venant parmi les groupes, cherchant des nouvelles, et 
essayant pai- quelques paroles sages â calmer les esprits qui étaient 
três-agitéi. Toutà'Cenp je m'approche d*une porte cochère sous la- 
quelle il y avait des toaneaux. 

On entendit un léger bruit â la porte delà chambre : puis le silence 
se fit. 

-^ Parle bas, dit le père Brulol. 

— Il y avait des tonneaux et prés d*eux un homme d'assez mé- 
chante mine qui paraissait le^ garder. 

fe m'approche. 

J'avais à la bouche ma pî^ic allumée, comme de raison. 
L'homme qui gardait les tonneaux me crie de m*éloigner. 
je lui réponds. 

H m'explique assex malhonnêtement qu'il y a de la poudre dans ces 
touii^iâux et qu'il ne fâut pas en approcher de peur du feu. 

— De ïa poudre ! fit le père Brûlot surpris. 

— Comnie vous, je fus étonné et je ne sais par quelle curiosité je 
me mis â rôder dans les environs , regardant de temps en temps et 
comme h k dérobée , du cûté des tonneaux et de l'homme qui les 
gardait, 

lli étaient là depuis une demi-heure, quand une fillette de seize à 
vingt ans, qui venait du (aubourg, et qui n'avait pas, malgré son cos- 
tume, Fâir d'une fiUe de trop basse condition, vint parler à l'homme 
étrange en faction près des tonneaux. 

Elle lui dit quelques mots. 

L'homme s'éloigna 

La jeune fille resta auprès des tonneaux. 

£Ue regarda tout autour d'elle comme pour s'assurer que personne 
ne la voyait. 

Alors, — ici pore Brdot, vous n'en auriez point cru vos deux yeux, 
et je frotte encore les mîeus en y pensant. 

— Quoi donc? qu'as-tu vu? 

— Alors, la jeune fille frappe deux ou trois coups sur l'un des ton- 
neaux qui se trouvait enarrîèrej sous la porte cochère, et je vois un 
grand garçon qui en sort. 

— Un grand garçon? 

*^ Oui, celui qui est là, couché dans ce lit. 

La figure du père Brûlot exprima le plus profond étonnement. 

— Mon neveu? 
-«Votre neveu. 

— Dans un tonneau ? 

— Dans un tonneau. J'ignorais que ce fût lui : je le vis refbrmer 
les planches du tonneau dans lequel il était enfermé, et disparaître 
saélê â la foule qui couvrait la place 

— El la fille? 

—La fille ? elle paraissait vouloir qu il prit la fuite avant le retour 
de rtiomme qui gardait les tonneaux. 
■^^ Et cet homme-U ? 

— Il revint quelques instants après, et reprit sa faction sans paraître 
te douter de rien. 

< tm r^pndmîion ui inméit*. — \m Imii« œ fOmmt du 3 «oAt au 5octa- 



Le pare Brûlot ne pouvait croire ce quHl enten<U&, 

— Vraimt^nL? fit-*l en aspirant une forte prise do tabtc, 

— Vraiment, répondit rÉveillé, Jogei de ma surprise quand Je if 
revenant ici, j'aperçus votre neveu qu*on rapportait bl^sé; je k 
oounus pour le jeune garçon que j'avais vu k mt in sortir i'iw *^-, 
neau de poudre* , ^ > ^ 

— C'est â dormir debout, ce que tu me raeontes-ll , dit le ^ 
Brûlot, et se tournant vers le lit, il allait réveilier son neveu potu \i 
demander à lui-même b confirmation de ce qu'il entendait. 

Claude dormait d'un sommeil paisible; mais sa figure portait eaci^n 
l'expression de la souffrance. 

— Laissez-le dormir, dit TEveillé; tofit-à4'hi:ure, i son dn\\, 
vous racontera tout cela plus au lonf^. 

— Et où a-t-il été blessé? 

— Je ne sais pas. Les Compagnons qui l'ont relevé m'ont dit 
avait reçu un coup de feu dans ïes bâtiments du gouveroettr. 
moment où l'on voulait brûler la tille de M. Delauna^. 

Et rÉveillé raconta au père Brûlot rhorrible dessein doutai:!' 
Louis avait empêché la ré^îUs^lion. 

Le père Brûlot paraissait préoccupé d'une pensée grave, 

— ^ Il y a dans tout cela tjiielque chose d 'étrange, dit-il, en m |mi. 
lant à voix baâse, Alun neveu n'arrive pas : il devait être ici sametf; 
six heures ; on Tattend en vain pendant deux jours; on le relr; 
dans un tonneau , puis lui qui ne connaît à Paris rien ni per^ ur j 
entre dans la Bastille et risque de s'y faire tuer. Qu'est-ce qu^ cdi 
veut dirw? 

El, Ijaussant un peu la voit : Les Compagnons noirs sontpoiir^Q^ 
que chose là- dedans \ Tu n*as rien su d'eux , rÉveillé^ 

— ^Non, rien, fit celui-ci. Seulement.,. 

— Seulement quoi^ 

— ^IL m'a bieu semblé reconnaître pour un Compagnon noir TJioMi 
qui gardait les tonneaux. 

Comme l'ÉveiUé disait ces mots» on frappa. 

— Entreï> cria le pure Brûlot» au risque de réveiller son uctciî 
11 avait les idées bouleversées par ce qu'il venait d'entendre. 

— M. le docteur GutUotin , dit Finette^ en ouvrant au docteuf d 
air assez boudeur la porte de la chambre où reposait le Messâ. 



CHAPITRE Xlll. 
Le docteur CruillotiD. 

Le nom de Guilloin est aujourd'hui marqué d^un souvenir i 
rib'e 

La guillotine a pris au médecin qui en fit décrcler l'usage, son 
et le lui a rendu taché de sang injustice publique dont tout b n 
fiit le coupable, et donL un seul fut la victime- 

Le décret qui mit en usage k guillotine ne fut pas l'oeuvre H - 
pensf'^e cruelle. 

Bii:n au contraire.' 

Guillûtin était né â Saintes, en 17^8- Venu tout jeune boiu 
Paris, il y avait étudié la mf^deeine. 

Il avait eu pour m.iître le célèbre chirurgien Petit- 

D avait élé reçu d odeur en 1763 , à l'âge de ^ ans . et Prfii 
vait aMaché au service de riIôtel-Dieu de Paris. 

Guillotin s'y était fait remarquer par son habileté d^ns le;^ of 
lions chirurgicales , par son caratlère modeste et laborieux . jw 
infatigable dévouement âses malades. 

Il était estimé el aimé de tous ceux qui le connaissaJeut. Sa 
tation éuitconsidér.tble. 

Un fait le prouve bien. 

Quand Mesmer, inventeur du magnétisme animal, viiit â Pan 
1778, il annonça d'une manière pompeuse &a découverte. 

Il prétendait qu'un fluide subtil répandu dans le monde f m 
nait Péconomie et l'équilibre des forces vit^dei. 



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rOUVRtER. 



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n appelait ee fluide » renfermé dans le corps humain en plus grande 
fMntitl qa*en aucun autre, te magnétisme animal. 

Il soutenait ^e, pour guérir toutes les maladies, il suffisait de pro- 
duire dans le eorpe des malades une accumulation artificielle du fluide 
fliMgnétique. 
La.ewiositéfat prodigieusement excité^. 

Mesmer réunit autour de sa cuve magnétisée les plus illustres 
nidades. 

Lee gens de lettres , les gens de cour, les philosophes , les finan- 
ciers aecoorurent. 

Mesmer eut des partisans acharnés ; il eut d^achamés ennemis. 

En 1784, Louis XVI nomma, pour examiner la nouvelle doctrine, 
me com^ûisiion des savants les plus illustres de Tépoque. 

C'éùrient, Darcet le chimiste, précepteur des enfants de Montes- 
quieu, et fun des inventeurs de la porcelaine française ; Benjamin 
Franklin, présent alors en France , oà il venait demander à Louis XVI 
de secourir rAmérique contre l'Angleterre, les colonies contre la 
métropole; Lavoisîer, qui entra dès 25 ans à l'Académie des sciences 
et fut une des gloires de la science nationale; Antoine Laurent de 
iussieu, issu d*une famille de savants, savant lui-même et des 
premiers. 

A la liste de ces juges illustres, chargés d'examiner la doctrine de 
Mesmer , Louis XVÎ avait de sa main ajouté un nom : le docteur 
GuiDotin. 

Guillotin méritait Thonneur de cette haute confiance. 

Bon, compatissant comme tous les grands chirurgiens, il souffrait 
des souffrances horribles que les supplices, autrefois en usage , fai- 
saient subir alix condamnés. 

n avait dans Tesprit une pensée qui le dominait : diminuer les souf- 
frances des suppliciée. 

Il en avait parlé à Louis XVI. 

La roi qui, en 1780, avait supprimé la question, écouta les idées de 
Guillûlui. 

n lui crvnsellla de les étudier. 

GaUIotîn ne pensait i autre chose 

Il cherchait : il faisait des expériences; il lisait de vieux livres. 

Il avait pour ami le docteur Antoine Louis , secrétaire de TAcadé- 
nJie de chirurgie. 

Ils s'entretenaient souvent Vun et l'autre de l'importante question 
sûuoiise à leurs recherches par le sentiment de l'humanité et la vo- 
lonté même de Louis XVI. 

Qui aurait dit â ces hommes de bien que la machine inventée par 
^^ux acrait l'arme terrible des plus terribles excès ! 

Le docteur Guillotin ne prévoyait pas ces choses quand il entra, le 
sourire aux lèvres et le front radieux , dans la chambre où Claude 
Ciiopïn était couché. 

C'était un homme de taille moyenne. 

Il avait la figure grande , ouverte et les traits généraux parfaite- 
ment réguliers. 

Son net, peut-être un peu plus grand qu'il n%ût convenu, donnait à 
sa physionomie une certaine originalité. 

Ù portait perruque comme tout le monde alors^ : les médçcin^ , 
motas que personne, ne dérogeaient à cette mode que la Révolution 
aUait emporter. Des lunettes d'or ne cachaient pas le feu éclatant d'un 
regard vif et spirituel. 

Ce regard était singulièrement doux , ce qui venait peut-être de la 
couleur des yeux qui étaient bleus. 
f' iiù. costume du docteur répondait à l'idée qu'au premier abord sa 
' physionomie donnait de son caractère. 

Il portait un habit noir à queue , vieux . maift admirablement 
propre • 

Le go) , la cravate de fine batiste , le double jabot en mousseline 
brodée entouraient les joues et le menton toujours frais rasé. 

C'était ime des élégances favorites du docteur; il se fût rasé trois 
fob par jour plutêt que de laisser un poil de barbe hérisser la surface 
Manche ^ rose de ion mentoa* 

k 



Uoê culotte de drap noir, des ^ands bas de coton bleu^ tirés ^tir U 
jambe avec coquetterie et de manière i ne Taire aucun pli mal séante des 
souliers toujours cirés avec soin et décorés de deux grasses boucles 
en argi^nt} témoignaient que le docl^uf Guillotin ne man([uait pas d'a^ 
voir pour sa personne une certaine recherche modeste et de boa 
goût. 

Ce qui était surtout remarquable chez le docteur Guillotin c'était sa 
main. 

Habituée aux expériences et aux opérations chirurgicales » elle était 
blanche et ten^e loueurs rigoureusement propre ; elle était souple 
et merveilleusemeni adroite , 

Le docteur Vâgîtâît sans cesse avec une sollicitude qui , dans le 
principe, avait bien eu pour cause un peu de vanité , mais qui était 
passée en habitude. 

A la vue du docteur, rÉveiUé et le père Brûlot, assis près du lit, 
ce levèrent. 

Guillotin et le père Brûlot se connaissaient depuis quelques 
années. 

Un Gampagnon de la Croix étant tombé dangereusement malade , 
on l'avait porté â rHAtel-DJeu. 

Le père Brubt avait été le voir, il avait rencontré Guillotin. 

Le médecm et l'aubergiste avaient causé longuement Tua avec 
l'autre. 

Il avait été nécessaire de révéler au docteur qui soignait un Com-> 
pagnon les secrets du Compagnonnage. 

Le docteur Guillotin n'était pas homme à les trahir. 

Il s'était établi entre l'homme de l'art et l'homme du peuple une 
sorte d'amitié dont le principe était la confiance réciproque. 

— Vous êtes à Paris, docteur T demanda avec élonnement le père 
Brûlot en présentant un ^iége au médecin, 

— Oui , répondit le docteur, j'ai quitté Versailles ce matin , l'As- 
semblée n'aura séance qu'à deux heures demain. 

Le docteur Guillotin avait été nommé membre de rAssemblée na- 
tionale. 

— Et qu*est*ce qui vous amène î vous n'ave£ pu deviner que nous 
avions un malade! 

— le suis venu d^abord pour faire une tournée àTHâtel-Dieu, ptiii 
comme j'avais le temps, j'ai voulu voir de mes deux |eux s'il était vrai, 
comme on le dit â Versailles, que la Bastille fût à terre* 

— Vous avex vu qu'on travaille à la démolir» Ils Tout prise mardi ; à 
la b4te qu'ils y mettent , il n'en restera plus pierre sur pierre di^ 
manche prochain. 

— Je n ai pas encore vu cela* 

— Comment? 

— Non , j 'étais entré demander de vos nouvelles ; M"» Brûlot m'a 
dit que vous étiet ici près d'un malade : je suis monté. 

— Vous êtes bien bon ^ fît le père Brûlot, d'un air reconnaissant. * 
Je le disais hier soir â Finette : si i^ous avions le bon docteur ! 

Le docteuff depuis quelques instants, regardait Claude Chopin. 
Celui-ci paraissait dormir. ,. "j 

— Qu'est-ce que ce garçon4â ? demanda le docteur, 

— C'est mon ne? eu, Claude Cliopin, répondit le père Brûlot. • 

— Qu'est-^ce qu'il a ? 

— Nous no savons trop. ** 

— Il a été blessé? 

— Oui, hier mardi, au bras, ' 

— Au bras t 

— Ouij mais voyei* 

Le docteur Guillotin se leva , se pencha sur le Ht^ souleva Ta co«- 
cf tura » et dégageant légèrement le braa de Claude ^ l'examina a^ec 
; it en lion. 
Claude ne se réveilla pas. 

Le docteur parut surpris de k persistance du sommeîL 
U tdta le pouls. 

— La blessure n^e^t rien, dit-il, mais 

— Mais? demanda le père Bniiot 



^ I 



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m 



L'ouvniEn. 



j ** Hr» il y a autre cli4i«e. 
^ Autre chose t fit rËvcillu, qui l'ftâit tenu au r^hcvet du lit. 

— Oui, reprit le dotleiir, et s'adreisanl au père Brûlot : Votre ne- 
l«ii a une fièvre eérébrila asses violenta. - 

— VoDs erojciT 

*— J'en suis sûr. ^ 

•— Cest Irèfr-gra^at 

— Non, iî guérira, seulement il faut àm soïns. 

— 11 en aura Le pauvre enfànl! munnuo le père Ërulot avec im 
aecent qui témoignait d'une grande tendresse, d'une tendresse plus 
grande que celle que les oncles ont ordinairement pour leurs neveux. 

-~Ce n'est pas tout , reprit le docteur. 

— Quoi encore? 

-^ It faut me dire avec les plus mînutleu^i détails comment votre 
neveu a attrapé cette bles&ure et celte fièvre. Il s'appelle Claude, votre 
neveu T 

— Oui, Claude Chopin. 

— Vo;on« t comment et dans celles eirconstancea a-t-il été 
blessé T 

1^ dt>cteur s'assit. 

Le piVe Brûlot commença, en parlant très-bas, le récit des événe- 
ments singuliers que rËvejllé, quelques instants auparavant, venait de 
lui raconter. 

— Parlez haut , interrompit le docteur ; il ne se réveillera pas, 
in outrant Claude profondément assoupi : il a ce soir une fièvre très- 
forte ; il ne se réveillera, s'il se réveille cette nuit, que sous Tétreinte 
du CAUchemir, 

ÏA' père Brûlot continua. 

LKveilfé, ne disant rien luî-m^me , écoutait et confirmait par ses 
gestes d'affirmation ce que racontait Taubergisfe. 

Ces trois hommes , le docteur, le père Brûlot et le Ilouleur des 
Compagnons, étaient tournée vers le Ut. 

La fenêtre était ouverte derrière euï. 

Tout-à-coup un homme passa k tête. 

Il était entré par Ir j rifin, sans que personne le vît. 

Arrivé â la maison, il ^'était atlacFiè aux barreaux des fenêtres du 
re3^<da-rh.iui5ée , puis, posant las pieds sur les volets de bois épais 
comme des portes , il se trouvait avoir la tête â la hauteur de la fe- 
nAlre du premier étage. 

A cj^tendrnif^ un noyer qui poussait devant la maison des branches 
chargées d\me végétation puissante, y jetait une ombre épaisse. 

Un rosier au feuillage touffu pouvait en outre servir â cacher le 
hardi personnage qui tentait une si périlleuse escalade. 

Arrivé à la hauteur de la fenêtre, il jeta un regard rapide, vit le lit, 
et li^s trois hommes placés auprès. 

Il df^meura immobile , Toreille tendue pour écouter ce qui S6 
disait, 

f La $»itt iiii prackain numêrQ.} Clément JudT. 



LÉGENBES Di L'ATEUER. 



LE"^ MOINES, 



Au milieu d'une des ramp^igoes les plus soUtiiîres et encore â demi 
lauvages du paya d'Ouche , au fond d'une vallée oi^ serpente la petite 
rivière h Ciiarenlone , entourée de forêts cl de bois taillis, apparaîs- 
lent tout-âcoup, au s^Oîlir d*un d;emin crpin et profond , les ruines 
fun vaste édifice», de construction presque rojalp, dont les matériaux 
tmmen&es semlikut transportés en ces lieux dcserts par enchantement 
vu par miracle. 

C'est Ta bkive de Saint-Évroult, irOuche , uuiil Torij^in » rrmonlft 



au Vo siècle, un des plus beaux souvenirs religieux et artisliqg^^ di* 
la catholique Normandie. 

Le vieil édifice est renversé et ses ruines imposantes jonchex>t h 
sol. Un pan des croisillons de Téglisc, haut de soixnnte pieds^ Cht en- 
core debout, ainsi que les arcades du côté droit de la nef. 

Un four à chaux, ménagé (fans les murs de Tancien chœur, e( dont 
la fumée continuelle noircissait les derniers restes des vieilles colon- 
nades, a englouti, comme un chancre rongeur, durant de longues an- 
nées les riches chapiteaux , les corniches à délicates dentelures . les 
ogives gracieuses, les statues mutilées, tout ce que les siècles, Fart et 
la foi avaient laborieusement amassé à Saint-Évroult d^inappi^ables 
trésors. 

L*œuvre de destruction n*a pu venir à bout cependant des derniers 
vestiges du vénérable édifice, tels que la mense abbatiale et d*aulres 
intéressants débris. 

Laissons en paix ces ruines. A d^autres les promenades an 4iîr de 
lune , â travers les cloîtres , au milieu des galeries envahies par le 
lierre et la vigne vierge, que les giroflées sauvages enlaeent de leurs 
guirlandes, et oik les joyeux chants des nids ont succédé ans paves 
psalmodies des siècles passés. 

Lecteurs et conteurs de nos jours sont beaucoup trop pressés pour 
se livrer ainsi aux rêves et â la poésie. Au lieu d'attendrissements ina- 
tiles, transportons-nous plutôt aux plus beaux jours du monastère. Et, 
si vous n*avez pas peur de vous aventurer en un tel lien, rempli, au 
dire des gens que vous savez, de tant de crimes et de mystères, aidés 
des vieux chroniqueurs , nous verrons ensemble ce qui s'y passait. 
Notre excursion est essentiellement rétrospective, puisque c'est an 
XI* siècle que nous voyageons, fantaisie â eonp sûr innocente et pea 
coûteuse. 

Nous allons par le train express ( qu'on nons passe cet tntdiro- 
nisme). Nous nous dispensons d'un travail dier aux conteurs à tant 
la ligne et la page : le plan et Tétat de lieux du monastère et de ses 
dépendances. Nous résistons â la tentation d'étaler sans trop d'aflee- 
tation notre érudition archéologique , en décrivant les transsepts, tes 
fenêtres â. meneaux, les chapiteaux refouiQés et les pierres tombales 
de la vieille église. Nous ne jetons pas même un coup-d'oeil sur le 
réfectoire, malgré ses élégantes sculptures, peu en harmonie, peut- 
être, avec les rigueurs bénédictines, et sans nous occuper davantage 
de savoir si la règle de Tabstinence a été, dans les derniers temps» 
aussi strictement observée à Saint-Évroult, que celle de l'aumône 
et de l'hospitalité , hâtons-nous d'arriver au but principal de notre 
voyage. 

— Ni la chapelle, ni le réfectoire ! mais que Venons-nous donc 
▼oir en ce monastère, s'il vous platt? 

—L'atelier, lecteur, ne vous déplaise. 

— iJn atelier ! chez des moines ! an XI* siècle ! 

^•Qui, certes, on atelier, et assez bien organisé, comme 
allez voir. 



11. 



Cest le temps des grands moines. Leur vie est rude et simple, f^'^^ 
monastères en forme de châteaux forts, de peur des invasions, svi»t 
grossièrement construits, solides et pauvres. 

Après avoir gravi un large escalier, dont chaque marche est vm 
bloc de pierre , nous arrivons devant une porte de chêne où je lî/ 1 
cette inscription * 

Mathildis Regina uxor Guilletmi eonquestoris regii Angh 
Et dweis Nwmànnorum Vlicum venit fralibus que ddliê 
Sumplibus lapidem trieorium ubi una reftcererU constrid 
PracepU, «nno 1081 wb Manerio atfbah *. 

Ce trieorium, on réfectoire, appelé ainsi par les moines da «ai ut 
* Hevue normande, pèlerinage à Saiot-Évroult, tome K page 171k 



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L'OUVRlIîH. 



ISB 



loit, ii*ê8t iutro que k bibliothèque, le second sanctuaire du mo- 
-^lumtAre. 

Plueiean tables et quelques sièges en chêne poli , lourds et mas- 
sifs, garnissent la saUe de moyenne grandeur, voAtée à plein cintre 
et éclairée par trois étroites fenêtres. 

Un meuble contenant cent et quelques Tolnmes forme le vrai tré- 
sor de Saînt-Ëvroalt 

Çâ et U» appuyés sur les taMes, ou sur les pupîtreiB, les moines 
immobiles sont plongés comme en extase , «hins l'étude des par- 
diemins in-fo|io. 

Le type du moine de ce siède respire la force et Faustérité. On y 
eent le soldat et Toufrier , plutôt que l'homme d*étude et de pieux 
loinrs. 

La tête est belle, d*une proportion parfoite; le crÂne nu est poli 
eonme Tivoire; les traits purs , arrêtés, corrects , sans maigreur; 
Fœfl vif, intelligent et doux. Les moines dû XV« siècle, dans les pein- 
tures dllolbein et de son école, sont plus gras et plus Tulgaires. Le 
fea intérieur de la contemplation ne brille plus dans leurs regarde. 
Leurs chairs pendantes et leurs joues creusées sentent trop le mé- 
lange de la vie du cloître et du contact avec le monde. 

Maïs au Xl« siècle la vie monastique est dans toute sa splendeur. 
La pénitence dompte les corps, la prière épanouit les âmes. La séré- 
nité, la joie, l'extase remplissent de vie ces célestes solitudes. 

Un jeune religieux reçoit en ce moment du moine bibliothécaire 
un livre qui doit être recopié et le transporte dans la salle voisine^ 
râtelier de calligraphie, le seriptoriim. 

Plus de cent moines y sont occupés i écrire ou à confectionner des 
livres. 

Le plus absolu silence y est observé. 

n est défendu aux moines de quitter leurs places pour se promener 
dans cette salle destinée à un travail particulièrânent important et 
saeré. 

Personne ne peut y pénétrer, si»en l'Abbé, le Biblieâiéeaire et le 
Soas^Vîenr. 

C*esl le BiUiethécaire <|tn remet aux moines les ouvrages à tran- 
scrire et leur fournît tout ce qui est nécessaire. Ils ne peuvent rien 
copier sans son consentement. 

Chaque moiee a son occupation particolière. 

Le travail est organisé i rendre jaloux nos modernes industriels. 

CeuxHst n*ont pas deviné les premiers les avantagée du travail divisé. 
Les moines les avaient trouvés avant eux. Seulessent îk eurent le se. 
cret de ne pas annuler l'ouvrier et respectèrent en hd, avee l^mour 
légitime de l'csuvre accomplie, la liberté de l'art 

« Un moine corrige le livre qu'un autre a écrit. 

» Un troisième fait les ornements i l'encre rouge; 

• Gelui^ se charge de Uponctuation, un SUtre des peintures. 

9 €elui-ci coUe les feuilles et relie les livres avec des tablettes de 
bois. L'un les prépare, l'autre apprête le cuir, un autre taille des lames 
de métal qui doivent orner la reliure ; un autre coupe les feuilles de 
in, un autre les polit, un autre trace les lignes qui doivent gui- 

ir réerivain, un autre prépare l'encre, un autre les plumes, etc. *. » 

De toutes parts s'étalent sur les grands pupitres les parchemins 
ibloaissants d'or et d'éclatantes peintures, les fortes reliures aux 
ifges fermoirs, aux cuirs épais frappés de dessins grossiers et fântas- 
iques. 

L'Abbé du monastère , Théodoric , est là. Il donne l'exemple et 
achève un magnifique antiphonaire *. 

Osbeme, aussi Abbé de Saint-Évroult, poussait l'humilité et le zèle 
jusqu'à fabriquer lui-même les écritoires pour les jeunes copistes. 

Guignes, cinquième Prieur de la Grande- Chartreuse , plaçait au 
premier rang des devoirs monastiques la copie des bons livres et 
disait: 




fto Fibbaye de Saint-Victor. 
• Orderle Tital moioe de Ssiat-Évroult, «mbs son Bisteire esdésiaatiqpe , 

la. 



• Nous apprenons I lire I tous ceux que nous recevons parmi 
nous. Nous voulons conserver les livres comme réternelle nourriturs 
de nos âines. i 

D'autres scribes illustres dans la calli graphie de ce siècle, élèves de 
l'abba]fe de Sa int-Ëv rouit» siègent auprès de l'Abbé, 

Son neveu Radutphe tumscnt un missel ; Hugues, le Décalogue; 
Roger, les livres de Salomon ; Bérenger, depuis évêque de Venosa« 
Goscetin, Bernard, Turquetit, recopient patiemment avec une DeUetd 
qui surpasse facilement nos tirages mécamqueSi si pâles ^si inégaux» 
les traités de saint Jérôme et de saint Augustin^ r£aeïde de Vjfgile 
et les tragédies de Sophocle '. 

Avant de se mettre I roeuvre, les moines eaUigriphes ont dil cette 
ptîàre pour glorîûer et sanctifier Leurs travaux, comme le Benedkite 
avant le repas. 

1 Daignes bénir, Seigneur , ce tcripimum de vos serviteurs, et 

• avee lui tous ceux qui rhabitent, afin qu'ils comprennent parfaiU-» 

• ment et accomplissent fidèlement tout ce qu'ils auront lu ou tran- 
v scHl de vos divineâ Écritures. Far Notre Seigneur, etc. i 

Comme la prière accompagne incessamment le travail , les outils, 
les mains , le corps tout entier observent avec la langue un profond 
et religieux silence • On croirait Fatelier désert, si un mouTt^ment 
léger et discret n'y décelait ranîmation et U vie. 

nt 

Tout-^-coup, au milieu du sîlsnt^ profond qui enveloppe le nHnaff- 
tère et tout te désert, la cloche de la haute tour ' se Tait entendre et 
nu glas funèbre prolonge au loin ses notes entrecoupées et lugubres. 

A ce signal , avec plus de promptitude et d^ensemble que ne s'exé- 
cute une manoeuvre militaire, Is plume, le pinceau tombent de tou- 
tes tes mains, le travail est înter rompu ; les religieux sont debout 
immobiles I leur place. 

A un mouvement de l'Abbé, ils sortent aussitôt par longues filet 
dans les corridors et les cloîtres , glissant comme des ombres, sani 
agitation et sans bruit. I#*habitude des mouvements en commun, la 
paix de leur Âme merveilleusement renétée sur leur visage «t dans leur 
personne impriment encore à leur démarche quelque chose de calme et 
d'angélique. 

lia sont descendus dans U salle du chapitre , couronnée 4*arcades, 
de quarante pieds de long sur vingt-cinq de large '. li, un moioe 
ètenitti sur la cendre achève son agonie* Les frères, â genoui., psal- 
modient les prières des agoni&anta. 

Immobiles et profondément recueiUis, îh renvironnent, priant avec 
ferveur, 

Haifi ragonisanl, pâle et hagard, murmure à peine les prières, s'a- 
gite convulsivement et détourne ses lèvres du crucifix que le Père 
Abbé lui présente, La psalmodie des moines couvre ses cris étouffés 
et fts gémissements. , 

Le malbeureux cache sa tête dans le sein du Père Abb£, pencliu 
vers lut, et cherche 1 s*| réfugier, I 

A pein4 son front touche*t-il la coule noire du vénérable T^ére qu'il 
eipire. 

Les moines , saisis de terreur, â cette triste mort, si rare parmi 
eux, restent longtemps prosternés et continuent leur» prières. | 

Enfin, ils se lèvent, et viennent jeter tour à tour, soi va rit l'usage, 
Teau bénite sur le corps du décédé, puis descend eut silencieusement 
au cliceur, où commence Toffice des morts. i 

Le cadavre y est bientôt transporté < Un cierge brûlé prés de lui. 
Durant la nuit, â lour de rôle, deux religieux viennent prier, 

La faible lueur du cierge éclaire â peine le visage livide du mort^ 
et laitse la vaste église plongée dans une profonde obscurité. 



* Ordcric Vital 

* U totir de Saint* Évroidt avait cent pieds de 
■ Ik^uf normande, U>m» ^* 



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t9§ 



fOUVRïER; 



Eiifiti les vkraïix de* hmln fenêtre* se détachent plus lumineux 
«If h masse des ténèbres et font pressentit k jour. 

L'un des moines , surpris par le sommeil , s*êHt endormi. L'autre, 
dominé par une invincible terreur, feiUe toujoura, et fixe sans cesse, 
comme maigre lui , ce vïiage effrayant, qui a gardé , dans U mort, 
répoutante de Télé mi té. 

Le moine s'aperçoit de la faiblesse de son compagnon, et, autant par 
chirîlé pour le d^runt, prifé de Vassiatance de seg prières , que par 
iffroî de sa solitude, il s'efforce de le réveiller. 

^ Mou Jrère, murmura-t-il I voix basse, prions bien pour notre 
^nvre frère Rudulpbe. 

^Hêlas! où est-îl maintenant? repond Taulre ea se frottant les 
yeux, 

-—Grand et lélé copiste, il ett vrti, mais petit religieux ; combien 
4e fois repris et puni par le Père Abb^, et retombant sans cesse dans 
Il paresse au chceur et la négligence de la règle l Ob l mon frère, 
louhaitons-lui le purgatoire. 
: » Hélas, il fieraSt trop heureux t 
j ^^ bilence i fatt une voix éclatante. 

' Et le capuchon du cadavre se relève. Et les bras a*ouvrent. Et le 
corps se dre&se...,. 

Ce«t le mort qui ressutdie..,.. ' 

Le» deux mômes causeufs s*enfiiÎ6At épouvante- 



V9. 

Et frère Eudulphe se lève, prend le cierge et sort de Téglise. 

H gravit plus légèrement qu'en pleine santé les. degrés de Tca- 
rfîer. . ■ • 

Pâle, le cierge eti main, il entre dans le smptmnm, oui les moines 
sont déjà au travail. - ix 

Les lampes allumées éclairent encore les travailleurs et jettent une 
elart4 moins vive, contrariée par les lueurs du jour naissant, 

A rentrée soudaine de Rudulpbe , un cri de toutes les poitrines 
rompt Vobligatiou et la coutume sacria du silence* 

Le moine ressuscité tend les bras â sou Âbbé, qui frémit d'abord. 

Mais ramoùr fraternel remporte sur la terreur. Tous les frères en- 
tourent Rudulpbe. Le Père Abbé Terabrasse, les autres après lui. Puis 
tous descendent àTéglise. et, d'une seule voix, chantent Te Dtum. 

El au milieu des frères remplis de joie, voici ce que Rudulpbe ra- 
conte, «mil qu'il est rapporté tout au long, dans la chronique do vê- 
aérible frire Ordertc Vital, moine de Saint-ËvrouU. 



— Mes frères, réjouîsse«-vouft avec moi de k grande miséricorde de 
Dieu. 

J*ai été sauvé de Tenfer et j'ai obtenu la grice de revenir parmi 
vous réparer |ïar la pénitence toutes les fautes de ma vie* 

Ce ne sont pas seulement vos charitables prières, ni le^i mérites de 
saint ÉvroUit, notre père, qui m'ont valu cette grAce^ ce sont,, comme 
vous ailes voir, tes travaux du monastère. 

Oh ! mes frèreâ J si Dieu a été û bon pour moi« indigne religieux, 
quelles seront votre récompense et votre gloire, à vous, si lélés au 
travail < :. si fidèles observateurs de nos saintes règles ! / -■-, 

Bènû^ons nos labeurs , mes frères 1 Chaque lettre écrite en ce 
laonde effiice un péché dans le ciel, 

h peine mort^ mon âme a paru devant le Juge équitable pour èlr^ 
^laminée* 

Les mauvais esprits portaient contre elle de vives accusations e! 
folsaient Texposé de mes innombrables péchés. 

Le divin juge me présenUit un visage de plus en plus courroucé, h^ 
fOyaifi sa juste vengeance prête à éclater sur moi. 

Et je ne répondais rien ! Et je tremblais ! Et je me voyais perdu- 

L'irrêt aliiit être prononcé quand lej lâinte aufei parkir^nt. 



lU présentaient au juge souverain des vivants et des modi et fi^^ 
livre des Saintes-É^^riturea, conmiencé par moi > il y * dix^hmit aai|l' ' 
mon entrée au monastère, et i oeine achevé queiquBB jours a^aiit IM 
mort. 

Le visage du Seigneur s'adoucit en considérant c^t ônvrAf^, ft lei 
anges obtinrent de lui que chacune de ses lettres eiîacerait tm de mes 
péchés. 

!*es angf.s comptèrent donc lettre par lettre tout Ténorme volum*. 

Et les démons, de leur cAté. énumc raient I mesure tous mm 
péchés. 

Leur nombre immense m'apparaissait et me plongeait àm^ U d*- 
se^poir. 

J'étais persuadé que fâ miséricorde de mon juge et ta clieritê du 
anges seraient encore vaines à mon égard. 

Enfin, anges et démons acheTèrent leurs comptes. 

Une seule lettre dépassait le nombre de mes fautes. ^ 

Les démons faisaient d'incroyables efforts pour opposer encore quel* 
que péché. 

Mais ils ne purent en trouver un seul et le Juge se tournant vi» 
ma pauvre âme^ plus morte que vive, lui dii avec bonté \ 

— Frère Rudulphe, les œuvres Tout valu miséricorde. Va mainte* 
nant, fais pénitence et tâi^he d'édifier désormais tes frères autant gus 
tu les a scandalisés. 

J'obéis , et me voici maintenant devant vous , vous demandant di 
vouloir bien me recevoir encore parmi vous et décidé à tra^Dir 
d'une ardeur égale aux manuscrits du monastère et au salut de xqob 
Ime- 

Et vous voyez comment , mes frères, chique lettre tricée dsst b 
monde vous sauve un péché dans le ciel *. 



C'était la parole que le saint Abbé Théodoric se plaisait l rèpltff 
depuis â ses moines. La légende dii frère Rudulphe et la maiime h 
TAbbê Théodoric pénétrèrent dans les autres monastères , encettri* 
géant les religieux dans leurs labeurs, multipliant les manuscrits et, 
avec eux, la parole divine, les actes des saints, les amiales de lliittuifi 
et les trésors de Tesprit humain. 

Et voilà comme , au Xl« siècle, temps obscur et barbare « diNn, 
l'ÉglÏEe honorait le travail et en faisait comme la clef du ciel , gtofi* 
fiant do toutes les manières celui de tous les arts le plus opposé 11^ 
gnorance et h Fop pression ,1e plus favorable â la science^ à U civifiM» 
tion et i la liberté, Mauîuck Le PnlvosT. 



Là HORT. 



La mort ! titre lugubre » sujet plus lugubre encore pour un laÙei8.1 
Rassurez-vous cependant , âmes îrop faible* que ce seul mot fait fri- j 
sonner \ il ne s'agit ici de vous faire contempler ni le hideux iqi 
de convention dont Timplacab t^ faux moissonne sam» pitié I s 
rations des êtres , ni le cadavre décoloré d'un homme » votre ssmliU« ] 
hle , ni même un pauvre malade aux [irises avec les mjttéfi eûtes itttJ 
xiétés du moment suprême. Non , soui ce titre solennel , M. Alfr«4il| 
^ Dreux et M. Bocourt , après lui , ont peint la vie s'agitant autour d*l 
morf. Voyez plutdt le regard triomphant du chasseur au moment ol| 
élève dans w^ airs ce renard si longtemps poursuivi ; voyez l^ari 
ces cbiens baletiants qui rêclamcrit la curée, et, dans un coin do 1 
le coursier Edèle qui, lui aussi, prend part â la victoire et semhll] 
t'enivrer des fumées de la bèia. Cette petite scène n*ett-ell« pu \ 



' Le fond et la phi part cî^s dt^tailji de cocie tfegcnîîe mïiï empraftifii it 
' U^ê if Or iu Art* iî Mstitr§ dti bibliopiiilo Jaoob (H\û L«crgi|J «t I itic- 
1 ttk» M ^ Normafk^* d'Onl0n« VitaJ< 



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m^.m^'-'i:. 



rOtIVRIBR. 



191 



t plefee d*intérét , cl Tœuvre de M. de Dreux , si bien copiée par 
M. Bocourt, a-t-elle d'autre défaut que son titre? 

Eugène Pénel. 



LES OBAGES DE LA HÈRE NOIRE'. 



CHAPITRE XV. 
Il'appreatissage de la vie. 

S^l est une chose tnste au monde, c'est le spectacle de gens qui 
s'aniusent et qui rient au milieu d'une grande douleur, et s'il est quel- 
quefois donné à l'homme de contempler cet odieux contraste, c'est 
toujours parce que l'amour dé Tor et un motif d'intérêt matériel ont 
passé par là. 

Quand Jésus , la grande victime du genre humain, souffrait l'ago- 
nie du Calvaire et que les gouttes de son sang ruisselaient sous les ai- 
guillons de sa couronne le long de sa face divine , des Pharisiens le 
contemplaient de loin , sifflaient en hochant la tête et lui adressaient 
de haineuses injures. C'était le triomphe de la perversité superbe et 
rbymne de victoire qui s'échappait du cœur de ces philosophes pour- 
ris, dont la bouche mourante du Fils de Dieu ne pourrait bientôt 
plus stigmatiser les vices et flétrir le détestable orgueil. Il y avait chez 
ces hommes un sentiment infâme et une volupté satanique , lorsqu'ils 
venaient si avidement boire du regard les dernières angoisses du 
Christ ; mais au moins c'était là quelque chose d'énergique et 
cette cruauté sauvage était moins hideuse à voir que l'acte des hom- 
mes rapaces qui, accroupis sur la terre au pied du crucifix , jouaient 
aux dés la tunique sans couture du Rédempteur. Sa mère qui l'avait 
eDe-même tissue de ses mains virginales , était là dans les larmes, et 
ils jouaient! ils jouaient pendant que les gouttes du sang divin tom< 
baient silencieusement sur la terre et rejaillissaient sur eux , et ces 
mains avides, qui venaient de clouer le Christ sur la croix, après avoir 
accompli la tâche qui devait leur rapporter un salaire , cherchaient 
maintenant le moyen d'augmenter leur bénéfice immonde en parta- 
geant les vêtements ensanglantés d'une victime sur laquelle ils ne 
daignaient plus porter les yeux depuis qu'elle ne pouvait plus leur 
procurer aucun lucre , et c'est ainsi que le Sauveur mourait cruci- 
fié en même temps sur un double calvaire , le calvaire de la haine 
et le calvaire de l'oubli. 

C'est que tel est le caractère spécial de la passion du gam , elle ou- 
blie tout , jusqu'au mal qu'elle opère. Ce n'est ni la vengeance , ni la 
colère , ni l'orgueil blessé ; c'est Tégoîsme descendu à fond de cale 
d.^ns sa propre bassesse : c'est l'insensibilité froide d'un être qui a 
dubstitué.nn sac de gros sous â son cœur. ' 

Un des préjugés les plus répandus dans la société est celui qui 
nous fait croire que le spectacle habituel des misères qui affligent 
rhumanité finit par endurcir le cœur et, pour me servir de ce mot, 
par rinsensibiUser. C'est une calomnie contre la nature humaine et 
contre son auteur. Dieu n'a pu façonner un être assez méchant pour 
que la vue des maux de ses semblables lui devînt une cause néces- 
saire d'apathie ou de sécheresse d'âme, et, en jugeant la question a 
priori , on comprend mille fois mieux que le cœur devienne de plus 
en plus sympathique à la douleur d'autrui et s'attendrisse à son 
contact à mesure que la raison de partager cette même douleur se 
multiplie davantage. Voilà pourquoi un prêtre, une sœur de charité, 
qui vivent dans uA milieu où les afflictions abondent, ne reçoivent 
de ce contact habituel qu'un développement plus complet de la 
fiicuïté qui sait y compatir et une intelligence plus délicate des 
remèdes qui les soulagent , tandis que certains médecins, certains 
hommes de lois, dont les fonctions extérieures sont presque idcnl.'- 

• Voir \»B p«* de l'Outnrier Uu 44 uiai au '2i juiii , du 6 «u S7 juillet, lics 
10 ei aà Mût» 7 et U septembre, et 5 octobre. 



ques , m hmWhmmt tellement avec elles que h aouffince pijfsique 
ou morale de rhomme devient souvent pour eux une distraction- If ne 
lésion organique formidable ou une colique atroce ne sont pour lea 
médecins dont noua parlons qu'an beau cas médical ; quant aux hom- 
mes de loi , la réllexiDn de Perrin^Dsndiu , malgré son exagération 
apparente, renferme un fond de vérité qui trouve chaque jour §èi 
firiDiition dans la vie pratique de plusieurs d'entre eux. 



[ 
• V 



N'avex-vous ra Jamaîfi donner la quoatioQ T 

ISABELLE. , 

Non; et ne te verrait que ]o croîs, de ma visi, 

FSRRIH-DAHDIK. 

,Venez, je vous on veus lairo passer Tenvit* 

[S 10 ELLE. ' 

Hé I EoODsieur ^ peui-on voir aouffiir des tûalhsurcui f 

FEJ^nn-OÂNOm. 

Boni cel« folL toujours passer une hoitr^ ou deux^ 

( Racine^ Ua Plaidmrtj acte tlJ , icèoe ii ) 

La raison de cette différence est que saint Vincent de Paul et sainte 

EUsabelh ne touchent â L*intirmilé que pour ramotir de celui qui 
ÊOuffre, tandis que Perrin-Daodin et Diaforiua n'y Toitint qu'une afldire 
de gagne-pain ; pour les uns c*esl Tart de vider sa bourse , pour les 
autres , c'est Tart de la remplir. Quand on touche une plaie avec h 
main de la charilé^ la blessure ne se guôrit jamail Mns que le cœur 
de l'opérateur ne saigna ; non ^ on ne aliabUue â contempler Troîde- 
mcnt les misères dfs rhumanité que lorsqu'on se deminde combien 
elles nous rapportent. 

Mais s'il en est ainsi pour ceux-15 même qui font de cette profes- 
sion une spéculation honnête, que devient la fibre sensible de ces gens 
.Ipres â la curée qui , non contents de se faire payer leurs j>eîiiefi et 
s*)ins légitimes, rêvent aux mo^enB les plus efficaces elles plus adroite 
de créer une infirmité morteliti afin de tarifer l'agonie dti malade et 
de bii fdire payer sa mort ? gens de la race du vautour dont h serre 
iinpiloyable ne sait lâcher sa proie qu'après en avoir fait un horrible 
festin ; qui, pour ne rien perdre, vivent autant dn métier de \o%- 
lojeur que de l'office dd bourreau et trouvent des secrets ineffaMus 
pour se transformer en vers rongeurs , afîn de s'acharner jusque dans 
son tombeau sur le cadavre de leur victime 

Tel était Monsieur le Ladre ; tel nous l'avons vn dans la façon de 
procéder qu'il avait employée. Il possédait àîïaint'Malo une boutique 
de brocanicur; mais cf; qu'il possédiit principalement, c^dtait l'aride 
gagner de l'argent, il était parti de bas pour descendre plus bas en- 
core : comme tou^ les «vir:-^ il nr; s'ût^tit enrichi que pour s'appauvrir. 
Son père lui avait lègue avec un modeste avoir los principes d'une 
économî*} outrée, el lut , enchérisïfiant sur l'aulenr de ses jonrs, avaii 
atteint en matière d'avarice les colonnes d'Hercule du possible. Il 
prêtait â li petite semaine , exigeant des intérêts usuraires qui quin- 
tuplaient chaque année son capital , ce qui ne fempéchait pas de di- 
minuer d'autant ses dispenses. Jamais, dç mémoire d'homme, on n'avait 
vu de chandelle allumtïe dans ?a maison ; on disait qu'il poussait Tes- 
prit de sa profession jusqu'au point d'ôter sa culotte quand il était 
seul, chaque fois qu'il voulait s'asseoir. De crainte d'être inquiéld 
par la justice il avait recours â mille ruses pour dissimuler ses hon- 
teuses cxip^ncei, lantût faisant faire unbiUel de vingt mille livres â 
celui auquel il en avait pr^té dix , tantôt contraignant un empnmteur 
aux abois à accepter comme argent comptant des marchandisf?^ ava- 
riées, tnntiM prêtant sur pges des sommes modiques qui se voyaient 
décuplées sur laclc et qui Itil assuraient ainsi la propriété d'nn objet 
de grand prix. Toutes les ressourcei de son arl lut étaient iellemenl 
familières qu'il eût [lu, s'il eût existé une cbaire d'u&uro, y prend ro de 
droit k place do professeur, il n'y avait dans sa demeure que deux 
êtres vivants , un chat maigre et une nièce plus maigre encore; le 
premier livré à sa propre capicilé pour trouver sa subsistance, 
M. le Ladre ayant pour principe que chacun doit virre de son métier. 



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%n, 



L'OUVfilER. 







Li nwowr iKiUM|iie diiiît que la pauvre animal toit eondamni à in- 
bir le traitement înt^ignt; ût lenrir chaque matin dedécraaeoir i ton 
Qiallre qui , «près &'étre kvé le YÎsage et lea mains , économisait ainsi 
ton linge et les frais de blaticliissage. Une fois seulement dans aa lie 
H. le Ladre Tut vidime de rinsolnbilité d'un débiteur. Uneperte de 
quinte ceais fran» lui fit instantanéfneiit perdre la raison. Le soir 
même sa niëce entendant un bruit insolite dans le grenier monta en 
grande hâte, et vit son oncle bien et dûment pendu i une solive. Rele- 
ver Tescabâau qu'il avàit éloigné d*un eoup de pied et couper la corde 
Tut Taflair e d*an insUnt ; quand elle Peut trattoé sur son grabat et ravivé 
i fbrc^ de frictions» te premier soin de 4*avare fut de s*onquérir de ce 
qui s'étiit paiié. 

» Ab l mou oncle, dit la pauvrette, quand je vous ai tu ainsi 
la langue tir^ et remuant Les jambes, î*avais sur moi mes ciseaux, heu- 
f êuaement, et j*ai coupé la corde. 

-^ Malheureuse ! s'écria le Ladre en se soulevant sur son coude, 
tu ne pouvais pas la dénouer l 

Votlâ entre quelles mains était tombée la famille Jourdain. 

Saut être précisément de même nature, les autres personnages ap- 
pelés I lui lervir d'instruments dans la série des éténements qui se 
succédèrent depuis Temprunt jusqu'à la vente n'en étaient pas moins 
des hommes d'argent, et ce fut une sage précaution d'Aima de quit^ 
1er la maison la leiOe du jour delà vent^ 

La vente t quel mot affreux; mais quelle chose plus affreuse encore! 
ob! quand une pauvre maison se voit envahie par ces oiseaux de ra- 
pîneî quelle journée pour ceux qui y ont conservé des sou venin qui 
leur sont chers i oui» partez vite, hites-vous, pauvre Anna, pauvre I\or 
sine et ne regarder pas en arriére, ne vous arrêtes même pas pour 
faire nne dernière caresse â Hédor. Médora été inventorié et il n'est 
plus h voue, e'est en vain qu'il veut; briser sa chaîne et courir après sa 
petite compagne, en vain qu'il pousse des hurlements de douleur, en 
vain que Rose pleure en écoutant auloin lesgémissements del'épagneul 
fî Jèle en compagnie duquel tant de fois elle avait folâtré sur la grève. 
Il n'y avait plus désormais dégrève ni deMédor pour elle, une voiture 
rapide Tentralnait avee sa mère at sa tante loin de ceUe firaîçhe de- 
meure, où ne fleurirait plus pour, elle ni jasmin ni lilas, où pour elle 
nul oiseau ne chanterait plus, o& ses petits pieds n'entreraient plus, 
od sa douce voix ne rdsonn«!rait plus, 

M. Tardif é lait resté tout seul, peur assistera la dernière soène du 
drame lugubre et pour tâcher d'arracher, en enchérissant à la vente, 
quelques pièces du mobilier auxquelles; il uvait que sa smur atta- 
chait une valeur d'aflec tien et de souvenir. 

Quel apectaole que celui du lendemain ! Voici d'abord venir un 
honuue de peine, qui sur dei tables et des tréteaux arrange et dispose . 
dans le salon tout ce qui est nécessaire pour le commissaire-priseur, 
pour le crîeur, pour les acolytes» les sièges d*hpnneur pour les reven- 
deurs et revendeuses rois et raines de la fêle ; réservant l'arrière- place 
au public. Voici venir ensuite les uns après les antres les spectateurs 
dn bourg convoilaril toutes choses et visitant toutes places,puisles hom- 
mes, les remmpSf curieux et désœuvrés, puis les brocanteurs, puis les 
ai^ents, enfin tout le monde. Le salon est plein, les chambres sont en- 
vahies, le jardin est au pillage. On marche sur les plates-'bandes, on 
fouie aux pieds les fleurs que Rose aimait tant, on en brise, les bran- 
cïw^ uniquement pour Ikire act^ de propriété; cela n'est-il pas du 
itoniaine public? 

Enfin, un mouvement général se lait dans la foule, on envahit le 
salon; le (trieur, debout sur unetable, tient entre lee mains une pièce 
quelconque du mobilier qu'il désigne et annonce d'une voix de sien - 
for et avec des termos d'ailuilration qui contrastent avec le ton mono- 
Loac de sa voix, les enfants ouvrent de grands yeux pleins d'admira- 
t on, les grandes per^oimefi calculent que si cet objet ne monte p.ti> 
jusqu'au quart de sa valeur elles tenteront d'en faire l'acquisilion, 
taudis que, plein de gravité, le sénat assis des brocanteurs sait 
d'avance auquel de êbs membres eti quel prix il sera adjugé. 

Au fond de cette triste comédie <pie de larmes cachées ! Gemobi- 
jiei dont chaque pièce renJerme tonie une histoire se voit exposé sans 



pUié aux regards, aux lax£is,aux quolibets de chacun \ m$ objets qu'anr 
main amie svait apportés avec tant de tendresse à une personne li- 
mée « ces souvenirs de piété filiale, ces vêlements que celui pour le- 
quel ils furent faits ne portera jamais plus ; tout cela passe entre 1e> 
mains du crieur qui le fait miroiter aux ^eux de son public avec de 
grosiiôi^Gs plaisanteries excitant de grossières risées. Puis le mot 
adjuffc ss{ prononcé et l'épave du naufrage est jetée avec mépris lut 
nuins d'un acquéreur avide qnî l'examine avec une attention servpo- 
kusc et le regrtt de l'avoir payée trop cher. 

Peu â peu, la maison se dévaste ; peu à ptt lea chambres se vident, 
peu i peu tous ces meubles, ces tableaux, ces yètements, ces mille rieoi 
qui furent si chers quelquefois i celui qui ler posséda a^écoulent et 
disparaissent. Les murs dénudés semblent les parois d'un s^ndeie 
vide et résoonent coumne une tombe abandonnée. Le dernier mot (sl 
prononcé sur le dernier objet vendable ; l'inventaire ne porte pka 
qu'un seid artide et la foule ae transporte autour de lui pour en&ire 
l'examen. 

Pauvfe Médor ! après avoir longtemps aboyé aux impertinents in- 
trus qui dévastaient la maison de ses maîtres, i\ avait fini, ne voyant 
plus paraître aucune figure amie, par se coucher tout au fond de sa ni 
che, en silence et comme plongé dans une morne tristesse. Tout le mon. 
de l'avait vu en pa&sant ; mais il fallait finir par une cruauté inutile : od 
veut le voir, et, persoime n'osant en approcher encore, on lui jette 
des pierres dont quelques-unes atteignent cruellement le pauvre ani- 
mal ; nuis Mcdor soufire tout en paix; on dirait qa^'û comprend n'a- 
voir plus rien & perdre après avoir perdu ceux qui l'ont aimé. 

M. Tardif nuuinait dans son esprit comment il pourrait (aire Tm- 
quisition de cet ami fidèle. Déjà U avait laissé passer aux mains éet 
brocanteurs tous les objets sur lesquels il avait mis une tardive en- 
chère; de crainte que Tépagneul ne lui échappât encore il pria un re- 
vendeur de l'acheter A sa place à tout prix. Un clignement d'yeni 
imperceptible fut ccliangé entre deux de ces gens rapaces et il futoon- 
venu tacitement que Mcdor serait payé cher. En effet, il monta â une 
somme énorme; on eût dit que c'était le chien le plus illustre de li 
terre : 

— Cent soixante-cinq francs l'épagneul, hurlait le criée:*. 

— Cent soixante-dix francsj dit le chargé d'affaires de M. Tardif, qui 
était convenu avec son collègue de l'avoir à ce pria 

— Cent soixante-dix francs l'épagneul,.. allons messieurs et mesda- 
mes, un superbe épagneul de chasse et de race, un pur sang épagnevl. 
le laissez-vous tiller pour cent soixante-dix firancs? cent soixante-dix 
francs l'éjMgncul ! personne ne dit mot... une fois... deux fon... 

-— Deux cents francs, cna une voix dans la foule. Tout le monde ts 
retourne avec surprise, personne n'ose surenchérir. Gédéon désespéré 
allait cependant faire encore un effort et sacrifier une demi-année de 
ses revenus pour en faire l'emplette : Roaine aimait tant Médor!.. 
mais le terrible mot : adjugé, fut prononcé par le crieur pendant qvn 
M. Tardif insérait dans sa narine gauche la plus formidable prise ilù 
tabac qui y eût jamais fait 8on entrée ascensionnelle. 

Médor appartenait à un touriste Parisien^ que le déaaeuirenieat 
avait conduit fortuitement à la vente. 

Adieu, petite.mai>on blanche; adieu, jardin fleuri; adieu, pbgeiolh 
taire; adieu, nid de méssnges caché dans les biii$sone d'égUniinei; 
adieu, fidèle Médor; adieu à vous témoins et ami:^ *U h paisible eii 
fance de Rose; adieu, nid d'hirondelles suspendu sous le (oit iios^^ilA 
lier^ adieu, muets échos d'une joie ensevelie désormaÎE dan^ 1^\^ \t\ûi\n, 
adieu, nous ne vous verrons plus. Celle qui vous ai i naît n ; r Mmin 
plus jamais coucher sa tète innocente dans les toufl't^ji einbauiitétîâ du 
chèvre-feuille ni fouler sous ses pieds mignons le gattm vert de la pe- 
louse. Li vie s'ouvre devant elle sous un aspect nouveau, elle en c^m- 
mence l'apprentissage par des larmes ;.maia l'apprenlissag^i de la m 
n'est*il pas l'apprentissage de la douleur.? 

( La imU au preckui» numérQ. ) Jfi4H LoYâgàO 

Angers , imp. de Laine frères . me Saint-Laud , 9* 



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intimes le N^* (A fi centimes le N<>\ 
innée .courante \XU années échues./ 



V 2.1 



19 octobre iWl. 



L'OUVRIER 

ournal hebdoinadaire illustré paraissant tous les samedis. 







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19* 



ITOïlVlillirti, 



1X8 COMPAGNONS DE LA CROIX D'ÀBOENT,;4>ar Clënw.t JcgT.— 
SCENES miIMES, par GuTOT - lÉv - Boudeub. — Eî(lMI£tU£ 
AVEC LE BOURREAU J5£ ROBESPIERl^. par Jran UfiAUlf. —lES 
ORAGES DE liAMÉBB NOIRE, p*r Jean UnsEAi). 

„ ^ ■- 'J. al *^ 



UiS CAIffâ6iiaiffi IttiU;CR<ltt4>jlAfiBiW 



CHAPiniE XIII. 
le dootenr Gnillotin. {Suite.) 

^ Si le Roolenr se fftt brusquement retourné, et que robscurîté, de 
moment en moment plus profonde , lui eût permis de reconnattre le 
mystérieux auditeur du père Brûlot, il eût reconnu Tbomme qui, le 
mardi au matin , gardait les tonneaux d'où s'était échappé Claude 
Chopin. 
Ce personnage «ndadenx n'était autre que l'Ânléricain. 
n ne perdit pas un mot de ee que le père Brûlot racontait au doc- 
teur Guillotin, sur le récit de TÉTeillé. 

Quand Tonde de Chopin eut terminé sa narration, û présenta au 
docteur sa large tabatière. 

t;. Le docteur fit un geste de dénégation polie. ^ . 

r n ne prisait pas le bon docteur ! le tabac lui eût «ali les doigts. 
- — Voilà, dit-il, qui est singulier ! 
} n réfléchit un moment : puis, s'adressent au pcre Brûlot : 
][. — * Vous attendiez samedi soir votre neveu ? 
' — Oui, docteur, samedi : il avait passé à 3 heures âVmeennes; 
il devait être ici avant la nuit. Un des Compagnons l'avait vu à Vin- 
cennes et l'avait escorté jusqu'à la barrière. 

— Il n'est arrivé que mardi? 

— Mardi soir seulement, après la prise de la Bastille. On l'a apporté 
id blessé et hors d'état de rien expliquer : depuis lors , il n'a pas re- 
pris ses esprits. 

Le docteur garda un moment le silence, puis il se tourna vers le 
Rôdeur: 

-—Vous êtes sûr que vous avetSru sortir des tORtteaia déposAi sur 
la place de la BastIHe, mardi matin,' le^^mème jeune garçon que vous 
v<^ez id étendu sur ce lit t 

— J'en suis sûr, répondit l'ËveilU d'un ton fêrme. 
! *— Voilà qm est très-étrange, fit le docteur. 

-—Je le Ut>uve aussi , répondit le père Brûlot : i) y a là- dedans 
quelque machination des Compagnons noirs. 

Qudques mmutes se passèrent 

La nuit était tout-à*fint venue. 
j — Il est trop tard pour que je retourne à Versailles. 

•—Très-bien, s'écria le père Bfulot ; alors docteur, vous coucherez 
id. 

-—J'accepte , répondit le docteur ; depuis que je suis à Versailles, 
avec l'Assemblée, je n'ai plus à Paris personne pour me dresser un 
Ut. 

— Noos vous donnerons le meilleur de la maison , s'empressa de 
dire l'aubergiste, flatté de recevoir sous son toit un des premiers mé- 
decins de l'époque, un député à l'Assemblée nationale. 

— Merci, répondit le docteur. Votre neveu passera probablement 
une mauvaise nuit. J*ai à travailler : vous me mettrez à cette petite 
table une dandelle et j'écrirai, prêt i donner au jeune malade ce dont 
îl aura besoin. 

\ — Nous ne le.eouflrirons pas, s'écria le' père Brûlot 

—Si (ait reprit le docteur GufllAiB, seulement... 
^ — 'Seulement, quoi? 

— DonnsK-moi à dtner. 

■ \.lar^odW)tion «it MtrdiU, — V^(S &•• de VOuvrUr du :? août au 12 



Il achevait à pdne ces mots ; Qaudc ^ un mouvement bnisq 
Rendit les bras en avant. 

-«^'Voîci un accès, -dit le docteur, et s'adres.^ant à l'Éveillé : 

-^ Allumez cette chandelle. 

ifÉveillé obéit. 

Clause 80 dressa sur s^n s^ant : îl ouvrit ((es yeux enftamipés par 
h ftévre>- • ' ' ' i , - ; - . . 

Le docteur s'approcha de lui. 

Le malade le regarda un moment avec fixité. 

— Laissez-moi, cria-t-il avec humeur. 

— Il a le délire, fit le père Brûlot. 

— C'est le commencement, répondit l'homme de Tart. 

— Un cabaret,... non, i)on,.., je ne veux pas, murmurait Chopin. 

— Écoutez , fit le docleur en étendant la main derrière hii poui 
demander le silence; la (iûvrc va le (aire parler : il nous en dira long 
sans en avoir conscience, le pauvre garçon ! 

•— Vous croyez 1 demanda le père Brûlot. 

— Sans doute, et se tournant vers l'Éveillé : 

— Mettez-vous à cette table et écrivez. 

— Quoi? 

— Ce que le malade dira. 

— Pourquoi ? 

— Vous verrez. 

Guillotin avait entendu Tex position des doctrine? de Mesmer sur le 
magnétisme. 

Il avait étudié ce que ces doctrines avaient de sérieux à ses yeux. 

Le savant avait fait dans les idées de l'utopiste la part des données 
vraî^ et celle des illusions. 

Le docteur Guillotin en était venu ainsi à étudier les phénomènes 
physiologiques très-curieux dont le sommeil est l'occasion. 

Le sommeil magnétique est plein de mystères, le sommeil nature^ 
en a quelques-uns, le délire en a beaucoup. 

Ces recherches avaient puissamment excité l'intérêt de la - science. 

En 1788, le docteur Guillotin avait lu à l'Académie des sciences un 
mémoire fort curieux. 

Ce mémoire , imprimé dans la collection de l'illustre Compagme, 
établit diflérentes lois d'après lesquelles la science peut interpréter les 
visions du sommeil. 

Le rêve, ce phénomène moitié intellectuel, moitié physique, est-il 
une prévision? renfermc-t-il la prédiction de l'avenir? 

tNon, » disait le docteur GuHlotin. 

f 11 n'appartient qu*à Dieu de soulever les voiles du lendemain, t 

En même temps le docteur Guillotin déclarait ceci : 

• Le rêve est presque toujours la réminiscence pins ou moins vive, 
» mais toujours parfaitement fidèle, d'événements accomplis par la 
» personne soumise aux illusions cérébrales, ou tout au moins devant 
I elles.» 

Convaincu de ces principes, le docteur les exposa rapidement au 
père Brûlot et à l'Éveillé. 

-^ Écrivez, dit- il à celui-ci. Ce que le malade nous dira, sera le ré- 
cit involontaire, mais très-vrai, des événements traversés par lui. Le 
délire des malades atteints d'une fièvre cérébrale est un des plus in- 
téressants pour la sdence Nous allons çavoir ce qui est arrivé à votre 
neveu bien plus têt que si nous attendions, pour rinterroger, sa gué- 
rison. 

Le docteur se plaça près du lit, de manière à ne perdre aucune des 
paroles de Chopin, ni aucun de ses gestes. 

— Est-ce que ce délire n'épuise pas le pauvre garçon? demanda le 
père Brûlot. 

— Au contraire, répondit le docteur. Le délire cérébral est un 
symptAsue heureux ; l'organisme est eahné par la fatigue que produit 
cette- agitation sans danger. 

Claude Chopin ne disait plus rien. * 

Le docteur l'observait attentivement : c'était le regard de l'homme 
de science habitué aux expérimentations qu'elle commande. 
Le feu brûlait dans les yeux du malade. 



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X'OOVHIRR. 



tSS' 



— Chut, fit le docteur : il va parler. Écrives. 
SnlKcoupées par de longs silences « 1m paroles aufvântb» écliippé- 
rent au délirant : 

«Non ,.... je ne ^eux pas entrer,.... je n'aime pàè les oakvetf*»».. 

kené, cabaretier quel est ce bruit?.... MeneiHBMi iraidberfi de la 

Qroix-d'Ai^ent. . . . Amé. . . on cabaret. . . du vin. . , a 
Le docteur se tourna vers Fâveillé. 

■*^ Écrivez le nom à'Arné : on Ta lait entrer dans un cabaret mU- 
gré lui, le pauvre garçon ! 
' Le idalade s'agitait convulsivement 

«II» vont me tuer.... VAmërîeain, lo MairseillaÎB.... dulcu..^. éis' 
torches... ne me ièez pas.. .oh Ma b^le enfant... grâce! grdecL..» 

comme .épuisé sUr le Ijt : sa Sgure sur laqaellelqUA- 
^D^tnatB auparavant se peignait ^expression de la lenieufila pluki 
iaintenant calme et radieuse. - I 

belle! 1» Miette, la Miette L;.impjc»i«e:fitl8^^ 
»le...le>Mav«eillai8... ea^e... bonl...«on;.« etteiesli 
.bien belle... oh I... oui, meroi^.r merei^.. i . 
t, votre neveu a un andour en téte^ et sa^ bieft<*aiiifée 
Eté, dit en soAriant le doeteur. 
t les bras, puis illes porta vivement & sa tdta. 
bria-trâ,.., 1&,... jlat mal, • en indiquanit «oe petite ptace: 



iWt 



ot, 



fit] 



regaïrda bernent. Claude C)M>pia agttdt sa tête^'le 
: entre ses mains : il regarda le erâne, Mulofa les che^ 

iii un vîolenf 0(hip de poing sur le ctône. Q^sl une^ des 
t déterminé Suivre et rendit vieleÉt» la eiise à^ délire 
ttrmnra le doêtour. 
[» Claude, qmdepi^ quelques in^nté^H immobile,- 
s*enf<m$ant dane le Mt), â èria avec une vo» étranglée. 

I» pa gnons noirs ! les Gompagnens noir^ ! > 

(quelques secondes, il resta la tète sous ses couvertures ; ii 

ituite peuft peu,. regardai dans la ebaHibre, puis désignant 

jin le père Brûlot , Ift docteitf et rEveillé qui éevivail sur 

lèlepil compt»: 

'ux, trois... a 

I un moment. 

, quatre, cria-t-il , avec une expressien singulière d'efiroi, 

[ singulier, remarqua fe docteur, nous ne ^BOffimea-eepsodanl 
(dans cette chambre. ' 

re ! f répétait le malade. 
n s*agiuit sur le lit, conune s'il se fèt trouvé sur mie plaque de 
tôle rougieaureu. 

< Us voûtent me tuer...>.oh! merci... merci de» fruits.,... du 

pain Sainte Vierge j'ai faim... laltfiette • 

Et en disant ces mots le malade déchirait à bettes dents aea cou- 
vertures pressées entre ses doigts que crispait la Aévre» 

— Il a manqné mourir de faim, traduisit le doéleur. 
Soudain Claude se mit è rire d'un air étnaige. • 

m Des tonneaux... des tonneaux... eriaiC^il, me vekv dedans...' ah ! 
16 soleil L . . le soleil ! . . ... » ' '. 

Le père Brûlot, Ib docteur et l'Éveillé se regardèrent evoè'étonâe- 
ment. 

— Vous voyez que je disais vrai, fit observer lo Roideur. ' 
Claude ne narlait plus. 

Les troii hommes attendaient. 

Une demi-heure se passa ainsi, le msfode feisail de tèrtpé en 
^mps dps gestes étranges. Il prononçait des. paroles iii^oWreirteti 
nais dont le doeteur ne pouvait saisir la portée. 

PevL k peu il s'assoupit , et tomba sur les oreillers accablé de fa- 
igue- 

— L'accès est M» déclara le docteur. 

F — Qu est-œ que tout cela veut dire? demanda le p2re Brûlot. 



.--.Je àe eomprends pas tmit* ï - ; * 

r— Non, tis- aéra pour le second accès. 

t-^llyifUftwi second aocèsT 

•^Très-probablement. 

^^aéd'cciat » ' 

w«Ai la fin de cette nuit, vers le lever du jour. 

- *^ Que sévairvoos déjà T 

- '^M^lejQÎB, fl[^ondit le docteoff avec la certitude d'un honime.que 
la science n'a jamais trompa , je sais que votre neveu est entré dans 
un cabxrel, que là. H a vu une jetine EIUb qui a fait &ur lui une im- 
pression profonde. Cette jeune fille paraît s'appeler la Miette, Votre 
nffTOr-esrtfflSllite totnbé" victime d'un guel-apens dressé par des 
hommes qu'il croit iîlc|J Gojnpngnons noirs. Ses agresseurs se nom- 
cient l'un le MarseHlSii» , rauti'43^ l^Américaîn. U leur a échappé 6r se 
cachant dans un tonneau. C'esi ca qui conlirme le r^t^il que nous a 
fait l'Éveillé. 

' 1a pére-Bnd^ et le Hdu letir se r ^^ rd ai eut m uets de su rpri s^^ : 

- L'aabeffgislJ& risqua une pa^role de doute ; 

— Vous pensei, monsieur Guilblin , que Ton peut croif© aux p^i- 
Dil6s.iehdpjpée8 aîuii aut délire! 

— Cela dépend, répondit T homme de Tarti avec Va^xent de k 
plus parfûte-idoirriDliciûi Dans ce cas-ci je ne doute pas que les ré- 
vélations faites par Claude Clopiu , dans son sommeil, ne soient par- 
faitement semblables à celles qu'il nous fera dans deux ou Irois jouri, 
quand il sera guéri* 

— Mais alors mon neveu a été la viclime de quelque horrible at- 
tentat? » ' • * -:, i , •• ' -• - • . • • 

— J'en ai peur. . ^ 

— Que faut-il faire, maintenantî 

— Bian; fit le dooteur en souriant, deâeendonâ souper. 

Le père Brûlot fit descendre le docteur Guillotin dans la saMe basse 
du rez^cfe'Cbavssée. 

Mll« Finette hâta les préparatifs d'un souper fort modeste, mais 
éMgamfneiil servi sur une nappe d'une blancheur eiqui^e. La Ubifî 
était éplairéa- par àm% grands ch;mdeUera d^argent. 

Le docteur voulut que l'auborgiste mît son couvert, et quoique ee- 
Ini-ci objecta qu^il avait dîné, Guilioiiii e^tigea que le père Bfoiot lui 
fît les honneurs de-ea table. 

— Une seule cboae m'étonne, dit le docteur, après un moment de 
silence. 

— Laquelle? « ' 

— Notre pauvre malade a vu quatre personnes dans k cbambrti. 

— C'est vrai. 

— Nouer notions que trois cependant? ^ 

— Ont, vous, docteur, rÉveillé et moi. - ' 

— C'est singulier/ murmura le docteur i rien na trompe ordinaire- 
ment la perspicacité du délire céréhraL 

•• 
CHAPITRE XTV, 

Gomment rËTellle fit entendre à W^* Finette qu'il raimait 
èperdnment, et ce qui n'en suiTit. 

' Au moment où le docteur et Taubergisle deseeo dirent pour aller 
dîner et quittèrcrU la chambre de Claude : 

— Demeuv^là un moment, dit le père Brûlot àrÉveilié» en sor- 
tant après le médecin ^ qu'il avait cérémonieusement fait passer le 
premier. Finette va te monter une autre luniière. 

L'Eveilli àccoihpagna le père Drulol jusqu'à la porte de la chauibra* 
Cette chambre donnait sur un petit palier, qui terminait T escalier 
étroit et tournant par où Von descendait au re^de-chaussée. 
' Qusikid il rentra dans la chambre, il y entendit du bruit. 

U pensa oue Claude avait fait quelque mouvement brusque ; le ma- 
lade sans doute avait été réveillé par le bruit de siégea que le dosleur 
et le père Brûlot avalent fait en se retirant 



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rotïVRIBRJ 



n i*t|ipf(ïc!it dn lit : CUud€ ptriiisiît donnir asiet tnDifaiUeaieiit. 
L^ETelUé ne pouvait pas bien dtsdnguer sa ftpre , cachée par lei 
àript» iitiii 10 souille du miUde agitait Tair réfulièrement^ 

L'Éfeille penia que le Teni, en agitant U feuttre, aviit prodo^ le 
bruit qu'il avait entendu ^ il la ferma. 

Pendant que VËvÊillé était lortî de la chambre i en reconduisant le 
docteur, l'Aluéricaîn , qui venait, timoia inaperçu , d'assister â toute 
la seèae et d^entendre ce qu'avait dit Chopin ^ avait franebi la barre 
de la fenêtre ; il s'était glissa comme un lerpent uhu le lit 
diiBi leqnel reposait Claude Cbopin. 

{L$ «wte ml j^tùcham nmtérû,\ CiâMEHT imr. 



SCÈNBS INTIMES. 



M. C^ii|oNit*Botid€ur nous fait l'beiifleiïr de nous adrtwer quelques 
scènes intimes » lïrises dans la nature. Noua erajoni £tre agréables 
aux lecteurs de l* Ouvrier eu les reproduîstnti 

Que H. Guy ot-dit- Boudeur nous permette de toi oSHr ici le stncâre 
bommage de notre reconnaissance. 

. CAia»U>£ Le Frakc 



SCÈNE L 

M. Pélix Letort, ancien fibricani de ptiti» à cicliater. — ^ 
H»* Letort. -^ Fiscliette. 

m. FiSLlx Letort. — Ma femme , a4«n |K)rté la lettre et rapporté 
Il réponaeT 

Mna»LETORT (é/ei'dnf ia twa:). — Fanchetteî ivex-voQ} porté la 
lettre de HoniÎËur et rapporté la répome! 

Fanchute ( entrant d'un otr iîmidt ), — J'y et «^e aussitôt que ma- 
dame m'a commandé. Je n'ai trouvé personne. J'j retournerai après le 
dîner. 

M. FÉxnc L^ORT. — Comme ça parle 1 On ne dit pas j'jr ûi %éU, û. 
ii*ï a pas un s â/oi, ou dit : j*y iuu àé ; c^r il ; a un s à je $mu. — 
En vérité, ma pauvre femme, tu t'ai méprise. Pourquoi prendre une 
fille qui oarle français comme une vacbe etpagoole,.. .Tu Tas entendue^ 
T%1 m %étilfL, Quel ton cela donne ï notre maison 1... N'est-ce pas 
écoreher les oreiUes du monde honorable qui nous honore en nous 
faisant Thonneur de venir s'asseoir 4 notre table?... Où donc a-t- 
elle cté élevée î.^.. U parie que c'est d^ns quelque couvent. 

Un* LiTORT. ^ Tu sais , Félix , que les discuBsions sur la gram- 
maire me déplaisent. — Mais eu vérité, mon ami» tu n'as en tête que 
les cou vents '... Qu'est*ce que ton diablotin de journal veut donc aui 
cou vents T.... Fanchelte ne fait-elle pas notre affaire?.... Hais voyont, 
du reste {élmini la voix) Fanchette! Fancbetteît... 

Fanchettë ( arrivant aussitèt ) . — Madame.. .< . , 

Mb« Letûrt. — Oii aveE-TOus été élevée, ma fille T 

Fanchette. — Mais, madame, chei les bounei sœurs. 

M. FÉLIX Letort. — Et que fait-on chei c« nonnes, cbei toutes ces 
femmes noires, qui viv^t comme des taupes , sam connaître la 
njondé î 

Mou Letort. — Quel langage 1 mon imi,....< beureiuement nous 
sommes seuls. 

FaKCIIëtte. ^ Ma foi , je trouve qu'elles ne perdent pas grand'^ 
chose k ne pis eonnatlre le monde, car te monde n'est guères ra^ 
goûtant. ..t, 
, M. Feux L&TORT. — Et que fail-^on làT... 

Fanchette. — Dam l monsieur doit savoir que les eouvenii sont 
des ouvroirs et des lieux de prières ; c'est des pays où la faineanUse 
reste k U p^(»rte. Au temps que j'y éUii, j'y iravailUis plus que chee 
a&OUBÎeuf . l'y ii appris à Ure^ â écrire, à laire les quatre règles. *i i 



travailler. 

H. Feux tiRTORT. —'Ces nonnes auraient bien dâ vous apprendre i 
parler.. ..« 

Fanchette. — Monsieur se moque de moi. Le parlage est quelque 
chose que nous n'avons pas besoin d'apprendre, nous autres femmes. 
Nous avons plus de facilite à parler qu'à nous taire..... On dit que çl 
a été toujours comme çà, et nue çk sera toujours tout comme..... 

Al. FÉLIX ÎiETORT. — imbécile t..« Vous n'y avez donc pat appm , 
un mot de français T 

Fanghbtte. •— Comment monsieur peut-il me dire cela T.... le 
fraiçais 1 mais c*est ma langue ! je n*ea sais pas d*autre, et je ne avis 
pas embarrassée pour m'o^puquer avec c*te langue-lâ. 

M. Féux Lbtort. -* Hélas ! quelle tête ! je parie que jamais vous ' 
n'avez mis le nés dans une grammaire. 

Fanchbttb. — Monsieur , vous m*excuserez , mais j'ai apprîa ma 
frtndmère jusqu'à le verbe être, i preuve que je me rappelle e&e<>re 

le commencement : Je suis, tues, il est» nous sommes foui» 

vous vous étet^.... 

M. FÉUX Lbtort bête!!! 

Fanchbttb. — Mais i quoi que çà sert k grandmèreT 

M. FÉLIX Lbtort. — Fiches-moi la paix (Elh sort). Et dire que les 

jeuaes filles en France sont élevées par des religieuses HéUa! 

hélas ! iiélas!!! l'avenir s'assombrit 

M**« Lbtort. — Mais , Félix , mon ami , ne t'occupe pas de eela. 
Fanchette est une bonae fille, fidèle, bon caractère, laborieuse. 

M. FÉUX Lbtort. — Je n'aime pas les dévotes. 

M"** Lbtort. —-Allons, allons, encore ce maudit journal N'exa- 
gérons pis. Fanchette va ila messe le dimanche, quelquefois sur li 
semaine , avec nu permission. Elle aime i lire des livres de piété. 

J'aime mieux cela que de la voir courir ou lire des romans ^ 

lui tourneraient la tête Elle travaille dans la perfection, elle est 

docile, elle ^ de l'ordre 

M. FÉLIX Lbtort. — Bien ! bien ! en voili assez ! Alors c*Mt moi 

qui ai tort C'est toujours comme cela C'est MU* Fanchette qui 

a raison Mais il y a assez longtemps que tout cela dure c'est 

m3i qui suis le maître, et fichtre 1 aussi vrai que je m'appelle Félix 

Letort, elle partira Dés aujourd'hui , cherche une autre fîUe....* 

Parbleu, il n'en manque pas Et surtout pas de fille élevée dans 

les couvents , pour me faire enrager du matin an soir et mettre le 
trouble dans notre ménage, 

Mn« Lbtort. — Tu oublies, mon ami, que moi aussi j'ai été élevée 
dans un couvent, et cependant il parait que je t'ai convemi... 

M. FÉUX Lbtort. — Pour toi, c'est différent. Je sais apprécier les 
différences .... Il y a couvent et couvent Mais, je tiens essentiel- 
lement â ce que Fanchette fiehe le camp Adresse-toi â la mère 

Salé, qui a toujours des douzaines de cuisinières i placer Seule* 

ment je ne veux pas me mêler de cette afiaire^là Règle le compte 

de Fanchette, sans parler de moi, je m'en vais (il sort), 

M»* Lbtort. — Fanchette ! Fanchette ! 

Fanchbttb («rrtwml). — Madame. 

Mm Lbtort. — Ma fille, pour des raisons des raisons.... en&n 

des raisons que je ne puis vous dire/ il faut chercher une place. i 

Fanchbttb (les hmes aux ^lu^). — Mais madame a-troUe des re-> 
proches à me fiiire, ai-je manqué à madame?... 

■■• Lbtort.— Non, ma fille, mais vous devex comprendre qu'il j 
a dans la vie des circonstances où l'on fait forcément le contraire da 
ce qu'on voudrait.... Je vous donnerai un bon certificat..*. 

Fanchbttb. — Hélas! je me trouvais si heureuse au service 4m 
nudame !. ... A quoi donc que ça tient le bonheur d'une pauvre ser— 
vante? Ah ! si j'étais â votre place et vous i la mienne, je ne vati^ 
renvenrak pas, mais puisqu'il faut partir » je partirai à la grlce û% 
DienI 

SCÈNE IL 

W^ Salé. — ¥«• Letort^ 
Mœ Salé (enlroni). — Ma petite dame, me void 

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I 



t'OUVRlER. 



\m 



M»* Letort. —Madame Salé, fiî recour» â fotu..... U parall que 
OUI iye£ ta ouiii boa ne. 

M»* Salé, — Vous me fiite* beaucoup d'honneuf,..*- 

If"* Letoïit. — * J^aunis besoin d'une bonne filk euisinîêre^ 

H"« Salé. — Nom faisons ce que nous pouvons pour coutenter 

IfiHlilÊ monde Seulement qu'il y a qo'au jour d*auiourd\hiii les 

tempâ ftont dan et difficiles , et la probité et la conduite de k jeu- 

neffse et je vous Assure que Ton a bien de la peine è gagner quel* 

i^es sous pour 

Kïno LrroKT. — Von oun ne veut pai de ûUes élevéea chei les 
tiBurs..*.* 
M«* Salé, — Ah! ab !!... c'est plus difficile, car...... 

M»a Letort. — Aurei-ïous mon affaire, malgré cela? 

1I«Sale. — L*article eit rare Cependant çà fie trouve, mais 

: temps sont durs et Ton a bien de la peineà^.,, 

Mb* I.£T()RT Je tous préviens, madame Salé ^ que voua aurez 

Yos peines et soins ÎO fr. payés d'i^ince 

M»* Sale. — Ahl ma petite dame!,.. ne me parlex pas de cela..... 

^ m'occupe de pkcerpour rendre terfice Mais ait eodei donc 

me donnez-U une idée..,., je crois que i'ai votre affaire 

t'«ai,.. c'est.., c*esl une ancienne élève de W^^ Salomey, la veuve de 

^ Wo M. Salomey, oh! vous deveï connaître Le pauvre bomme, 

il a eu aussi ses peines, car le monde est si nidchant, il y a des lan- 
gues !!... Mais je croiB que tout cela ce sont des calomnies,.,.. 

MiM Lktort, — Ohî je ne m occupe pas de cela.,. En voyez-moi 
: Elle. Adieu, madame Salé. 

SCÈNE 111, 

!!-• Letort. — M"* Herminit. 

M™»LETORt. — Qui demande!- vous, mademoiseUef 
ltu« H^RMINIE. — i'ai l' honneur de saluer madame. Est-ce i 
Iw* Letort que j'ai rhonneur de parler î 
M™ Letort. — Oui. 

W^ Herhinie (ifmrùifU). ^ Je suii la personne envoyée par 
.^ Silé. 

HiBft Letobt, — Ma fiUe, vous n*atez pas la mise d'une cuisî- 
'ère,.... 

JUfl Hbrminib* — ^ C'est peut-être ma crinoline qui offusque les 
«UE de Tuadame...... Cependant il faut suivre les pr<>grès, comme dit 

i jiïurnal le SiècU. 

jitae Letort, — Ah î tous lise* le Siéck /,-. 
M"iî flERHiNiE. — Madame doit savoir que c'est le journal du petit 
bonde, 
M** Lktort. — J'avais une bonne fille que je renvoie pour des rai- 
ns„,.. quelconques... Elle allait quelquefois â l'église, mais...,, 
ilW Hermikie. — Ah ! madame n'aura pas de reproches â me faire 
-dessus.,.,. Ma religion â moi , c'est de faire mon travail , et qui 
iTaille prie, et toutes les religions sont bonnes... , comme dit le 
ele.,... ie ne suis pas dévote... 
««>* Letort. — Mais, ma fille, je tiens i ce que vous afisistieï à la 

i le dimanche, c'est bien le moins Et combien vouiez-vouf 

F|igntrt Pour moi, je donne 300 fr, 

1 M"* Hermisie.— Madame doit sa¥ôir qu'afec le luie qui règri- 
[aujourd'hui, 300 fr. ne suffisent pas... Madame ne pourrait-clle p-ï 
F augmenter ? 

M*** Letort. — Mais, ma fille, ne pourriez-vous pas en rabalhv 
\ un peu fie tout votre luxe t 

M"f-' HiiRWlNiE, — Madame doit savoir que la chose est impossible. 
I mKiâ comme je n'ai pas de place, j 'accepta. 

M«»« Letort. — Et moi, comme je n'ai personne, je vous prendrai 

et nous verrons Que savez-vous faire? 

M"<^ H ËR«mi£, — Madame doit savoir qu*ayant été six ans cbi*ï 
H"*' Salomey* j'y ai appris une pluralité de choses et que je fais de 
Bies doigts toutl^ que je veui. ., lecture, écriLuro, biitoire roimine. . . 
fl, broderi4a«.« 



M"» Lbtort. — El la cuisine , et le raccommodage du linge , dftF 

ban, etc«, ete 

W^^ Herminie (souriant), — ^Ah 1 madame!*., je sais presque par 
cœur le Traité de la etiisine bourgeoise, la j S*» édition, revuo, conri- 
i^hy et augmentée..... Je ne suis pas novice, j'ai déjà fait beaucoup de 
I liions* 

SCÈNE IV. 
M. Fèli» Letort. — M"» Letort. — IPi" Henninia. 

M. FÉLIX Letort* — Je E*y tiens plus» pré matin! voili une heure 
de retard.,, e'est à désespérer ! ! On ne dinera donc pas aujourd'hui.,^ 
{élivani la voix) Herminie ! Herminieli... 

M Hé Herminie ( eftîrani en riant). — Je demande pardon à monsieur, 
11 y aura un peu de retard.., j'avais oublié Theure,., j'étais en train de 
lire Mo fite-Cmlû.,, 

M. FÉLIX Letort,— Comment î.... commentlî..., comment !!!,.. 
Qu'est-ce que vous me dites-U... comment !!!,,. MorUe^CristQ !!!**. 
Et le dîner n'est p^s prêt. . . et mes bas n'ont pas été raccommodésp €1 
le bouton de mon paletot n'est pas recou&u» et mes hottes n'ont pat 
été cirées, et vous n'avez pas encore ouvert les fenêtres ce matin pouF 
renouveler Tair, et hier soir vous ne les aviez pas fermées... Diantre 
de Bile ! . . . diantre de ménagère 1 Monk-Cntto /. . . Mùnte^Critto /, * . 
comment H îi,.. 

M"*î Hêrminie (avec un visage empourpré), ^ia vois bien que jt 
ne conviens pas i Monsieur..... Monsieur se laisse influencer par Mt* 
d^me...,. Je sais que Madame est offusquée de mes crinolme.% je Tai 
vue rire de moi comme si elle était plus que moi dans Thumanité.. .^ 
Si Monsieur n*eat pas conteut, je ne serai pas embarrassée de trouver 
une position où je serai mieux que dans cette boutique.... 

M«is Lëtort, — C'est assez , ma fille , je vous paie vos huit jours 
d'avance, et parlez tout de suite.*... 

W^ Her^lmie* — Madame ne me donne pas même le temps de res- 
pirer, .. jamais je n'ai été traitée delà sorte... 
M™« Letort. — Encore une fois, c'est assez, partez (elle pari), 

M. Félix Letort. — Non, je ne Tai pas volé 

M«i* Letort. — Eh bien, Félix! que dites-vous de cela!.», que 
pensez-vous de Fanchelte et des couvents maintenant?... et votre 
précieux journal sera4-il encore votre oracle 1... lui accorderei-Tôus 
enfin les honneurs du feu?..... 

M. FÉLIX Letort. — Oui, certes» oui, maudit soit-il I!... Quant A 
cesjouTnalis(es,cn vérité, vous aviez bien raison,cesgens-U se moquent 
du publia... maudits soient-ils!... Que la malédiclion du ciel entre 
d.ins leur maison en la personne de celte bégueule !',.. Fuisse la de- 
moiselle Herminie passer au service de ces cuistres et les faire en- 
ritger dix ans durant!!!.., que le malin en se levant ils manquent 
d'eau pour se laver ; que leurs bas restent troués , et liurs habits 
déchirés, et leurs pantalons crottés. Que leur potage soit ton* 
jours froid ; que toutes leurs sauces soient manquées... que leur 
bceuf soit de la vache,..., que leur café se change eu chicorée; 
que la ménagère fasse bel et bien danser l'anse du panier; que li 
■ chandeUe brute chez eux par ks deux bouts !.... aue leurs fenêtres 
demeurent fermées en été, et qu'ils étouffent ! qu'elles soient ouvertes 
en hiver et qu'ils Jïreloltent ! que le bois ne s'allume point en lem* 
loyer, et que la braise ne ravigotte pas leurs membres engourdie!,.. 
Que si, au milieu du solennel silence des nuits, une colique imper- 
i line les révinlle soudain, puîsÊC Herminie rester sourde à leur voii. ... . 
|{ni« IxTORT. — ^M^is, mon ami^ tu t'oublies,,* 
M. FÉLix Letort. — Tant pis pour euz t ! arrive que pourra..... 
jamais ib ne paieront trop cher rembarras où ils m*ont je(é-^<-* 
Qje ne puis-je, pour me venger , le leur faire sentir de toutes les 
i-çons. il 

OuïOT*l>IT-BO!JOEim , 



paysan 



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198 



UOUVRIIÎR. 



UNE EWTREVUB 

AVEC LE BOURREAU DE ROBESPIERRE. 



Ce personnage, qui joua un rûle aï important dans nos diflcordes cî- 
viîcs et dont la main, saoglîinte exccutrice, nous délivra du fameux 
Robespierre, exi$(ait encore en i 857 : je ne sais s'il est mort aujour- 
d'hui ■ pêiït'êlre vît-il toujours. Je le rencontrai un jour â Paris, dans 
une m.iison amîe^ rue de Fleurus; c'était un brave vieux homme, â 
l'œil nf, au front intelligent, l Tair rcspeclabk i son yîsage, qu'en- 
cadraietït de longues boudes hlandiei?, avait même un certain cadiot 
de di&linction. J'eus la curiosité de connaître son hiatoira. La volcî telle 
qn^îl me ta conta : 

t\ était natif dft Noyon , qu'il habitait encore au moment où je le 
fis , el était fils du bourreau de la ville , par conséquent bourniau 
présomptir; suivant Fasage de ce lemps-lâ, â moins pourtanM[u'il 
ne préférât s'engager^ seul moyen que lui laissât la loi de se sous- 
tmrt ârodieuse succtîssion- Ne pouvant vaincre sa répugnance, il se 
fil en effet .^oldat» â la mort de son père. Mais, sur ces entrefaites, le 
ciel, dans ^n colère, ayant donné du même coup â la France la répu- 
blique el la guillotine, ces deur* fléaux complétés Tun par l'autre, les 
arrêts de mort devinrent si nombreux et les exécutions se suecédêr enl 
ai rapides que les bourreaux manquërt^nt aux victimes ; il y en eut 
disette. Et cependant les autorités républicaines n'élai-^nl na» d*avis 
de laisser chômer la cruelle machine ; elles se décidèrent Jonc â en- 
freindre la loi et I faire quitter lea drapeaux aux malheureux qui 
avaîenl fui sous leur abri pour ne pas remplir de répugnantes fonc- 
tioni. Après tout , n'était-ce pas aussi bien servir la patrie que de U 
délivrer d« ci-demnt , des ttupeclSf des ennemis du dedans , comme 
le soldat i la frontière la défendait contre les ennemis du dehors? Noire 
homme résista vainement; on employa la force. Ramené de brigade 
en brigade, entre deux gendarmes, comme un malfaiteur, il dut re- 
venir i Noyon pour y exercer, quoi qu^il en pensât, le métier palemeL 
Passa4'i! dans la suite de Novon â Paris , ou bien est-ce dans la pre- 
mière de ces résidences qu'eut lieu le fait suivant, qui faïllit lui deve- 
nir fatal, mais qui, par un retour soudain, fut précisément cause de ce 
qu'il appelait son Austerliti, je ne saurais le dire. Toujours est-il qu'un 
jour, comme le métier lui allait de moins en moins, à cause de la qua- 
lité, ÛR Finnocence et du nombre de ses pratiques, il s'entendit avec 
un pauvre gentilhomme qu'il conduisait à lëchafaud , pour le laisser 
échapper. Us convinrent qu*â un moment donné le prisonnier s'en fui- 
rail, que, dans le trouble occasionné par l'évasion, le bonnet du bour- 
reau tomberait et que, tandis que celui-ci le ramasserait, le fugitif se 
mettrait en sûreté. Le projet réussit. Mais Robespierre qui , comme 
l'ogre, n'aimait pas à perdre un coup de dent, eut vent de la conni- 
vence du bourrenn, elt pour le punir d'une indulgence qui, â ses yeux, 
était un crime, le condamna â prendre la place du malheureux qu'il 
ifâSt sauvé. 

Ce qui me f-iit penser que notre héros, comme disent les roman- 
ciers, exerçait alors â Paris, c'est qu'il attendit dans les prisons de 
cette ville Pexéculion de son arrêt II y était encore an 8 thermidor an 
m, elle 10 était le jour marqué pour son supplice. Comme beaucoup 
d^aulres, rheureuse catastrophe du 9 le sauva^ Rendu h la lîLerlé, â 
l^heure même où Robespierre perdait le pouvoir , il sollicita comme 
une grlce d'exécuter de ses propres m«iins le monstre qui Tavait voulu 
perdre et ses vtngt*deux complices. Cette fois, le saug ne uî faisait 
plus horreur et la vengeance lui rendait son affreux oUlcc délectable. 
Ce fui, si je ne me trompe, son dernier exploil , et retiré des affiitres, 
suivant son expression, il reçut du gouvernement, k h Restauration, 
une petite pension , récompense du service de sang qu'il avait rendu 
â la société. 

Quand |9 fis sa connaissance , il habitait Noyon , où il était re- 
lu n rué» il n'itiît Yûnii à Paris que pu^ r y aolUeiter de F Eu» père ur 



une augmentation, qui lui fut accordée- îl était devenu dirétiert dans 
sa retraite, avait abjuré ce que certains de ses sentimeni* pouvaient 
avoir eu de trop cruel ©l pleurait encore tout les jours tant d'exécu- 
tions iniques imposées h sa faiblesse par la destinée. Dirai -je que je 
crus voir du sang â sea doigts, quand il me iTandit h main pour que je 
la serrasse dans la mienne! Non. Toutefois , je ne pus me défendre i 
d*un léger friss^ïn, en sentant le contact de celle maui qui avait m 
souvent tiré la corde et fait jouer la bascule; je me serais assuré- 
ment soustrait à ce témoipage d'amitié, si je Tavait pu sans oiïenser 
ceïoi qui me le donnait, Efrange énigme que le ccftni bumain l J'ar^îs 
devant mot un bon petit vieillard, religieux, honnête, qu une coutume 
barbare, aidée d'une violence injuste, avait condamaé à se faire 
rinstrument de sentences qui lui répugnaient et qu'il n'avait p.T3 
portées ; un homme doux par caractère, qui n avait répandu le saiîf , 
même coupable, qu'a son corps défendant, une seule foi» exceptée, 
et qui, dans celte unique circonalance, n'avait iait après tout qu'usftr 
de représailles et pouvait à bon droit se vanter d'avoir dibarrasaé la 
France de k plus insupportable tyrannie ; un homme généreux qui 
avait joué sa vie pour aauvcr celle d'un inrnnnu ; et j'étais oblijgé de*« 
me faire violence pour accepter la main qu'il m'offrait , et je partô*^ 
qu'il n'est pas un seul de mes leeteurs qui n'eût éprouvé le même s 
timent, pas un qui, au fond du cœur» ne me bUme de ma cftndca<»«H 
danee, pas un, peut-être, qui ne lise avec une certaine répukion ces 
lignes tracées par une main qu'a serrée celle du bourreau. Qu'à la place 
de cet ôbactir vieillard, il m'eût été donné d'approcher l'un de ces i 
bilieux conquérante, pour qni le sang, même innocent, n'est rien, quii 
le font couler â flots, qui, pour salîsfatre qudqxie passion» une rancune , 
peut-être ou tout simplement le besoin de s'agrandir , dévastent def 
villes, ravagent des provinces et font périr des iniUiers, des mil* 
lions d'hommea, oh ! alors je ne me fusse pas senli d'aï se d^avoir été y 
honoré d'un semblable téte4Hête; que si jamais (mais non, je suit i 
tropchétif, pareille gloire n'est pas faite pour moi), que ri jimats le i 
guerrier fameux fût venu âme toucher la main, toutes Ici voix, ton 
les journaux, tous les échos retenti ssanls, à l'heure qu'il est, vante- 
raient mon bonheur et je n'assurerais pas qu'aux yeux de quelqu 
uns cet article ne ga(?ndt cent pour cent à avoir été écrit par 
main à ce point glorifiée. 

Une question se présente ici naturellement. D'où vient la rcpugnanc 
instinctive que nous éprouvons tous pour rexéculeuf de h jusli 
humaine, qu*il soit bourreau ou même simnlemonl geôlier? Le sa 
n'a rien à faire ici; la solution du problême me paraît devoir ètr 
cherchée plus haut, je crois la voir dans l'honnêteté ntlivo 
l'homme. Le cmur de l'honime est fait pour la vertu ; le crirn» k 
est généralement odieux. Qui saitt c'est peut-être le crime lui*mè 
que nous poursuivons de notre horreur jusque dans celui qui 
chargé de Tal teindre , et la répulsion que nous ressentons pour U 
bourreau provient , sans que nous en ayons conscience, au contad] 
obligé qu'il a avec le criminel? Jeak LaoaUNs 



LES ORAGES DE L4 HÈRE NOIRE '. 



CHAPITRE XVÎ. 

Que les lecteurs âgés trotureront moins extraordlRâlî^ 
que les jeunes. 

En remontant le cours de la Rance, pendant quelques heures, vou 
Tie lardez pas â voir lea chaînes de collines entre lesquelles couli 
ses ondes limpides, se rétrécir et réduire aux proportions d'nn bumbU 
ruisseau cette rivière dont rembpuchare peut rivaliser de majâcb 

• Voir les «•• d^ rOuerwr du M mnî aU Î3 juin , du S^ fl juillol , dfl 
iii t^i ^^ août* des 7 et II septomore, ùvi a et If octoiirâ. 



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!^-^ 

^ 



^OUVRIER. 



186. 



avec le plus noble des fleuves. C^est à cinq ou six lieues de la mer 
que Von aperçoit eurla rire gauche les wujte IBenqu^ de-toiirs raas- 
mrtB «qui'CëipMntla ebarmante petite vflle 4e Dinaà. Qui pourrait, d 
Dinan! esquisser dignement tes grâces? Téclatante Verdttre de ted 
prairies, la fraîcheur de te^ ombragea, l'iélAi^Qe-^e tés fermes, ce 
oottdtsie tii^&a^^ eiiste eotre la jeune végélatidn i|«i f eiteure 
et la mâle beauté de tes fortificaiioBB mtiqttest Ces maisons qui mon- 
teièt sur lés Ipres^ flânes du^XAéèu ,< ees^fanltiis fleuris «qui s'éche- 
lonnent en odorants étages, ce clocher gothique de Sâint-Sâuveur qui 
to domine, c«lt6 terre si oapivcieiKÂnèttt «tei élégamment accidentée 
que les nmûi ne rataînÎBtrftlieiki elle-inème, ii*ent pu te faire perdre 
le charme pittoresque de ta primitive beauté î Alors n'existait pas 
encore ee eoioe^ ^ gilMit, ee pont aux arohes élancées qui réunit 
les deux rives : mais alere, comme aujourd'hui, on pouvait passer h 
Rance sur un petit pont élreit, ft Textrémité duquel un chemin ser- 
pentast^ en gravissant la eôle rapide et conduisait à h viHe, k travers 
cent points ^e vue sans.cessevariée et toujours délicieux, le voya- 
geur en extase. 

L'fitéfic^dé'lKnMi ^*a rien ée remarquaUe et ressemble à celui 
de presque teiites hs peftites villes bretonnes de même grandeur. 

A Uextrémité d'une rue aseezr étroite et abeutissant & l'un des ponts 
antiques, se trouvait Tentrée d*une maison d'assez modeste apparence, 
sitnée au flwid d'un jardin de forme irrégulidre et à laquelle on par- 
venart en survànt ism éti^ sMtier, longeant le rempart massif et cou- 
vert de lierre, noble débris de la vieille cité des ducs. Une tour énorme, 
également tapissée de herre , appartenant de même aux andennes 
tortif^tioDS delà ville, communiquait avec la cour de cette demeure, 
périme perte en ogive qui donnait accès à l'intérieur délabré de cette 
sombre ruine. Un escalier tournant, en pierres de taille, conduisait à 
la plate-forme tde la tcur et à une immense salle basse et obscure 
éclairée par vne poterne arttique , fermée d*une grille de fer et ou- 
vrant dans les anciens fossés de la ville. 

C'était vers celte demeure que s'acheminait un jour, par une belle 
et chaude soirée de juillet, M. Gédéon Tardif. Ge fut là qu'il sonna, 
là quMl entra, là qu*il s'assit dans un petit salon propre et simplement 
ttietfblé, etiè que la personne qu*il était venu chercher sans doute le 
eurprit dans une méditation profonde, les yeux fixés sur une glace qui 
«Arnait le panneau de la éheminée et dans laquelle il avait vu se reflé- 
ter miHe choses qui n*existaient pas , complètement oublieux de la 
seule personne dont Timage y était représentée. 

— (£h ! bonjour, mon cousin , dit une voix qui sortait d'un corps 
de vieâle 'fille, tout de noir habillée, attifée avec une sorte de recher- 
che aflîectée et s'exprimant avec un ton de dignité superbe et une 
exactitude grammaticale dignes d'une impératrice de théâtre ou d'une 
maîtresse de pension : quel sujet vous amène en ces lieux? 

Nous supprimons , bien entendu , toutes les formules de politesse 
mtées en ^reil cas et nous arrivons d*un jet ft la partie vitale de Ten- 
tretien. 
-^Quel'âge aFenfantî demanda la na!ve demoiselle. 
— Bientôt quatre ans, soupira M.Tardil. 
—^St' combien la mère peu^elle payer pour la pension et Tentre- 
tien de sa fille? 

— Hélas! c'est là le triste côté de Taflaire : vous savex , ma cou- 
sine, que H. Jourdain avait une jolie aisance ; mais, après la catastro- 
phe qui l'a frappé, tout a été perdu, tout a été vendu, par un usurier 
impitoyable, tout jusqu'aux cendres du foyer, jusqu'au chien. La pauvre 
Anna que vous connaissez , du reste, puisque vous avez été élevées 
ensemble au couvent de VAdoration de Rennes , ne possède plus ab- 
solument rien. Elle est venue se réfugier ici avec sa petite Rose et dans 
une chambre plus que modeste : elle travaiFe pour gagacr sa vie et 
celle de son enfant. Voilà sa position. 

— Mais, vous comprenez, mon cousin, que nous ne pouvons nbus 
charger gratuitement de l'éducation et des frais que nécessite l'in- 
ctmclien ^hme enfant de cet âge. Ma sœur ni moi ne pourrions e i u- 
eun-eaa mitrar en arrangement sur de semblables bases. j 

— Je ce^nprends'qnevousayeale droit dVxigerleprix.de vos oins, < 



Laurence; mais votre petite pentioa est dans un eut florissant et 
prospère, vous avec plusieurs enfants app:iiaenanl aux mdUeur&s fa- 
miiles de la^lie, et du même ige que Rose ou â peu de cho^e près, 
un enfant de plus n'est pas Une grunde ehar^*; thm un élabUsee- 
raeiil qui en renferme lune diottaine. > 

— Nous avons quinse ^««es, dit. sèchement M'^o Laurence. 

— Kiison de plus. D ailleurs , rciifanl ne serait paj enliérentent â 
votre charge : ia mère et moi , 4ti Tmni^smi pos rêisources , nous 
pourrons arriver, j'eSpère, à couvrir les frais de son enlrclLen . 

— £l à i^el .chiffire ccoyea-vous pouvoir arriver t tlil en se radou- 
cissanl la vieille fille. 

— J'ai beaucoup dépensé .pauTimeubler sa petite aharnbre, et, ajouta 
Gtîdéon, en baissant la voix oammea'il eilt eu peur d'être ealendu dans 
la confession d'un orime, ma smur e^\ tellement exagérée en matière 
de délicatesse que j'ai été obligé delui débiter une foule de meii0oq|e& 
pour loi foire aocepler le peu que je lui donne. Je m'eaienda av^c 
tous les ^masseurs , avec le propriétatre , pour la Iroaippr i on lui 
donne toutes les notes atténuées d'un tiers ou ae moitié et ja puis le 
surplus ; mais cela m'a mîsrdjâns'Pimfïo&stbïlilé de (aire é^ grands sa- 
crifices : la mère et moi ne pojtirrions pas arriver â donaer pUi^ de 
cent francs par an. 

-^G'est impassible « inon cousin; je croi^ que c'est impoËsiMe. Au 
reste, je vous demande .la penvisiûon d aller en causer avec nia ^œur 
avant de vous donner une repousse d«;tînilive. Al^ire eit co-intéresséd 
avec moi dans l'^tablisseiBent.ât Je a& puis ritio décider aaa« son 
aveu. 

~- C'est -trop juste, ctit Gédéon , seulement , iiyez la bonté, Lau- 
rence, de dire i votre sœur que, si plu^ lard nous pouvions Taire da-t 
vantage, ce serait avec empressom^nt. 

— Je le lui dirai. 

— Et que l'enfant «it pleine d'ioteUigence et ferait honneur â la 
maison. 

— C'est entendu , dit Laurenee en s'ackeniinant majestueusement 
ver;s la porte, tandis que Gédéon la suivait d'un œil suppliant, en cbor- 
chant.toutBB les raisons qui pourraient ton cher ce cœur imi^i- 
(oyable. 

MUe Alzire était majestueusement HEsm sur une estmde. fillle av;ttt 
devant elle une table couverte de papiers, de livres, de phuii^'s, d'en- 
cre , de règles, et de tout l'attirail indi.^pensâljie à une personne de 
cette profession. M^i« Alzire était une vieille ù\h de m.-iuviti&e humeur, 
qui avait quarante ans depuis quinze années et qui nii^naçail de 
mourir cristallisée au même chiffre , sinon an mcnie peint de mn 
existence. Redoutée autant que redoutaiik , elh^ raisalt trembler tout 
son petit troupeau rien qu'en jetant un de ses regards rougos pitr- 
dessous les verres de sts besicles ; un rronceini'nl de tourciU de ^a 
part produisait le même effet que celui produit naguère sur les divi^ 
nités de l'Olympe par feu Jupiter, le roi dtis dieux. Sa toux sèche 
et intentionnelle avait pour résultat inévitable de réveiller en sun^ut 
deux ou trois innocentes créatures, avec une crise de ncrfj commexi' 
çant par des larmes et finbsant par le fouet , tandis qite les plus 
grandes. ne manquaient îamais, à ce son terrible, de canimettrc quel- 
que iniquité involontaire sur leur page d'écrUurc, uupochofi ou une 
M à quatre jambes. M^^^ Alzire n*était<tonc pas agréa bïe^ et â en juger 
par ses actes habituels elle devait avoir une assez vilaine âine lo^ée 
dans un fort vilain corps. 

Laissant respirer un instant ses brebis sous la Jioiilclte moins ter- 
rible d'une sous-maitreE^ec, W^ Alzire suivit sa ^^^c^ur dans un appar- 
tement où eut lieu entre elles le colloque suivant ■ 

— Tu ne sais pas, Alzire, dit sa cadette, Gédéon Tardif est en bas. 

— Et qu'est-ce qu'il veut, Gédéon TardiT? Ett-ce qu'il victJt noui 
demander en mariage? 

— 11 vient nous proposer de prendre sa nièce, la petite Jourdain, 
tu sais, la fille de cet imbécile de capi' aine qui s*est fait saulei, il y ■ 
deux moi'. 

— Et que peut-elle payer ? J'espère bien qu'ils n'ont pu Tidéa ^« 
dlcule de nous Taire, peadret cette oréature par chariliJi, , ,^ 



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À 



rOUVRIER. 



*^A peu prèfl, Ik ùf^rml cent fraaa par tu. 

«—Cent francfl \ quelle bêtise ; et qu'est-ce que fait la mèret 

— U paritt, dit Lau renée, qu'elle est ré Juite à k EoUère. Gédéon, 
qui est bête comme à l'ordinaire , s'est saigné aux quatre membrea 
pour elle et paierait presque tout h lui tout seuL 

— Je suis lAre qu'ils auront de l*trgent caché qu^tb n'osent avouer 
it peur des créanciers, 

— C'est bien possible. Et puis U mare eit malade la moitié au 
(emps et, naluréllement» sous ee beau prétexte, la petite nous reate- 
rait sur les bras et il faudrait la croix et la bannière pour eu arracher 
BU Eou 

— Et si ça f enait & mourir 1 en voilà un embarras. 

— Au fait, Anna a toujoura été d'une mauvaise santé. Gédé on croît 
que j'ai été en pension avec elle, mais j'y suis allée seulement pour U 
voir, lorsqu'elle était petite et je ne j ai jamais vue bien portante. 

— 0h 1 mon Dieu, oui ; ça va mourir d'un jour à l'autre et ça ne 
eHnquiètera paa du tout des chargea que les autrea auront k sup- 
porter. 

— Si encore l'enfant pouvait servir à quelque chose ; mais A trois 
ans, ça ne fait que manger et dormir. 

— D'ailleurs, dit Aiztre, je suis bien aise de çâ. Ça leur apprendra 
i se ruiner. Quand ie pense i ce qu'ils étaient , il ; a seulement un 
an. Tu le souviens, Laurence, quand nous y fûmes passer huit jours 
aux vacances, il y a deux ans bientdt : ils avaient un luxe , ils 
étaient logés comme des seigneurs ; Us avalent deux dome&liqucs et 
fabaient leurs Cers; ils voulaient nous garder et noua comblaienl de 
politesseii ma cousine par-ci, ma cousine par4à. Je ne sais pas seule- 
ment si nous sommes parents. 

— Mais oui , fit Laurence» un peu, leur père serait notre cousm 
issu de germain, 

— Quelle bêle d'idée d'être venus se planter ici pour y crever de 
faim ! dit i*alné€. 

— (jomme si ça n'avait pas d'autres endroits à choisir pour y traî- 
ner la savatte, répondit la cadette. 

— Non l il faut que les gueux aillent toujours se fourrer dans les 
pays où ils ont des parents â exploiter. 

— £t â humilier, ^ 

— le suis silre qu'ils sont venus demeurer â Din^in parce que noua 
y étions, pour se débarrasser en noire faveur de ce prodige d'enfanL 

— Ah ! mon Dieu, c'est bien probable. 

— Et pour, une tou que nous l'^surion^ prise, nous la laisser sur les 
bras sans payer ce qu'ils auraient promia, 

** Il n*y 1 rien d'indéUcat comme les pauvres. 

— La misère engendre toujours tricherie, dît le proverbe. 

— Ainsi, eonelul Laurence, je vais dire tout nel h M , Gédéon Tardif 
qu'il peut chercher ailleurs où piacer son bijou de nièce ^ 

— Mitls, c'est évident t je ne sais pag comment U a pu avoir un ins- 
lant ridée de nous la faire prendre pour nous exposer i déprécier l'é- 
tablissement, en y admettant la il Lie d'une ouvrière, 

— £t constater notre parenté avec des gens de rien. 

— Dis-lui cela, Laurence, de manière qu'il n'y revienne pas, 

— Sois tranquille , répondit l'humble cadette en descendant l'es- 
calier. 

Sa commission lut si bien laite que le pauvre Qcdéon, en repgnant 
la porta , éprouvait un accès d'indignation intérieure Ici qu'il crut 
devoir se retourner et dire à Laurence avec un ^alut immense et 
**n abaissant son chapeau jusque sur ses escarpins; 

— Adieu» mademoiselle. 

— ' J'ai bien l'honneur ùe, vous saluer, monsieur. 

Or, quand Ahire rentra dans la classe, elle avait une Ogure de si 
I u^aise humeur, qiM^ les trente yeux qui lui jetèrent un furlif regard 
abaîsscrent simuitanénient comme s'ils eussent rencontre la iihysio- 
U'imie sinistre de Croque-mitaine. 

— Est-elle Vilaine , h vieille sorcière ! murmura une pelitc-fille à 
Voreille de sa Toisine dans un imperceptible soupir 

— Tais-toi donc^ Luc te , lu vaa nous faire pumr, répondit 



rautre. % ■ < 

— Mademoiselle Louise, interrompit la voix aigre deTarf^is, pour» 
rait-elle me faire le plaisir de me répéter ce qu'elle vient de dire I j 
M^l« Lucie! A 

La pauvre Louise garda le silence, ~ 

— A genoux I mademoiselle , au milieu de la classe, et récitea, lei j 
bras en croix, TËvangile de dimanche. i 

L'innocente obéit, et de sa petite voix , oppressée de sanglots, eQe 1 
t ce qui suit : ^ 

p lin œ temps-lâ, lésus dit h ses disciples : Quand le Fils ée i 
l'Jiomme viendra dans sa majesté , et tous les anges aTcc lui, alors il : 
a*assicra sur le siège de sa majesté ; 

» Et toutes les nations seront réunies devant lui et ib les séparer» 
les uns des autres, comme un pasteur sépare les brebis des bouci. ' 

i Et il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. | 

I Alors le roi dira â ceux qui seront à sa droite : Vene£, bénis à» 
mon Père , possédez le royaume préparé pour vous dès l'origine do 
monde. 

M Car, j'ai eu faim et vous m avez donné à manger ; j'ai eu soif et i 
vous m'avez donné à boire. J'étais sans asile et vous m'arei recueilli; ^ 
j'étais nu et vous m'avez vêtu, infirme et vous m'avez visité : yi 
en prison et vous êtes venue â moi. 

i Alors Ibs justes lui répondront, disant : Seigneur, quand t*a 
nous vu ayant iaim et t'avons-nous nourri, ayant soif et t'avons-n 
donné â boire Y m 

■ Quand donc t'avons -nous vu errant et t'avons^nous recueilli, ou 
nu et t*avûns-nous donné des vêtements! M 

f Ou quand t'avons-nous vu infirme, ou en prison etsommeHlNiM 
venus à toi ? 1 

i Et le roi, répondant, leur dira i En vérité je vous dis : chaque f&mi 
que vous l'avei fait â l'un de mes plus petits frères que voici, e^eii U 
moi que vous l'avez fait. 1 

■ Alors, il dira aussi â ceux qui seront â gauche : Retires-voua ém 
moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable ed 
ses anges. I 

* Car j'ai eu faim et vous ne m'avez point donné â manger, j^ii OH 
soif et ^ous ne m'aves point donné â boire, I 

i J'étais sans abri et vous ne m'avez point recueilli, nu et tous M] 
m'aveï pas vêtu , inÛrme et prisonmer et vous ne m'avez poînll 
visité, I 

* Alors ceux-ci lui répondront à leur tour, disant ; Seigneur, quaaa 
t'avons-nous vu aifamé, altéré, sans asile, sans vêtements» malade oj 
en prison e1 ne t avons -no us pas servi "? J 

ji Alors il leur répondra , disant ; En vérité te vous dis : iiii({Bi| 
fors que voua ne le fîtes point â l'un de ces petits , vous no TaTOH 
point fait à moi-même. m 

» Et ceux-ci iront au supplice éternel ; mais les justes irnnl 4iflfl 
la vie clernclle, » M 

— C'est bien , c'est bien , mademoiselle , dit Alzire k sa vietimn 
pour vous apprendre a pleurnicher en disant vos le^ns, vous soupM 
rei ce soir avec du pâm sec. Vous pourrez l'arroser de vos Urm^iJ 
lljisez la terre et allez I votre place, mademoiselle. 1 

Tout cela se passait â Tinsu d'Anna. Gédéon, dans k eniinlE de ah 
trsliir et pour lui ménnger le pbisir d'une agréable iurprÎBe,niniîii4H 

depuis qudques jours le projet de procurer à Rose, en la plaçainl clia 
ses deux vieilles parentes , une maison où elle piH recevoir une é<lQ J 
cation soignée, et pour meUre sa discrétion à l'abri de tout danger» a 
s'était orivé de voir sa sœur pendant près d'une semaine. Tel i^laït il 
motif pc>ur lequel il ignorait encore un événement qui venait û^ s*«t^ 
comphr et qui devait avoir pour sa rhêre petite Eose une rtnporUacJ 
telle oue sa vie tout entière en ressentit l'influence. 1 

C'est le récit de ce fait qui fera la matière du chapiLre suivant. I 
( La suite an pvûchaiu tmmèrù. ) Jean LoYSCAtli 

An^erâ , iiup. de Liiinu frères, rue Saint- Laud, 9. J 



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(j A otmlimit la H* \ 



\' 2H. 



26 octobre 1881. 



L'OUVRIER 

arnal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



OffîNISTllATION s 

Itiî dei Graii<)ft-Augus|iûBf 
i Hï^nirie Ûe BLÉI^IOT, 



SOMMAIRE. 

LE MOUVEMENT POf»ULJURi; HAKB Lî S CROIS ABeS, pat Eugène 
Pl^el. - LES COMPAaNONS HE LA CROIX D'AHOENT, i*ar Clément 
Ji-fiT. — UN ENFANT TERKIBLE. i ir TiudiJe Lfl ITnàHc ~ LES ORAOES 
DE LA MÉBE NOIRÏ] , p^^r .«uii LOYIBAU. 



ABOKNClfXENTS O ON AU 

fkàHti ^ B tft 

f^ni n'Aum. , , • « « 

ÉfATl-LvilbBL'AMÉftlâDKMlfûmil. , 7 « t. 



LE MOllVEHENT POPULAIRE 

DANS TES CaOfSADra. 



^iocle QSsuFidnient n\i vu tant do WHtrt'iîiJniJ pûpitlaifcs 
i nJus leb quo noire Fjècla i auctm u'a ôutcniJu d'aussi 



Lrilhntoa apologies de cos ëkns plus ou motus ipontanës des f34-^ 
lions verâ un Lui h<?hia ! da pins en plus difûcîle à diÈcerneri et 
Cï3[!cnJanL èirtin^e contradiction! micun liâclô n'a profcst^î un 
plui ddJai^neiu raéprii pour I.' fnouveme.Ht le plus populaire qui 
an Suit jntm 13 accompli t les Cruîsado^, dont la France catholique 
futj du Xl^ 'lu Xfil* fiôclû, h glorieuse initigatrica et Tâma téri- 




rien iiuz mou veinent a énergique.^, maii calmei ei bien ordonna, 
des lioEiimes en aaiitè ? Nous no pouTons ni ne voulons traiter ici 
cette question 1 un peu Irop voiiioe f>eul-é{re de la poliitque, m&is 
nous avons le droit de cofistalor la i'oniradicUon dont nous piiiUona 



I • ( 



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L'OUVRIER. 



tout-l-nieure et d'étadfer, àm rhtttoirt da pMt^ ce que Ifous tp- 
peions le mouvement le f lusjggopiiUire '|j^ «Bssi» pour eomplMit netre 
pensée, le mpuYementk plot libéra) qui At jamais. 
Expliquons-nous : ,. . , ^.. . 
Beaucoup d'hommes se i^présentent encore les Croisades comme 
àéi expâltians; knportittiei sant imàè par Iç tiomlirt dé cenx qui ) 
prirent part, mais soudainement entreprises sur TinTÎtation pressante 
{ d'un pape, d'un roi» d'un seigneur assez puissant pour entndner & S2i 
! suite les chevaliers avides dVcntMres, les vassaux attachés & leur 
deslinée, et, si Ton veiit^ une troupe plus ou mpias. «onsidéndble de 
fanatiques obéissant aveuglément & un entiiov^K^asme irréfléchi. C'est 
}k une idée fausse. Les Croisades étaient, au contraire, dans Tesprit, 
Jans rame du peuple, bien avant que le signal de les commencer eût 
iié donné i TEurope. Sans doute la grande voix des papes fut la pre- 
mière & en dénoncer i opportunité et à en déterminer les motifs géné- 
raux ; sans doute les Souverains-Pontifes sollicitèrent, pour la cause 
commune, le secours des rois et des minces ; mais, nous le verrons 
clairement, leur appel ne fut entendu que lorsqu'il s'adressa directe- 
ment au /^eifpfe , qui seul , ayant compris dès longtemps la noblesse 
de la cause pour laquelle on réclamait son appui , sut sacrifier im- 
médiatement des intérêts mesquins et particuliers à un intérêt géné- 
ral et absolu. Ce fut donc Texemple du peuple qui entraîna les puis- 
sants et les forts. 

On nous parle de fanatisme ! mais ceux qm ont lancé cette ridicule 
accusation ignoraient certainement ou feignaient d'ignorer qui elle 
frappait. Ce ne sont ni les papes, m les rois, ce ne sotit pas même 
quelquQis bandes isolées, c'est le peuple tout entier qu'elle atteint : il 
sufiSra pour nous en convaincre de constater par des cliiffres le nombre 
prodigieux d'hommes de tous les pays qui prirent part aux guerres 
samtes. Pas une ûimille en France, peut-être, qui, parcourant la liste 
de ses ancêtres, ne puisse en compter quelqu'un parmi les soldats du 
Christ. Insulte qui voudra i la mémoire de ses pères , nous ne nous 
sentons pas ce triste courage. Fils du peuple et fils des Croisés, nous 
repoussons de toute notre âme ce qui outrage i la fois le peuple et les 
aïeux. Nous le savons d'ailleurs, ce qui a valu aux soldats de la croix 
l'épithète de fanatiques, c'est la part prise par les papes i la grande csu- 
vre des Croisades et les faveurs spirituelles promises par eux à ceux 
qui se dévoueraient & ces lointames expéditions. Nous espérons Dure 
voir dans quelles erreurs on tombe généralement sur les mdulgences 
accordées aux Croisés. Quant au rêle joué par les Souverains-Pon- 
tifes , est-il juste de méconnaître un service parce au'il'a été rendu 
par l'Eglise? Fils de Voltaire , reconnaissez-vous : les fanatiques ne 
sont pas ceux qui acceptent un bienfait et en conservent le souvenir ; 
ce sont bien plutôt les aveugles qui, le repoussant en haine de la 
religion, en nient les heureuses smtes. 

Mais, que dis-|e? les Croisades furent-elles donc un bienfait? Oui, 
certes. L'étude sérieuse de ce grand mouvement populaire nous con- 
vaincra que ce fut en même temps un mouvement libéral des plus fé- 
conds. Nous verrons tout k la fois la ft6fr/e exUneure d^ Sociétés 
européennes, leur nataonalité^ mise à l'abri du joug mahométan ; leur 
civilisation cbrétienne, sauvée de l'irrémédiaUe échec dont la mena- 
çait la barbarie onmitale; et, — ce qui rentre plus particulièrement 
dans notre sujet, — la liberté intérieure, désormais assurée parle rap- 
prochement progressif des différentes ciasses de la société, l'influence 
sérieuse du peuple dans l'État, le développement du bien-être général. 
Si ce ne sont point là d'immenses bienfaits, nous consentons i dire 
que les Croisades n'ont servi à rien. 

Le point de vue spécial auquel nous nous plaçons ici est maintenant 
suflisamment indiqué. Pour établir combien grande fut la part que prit 
le peuple à ces expéditions et quel profit il en retira, nous devons 
' étudier : io les causes qm donnèrent Aaiieance à l'esprit ides Croi-* 
sades et qui le propagèrent parmi le peuple; 2o le mouvement popu- 
laire en lui-même , dans chacune de ses manifestations successives ; 
8* les différents motiCs qui inspirèrent les Croisés; 4o les circonstan- 
ces qui ont combattu et détruit peu à peu l'esprit des Croisades; 5^ 



infin, le résultat des Croisades pour ie peil|(« 



Im Croisadei, aipasHiioiis at, étaient dans Vfwàk, 4am Tim fe 
peuple, bien «mt que le signal de les commencer eût été donné, I^ 
pttls*lén|teoipa in eflbl kscfeiulB» novft)î«ax pèlerins rmnisft 
rient avaient fait connaître aux populations chrétiennes de rEonfi 
les excès de la tyrannie musulmane dans les oonttéer déjà s aimit M i 
la domination du Croissant; depuis longtemps aussi les faroodiet i» 
talenn de Mahomet aivaient donné deB signes non équivoques de le» 
sinistres projets sur l'Europe entière. Ces lamentables récits d'une put, 
ctfs menaçantes démonstrations de Vautre, avaient inspiré d^i àt fé- 
néreux mais impuissants essais de répression , lorsque, à l'appel éa 
Souverains-Ponti/es, l'irré^tiblft élan du peuple français ealiAi 
toutes les autres nations, et, suivant l'énergique expression d'aaki- 
torien, précipita l'Occident sur l'Orient. 

Dès les premiers temps du diristianisme , la Palestiae mi 
attiré l'attention, des fidèles. N'était-elle pas U terre sanctifiée. il 
le Dieu fait homme avait daigné naître, vivre et mourir pour le ak 
du monde? Ses villes et ses bourgades, ses montagnes et ses tesm 
n'avaient-ils pas conservé le souvenir et comme les traces impensa- 
bles du Rédempteur? Visiter ces lieux bénis, y raviver sa foi, y BcHir 
croître son espérance et se purifier sa charité, n'était-ce pai la phi 
délicieuse consolation que pût désirer le chrétien? Et comme dan m 
âges de force et de virilité, les fatigues et les labeurs étaient coaplii 
pour rien, les enfants du Christ n'hésitaient point i se donner loi- 
mêmes cette consolation suprême, et de nombreux péltfins sitonaieM 
les routes' ou franchissaient les mers, se rendant en Asie. Us pin 
grandes distances n'êflrayaient point le zèle de ces âmes vigMtCBsei. 
A peine converties au christianisme, les Gaules fournirent loireoatiiH 
gcnt de ces heureux messagers, allant porter au Saint-Sépakre le t^ 
moignage de la foi de nos pères; et en rapportant, dans nos contrées, 
de douces émotions et de pieux récils. En l'an 333 de l'ère chiélkfiM, 
le nombre des pèlerins des Gaules était déjà si considérable qu'a 
avait composé , pour les guider dans ce long et périlleux voyage, m 
Itinéraire de Bordeaux i Jérusalem , pr llulie , Tlllyrie. U Thnce, 
Constantinople et l'Asie-Minçure. Dès le Vie siède, Jérusaden posé- 
dait, près de la fontaine de Siloé, un cimetière réservé â FinhimilMi 
des pèlerins. Depuis longtemps elle avait des hospices où ili éuiol 
gratuitement hébergés pendant toute la durée de leur séjov. Chtr- 
lemagne, dit-on, fit construire dans la ville sainte, au commeoeestetf 
du IX* siècle, douze hôtelleries magnifiques ayant la même destiii- 
tion. Les nouvelles désolantes venues d'Orient, quelques naèn 
plus tard, bien loin de décourager les fidèles, parurent au coitniff 
exciter leurs désirs de voir les lieux où avait souffert k Rédeapte 
et où souffraient après lui des multitudes de chrétiens. V^sraolCK 
on vit arriver en Palestine une foule prodigieuse d'étrangère : c ce fit 
à^ahord, dit le chromqueur Raoul Claner, des pauvres et dei ||É 
du peuple, fmi»t des comtes, des barons, àeè princes, et afiii 
ce qm ne s'était point encore vu, .beaucoup de femmes nobles qii i^ 
mêlaie;it aux artisans et au peuple. ■ Ces paroles prouvent ^ 
la vérité de ce que nous avons avancé, à savoir que le feiÊfk 
fut le premier k s'émouvoir en faveur de la Terrê-Saiole et I 
comprendre les dangers dont h voisinage du mafaométisiBe «- 
naçait l'Europe. Malgré l'infériorité de ses ressources matérielies, i 
avait été le premier i saisir Thumble bourdon du pèlerin, il était job 
qu'il eût aussi la gloire de mettre le premier la main à l'épée veo{e^ 
resse du soldat de Dieu. Quant aux princes et aux barons, Ums 
rinages hélas ! avaient trop souvent pour motife le repentir et le 
d'expier leurs crimes : tel fut, au XI* siècle, Foulque Nem, 
d'Anjou, a«cus6par la rumeur f4ili iqiie de ptusimiirs aasassioatiet 
lamment d'avoir fait brûler sa première femme; tels furent aussi R»' 
bert le Frison, comte de Flandre, Bérenger II, comte de Barcebuiei 
et, après eux , le duc de Normandie, Robert-le-Diable, dont le te^ 
nom résume tous les excès. Ajoutons, pour être justes, que prei^ 



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fouv^^w»! 



se» 



; tMjov» eette dore pénitence portii ses fruks, â h gri^ide ^otisfaction 
ks pe«|^ y qui retrounient en leurs (urinces de^ pères pleins ({e 
boalé» après les ivoir connus maîtres ciniels et tyraps odiçux. 

JiiSfM U Us pèlerins .avaient vajagé isolément; iUse réunirent 
i hifiotét, peur plus de sûreté, puis finirent par s'armer^ afin de résis- 
ter eficacemeot aux io^iustes prètemiona ie» peuples païens dont il 
InrUlMitrafersfsr le teintaire.Dèa^^j moment aufaiii sembk-que 
le peàiple français soit plusjqu'aucnn autre, attiré aux pacifiques ex- 
pèditiôin en Xerre^Sainte^^comme si la Providence le préparait^ par 
cet attfsii spécial, à Vimportante mission qui va tout i Theiire }iii être 
ë^bm d^an^^er VEurqjie par son exoiiple. 

Es fan 1002, quarante Normands» cçveoant de Jérusalem, trouvè- 
lol k lîBadA Saleniet,près<ie Naples, .assiégée par les Sarrasins ; ils 
pireailes aroMS et (Passèrent renne^L Un peu plus tard, vers lOiO, 
Richard, abbé de Saiat-Vidor, se nût à la tête de sept cents pèlerine), 
«semUés et défrayés par afance de toutes leurs dépenses par Richard, 
dacéft Nonoamdie. Cette troupe se rendit -en Palestine en passant par 
SuBlsnlkiople, où elke reçut le meilleur accueil de Tempereur et du 
ptriardie. Quatorze ansf environ après Richard, sept mille pèlerins 
éespnrances de Flandre et de Picardie partirent i leur tour, sous la 
emdidte de Lietbert, éfêqne de Cambrai. La popubiUoa entière les 
KOfNDpsfûs Jusqn'i trois Ueues de la ville et ne lea qoit^ qu>près 
leur avoir prodigué tontes les ma^qjoes.de la plus vive sympathie. Ûeç 
6éaMig8ages semblables dlnlérèt accueillirent partout la pieuse cara-^ 
une qm lea diflfêrentefl n|bo^ aaluaienidu nom prophétique d*idr- 
méi de ÉUm. C'était en ^et comine l>vant:gardo des formidables 
vmées qui âHaîent bientôt fie lever pour la grande iiause de la civilir 
sstiea chrétienne, et dès lors la pensée de la guerre sainte était dans 
hNB les esprits. Enfin, fingl-un ans avant le concile de Clermont^ en 
t06i»Sigefroy, archevêque de Mayence., Guillaume, évêque d'Utre«ht, 
Gealher, évéque de Ramber^^ Othon , é^êque de Ratisbonne, partir 
rent poor les Lieux-Saints, accompagnés de pius de 7,000 chevaliers, 
f^erriers et hommes de tous rangs accourus des différentes provinces 
4e la France et de rAllcmagne. 

Cette habitude du pèlerinage , dont nous n*avobs fait qu'indiquer 

npidement les progrès parmi les populations du ipoyen âs«,-a pnrli- 

nhérement soulevé les récriminations de certains esprits prévenus. 

Os ont cru y trouver une preuve évidente du fanatisme des masses â 

cette époque et du peu de sagesse de l'Église. Comment des 

faunes de tous les âges et de tous le^ rang^, la plupart mcoie ^ns 

ressources et sans expérience, ont entrepris aussi inconsidérément 

ée kîotaios et périlleux voyogcs? Traverser l'Europe entière avec^ un 

yton pour seule arme et une panetière pour tout bagage ! Cpraraent 

relise , gardienne de la fui et do U morak, a laissé les lidclcs 

fl'empoHer i de telles folies? Car, enfm, dans combien d'excès de 

; ioutc nature ne devaient pas tomber ces vagabonds (c'est ainsi qu'on les 

I i^Ue) au milieu do pays inconnus , luin de la juste répression des 

I lô^t — Ceux qui parlent ainsi coimaisscnt peu le cœur humaiu et 

encore moins Thistoire. 

' Le goût des pélerinsge^ , en effet, est dans la nature même de 
rbsnme. Qui que noiu soyons , nOjUs nous sentons fortement cmlrai- 
aés vers les lieux où notre âme doit éprouver des émotions plus vivts 
•t d^ satis(acti<m8. plus complàl^. Le pèlerinage n'est qu'un acte 
d obéissance à ce tout-puissant attrait. L'émolion religieuse élaul de 
koles la plus ialime cl la plus profonde , il est naturel que ce soit 
die surtout que rc^cmlicnt les hommes. Plus d'âmes d'ailleurs sont 
opables de la goftter. De U, chez tous les peuples , des péleriuages 
aa lieux sanctifiés d'une manière spéciale par quelque souvenir reli- 
-Ifaus. Le paganisme de Tancienne Grèce ou de la Rome antique , 
/amme le bouddhisme de l'Inde, connut ces pieuses pérégrinations. 
iIii»cQn sait fOS, de nos jours encore , les musulmans regardent 
i.:miueiin deieir sacré de faire , une fois au moins dans leur vie^ le 
fticnna^c 'lek.M'icquc. C»ltc croyance est tellement enracinée dans 
sds po$sessîoQ9 d'A nque que , chaque :.nnéc , le gouvernement fran- 
Ifus se croit fÊfh'' ^«^ oiettre i la disposition des Arabes un vu [lu- 



sieurs vaisseaux pour^ leur-laciliter, cet. iu:te de religion. Seuls peutr 
être^ lejudaïsme a4ueljet le p|rotestantisme ne pratiquent plus le pè- 
lerinage. Mais que. pourrait, aller demander le peuple déicide aux 
tombeaux de ses prophètes ou aux ruine;f de Sion , après avoir refusé 
d^ recoiM)*Ure en Jésus TaQcomplissement de toute prçphétie? et com- 
ment ferait le protestant pour oublier , près des cendres déshonorées 
de Luther ou de Calvin , les débauches et les liontes de ses illustres 
rèfornuitçurs? 

Le goût. Le besoin. c|jes pèlerinages se retrouve en dehors même de 
la religion- lîlos (wyants .visitent avec un égal empressement les lieux 
qui virent naître les grands hommes , ^t les c{iamps de bataille o(i 
les nations s'^tre-égorgèrent; nos artistes vont à grands frais étu- 
dier Iqs. antiques chefs -d'oeuvre de la Grèce et de l'Italie ; et nous- 
mêmes, hommes de toiis les rangs, nous qui croyons avoir banni de 
nos mœurs les pratiques du fanatisme , que faisons-nous autre chose 
qu*aeeemplir les péWinages de la carioské, quand, nous jetant im- 
patients dans un {htin de pfniiir , nous courons visiter lés splen- 
dides capitales de l'Europe ou contempler au loin les grandes 
scènes de la nature. 

L'Église avait compris à c^el besoin de l*âmé répondait kt pieuse 
coutume des pèlerinages , et non-seulement elle Tavait tolérée , maïs 
elle Pavait réglementée pour ainsi dire et entourée de toutes sortes de 
préeafiliuis. La première eependant-, et bien avant les rècrinûttations 
amères de ifosj^Hlosoi^es; elle en avait condamné les abus , parla 
voix dé ses docteurs. La première, elle avait déclaré que le pèlerinage 
n'était point nécessaire au salut et présentait. même de sérieux .dangers 
pour les âmes faibles. Puis , pour satisfaire néanmoins aux vœux lé- 
gitîmesf des fidèles qu'uri zèle prudent et éclairé pousserait â de saintes 
ekcnr8ioris',''*é)le les avait soumis à certaines conditions, dont la 
stricte observation assurait au pèlerin , pour tout le temps de son 
voyagfe'en terre chrétienne ,' un-î parfaite sécurité et une hospitalité 
généreuse'. Arrêtons lin instaVit Aos regards sur ces sages dispositions, 
et voyons s'il était possible de pousser plus loin la prudence et l'a- 
mour 'maternel. = 

« ftuànd lé pèlerin voulait aller â la Terre-Sainte, dit Mîchaud dans 
sa belle Histoire des Croisades * , it' devait obtenir le consentement 
de ses proches et ta permission de' son évSque; on s^enqnèrait de sa 
vie et de ses ttiœurs ,' on examinait si un vain désir de voir les con- 
trées élbîgnèes ne l'enlratftait pas vers Ifeâ Saints lieux; celte enquête 
était plus? rigoureuse loréqu*fl s'a^issaU d'un religieux; on voulait 
éviter* que le pèlerinage ne fût un prétexte pour rentrer dans la vie 
du monde, lorsque loules ceî Informations avaient été prises, le pè- 
lerin recevait de la m^in de Tévi^quc, à la messe paroissiale, le bour- 
don, la panetière et la bénédiction; une^ sorte de passeport adressé â 
tous les monastère^, aux prêtres , aux lldoles , leur recommandait le 
pèlerin qui devait partir sans retarB , sou:4 Ipelne d'être traité comme 
relaps et parjure de^iml Dieu; révi^que 'seul qui avait' lié pouvait dé- 
lier dans des ciàs rares et d'ujBe' extrÔmc gravité*. Au jour indique 
pour le départ , les parents',! es amîs , ' les âmes pietises , accompa- 
gnaient les pèlerins à une certaine distance de la ville; là il recevait 
la bén^diétloM et é& meltiit eii>wm<he. -Durapl -sa "route le pèlerin 
était(xemptde tout péage; il trouvait Phospilalitédanstousles châteaux 
sur saToûTe, ei c'«*rait utiFsorie de félonielTe Ta luTrefuser*;1l(ïeva1t 
êlrc^lr^ilè.comm? le djap^lain ct^mapapr à sa. jableçli. moins quop^r 
huufirm*ffn'8in^ât mieux Vfsoltmenl ?t la^ retraite; dans les villes'il 
s'adressait à l'évêque qui raccueillait, et dans les couvents au prieur 
ou â l'abbé. On lit dans Us,Dcvoirë d^a Chevaliers l'obligation , pour 
tous les hommes qui portent les armes , de défendre le pèlerin assi- 
milé aux enft«ls ri auf veui?es^ s*ilMortA*iît inaladc , 'les hospices lui 

• C v-oîutncs m-S». — VdTi' le 4»* -volf Érlnircistèments. 

' CeKo disposition^ qui peul paraître rigoureuse, avait, comme les autroà 
pour but d'empôcher que les fiJôlos ncdomniJassont trop lôgùromcnt h partu 
pour des contrées lointaines, Qu^nd un cng-^omcnt Oicirrcvocapio.oa réUôçbi ( 
d'or Jinaîro ^ôrfouscmcat a^'jni dî le'coniractor". 



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i'OOTIIIKa. 



tlmmi mmU rfarf ^ niillnn«rhdM MMtttm; m prendl ioiB 
de kii comme d*tai être ^riAê^. Lwrtqim les pélerhit t*«mbar' 
ipmenX , le prix dé lear passage était extrêmement modique , et les 
tUtnti de eertaiiMi ^et, teHes que MarseîUe par exemple, les dis« 
penaeat de toute rétrUMition quand fit s^embarqueront sur let navires 
delà cit<. a 

n n*eil pas sans intérêt de connaître la teneur du passeport ou let 
tre de recommandation que Févêque remettait au pèlerin^ an moment 
du déprt. Nous doutons fort oue dans notre siècle de progrée et de 
fratermté iiziiversell« , une pièce de ce ton puisse suiDre pour assurer 
partout I UD étranger le Titre et le couvert. Gela n^empéchera pas 
eertiîiies bonnRs âmes dé s^écrier que le moyen âge était une époque 
d€ barbarie et de grossièreté ! Voici ce passeport tel qu*H nous a été 
coaserré par pluaieurs anciens formulaires : 



• k tous le«Mliit9, iut vénérables apêres, aux rois, ai 
quMf iiix oQffll«», luxâbbés» etc., et tu peuple chrétien en généra), tant des 
ville» qae des compagnes et des mooastèret. au nom de tHeu, nous faisons sa- 
voir à Votre Grandeur au h Votre Sainteté que le porteur des présentes diartes, 
notre frère, naus a demandé la permission d'aller oaisibiement à (M on mêilaii 
k mm dM Uéu\, ou pour réparer ses fautes, ou afin de oner pour, notre oonser 
TstÎQD ; «'e$t pourquoi nous lui avons eipédié ces présentes lettres, dans loi- 
quel les. en vont prêsentAiit nos salutations, nous vous prions, oour Tamour de 
Di«u et de saint Pierre, de le recevoir comme Totre béte, et de Id étrs utile 
aoît en allant, soil «n revenant, de Inanière <m*il retourne sa» et sauf dans ses 
lofyer»; et, eomme c'est votre bonne couuune fidtes-lui p ass er ues jours beu- 
reux. Que le Dieu qui rèene éternellement vous protège et voua garde dana aon 
royoume. Kous yoiiîÊ sàiuons tous avec la plus entière cordialité. • 
[Ici le tctau ùê I eragiM.) 

Malgré loulea ces précautions de la sainte Église, les péierms, sans 
doute , avaient encore bien i souffrir ; leur peré|rioation n'était ps 
certes utic partie de plaisir ; les fatigues a une route longue et difficile, 
les înteoipériei dts saisons, suffisaient & donner i leur pieux voyage 
de «ombreusfs occasions de mérite ou d*expiation : mais tout ce qu*il 
éUit humainement possible de faire était réalisé . et la civilisation 
moderne est bien loin de ce résultat. Elle a supprimé les pèlerinages, 
mais elle a en même temps supprimé la sainte hospitalité et la véri- 
table rraternité des peuples. Sans doute encore les pèlerins ne furent 
fMis tous également dfgnes de ces touchants égerds de l'£glise et des 
chrétiens mais il faut croire que les excès, si excès il y eut, furent 
bJ€n isolés et de bien peu d'importance, puisque Thistoire n*en a con- 
eervé aucun souvenir. Elle raoporte au contraire que les nations les 
plus sauvages de rill^irie et de la Thrace, que les brigands eux-mêmes, 
vénéraient les pèlerins 4 cause de leur douceur et de leur mansué- 
tudei et elle nous â conservé les paroles d*un chef musulman assurant 
aux siens qu'ils n'avaient rien i craindre d'une troupe de pèlerins, at- 
tendu que « toujours il avait vu les chrétiens inoffensi& s'occuper 
uniquement d'accomplir leur loi. a 

Après avoir constaté les nombreuses relations de TOcçidcnt avec 
rOrienl et en avoir bien compris l'esprit et la portée , il nouv làut 
maintenant savoir en quel état la Palestine s'offrait aux regards émus 
(je^ pèlerins, 

(td iuiu on pfociUiiii nnadre.) Sugèms PéNEL. 



LES COHPAO!VO?IS DE LA €IU)IX • D'ARGENT \ 



CHAPITRE XIY. ^ 

^^omment 1 Éveillé fit entendre â US^^ Finette qn'il l'aimait 
êpordamentp et ce qui s'en auiTit. (Sui7e.) 

L'tivcillè ne pouvait soupçonner la cause dn léger hmit qu'il avait 
cru entendre. 



lu ttptùâmtUm mî inméOê, •* Tefr lefn» de ronwitf dn S août au 49 octo- 



Quand la fMêtfs Ibl refermée, H vint s*atieolr auprès du à/mU I 
la place où ila*était tenu pendant U vifite dn médecin 

Un silence profond régnait dans la chambre. 

Les yeux de l'Éveillé étaient msrhinalement fixés sur le Ht. Si fm^ 
sée était ailleurs. 

Elle suivait les pas de W^ Brûlot, la pensée du pauvre bossu ! 

Car, le malheureux! il aimait éperdument la coquette fem 
fiUe. 

C'était une de ces pauions d 'autant plus profondes qu*eBessont ia- 
sensées : W^ Bmlot était pour l'inrortuné bossu le rère d'or, ètbapp^ 
des paradis fantastiques de rimagi nation, et qui ne bisse ni rtpos, m 
trêve i Time sur laquelle il est venu l'abâttre, 

L'Éveillé n'avait jamais remarqué que Finette eut dei dér«ut£ -, hàm 
plus, ces défauts que voyait et que bUmait tout le monde, «embUié:! 
ft l'amoureux insensé des qualités merveilleuses sani 1 ^quelles «as 
idéal n'eût pas été parfait. 

Laid, hossu, ridicule, véritable proie offerte aux plaisanteries é^i 
gens légers, et i la compassion cruelle des méchants, rËveillé pensait 
qu'il serait réhabilité de sa laideur, et sauvé de tout ridicule le jmt' 
oii il parviendrait à se faire aimer d'une belle et orfueilleusê per- 
sonne comme Mii« Brûlot. 

Ainsi il y avait un peu de vanité dans ion amour; mais rÉveill^ m 
s'en rendait aucun compte et sa pasiioa n'en était que plm no- 
lente. 

Quand le Ronleur se laissait aller I ces illusions folles , é\Lbi& 
plus familières i l'esprit que le coeur est plus malbeureui^ , U it 
voyait promenant dans les rues de Paris , par un beau jour dYtl , 
Mlle Brûlot, devenue aa femme. 

Il était bossu ; elle était droite et avait la taille parlîitaaient pHi« 

Il était laid et tout honteux à cause de sa laideur; elle était héê 
personne ; et toute flère parc^ qu'elle n*jgnorait pas ses avanlagei. t 

Il faisait pitié; cil»» f>' Vi isnie. 

De \k chez le p.nuxr. bo5su un incroyable désir de s*élever |usp^ 
devenir le mari de M'i- Brûlot. 

C tait un espoir insensé. L Éveillé le savait bien ; il aimait d'osu 
passion lerrible, et d'autant (ilus douloureuse qii*eUe était cicbee. 

n n'aurait osé avouer i personne qu'il eût jamais songé à W^* Brv- 
lot. Il sentait qu'un pareil aveu Teûl rendu encore plus ridicule ^ai 
ne l'était avant. 

Le temps se passait : rÉveilIé , assis auprès du lil , rêvait » 
Mn«Finett>. 

Celle-ci n'apportait pas la lumière que son ^ère avait annoncé l ft- 
veillé. Le Ronleur songeait et ne pouvait â>mp^cl]«?r d'unir i Vid^VIti 
lii>« Finette celle de Claude CKo|iin. 

Le père Brûlot faisait venir aon neteu de Soissons : pourquoi akf^ 
N'èta't-cc pas pour faire de lui un gendre? I 

Cette pensée était horrible i l'tn fortuné bossu. * 

Il rassemblait dans son esprit toutes les circonstances qui, loni ^aj 
l'écarter, semblaient devoir rendre vraisemblable sa conjecture Ia- 
quiétude que le père Brûlot témoignait pour son neveu , les sam 
que Mll« Finette, si indifférente d'ordinaire, semblait disposée î pê^ 
diguer au nulade. j 

Tout-â-coup la porte s'ouvrit : llii< Finette enlra; elle portait lh{ 
main une lumière. 

Elle la posa sur la petite table ùb. le docteur avait lai;»^ quetqMi 
papiers. 

L'Éveillé se leva. 

Il tenait lea yeux fixés sur la jeune fille i il cherchait le 
qu'elle allait adresser au malade. 

•— Monsieur l*Éveîllé, murmura-t-elle de sa voix la plus douc«, 

— Mademoiselle, balbutia VËveillé. 

Jamais il n'avait entendu celle qu'il aimait prononeei' son nom saf 
un ton d'ironie qui lui faisait saigner !e cœur. j 

Elle lui fit un signe et l'appela vers h fenêtre, le p1i|f loin poisflM 
dttlit 



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i^ ^ 



r: 



LM>UVniBR. 



ie cttBE (i«4*É*tilié battait Afee inÉeeitt êmetioleuee^» il étaitha- 
iKitiié k ce q«e Mi>« Brolot ne le regardât pas et ne lui demandAtjanuis 
neo. 

— Monsieiir fÉveillé, liti' la jeuno. penonne,' de l'air du monde le 
fkm eareMaot , vous aimez bien mon père et vont, ne iKMdriet pae 
^*à se m AÎ^tt y hit m bit anm» nud. 

— - Si je Vmm% t'écm le pauvie UÉveiUéy qaà ne comprenait rien i 
.£6 «pii le poaeait; mak que foulei*vou3Î madeaMiaelle , qu*avet<- 

' — Je B'aî riea, lepiil la jeune fille; ja ne voudrais pas que mon 
père prtt la peine qu'il se donne pour un garçon ooniae celui qui 
estU. 

yÉveâli se seoftille cosvr bondir de joie. 

Il avait cru que MQ« Finette aimak son eonsîn Claudel il s'était 
donc trompé. 

M»» Brûlot reprit : 

— Je sais bien que Claude est le fils de ma tante qui babite Bois- 
sons; mais ce n'est ps une raison pour passer la nuit comme mon 
père l'a fidt bier auprès de son neveu , pour une égratignure qu'il a 
â l'épaule ; car le médecin a dit qu'il n'avait rien , n'est-ce pas ? 

— Si fait, reprit rÉveillé, sans se douter de rien, il a dit que votre 
cousin^., que le neveu de votre père avait une fièvre au cerveau. 

— Une fièvre cérébrale? s'écria Finette. 

Le Routeur ne vit pas que la jeune fille avait perdu les couleurs 
-ives qui, quelques Secondes auparavant , brillaient sur ses joues. 

— Ouï, c'est cela, une fièvre cérébrale f 
Finette reprit son sang-froid : 

— Est-ce que c'est dangereux? demanda-t-elle avec le plus grautl 
cahne. 

— M. GniVotin a dit qu'il guérirait. 
n ; eut un ihomenf de silence. 

*— Est-ce qi^e mon père vous a parlé de ce garçon? demanda Fi- 
nette, en simulant la plus parfaite indifférence. 

Oui... non, répondit le Rouleur; mais pourquoi me demandet- 

voittcela? 

n ne voulait pas raconter â M"o Brûlot des faiU qui lui eussent dé- 
couvert les secrets du Compagnonnage. 

— Ob ! pour rien, répliqua la jeune fille, en se retirant dans l'ombré 
de la fenêtre et en cachant la rougeur de son embarras. 

L'Éveillé se lut pendant quelques secondes : puis il regarda du cité 
du Ut. 

Claiide Chopin dormait d'un profond sommeil. 

Le Rouleur fui saisi d'uni accès d'audace dont il ne se serait jamais 
cm capable. 

— Mademoiselle Brûlot, s'écria-^-il. 

— Qu'y a-t-il ? demanda Finette étonnée. 

Vous me demandez tout cela parce que vous porter intérêt non 

pas tant â votre père qu'à votre cousin. 
Finette fut blesstîe que l'Éveillé eût ainsi lu dans sa pensée. 

— Quand ce serait, répondit-elle ; c'est mon cousin ! 

— Vous en voulez peut-être faire votre mari? 

— Est-ce que monsieur l'Éveillé le trouverait mauvais? 

Tinette mit dans ces paroles uno telle aigreur et une amertume d1- 
nmie si mordante qu'il sembla à l'Éveillé qu'on lui déchirait le cœur. 

Il sentit ses janibes trembler; il devint pâle comme la mort, et la 
douleur lui donnant du courage : 

-^ C'est que, voyez- vous , mademoiselle , d cela était vrai, j'en 
Biourrais. 

Finette recula d'étonnement 

— Obi oui, je suis fou, cela est vrai, dites-le, dites-le, vou3 aurez 
raison. C'est folie i moi de vous aimer ! mais je ne puis pas m'en em- 
pêcher. Vous, si bette, si admirée, moi si laid, si ridicule ! mais que 
voulez-vous? Quand j'étais petit, on me battsit k Técole parce que 
j'étïift Md et fcoistt ; j6 rentrais eir pleurant i U maison ; U je trouvais 
HM ini^i eût me prvoail ftur m genooi ; elle me m^otriit dei im« 



gesi<kms4m grand litre de prières : 1» sainte Vierge , les sainH et Je 
belles faintes; je lui demandais si ces belles dames voudraient pf'kr 
pour moi si petit et si 'aid, et si ridicule.ol dont tout le monde se 
moquait. Alors ma mère me consolait, elle me disait que malice ma 
laideur^ si j'^îmais bien le bon Dieu, le bon Dteu m'aimerait, la sainte 
Vierge m'aimerait, les saints, les satntee, les anges m'aimeraient :*elk' 
me disait cela ma mère. 

11 parla ainsi longtemps le pauvre bossu. Sa parole, d'ordinaire ma- 
ligne et railleuse, était douce et pleine de prière : il versait aux pieds 
de lunette son cœur tout entier avec les tl*ésors de trîstesse et de 
passion dont il était rempli. 

Tantôt il s'humiliait , il se faisait enfant , il disait à k jeuftô fille 
qu'il lui obéirait comme un esclave ; il implorait sa pitié, disant qu'il 
mourrait si elle le repoussait. 

Tantôt il relevait la tôle. • Je suis bossu, c'est vrai, disait-il; mais 
on dit que je suis droit de mon esprit, si je suis tortu da mon corps : 
alors il promettait â Finelte des choses Impossibles ; il Uii disait qu'il 
savait lire et écrire, qu'il se ferait recevoir huissier : il avait quelque 
argent qu'une tante lui avait laissé, il le mettrait à acheter un office. 
C'était là le rêve de gloire qu'il faisait briller aux yeux de Finette. 

U parla ainsi pendant longtemps ; ses yeux étaient pleins de larmes; 
ses joues, d'ordinaire blanches comme le linge, étaient rouges. 

Il s'arrêta enfin, épuisé, demi-mort. 

n attendait ce que la jeune fille allait répondre. 

Elle re|[ardait le lit, et, au milieu des draps blancs, la tète de Claude, 
dont les traits réguliers et mâles faisaient contraste avec la figure irré- 
gulière et maladive de l'Éveillé. 

— Vous ne répondez pas, s'écria avec amertume le pauvre bossu : 
vous ne pensez qu'à lui , fît-il en étendant le bras vers le lit; vous 

' l'aimez donc bien déjà 7 

— C'est que, reprit la jeune fille en minaudant, il ne fait pa$ tant 
de bruit que vous, et tout fiévreux qu'il est, il ne se donne pas lant 
de mouvement. 

Le cœur de Finette n'avait point battu. Ses lèvres exprimaient une 
ironie cruelle. 

L'Éveillé sentit qu'il chancelait ; il s'appuya contre le mur. 

Au même moment, une cuiller, placée sur la table , près du lit de 
Claude, tomba à terre. 

— C'est singulier, reprit Finette, pour n'avoir point l'air do voir le 
trouble de 1 Éveiité , pendant que nous causons à Vautre bout de la 
chambre, et que Claude dort dans son lit, voilà la cuiller qui tpmbe 
toute seule ! 

La cuiller n'était pas tombée toute seule. 

Que s'élait-il passé? 

L'Américain s'était tapi sous le lit. 

Il y était resté pendant tout le temps que TÉveillê était demeuré 
seul dans la chambre. 

H avait écouté le dialogue entre Finette et le bos^u. ' 

Au moment oii il avait compris que TÉveillé était tout entier dans 
ce qu'il disait, et W^« Brûlot toute entière dans ce qu'elle entendait, 
il s'était dressé. 

Il avait tiré de la poche de sa veste une fiole inintment petite 

n s'était soulevé jusqu'à la hauteur d'une table de nuit plac'e près 
du lit de Claude. 

Cette table supportait un plateau. 

Sur le plateau il y avait un verre et dans ce verre une polion que 
devait prendre Chopin. 

L'Américain versa le contenu de la fiole dans le verre. 

Puis, par un brusque mouvènient, il W glibsa'der nottvéaù hu^ le, 

lit. 
n ne put agir avec tant de préèaution qu^uhé cuiller, p)a de au 

bord du plateau, ne tombât. 

Fendaut queMU« Finette s'approchait du lit pourrdevi»r la cmiier, 
l'Éveillé sentit qu'il allait perdre coniuiii 

Il le dirigea ten li porte. 



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t'ODVRIER. 



11 rovtrit : Ui fenêtre qui était mal fermée, céda an même iempi qve 
b porte. 

Un courant d'air s'établit. 
La ehindelle l'etei^nit. 

— Qu'est-c6 qu'il y a? qu'est-ce qu'il y iT s'écria Finetle, 11 lui 
•embla entendre un mouvement sous le lit, au mémp. insLmt elle vi L 
une forme noire disparaître par la porte. 

— Edlumci donc la cliandelle * a^éma-t elle 
PefEonne ne répondit. 

L^veillér dès qu'il avait eu ouvert la porle^ &' était élancé dana l'es* 
eatier, et avait de là gagné la rue, 

iLti *uiU au prûchain numéfu. ) CLEMENT JuST. 



m ENFANT TERRIBLE. 



La petits Cécile, âgée de neuf ans. - 
de journaux. 



H, Dncofn. itinrcliâiid 



La petite Cécile, — M'i^ieur, papa m'a dit comme ça, de lui ache- 
ter )e journal de sj part. 

M, DucoiN, — Quel journal veui-tuT 

La petite Cécile. — Le journal, pour papa. 

M- DucolN. — ■ Mais lequel î diantrei il y en a plusieurs^ eit-ce un 
bon ou un mauTaiâ T 

La petite ÇÈCiLe. — Papa ne ma pas dit,.... mais je croia que 
c'est un bon c'est- il le même prix? 

M, DucoiN. — Mais non, petite nigaude, les t»ons talent toujours 
pins cher que les mauvais, naturellement. Eli bienî Ta vite demander 
I tnn père* ^.. va donc vite 



La petite Cécile et son petit pèra. 

La PÉTitE Cécile, — Petit père, M. Du coin m'a dit qu'il ne savait 
pas quel journal tous vouliez. C'est^l un bon ou un mauvais 7. >.. 

Le petit pëhe, — Est-il béte î ce M. Ducoin-U ! Est-ce qu'il ne 
lait pas qui je suis , est-ce qu'il me prend pour un dleignoir ?.... va 

lui dire que j'en veux un mauvais quelque chose qui gratte , qui 

tnorde...., quelque chose de féroce, de canaille , si c'est possible,.,.. 
?a, ma petite mignonne. 

m. 

Là petite CôcUe et H, Ducoin. , 

Là ftTTTE Cécile. — H'sieur, papa m^a dit comme ça qu'il en veut 
un mauvais. 

I M, DucoiN. — Ce«t ce que je pensais ceux^li soni loujoura 

plus demandée.,.,, tiens, ma petite, prenda là-bas tu vois là- 

^^baa..... 

f La petïtr Cécile {meiU^m ta mam iur U j<^wrml rUnion\ — 

^G'^-ilcelit 

M. Di;cQiH. — hh \ peste t cVit ps du tout cela.. .. mais non, U- 
bas, je te dli,,.,. 

La PEtrrE Cécile {^enani le journal le Mond '\ -^ Q*> st'l ce 
iui-d! 
M« DUC0SH, — Hajf noa, tu 1M foif donc pai, un peu plus loin. 



La psriTls CÈcajs {prenant k Gaiette de France). ^ Ak ! «'ait 
cela, alors 

M. DucoiN. -^ Allons donc, nigavde, le faw-tu exprèst.... Tu n'y- 

vois donc pas? Regarde donc où jeté montre Décidément tu 

m'impatientes... v.Ty vais mioi-mème.Tiens^. void tii dîna & t0fi 

père que c^eat ce que nous af ons pu nous procurer de pKw maunif 
jusqu'ici, liens, voici le 5tec/e.....0H plutôt nm^tieDs, yiddrOpmhm 

nationale ou plutôt non, tiens, prends plutôt le Sièeh Noa^ 

cependant tiens pourtant mais oui je crois Dam! 

ma foi; tant pis !. ... ferme les deiux yeux, et puis choisis celui qui te 
tombera fous la main. 

La PETrrs Cécile. — Combien que ça vaut, M*sieurt 

M. DucoiN. — Ah ! ces joumaux-U ,' je te l'ai dit , ça se faut pas 
cher. Combien ton père tVt-il donné t 

La petite Cécile. — Deux sous. 

M. DucoiN. ^ Donne ca. on y gagnera encore. 



IV. 



La petite Cécile et son petit père. 

La petite Cécile. — En voilà un mauf ais, c'est ce qu'il a de plus 
mauvais. 

Le PETrr père. — Merci, ma petite mignonne. 

La PETITE Cécile. — Petit père , est-ce que vous n'aimex pas ce 
qui est bon? 

Le PETrr pére. — Si fait ! ma mignonne. J'aime le bon pain , le 
bon vin, le bon café , les bonnes gens, et ma petite Cécile, quand 
elle est bonne 

La PETITE CÉcnjE. — Et les bons jeumivxt.... fis, veus ne les 
aimez pas? 

Le PETIT PEUR. » Ah ! ma mignonne, pour ceci c^est différent. Je 
n'aime que les mauvais. 

La pettte Cécile. — Mais, petit père, pourquoi donc ? 

Le petit père. — C'est que ceux-là sont dans le progrès, sont des 

journaux de progrès. Mais tu es trop petite pour .eemprendre cela 

viens m'embrasser. 

La pettte Cécile (effi^rwMiil son petH père). — Ah ! si, si, je 

comprends bien ce que c'est que défaire des progrès Voussaves, 

papa, que j*ai fait des progrès, les sœurs sont contentes de moi 

Le petit père. — Eh bien ! c'est cela, mon enfent, c'est cela, c'est 
bien cela oui, tu as bien compris cela c'est bien. 

La pettte Cécile. — Mais est- ce que les bons journaux ne font 
pas de progrès?.... g 

Le petit père, — Non, il n'y a que les'maunis. 

La petite Cécile. — Ah ! que c'est drôle !.... à l'école c'est tort 

le contraire il n'y a que les bonnes petites filles qui fessent des 

progrès et les mauvaises n'en font pas. 

Le PETrr père. — C'est le coniraire pour les journaux. Les boii« 
sont rococos, et les mauvais sont ehicards, 

La petite Cécile. — Ah I mais pourquoi donc ? 

Le pettt père. — Dam î parce que c'est comme ça , et qu'il ne 
peut pas manquer d'en élr^ ainsi. 

La petite Cécilf. — Et moi, petit père, je suis-t-y chicardef 

Le PETrr père. — Mais mais oui. 

La petite Cécile. — Alors, puisque vous êtes mon petit père, en 
vous appellera M. Chicird. Et ceux qui font le journal, sont-ils ehî- 
cards aussi ? 

Le PETrr PÈRE. Ah ! plusquo cela!.... on pent bien dire qu'ils 
sont eieocandards, 

La petite Cécile. -- Ah! que je voudrais bien voir des nommei 
dc5 celle espèce-là . 

Le petit pare. — Dam ! c'est ça qu'est chouette ! le te fersi voir 



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gle 



rOUVRlBR. 



un 



lit KTITB CÊaus (emffnusani ton père,) — Oh ! m'ercî !.... Je tous 
fumets d'ilre toujours chicarde et diouetle, petit père. 

Candide Le FkuNC. 



LBS ORAGES DE LA MËRE NOIRE 



CHAPITRE XVU. 

Coimno quoi loi conTonU ne sont pas toajoars d'affireuset 
pritons où d'innocentes créatures gémissent victimei do 
la tyrannie de parents cruels. 

Lorsque Bonaparte prit entre ses. mains vigoureuses et intelligentes 
le timon des afi^dres en France, il débuta par deux actes qui le posè- 
rent d*emblée à la tète de TEurope. Ce furent ramoistie accordée aux 
éoiigrés et la restauration du culte catholique. 

Par le premier de ces décrets, il donna un signe de force et une 
preufe magnifique de sa puissance, car il n'y a que celui qui est fort 
qui ait le droit de ne pas craindre. 

Par le second,il manifesta une pensée d'une splendtde lucidité et se 
posa comme le bienfaiteur de la société en souffrance. Les autels furent 
reliçyés au milieu d*nn indescriptible enlliousiasme. La révolution, qui 
avait essayé de faire marcher le char de TÉtat sans Dieu , demeura 
embourbée dans Toubli, et l'homme sage et vigoureux qui avait 
saisi les rênes, replaça par un seul mot son pays k la tête du 
n^ônde. 

En vain des effort^ furent tentés pour amener le premier consul i 
tonmer ses vues vers le protestantisme, il vit de son regard 
d*aig1e que FÉtat ne doit pas être la base de la religion, mais que a 
religion est le soutien et le ferme appui du principe d*ordre et de sé- 
curité de toyte société civilisée. Outre la difTiculté qui se sérail pré* 
sontée dèe l'abord de savoir â quelle secte protestante on eût donné 
la préférence, si on eût choisi une église préexistante ou créé une 
nouvelle fraction dans ce corps purement nominal , Tâme de Bona- 
parte était trop élevée et trop droite pour tomber dans les hontes de 
Tapostasie et pour entratner son pays dans une voie funeste aboutis- 
sant à un inévitable abîme. Sans doute le protestantisme est plus com- 
iqode en apparence pour ;celui qui désire absorber dans sa personne 
la toute-puissance gouvernementale ; mais quiconque jouit dts plus 
nmples notions du sens commun comprendra que, plus une Église est 
indépendante dans le gouvernement des consciences, et plus ses 
membres agissent dans un sentiment de fière liberté et de grandeur 
morale qui se réfléchit sur la société civile elle-même et en forme la 
base la plus nobie et la plus «Me tout à la fois, i savoir celle 
d'une conscience indépendante des hommes et subordonnée i Dieu 
seul. 

Tels furent sans doute les motifs pour lesquels le grand homme 
en misissant une autorité qui n'appartenait à personne au milieu d'uni 
patrie en désordre , voulut au une des premières gloires de son ad- 
ministration fût de rendre la liberté et la vie à la foi de ses pères. 

A peine cet acte solennel fut-il accompli qu'on vit arriver d'outre- 
mer et d'au-delà des montagnes un essaim glorieux de prêtres et de 
nobles femmes consacrées i Dieu, revenant d'un douloureux et 
long exil , pouiv se mettre, comme jadis, au service de tous les be- 
soins et se faire les consolateurs de toutes les souffrances. 
Les' filles de Saint-Vincent-de-Paul revinrent pour panser dans les 
hôpitaux la double plaie des corps et des âmes , pendant que les 
prêtres accouraient reprendre , avec des larmes de joie, la conduite 
de leur cher troapean si longtemps abandonné dans un bercail en 
ruines. D'autres corporations se formèrent et s'établirent : les unes 

• Voir lca,Q«* d« f Ouvrier û^ .44 mi an Si juin , du 6 au. 22 jui et, ùes 
10 et SI août» 7 et 44 sèptembrer ^ 49 et 49 octobre. 



destinées à conserver la pensée du ciel dans une société qui s'on- 
blie,les autres ayant pour but d'apprendre aux hommes, par leur 
sublime exemple, qu'on peut vivre heoréide en méprisant 1m hon- 
neurs et les spéculations mondaines ; d'autres , enfin , désireuses 
de cultiver, èTabri de tout contact impur, Les jeunes cœurs qui, plus 
tard, devront entrer comme membres agiisints dans une société cor- 
rompue et corruptrice. 

Du nombre de ces dernières fut II corporation fondée par sainte 
Angèle de Mérici, et â laquelle Thumble fondatrice voulut léguer un 
autre nom que le sien dans Teftpérance de faire oublier I la postérité 
sa personne et sa gloire. 

Vn petit essaim de ces fiUes , connues sons le nom d'Ursulines, 
vint se poser sur le lol liospilalier de Bretagne, I la suite du décret 
d'amnistie, dès qu'il ne leur fut plus interdit de travailler k l'éduca- 
tion des jeunes enfants et de conserver la chasteté virginale , sous 
)peine de déportation ou de mort. 

Cinq ou six de ces pieuses Mqb se réunirent dans un quartier 
solitaire de la ville de Dîna n, dans une pauvre maison, sous la dîree^ 
tien d'un pauvre prêtre, revenu comme elles de Texil. Tout dans cette 
petite colonie respirait k pauvreté et le détachement des choses d'ici- 
bas; mais c'était une pauvreté comme de¥ailétre 4 Nazareth celle de 
la Reine des Anges. La chapeUc était nue , mais pas un atonie de 
poussière n'en ternissait le soi. Le choeur, ainsi que Fautel de bots, 
brillaient comme un miroir par les soins de sœur Ursule , la vieille 
tourière. 

Les cellules, le réfectoire , le petit jardin, tout semblait d'une élé- 
gance que le luxe le plus raffiné a^aurait jamais su atteindre , tant 
l'ordre et la propreté, ce roi et cette reine des ménages , y avaient 
établi leur empire. 

Une salle basse, ornée d'une statue de Marie , et meublée de lon- 
gues tables et de longs bancs , était destinée â Vémle gratuite des 
jeunes filles qui venaient apprendra là les éléments de la vertu et re- 
cevoir les premières notions de grainmatre et d'écriture, qui plus tard 
leur seraient si utiles dans k vie domestique. 

Deux religieuses avaient été spécialement affectées k cette occupa- 
tion si dépourvue de charmes. Lune d'entre eUes» fille d'un laboureur^ 
avait été naguère une pauvre et honnête ouvrière, gagnant son pain du 
travail de ses maîns. Elle se nommait , dans le monde, Françoise. 
L'autre était la fille unique d'un riche niaïquis de Tan ci en régime. En 
vain ses parents avaient voulu la garder avec eux , en vain de riches 
partis s'étaient oflerts, en vain les séductions du luxe avaient fait le 
siège de son âme, Berllie avait résisté â toules ces sollicitations rcu^ 
nies, et, pendant l'émigralion, était entrée au couvent en Angleterre, 
pour se faire la servante des petits enfants après avoir été tonglempâ 
servie par de nombreux valets. 

La première figure qu'elle rencontra .nu couvent. Tut celle de Tou- 
vrière qui avait si souvent raccommode ses robes dans le château de 
son père. 

En se retrouvait, elles t^'embratsèrenl avec transport comme deux 
sœurs. 

Françoise était devenue prof-ssc et avait reçu le nom de £Œur 
Louise. Berthe, simple novice, prit avec Thabit le nom de euiur 
Cécile. 

A Dinan, sœur Louise, plus ancienne en religion, était première 
maîtresse de classe. Sœur Cécile lui était soumise. 

Les gens qui rêvent d'égalilé et qui veulent Timposer aux autres, 
i leur façon, devraient bien aller Véludier d'abord dans la libre 
atmosphère d'un cloltr . 

La supérieure, quoique jeune encore, avait été élue par lesfK^ursà 
cet emploi à cause de sa grande piété, de %otx înaltérqH^ doureur, dn 
sa rare intelligence et de son habileté adifîin.btraU^e. FÀlf^f* rti'rnmaif 
mère Marie. 

La petite colonie fonctionnait doicement ainsi depuis quelques aiH 
nées, occupée coihmeunc ruche activa zv,%. bi^nres du travail, et chaa^ 
tant derrière la grille du choeur les louanges Je Dieu auxàeures delà 



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L*OUTRHIR, 



priértr TÎtant 4e cette ne eitiiie giiu luon^tome, laborieuse sans bruic , 
heureiise saos éeUt, que Ton ne soupçonne ps et que l^on ne eonn^ni 
point dtxy» tes agiUiltoiis du monde, quand» un jour^ une cHann^iiliï 
enfant fut omenée par 6a mère I h porte du couvent. 

Une petite grille, fermée par un guichet, i'euvrit et VœU de usur 
Ursule ex anima Tétrangâre, 

— Qui demandez- vous» madame? Gtia lœar. 

^le TOUS im^ne renlint que fai annoncée hier à madame ii iupé- 
riëve» dît la mère« 

— Eose Jmirdain t 

— Ouï, Bo se Jourdain, répondit Anna. 

^^ Faites- la entrer par le tour, madame, dit la touriére* 
A droite de la porte lu guichet , une manière de grand cylindre de 
bois pUcé verticalement, ouvert d*un seul cdté, et lournant sur deux 
axes^ était enckié dans le mur. Il était construit de telle sorte qu'en 
lui taisant parcourir une demi-circonrérence » Touverture se trouvait 
ikernativement donner sur Veitérteur ou dans rinlérieur du couvent. 
A ce moment elta ét.xit du cMii de sœur Ursule. 

Le crochet qui tenait le tour fut enlevé dupitooj et, par un mouve- 
ment de rotation Itcrizi^iitale facile i comprendre, cet instrument pré- 
senta bienlât a Rose son ouverture et son intérieur vide. La chère 
petite eut un m ou v ciment de peur. 

— Tienip t>n dîner, Hose, dit sa mère en lui donnant un petit pa- 
nier contenant du pain^ de la viande froide, un flacon en verre cli^e 
et quelques frîjan dises, 

L'ecf^nt prit la main de ea m£re qui la conduisit Ters le tour en lui 
fccommsndant d'être bien sage, bien obéissante, bienallehtiveelenîui 
promettent de venir la chercher le toîr. Après une dernière et h>ngue 
caresse, elle entr.î dans le tour avec son petit panier au bras. L^ ma- 
chine sinistre se mit en mouvement souâ t'ejfort de so^ir Ifrsuîe et, en 
se voyant pour U première fob dans cette demeure étrangère , le 
cœur de la pauvre Eose batUit bien fort, 

Elle rostsit li-dedans, sans oser bouger, comme une statue dans sa 
niche, 

— Ëh bien, mademoiselle, dit soeur Ursule, est-ce que ie vous fais 
peur? 

— Non, madame, répondit Rose en tremblant. 

— On m*»ppeUc m-i f ceur , mademoiselle , dit la tourière ; les reli- 
gieuses ne sont pas à^s madames. 

Rose la regarda avec étonne ment, surprise sans doute de se savoir 
la s(BUr d'une grande personne toute noire, ornée de moustaches qui 
auraient fait honneur à plus dVn voltigeur de Tarmée de la Répu- 
blique. 

— Allons ^ petite , donnei-moi votre main que je vous conduise  
notre Mcre. 

Rose écoutait ce langage avec surprise , outre cette sœur dont elle 
n'avait jamais soupçonné l'existence, on lui annou^it encore i^u'elle 
avait une autre mère également inconnue. Rassurée cependant par le 
ton des mur Ursule» elle lui tendit fa petite miin sans trop de crainte 
et bienlèt après se trouva dans la cellule de la Mère Marie, 

Smur Cécile i*y trouvait avec h supérieure. 

— > Ma ]Hér«, dit imur Ursule, voici la petite de cette dama qui est 
venue hier. 

— Rosei veneE donc vite que je vous embrasse, mon enfant, s'é- 
erta la Hère Marie en lui ouvrant ses bras. 

nie semblait si douce et si bonne que Rose s'avança vers elle, sans 
aucune hésitation et sentit intérieurement que sous celle robe noire 
Ui liait aussi puur elle un cœur de mère. Elle poussa néanmoins in- 
volontaire ment un soupir. 

— Est-ce que vous aveï du chagrin d'èlre venue ici, bonne petite 
V* isc? demanda h tupérieure* 

— Oh ! non, ma Mère, dit l'erifant, mais je voudrais que maman y 
fAI russi. 

— * C'est drôle, !<l soeur Ursule^ cïU m'a appelée Madame, et vous, 
^Ue voiii a appelée ma Mèf e tout dt» suitot 



— * Ceft que vous afei Ttir si respectable, ma ehir» «Bur,^ tm 
.ourtant la Mère Marie. 
Puia se retournant vers Roae : 

— Vodex-voua voir votre mattreese, Roaeî denunda-t-elle â 
l*enfant. 

Rote leva vers elle des yeux tout tristes et son regard/disait si bien -. 
Oh! je voudrais que ce Àt vovs, fue la snpériesn, réptmdv* à U 
pensée qu'elle y avait lue , lui dit : 

— Non, ce n'est pas moi, chère enfant; mais soyez tranquille, votre 
maîtresse vous aimera comme je vous aime et bientôt vous Taimerez 
mieux que vous ne m*aimez. Tenez ! reganiez-la qui me rit au nez 
en paiMsiit que ce serait bien possible. 

Sœur Cécile souriait en eflet è reofiint avec un si dmix sourire que 
celle-ci crut un instant que toutes Iss religiettses étaient des angffis 
gardiens, députés par Dieu pour veiller sur son enfance. Ce fut donc 
sans peine et sans crainte qu'elle prii congé de ta supérieure, après léi 
avoir rendu $tê caresses dans toute Teffusion de sofU corar. 

Sous la conduite de sa nouvelle conductrice, Roee fut installée dans 
la classe. La Mère Louise, quoique plus sérieuse, raeeueinit cependant 
avec une grande tendresse ; ses jeunes compagnes , plus âgées pour 
la plupart, ta regardaient avec des yeux où brillait une curiosité enfon- 
tine et soupiraient après Theure de la récréktion dflfd de pouvoir fiiii^ 
avec elle plus ample connaissance. Elles se mummrMnt à l'oreille 
dans un cbucholtement imperceptible : Elle a Tair bien gentille, k nou- 
velle ; sais-tu son liom? — Pas du tout ; je ne Tai jamais vue If Dinan. 
Mais un coup de baguette frappé sur la table rappela les babillardes ' 
à Tordre et vingt paires d*yeux braqués sur rétrangèré, se fixèrent, qui 
sur ie modèle' d'écriture, qui sur un livre, qui sur. un tMtàn, 

Huit jours se passèrent ainsi pendant lesqueb l'étude et le jéo ' 
occupèrent tous les instants de l'orpheline. Ses -iieureuses disposi- 
tions naturelles, son intelligence précoce et les bofanès habitudes que ' 
lui avait inbculées sa mère, la rendnrent bielitôt l'idole de la 
maison. 

Enfin, un jour de dimanche, après vêpres, Anna, qui était venud' 
dans la petile chapelle des UrsuUnes peur y assister à Tofiice, se 
sentit tirer doucement par la manche quand elle fut demeurée tonla 
seule dians le lieu saint. 

— Lorsque matlame aura fini ses prières, madame k supérieure la 
prie de vouloir bien passer au parloir, dit sœur Ursule. 

- Anna se leva et suivit son guide ; mais non sans quelque appréhen- 
sion. Le peu qu'elle payait au couvent, pour y maintenir sa fille en 
qualité d'externe, était réellement très-insuffisant. Elle pensa que la su- 
périeure la faisait denunder pour exiger une compensation aux frais 
de l'entretien, quelque modique qu'il fût, ou pour M fliire des réfé- 
lations au sujet de quelque peccadille de Rose. 

(La suite au prochain numéro.) Jeam LoTSE&tJ 

p 



En etwoyant trenU untimes de timbres 'pogte dtms mu lettre 
affranchie à l'adresse de M. Bléaiot, éditeur^ 55-, ^««t des Grands* 
Auguslins, à PariSt on recevra franco et par le retour du courrier ^ tofh 
vrage ayant pour titre * 

PETIT MANUEL 

DE LA BONNE CUISINE ÉCONOMIQUE BT SUfFUTIBB, 
PAR GILLBT DAMUTE , 
. Un v<4ume in-iS de 50 pagee. 
V miiothèquê uiU9U9 du VU9m «I du CaêkpégmSk J 

Angers, imp. de Laine firèrw, rue SaiBl-Llwl« fL 



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• b» 



y 27. 



2 novembre IMi. 



L'OUVRIER 

lournal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis^ 



ADMnflSTRAJION : 

à k Ubndiio de BLÉBIOT, 
A PARIS. 



SOMMAIRE. 

LE MOXJVElf£NT POPULAraE DAN9 L^^S CROISADES, per Eugène 
PKNKfc. ^ LÇS CjOBIPAGNONS nE LA CROIX D'ARGENT, i.ar C'o nPnt 
JCST. - VISITE A UN CAPUCIN, r'ar Catidi le Lb Kr»nc. - LES ORAOES 
DE LA MEBE NOIRE, par Joaa LcnsSAU. — L'HOMME AU GRAND 
X«IVRE, 



ABONNEMENTS D'UN AN 

1 partir la t^'ieelummi: 

F»AHC« 5 »» 

Bimopi, ÉoTm, Ro«a»'AiB, Toi- 
ouii D'Ain. ... . . « . e » » 

éTATfl-UnuM L'AnteiQOtwNomo, .7 k» 
CoLowi»» rr AnTnn PATt D'oirra^-im. 8 ^0 



LB lOVVEMENT POPULAIRE 

.DANS LES CROISAPES '. {Suite.) 



.'■fî!lki;i 



f'"^î'^r^-- 



Ed donn^Qt ^ux Arab68, au commencement d:: Vil** m'ccIc, une 
ii^ioa D0»velle, JJal)<>- 
et les vtmi eotkviéà à U 
■qoêia 4a inonde en- 
r. Un paradis de voluf- 
I était Assuré à qui 
nrrtit en combattant 
) incroyants; les lâches 
lb av^dient à redoute. 
tkr. Gès promofssâ do 
aqaètes et do déliceSi 
ictei â un roiâclietnent 
tréme de la morale , 
liêDt facUeoaenL surox^ 
lé rimagUiftlion bruîantn 
I Arabrs oa Sarruains. 
tbomet leâ* avait d'aik 
w conduits lui-même 
^ Victoire. Les trois 
ibies, ane partie de la 
rie; et de la Perse 
dent tout dfabord rés- 
ina ses lois. Ses suc- 
Kars étendirent bien- 
lear empire sur i'K- 
|»'e et tout le littoral de 
Fique jusqn'd l'Ocëan 
bitique. Mais partout 
{^uples vaincus eurent 
élément à souffrir de 
brbarîe des vainque4]rs. 
\ sectateur» du prophé- 
devaient imposer leur 
par le glaive : « Crois 
meurs • , telle était la 
ii parole* d'espoir et 
porsuMon; ^qult leur 
permis d'adresser à, 
R ennemis. 8i la crain- 
de dépeupler presque 
iêrement les provinces 
mises les empêcha Je 
i souvent de mettre 
pratique cette régie du 



phérent en certaines occasions du fanatisme de la multitude, presque 
toujours cependant une domination brutale écrasa les chrétiens sous 
un jong de fer. Dès la fln du Vil» siècle, Jérusalem et la Palestine 
en!ièro étaient tombées au pouvoir d'Omar, le second successeur de 
Mahomet. Après la ,nort de ce prince, donttout l'Orient s'accordait 
■\ vQnter la clémcnre et la modération, les persécution's commencè- 
rent. Les fidèles, chassés 







LES QRO.SADBS ; Bauiioain, comie de FJaftdre, y devait ûlre procLiruc empereur. (V. paf/e 2H>.) 

iQ, si l'humanité et là douceur naturelle do quelc^uas califes triom 



^«r le a<^dt VOuvrier da 26 octobre. 



de leurs maisons et de 
leurs éijlises profanées , 
furent soumis à un lourd 
tribut et à tous les capri- 
ces de leurs nouveaux 
maîtres.* L*usâge de la 
langue arabe leur /ut in- 
terdit ; on leur défendit 
de porter des armes et de 
monter à cheval, puis, en 
signe de leur servitude, 
on les obligea à porter 
constamment une cein- 
ture de cuir. Le calîfe 
ArouR-al-Raschid ,• qui 
entretint avec Charlema- 
gne des relations de b n- 
ne amitié et lui Ût offrir, 
entre autres présents, les 
clefs du Saint-Sépulcre et 
de la ville sainte, appor- 
ta quelque adoucissement 
à la situation des chré- 
tiens dan-i ses états ; mais, 
à ce moment-là même, les 
Arabes d'Afrique redou- 
blaient de lyrannie. Tout 
pèlerin passant par l'E- 
gypte devait payer treize 
deniers tribut annuel 
exigé des plus pauvres 
chrétiens du pays ; pour 
les pl'js riches, ils étaient 
rançonnés à discrétion. 
L'argent était pesé avec 
de faux poids, qiii jper« 
mettaient de doubler la 
j^ommé, et les malheureux 
qui ne pouvaient satisfaire 
!a rapacité de ces maîtres 
inhumains étaient impi- 
toyablement jetés danis les 
fers. Dés le IX® siècle, la charité chrétienne avait dû fonder à Alexan- 
drie une société pour le rachat des infortunées victimes de la cupidité 
et de la mauvaise foi. Les dissensions intestines des musulmans et les 

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!210 



L'OUVRIER. 



cltJingements de djiuiities furent quelquefois pour les serriteun du 
Chriài la source d^une apparente tranquillité ; mah leur lécuHté ne 
pouvait être de iou|ue durée. Un de leurs plus cruels persécuteur 
fut le calife Hjk^m. Fils d'une chrélîenne et nefeu par sa mère du 
ptfrSirche de Jérusalem , i\ protégeait !e chnslianisrue ^ lorsque , un 
ridicule orgueil Tarant porlé h se faire adorer, il crut s'assurer la vé- 
néra ti/*Ti des mahométans , en abandonnant les fidèleÉ à leur rage. 
t Le sang dea chrétiens coula dans toutes les villes de rÉfy(jle et de 
la Svne ; leur courage au milieu des tourments ne faisait qu'accroître 
ta haine de leurs persécuteurs. Les plaintes qui leur échappaient dans 
leurs misères» les prières même qu'ils adressaient â Jésus-Christ pour 
obtenir la fin de leurs maux, étaient regardées comiAe une révolte et 
punies comme le plus coupable des attentats,,. 11 est impossible , dit 
Guillaume de T^r, de faire conuaîlre tous les genres de persécutloniT 
que souffrirent alors les chrétiens... Toutes les cérémonies de U reli- 
gion furent interdites ; la plupart des églises couTerties en éUibles ; 
celle du Saint-Sépulcre fut renversée de fond en comble * . * Elle ne 
fut rebitie que trente-sept ans plus tard, Hakem est encore aujour- 
d'hui vénéré comme un prophète par les Druses du Liban ; peut-être 
*a mémoire et le souvenir de ses cruautés inspiraient-ils ces tribus 
sauvages Tors des récents massacres qui nous ont tous émus. 

Ce£ cruautés devaient être surpa^séei. De nouvelles hordes de bar- 
bares , venues , non plus du sud , mais du nord » envahirent au XIo 
siècle la PaUsline. Appelés des bords de rOxus » rivière de la Haute- 
Asie, par rimpréïopnte politique des califes de rAsie-Mineure et de 
la %rie » les Turcs s* étaient emparés peu â peu de tous les pays con- 
quis autrefois par les Arabes. Vainqueurs » ils avaient embrassé le roa- 
hométisme » eC « à leur tour, s'étaient f^its persécuteurs. Jérusalem 
«Tait été mise à feu et â sang , les prêtres égorgés ^ les femmes outra- 
gées, les enfjuts arrachés à leurs mères pour èlre circoncis et élevés 
dans la foi musulmane. Nous ne pouvons reproduire ici djus toute 
son horreur le lugubre tableau que les chroniqueurs nous ont tracé 
des infimes débauches et des cruautés inouïes des Turi^s. De plus 
longs détails seraient d'ailleurs inutiles : qu*on se rappelle seulement 
ce que les journaux nous rapportaient , il y a a peine un au , dt's in- 
cro)'»hles excès qui ont de nouveau souillé ces contrées de TÛ rient; 
i sept cents ans d Intervalle , la même haine du nom chrétien inspi- 
rait les mêmes actes de sauvage barbarie. Seulement , au Xl« siècle , 
la peraéçution musulmane ne laissait , pour ainsi dire , point de relâ- 
che aux chrétiens. Les portes de la cité sainte restaient fermées aux 
pèlerins ou ne s^ouvraient devant eux que pour une pièce d'or. Ceux 
qui ne pouvaient payer cet énorme tribut erraient sans ressources dans 
la campagne oiï bientôt ils périssaient accablés de urîvations et de 
mauvais traitements. Pour les chrétiens du pays les outrages succé- 
daient aux outrages , te^ supplices aux supplices ; chacune des fêtes 
de leur religion était marquée par de nouveaux massacres. 

Faut'il s'étonner que le récit de pareilles horreurs ait soulevé l'Eu- 
rupe entière et tout d'abord ce noble peuple de France qui , de nos 
jours encore , a le premier poussé un cri dindignation et saisi son 
épée à la nouvelle d'attentats semblables? Alors comme aujourd'hui , 
le peuple français avait dans Vâme assex de générosité pour entre- 
prendre , par le seul motif du dévouement, une lointaine expédition 
en faveur de l'humanilé outragée ; m^s il avait, outre cela , i défen- 
dre l'Europe elle-même et la France de la dominalion muiulmane et 
d'une ruine complète. ^ 

A peine maîtres de rAsie-Mineure et des rivages de TAfrique » les 
Sarrasins avaient poussé leurs incursions jusque sur les côtes d& Tlta- 
lie et de la Grèce i ils avaient ravagé les ilea de la Méditerranée , as- 
siégé Constantinople et enfin occupe l'Espagne, De là ils s'étaient jetés 
sur la France, t et des le Vin« siècle ; c'en était fait déjà de TËu- 
rope t c'est-à-dire, du christianisme , ûi^ sciences et de la civilisa- 
tion, sans le génie de Charles-Martel et de ChArlemagoe qui arrétè- 



* liichaud ; tOitaire 4u Cmmé^f ma» K 



rent le torrent*., i Dans le siècle suivant , -ils débarquèrent en Sicile, 
puis de nouveau en Italie et s'avancèrent jusqu^i Rome. Cette fois l'Eu- 
rope dut son salut à un Pape , que Voltaire lui-même n*a pu s'empê- 
cher de célébrer en termes que les circonstances actuelles rendent en- 
core plus remarquables : ■ Lorsque Varxnée («Tmidible (^Sarrasins 
semblait devoir détruire Tltalie et faire une bourgade mahdbîétàiie delà 
capitale du christianisme, le pape Léon IV, prenant dans ce danger une 
autorité que les généraux de l'empereur Lothaire 'semblaient aban- 
donner , se montra digne , en défendant Rome , d'y commander en 
souveram. Il fortifia Rome, il arma les milices; il visita lui-même 
tous lés postes... Il était né Romain. Le courage des premiers âges 
de la République revivait en lui dans un âge de lâcheté et de corrup- 
tion : tel qu'un beau monument de l'ancienne Rome qu'on trouve 
quelquefois dans les ruines de la nouvelle ^. ■ 

De leur côté , les empereurs de Constantitto(de combattaient avssi 
les infidèles. Nicépbore Phocas et son successeur , Jean Zimiscès , 
avaient essayé de recouvrer les provinces d'Asie enlevées i leur scep- 
tre par les Sarrasins. Profitant des dissensions intestines des Musul- 
mans , ils repnrent , le premier, Antioche ; le second , Damas , Jéru- . 
salem et toutes les villes de la Judée. Mais , mal soutenus par leurs 
sujets , ces princes perdirent bientôt leur avantage. La domination 
des Turcs fut pour l'Europe une nouvelle source de dangers. Ces j 
nouveaux adeptes de Mahomet n'avaient point encore eu le temps de 
s'énerver sous la désastreuse influence d'une religion sensuelle. Les 
mœurs sauvages de la Tartarie florissaient au milieu d'eux. D'wi cou- 
rage â toute épreuve , d'une adresse sans égale dans les combats , ils 
n'étaient conduits dans leurs expéditions , dit un chroniqueur *, ni 
par la gloire , ni par l'honneur, mais par l'amour de la destruction et 
du pillage. Sans cesse ils cherchaient de nouveaux combats. Maîtres 
de l'Asie , ils passèrent en Grèce et la mirent au pillage. En vain les 
empereurs de Gonstantinople portèrent la guerre en Asie-Mineure. 
Constantinople s'était depuis longtemps soustraite â la suprématie de 
Rome ; d'inutiles disputes théologiques oiî la foi s'altérait pea à peu 
y occupaient tous les esprits : Dieu ne voulait pas sans doute confier 
au schisme et à Fhérésie la glorieuse mission de sauver le catholi- 
cisme. Constantinople devait au contraire tomber un jour elle-même 
sous la domination des Croisés d'Occident. Après avoir trahi tout-â- 
fait la cause de l'Europe , elle devait devenir pour quelque temps la 
capitale d'un empire latin . soumis i Rome ; un français , Baudouin , 
comte de Flandre , y devait être acclamé empereur dans l'église même 
de Sainte-Sophie. En attendant , les empereurs se virent forcés d'a- 
voir recours aux Papes et de les conjurer d'appeler l'Europe aux ar- 
mes. Les Souverains Pontifes n'avaient point attendu cette avance. 
Depuis longtemps ils avaient compris que • pour repousser ou bnser 
sans retour une puissance formidable et extravasée , il ne suffit pas 
du tout de se défendre chez soi , mais qu'il faut l'attaquer chex elle*. • 
Déjà , en 986 , le pape Silvestre II avait adressé k tous les chrétiens 
d'Occiaent une lettre encyclique pour les exhorter â s'armer contre les 
Sarrasins. N'étant encore qu'archevêché de Ravenne , il avait accom- 
pli le pèlerinage de Jérusalem et vu de ses yeux les maux des fidèles. 
En réponse à ses pathétiques instances , les Génois et les Pisans entre- 
prirent , sous la conduite du roi d'Arles , Boson , une expéditioa ma- 
ritime sur les côtes de Syrie. Dix ans avant l'invasion de la Palestine 
par les Turcs , Grégoire VII fit un nouvel appel i la chrétienté. Plus 
de cinquante mille hommes s'étaient engagés à le suivre, car il avait 
promis de les conduire lui-même en Asie ; mais , retenu par les affai- 
res intérieures de l'Eglise , il mourut avant d'avoir pu mettre soa pro- 
jet à exécution. Victor m , son successaur, poursuivit soa œuvre. Les 



' Joseph de Maistre : Du Pape , livre 11! , chap. 7. 

• Voltaire : EwU mr Ut menirt , tome II • chip. SS 
■ Raoul Glaber. 

* Do Maistro : Du Papt 



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L'OUVRlEn. 






pirates sarrasins infestaient alors la Méditerranée et menaçaient sans 
cesse les côtes d'Italie. A sa voix, les habitants de Pise, de Gênes et 
à*autres villes équipent une nouvelle flotte , descendent en Afrique , 
inetteat en déroute cent mille musulmans et imposent un ttibut au 
roi de Mauritanie. 

Ces différentes expéditions , et surtout les importants préparatifs de 
Grégoire VII , sont des preuves évidentes que la pensée de la guerre 
samte commençait & être familière au peuple. Un dernier effort devait 
suffire pour entraîner les volontés. Cet appel décisif fut fait, comme 
les précédents, par la Papauté ; mais cette fois à côté du Pontife se 
tenait un de ces chétifs instruments qui , sous Tapparence de la fai- 
blesse , cachent la force même de Dieu : un pauvre ermite aida le 
Pape à soulever le monde. Né dans les environs d'Amiens , d'une fa- 
mille dont on ignore la condition , Pierre TErmite avait d'abord suivi 
la carrière des armes , puis , après de longues incertitudes , s'était 
adonné tout entier à la pénitence et à la mortification. II fît avec beau- 
coup d'autres chrétiens le pèlerinage de Terre-Sainte. A Jérusalem » 
il fat plus q^ue personne ému des malheurs de ses frères qui gémis- 
saient sous le joug musulman. Les plaintes touchantes du patriarche 
le décidèrent & venir solliciter les secours de l'Europe et à prêcher la 
guerre contre les fils de Mahomet. Favorablement accueilli et puissam- 
ment encouragé par le pape Urbain II , il parcourut l'Italie puis la 
France entière, allant de ville en ville , de bourgade en bourgade, et 
racontant au peuple les souffrances des chrétiens d'Orient. Malgré la 
rudesse , la grossièreté même de son extérieur, tous les esprits étaient 
séduits, t Son éloquence était vive et emportée, remplie de ces apos- 
trophes véhémentes qui entraînent la multitude... Il invoquait tour-â- 
Cour 16 ciel , les saints , les anges qu'il prenait à témoin de la vérité 
de ses récits ; il s'adressait à la montagne de Sion , à la roche du Cal- 
taire , au mont des Oliviers , qu'il faisait retentir de sanglots et de 
gémissements... Souvent il rencontrait dans ses courses des chrétiens 
d*Orient. bannis de leur patrie et parcourant l'Europe en demandant 
Faumône. L'ermite Piierre les présentait au peuple comme des témoi- 
gnages vivants de la barbarie des infidèles ; en montrant les lambeaux 
dont ils étaient couverts , le saint orateur s'élevait avec violence contre 
leurs oppresseurs et leurs bourreaux... * » 

Pendant que Pierre l'Ermite faisait ainsi le tour de la France, prêchant 
jusque dans les chemins et sur les places publiques, l'empereur Alexis 
Comnène, menacé par les Turcs, s'adressait aux princes qui ne Técoutè- 
reat point, puis au Pape qui lui prêta une oreille plus attentive. Lui aussi 
racontait en termes énergiques les excès delà domination musulmane : 
t Ces hordes sauvages qui, dans leurs débauches et dans Vivresse de 
b TÎctoire» avaient outragé la nature et Thumanilé, étaient aux portes 
de Bysance , et, sans le prompt secours de tous les peuples chrétiens, 
la viUe de Constantinople allait tomber sous la plus affreuse domina-^ 
Uon. • Urbain convoque immédiatement un concile à Florence. • Les 
prédications de Pierre avaient tellement préparé les esprits et échauffé 
le zèle des fidèles «^ que plus de deux cents évêques et archevêques, 
«fuatre mille eccléaustiques et trente mille laïques obéirent k l'invi- 
tation du Saint-Siège. Le concile se trouva si nombreux , qu'il fut 
obligé de s'assembler dans une plaine voisine de la ville. ■ Malheu- 
reusement les peuples de l'Italie étaient alors trop occupés â accroître 
leurs richesses par le commerce ou leurs libertés par des intrigues de 
lontes sortes pour céder, sans hésitation, à une inspiration généreuse. 
L'asseniblée ne prit aucune décision , malgré les supplications des 
ambassadeurs d'Alexis et le discours du Pape lui-même. Urbain com- 
prit qu'il fallait s'adresser ailleurs, f Pour prendre un parti décisif 
sur la guerre sainte, et pour intéresser tous les peuples à son succès, 
U r^lut d'assembler un second synode au sefn d une nation belli- 
queuse, et, dès ces temps reculés, accoutumée i donner l'impulsion à 
rSnrope. t 

Cette nation était la nation française. 

Le concile de Qermont en Auvergne, indiqué pour le 15 novembre 

: Biêiùirê àêê Cfoitêdâi. W vol. 



1005, ne fut pas moins nomljreux que celui de Plaisance, La ville pat 
à piîfi^ contenir les princes, les ambassadeiira et les prélats, t Je aorte 
que, dit une rhroniïjuej vers le mllieii du moisae novembre^ les ville» 
et vilhitres de?^ environs se trouvèrent remplis de peuple, et furent plu* 
si eu f a contraints de faire dresser leurs lentes fil pavillons au milieu 
dtis champs et des prairies, encore que la sarson et !e pays fussent 
pleins d'un© extrême froidure- » Les première? leanccs du concile 
furent exclusivement consacrées â la rélorme de la discipline ecdé- 
siasliqne, h une promulgation nouvfille de la trêve de Dieu et du droit 
d'asile concédé à toutes leséglî&eaet aux croix des chemins. Pùîs, Ur- 
bain, défenseur intrépide de la morale piilUique^ excommnnia soLen- 
milîement le roî de Franc+î, Philippe H, qui, deux fois adultère et 
sourd à toutes les adinoneslations du Pontife, avait chassé sa femme 
et enlevé celle du comte d'Anjou, Enfin, le dixième jour,les pèreiK an 
concile s'assemblèrent sur la grande place de Clermont. Une foule 
mimense se pressait snrcflte place et dans les rues voisines. L'ermite 
Pierre parut i cMê d'Urbain, t II rapp^-la îcs profanations et les kj* 
crilégea dont ii avait été tMoin; les tourments et les persécutions 
qu'un peuple ennemi de Dieu et des hommes Faisait souiïrir ù ceux 
qui allaient visiter les Saînts^Lieux. Il avait vu dâs chrétiens charf^és 
de fers, traînés en esclavage, atlelés au ioug comme les plus \\h dea 
animaux; il avait vu les oppresseurs de Jérusalem vendre aux enTsnls 
du Christ la permission de saluer le tombeau de leur Dieu, leur arra. 
cher jusqu'au pain de la mîsére, et lourmenler k pauvreté elle-m>^me 
pour en obtenir des tributs...,. En racontant les malheurs el la honte 
des chrétiens, Pierre avait le visage abattu et consterné l sa voix étiit 
étouffée par des sanglots; sa vive émotion pénétrait tous les cœurë ^.* 
Lç Pape parla i son tour ; c'était à lui qu'il appartenait de compléter 
rénuméraUon des motifs qui léjçitimaient la Croisade, f L'impit^lé 
vûiorieuse^ dit-il, a répandu ses ténèbres sur les pin» rithes contrt^^s 
de TAsie ; Antioche, Ephcse, Nicée, sont devenues des diés musul- 
manes ; les hordes barnares des Turcs ont planté leurs étendards aux 
rives de rflellespont, d'où elles menacenl tons les pays chrétinns. Si 
Dieu lui-même, armant contre elles ses enfants, ne les arrct*r dans 
leur martne tnomohaiile , quelle nation , quj?l roj^u-tie pnurra leur 
fermer les portes de rOccidentt* C'était .m s Français surtout que 
s'adressait le Pontife f ■ C'est dans leur courage ^wb TÉglise pl.içait 
son espoir; c'est parce qu^il connaissait leur bravoure et leur pitllé 
qu'il avait traversé les Alpes et qu'il leur apporlaît la parole de Dîeu. « 
Puis, excitant tout à-coup dans son auditoire la grande passion de 
l'époque, l'amour des combats, il s'en emparait pour la dirigf.r vers 
un noble but : * Guerriers qui m'écouteï, poursujvail-il , vous qui 
cherchez sans cesse dp, vains prétextes ds guerre , réjouisi^ejc-vou!;, 
car voici une guerre légitime; Le moment est venu de montrer ^j vou.'^ 
êtes animés d'un vrai courage; le moment est venu d*expier tant de 
violences commises au sein de la paix, tant de victoires souillées par 
rinjusfice. Vous qui fûtes ii souvent la terreur de vos concilojens, et 
qui vandei: pour un vil salaire vos bras aux fureu» d'au Irai, nouveaux 
Mâcha bées, allez défendre la maison d'Israël , qm ei^t ta vigne du Sti^ 
gneur des armées. Il ne s'agit plus de venger les injures des honimg;^, 
mais celles de la divinité ; il ne s'agit pluâ de l'attaque d'une vilb ou 

d'un château, mais de la conquête des Lieux- Saints » 

La foule écoutait impatiente ; tout^^-eaup elle se lèvo comme un st^ul 
homme et hû rttcnlir ce cri consacré depuis par l'histoire : Ditu \ê 
veut l Dieu le veut 1 — t Dd^ sans doute , Dieu le veut, reprend Ur- 
bain; c'e&t lui qui vous a diité ces paroUs; qu'elles soient volro cri 
de guerre, et qu'elles aniionceiil partout la présence du Ditu d^sar- 
mées. » PuiSr au milieu d'un enthousiasme indescriptible, il distrihuc 
à ceux qui promettent dû s'enrôler au s<^rvice du Seigneur, c'esl-à- 
dire 4 tous les assist-ints, des croix d'éloiTe qui, placées sur l'épaide 
ou sur la poitrine, doivent faire reconnaîire les soldats du Christ» Ne 
pouvant lu^méme dingt;r la Croi&aJe , retenu du'il est par les mille 
soins dusouverain-pontilical, il uummo i évéque du Puy son légat au* 



■ Michaud ^ HUhirê ik9 CroiMdtf , V^ wU 



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^M 



t'ovxnw.n. 



prêi <îe l'arniée. 11 rèf le h disciptiTie S liqrj^^! « ^oront soumia les Croi- 
sé», leur aciîcirdti â tous le prinlon de leurs jukhils^ et, sons les peines 
lei plus gravce, défeml dû leur nuire en leurs pûrsoniiÊS ou cri lîurs 
biens. 

De ClsrmoDtt Urbain se rendit p.nstute en plii^if^iirs vill'^sîmpr^rlintcs 
Qy royaume : h Rouen, à Angers, h Tnurs et f>,\HJH's. Piiioui iVïiib.m- 
ftlJismi^ Fut le m^me, t On eùi dil gu^ li'is rr^nç^ii^j i^av-iienL plus «raii- 
tfô patrie que la THrrti-Sainle. et iji^iis lid itKvaitîMt k weriruf* il<' Si'ttr 
repofl, de leur^ kîeni et d^kur vie. Ct^t eiitijousL^^rue, qui n'nvail plus 
de borne», ne Urda pas ii se coinmtiniquer aux mvtrcfl peuples dirt'- 
tîen»i le feu qui Kmbra&ait La Fr.ince gagna l^Afij^lf^birre, encore ébran- 
lée parlî conquête récente des Normaoïfs; TAIli'mignej troublée, jar 
les inithêmesde Grégoire et d l^rLuia ; t! p.igu.i i'il.iU4^, ji(^ilûe p:ir his 
ftctions ; T Espagne même, qui cumbattAit Ica S^irm^ins £ur son propre 
territoire. Tel rirait rascendant de la fiiipioft fnîln*g6r* par les infi- 
dèles; Itlle fut rijifiuence de Texijmpli* il^^nn*^ p^r h& Fnnçais, que 
toutei les nations ebrélienn'^s oïdiln^nid tmït-A-rui][t rr ^n Hibuit 
Tobjet de leur imbiliop ou de l*'urii aLcriH*», eï Inu/rurr*»! fi la Crin- 
ude les soldais dont elles avaient botiin pour se flrl't*fidrH tllnîf- 



Hm jiUtie uu pr^chatn numéro.) 



f,m%HB V^Sk:u 



LES COMPACNOIVS DE LA CROa-D'AïlGEXT \ 



CHAriTHE XV. 
Le port^-feuille ûb rAmédcdii* 

L'Amérimn, avant de quitter k chambre où reposait Claude Chopin, 
lui ivait préparé uoe mort terribk. 

Celui que les Compagnons noirs appelaient rAméricain , avait poiir 
oom Foufier« 

Forcé, Terg 1775, de quitter la Frtnce, pour échapper â la jusfite 
qui lui d<^ mandait coiiîpt*^ d'un rrîme in ^'i- te ri«i 'dément cnmiiiis, 
Fèuvier était allé dam \*t Ni>uveim-Monde. 

'1 avait prie rang parmi res bandwa de volont dres aventureui, fjiû 
prêtèrent aux desseina de Wafibmgtonun ii puiRBant coneoura. 

s*êtajt fait remarqut^r par son courage, et par rineroyabb> aud;it"iî 
dont il pfodigUtiil ks preuves, mns aucune nécessité. 8a t^ill** ti)lr*»i • 
taie eût du reste suffi pour lé dislin^ier. 

Lassé de la guerre uvant li fin des bostilités, Fouvier était rtiiti^ 
€11 France : il y avait rapporté iine expérience consomun^tv de l'uc*- 
tion, une habitude singulière du dangf?r, un insAtiable besoin d';ipi- 
talion, et, avec cela, tous les vic^s qui , déposes dans une nature 
énergique, enfmlent îea grands crimej* 

Parti sans argenti â demi nu^ pour FAmériqiie, i) en éî^ut rini'nn 
de même. 

Charpentier avant son expédition aventureuie, il avait repris l.i bl- 
sarguê à son retour eiï Fr.mce. 

U s'en lervait peu poi*r les labeurs bonnétRs ds m profra^inu : il 
atîiil pris, de Tautre côté de TOci^an, «rlftinpî^ idi^es dV'^^ilili'* «o- 
ctale fort belles, mais qu*il ne comprcntiit pas» et qu'il pi ofessîait d'un 
ton déelanmtoire d«*pui!= plusieurs années dans les ci*b»r'M5 dti Pariï?. 

CÉiaulaL était rame des Compagnons iwm; ^^Mtail riïoniui+> de ( to 
qui décide les coups, cl prévoit bjurs corRéijumrfis, M îivnjl de^ d-!S- 
aeins, Fouvier, auii|uel sa campagne d'oulfij^nKM' vtdail h turnom de 

< Michaud ^ Butoir» dn Cra^ét^ , tnme 1". 

* La tfpr^diàctivn m UUriik. — Voif le» a« de l'Ouvrier m h MêUl du 16 
fictot>ri« 



V Américain, était lo bras qui frappe, le poignard qui tne. U o^aYait 
pour mobile que le goût du sang, pour passion que des vices. 

Il avait rapporté d'Amérique des secrets criminels qui répandaient 
sur lui réclat d'une sorte de prestige : il était redouté des Compa- 
gnons noirs eux-mèmos. 

La force athlétique dont il était doué n*était pas d'ailleurs sa seule 
arme contre ses ennem.s. 

Quand il débarqua sur le sol de France , il était en haillons : mais 
il portait précieusement un portefeuille dont il semblait que pour rien 
au monde il n'eût voulu se désaisir. 

La nuit, il le mettait sous sa tête pendant son sommeil. 

Le jour, il ne s'en séparait jamais. 

Ce portefeuille se fermait au moyen d'un secret. 

Les Compagnons noirs avaient souvent interrogé TAméricain pour 
savoir ce que renfermait le mystérieux Objet anquel il paraissait atta- 
cher tant de prix. 

L*Améri«ain n'avait jamais répondu. 

Les uns disaient qu*il avait dans ce portefeuille des diamants d*unA 
vabiur inimaginable. 

Les autres affirmaient que dans ce portefeuille étaient renfermés des 
papiers d'État qui, publiés, ébranleraient plusieurs des trônes â% 
l'Europe. 

Chaulât était le seul parmi les Compagnons noirs qui eonnAt le eon- 
tenu du portefeuille de cuir vert. 

Il avait rencontré Fouvier en Amérique. Ces Qeux hommes s*étaîent 
liés en faisant la même guerre. L'Américain était le seul qui eût péné- 
tré le mystère dont la vie de Chaulât était couverte. Chaulât seul avait 
le secret de l'Américain. 

Le portefeuille de cuir vert ne renfermait ni des diamaats, ni des 
secrets d'État. 

Il renfermait des poisons. 

Fouvier avait rendu un grand service à un chef de tribv sanrage 
compromis dans la guerre de l'Indépendance. Pour lui témoigner sa 
reconnaissance, ce chef, à la suite d'une expédition, avait remis à Fou- 
vier une collection des plus rares et des phis terribles compositions 
végétales. 

Les sauvages ont, pour lu préparation des poisons, tin art, dont la 
science moderne européenne, quelque habile qu'elle soit, n'a pas en- 
core pu découvrir tous les secrets. 

Le portefeuille de Fouvier était extérieurement en evir vert. L*in- 
térieur était doublé d'une triplé enveloppe de emr de RussiaJ 
rouge. 

Des compartiments, habilement disposés, renfermaient des fioles. 

Ces fioles contenaient chacune des poisons difiereaté. 

Les uns donnaient la mort instantanément , et une seule goutle„ 
mclce à l'organisme , suffisait pour en suspendre imtnédiateniMt les 
fonctions. 

Les autres versaient dans le sang le principe d'une moK extrème-ï 
ment lente. Ils dissolvaient peu â peu le corps humain, comme Teauj 
altère le bois tendre. 

C'était une fîole d'un de ces poisons terribles que rAméfieaii 
avait versé dans la potion que devait boire Claude Chopin 

Pourquoi ce crime? 

Il est facile de le comprendre. 

Chaulât avait donné l'ordre de mettre en liberté Claude Chopin. 

Il roujptait, pour condamner celui-ci à une inflexible dtscrétionj 
sur les menaces effrosables porb^.es contre la mère de Claude. 

L'Américain et le ^larseillais avaient moins de confiance dans TeflV 
Jf CCS menaces. 

Ils avai'^nt, dès le premier abord, redouté comm • un danger invi 
sibîe le malheureux Claude Chopin. ^ 

Les grands criminels ont toujours un instinct secret, rarement troi 
peur, qui leur montre de loin, à travers 1 s voiles de l'âvenir, le côl 
d'où leur viendra le châtimen^ . 
U Miette avait dérobé le nevea du 9 re Brûlot à la mort q«i fj 



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t'OUVRIÉR. 



lU 



IcD'^nil dam les souterrains du faubourg Saint- Antoine. 

Uuand le Marseillais et rAmëricain cherchèrent leur yictime, et 
qu'ils ne la trouvèrent pas, leur surprise fut grande. 

La nuit du 13 au li avait été remplie par des travaux et des préoc- 
Ctjpations actives. 

Chaulât , qui organisait l'émeute du lendemain , avait fait conduire 
sur la place de la Bastille . pendant la nuit , les tonneaux de poudre 
nécessaires i l'artillerie populaire. 

— Comment a-t-il pu s'échapper? se demandèrent TAméricain et le 
Marseillais , quand ils ne trouvèrent plus Claude dans l/e souterrain , 
où iû voulaient dérober i jamais sa mort, même à la connaissance de 
Chaulât. 

— II n'a pu sortir. 

— La trappe a été fermée. 

— Am^. n*a pas quitté le cabaret. 

— Il doit être dans le souterrain. 

— Peut-être, en voulant s'échapper, est-il tombé dans un des 
puits. 

1^9 fonjertures répondaient aux conjectures. 

Le Marseillais et TAméricam ne pouvaient se douter que leur vic- 
time leur échappât dans un des tonneaux qu'ils portaient silencieuse- 
ment dehors pour la bataille du jour suivant. 

La découverte du stratagème n avait été faite par eux que le li juil- 
let, au milieu de l'attaque de la Bastille. 

Au moment où l'on chargeait les pièces , un tonneau fut trouvé 
vide. 

Quelques instants après , le Marseillais et TAméricain aperçurent 
Claude Chopin mêlé à la foule. 

Leur fiireur ne connut plus alors de limites. 

Cet homme, qui leur avait ainsi échappé, allait certainement les 
trahir. 

Le Marseillais choisit le moment d'une décharge. Au milieu de la 
fumée qui cachait les uns aux autres les groupes des assiégeants, il 
tira un coup de fusil sur Claude. 

Claude, bleasé au bras , avait demandé qu'on le portât i l'auberge 
de la Croix-d'ArgenL 

L'Américain , mêlé au groupe qui entourait le blessé , l'avait suivi 
jii»<|n*i h rue du Petit-Musc , et» sans pénétrer dans la demeire du 
père Brûlot, il avait appris, par les bruits qui venaient de la maison, 
que la blessure n'était pas mortelle. 

Dés ce moment il n'avait eu qu'une pensée : se défaire de Claude, 
et étouffer dans sa mort le danger d'une révélation terrible pour les 
Compagnons noii*s. 

On a vu que le sinistre projet avait déjà en partie réussi. 

L'iocroyahle audace de l'Américain l'avait servi. 

Il s'était introduit, par une intrépide escalade, jusque dans la 
chambre du malade. 

Le verre, qui d'un moment â l'autre allait être offert i Claude Cho- 
pin, renfermait plusieurs gouttes d'un poison terrible. 

L'banébane noire , que la science ne connaissait pas au XVllIc sîè- 
ele, et que de récentes analyses ont pénétrée, détruit immédiatement 
rintcHigence. 

L'homme qni en a bu quelques gouttes est frappé d*un idiotisme 
sobit. 

C*est le premier effet. 

L* second, moins rapide , est la mort , mort lente , extrêmement 
dou1«><ireafie, et contre laquelle il n y a pas de remède. 

T*l était l* pHHon destiné au neveii du oere Brûlot. 

Ona»^d rf veillé, blessé au cœur parla raillerie de M"* Finette, ou- 
vrit la porte pour «ortir, l'Américain, caché sous le lit, se glissa comme 
aurait pu faire un ({»i sauvages â côié desquels il avait combattu dans 
b Tiierrc du Nouveau-Moude. 

Le irenf , en éteignant h lumière, cacha sa fuite. 

Il franchit U porte sur hs pas du malheureux l'Éveillé, et il arriva 
dam U nie an môme moment que lui. 



Celui-ci descendit la rue du Petit- Musc pour aller vrrs le quai. 

n était hors de lui. L'ironique refus qu'û venait d'essuyer, lui fai- 
sait saigner le cœur. 

L'Américain était calme. L'habitude du crime lui en d^ait \m an- 
goisses. 

Pendant que ces hommes, si dlîT^'n'mmPut pr^orropè;, s*él"ign,iirTil 
del'auoerge de la Crois-d'Ariçenl. M'^* FineUe raUutn^îil la himittru et 
allait reprendre, un peu agitée par La scène qui venait a avoir lieu, la 
garde de son cou^iLn, 

Les âmes îroUcs ne s'émeuvent pas sur le coup des accident!; qur 
peuvent les frapper dans la vie. 

M1i« Finette , en entendant Taveu de raffeciion qu'elle avait, à lot 
insu, inspirée au boa^u, ne fut nullement émue. 

Klle eut envie de rire ! voilà tout. 

^]Mé quand elle fut seule elle se mit  réfléchir, 

Klle avait souvent recueilli autour d'eUe les propos des adorateiin 
plus ou moins intéressés qui prétenii^ient tout haut i sa main, et tout 
bas h la petite dot nssurée parle pèrr- Brûlot à sa fille. 

La déclaration de rÉveillé ébranlait fort peu la coquette jeune 
personne. 

Cependant elle pensait aux paroles qu'elle venait d'entendre. 

f n e^t si laid 1 * se rit.-iait-elîe , et elle se r^g ardent i^&e corn pi ri ï- 
sance dans un petit miroir de poche, dont elle ee séparait bien rare- 
ment. 

Mn« Finette n'était pas profonde ment m^hante : sa méchanceté 
était celle des coquettes. 

Peu h peu une bonne pensée lui vint au cœur, "^ ' ï 

« Sens doute ^1!^ n'était pas tenue à accepter ralfection du psuvre 
bessu ! mais n'a ur^tit -elle pas dû repousser moins durement le nul« 
beurevx garçon * t 

Mtio Bmlot se le demandait i elle-même. 

Le regret précédait le remords ; ce cœur fermé par la coquette rie 
•Uait peut^tre s'ouvrir. 

Malheureusement M»» Brûlot, avant de remettre dans sa poche ron 
miroir, s'y regarda de nouveau, et quoTi|u'è la clarté dotiteuse d\^« 
chandelle, elle fut trèB-contenie de son eiamen, 

c L'insolent! dit-elle , c'est vraiment de Ti m pertinence, qiiaTid on 
est fait comme lui, de s'adresser à une personne comme moi. < 

Je ne sais quelle afTetlion aeenHe pour son cousin luLf^iit rhex 
elle contre les bonnes inspirai îom et U pilic que mentait li 
Rouleur. 

Elle jeta les yeui sur Claude Chopin : ccki-cî s'agita légéro- 
ment. 

Mtle Finette se leva, et, prenant sur la petite table la tasie qu'av;iit 
empoisonnée l'Américain^ elle se disposa à en faire boire le contenu I 
son cousin. 



(La fUfle «li prtfcfuiin numéro*) 



CLèMEÎtT JnsT. 



VISITE A UN CAPUCIN. 



n me vient parfois, comme i vous du reste, de aingulières iilees. 
Naguères n'eusje pas la p^rts^'e d'aller converser avec... un Père ra- 
pucin ! Cela me parut originaL J'avais vu des capucins, — qui n'fii a 
pas vu, ne fût-cc qu'^n im.igi^s? — mais de l«ur parler, i^iUiï nm 
Chose dont je ne m'éUis pis encore avisé. Ce^^Mid mi, me J s j^, il hul, 
au moins une fois dans ma vie, me procurt'r ce pbi^ir, ei tni* v»iitjf 
parti. Chemin fabant, [e cbr*rdje un préiexle [loiir in;i vi.iii! , H nu 
thème de conversition. Tiens ! juste, les joiïrnaux d puis «(if<K|<îtî 
temps s'en donnent â coeur joie sur Je compte dc^ mUi^imx .... 
Voyoni nn peu^ comment ilt vont le tirer de H, cç5 umi Vàrcn, el 



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rOUVRIER. 



ceU uns nn qasti d'heure de grlce pmir ne prép^iref . Gare ï gare i 
TOtts! Réirérendi Pèrw, wd la |p^3se artîlkrîé dft la geni joiirna- 

Cependant f arrive à la porte, je \he le tn^rleau qui rolombe lour- 
dement... Le gxikheî s'ouvre , et^ à travers le ^rillag*^, J'aperçois une 
figure de moine qui me sourfl nv<»p bonté ei me demaTidG : Que vou- 
lii-foos?' — Je TotidraiSi mon Pûrt*, obtenir quelques renseignements 
lur Totre ordre. — Soyei le bien-venu, monsieur, entrez, je vais prê- 
tent r notre supérieur. — M sort^ el quelqné^ minutes après , se pré- 
■ mte i moi un homme de 50 ans , h h dém^rcbe libre , a la barbe 
épaisse» aux traits accentui^s. Il me satue rcispftf' tueuse ment, tiie fait 
i^^Giiîr, i]%& fur moi son regard vif et ardent, et du ton d'un homme 
ât bonne coîrp>gnie v — Qti'y a*t-il , monsieur, pour votre service? 
^Uon Révérend Père , lui dis -je , je viens vous surprendre, et vous 
attaquer* — A la bonne heure ! au moins vous m'avertisse^^ merci, je 
fierai sur me^ gardes. — R^v^rend Pt're , quelques jouroalistGS de la 
petite espace, n*ontUa p.");* tiré sur vous, ne vous ont- ils pas lancé des 
pt^rrci, de la boue, des ordures? — Je Tignore, Mais leur tir n'est 
pas juste; ils ont mal polo lé : nous n'avons rien ressenli,^ — Ah t si 
vous sivtei tout ce qu'on dit de vous î... — Ah ! cher monsieur, nous 

avons le dos hon. Fà comment enipÊcher les langues de parler? 

Notre devise est : Bien faire et lahser dire , puissions-nous j être 
fidèles jus^'A notre mort i 

Uq permeltret-vous , Révérend Père, do vous demander quelques 
explications bien nettes, sur certains points,.,,, — Tout ce que vous 
voudrez, ne craignez rien, pirlet librement, soycx à l'aise, 

Eii bien ! pour commencer, dites-moi, révérend Père, 4 quoi sér- 
ient îos moioes, les caiïucios? — ^Iri le Père se mit h rire de bien bon 
eœur, et il me répondit : Voilà ce qui a'apprlle poser carrément la 
question ! vous demandeï à quoi nou.^ servons ? On se srrt de nous 
pour soigner les maladeSf dans les temp» de choléra , visiter les pau- 
vres, prêcher l'Évangile , entendre les confessions ^ enterrer le* pau-? 

vrea et prier pour eux,,.., que vous dirai-je encore on uous met 

I toutes les sauces. — Mais êtes-vous libres d'accepter tous ces em- 
plois ? — Non, monsieur, nous ne sommes plus libres, Depuis que nous 
avons pris îibremtni l'engagement d'obt^ir a notre supérieur, nous 
sommes dépendants de sa voïonté. Nous pratiquons Tohéiss^^nce reli- 
gieuse, qui est encore pluH parfaite que Tobéissance militaire. — Mais 
■i votre supérieur vous commandait le mal t — Ob ! monsieur, il n'est 
jamais permis de faire le mal. Obéir , dans ce cas4à , ocrait un 
crime. ^ • 

— On croît dans le monde, permet tex^oi de vous le dire, que le 
plehê de parère est le péché des moine*. — Ici !e Père sourit,— Ah ! 
dit'il, je voudrais bien que les gens du monde essavas&enl vingt- 
quatre heures de notre genre de viel Ils verraient que sur vingt- 
quatre heures, le démon de la paresse ne peut rien attraper. Voyei : 
A deux beureji de la nuit , nous nous levons pour chanter matines. 
Après quoi, nous nous reposons sur notre paillasse jusqu'à quatre 
heures. Alors commence notre journée qui &e psseen prières, études, 
exercices du sdnt ministère^ prédicitioD] visites de malad&s^ etc.... le 
temps est toujours trop court. 

Mais, lui dis-je, Révérend Père» cette vie me semble furii^usement 
tnmiyeuae, Est-ee que voua ne ressentes pas les atteintes de Tennui? 
"— Sans doute^ i*ai des mtimenU d'ennui. El vous» mon^.ieur, au milieu 
du monde, ne voua eunujei-vous jamais? — Ah! nous auln?s, gens 
du monde, nous avons nos mùments diptakir. — - Voilî ûf>m h diffc- 
reoce entre vous cl mol : nous avons chacun nos mom*»nt« * vous des 
moin^ilf de plaisir, moi des moments d'ennui. — Mais quoi donc, ne 
vous ennuyei-vôHs que par momc/iïj? — Et sans diutte. Et vous, 
filon sieur, ne vous asi uses* vous aussi que par momtnis ? — f fêlas ! 
•iiii aoctui doute !!,.. 



Pendant quelque temps, nous gardâmes le silence. Je repris ensuite 
la parole : Révérend Père, il est très-vrai, n'est-ce pas, que vous avez 
renoncé au mariage, et pourtant le mariage est une bonne chose. — t 
Je crois, monsieur, me répondit-il, que vous parlez sérieusement. — 
Certainement.— 'Je ne suis pas de ceux qui blâment le mariage, tant 
s'en faut. Le mariage est 'ine chose sainte ; c'est la source sacrés d'où 
sort l'humanité. L'Écriture dit : t Le mari d'une femme qui est bonne, 

• est heureux ; le nombre de ses années sera doublé. La femme forte 

• est la joie de son mari : elle lui fera passer en paix les années de sa 
» vie. La femme vertueuse est un excellent partage; c'est le partage 

• de ceux qui craignent Dieu : elle sera donnée â un homme en ré- 

• compense de ses bonnes actions. Qu'ils soient riches ou pauvres, ils 

• auront le cœur content; et la joie sera en tout temps sur leurs vi- 

• sages. • Comme vous voyez, je crois qu'un homme peut être heu- 
reux dans le mariage , pourvu toutefois qu'il ne choisisse pas une 
coquette , une grisette, une chipie, une bégueule, car, comme dit en- 
core l'Écriture : c La méchante femme est comme le joug oiï on lie 

• les bœufs pour leur faire traîner la charrue. Celui qui Ja prend est 
» comme un homme qui prend un scorpion. • —-Tout cela est par- 
fait. Révérend Père, mais pourquoi avez-vous renoncé à la vie du 
mariage ? — Ici la physionomie du capucin me parût rayonnante. Il leva 
les yeux et me dit avec un accent que je n'oublierai jamais : lAoùest 
notre trésor, là est notre cœur, dit TÉcriture. Eh bien! monsieur, mon 

trésor n'est pas ici-bas, il est au ciel. J*ai renoncé i tout et ne 

m'en suis januis repenti. 

— Les économistes, lui dis-je, demandent ce que vous rapportez i l'É- 
tat, vous autres moines.— *Ceci exigerait de longues considé rations, me 
répondit le Père. Remarquez seulement que nous ne coûtons rien i 
rÉtat. Un capucin n'est pas un grand seigneur. Nous jeûnons trois 
mois sur douze; soixante centimes par jour nous suffisent pour vivre. 
Nos frais d'entretien ne s'élèvent pas â 25 fr. par année, car nous ne 
portons ni linge, ni souliers, ni bas, ni chapeau. Veuillez demander à 
Messieurs les économistes s'il est utile que dans un État il y ait des 
gens qui coûtent si peu à la société. — Révérend Père, je vois bien 
que vous ne coûtez rien i la société, mais que lui rapportez-vous? 
Voilà la question que vous adressent les hommes positifs. Vous ne payez 

pas d'impôts — Des impôts! mais vous n'y pensez pas. Depuis 

quand des gueux, des mendiants comme nous, paient-ils des impôts?... 
Qu'y a-t-il de plus gueux qu'un pauvre Père capucin? — Mais enfin les 
pauvres donnent leurs enfants pour le service de la patrie. Et vous ? 
— Le pauvre donne ses enfants, c'est vrai. Pour nous autres, pauvres 
capucins, qui n'avons pas d'enfants, nous nous donnons nous-mêmes 
aux pauvres et nous sommes toujours prêts à sacrifier notre vie et 
notre sang pour nos frères. 

— Mais, Révérend Père, ces hommes positifs se demandent encore 
ce que deviendrait la société si tous les hommes voulaient se faire ca- 
pucins. Qu'en pensez -vous? — Le Père se prit à rire de tout son 
cœur; et quand il eut repris haleine , il me répondit : Ce danger 
n'est pas prochain. Rassurez- vous , jamais les femmes ne le souffri- 
ront. Notre régime d'ailleurs ne convient pas i tout le monde. Il faut 
être taillé pour cela. Un capucin, un religieux, voyezrvous, ce sont des 
hommes à part. 

— Révérend Père, je vous remercie. — A qui ai-je Thonneur de 
parler? — A un des rédacteurs de VOuvrier. — Très-bien, cher rédac- 
leur, continuez à vous occuper de la classe ouvrière si délaissée, 
aimez toujours le peuple, éclaircz-le, dissipez les préjugés, enseignez- 
lui quelle est la vraie civilisation, en quoi consiste le vrai progrès, la 
vraie liberté, la vraie grandeur de l'homme. Dites de ma part à mes 
frères les ouvriers , que toute vraie civilisa non , tout vrai progrès, 
toute vraie liberté, toute vraie grandeur a son appui dans l'Église ca- 
tholique , apostolique , romaine. S^ils vous demandent qui je snis, 
répondez-leur que e'ett un viVnx r;ipi(ainp d« ;lrag)n qui leur m* 



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w. 



■IV 



wr- 



L'OUVRIER, 



m 



vote ce eomeil franchement fraternel. — Révérend Père, je le leur 
dirai. Adieu et merci. 

Sur ce, je quittai le couvent, et me voici. 

Candide Le Franc. 



LES ORAGES DB LA HÈRE KOIRE \ 



CHAPITRE XVil. 

Comme quoi les convents ne sont pas tonjonrs d'aflk*en8e8 
prisons oà d'intocentes créatnres (émilMit tfdCimes de 
la tyrannie de parents cmels. ( Suite, ) 

Quand elle entra au parloir, la Bupérieure rallendait : c'était une 
petite chambre couj^e en deux par une grille en bois noir, un rideau 
yeri suspendu à Tiiiférieur, séparait les religieuses de leurs interlocu- 
teurs , mais en ce moment il avait été tiré. Anna jeta un rapide re- 
gard sur rameubloment. Du cdté où elle se trouvait , son inventaire 
ne fut pas long, deux ou trois gravuras suspendues aux parois et re- 
présentant des sujets de piété, du côlé de l.i Mère Marie un crucifix 
en plilre sur une croix de bois noir, accroché au mur, c'était tout. 

— On m*a dit que vous me demandiez, ma Mère, dit Anna. 

— On vous a dit la vérité, chère dame, il iaut bien qu'en prenne la 
peine de venir nous voir, puisque nous ne pouvons aller visiter per- 
sonne, répondit, la supérieure , mais avec un accent où il n'entrait 
certes pas le moindre, retproche contre la sévérité de la règle. 

— Mon intention était de venir vous remercier de vos soins pour 
ma chère Rose; elle m'a dit combien vous aviez été bonne pour elle; 
seulement , craignant de vous déranger, je serais venue un peu plus 
tard, si vous n'eussiez eu l'obligeance de me faire appeler. 

— Ah ! Rose vous a déjà parlé de nous, mterrompit Mère Marie 
en souriant ; précisément je désire aussi vous entretenir â son siyet. 

— Est-ce que vous auriez quelque reproche à lui faire? dtsnfenda 
M™o Jourdain avec une certaine inquiétude. 

— Des reproches 1 oh ! mon Dieu, non; pas l'ombre d'un reproche. 
Cette enfant est d une intelligence, d'une docilité et d'une application 
i l'étude quila mettent au niveau de nos meilleures élèves. 

— Il lui est aisé d'être docile avec d'aussi douces maîtresses , ma 
Mère; Tenlânt vous a tellement prise en affection, que je crois qu'elle 
préfère votre maison à la mienne. Le matin, j'ai mille peines i l'em- 
pccher de partir avant i'heiire, et le soir elle trouve toujours que je 
viens la chercher trop tôt. 

— A cet âge, ce qui est nouveau platt toujours ; en tout cas. Rose 
ne Cût que payer une dette en nous aimant, car nous l'aimons nous- 
mêmes aussi tendrement que possible. Tenez , chère madame Jour- 
dain, contioua-t-elle en paraissant vouloir conduire la conversation sur 
un autre terrain , voulez-vous me permettre de vous dire une chose 
que j'ai dans le cœur à ce sujet? 

— Oh ! bien volontiers, dit Anna, en la regardant, non sans quelque 
' surprise. 

— C'est que, voyez-vous, je n'aime pas les détours et je n'entends 
absolument rien i la diplomatie; j'en ai parlé i nos sœurs et nous 

, serions toutes si heureuses que vous voulussiez bien nous confier en- 
> tièrement l'éducation de Rose et nous la laisser tout i fût en pen- 
sion, 
Anna pâlit légèrement. 

•^C*est impossible, ma Mère, répondit-elle après un moment de 
silence. 

; * Voir 1«6 n** de ^Ownier du 44 mai au SS juin^ du 6 au 97 Juillet, des 

[ 40 el 91 août, 1 et 41 septembre. 5. 41.. 49 et 9d octobra. 



— Impossible ! et pourquoi ? demandi la religieuse* 

La pauvre mère savait bien pourquoi , mais un sentiment de fierté 
naturelle l'empêchail de faire l'aveu de sa pauvreté. Elle consenltit 
bien è envoyer reofant comme eKleme étudier au couvent parce qua 
cela n'impoçait aucune dépense â la communauté ^et que les bons soma 
des sœurs pouv:]ipnl se compfïnstir par quelque cadeau mensuel com- 
patible avec se» faibles ressources ; mais payer le prix d'une pension 
était compMtemenl au-dessus de ses forces. Quant à recevoir c^ttr 
aumône, Anna ny pensait seulemetit pas. 

— 11 me serait dur de me séparer de mon unique enfant, répondit- 
elle enfin. 

— Mais, qui parle de vous en séparer? Vous logez I deux pas, voue 
la foyec quand bon vous semble, et vous n'ignorei pat que $&$ progrès 
seraient bien plus rapides et son instruction plus complète , si eU«) 
vivait dans un pensionnat avec celles dont on s'occupe sérieusement, 
plutôt que dans un eitemat ou elle ne peut, après tout, recevoir que 
des connaissances su pcrfl délies et très-élémentaires. L'en&nt a trop 
de dispositions naUïrolles pour que votre refus , s'il n^est basé sur 
aucun autre matif, ne doive pas être qualité d'uae façon que vous ne 
méritez certes pas, 

— Et comrment me qualifieriez- vous , dit Anna ^ si je refusais pour 
ce seul motif votre oïïr^ si obligeante et si bonne ? 

— Je vous appellerais égoïste, dit la Mère Marie en souriant ; mais 
je suis assurée que voue ne Têtos pas. ^ 

— Vous seriei capable de me ravir le cœur de ma petite Rose, 
ajouta Anna en souriant de même, elle vous tronverait si aimable que 
bientôt elle ne m'aimerait pluis. 

— Est-ce un motif? demanda la supérieure. 
— Pourquoi pas? répondit la mère. 

— S'il en ét^il ainsi vous mériteriez d'être grondée et quatifléo phu 
sévèrement encore. 

— Et comment m'a p pelle riez- vous, en oe cas? 

— Je vous appellerais jalouse. 

— Oh ! toutes lea raéres le sont , dit M** Jourdain ; mais elte dit 
celte vérité d'un ton qui démontrait qu'elle récitait un mensonge. 

Après un instant de silence : 

— Écoutez, dit la supérieure, j'aime mieux vous parler avec frau^ 
chise. Sans doute il vous cri coûtera un peu de ne plus loger sous !e 
même toit avec votre chère petite ; mais vous sauriez faire ce sacri- 
fice ; sans doute vous êtes capable de jalousie : mais vous savez qu*iei 
on lui apprendrait a vous aimer comme on lui apprendrait â aîmer 
Dieu. Votre vérilaUle raison et Tunique prétexte de votre refus, c'est 
que vous penser peut-être que cette éducation ainsi conçue exigerait 
une dépense au dessus de vos ressource». 

— Franchement , oui, dit Anna avec un soupir, comme si on lu^ 
eût enlevé un faideau. 

— Je le savais ; en causant avec nous, Tenrant nous a. sans le vou- 
loir, mis au courant de votre douloureuse position; maii; vous pcnj^ez 
bien que la proposition que je viens de vous faire est de telle natura 
que le bonheur de posséder cette aimable petite serait tout ce que noua 
vous demanderions. 

— Oh! pour cela, jamais, jamais, dit la mère au front de laquelle 
monta une rougeur involontaire, 

— Chère madame, dit la supérieure en donnant â sa voix le ton I^ 
p\is persuasif et le plus don?E , si le motif de votre refus n'était autre 
que celui-là f il serait plus impardonnable encore que les deux 
autres. 

— Que serait-ce donc? demanda M""" Jourdain. 

— De l'orgueil. 

— De Torgueil T 

— Mais oui , tout bonnement de l'orgueil et de la petite espace, 
encore. Quoi ! vous savez le hiefifait d'une bonne éducation et vous 
voulez en priver votre enfant, parce qi^'une sœur déaire la lui donner 
pour le seul amour d'elle, de vous et de Die», et vous prefereriex que 
notre mobile fût Vamour de l'or. Quel nom donneriea^'Toiia vous- 



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310 



L'OUVRI&R. 



m Ame i Totre rétisUnoet \ ■ ■ 

Anna biisu la Ula et le tut. 

— Vntre répugnance procède d*uft s^mtîiiiint honortUe, ttsit eau*. 
g^râ, voua n'étefi pas riche; maÎA Notre SeîcneMrn^était pas riche, 
non plut^ eti quoiqu'il nous Talàt bien, je pense, il ne dédtigna pas de 
recevoir I auntdne. 

Ce mot alU cherobar le cœur de b^paurre teuye et le fit tressaillir 
c 010 me ious ua coup d'aiguille La Mère Marie s'en aperçut. 

^ Oui, ratiuidne, repéUt-âUa, rHonune-Dieu Ta reçue pendani aa 
vie m^têlle» et quand bteu mêaae.je tous Toffriraia, aves^vous donc 
oublié que la Vierge-Mère se vit contrainte un jour de mendier les 
lajtgea dans kfiquetî devait être eauprifonné l6,-o«rp8ilerEn&nt4>ieu, 
et que aoQ suaire funèbre ne lui appartenait pas! Mai:», ce n-est pas 
raum^e que je tous offre, c'est la okariié que je vous deaiande : k 
ctuirilé pour vous, qu'un travail ext^essireonsuine et qui , bientôt, «i 
vous TOUS obstinée daua votre résistance, laisserez yotre pauvre Rose 
orphelinf mr la terre ; la charité pour elle , dont rmtelligence pré- 
coce et vive demande un aliment que. vos occupations vous empê- 
chent de lui donner ; h charité pour moi, i qui vous permettrec ainsi 
de pa|eriine dette depuis longtemps contractée. 

Âuui leva k« jeux vers b «upédeure qui la regardait atec une ex- 
pression de tendresse ineffable et semblait rimplorer en lui demandant, 
UQti grJce de laquelle «on houheur dût dépendre. 

^ Oh ! oyi. une dette et une dette sacrée, dit la religieuse; sachez 
donCf cruelle orgueiHeuse , que celle qui vous parle doit i un sem- 
Diable bienfait le don ÏDapprècisble de Téducation chrétienne et de la 
vocation divine qui Va faite ce qu'elle esUSachea donc q^e depuis nom- 
bre d'années je soupire après l'heure oiii je pourrai rendre à Dieu ce 
que Dieu m'^a donné, et c est au moment auquel vous pouyea me rqndre 
ce service sans nom, en me confiant cette douce et chère potite Ûeiu*, 
{)our la cultiver avec tout mon amour et toute ma reconnaiesance, que 
pour satisfaire je ne sais quelle vanité puérile, vous voudriez me ravir 
méchamment eette espérance si longtemps déçue et cette joie si 
ardemment désirée. Ûb i n'est-ce pa^ que vous ne me ref^rezr plus ? 

^- Mon Dieu , que vous êtes bonne! dit la pauvre laèr^> leajeux 
humides de reeonnais&ance* 

— Dieu seul est bon, ehéro sanv, et noui^ne soiidrqw çiejfts^pâles 
reflets et les cbétifs instrument^ de»sa charité élemelle. , 

Le conventetnent fut donné et reçu avec les mai)quef ..d^ \à plus 
vive L/idresse.et Rose devint, dès cette heure, pensionnwre dans le 
couvent* 

Ceci eiptiqne eommeuL et pourquoi les démarches de H. Qédéon 
TijrdiE, qui eurent lieu le leudemaia, n'avaient véritablement pas uue 
grande importance* 

Ceci montre, en outre, que le» couventt peuvent ({uelquefois ren- 
dre à certainea personnes des services dont noua abandonnons l'ap-^ 
préeiatioci i la sagacité du Lecteur. . 

Quand Anna sortit du parloir,, se^ yeux tombèrent machinalement 
î<ur une inscription peinte eugi^s^caract^rçs pgû^asur.^e chambranle 

Uâ la porte ; - 

■ \)ku mi charité, et celui qui demeure dans la>h)uri|é9 d^ni^e;;ure 

en Dieu ei Dieu demeure en lui. « , , . . . [ 

A h porte, de Tautre cûté, une jeune reiig;ieu9e attendais Vtssue de 

ta eonf'îrence. 

— Al «De consenti? demanda-t-elle à la supérieure. 

... t'uur punir votre curiosité, ^a sçBur, répondit celle-rci avec un 
^rvurire. .iUez. à la chapelle réciter le Ifa^ni/ïca/; Dieu nous a fait la 
i;i;)4'c iji: sauver h vie à une mère e^ de gagner un trésor pour le 
(^ii'l i Vipère que maintenant steur Françoise n'aura plus peur que la 
C^unuutMiuté ne puisse pas paver ses dettes. 

^Ua LOYSEAU. 



%.^fr^£/ijy9^^ 



Le chapitre-4|tt'on vient de lire termine dignement la première partie 
des Qrages de la Mère Notre; notre ami Jean Loyseau ne tardera p-s, 
nous l'espérons, è livrer i notre curiosité la seconde partie de celU 
œuvre si intéressante. En attendant , nous publierons , dans nos 
plus prochains numéros , une des charmantes nouvelles de M. Tabbé 
Arnault : LA PORTIÈRE DU FAUBOURG DU TEMPLE, dont la 
reproduction ne sera sans doute pas moins agréable à nosiccteurs 
que le Bijoutier du Faubourg Saint-Martin, qu'ils ont si favorable- 
ment accueilli. 



L'HONNB AU GRAUD LIVRE. 



Un payean qui avait conduit i Leipzig une voiture de bots , s'ar- 
rêta au Ciuboui^. Un bourgeoia , nommé Sit^Hér , Gaarcbande et 
achète le bois-ponr ua certain prix. Mais , comme il est très-pressé , 
il donne verbalement son adresse au paysan , et lui recommande de 
!e suivre incessamment. Néanmoins , celui-ci ayant reçu des arrhes , 
entre dans la maison la plus proche , boit quelques verres d'eau -de- 
vie , eioublie tout-é-fait le laom et la demeure du bourgeois. Que faire? 
Il conduit au hasard sa voiture dana U ville , espérant se rappeler tout 
cela en chemin. A>prés avoir frappe à toutes los portes de plusieurs 
rues , il en vit une d'oui sortait une foule de jeunea gens. 11 aborde 
un de cétt enfants, et le prie en grâce de lui dire oà demeure Thomme 
qui vient d'acheter du bois? — Mon cher aaû, répliqua maliœuse- 
n^nt le petit lutin , j'étudie ici, et je devrais è la vérité tout aavoir, 
mais , comme.il n'y a encore que six semaines que je fréquente Técole 
où l'on apprend tout , je ne suis, pas encore assex avancé pour dépendre 
à de pari'illes questions. Mats il y a dans cette maison-ci un homme 
qui a toujours un gros livre devant lui , et qili , pour deuM gros ( six 
sous)^ vous, satisfera infailliblement. Enchanté de cette nouvdie , le 
p#yaaft 9^ bâte d'aller dans cette maiaon. Il eolre dans l'auditoire du 
professeur N...., qui, eficctiveinept , avait un grand in-fo>lio devant 
lui. Le paysan , seaiMinnet sous le bras, met deux groa sur la table, 
et pde ce Monsieur d'ouvrir le livre , et de voir le nom de celui qui 
a fait emplette de sa voiture de beis«> Plein d^itonnement , le profes- 
seur examine l'internaga leur , et prononce enfm ces paroles : • Ehl 
c'est singulier! • Justement ! s'écrie le pysan , o'eet Singuiùr ^u'il 
s'appelle. Tenez, voilà, encore deux gros , parce que ^ïetle fois-ci 
. vous l'avez su d'abevd sans consulter v(Ure livre. 



Eii'fiimiiant deu^: francs de iimhresTjmt^ daug «ne lettre affinj^ 
chieà r adresse de M. ByêniOT, lihrêire'édiêeur, 55, tj^tcet des ^rundt» 
Augusliiis , à Paris , on recevra franco et par le retour du courrier, 
r ouvrage ayant pour titre : 

LA ROVAIJTÊ POÏÏIFICALE DEYMT IWmU ET IklVm FOI 

PAR J. GfiANTREL , 
UN BEAU VOX.UM£:: iJ^ "^la» 

JVeiM prions nos alnnméê de jojMr^ à iouies fetm klÊtu smé4^ 
landes imprimées du journal» 

Angers, imp. de Laine. frères , rue Sùnt^La^» 9. 



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oounuito. V IV énnéM échnei. ) 



^^ 28. 



9 novembre IMl. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



AZ>iCIlfI8TliATI0N : 

S5, qaai d«8 Grands-Augustins 

i Ift libzaim de BLÉBIOT» 



A PARIS. 



SOMMAIRE 

LA FEIOCB AUX LAPINS, par Eugène Pii^t. - AVIS iMPOBfANT. 
— LES COMPAaNONS DE LA CROIX D'AEOBKT. par GMmeiit JviT..-^ 
LÉGENDES DE L'ATELIER, par Maurice Uprévo st. .- J XJRISPRTTDENCE 
INDUSTRIELLE, Dar BugèBO Pêhil. ^ LA PORTIÈRE DU FAUBOURG 
DU TEMPLE, par M. N. AfUfArLT. 



ABONNE KEMTS D*!!» AN 

1 pvtir k i^ le eUipe iMis : 

FtaAiica. .... . , • « ...'.'...K»» 

QDU d'Asib. J 6 •» 

Stats-Ukir Dt L*AiiimiQ<rK du Î^oed *• ^ • » 
GoiiMtta» «T AOTifu ni» p'eimi» mai (t ftO 



LA FEUE AUX LAPINS. 



Void UB joli petit tableau de M. ^Paul Palliai. Les amaicurB du 

■pie et du naturel 

foot eertes satia- 

b. Une. bonne pay* 

mc oorre la porte 

K clapier, et ... . 

mou .... tons les 

■mots do la maison 

élancent, non paa 

^pradeounent toute- 

I et tête baissée, 

as avee une pru- 

irte réaerre et les 

iUea hantes. Qui 

i Ta et admiré le 

iS-froid et la Iran- 

iUd philoaophiea. 

t laquelle le lapin 

nble rëOéobir avant 

K mettre en niar- 
B de ce petit pas 
tte-memi qui lui 

propre^, oà même 
Dt de prendre le ga- 
1 d'alarme qui lui 

commiia avec le 
rre? liais où ront 
Dordliai nos petits 
losophea? Vous le 
ttndes ? Le nuâtre de la bande n'est-il pas déjà occupe à livrer 
itut à ce taa d'ordures qui gît là en un coin de la basse-cour ? 



LA FEMME AUX LAPINS, tableau de M. Paul Palizzi 



Piër&ment campe sur les pattes de derrière n'a-t-il pas fait dëjà la 
conquête d'une feuille de chou ? Mais • trahit sua quemque volup " 
tas, u a dit un poète latin ; ce qui signiûe, en li^ngue vulgaire, que 
chacun suit son penchant et voilà pourquoi, en voyant osa- petits 
_ ^tres, si bien peints 

par M. Pallizi, je me 
sens disposé à vous 
raconter une histoire. 
Patience! elle n^ôst 
pas longue, et le gour- 
mand qui est là n'au« 
ra pas dévore sa fouil- 
le de chou que j'au-- 
rai fini.de dire, -r Un 
Igère de fttrtiille me 
recommandait un jour 
ses deux eQfsftts, jeu- 
nes garçons dont il 
^'agissait de favoriser 
les èluJes. NatureDe- 
mem^, je demandai 
quelques renseigne- 
ments sur les aptitu- 
des intelleetuBlleè de 
chacun d eux. a Oh ! 
«la répondit le digue 
homme, oh me mon- 
trant Taînè de. ses 
fils, celui-ci est un fa- 
meux lapin f il a tout 
l'esprit de aeo pére{ 
quand I l'autre, il est 
b. . . comme sa mère. » — Que pensez*vous de ce lapin-là (je parle 
du père) ?.« EuoàNB Pénsu 




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118 



L'OUVRIER. 



■«^■ifiJllH 



AVIS IMPORTANT^ 



Tl irrite fréqu«inraeiil que divers journaut oo revue» d** P«riî et 
des départemeDl* reproduUent des eifraits considérables de iOutritr. 
P^iaieofi^ après t¥ôir recommaridé iiutriî publie^liDa 4 Ta Ut? a lia ri de 
Idirs Ir^cteurs , leur donuent par là une idée ju. 4e de boh egprîl *îi de 
SOttbul; noLi£ ne pouvons qu'être touchés du ces leinaipnages de 
sympathie et nous tenons à reniGrcier ici puLlïquemeïil ceux qui en- 
courafent ainsi nos efforla. Mais il est d'autres feuilles qui , nvjjns 
désintéreasée» , n%iigent , en ce qui nous regarde , W règles ordi- 
naires de ces sortes d'emprunts. Les unes reproduisuul ialégi idenient 
nos article» , &anj indiquer ni le nom de l 'au leur ni le titre du jour- 
nal qu'elle* mettent k contribution ; lei autre^s , ûm^ le ^eu! but de 
mieux diBsimuler le larcin , dénalurenl nos productions ai kui faï- 
iantBubirde* mutilations ou des reltjucbesplui^ uu nioiiiË Iku reuses. 
La Rédaction el l'Administration lie î'Ouvner enleihlt^nl réserver tous 
leurs droits ^ el nous croyons Jiïvoir rappeler nos Cviiiffêresâ l'obser- 
vallon des usages qui assurent la propriété littéraire en nipuie l» mps 
qu'ils eonservent a chacun la reeponsabiliLé de «es écrits. Nous som- 
me» assurément trés-Ûaltcs du bon accueil qui nous est fait, niais il 
ne nous agrée point de paraître, où que ce soit» sans notre nom ou 
ious le nom d aulrm. Lt Hcrélaire de la rédacim* , 

El GÈNE PtlNEL, 



LES COMPAGNONS DE LA CROIX -D'ARGENT k 



CflAPITRE XVL 
'•^ Soisions et Paris^ 

Au momenl où ^ à Paria, me du Petit* Musc , dans l'anberg*^ de la 
Cr0Îï-d*Argent, un danger ni terrible menaçait le jeune Chopin, que 
sa passait-il à S<>issons f 

La vieille mère de Claude avait été occupée toute la journée par les 
rudes labeurs dont le profit était nécessaire à sa vie, — Le travail opi- 
niâtre écarte le Benliment des plus cruels chagrins et en adoucit Taiiier- 
lume. 

Avec la nuit était venue rheure du repos. 
* Elle était seule, la pauvre vieille femme î 

Assise près de sa fenêtre , d où eUe &mi vu le soleil disparaître â 
rboriton , elle peu sait- 
Ella pensait â Claude. 

Elle se demandait où il était. 

— ^ Il est i PariiE ; il a dû arriver samedi ou dimanche. 

Pourvu qu'il n'ait pis fait de mauvaise rencontre l 
I ËUe se rappelait Tenfant bien-aimé. EUe le vojait tel que pendant 
dix-sept ans elfe Tavait vu tûua les jours. 

'^ Elle le eontemplait dans son souvenir. Quand le silence se faisait, 
U hii stniblait quelle entendait dans le vieil escalier sonore les pas du 
leune ouvrier, ou bien la chanson jojeuie par laquelle il annonçait son 
retour après la journée de travaiL 

Li pauvre mère, dominée par ces pensées, se leva. 

11 faisait nuit. 

Elle alla vers un lit , volsiii du sien , où Claude venait naguère , la 
journée Guie, reposer sas membres fatigués. 

— C*ist ici qu'il coucbsit , le pauvre enfant 1 dit*elle I voix basse. 

Elle fit quelques pas* 

EUe alla s^asseoir sur une petite ehaise de paille. 

-^ C'est ici qu'il s'asse^fiit, murmura-t^eUe. 



tm rwived^ti^ «t mUréilt. — Voix les ti» de f^Ovmfr du 1 ao^ au 1 n?- 



Elle portait les mains devant elle pour ne pas se heurte? . 

EUd craignlilt d^allumer la pauvre lamfft. 

Elle aimait mieux ne pas voir ces meufiles dont se servait Tabscnt « 
ces lieux témoins des jours heureux. 

Par instants, quand il faisait sombre, elle ^se figurait qu'il était en* 
core là, comme autrefois. 

\a douleur serra plus fort le cœur dé Wp^ffc m|re. . - - . . 

Elle était debout devant le crucifix , sur lequel elle fixait diani 
Tombre deux yeux gonflés de larmes. 

— C'est ici qu'il priait, dit-elle en soupiradt. ' 

Elle revint vert la fenêtre. « 

Elle se rassit. . 
'— U n'est pas là I 

Elle prit un chapelet dont les graîna noirs» gros comme des noix, 
tournèrent entre ses doigts amaigris. 
Elle commença la longue prière : 
« Je vous salue^ Marie, pleine de grâce, etc. » 
L'horloge sonna dil heures. 

— A cette heure, il dormait toujours là , dans son petit lit, pensa 
la mère. 

Elle serra contre son cœur, oppressé par les sanglots, le chapelet 
dont elle récitait les dizaines : 

ff Je vous salue, Marie, pleine de grâce, etc. • 

Quelques instants après dix heures , une voix se fit eotendra dans 
la rue. • 

C'était la voix du crieur de nuit qui ordonnait d*éteindre les feux. 

La mère Chopin écouta la voix dont Técho prolongeait le$ aeeaats 
lugubres dans le silence. 

Le fils du crieur de nuit était un jeune ouvrier du marne âge que 
Claude et ami de celui-ci. 

La mère pensa que le crieur de nuit, après sa ronde termiqée, irait 
se coucher sous le même toit que son fils. 

— 11 est plus heureux que moi ! fit-elle en gémissant. 

Puis elle reprit: 

c Sainte Vierge , Mère de Dieu , priez pour nous , pauvres pécheurs, 
maintenant et à Theure de notre mort. Ainsi soit-il. » 

Quand elle prononçait le mot nuiifUenant, sa voix^s'arrê|ait sur set 
lèvres. 

— Maintenant, se disait-elle, oh ! oui, maintenant ! car où est-il, au 
moment présent, mon pauvre enfant? < > - 

Et elle oubliait sa prière pour penser â son fils. . ^ , ,^ 

— Il m'écrira, se disait-elle. 

Elle calculait dans combien de temps elle recevrait une lettre , ce 
que cette lettre lui coûterait, les privations qu'elle acçepteraU;poiir 
payer le port de ces nouvelles si ardemment désirées. 

Autrefois les lettres coûtaient fort cher et elles cheminaient fort 
lentement 

— J'aurai peut-être une lettre la semaine qui vient, se disait U 
vieille femme. 

Et elle priait: 

t Je vous salue, Marie, pleine de grâce, etc. • 

L'inquiétude interrompait la prière. 

— Pourvu qu'il ne soit pas malade ! Pourvu que la fiitigue d'une 
si longue route faite è pied n'ait poUit épuisé ses forces ! ;, 

Des pressentiments horribles venaient alors en foule i cet esprit 
tourmenté par un amour profond. 

La mère de Claude se figurait qu'elle voyait souffrir joa fils et <|a*eU6 
ne pouvait lui porter secours. 

— Il souffre et je suis loin ! 
Cette idée était horrible : 

f Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous... • 

«Le moment où la vieille femme priait ainsi était précisémeiii celui 
011 Chopin, agité par la fièvre, se remuait sur son lit brûlant, 
il fit tout-4-coup un brusque mouvement, et ouvrit les yeux. 

— Mon cousin , dit M"e Brûlot en s'approchant du lit avec la lumière* 



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■^ 



LOIJVRIKR. 



5lfl 



niDii «tiiiinl Elk parUit k h mam 1a tasse où rAméricain avait v«rsd 
riiaijôbane notre. 
Claude 5e souleva. 

— Mon cou^irt, voulez- irons boîre ? 

Le Èiotïimeil avait dhmpé Texaltatirm cércUrale r^ue b fièvre avait 
provoquée. 
, Claudia reprenah jjeii à peu t^usage^e sa pensée. 

îl chercha il h recueillir sea souvitnirâ. 

Les êvenemcEits étranges dnnl II avait èiè témoin et victime^ dt^puis 
soif »rrii(ée i Paris, le combat sanglanL au milieu duquti il avaii été 
Mej«6, se présentaient a la mémoire dans un tableau confus, dont il ne 
pouvait retrouver le ^ens, 

— Où suis-jc? d*imaiida4-il. 

— Cliei mon père, votre oncle, l« père BruIoL 

— El vous, qui clés- vous? 

— Je voui le db , it W^^ FincUe an minaudant, je suis la Tille de 
Tolre oncle, voire cousine. 

— Ma cousine l reprit Claude de Tair d un homme C|ui cherche à 
çetrottver les traces d'une pensée qui lui échappe. 

Ses regard* erraient dans la chambre. 

M"« Fimeltâ fiit Wessée de voir que Claude ne taisait aucune attenlion 
âeUe. 

^ Il ne faut paa parler, reprit-elle d^un ton de commandement ; 
TOUS êtes malade i il faut boire cette potion, fermer les ]feux et voua 
re n dormi r- 

— Malade î fit Ckudep et ea diont <^ fflat, il fît un mouvement pour 
se dresser. 

Il poussa un cri. 

Jl t'était appuyé sur son hras blessé sans y prendre garde* 
Il avait ressenti une douleur aiguë. 

— ^ Vous voyez, dit vivement Finette, tenez- vous tranquille. 
Glande était retombé épuisé par Teil^rt tenté et b douleur res^ 
senïîo. 

— Avant de vous endormir, il faut boire cette potion , dit Finette 
en s^ivançant, 

^- Voilé une garde-malade bien attentive, dit tout4-conp, derrière 
Mll« Bmlot, une voix dans Taccent de laquelle perçait une intenlion 
railleuse. 

Le docteur Guillotin avait fini de dinar depuis longtemps. 

La conveisation s'était prolongée entre le père Brûlot et lui. 

Il avait entendu le cri que la douleur avait arraché a Gl.iude. 

11 était monté pour voir son maladii> 

—^11 s'est réveillé? demandart-ii à Finette en montrant le ma- 
lice. 

^ Oui, îl y a un instant . 

— QuVl-ildil? 

W^^ Brûlot répéta les courtes paroles qu'elle avait écliangées avec 
^on cousin. 

— Il avait sa tête ? demanda le docteur. 

— Oh 1 oui. Je voulais le faire boire î 

— C'est inutile maintenant. 

— Iputile? 

— Oui, l'accès cérébral est passé i û ne faut pas recourir auï cal- 
mants pour produire un cfFcl dont la nature s'est chargée, 

— Alors, docteur, qu'y a-t-il à faire? 

— Rien, ma bello enfant, rien, fil le docteur, qui aller vous cou- 
^her.Il est tard, laissez-moi ici. Je garderai votre cousin. 

— Vous, docteur? 

— Oui, moi. 

— Vous n'y pensez pas? 

— J'y p^iue fort bien : j'ai i travailler; inachevé en ce moment un 
.ravall important. 

]U d<)cteur montra (^Glques papiers qu'il avait posés sur la table. 
«^ J^tî prévenu votre père , je passerai ici ma nuit â écrire : si le 
■iilido a beioin deiecaurs, je serai li ; repose^vouj-aa sur mQÎ ; je 



lui donnerai à boire. . . * 

— Comme vous voudrez , monsieur le docteur, fit M^e Brûlot en 
s' inclinant ; vous n'avez besoin de rien? 

^-Dê rien. 
' Le docteur étendit ses mains devant la lumière. ' ' 

— Si fait, dit-il, j'ai besoin d'un peu d'eau pour me laver lea maina 
La ininie du vieux médecin ne se démentait jamais. 

— Je vaia vous apporter ce qu'il E^ut, dit M^'« Brûlot en lortant. 
I^ docteur Guillotin resta seul. 

11 s'approcha du lit. - « •< 

ïl regarda le malade. 

CJaude était retombé dans un profond sommeil. 

Le docteur prit la lasse où se trouvait la potion. 

11 en agita un moment le contenu pour mêler k Teau les principet 
du calmant. 

M'i^ Brûlot ne revenait pas. 

Il regarda le liquide tourbillonner dans la tas«e , mû par le mou^ 
vement de rotation que lea doî^ du docteur avaient imprimé 1 
celle-ci. 

Puis il approcha la potion de ses lèvres, 

— On a mis trop de laudanum, disait- il ; cette dissolution n'a au- 
cune transparence. 

A peine le docteur avait-il approché la tasse de ses lèvres qu'il l'en 
éloigna par un mouvement rapide. 

U regarda avec une extrême attention le contenu. . 

Il prit la cuiller qui $% trouvait sur k table et puisant quelques 
gouttes du liquide , il les examina. 

Sa surprise parut extrême. 

Il Leva la cuiller, et respira F odeur qui s*ei balai t de la taaift« 

Il parut chercher un insbnt a pénétrer un mystère. 

M^'<i Finette rentra. 

Elle portait une cuvette, de Veau et deux ou trois serviettes. 

^Monsieur Guillotin, dit-elle, voici ce qu'il vous faut. 

Le 'docteur ne parut pas l'avoir «ntendue, il regardait avâc une fi- 
xité singulière la tasse dans laquelle se trouvait la potion deiitinée â 
Chopin* . 

— Monsieur Guilîotin! reprit Mil* Brûlot, d'une inix plus élevée, 
afin de rappelé i raltention de i*homroe de Tart . « ' ^ - • 

Le docteur se retourna. % 

— J'ai été longtemps, dit Finette; je voulais vous donner une de 
meâ serviettes ; celles de U maison sont trop gros&ea. 

Finelte avait toutes les coquetteries; la coquetterie des femmes qui 
ne veulent se servir que de beau linge est une des plus innocentes. 

— 11 ne s'agit pas de cela , dit le docteur reprenant Texamen par 
Tintérét duquel il paraissait dominé, 

— De quoi s'agit-il 1 demanda Finette avec surprise. 
Le docteur ne répondit pas. 

Quelques minutes se passèrerit en silence, *• * 

Mi^o Bmlot avait apporté une cuvette de faïence blanche ef Weue. 
Cette cuvette vide était sur la table, • 

Le docteur y versa la potion* • - 

Miï« Brûlot refardail M, Guillotin. i 

Une odeur étrange se répandit dans la chambre. 

— Ma belle enfant, allez ou envoyez ehex l'apolhiçairei 

— Chez l'apothicaire ? , -^ 
-'Oui. 

— A cette heure-ci 1 

— Immédiatement. 

— Q î*ï a-tril? Mon cousin est-il plus dan|éreïiseraent malade f 
-^ iSon. 

— Que faut- il demander? 

Le docteur s'approcha de la table. 
U écrivit quelque» mots» qu'il remit â Mu« Finette. 
EUe sortit. 

Le docteur resté seul, après un moment d'hésitation^ i>rit mt 
GiiiikrJe d# U pglian qu'il estaminail depuis quelques mstaoti. 



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tw 



L^OaVRIER. 



n l'flevt juiqu'i les lèvres* 
ilTersi le liquide dins si bouche. 

Immédiatement il fit une horrible grimifie , et rejeta les ^elqaes 
Goaltei, dins JesqueUes il iviit trempd ses lânei. 
— * C'est £trangû ! murmura-t-i]. 
Wk Brûlot rentra. 
—'Voici, moniienr le docteur ï 

— fmis ïïfet ifé Tous-méme, mon enfantt 

— Oh f oui , si mon pauvre cousin a besoÎQ ÛB ceU ,.. dit-elle en 
remettant «u docteur une petite fiole. 

Le docteur regarda k jeune lillc. 

Elle tvait couru ; eUe était rouge : elle doimiit totis les signes 
d'une TiTe sollicitude * 
Tout préoccupé cpi'il fftt, M. GuiUolin sourit* 

— Voili un cousin bien tendrement soigné , pensa-t-îl 
n prît h fiole (]uê Mil« Brûlot avait été ehereher. 

H en tida lentement le contenu dans la cuvette» 

A peine les principes nouveau! purent-ils, par le mélange, exercer 
leur action sur le litjuide , objet de l'analyse du docteur, une poudre 
blanche se précipita vers le fond du vase. 

— Il n'y ■ plus de doute , dit tout bas M. Guillotin. 

11 1^ Brûlot ne comprenait rien à ce qui venait de se passer devant 
iHe. 
M, Guillotin avait oublié la présence de la jeune fille. 
£llé le regardait avec curiosité. 

— Aller chercher votre père, et restei en bas, dit le docteur, tem- 
pérant par Taccent affectueux Tordre qu'il don naît. 

]Hit« Brûlot sortit. 

Quelles instants après, raubergisle de la Cfoix-d' Argent entra. 

— Brûlot! 

— Docteur t fit le p^e de M"> Finette surpris de Fanimation qn^il 
Hsait dans les yeux dn médecin. 

^-' On a tenté d'empoisomter votre neveu* 

— D'enïpoisonner mon neveu t a'éeiiji avec one aurjirise extrime 
le père Brûlot. 

>*Le poison est U. 

^* Ce n'est point possible. 

— La science ne se trompe pas. 

— Mais alors Claude t et Tauberglste se tourna préelpStamment 

vers le Ut de Claude. 

Celui-ci dormait et si respiration parfaîlement régulière témoi- 
gnait «pie la fièvre avait cessé. 

-"Ne craignes Hen, dît le docteur, votre nevea a évité le danger 
fui le menaçait. 

— Vous it^ sûr qtt*ii n'a point bu de cette potion ? 

^ Certain , dit le docteur. U serait mort i Theure où nous par- 
lons. 

—Dieu Miit béni 1 s'écrii le père Bnilot en joignant les mains et 
en kvant les yeux au ciel, 

^- Sans doute, répondit gravement le docteur. Sans vn hasard, *^ 
' en si vous aimei mieux , sans un miracle , — votre neveu aurait bu 
cette potion « dont j'ai peine à analjier les caractères , nub qui ren- 
ferme évidemment des principes mortels» 

^ Dieu est bon « répétait le |>êre Bmlot. 

Au moment mémo oii à Pans cette parole de reccnniîsstnce échap- 
pait au c^ur honnête et religieux de Taubergiste, à Soissons, la mère 
de Claude t sjant terminé les cinq diuînes du chapelet « 8*étiit mise à 
geuouXp et récitait dévotement la belle prière de saint Bernard, très- 
famiUère, il y a cent ans, i la piété populaire : 

ff Souvenex-vous, Ô très-pieuse Vierge Marie , orne t'on n*a jamais en- 
tendu dire qu'aucun de ceux qui ont demandé ?otre Assistance, et ré- 
clamé vos suflrages, ait été abandonné i 

, Quand elle eut achevé cette priêrSp elle ae lera. 

«— Mon piutre Osude î ditrelle , je mis sAre que^ la saiiSa Vierge pri» 



pour lui, «t la vieiHe femme alla reposer sa ttistesfs 4ans mi frakl 
lit garni de rideaux rouges. 

( La suite au prœham numéro.) Clément Just. 



LÉGENDES DE L'ATELIER. 



COIOIfiNT L'IMPRIMERIE A ÉTÉ SAUVÉE PAR UN ÉVÊQUB 
DE PARIS. 



( Logis du roi François I**, sur la place de Péglise , à tyni , en 4891 '— Vaate 
salon , riches tapisseries , meubles sculptés. — Portrait du roi. — ligvière de 
Cellini sur un meuble garni de livres. — Une I>iane en tmMiBe. sur wm cheaûnéa 
monumentale. — Riche portière ouvrant sur une galerie. — Porte daiinant sur 
un vestibule. — Fenêtres à vitraux. ) 

TftiBOULBT, fou de François I« {costume barioU, mamUa etgreiête; 
il est accroupi dasis un riche fauteuil devant la table de tratmii d» 
roi et regarde de tous cAtés ). -^ Bravo 1 messires Lyeaf es l vmmeftt, 
pour des tiueurs de soie, voili un logis royal décoré à renère jalouoL 
nos fiers Florentins !... Et une Diane , vrai bronxe antique , na foi » 
plus chrétiemiement vêtue que nos chasles duehesses... El vaid le 
Roi François, premier du nom, au nés royal, déjà passablemenl Baal-> 
traité par maître Léonard de Vinci en notre Louvre et non moks iatlé 
en celui-ci I... Et des livres, peut-être plus brillants en dehors qn^en 
dedans :... Pantagruel de messire François Rabelais... kt Csttles 4e 
la Reine de Navarre, à (aire rougir nos lansquenets allemands 1 Et aea 
joli Psautier, avec la messe en* sept points, gentiment aecomaaodée à 
l'hérétique, sans prières aux Saints ni a la Vierge, ni mot du Pvifa^ 
totre, et propre, dit-on, tout aussi bien à notre ami Soliman^ k va- 
leureux empereur des Turcs qu*â sa Majesté Très-Chrétiemie... Et 
dame Sorbonne qui volilait nous ehereher noise et faire jeter le leut 
au feu... Mais nous Tavons mise â la raison. {Rsmuant les paHkmin» 
de la table,) Peste, quel fouilli que le travail d*un roi I Harangues de 
prélats et chansons de filles de joie, plans de batailles et de cblteam» 
traités de paix et projets de guerre, billets deux â nos dsiii, en vers 
et en prose, épftres au Pape, au grand Tere et au Réfentenr de le 
Foi, notre bien-aimé irère le roi Henri VIII. — Pondi ! eomme tout 
cela vu de près nous gîte la grandeur et rétrécit là gloire... AHms» 
Triboulet, le Roi va venir. Quand il est las de ses autres plaisirs, il 
faut que son fou Tamuse ! Chassons bien vite ces idées philosophiqttes 
et saugrenues. 

( La portière du vestibule s'entr^ouvre lentement — Une tête d'hoaune ap- 
paraît entre les rideaux. } 

Triboulet. ~ Ouais! queUe laide figure! (se /et«nl) Qui va M? 

L'inconnu. — Ami! 

Triboulet. — Ton laisses-passer 1 

L'inconnu. — Voilà du nouveau! autrefeis le Roi de France était 
plus abordable ! N'importe , le voici , et signé de la reine Mar- 
guerite ! 

Triboulet (sans regarder le 6i7/e<). — Quand on est doué d'âne 
figure comme la tienne, les l^issez-passer n'y font rien. Sors â Tins* 
tant!... Mais, Dieu me garde, c'est toi! mais oui... qui accostas Tsiitre 
soir, sur la place , et emmenas â certain prêche Triboulet , le fou du 
Roi !.. . Par la bedaine de Luther, umhi bnrve, m dois être plus fou que 
Triboulet lui-même , s'il est possible. Et comme in'est avis que e*est 
assez d'un dans là maison, hors d'ici, l'ami, ou j'appeBe le -capitaine 
des gardes et te lais arrêter sur l'heure ! 

L'INCONNU {fièrement). — Gare â toi , maraud, car si Ton ni^srrile. 
moi, je te feis pendre, pour t'apprendre qu^oe ne se joue pas là ctfns 
qui te parle ni de celle qui m'envoie. 



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f- -:._ 



L'OUVRIER. 



m 



Trimulbt.—* Pardon, messire , edt-ce que ta. serait nu aoufcau 
confrère , le fon de k reine de Navarre par hasard t 

L*iNCONNU. -^ Inaolisnt ! 

'nunouLST. — Allons » ne nous faisons pendre ni Fun , ni raulrc. 
On retrouirerait difficilement aussi ions que nous I 

L'nicoNNU. — Remets eeci au Roi, c*eat tout ce quel je le dËraaode* 

Triboqlet. — Si fe n'est que cela... 

L'inconnu. — Le Roi part ce soir ? 

TlRmouLBT. —< Certes, oui I pour Marseille ! Nous allons reeevoïr le 
Pape et le réconcilier avec leRoid'An^elerre, ce qui ne fera pas let 
affiures de toute U séquelle I 

L*INC0NND. •— Si tu laisses ce placet sur cette taUe. le Roi passera 
sans le voir. 

Tajuoulbt. — G*est proiiable, m4i le grand malheur? 

L'INCONNU. — • Rends-le-moi. 

Triboulet. — De grand cœur, car je n*ainie pas i manier les mar- 
cbaiuliiee de la boutique du Diable. 

L'wcONNU.-* Je rattache i ceUe portière. En sortant, il Ciudr.n 
hien q^*il TaperçoiYe. 

TRiEk)ULET. — BraTO f ToiU qui l'amusera fort. 

L'INCONNU (iévètement). — Malheur k tous qui net, car tous pleu- 
rerez. Papes et Rois ont beau faire, le véritable Évangile èc^Uirt^ra la 
monde, et ce sera leur dernier jour ! Il approche, mais ils ne k voient 
pas Tenir. Et tu t'endors au bruit de tes rires et de tes grelots ^ msl- 
heureux feu ! 

Trbouûct. — Moi I fou f par exemple ! Moi I insoucùnt de la 
grande déconfiture du bon sens et de la raison ! Moi I ne pas me ré- 
jouir de ce beau gâchis qui nous gagne d'Allemagne en France eta^en 
va de par tout le monde aujourd'hui! Moi, ne pas applaudir à U re- 
ligion nouvelle dee courtisans et des courtisanes , à maître Martin 
Luther qui permet aux rois d'épouser tout ensemble femmes ei maî- 
tresses^ à tous tes moines de jeter le froc «aux orties ! Mais, c'û&i le 
triomphe du Diable et de Triboulet , de l'enfer et de k foUe E Vive Ij 
réforme ! Allons» ne fais pas la grimace, JMpjto plutôt. 

( On entend dans la galerie TOisine une vois aeooaapagiiée'' AlMlrumenta t 

Qin veult ttoir liesse 
Seulement d'un regard 
Sentie roir ma maltretae 
Que Dieu roaiiitieoiie et gudi 
Elle a ai bonae gitoe 
Que celui qui It voit 
Mille douleurs tlUcù 
Et plut t'il eu avoit ) 

L'DfCONNU. — Quelle est cette musique de Satant 

Triboulet. — Ce beau chant et cette galante poésie , c'etl Tou- 
frage du ténérable psalmiste de vos prêches , et du joyeux poète de 

nos filles de joie, mettre Clément Marot Mais la féto se termine; 

la troupe joyeuse se rend â quelque promenade... Par cette feoltr^ 
tu la terras passer... 

L'inconnu. -—Toutes ces femmes, tous ces seigneurs, c^est h auîte 
de la Reine âéonore de France T 

Triboulet. — Au contraire , c*est la cour de la iaTorite , maître, 
tous tes amis , toute ta réforme présente et future , de vrtb lainta 
comme tu peuxToir.— Et d*abord , monsieur le recteur de l'Uni ver- 
nie, Nicolas Cop, un traître â double face , qui publiquement con- 
damne les hérétiques et eo«secret tient chet lui des oolloques. Voici 
Gérard Roussel^ mettre Bertaud et malti^d Corauld , tous hommes- 
liges de ta Marguerite , moines défroqués , sentant le bûcher d'une 
lieue. Puis, Fran^ Rabelais, le conteur i la mode! Alloos , dipes 
réformateurs deTÉglisede Dieu, coureurs de bals et de feiting, pre- 
nez pifétf maîtres, têê jambes isgeollent furieusement ce ioir, tous 
an» fiât trop honneur aux tieux?ins oilerts â sa Majesté par sa 
bonne ▼flle de Lyon I 

L*INC0NNU. — Ah ! void notre Reine de Na? arre ! 

ThttMMT* — Oui, voiro digne papesit» b owse des poèmei in- 
Joes 9i du purÉvsogik 



L'inconnu. -— Et cette autre, plus orgueilleuse et plut belle 
encore t 

TaiïioULET. — A genoux , compère , celle-U , c'est f olre madone ; 
s'il ne tient qu'à elle, FnnçQÎs 1^^ renoncera à la messe et «un droit 
d'épouser rteux femiut^; c'est k duchesse d^ÉUmpei» c'^t k mat- 
tresse du Roi, c^estk femme adultère L,.« 

L'inconnu, — Adieu, je par«. Veille i ce pkcet et quoique lu riUlei, 
VIS, un jour tu seras des nôtres {il tort). 

Triboulet. — Pendu ou brûléL„ merci de k prophétie!,.. Hais 
Toici le Roi et son eonseii ! Silence , Tribouiet, sou^it*ns-toi que c'est 
toi qui e3 tou et que c'est le Eoi qui est sage! Vire te Roi t {$( ê» 
blottU d&rière h fauUuU), • . „ 



It 



( tfi Bûi entr«, suivi âm CotisoiUers; il s'assied et ee courre, ^ Autour de k 
tabb prenriont pkc(* ^ Monsieur dr TotîwioK, cardinfll . afthevi^gue de Lyofti ; 
Monsieur Ji*m p» Bellat, évêque de Pans; Monsieur nt MoîCTiioncwcT , grand- 
makre de^ requële« ; AiJTûmE Dmouau, ciiancelier; GuuiutaiK BuDi , mâtire 
des requête* ; Noël I^RniElip syadie de la Faculté de Théologie. — TikUiotri.STi 
derrière le fnuteuil du Iloi. ) 

Le Roi. — ^MeMieur», i*aî voulu youi réunir afant mon départ penr 
régler diverses questions touchant le royaunie. K Marseille, je vak 
faire les afî:ùres du Pape et du Roi d'Angleterre; je ne dois paa pour 
cela négliger les miennes, La France est inquiète^ Hessieurs. 

Antoine Dubourg. — Commerce, industrie, labour, tout languîti 

Le CAliDtNAL DE TOURKON- — U pcuplo iouO're el se pkint. 

Antoine Dubourg. — Les lob et ordonoftoces ne sont reipedées 
ni du peuple nî de k uoble«ie, 

AL DE MoNTMOHËNCt. -- La révolte eonlm Tautorité du Rûi se 
montre partout. 

Le Roi. — Guerre au dehors» troubles au dedans , royaume épuisé 
par de malheureuses entreprises, tout cela est %tviè, U Tsuty renié- 
dter, et c'est pour entendre vos aTis que je tous ai rassemblés. Mes- 
sîeurs. 

ÏRiBOt^LET (à part). — Quand h Roi consulte , au iieu de dire : le 
Teux, gare à queiijue nouvelle taille ou corvée î 

Le cardinal de Toubnqn, «* La ctuse du mal est èè&bz émê, 
c*est l'hérésie qui gâte t^uL 

No£L BÉDtBR. — C'est elle pi trouble les conaciancea , divise fet 
ramilles et a|:tte toute la Fnmoe. 

M DE MONTMORENCV. ^ C'est à la bonté de sa Majesté qu'il fault'en 
prendre^ On s'est contenté de lancer contre les réformés des bu lie i 
et des arrêts de Faculté. Ils en rieDl et font chaque Jour des progrés 
nouveaux . 

Le Rm. — Les Parlements et rUniferiité repoussent l'bfïuisitjon. 

Antoine Dubouhg. — Si les choses continuent de ce train , tvant 
peu la France sera protestante et républicaine. 

Le Rol — Messieurs t que me proposet-TOua? 

Tridoulet. —C'est cela ! Pas tant de paroles, m^is une volonlé. 

M, DE Montmorency. — Sire , il faut Lever une armée et purger 
avec loin le Messin et les autres provinces infectées. 

Triboulet. — Monsieur de Tournon, I notre tour de proposer uo"* 
messe î 

Le: €iRDlNAL, — Le Roi préfôre ruiner et battre les Espagnols qur 
fcs propres sujets. 

Noël BémER {s$ ^ewitï), — Sire, les plaintes lonl Fadles. Ici re- 
mèdes plus malaisés î l^^uisque votre conseil se t«it, moi, Noël Dédier* 
sur l'ordre de votre Faculté en Théologie , j'ai quitté Paris pour voua 
apporter une requête qui, sans entreprise nouvelle ni f flueion de sang^ 
arrêtera Ihérésie, apaisera la révolte et sauvera nos mceurs et nos 
croyancei calholiques ! 

Le Rot. — Nous écoutons, mon mur le syndic, 

NôEL BKmRR. — Sire, la Franc* est devenue par t^s armes U 
prciulërc nation du monde, maii elU doit auui sa |ran<k- r^nnmtiï^ii 
I ses mirurf pures et à son innoiiihlc lUacheBiÊiiL^à b Foi Utm mi* 



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L'OUVRIER. 



1 

-1 



JQoriï'bii] , nous le soyons ionn iTec donlenr, un mal immente se 
profFâge et menace de boulererser toul h bel ordre de la société 
chrétienne. L'esprit de Satan a déclaré la guerre â oe royaume, souf- 
fliQt partout libertîiiage et réToUe. Jamais en attemi temps on ne vit 
■udace si grande : noa fi^tiçtoaireï journellement profanés par d'horri- 
blea sacrîlégefi ; les rhaires de la science et de la yérité elles-mêmes, ' 
inlbetées ; des litres, des pUe^rda et des pamphlets, indignés des lettres 
et de la saine doctrine, inondt?nt noE rues, nos écoles, nos propres 
demeures. Quelle e«t l'origine de ce déluge de maux? sinon Tintro- 
doction en France de cette damna ble et pernicieuse inrention de l'im- 
primerie, ijui nous atait semblé d'abord un don du ciel pour la propa- 
gation de la parole de Dieu et do renseignement de VEgtise parmi les 
peuples. La Yoici devenue le principal instrument de Terreur et de 
Tenfer. C^est Pimprimerie qui donne des ailes à l'hérésie. G*est Tim- 
primene qui propage les mœurs licencieuses et tous les appas de la 
débauche. C^êst TimprimeriB qui mine Tautorité, déconsidère les lois 
et insulte tous tes jours â la majesté royale. Écrasez ce monstre, sire, 
par un édit. Supprimez Timprimerie dans le royaume ! sauvez TÉglise 
it la monarchiô l 

Le Rôi [apercevant h piaeard). — Qu'est cela? 

Noël Bédier. — Juste ciel ! Quoi, jusque dans le logis du Roi ! 

M. DE Mqkthobency {arrachant h phmrd et le fimlant aux pieds). 
— tin infâme placard hérétique ! 

Antoine DuBCima^ ^ — Qui a commis ce saeriléget 

M. DE MoNTMOREKCY* — Tribouktt tvi le sais , tu étais dans cette 
salle. 

Triëodlet. — Je suis le foo du Roi et non pas son lieutenant 
de police. 

M. DE Montmorency (h ^aï^jonJ). --Triboulet, je te lais fouetter 
jusqu'au sang et rendre Vâme jusqu'à la gorge ! 

TtuBOULET. — Oh U! monsieur le grand-maître, lequel est le plus 
fou de nous deux? N'essajez pas de prendre ma place et laissez ma 
gorge tranquille, Llndividu avait un laies^-passer de Madame de 
Kavarre; le voici» 

Le Bq] (à pari), ^^ Encore Marguerite* (haut) Donne. 

HïcOLàs BÉDilH. ^ El c'est à un tel point que Taudace de Théré- 
■ie ose braver voire Majesté! Et on ne ferait rien povr la punir et 
Fe&tirper! 

Le Roi (à Ht. de Mùntmùrency)^ ^- Tcne^, c'est un sieur Nicolas Cal- 
vin qui a fait le coup, Graud-mittre. donnez ordre au capitaine dés 
gardes de faire rechercher cet homme et de le faire pendre sur 
Theure. 

TKifiouLET (â |Wff). — Voilà qui vaut bien une harangue dô Faculté 
et éparpera de la besogne; mais, malin qui rattrapera, le com- 
père E 

Le Roi (à AniùinÈ Duhourf})* ^^ Monsieur le chancelier, Htez-vous 
de dresser Tédit réclamé pair noire Faculté de Sorbonne. Je le signe 
.des deu% mains. Qu'en penne e-tous, Messieurs ? 

Tous. — Sire , nous ïe signerons de notre sangl 

Lk Roi. — Mais Monsieur de Paris ne dit mot 1- 

MESsmc Jean w Bëllat. — Sire , j'^i le malheur d'être en com- 
plet désaccord avec votre Majesté et son Conseil. 

Le Roi . — Qu'est-ce à dire • 

GliLLAOKE BuDÉ. — Comment , Monsieur de Paris, mais, c*est i ge^ 
noux qu*il siérait de remercier sa Majesté de oe qu'elle daigne faire au- 
jourd'hui ponr rÉglise elle ro^.ivime. Monsieur, au nom de Dieu, que 
le vœu du Conseil soit unanime pour rendre grâces au fils aîné de 
rËglise, au nouveau Constantin, au généreux Théodose !- 

MESSiftE Jean do Bellay. — Eh bien, sire, c'est au nom même de 
rÉglise catholique, mère et gardienne de toutes les libertés comme du 
istui des âmeSf que je m'oppo»e ei que je réclame. L^Église, qui est la vé> 
rite, ne craint pas la lumière. Elle ne redoute que l'asservisseinent et, 
IHgnorance. Qu'elle soit libre et avec elle le gène de l'homme, et elle 
iiuvera Ift monde. Quoi I vous voulez lupp rimer Tkiventioa toute pro- 
liiMlilUi de rimprimerie et la libre circulatioiideflhrM ITriboulet» 
^ lin itoute en |rimaf mt, ne dirait pu de cet foliei I Jf demuide 



pardon au Roi , â son Conseil et â Ur Faculté , de la liberté de mon « 
langage. Mais puisque vous voulez attaquer le mal à la racine, em- 
prisonnez donc la pensée. Messieurs, c'est le plus sûr; car le livre, 
voyez-vous, vous ne pouvez plus l'arrêter et malgré vous il fera le four 
du monde. Vous supprimez les imprimés en France, bons et mauvais, 
catholiques et hérétiques, du même coup. Alors« adieu àtiotre science 
théologique , â nos glorieuses polémiques avec les sect^dres. 6t les 
livres, interdits au dedans, pénétreront du dehors , en secret, plus in- 
fâmes, plus mensongers, plus recherchés que iamais. Vos édits, me 
direz-vousY A quoi servent contre les idées les mousquets, les coulen- 
vrines et les hallebardes? Messieurs de la Faculté, poursuivez, con- 
damnez les mauvais livres , c'est votre devoir et votre droit ; mais 
n'ôtez pas du même coup la parole à la justice et i la vérité. Ofa ! 
combien notre édit meurtrier pour TËglise et4e salut des âmei sera 
acclamé avec transport au-delà du Rhin î 

Triboolet. — Et en Navarre donc ! 

Messire Jean du Bellay. — Sire, au nom de la vérité et de la jus- 
tice, au nom de la liberté de l'Église et de TÉvangile, laissez-nous ensei- 
gner les nations comme nous Ta commandé le divin Mattre, par le 
livre comme parla parole. Pas d*édit, pas de suppression! Révoquez 
cet ordre , digne des temps barbares , roi très-chrétien , restaurateur 
des lettres et des arts, père des savants et des poètes ! Ah ! monsieur 
le Chancelier, déchirez votre parchemin. Je vois dans les veux de sa 
Majesté, qu'elle a écouté son génie et son cmur, et é(aè l'imprimerie 
est sauvée. 

Le Roi. — Monsieur de Paris,, en effet, vous avez vaincu. Dans 
peir, pour me venger, je vous fais cardinal ! 

Méssire Jean du Bellay. — Pourvu que votre Msjesté laisse à 
nos imprimeurs tous leurs privilèges? 

hs, RoL — Je le veux. Kntendez-vous avec M. le Recteur, dont ils 
dépendent. Messieurs, voici l'heure de mon départ. Vous m'accompa- 
gnerez tons à Marseille, et je veux vous présenter k Sa Siiittteté. le 
passe chez la Reine. Nous nous reverrons ; en attendant, méditez ' 
isur ce qu'il y aurait i faiféPpour le bien deTÉglise et du royaume. Et 
si l'éloquence ii^V^, de Pari» ne vient pas encore 4 l'enc^ntrA^ U fiiu- 
dra bien nous arrêter â quelque dessein. 

(Le Roi se retire. — Les conseillers scKent lentement par le vestibule. -«. 
'On entend bientôt dans le loiutain les accIamatioDs tumultueuses du peuple et 
)es cris do : Vive le Roi I ) 

Triboulet (à la fenêtre), -^ Voilà des Vivats qui se trompent de 
chemin ! Cinaille , criez donc avec la postérité : Vive Monsieur de 
Paris! 

Messire Jean du Bellay. — Ce qu'il faut crier, c'est : Vive l'É- 
glise Catholique, la vraie mère des lettres, des arts ei delà liberté '. 

Maurice Le Puévosi. 



JURISPRUDENCE. INDUSTRIELLE. 



Plusieurs de nos abonnés nous ont exprimé le désir de trouver de 
temps en temps dans VOuimer le résumé des' jiigements rendus , en 
matière industrielle, parles conseils de prudjiommes et lestribuilaux 
des diverses juridictions. Nous nous empressons d'obtempérer à ce 
désir. Chaoun comprendra l'utilité de ces comptes- rendus, dont l'en* 
semble constituera un véritable manuel de jarisprudencè usuellerBieii 
connaître l'étendue et la limite de ses obligations on même temps que 
l'étendue et la limite de ses droits , c'est ^ en e&t , pour Touvrier 
comme pour le patron, comme pour les ûibricants entre eux, le plus 
SÛT' moyen d'évlfei une foule de eontostatîons que ri^orance et it 
mauvaise foi soulèvent tous les jours. On ne doit pas s'attendre évî* 



• Oe trait delà vie dé JeanIDu fialby est tiré du Lhn (fùf da Artê $ê MUUf$ 
de PaulUcrois. 



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L'OUVRIER. 



321 



saunent a ce que nous donnions ici une revue complète des tribu- 
|ux. Il nous suffira de publier, i des intervalles réguliers, les déci- 
>ns de nature à intéresser un certain nombre de nos lecteurs, en les 
présentant sous une forme concise, mais rigoureusement exacte, qui 
permette de les appliquer à tous les cas semblables. Quelques-uns des 
arrêts que nous allons relater ne sont pas précisément récents, mais 
ils nous ont paru d'un intérêt assez général pour que leur publication 
soit toujours opportune. Nous faisons précéder chaque décision d'un 
mot qui en indique le principal objet ; nous la faisons suivre de l'indi- 
cation du tribunal qui la rendue et de la date du jugement. 

Eugène Pénei;. 



Appr«iiii8sage.^-Le père qui a pUeé ton fils en apprentissage 
chez un peintre en bâtiments ne peut exiger qu'on lui apf>renne le dé-, 
cor proprement dit; et 8*il a été question de décor entre les parties, 
cela n'a pu s'entendre que de certaines parties de Fart du peintre en 
bâtiments, teUes que la peinture des lettres, les imitations de marbre 
et de bols, mais non de l'art du peintre décorateur. ( Conseil d$ f/vu- 
d^hotmnes ^Orléans; 17 février 1860) 

Ihrevret dinTention. — Quoiqu'il soit reconnu que les éléments' 
dont se compose en son ensemble un instrument breveté (comme le 
stéréoscope) existaient dans le commerce, isolément les uns des autres, 
antérieurement au brevet, ce ' brevet n'en est pas moins valable , si 
Tinstrument résulte de Tapplication, de la réunion et de la combinai- 
son nouvelles de ces divers éléments. (Cour de Cassation; 15 février 
1859.) 

Go«litio0. — Une coalition d'ouvriers est punissable , quoique les 
réclamations qui y ont donné lieu pussent paraître en elles-mêmes 
légitimes. (Cour de Cassation; U février 1859.) 

Congé ; règlement d'une fabrique obligatoire en cette ma- 
tière. — Le règlement fait dans une fabrique et affiché dans les ate- 
liers, d'après lequel les congés sont donnés et reçus seulement le 
samedi de chaque semaine , le soir au moment de la paie, de sorte 
que la huitaine, quand même le congé aurait été donné dans le cou- 
rant delà semaine, ne commence qu'à ce moment pour 6nir le samedi 
suivant au soir, est obligatoire pour les ouvriers aussi bien que pour 
le patron; et l'ouvrier qui a travaillé pendant plusieurs mois dans ces 
mêmes ateliers , après y être entré sous l'empire du règlement , ne 
peut prétexter de son ignorance. 

Le fabricant patron , actionné comme garant responsable , pour 
avoir occupé un ouvrier sans congé d'acquit, peut être cité avec cet 
ouvrier devant le Conseil de prud'hommes; et le Conseil est compé- 
tent pour prononcer sur sa responsabilité. ( Conseil de pru^ hommes 
^Orléans; 21 septembre 1860. ) 

Congé aTant terme. — L'ouvrier qui a été déplacé et engagé peur 
un temps déterminé comme directeur des travaux dans une fabrique 
a droit â mm iÎKMinaitéi p, au bout d^ quel<(il^s mois Teî|gagement 
n'est plus exécuté envers lui; mais, dans la fixation de cette indem- 
nité le juge doit tenir compte delà manière dont l'ouvrier h exercé sa 
direction et des défectuosités du travail qui lui a été confié. ( Conseil 
des prud'hommes de Paris (tissus) ; 26 juillet 1860.) 

Dessin de fabrique. — Une broche ou épingk ( ou tout autre 
objet du même genre) ne peut donner lieu & un droit privatif par le 
dépôt au conseil de prud'hommes , st eUene présente pas une inven- 
tion nouvelle , mais seulement un composé plus ou moins heureux 
d'éléments de formes connues et entrant dans la catégorie des arti- 
tes de mode. ( Tribunal Civil de la Seine ; 15 juin 1860 ). 

Enâmts : lenr traTaU dans les manafactoros. ^ Lès con- 
raventions résultant de l'admission d'enfants au-dessous de l'âge , 
t d'excès de travail à eux imposé dans les nanuiactufes , donnant 
eu , d'après l'article 12,§2,delalotdu22 mars 1841 . â autant 



d'amendes qu'il y a eu d'enfants indûment admis ou employés , ) 
que ces amendes puissent s'élever au-dessus de 200 francs , le ma* 
nufaclurier contrevenant doit être condamné non pas à autant d'a- 
mendes qu'il y aura eu de journées d'un travail excessif, nnds seule- 
ment i autant d'amendes qu'il y aura eu d'enfants soumis à un pareil 
travail. ( Cour de Casiation; 21 janvier 1859). 

Propriété industrielle. — Si la fabrication et l'exploitation d'un 
produit industriel sont entrées dans k domaine public , le droit ap- 
partient à tous de- l'annoncer et de te débiter eous la dénomina- 
tion qui sert d'ordinaire à le désigner , cette dénomination rût-elle 
le nom de l'inventeur , pourvu , toutefois , que ce nom toit em- 
prunté de manière â ne pas induire le public en erreur sur Tindi- 
vidualité du fabricant et la provenance du produit , qu'en un mot , 
les annonces et étiquettes de celui qui vend le produit expliquent 
clairement. qu'il sort de son laboratoire ou de sa fabrique et non de 
celui de l'inventeur ou de ses ayants-cause* [Cmr de Cassation ; 31 
janvier 1860). 

Salaire. — * La foi accordée à Taffirmation du patron par Tartide 
1781 du Gode Napoléon, en cas de coiUestation entre lui et Touvrior, 
en ce qui concerne le salaire, n'est pas applieaMe aux travaux donnés 
à la tâche. Quand même l'ouvrier serait gagé à la journée ou au 
mois , l'affirmation du patron ne prévaudrait qu'à Tégard seulement 
des* gages relatife i l'année échuit et aux acompte donnés iur Vannée 
courante, niais nullement sur le point de savoir si Vouvrier s'est en- 
gagé et pentètre. contraint à faire un certain travail à un prix dé- 
terminé. 

La régie usuelle suivie dans certaine industries , d'après laquelle 
l'ouvrier est tenu d'exécuter la note d'ouvrage i lui remise , au tarif 
fixé lors de la mise i prix, n'est applicable que peur U& échanliUons 
dont le prix a été réellement fixé ; et k patron ne saurait encore 
être cru de plein droit sur son serment relativement à celle fixation. 

La rétention indue du livret d'un ouvrier pir le patron donne li«u 
â une condamnation en dommages -intérêts en laveur de l'ouvrier . 
(Tribunal de Commerce de ta Seine; ^Ô avril 1860). 



LA PORTIÈRE DU FAUIÎOUBG M T£HPLE '. 



CHAPITRE L • 

Le premier moaTement n'eii pas tonjoun le meUleur, 

« Tiens, tiens, voilà qu'un prêtre entra dans la maîton ï nûrade ! 
» c'est la première fois que je voiâ ça de puis plus de trente ani que 
» je suis concierge ici. Tout de même , c'est bi&n singulier \ Qu'est- 
• oe qu'il veut donc ce monsieur? i 

Telle fut, un matin du mois de février 1S55, rexclâmation de 
Mine Ribou, portière d'une vieille mais ou du faubourg du Temple. Et 
s'appujant majestueusement sur son balai dans la position d^un chas- 
seur de Vincennes se reposant sur sa carabine, elle attendit de pied 
ferme un ecclésiastique qui, f 'approchant d'elle » la salua, et lui de- 
manda, d'un air affable etnéanmoine préoccupé, s'il n'j a^ail pas dans 
la maison une jeune personne malade. 

• Tout le monde se porte bien dans ma maison , monsieur, * ré- 
pondit tout d'abord avec une solennelle importance M»« Ribou : 
f oui, tout mon monde , sans exception ^ ont&ndex-vousl.. D'ail* 
» leurs, qu'est-ce que vous lui vouiez donc i cette pauvre inno- 
ji centeY...B Et se mordant aussitôt les lèvres , elle aîouta sTec un 
certain trouble et d'une voix moins haute : « Monsieur, je ne suis 



* Nous devons l'autorisation de reproduire c^tie charmante nouvdlo^ exIriiLt 
dea NommUm maraUê du Fâmbofêrçt d# Parii , à la bienvettliace tottie parlïoti^ 
lière de Vaulcur et de M. Ch. Douniol » Ij braire -édileur 4 P^is. 



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m 



i;ouviui:iL 



• pas ses père et mère, moi;... on ne m*â rien dit... et croyez- vous 
f ^e faie'enf ie de leur faire peur, â ces brave» gens, et que je veux 
I fiire mmirîr de frayeur cette pauvre petite, qui est plus douce qu*un 
i moulouT On ne m'a rien dit, je vous le répète, monsieur..., on ne 
» m^a rien dit... et je ne me charge de rien, i 

I — Je voue remercie, madame, i reprit Tecclésiaistique, i de m*a- 
I voir confirmé ce que pluiieurs personnes m*ont appris hier; j*en 
t SUIS maintenant iisauré. c'est bien ici que demeure une jeune per- 
t sonne malade ; je U oanoais depuis assez longtemps et viens lui 
t apporter les secours de mon ministère. Je pense que ses parents 
ft me recevront volontiers, t 

■ — Comment , moniîeur \ t répliqua la portière» qui avait peu à 
peu repris sa première assurance, c comment dites-vous? Ses pa- 
i renia?;., ah I bien oui, «es parents... mais elle n*a plus de parents, 

■ ceiie pauvre petite. Malgré ce que vous me débitez, allez, vous la 
t connaissez peu celte jeunesse, monsieur; ou bien Ton tous a très- 
I mal renseigné, t 

< — Permettez-moi de tous demander simplement où se trouTO 
I Tip parlement... i 

g — L'appartement î rappartêmenl I je ne connais pas d*apparte- 

• menta ici, monsieur' il n'y a Ici que des logements, des loge* 

• menti d'ooTriers , entend ez-vous? et les ouvriers en Talent bien 

• d'autres... 

1 Dis. donc, monsieur Hibou, i se mit alors écrier la portière, sV 
drûSfiiBt a son mari qui, étendu dans un grand fauteuil de paille, au 
foiid de la loge, fumsil un bout de pipe toàt noir, «dis donc; voilà 
< un mousîeur prêtre qui veut monter chez les Duret pour voir la 
» petite ; n'est-ce pat que ça ne se peut pas ? • 

t ^^ Certain ement non, que çia ne te peu! pas, t répondit une grosse 
vûii enrouée , « ^ ne nqus regardie pas. D'abord je ne me dérange 

■ pas, Dioi; dis i i:e monsieur quHl b'a qu*â s'en aller comme il est 
i venu. I 

€ -- Du moinSf madime, i reprit Tecclésiastique, qiâ avait entendu 
Is réponse du portier, f je panse que tous ne vous reAiserez pas à 

■ prévenir les protecteurs de la jeune malade , et â leur dire que je 
» suis venu savoir de Et% nouvelles ; je compte revenir dans le cou- 

■ rant de k journéi^. t 

Ces proies , prononcées d'un ton calme et digne , imposèrent si- 
lence k 11 portière ; elle ne eut que répondre et Regarda ^ecclésiasti- 
que d'un air étonné. Après que celui-ci Teut saluée, elle rentra dans 
sa loge en pouss^int un gros soupir. 

i Qu'est- c^ que tu as , ëésaf^ine?! dit alors le père Ribou â sa 
femme ; et sans attendre sa ré{>onse , il ajouta : f Eh ! je te le de- 
« rnaiide, a^tron jamais vu ! . .. S'introduire comme ça dans les mai- 
1 sons ? Nous ne sommei pas accoutumés à des visites comme ça, et 
i par des hommes comme çâ, dans ce pays-oi. .s 

f — Tout àû m^me, Bibou, à la rigueur^ il n*a pas l'air méchant, ce 
t monsieur prêtre ; et je trouve, mon homme, à te parler vrai, que 
» tu n'ai pat été du tout honnête à son égard. Vois-tu? je te le dis 
« comme je le penie. » 

i — Qnj, moi ? eh I je ne Itt al rien dit l-ee cu^ ; qu'est-ce que 
f tu me ebantesY Eblnce que ce n^est pas M <fui lui as parlé, Séra- 
» phin&f et encore, e^est pour te faire plaisir que je t'ai crié de hri 
' dire qu'il s'en aille plus vite que ça. Tu le sais bien, d'ailleurs, je 

• n'ai jamiis cultivé les éflises m les prêtres.» 

t ^^ Mhîs enfîn, Bibou» il faut être poli envers tout le monde, i 
< -- Qui est-ce qui te dit le contraire?» 
ff — Voyons, mon vieux ^ soyons raisonnables; toi ou moi nous 
» pouvons bien prévenir les Dnret et leur dire qu'un prêtre est venu 

■ pour voir la petite qut est malade, n'est-ce pas? Il n*y a pas grand 
» mal i ça. Et même, tiens^ mon homme, si tu étais gentil, c'est toi 

■ qiù monterais là- haut ; moi j'irai lenr fiiire une petite visite plus 
^ tard ; car, je te Tavoue , foi d'honnête femme ! je sub st tellement 

• r^tiguêc d'avoir été dès le petit jour jusqu'à Sâinle-GeneTiève, faire 

• .illumer un cierge pour la p^iuvre Mélanie, que je ne puis plus remuer 
I ni hrn ni jambes .. PâUfre Mi*lanie! plus douc«' qu'un nioutnii ! 



» ça me fend le cmur de la voir si bas. » 

f — Allons, ne tè tourmente pas, Séraphine. A quoi ça sert-il? p^ 
» plus que d'aller allumer ton cierge de Sainte-Geneviève. . . Mais tien» 

• tîi es donc dévote, nu femme? ah ! en voilà du nouveau ! Je ne m'er 

• étais pas encore aperçu. 11 faut s'attendre à tout dans ce monde. 
» , C'est drêle, tout de même. • 

ff --- Laisse-moi tranquille; je suis ce que je suis, entends-tu? 
i qu'est-ce que ça te fait? Et puia tu es un ingrat de me traiter ainsi, 

• comme la dernière des dernières; tu étais si content, l'autre jour^ 
i parce que j'avais commandé une messe à notre nouvelle paroisse, 

• pour ton père, papa Ribou, le pauvre défunt, â sa fête, â la Sa^|| 

• Benoît.» 

f — Ah ! oui , c*est vrai ; e'est fiimeux ! ça lui fera grand'chose à 

• papa Ribou, qui est mort et enferré depuis dix-huit ans ; et ça me 
» fera grand bien ! ça me rendra Men plus riche, n'est-ce pas?i 

c _ Allons, tais-toi ; tu ne sais pas ce que tn dis ; tn psrles contre 
» l'Être-Suprême, Tots-tut... Je suis toute boaloTersée... et ee mon- 

• sieur prêtre qui m^a parlé si bien!... C'est d^ honneur vrai; j*aurais 
» dû, bien sAr, être plus recherchée dans mes paroles, dans mes ma- 

• nières, dans mon maintien... Enfin tu as beau dire, Ribou, il ac- 

• compUt son dcToir, lui; Tisiter les malades, je te dis que c'est son 

• devoir, moi. » 

« ^ C'est comme qui dirait sa consigne, > reprit avec un gros rire 
le portier, vieux militaire de l'Empire; fmais celte consigne-là, 

• elle m'est inférieure, je ne la connais pas. » 

c — Qu'est-ce que tu dis encore? • répliqua avec vivacité Mn« Ri- 
bou. iTu n'as pas de remords, toi, oe m*avoir fait manquer à 

• mon devoir de religion^ lorsque je t'ai épousé, vieux impie... 
f tu vas me mettre dans to«t nùs états... Tois-tu?,.. et si je ne me 
» retenais... » 

f — Mon Dieu ! mon Dieu l ne te filche pu comme ça, Séraphine, • 
interrompit le père Ribou. c Eh bien, je monterai chez eux tout à 

• rheure, puisque tu le tcux;... après que j'aurai déjeuné, bieu en- 

• tendu : tu sais que je ne sors jamais de la loge sans aTOir pris mon 

• café, ça chasse la mauvaise air... D'ailleurs, ils le recevront ce curé, 

• si c'est leur idée : ou bien ils lui diront : bernique; c'est leur af- 
» faire. . . Qu'est-ce que ça me fait à moi ? » 

Mme Ribou nVyant rien répondu pour le moment & son mari, nous 
laisserons quelques instants les habitants de la loge et leurs débats 
aigres-doux au sujet de la visite de l'ecclésiastique, pour nous trans- 
porter au quatrième étage de la maison. 

( La suite au prochain numéro, ) L'abbé N. Armault. 



En envoyant six francs de timbres" poste ians une letUpe afran" 
chie à l*adresse de M. Blériot, éditeur ,. 5ë^ qaai des Grands-Augus' 
Uns, à Paris , on recevra franco et par le retour du courrier, ^ouvrage 
atjatU pour liitie : ' ' . ' 

GRAMMAIRE COMPARËE 

DES LANGUES DE LA FRANCE 



le flamand, l'alleniand, le celto-^reton , !• basqne, In 
proTéiiçal, l'espagnol, l'italien, le fituiçais« 



eon^forés au samarit^ 
PAR LOUIS DE BAECKER. 

UN VOLUME IH-8>. 



Nous prions fiet aboiméi de jêindre à touia leurs lettrée mse éM 
bandes imprimées du jeumal, ^ 

Angers , imp. de Laine frères, rue Saint-Laud, 9. 



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f 



OMilIiiiâi le H» / j A MBtimM le H* \ 
eouante. \ i\) éanéet éoàvei. / 



iS» 29. 



16 novembre 1861. 



L'OUVRTER 

Xeurnal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



▲i>MlNISTRATION : 

S5 , quai des Grands-Augustint 

A Im libnOrie de BLÉSBIOT, 



▲ PAIU8. 



SOMMAIRE. 

LE JAPON, par EugèRe PiiilL. — LBS COMPAGNONS DE I.A CROIX. 
D'ARGENT, par Clémcni iusT. » LA PERSÉCUTION, Poétie, par Jules 
Cil NTEPii. — LA PORTIÈRE DU FAUBOURG DU'TEKPLE, par H. N. 
AiiNADI.. — JURISPRUDENCE INDUSTRIELLE. 



ASONNBHENTS D'UN AN 

1 1^ Il 1*'^ le ckifM mtii: 

ffkAiiGB. ..Se» 

Bnwn , É«Tm, Roam »*Aaa, Tw- 

avB 9*kim, ' • • • . é . . • • •• 
ÉTATa-Uim ra L*AateiQim mi Noa»^^ • 7 »• 
Goftonft iT kUTMM rin D'AonuMu». f Oe 



LE JAPON. 



Les armea victorieuses delà Pra-cc ont rëcemment ouvert à U 
bertè du christianisme l'immenfo empire de Chine, jusqu'alors 
resque oooiplétement forme atix huniéres de rEvangile. En se 
îjouissant de ce triomphe, on ne j^ut sVmpêcb-r coyvnflant de 



jeter. un regard de doulour sur un autre emphret, voisin de la 
Chine, mais qui, plus malheureux qu'elle, ayant autrefois connu 
la bonne nouvelle, a refusé d'y croire et jusqu^à ce jour s'est obs* 
tinë à lui fermer ses portes. 

Si(u<$ au nord est de la Chine, le Japon se compose d'un groupe 
dlles, dont les plus grandes s'ëch3lonnent du nord au sud. Il 
Compte environ 30 millions d'habitants, et S3 divise adminislra- 
tivement en doux parties : l'un?, l'emnire proprement dit, com- 




UN MARIAGIî: japonais. (V.Pa^en^) 



prend, avec les îles du sud, l'île principale de Niphon, qui ren*- 
ferme la capitale Yeddo; l'autre, formée des îles du nord, a pour 
chef-lieu Masmaï, dans l'île de Yëso. 

L'eSiisténce du Japon fut pour la première fois signalée à 
l'Europe par le vénitien Marco Paolo qui vivait au Xlll® siècle. 
Ayant vécu longtemps en Chine, où il servit un des hls de 
GengÎB Khan, il avait eu l'occasion d'entendre souvent parler 



de l'empire Japonais. Ses contemporains ne; prirent pas garde 
à son récit; mais deux aiccles ptua tard, la lecture de ses ma- 
nuscrits confirma Christophe Colomb dans la pensée qu'il exis- 
tait de vastes continents par de là les terres connues et lui fit 
entreprendra avec plus do conUanco son périlleux voyage de 
recherche. Ce ne fut pas cei)éndant^rilluàtre Génois qui eut la 
gloire dé découvrir le Japon, mais biien trois marii^ portugais 



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Iî6 



L'OUVRIER- 



qu*y jeta la tempête en 1542. Sept ans ne s'étaient pas écoulés que 
V gaint François Xavier, avide de conquérir des âmes à Dieii', passait 
I les mers , après avoir évangélisé dé|à les Indes , pour annoncer TË- 
( vangile aux Japonais. 

*• Ses prédications et celles des jésuites portugais , qui le- suivirent, 
^ y portèrent de grands fruits ; trois princes ch réliens du Japon vinrent 
même en ambassade auprès du pape Grégoire JXUI > m^ la jaloûsICT 
et la haine des prêtres idolâtres ayant peu à peu excité contre les 
chrétiens lés méfiances de Tempérejur • les disciples de Jésus-Christ 
fufent proscrits en 1586. Les portugais qui it'étaient faits les propa- 
gateursde k nouvelle doctrine « furent déportée ^ eux , leurs perenis 
et leurs amis. De 1586 à 1688» la foi ehi^tleilne (ht teèr i tour per- 
sécutée et favorisée, on du moins tolérée. Ces alternatives avaient 
permis aux chrétiens de réparer leurs pertes , lorsqu*en 1638 la per- 
sécution fut reprise avec plus de violence que jamais. Treale-sept 
mille chrétiens s'étant réfugiés dans une même ville , pour mieux y 
résister aux exigences impies des païens , y furent massacrés sans pi- 
tié jusqu'au dernier. Les lois les plus révères furent promulguées 
contre tout ce qui portait le nom de chrétien ; tous les ports de l'em- 
pire furent fermés aux étrangers , même aux commerçants , â moins 
qu'ils ne consentissent, en débarquant, à fouler aux pieds lé cruci-^ 
fix. On dit que pendant longtemps des marchands hollandais , attirés 
par l'appât du gain , se sont résignés k cet acte infâme de trahison. 
Depuis lors le christianisme n'a pu être prêché au Japon que clandes- 
tinement et par intervalles;. les missionnaires ne réussissent guère à 
y pénétrer; cependant plusieurs d'entre eux ont exprimé la pensée 
que la foi y était mystérieusement conservée par quelques âmes , étin- 
celle précieuse, longtemps cachée sous la cendre, mais qui embra- 
sera peut-être un jour rempire tout entier d'un feu divin * 

Depuis 1854 , les trois ports de Nangasakî , Sismoda et Masmai 
sont ouverts aux Européens , et l'année dernière , la France sl^- 
tenu, croyons-nous, le droit de faire pénétrer ses consuls etees re-, 
présentants jusqu'à Yeddo , au cœur même de l'Empire. 

Gel isolement sauvage dans lequel les Japonais se sont maintenns 
depuis le XVUe siècle , vis-à-vis. des Européens » est la eMse d« peu 
de renseignements qu'on a pu recueillir sur leur liistoire et suHeurs 
mœurs. Oii sait cependant que leur geuv^nement étaitprimttivement 
une théocratie , c'est-à-dire que le chef de It téKgion exerçait en 
même temps le pouvoir temporel. Sous sa direction , des chefs par- 
ticuliers administraient les provinces. Un jour , l'un d'eux , d'or%i|i'e 
obscure mais de grabde ambition , imagina <pie le pouvoir spmtùel 
et le pouvoir temporel ne pouvaient être ainsi réunis dans les mains 
d'one seule personne* Ayant peu à peu séduit les grands, il trouva difns 
leur aide et dans rmdifférence dif peuple , assex de force p«ttr s'em- 
parer du pouvoir temporel en en dépouillant le grand prêtre. Seule- 
ment , pour pallier son usurpation, U s'attacha à rendre en àp^énee 
les plus grands honneurs à sa victime. Un magnifique pelais tetôuté 
de beaux jardins lui fut réservé; une garde d'honneur lui^ttt "don- 
née, qui eut ordre d'accompagner partout ses pas , sans souffrir jar 
mais que l'isolement et la liberté lui permissent d'onUier un instant 
\ les hommages qu'on lui rendait. L'auteur bardi. de cette révolution , 
qui s'accomplit en 1583 , se nommait Taîko Sama. A peine arrivé à 
ses fins , il brisa les instruments dont il s'était servi. Tous les princes, 
séculiers qui précédemment gouvernaient leiys provinces en chefs 
véritables» ne furent plus que les misérables jouets 4^^M4eq^^ 
tisme. A son gré l'empereur put les disgracier , les exiler , les faire 
mourir , étendre même sa vengeance jusque sur leurs touilles. Six 
mois de l'année leur furent accordés pour l'administration de leurs 
provinces ; pendant ce temps leurs femmes » leurs enfaats , restés en 
otages k la cour , durent répondre de leur fidélité. Les six autres 
mois ^rent passés prés du maître » dans le servili^me le plus abject. 
Quont.au peuple , il sentit aussi ce joug de fer et il le sent encore 
aujourd'hui, «^ car ce que nous racontons comme l'histoire du 
passé subsiste encore de tout point ; depuis Taîko Sama , la constitu- 
tion de l'empire n'a point changé. Le peuple est soumis aux lois les 
flus crodles ; les peines corporelles et U mort sont les châtiments or- 



dinarres , sans «ppel et sans déhû , de hc m o indre dé 
erdonnances d^Tempereur ou^lTubv. 

Voilà pour let gouvernement. 

Quant à la religion , les laponaLi le divisent en ^is sectsi : les 
bouddhistes , qei crsfent à ton prilfcipe unique et réel , origine de 
toutes choses ; les sintoTstes , qui n'admettent point d'autre principe 
fus tB:7iiie^4 f^g^ FinaÂtoD ^efasfkte edbneM'étlt de^rptr^ 
fait ; enfin les partisans de Gonfucius , pour lesquels tout est tlleu. 
Au milieu de cette confusion de croyances , le chef spirituel ou Daîri, 
inalgré tout le respect dont on l'entoure , n*a autre diose à faire ifue 
de^ ne peint tendre de déoîsîoBs » de laisser les cultes et les crdyanei» 
se dévek^pper à leur aise, eteurtout d'élever soigaeusment ttel 
honneurs divins le (Prédécesseur de Tempereur régnant. 

Le peuple croit généralement à la Inétempsycose et respecte le 
vie des animaux , surtout de ceux qui servent Thomme. Il regarde 
aussi le suicide , comme un acte de vertu , lorsqu'il ne nuit pas aux 
intérêts d'autrui. 

Comme on le pense bien , les lettres et les arts n'ont depuis long- 
temps fait aucun progrès chez un pareil peuple en qui le despotisme 
et l'abaissement de la religion ont étouffé tout sentiment généreux. 
Les étoffes de soie , les ouvrages en bois , les admirables porcelaines» 
qui étaient dès le XYI« siècle les principaux objets du commerce des 
Japonais , ne sont ni plus ni moins parfaits aujourd'hui. Le progrès est 
inconnu dans ce pays-là et il n'en peut être autrement dans de pa- 
reilles conditions. Et cependant les Japonais sont actife et ils ont 
conservé une pureté de mcrars retetive qui permet d^etpél«r que à 
un jour la foi chrétienne peut de nouveau leur être librement prècbée, 
elle trouvera en eux des cœurs fiicilement dociles. La femme en effet 
y est regardée comme la compagne de l'homme; contrairement à ce 
qui se pratique dans tout le reste de l'Asie, elle est libre et m>n en- 
fermée. Un symbole touchant exprime admirablement la communauté 
de vie et fégalité de rang des époux. Au moment du mariage, pen- 
'dant que le bonze prononce sur eux quelques paroles c<msacrées» 
l'homme et la femme tenant chacun une torche à la' main , en rap- 
prochent let en mêlent les flammes , comme leurs cœurs doivent être 
ftfprocUs , unis et ce^Mdus. Heureux ces pauvres aveugles , s'îU 
comprenaient eux-mémee ee^^gmbole et possédaient par la foi le vrai 
Sieyen de' le traduire ddoi^letl' vie 1 



LB8 COMPAGNONS DE M fiftOOL^D'iUlfiSST \ 



CHAPITftE xm. 
lie dései^M^ i^u^bdtis. 

L'Éveittéétahflbrti de la maison dit père Brttlot i 

Il n'avait pas refermé demère lulla.poHedelft:i«ey «ÉnMÉtance 
'dont JApoiâricttft avait profité pour s'échapper. 

H fir^'était pu retourné pour voir la vidUeiailoon où tttit ie fisis 
il ^bÀ venu le cœur secrètement fiatté d'an espoir cfcnnériqoe. 

Une s'était pas demandé'de quel cétéilaBail teiMer«M|^. 

Il s*en aQàit marchent au baûird. 

Sa tête était en feu. Les oreilles lui tintaient mille bruits étranges. 

Il ne pleurait pae« mais ses yeux secs étaient comme éblouis. 

Des sanglots l'étouffaient. Il haletait comme un homme qui vient de 
smitenir une lutte inégalcw 

Lm rues de Pariii à cette époque étaient peu éclairées }W petite 
mes ne l'étaient pas du tout. 

L'Éveillé allait droit devant Jui» prenant tantôt une me» tanK^t i 
autre, sans réflexion, sans, volonté. 



la ngiro4i»eH9nê$$ interdite, — Voif les a** de f Oiiorier du S «ofti an ^ a^ 
vembre. 



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Uri^WJJi-^" 



L'OUVniER. 



"m 



ÎA crainte des mauvaib-es rencontres, ^ fréquentes la nuit dans ces 
^rops-li, ne le touchait pas. 
11 ne pensait seulement pas au danger. 
Il pQDsait à W^ Finellc. 

— Mon Dieu ! disait-il tout bas, que je suis malheureux l 

U |# rappelait les paroles dont il s'était servi pour loucbcr le cœur 
de la coquette demoiselle. 

— ÉLait-ce bien cela qu'il fallait dire? se demandait-il. 

Par instants il lui prenait envie de retourner, de se jeter aux pieds 
de |1^« Brûlot, et d'ajouter mille choses qu'il avait oubliées , et qui, 
iatlMlliblement, la toucberaient. 

Vais il songeait â la froideur ironique avec laqueller Finette avait 
r#fa sa proposition, sa prière, 

— C'est horrible, se disait-il, j'en mourrai I 
Plus la douleur était YÎve, plus il hdtait le pas. 
La nuit était profonde. 

U ne rencontrait personne. 

De gros rats, qui, dans le milieu des rue9> fouillaient les tas d'or- 
dures déposés devant les maisons , s'enfuyaient â l'approche du noc- 
turiie passant. 

B entendait leurs mouvements. 

Une fois il lui sembla qa'on le suivait. 

U s'arrêta. 

Déconta* 

C'était comme un bruit de p«s ^, à ^Ique distance, auraient 
•nivi ^es pas» 

Quand il s'arrêta, le bruit cessa. 

C'était l'échot qui» eqtre les hantes maifojiis silencieuses » prolon- 
geait, ea le répétant, le bjuitaj^pnotone. 

Le Rouleur reprit sa course. 

— Pourquoi , se demandait-^» pourquoi mVt-elle refusé ? , 
Alors la pensée de sa difformité venait se présenter implacablement 

triste à l'esprit du malheureux bossu. , 

— Je suis bossu ! se disait-iL Voilà pourquoi, quand je passe dans 
les mes en plein midi , les enfants crient après moi ! Voilà pourquoi 
les jeuiies filles, sur le pas des portes, «le montrent du doigt et chu- 
diottent entre elles ! Voilà pourquoi ceux qui auraient pour moi de 
l'amitié n'ont que de lafitié! Voilà pourquoi, au lieu de travailler 
comme les autres, je suis le domestique de tous allant et venant pour 
les besoins de chacun ! Voilà pourquoi je suis raillé, i)affoué, moqué, 
outragé, méprisé I Voilà pourquoi jamais je ne trouverai une honnête 
fille qui veuille être ma femme et me donner des enfants I Voilà pour- 
quoi je passerai ma vie seul sans avoir une main pour essuyer mes 
plears, quand je sen^ ^P inalb^vureux > un rayon d'affectueuse ten- 
dresse pour éclairer ma tristesse, quand ma tristesse sera trop 
sombre ! Haine ! malbeur 1 désespoir ! 

C^était une horrible pensée que celle dont l'amertume remplissait 
l'âme du malheureux l'Éveillé. 

-« Je souffrirai donc sans remède et toujours , se disait-il , et une 
voix» cachée dans les profondeurs de la vie, lui répondait tout bas 
mais avec ime netteté formidable : Toujourg ! 

— Je ne serai donc jamais consolé, jamais heureux! et la voix, 
eomoie cdle d*un génie malfaisant, répétait : Jamais ! 

L'Éveillé, comme tous les Compagnons de la Croix-d'Argent, était 
bon chrétien. 

D'ordinaire, le matin, il ne commerçait jamais sa journée sans de- 
mander au del assex de force pour pratiquer tout le bien que Dieu 
attendait de son serviteur, pour éviter le mal qu'il défendait , pour 
souffrir patiemment les peines qu'il lui enverrait. 

Le soir, il s'agenouillait et demandait â Dieu de bénir son repos. 

SouYent le dimanche, aux jours de fête, il s'approchait de l'autel, cl 
i prenait à la table de Dieu une place dont personne ne pouvait lui 
contester l'honneur, quelque déshérité que fût le pauvre bossu. 

Cette nuit-là» TÉveillé ne pensait ni à Dieu, ni à la Vierge, qu'il 
avait eQatume d'invoquer, ni aux prières familières â son esprit. 

11 Biarchait murmurant. 



Il allait ainsi depuis plusieurs heures, sans suivre aucune direction 
fixe. 

Sans en avoir conscience , il revenait souvent sur ses pas. 

II passa plusieurs fois devant des images de la Vierge. 

Avant 1789, des niches pratiquées dans la façade de beaucoup de 
maisons, protégeaient une statue de la sainte Vierge. 

Il y a encore aujourd'hui à Paris un certain nombre de ces cha- 
pelles, petites miniatures sculptées parla foi du moyen- âge. 

L'usage était, avant i7i9, de placer devant ces statues une petite 
lampe. 

La nuit, ces lumières consacrées i l'honneur de la Vierge, éclai- 
raient les passants,. 

Dans la vie ordinaire, le Rouleur, toutes les fois que sa course le 
conduisait devant une de ces statues, se découvrait. 

C'était une vieille habitude à laquelle il ne manquait jamais. 

Au milieu de son désespoir, il y manqua. 

Préoccupé par les horribles douleurs qui lui bourrekient le cœur, 
il passa, sans lever la tête, devant les statues; il ne voyait pas ces re-> 
traites lumineuses au milieu de la nuit sombre. 

Une fois cependant il s'arrêta, il dta sa casquette et il voulut réci- 
ter une prière. " 

Sa pensée chercha dans sa mémoire les paroles de VAve Maria, 

Lui qui chaque jour disait au moins deux fois la belle prière , il 
n'en put retrouver une parole. 

Son cœur était glacé pour Dieu, sa mémoire était vide. 

Il continua. 

Des bourdonnements sinistres venaient à ses oreilles. 

Chose horrible ! 

Le désespoir étouffait la foi ! 

•—Dieu, disait h Rouleur, pourquoi Dieu! si Dieu existe, pourquoi 
m'a-t-il condamné, moi , innocent ! Qu'avais-je fait avant de naître 
pour que Dieu, s'il existe, me fit naître bossu? Gomment avais- je 
mérité sa malédiction!... Malheur à moi ! s'écriait d'une voix étouffée 
l'infortuné Rouleur, résumant son désespoir dans cette sacrilège 
malédiction. 

U lui semblait que le sol manquait sous ses pieds,.que l'air ne pé« 
nélrait plus dans ses poumons. 

Il se trouva tout-à-coup sur la place du Parvis-Notre-Dame. 

Il b'arrêta. 

La lune s'était levée. Quelques nuages noirs couraient encore dans 
le ciel, poussés par le vent. 

Les hautes tours profilaient leurs silhouettes sur l'immense argent 
du ciel. 

La basilique dressait sa façade noire , dominant la place silen- 
cieuse. 

Quelques oiseaux de nuit décrivaient d^ns l'air des spirales fantasti- 
ques, jetant dans l'espace leur cri lugubre. 

L'Éveillé avait couru à travers Paris pendant plusieurs heures. 

Il était épuisé de fatigue. 

n s'appuya contre une maison qui occupait la place où s'élèvent au- 
jourd'hui les bâtiments de l'assistance publiaue. 

Il était là depuis quelques instants. 

Il entendit une plainte à c^lé de lui. 

Il regarda. 

tl vit un spectacle étrange. 

C'était une femme accroupie sur le pavé. 

Elle était encore jeune, mais sa figure exprimait le souvenir et por- 
lit la trace des plus terribles douleurs. 

Ses cheveux étaient épars. 

Elle fixait dans l'ombre deux grands ^ eux ardents comme des ti- 
sons enflammés. 

Elle pressait un enfant sur son sein ; c'était une petite créature qui 
paraissait compter à peine quelques mois d'existence. 

La femme était pâle, l'enfant était pâle. 

La mort semblait déjà tenir là une double proie. 

^ïyons blafards de la lune tombant sur ce groupe y jetaient 



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*^"?X1ÇS >! !* j 



M8 



L'OUVRIER. 



DUC clarté ^rnisire. 

t/Lveilli5 rr|:^ard.i i|iielr|ties moments en silence. 

L) remmi^ tka sur lui un regard singulier. 

Puis elle se mit â rire, d'un rire épouvantable, et montrant son en- 
Ara t ; — Il va mourir ! s'éeria-l-elle. 

Elle Tut prise d'un nouvel accès de folie et de lugubre hilarité. 

L'Ë veille pensa que quelque douleur, Texcès de la misère , avait 
troublé la raison de cette malheureuse. 

11 songea un moment à porter secours à^Ue, A Tenfant. 

— Pourquoi? se demanda-l-ih Si Venfant meurt, il ne souffrira pas; 
■i h Temme meurt, elle ne souffrira plus. 

Il s'éloigna. 

Quand il eut fait quelques pâs, il entendit mn cri déchirant. 

11 fut fiur le point de retenir ^ arriére. 

Il continua. 

U Ira versa la grande place. 

L'ombre des tours se dessinait en lignes sombres sur le pavé ar- 
genté du paryîs. 

Une idée Tutelle traversa Le désespoir du Rouleur. 

11 gagna l>ntrée d'une des tours, celle de droite. 

À cette époque, b porte qui ^ donnait accès restait ouverte jour et 
noil. 

La Rouleur pénétra dans le petit escalier sombre et il monta rapi- 
dement. 

— C'est haut , se disait- il tout bas ; je serai mort avant d'être en 
bai. 

Le malheureux voulait se tuer. 

— Elle verra, murmurail-il en pensant à HU« Brûlot, elle verra com- 
bien je l'aimais. 

Après avoir gravi environ deux cents marches, l*Éveillé atteignit la 
galerie de pierre qui court 5ur la façade et rejoint les deux tours. 
, Il ne- put i^e défundre d'un mouvement dVffroi. 

La lune était couverte par des nuages, chassés parle vent. 

D'un CQié, la plaeo du Parvis plongée dans l'ombre. 

De Vautre, cette partie de la basilique que Ton appelle la cour des 
Réservoirs, égaleuient sombre, mais habitée par un peuple de mons- 
tres s}'mboIiqnes. 

La cour des Réservoirs , que l'on désigne aussi sous le nom de 
rAiro-de-Plomb , est cette cour spacieuse cachée dans Tintervalle et 
comme k l'ombre des tours. 

Des plaques de métal en couvrent le sol, et de vastes bassins ycon- 
tieitlient de Veau pour les premiers secours en cas d'incendie. 

Un peu en ^rrlcre s'éU^ve le grand pignon triangulaire qui clôt le 
comble de la nef. 

Ce pignon, en 17S0, n'était déjil plus dominé parla flèche qui vi'^nt 
depuis peu d'être rétablie; cette Hèche avait été démolie en 1787. 

Les galeries qui couronnent cette cour des Réservoirs sont bordées 

de larges balustrades de pierre , sur lesquelles les fiintaisies de Tart 

jgûihique ont assis une foule de monstres bizarres, des diables aux 

M longs bras, des satyres aux langues oreilles dressées, des anioiaux k 

séte d'homme, des hommes à tête d'animaux , des singes, des lutins, 

^ jmbolîsme bizarre des misères de l'homme ou de ses vices. 

* La brise nocturne en courant autour de ces étranges flgures sem- 

bbit leur arracher des cris et comme de sourds ricanements. 

Le Rouli^ur ne pouvait se défendre d'une sensation d^eflroi en 
traversant cej hôtes fjnl^i^liqucs du faite gothique. 

11 lui semblait que ks diables étendaient leurs bras pour se saisir 
de lui; les satires grognaient malicieusement, et les lutins s'agitaient 
convulsivement dans kur g aï ne de pierre. 

L'Eveillé , .'soutenu par la résolution désespérée qu'il avait prise, 
traversa rapidement la galerie et gagna l'escalier qui s'engage dans la 
tour méridionale. 

il monta deux cents marches; il atteignit le somoiet. 

Le sommet des tours de Notre-Dame est mie petite plate-forme 
girnie d'une balustrade de pierre- 

Au milieu dfï la olitc^forme , aTint b Rifolottoii $ le drtwait UM 



grande croix. 

Autour de la croix, le Rouleur vit un grand voile qui s'agitait au 
vent, et alUit tomber en longs plis le long de la tour. 

C'était une oriflamme. Uiie députation de TAsscmblée nationale 
devait venir le lendemain entendre k Notre-Dame un . Te Deum en 
l'honneur delà prise de la Bastille. 

On croyait que le. roi assisterait à cette cérémonie dans laquelle 
Tarchevéque de Paris lui-même deyait oflicier. 

Le Rouleur, qui ne pensait pas i ces choises, remarqua h peine )6 
drapeau qui s'enroulait autour de la croix. 

Préoccupé de son sinistre projet , il s*avança vers l'extrémité de la 
plate-forme. 

La ville immense était plongée dans l'ombre. 

Au-dessus des toits, sombre mer aux vagues efîilées en pignons, 
se dressaient, comme des miîturesde vaisseaux immobiles, les tours, 
les clochers, les clochetons, les aiguilles, les flL*chc>*, les fourcllcs d'une 
flotte d'églises , de chapelles et de couvents , aujourd'hui dii^parues 
sous la grande tempête révolutionnaire. 

La nuit silencieuse, morne, couvrait de ses pans lugubres cet im- 
mense tableau. 

Aucun bruit ne s'élevait que le bruit du vent dans les rues des- 
sertes. 

La Seine roulait au pied de ta vieille cathédrale ses flots couverts 
d'ombre qu'enjambaient les ponts aux voûtes d'un noir d'encre. 

Plus près, l'Hôte.l-Dieu, masse funèbre, n'apparaissait ru regard du 
Rouleur que par ses toits aigus d'ardoise. A l'une des fenêtres de la 
grande hôtellerie brillait une lumière, silencieux témoin de quelque 
silencieuse agonie. 

Le Rouleur regarda un moment cet immense spectacle.* 

— Malheur, malheur, s'écria-t-il; combien de gens soufireni dans 
cette cité? Personne autant que moil 

Le vent sifflait aux pierres du comble. 
Le Rouleur se pencha vers l'abîme. 
La nuit couvrait le pied de la tour. 

Cependant un accident de lumière éclairait une mrface lirfe de 
quelques pas. 

— Voilà la place où je tomberai ! murmura rÉccillé. 

n jeta un dernier regard vers le qn.irtier Saint-Antoine et le point 
précis oi!i devait se trouver située la rue du Petit-Musc. 

— Elle est là , dit-il , et clic rit de moi 1 Je vais fermer les yeux , 
puis je monterai sur la balu^^lrade et je me laisserai aller , murmura 
le bossu. 

n ferm I les yeux, il grimpa en tâtonnant sur la rampe de pierre. 

Un coibcau, réveillé par le bruit, sortît d'une des niches formées 
par les pilastres et s'envola en poussant un cri souque. 

A ce cri, le bossu ouvrit involontairement les yeux ! il se vit plaol 

-dessus de l'abîme, déjà dans les bras de la mort. ^ 

Une attraction vertigineuse le saisit. 

Le vent vint â ce moment battre la tour, et s'engouflra dans l'im 
mense oriflamme attachée i la croix. 

La banderolle, déroulée par le vent, plana une seconde au-dessi 
de l'abîme , puis revenant sur elle-même , ramenée par son propi 
poids , elle rencontra , obstacle vivant , le corps de l'Éveillé dcjî 
moitié penché sur le vide. Le Rouleur se sentit enveloppé dans les pi 
immenses de la toile. 

Étourdi, il crut qu'il éprouvait les sensations inconnues d'un honinj 
qui tombe d'une grande hauteur. 

R imcné par le mouvement de l'oriflamme, il fut jeté riidrmcnl si 
le sol de la plate -forme. 

11 ouvrit les yeux. 

Sa surprise fut extrême 

Il croyait être tombé du haut de la tour, 

U n'était point tué. 

U ne ressentait aucune douleur. 

Il regarda autour de lui. 

D était toujouri sur k tour, an oilieQ du ciel : H gisait an pied 



au 



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r'JUVlîlKll- 



b croix. 

Un sentiment étrange remplit son hme. 

Sei yewx se rempîireTil de larmes. 

il se jeta cor.trc la croix et la tenant onlre ses lirns : — Mon Dieu ' 
mon Dieo i cria-t-il, vous m*avez sauté, qu'allais-je fîi're? 

Il resta ainsi quelques instants. 

La foi était rentrée dans son cœur; a^ec la foi, l'espérance cl 
Taihour. 

— Mon Dieu, soyeï béni ! mon Dieu , pardonnei-moi ! Sainte Vierge : 
tt ne parlait point; des mots entrecoupés s'écbappaient de ses lètfes 
tremblantes. 

11 pria. 

Quand il se releva, le drapeau qui l'avait sauvé, flottait librëtrienl 
cbns Tair frais du malin. 

L'Eveillé resta un moment l^'s yeux fixés sur la croix. 

— -Dieu ! murmura-t-il. 

Pui« il regarda la grande banderoUe. 

— La France ! ajouta-t-il. 

Il passa quelques instants, perdu dans ces grandes pensées. 
Quand elles le quittèrent, il regarda Thoriion au midi. 
Le soleil allait se lever. 

Déjà h lueur étincelante, éclairait le ciel â l'orient. 
La Serne se délaihail comme un rayon vermeil aU milict» de h 
masse sombre do ses rives, encore couvertes par la nuit. 

( Ln suite au prochain numéro,) Clément Jost. 



LA PERSÉGUTIOiY. 



i 



Dans ce -monde pervers, si quelqu'un gardé encore 

L'arJente foi de Ses aïeux ; 
S*n croît onoore en Dieu, s'il l'aime, s'il l'adore; 

Qu'il se dérobe k tous les yenx. 
Si toujours 6 chrétiens, vous eroyet en votre âme ; 

Passez, les hommes n'en ont plus : 
Toute foi, tout espoir, toute céleste flamme, 

Sont pour eux des mots surperflas. 
Cnchez-vovs et fuycx leur sourire.troniqùe ; 

Car, autour de vous , quel tableau I 
L'enfant doute déjà, le jeune homme est sceptique, 

•Le vieillard rit prés du tombeau. 
Aves-votis quelques croix, quelques saintes images, 

Cachexies bien car on rirait; 
Si même la pudeur brillait sur vos visages, 

Qui peut savoir ce qu'on dirait... 
Car il fattt aujourd'hui que chacun en rougisse; 

n ftnt, sans avoir combattu, 
Cacher honteusement, sous le masque du vice. 

Le front gênant de la vertu. 



11. 



Ah! lorsque nos aïeux, épris d'un saint délire, 

Bravaient les bmirreaux furieux ; 
Quand, baptisés à peine, ils couraient au martyre 

Et brisaient Tautel des faux dieux ; 
Pour être abandonnés aux tigres, aux panthères. 

Dans les spectacles solennels. 
Sanglants, on les traînait devant leurs adversaires, 

Comme d'infimes criminels ; 
Et la mort flétrissante, horrible, douloureuse, 
U mort dans les derniers tunnpenti, 



Les frappait au milieu de h foule jej^use , 

Aux cruds applaudisiemonLa : 
Alors que loin les rois et 1e« p^Miples dti mond? 

Qu'ils von-'iienl évanj^f'lfcser/ 
Que In lerrc et l'onfer, dans leur haine profonJei 

S'unî^'saietil pour les dcra^ï^r ; 
S'il leur Th liait, devant k founiais^i hrûhnte, 

Abjurer ou mourir ? Eh bien *. 

Brîsé^ p^lle, j*^!é aur la terre sanglante. 

Chacun criait : le auis dire tien t 
Or un nwm*^ ennemi toujours noua persécute , 

Tinijours il revient nous braver; 
H nous Toil avancer en tremblant dans là lulte; 

Que lui faut-il pour achever? 
NI fournaise ai«jourd*hui,-ni glaive qui déchirOp 

TigtËs ni lions en courroux ; 
L'arme qu'il a choisie Cbl un éclat de rire.*. 

Ût-hea ï nous avons tremblé tous. 

IlL 

Ton triomphe cfI parfait ; réioai<-loi, Voltaire, 

La fil î se glace dans les cœurs ; 
ti la vertu timide a par toute la terre 

Tremblé devant tes jeux moqueurs, 
Reviens et vois les maux qu'ont engendréi tes œurret ; 

Sois n^^r, tous tes coups ont porté : 
De plats imitateurs, singes de les manesuvres. 

Te passent en impiété ; 
Pour fausser la raison, ils ont pris ta méthode; 

Ici le sarasme est debout ; 
Et rincrédulité , par toi mise h la modo, 

Le front levé marche parle ut. 



IV. 



chrétien de nos jours, tu I'cë monlf é bien lâcht 

Pciuf accepter un td affu^iit ; 
Par un faible ennemi poursuivi srins nUche, 

Tu courbes ton scrvile front ; 
Tu rougis ; qu'as -lu fait de ton anliqui^ damtnet 

Descendant d'un peuple martyr. 
Jé.-us nV'st'il pbs Dieu 1 son nom estait inflmet 

EbUA hont*u!t de le servir? 
Lêtc la noble télé et reconnais ta m^re ; 

L'Église a verid tro^ï de pleurs ; 
île viens... mais qu'ai-je dit* dérision amôre, 

Toi seul as causé ses douleut^ ; 
Tdî seul, pdle chrétien, dans ces moments sinistreg, 

Toi seul as déchiré son sein ; 
Avide de verser le sang de ses ministres. 

Toi seul l'es fait son ass-issin : 
Ci't&i toi qui^ ion bourreau jusque dar.s sou cnceînle. 

As poussé tes pas triomphants ; 
El dcvani le Seigneur pleure la Cilc Stinlo ^ 

Frappée auccsar paries enfants! 

' Jules CiiiKTEME, 



Nous prions Ht*a abonnés dt^ joindre à toula knrs hifr^A um (t*^ 
bandes imprimées du joitrnaK 



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'RIEO. 



U rORTIÈUE DU FAUBOURG DU TEllPLE \ 



CriAPITRE IL 
Charttô passe riche ssa. 

Sur une porte â gaticiie, la seuLâ du pâliar, on lirait rot écrit eâu, 
tracé I la main, en gros caracUrea : M. Durât, pmsementicr. Deux 
ctisinkres eomposaienl le logrmenï ; loul ^ éiait de b pks extrême sim- 
plïtilé : la propreté cl Tordre de son humble smeubkmcnl en relisaient 
le &eul \mtlq. ù première ilianiLrc , qui tlailb pluBgninJe, serv:iit tout 
i la Toii J 'atelier » de coî^îne, de f^Uo i manger et i^^ ilKtmbre à cou- 
eher pour let époux Duret. Dans la leconde se trouvaient deux petits 
Uti en fer, garnis de rideoui bUn^^s, Une image de pitHé , S^MtwrV de 
première eommunhn^ datée do Tannée 1854, élail al tachée au mur, 
avec dei épingles, au^def^sui du Ut que Ton vopH â droite en entrant : 
c'était celui d'Adèle, petîte-fillc des Duret. 

Ilalgré leur Ige déjà avancé et les modiques reissources de leur tra- 
vaîlj ils s'étaient généreusement chargés de celte enfant, au refus des 
grands parents du tM de son père, plus aîaés cependant que les Du- 
ret. Adèle leur rappdait par la vivacité de son caractère et par ses 
traits d*une ressemblance parfaite, une fille unique, Tobjet de toute 
leur tendresse, qnî n*avait pu survivre â son m»ri, mort depuis huit 
ans. Après quelques mois d'une maladie de langueur, la mère d'Adèle 
eipirail entre leurs bras, en recommandant sa filk i leur bon cœur 
et 4 la divine Fro?idenc€, 

Dans Tautre lit, au fond de la petite chambre, gisait une jeune fille 
a peine %êe de quinze ans , malade de la poitnne depuis près de 
dix-huit mois, et arrivée à la dernière période de la phllûile. Mélaoie 
était orpheline de mère, A des titres moins sacrés sans doute que ceux 
de la Emilie ^ â ceux de la bieoraisance et de Tamilié pre^^quc aussi 
dignes des ref^ards du Dieu des pauvres et de T estime des chrétiens, 
elle aussi , avait été adoptée de bon cœur par les bons pas$e~ 
mentiers* 

Cette jeune personne avait perdu sa mère dès son bas-lge. 5on père, 
qui par la brutalité et sa mauvaise conduite était la seule cause de la 
mort de sa femme , ne voulant pas se donner la peina de surveiller 
réducation de sa fîlle^ et s'en reconnaissant d'à i lieu rs entièrement in- 
capable, l'avait confiée comme pen^^ionnaire aux Sceurs de Saint-Vin^ 
cent'de-F^aul da la paroisse Saint- Laurent, moyennant une somme 
trés-minimd^ jusqu'à la Bn de l'année qui suivrait ceUe de sa pre- 
mière communion. Cette époque arrivée, d'après le conseil des Sœurs 
vivement intéressées à Uélanie, il la plaça, pour lui faire apprendre la 
passementerie, chei les époux Duret, connus dans le quartier pour 
gens honnêtes et vertueux. 

Mélanie fut accf^ptée par eux avec joie comme apprentie externe ; 
elle devait i^rendre ses repas et coucher cbez son père. Celui-ci 
commença h s'observer dès, le moment où sa fiUe revint dans sa de^ 
meure; il comprenait encore que comme père il devait au moins 
garder certaines convenances tant que sa fille resterait che^ lui. Mais 
c'était trop de gène pour cel homme esi^lave d'habitudes vicieuses , 
contractées depuis ai longtemps. Deux mois environ après ces arran- 
gements» un m^yin, la lendemain d'un jour oà il avait dépensé en dé^ 
bauches toutes les ressources i^uï lui restaient, il ae mil  rassembler 
i 11 hâte quelques effets échappés au HontHle^Piélé, el sans dire un 
seul mot â sa fille, s'enfuit de la maison comme un furieux. 

La pauvre enfant qu'il abandonnait ne connaissait guère que deux 
chemina dms Paris, le chemin de régliEe et celui d^ la demeure de ses 
maîtres d'apprentissage. Après avoir vainement appelé son père après 

* Voir 1« D* de l'Ouvrier du d novembre. 

Nous devoEt» t'âutori»ation de rcïproduif» cette cbarmant^ nouvelle, extraîle 
das N^i^tilu m&r^€9 dit Faubourg* de P<frië, h la bicnvf^i laficc toute partlcu- 
tltrt ùê t'iutfur «Ida H* Ch* Douniol . libraire -éaiteur & l'^rii. 



ravoir eherehé autour de la maison et demandé i toas le» voisins, elt« 
alla ^r^bord an pleurant â la nouvelle église Saint- Joseph s'agenouiller 
cl prier aux pieds de Tautel de la sainte Vierge, puis se bita vert U • 
demeure dei Duret auxquela elle raconta son malheur : à peine poil- 
vaîL elle s'exiinmer, tant les sanglots la suiït^quatent. 

• Allons, allons» i dit Doret, le premier, fil ne dut pas te désoler, 
» Méhnie. Ëh bien, quoi? tu seras notre seconde fille, voiU UhiI; le 
i ban Di^u a pitié des orphelin^i, lu demeureras avec.mwa. Nous ne 
■ aomoieE pas linlies, tu le sais; mais noua IravaillefOna te» de Ikm| 
i cœur et tu ne manqueras de rien. 

1 — Oui , oni, s ajouta aussitôt Mm« Duret, qui embrassa U jeeai 
fiUe avec una Umdreasa toute maternelle, t llélaeie , Mâaiiie, tii •#* 
w ras notre fille. • 

« — Tu es déji mon amie , tu seras ma sœur, » 8*écria Adèle et ^ 
transport, et renlourant de ses petits bras , elle U couvrait aiiii de 
SCS baisers et de sas larmes. 

Gutte lacune étajl digne de l'admiration des anges. 

Di\k brs Mélanio Gl partie de la famille des Duret qui Id étaient 
d'autant plus allacl)4i qu'elle avait plus souflWt D'ailleun |ef qualités 
de son cœur, les heureux dons de son esprit, Taménité 4e son carac- 
tère, sa piété simple et toutefois ardente, la beauté vraiment merveil* 
Leusfi dont la nateie l'avait douée., leor faisaient rc^^erder la poe$et- 
aion de Mélanie ct^jgmt ceUe du plus précieux trésef* 

Ils travaillaient (ous les quatr^ avec courage ; j||p se cenaolaieoii ils 
a'aimaient, ils étaûm^ heureux. 

CHAPITRE qt . 
Là où est TOtre trésor, là aiissi#et Totre cœur ( Évangile.) 

Cependant Nélanie ne pounîk eublier aon père , et quoiqu'^ 
n'en ouvrit jamais U bouche "tis-à-vis des Duret, elle en parlait Um» 
les jours i Dieu dans ses prières. Aussi, éproutdt-elle quelquaMs de 
profondes el amères tristesses , qu'elle savait néanmoins déraiber aux 
}'eux de ses perenti d'adoption et cacher dans les (^ iiibnes replis 
de son cœur» 

Ce fut un an â peine, après aon entrée dans ai nenvèlle famille, que 
se développa le premier germe de k funeste meMie â laquelle Ééla- 
nie élait sur le point de succomber. 

Ba^ontor les mîUe précautions, les mile soins dent elle fut entou- 
rée, dés qu'on s'aperçut de son mû, est chose inutile» après ce que 
nous venons de dire de la bonté dea4)uret. 

La pauvre jeune fiUe, aprèl nmir langui pendant près de dix-huit 
m^is , était donc arriaée ^eux dernières limites de sa vie. Ce fut au 
moment même o^ Adèle, sa sœur adoptiire, lui faisait sur sa demande 
une lecture dans V Imitation de JéêVi'CkrUt, que le père Ribou, après 
avoir frafipé assez rudement à la porte, entra dies \fii misementiers et 
demanda des nouvelles de la malade. 

• Elle va bien doucement , monsieur Ribou • s répondirent les 
Duret; i nous avons le cœur bien triste, nous- ne iaisons que 
» pleurer. ■ 

f -* Ofa I ce ne sera peut-être rien, a reprit le p^ Ribou, fil ne 
f faut pas se désoler comme ça ; il y a de la ressource dans la jen- 
t nesse, on revient souvent de bien loin. Allons! du courage!.. 
• aussi , je ne sais vraiment pas si je dois tous dire quelque 

« ^ Quoi donc? monsieur Ribou, t demanda avee anxiété !!■• Du- 
ret. < i 

• — Tenet , je m voua le dire ; imaginez-vous qu^il est venu ce 
f matin un prêtre dana la maison. Ne voulait-il pas vous parler et 
9 voir la petite malade. Ma foi, ma femme l'a reçu comme ci comnie 
» ça , et moi tout de même ; et nous avons joliment bien f«it , pas 
t vrai, monsieur Duret?... pas vrai, madame Durett» 

Au lieu de répondre au vieux portier, les Duret, absorbés par 
leur douleur^ se mirent â pleurer. 

i -^ Sûvei tranquilles , allez . ne pleurez pas, » ajouta aussitôt le 



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L'ouvniBn. 



c» 



père RiboQ. »I1 a dit, ce curé, qu'il reviendra tt aprêi qu'on you» 

• aurait prévenus; moi je m'en vas Lui dire carrément quil tous 
f laisse en repos. Est-ce qu on a besoin de îui! Plus sûuvrnl ! 

V— Ma pauvre Mélanie! ma ihcre fille ! * rép^Uil ave**, sariglola 
M»« Duret. 
i • — Je Toas jure que je Le mettrai â U porto; n'allés donc pas 

I coaiinfi ^ vous lamenter, madame Duret, et pas plus tard que... 
, • — Maman , maman, » vint à rioiUnt même crier Adèle, en ou- 
vrant précipilaromcnt la porte de l'autre chajnbn; , v maman , Méh* 
9 nio t*appelle; elle veut le parler tout de luite, viens vite , viens 
» vite. » 

hmc Dnrel se leva suMe*champ, et s*approchant ttu lit de la malade 
d'nn air inquiet , lui demanda ce qu'elle désirait. Ihlélanie , la refar- 
dant avec un doux sourire, lui répondit ; 

f — J*ai tout entendu, ma chère n^^man . j^ luîs hicn lieureuse que 
% mon bon confesseur ail pensé i nioi ; il m'a dirigée, il m'a eiicoura- 

• ffie, il m*a consolée, dès mon enf^itce; d m'a préparée à ma pre- 

■ Hiiére ceimmimon:'Cest ausn un père four moi. Je veux la voir, 
9 maman, je veux Ic^^ir, sans retard. C'eet la Providence qui Ten- 

• vole : ear mon intention était de t'^ prier d'aller le demander au- 

■ jfînvé'hui même. » 

W^ 9aret ne put répondre que par ses larmes, et «près avoir em- 
brassé H^nie , revint dans la cliambre d'entrée , où «'adressant au 
|»cre Rfbmi : 

« — Mékoie désire voir aujourd'liui l'ecclésia «tique qui est venu ce 

■ matin, • llii dit-«elle d'une voix qu'elle s'efforçait de rendre calme ; 

• quand il retiendra , ayez la bonté, monsieur Ribou, de lui indiquer 

• notre porte^ je vous en prie. • 

• — Ah! c*esl différent!» repartît le père Ribou; «en voilà àc& 

• idées de malade! EnBn, â chacun son goût; n'en parlons plus,.,., 
» je ferai votre commission , madame Duret. D'aiUeurs , ce n'est pas 

■ bien difficile, bonjonr, midame, et la compjigoie. » 

Lo portier redescendit dans k loge où il trouva sa femme ctsupnt 
dans ses mains un gros chapelet couvert dépoussière; elle venait 
(Pen Taire la trouvaille dans le tiroir d'une vieille commode qu'elle 
ivaH achetée depuis peu ^e jours au marché du Temple. 

• ISê» YoiU dii nouveau, i murmura le portier à voix basse ; ■ toule 

• la maisou se jette «Uns les prêtres et dans U dévotioA. Et n^a 

■ fenitte, ^m va maintenant dire ses patenôtres, c'est ça qui e^t 

■ drdle !... 3érà|rhiiie, i ajouta>t-il â haute voix, ■ la petite veut abso- 

• lumenl voir le oiiré; M. et M>nQ Duret ne s'opposent pas â son en- 
» vie. Tu le sais, il ne faut pas eontrarier les malades; ils ont des 

• lubies, surtout les poitrinaires. ■ 

• — Eh bien, tout de snéme, je suis contente, moi, vois-tu * et je 
» soutiens quils ont raison tout de même. C'est là des braves gnni, 
i des bons religiannaires.,. Tu as beau dire, il ne faut pas mourir 
i comme mi efaien , non , il ne le faut pas ; entends-tu , mouaiet r 

■ Ribou T» 

t— Je ne dis pas a 

■ — Moi, je le dis... tais- toi Enfin il sera content de moi , je 

» Tespère , ce monsieur prêtre quand il va revenir, et de ce que je 

■ leur ai fidl sa commission. Sans moi, tu ne serais pas monte du £ 

• eux, toi« vieux parpaillot, qui ne crois ni â Dieu ni à diable 

• Laisse-moi tranqmlle et ne réplique pas..... 

• Mon Dieu! mon Dieu ! je suis obligée de tout faire ici,„.. Je 

• m'en vais mettre mon beau bonnet gris* perle pour recevoir ce 

■ moniieur ; il faut être comme it &ui, vois-tu , vieux sans c<Eur, et 

■ ne pas passer pour des riens du tout, i 

Mmo Ribou n*aTait pas encore achevé sa toilette , lorsqu'elle aper- 
çut» en se retournant , recclésiastlque qui s'était présenté quelques 
heures auparavant : 

« — Ah \ monsieur, pardon, * lui dit avec empressement la portière, 

• je n'avais pas eit l'honneur de vous voir... Faites excuse, monsieur, 
^a SI je vous reçois comme ça . il est encore de bonne heure;.,, je 
!i croyabquo vous reviendriez plus tard.... J*ai bien Thonneur de 

• VOUS $«iuer| monsieur... M, et Mn^ Duret sont bien sensibles i rhon- 



i iteur quâ voui leur faites, et Ht]« Mélanie , la pauvre petite malade, 
ft désire bien vous voir... Monsieur, je vais avoir Thonneur de vous 
f conduire cha£ eux; ayet Thonneur..... la bonté de prendre la 
» rampei monsieur ; Tescalier est bien roide. i 

Dés qtte recclésbslique eut le tcmp^ ûc placer un mot, ce fut poui 
remercier M^^^ Ribou de son extrême politesse; il la suivit jusqu'au 
qintrtème étage, où étant arrivé, il la salua et entra se^il dans la de-i 
meure des Duret* 

CHAPITRE m 

U ne fkftt pas compter sur le lendemaiji* « 

tjes honnêtes passementiers ne manquaient certainement pas de re*' 
ligion ; its étaient heureux de voir Adèle et Mclanie s'approcher, aui 
grandes fêtes , du tribun .^1 de la pénitence et de la sainte table ; Us 
se seraient fait eux*mêeaee un scrupule de passer un seul jour de la 
semaine sans prier Dieu, et le dimanrhe sans assister en famille i la 
meise, et même quelquerots aux offices du soir; mais toute leur 
piété le bornait la. Ils Tnéritaient , par leur conduite vertueuse, leur 
probité parfaite , et surtout les qualités de leur cœur, de recevoir de 
Dieu des grâces de salut plus abondantes et de devisnir un jour de 
parfaits chrétiens. 

Ce fut ^vec un certain rmbarras, causé par leur timidité habituelle, 
mais toutefois avec des égards pleins de dignité et de respect, qu'ils 
reçurent recclésiai tique signalé par Mélanie comme le guide de son 
enfince. Els le conduisirent bientôt près du lit de la malade, 

■ » Mon père ! mon bon père ! ■ s'écria Mélanie en joignant les ' 
mains des qu'elle aperçut le ministre de Dieu, f que je vous remercie 
i d'avoir pensé â votre enfant de la première communion.. , Je recon- 
i nais bien là votre co^ur. . . Que je suis heureuse de vous voir ! sî 
» vous saviez comme jft désirais recevoir les consolations de la reli- 

« gion, Eurtoul depuis un f rand mois que je suis alitée ! . . . Mou bon 

M papa Duret, ma clièrc m^man Durêt, comment vous témoigner ma 

i reconnaissance T.. . ■ 

c — Ma chère fille, « reprit fecclésiai; tique attendri , t je serais 
venu plu^ tôt si j'avais su où vous demeuriez. Je n'ai pu l'appren- 
dre qu'hier soir. Mais je ne crois pas qu^il faille vous livrer ainsi â 
une émotion, que je comprends du reste; votre situation demande 
beaucoup de ménagements et même un repos absolu, i 
t ^ Oui, mon père ; c'est justement pour jouir de ce repos d*cs- 

1 prit, de cœur et d'âme, que je vous supplie d'entendre, dès œ mo- 

■ ment même , ma cou fission et de me donner les &acrcuicnts de 1 1^- 

■ glise ; je ks souh^iite bien vivement. • 

■ _ Ma rbérc tille, je ne crois ps qu'il y ait rien de si pressé \ Je 
venais siuiplcinent vous faire une première visite Aujourd'hui poar 
savoir de vos nouvelles, * 

i — Mon pf\re, demain il ne sera plus temps : je sens que je m* en 
vais , Dieu m'appelle , il fkut que j'aille retrouter ma mère i et 
bientôt.,, i 

f — Mt^lanie, tu n'es pas raisonnable, ■ interrompit le bon Duret ; 
V tu vois bien que monsieur, qui a d'ailleurs T habitude à:» malades. 
1 ne te trouve pas en danger, 11 ne faut pas te tourmenter ainài 

■ M. l'abbé virndrn te voir df temps en temps ; d'ailleur. nous pou- 
t vons t'assurer que si ton état devenait réellement inquiétant, nous 
1 nous empresserions de le prévenir, » 

Tout-I'coup , la jeune fille «e souleva par un effort surhumain , it 
saisissant un crucifix qui se trouvait près d'elle sur une petite tabl* 
où l'on voyait aussi ses livres de piété, ses prix de classes et de cite- { 
ehisme : « C'est aujourd'hui, i dit-elle d'une voix forte et en embrasf^nt , 
la croix avec une expression singulièref t c'est aujourdlmi inéme, | 

■ mes bons parents et chers amis , que je fierai dans le ciel avec le I 
t bon Dieu ; ne retardez pas mon bonheur pendant que je suis encof e 

t sur la terre avec vous ;.,. je vous en conjure, t 

Les Duret , Adèle , l'ecdésiasllquo lui-même, étonnés et (ont à la 
fois subjugués par k ton inspiré de la jeune fille, se rendirent I une 
volonté si énergiquement f»rononcée. Le ministfe 4e Dieu entendit ^ 



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S3S 



L'OUVRIER. 



, 



Êonfe^ton di Uébnie, H iTint dâ la ijiutteri lui promît, sur ««t de- 

mmà^ réitérée, dc-^enir \er« le *oir lui administrer rEAlrêiuc-On»^ 
Uoji et le saint vblique. 

Cependant U'^° I^iimu, attise à ea place ordinaire dtine sa loge, pa* 
f jîis.iit livrée à de iérieuses réflexions i elle gardail rn^nic à l'égard 
doion mari le plus profond silence; mais ayant appris par recclesias- 
Ij^fue, (|ui la salua en passant, que It malade devait recevoir la uiiile 
C^^mmunion dans qu q les heures i ille déplop sponlanémeot tout 
Aon £èle. 

• —Allons, i dil-elle vivement à son mati, t allons » voilà que le 
a monsieur prêtre qui a confessé cette pauvre petite va lui apporter le 
ê lion Dieu ce soir; j'etpêre bien, monsieur Hibou » que vous nt'ac- 
i compagnerei lâ-liaul pendant ta cérémonie. Et d'abord, û faut que 
t tu ailles bien vite donner un coup de baht aux esealitirs ; dépticbe- 
i loi donc. Moi» je rais porLcr cbc£ ces brivt's g^ns, qui n ont pas 
i graûd'cbose, mes beaux draps blancs, ma corbeille de fleuri avee 

• aoo globe, les eslampet de Jésus-Christ et de h sainte Vierge, avf e 
> les portraits de Napoléon et de la bonne sainte Geneviève. Il faut 
t fjure une belle chapelle au bon Dieu. Allons, voyons ; démarre 
i doitc de ta chaise, je l'en prie ; sois donc complaisant une fois dans 
t ta fie, Hibou, mon chéri, i 

Le père Eihou, tout en grommelant quelques jurons entre ses 
dents* se mit i Tinitant même en mesure d'exécuter lea ordres qui 
lui étaient intimés. M"»» Hibou, de son c6té, accumula toutes les ri- 
ch sses de la loge ebe£ lets Duret, Ceui^i, plopgô djns la douleur la 
plue profonde, laissèrent  la portière tout pouvuir de commander 
cbez eux 1 son gré, d'ordonner, d'arranger , de déranger ; ils obôis- 
«aient avec une simplicité d'enfant A tout ce qu'elle ejugeaît. lia ne 
pensaient qu'à Mélanie, ih ne voyaient que Mélanie ; ils contempkiei.t 
avec un tentiment profond et tout nouveau pour eux^ ta radieuse sé- 
rénité de son visage, d'où les ombres d'mie mort prochaine scmhlait^nl 
ifoir mer veille ueement disparu ; et l'embrassant avec amour et res- 
pect , ils versaient des torrenUî de larmes, 

« — Pourquoi pleurei-v ous , mes chers parents? * leur disait Mê- 
lante avec une voix pleine de dou^^eur, * pourquoi donc vous hIHi- 
M ger ainsi ? Quand je ferai avec le bon Dieu , est-ce que je c& serai 

• pour cela d'être votre HUe? vous m'avez rendue heureuse; je vais' 

• rétrc encore davantage î.., je ne vou£ oublierai jamais. ■ 
Mats les Ûuret pleuraient toujours* 

{Ia suiU au prochaift numéro,) L'abbé N. ÂUNituLT. 



JURISPRUDENCE INDUSTRIELLE. 



âmenâe, — L'amencre infligée h un ouvrier pour avoir pris un mo- 
allant de repoà pendant son travail ne peut être maintenue, s'il est 
preuve, par un certificat de médecin, que l'ouvrier est sujt^t â dea tn- 
di!<pn-iU^ns passagères, (Coiueiï de prad hommes de Domi ; S août 
ll^iïO ) 

Appren tissage* — La résiliation d'un contrat d'apprentissage peut 
^tii> dmii-)ndt^e ^ans dommages, inléiêts en Jàveur du m^itre, matgrê 
tbiiles convenliona contraires , si le maître emploie Tapprenti a des 
occupations ûii dehors de son état, et notamment k faire des courses 
eî b cuiâiEie. {Conmî d€$ prud'kifmmes de Paru {iUitêi]); 14 mars 
tb^iîi.) 

Associationi OQTrières, -- Quoique p dans un acte d'aisocialton 
d'ouvriers avec avances de fonds par le Gouverna? ment, il ait été con- 
venu que, si la société est obligée d^appeler dans son sein des col la > 
Ifo ru leurs temporaires , outre leur salaire elle leur allouera , en Un 
d'année, une part d'intérêt dans les bénérices partagiiables , calculée 
J'après leur collaboration, c^ttc clause n'engage pas la société, si elle 
^t contredite par d'autres clauses de Ticte d'»près lesquelles t° aucuns 



bénéfices ne seront distribués â It fin de chaque anrtée, le par1a|;6 ha 
devant en être fait qu'à la fin de la société, S^ dix pour cent sur les 
bénéfices seront attribués â la retenue non partagecble destinée h 
rembourser l'État , et quatre-vingt-dix pour cent au fonds do ré- 
serve. 

II doit être surtout décidé ainsi, si, outre qu^ils ont interdit tout 
partage de bénéfices annuels, les associés permanents se sont imposé, 
par les statuts, de ne toucher que les trois quarts de leurs salaires^ 
l'autre quart étant destiné h favoriser les opérations de la société et à 
la Couvrir do ses pertes. Les travailleurs temporjires i sur. le salaire 
desquels il n'a élc fait •aucune retenue et qui n*ont, par conséquent, 
couru aucune chance de perte , ne sauraient être admis i prétendre, 
à la fm de la société, au partage de$ bénéfices définitifs ou de la 
rééùTse, à la formation de laquelle ils n*ont en rien contribué. 
{Conseil der prud'hommes de Paris (industries diverses): 20 février 
4861.) 

Brevet d'invention. — G*est au moyen d^explicttions écrites et de 
d^os , plutôt qu'au moyen d'échantillons, que doit se faire et se 
caractériser la description légale des brevets d*invention, les écban- 
tilions n'étant pas loujf»urs susceptibles de recevoir les signatures et 
cachets de l'inventeur et de Tauiorité publique et d'être liés intime- 
moiit au titre. 

Une description insnfli^ante, et qui ne peut être complétée que pac 
réchantillon, affecte doue le brevet de nullité (surtout si l'échantillon 
n*est pis présenté). ( Cour impériale de Doutai; 29 janvier 1859.) 

Cession de Brevet. — Les actes de cession de brevets d^invention 
sont valables entre les parties , bien qu'ils aient été faits sous seings- 
privés et qu'ils n'aient pas été, conformément â Tart. 20 de la loi du 
5 juillet 18i4, enregi^iés au secrétariat de la Préfecture, cet enregis- 
trement et Tacle notarié n'étant exigés qu'à l'égard des tiers. 

Quelque blâmables et déloyales que soient les manœuvres employées 
pour entraîner une partie â contracter^ la convention ne peut être an- 
nulée qu'autaiit qu'il est évident que, sans ces manœuvres, le contrat 
n'eût pas eu lieu. (Cour ùnpériale de Caen ; 29 mai 1860.) 

Chômage forcé. — L*ouvrier qui se trouve privé de travail en cas 
dé force majeure , notamment par suite du bris d*une machine , est 
fondé h obtenir, sur sa demande, son liVret après deux jeiirs révolus 
de chômage, si, d'après l'usage des lieux, les ouvriers qui s'ebseotent 
de l'atelier sans motif légitime pendant deux )oum conséoutifs peu- 
vent être instantanément congédiés. (Conseil des pntd'kammei de 
Lille: 19 juillet 1855.) 

Commis. — Le représepiant d'une mabon de commerce ne peut, 
tant qu'il est dans celte maison, et cela sous peine dédommages-in- 
térêts, faire des.ailairrs pour son propre compte; mais, à moins d'in- 
terdiction formellement blipulée , il peut , lorsqu'il ce^ d'être \ 
employé , fonder une maison du même geqre. ( Cour impériale de 
Caen; 2 mai 1800 ) 

' ' I 

En envoyant quatre francs de timbres^poste dans vne lettre affran^ 
ckie à r adresse de M. Bleui or, libraire-éditeitr, 5S», quai des Grands- 
Auguslins , à Paris , on recevra franco et par le retour du eotimer, 
l'ouvrage ayant pour litre ; 

LETTRE TOOCHART Vtimm DBS fiVt(}DI8 

PAR LE CLBRC1& ET LE POTPLE . 

du P. AuG. TiÎBiNER, prêtre de la Congrégation de l*Oratoirf^ 

traduite par Puàbé P. de GESUN et précédée d'un traité sw 
l'accord de l'autorité et de la liberté poi k traducteur. 

DEUX VOLUMES IN-DOUZE. 
Angers, imp, de Laine frères, rue Saint-Laud* 9« 



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s- 30. 



23 novembre 1861» 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré fiaraissant tous les samedis. 



U)lfINI8TliATI0N t 

qui àm GrmiuU-Aiigiiitiiit 
Ihiflnuiileé^BXiiBIOTg 



A PARIS. 



SOMMAIRE. 

LE XOXTVEMENT POPULAIRE DAK8 LES CSIOISADES. par Eugène 
PiNBL. - LES COXPAaMONS DE LA (SROZX.D'AROElfT . par dément 
JlîBT. -*LA PORTIÈRE DU FAUBOURa DU TEMPLE, par M. N. Amiault. 



A90NNB1IENTS D'UN. A» 

A partir li l*' le dufM mMt: 

Hàaea, ... 



S «• 

ovB »'ajb. • • • ■• • • e «• 

États-Ukis m l'Abémovi m !foo .Ta» 



LE MOUVENENT POPULAIRE 

DANS LES CROISADES ^ ( 5Hi7e. ) 



n. 

m BOUS aommes étendus longuament sur l'origino et les progrés 
iWpiit des Croifades, 
I seront plus courts 
I l'exposé de ces ex- 
pions elles-mêines. Il 
t nécessaire, en efiet, 
Eure bten comprendre 
Beat et jusqu'à quel 
lé k dëvouement aux 
fies saintes avait pé- 
fe les maesea ; mais , 

freliminairea posés 
0J8 suffira de placer , 
r ainsi dire , notre 
& sur ie cœur catbolio- 

de TEvrope et «l'np- 
cier, mittliomnlique 
t et par dca chiffres, 
foree des pulsations 
quelles le dévoue- 
[t, comme nn sang 
léreux, va donner 
Bnce pendant p 1 u 
Ts sièctes. En d'autres 
M» : nous ne racon 
UB pas les Croisades 
I tous leurs détails ; 
I nous bornerons à 
filer la part prise par 
Kuple à chacune d'eU 

Dans ee rapide dë- 
^rement, la premièru 
ni;tion aura droit cé- 
dant à une plus large 
)e que les autres. Elle 
en effet la réponse la 
i efBcace donnée par 
peu fies aux appels pu- 
I des Souverains-Pon- 
i et aux sollicitations 
êtes de l'enlLousias- 
et de la foi. Les pas- 
B des stands, leurs 
i^aines qoerellea, leurs 




LES CROISA DBS : Plusieurs durent engager jusqu'à leur bânciâra à des Juifs. (V. p^e i3(.) 



puériles rivalités rendront plus tard inutiles les dispontionsiéaérensefl 
de la multitude et ses vaillants efforts pour conserver oa reconquérir 
la Terre- Sainte; mais, au début dos Croisades, aucune de ces entra- 
ves n'existe encore, rentraînement est général et la pei^sée commune 
se traduit par un merveiileax accord d ms Ir dévouement. 

Au concile de Clermont, le pape Urbain JI avait fixé, pour le dé. 

paît des Croisés» lé len- 
demain de l'Assomption 
de l'année 1096 ; c'était 
accorder huit mois aux 
préparatifs : Timpaticnco 
populaire ne put souffrir 
un tel retard. Les riguéurf 
de l'hiver suffirent à peine 
à retenir les. plus empres- 
sés, il semblait au con- 
traire que les délais con- 
tribuassent i augmenter 
l'effervescence générale. 
La croisade était devenue 
r u n i q u e occupation de 
tous les esprits ; chacun 
abandunnàit les travaux 
do sa profession et le soin 
de sa fortune pour s'en- 
tretenir uniquement de 
Jérusalem et de Texpédi- 
tion prochaine, but com- 
mun de tous les désirs. 
« Les terres, les villes, 
les châteaux pour lesquels 
on s'était . f lit , la guerre 
perdirent to ti t-à-co'u^ 
leurs prix, aux yeux de 
leurs possesseurs^ ot. fu- 
rent donnés pour des 
sommes modiques à ceux 
(jue la grâce de Dieu n'ar 
vait point touchés, et qui 
n'étaient point appelés au 
bonheur de visiter les 
saints lieux et de conque- 
lir l'Orient *. » Chose 
merveilleuse 1 le désir de 
se purifier en travaillant 
à la gloire de Dieu et au 
salut de l^urope se com- 
muniquant de proche en 
proche comme la flamme 



Mrls ■•«• rOiifri#f du SS octobre. 



1 Miclumd, Histoire dâs Croisades, Umt ier. 



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234 



L'OUVRIER. 






d'un incendie, embrasa Ju3qu*â IMme des malfaiteurs et des brigands. 
On les vit en grand nombre sortir de leurs retraites ignorées, confes- 
ser publiquement leurs crimes et demander comme une faveur de 
reeeToir la croix et d'aller laver leurs souillures dans le sang des In- 
fidèles. Enfin , les Mens de ce numde semblaient n'être plus pour 
personne jun motif de sollicitude : au milieu de la disclle générale» 
les vilres-sévèndatert à vil prÎK. '' 

~ A peine \e printemps eut-il paru qu'une foule considérable de 
croisés se trouva pràe i partir. De tous les points de la France on 
90 dirigeait vers les lieux indiq,ué§.cotnme points de ralliement ; des 
peuples tusMUttia les im des autres , de langues ^t. 4q mœurs va* 
riM, se trouvérenl teut-^i'-cetip en ration ^ Des familles» des vH- 
]bigef entiers partirent pbur la croisade. • On Voyait la vieillesse & 
càté dû Tenlânfifi* Vopulence près de la misère; le casque était con 
fondu avec le froc, la mître avec Tépée^ le seigneur avec les serfs , 
k. maître avec ses serviteurs. Prés des villes, près des forteresses, 
dans les plaines,, sur ks montagnes, s'élevaient des tentes « des pa- 
vîlloas pour les chevaliers^ et des autels, dressés k laliâte, pour 
Tofiice divin , partout se 4éplojait un appareil de guerre et de fête 
solennelle. D*uo Ma un^ef militaire exerçùt ses soldats i la dtsci* 
pline ; de Tautre , un prédicateur rappelait i ses auditeurs les vérités 
de l*Ëva9giIe; ieÎM^B.enleadait le bruit des clairons et des trom- 
pettes ; pl^sjoin, on. chantait des psaumes et des cantiques. Depuis 
le Tibre jusqui TOcéan, et depuis le Hhin jusqu'au-delà dés Pyré- 
9fSes, on m renco^tcaH <ius des troupes d'hommes revêtus de la 
croix , jurant d*e^ter9iiner les Sarrasins , et d'avance célébrant leurs 
conquêtes; de toutes parts retentissait le cri de guerre des croisés : 
Dieu. le veuti Dieu le veu^! te» pères conduisaient eux-mêmes leurs 
en&ntSf et leur disaient jurer de vaincre ou de mourir pour Jésus- 
Çhr^f. Les guerriefS s'arrachaient des bras de leurs épouses et de 
IqUfirs.Tamiiles, e^ prpm.ettaient de revenir victorieux. Les femmes, 
lès vieillards, dpl^t la (faiblesse restait saus appui, accompagnaient 
leurs fils ou leurs époui; dans la ville la plus voisine, et, ne pouvant 
se séparer des objets de leur afl*ection , prenaient le parti de les suivre 
jusqu'à Jérusalem. Ceux qui repaient en Europe enviai^t le sort des 
croisés et i(ie pouvaient retenir leurs larmes ; ceux qui allaient cher- 
cher la mort en Asie étaient pleins d'espérance et de joie ^ » . 

Pierre l'Ermite avait jusque-là continué ses prédications à travers 
la Bourgogne, la Champagne et la Lorraine ; bientdt il se trouva à la 
tête de 100,000 personnes : hommes, feaunes, enfants, vicâUards, 
qui le conjuraient a^ec larmes de les conduire au tombeau du Chri.^t. 
Cette multitude était presque entièrement composée de peuple. La 
richesse, la gloire et les honneurs sont des embarras pour le-dévouo- 
ment ; il éclate toujours plus vif et plus pressant daias les imes libres 
de tout soin et de tout intérêt matériel. La pauvreté, surtout la pau- 
vreté volontaire, voilà, pour le dire en passant, le secret du dévoue- 
ment dans la société chrétienne, notamment dans les ordres religieux. 
A ce peuple dépouillé, il fallait' un chef aussi pauvre que lui, et l'on 
, vit bientôt, à côté 4e Pierre l'Ermite, nn pauvre seigneur, Gauthier- 
sans-Avoir, ainsi nomm^^ disent plusieurs historiens, de ce qu'ayant 
engagé tous ses fiefs jiour subvenir aux frais de la croisade, il était 
considéré, d^sprès les règles de k féodalité , comme im homme sans 
avoir, âauthiér fit traverser toute l'Europe à sa troupe, mais il ne put 
imposer à cette multitude une discipline bien sévère, et la soustraire 
à la vengeance cruelle des Bulgares. Des 100,000 âmes qui raccom- 
pagnaient, â0,000 à peine arrivèrent à Constautinople, indiquée à 
tous les croisés comme le point central de réunion. 

Les compagnons de Pierre l'Ermite et de Gaulhier-sans- Avoir 
étaient presque tous français ; les Allemands voulurent fournir aussi 
leur contingenta la croisade. Uu prêtre du Palatinat, Gotschalk, 
parvint à réunir $0,000 hommes, à leur tour massacrés en Hongrie 
oik la misère leur avait fait commettre quelques excès. Une nouvelle 
amée allemand^., sous la conduite du prêtre Volkmar et du comte 
EaÔÊom n^ent guère plus de bonheur et se trouva décimée avant d'at- 

* IfiolMMi : HiëU^ènê d^ Cmdadât , tome I". 



teindre Constautinople. 

Mais les véritables armées , celles à qui fiait réserve la gloire de 
d(^livrer Jérusalem , se préparaient enfin au départ. Citaient : à Test 
80,000 fanta?sintf et 10,000 cavaliers dont les principaux chefs étaient 
Godeftoy de Bouillon, duc de Basse-Lorrains^ses deux frères et 
l'élite de la noblesse du Rhin ; au nord et^ l'ouest Jies Bretons et les 
Normands, avec Robert Cou lie-HéuseVAQud^iBret^&ïTRUêri 
de Flandre et Hugues de Yermandois; au sud, Raymond, comte de 
Toulouse, Adhémar, évêque du Puy, toute la.n^)^MS^deC<^iV0iua* 
du Languedoc, de l'Auvergne , de la Provence, et plus de ^00,000 
combattants. 

Parmi les barons fit les chevaliers i)ui partait âin&i poui^fà Yerre- 
Sainte, beaucoup avaient imité Texemple dé Gauthier-saosTAvftir ekoédc 
leurs djomaines pour s'armer eux et leurs vassaux ; plusieurs niême 
durent, en roule, engager jusqu'à leur bannière à des juifs, spécula' 
leurs avides, dont Ter éeiU put} encertlii^ ipo^eft^ ti^Jtt Croisés 
de leur détresse. De rudes épreuves attendaient en effet les valeureux 
enfants de la Croix. '■ - 

{La suite au prochain -numéro,) Eugène Pénel. 



LES GOHPAGIVONS DE U €ftOIX^D'iiRG£NT ^ 



CHAPITRE XVIL 
Le désespoir d'un bossa. {Suite,) 

A l'horizon , du côté du jour qui , de minute en minute, devenait 
plus vif, se profilaient déjà distinctement sur le del Vincennes et ses 
sept tours quadranguhires, Bicêtre et ses tourelles pointues, plus 
près , les clochers de Saint-Antoine-des^hamps et la oasse* sombre 
de la Bastille à demi démolle déjà , et sur laquelle semblaient encore 
planer la fumée et le souvenir de la grande émeute. 

Le Rouleur contemplait cette scène avec une admirs^oosiogulière. 

Jamais il n'avait vu , ou plutôt jamais il n'avait regardé ce beau et 
grand spectacle du soleil levpH. 

Il était comme perdu dans les sentiments qui le dominaient; il atten- 
dait le moment précis où le soleil , s'élevant sur les oolUneB de Join- 
ville et de Charenton , paraîtrait dans toute sa splendeur* . 

Tout-à-coup , la tour sur le haut de laquelle était le Rouleur s'é- 
branla. Les cloches, dont rÉveillé n'avait jamais, entendu d'aussi près 
les vibrations sonores , frémirent quelques mètres au-dessous de lui. 
' L'angélus du matin s'éveillait dans la vieille tour gothique. 

Le carillon métropolitain n'eut pas plutôt lancé dans l'air ses pre- 
mières trépidations , que de toutes parts les carillons paroissiaux lui 
répondirent. 

Comme un incendie qui s'allume sur plusieurs pointai la fois, 
l'immense harmonie s'agitait à tous les coins de l'horixon. 

Avant la Révolution , les églises de Pans étaient infiniment plus 
nombreuses que de nos jours. A côté de Saini-Séverin dont la tour 
carrée soutient aujourd'hui encore une flèche aiguë , décorée de lu- 
cames et coiffée d'un lanternon, s'élançait le clocher de Saint-André- 
des-Arts , vieille église bâtie au lieu même où s'étend aujourd'hui la 
place du même nom , le clocher de Saint-Yves , l'église des Avocats au 
bas delà rue Saint4aeques , au coin de la rue des Noyers, la tour des 
Mathurins , dont le couvent aliénait à 1 hôtel de Chmy , le donjon de 
Saint-Jean-de-Latran, qui prit au commencement de ce siècle le nom 
de Tour-Bichat, du nom du fameux anatomiste. 

Plus loin , vers le midi , autour du faite de Saint-Nicolas-du-Char- 
donnet, se dressaient Saint-Jeande-Beauvais et les hauts cloîtres des 
Bernardins. A l'horizon s'arrondissait derrière le Jardin du Roi, fondé 
par Bufibn , le dôme de la Salpêtrière , construit sous Louis XIV. 

La montagne Sainte-Geneviève était comme cachée dous une fbrèt 

< La r^fr9amoii<m e«< intêrdiu. — Voir les w de {'Ouvrier du 3 août au it 
novembre. 



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rOÛVRlER. 



1S$- 



ie flèches et de tours. Le dôme de Véglise consacrée à la patronné 
de Paris ^ nouvellement bâti par Soufflot, dépassait, masse immense, 
la tour svelte et élégante de Sainl-Élienne-du-Mont , la tour voisine 
de Tabbaye Sainte-Geneviève , aujourd'hui comprise dans les bâti- 
ments du Lycée Napoléon , les flèches de Saint-Benoît et de Saint- 
Hilaire, de Sainl-Étienne-des-Grès , pauvres églises groupées autour 
de la So'rlÀAne. 

Dans une partie du ciel plus occidentale s^élevaient les tours mo- 
derties' rfe Sirat-Siilpice , celle de Saint-Germain-des-Prés , au-dessous 
desqiielles les Petits-Âugustins , l'Abbaye-au-Bois , Saint-Th ornas - 
d^Aqufn'dressaient leurs clochetons surmontés de croix et leurs toits 
couverts d'ardoises. 

La rive droite h"était guère moins riche : derrière THÔtel-de-Ville, 
Saint-Jean-en-Grève dressait ses deux flèches auprès des grands 
combles de Saint-Gervais. 

Aif-deli , un peu vers le midi , la croix d'or de Saint-Paul se dé- 
tachait comme une étoile brillante sur la masse sombre des toitures 
du Petit-Saint-Antoine. 

Vers le nord , Sainte-Croix-dcla-Bretonnerie , Saint-JuFien-des- 
Ménâfiers, église construite rue Saint-Martin, aux frais de deux mu« 
siciei» italiens; Sâint-Magloire , Saint-Luc , Saint-Gilles, avec ses deux 
petites tourelles carrées que couronnent des flèches d'ardoisés ; Saint- 
Jacqac^è-f Rdl^ital, Saint-losse, le Saint-Sépulcre, Saint-Méri, Saint- 
Bon , avec sa tour divisée en étages et sa campanile de bois travail- 
lée à jinii^^ ' 

En' se rapprochant de la Seine , Saint-Jacques-la-Boucherie dont la 
structure élégante et hardie a protégé la tour contre la destruction, 
Sainte-Catherine et les Saints-Innocents. 

Au couchant , les églises de Saint-Germain-rAuxerrois et de Saint* 
Eustache dressaient, Tutie ses clochetons, et l'autre son faite aérien. 
Enfin , dans la cité , autour de la cathédrale , s'élevaient une foule 
de «hapellerf^ et d^oratoifes : Sânt-Jean-le- Rond , Saint-Pierre-aux- 
Bœufs , Saint^Marine , Saint-Christophe , Saint-Aignan , Saint Landry, 
Saint- Denis-de-la-Châtre , Saint-Symphorien , Sainte-Magdeleine , 
Sainte-Croix-de-ia-Cité , Saint-Pierre-aux-Arcis , Saint-Barthélémy , la 
Sainte-Chapelle , Samt-Mtchel , Saint-Eloy , Saint-Martial , Saint-Ger-» 
main-le-Vteil, Sainte-Genevfève-des-Ardents , et derrière le chevet de 
réglise métropolitaine, à la pointe de l'île, Saint-Denis-du-Pas. La 
cité était fière de ces vingt chapelles élevées au cœur du vieux Paris 
parla IH du moyeii'âge. 

Quand les clochers , les campaniles , les tours , les tourelles , les 
clochetons et les laiftermms agitèrent de toutes parts ieuis carillons 
peur l'angélus matinal, ce fut comme un immense concert cpii s'éleva 
dans les airs. 

La prière eommeneée par la cathédrale était répétée dans toute la 
viUe. 

L'Éveillé refiardâit le spectacle de plus en plus grandiose que le so- 
leil levant éclaii^it ; il écoutait les cloches voisines et lointaines qui 
toutes à li fois , pnis tour â tour, prenaient la parole pour louer Dieu 
et clianter aux hommes V Alléluia de l'espérance. 

Le spectafenr de cette scène était comme sur un rocher au milieu 
d'un océan de lumière et d'harmonie. 

Après quelque temps passé dans une sorte d'extase , il descendit 
lentement l'escalier qu'il avait monté d'un pas si rapide. 

Chose singulière! il ne remarqua plus les monstres diaboliques 
gfûûpés dans l'architecture du vieux monument , les guivres aux 
ventfttt difformes , les tarasques au col tendu et aux gueules de 
pierre. Il ne voyait plus que ces belles statues d'anges consolateurs 
qui montrent du doigt aux misères de ce monde les récompenses de 
l'autre. 

Comme â atteignait la place, le souvenir de la singulière rencontre 
qu'il af ait laite avant le jour lui revint â l'esprit. 
M fshecthà des yeux la pauvre femme et son enfant. 
Il ne les vit point : la place n'était traversée que par les campa- 
gnards qui $ë rendaient aux halles ^ les fournisseurs qui apportaient 
Itors marchandises i l'Hôtel-Dieu, et les femmes qui allaient a la es* 



thédirale entendre la messe du matin. 

L'Éveillé entra dans la vieille église, et le corps brisé parla fatigue, 
le cœur par le regret du crime qu'il avait été si près de comnietlre * 
il pleura et pria. 

CHAPITRE jym. 

Le lirre de H. Guillotin. . _ 

Pendant que le désespoir conduisait le milheureux Houleur jus- 
qu'au bord du crime , fct que Dieu le ramenait au repentir par une 
miraculeuse protedum » M. Guillolin passait k nuit dans la chBmbr^ 
de Claude Chopin. 

Le sommeil du malade fut paisible i Tac ces de la soirleavin éiê 
l'adieu de la souffrance. Claude dormît avec un calme si parfait que 
le médecin put prévoir et annoncer une guérison rapide. 

L'homme de scteiiice veilla au milieu d'un iravail assidu* !l écrivait. 

De temps en temps il s'arrêtait. 

Il prenait entre ses mains sa belle tête pleine de pensées i et il 
méditait^ 

Sa plume courait quelques inetanls sur le papier. 

Puis le docteur s'arrêtait encore ; il ôtait tentamenl ses liuwttes 
d'or, et il en essuyait Iranquillement les verre^i. 

Le jour se lève de bonne heure au mois de juillet. 

Quand il parut , la fatigue avait gagné le vieux médecin i il dor- 
mait devant les feuilles de papier étendues sur la table. 

A cinq heures, le père Brûlot entra dans La chambre avec lee pr&^ 
miers rayens du soleîL : $ 

Le bruit réveiUa le docteur* 

— Ah ! c'est vous , fit*il , en se redressanl et en reprenar^t sa 
plume , c'est voua , père Brulol. 

Brûlot, voyant M. G u il lot in devant la table de son travail impro- 
visé , la chandelle allumée , alors que le jour éclairait ddjâ la cliani- 
bre , fit un geste d'admiration surprige el respectueuse. 

— Est-il permis de travailler ainsi ! docteur, vous vont tucreï î 
— - C'est possible , répondît en souriant le médecin : en tous cas, 

cela vaut mieux que de tuer les siutres I 

— Mais, que faites- vous donc ainsi, demanda Taubergisle en .^'ap- 
prochent de la table où étaient éparses les feuillet d'un manuscrit , 
c'est donc un livre que vous écrivei ainsi T 

— Oui , mon ami, un livre pour le Roi. ' 

— Est*ce qu'il est malade , le Roi! 

— Non , grdce à Dieu , et en tout cas mon Uvr« ne le guérirait 
pas. 

— C'est done un livre de politique? 

— Peut-être. 

— De science»? • , » 

— Un peu. 

— C'est un livre qui fera du bruit? 
. -^ J*espère que non, 

— Du bien? 

— J'espère que oui. 

Le père Brûlot ne comprenait pas beaucoup ce que vonlaît dire le 
docteur. 

— Tenez, lisez, el M. Guillotin fit passer sous les yemc de son 
hdte les feuilles dn manuacHt qui porbienl chacune le titre d'un cha- 
pitre différent. 

— Uécartelement , lut â haute voix le père Brûlot* 
Le docteur lui présenta une autre feuille. 

— La roue, El Taubergistf^ ouvrit de grands ïeui. 
Il regarda le troisième feuillet, 

— La pendaison. U inlerrogea d*un geste de tête le médecin. 

— Continuez, fit celui-ci, et il lui tendit le titre d'an nouveau 
chapitre. 

— Le pilori, La surprise était de plus en plus vivement expriui*'^* 
sur le visage du digne aubergiste. 

Le docteur ne se lassait point d'avance r les pages d^ manuscrit rous 



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138 



L'OUVRIErt 



ÏH regards de son tiAtc. 

— Ltgihft. t^. père Brûlot enaîtiina le vis^^ge de M. Guillotin. 

— Alle^ toujours l répondit celui- ci à la «juesUan muetle. 

— Lfi bûtfomwl$, 

— El puis ? t 

— Le bûcher. 

— Ne vous kfisez pii, * 
"* La décQikfmn^ 

~^ Ce n'est paR touL 

-^ Ensuite. 

^^ lu mutilatitm. 

Les càeveui de Tbonnâte Bmlot se dressa îent sur sa tête à la lec-> 
ture de ces litres formidables. 

--~ C'est affreux , t'écHa-t-il «n dé tourna ni ïes yeux , puis interro< 
gemt le docteur. ^- C'est doue un Evreeur les supplices? 

— OuL 

— Sur loua? 

<— > Sur tous \m supplices que l'on connaît , et sur un nouveau 
moyen de faire mourir les condamnas. 
L^expUcalioit n'expliquait tim. 

— Comment ! fit Brnlot toujours très -étonné , un nouveau sup- 
plice! 11 n*y en 9 donc pis assez? 

— Si fait, il y en a trop ! 

— Uaîa alort? voua en avez intentS quelqu'un de bien terrible 
pmir tenir lieu des autres ? 

— Oui p j'ai imaginé un système pour ôter la vie I ceux que la jns- 
liee bumaine condamne 1 la perdre , raaii ce système aura pour effet 
de tuer S'en faire longtemps souffrir, 

— Sans faire souffrir? 

<^ Le patient s^ouffrira , mais pendant un espace de temps mathé-* 
manquement inappréciable. 

Le père Brûlot amt l'âme aaseï grande pour comprendre ce qu'une 
pareille iavenlion , si elle répondait aux espérances du docteur Guil- 
lolink avait de conforme aux intérêts de limmantté. 

— VoîU une bonne et grande idée l 
-^ Vous tr^uvet ? 

L*œD du vieux médecin s'illumina d'un éclair de joie radieuse. 

— Sans doute, reprit le père Brûlot; qwtnd le condamné meurt 
au milieu d'atroces bouffrances , comme ceux que Ton pilorie ou que 
Ton roue, il ne peut penser à Dieu devant qui il va parattre. 

— G'eal bien pensé , dit le docteur ^n tendant affeelueusement la 
main I Piubergiste , vous m'avez compris , vous ^ 

Le médecin expliqua au père Brûlot le système de la nouvelle ma- 
ebine , qui devait prendre, i quelques année* de li , le nom de guil- 
lotine. 

— Pourvu , observa Taubergiste , qu'avec ce moyen d'abréger les 
souffrances on ne multiplie pas les exécution a. 

Le docteur plîit légèrement. 

— Ce serait affreux î penser, murmura4-il ; et il ajouta : Plaise â 
\ Dieu qu'il n>n soît p^s ainsi. 

\ Les deux hommes s'étaient approchés du lit de Cl^iude Cbopin. 
CeluiH^i était complètement réveiUé, 
Le docteur lui tdta le pouls. 

— Voua êtes guéri , mon garçon , dit-il au makde , après un mo- 
ment de silencieux examen. 

\s pouls était parfaitement calme, 

Claude Chopin avait retrouvé toute sa tête ; il demanda quelques ex- 
plications iur le lieu oil il était » et le mal dont il avait souffert. 

Son oncle lui raconta en dél il ee q i s'éiait passé , mais il ne lui 
parla pas de la tentative d*em foisonnement dgnt le pauvre Chopin 
avait &ilU être la victime. 

•^ Maintenant, ajouta le docteur , dites- nous vous-même votre 
kiitoire , et comment voua avex mis trois jours â venir de Vincennea 
ebfî votre oncle? 

Lt tout mr Ttvint 1 Claude du liknee qu'il afiit promii aui Corn* 



I 



pagnons noirs de garder sur l'attentat criminel dont il avait été 
victime. 
^ Je ne me rappelle rien , murmura-t*il » < 

— Rien? fit le docteur surpris. 

— Non... rien. 

— Depuis quand ? 

— Depuis que j'ai quitté Jean Rouget â Vineeines. Tavais chaud ^ 
j'étais fatigué , je serai tombé sur la route... 

— Tu nous trompes , interrompit le père Brûlot. On t*a vu sur b 
place de la Bastille sortir d'un tonneau ? 

Claude pensa â sa mère. S'il parhiit , il compromettait la vie de id 
vieille femme. Il se rappelait la menace de Chaulât. 

— Tu nous trompes , reprit le père Brûlot avec foroo. Parle , il 
faut parler. 

Claude ne répondit rien. 

— Noift sommes tes amis , réponds-moi : ce aont lea Compagnons 
noirs , n'est-ce pas ? 

Claude baissait la tète. 

— Je ne me rappelle rien, murmura-t-U. 

— C'est bon , interrompit le docteur en faisant un signe tu père 
Brûlot , reposei-^ous eneore un peu , mon garçon^I Noua roparlerons 
de cela. 

CUude laissa retomber sa tête sur Toreiller , heureux d'échapper â 
des questions qui l'embarrassaient. 

Le docteur et l'aubergiste sortirent. Us s'arrêtèrent fur le palier , 
en haut de l'escalier, devant la porte de Claude. 

— Brûlot ! fit H. Guillotin. 

— Docteur! 

— Savez- vous des ennemis i votre neveu t 

— Pas d'autres que les Compagnons noirs. 

— Bon : il n'en est pas entré ici hier? 

— Certes non! mon toit n'en a jamais abrite un aeuï. 

— Aviez-vous des voyageurs hier soir? 

— Aucun. 

^ Qui est entré dans la chambre de votre neveu? 

— Personne que moi , Finette et le Rouleur. 

— Vous n'avez aucune raison de croire que votre fille ttt fouiu 
empoisonner son cousin. 

— ; Non , mon Dieu ! bien au contraire I 

Brûlot était troublé de la gravité avec laquelle se pressaient lea ques- 
tions du docteur, mais il y répondait avec saog-froid. 

— Et ce garçon bossu que vous, appelea le Rouleur t 

— L'Éveillé? , • 

— Oui ! l'Éveillé. 

Le père Brûlot fit un geste de surprise comme frappé d*uiie idée 
subite. 

Il raconta au docteur l'aveu que le bossu avait fait, de ton amour, 
i Mlle Brûlot. 

— C'est ma fille qui me l'a raconté hier soir même, eu ne seuhai- 
tant la bonne nuit , «jouta-t-il en recueillant ses sonvenira. 

— C'est bien ! répondit le docteur Guillotin • eu homnie certain 
de ce qu'il doit faire , vous ne soupçonnez personneT 

— Personne. 

— Alors , au revoir. 

— Vous vous en allez ^ 

— Oui, et bien vite. 

— Est-ce que ce poison vous inquiète? C'est quelque maladreass 
du pharmacien. 

— Non , mais restez tranquille. 

— Comment? vous m'effrayez î 

— Je reviendrai ce soir , au plus tard demain : jnaque 11 ne Eûtes 
rien , ne dites rien et soignez votre neveu. Forcez-le de rester aniit 

En disant ces mots le docteur sortit de l'auberge de h Cretx-d'Ar- 
gent. 

En franchissant le leuil , il murmurait tout bH : f B | A W vu ni» 
tère , qui évidemment cache un prime. « 



k 



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UOVVhiEn. 



Î3Î 



CHAPITRE XIX. 



La Châtelet. 



ArextrémHé deVaneiett Pont-au-Change, à It plac« où l'édilité 
ptrisiemie a récemment, detant la chambre dea notaires , planté des 
irbres et transporté une gracieuse fontaine , k l'endroit où 8*agite 
aioardliui tont le mouTement d*une grande ville , se dressait» il y a 
cent ans, le sombre et silencieux édifice du Châtelet 

Câaît originairement la forteresse qui défendait la Cité de Paris, 
et le passage du grand pont. 

La Seine coulait au pied des bâtiments , dont elle n*était séparée 
qoe par une petite grét e. . 

Ce quai naturel s'appelait V Apport-Paris, parce que c*était U que 
l'arrétueiit toutes les marchandises qu'on foulait faire entrer dans la 

En amont de TApport-Paris s'étendait le quai de Géfres. 

Ce quai eommmûquait du pont Notre-Dame au Pont-ao-Change par 
06 galerie garnie de boutiques des deux côtés. 

En afal du Chitelet c'était le quai de la Mégisserie ou quai de la 
Ferraille. 

La première de ces dénominations du quai venait de ce que, très* 
aadennement, il était habité par les tanneurs et les marchands de 
peaix. qui s'appelaient mégissiers. 

Au «entre de ces deux quais peu élevés et que l'eau du fleut e cou- 
init aux moindres crues, s'éleîraient les bâtiments massib du Châ- 
telet 

Le Châtelet était une prison : les caves humides, plus basses que la 
Seine, quelquefois envahies parles eaux, renfermaient un grand nom- 
bte de pns<^iers. 

An-dessos de la prison , de grandes salles étaient les prétoires de 
h jiridictioo civile et criminelle, le parquet des gens du roi, les 
ehaiDhres des notaires, et dans une partie reculée des bâtiments, les 
boreanx de M. le^ lieutenant général de police. 

Commencé au X« siéde, restauré an XV«, considérablement agrandi 
NOS Louis XIV, le Châtelet était d'une architecture triste, lourde, sans 
einetére. 

Ce qu'on remarquait dans cet édifice où rien n'était remarquable» 
e*^tait la profonde tristesse répandue des combles aux fossés sur 
toutes ks frçades, entrevue à travers les ienètreè, les lucarnes, )es 
«ils de bœuf et les meurtrières. 

-La partto la plus triste de ce triste édifice était occupée par M. le 
lieutenant de police. 

On y parvenait par une petite cour profondément encaissée entre les 
bats bâtiments^ 

Ni r«r, ni le soleil n'y descendaient jamab. 

On n'y entendiôt que les gémissements des prisonniers enchaînés 
dans les cnchols etlM cris des geôliers. 

An fond de la cour, un petit perron de dnq ou six marches étaii 
gtfdé, d'un côté, par un lion en bronxe, qui mettait la griffe sur une 
tortue, et de l'antre par un therme en marbre, couvert di* 



Du perron on entrait dans un vute vestibule, où se promenait ma- 
giitndement un suisse, personnage architectural A l'angle duquel se 
dressait une hallebarde. 

Nous ne voyons plus guère aujourd'hui de ces suisses que dans les 
«églises. Avant la Révolution il y en avait dans toutes les grandes 
maisons. 

Ce personnage ouvrait, à ceux qu'il jugeait dignes d'arriver jusqu*.' 
m Excellence M. le lieutenant de police, une porte qui donnait accè.« 
daos une suite de grands salons mal meidilés, toujours vides et froid 
eomme l'hiver. 

Au fond d'une galerie, dans un petit ealinet , M. le lieutenant du 
fisliee é9nét set audiences » travaillait , signait i es mandats , et 
déponibit Vimmimê tmmfmiwM iterète fui lui éutt adrifiée. 



En 1789, le lieutenant général de police était M. Thironx de 
Crosnes. 

Fils de Mn« Thiroux d'Arcarville , célèbre au XV11I« siècle par son 
esprit et la petite société dont elle était l'âme, Thiroux de Crosnes 
avait été â td ans nommé maître des requêtes. 

Il s*était rendu célèbre en faiunt réviser Tarrét rendu par le Par- 
lement de Toulouse contre Calas. 

Les philosophes Vivaient protégé : d'abord intendant de fUuen, 
puis de Lorraine» il avait, en 1785, été nommé lieutenant général 
de police, par le roi Louis XVL 

Il avait marqué \p début de son administration en ordonnant la 
suppression du cimetière des Innocents, situé au miUea des 
Halles. 

C'était un homme tin , très-habile , et connaissant parfaitement les 
secrets d'une administration comme celle à la tète de laquelle M se 
trouvait placé. 

Jamais en France , sous l'ancien régime, la police ne fut mieux laite 
que de 1785 à 1789. 

Deux fois chaque jour le lieutenant général passait trois ou quatre 
heures dans le cabinet sombre du Châtelet. 

Il y venait le matin :^sur sa table il trouvait^ rangés en ordre parfait, 
les rapports de ses nombreux agents. 

Chaque rapport renfermait quelques indications précieuses. 

Le secret d'une conversation confidentielle , surpris le soir , A une 
heure avancée, passait le lendemain matin sous les* yeux de M. le lieu- 
tenant général. 

Le soir, il (avait ce qui s'était dit le matm dans les arrières salons 
du café Procope, rue de l'Ancienne-Comédie, oA, avant la Révolution, 
se réunissaient les philosophes. 

M. Thiroux de Crosnes tenait tous les fils de l'immense réseau qui 
enveloppait les mystères de la capitale, de la ville et de la cour. 

Du jour où les États-Généraux s'étaient réunis, le lieutenant géné- 
ral de la police était plus occupé que jamais. 

Depuis le Î9 mars 1667, jour où S. M. Louis XIV avait nommé mes- 
sire Gabriel-Nicolas de la Reynie, lieutenant général de police, jamais 
aucun des nombreux titulaires de cette charge importante n'avait lu 
tant de rapports, eu connaissance de tant de secrets, tenu les fils de 
fant d'intrigues , pénétré autant de mystères que M. Thiroux de 
Crosnes. 

Un jour, c'était un avocat d'Arras, nouvellement débarqué A Paris, 
et qui, nommé député aux États-Généraux , rompait, dans l'intimité 
des conversations privées, le silence qu'il gardait dans l'Assemblée : 
il tenait des propos vagues, mais terribles, d'après lesquels il n'aurait 
fallu rien moins que pendre, à Montfaucon, le roi et sa famille. L'a- 
vocat d'Arras, inconnu alors de tout le monde et dont les déclamations 
révolutionnaires n'avaient encore d'écho qu'au Châtelet, avait nom 
Maximilien Robespierre. 

Un autre jour, c'était un jeune homme d'origine champenoise, fiU 
d'un magistrat de Guise, avocat sans cause, qui, dans un café du Pa- 
lais Royal, avait crié : Moft aux aristocrates ! Le J4*une roVin voulait 
devenir homme de plume, et l'on annonçait i M. le lieutenant général 
qu'il allait paraître un journal intitulé : Révolutions de France et de 
Brabanl , dirigé contre la royauté. Le rédacteur était le jeune sédi- 
tieux du Palais-Royal, il s'appelait PierreJjOuis-Camille Desmouliuc : 
iléuitnéen 1760. 

Dans un autre rapport, on dénonçait i M. le lieutenant généra, 
qu'un avocat au Conseil du roi, né en Champagne, comme lo rédac- 
teur des Révolutions de France et de Brabant, encore jeune et très-ir- 
réligieux, se préparait à fonder une réunion de citoyens pour le cen* 
V rsemcnt do la noblesse, de la royauté et de la religion. 

— Ce monsieur veut renverser bien des choses ! murmura M. h 
lieutenant général, Comment s'appelle-t-4? Il lut avec quelque peine, 
le nom était mal écrit, Georges- Jacques... Danton. 

— Voilà un nom que je ne connais pas , ajouta-t-41 après un mo« 
ment de /lilenee. 

Toni lei matmi M* le Ueulcoant général recevait ainsi une fuub 



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t^ 



L'OUVRIER. 



dlndica lions sur ïm principaux meiienrs de la révolution prête â 
édater. 

Le ifl juillet , an matin i il 4tiît de tréB-bonne heure dans son ca- 
ï>înet. 

U dépouilbit avec rapidité sa volumiitease correspondance. 

Aprèi plaf^ieurs rapports auxqiinls M. de Crotfnes ne parut pas atta- 
cha! r une grande im porta n ce, il ouvrit une lettre an dos de laquelle 
s'étaUU un Large ciehet de cire bleu. 

il lut catle lettre très-» Itentive ment. 



( Lu #vj j« au prttchain numéro,) 



Clément Jus*". 



L4 PORTIERE DU FAUBOURG OU TEMPLE \ 



/ . CHAPITRE f. 

Bonne vie , lionne mort. 

te*eecy£Îastique , accompagné d*uu clerc de Téglise et portant le 
i^int-Sicremenl , arriva juste au moment où touc les apprêts .de la 
cérénioiiie se irouvaient tflrniinés, 11 fut àlifié de trouver la petite 
chambre de Mélanie transformée en chapelle. Dans les arrangements 
et surtout dans k composiUon dr?B détails , auxquels» sans contrôle «t 
avec un*î aeliTité surprenante , avait présidé M^c Ribou, on remar- 
quait bien quelques excentricilés ; ainpi, elle avait cru devoir joindre k 
#e« tableaui un grand baromètre i cadre doré, donné à ses concierges 
par le propriétaire au jour de l'an ; mais son bon vouloir, son inten- 
tion si louable, sou dévouerneot, soffiîaient, et au-delà, pour toutex- 
cuaer 

Sur la petite Uble , parée d'une serviette blanche , était placé le 
chiiat de Mélanie, ainsi que deux chandeliers, garnis de bougies roses 
pr M*»* Ribou. L'ecclésiastique y déposa le SaintrSacrement. Après 
l'avoir adoré, il prit de Teau bénite dans un vase qui avait été apporté 
de réglise, et en répandit sur la malade et sur toutes les personnes 
présentes, paruii lesqueller se trouvaient les concierges, ainsi que la 
femme d^un ouvrier, doreur sur porc'lain^, habitant le troisième étage 
de U maison. Mi^* Eibou plongea aussitôt sa main jusqu^au poignet 
au beau milieu du vase , et après avoir laii un grand signe de croix, 
se mit i genoux près de son mari, auquel elle lança un regard plus 
que ^igniieatifr qui le força bien ^île à rîmiler. Citait peutrêtre la 
pr^mi^re foie que le tieuï soldai prenait c*tte position depuis sa pre- 
mière communion. 

Aucune parole ne peut exprimer la piété toute céleste , la foi me 
et ardente . les sentiments et les paroles angi^liqiies de Mélanie pen- 
dant la cérémonie si louchante qui se passait dans cette pauvre man- 
sarde. Les assistants étaient émus jusqu'au fond de l'âme ; M™* Ri- 
bou îï3n|l»tait comme une Madeleine , et le père Ribou lui-même 
s' essuya plu lieu rs fois les jeux avec la manche de son vieil uniforme 
de l'Empire que M°i' Ribouiui airait fait endosser. 

L'ecclésiastique ayant achevé son pieox ministère et adressé quel- 
ques paroles pleines d'onction et d'une bonté toute paternelle à la 
malade, I ses parents et aux personnes présentes, M»® Ribou se char- 
gea de le reconduire, t Ah î monsieur, * lui dit-elle avec une vive 
sensibilité, lorsque recclésiattique eut descendu les dernières marches 
de Veacalierp i quel bien vous leur avez fait à ces braves gens, et i 
■ dette pauvre petite , et à tout le monde 1 le ne sais vraiment pas. 
• comment totis remercier pour euï... Mais croyei-vous, monsieur, 

* Voir les B* de YO^^vritr des 1} et l@ novembre. 
Nous devons rmtorisalion de repToduiro cette charmante nouvelle, extraite 
ÛCM N^mfiUtê morakë 4et Faubwrgs di ï'afi», à la bienveillance toute particu- 
\mt d9 l'sutffUT it de U' Ch. Douniol , libraire -éditeur à Paris. 



» vous qui voyez tant de malades, que ce soit fini..., qu'il n*y ait plof 
i d'espoir?... • 

• ^- Je le crains bien, madame ; non, plus d'espoir pour cette vie: 
i mais dans le ciel, la couronne des anges ! t 

• — Ah 1 sans doute, elle est bien heureuse, cette innocente ! Mais, 

• entre nous, monsieur, je vous dirai que s% avaient suivi mon con^ 
» seil , elle n*en serait peut-être pas ii ; je crois même que s'ils le 
» voaiaient, on pourrait encore la sauver... Voyez-vous, monsieur?» 
ajouta la portière d'un air mystérieux, • moi, je ne suis qu'une simple 

■ femme ; eh bien, je possède un seciret qui ferait revenir un mort 

■ Connaissez-vous la médecine de Leroy, monsieur? C'est souverain , 

• ça. J'en ai pris , moi qui vous parle , quand j'ai eu ma petite der- 

• nière, il y a de cela vingt-deux ans ; ça m'a fait un bien infini; et 

• j'ai guéri trois fois, avec ce remède, mon premier mari , ce pauvre 
i défunt que je regrette encore. » 

f — Madame, t reprit l'ecclésiastique , qui ne put "s'ftmpêcher de 
sourire, • votre bon cœur vous trompe : tous les efforts de l'art sont 

• maintenant inutiles. Je vous conseille de laisser en paix cette chère 
» enfant; dans quelques moments elle sera avec le bon Dieu. • 

Mm« Ribou, élevant alors les yeux et les mains vers le ciel, s'écria : 
f Elle priera pour nous î » et avec une intention marquée, • elle priera 

• pour moiii L'ecclésiastique ne comprit que plus tard l'émotion 
singulière avec laquelle la portière prononça ces dernières paroks. 

Dès qu'il fut parti, M"» Ribou monta en toute hâte près de la ma- 
lade. Elle arriva au moment même oh Mélanie, après avoir fait les pW 
tendres adieux à ses parents et isa sœur d'adoption, expirait douce- 
ment, en priant pour son père, et en murmurant les saints noms de 
Jésus , de Marie et de Joseph , noms chers i l'espérance chrétienne. 

Les Duret étaient consternés ; ils ne pleuraient pins , leur douleur 
muette était effrayante. Adèle faisait retentir la maison de sea san- 
glots. Le père Ribou et la voisine du troisième , qui étaient restés 
après le départ de l'ecclésiastique, faisaient dé vains efforts pour les 
consoler. 

Au milieu de toutes ces désolations , M^e Ribou se prît h dire i 
haute voix, en essayant de dominer son émotion : «Voyons, voyons, 
» soyez donc raisonnables, vous autres. Elle n'a plus besoin de rien, 
» elle est plus heureuse que nous... Allons, monsieur Duret; allons, 

• madame Duret ; allons, Adèle, passez dans l'autre chambre. Vous, 

• madame Zélie » (c'était le petit nom de la femme du doreur), ■ re- 
i tournez chez vous; demain nous aurons besoin de vos services. 
9 Toi , Ribou, descends relayer le petit de la fruitière qui garde la 

■ loge depuis plus d'une grande heure; mol, je m'en vais veiller 

• ce bel ange; je veux passer toute la nuit & prier près de .«on Kt. Et 

■ puis ne vous occupez pas de moi ; soyez tranquilles, mes bons ami?, 

■ je ne vous gênerai pas... D'ailleurs , je n'ai besoin de rien... j'ai 

• diné aujourd'hui ! » 

Tous obéirent de suite h M««eRibnu. 

Quand elle se vit seule, elle commença par se mettre â genoux, ré- 
cita une prière, puis s'étnnt relevée , ralluma les deux bougies, plaça 
entre les mains jointes de la jeun. 3 fille le cnicFfix qui lui avait ap- 
partenu, et après avoir jeté de l'eau bénite sur son lit , se mit h ge- 
noux pour prier encore. 

Elle se tenait dans celte attilude religieuse, qmnd le petit garçon 
de la fruitière, envoyé par le père Ribou, vint frapper â la porte et 
dire qu'un homme demandait. M^ne Ribou et ne voulait parler qu'à elle 
seule, il ajoutait que c^était Ircs-pressé. 

CHAPITRE VI. 

Manyais époux, mauvaie père. 

Madame Ribou , forcée d'abandonner, à son grand regret, !a dé- 
funte pour un instant , descendit quatre à quatre les escaliers. Qbcl 
ne fut pas son étonnement d'entendre d'abord le bruit d'une vive al* 
tercition , et de voir son nuri aux prises avec un homme de maa« 
vaise mine , qui voulait â toute force monter l'escalier , malgré let 



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L'OUVRIER. 



i^9 



efforts redoublés du portier, c Vous ne monterez pas , i criait le père 
Ribou , « TOUS ne monterez pas ou nous allons voir... Je vais me fl- 

■ cher, scélérat! • 

• — Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce que c'est? » s*écria madame 
Ribou. • A qui en veut-il donc cet individu? i 

« — Séraphine , arrête-le ; c*est le père à Mélanie , qui Va aban- 

■ donnée depuis près de trois ans , et qui veut savoir de ses nou- 

• velles, le monstre. Tiens, regarde-le, Sérapbine; le reconnais- 
i ta , ce gi^nd vaurien ? » 

■ — G*est bien, c'est bien , Riboii , • repartit la portière , • laisse- 
moi ^re. • Et s'approchànt de cet homme, elle lui dit avec un sang- 
froid étonnant : « Monsieur , vous demandez des nouvelles de votre 
t demoiselle; vous voulez savoir, comme un bon père, que vous 

• êtes sans doute , si elle est heureuse, si elle ne manque de rien, 
i si elle jouit d'une bonne santé. Vous allez l'apprendre par vous- 
i même; suivez-moi, je vous prie ; je vais vous conduire dans la 

■ chambre qu'elle occupe chez M. et M'no Duret. » 

Le père de Mélattie murmura quelques mots inarticulés , que ma- 
dame Ribon ne put saisir , et la suivit. 

Lorsqu'ils entrèrent chez les Duret, ceux-ci reposaient, ainsi 
qo*àdèle , dont on venait de transporter le lit dans leur chambre ; 
succombant sous le poids du chagrin et des fatigues de plusieurs 
ntrîts pissées auprès de Mélanie , ils avaient cédé au premier som- 
melL Ils ne furent pas réveillés par le bruit des pas de la portière et 
de l'homme qui l'accompagnait. 

Madame Ribou Hntroduisit dans la chambre du fond , dont elle 
ferma doucement la porté , et le mena près du lit de la défunte. 

Écartant alors les rideaux , elle lui dit d*une voix forte et péné- 
trante , en le regardant fixement : t Voilà t^ fille , malheureux dé- 

• baucbé ; elle vient de mourir ; c*est toi qui l'as tuée. Ta fille , c'est 
» un ange qui est dans le ciel. Toi , tu es un mauvais père , comme 

• tu as été un mauvais mari... ; et cependant elle a prié pour toi, 
i avant de rendre le dernier soupir , la pauvre innocente ! • 

A eeS mots foudroyants , â fie spectacle inattendu et si lugubre , le 
père de Mélanie fut comme saisi de vertige; il chancela, se mit la 
main devant la figure et poussa de sourds gémissements. « Mets-toi à 
t genoux , demande pardon à Dieu , • s'écria madame Ribou. 

Cet homme semblait hésiter , le poids de sa conscience l'accablait ; 
mais au moment où ses genoux se ployaient, il se redressa violem- 
ment , et après avoir promené autour de lui des yeux hagards , ou- 
vrit la porte avec fracas , se rua dans l'escalier et disparut. 

Le bruit avait révei'é es Duret; mais comme la nuit était déjà ve- 
nue et qu^iucnne lumière n'éclairait leur chambre , ils n'aperçurent 
point le père de Mélanie. Madame Ribou , pour les rassurer , leur dit 
i demi-voix : t Ne vous troublez pa^ , reposez-vous bien , mes bons 

• amis , vous en avez tant besoin ! G ^ n'est rien ; c'est moi qui ai 
» laissé tomber quelque chose sur le carré ; j'ai la main si mala- 
I droite: excQsez-moi et dormez tranquillement. • 

CHAPITRE VII. 

Lo déTouement inspire. 

La portière passa toute ^a nuit à lire et relire V Office des Morts , 
dans son Paroissien , sans se permettre un seul moment de sommeil. 
Le silence qui régnait dans la maison mortuaire n'était quelquefois 
interrompu que par les soupirs des Duret et les pleurs d'Adèle. Ma- 
dame Ribou s'approchait de temps en temps du lit de cette enfant et la 
consolait de son' mieux : f Allons , sois donc plus raisonnable , • lui 
> disait-elle tout bas, sois gentille , Adèle ; ne réveille pas ainsi ton 

• papa et ta maman ; ils sont si faligurs ! dors, mon enfant. • 

Dès les premières heures du matin, M™ Ribou, sans dire un 
seul mot aux Duret , alla faire elle-même en leur nom la déclaration 
du décès de Mélanie; elle prévint ai l'ecclésiastique qui avait 
donné à la pauvre enfant les dernières preuves de son affection dévouée 
el les consolations de so ministère. 



ff Je ne suis pas du tout fatiguée , i dit-elle aux Duret , lorsqu'elle 
fut de retour ; « j'ai déjà fait toutes les démarches nécessaires en pa- 
» reille occasion â la mairerit et i Téglise ; malheureusement je m'y 
•i connais. Pour vous, demeurez tranquilles-; d'ailleurs, vous devez 
» rester à la maison , et ne vous occu[Jer que de vos regrets. Je me 
» charge , moi , de prévenir vos connaissances dans le Faubourg. H 
n me faut pour ça presque toute la journée , parce que je vcnx que 
» rien ne manque ; mais ce soir , c'est coûîenu , je reprends mon 

• poste auprès de notre ange. ■ 

Les époux Dûret rem^rcif^rent avec toute Teflusion de leur Cœur / 
madame Ribon ; mais ils exigèrent qu'elle se reposât h nuit suivante : 
ils n'obtinrent cette concession qu*a|ir^s des débats prolongés. • C'est 
» à nous , c'est à nous , ma bonne macfame Ribou, ■ lui dieaienl-iU , ' 
ff de passer cette nuit et ces derniers instants près de notre chère 
» Mélanie ; c'est notre droit , c'est aussi notre unique consolation, i 

Ce fut le surlendemain de h mort d^ Mélanie qu^etst lieu b trbte 
et touchante cérémonie de son convoi, Grâce aux démarches multi- 
pliées , au dévouement et h Vacthité de madame Bibou , un nombre 
considérable de personnes du quartier , et surtout de jeunes filles , 
habillées de vêtements blancs , accompagnèrent à Téglise et au cime- 
tière les dépouilles mortelles de M<^limie. Lorsque reccléshstique qui 
l'avait dirigée depuis ses premières années eut béni la tombe p^r la 
récitation des dernières prières de TËglige , interrompues plunii^urs 
fois par son émotion , madame Ribou et Adèle déposèrent deux cou- 
ronnes blanches sur le cercueil , et se mettant h genoux près de k fosse 
fondirent en larmes. Les Duret et presque tous les assistants, qui les 
estimaient beaucoup et regrettaient aussi cette vertueuse et aimable 
enfant, les imitèrent. Ce fut une scène de douleur sincère et pro* • 
fonde. 

Au moment de la dernière séparation , alors que le fossoyeur jetait 
les dernières pelletées de terre Bûr les tristes reste» de la vierge 
chrétienne, Mn»e Ribou s'approcbant de ion mari : < Du courage et 

• du bon cœur! Ribou , lui dil-ell^i ; reconduis âla maison M. Duret ; 
» moi , je me charge de Mme Duret el d'Adèle. Garde- toi bien 

• surtout de lui offrir â se ratraT^'hir , à ce pauvre cher homme , 
«.c'était ta consolation h toi au régiment; il ne conmtt pas 
» ça lui. Ne va pas mèm^^ lui parler d'autre cho^^e que de Mélanie ; 
» il faut que son chagrin soit satisfait , entends-tu ? moi , je connais 
» le cœur humain, vois-tu? Plus ils pleureront, mieux ça leur 

• vaudra ; ils sont si bons , ces braves gens » et ils aimaient tant cette 

• pauvre petite ! • 

Pendant les jours suivants la portière se dévoua corp^ et ime aux 
époux Duret, faisant presipie Inules leurs commisfiioos, rendant visite 
à leurs patrons , dont ils uv^iifïnt néglîj^é les coniuiandes depuis plus 
de trois semaines ; elle leur rendait touLes sortes de services. 

Grâce à l'intimitc qui s'dlail dès lors établio entre die et les passo- 
mentiers, ceux-ci lui apprirent qu'ils étaient dans une grande gcne 
depuis trois ans, par suite d'une faussa spéculation , dans laquelle, 
trompés par de mensongères prouies^i-s , ils avaient engagô avec trop 
de conffance une somme as^ez importante , fruit de dix années de 
travail et d'économies. Indi^mea Jtî vuir par quels mo)fens fnuduleux 
on avait abusé des Duret , M'»^ Ribou fit tant de démarches en leur 
nom , plaida si vivement et si éloquemment leur cause et se démena 
si bien , qu'elle réussit à f^iire restituer inlugralement à st^ proté^iSs 
le capital sur lequel ils nVsaiijul jdus coinpler. 

Ce recouvrement inespéri! ramena une sorie d'aisance dans l'hum- 
ble ménage. 

Les Duret ne savaient commi^ut exprimer leur /c connaissance â 
M"^^ Ribou qui leur disait : t Ce nVsl pas moi , mes bons amis , qui 
M vous ai rendu ce service ; c est la petite sainte, du bon Dieu , qui ^ 
» est dans le ciel. C'est elle qui m'adonne du courage , des pieds et 

• des jambes pour courir che/. tous ce^ nttrapeurs du panvre monde ; 

• j'ai joliment assiégé ce qu'ils appellent le stega de leur Compagni(^, 
V ces vilains enjôleurs. Je ne me connaissais plus j je vous Le jure. 

• i'étab comme un lion , je sentais une force qui me venait de \l~ 
I haut ; je les ai terrassés ti>us dans leurs bureaux avec leurs car- 



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140 



l'(«rVRIER; 



■ toni ferti , leuri iiuprimés rouges &i tous leurs gros livres. Il leur 
t » bien fallu à b fm me remettra le migat, et rubb sur Vongle, en- 
» core* — Voyeï'Vous ? ajouta-t-elle d'une voix émue, j'ai confiance 

• dans les priérefi de votre pauvre ange ! Elle a fait oela pour vous ; 
» ,¥ous ferrei, Monsieur Duret, yom v rrei , Madame Duret, ce 
i (|u'eilâ fera bientôt pour moi,.. Je oe vous dis que ça. « 

I — Voua màrite^ bien que le hon Dieu vous bénêsse , Mm* Ribou, » 
répondirent les Duret attendri», • nous vous soubaitons du fond de 

• natre coiur tout ce que vous pouvez désirer pour votre bonheur. » 

« -^ Voua verrez , vous verrez , mes bons amis, Tene£ , b ajout-t la 
porlière, non sans un certain embarras , t j'ai envie dévoua dire la 
i Jityi .,. £b bk I } donc» î faut que vous «acliiei.». * 



il r • 



CHAPITRE VIH. 
Dieu eat Jost^» 



f — SérapbJne ï Sera ['bine ! ■ interrompit tout I coup la voix i e- 
tentiisante du père Ribou , qui criait du bas de Te^oalier : « descends 
w vite ; on a besoin de toi tout de suite ! » Ma» Ribou se leva aussitôt 
en disant aux ëpoux Duret ; i Pardon, eïeuie ; je vous dirai cela 
i tantôt ï mais Ribou m'appelle ; voua le save£ , dans nos états on 
■ ne s^appartient plus i il faut être à tout le monde ; le devoir avant 
i tout. » 

A peine était-elle entrée dans la loge que son mari, dont le vidage 
paraissait bouleversé » lui dit d'une voix tremblante en lui présentant 
un journal : t Tiens » lis^ Sérjphine ; lis tout bas ; ça me fait peur. • 

Mb^i Ribou, pendant aa lecture, ouvrait de grands yeux, et de 
temps en temps faisait entendre des excbimations de surprise et d'ef- 
froi. A peine Veut-elle terminée , qu'elle s*écria ; « Vois-tu , vois-lu , 

• Monsieur Ribou ^ qu'il y a dans le ciel un Dieu qui punit ceux qui 

* ne font pas leur devoir. * Puis elle ajouta les larmes aux yeux 
t mais nous allons laire le nôtre ; uui, nous allons faire le nôtre; 
t nous allons nous ranger ; nV'st-ee pas , mon homme 1 » 

Sans attendre la réponse du père Ribou, dont elle connais; ait 
d'ailleurs les dispositions nouvelles , elle monta précipitamment chez 
Ica époux Duret : * Ëli bien , vous ne savet pas , * leur dit-elle avec 
animation , t ce qu'il est devenu , le père de Mélanie , ce vaurien , ce 
t f7ébaucbé ;Uhon Dieu Ta puni. Tenez » Fiseï cela, monsieur Duret» 
« lisez tout haut ; c'est dans le journal d'hier, » 

M. Duret lut d'une voixj qui s'altérait par degrés p un article du 
journal ainsi conçu : Hier , mrs h ioîr , un homme rétu de haillons « 
fUé arréiédons h cimiîiért du PèreLacham. Cdîmlivi du courait au 
miliei* des tmnb^ en criant comme un fareêné : J'm ai enterré deux 
ici , moi; fen ai mlcrré detix. A tùutta les fHiestinti^ 74/e lui firent les 
gûrditns du cimetière , t/ ne répondait que, pur ce^ jmrotes : J'en ai 
i .terré dcus ici , mot; fen ai etUcrré deux; et il riuil d*une manière 
effrayante, !t ne put dinson nom ni donner aucun renseignemtiU sur 
son dQimcik ; mais son sujualemeni ^ cunnu à ta pùiîce , fit découvrir en 
lai 11 A ouvrier connu dans le Faubmrff du TtmpU i^ar hs débauches ci 
par aon mradèrt dur et violenta Cet homme a [hit mourir de chagrin 
sa ftmme et :ia ^fle. Cetit^ûi , décèdée rée^mmenf , avait êié recueillie 
fmruueeharitabh fa mi lie d* ouvriers du même {iuartiet\ îl a été cons- 
tate que ce mulheureux , nbru'i par te vice , étaii complètement a lié hé; 
on Va en fi rmé à Bitilré, 

l.e journal échappa des mains de M. Duret. Après quelques mo- 
m nU di! stupeur , il se mil â pouiser des gémUsements , ain&i qi e 
Al"*û DiirtH ot Adêle. 

CHAPlTaE U 

Dieu est bon. 

b Y0III comme le bon Dieu , i dit aloi & M - ^ Ribou d'une voix 
pkine de larmes et d'émoiiOn , * vuiil c jmme le bon Dieu punit 



• quelquefois ks méchants , même dans ce monde. Et s^il ne les 

• punit pas toujours dans cett i vi^» c'est parce qu'il «st trop bon et 
i qu'il donne toujours du temps pour se repentir à ceux qui ne font 
» pu leur devoir... Eh bien , mes bons amis , ne vous étonnez pas 
» de ce que je vu vous dire , et ne m*en voulez pas... Le bon Dieu 
a par les prières de votre petite sainte , me fait une grande grâce , â 

• moi; car , voyez-vous, je suis une grande coupable... Ça vous 

• étonne... Entendons-nous : je n*ai ni tué ni volé , et j*ai toujours été 
» une honnête femme. Mais quand j*ai épousé en secondes noces ce 

• vieux soldat de Ribou , qui a été mal élevé , eh bien , par trop de 

• bonté d*âme pour lui , Je ne me suis pas mariée à PEgliseï comme 

• lorsque j*ai épousé mon premier mari , le pauvre défunt, que je 
i pleure encore. . » 

c -- Chère madame Ribou 1 chère madame Ribou i y interrom- 
pirent les Duret, attendris jusqu*au fond de Tâme. 

fl — J'avais ça depuis longtemps sur le cœur , i contânua la por- . 
tièrc , • car j'ai été bien éduquée , moi , voyez-vous , dans ma jeu- 
» nesse. Enfin, je m'en vais tout réparer et M. Ribou aussi. Il n'est 

• pas méchant cet homme ;' c'est pu sa faute s'il a été négligé dans 
» son enfance. Eh bien , il a été , comme nous tous , témoin des 
i choses si belles qui se sont pauées dans votre maison ; ça l'a tou« 
« ché ; tout est donc arrangé avec ce bon monsieur prêtre qui est 
» venu ici comme par une permiuion du bon Dieu... Je vous invHe 

• tous , mes amis , k la cérémonie de mon mariage légitime , qui 
» aura lieu cette semaine : je vous dirai le jour, i 

M. Duret, sa femme et Adèle embrassèrent avec effusion la bonne 
portière. 

Le samedi suivant , M. et M^ne Ribou reçurent i leur paroisse le 
sacrement de mariage. Ils étaient accompagnés non-seulement des 
Duret, mais de tous les locataires de la maison. Le propriétaire , qui 
les estimait beaucoup , usista aussi i la cérémonie avec sa famille , 
et les invita à venir chez lui*à la campagne, près Paris , faire le re* 
pas de noces. U y convia aussi les Duret et l'ecclésiastique qui avait 
marié ses concierges , et par une rencontre heureuse se trouvait être 
l'un de ses amis. 

11 serait diiUcile d'exprimer le bonheur des vieux époux. Mne Ribou 
surtout était aux anges ; ce qui ne l'empêchait pas de dire de temps 
en temps pendant le repu â l'ecclésiastique : c Qu'est-ce qui aurait 

• cru ça?... Je m'en veux encore tout de même, monsieur, et j'en 

• veux encore à Ribou de vous avoir «i mal reçu la première fois que 

• vous êtes venu dans la maison ; je ne m'en console pas encore. • 
ff — 11 faut vous en consoler , ma bonne M^i* Ribou « » lui répon- 
dit en souriant l'ecclésiastique ; c d'abord je l'ai complètement ou- 
» blié ; et puis , dans tout ce qui arrive en ce monde il faut consi- 
» dérer la fin. • 

Le ministre de Dieu fut édifié des généreux sentiments et surtout 
(les dispositions vrajment chrétiennes de c%n honnêtes gens. .U le fut 
en ore bien davantage lorsque, trois semaines après , le dimanche 
des Rameaux , dès le grand matin, les Duret, les Ribou , Adèle et U 
femme du doreur assistèrent ehsemble au saint sacrifice de U messe» 
célébré par lui pour le repos de l'ime de Mélaoie, et qu'il eut le 
bonheur et la sainte joie de leur donner la comnmnion pascale. 

LES BONS GOEUnS SONT.AUIÊS DU BON DIEU. 

L'abbé N. Aiinault. 



Nous prions nos abonnés de joindre à toutes hure Mires une du 
bandes imprimées du journal. 



Angers , imp. de Laine frères, raeJSaint-Laud, 9 i. 

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&• 31. 



30 novembre IMl. 



L'OUVRIER 

Joaraal li«i>domadaire illustré paraissant tous les samedis < 



I, qoti des Grandt-Augastioi 



▲ PàRfS. 



SOMMAIRE. 

LE XOUVXaiIENT POPULAIRE DANS LES CaiOISADES. par Eugène 
PÉmi. — LES C0]It»Aialr0N8 de La croix b' argent, par Qément 
iiJVt. — LES BADA0l>8 DE PAllIS. par Bugèno Pénel. -^ LÉGENDES 
OB L'A^BOUR .• Le CiiàtMu de BUêtte en 4«I0 , par M urice LmÉriMT. 



ABONNBMENTSi J^VH 



Baftora. Éama. Rska »'àiii; Thv- 



Goioma bt Aarspi tATa >*oaTta-HBa. 



a;» 

è M 

e >• 
7 »• 
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LE lOÇVENENT POPULAIRE 

DANS LBS CROIBiADEB K (Suite,) 



bwnjfai à CoD9UuBt4no|>le,^e9 différentes armées des Croises, à 
j l'éiait joint Bo\k^ 
pi de Tarente arec 
1,000 lÎMiUtaîiis e| 
^000 CATaliers» y trou- 
HQt Pierre rErmite, 
|i refWtt .d*Asie. Hé- 
|! il ne s'éUit gaére 
weé dans ce pays. A 
Ise les 30,000 hommes 
i l'iccompeiiaaieiit eD- 
II la départ de dm/^- 
iiisople sTaient-iU Ira- 
Rélebcas de jner qui 
^l'Barepe de l'Asie- 
Kflr, qae les Tares 
\ iTiitni aftiqu^f et 
Kacrtfi pnas^ue too,s 
M la GaB»|NicBC| de tiir 
i D'aussi tristea noa* 
b ne pmeoi ddeouirai> 
flei YsiUanke ca^aliees 
k: gêniez gpierNete 
tmipoerla. etoieede, A 
r toar ils passèrent le 
iphon, M, dane U 
Dnemâaie où lee, esse- 
bU da leera deva^eieps 
lient saes sép^Unre^ 
Uiliè-e9t en pîleee >e 
semis, fiàeatdi» la priae 
Nicée^ d'£<la0«i9 d^Ae- 
cbe, dëoMbM ftiO^a^ 
B^mmeet eux MuMil* 
u que la «euftpé dtail 
RU de compter «i^ec leè 
^tsduCMft» hm der^ 
R de oea TiUea cepen^ 
t coûta efaer aux dini- 
n : U leur «nak lalin 
Kr prés d'en . an £ona 
I mufsiUee «vaut . d'y 
ter pAr k trahieon^ 
ifwi uaîAtei 4« 




LBSI CliOlSADBS : 
Qpdqua btfon jaralt aof \» laifMSwlt^Pil^filaa, 4» partir m pramier appel. ( V. pmge t|^. ). 



^èr lafe* de rOvanar dû 9S octobre. 



place importante, ils avaient dû la défendre cpntre les forces réunies 
des sultans des villes voisines . Réduits ^ la dernière extrémité, ils 
n'avaient eu d'autre ressource que de tenter un suprêcpa ^fliprt. Une 
Borlie vigoureuse leur avait en^n doni^é la victoire, mais 4,000 d'en* 
Ire eux avaient payé ce triomphe dé leur sang. Les conquêtes d'ail- 
Heurs, en obligeant les Croisés à laissejT.des garnisonp dans lea villes, 
diminuaient leurs forces autant que les combats les plus meurtriers. 
^ Des renforts leur étaient 

bien nécessaires. Les 
comt^ Etienne de Blois 
ot Hugiaes de Vermandois 
qni^ à ee mofi^nt, d^ser* 
terrent ilebeoieet Tarifée 
ide Dieu pour rentrer dans 
leurs foyer», lui renâirent 
da moins le service d'en- 
tlâmmer par leerf récits 
des àmé^ plus généreuses 
qui <;oururept rejoindre 
Ùb premiers Oroiaës. 
Ceuxtoi B'avanqaiant Tors 
iééusalem. Dans leur mar- 
dae à IravetsuB pays de 
oiontagnes, eooa un so- 
leil àrdenty souvent on 
lee enicndeii répdter 
peur s^e'ncosragtr au mi- 
lieu dea fatifoesk l'admi- 
rabie obmnt da SaUtféy Re- 
finir, Invocation* tottdian- 
te à Maria 9 composée 
tout exprès pour la Croi- 
sade, par le 14gat.Aèlié- 
mar de MontJieil. Le 
pieux évéque du Pey a- 
vait iraoeombé âadtf Anlio* 
cbé A une fièvre pestilen- 
tielle, niai s s&d seevenir 
vivait dans ^ds 1^ eoeors. 
L'ordre tè plis admirable 
régnait dans cette mùltî* 
téde 8\i^àM<!atit en pays 
elAieitiiw^ < Des piorte-éten- 
dtfèds marchaient à là tête 
dèé'/pëlëriMsj Venaient en* 
siirite ^ diifôreîits corps 
dé l'ahnée ; au milieu 
d*étix iae trouvdent lés ba- 
gages y le clergé, la foule 
du peuple sans àrqfies, 
fermaient la marche. Les trompettes retentissaient sans cesse, et les 
premiers rangs s'avançaient lentement pour que les plus faibles pus - 



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s«l 



L*dUVBIER. 



•ent suivre les dnqfeaiocS » E^ , un soir, rtrmde campa sur le 
sommet du Thabon Les ténèbres seules lui dérobaient Jérusalem. 
• L'enthousiasme ^ Croisés étaif à son cdmUe. Quand le soleil se 
leva sur Tborizon^ toute Tarm^ s^atança les enseignes déployées, 
et tout-i-coup la cité révér^ s'offrit aux regards des soldats de la 
Gfoû Z^nUgt^ ei ||taiye.,Us p«i«iers qui Vaperçoivent , s'écrient 
d'une seule voix : Jérusalem! Jérusalem ! Le nom de Jérusalem Tole 
de fiouche en' bou<Ae/dé rang en rang ; les mots de • Jérusalem! 
Ken le teut l • sont répétés 'à la fois par 60,000 pèlerins et reten- 
tissent sur le mont Sîon et sur la montagne des Ormers. Tous les 
Croisés précipitent leur mareke; le pieux délire qui les anime leur 
fait oubÛer que Fennemi est près d'eux et répnd le désordre dans 
leurs bataillons. Les cavaliers descendent de cheval et s'avancent les 
pieds nus ; les uns se jettent i genoux , les yeux tournés tantôt vers 
le ciel , tantôt vers la ville sainte ; les autres , prosternés dans la pous- 
sière , baisent avec dévotion une terre honorée par la présence du 
Sauveur du monde. Dans leur transport , ils passent de la joie â la 
tristesse , et de la tristesse & la joie; tantôt ils se félicitent de tou- 
cher au dernier terme de leurs travaux ; tantôt ils pleurent sur leurs 
péchés , sur la mort de Jésus-Christ , sur son tombeau profané ; tous 
renouvellent le «erment qu*ib ont fait tant de fois , dé délivrer Jéru^ 
salem du joug sacrilège des Musulnuns *• i 

Ces premiers transports apaisés, il fallut acheter par de longues et 
craelles souffirances l'honneur de délivrer la ville sainte et le tombeau 
dn Christ. Jérvsalem était défendue par 40,000 honmies et de solides 
murailles. Un premier assaut demeura sans succès. Le siège traîna en 
loagneur^faile de bois pour construire des machines qui permissent une 
nouvelle attaque. Unedialeur dévorant^ dessécha les torrents et fit sen- 
tir à l'armée le tourment cmel de la soif. Les chevaux, les bétes de somme 
languissaient et mouraient ; les hommes eux-mêmes succombaient, ac- 
cablés par les privations. Enfin le ciel se laissa fléchir. Une flotte gé- 
noise aborda k Joppé et procure des vivres aux Croisés ; en même temps 
on découvre, à quelque distance du camp, une forêt dont les arbres 
servent à oonstnure trois tours énormes destinées i porter des guer- 
riers jusque sur les murailles de la rille assiégée. • Avant d'essayer 
ces. mactînoft nouvelles, leé. Croisés font une procession, tète nue et 
' sans armée, autour de Jérusalem, répondant parle chant des psaumes 
AUX insultes des Musirimans^A le\ir8 voix les murailles ne tombèrent 
point» somme celles de Jéricho ; fls étaient dignes de les conquérir à 
la pointe de l^pée. Le jeudi U juillet (1099J , les fameuses tours s'a- 
vancent remplies d'archers, suivies de soldats qui portent des écheQes. 
LCmienii je^e des paerrm, de l'huile bouillante et ce terrible feu 
grégeois que le , vinaigre seul peut éteindre. Avant de toucher aux 
rmpiris, les: teum prennent feu, et, pour les sauver, il faut renoncer 
. i l'assaut. La nuit sst pisse, à les réparer, i les couvrir de cuir, et, 
lie )en4emain,j Godefiroy hûrméaie, monté sur la sienne, renouvelle 

(l'attaque. L'inœndie recommence; sa. tour est tout en feu ; mais il 
persiste, toncbe enfin aux murailles, abat le pont-ilevis, et, de cette 
fournaise , s'élance sur le rempart. Étourdis par cette audace , les 
Turci reca4ont« La porte vobine est enfoncée â coups de hache. Les 
Croisés se ni^t dans la ville, égorgent quiconque résiste. Il èuit ven- 
dredi* trois heures après midi, le jour et l'heure de la mort du 
Christ; Jérus^e» étsit. délivrée. Godefi^, sans armes et pieds nus, 
^ vint baiser le pieire du &|int*^pulcre. L'armée entière le suivit; 
parant le n^as^acre et 1^ pUbg^ cessèrent pour (aire place â la prière. » 
Le lendemain on procéda iTélectiott d'un roi. Godefroy de Bouillon, 
élu d'une sepde voix, « jui;a de respecter les lois de rhonuenr et de la 
justice , mais refusa da fiocter nne couronne d'or« U où le Fils de 
Dieu n*avait eu qu>(ie couronne d'épines '.t H prit le titre de baron 
du l^int-âépnlere. A côté du royaume de Jérusalem se iîmdaient, 
sous des princes, pair^^ts on amis de Godefroy» les pincipautés d'An- 
tioche, d'Edesse^,de Tripoli. 

• ICdiaud : Hiflotri iIm OoiMdM, I« voL 

•ftwt 

' ÉiDÎle KsUer : HiiMn d$ f\rmm» 



A la nouvelle de la' prise dé JémBalem,^e calife envoya une arméa 
oonsidérable pour en chasser les Croisés ; de tentes, parts des troupes 
de Musulmans vinrent s'adjoindre à ees nouveaux eînemis ; mais l'in- 
trépidité de Godefroy triompha de ^ette éprei||e ; s'dtant avancé jus- 
que sous les murs d'Ascalon, i la rencontre des solda^ de Mahomet, 
fl les battit oomplétemest et les l)#|a. à fft^e WiOnétàAh 
fuite. 

Quand l'Europe apprit ces merveilleux succès, c\ fi4 pvloiil an 
enthousiasme indescriptible. Les seigneurs qui n'avaiienl pmnt encore 
pris la croix rougirent de leur lâcheté ; i leur suite s'enrôlèrent de 
nouvelles troupes de soldats du Christ. Le duc de' Bourgogne e^ le 
comte de Savoie, HumbertU, entraînèrent après eux toute la no- 
blesse des bords du Rhône ; la seule province de Lombardie fournit 
plus de 100,000 Croisés , sous la conduite d'AnseUne , évoque de 
Milan, et d'Albert, comte de Blan^rat; le dii^df Baeièiiefft leic^usé- 
table Conrad partirent â la tête de 20,000 guerriers. L'indignation pu- 
blique et les sollidUtions de leurs prodies forcèrent fitftiPQ de Bloîs 
et Hugues de Vermandois i reprendre le chemin de la Terre-Sainte. 
260,000 Croisés se trouvèrent de nouveau réunis i Constantînople ; 
mais égarés en Asie- Mineure par Raymond , comte de Toulouse , qui 
leur servait de guide, ils furent massacrés en partie par les Itoos, et 
un petit nombre seulement parvint i Jérusalem. ■ 

La première Croisade avait vu plus d'un miHion d'hommes s'anAer 
spontanément pour la délivrance des Saints-Lieux' et la défense de 
l'Europe chrétienne ! . -^ 

• Ainsi sans roi ni empereur, sans art ni génie, par le séid et IHure 
entraînement d'une foi commune, une guerre immense* avait été entre- 
prise, de glorieuses conquêtes accomplies, un royaume et fUmlieurB 
grands États fondés, le règne du sabre, de la polygamie et de l'esda- 
vage, vaincu. Les Turcs, qui naguère menaçaient et l'Empire grec 
aux abois, et l'Europe mal protégée par cette tiible' barriikie, étaient 
pour longtemps contenus en Asie-Mineure, repousses 'de la Syrie et 
de la Palestine , et le vieux berceau de l'Église et àà geMre ' humain 
voyait refleurir ses chrétientés foulées* par les Infidèles. Vtgfpt^ el 
les côtes d'Afrique avaient reçu de sévères avertisSemeMs; les^ottet 
des Croisés sillonnaient en tous sens et dominaient la^Méditercanée. 
De vastes colonies dans les plus nches terreé du fàémàé s^ouvraient 
aux peuples jeunes et serrés de l'OceidenC, et avec elles It ttMite dés 
Lddes et le commerce de l'Asie. Conmiencées ' par M Pape "français, 
ces choses s'étaient faites par l'épée des Français. *» *AjoutoiiB ^ue 
tentes ces choses avaient été préparées et prédites 'par nn pauvre 
français, l'ermite Pierre, qui, satisfait de les avoir tu se réaliser, s'en 
revint en France, et, se dérobant à l'empressement des idàiss, aUa 
mourir au fond d'un couvent fondé par liu en ll i e nnem r eu Saim- 
Sépulcre, sur les bords de la Meuse. '^ ^*i 

Ce n'était pas assez d'avoir délivré la Terre-SaiMe' et de s'dtre 
dévoués pour quelques jours ou quelques années è de*tu^ Mgues 
et i de périlleux combats, phuîeurs flmse giSnértnises eomprirant 
combien il serait à propos d'instituer une miliee pèManènt^i^ pro^ 
tégeât les pèlerins attirés par le désir de viâter le SMttbeeudu Christ, 
et qui fftt prête 'toujours à défendre ce gisarieifK- sép«l«#e oêtXre les 
tentatives des Infidèles. Cette pensée donna naiesance Mn d^dhree d» 
chevalerie, chargés de continuer l'csuvre delà GMisaée. Suri^mud^ 
de l'ordre de Saint-Laxare, étaUi depuis des siècles l' Jérnale» ponr 
le soin des pèlerins et le rachat des esclaves, Gérard dePnnreaee t«sit 
fondé les Hospitaliers de Saint-Jean, qui, plus tard, «jontèsent m s«in 
des malades la défense des voyageurs. Neuf autres, fran^ûsstitoainnt 
en même temps et pour le même but l'ordre du Temple./ deat les 
membres s'engageaient à ne jamais reculer demnt trois: eonenlis* 
L'importance rapidement acquise par ces ordres est «ne; manque 
évidente de l'enthousiasme universel pour tout ce qui nj^^dut la 
Croisade : en peu d'années, les Hospitaliers et les Temfdiervee treu- 
vèrent posséder, en Europe seulement, 28,000 maneift' dont dwann 
pouvait équiper et entret^ûr au moins un homme poor-k'TMTe- 
Sainte. 

Ces milices furent pendant longtemps les ennemis les plusitdQUtés 



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L'OUVRIER, 



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^â68 TiUm ;'Bi tes résultats matériels de la première Croisade, souvent 
compromis pur Timprévoyance ou les dissensions des princes chré- 
liensi «cquir^M iine certaine durée, la g'ioire en fut presque unique- 
ment aux ordres militaires. L'Europe d*ailleurs ne les laissa point 
taM.sfe^urs ; et sept fo'>t encore, dans l'espace de cent soixante-dix 
ans , elle témoigna par de nouvelles Croisades , qu'elle n'avait point 
obéi d'abdrd â an sentiment passager mais & une puissante conviction 
morale. Chaque fois que le récit des nouveaux malheurs de Jérasa^ 
lem et^ks-dlirétieM d'Orient pût arriver jusqu'aux oreilles du peu- 
ple , les prodiges de Clermont se renouvelèrent et la guerre pieuse 
recommença. 

Ce fut d'abord en 1147, sous la conduite de deux puissants monar- 
ques, Louis VIl^ fVance et Conrad III d'Allemagne. L'éloquence de 
saint Bernard, i Vëdélay et sur les bords du Rhin, rappela les triomphes 
de Pierre-l'Ermitè, et les chroniques emploient pour exprimer l'em- 
pressement général' à ^ précipiter vers la guerre sainte les mêmes 
termes dont elles s'étaient servies pour la première Croisade. • L'em- 
pereur traînait à sa suite une armée si nombreuse, qu'au rapport d'O- 
thon doT^r^eittgenk les fleuves ne suffisaient point à la transporter, et 
que les campagnes manquaient d'espace pour contenir tous ses ba- 
tailk»^. » ' '. 

Quarante ans plue tard . Philippe-Auguste et Richard Cœur-de- 
Lion entreprirent de délivrer Jérusalem que Louis Vil avait laissée 
aux Àaintrdè Saladin, le plus cruel ennemi de- la chrétienté. Ils par- 
tirent avec dés forces immenses, ainsi que l'empereur Frédéric Bar- 
berouisës vnais srvaÂt même qu'ils eussent quitté TEurope, plus de 
100,000 Croisés étateni réunis sous les murs de Ptolémaîs. Si la ja- 
lousie empêcha le^ deux rois (l'empereur s'était noyé en arrivant en 
Asie) de réaliser leur premier dessein, l'expédition eut du moins pour 
résultat d'arrêter les entreprises de Saladin, génie entreprenant qui 
'tài iSiSAiMéf l'EuroiM entière. 

Sous le pontificat dlnnocent III (1200), Foulques , curé de Neuilly, 
réveiHâ iyfe^, noii des rois, mais des seigneurs les plus puissants. 
t Thibaud de Champagne, Baudouin de Frandre, le comte de Montferrat, 
Simon de Montfort , furent les principaux parmi les Français ; leur 
exèMple'ëlr élhtratnaf «ne fbule d'autres et un peuple sans nombre. 
Obligée de traiter avec les Vénitiens pour la traversée de la Méditer- 
ranée, ils n*en purent acq«rïtier le prix qu'en prenant part, pour le 
compte de la république vénitienne, au siège de Zara, petite ville de 
Dalmatie. Appelés ensuite à Constantinople et trahis par les empe- 
reurs mêmes qu'ils avaient servis , ils fondèrent en cette capitale , 
malgré les réclamations du Souverain-Pontife, un empire latin qui 
devint pour quelque temps le boulevard de l'Europe et la digue oppo- 
sée â Finvasion musulmane. 

C'est ici qu'il faut placer une Croisade d'un genre particulier, en- 
treprise (1212) par une multitiifde d'enlints rassemblés de tous les 
points de la France , de l'Allemagne et de l'Italie. Les historiens de 
k Tép<S4|«i^* ne' noiA'ont pcrtnt laissé de renseignements précis sur le 
\ nombre île ces natfs soMats du Christ, auxquels on avait persuadé 
que la mer se dessécherait devant eux pour leur offrir un passage 
[ ^iidle: Nous savons seulement que 7,000 d'entre eux se présentèrent 
tfevanl Gênes et y obtinrent en passant Thospitalité. Vaincus pour la 
plupart par les fiitiguee de la route , ils se dispersèrent ou devinrent 
les vietimes de leur zèle téméraire. Plusieurs, trahis par des mar- 
chands ft qui ils s'étaient confiés pour traverser les mers, furent ven- 
dus auxMMulmans et périrent dans les supplices plutôt que de renier 
leur foi. Tous donnèrent aux hommes faits un magnifique exemple de 
dévooemeiil^l de zèle. 

André, roi de Hongrie , et avec lui grand nombre de seigneurs al- 
lemands / iraiitèrent bientôt cet exemple (1217). Tous les ports de la 
Baltique, de l'Océan et de la Méditerranée équipèrent des vaisseaux et 
des fiotteirpouf V.S départ des Croisés. On évalue i plus de 500,000 
: hommes le nombt > des guerriers qui prirent part successivement à 
cette expédition. 

L'année suivante, un nombre plus considérable encore d'Allemands, 
de Ikrflaodais » d'Italiens auxquels se joignirent quelques Français , 



passèrent en Asie fous la conduite de Léopold ^ duc d'Autriche, et de 
l'empereur Frédéric II, Mms ce dernier , deux fois excommunié, ne 
sut pas même coiiseirer en Orient la dignité du chrétjeà : il traita 
honteusement avec les Turcs et n'obttut qiie psr d'odleuies conces- 
sions la permission de visiter la ville sainte. 

Nous ne dirons rien des Croisades de saint l^ouli ; une phime plus 
éloquente que la nôtre les a ici même fîdèlement retraitées * ; rappe- 
lons seulement que, pour la première de ces expédîttotis , l,ROO vais- 
seaux sufiisaienLi peine à transporter lea nombreux soldats de k 
Croix. 

Après la DIcheuse is^e de cette croisa de , te sunt roi eut sans 
doute plus de peiné i réunir des compagnons et des soldats pour la 
seconde ; cependant des qu'il eut manifesté «on intention de repr(?n- 
dre les armes pour la cau»e de Jésus-Christ , les achat du dévoue- 
ment populaire lui répondirent. Et pendant que le peu [île &^appré1ait 
à le suivre, chaque jour au&si ^ entre ses mains , quetquo b^ron ju- 
rait , sur les' saints Évangiles et en présence des minli^tfes de ta reli- 
gion , de partir au premier signal pour s'enrôler sous k baitiii^r« du 
Christ. 

Si ces pieux élans ne se prolongèrent pas davantage â travers les 
siècles et n'amenèrent pas enfin nu résitllat impérissable , noiu ver- 
rone bientôt que la foute n'en fut point au peuple. 

(La fin au prochain nuToéro.) EuGÉNË PitKEL* 



L£S G0HPA6K0M DE LA GROU D'ARGENT \ 



CHAPITRE XIX. , , |. 
le Qiâtelet: (^îfô, } ' 

Il y était dit que lésif>ur Honoré-Câbriel Riquetti, comie de Slira* 
beau, fils dé VietOr Riquetii « marquis de Mirabeau, eélébre p<]ur les 
•candalemes aventures de sa jeunesse, enfîirmé, m illl, â Vincennes, 
pour rapt et adultère, auteur de quatre petits volumes, Tort malicieu- 
sement rédigés, siir la monarchie prussienne, dilputé de b vîtle d'kh 
pour le Tiers-Etat aux ÉtatB-Généi^ux, doué d'une grande habileté de 
parole, et paraissant très-dispotsé à fhipper de tudea conpi sur la 
royauté, serait hominé à modérer eon langage, a r^înier set colères H 
à éteindre ses fureurs, si Ton voulait payer Sa modération, et mettre 
un bon prix àsa coiitersion. 

Le correspondant de M. le lieutenant général ajoutait que M. Rî^ 
quetti avait besoin d'argent parce qu'il aimait beaii-oiip le Jeu, le 
plaisir et k benne chère , toutes choses, disait U lettre , qui, par le 
temps aotœl, sont devenues hors de prix. 

— Si on achète ce UiqueLti , il faudra le payer cher, murmura 
M. de Crosnes. H â du talent, des vices, et il peut $û passer de 
nous. 

Cela dit, le lieutenant de police prit une petite boîte qui «e trouvail 
pkcée sur la table i eéié des papiers. 

llfit jouerim seeret. * : v • • 

La boîte s'ouvrit. 

M. de Crosnes en retira un chiflbn de papier lar^ comme k niain 
déplié et fort salé. 

La petite boîte renfermait tes papiers précieux que les agents de 
M. le lieutenant général avaient trouvés tantôt dans les rues de la ville, 
et tantôt dans la poussière des salons. 

Le lieutenant prit le papier, le tourna dans tous tes lens^ l'examin.i 
attentivement. 

Il vit vingt lignes de chifTrei arabes très^finement écrits; ch^ifUG 

• Voir les n«» de rOuvrief des ai et 3t août , et dti 7 soptembrei 

* La reproduction ut interdit. — Voir les a** éç {'ÔuvrUr du 3 r^t au S0 
novembre. 



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j 



%u 



L'OUVRIRH- 



diilTre éuît«lpar44u chiffi^ toisui prun [Hïîot» quelquefois par deux 
poiim. 

— ^Toujoort h mâmË écriture ^ muroauri M. de Croinei. U se re- 
touroi et il «liiil le cordon d^ime lonnette qu*il igiU* 

Un laquais parut. 

^ Dites i H. Poriquet qut j'ai besoin de lui. 

Le Uquaîi sortit, 

QuelqHes iostiiiU après entra un petit YieîlUrd fort Uid, mais 
prumpi, vif, elle regard pleiode feu. 

l\ avait le nei très- Ion g, les jeux petits, noirs ; les souroils épais, la 
l»ouclie tréti-hrge. Il portait une perruque â queue aise^ mal poudrée. 
il atail i'iir extraordinairement intelligent. Son Ti5age exprimait la (î^ 
neiae rusée et Vinfaillible perapicaciLé d'un de cea hommes » qui, 
eonime Vidocq « rendent les plus grands services â la police d'une 
grande tiIle. Ce peraoniuge, trés-considérable au Cbâtekt en 1 18^, 
se nommait M. Portquet. 

il fît un aaïut profond en entrant dans le cabinet du lieutenant gé- 
néra), et en deux pis il fui prés du bureau de?ant lequel IM . de Crosnes 
Itait assis. 

Cêlui^ei tdodit i son subalterne le papier ch^r^é de chiffres. 

^ Utez-moï cela, fit-U d'un ton à la fois impérieux et impatient. 

On sait qu'il est en usage parmi les couspirateurs et loua ceui qui 
appartiennent aux sociétés secrètes ^ de se servir de cMffres pour as- 
surer le mystère de leur correspondance. On représente par un cbif- 
fre chacune des lettres de Talphabet , et au lieu d'écrire les mots 
avBC des lettres, on les écrit avec des chiffres représentatifs. 

Cbaeun des eortespondants retient un tableau â Taide duquel, sa- 
chant que te) chilTre répond i telle lettre , il peut lire avec la plus 
grande facilité récriture fermée pour d'autres yeux. Ces tableaux sont 
appelés les dés du chifire. 

Pour ajouter i la difficulté, on convient qu'on n^'étirira pas cer- 
tiinea lottres , qu'on dérangera arbitrairement Tordre de certaines 
phrases. 

Quand ka deux correspondants sarent une langue étrangère , ils 
■*en servent pour écrire les phrases qu'ils chiffrent ensuite, et la tra- 
duction détient auui de plus eu plus difficile pour celui qui n'a pas 
les clés* 

Ces recettes sont familîêrea â la diplomatie , dit-on, — et en tout 
cas i tous ceux qui « dans une société secrète i ont eu besoin d'enve- 
lopper de mystère leurs correspondances. 

Le eroinit-on cependant? On est panreiiii i lire, sans aroir la clé, 
4ea i^iTrei lei plus difficiles. 

Li diplomatie et la police, qui ont égilement besoin de pénétrer les 
ticrets» celle-ci |H)tir la politique » celle-là pour la découverte des 
crimes, ont réuni leurs efforts. 

La lecture quelque peu divinatoire des chifires est un art que pos- 
sèdent tous les tt tachés d'ambassade, et toujours plusieurs employés 
de U police. 

Bien no déroute raltention pénétrante des hommes habitués à la 
traduction de ces énigmes r ni les interversions de mots, ni Tusage 
d^ langues étrangères , ni les omissions conventionnelles de 
chiures. 

Eu 1739, M. Poriquet était Vhoniiiie d'Ëumpe le plut habile pour 
k lecture à&i chiffres. 

On disait au Cbâtelet que jamais il n'était resté une heure devant 
une ligne de chiffres sans en pénétrer le sens. 

L'habileté de cet homme èttit pour la police un trésor inappré- 
etibte. 

Le Hentenant général ne doutait pas que M. Poriquet ne décliilTrât 
1m TÎngt Ugnes qu'il venait de mettre sous ses yeux, 

— Eb bien î lui demanda-l'il en suivant sur la figure du petit vieil- 
lard rimpression que lui causait la lecture des chiffres. 

M. Poriquet ne répondit rien : il regardait les lignes de chiffra avec 
lue jncrDjsble tenscité d'attention* 

— àh t i^éciis-Vtl tôut'l-coup, 
D ridotilïU d attention. 



— > J'y suis ! Les pelits yeux du vieillard s'illu minèrent d'mi rftfl 

êtincelant d'orpeil latisfait | 

— Eh bien î lisez donc , fit brusquement le lieutenant génénL | 
vais écrire, i 

Il prit une feuille de papier blanc et trempa dans l'encre une pi ni 
de corbeau. À 

M, Poriquet commençât très -lentement, s*arrètant â chaque H 
pour trouver le sens du chiffre suivant, 

— La... mort..* du... tyran,,, et... des,., siens... est. .^^w. ^ 
Le traducteur pâlit légèrement. *H 
Le lieutenant général laissa tomber sa plume, ^1 

— Est? fit-il visiblement ému. j 

— Est.. . résolue.. . iut froidement le petit vieiUanl. | 

— Continuel, dit le lieutenant en se redressant. q 
M. Poriquet continua. 1 

— IL . . faut . . , d'abord ... fra ppe t, . . ThirottX ^Ê 

Le lieutenant sauta dan^ son fauteulL ^^H 

— Il y a Thirouï f ^ 

— Oui, Excellence, murmura le vieillard, et continuant ^Tliitwn^ 
de.... Crosnes. ^ 

— Continuer, continuel, fit le lieulfînant en regardant autimr i 
lui s'il ff 'a percevait pasl^ pointe de quelque poignard. 

M. Poriquet reprit. 2 

— Ordre.., i... l'Américain-*, de... tuer.,, le»,. Uoi]1)eninl..i4Bfli 
les.., vingt-quatre... heures. 

Le lieut4i;narit saisit brusquement la sonnette derrièfe lui et •onsi 
Le laquais qui avait été chercher 11 . Poriquet parut. 1 

— Vous ne luissere£ entrer personne, dit le lieutenant généml iTq 
voix ou*îl s'efforçait de rendre calme. 

Le laquais allait sortir, j 

— Apportez-moi k botte noire qui bbî restée hier dans ma f| 
Inre, I 

Le laquais sortit et M. de Crosûes, l'adressant i M. Poriquet : I 

— Allet toujours ! lui dit-il, I 
Le petit vieillard obéit. 

— Le.. Marseillais... ost... à... V Hôtel -Dieu... nriheair.,, Uê^ 
Compagnons i 

— Est-ce tout ? demanda U. de Crosnea. à 

— Non ! 4 

— Qu'y a-t'il ftnnore ! ■ ' ^ j 

— Un nom, I 

— Quel nom? J 

— C.h.a.u.Li.t* ^ 

— Chaulât î I 

— Oui. j 

— Après cela, il n'y a plus rien? ^ 

— Non, rien. j 

— C'est bien, lU, Poriquet, nous aTiseronSt dit le lieut^ainll 
congédiant le petit vieillard et en affectant un air tfès-dégagé. j 

Le laquais rentra au moment oà M. Poriquet sortait. 1 

U remit au lieutenant gén^^ral une boîte recouverte en chagnili, 

portant les amies des de Crosnes. W . Thiroust de Crosnes ouvrit la htâ 

en tin une paire de pistolets de pot;he, s'assura qu'ils étaient cfiill 

et les plaça près de lui ^ur la table ; il les cacha sous quelques fkipii 

— Une personne insiste pour parier â Son Excellence, Son Êxm 
lence reçoit-elle ? denianda le serviteur. J 

— J'ai dit que je ne recevais pas \ Qui est-ce T { 

— M. le docteur Guillotin, député wjl Etals. Les hat^tanti en C| 
telet ne disaient pas encore TAssemblée nationale. 1 

— Qu'il entre! répondit, au nom du docteur Guillotîn, M, tbii^ 
dv Crosnes, et il donna à sa figure et i son attitude les appareneei 41 
plus parfaite sécurité , de l'abandon le plus facile et le plus iri^od 
tique. J 



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pç7"«>. 



L'OUVRIER. 



ît?. 



CHAPITRE XX. 
Le dernier jour du dernier lieutenant général de police. 

Le docteur Guillotin et 1^ lieutenant général se connaissaient. 

Us s'étaient rencontrés dans le monde des philosophes, où l'homme 
de KÎeMe é\\^ i|9fl<|piefii^. et eu rhomne 4^ eeiiir iiUrit sojivent. 

L^ médecineHiiHiil.iUos .M» à$ Crosnea na ça^ttrat intelligent et 
iotéfre. 

lit magîalnitestijBaiit daw V. Cui)totia on aattint^ agr^dil^ aaroi et 
imi?erte11ement considéré. 

Il se le^a , présenta nn fauteuil au 'docteur , et quand ils eurent 
éekai^é lee ImÉdba ofdiieires de h peljteaie *r^ Q«*eat-ee qni me 
taut de si matin l'honneur de totre tisite? demanda M. de Crosnes au 



M. GiiîUotin lefi k léle, tt i tn^ert sea k^nettea regardant le 
lienteoeol général » il répendil d'une veixtrés nette : 
Un crime I 

— Politique t demanda moment M. de Crosnes. 

-^Ifon /insaniift^oiMi il a>gil4*un.^uTve ouvrier qu'on a voulu 
empoisonner. Kl Je.dpeteiur Guilletin fteento 4e,pwt en point air^c les 
plus grands détails et la plus sévère exactitude .Iciut ce qu'iUyait vu» 
appris et découvert i l'auherge de UCNbL^fi* Argent : iadiaparitîpn de 
Claude Chopin , dn samedi il juiVot en «aidi li , le sÛen^qn'il 
gardait dbstioément eur rempV>i 4e son temps pend«it ces trois 
jours , les paroles entrecoupées qu*fl avait laipsé échapper dans son 
déltrOi la. tentative d*empoisonQeme«^ dont il awt failli être la victime. 

M. Thirojox de Ûrosn«)s écentatont <fe féci^t i^eo une attentiçin con« 
•tante. 11 ne semblait pas qu*il eût l'esprit occupé d'aucune préeccur 
patiott pen^nneile. 

Le doetenr àÊtm k Hfiportdes . laits n*omit auenne nactiçularité « 
excepté celles qui eussent découvert an lieutenant général les secrets 
du CÔmpafpnennage. 

— Q«ise«peenne4eiit 

— Pereomie,. 

— Qui est entré dans la chambre du malade? - 

— * Seneade, ea eonsine» inei #t wf petit t»osan qui s'if^t)e Vt- 
veillé. . 

Le lientenent général fit quelques questions an doetenr» relettvc- 
ment k l'Éveillé. U docteur y répeadâi. 

-^ DoetauTt fil M. de Crosnes, il iant que je donne l'ordre d Vré^ 
tar ce jeune garçon qui était dans la chambre du malade» peu d'ina-» 
tante aient la découverte du crime pn^eté. Iln'y a que lui qui ait pu 
le eoamasttre. 

— Quel înlérèl anraiVil eut 

— La vengeance ! Il était , m'avec-vous dit , repoussé ^r la fille 
de.ftmkt^ al J| veulu jo dédure d'un rival qu*il a, cru préféré. 

La perspicacilé dn nuf istral avait en un instant pénétré leutes les 
secrètes eS»ctiens des personnes au milieu desquelles le crime avait 
été tenté, et les différents mobiles qui avaient pu diriger leurs vo- 
lontés; 

Le doetaor garda le sâence un moment, puis , après aïoir un peu 
réfléchi.. . 

-* Vous veolei (aire arrêter ce garçon? . . 

^ Mais , sans doute; c'est le coupable. 

— Hé bien, non, fit le médecin; mes soupçons sont ailleurs. 
Alors il mcenta qu'an aailieu de son délire cet ébral , quelque! 

heures avant le moment où le poison avait été trouvé d^ns la tasse ^ 
* Oandé Giaspin s'était écrié qu'il y avait quatre personnes dans Is 
ehambre. -t- Nous n'étions que trob , et je crus â «ne erreur*, nuis 
le délire ne ttenpn pen. 
Le ttanlenaqt génM regarda fixement le médecin. 

— Vous eroyei? lui.dîl-*il. 

— Oui, répondit Vhomme de eomee. U n*ai pas am i Mesmer, 
■Nia je imii I ee fio je fona r^KPMTto* 



**-♦ 



— Vous n'étîei que trois dans la chambre du malade ? deiiuinda 
le magistrat , qui ue pouvait se défendre d* ajouter fui et de prendre 
UR intérêt de curiosité à ce que disait M. Guillotin p 

— Nous n*étions que trois ^ reprit eelui-ci. Le malade s vu une 
quatrième personne ; c'est ce quatrième perBonnage <jui a versé le 
poison. 

— Qu en concluet-Tous , docteur ? ^ , 

— Qu^il ne faut pas Taîre arrêter l'Eveillé. ^ ^ 

— S'il n'est pas coupable, il sera mil m liberlé, '_ 

— Mais le coupable T 

— Le quatrième? ^ jj^ 
^— Oui| si ie le découvre T 

— Vous le ferez arrêter. 

— Mon titre de député ne m'^en donne pas le pouvoir. 

— Eh bien ! fit le lieutenant général de police, pressé de tennmer 
cette affaire ^ voici un pouvoir en blanc ; vous pouvei avec ceci faire 
enfermer qui vous voudrez a la ^rhim du pGtit-Ch,ttelet ; et il remit au 
médecin un mandat de justice criTninfîUe, 

— Vous voill cbargèseul dcrenquête, docteur , ajouta en «ouriant 
le magistrat. 

— C'est ce que je voulais obtenir en yenanl id , répondît M. Guil- 
lotin en se levant. 

— Kocore un moment, fit le lieulenanl; j*ai un service 4 deman- 
der â votre science. 

[\ fit connaître au docteur Guillntiu le contenu diJ chiffres qu'avait 
lus M. Poriquet, 

— Vous voyez » dit-il , qu'il est important pour moi de tirer la vé- 
rité lie ce MarseiilaiH qui est d'dprùs ceci à rHôtel-IUeu, 

— Je le vms. 

— Eli bien [ docteur , vous i>les médecin d« l'H^tel-Dieu f ne 
pouvt^i'Vfius rien savoir ? 

Le docteur Guillotin prit un air Irei -sérieux. 

— Je puis tout savoir » mtiâ je ne puis rien dire. Si h médecin 
est le confident du malade , c'est à U condition de garder le secret 

— Très bien, réjjlirjua le lieutenant qui ne voulut pas paraître re- 
cevoir une leçon de délicatesse^, aussi n'est-ce pas cela que je de* 
mande de vous ^ docteur ? 

— ^ Que ilemandeï-vous f 

— Voire avis sur cette question. Le malade qui a nom Le Idar- 
veillais peut-il être enfermé dans les prisons du Ch^itelat T _ 

— Vous n'en vnulei pas plus de moi î 

— Non , docteur ^ cela sutfira. 

Quelques instants i|ires , M. r,uîUotin quittait le Cbitelct , et il sa 
rendait â THo tel- Dieu. 

A la même heure nn mandat d'amener était décerné cnnlre TÊ- 
veillé. 

(La suite au prochmn numéro. ) CiiiMENT JusT. 



LES 1!AD.IIIDS DE PARIS. 



LE DEPART. 

M, %.,. père. — Charles, ten Ôls, 

Le pêRë.— Tu pars doue pour Paris mon ami, c'est le pap 

des badauds. Toutes les villes en foiï^onnent^ mais Paris.,, ah ! Pans 

surtout... H. En vi^rilé on dirait une des plaies d'Egypte Badattd? 

djus les rueâ, badayds dans les cafcs, badauds dans les théâtres, 1^^ 
dauils dans les nraisons, badauds partout !... C'est une vraie peste.... 
qui nous délivrera de ceîtc race insalubre?... 

CiiAraES. —Et cppendrmt^ cher p^re, vous admirer Paris?..., Que 
de foii n'aves-vous pas prockiué P^rii U ç^^Uhéch clvlUsiljaSi U 
Cipitale du monde !!..,., ^ ^ ^. \ 



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• .^ ^* n 



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L'ÔUVRIKR. 



Il rtnt. — C'e»l mî , j'aime el j'admire Piris ; on y Iroute de 
9j|ei et intégres mapistratj ; on j rencontre une foule d* hommes spi- 
rîlueU» aimablei, initruiU ; U& grands dévouements y sont ordinaires ; 
c'est 11 <}u*on volt les premiers outriers du monde, connaissant! fond 
leur métier , f raia a r lis les , hommes de ccenr , Tranes et loyaux , et 
qui seraient parTsits , n'était la mauvaise presse qui les pousse sans 
cesse au mépris de l'autorité civile et religieuse. Tu le toUi mon ami, 
je rends justice 1 Paris. 

CttàALES. — Et que deviennent donc les badauds an milieu de tout 
sekt„ 

Li PÈAC.— Ah I ah i Paris est grand, il j a de la place pour tous, 
mais 11 place de la badauderie est de beaucoup b plus grande. Va! du 
reste p tu ne le verras que trop. Adieu^ 

Cmrles (tmhrauûnt iQU pèrt). — ÂdieUp cher pérep adieu. 



tif DttlCSIfCl, ( CùrfespûndancM du chemin dt fer. ] 

GhArlea. ^^ H. le docteur Ti.., professeur. 

Charles, — Je grille en mérité de voir des badauds....* * 

Le DOCfEOn T. — il est, ma foi, facile de tous satisfaire. Sur trois 
irojfageurSf «^ue tous rencontrez , Yûus pouvez parier h coup sûr que 
deuï 311 moins appartiennent i cette intéressante catégorie, 

Chables. — A quoi les diatingue^t-on î 

Le docteur t. — Voici les principaux symptdmes de cet état mor- 
bide, vénlable plaie sociale de$ plus incurables : 1<^ Absence habituelle 
de réflexion t — Taute de temps, — les jours n^étant que de S4 heures. 
— t^ SaToir tire et calculer ( jusqu^â la règle de trois ) , se croire le 
premier moutardier du Pape^ et vouloir en remontrer à son euré, 
comme qui dirait <]ros-lean ou Vun des rédacteurs du Siècle. — d^ie 
procurer cbaque matin, au prix de 15 centimes, tout ce que l'on doit 
penser et dire pendant la journée. — l*^ Prendre autant et plus de 
souci à'vm percement de rue que du sort de l'Éflise, — 5a Accueillir 
tontes le.! opinions ronflantes , effrontées , téméraires et impies , — 
mais c^la sans malice. — ^ 6^ A toutes gens paciBques et çraiguant Dieu, 
kncer force injures. — 7o S*égosiUer sans vergogne , contre les prê- 
tres. Signaler en eux tons les défauta possibles et d'autres encore. 
Avec cela , être asset cafard pour prétexter les intérêts de la religion. ' 
— ^8^ E» vrai loustic , s' effrayer des prêtres et de leurs amis, comme 
les bambins de Croque- Mitaine. — 9* Se piquer souvent d'être mo- 
iffré , courtois , réservé , circonspect. — C'est i ces signes que vous 
reconnâîtreE les badauds de Paris. 

Charles, — Pourriet-vons, cher docteur, me renseigner sur la fa- 
Iricatiou de cet article parisien ? 

Le docteur T. — Le procédé est des plus simples, grâce aux pro- 
grés du XIX* siècle, lugei; vous-même : Dans ce grand baïar qu'on 
appelle la capitale de la civilisation, il j a cinq ou six bureaux ou ate- 
liers d& badauderie. Chaque atelier se compose d^uue de mi- douzaine 
de mirliâores. Chaque mirliÛore s'est obligé, sous des conditioub avan- 
tageuses.. .. pour lui» i écrire tous les jours les idées Icâ plus éton- 
nantes, les pins ébouriiTantes, les plus effrayantes, les plus agaçantes, les 
plus révoltantes qui luiebeminent par la tête. Ces idées encore toutes 
chaudes et frilches é closes sont imprimées et envoyées , par la poste 
et sous bande, è chaque abonné qui les ac^pte bêtement de confiance 
pour son usage particulier. — Tel est le mode de fabrication des ba- 
dauds de Paris. 

Cha^lks, — Vous appelez donc badauds les aimables et naTfe abon- 
nés qui, prenant au sérieui toutes ces billevesées, les liaent avee an- 
lajtt de respect qu'un mandement d'évéque? 

Le lH)CTEUa T. — Justement^ A les voir, ou dirait , en vérité, 
qu^un rédacteur de journal est un petit Docteur ou un petit Père de 
Itglise!!,,. 

CsUiLÉB. — Je cbercbe comment quiUfier un badaud.**^. niaiiT— > 
lOtT^ nigaud î-**beiiltt—' quoi ioacT.*.*. 



; Le docteur T. -^ Il entre un peu de tout cela dans le tempérament 
4u badaud de Paria bien constitui; 



m. 



EN CHEMIN DE FER. 



Charles. — Le docteur T.. . — M. et M"* Ftéhe , coBUiier-' 
çants retirés des afliiires. — Méd&r, eanielM gros, gras, re- 
bondi , n^en pouvant mais , regardé comme Tenlant de II matswa, 
tendre objeJt des affections de M. el le M^ ^iche, ron^ ranlia 
encore jeunes de eœur.^ 



M. Fiche. ^ Mon épouse, si ta nous régalais dek kctofs da j 
nal? 

U^ Fiche. — Vraiment , mon ami , c*est une bonne idée , 

toutes tes idées oar ta n*as qae de bonnes idées. [Elle mnire ans 

large panier renfermant quelques prûvisUmi de voyage : âemx Mipsrfwf 
canards, /'Opinion nationale et le Siècle.) 

MÉDOR (ti o^oie)..... 

M»e Fiche. — Èh bien ! mon chéri , tais-toi é^ae... Allean , mbn 
petit amour, ton maître veat entendre le joarnal ; •voyons , mon petit 
mignon, sois tranquille. 

M. Fiche. — N*a-l-â pas soift.... 

M«« Fiche — Oh ! peur quant à oela , nen, ee pauvre chéri ne se 
dérange pas ft chaque instant, et sans me vanter je puis bien ^ire ^e 
je Tai élevé dans les convenances , et que j'oublierais plutôt ^e man- 
ger que de négliger toutes les nécessités de ce pauvre hihi. Je Tais 
choisir les passages les plus intéressants « tt*est-ee pas , monsieur 
Fiche? 

M. Fiche (mettant tes besicles, et se penchant enmasUpfmr mUmst 
eafofidrs).— J'écoute, parle haut, car le pietit aboîè d'une nmiére gê- 
nante. 

M>n« Fiche. — Vraiment, je ne comprends pas qae tu te plaignei 
de mon petit chéri, tu sais qu'il n*a pas l'^aèituide de. voyager... 

on doit en paaser beaucoup i à cet aimable compsfnen de nos 

vieux jours. *^ . - 

M. FiCHB. — Mais ce n*est pu pour te fim de hi peia», ni k \mt 
non plus... mais lis donc, madame Fiche, lis donc, ma femme. 

M»* Fiche ( Hêamif h Siècle). — ^ « Les ambitions et las manœuvtes 
» du parti uhramontain ou catholique est le plus dangereux éHenfA 
i oft puisse se heurter la eîvâisatién. • — Mais 'à nsé senahle^^ tu 
dors déjà, monsieur Fiche? (£//s /ai saccae le bras assez tm t fie n t.) 

M. Fiche (as réueillmU en asaaaal) . -- Où dene semmés^neus..^. 
Ah! les malheureux ! les blagueurs! Au secours 1... auseosuratluM 

Mn» Fiche. — Mais non, monsieur Fiche, o'iaat mai, <^est' leSièele, 
c'est ton cauchemar% 

M. Fiche. — Oui, oui, il a reisen ce journal, il a tnajonra tsiseto. 

Mm« Fiche. — C'est pas étonnalit... c'est ^jue se sent des èomaes 
supérieurs., supérieurs... tout4-fidt supéffieuas... extrêaaeaient... 

Mi^DOR (il aboie avu force et fimit pair Aar/ér )..... 

M. Fiche. — Je ne comprends pas cela... ce pauvre petit est gêné... 
tiens, ma femme , je erois que U lecture du jonmâl é banCé voix lui 
prend sur les nerfs, car il a toujours eu le système nerveux trèa-eus- 

ceptible très-susceptible. Remats lejounud au panier, et tâchons 

de dormir jusqu'à la station de Pantoise. çà vaudra mieux. ' 

M. LE docteur t. ( (oal 6aa à CAorler). ^ En vérité vous avea de 
la chance. Vous ne pouviez mieux rencontrer. £n voili un coaplel... 
mais' de la pins fine espèce 11! 

Charles. -^ Mais e'est à photographier!... mm c'est délicîen*!! 

M. LE DOCTEUR T; — Ce. joumsl a beaucoup de succès , cenlMe la 
sœur y Opinion, parmi les messieurs et les daaaes daaelle Isreelà. 

Charles. — Je vais écrira A mon père, fin 4vénCé« je ne^dennslaif 
pas ma journée pour un billet de mille francs. 
. M. UIKlGffEimT.«^QàfMtci. 

Le stcràaire de la rîâaeiion , IugMe TfaiBL ^ 



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L'OUVRIBB. 



ni 



LÉGENDES DE L'ATELIEfi. 



LE CHATEAU DE BICÊTRE EN 1630. 
(Vaste cour, porte ouverte , bâtiments délabres , soleil oouobani ) 

Un prêtre (à ehevat, pamn'emetU vêtu, entrant dans la cour, à une 
vieille servaniô en train de laver quelque vaieeelle), — Monsieur le Mt- 
jordeisef 

U viBibLU^jUoiM ee ^éranger\,^Si cesl pour vm aumône, vous 
Taurez. Ici, quoique pauvre , on ne refuse Jainaia an Toyageur une 
croûte ou un gtte. Entrez. 

Le prâtrs (wwrant son manteau etaontrant un en/unt nom>eaurnè,) 

— Ne Toui. occupez pas de moi, mais de cette créature de Dieu que 
je Tiens de tr<mf er exposée sur la route. 

U VRILLE (tout ébahie), -7- Jésus ! Maria 1 

Le PRiTRB. — Hâtez-Tous l 

La vieille (à genoux), — Massire, je teuv détenir muette si vous 
notes 

Le pr6trel t* Silence ! et laites ce que je vous demande. 

La. vieille ( baieaat le$ tnaim du prêtre), — Vous qui avez relevé 
trois fois notre chaumière, trois fois brûlée en Lorraine, donné à mon 
défunt mari grains et charrue , nourri mes enfants , vous dont les 
«dates fiUes ont a^té mon fils blessé à mort à Tannée, vous êtes 
le Bon Dieu pour nous ! 

Le prêtre. — Femme , ne Uasphémez pas... Soignez cet enfant... 
et condttîsez-inoii près du Msgordome. 

La ^^piLLE (pleurant), — La joie me rend, folle Vous voir, vous 

entendre, yous remercier, vous bénir!..,, (criant dans le bâtiment) 
VoBsienr le Majordome? 

Une voix (dans l'intérieur), — Veux-tu te taire, eriardia ! 

La vieille. -^Yit^, c'est Monsieur..... 

Le prêtre (interrompant), -^ G*est un envoyé de Son Éminence le 
Cardinal 4e Ricbelfeu. 

Le Haior|K>he (acçifurant , bouche pleine et serviette au menton), 

— Ah !v pardieu i c*est autre chose ! Vite ,. Marguerite , un poulet à la 
broche, du vin et ^u meilleur ! Un pâté et les plus beaux fruits ! Pré- 
parez U grande cl^ambre verte , bon feu et hça lit! Au cheval, la 
meiileura af oine l 

Le prêtri. — Monsieur, p^ tant de peines pour moi , je ^vous 
prie; je r«pars ce soir et j'ai hâte de visiter vos malheureux. 

Le Majordome. — Hélas ! Monsieur, vous serez mécontent» Bicêtre 
n*est pas un hospice, mais plutôt un repaire. La maison est en ruine ; 
les vitre» ouMuquent; les portes restent ouvertes nuit et jour, ne fer- 
mant plut. El si ce n'étak que cela ! . . . 

Le PRETRE. — Je suis eij^v^yé par Son Éminence pour m'enquérir 
de vos besoins, Youii procure^ ce qui vous manque. Quels pauvres lo- 
gez-voast 

Lk MiU^iiBOiis (à demi^voix). — Vous allez voir, monsieur, gueux 
el infirmes, malingres et fous,' gentilshommes blessés en guerre, pau- 
vres mines , visages hâves e( barbus , pourpoints déchiquetés , cha- 
peaux, rabattu^, rapières r^uillées, errant à Taventure, rentrant et 
sortaOt i Mti Mire dtf /oUr el de iitfitl man^alU de tout, |lillaiit 
ei escroquant pour manger 

Le prêtre. — Pour les soigner, les consoler? 

Le Majordome* — Mon Ken I moi et Marguerile ! 

LfiPR^E. — Et vos malades? 

Le Majordome. — Ils se soignent eux-mêmes , quand ils le 
penveul:*»'*^--"'^ -'■ '"•' • ^ . . 

Le prêtre. — Et les pauvres fous? ' 

Le Majordomet »* An cachot ! 

Le Mtftn»» -rio co«s»4 Paris at je voos rmèna omvriais, nnes, 
tètements et missionnaires. 

Le Majordome. — Oh 1 monsiettr, ce damier sacoort vaudra tous 
les autres» ^ear Misèira est um enfer i 



Le prêtre. — Conduisez-moi de suite auprès da v^ malades* 

Le Majordome. — Monsieur, il n*y en a plus. 

Le prêtre. — Et vos fous î * 

Le Majordome. — Il y en a «ncore un, i! m meurt. 

Le prêtre. — Voyons-le vite. 

Le Majordome. — A quoi bon ! 11 est furieux et repouise tout !# 
monde. 

Le prêtre. — Raison de plus. , .^ ' • 

Le Majordome. — Après dîner. 

Le prêtre. — Tout de suite. Allez dîner, rooniieur le Majordome» 
mais je veux voir c^ malheureux , et , s'il est possible, l'adxninisti'er, 
avant qu*il ne meure. Où est-il î 

Le Majordome. — C'est peine perdue ! M^is d vous le voulet ab- 
solument, c'est U-bas, cette fenùtre grilU%, prés du soL Vous le Terres 
couché par terre au fond du cadiûC, ou Icâ maina aui grilles et l'ê^ 
cume i la bouche, s'il n*est pas mort! 

Le prêtre. — Laissez-nous ensemble. 

Le Majordome. — Vous ! seul avee lui ! misêrieorde ! Voulei-Touf 
qu'il vous arrive malheur et â moi aussi ! Car Son Éminence ne man* 
querait pas de me faire pendre ! Je ne vous quitte pas. 

Le fou (accroché aux barreaux de stin cachot, rml hagard], — Je na 
suis pas fou ! je ne suis pas fou ! 

Le prêtre (au Majordome), — Retirei-Tous. 

Le Majordome. — Puisque vous Tordonnet ! Mais Mtrperite et 
moi ne sommes pas loin, et, au premier danger.... 

Le fou. — Si l'on voulait ni'iîuteudre U.. IHaii personne n'osa 
m'approcher!... Si l'on savait ce que je porte ici (1/ « frappe le 
front). 

Le prêtre (contre les barreaux). — ^lo'i, je m'approche et je voua 
écoute, mon ami ! 

Le fou (saisissant les deux muius Undues vers lui), — Ab ! enfin ! 

Marguerite (cWan^ de loin) — H e eu le 1- vous ! Reculei-vousî 

Le fou. — Comme vous êtes bon, mais le« autres ont horreur de 
moi! Et vous aussi, avez-vous ^m ar? 

Le prêtre. — Moi ! peur ! tJ ou nez- moi votre m»in , poscï-U iei. 
Est'ce que j'ai peur? Pourquoi auraia-je peur? Vous êtes malheu- 
reux! je suis prêtre, je viens voua consoSer ! 

Le fou. — Oh! je vous en supplie, si yom le pouvet, brisez ces 
barreaux, faites tomber ces murs; rendei-moî libre,.,.. J'irai en An- 
gleterre, puisque la France, ma p^iirie, n'a ]iz& voulu de la gloire que 
je lui apportais ! Et alors je la ferai riche, TAngleterre, puissaule^ U 
première nation du monde ! 

Le prêtre. — La yraie richesi^e n'est pas sur la terre ! La pa- 
trie est au ciel ! 

Le fou. — Oh ! sentir U un secret qui transfonner^iit le monde et 
le voir enseveli sous ces murs , étouffi^ enUe ces barreaux 1 Mourir! 
Qu'importe? Mais ce secret, trésor du genre humain, andanti pour 
jamais! Voilà qui me torture, qui me tue et me rendra vraiment fou! 

Le prêtre. — Secrets ! trésorg < rêves ! vanités de U terre que 
tout cela ! Mon frère, renoncex-v et \oub trouverez la paîi ! 

Le fou. — Votre toix pénètre mon âme. Qui êtes- vous donc ^ au 
nom de Dieu ? Un saint du ciel descendu ^ur la lerre pour me con- 
soler ! Vous pleurez! Ahl je suis sauvé ! Voili donc une créature hu- 
nuine qui a pitié da ma misère et qui pleure aur moj ! Ah ! votre 
main, que je la serre et que je la dévure de baisers comme celle d'un 
sauveur ! 

Le prêtre. — Que Vpulez-Tou^ que je fasse pour vous? 

Le fou. — La liberté ! la libei le ! je vous la demande â fenouil au 
nom de Dieu, ne fût-ce que pour un moment, le dernier de ma vie, 
U libéral 

Le prêtre (au Majordome), — Ouvrei-moi ' 

Le Majordome. — De grâce, monsieur..... 

Le prêtre. — La charité Texige, ouvrez f 

( On ouvre. -> La prOtre entro dans le cachot. ) 
Au nom du Roi et du Cardinal premier ministre, fouf lin ]ïk 



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ik 



L'OUVRIER. 



tfi wm { u êùultmnt ame pmne et joignant lu mainê ]. ^ Merci, 
Euerei ( t/ essaie de le reUtftr ti îtiemèe, — U pritfe te ckûr§e dans 
ut bras hort du oBehot}. Oh ! le soleil, Vùr pur« la liberté! Vous ou- 
vrei le ciel à un âAmné à^Vmhr (ie amiidéront au grand jùur). Que 
je iuiA misérable ! Oh ! je dois faire horreur ] Monsieur , cet homme 
do0l raapect vous fait frémir, il a été un ftavaat honoré, applaudi, 
recherché dîna les cours d'Angleterre et d'AUetnagne ! 

L& PHËTRK. — Peoseï à Dieu, mon frere, k l'éternité 1 

Le pou, — L'éternité ! je la désire et je Tattends ! Qu'elle tienne 
m 'apporter enfin la clef de La icience, la lumière divine où la vérité 
du clioaea m'apparattra dam la aplendeur f....* Oh! éternité, je te 
salue î 

Ls paêTRE. — Elle vient et avec elle la paix , le bonheur, la 
|loire ï 

Lr foo, — Oui t mon père , c^eat la mort que fous m'annoncez et 

il j a bn^tempa que je la sent approcher Et to\18 Tenez, n'est-ce 

p*i, recefoir lea dernier» aveui du pécheur?.., 

L« pnÊTRK. — Ne suis- je pas Venvojé de celui qui a dit aux dé- 
bifisés de ce monde : Venez tous I moi? 

Lg fou. — Voue m'ouvrez le ciel î Et le pauvre fou que peut-il vous 
rendre pour les joies de cette dernière heure? Oui , le fou possède 
un grand secret, tout puissant pour étaugéliser les peuples et les squ- 
lagerl... Ce n'est pas folle ^ rnoofiieur 1 dans la mort la vérité nous 
éclaire î 

Le phêtre. ^ Le secret de sauver le» âmes et de secourir les pau- 
vre» » maïs, c'est le ciel aussi ! 

Le fou. —Tout Tor dn Pérou a ruisselé sur TEuropeét la misère 
de» pautres a*a pas dimiimé un jour ; mais mon secret enrichira tous 
le^ peuples, fondra tous les arts , tous les produits, les mœurs et les 
croyances j d'un bout du monde â l'autre, d^ins Tunité. C'est une force 
nouvelle qui deviendra comme Time du monde 1 Je la vois dominant 
sur la terre et reine de TOcéan,.,,. Je vois des vaisseaux étranges, 
sans voiles et uns mit» ^ domptant la mer, son calme et ses orages! 
Je vois la terre vaincue , ses monU et ses abîmes aplanis et com- 
blée sous les p^ de Thomme, le temps » les distances subjugués ! Je 
vois dans les villes et dans les campagnes, au fivnd d*ate<iers immen- 
ses, dans les champs largement fouillés, des moteurs miraculeux rem- 
placer les bras et Ténergie de l'homme ; Touf rier, aujourd'hui courbé 
par de pénibles labeurs, relever le front et regarder le ciel. Maître 
souverain de toute matière façonnée i son génie, sans suenr ni vio- 
lence, il la tient à ses pieds ^ soumise et vamcuc, et lui restituant par 

d^ineiïahles jouissance» les délice» du paradis perdu Cette force 

souveraine de la nature elle est à Dieu... Elle est i moi ! Salomon de 
Caus mourant la met k vos pieds La voulez- v oust 

Le PJiÊTRE. — Moi, pauvre prêtre , que voulez-vous que ié fasse 
dunei grand secret? Quelle est d'ailkur» cette force inconnue? 

Salohon m Caus. — Quelque chose d^ simple et de. sublime 
comme tous les secrets de Dieu... C'est la vapeur î Prenez cet écrit... 
il vou^ dira tout ' 

( Le prêtre j«U« lui «oup d'ceïl sur le livre* , le pârc4)urt qi9«k|De tenp^i t^mlie 
S gcoouï^ puis après un tileiice , se rel^vjiiil > ' 

Salomon de Cau», vous êies un grand homme ! 

Salomon d« Caus. — Vou» verrez le Cardinal? vou* lui donnerez 
ce liïre ?..... 

Le pi^ètre. — $,ilomon , soyez en paix. Votre secret est immortel ! 

Salohon ùz Cai^s. — Ne me faites pie^ mourir de joie, maintenant, 
^Ton Dieu ! Oh ! qui êtes-vous donc , un t^aint , un ange? 

Le i*n6Tnï. — le suis Vincent de Paul ! 

Salomon hb Cau§. —Le père du peuple, de ceux qui soofirint î 



* Im raêê^^i dt* fûrctë momwmUi m^to ditertfB mQchînt$ tant %tiUtq¥é f^aï- 
*m^lm par Saioamn dt Cdtii, 4615. — O^t lui que FmnvoÎA Arago signale ooinroc 
Ojf t Inidginâ le pretnier remploi dd la vapeur d>Au f^omiiuunotowrlqrdrauli- 
qiifl e ou^ffl b voie aux appticAlioni de cette di^ccuveUe S Papin, à Nevrco 
iien #1 s WàU. U iBMirut en 401^ , enfermé è Bicétr^ comoio Ibu. 



Ah ! e*est à loa fenoux que Salomon doit detneiidre ! Qu'est-ce que 
la soienee dotant la Tortu? 

Vincent db Paul.-— Notre teieiiee m cette tie n'est qne ténèbres , 
nos Tcrtus, que misères, sans la miséricorde de Dieu. 

Salomon db Caus. — Je vous ai dit tons mes rêves, tontes mer es* 
pérancea... je ne vous ai pas dit mes terreurs. .. Savez-vous» IS père des 
pauvres, que ce livre, ce secret, e*est ponr le penpk que vons aimes 
Ut ridiease en la misère, le paradis M fenl^. 

ViNCBirt' DE pAm..— Que dites-vous? 

Salomon de Caus. — Avea-vous entendu parfois dans votre tîe, ai» 
milieu des plaintes dn vieiOard, de f infirme tt de rorpMuié cellei 
de Fouvrier maUieutettxt 

Vincent de Paul. — Januis. 

Salomon de GAt)8. — Nos mâles corporations ont toni prèrn pour 
le bien-être et l'avenir de i'onvrier : aujourd'hii. lé travail suSt à 
toutes les existences. Mais la -vapeur ne détmira*t-€llé fos tout cela? 
Oh ! si la misère et ses angoisses allaient atteindre nn jour Fouvrier 
et avec lui le peuple tout entier ! Oh ! si par quelque maibeor que 
la réforme protestante nous a peut4tre préparé, la. kk aussi derait 
diminuer dans les masses, si l'ouvrier allait se défier un jour dn prêtre 
et s'en séparer, si M tnisère et Tiinpiété totft ensemUe Tenaient fondre 
sur lui pour le perdre et le désespérer; oh \ qu^es immemea calami- 
tés; (|ue11es larmes dâbs le monde et quéUé niidédîctton sur moi 1 N*est- 
ce pis assez déjà des souffrances de vos pauvres et de tcs orphétins? 
Là piété chrétienne y peut sui&re encore, mais la misère ponr tons t... 
Quand j*y pense et que j'entrevois ces choses, maintenant que la mort 
dissipe en nioi toutes, les illusions de l'orgueil, je tremble, j^ai peur 
et me denundé si je ne suis pas rhomicide de mes Itères et le Csîn 
de f avenir ! Oh ! dites-moi , mon Père, Dieu ne trentril j^ foÉr le 
bonheur du peuple que ce secret périsse avec moi h jamais?... 

Vincent DE Paul. — Oh ! Salumon , point de vaines lerrenrt ! Va- 
peur, avee tes mystérieuses destinées, je te bénis ! Soyez bénies, é 
sublimes découvertes qui faites éclater la puissance et là bonté de 
Dieu, la grandeur de Thomme fait i son image, menreilles deatinées 
i reposer ses bras, k le dégager de la matière et à fattirer tera son 
créateur! Seigneur, n'en diluez ni 4e non^re, m la beauté, ni 
récht ! Bénfssfz nos arts , étendez la science et le bien-être à tous; 
ne privez pas^ la France et ie monde des intentions du génie de cet 
honome, mais consertez stirtont â la patrie là (<n ef h charité, la fra- 
ternité entre lé riche et le pauvre, entre le maître et l'ouvrier... Bé- 
nissez et mtiUîpTiez mes filles, mes oeutnes, tons mes enfknta; laissez- 
les grandir et coutrir le monde pour les deuleûfii de l'atenir... Mon 
Dieu, nnion étroite entre le peuple et l'Cgiise , confiance et amour au 
prêtre, le trai défïmsenr et le meilleur ami de Tontrier , è l*Église , 
mère des pauvres et'des p<^s, mère de la civilisation et la plus 
sûre gardienne de sa Téritable grandeur. Et mainteiAttt, Sdomon , 
que ton âme se recueille, je vais faire descendre sur elle le pardon 
de Dieu. Oubhe le passé, outre ton cœur an repentir eCi l'espé- 
rance, confiance et courage ! Dieu protège la France ! 

' . MAURieHi in PuiTonT. 



IE PSAUTIER DE IIARIE 

FAR LOUIS TOSn, 
ïiélifm» béâèdieàim dm mni-Goitim . 

un CHAnMANT VOLUME IN-TRENTE-DEUX. -^ PRIX : 60 CÈNtlMS. 

chei Ch. Blérioi, 66, qnai dea dranda-AngnftiBf , 



' ' ' ■ II » ! >f.7 »ié .. yiiii m K I 

fkmt firwM Nor wkamHkda iûmén è Ias4aa UànUmu \ 
bandes imprimées du journal. 



Angers , imp. de Liiné frères, mn Sainl-lnad» 9. 



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5JSf 



R» 32. 



7 déoembr» 1861. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



▲DMIlflSTBATiaïf i 

Us^mk émi 



A PARIS. 



SOMMAIRE. 

LE MOtTTEKENT POPULAIRE DANS LES CROISADES, par Eugène 
Pénnu - LES G01iPA«NONB DE LA GROIX.D'AROEMT , par Clément 
icvc. — L^IDiOTE, par Miriè AmtuQUI. * JURISPRUDENCE INDUS- 
TRIELLE. 



iONNBMBMTB^'Ull AN 

A^trlirdit«<eénMMb: 

• • • ••• •.'• t 9 ,• 9 ©» 

om 9 Amm» ••••••••Vw 

Atatc-Oiim «é t'Iatwmi M Roi» . 7 hm 



LE HOCVEHENT POPULAIRE 

DANS LES CROISADES ». ( Suite, ) 



m 

Un gaotlIhOiAiiie fnui^is, M. Aroaet de Voltaire» s'il voas 
pbît, a d'un seul mot condamna les Croisades. Il a dit quelque 
part qu'ailes forant une guerre injuste, uniquement inspirée par 
Boe fiêbé «yeaslc. Quelques petite osprits ont depuis rdpëté ce 



jugement, sans se soucier d'y réfléchir et de le raisonner. M. de 
Voltaire mentait bien cette confiance. Grand 'homme, poBsMant 
à un haut dëgrë le sens du patriotisme et de la justice! N^est«-ce 
pas lui, en effet, qui mit un jour toit son tarent à salir en vers 
obscènes la chaste héroïne qui dëlirra notre pays des Anglais , 
et, une autre fois, à complimenter en prose incorrecte le roi de 
Prusse, Frédëric II, de nous avor baltus à Rosbach? M. de 
Voltaire n'avait point lu sans doute les discours de l'ermite Pierre 
et du pape Urbain au Concile de Clermont. S'il l'eût voulu» il y 




LES; CROISADES : Le roi de Chypre s'ëtait honteusement retire, pendant... (V, page t»0.) 



Brait vu» oomme ont p«i le voir nos lecteurs, que les motifs vrais 
it priaeipaiis ém CnsMâef avaient été la juste répriBsion des 
Kcèa ds temi ^nre commis fiar Im Turoa an détriment des chië- 
bns d'Oiient, et k légifinM.*dé£ni8e de l'Europe» sans cesse me- 
tiofe dsos aa eMlkatîoaqpsr les invasions moaulmanes. Aux 
ftiix do l'humanité, le premier motif ne se discute pas : nul ne 

1 Yoir lot a** ds VOmoriêr du 16 octobre^ des 2. 13 et 30 novembre. 



doute du droit qull a d'empêcher un assassinat, et, depuis' M. de 
Voltaire, la politique dès gouvernements eurojf^éens s'est phis 
d'une fois trouvée d'accord avec le senfitnént intime d3S peuples 
pour exercer de nouveau la même répression, dans le m6me 
pays, à l'égard des mêmes fanatrques. Aux yeux de l'équité, 
^le second motif est assurément tïés-snffisant pour justâler une 
prise [d'armes. Faut-il attendre que l'ennemi vous lit -dépouillé 
pour vous défendre? et lorsque déjà, à cQ^KMntes reprisas^ 



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280 



rOUVRIER. 



il a manifestemeiit tenté de le frire , ne pouTet-Tons couper eourt 
aux tentatives iiitares en anéantissant sa puissance , c'est-à-dire ses 
moyens d*action? 

La chose une fois comprise de cette manière et présentée ainsi , 
les Papes et les prédicateurs de la Croisade ont eu raison d*exciter 
la retigioià des peuples et de faire appel à leur foi. Us ne pouvaient 
d'ailleurs séparer ce qui était intimement uni. Ce n'était pas seu- 
lement des xh^aimes que les chrétiens d'Occident allaient venger 
en Palestine , c'ét^nt des frères participant aux mêmes croyances et 
persécutée à cause de cette foi commune. Ce n'était pas seulement 
des nationalités distinctes qu'û fallait protéger en Europe , c'était 
toute une civilisation chrétienne ^ e'est-à-<lire un ensemble de droits 
et do libertés dont la connaissance et l'usage avaient été apportés au 
monde par l'Église. Bien loin donc d'être distincte des considérations 
humanitaires ou sociales , la religion s'y mêlait intimement pour leur 
donner une force nouvelle. Dès lors , s'il est vrai , ainsi que l'a dit 
un historien , a que le sentiment le plus puissant dans les masses 
comme chez les individus , c'est le sentiment de la force justifiée par 
une cause morale et un but religieux , • on conçoit l'enthousiasme 
universel pour les guerres saintes. 

Or» cet enthousiasme religieux, en devenant le lien et comme le ré- 
sumé des motifs de droit les plus plausibles , se trouvait être préci- 
sément l'arme véritable avec laquelle il fallait de préférence combat- 
tre les Turcs. Pour triompher d'une force ne faut-il pas toujours em- 
^ ployer une force plus grande T Au fanatisme musuhôian il convenait 
d'opposer non le fanatbme chrétien , que TÉglise n'a jamais connu ni 
employé , mais la foi des nations chrétiennes , appuyée sur des bases 
plus solides que les assertions du prophète de la Mecque et soutenue 
d'espérances plus certaines que les voluptés de son paradis. 

Dans son instinct merveilleux des grandes choses , nous l'avons dit 
déji , le^uple comprit vite la justice de la cause qu'on le conviait à 
défendre; sous l'inspiration de sa foi, il s'y dévoua. Nous ne préten- 
dons pas que cliacun des Croisés eût présent à l'esprit , au moment 
de sa première résolution et pendant ses longues marches ver^» l'Orient, 
les motifs légitimes de l'expédition ; nous disons seulement qu'il savait 
agir se^on le droit , s'en remettant pour les détails à la sagesse de 
l'Église et de ses pontifes. 

La plupart des Croisés , il faut le dire , avaient d'ailleurs en vue 
leur intérêt spirituel. Les Papes avaient fait encore preuve de sagesse 
en intéressant les âmes i ces grandes entreprises tout â la fois reli- 
gieuses et nationales. On comprend que je veux parler des indul- 
gences. Sur ce point , bien des erreurs sont dans les esprits. On se 
persuade généralement que les Souverains-Pontifes accordèrent aux 
fidèles 11 rémission entière de leurs péchés, i la seule condition qu'ils 
prendraient la Croix et partiraient pour la Terre-Sainte. Il n'en est 
rien. Si l'Eglise, alors comme aujourd'hui , attachait une faveur spi- 
rituelle k l'accomplissem^t d'un acte extérieur , elle supposait tou- 
^ jours une intention intérieure , expiatrice et méritoire. En d'autres 
termes Tindulgenee était attachée , non au départ pour la Croisade , 
mais aux sentiments qui animaient le Croisé ; le départ formait une 
condition essentielle , mais nullement suffisante. La preuve en serait, 
i défaut de l'enseignement constant de l'Église , dans le texte même 
du canon ou règlement formulé sur ce pomt par le Concile de Cler- 
mont, sous la direction d'Urbain H. c Que celui ^ y est-il dit, qui par 

• le seul motif de piété , et non pour l'honneur ou pour un gain mé- 
i prisable , aura fait route pour délivrer la ville du Seigneur, Jéru- 

• salem , soit réputé avoir satisfait i toute pénitence. • On sait qu'au 
moyenslge les pénitences canomques imposées aux pécheurs pour des 
erimes publics étaient en pleine vigueur. Par le fait seul de son dé- 
vouement extérieur , le Croisé était regardé comme ayant satisfait à 
toutes .celljss qu'il avait pu encourir ; qaais , nous le répétons , quant 
i l'indulgence proprement dite , c'est-à-dire à la rémission des peines 
de Tautre vie , elle restait subordonnée à la pureté des intentions. 

Qu'il y ait eu cependant, parmi les Croisés, des hommes entraînés 
plutôt par des considérations humaines que par les nobles désirs de 
Vhuounité et df 1» foi » nous k Fece ci* "h issons volontiers ; cela même 



expHqae â nos yeux Inen des désastres et 4es succès. Mais, il faut biea 
qu'on nous l'accorde aussi, ces âmes intéressées se rencontrèrent 
moins nombreuses parmi le peuple, que parmi les grands et les puis* 
sants. Les tentations de la gloire et de la conquête pouvaient bien se 
présenter à l'esprit des princes et des seigneurs, elles ne pouvaient être 
le danger des faibles et des petits. .Tout surplus pourfait-oa 4lire qifer 
d'humbles vassaux prirent la croix pour échapper à la misère ou aux 
exigences tyranniques de certains seigneurs ; si ce fut là pour quel- 
ques-uns un motif déterminant , l'illusion ne peut être ni de longue 
durée ni fort commune : dès le retour des premiers Croisés « toute 
l'Europe sut au prix de quelles fatigues, de quels togers , de qtleis 
sacrifices de tout genre on acquérait Thonneur insigne de visiter et 
secourir la Terre-Sainte. 

IV. 

Un éloquent historien, étudiant, comme nous, la part immense que 
prit le peuple à l'œuvre des Croisades, s'écrie en terminant : c Com- 
bien n'a-t-il pas fallu d'oppositions, d'abandons, de lâchetés, d'intérêts 
égoïstes , pour désabuser les peuples de l'Europe (je dis les nuissee 
populaires) de l'idée si profondément enracinée dans tous lescosurs 
que la chose du monde la plus heureuse, la plus grande , le premier 
devoir des chrétiens, c'était de prendre les armes pour combattre les 
ennemis de leur foi M i Ce ne fut point le peuple en effet qui fit défaut 
à l'entreprise commencée. Après la mort de saint Louis , les Papes 
continuèrent d'appeler le peuple chrétien aux armes contre l'ennemi 
de la foi et de la civilisation ; de nombreuses armées partirent encore 
pour protéger ou reconquérir le royaume de Jérusalem- et les autres 
principautés chrétiennes en Orient ; mais à ces armées il manqua des 
chefs désintéressés , plus soigneux du bien commun que de leur or- 
gueil propre et de leur intérêt privé. De la fin du XllI® siècle au com- 
mencement du XV1II«, de Grégoire Xi Clément XI, aucun des Souve- 
rains-Pontifes, pour ainsi dire , ne cessa de répéter le cri d'alarme. 
Longtemps encore, nous le répétons, cet appel fut entendu ; mais ce 
qui avait empêché le succès de chacune des croisades en particulier, 
enpêcha aussi l'esprit de la guerre sainte de se maintenir parmi les 
peuples de l'Europe et d'arriver enfin au résultat que l'on s'était d'a- 
bord proposé, à savoir : la délivrance entière de la Terre-Sainte et l'é- 
loignement définitif des Turcs. Nous ne pouvons entrer ici dans aucun 
détail ; il nous faudrait écrire un volume pour montrer par les faits 
comment, dans chacune des Croisades qui furent encore tentées , l'es, 
prit de discorde et detlissension, d'égoïsme et d'isolement, en divisant 
les chefs, rendit inutiles la valeur et le courage personnel des soldats. 
Les princes de l'Europe demeuraient d'ailleurs presque tous insensibles 
aux malheurs de la Palestine et aux dangers de TEurope : l'émotion du 
peuple avait bien pu, pendant deux siècles, remonter jusqu'à eux en 
certaines circonstances solennelles , elle ne pouvait san» cesse préva- 
loir sur leurs habitudes de rivalité ou sur leur amour du repos. L'es- 
prit chevaleresque , né du dévouement chrétien , s'affaiblissait insen- 
siblement et menaçait de disparaître pour toujours. Ce fut en vain 
qu'après la prise de Ptolémaîs (1291 ) les peuples firent entendre des 
plaintes âmères c contre les princes et les rois de la chrétienté , les 
uns s'abandonnant aux délices de cette vie , élevant des tours et des 
palais superbes , dirigeant leurs armes contre les bêtes fauves et les 
oiseaux du ciel, les autres, accablant leurs sujets d'impôts pour feire 
la guerre à des peuples chrétiens et reculer les limites de leur em- 
pire *. M Au siège même de cette ville, dont la prise consommait la 
chute de tous les établissements chrétiens en Orient, l'exemple de la 
trahison et de la lâcheté avait été donné par une tête conronnée. Le 
roi de Chypre estait honteusement retiré , pendant qu'à cdté 4*^ ^ûi 
les chevaliers hospitaliers , commandés par Guillaume de Glermoat, 
combattaient i outrance, tandis que, dans la ville, defeibles femmes, 
les religieuses de Sainte-Claire se mutilaient le visage pour éehappet â 



* Ch. Lenormaod : Queitionê hùloriqmt. 

* Miobaud . Histoire des Croisades , tome V« 

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L'OUVRIER. 



m 



la brutalité des Musulmans. Ptolémaîs tombée et la première impres- 
sion calmée, les grands de la terre ne s'émurent plus que de la prise 
de Constanlinopîe (1452). Mais, en fondant un empire sur le sol 
même de TEurope, il semble que les Turcs aient perdu aux yeux des 
ilations leur premier caractère d'ennemis de la foi et de la civilisation 
chrétienne. Désormais on ne voit plus en eux que des ennemis or*- 
dinaires, que Ton combat quand la politique de l'intérêt Texige, dont 
on se h\t des alliés , quand leur secours peut être utile contre un 
chrétien. La bataille de Lépante (1571) fut le dernier combat livré 
par les chrétiens sous l'étendard de la Croix. 



Si les Croisades eussent eu pour but unique de délivrer la Palestine 
du joug des Infidèles , on pourrait croire qu'elles furent complète- 
ment inutiles ; maii en y excitant le peuple chrétien , les Papes n'a^ 
Taîent pas moins en vue d'arrêter l'invasion musulmane , et c'est en 
quoi ils ont réussi presque complètement. Grâce â eux , grâce à l'en- 
thousiasme énergique avec lequel les nations répondirent â leur ap- 
pel, les sectateurs de Mahomet furent longtemps dans l'impossibilité 
de pousser leurs conquêtes au-delà du Bosphore. Quand ils arrivèrent 
en Europe, quand ils eurent fait tomber sous leurs coups l'empire, 
depuis longtemps ébranlé , de Constantinople , déjà ils avaient perdu 
la plus grande partie de leur vigueur. Il suffit de quelques résistances 
généreuses , comme celle de Jean Sobieski sous les murs de Vienne , 
pour contenir ces farouches guerriers que les voluptés du repos allaient 
bientôt énerver pour toujours. La civilisation chrétienne était sauvée, 
les nationalités européennes sauvegardées ! C'est ce qui a permis à 
l'illustre comte de Maistre de dire avec tant de raison : « Sans doute 
aucune Croisade ne réussit , mais toutes ont réussi, i 

Mais les peuples devaient retirer de leurs expéditions en Orient des 
avantages , non pas sans doute supérieurs à celui que nous venons de 
signaler, mais plus sensibles peut-être et plus facilement appréciables 
à notre siècle intéressé. La féodalité , dont les abus ont été si auda- 
cieusement exagérés par l'esprit de parti , la féodalité qui armait sou- 
vent, les uns contre les autres, dans un même royaume, les peupler 
des provinces voisines , trouva dans les Croisades , le principe de son 
aflàiblissement au profit du pouvoir royal. « On connaît, ditMichaud, 
toutes les plaintes qui s'élevèrent contre la seconde Croisade ; mais 
on y vit un roi db France commander une nombreuse armée hors de 
son territoire , ce qui ne s'était pas vu depuis Charlemagne, et rien 
n'était plus capable de seconder les progrès delà monarchie... Les 
désastres qui accablèrent les armées ne sauraient nous empêcher de 
reconnaître ces rapides progrès de la puissance royale. L'intérêt même 
qu^on portait à de grands malheurs , les sacrifices faits à une cause 
qui était celle de tout le peuple , l'habitude de voir les rois à la tête 
de la milice française , effaçaient peu à peu le principe de la féoda- 
lité , ou plutôt le faisaient tourner au profit de la monarchie. » 

La liberté du peuple s'augmentait en même temps que le pouvoir 
royal, a Comme les seigneurs emmenaient avec eux tous ceux qui 
portaient les armes , et qu'il ne restait presque plus personne dans les 
villes , il fallait bien se confier au petit nombre dé ceux qui ne par- 
taient point. On devait ainsi leur laisser le droit de veiller à l'ordre 
public , et de se défendre contre les brigandages qu'eux seuls pou- 
vaient réprimer. Ceux qui exerçaient l'autorité pour les comtes ab- 
ioita, n'ayant qu'un pouvoir passager et incertain , se conduisaient 
avec modération et cherchaient à obtenir par la confiance et l'amour 
ce qu'ils n'auraient point obtenu par la force. • Delà la première ori- 
gine des libertés et des milices communales qui furent pour la France 
l'introduction d'un nouvel ordre de choses , le principe du pouvoir 
des classes bourgeoises et populaires. 

La navigation, le commerce, l'industrie devaient aussi gagner con- 
sidérablement à ces excursions lointaines , qui faisaient connaître aux 
Occidentaux , de» pays , des mœurs , des usages , des produits nou- 
veaux. 

4iiisi Dieu récompensait largement le dévouement de son peuple ; 



et coramt entre toutes le^ nattons , la France fut la première à s'é- 
lancer i\xi% Croisades ai h plus fénéreuseà leur coolinuer U sacrifice 
de Bori sang, le nom des Fran«'s est resté en Orient le synonime de 
valeur, de bravoure et de noblesse ! 

Eugène. Pèuel* 



LES CO«FAf.i\Oi\S DE LA CROIX D'ARGENT \ 



CHAPITRE XX. 

Le dernier jour du dernier lieutenant général de police. 

( Suite,} 

A pi4ae le doct^^ur GuiUotin ^tait-il sorti, que le lieutenant général 
appela un de ses igpiits, 

— Voici Irnis ordres, dU-il. en présentant â l'agent trois mandata 
d'amener qu'il venait île signer. 

Il hni iirr^^Eer prt^mtèreinent un jnune ouvrier appelé rÉveilîé ; U 
est sorti relte nuit de lauberge de la Croix-d' Argent, rue du Petit- 
Musc. C'est un pelît Immnïe bossu. Vous ire£ aux r^^nspignements sur 
son compte dans les environs de Tauberge indiquée. Il la fréquente, 
Quand il sera nrrêlé, vous le conduirez aux prisons basses. 

— Trés-hîen, r<^pondit TagenL 

— Secondemcnl, vous irez à l'Ilôlel-Dieu, et vous ferei porter aux 
même.* prisons un malade qui a pour nom le Marseillais* Vous k fa* 
rez chercher dims les galles où on a déposé les bles^aés de la BaatiUâ. 
Il doit L'ire ]*i. %m vous n'ordonnerez le transport du malade que il 
je docteur GuiîloHn en donne rautorisalion* 

L'agent inclina la tête. 

• — Troi.^iAiiiement i vous fertt surveiller les abords de T Hôtel-Dieu. 
Si un bomme, qu'on surnomme T Américain, demande des nouvelle», 
ou yeul péni^trer auprès du MarseiU.ûs, vous le ferez arrêter» et voub 
le mettr?^ au secret le plus absolu, sous triple garde. 

L^agent sortit . 

Le lieutenant général, resté seul, reprit le papier où. les chiffres 
étaient <^crits 

11 paraissail plongé dans une mciUlatiûn profonde, et il est inu- 
tile d'ajouler que plus il r^^llédusâait , plus ses appréhensioiiB étaient 
sinistres. 

— Mo lupr, et dans les vingt-quatre heures ! se disait-il tout bas, en- 
core si Tordre i^liit daté. ^ M. le lieutenant général ne délivrait jamais 
un mandat d'arrAt, de dépôt ou d'amener sans le dater par an , jour 
et heure avfx Testactitud^^ la plus imperturbablement ponctuelle. En- 
fin, ajoiît-i-t-il, nous verrons. 

En dÎHimt ces nints il jetait autour de lui un regard plein d'indéti- 
nissâbl^s inquiétudes. 

— Chaulât , se disait -il» Chaulai , je ne connais pas ce nom i et il 
réfléchissait. 

La r»^a«"xion réveilla un souvenir; M. Thiroux de Crosnes se frappa 
le fronl Chaulât, ïnurmora-l-il , c'est le nom de ce mystérieux per- 
sonnage, dont nous avons fait fouiller la maison^ il y a un an : il de- 
meurait dans le quartier... Saint- An loine- 

LesrêmimKi l'uresdu lieutenant général furent interrompues par le 
bruit qui vint juï^tju'à lui. C'était la voix d'une personne qui voulait for- 
cer la cond^n'\ 

— On n'entre pas, iirîaient les laquais. 

La pr»rte du cabinet ou ae trouvait le lieulenant général s^ouvrit 
brusqiirment. 

Un homme finira. 

Sa lailh' bjule était encore relevée par un air d'arrogance superbe. 
Il portnit un hirgu chapeau de feutre, qu'il n'dta pas en franchissinl 
le seuil du cabinet. 

* La reptoJtictmi eti ittUtiitif "-^ Voir iû^ n" de I îmvfim'éu ^ sofit Ml H 
DOvcinl>r«. 



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■/ 



•'^»ï'"'î5 



£^ 



t'OÎJVRIE/i, 



De» 511m pleine i*\iîi feu tombre briUiient camme ceux d'une bête 
àiite quand elle dt^rfluvre ime proie longtemps convoitée. 

I^s iourcils de cet homme , et les cheveux qui s'échappaient sous 
les hrges bords du chapeau» étaient blancs. L'homme était cependant 
encore jeune. 

— Le lieutenant général de la police? 6t-il en voyant M. Thiroux 
de Oroines. 

Celui-cj, étonné, eonrondu de celte audacieuse întrodoction , du 
ton insolent de eelte question, se souleva sur son fauteuil. 

U était très-pâle, d 'indigna lion ou de frayeur t Des deux sentiments 
réunii« 

— Le lieutenant généra) de la fM>lice . c'eat moi , répondit-il d*une 
Toix qu'iï TotiUit affermtr, mais que Témotion rendait chevrotante. 

-^ Ëh bien ! fît le nouveau venu en s 'approchant du bureau près 
duquel était as^is le magistrat, vous niâtes plus rien. 

— Comment? demanda M. de Crofines, étourdi par une telle assu- 
rance. 

— Non» monsieur, répondit le singulier personnage. Il tira un pa- 
pier et en; lut le contenu : 

ARRÊTÉ DE LA II tJ^lICIP ALITE DE PABIS. 

Hàid-dê-Vilk. iô juillet 1789. 
La MimidpaliLéf 

Conii itérant les troubles qui , dans les journées des 13 et ii cou- 
rant, ont agité les citoyens dé Paris et nui au bon ordre ; 

Cmisidcrant qu'il est urgent de pourvoir immédiatement â la sécu- 
rité ptiblique^ à It destruction des abas, et â la poursuite des ennemis 

du peuple f 

ARItÊTE : 

Art. U^s ~- La lieutenance générale de la police est abolie. 

Art, S. — La Municitialîté reprend Texerclce de tous les pouvoirs 
ni altribulions all^rant préalablement â la lieutenance générale sup- 
primée. 

Art 3. — Le prêtent arrêté sera signifié au citoyen Thiroux de 
troènes, ci-devant lieutenant général de la police, lequel remetHra les 
notes, papiers, arehîvet, documents et tout ce qui concerne son ad- 
mim.^trïtion. 

Art. 4. — La lilinîcl|ialité charge de rexécution du présent arrêté, 
ri commet provisoirement k la direction de la police, municipale le 
dloyen Chaubt, 

Pendant la U^ttire dé cet arrêté, M. Thiroux de Crosnes était de- 
meuré immobile, les yaajt ouverts par Fétonnement, les joues 

p***«^ ; :,, 

Au nom de CHItflal, il se leva dû son fauteuil comme frappé d'une 
secousie magnéil^^e. 

— Qiaulat, c'est vouiT murmura-t>il d^une voix étranglée. 

— Oui, c'e^l moif répondit le personnage que nos lecteurs avaient 
sans doute reconnu. 

M. Thiroux de Crosnes retrouva, avec le sentiment du danger, ce- 
lui de la dignité. 

-^ Vous vôulei m^ vift? dit-il en se lournant vers Chaulât, et d'une 
main il chercha les pistolets cachés sous les papiers. 

-r- Non , reprit avec un sang-froid parfait le député de la Commune, 
qui vit Le geste d|i lîttutenant général. Non, la Commune vous ordonne 
de me céder votre place. Je viens l'occuper, voilà tout. 

— Li Commune, demanda M. Thiroux de Crosnes, qui avait quel- 
que peine lui-même à comprendre le rôle que son devoir lui com- 
mandait. Ce n'est pas k la Commune que j'obéiif c^est au Roi. 

— Vous vous Irompet de jour, répondit Chaulât avec un calme im. 
|ertnrb.Tble. Ce que voiis dites élait vrar le 13 juillet; nous sommes 
te IG, monsieur. 

— Le te, eh bient 

— Eh bien, entre le 13 et le 16, U ya le 14. 

— Que voulez- vous dire? 

p* H f^x dire, monaieur Tbifoui de Crosnes, que le 1 i jnillH, *r 



peuple de Paris 9 pris la Bastille ! 
Le lieutenant général releva la tète. 

— Une émeute ne peut ni créer un droit , ni chtnfer im < 
reprit-il avec une fierté courageuse. 

— Et une révolution? demanda le député municipid afvee f 
rire ironique. 

— Non plus, répliqua avec fermeté M. de Crosnes. 

— Je ne viens pas ici pour discuter, fit brusquement Chanht,, «n 
mission n*est pas de vous convaincre , mais de vous rempheer* Si 
vous niez mon droit, j'userai de la force. 

— C'est inutile, répondit M. de Crosnes, en s'isdiftant atee «a 
geste d'ironie outrageuse. Mais iaisse^moi brûler qnolyns ptpMM à 
moi personnels. 

— Je ne vous laisse rien brûler. 

Le lieutenant général était debout, en face de Ghankl. 

Il y eut un moment où M. de Crosnes saisit de la main on des pis- 
tolets : il fiit sur le point de brûler la cervelle au député de k CeM- 
mune ; il s'arrêta , retenu soit par Thorreur qu'un honnête homme 
éprouve i donner la mort , même pour se défendre d'une agressiez 
outrageuse, soit par la certitude que la résistance était inutile, 

— C'est bien» monsieur, je me retire. 

Chaulât avait jeté les yeux sur les chiffres signés de lui et qne 
M. Thiroux relisait quand le député municipal était entré. 

— Tiens ! fit-il avec une expression de surprise^ il paraît quenoun 
étions trahis» 

M. Thiroux dé Crosnes jeta les yeux, et vit qœ ceux de Chaulaf 
étaient fixés sur le papier auquel celui-ci avait confié son secret* 

— Vous aviez donné l'ordre qu'on me tuât ! 

— Oui, répondit Chaulât, mais j'ai changé d'avis, je vous chasse! 
Le sang monta, è la figure du magistrat outragé. 

Au même moment plusieurs bomnaes entrèrent dansée cabinet; 
c'étaient des Compagnons noirs. 

— Où faut-il mettre les gens qu'on trouve ici t demandérent-îb . 

— A la porte , répondit Chaulât. Il ajouta tout bas : Les papiers 
parleront mieux que les hommes; et il se mit ilire les rap{K>rts dé* 
posés sur la table du ci-devant lieutenant général; 

M. de Crosnes sortit. Sur le seuil des appartements qu'il avait oor 
cupés an Châlelet et dont il était ainsi brusquement chassé, il rencon- 
tra rag»>nt auquel il avait remis les trois ordres relatiCi à l'Éveillé , an 
Marseillais et i l'Américain. 

— Avec- vous rempli les ordres' que je veut ai donnés to«l-44*bettref 
demanda-t-il. 

— Us sont peut-être exécutés à l'heure qu'il est, répondit le subai'^ 
terne. 

— Eh bien ! fil M. de Crosnes , en souriant asset tristsment, non* 
aurons fait tous deux notre devoir jusqu'à la fin. 

U monta dans une voiture de placé, qui attendait au eoin de la me 
des Lavandières. 

— A Versailles ! cria-t-U au cocher, en lui mettsnt un louis dans la 
main, et un peu vite. 

M. Thiroux de Crosnes, ci-devant lieutenant général de la poliee 
de Sa Majesté Louis XYI, allait rendre compte au roi son maître , de 
la manière dont ses pouvoirs lui avaient été retiri^s par U révolution 
naissante. 

CHAPITRE XXI. 

L'Hôtel-Dieu. 

En 1789, c'était déjJ — ou c'était encore, comme on voudra, — le 
plus grand hdpital de Paris , cette immense maison noire , triste , ï 
fenêtres nombreuses, à toits d'ardoise, montée à cheval sur le Qeuve 
sombre en cet endroit comme un égout, THolel-Dieu. 

A l'extérieur, THôtel-Dieu était déjà ce qu'il est aujourd'hui, sauf 
un grand bâtiment, tilvé à la ptaee où croissent maintenant les. arbres 
tfun petit j^«rdin. 

Ce b.1iin)rnt, c^ctait la maison des enfants trouvés» ouverte par «aiot 



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p* 



L'OUVWgR. 



■^^' 



ï Gmllotin, quand il qm»à le ^rand Gbltel^.» le ie^juOkt » ^ên 

iiT heures dupiatia. le rendit i rHdteWDieii. 

a éuit ■lùn à quelquaf pat pif deui agents, de la liantenaaeede 

Cem^ deiakût surveiller lea idiorde de THAtel-IMeu» pour y iér 
âtinir TÀiKiêricaiii. 

Ui devsiect lusù {*m tiaaaporter leMaraeillaiei la T4MurMUe, ù le 
iiMmi GaUloUn trooTAil le malade tranipeftable, 

U dœleur luiviit, touttpeotîfi lee raest tonbres (p» du P<»t«êiir 
Wge condiÙAaient i VHdtel-Dien, la me de la Juiferie, la me aux 
' rtm, la me de la BarUlerHU 

Sur la place du Panris il troofa qee fraude foulaw 

Oa aUfiadaJt U dépiitalioo de rAMea[di>lée nationale , h Te Deum, 
^t-€tre k Roi, 

Quelqu^n i¥ait dit qnâi Low XVl viendrait et teiu répétaient t il 
rEfldra, » 

Là [ûééecin fendit les ffêÊ/f^t et arriva devant l'escalier ^ est 
>^iit rb4pital, tnr b pboMin Parris^ 

li »« trooTait assise, debellt, répandue sur les marehes, aseondée 
vmirt les colonnes , imer frolef^pii n'aUendeit ni le 7s Iktm, ni la 
séputation, ni le Boi. 

Il ; ifaît des bûniina, des tem^ des enCuAs» des lîeiUsnis. 

UxàoBimcs juraient, les. frimas pleuraient» les enfiuits cdaienl» 
kf TieîUards ^énùsuienl. 

Le sfweUcW d« celte fenk était herfiUe : s'étaient les frères^ les 
«vitrs, tes femmei, les péreih. les^ mères» len enluils des nujadesds 
' Vtâl-Dien, des bleisé« d» ii jniUeU 

^ pme de la Biatille^, rimaenne^ émeute dn 14 anit fait des 



tii «faieni £té transporté» tenlea li^ypîlaux, Beancnap «ment été 
^c^eillb chei des citofees compitiswDito, le phe |rand nombre atait 
:c. fiifigé vers i'Hétel-Dien. 

à lltotel-Dieu, la place man^punt : il n*y avait pes^ de lit pour tolis 
' - blessa; il avait I^u renvoyer tsns les malades , qni ponvaisnt i 

tîfoenr se traîner, letowmer elMiewi. 

Ge(ie première mesure exéenlée» il 5 «fait en eneoro plus de Ues* 
> que de lits. 

Uora oa avait décidé i|tte Ton mettrait dans le même lt| deux 

la décision pris« par les admimstratenrs anit été exécnlée. 

ïjm saXlm étaient pleines. Les religieuses , corporation de saintes 
Iles consacrées an service si rade et si rebutant dos mabdes, et aussi 
^ icime ^m rHdtcl-Dieu tai-mâme, allaient et venaient sans repos. 

[.&$ médecins ne sufibaient pas à la visite des malades , les eUrur* 

îï a m opérations. 

.'4uit grand chagrin pour tout le monde fue le dwteuv Gnillotitt 1 

decin ordmaîre de rHMel-Dîou, ne fAt pas U. On savait ^*il ^it 

'• ers^ilks, am ÉtaU^Genéraux, et on ne se plaignait pas. 

^laelquefoii uik malade demandait, quand on lui piéosBiaituno po- 
fim bien rebniante : * Esl-ee que e*est M. GuilloCm qui m*a ordoi^né 
ri?» — Non, lui disait^en, il est i Versailles. 

El «e malade buvait la potion^ qui lui paraiasait plus amére. 

tlae autre foii c était un Uossé , auquel il fidlait couper la jambe : 

r^i-ca qee c'est H, GuiUotin qui me la coupera T ■ demandait-il. — 

«ji« répondait-on, il est i TAssomblée. 

Ct k bl^sé se résignait. 

\jai, le bon docteur, il ne se doutait pu que sa présence fût i ee 
1 néeeisaire à THâtel-Dieu. A Versailles, on a*avait point ditqu^il 

^M eu beaucoup de bleisés. 

'>Q ^vaîi entendu le canon dans la journée du li» mais générale^^t 

« (i'fputés cTojaieot qu'à Paris le sang avait peu ooulé, qu*on avait 
\l^ h bastiile par surprise, presque sans eoup lérir. 

Lu no fut qu'en afrtvant à ràdto^Dieu que le docteur GuUlolin 
•v^t, par un de ses élèves, retendue du mal, et le besoin qu*on 
HjÂI *}«lm. 

• MpiMflanMtinus laiistIMiib lliApital» um jeune fille, do^ 



riére laquelle soutenait u& bommo i figure étnnga» se jalt an fo« 
noux du docteur. 

Celui-ci s'arrêta flivpris. 

La jeune fille était vêtue d'une robe de toile bleue jnst^-au^ospp^ 

Ses yeux étaient rouges de larmes. Elle paraissait avoir longteônps 
pleuré. 

Elle était pâle. Ses cbeveux, mal retenue s^us un petit bonnet, s*é- 
ebappaient et tombaient sur'ses épaules. 

— Mon père! mon père! s*écriarl-elle en serrant les genoux de 
M. Guillotin , et en l'empêchant d'avancer. Je veux le voir. LaisBci- 
moi entrer avec vous I 

Nos, lecteurs qui, an commenœnmit de cette histoire, ont déjA vm 
la Miette dans les souterrains du fiiubourg Saint-Antoiae , et plus tard 
au milieu du tunnilte de U Bastille assiégée , savent que c'était une 
fille déeidée de oaraetére et d'une volonté fort opiniltre. 

EUe avait résolu-d'obtenir Faecés jusqn'i son pèrs, jusqu'au Mar* 
seillais. 

— Mon enfant , dit le docteur, je voudrais tous fsire entrer, mais 
ee n'est point possible^ Vous voyex tout ce monde : il attend comme 
vous i la porte. 

— C^est mon père ! Je n'ai que lui , je vous en prie , je vous en 
supplie , répétait la jeune fille. 

— . Ge n'est pas de votre âge. Vous verrez des choses qui vous fe- 
ront du mal , mon enfant I 
--*- J'ai du courage , je vous le promets. 

— Croyez-moi , mon enfant. On a bien soin de votre péfe. Cont- 
ment s'appelle-t-ilT Je le verrai moi-même. 

— Mon père est un ouvrier charpentier; il s'appelle le Marseillais ; 
il a été Uessé à la jambe. Je ne l'ai pas vu depuis mardi. 

Au nom du Marseillais, le^dooteur regarda la jeune fille et l'homme 
qui était derrière elle. Les deux agents de H. le lieutenant général 
s'étaient rapprochés; ils se firent un sipe. 

-* Mon enfimt , restes UL Le omur vous UlUnît n. vous enlriet. 

— Vous croyes, fit la Miette , et, aNrcc une rapidité plus grande 
que celle de la pensée, elle saisit une des longues épingles qui rete« 
naient aon bonnet et se l'enfonça. dans les chairs de la nuin. 

Le sang jsiHit. 

— Que faites-vous 11 , mon enfsntT 

— Vous voyex bien , fiila Miette sans pâhr , tous voyet bien qui 
je suis coursgeuse. Laiesea entrer aveo moi toutes ks femmes qui en 
feront autant. 

La foule, qui a'étaii groupée autour du docteur , et assistait i cette 
scène , fut prise d'un mouvement d'admiration. 
Un frémissement de pitié courat dans les spectâieurs. 

— Lsisses-bi entrer I -* Faitea-la entrer i crÏMit-an de toutes parts. 
Le docteur Guillotin avait lea larmes aux yeux. 

-^ Mon enfant, dit-il, vous aUes voir votre père ; mais donnet- 
moi votre main. 
La jeune fille tendit sa petite main «ui dégouttait le sang. 
Le docteur l'entoura d'une bande de vieux linge qu'on lui tendit. 

— Merci, fit U jeune fiUe, et elle uuta au cou ou vieux médecin, 
qu'elle embrassa. 

Il y eut dans la foule conune un applaudissement. 
La porte de Vbôpital s'ouvrit défaut le docteur et la Miette. 
L'homme sombre qui la snivût voulut entrer. La foule murmura. 
Qu'avait-il fait, lui, pour mériter cette faveur! demandait-on. 

— Quel est cet homme qui vous ac compagne ! fit le docteur en 
interrogeant la jeune fille. 

— G*est mon parrain , reprit-elle , après un moment d'hésitation. 

— Qu'il voue attende-lâ t 

L'homme sombre se retira un peu en snière de la porte. 

Au mémo moment, un des agents de M. de Crosnes sè mêlant â la 
foule cria d'une voix étouflée : l'iiinértcM / 

L*homme se retourna. C'était lui. 

Il fut arrêté i la grande surprise do h foule et â la sienne. Li fout» 
se demandait pourquoi nu rafréttf t ; car il n*af ait rien fait de pal 



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'L*0trrRïËR. 



L'Àménctin se denuinkH lequel de let crimftB lui falait celt« arrei- 

U «s«ija UD moment de résister, mais cetlâ tentitive fut inutile. 
( Let mité ûu j^rockam numéro,] , CcekëNT Jilst. 



L'IBIOTG. 



fil eonnii antrefen mse braiTe lemme^ qu'on appebtt dMM ftOB ^1-» 
lage k CJbatiiiid^f pRf€û que ion mrï défaM a'appcbit le père 



fieHe ieiâme, par ton trafail et Bon écônoiuie , était parvenue k 
imaseer une soiume uae£ ronde ; maie elle n'avait pas d'enfents qui 
piiaé^eatren profiter. A usai veiiait^ïlc souvent en aide â sa scnur^ pauvre 
mère de famille bien moins heureuse qu'elle ne Tétait elle-même, 

La nére C^nmette lui avait souvent Tait espérer qu'elle adopterait 
€0»pl4lemeiit un de ses en fauta, ei la mère de famille avait supposé 
^ttÛe fkoîiirait le phis joli et le plus spirituel ; mais grande M !va 
siifprifle qnmé la vieille femme , s' avançant vers une petite fîUe cké- 
ime, laide, qu^on surnommait Vldioîe^ * parce qu'elle parlait i peine, i 
lui dit, en ta prenant dans ses bras ; > C'est toi, Geneviève, qui seras 
mon entant ! i 

Le bon instinct de la mère Chaumette lui avait désigné cette pauvre 
pelile fille comme un être qui exigeait beaucoup de soins, et qui, faute 
de frande attention, courait risque d'être opprimée dans la vie com- 
moiie* AiiMi n'éconta-t-elle pas les commentaires de ses voisin es, 
lorsque celles-ci vinrent lui dire « qu'elle allait te mettre dans les 
pfinm en se ebarg eant de cette innocênie, » et elle ne se découragea 
pas davintafe quand elle fut m présence des difficultés qu'il fallait 
surmonter. 

A force de patience, U raére Chaumette obtint de Geneviève quel- 
ques paroles ; elle la fit prier, tricoter un bas, puis elle lui apprit à 
tenir proprement ses vêtements et U maison. Quand elle fut plus 
ft, elle lui enaeifi» d'antres travaux utiles ; mais ces connais- 
i pou nombreuses, ne se faisant jour dans Tesprit de Tenfant qtié 
peu Ipes, exigeaient beaucoup de temps pour chacune d'elles. 

En retoÉT, Geneviève était douce , soumise, et par momeots iem« 
bkit toute-coup inspirée d'un «entiment affectueux , naturel â son 
ceeur. Ainsi, quand mère Chanmelte était malade» Geneviève trouvait 
I rinatint, et à dU ëeuU, let remèdes et les soins qu'elle devait lui 
donner. 

Quand elle était préoccupée, Geneviève respectait son silence. Elle 
ne la troublait pas, comme le font tant d'enfants de son âge et même 
des gens plus spiritueU, par des joies intempestives. 

Quand elle était surcbargée de besogne, Geneviève redoublait d'ac- 
tivité ; mais aussitôt que son concours cessait d'être néceiisaire ou 
réclamé, elle retombait dans son mutisme et ne paraissait plus éprou- 
ver aBcune impresaîon. 

En parlant d'elle dans le village , les bonnes femmes disaient : 
I C'est tout de même une brave fille 1 1 

H lia comme avec l'Ige elle ne deveuait ni plus communicative ni 
plus gaie, qu'elle paraissait timide même avec les jeunes filles de son 
âge, et que jamais elle n'allait folâtrer avec elles ni danser dans Us 
réunions champêtres » on lui conserva le nom à'idiùte dont elle avait 
été gratifiée dès son enfance. 
^ Devenue jeune fille ^ elle ne songeait pas davantage à se fâcher de 
celte sotte appellatioa [ jamais elle ne réfiéebit si elle était ou non 
motivée ; de sorte qu'elle atteignit l'âge de s'établir sans être recher- 
chée par ancua jeune garçon. Plusieurs cependant, la sachant héri- 
tière de tout le bien de mère Chaumette, ^e fussent approchés vo- 
iontiers sHl n'eût ^llu braver let rumeurs et les moqueries du village 
entier* 

TooMns t l'ivenir de Geneviève inquiétait vivement mère Chau* 
pittiï elle n ignonit P«i âue, privée de »i protecUoii, la Qlle idap^ 



tive ae verrait lout-â-coup assiégée par ses frères et seeurs qui proÉle- 
raient de son peu de défense — telle était son eic pression — pour Un 
soustraire rhéritage qu'elle comptait loi laiswr , 

Mais la brave femme devenait plus triste en songeant que le Btil 
de Geneviève ne Vépou serait peut-être qu'en vue du bien qu'elle v» 
lait lui assurer, et il n'était pas sûr que b pauvre fille dftt teowret de 
bons procédés en compensation de cetle petite fortune. 

Mère Chaumette, indécise sur le parti à prendre pour n^r^*" h 
sort de sa protégée, disait chaque jour une partie de son «hapehit i 
cette intention. 

Les jours , les mois se snccédatem refmlement ^ et looîoufv k^ 
mêmes pensées occupaient son espiît. , 

Un beau jour, croyant que le tempad'agir était venu, elle p*ît ea: 
coiffe du dimanche, et tout en tricotant, elle s'achemina I ra«lp© ei^j 
tremité du village et frappa doucement 1 la porte d'un savetier ée »a| 
connaissance, nommé Chariot, | 

Ce «vetier , brave homme de treote-cinq k trente-six aae » étittj 
veuf depuis dix mois et père de quatre enfanta. Pour élever sa petite! 
famille, il était obligé de payer une voisine, vieille femme m^kprtkçrê- 
et de mauvaise humeur» qui lui faisaft son ménage et soi^ait seai 
petits enfants. 1 

Quand mère Chaumette fi^ppa , personne n'entendit i k voisin ei 
était allée laver la leesife, et les quatre enfents criaient à l'intérteiir ckl 
la maison. ! 

Mère Chaumette prit alors le parti de ponster la porte et d*«ilrer. ' 

Elle salua Chariot, s'informa de ses nouvelles ; nuis les eniiiitAl 
criaient de plus en plus et personne no répondit. 

Alors mère Chaumette mil son tricot de côté, tira du pain de ta 
poche et le distribua â ceux qui faisaient le plus de bruit : pois, pre- 
nant le dernier enfant des bras du plus âgé, elle le berça, lui eaaiif i 
levisage couvert de pleure, et -vint s'asseoir près du savetier. 

— Voila pourtant, lui dît-il, comme jit ^e passent toutes mes jour- 
nées depuis que ma pauvre femme est décédée, mère Chaumette !.., 

^^ M'est avis , Gliarlot , que si les choses se passent ainsi tous les 
jours, les affaires vont mal » reprit la vieille paysanne. Rien n'aigrit 
le caractère d'un honnête homme comme ces eHaiUeries continuel les 
qui le forcent â s'impalienler. Puis, ajouta-t-elle en regardant autour 
d'elle, quand la maison est en désordre, il semhle que le bon sens 
n'est pas si net, que ^-a h trouble ; ne trouvez-vous pas. Chariot T 

^ie trouve, dit Chariot en frappant du poing sur son établi, qo'iî 
faudra que ça finisse. ■ 

— C'ett juste, poursuivit mère Chaumette enchantée de voir iîj 
vite les choses venir au point où elle voulait les amener; il ^ut quej 
ça finisse^ et le seul moyen â prendre pour cela » Chariot , c'est de 
vous remarier ^,, 

^- Hélas ! reprit le savetier, je comprends bien qu*il me îmaàn fi - 
nir par prendre ce parti ; mais c'est difllcik , je ne veux pu d'une 
coquette, moi \ et surtout d'une femme qui laieseraît manquer me^ 
enfants du nér^eisaire, 

— Ob 1 je le sais bien, Chariot, vous êtes bon et vous ne voodri^t 
pas d'une femme qui ne les aimit pas. Je viens justement voua en 
proposer une qui sera douce avec eui comme une brebis du bim 
Dieu, une créature qui ne vit que pour aimer et obéir ; si j'ose vous 
en parler la première, c'est que je sais sussl que l'idée ne vous vien* 
drait pas d'y penser, et cependant je suis sûre que quelque j^mt voua 
me reraertiereï. 

^- Quoi ! interrompit brusquement le savetier, serail-oe par bajard 
de votre idiote que vous voulei parler ! 

— Idiote! idiote, voilï bien le monde! mon doux Jésus 1 Traiment 
ils appellent idiots ceux qui le montrent pacifiques et recueillis 
comme votre sainte Mère î et ces femmes aux langues aiguisées qui 
disent des méchancetés , qui ea fmt, on les entoure , on les re- 
cherche, on leur Lrouve de re^pril !... Je vovts croyais un homme 
sensé, Chariot ; je croyais que vous n'attachiez paa d^importance i des 
misères, i un surnom donné légèrement par des insensés, Cepen^nl, 
vous Bfffkm k bonté , mon cher, et votu deve» vfiis n^^ékr t< 



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L*OUVRIBB. 



pt Toot aves flouffert d*ii9e femme acviâtre, qui avait le i>jirl6r (lav^i 
itla Tolonté ferme. 

— n est Trai, répondit huinblement Chariot, que ma. défunte avait 
è» idées rudement arrêtées ; mais il faut lux rendre justice , elle ue 
tartiUaiï pas avec le travail et autour d'elle tout marchait carré- 
œnt. 

— Bon ! dites le mot » reprit Tinûeuble pa^tanne , c'était un dra- 
gon qui remplissait tous ses devoirs à coups de massue; ne me parlez 
^ de ces ménagères qui font tout trembler devant elles. Le vrai 
trioBphe d*une femme » c'est la soumission à tout ce que demande 
k boa Dieu ; jamais elle n'est plus digne de commander sa maison 
qae lorsqu'on la voit accepter sans murmures toutes les souffrances , 
tous les travaux du méfiage. 

Si vous ne me croyez pas , cherches» mon ami , cherchez dans les 
fiOet du village ; vtus trouverez des luronnes , qui , habituées à voir 
toss leurs désirs satisfaits^ vous feront souvent faire ce que vous ne 
Toodrez pas. Mon idiote, ju cpntraire, puisque vous Tappelez ainsi, 
le contentera de vous aimer ; elle soignera vos enfants sans les ru- 
doyer; puis quant an reste de la vie, Chariot^ si vous pensez qu'el}e 
s'en sait pas le chemi|i, vous passerez devant eUe et elle vous suivra. 

Mère Qiaumétte parla longtemps encore, toujours bernant Tenfant 
fsr ses genoux. Chariot cousait une semelle tout en écoutant. 

Par moments , il élevait une objection ; mais il laissait voir, par la 
foMetse de ses laison^efoinitr, fu'il était eanu|ré,de &« s»lit«de et de 
a lourde tâché paternelle. ' 

La mère Chaumette ne manqua pM de lui ghsser à l'oreille le 
(Inflre de ce qu'elle donnait i Geneviève ; et si elle agissait ainsi, ce 
s'était pas qv'elle le toppoiât intéressé ; mais elle ee disait : € Il est 
fnvre ethim chargé ttenfsntt .'... i 

Quand elle le vit Mudeia, pensif, elle jugea qa*elle en avait aseet 

a 

—Je m*en vais; vont so&gerei, reoonmanda-t-elle au savetier, 
i9it songwes à tout ce que je vous propose ; mais surtout pas un 
mot â personne. Quand un honnête bonme a réfléchi et qu'il a la 
MDsdenee d'agir peur le mieux, il ne (aut pas qu'il soumetle sa dé- 
diioii aux indifférents ; la moqueiie et le respect humain empêchent 
trop souvent le bien d'éclore. 

Chariot resta préoccupé. Jamais il ne hn était venu dans l'esprit 
^e cette petite fille dont on se* moquait dans le pays, pût devenir sa 
{emme. Il voulait rejeter complètement cette pensée, et, malgré hii, 
ks raisons avancées par la mère Chaumette se retrouvaient toujours 
présentes i ses réflexions. 

n connaissait depub longues années cette bonne paysanne, il trou- 
ait son coup d'œil sûr , et il savait qu'elle était trop honnête pour 
prier sans une réelle conviction de ce qu'elle avançait. 

II chercha alors dans ses souvenirs toutes les circonstances qui 
iraient pu lui donner de son idiote une opinion un peu favorable, et 
Hue s'en rappelait qu'une seule. 

C'était un maUn ] la petite conduisait des ânesses dont elle allait 
TOidre le lait , et eHe était poursuivie par une foule de petits 
gtoiins. 

— Holi ! criaient ces vauriens, voyez donc un âne qui en conduit 
10 antre, et encore beaucoup dVutres plaisanteries désagréables. 

La fenuBO du savetier qui vivait alors, témoin de cette scène et dé- 
ttfnant la jeune fille à son mari , ne put s'empêcher de dire tout 
but : • ■ , . 

— Ce que c'est que la simplicité. Une fille plus avisée ferait claquer 
M fouet sur tous ces iDtf ufàrds et sTen débafraaserait. 

Goieviève l'entendit, elle haussa doucement les épaules. — Ce sont 
ées en^utt, nrermura-t-elle en continuant sa route avec tant de calme 
fMles petits criards se lassèrent de la persifler et «e retirèrent. 

Chariot fut bien indécis ; il se disait : t II faut de la fermeté pour 
léfer die* êafeoH, #» sr^>ii ils de«|ineiit et penéeatent. » Meis il se 
int anssi qu'il pouvait y :^t plul de fermeté vraie dans la douceur 
f» dana la violence, et qu'oh i^t rarement mettre de s'arrêter aux 
en^tes de la justice quanu oit ^andonnait â la colère. 



Tous les soirs, Chariot avait Thièitnde de mener ses enAuits lûre 
un tour de promenade dans les champs quand son outrage était Uni 
Ce jour-li» soit à dessein, soit par suite d'une distraction, fl les eon* 
duisit plus loin qu'à l'ordinaire, et il se dirigea d'un cdté où la jtèèt 
Chaumette avait un grand verger dont elle vendait les .fruits. 

Pour aller jusque-là, )es enfants marchèrent et s'amusèrent tant le 
long du chemin, mais quand il fut question de retour, ils fiirent fati- 
gués'. Celui que le père portait sur son bras s'endormit ; l'autre petite 
qui n'avait que deux ans ei demi, se mit à pleurer et ne voulut plus 
marcfier. Les deux plus grands le tiraient bien par la main pour le 
faire avancer, mais l'enfant refusait. 

Au même moment, Geneviève déboucha dans le chemin, ufi grand 
panier de fruits au bras. Elle s'avança, l'œil fixe et la bouc)ie eotr'o^r 
verte d'un air étonné. — t Elle a l'air Ifite, pensa Chariot; la mère 
Chaumette a beau dire, cette fille ne doit être bonne i rien, i 

Goinme il se livrait A cette réflexion, la jeune paysanne passa près 
de lui. Elle entendit l'enfant qui criait : Au cou, papa ! au eau ! Elle 
le regarda avec une douceur qui transforma sa physionomie : puis, 
faisant glisser son panier du bras droit au bras gauche, elle se baissa, 
souleva lestement le petit pleureur en lui oflrant un fruit, puis l'em- 
brassa. 

Chariot fut mécontent de cette action ressemblant i une avance qui 
venait fort mal à propos, quoique la mère Chaumette lui eût répété i 
diverses reprises que Geneviève n'avait nulle idée qu'il pût soiiger i 
eUe. 

Néanmoins le petit ne criait plus. 

— Revenez-vous au bourg? demanda Chariot à la jeune fille ^ d'un 
ton bourru. 

— Sans doute; voili la brune qui s'avance, répondit GeneTÎève en 
rougissant. 

— En ce cas, vous allongez votre route. En traversant le champ de 
l'ancien étang, on abrège le chemin. 

— C'est possible, murmura-t- elle. 

Alors Chariot ouvrit la marche pour montrer le chemin; Geneviève 
et les enfants suivirent L'honnête savetier se rappela tout4-coup cette 
parole de mère Chaumette : • Si vous trouvez qu'elle ignore le chemin 
de la vie, vous passerez devant elle, et elle suivra. » 

Malgré lui, i ce moment, il se retourna pour regarder la jeune fille. 
Pour la première fois , il s'aperçut qu'elle était devenue grande et 
forte ; elle ne faisait nulle attention à lui , mais elle souriait au petit 
enfant, le caressait, le faisait sauter, et le petit riait aux éclats. 

Quand on arriva i la porte de Chariot , la vieille voisine attendait. 
Elle voulut prendre l'enfant des bras de Geneviève ; mais il jeta Be$ 
bras autour du cou de la jeune fille , et cria dès qu'il vit les mains 
amaigries qui s'avançaient pour le saisir. 

Geneviève remit alors rapidement à la vieille une belle pêche de 
son panier, et pendant qu'elle la montrait i l'enfant et qu'il se laissait 
prendre à l'appât, elle se sauva. 

— c Cependant, songea Chariot en la regardant s'éloigner, cette 
fille n'est pas bête ! i 

La nuit suivante , son sommeil fut agité ; il rêva qu'il traçait un 
chemin que Geneviève suivait. Ce rêve l'ennuya fort, parce qu'il vou* 
lait se distraire d'une pensée qu'il trouvait déraisonnable et dont il 
semblait fatalement poursuivi. 

Le lendemain , il commença sa journée de mauvaise humeur ; lec 
enfants étaient plus criards que de coutume ; la vieille femme n'avait 
pas préparé leurs vêtements du dimanche, et quand il voulut les con- 
duire à la messe avec lui, suivant son pieux usage, ils avaient les yeux 
gonflés, n'avaient rien mangé, et toutes les provisions étaient épuisécf 
dans le buffet. 

~ • 11 faut que cela finisse, disait Chariot en lui-même ! il faut que 
mes enfants soient soignés , mais cette idiote, comme ils l'appellent, 
en serait-elle vraiment capable? • 

. Quand il entra dans l'église, la messe était i l'évangile ; il mit st$ 
trois enfants sur le coin d'un banc, et il garda le plus jeune dans ses 
bras ; mais grande lut sa surprise lorsqu'il vit le petit que Geneviève 



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ronVRtBR. 



■hH poilé k liOê f€ glMMr^fit h UMb et ilkrdr^it ten la jetee 
AIIa <fQ*â FoeMMnisntL 

EH« hii loaiit antiitAt, 1« prit sur sei genooi, tinàit que la Quiil- 
mette Unçslt m uT^tier 110 re§«rd de tKompbe qm fteikiMait dire : 
Vous ferrer <{ue j^ii rvfon. 

Â|irèi U messe , Tenant ne Tonliit plut retourner prés de son père. 

Umère Cbiumette n'imisU pas; elle pensa que Chariot serait 
fltl»Ugé de Tenir lui-ménie le cherclier, et elle l'empresia de remme- 
ner ch^ elle. En effet, dans le mitieu du Jour, le savetier s*^per^a( 
qu^l manquait une pièce de sa petite ménagene, et il dit en riant I la 
fîeiUe voisine qu'il aUait réclamer ion tmge, désignation dont se ser- 
fail cette femme quand elle en parla it, parce que cet en&nt la détes- 
tait «t lui faisait toujours b grimace. 

Quand il arriva sur le seuil de U porte, GeneTÎè^e était assise près 
de la eh^niinée, taisant manger à Tenfant une petite soope qu'elle ve- 
nait de lui foire. Etle lut parlait d'une voîx si douce , qne Chariot on 
fit toDt surpris ; elle regardait surtout cet enfant avec tant de honte 
quH la trouva presque erabellie depuis la veille, 

H s*arréta longtemps 1 Teiaminer ; elle faisait manger Tenlant sans 
gaucherie ; elle avait soin de ne pas le brïhler et de ne pas le i^lir. 

Le petit i son tour U caressait ; nuis ayant détourné la tête et vti 
son plr«, il saisit avec ses grosses mains potelées le fichu h&ane de 
Genevière, en criant : ■ Pas m^en aller ! pas m^en aller ! i 

^ri Chariot entra, prit une chaise que lui olfnt la Chamnette, et 
s'aasit u considéra en soupirant cet intérieur propre et bien rangé si 
différent du sien. 11 sentit l'odeur appétisiante d une honne soupe aux 
choux ; il goûta un fh>mage exquis que lui oJTrit encore la méretlhàu- 
mette, et il lut obligé de convenir que le pain était bien meilleur que 
cdui qu*ii mangeait habituellement. 

Quand il se leva pour retourner cheï lui , le marmot recommença 
son bruit et ne voulut pat partir. 

— Je crois vraLonent, dit Chariot k Geneviève, que le dh^le vous 
aime mieux que moi ! 

Geneviève rougit beaucoup et leva sur l'enfant un regard si recon- 
naissant que tout son visage sembti s^écbirer d*une expression nou- 
velle. 

Chariot en fut frappé. Non certes, peuaa-t-il, elle n*est pas idiaie ! 
La mère Chaume Ite a raison, elle a Fesprit du ccear. 

— Eh bien l Geneviève , ajoula-t-il tout haut avec la brusquerie 
dVn homme qui prend â la minute même une décision, si voua aimes 
aussi cet enfant, prenex-le : je vous le donne î... 

Geneviève pressa Tenfant sur son sain sans comprendre du tout ce 
que Chariot entendait par ce cadeau ; mais la mère Chaumette avait 
compris, et elle accourut serrer la main du savetier en lui disant : 
■ Mon ami , vous rendrez I ma fille adoptive le bonheur -qu'elle ap- 
portera chez vous ! m 

Il est inutile d'ajouter combien on fut surpris dans la commune' 
quand on sut la décision du savetier. Chacun s^eXclamait ; ses pré- 
tendus amU le traitaient d'insensé , la Chaumette d*intrigante, et Ge- 
neviève étjiit déclarée une niaise qtu se laiAserait dévorer par les 
enfaots de sou mari et qui ne serait pour lui qu'un embarrasse plus. 

Il laissa dire , et le mariage se fît simplement et sans pompe , un 
beau matin, 

La mariée vint 4 réglise entourée des quatre enfants qui la tenaient 
dé]i les uns par la main , les autres par sa robe. Puis, d'un jour h 
fautre, on vit cette douce créature faire renaître Tordre dans le mé- 
nage délabré qu'elle avait trouvé chez le savetier. La mère Chaumette 
T venait tous les jourit; elle indiquait^ conseillait, et la jeune femme 
«^exerçait i sa nouvelle vie avec artivilé et dévouement. 

Tout changea bientôt dans Tintérieur de Chariot : les enfants de- 
vinrent gais et propres, la soupe fui appéUssantSi le pain bien cuit, les 
vêtements rangés et racconi modes , et quand ie savetier chantait en 
travaillant, il entendait, autour «le lui, répéter son refrain. 

Un soir, un vieux grognard qui fumait ordinairement sa pipe avec 
Chariot, vint s'asseoir devant sa porte. Il donna un coup d*œil étonne 
1 rînlérieur de la maison. Tout était bien tenu ; les enfants , déb^ 



iMUillév, ftUlraiéÉt en rîantsttprêa d« Oenevièns ; Im mmâAm 
et luisants, semblaient sortir de la main de Touvrier. 

"— n faut sNràuer, éil-il au savetier, que vous aves une hcjrji 
ehance ; car enfin, entre nons sOit dit, vous aves fait un coup i§ 
comme un jenne garçon f 

— En quoi faisant, s'il vo«a platt T demanda Chariot d'im mt i 

— Mais en vous mariant. Chariot ! Enfin tous pouvei en m 
vous éponsies nne fille qui n^avait guère d*ifM^tiut/ton / 

— Qui n*avait guère d*imagination , ditet-vouBT répliqua 
Allons donc, en étes-vons encore à supposer que t'ima^atios 
veme tont pour le mieux en ee mopde L. . Voîiin, si vouï en êli 
j*ai plus d'expérience que tous : je me suis souvent aperçu qut 
magination gênait le bon sens ; tandis qu'il j a quelque ehote, tui 
vous, qui s'arrange de tout, qui ne se lsss« de riao, q«i se &mkm9 
toutes les exigenœs. N'ouvres pas les ^reux démesurément pour rr 
cher ce que je veux dire, voisin ! Je parle simplement de k l 
jointe i la ^kracèur ; tmlâ ëvoM t<mi sur quoi repose U quiétude 
ménage; le reste est accessoire, superflu. L'esprit ne fait pas 1« 
heur : il le trouble souvent. 

( Sairéêi du Père LmrmU. ) lU&tE ÂNGÉUat^ 



JURISPRDDE]l€fi IITOUSTRIELLI 



•ftfevei dlaTMttton. *-Tout ce qui «t la conséquence 
d'un procédé breveté appartient k rinienteur, alors même qu'il 1 
pas revèodiqué. (TWètmo/ cM de la S^ne; 8 mars iS6i . ) 

— ^application nouvelle i une industrie de proeédét oti 
moyens connus, employés aniéneu rement dans une autre in4asti 
peut donner lieu i un brevet qu'autant que le résultat proéml di| 
du résttiftat obtenu dans Tindustrie primitive. 

La simple substitution d*une matière I une autre , dans la bb 
lion d'un objet, ne saurait non plus constituer nne invention, il 
impériale de Lyon; 23 juin 1860. ) 

— Pour qu'une invention puisée devenir l'objet d'un hreveft, ùi 
qu'elle présente une idée nouvelle réalisable, sans qu'il y ail lieiiii 
rechercher si elle peut être, dans ie commerce, Tol^et d'une «apf 
tation avantageuse. (Cour impériêk de ^uen. ) 

Cession de broTet. — Celui qui a cédé la propriété d*un 
pour un produit et pour le procédé propre à L'obtenir, doit | 
1 obtention du produit et l'emploi du procédé, teb qu'ils sont ) 
au brevet. 

En conséquence, si, ensuivant fidèlement les prescriptions dujj 
vct, on ne peut obtenir le produit annoncé, il y a lieu de 
la résiliation de la cession. 

On ne peut opposer au cessionnaire d'un brevet qu'il a 1 
l'efficacité du procédé , même depuis la cession , et que , 
quence, il est non-recevable à soutenir qutî le procédé est 
{Cour impériale dé Paris; 8 décembre 1860.) 



L'ANGE GONSOLATEU: 

* HANS LBS niKBS DE Là TIE , 

Par l'abbé POST£L, Docteur en ihéologie, litssionnaii« ; 

1 touniB iH-i8. — Prix ; 1 fi. 

chM Ch. BlirM , 5S , qmd des Clrmiids*Aiif«itlBs ,{ 
à Fuis, 



Angcr< , imp. de Laine frères, rue Saint-Laiid. § 



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s.sr 



firu. 



14 démmbre 1861. 



L'OUVRIER 

Ibtiriial IteMomadatre illnstrè i^araiMant lova lea samedis. 



mz 



iklibniiUdt 



SOMMAIRE. 

JEAM^AGOUBS PBUmEr. par L. DoMiiBOll. - USM COMPAOMONé 
nm LJL CaOIX-irAll^EIIT, p«r QémMt iiOT. <- UMi rttVSSVKS 
EFFICACE , par Touammiac — JURISPBfn>ENC£ IIIDuàTBIEX«US. 
— AVIS AUX ABONNÉS. 



A80»M|B1|BNTS D'UN AN 

. .6 •• 

Éeimb R«Mi »*Atti, T«r> ' 

mm^àmm. • •• 

ib^^Uwi M ChtÊugm m Nom . 7 »• 



J&âK -JACQUES PERRET 



Jean-Jtcquea-Pdmt naquit à Bériera» le 30 juillet 1730. Unefortuoe 
«HkMoitt de 1a 
■édioeriie ne lai 
peraut pas d'em- 
brasser d'autre 
profession ^uc 
«lie de son père ; 
afot desHnë à Vé- 
ist de coutelier, et 
^çA, pour ainsi 
d^, des le ber- 
«n I« principes 
iva art qu*ll de- 
nitplus tard illos- 
Irer. 

L orsque l'ap- 
penti à fini son 
temps, il doit son- 
fer à aller acquérir 
ée nouvellea con* 
Btissances au d e - 
brs ; c'est une 
cootume établie 
hm toas lea arts 
Et mëtiera. Les pa- 
laitB de f^erret fo- 
rent fidèles A ces 
risiilea traditiona 
i i lige de douze 
us Perret partit 
mr faire son tour 
fc France» U par- 
vnnà les princi- 
alsB Tilles du mi- 
K , «1 voyageant 
l pied, portant lui- 
lême son mince 
Itgage. Tel fut 
liamble début 
Poae carrière qu'il 
et si bien hcnorcr 
I agrandir. 
Tous les déairs 
il Perret n'avaient ^ 
[B'iin but : arriver 

la capitale. Un 
Tfwentîinflnt bea- 



reux lui révélait d'avance que Paris deviendrait le tbéâtve de sa re- 
nommée. Ses courses de province avaient eu l'avantage de dévelop- 
per ses moyens naturela, et, comme ont dit en style du métier, de 
fonner sa main. Dés qu'il sentitqu'ilpouvaitsanscrainté se présenter 
dans un grand atelier, rîen ne l'arrêta plua, il se rendit à Paria. 

Le premier soin 







PORT 
(VMnentîartlrte txigea qiM U bwki 



RAIT DE J.-J. PERRET. 
4e LargardtUa (4770) ne le rapréwotftt que daai le» fonctioot de ion art.) 



i£« t^ '^ imt im eiU traducthn loné Mirdikt. 



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de Perret fût de se 
choisir un patron. 
Presaé déjà par 
l'aiguillon du gé- 
nie, il alla ae pré- 
senter diez le maî- 
tre coutelier le plus 
hab.ile et le plus 
renommé de la ca- 
pitale. C«tte dé- 
marche était péril- 
leuse, l'atelier que 
aon ambition de 
jeune ârtisle lui fai- 
sait choisir n'était 
composé que d'ou- 
vriers expérimen- 
tés , et ce n'était 
point i l'âge de 
15 ans qu'il pou- 
vait inspirer une 
grande confiance. 
Le contre-inaître 
de l'atelier ref'uaa 
d'admettre Perret 
sans mettre à Té* 
preuve son savoir. 
Ce refua blessa 
au cœur \'e jeune 
homme. li porta sa 
demande d admis- 
sion au patron lui- 
roémctf le aup- 
pliant^ les larmea 
aux yeux, de lui 
donner du travail. 
Séa proteatationa 
d'aaaiduité, de 
bonne conduite fu- 
rent ai preasantcs , 
si naïves , que le 
maître coutelier 
s'empressa d'ac- 
cueillir une démar^ 
obe qui lui sem- 

Google 



- - ----«-v^^ 



258 



L^OtJYBIBB 




blaH répondre ddtavenir de celui qui la faisait. 

Lo patron de Perret n'occupâit-principalemept de la fabrication 
des outils de chirurgie. Cette partie de l'art du coutelier éi&ït peu 
familière à notre Jeune ouvrier. Le contre-maître, qui portait ran- 
cune au lan^w^ef ocien,dan8ja seule idée de le rebuter ou de le faire 
renvoyer, lui pcdoiana de fa&iqulBt aJie>lincefte; Gi tte in^raraeni, 
dont la facture ex ice les plus grands soins et les connaissances les plus 
étendues spr là m'anipulVlfori fie iWier, ne pouvait elre confie à la 
main peu exercée de Perret. Celui-d devait succomber dans ceUe tâ- 
cheysonwnvoideratelierétaitassuré. ' ' ' ' " ^ 

Perretnevit, dans lanofalicteuseintenClon du contre-maître, quele 
moyen de faire ses preuves. Sans proférerune parole, il s'arme d'un 
morceaud'acier,et,touràlourdelaforgeàrencume, il n'abandonne 
ratelierquelorsqu'ilaconfeclionnéroutilqu'onaurait duréserverà 
up ouvrier plushabi Je» La perfection de l'inslruraent futsi extraordi- 
naire, la tournure de la lancette fut trouvée si neuve que leconinî- 
maître,qui s'appelait Fouçou, se jeladans lesbras de P'-rret, le félicita 
sur ses beureuses dispositions, et 
lui promit aide et protection. Depuis 
lors., l'amitié la plus vive lia les deux 
artistes, Foucou et Perret firent faire 
à leur art les progrés leô plus écla- 
tants, et rendirent à là science chi- 
rurgicale lesservices lesplus signa 
lés. 

Les ouvriers de Tateliervoulurent 
récompenser leur camarade d'un si 
beau d^but dans la carrière, ils lui 
décernèrent, à ti tre d'encourage- 
ment, l'instrument qu'ilavaitsihou- 
reusement perfectionné. Dans ses 
jOurs de prospérité, Perret montrait 
plus tard avec attendrissement la 
lancette qui avait été pour lui un 
objet de triomphe. 

Perret était un homme de génie. 
La routine n'étaitpasfaite pour lui, 
il voulait se frayer une route nou.« 
velle. Lafabriealion des instruments 
de chirurgie étant sans conlredit la 
partie la plus noble de l'art du cou. 
I^elier» foutes ses idées n'eurent qu'un 
but : les progrès d'un art aussi pré- 
cieux. Mais pour parcourir avec fruit 
cetteoou velle carrière, ilétait indis- 
pensable d'étudier toutes les parties 
de la science du chirurgien. Perret 
n'eutpas de peine à comprendreque 
pour ce mètre en état d'entrer dans 
les intentions dès habiles opérateurs, il devait opérer lui-même 
BUT le cadavre, et faire presque toutes les opérations du chirur- 
gien, en présence et sous les yeux des grands maîtres. Cette réso- 
lution d'une âme élevée ne tarda pas à recevoir son exécution. 

IJn siniple ouvrier se présenta au cours d'analomio de l'école de 
médecine de Paris. Sa présence ne fut pendant longtemps l'objet 
d'aucune remarque. Tapi dans un coin de l'ampliithéâtre il re- 
cueillait avec avidité les explications du professeur. Son assui- 
dite avait frappé cependant l'élève Lecat, qui, plus tard, devint 
le plus célèbre lithoiomiste de France. ^ 

Un jour à l'atelier de dissection, Lecat, s'adressant à un de ses 
camarades, s'écria avec vivacité : Ou mon scalpel né vaut rien, 
ou je suis l'homme le plus gauche du monde. 

— Ne faites pas injure à votre habileté, dit un inconnu qui se 
tenait un peu à l'écart, c'est la faute de votre instrument. Tenez, 
prenez celui que je vous i (Tre et vous serez, je crois, satisfait. 




OPÉRATION DE LA TREUPE 
( Petit tableau dû au dessin de Goufûer. 1770. ) 



animé e'élabKt entre lui et rineopno l ^^ • - 

— pe quel pays eë-tu î 
■ -— Du Languedoc. 

— Que fais-tu? ^ 

— Je suis ouvrier coutelier. - 

* Qay*ta l^esoin d'étudier rMaatomiét IiijN lutte rfil lMi 
dus du cours. ■ ' . - - - 

— J'ai besoin d'instruction. 

— Je te vois toujours rôder autour de tna table dé JJ ii edl e i.' 
-* Trop pauvre pour achoter un cadavre, ja n'ai d'antre nt 

source que celle de m'instruire par le regard. ' 

— Pourquoi me donnes-tu la préférence? 

— J'ai reconnu que vous étiez le plus habile, fai, par oonié- 
quent, du profit à vous voir opérer. 

— L'anatomie est donc bien nécessaire à ton méilart 

-^ Mon a ven i r dcpen d de mes coh naissances en db. irurgia. Je veux 
m'a don ner à la fibrication des in 3truments decette partid.Pôur m'in- 
struire de toutes les propriétés qae 
chaque instr'i ment doit avoir. Je doit 
posséder la science du chirurgien. 

— Tu es pauvre, dis-tu, eh bien! 
tu disséqueras avec moi. 

— Votre offre généreuse me don- 
nera les moyens de réaliser mon en- 
treprise. Comptes sur ma recon- 
naissance. 

Une larme glissa sur la joue de 
Perret (car c'était lui) ; il tendit U 
main et Lecat la pressa avec effa- 
sion. Ces deux Jiommes s'étaient 
compris. De ce jour Perret demt 
l'ami et comme le confrère de cet 
habile chirurgien. S'il sut mettre 
il profit les leçons de ce grand 
maître, il faut le dire, il necoolriboa 
pas peu à sa renommée. 

Il nefutbruit pendant longtemps 
à l'école de médecine de Paris que 
du dessein de l'ouvrier coutelier. Le 
docteur Morand, censeur royal et 
inspecteur des hôpitaux militaires, 
voulut le connaitreet ne tarda pas i 
lui accorder sa protection. Aucune 
opération majeure n'était entreprise 
sans qu'on eut le soin d'en prévenir 
Perret. Le docteur Morand lui per- 
mit même d'opérer sous ses yeux. 
Plus d'une fois ce célèbre chiruN 
gien s'associa à la gloire de Perret 
en lui prêtant le secours de son savoir. 

Doué par la nature de toutes les qu ilités du médecin opérant, 
il ne tenait qu'à Perret de se faire un nom dans la science chirar- 
gicale. Lecat le pressaitsurtoutd'abandonner la profession de coa- 
telier pour embrasser celle de chirurgien. La modestie de Perret aiK 
résistera toutes les séductions do l'amitié ; perfectionner la pratique 
de l'art du coutelier fut toujours le but constant de ses efforts ; jus- 
qu'à sa dernière heure il se montra fidèle à cette vocation. 

Perret avait atteint sa vingt-troisième année. F^es connaissances 
théoriques de l'art du chirurgien lui étaient famillicres ; la leaii- 
sation de son projet n'avait plus besoin d'être différée. En 1753, 
il se présenta chez le prévôt des couteliers de Paris et demanda i 
être reçu maître. 

La réputation que Perret s'était acquise comme ouvrier était Irup 
solidement établie pour que son admission fit la matière d'un doute. 
Reçu à l'unanimité, il fut même dispensé, comme fils de mattre,.du 



Lpcats'cmparede rinslrumenteten admire le fini. Un colloque ' chef-d'œuvre Perretdéclaraformellementqu'ii ne voulait jouir d'au- 



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L'OUVRIER. 



SS9 




eune dispense et qu'il exécuterait un travail pour être soumis à l'ap- 
probation des jurés-gardes. Il se mit à Tceuvre et présenta à ses collè- 
gues étonnés une eo*^ne en acier dont la fobrication révéla le talent 
d*un artiste consommé. Cette coupe fut conservée dans les archives 
de la prétôté, pour être offerte aux regards des apprentis, des compa- 
gnons et des maîtres comme un modèle du genre. 

Les statuts des maîtres couteliers obligeaient chaque nouveau mettre 
à adopter un poinçon particulioi qui devait être apposé sur chaque 
ouvrage sorti de ses mains. C'était la maîtrise en corps qui octroyait 
À chaque récipiendaire le sujet du poinçon. Ce qui, d'ordinaire, n'é- 
tait qu'une pure formalité de^l pour Perret m litre de gloire. Une 
délibération prise par le corps des GOUtelier(\ b 24 mai 1753, loua 
Perret sur la supériorité de son chef-d'œuvre, et en commémoration 
de son beau travail il lui fut recommandé de faire figurer sur son 
poinçon, comme sur son enseigne, une coupe. Ce début dans la carriéro 
élait trop brillant pour que le génie de Perret demeurât stationnaire. 
La reconnaissance lui imposait des obligations, il sut les remplir avec 
persévérance. 

L'établissement de Perret, comme maître coutelier, fut bicntdt suivi 
de son mariage. Son atelier, jusqu'au moment de son décès, fut tou- 
jours situé rue de la Tisseranderie. Son magasin devint en peu de 
temps le plus achalandé de la capitale. La France, l'Italie, la Savoie, 
l'Espgne, l'Angleterre, l'Allemagne, la Russie payèrent leur tribut au 
talent du célèbre coutelier. La fabrication des instruments de chirur- 
gie élait continuelle ; vingt ouvriers ne pouvaient suffire k toutes les 
demandes. Jamais réputation ne fut plus brillante, jamais réputation 
■e fut mieux méritée. 

Après avoir posé les bases de 
sâ fortune , Perret voulut laisser 
un nom â la postérité ; dès lors 
toutes ses idées furent tournées 
vers les inventions , les découver- 
tes et les choses difficiles de son 
art. Avant lui les instruments de 
chirurgie des anciens étaient peu 
connus , aucun artiste n'avait 
tenté de les reproduire. Com- 
poser l'arsenal des instruments 
de chirurgie de l'antiquité et des 
temps modernes était une conception vraiment extraordinaire ! Que 
d'études , que d'essais, que de peines, que de soins ! Une pareille en- 
treprisQ était vraiment nu-dessus des forces d'un seul. Dans son amour 
pour la science, Perret conçut ce généreux dessein et parvint à le réa- 
Kser; il y consacra huit années de veilles et de travaux. 

Ce fut en 1761 que Perret présenta ik l'approbation de l'Académie 
royale de chirurgie la collection la plus complète qui ait existé des 
instruments chirurgicaux tant anciens que modernes. L'infatigable ar- 
tiste reçut de ce corps savant les témoignages les plus flatteurs d'es- 
time et de gnititude. Perret fut désigné à tous les médecins opérants 
comme l'homme qui, k l'habileté du fabricant, joignait les qualités 
•upérvsures de l'homme instruit. 

L'Académie des sciences voulut à son tour donner â Perret des 
preuves de son admiration pour l'exécution d'une œuvre aussi remar- 
quable. L'illustre compagnie soumit, dès cet mstant , i l'examen de 
l'habile coutelier tous les essais des pièces d'acier qu'on lui présentait. 
Elle adoptait aussi sans restriction le rapport que lui transmettait l'ar- 
tiste qui avait acquis tant de droits à sa confiance. 

Une si haute renommée attira sur Perret l'amitié et l'estime de ses 
confrères. Qui mieux que lui eût été digne de veiller au maintien des 
•tatuts et des prérogatives de la communauté ! Il fut à maintes repri- 
ses nommé, k l'élection, juré-garde, et il exerça pendant de longues 
années les fonctions de premier prévôt de la maîtrise des couteliers. 

Toutes les parties de l'art du coutelier furent, de la part de Perret, 
Tobjet d'études sérieuses. Toutes les manipulations de son métier 
partagèrent son temps. Les procédés les plus usuels furent par lui 
iinéiiorés. U n« craignait point de descendre aux déUilf lei plus mv- 




<4, 



RASOIR A RABOT , inventé par Perret, 
( Fig. 4. Rasoir monté. — Fig, 2. Lame du rasoir démontée. — Fig. 3. Chape 



servant à former le rabot } 



nqtieux lofsqu'il pensait que ses investigations auraient pour résultat 
le soulagement de l'humanité. L'année 1762 fut consacrée à des per- 
fectionnements i introduire dans la forme et la fabrication des ra- 
soirs. . . 

Écoutons Perret lui-même, dans les détails qu'il donne sur les qua- 
lités d'un bon rasoir, u Vu bon rasoir peut être gâté par celui qui le 
manie. En le tenant trop droit un seul coup peut renverser le tran- 
chant et l'émousser. U fiiutque le. tranchant soit fin. Cependant il doit 
couper des poils courts et quelquefois très-durs qui prennent naissance 
dans le tissu cellulaire et traversent U peau qui est fort lensiKIe. 
Ceux que l'on rase exigent que la barbe doit coupée fort raê et sans 
presque sentir le rasoir... Pour rendre donc l'opération de la barbe 
moins fatigante et surtout moins douloureuse, il faut que le rasoir soîl 
asses aigu pour trancher net, asses doux pour qu'il ne se fasse pas 
sentir, assez dur pour qu'il résiste â plusieurs opérations sans que son 
extrême finesse s'émousse ou s'arrondisse. § 

Pour résoudre ce problème Perret fit des essais sans nombre qui 
furent tous couronnés d'un plein succès. Les rasoirs de Perret devin- 
rent à la mode; leur renommée passa jusqu'à Tétranger. 

Tant d'expériences devaient amener une découverte. Le génie in- 
ventif de Perret devait nécessairement trouver dans tous ces esiaii le 
principe de quelque mécanisme utile i une opération ausû journalière 
que celle de la barbe. 

Il est des individus qui ont le désir de se raser eui -mêmes, mais 
qui, peu accoutumés au maniement des instruments tranchants, re- 
doutent l'approche du rasoir sur le visage. Il en est d'autres qui ap- 

^^^ prébende nt la main des barbiers 
i^ Venir au sf^cours d'une main peu 
exercée « InvenLer tm instrument 
qui permit â l'homme le plus ma- 
ladroit de se raser lui-même sans 
courir le Hsque de la plus légère 
coupure , telle fut la conception 
de PerreL Voici r omment il par- 
vint à la mettre en œuvre. 

La manière dont le rabot du 
menuisier Tonctionnait fournit l'i- 
dée k P^irreî d'ajuster un fût de 
bois i une bme de rasoir. L'ex- 




périence lui fit bientôt trouver le point fixe de sortie du tranchant hors 
du fût et l'inclinaison que la lame devait avoir sur le visage, K force 
de soins il parvint à faire un rasoir qu'oïl a nommé à raboi et qui 
est très-commode pour apprendre i se raser sul-mi'me. 

Satisfait de sa découverte, Perret n'eut d'atilri! désir que d'annoncer 
à ses confrères de la capitale et de la provir1c«i le rasoir à rabot, et an 
les engager â propagerl'œuvre. Il s'adressa » M, Debplace, rédad^ur 
du Mercure, qui, dans un article piquant du uhm (Favril 176^, donna 
la description de l'instniment et en prêna lès avantages. 

Perret venait k peine de faire part de son hvention â Tauteur du 
Mercure, que le coutelier .^loreau, devançant la publication d*? l'an* 
nonce, se fit proclamer dans la feuille de l'Avfj ni -Coureur comme seul 
auteur du rasoir à rabot. Moreau usa, pour s'a! Iribuer celte découverte, 
d'un moyen que réprouvait la délicatesse Btriionneur. Il pria on qui- 
dam d'aller acheter dans les ateliers de Perret un r^isoir de la nouvelle 
espèce en se disunt l'envoyé de M. Delaplace, rédacteur du Mercure. 
Nanti du rasoir, Moreau le copia servilement et ne craiguit point de 
se dire l'mventeur d'un mstrument dont il ne concevait pas enoare 
toute la puissance et tout le mécanisme. Le Mercure prit la défende d£ 
Perret. La communauté des couteliers s'indigna d'une ipUe déloyauté; 
on voulait enlever à Moreau sa maîtrise, Perret s'y opposa, n'exigeant 
qu'une simple rétractation dans les feuilles du jour Toute la gloire 
de Moreau consista à passer, l'espace d'un mois, pour l'auteur d'uA 
instrument qui ne lui avait coûté que six livres d'achat. 

Le débit des rasoirs i rabot fut inunense. Pendant plus de six moii 
consécutifs, six ouvriers ne furent cinpbyés qn'i celle seule fabrica- 
tion. La vogue ne ceiir '^w les aleiien de Pcrrtt, quo hnçm ^m 



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J 



2G0 



L'OUVKlEft. 



couteliers de la province àtHisdrent êes rasoirs de hbùvelle in- 
Vontion. 

Patient dans ses travaux, Perret ne se livrait jamais à la con* 
fection d'un instrument de chirurgie, sans chercher à connaître 
de quels perfecti re 'nts il était susceptible. Si Fauteur de 
l'instrument était vivant, il se mettait en rapport avec lui, et 
lui faisdit part de ses découvertes. Si l'instrument avait une date 
ancienne, il le livrait au public avec des modifications qui re- 
cevaient toujours la sanction dos corps savants. 

Dans le mois d'avril 1767, Perret était occupe à fabriquer un ins • 
trument du chirurgien tenon, destiné à faire la section de la cornée 
iransparente, dans l'opérât ion de la cataracte. Cet outil avaitdéjàreçu 
la dernière Doain de rouvrieretallait disparaître de l'établi. L'esprit 
toujours porté aiix innovations, Perret conçut que cet instrument 
pouvait avoir une destination autre que oeileque le chirurgien Te- 
non voulaitlui donner. Il sentit que l'on pouvait encore mieux fen- 
dre que l'Crcer avec un instrument pareil. Une heureuse occasion 
le servit à merveille pour la suite 
de ses expériences. 

Perret avait une chatte qui fit des 
petits, desquels il ne réserva qu'un 
chat mâle; on sait que ces animaux 
naissent les yeux fermés et ne les 
ouvrent ordinairement qu'au 'bout 
fl'environ neuf jours, mais on aper- 
çoit dèi la naissance la séparation 
des paupières. Perret fut étonné de 
n'en point apercevoir à son petit 
chat, il pressa Ic^îromenl avec 1o 
doigt et crut sentir le globe de l'œil 
bien formé ; il abandonna dés lors 
l'animal aux soins de la nature, per- 
suadé qu'elle trouverait quelques 
moyens de suppléer à ce défaut II 
se trompait cependant, et voyant 
que le temps s'écoulait sans aucun 
changement, et que morne ta mère 
refroidissait ses soins, il en" reprit 
de réparer oo vice de construction 
par une opération chirurgicale. 
Ayant donc bien assujetti le petit 
animal, il traça avec un crayon, 
sur la paupière, la route de l'instru- 
ment tranchant, il Siisit ensuite 
avec de petites pinces la \yetL\i qui 
couvrait le globe de l'œil, et la sou- 
leva pour mettre ce globe à l'abri 
dctout accident, puis soulevant tou- 
jours la peau, il fit l'opération en 
deux temps à l'aide de l'instrument du chirurgien Tenon II fit en- 
suite la même opération à l'autre œil et abandonna le pansement 
aux soins delà mère qui reprit pour son petit toute la tendresse 




matei-nellc; eu lo léchant, e! le parvint û cicatriser les deux plaies; 
le pe'it chat fut trois jours sans voir, mais au quatrième on Va- 
perçut, en lui passant une plume devant les yeux, qu'il commen- 
çait à voir les cAjcts. Il aurait été seulement curieux de voir ce cjfi'x 
serait arrivé par la suite à cet animal, mais peu de temj)6 après 
il alla courir les gouttières et ne revint plus. 

Cette petite cure, le nouveV emploi que l'on pouvait faire de 
l'instrument du chirurgien Tenon, furent lobjet d'un Mémoire 
curieux adressé à l'Académie des sciences. Cette compagnie donna 
asile, dans son recueil, aux observations de Pc'rrct, et elle mit 
d'autant plus d'empressement à consigner le faic publié par t'lià<^ 
bile coutelier, que la même conformation pouvait êe trouver dans 
l'homme f et qu'il était bon de savoir qu'en pareil cas fart pouvait, 
en prenant les précautions nécessaires, off, irune ressource assurée . 
Les couteliers appellent potées toutes les substances pulvéri- 
sées et préparées pour polir et donner du brillant à un ouvrage 
de coutellerie. 

L'usage du poli n'est pas ancien, 
on a commencé par finir les ouvia- 
gcs â la lime douce; ensuite on a 
imaginé un grattoir d'acier avec le- 
quel on emportait les traits do la 
lime : ma s on s'aperçut bientôt qno 
le grattoir fiisait des ombres, el 
W'on ysubs itua un brunissoir qui, 
«'tant trempé bien dur, unitet r^d 
fcrillaiite la surface de l'acier. Il .-i 
faîlu ensuite que ce brunissoir fût 
lui-mt*me bien poli, et l'on a imagi- 
né d'employer les pierres pulvéri- 
sées bien fin. Ainsi la pierre ponc; 
u é é longtemps en usage. 

La dé. ouverte de rémcri a oC 
furt utile; c'est de toutes les subs- 
tances celle qui mord le mieux sur 
l'acier; mais Cijmme les déco u ver t<'s 
ncvicnne.tque successivement, on 
s'aperçut encore que Icmerine suf- 
'îisiiit pas pour le branchant des lan- 
ceitPS qui avaient besoin d'uQjpIus 
b au ix>li. Murs on se servit de I.i 
potée d'étain, qui donne un lustre 
et un bril ant plus l>eau que ré- 
mcri» lorqac toutefois lemeri <în 
adrcssj l'on vrageotprépjréle bril- 
lant. Knfni, les Anglais, àqui nous 
devons bien dei découverlei, sont 
l s premiers qui ont fait une potée 
ruuge qui donne i l'a ier un très 
beau poli noir, c'est pourquoi on raj)p lie potée d'Ai^^Ieterre. 
{La suite au prochain numéro). 

L. DOIIAIBON.' 



MAISON OU WAÛUT PEP.RKT, 
, tie n* 7, à Bëziers, rue Descente de la Citadelle. — 
Vue prise du cala de la rue du Coq). 



LES COMPAGNOi^S BE LA CROIX-D AR6Ë1VT 



CHAPITRE XXI. 

L'Hôtel -Diea. (Suitc)^ 

Cependant la docteur pénétrait dans l'hôpital» 
fl rencontM une religieuse* 

' La reproduction ett interdite, mm Voir Isf a^ de \*0»ivrier du 3 ioAt au 7 dt- 
f^embrê. 



— Tenez, lui dit il, en lui présentant la Miette, Toici uns blés - 
sée; il Tant la panser. Il prit la main envcloppéede linge de la jeune 
filleet la montrai l'infirmière. Je viendrai lacliorchertout-à-riieuro. 

— Je n'ui besoin de rien, s'écria la jeune fille. Je v<mx voir 
mon père. 

—Mon enfanti je vais moi-même m'informer où il est, et quand 
Je l'aurai trouvé, je vous mènerai prés de lui. Restea&-là en attendant . 

La Mi. tte obéit. Elle j ta sur le docteur qoi s'é.oignait, un re- 
gard plein des ineffables tendresses delà reconnaissance et do 
la conûance. 

Lo docteur pénétra dans les longs corridors; devant lui, plus 
vile que lui, courait dans l'immanss hôpital le braitde l'arrivée de 



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'■•- 5tv 



L'OUVRIBR. 



m 



infirmiers le disaient aux religieuses : \*'s religieuses le répé- 
tai aux malAdes. Les malades , d'uu lit i l'autre , se passaient la 
16 nouvelle. 

L'une des principales salies , appelée alors la salle du Légat, était 
"cmpHe de blessés de la Bastille, que la science avait déclaré néces- 
taire d'amputer. 

Plusieurs att^aient lliMM dès opérations que d*ifutre8 avaSiuit 
léjtauUes. 

Gelui-d avait une partie du crine fracassée ; la botte ossense sditft 
iqueUe Dieu i caché cette boue blanchâtre qu*bn appelle le cervteu 
Hait brisée : il lïillait retirer les os fracassés et tailler i nonteàu avee 
e trépan les bords de ce trou vivant, ouvert par la mitraÉe. 

L'opération éiait délicate : les aides-médecins s'étaient consultés 
tuuttB la Soirée précédente , sur la manière dont Vopérateur, dioisi : 
parmi euj^ devait 8*y prsndrè. 

Un autre blessé avait une balle dans Te^mae. Elle «vafl pénétré ! 
Bntre la dites sans léser aucuta organe vital : mais II raHkît h reftf er. 
avec la balle, s*était engagé dans les duirs un fragment de fétofib 
(pii formait le vêtement du blessé. 

On espérait retirer la balle ; les pinces saisissent ait fond des ifti^irs 
et sous lé réseau des muscles le plomb on le fer ; mais le oinifbft 
vîendrait-il aussi bien ? S'il restait et qu*il se corrompit , de graves 
iésordres se produiraient nécessairement. 

A d'autres, la mitraille avait entamé les os, si délicateident cOmpliF- 
qués, deTépaule; un hfossé avait le pied cassé; Le membre pendait 
an bout de la jambe, retenu seulement par les chairs. 

Si remonte, quand elle entraine les citoyens aux éhocs sanglante 
des luttes civiles, deviît leur fiiire traverser d'abord les scènes lugu- 
bres des anibulanceè^hien des eourages seraieift glacés et les plus in- 
sensés se calmeraient. 

Ce otatin-U , l'fldteUDiistt présentait récAemeift on horrible spee- 
iMle. 

Les petites tables , placées au miÏÏen des safftes , étaient couvMes 
d^onguent, de cérat, d^emplltres de sparadrap, de charpies, d^nstm- 
ments chirurgicaux frais repassés et quelques-dos rouges encore. 

Près des lits , de grands sceaux pleins de sang ; i cdté , entassés 
tes de petits baquets, les membres des amputés, des bru, des pieds, 
des jambes, des mains, masse livide encore tiède. 

L'odeur du sang fratchement versé imprégnait Tair : on ne respirait, 
iuas ces longues salles, que les exhalaisons de la miAadie. 

On entendait des gémissements, des plaintes, des sanglots, parfois, 
sous, les couvertures , eomme des craquements d*os brisés, et, è de 
Unis intervalles, les riles de J'agonie. 

Aui|etti» d'une des portes de la salle où gisaient les vîctSn^es île 
réttom (i^piiliire, on lisait ee verset de l'Évangile : 

• Je vous fais un cosiSMadenent aouvesn 4|ul est de vous 
ealr'aisKrt et que vous vous ainûes les uns les autres 
aosMi^ je TOUS si aimés. » (S. Jêcm. c^, XY.\. 34. ) 

A TsKlrteité à^ k telle, près de la porte que franchit d'abord le 
Ideteur Giriktin, im jeime homme était eoochS. 

C*éCfit «1 Compagnon delà Croix; c'était Guillot, que nos lecUtirs 
le Hp^ëbSUt avoir vu dans la mystérieuse^réunion secrète dn 11 
jaiUet 

Gmlkit avait été â la Bftstffle pour y remplir le devoir des Compa- 
gnons : empêcher le combat , arrêter l'effusion du sang , et relever 
ws oiœsee. 

. n iviit été blessé hii-méme : une balle lui était entrfe dans les os 
du genou. Il avait été porté i rHdtel-Dieu. 

Les aides-chirurgiens avaient décidé que la jatnbe serait coupi^e. 11 
était, croyaient-ils, impossible de retirer le plomb engagé dans le ré- 
seau que forment les cartilages du genou. L'amputation était né- 
eessaire pour prévenir la gangrène. 

Le jeune ouvrier était , comme il arrive , devenn enfrnt devant la 



ff Ma mère ! disait-il en pleurant tout bas , ma mère ! » 

Près de lui , se tenait debout un camarade , lui aussi Compagnon 

de la Croix, Pinson, le gai Pinson, qui avait porté sa bonne humeur 

héroïque jusqu'au milieu de ces scènes horribles. 
Pinson n*ava1t pas été blessé. Et il était venu soigner, garder, con* 

soler son camarade. 

— Crois-tu , disait Guillot , crois-tu que cela me flera bien mat, 
quand on va me la couper T et il montrait, sous les couvertures , te meot 
bre qu*dn aflaft lui enlever. 

— Allons donc , répondait gaiement Pinson , c'est tout de snife Th 
lii. Quand ce sera fait, tu demanderas qu'on reeontnience, sRn de te 
rendra compte, tu verras ! 

— Est-ce que tu as déjà vn des opérations comme eeUe qu'Us vont 
me fcireT reprensit gravemetkt le blessé. 

— Cent fois ! 

— Est-ee qu'ils criaient beaucoup, eeux qu'on amputait! 

— Non, non, ils causaient comme nous causons. 

— Sans plaisanterie, qu'est-ce qu'ils disaient ? 

— Us disaient tq^el bon débarras, ce bras me gênait. C'est biea 
• agréable qu'il soit parti. • 

Le malheureux Gurttot ne p3rai<sait pas convainm. 

— Mais ceux auxquels ou coupait U jambe? 

— C'était comme pour le bras, et m^me beamoup p\m Utih. 

Et le blessé jetait autour de lui des regards effarf^s. Ses lèfreà tH^ient 
blanches. 

— Si tu ne tenx rien sentir dn tout, dit Pinson, il y i un moyen. 

— Lequel? demanda Guillot, avec une curiositd anxieuse. 

— Tu vas faire avec moi une prière an bon Dieu. Voîj-tu , là-bas, 
le crucifix? 

— Une prière ? 

— Oui ! Songe donc que si Bien Ireut t'adoilcir U soufTrance, il n'a 
pour cela qu'un mot è dire. Çà lui est plus commnde qu'à loi de don- 
ner un coup de bisaiguc dans une pièce de vieux hoh. 

— Je le ferai, reprit Guillot. Ses yeux se levèrent tcrs le ciel pA on 
vit ses lèvres frémir. 11 réiitait tout bas quelques-unes de c«i beikt 
paroles que TÉgUse prête aux hommes pour qu*iU parient 1 Dieu 
quand ils ont besoin de lui. 

A peine avait-il achevé, que le docteur arriva pr^s de son lit. 

— Et cet enfant-U, dit41, avec un ton de proronde cominrâération 
en regardant le jeune ouvrier, oA est-il blesié? 

Les aides lui expMquèrent la blessure de Guillot « b bille engagée 
dans fossature du genou, la nécessité d'une ampublbn. 

— Voyons , fit-il , en écartant les couvertures , pour r^girder l« 
membre blessé. 

Le pauvre Guillot devint horriblement pâle. D** gro^^tis larmos rou* 
laient de ses yeux : il serrait» è la briser, la main ih Pinson. 

— M-insieur le docteur, dit celui-ci, mon Gam:irade liendrik bien 
â garder sa jambe , si c'était posdbkT? 

L'homme de science sourit de l'o b serv a t i on naïve et touch nte du 
jeune ouvrier. 

--*G*est bien difficile, rêpondft^il après tm tBoaienl de réfleiion. 

— Ce n'est pas impossible? * 

— Non. 

— Alors, nous sommes sauvés. 
•— CooraoentY 

— Tons êtes si habile ! luonsienr le dodour. 

— Et si bon ! reprirent plusieurs voix. 

Le docteur regardait toujours avec la plus grande altenlion. 11 tensit 
entre ses mains blanches et pleines de re>pGct pour l'œuvre de Dieu, 
le genou du jeune blessé , il faisait jooer les ressartf de rossalure. 
Guillot jetait de faibles gémissements. 

•*— Une pince, cria le médecin. 

On lui présenta ee qu'il demandait. 

»— Ne boug«*2 pas, <il-il d'un ton impIriouK. 

Alors, on n'entendit plus rien autour du lit du mabde. Ijcs aides, 
rsiif^ an carele. regairdiient «péror le doeleiir; Pintoii tenait is 



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1 



S63 



1/iiisviiim. 



I 
I 



rtmin de GutUoi î\\iU \v& yi'^x an plafood, paraî6$ail souffrir. Le 
docteur éimih gi^noux prilsdu litvLl était penché, lea yeux fixés sur 
1<! membre nu et sitigoaDt du jeuoe otivrier. Il introduisit isipinee 
rntreïéschajra,parlapetUoririce<îu'avaHo\i\erlleplomb.Ilagitaen 
pluiit-urâ &em l'autil délicat, puis i^u% k coup il poussa un léger crix 
-** ie k tiens ! — et il retira de h Lkssiire une balle toute déformée, 
^u'il jeta à terre près du lit. 

En «e relevant , il reg:irda avec une noble fierté les assistants. Il 
cherchait dans leurs yeuï le reflet de la satisfaction qui éclairait le 
tien. 

— Tu garderas ta jambe, Bi-il, en biBsant tomber sur le jeune ou- 
vrier un regard attendri. 

Un murmure de joie et de reconnaîssaïi ce courut parmi les témoins 
de cette opération li heureusement pratiquée. « 

Pinson pleurait I chaudes larmes* 

Le doctt'^r, après avoir plongé ses doigts rou^s de sang dans une 
CUTêtte pleine d'eau, se dirigea vers le Ut voisin. 

^- Votre nam ? fi 141 a Tourner qui j était étendu. 

— On rappelle le Marseillais, répondirent plusieurs voix auprès du 
lit. 

Le docteur se fit montrer la blessure. Un fragment de mitraille avait 
brisé la jambe. 

— Il fsut couper, murmura- t-il, après un moment d'examen. 
Relijvant la tète, il vit en face de lui U Miette, une main couverte 

d'un bandage de toile blanche, debout près du lit. 
^G*e$L mon père, fit-elle en montrant le Marseillais. 

— Relirei-vouSj lui dit le docteur, avec une douceur impérieuse. 

— ^on^ non^ je veux rester. 

— Laij'àet-la, fit Thomme de science i ceux qui voulaient de force 
écarter la jeune fille. 

Une religieuse vint et emmena à quelques pas la Miette. 

Un des aides prit le bras droit d'j Marseillais , un autre le bras 
gauche ; un inllrmier s'empara des jambtfS. 
« Le malheureux était ainsi réduit à une sorte dMmmobilité 

— Laisae^rooî î liissei-moi ! criait -il ^ je ne veux pas qu'on me 
touelie. 

— Un peu de courage , murmura doucement M. Guillotin. 

^ Je ne veux pas , je ne veu^ pas , rr^pétaii d'une voix rauque le 
malade. 

— Si on ne vous roupe pa» la jambe , k gangrène est infaiUible et 
votre mort est certaine , au milieu d'atroces souffrances. 

— Vous crovez! demanda- le Marseillais avec un regard où ee pei- 
gnait Teffroi de la mort aux prises avec l'effroi de lamputation. 

— J'en suis sûr, répojidit avec assurance le docteur. 
— * Eh bien, faites , et faites vite ^ murmura le blessé. 

— Tenex-vous bien. 
' — Je ne bouge plus. 

En effet il se tint immobile, Ses yeux , extraordinairement ouverte » 
jetaient des regards épouvantés autour de lui. Sa face était livide ; 
tes lèvres blanches ; ses dents claquaient Tune contre l'autre. 

— Allons, fit le docteur , et il enleva rapidement le bandage qui 
entourait ta jambe* 

Un spectacle, hideux même pour des regards dé médecin, frappa 
•et yeux. 
Une pUie s était formée ; elle avait consumé une partie des chairs. 

— Il est tempe î fit le docteur après quelques secondes d'examen , 
at se tournant vers un des aides : Arrêter le sang, lui dit^il. 

L'aide s^approcha et Ua autour de la jambe, à quelques centimè- 
Ires au-dessus de la plaie, une bande circulaire/* 

U la serri, fortement au mo^fen de deux bâtonnets qui, engagés 
dans U bande , b tordaient i volonté. 

Au bout d'un instant, le sang cessa de circuler; au-dessous de la 
eom presse on ne sentit plus les battements du fluide vital. Les chairs 
foiitnei de la plaie iinjectèrenl rapidement , puis prirent une teinte 
TioUtte 

k ^ moment It Hietifr était dibout à ^fiiai pai du lit , Uiyiai 



ante du sw 

tros. I 



iixes, muette et \Mù. ... 

La religieuse la prit parle bras etlarus'agenouilleràedtéd*iBUei 

— Prions, dit-elle. 
Le sang était arrêté. 

— Cestbien, fit le docteur. j 
U s*approclia. U avait i\ ipaid un grand couteau d^acier i bm 

che noir. * ' I 

Il choisit une place & quelques Ugq|es, au-dessous des bandes , pub 

d*une mam parfaitenient sûre et comme s^it eût taillé un moreêan~d< 

terre. glaise , il enfonça la lame dans, les chairs. 
U coupa d*abord la peau cireulairement , la releva environ deu:| 

travers de doigts , puis , pénétrant dans le vif, il retira la laime ei 

taillant de haut en bas. - I 

' Deux morceaux de chair saignants tombèrent è terre, 
La Miette et la religieuse pnaient. On entendait leurs féix mm^ 

murer tout bas des paroles de supplications. . 

— Mon Dieu , ayez pitié'de lut ! * ! 
La jeune fille avait la té^ dauf ses mains , dont Tune était enve^ 

loppée de linge ; ses cheveux bouclés retombaient sur ses doigts i 
entre lesquels s'échappaient de grosses larmes; j 

La sainte femme, à gençux à c^té de la Miette,. lui disait d^avoii 
courage , et se disposait à remporta si elle se fût évanouie. j 

L'opération continuait. 

Le docteur Guillotin , le regard fiité sur la tranche béante 
glant fossé qu'il venait d'ouvrir danp les chairs , cherchait 

Il saisit une petite s<ie qu'un aide lui présenta , et il rengage] 
comme le relieur engage entre les fepiUes de papier la lame parfai 
tenient mince qui doit les diviser, 

On entendit un bruit sourd. Puis le docteur se relevant : Hetirex 
dit-il , et un des aides qui tenait la jambe , la sépara du tronc. 

Le Marseillais n'avait pas perdu connaissance. On entendait as 
dents grincer , et il mordait la couverture, qu^il avait tirée devant s 
bouche. 

Le docteur Guillotin se pencha sur la grande surface frémissante c 
saignante que l'ablation du membre venait de découvrir : il regar 
dait s'il n*y avait pas quelque esquille à retrancher. 

— Allons . dit-il à ses aides : cela va bien , faites les ligatares 
Au moment où il releva la tête , il vit encore une fois debout pré 

du lit la Miette , le rega: d fixe , les joues blanches comme do linge 
les maiqs jointes. 

Les aides s empressaient ; ils liaient les uns après les. antres les p4 
tits vaisseaux chargés de porter le ^ng, et dont il|s suspendaient U 
fonctions devenues inutiles. 

La charpie se disposait avec une rapidité iperveilleuse ; les coa 
presses assuraient les ig.Uures^ ûj. *• 

Au bout de quelques iostants , on appliqua ^n jm^p' Vay^iyn 

La Miette s'élança et embrassa son père. La eémewr etÀii réseau 
à la face; le sang avait reparu aux lèvres. 

— Le plus grand repos est nécessaire au iualàde , dit le doctew 
la jeune fille. Si vous ne laissez "pas votre 'pèlre'MttlfiBUe , tous 1 
tuerex. , 

La Miette se recula ; elle jeta un regar4^ji*âi 
sur l'homme de science. 

Le docteur passa km autre malade. Commue il s'éloiginaît dv lit 4 
Mareeillais , une personne s'approcha de lui. 

C'était l'agent de M. Thiroux de Crosnes. . 

— Peut-on transporter le malade? 

— Non, répondit le médecin, 
r— Quand le pourra-t-on ? 

— Dans trois jours , au plus UHL 

— C'est bien , docteur ! 

— Où le conduirez-vous ? 

— A la Toumelle. 
•* Ayez soin de lui. 

— On en aura soin, 

La Miette n'entendit pu ce dialogue 4eluo|4 1 ^ois batte eow 



h h*}^ 



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l'aUVRIEÎlj 



téêêlD et VbômEie do Ueatenant $&néni. * 

Le docteur icben sa tournée. 

n reTÎnt i deux heures k Versa ille*. C'était l'heure de la séance 
biéral«> de TaiMembtée nàltonale. 
Bomme A entrait d^m la ^Le, un député de U dmHe s'approcha 

~~ Vous venei de Paris T ; 

^ Oui , U'inslinL •'•!* • /? i 

^— SaTei-¥ous la nouTellef • .,. • . 

Quelle nouvelle T . 

La MuDiciptUt^ a destitué le lieutenant général et §*%&i «hirgée 
là police. 

docteur regarda son coUéfue de rassemblée. ' ' 

La nouvelb est fausse. 

Voua êtes sûr ? ' , 

— J'ai m ce malin M. Thiroui de Crosnes , lieutenant général de 
ïlice , dans ses bureaux du Cbâtelel. 

Je disais bien qae c^était un Taux bruit ^ fît le dépoté , en homme 
>erieiir aux surprises des événements. 
-* Haïs la Bastille est bien prise? ajouta-t-il avec héaitaUon. 
^ Oh î oui I pour la Basiiile , la nou^tlie est traie. 

— On voit des choses si étonnantes ^ remarqua le député. 

.--^ C'ett vraiî répondit M, GuiUotixif un ruit des choses bien éton- 

fntes. 

ihi êéAnc% s'ouvrit. 



, 



{La suitt au prochain -numérù. ) 



CLàMENT JtMT. 



UNE PÉNITENCE EFFICACE. 



h 



Une f«mm« ^ cédaiil à ses pieux remordi , 
r A saint Philippe * un Jour vint avouer ses tort». 
"^Son penchant k pkir^rélsit la médisance i 

:Ce vtcc invétéré troublait sa conscience. 

« D'une telle habitude il faut, ma chère sœur. 

Vous défaire à tout prix , lui dit son canfesseur^ 
p- VMÎf-pouc vous guérir, pour apprendre à vous taire , 

Une peine efljcace ^ un mojen salutaire : 

pue ne fa rail- on pa& pour vaincre le péché ? 

Aehetei une poule su plus prochain marché ; 

Puis , allant devant vous au sortir du la ville , 

Tout le long du chemin plumez la volatile. 

N*ajez hdte surtout» docile à cet avis , 

Malgré votre dcsir , de rentrer au logis 

Que la plume n'en aoU tout-à-fait enlevée 
jilf compris le duvet. Votre tâche achevée , 

ténei m'en rendre, compte ici mi^ine à Tins tant, 
Kj^minc a Dieu dont je suis rhumble représentant. * 
'^Notre Eve ^ admirant fort cette étrange ordonnance , 

Se soumit volontiers, parfit sa pénitence, 

El revint demander au .^age directeur 

Et le mot de l'énigme et le calme du cœur. 

V Ma smur , lui dît le saint tout en louant son léle , 

A ma prescription j^ voua trouve fidèle ; 

Ibis vous n'avc£ rempli que la première pi rt ; 

Il VÛU5 reste encor Taulre a finir sans relard. 

Cc^'t un dernier effort que de vuus y. ri!cl;iine ; 

Ctila fait, je réponds du salut de votre ,inie. 

fleloumes ^ sans changer votre direction , .• - 

Où l'on vous a vendu h poule en question^ 

11 s'al^t.jdi^ilû iâiu; FbiMppe de lien. ^ . 



Rsmaaaes avec soin , et jusqu'à la dernière , 

Les plumes qu'en marchant voua sémites à terri* m 

— Mail ce n'est pas possible, d Jésus ! Maria \ 
S'écrh tristement b pnnvre Hortensia ; 

Comment songer , mon père , â retrouver ces plumes î 

Ce serait m'exposer en vam â mille rhumes. 

J'ai, plumes et duvet, au hasard tout jeté : 

Le vent ne Ta-t'il pas dans les airs emporté! ' ' * 

— Mais, repnt'il d'un ton de sainte véhémence » 
Qu'est-iî de plus semblable à votre médisance t 
Tous vos malins propos, débités â dessein , 

Qui vont de bouche en houche attaquer le prochain , 
Qui comme autant de dards à la pointe acérée, 
Dtrîgés contre lui d'une m^in assurée ^ 
Portent â son honneur des coupa Irès-dangereumi 
Ces discours imprudents, rapports pernicieux , 
Que la vengeance souffle ei que k haine guide , 
Sont-îîs moins qu'un duvet entraîné dans le fide^T 
Ces traits piquants, épars, comment les ramasser? 
Allez en paix, ma fœur, et tichez d'effacer 
Ce que votre conduite a d'au.ssi téméraire : 
Dieu n'exige de vous qu'un repentir sincère. « 

l'OE/RNEMmC. 



JtlRISPRUDEIVCE INDUSTRIELLE. 



Congé. — Si l'employa qui a loué ses senrices sans en fixer h 
durée est congédié dans nue intention mauvaise ou même sans molif^ 
par son patron, il peut avoir droit à une indemnité, aux termes ai 
l'art. ISSS du Code Napoléon ; mais il en est autrement lorsque c'^^^t 
par le fait et par la fiute de l'ouvrier que le congédiment n m lieu 
{Cour ifHiitrmîe de Ihum; 9 février 1859.) 

— Un contre-maître ou un ouvrier engagé au mois ne peut être 
congédié que pour rcxpiration du mois â partir du conjfé donné, 
{Conâtit dt'4 prud'hommes d*Ortéafis; 30 novembre 1860.) 

^ — L'ouvrier engagé a la quiniaiiie doit être occupé sans intcrrup* 
tion pendant sa quinsaine de congé, surtout s'il y a du travail sufU- 
sant dans l'atelier, sous peine de dommagearintérêts, (Con$eH du 
prud'hûmmas de LUIê; 15 juin 1852.) 

^ Tout avertissement de congé donné par un oufrier , deui se- 
maines â l'avance, est valable, quel que soit le jour de la semaine où 
il est donné, cl sans que le patron puisse opposer un rèflement parti- 
culier de son établissement, portant dérogation â Tu^ge corn m un,, et 
d'après lequel le congé ne pourrait être donné en certaine jours dé* 
terminé.^. ( Conieil des prud'hQmmts dt Lilis; îâ juin 18570 

— Le conlre-maîlre qui quitte l'aleUer sans avis préalable, laissant 
de Touvrage in^ichevé et des apprentis sans surveillance on direclioni 
doit être condamné en dea dommages-intérêts envers le patron. 
(Consêii d£A prud'hommts dt Paris {métaux); 18 février 1861 ) 

GonirefaçoD ; emploi d'objets contrefaits. — Le prévenu ac* 
cudéde l'eînploicomnicrcial d'une machine arguée de contre bçon, ne 
peut prétendre â ce que ses vendeurs, intervenant dans la cause, soient 
tenus de le garantir comme s'étarU dits dûment brévi^tés pour la 
construction de cette machine ; le tribunal correctionnel doit méŒe 
écarter rinlervention des vendenrs, ta faculté d'interventr, aùiniiïe au 
civil \^r Tari, 4t)6 Ju Code de procédure en faveur des tiers auiqueli 
un jogement peut |iré^uJicier, tlant inadmissible au criminel. 

D aille ors ^ l'emploi d'une machine contrefaite comti tuant le déiit 
de contrefaçon aussi bien que la fabrication de la machine, celui qui 
l'en sert est personnellement re&ponsable de son délit, conune le h-- 
brîcateur le serait du slan.'ccquieidut, devant la juridinlîon tépret^- 



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L'OUVRIRn. 



tm, toute ftMiibïlité 4i rfcourt âé Tiki fer» Vmttê. {€éur im^ah 
de Bottai; ilmëïiSW.} 

OnTiierv. — Les g^rçoni boucbertp boulangers, épicieri et lutret» 
«ont du ouvriera dam le sem de Tirt. 178i du Code Napoléon. En 
conséquence, 1orsqu*iI eiiite entre leurs palrom et eux une contesta- 
tion surit quotité des gages, k^ maîtres doivent être crus sur leur af- 
firmation. ( Trihuml Cm! de Rouen; U mars 1859. ) 

F ropriétè indnBtrielîe. — Les changements apportés dans la fa- 
brication d'une étampe ' et cousis lani en incrustations et reliefs 
nouTeaux destinés à fournir des produils plui grtdeux, doivent être 
considérés comme ceuvre dVt et de sculpture en relief ou en creux, 
donnant lieu , sans priae de brevet d'invention , a un droit de pro- 
pnété consacré par Tart. i^r de la loi du 19 juillet 1793, qui réserve 
aux peintres^ dessinateuri et autres compoiiteufa la propriété exclu- 
sive de leurs ceuvres pendant leur vie. 

L'imilation d'une êtampe ainsi perfectionnée constitue le d^lit de 
contrefaçon, 

La loi du 19 juillet 1793 n^impostnt pas le déjjôl préalable pour les 
<ËUfref de sculpture , b droit de propriété ne dépend pas de ce 
dépdt; et, lors même que des objets de sculpture s^ippUqueraient plus 
k l'industrie qu'à Tart, il n'y aurai! pas lieu non plus de le^ déposer 
au conseil de prud'hommes en vertu de la loi du 18 mars 1806, qui 
ne s'applique qu^aux deasins de fabrît^ue. ( Cour impénale de àliii ; 
5 mai 18580 

Saitla àhêz dei coBCorrenis. — Le fabricant qui , âpres d^^pât 
d'un dessin ou modèle de Hi brique, fait pratiquer une saisie d*objets 
semblables cbez des concurrents, doit, si le dessin ou le modèle n'é- 
tait pas nouveau, être condamné envei^ eux â des dommages-intérêts. 
(Tnlnmal de Commerce de ia Seiite; 27 décembre 1860. ) 

Salaire. — Quoique des ouvriers aient travaillé pour vm OQfri«r 

fious-trailant ou marchnndeur et qu'ils aient été eng.igéj uniquement 
pjr lui, ils ont droit de réclamer leur salaire contre T entrepreneur 
aiiqiN'l Icï objets confectionnés par eux élai^nl destinés, si Tentrepre- 
nouf, afin de se fuire remettre direct<:ment ces objets ou une partie 
que les ou? riers retenaient en garantie Jeur a donné Ta saura n ce qu'il 
les ^naieraitsur les sommes dues par lui au marcbandeur. (Comeilde^ 
prud'hommes de Paris [tissus] ; 15 septembre 1859.) 

— L'ouvrier qui a entrepris le tissage d*une pièce d'étoffe doit Ta- 
cbever, sous peine de dommages-intérêts, au prix convenu et sans 
supplément de salaire» lorsqu'il ne peut prouver que te supplément 
lui a été proinid* ( Conseil du prud'hommes de Lille ; 16 février 
1890.) 

— tj'asieHion d'un contre -maître, prétendant que son salaire a été 
fi3tâ à an taux non ret^onnu par le patron , doit être rejelée , s'il est 
conslalé que le conlre-maUre a toujours reçu le prix de ses qulnxaines 
MHS réclamation au taux qu'il conteste devant le conseil, et qiie mém»; 
avant plusieurs fois demandé des avances, il les a remboursées sans 
opposer la compensai ion pour ce qui lui serait resté dû sur ses jour^ 
nées. (Conittl des pryd^ hommes de Paris: 18 février 1861,) 

Apprentissage : Apprentie placée par le maître dans un 
domicile très-éloigné de eelni nn elle doit Tenir traTailler. — 
5 , au moment où a été f^rmé le contrat d'apprentissage , le maître, 
v.i^ pouvant coucher cbes lui l'apprentie , t'a placée cbez une de ses 
[>;ir(^ntes , dans une maison voisine de ses alelieis , le transport de 
celte parente à un domicile beaucoup plus élul^no , la nèccj^sité | our 
rB|"prenlie de faire nviiin et toir le tr.ijet d*; ce domicile aux;it< !ii*r», 
et les inconv^fuents eu léj^nUint , sont des causes de résiliat.on du 
i^onlrat d'apprentissage. {CoSieJÏ des prud'hommes de Paris (indtulrie 
Ifs iisëutji 27 juin 18Gt.) 

' UÊitiTfiSiê bil UQ iiiil' unuiit d'acier trcnpé propre h donner 5 des pliqucs 
kiit^talUqufi une îonan rtirriêvonûint^ 



Changamiiil de domicUt ta ptÊBom- -r S la mal tro àè^à^r. 
son étabiissement , et le transporte sur un fpifil^ heiHifloup filus ébr^ 
foé de dosiieiàei d'une apprentie ' » il peut 4tre ebH^ de pr^ndr^ 
son compte les frais de transport en toitwe (onmilMe) deVa^^freuh 
fraar chaque ratenr , le loir , dee ateliers au demieiU des par^u û 
cette dernière. (Conseil des prwT hommes de Paru {imdusiries ijm^ 
ses ) ; 28 novembre 1 860. ) i 

Si , par contrat antérieur a rannexion A Paris des communes m! 
urbaines , un apprenti a été placé dM vm wsÊkt» habiUnt «bc 
Paris , et que , postérieurement à Tannexion ; le «aître ait traoi 
porté «eu dômieUe et ses atelii»» dliee «ne de oee Saciennes eeni 
munes et à une distance trcit- éloignée , il y a lieu , aui tennee d 
Tarticle 16 de \k loi d» ta fuAet i«»l , i le PdMl^^nn du contr 
d*appr«nli$8age. {Conseil des prud:hommÊ$.éê Pêriê {missêUrkt di 
Vfr«e«); 23 janvier 1861.) 



« La décision du Conseil a été molârte pdauipaiMMeS sur des eeosiéératio^ 
aiuqueScfii on ne saurait tivp applaudir -■ rapprvntie était ui upe jeune fille <j 
quinze ans et domi , pour ia'|iietlo un long parcours à faire seule le soir ooos^ 
tuait un \éritablc danger moral. 



AVIS AUX ABONNÉS. 



Ttm 



L'Oumif psUiera dans le» p'^'e^^'ùv uumérot : dei Art 
inédits de MM. Louis Veuillot et Augustin Cochin; — Le tfl 
vail païen et le trivail chrétieii , par H> Éhilc Keli^eb 
L'Horlûgère , tar M. Batiuliï Boumol; — Le CliarmeiiE , ^ 
Jean Landeh ; — La suite des HouTelles morales dei TtTi 
bourgs de Pâiii, par N. Tabbé Ani^AUtT; -^ André Bmlo;. 
1 Apprenti, par M* CLËaiEJST d'Elbub, etc., etc., etc. 

NoiH donnerons ausâ très -prochainement de nonibreui 
des NATTES , Vun des plus charmaûlA ouTOkget de M. 
Veuillot, depuis longtempt épuisé et que tout le monde sera_ 
reuï de retrouTcr dans nos colonnes* 



I 



lU VEILLÉES DE Là CHAUMLËl 

PlÎBLlÊES PAR M, LABBE HERQUIN. 

Ihmanx morau:E. — nouvelles^ — histoires, — voijagut — A| 

^ injnndiure , — industrie , — économie domestique , 

anecdules , — bom mots^ — éphmérides Aûferi^ae*. 



Un beau volume in-V de IÎ5 pages sur deux colonnes , «nS « 
147 jolies gravures appropriées au texte et exécutée* par neij 
leurs artistes de Paria.^ — Prii » franeo par la poste , 5 fr* 

Gc recueil a sa pl.ice marquée dans toutes les bibliothèques | 
siaU's , comme livre de lectures amusantes et instrucLive^ , eti 
peut mctEra satis danger dins la main des enbnti et dei ji^inei ffs 
sonnes, 

S adresser à M. Blérlot ^ éditeitr, 5S « qiiai dei 



nue « 

I 

OrauP 



l^mis prions nos abonnés de joindre à iattieM 

hahdcà intfirimces du journuL 



leurs Uiiru une à 



Angers, m\K de Luîné ïrerta, rve SaintrLaud « 9. 



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_^Ltf^kt?ML_ 



Iltl^ 



(iUmMéêêéckmÊm.) 



rat 



21 décembre idOi. 



L'OUVRIER 

rournal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



ABlfliriSTmATIOIf î 

Wt fp3«i dei Grandi-AugiiBUQi, 
à Im libnirid de BLÉRIOT, 

4 PARIS. 



SOMMAIRE. 

JE AN' JACQUES PERRET, p^r L. ÏJowAïtON - LE» COMPAaNOHS 
DE LA CROIX D ARGENT, par ClcmfOt J^st. — UNE NOUVELLE 
ttANÏÊRE DE CALOMNIEB , par le CjpôraS MAHTrii.— JrmiBPRVDENCE 
IHDU^TBLELLÉ 



ABONNSlftïKTS D UM Aîf 

I fêxfk h 1*' Ifi ebique mois : 

Eiaon , ÉoTm , flâna m'ktm , Tra- 

ÉTAn-tJiraitiL'AMi»ioBi»irIfoM. .7»» 
CoLoniu n AUTHit fati &'oiitu-mx«, 1 50 



JEAK-JACQIES PERRET 



ne ca g H de faiie des essais pour connaîtra lea substances qui en- 
traient dans le rouge d'Andettrre. Vmî patrbte, son front rou- 
ghsnU do honte en pL'nsanfe que la France fût tributaire da Té- 
franger. Dam plusieurs mémoires Iwrés à l'approbation de î'Aca- 

ince, lei cuuteliers faisaient usage da ce rouge, maïs ila demie des scieïices, il avait a^primë à ce sujet une cbaleureuac 

'ment la compoâitiQn. Pcn-etj depius soiv étabUasemenij indissnaffOti, 




itieaïculablos , :iprèà des iivEiQÎfmkLiaiis infînit?s^ il ne put déiâoi^- 
vrtl-Jo *ecri»t dea Attgjatg, mars il iroura w>ie inamèf%* de dùn^it^r 
à i' acier un poU auîsi vif <.'& imui b*:aa que €çl{d-4\ingklcr§fm 
11 doiiiia à ccLte composilion le *^"^ SttîifcrëddBçKiûoOOQlC 



266 



L'OUVRIER 



Cette prëcieuse découverte qui faisait cesser la supériorité des pro- 
duits anglais, avait besoin d'ude démonstration complète. Aussi 
Perret s' appliqua -i-ii^ a va ni delà mettre au jour, à faire cesser tous 
les doutes ; pour prouver la bonté de sa potée, il imagina de for- 
ger un morceau d'acier capable de faire un miruir, il l'exécuta de 
k largeur de trois pouces et demi sur six pouces de hauteur. Cet 
ouvrage CDunmna Tceuvraî le fini en était exquis, le poli en était 
parfait. Il était souvarainement prouvé que la méthode de Perret 
ne le cédait en rieiï à calb de nos voisins d*outre-mer. 

Fier d'un aussi beau «uccés, Perret courut porter son miroir à 
l'Académie des sciences qui a^était déjà montré si justeappréciatrice 
de stis talents. Les académicieni Jarset Tiilet furent chargés de ren- 
dre compte à la gfvvantâOj mpognie de la nouvelle découverte. Ées in- 
vestigations furent longues, l'examen fut des plussérieux. Perret ne 
mécontenta pas d'apporter uneseule pièce d'acier, il remit une foule 
d'objets de couteîlerieT dont le poli était de plus en plus parfait; de 
nouveaux oisaïs eurent li^u devant les commissaires eux-mêmes. 
Enfin un rapport solennel du 15 juillet 1769, 
procîam a qu e 1 a diico u ver i e d e Perret méri- 
tai t l'a p ji robat i on de T Acadé mie . Le secré- 
lûîre perpétuel, Graudjean-de -Fouchy, 
B'empre&sa d'en fournir à Perret l'attes- 
tation la plus lionorahk . 

Apr^'â dea travaux et des soins si multi- 
pliés, il était à présumer que Perret, uni- 
quenientoccupcidusoinde sa fortune, tien- 

V dralt sa nié tliodo secrète, et ne la livrerait 
à ses collègues qu'au prix de l'or. Mais de 
pareils sentiments n'avaient point accès 
dans son coeiiri le patriote françaisétaitsa- 
lisfait ; il avait détruit le monopole ai^glaîsi 
il avait li^ prix de ses goins. Une circulaird 
généra te annonça la France l'invention de 
Perret, et la potée d'acier fut mise en prati- 
que, partout où la coutellerie avait des l'e- 
présentants. Tant de découvertes si pré- 
cieuses, tant de travaux ai uliles avaient é- 

. tendu au loin la réputation d'un artiste aussi 
recommandable. Le monarque pouvait-il 
rester in diffirent au milieu de l'admiration 
générale? 

Le 24 septembre I76ï) fut un jour re- 
m.'frquabCe; l'indastrie française l'a con- 
il 2 né dans ses annales. 

Dans un deasplendides appartements de 
Versailles, il y avait ce jour-là ^rand coacours 
de courtlsanflj ils allenJaiGnl avec impalieace 
k lever du Boi. A midi, des violons et des 
*hautbo Is se fi rent e n le nd re d ans la grande cour 
du palais; peu d'instants a prcs l'huissier de service annonça lacom- 
munautédes couteliers de Paris. Les cordons hleus, les gens de let- 
tres, les officiers généraux, les ducs et pairs se rangèrent sur deux 
liaieflpour voir déûler b cortège. Les compagnons couteliers avaient 
leurs véiements ornés de ruba ns de toutes les couleurs ; quatre jeunes 
gensivétusde blanc, portaie nt dans une corbeille eutoarée de fleurs, 
un miroir en acier poli ? les jurés-gardes fermaient la marche et en- 
touraient l'auteur du chef-d'œuvre. Le roi parut. 

Sur la fin de son régne, Louis XV avait d'habitude l'air triste 
at soucieux, dansée moment un reflet de bonheur brillait surson 
visage i on eut dit que son coeur s'applaudissait en secret de la 
conquête que venait de faire le génie français. 

' Un homme i moears simples, dont l'émotion était extrême, 

I vînt déposer aux pieds du monarque, la corbeille et le mûroir; 
il 6'exprima ai mi 




MIROIR en acier poli, de 6 pouces de haut 
sur 8 pouoes i\% de large. 
( Fig, 1. Miroir avec son cadre d'acier. Fig, S. Pro- 
fil des moulures; À, rainure pour loger l'épais- 
seur du miroir.) 



i de son travail ; cette récompense flatteuse, j'étais loin de laméri- 
it ter-, l'amour profond quej'ai pour mon payset pour monRoi, m'a 



» seul soutenu dans mes efTorta; la Frinice n'est pas faite pour être 
» tributaire de Tétrang.T I Les couteliers de votre bonne ville de Pa- 
» ris, par l'entremise de leur prévôt, déposent à'vospieds l'expres- 
» gion bien sincère de leur attachement inviolable à votre auguste 
» personne,* et votis prient d'agréer la faible offrande du produit 
» de leur industrie. » 

Louis XV serra affecta eusement la main du Prévôt et lai ré^ 
pondit : 
• « Monsieur Perret, le Roi de France ne devait pas être le der- 

• nier â pay^r son tribut d'admiration à un artiste apssi distingué 
» que vous j je suis fier de votre succès; et croyez que noire cœur 
» royal sait apprécier les avantages de votre découver e. Pour 
» preuve do votre attachement à notre personne, nous ferons usage 
B à notre toilette de votre beau miroir. Dés ce jour, Monsieur 

• Perret, vous êtes coutelier du château : notre intendant vous 
» fera part de nos demandes. » . ^ 

Perret se jeta aux pieds du Roi, qui le releva aussitôt et le pressa 
entre ses bras. Le miroir passa dans les 
mains de tout^le monde, et lorsque les vio- 
lons et les hautbois adnoncérent la retraite 
de la communauté des couteliers, la Cour 
accompagna de ses vœux une députai ion 
aussi intéressante. 

Perret ne s'était encore fait connaître 
que comme artiste, l'Académie des sciences 
et celle de chirurgie avaient bien accueil 1 
quelques-uns de ses Mémoires» mais ce 
écritsépars ne pouvaient le faire considérer 
comme écrivain. 

Le premier ouvrage qu'il livra à l'impres- 
sion parutle 15janvierl770, ilesl intitulé : 
a La PogonotonUeou l'art d'apprendre à se 
raser soi-même^ avec la manière de connaître 
toutes sortes de pierres propres à affiler tous 
les outils ou instruments, et les moyens de 
préparer les cuirs pour repasser les rasoirs, 
la manière d'ei faire de très-bons, suivi d'u- 
ne observation importante sur la saignée. » 
Ce véritable traité ex professa sur la ma- 
tière fit fortune. Plusieurs éditions s'écou- 
lèrent avec rapidité. L'étranger envia cette 
production et des contrefaçons eurent lieu 
à La Haye et dans la Suisse. Le mérite de 
l'ouvrage serait, au besoin, prouvé par 
cette dernière circonstance. 

Un des principaux motifs de Fapparilioti 

laPogonotomie fut l'explication du mécanisme 

du rasoir à rabot, et de la manière de s'en 

servir.Aussi la voguedes rasoirs àraboteui 

un moment «te recrudescence . Jj'opuscule fit vendre les rasoirs^ 

les rasoirs firent vendre l'opuscule . 

Cett^même année 1770, Perret apporta une grande amélioration 
dansla confection de rinstrumentdu docteur Charpentier, destir^éà 
arracher les dents. Le mécanisme de cet instrument était compliqué, 
il fonctionnait mal; Perret fit disparaître tout ce qui pouvait en 
gêner le service, le réduisit à des proportions plus simples et en 
changea tellement la forme et les contours qu'il était visible que 
ce n'était plus TinsFument primitif, fin faisant approuver par 
i'Académie de chirurgie les améliorations dont il avait doté l'ins- 
trument Charpentier, Perret voulut, par pure modestie, que le 
nom de l'inventeur lût toujours conservé. Une telle volonté ho- 
norait trop l'artiste, elle fut respectée. 

La découverte de Perret relativeaubeaupolinoiràdonneràracier 
futlacauseque la mode s'empara avec avidité des nouveaux prodai t& 



fi Vous avez voulu, Sire, qu'un modeste ouvrier vous fît hommage de la coutellerie française. Les chaînes, les boucles, les boutons, l 



ganses, les pommeaux d'épées,lesétuis, les éventails, etmille autres 
objets usuels furent tous confectionnés en acierpoli.La Cour dsVoi;^ | 



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i:^' ■^. 



L'OUVRIER 



267 



saîlles donna elle inôinc l'clan. Un sciilimcnt de nalionaiité fut 
le principal motif de cette heureuse rëvolution de la mode. Trois 
prÎTices qui devaient plus tard porter h couronne, le duc de Nor- 
mandie, le comte de Provence, et le com'e d'Artois furent les pre- 
miers à porter à leur chaussure, à leur coiffure, à leurs vêtements 
des objets en acier. Les grands ne tardèrent point à imiter cet 
exemple, et l'industrie française n'eut ])îus rien à envier à l'd- 
t ranger. Perret nous a conservé le modôlo de doux chaînes ào 
montre en acier pour femme que le comte d'Artoi ? lui avait com- 
màn^^ëes. Par reconnaissance pour les bonlés de ce prince, H lui 
fit cadeau d'une chaîne de montre en acîer damasf|uind, c'est-à- 
dire, avec des inscrutations en op. C3 travail d'un simplicitë re- 
marquable, dtait d'un fini exquis. Le comte cr.Artois fut sensible 
à Tinlention de Tarliste. Il porta journellement et pendant fort 
longtemps la chaîne en acier damasquine, et lorsqu'on varttait 
devant lui la beauté de ce petit ouvrage, il s'dcriait avec viva- 
cité : Produits français ! produits français/ 

L'Académie des sciences avait, dès les premiers temps de son éta- 
blissement, le projet de publier la description des arts et métiers. 

La description desarts faite avec une exactitude éclairée, dépouil- 
lée de touteslespratiquesinutilesque l'ignorance mystérieuse y ac- 
cumule sans cesse et 
réduite aux principes 
constants de la saine 
théorie, était le mo- 
yen le plus propre de 
hâter leurpeifection. 

Un pareil ouvrage 
ne pouvait être que ce 
lui d'uno Compagnie. 
La vie» letconnaissan. 
CCS et les facuhésd'un 
particulier, quelque 
fortune, qi^elques ta- 
lents, quelque ardeur 
qu'on lui supposât ne 
pouvaient jamais suf- 
fire pour atteindre un 
pareil résultat. 

L'Académie des 
sciences avait obtenu 
du duc d'Orléans, a- 
lors'régent du royau- 
me, des ordres adres- 
sés aux intendants 
des différentes provin 
ces pour qu'ils lui en- 
voyassent des descriptions exactes et circonstanciée tant des arts qui 
se pratiquaient dans chaque généralitéquedesdiiTérentesproduc- 
ti(>n8 qui pouvaient s'y trouver. Ces mémoires, recueillis avec soin 
et examinés suivant les principes &ea mathématiques et delà phy- 
sique, devaient formé une histoire d'autant plus précieuse qu'on 
en avait soigneusement exclu tout ce qui pouvait être inutile. 

La direction de ce travail fut confiée à Réaumur. Il y employa 
une grande partie de sa vie, mais les difiërentes occupations de 
ce célèbre académicien ne lui ayant pas permis de conduire cet 
important ouvrage à sa fin, on trouva à sa mort une quantité très 
considérable de planche gravées^ de dessins» de mémoires, les uns 
prêts à paraître et les autres qui n'avaient pas encore été rédigés. 

L'Académie crut devoir reprendre l'exécution de ce projet et, 
pour y parvenir, elle engagea ceux de ses membres qui pouvaient 
£e prêter à ce travail, h, se charger non-seulement de publier des 
mémoires déjà rédigés, mais encore de les revoir, d'y ajouter les 
progrésdes arts depuis la rédaction des mémoires, et enfin de s'occu- 
per Je la description de ceux qui n'avaient pas encore été examinés. 

En 1761, l'Académie fit paraître plusieurs descriptions de certains 
bris et métiers, Delalande, Dufiamel, Dufougeroux-MonceauX) Tillet 





CHAINES DE MONTHE^, esi acier poli et damasquiné. 

( Fiq, tel 9. Chaînes pour femme, cominanilées par le comte d'Arlois. Fig. S. Chaîne 
damasquinée^ offerlu au prince. par ). J. Perret.) 



Jars furent les premiers qui mirent la main à l'œuvre. L'illuslre 
Compagnie ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle devait faire un appel 
auxarlistesetlesengageràcoopéreràcctte publication. Ellefutcon- 
vaincue que l'artiste capable de méditer sur son art était aussi celui 
qui pouvait donner le plus de lumières sur la meilleure manière 
de l'excercer. 

L'académicien Dufougeroux fut chargé de publier la description 
de l'art du coutelier. Ce mécanicien exercé reconnut que ce tra- 
vail minutieuxet compliquéétait au-dessus de ses forces; il deman- 
da un collaborateur et l'académicien Duhamel fut désigné. Ces 
deux hommes, aussi distingués par leur savoir que par leur ha- 
bileté, firent partà la Compagnie de l'insuffisance deleurs lumières, 
et désignèrent à leur tour le coutelier Perret dont la réputation était 
parvenue â son apogée. L'Académie accueillit cette proposition 
et la lettre la plus flatteuse fui écrite par le secrétaire perpétuel, 
Grandjean-divFou(hy, au coutelier de la rue de la Tisseranderîe. 
Perret reçut avec reconnaissance cette proposition. Il comprit 
qu'en donnant à ce travail tous ses soins et toutes ses veilles il 
acquerrait des droits inconstestables à l'estime des corps savants; 
il prit la plume et accomplit une tâche que deux célèbres acadé- 
miciens avaient trouvée trop difficile. 

La description de 
l'art du coutelierexi- 
gea des travaux infi- 
nis. Les dessins de 
plus de trois cents 
grandes planches fu- 
rent confectionnés par 
Perret. Les détails 
minutieux de la cou- 
telleri n'e.\i gèrent pas 
moins de trois gros vo- 
lumes in folio. Persd* 
vérant dans son oeu- 
vre, Perret opposa au 
dégoiit et aux lenteurs 
d'un pareil travail 
une patience et un 
isourage à toute épreu- 
ve; rien nelo rebuîa, 
il s'était engagé en- 
verarAcadémie à faîr 
paraître la première 
partie de son œuvre 
aux premiers jours de 
l'année i770, il fut 
exact à remplir sa 
promesse. 
Celte première partie est relative à l'art du coutelier propre- 
ment dit. Elle apprit au public les progrés de cet art et aux ar- 
tistes les secrets des au très artistes. Rien ne fut négligé pour la rendre 
digne de l'approbation générale. L'Académie des sciences, en déli- 
vrant le permis fl'impres ion, prit l'œuvre sous sa protection et 
en consigna l'apparition et l'éloge dans son histoire annuelle. 

Perret anncnç\ dans un avant-propos son plan pour la suite et 
la confeciou de son grand ouvrage. Il promit de traiter l'art du 
coutelier en ce qui avait rappoit aux instruments do chirurgie. 
Il se proposa d'y joindre la description des instruments propres à 
disséquer et embaumer les corps, celle du gagne-petit, et celle de 
la fabrique des cuirs à rasoir. 

La seconde partie do l'A-^t du coutelier ne parut que vers la fin de 
1772. La description complète des instruments de chirurgie est, sans 
contredit, le plus beau fleuron de la couronne de Perret. Tout à la 
fuischirurgien, artiste, écrivain, sous aucun de ces trois rapports il 
n'est demeuré en dessous de sa tâche. L'Académie ne put s'empêcher 
d'exprimer sa vive adhésion pour un travail aussi consciencieux. Les 
termes du rapport qui fut fait pour autoriser l'impression de la se« 




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t'OUVRlKK. 



mnd@ purile. d(! Touvrage sont thi^ plus honorables pour rirtiste. 

Ëij luihliant hs trois pnriios de F Art du Coutelier, Perret aTait an- 
noncé qu'il livrerai! [ïlus ïard au public un Traité de métallurgie, el 
qu'il donnerait sur la facture ft lea manipulations de racier le relevé 
de gsî nombreuses expériences. 

En 1 773, il clôtura b Iroisiemô partie de k description des instrn- 
meïtts de chirurgie par un Dictionnaire de TArt du Coutelier, opus- 
cule rempli d'intérêt et qui peut servir de mde mecum h tous les ar- 
tistes de celt** profession* 

En janirier i 774, Perret contracta une maladie grave quo Texcès du 
' IraT^*! avait provoquée^ lessoina les plus minutieux lui Turent prodi- 
I, '''^ par les médecins les pins renommés de la capitale. Pour con- 
I Berw les jours de ce célèbre coutelier, on fut obligé de lui interdire 
pendant plusd'unan l'usage de b forge ou de Tenclume \ Perret fut 
fidèle â cette prescription ; mais si sa main fut privée du travail, son 
esprit ne demeura point inaclif, il s'occupa sans relâche de son Traité 
demélaîluri^e, 

Perret n'ignorait point qu'il el -^^^ait dans son paj^s natal une Aca- 
di'-miii qui renfermait dans eon se^ "les hommes recommandables. 
L'amotir de la patrie 30 réveilla, et il d^^^sira faire partie de cette Com- 
pagnie , qui comptait déjiî pins d'un demi-siècle d'existence; il fit 
hommage aux académiciens de Béliers, du recueil de ses œuvres, et 
en formubnt sa demande d'admission , il envoya h Tapprobation de 
sf^a cumpalrioles un Mémoire sur lu ZQUuru que ta trempe cause à 
i'acifr, tl sur hs maifens d'y remédier. 

Une coHOAssance intime du mérite de Perret porta l'Académie de 
Bpiziers â Taiiocier â ses travaux ; cette résolution fut prise par accla- 
mation le 14 avril 1774. 

Le 17 mai 1775, l'Académie de Béiiers tînt sa séance publique an- 
nuelle; 9f. de Manse occupait le fauLcuil du président; ce fut lui qui 
lut devant un public nombreux un excellent extrait du Mémoire de 
l'crret. Le savant académicien fît Téloge de l'artiste coutelier, et 
iipprît âses compatriotes la haute renommée d'un enfant du pays. 

Toujours valétudinaire, Perret trabait une existence languissante, 
les Ibrces du curjis s'èpuisant, il se bila de consigner, par écrit, ses 
obs('rvation& sur l'acier. En 1 777, la Société des Arb de Genève an* 
non ça au monde savant qu*elle dêceroeraii un prix à celui qui ferait 
le nif'illeur Mémoire sur les vertus , la manipulation , la trempe et 
IVmploi dç l'acier. Perret ne voulut point laisser échapper cette oc- 
casion de mettre à prutlt toutes ses études sur cette partie de la mé- 
tallurgie. Jamais moment ne fut plus propice pour mettre au jour le 
lésumt^ ûii Bes longues expériences , de ses pénibles recherches. Il 
se présenta au concours , et ^ à T unanimité » le Uémoire qu'il avait 
adressé fut couronné le 19 décembre 1777. 

La Société é^i Arts de Genève ne borna pas U son estime pour le 
savoK du coutelier Perret : elle inséra son œuvre dans le pre- 
uûer volume de ses Mémoirea, el lui envoya le brevet d'associé hono- 
raire. 

Le Mémoire couronné I Genève n'était qu'un fr. gmcntd'un plus 
grand travail auquel se livrait Perret depuis longues anriées ; il com- 
posa un Mémoire considérable et important sur f acier, qui fut livré 
â radroiration des artistes en 1 780. 

Lea pagei^ de cet écrit sont empreintes, par intervalles, d'une mé- 
lancolie profonde, Perr**l » dont la santé allait toujours s'aflaiblis^ant , 
<:omigna dan^ sa â*'n\u'ro. publication les appréheosions de son c^p^it 
inquiet> L'artiste infatigable seutait la vie rabandonnèr, et, dans son 
^mour pour les progrès de son art , il labsa échapper ce cri de dé* 
>resse qui peignait bien les douleurs de son âme ; les aulcurs vivent 
irop peu ; ia moH h» surprend iQHJoun trop tôt pour le lien de la 
saciéiè, 

Unf^ $anté délabrée mit obstacle  ce que Perret donnât au public 
la suite des ouvrages qu'il lui avait promis; on trouva cependant dans 
ses niaunscnts un excellent traité sur ta Eabrication des cuirs â ra- 
soir. Ce dernier de ses ou v ragea est le seul qu'il ait eu le temps 
d'eïérnter. En 1782, Perret s'occupa encore vivement des eflîgts du 
magnétisme sur le fer A^iur Tacier |»rîi dam différentes formes et 



différents états; mais ces travaux restèrent imparfaits. En se livrant 
â ces expériences, il i^'avait fait que céder à l'impulsion des esprit^, 
qui, i cette époque, étaient sous l'influence des progrés du magné- 
tisme. 

. Bientôt après Perret ne conserva plus que les forces 4e son âme ; il 
vit approcher la mort avec le calme du juste; des soins chrétiens, des 
dispositions charitables remplirent ses derniers moments. Il mourut 
le 2 avril 1784, dans la 54« année de son âge. 

L'artiste qui avait ennobli sa profession, qui par ses sentiments et 
ses mœurs eût honoré un rang plus élevé, devait trouver un panégy-* 
riste : ce fut dans sa ville natale qu'une voix s*éleva pour retracer le ta- 
bleau rapide de sa vie, de ses travaux. M. Delablanque, juge-mag6 in 
siège présidial de Béxiers, se chargea de ce soin. Ami intime de Perret, 
qui, mieux que lui, pouvait relever les qualités de l'homme privé? Écou- 
tons aussi ce que ce magistrat disait de son compatriote. 

f Citoyen utile et jreligieux » bon mari, père tendre, véritable ami, 

• il réunit aux qualités de Pesprit, les vertus les plus pures du cœur. 
I Généreux, désintéressé, toujours obligeant» il ne connut jamais ni 
I les petitesses delà jalousie, ni les fureurs de l'ambition, ni les dé- 

,1 sirs dePavarice. Modeste et conservant dans son cœur la simplicité 

• dés mœurs antiques, il sut se préserver de l'aiguillon de Pamour- 
» propre, de cet égoîsme dégoûtant qui pouvait devenir pour lui un 
É écueil d'autant plus dangereux , que le souvenir de sa naissance et 
» de sa première éducation ne pouvait lui cacher qu'il ne devait ses 

• succès qu*â lui-même , et ses écrits, comme sa conduite, ne s'en 

• ressentirent jamais. » 

A ce portrait fidèle, qu'il me soit permis d'ajouter quelques traits: 
Perret était né violent et emporté , il sut se maftriser pour mieux 
commander aux autres. Il avait été pauvre. Mais l'indigence ne par- 
vint jamais â flétrir son caractère. Il vécut plus tard dans l'aisance et 
ce changement de fortune, loin d'altérer les qualités de son cœur, ne 
servit qu'à en développer l'heureux exercice. Les affections et les jouis- 
sances de la vie domestique étaient ses seuls délassements. Que d'é- 
gards n'eût-il pas pour l'ouvrier malheureux et sans pain ! Doué d'ona 
sensibilité profonde, son âme était remplie de cette indulgence douée 
qui sait compatir aux peines des autres. Petit de taille, il était simple 
dans ses vêtements comme dans ses manières, sa ligure était calmA, 
son abord bienveillant, son œil vif, son regard plein de bonté. 

Artiste habile, homme de bien, homme de gér^ie, â tous ces titres, 
Perret a mérité le souvenir reconnaissant et reslime de It pos- 
térité. L. DOMAlflON. 



LES COMPAGNONS DE L4 CROIX - D'AftGfiNT \ 



CHAPITRE XXII. 

Redierche d'imo personne inconnue et refai d'un* | 
propositien acceptable, ' 

Les dtroien joBrs de juillet 1789 furent remplis d'êt.:nem«il^ 
graves. 

L'histoire ne laissait blanche aueuned^s pages du livre qu'elic énv 
vait pou la postérité. 

Le grand fait qui domina tous les autres (iit la disette» 

La famine , ce mot effrayant eneore de nos jours » était épouvi^ 
table il y a cent ans. 

En juillet 1789, vivaient eneore des hommes qui avaient vu la h^ 
mine de 1709 , pendant laquelle des villages entiers , dans tertaifiii 
parties de la France , furent dépeuplés par la faim. 

Le peu de blé qui poussa dans cet été rapide de 1789, entre |f 
orages de mai et les pluies prévues de septembre, était sacré. 

* la reproduction est interdite. — Voir les n«« de VOunrier du 3 «oât m i| 
décembrt. i 



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vouvniËn. 



«9 



Les paysans rallsient Toir pousser. Au printemps , cefte petite 
herbe verte «{ni leyaît la tête , c'était Vespérance de tY>w. 

On récitait dans les églises les oraisons contre le tonnerre , poor 
lit fMti à% U terre , powr- le beav tenips : admirable liturgie qae 
rSgHse a composée et consacrée pour répondre è tons les besoins de 
nuMBune» >> 

Toiit-i-coup , dans la soirée du 28 juillet , des hommes ineonnus, 
é efaëvali passeni dans les TiUages , dans les hameattx. 

Ils annoncent que partout dans le foisinageon fioehe^iet'hlés^rts. 

GBMms<»ee nouvellistes sont vus dans la Reaveo, dims la Bsur- 
|Qgiie^ en Normandie , dans le Berry , ipitUmU 

Aisiitél u«e mystérieuse terreur trouble lo eeeur éà paysm » de 
IVMMrfiir'; les tocsins jettent "dans les eampegnes' leun lugubres vo- 
lées ; on entend i Thorixon des roulements lourds. Est-ce lé ton- 
naisof les^^ce le canon t-Oa se regarde les uns les autres , on chu- 
chote IMI bas; des rumeurs vagues cooreal è\m bout â IWre dé 
U Ktoanotfor centimes iuoonnues. 

On ne sut pas pendant longtemps la cause de ces paniques étrangcâ 
qui troublèrent si profonëémenl en ces mois de junoliBl d'aoét 1 789 
le cmmr de lu Franee. 

Le mystère a livré aujourd'hui son secret. Les propaguteurs sinis- 
tresse- ees paniques terribles , c'étaient les Gompgnons noirst 

Farlbis le soir dans les campagnes , au bord des grands bote , on 
voyait faseèr des homoMs , ombres aussitôt disparues qu'entrevues.' 

On en parlait dans le village , à la veillée , devant les portes , sur 
U place le dimanebe. 

On ne savait si ces hommes qu'on avait vus étaient des loups-ga- 
rous , des follets , comme on dit en Berry , des draos , comme on 
dit dans le Midi. 

Seulement è quelques jours ou à quelques* heurerde^ le , le^ vieux 
château , caché lâ-bas sous les chênes séculaires de ses longues awi- 
sne8« s'enflammait , incemlié par une cause inconnue. 

Qui svait mis le feu t Nul ne le saivait , que dans quelque chantier 
désert un des affidés du Compagnonnage noir. 

Cet terreufs venaient mourir à Paris, comme les fl«ts de la haute 
mer mourant aux rivages en les ébranlant par leur puissante secousse. 

Un jour , dans la banlieue , un meunier nommé Sauvage fut tué 
comme accapareur. D était pauvre , n'avait que son moulin pour vivre 
et vivuit miséiabWmeat . 

n fut massacré impitoyablement 

Queh|ues jours après, un autre meunier nommé Thomawfai ftit dé- 
noncé ; on l'accusait d'empoisonner \à fiarhw. 

Son moulin , quo le temps a respeeté* agito eneuw a^ourd'hui 
ses Uiles noires sur le coteau de Marly. 

Thomassin , dénoncé , fut renfermé duno la frmm de Poissy* 

La foule affamée , ameutée , trompée , s'assembla aux portes de hi 
prison , voulant tout^ briser si «n> ne lui livrait Thomassin. 

Un Compagnon de la Croix qui travaillait è Poimy courut par les 
bois jusqu'à VeisaittOT. 

Il amm haklaat jusqu'à l'Assembléo nationale. Il racouti pe qu| 
se passail à Foissy. 

L'Assemblée immédiatement députa cinq de ses membres pour aller 
iPoissy. . 

Ils arrivèfent au moment oè ko pottos de h ptison^^allaieut être 
onsuM.- 

L*évéque de Chartres était un des députés. 

fi haranguu le peuplo , et déjà il Tapaimit. 

Une voix sortit de ia foule , celle d'un Compagnon noir ; 

ff Ils n'ont pas essayé de protéger Sauvage parce qu'il était pau- 
vre ; fls veulent sauver Thomassin parce qu'il est riche. • 

A eee mots la fureur de ce peuple, un instantassoupie, seréveâla. 

On envahit fai prison. 

On en tira le prîaonniflr pour Tachever , car il était déjà à demi 
mort d'épouvante, 

Alort on vit un gnai et terrible spectacle. L'évéque do^ Chartres 
•t les députés se mirent à genoux : ils demandaient la grice de 



Thomassin. 

Ainsi et dès Taurore de la Hévolutîon h représeitUtîôn nifionmê 
s'agenouillait , dominée et impDistante , devant les fureurs cnnii- 
nelles d'un peuple naturellement bon , mm égaré par les infltiences 
délétères du Compagnonnage. 

Thomassin ne ÂH pas sauvé par les députés, il le fbt par un curé 
qui demanda qu'on permît 1 la viclime de se confesser. 

Le malheureux meunier se confessant attendrit le peuple , et la 
cause de l'humanité el de k dignité nalionale fut, dans ce drame hor* 
rible , encore une fois sauvée par la religion. 

Les meurtres de Foullon et de Bertier , provoqués par les Comp^ 
gnons noirs , souillèrent de sang ces premières pages de îhislon-e 
révolutionnaire. 

Claude Chopin, pendant que cm événements se pressaient avec une 
rapidité &tidique , se guérissait. 

Sa convalescence , grâce aux soins do docteur GiuUotîn , du pêit 
Brûlot et-de M»* FlUette , fut rapide. 

Dès qu'il put sortir , le jeune ouvrier visita Paris avec une eurio^ 
I site singulière. Il ne pouvait tiaTai lier à aucun chantier; il portait eu- 
'core enécharpeson bras blessé. 

Quelque étranger qu'il fût aux grandes choses qui s'accomplissaî^t 
auprès de lui , il endeviniit par instinct le sens caché. 

Les scènes terribles et barletques auxquelles il assistait tnur 1 tour 
l'émouvaient prorond4^ment. 

Faut-il le dire? A ces émotions si nouvelles et si étranges pour lui 
s'en mêlait une , l'émotion d'un sou venir caché au plus profond du 
cœur. 

Il se rappelait la Miette. 

Il revoyait cette chaste apparition qui aviH traversé, gracteus 
fantôme , le mystère de Fépreuve qu'iï avait subie et û^ dangers 
si graves qu'il svait courus. 

Il lui semblait avoir toujours devant les jeux le proUl rirgînal et put 
de la jeune ftlle. 

n croyait entendre dans ses oreilles U voix si douce qu'il avait pou 
la première fois entendue dans les souterrains du faubourg Sainte 
Antoine. 

La même pensée obsédait son esprit et sou coeur avec une implacable 
opiniâtreté. 

ff La Miette ! la Miette 1 se disait-il , quel singulier nom ! i et il 
pensait, etleceenrlui battait involontai rem en L 

Il s'en allait quelquefois le long des rues, regardant en l'air, l'ea^ 
prit tout préoccupé d'une idée. U heurtait les passants; on le prenait 
pour un de ces fous qui , comme on dit dans les campagnes , voient le 
vent. 

Lui autrefois qui n'eût jamais vu si les dllettes qu1l rencontrait 
avaient cheveux noirs ou cheveux blonds , il regnrd:iit ^ espérant tout 
bas qu'il apercevrait la Miette , et raitirait souvent de fort soties 
questions , c'est-i-dire des questions qui le rendaient fort sot» 

ff Ce fl^est pas k Miette , «se disait-il tristement , et il continuait 
son chemin tout songeur, 

Il mena cette rie pendant quinte jours environ. 

Un soir , las de penser toujours au même souvenir sans j rien dé- 
couvrir , il résolut d'aller voir du côté du cabaret où iï avait été ti 
brusquement arrêté le premier jour de son arrivée à Paris* 

ff Peut-être la verrat- je , i se distit-iK 

La nuit était sombre. 

Le ciel était chargé de nuages. 

Il tombait une pluie flne » et I quelques pas le brouillard était assec 
épais pour qu'il fftt di Sicile d'être reconnu. 

Claude s'en alla sans oser demander son chemin , il passa près des 
ruines toutee nScentes de la Bastille , et s^engagea dans la grande rue 
du faubourg, marchant le long des maisons, U où Tombre était la plus 
profonde. 

Il tremblsât dttre suiri. 

Il tremblait d'être reconnu de quelque Compagnon noîf. 

Il arriva devint le cabtret d'où H éuit si bisarreme'^j sorti quetquei 



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m 



fOUVRlEHrf 



I 



i 



il eutqueli|Uû peine i reconnaître U devanture da la boutique. 

Aucune lumière ne brilkit âui fenêtres. 

Jl s*avança. Les voktB et k porte élaient fermés. 

Claude eiamina les lieux pendant quelques inetants. 

Il n* osait demander à personne des renieignemeaîs sur les causes 
qui avaient fait fermer le cabaret. 

Il se teniit devant celle maison perdu dans ses pensées. 

Heureusement pour lui, un enfant Tint à passer; il frappait à ta 
porte d'une maison voisine du cabaret abandonné , et on ne lui ou- 
vrait pas. 

Claude i^'adressa â Tenfant : 

— On t© laisse k h porte ? 

-^ Oui. ILt sont au fond , ili E'enlendent paa. 

— Etîciî 

— Où çaî 

— A celle boutique qui est fermée T 11 y avait un cabaret, 

— Oui, il n'y a pat encore longtemps* 
. — Est-ce qu'ils n'y sont plus^ 

-^ Non ; et Fenfant frappa. 

— Est-ce qu'ils sont morts? 

— Non , ils ne sont pas morts. 
*— l^t-ce quHis sont parti* î 

— * Je crois qu'oui. 

— Depuis combien de temps T 
-^ Il y a bien deux ^omauiea^ 

— Où sont-ils alléaT 

— Je n*en sais rien ; bonsoir. -^ La perte s'ouvrît el Tenfanl entra. 
ÇlAude , quand il fut seul dans k rue ^ resta longlcmpii liïs bra^ 

eroîsds , les yeux 0xéi sur k porte et Issu volets fermés du c«ib;iret. 

« C'est étrange ! murmura-t-iL — Partis! 

U revint lentement rue duPetîUMusc 

Quand il renlra h Tauberge de la Croix-d" Argent , le père Brûlot it 
M"* Finette êUient a table. 

— Tu rentres lard ^ mon garçon ^ crîa l'aubergiste £ son neveu , du 
plus loin qu'il le vit. 

W^^ Finette ajouta en riant de la plaisanterie qu'elle faisait : 

— C'ejt que mon cousin a voulu voir la lune ; les monuments de 
Paris ne lui suffisent pas- 

^ Oui» ma cousine, reprit Claude en pendant â autre cliose, 

fimlol reg.trda son neveu , et haussa les épaules i quant â M^^*^ Fi- 
nelte elle se laissa aller â un accès d'bilarité folle , et Claude ne s'en 
ai^rçut p.i». 

Quelques minutes se passèrent en silence. 

La père Brûlot reprit i 

-^ Claude, je suis &ûr que tu as été voir régli^e de U. Soufflot 'H 
que tu as >*oulu admirer Paris du haut de la lanterne. 

— Non , mon onele, 

— Il faudra y aller ; on voit de là toute la ville depuis les Invalidii 
jusqu'au buttes de I^lontmartre et du Montlouii, 

— Oui j mon oncl^ 

— On dit qu'on a une bien plus beUe vue que éo Noire- Dame , 
ajouta U^^c fi ruloL Je voudrais bien y aller. 

— Oui , ma cousine 

— U faudra que Claude t'y conduise dimanche prochain ou riutre, 
ai les vêpres finissent de bonne beure. 

— Ouï , mon onrJe. 

Les réponses d^ Claude étaient trop laconiques pour que le père 
Brûlot ne reconnût pas chez son neveu une de ces violentes préoc- 
cupé Uoni qui dominent Tes prit tout entier, 

Le dîner continua. Le père Brûlot observait son neveu et la Giki 
Mii« Finette regardait son cousin. 

— Vous ne oiaiigex pat, lui dit-elle. 

— Si fait» ma cousine, et la jeune ouvrier se coupa ua gros mor- 
reiu de pain. 

wm EéX'i^^ ciue ïii ^ t^ilade? demanda Taubargiiite m remarquant 



îi pâleur de Claude^ 

— ?ÎDti j mon oucle* ■ 

— Tu es tout pile, 

— Mais non , je ne suis p<>int pÂle , réponditr-3 ; «t m clbl M» 
joues se couvrirent d'une rougeur subite, 

— Voilà que tu rougis maintenant : tu ai quelque chotêT • • 

— Non p mon oncle » je vous assure. 

Le dîner se termina sans que de nouvelles questioas TÛuaent onkMM 
Tasser le pauvre Chopin. . :. ' ' 

Il ne se rendait pas un compte bien net du tentiiiient ^"À éptM- 
vaît. Il était triste de n'avoir rien vu qui lui parlât de U Miette 4mm '• 
sa visite au faubourg Saint- Antoine : et d'un autre côté son âme^ein^'' 
des plus délicates candeurs ignorait le seotiment profond qu*e 
avait conçu. 

Quant au père Brûlot , — il aime ma lîlle , se dit le ?ieîl 4 
avec la eréduUté si naturelle à l'attei^tion orgueilleuse d*uii père. 

Dès que le dîner fut achevé, elle couvert enlevé, Taubergiple éH à 
sa fille : 

^ Finette , n dans ta chambre ; j'ai k causer tree Glande. 

M^^e Finette obéit » et jamais , il &ut le dire , .la Tolonlé petemdlA 
ne lui avait paru aussi agréable à accomplir. 

Quand ronde et le neveu furent seuls , Taubergiste éotrtt les deux 
chandelles afin de bien regarder et de voir lace â lace le jeune boaune : 
puis il prit un peu de tabac, le respira fortement et de son ton le plis» 
insinuant : 

-^ Claude , dtt-il , Toili quinsa jours que tn es.â Paris • et dix que 
tu n'es plus malade. 

— Oui , mon oncle. 

— Ta maladie a suivi quelque éTênement mystérieux àoni tù n'es ja- 
mais voulu nous dire le secret. 

Claude baissa la tête. 

— ie ne te le demande plus , continua Taubergiste : si tu es ainsi 
mystérieux pour tes meilleurs amis , c'est que tu as de bonnes raisons. 

— Ob 1 oui , mon oncle! murmura le jeune ouvrier. 

— Bien , bien , je ne te questionne plus ; dis-moi seulenieai si 
c est quelque peine que Ton t'a feile qui te rend soucieux et songeinr 
(.■omme tu étais ce soir, , 

— Non , mon oncle. 

— Alors , dit raub^rgisle, dont les yeux élincelérent d*ttnrajon da 
joie et d'nrguoîl , je sais ton affaire. 

Claude releva la tête* 

— Vous la savez , mon oncle T 

— Oui , mon pauvre Claudel Que ne le diaais-tu! Tu as un aokour 
en tête l 

Claude rougit jusqu'aux oreilles. 

— Vous croyeiî 

— J'en suis sûr. Il fallait me conter ça, mon gar«on. 

— C'est que 

— Tanière est ma sûjur, ma fille est ta cousine, tu eaunlMuve 
ouvrier rangé , travailleur . et dans le Compagnonnage de' k Croix. 

Claude poussa un cri ^ mit sa tète dans sies mains et se mil è pleurer. 
comme fontki enfants. 

— Ce n*est pas ma cousine dont je suis amoureux , fit-il d'une Yoix 
si basse que tout autre que le péte Brûlot ne l'eût pas entendu. 

Le vieil aubergiste fut blessé au cŒur. Son orgueil de père était hu- 
milié . 

-^ A la bonne beure l fit-il d'un ton amer. Les filles de Paris, vot 
vous plaisent pas ; et débordé par un sentiment aveugle , mais très* 
naturel , le père Brûlot fil à ton neveu les reprocihes lei pius singuliers, 

11 ne pouvait croire que Claude fût sincère , il supposait qu'il avail 
.en tète quelque mauvaise idée qu'il ne voulait point dire , et qu'une 
passion mal placée lui tenait le cœur et l'empêchait de penser i 
M^io Finette. 

Claude ne rt^pondaît pas. 

Il aimait ton onek ï il ne voulait pour rien au monde lui dire de l« 



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L'OUVRIER; 



471 



"^ Si tout le voules , mon oncle , je serai le mari de ma oousitte. 

— Si je le teux ! reprit le père Brûlot a?ec colère , pour me faire 
plaisir, n'est-ce past tu épouseras HUe Brûlot. Va te toucàer, il eat 
tard. 

La conversation avait été courte» 

Qaude se leva et monta. 

M'^ Finette avait écouté tonte cette scène, Toreille collée à la porta; 
eUaa^avait pas tout surpris, mais les paroles qu'elle avait entendues 
avaient cruellement agité son âme. 

W^ avait bien vu dès les commencements que Claude répondait peu 
i aea coquetteries. A ses avances il était resté froid , réservé ; maîi 
W^ Finette ne pouvait imaginer que Ton fût indiflcrenti ses charmes. 

— * G^est gaucherie , se disail-elle , il est si simple ! 

Quand elle découvrit, par la répense de Claude à Touverture du père 
Bmiot» qu*elle n'était pas aimée , un fer rouge lui traversa le cœur. 

Dieu punissait-il la coquette des douleurs que sa cruelle ironie avait 
qiânnae jonrs auparavant infligées au malheureux bossu ? 

Elle n'était pas contrefaite , M*i« Brûlot ; elle avait été louangéè , 
adulée , courtisée , gâtée , admirée de tout temps ; elle avait trouvé 
tous les partis indignes de son choix ; elle aiait laissé la vanité croître 
en elle et dominer son cœur. 

Le jour du châtiment était venu. Le châtiment était cruel. 

Claude Chopin, un pauvre charpentier de Soissons , un compagnon 
sans grand pécule , un )>rorincial dédaigner W^« Brûlot , la fille de 
M. Brûlot, propriétaire deThôtel de la Croix-d'Ârgeot ! 

M^e Brûlot ne dormit pas de la nuit. La fureur de Torgueil blessé 
la tourmentait. 

Claude resta éveillé pour une autre cause. Son bon cœur s'affligeait 
de la peîne'qu'il avait ikite à' son oncle , à son bienfaitenr. 

C'était la douleur du neveu. 

Puis il songeait i la Miette , et il «e disait qu'il ne la reverrait pas. 

C'était la douleur du jeune homme. 

Le père Brûlot se coucha et dormit. 

Avant de fermer les yeux it s'était dit: • Ma fille est M"« Brûlot. Le 
jour où elle voudra épouser le fils du père Nicolas, ou le chantre de 
Saint-Merry , ou le Berrichon , ou le Champenois , elle aura un bon 
mari et j'aurai un bon gendre. Quant à mon neveu, c'est un imbécile! » 

Il s'était endormi sur cette réflexion consolante et sur ce jugrmcDt 
sévère. 

( La suite au prochain numéro.) Clément Just. 



UNE KOUVELLE MANIÈRE DE GÂLOINIER, 



Un jour, — il y a de cela près de 80 ans , -—M. Pcrrichon prenait 
les conseils de Basile , et Basile voyant son élevé ne pas comprendre 
rexcellence d'une recette qu'il lui donnait pour assassiner les gens : 

« La calomnie , Monsieur, lui disait-il , vous ne savez guère ce que 
vous dédaignez ! J'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être acca- 
blés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté , pas d'horreur , pas 
de conte absurde , qu'on ne fasse adopter aux oisifâ d'une grande ville 
en s'y prenant bien , et nous avons ici des gens d'une adresse !... 

a D'abord un bruit léger rasant le sol comme l'hirondelle avant 
l'orage, pianissimo, murmure et file , et sème en courant le trait em- 
poisonné. Telle bouche le recueille cipianOy piano , vous le glisse nn 
Toreille adroitement. Le mal est fait , il germe, il rampe , il chcmini^ 
et, rinforxandOf de bouche en bouche il va le diable ; puis lout-a-coup, 
ne sais comment , vous voyez la calomnie se dresser, siffler, s'enfler, 
grandir à vue d'œil. Elle s'élance , elle éteiid sou vol , tourbillonne , 
enveloppe , arrache , entraine , éclate et tonne , et derienl , grâce au 
eîoà, un en général, un crescendo , un chorus universel de haine et 
de proscription. Qui diable ^ '^'^âisteraitt • 



Lef eifeti de la calomnie sont toujours les mâmes, et M. Pcrrichon 
n'en eit p»s fâché ; mais lea moyens ont t'hàn^é, et H. Perrichon en 
remontrerait à Basile, 

Basile pour calomnier ne lavait que mentir : il imaginait quelque 
grief bien noir , bien exécrable , bien infime et il le mellait à. la 
r>harf @ de ses ennemis. 

Vieilie méthode tonne pour des novices ' Aujourd'hui on fait miûux. 

S'agit'il de soulever contre le ckrgé catholique ce chorus de haine 
et de proscriptîoa qui charmait û fort les oreilles de Basile? on ne 
dit paa : 

i A tel jour, i telle heure, en tel lieu , devint telles et lelleB pu* 
1 sonnes , M. X., curé de ttlle paroisse^ a fait ceci ou a dit oeki. ■ 

Une pareille calomnie seriit bien maladioile ! M, X. prouverait qui 
tel jour f à telle heure , en tel lieu , il n'a pas tenu le propos , ou n'a 
point commis l'acte qu'on lui reproche > 

M. Ferrie h on est plus habile ; il ne s'y prend pas aînij. Il Tait mieus ; 

r Le clergé catholique est ignorant , » dit-il , et les imbéciles 
r^pèler>( : f Le clergé calholique est ignorant. « < Le clergé catholi- 
que c^t ennemi du progrès, t Et cette sottise est répétée par les «ots 
qui étcutont pérorer M. Ferriehon, SorUe d'une bouche, elle e^toam" 
m entée par cent pille. 

Un autre jour , M. Perriotaon veut frapper les FrcrCB des éedei 
chréUennes. Ces pauvres gens ! ils îi'ont pas fait de mal h M, Perri- 
chon ; ils ont nié me îippris i lire att jeuiie Auguste Perricbon : c'est 
i'g.il! M. Perrirhcjn père invente qutilque phrase comme celle-ci i 

* Au point de vue des mœurs ^T institut des Frères deaécula n'est 
» pas s^ns danger, i 

I) ne cite aucun Tait ; il ne précise aucun grief; il ne donne aucune 
raison de suspecter ceu3£ qull accuse ; il n'indique aucun nom ; il ne 
désigne aucune jirovince, aucune ville ^ aucune école. 

Il cherche k phrase la plus vague ; il l'entoure des circonlocutiont 
les plus discf èles ; il est plein de réserves et de réticences. U calotn- 
r\k ainsi à coup sûr, sans craindre la réplique. 

On «e juetille d'une accusa lion , si Ton est innocent : mais que faire 
contre une insinuation , contre un soupçon qui ne se déclare pas ^ 
cor^trc un reproche qui ne se détermine pas 1 i Qui diable y résiste- 
rail^ i comme disait feu Basile. 

M, Perrichou reproche aux Jémles d'être ambitieux et de clifr« 
cher par le« mojens les plus honteux à s'emparer d'une influenci» 
qui doit , entre leurs mains , être mal faisante. 

Il ne dit p:is que tel jésuite, qui vivait a telle époque, a pris tel 
mauvais moyen de réduire au silence un adversaire , d'obtenir une 
place , ou d'usurper un honneur. 

H ne dit pas que dans telle cîrconEtance bien précise , entre telle 
date el telle autre date, un jé«uite ait renversé un mini&tère ou trou- 
blé un royaume. 

Il a soin de ne jamais sortir des généralités. 

Si vous lui demandez pourquoi il agit ainsi ^ il vous répood : t h 
ne veux faire de tort à personne, i Ce qui prouve que ai M, Perri- 
chou a pris les leçons de Basile , il n'a pas néglige celles de Tartitlb. 

U. 

Il y a quelques années un jeune pubU ciste , plein d'ardeur ^ écrivit 
dans un journal un article; dans cet article il demandait qu'on vint lut 
dénoncer les méfaits et les manoeuvres du parti tlcncaî en général, et 
du clcrgc C3 particulier. Il promet t.iil de i>ubIit-T bien liaut ce qu'on 
lui dénoncerait toiti bas, et il ajoutait qu'il oc nommeritU pas les 
coufii!. rils qîiï vi-rwlFaient le renseigner. C'était faire la partie bel h 
aux b.v-irds, qui aiment à dénoncer, et aux lâches qui n'aiment pas 
â répondre de leurs "pa rôles. 

1^ lendt!uuîii du jour ou rarlicle avait paru , le jeune publiciste 
jortit de cbe^ lui et se iiromena sur 1^ boulevard. 

Il rencontra un vieux luonsieur dont il avait Favantage d*ètr« lui 
peu connu, 

- * Bravo ! iuî dit -^clui-cî du plujï loin qu'il l*aperçut» 



I 



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L'OUVRIER. 




— Comment , brato* 
*^ Vous le d«Biao<îext 

— Oui Qu*ai*je fait pour mériter ainEi tos applaudissementiî 

— Ce que tous atei fAit! 

— Oui. • - 

— Vous avet hier écrit un article qui i rempli d atsc tous ks hon- 
Tiftei gens. 

— Vrafmenl! 

— Vous prometlei de tous faire le piiblieat€ur courageux et in- 
rofruptible de toutes les accusations qu'on vous apportera contre le 
cïcrgé? 

' — AJaîs oui l j'ai fait la promesse et je ta tiendrai. 
' — Vous atei dû recevoir m malin bien des visites? 
* — ^ Non , pas eucore ! 

— Comment , non 1 Vous n'avei pas eu ce matin foule I votre porlet 
' — Mon j mais que voulei-voust tout le monde n^a pas votre ar- 
deur 

— Sans doute. Eb S bien , j'irai demain malin tous édifier ^ moi, 
qài vuus parle. J'en idjs long, je vous assure ! 

— Tant mieuï* 

— Vtù sais de belles sur le clergé , sur le parti clérical , les clé- 
rioiiix , et toutes leurs in tripes ! 

— Voua me faites Tenir Teau à la bouche! 

— J*eïi aurais un gros volume â écrire , si je voulais dénoncer tout 
ee que je saia ! 

— A la bonne heure ! 

— Voua ne sauriez eroire toutes ks occasions que j'ai eues de sur- 
prrndre les secrètes nianoeuvres des Jésuites î 

— Je TOUS attends demain. 

— Attendei-moi. 

Le jeuniî publiciste rentra ehci lui en se frottant les mains. 

Le lendemain il se leva une demi -heure ^iliis lût qu'a Tordinaire, 
s^assil devant sa t:ible, prit une grande feuillo de papier, cboi>U une 
de ses meilleures plumes , et écrivit de sa plus belle écriture ce tître 
d'article : 

f Curieuses révèlalimi sur Iéa cûlhùlifjvesn » 

' Puis il attendît, mais personne ne Tint. Le surlendemain delà ren- 
contre sur le boulevard » rhonime aux tt?naeigneuit*nls arriva. 

— Je vous ai nltcndu hier toute la malinée , lui dît le jeune écri- 
Yiîii d'un ton d'aimable m proche. 

— Ah! je ^uis bien fiché, ma femme était malade; l'air de Paria 
ne lui vaut rien et... 

— Et aujourd'hui? M'a p portes -tous bien des intli cations? 

— Soyet tranquille ! Mois ^ ous i onipt<'7 donc être bien mécbanl ^ 
Dicjï terrible t Je ne vous catlie pas qm* jVu serai bien ai^e : j'ai en 
liorreur les catholiqueB , la prélraille , et toute leur engcuncc, 

-^ Vous serez satiËfait ; si voue touIcî bien me donner U nuti re 
d*uit article , il paraîtra demain h. 

— D'un artick? Mais j'ai là , dans la léte , le& mali^riaux de cent 
articles , d'un gros volume E 

-- Très-bien; si vous vouloi..^.je vous écoule. 

— D'abord il faut bien insister sur celle idée que le catholicisme 
fc peut se concilier avec les principes de h soriét*; modtTne. 

*^ Oui, oui; c'est une idée 1res- bon ne, m^is déjà répétée Lit-n 
souvent |>ar mes confrères les îourna'i&tcs, je voudrais des faiîs. 

^ Des faits 1 £h ! bien ! il faut dire que tous les ralhnliques sont 
vïir le fait même de leur religion orfianiiés^ euiiiTigadés , disciplinés 
le (elle sorte que leur exislence an milieu d'une société. .,, 

— Très* bien ; mai? ce n'est pas un fait cela ! 

— Gomment , ce n'est pas un fait ! 

*^ Han , ua fiit ^ c'est quelque chose de précis , de spécial ^ de par^ 
ri ulier, dont allégation est men déterminée, 
' -^ J*y suis. Voici, voici ; U faut dire que les ordres rehgicux ont 
fn général *e dÎus mauvais esprit, C^est précis cela? 

«- Mai* van * pas trop précis, i Us ordres reU^icux, * (iucls 



ordres religieux f i Le mauvais esprit, i Quel mauvais esprit f 

— Mon Dieu 1 cela l'entend. 
^- Vous m^aies promis des renseignements 7 Vimmsl** dttoti 

quelque chose sur les pi êtres de votre quartier, 

— Les prêtrea de moa quartier? 

— Oui. Les connaiise^-vous ? 
•^ Moi , II donc! je n'en eonnaia pas un , «t je m'ea tante. 

— U ai ji alors tous ne m'apprenei rien 1 
-^ Comment , je ne fous apprends rien? Je tous ai dnnné assca i 

déea pour composer TOtre article. Je le Tois d'ici ce pelit artïc^ 
Faites le bien méchant » n'est-ce pas ? Vous avea Uni d'esprit ! 

Et le publi ciste , resté seul » regarda le titre qu'il avait mis h veil 
en têle de la plus belle feuille de son papier blanc : 

f CurUusu révélatwns sur ies Câ^^o/i^uet. a 

n laissa le titre , mais il écrivit un long article où il était dît ' 
le catholicisme ne peut se concilier aTec les principes de la soci 

moderne que t^ius les catholiques sont , par le fait même de 1 

religion , organisés et embrigadés, disciplinés*.,., que les ordrei I 
ligieux ont en général le plus mauTats esprit. ^.*t etc,» eto*» m\^ 

L'article eut un grand succès. 

N'est-ce pas le cas de dire avec Basile ; 

■ Nous aTons ici des gens d'une adresse!,.,. 9 
Le caporal MAitTiN, 



JURISPRI'DENCË INDUSTRIELLK. 



Apprentiisage : Résiliation du contrai- ~~ Vm réTêlali 

du maître , dans ses ateliers , sur l'état d'enfjnl n iturel de l'appr 
la connaissance de cet état qui en est résultée pour rapprenli 
même , et les raîllcries auaquellcs elles l'ont mis en butte de la \ 
des ouvriers, sont une cause suflisante de résiliation du contrat d'af^ i 
prentissage. ( Conseil dt4 PfudhomTtm de Paris ( indusiries étmrgu } ; 
80 janvier 1861. ) 



En cmmjaHi àn^nm\h cent un f s de timbre t-pfisic dans vné h 
filfran€hi€ â (admic de M, Bi.rriôt, fthmr£-ètliîtm\ 8ù , fwàid 
Grtiiids'Amjtistiîis , à Ptirts , un rcrtura fratico ci par k reivun 
iwtrncr, î'tiuvroge afjfiiU puar ttfie : 

LVS PREUVES DE LA RELir.lOî\ 

PAR BALHES , 

tr{}du.iti^u sur la neuvième cthiim t.^ptitfnQlt , wtc futiu 

iwii i;,uunv rosTEL, 

Ouvrage suivi de rm-îrucl.ott ibî F* Costa , ^ur le dogme 

rimau. u!ée-Conception. H 

i VQH;MÉ IS-'àt DE PftËS BE 200 iMtiES. 

SIX FRANCS la douzaine {fmttco) avec treizième 

Nowi primix nos abonnés de joindre à iouks ieufê lettrée 

bandti tnfpriméei dn jonmat* 

.^ingfr? , iinf. ik L ui^ frù eji , rue S^iinl'L,aTid , 9. 
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Ç.5? 



H* 38. 



28 ddeembr* 1901. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



noif : 

tliat OPUMl»Attg1MliSt 




A PARIS. 



SOMMAIRE. 

iJBm.*. H.-B. lsAti99(;DiÊÉBM, ^Mr H«nri de RuMciir. — LBl COlfFA- 
«UfCmS IU5 XJL CBOIX D'AHOdSlnr , par CléQirat Jmr. ^ LB TBATJUL 
PAISM ST X«S TBAVAJIL «HBÊTZBN . r»rBMiW 



ABOKlTElfEIfTS B'T7H AW 

1 prirr il t*' ie daqiii miîi : 

âTATt-Olttt H L'Avili lOVl M ITOR» * ? - ■ 



Ifi R 



H.-D. LACORDAIRE. 




•itnijeM lif ptMiiw nhttilt d*«ii« t«è6-iiitéMMiit« iiolic« ^|«t M. Btoi^ 4e 
viml de publier mt lHlwtre dominicain dont la non a si pmroodéioeBt éme le 




inéâs am 'premièret 

l.-'B. flenrl Lacor- 

lîre ^ fiWk de réftigio que 

^^MBi9 dé sa méro, de 

qtiê h ^liVrHë hë- 

flOtrtMitte ' de ' ccrtte 

femme. Demeurée 

aYeç quatre fils en bas 

. ks ^pluf mKlee privatioiM 
mr leur iieimHr wnt ëdnea- 
p^ solide ; elte fil mieux, 
■Upiir donna , dés le ber- 
Hffoteis .«sàites le^Oriis 
Kiienr ei ide foi qmt 9km 
i remfriMs, ci .qui Jooi les 
hoaHMë** «t les <hrèlie«s. 
feleim était vm enfant «do- 
le, rdlldebit enclin aux bei- 
s înspiraÉionft ; wnaii dix 
is, 11 i^êpre&Aît pbur ies 
et> de 'sa wnêti^, 
it ans passants de longues 
[ges de Bourdaloue» 
itti les geirtes et le ton des 
icatèuH qall aVait pu en* 

ractire ét&ergique sous 
douceur rëelle et afifec- 
il était aimable à au- 
mais il devenait terrible 
it l'injustice. Un soir, 
je, puni sans discer- 
ïiy il préféra se rendre 
arxéli^ choisissant , s'é- 
îa-t-Sj de deux punitions 

rm celle qui était la plus 
Bicellent^caasarade, il awt la confiance des siens à ce poini 
£en 181 4p au ^eds de Dypn, il iut choisi comme un autre Ho- 
" pour >'ider une querelle qui sépaiait en deux caïQjps «^ 

I eelBdà Recey-flW-Omte <C6u-d'0r), le 12 «d 4801. 





U R. P. LACOflbAlUft , de l*«irdn dei Fttfw pféclvnn* 



bouillante jeunesse ; Curitoe était un fatur offiderdu géfiio : fecofti- 
bat Tut acbamé ; M mit en p^ril la vie des advertaipe», que les armée» 
effirkyéeit se Uâlérent de séparer. 

Cependant, avec les années, vienuept loi épronves. C«cai«ctèr« 
nimant» cet espHt ferme» cette întelMgenee laborieuse ^ ee coeur de feu 
sont exposés à nn contact funeste : & dix-huit ane, aprè«letlaupierfi 

scolaires, qui parîoîi eni^^renl 
un peu, Henri Lacordaire a 
le malheur de se croire un 
homme, et le mfilljeur plus 
grand encore de se croire in* 
vulnérable aux msuvwîeea lec- 
tures, DiDi un coin de l'habi*- 
tation maternelle restai L en- 
jarinée une sorte de biblîo- 
tbèque> héritage d*un aïeul, 
avocat au parlenient de Bour- 
gogne, et tûûte coîr^poade des 
pires écrits du Uîx-buitiéme 
siècle. Henri ee jeÉa sur Vol- 
t&ife, sur Jean -Jacques, sur 
Grimm, sur HelvéliuE, avec 
l'imprudenEe audace de son 
âp. On n'étatl pixB encore r^ 
venu de ces funestes renom- 
mées; il y céda : le doute, 
rincrédulité même pçnëtrë- 
rent dans son âme, non pas 
profondën!^nti asaes pour dé^ 
solersa vénérable mère, as* 
seï pour rendre une conver- 
sion éclatante nécessaire. 

Mais ce retour n'aura Heu 
que plus tard, dang U jpleine 
liberté, par l'adhésion voîon- 
lai re du jeune eibriUantorateu r. 
J'ai droii de dwe orateur^ 
car déjà le petit rhapsode de 
Bourdaloue était devenu un 
pavleur éloquent. Le doute 
avec sa. glaoe et son anxiété, 
l^ironie avec son aarcaume dé- 
soiant, ne pouvaient long- 
teiftps eaflKer un roenr de la trempe de celui de Henrip 

L'Bttoléxié'dtvit de Dijon avait accueilli avec faveur la lauréat du 
pf4t (jnienliedr du Lycée. Au milieu d'i>ne jeimesse ardente, Henri La- 
eordaire tenait le premier rang, par le eavoir, par Tactivitép par Té* 
{an. Dana une de ces ^ociiié$ comme en forment les étudiants avides 



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^s^^ 



%n 



L'OUVRIER. 



de sHnstriitre et desquelles m^i sortis les meilleurs noms du iMireau , 
de k magistrature et de U chaîne , Henri Lacordaire agitait tous les 
projets » remuait lous les piobîeme» de l'histoire , du droit , des let- 
tres. C'était le temps, — le bi?au tmifisî — dft ces écrivains de génie 
qui Tengeaient la Religion de tant de longs ouîrag^^ et entraînaient â 
îeur suite limt ce qui avait un eiprit droit el un *:œur pur. C'était le 
siéele des de Mahtra , des Chdteaubriiird , des Bonald, des Lanrnn* 
nais i Henri Lacordaire écouU ces voii puissantes; il pesa dans la 
Ulanic de sa conaf^tançe c^è autorités loyales : il s'humilia devant 
Difu , il obéit au cri intérit^ur dd sou âme, comme dit Tertullien c na- 
turellement chrétienne, i 

Le je âne encyclopédiste était a demi guéri l 

A pai tir de celte heure, décisive dans sa vie, Hi^nri Lacordairestutit 
son lalent grandir et se tortiEer de cette énergie sans seconde que 
donne la foi. Gardant toute Téléganee de sa forme attique , il y ajouta 
une rare élévation de pensées, une logique i-errée et. pressante, uue 
fermeU de prmcîpes qui lui conquirent vite la plus incontestable su- 
périorité. Il était le prince de la jeunesse studieuse de Dijon , et , . 
d.3ns cette aimable compagnie , où la franche générosité de l'âge ex- 
cluait la jalousie, il remportait triomphes sur triomphes.. . 

Déjà cependant , pour qui Veut considéré avec le regard d'une ami- ^ 
lié clairvoyante, on eût pu renmrquer en lui je ne sais quelle tristesse 
vague , je ne sab quel mécontentement que les applaudissements du 
m inde ne pouvaient adoucir , je ne saiâ quel vide que ses succès ne 
sulfïsaienl pas à combler* 

Henri Lacordaire est reçu avocat ; c'est à Paris , près de ce foyer 
gigantesque , où les Ûammes pures de la vérilé et du bien brillent â 
travers les obscures et lourdes fumées de Terreur et du mal , c'est i 
Paris qu'il interrogera son coeur et sentira sa vocation. 

Paris r accueillit avec bienveillance ^ : le Palais de Justice retentit 
des premiers éclata un peu audacieux, un peu incultes, d'une élo- 
quence qui promettait déjà un brillant avenir. B^rryer le félicita en 
lui donnant un paternel conseil ; les magistrats le complimentaient : 
il n'en était que plus incertain et plui troublé. 

Le travail intérieur commençait. La grâ/e divine est une puissance 
irrésistible ; quand elle saisit une âme , elie ne désempare pas : de 
jour , de nuit , sans presque qu'elle 8*en doute , elle la pénètre , elle 
Venlace , elle la ravit. Enfin , vient une dernière heure où l'homme 
tain eu succombe j inondé de douces larmes, ne se reoonnaissant'plBs 
lui-même , n'étant plus rien aux hommes et tout h Die«. 

Cette heure f laissons Henri Lacordaire la raconter : rien ne vaut ce 
langage. Le 11 mai 1824, il avait résolu d'entrer au séminaire, et 
voici ce qu'ii écrivail i un de ses anciens et meilleurs amis d'enfance : 

t n fautiïien peu de paroles pour dire ce que j'ai Adiré, etçepen- 
» dant mon cœur a besoin d'être long. J'abandonne le barreau ; nous 

* ne nous y rencontrerons jamais. Nos rêves de cinq ans ne s'accom- 
\ » pliront pas. J'entre demain matin au séminaire de Saiot-Sulpice. 
, * llier , les chimères du monde remplissaient encore mon âme , 
I u i|iioique la religion y fût déjà présente : k renommée était encore 
' i mon avenir. Aujourd'hui , je place mes espérances plus haut , et je 
' 1 ne demande ici-bas que robscurité et la paîx. Je «lis bien changé , 

* et je l'assure que je ne sais pas comment cela s'est fait. Quand 
i j>iAiP^ le travail demi pensée depuis cinq ans , le point d'où je 
i suis patld , les degrés que mon intelligence a parcourus , le résultat 
» définitif de cette mafcke lente et hérissée d'obstacles , je suis étonné 
i moi-même et j'éprouve un mouvement d'adoration vers Dieu. Un 
■ moment sublime , c'est celui où le dernier trait de lumière pénètre 
i dans Vàme » et rattache à un centre commun les vérités qui y sont 
I éparses. Il y a t«ajours une telle distance entre le'momént qui suit 
i et le momentqui précède celui-li , entre ce qu'on ètiût daparavaut 
» ri ce qu'on est apn^s qu'on a inventé le mot grâce ppur expliquer 
K ce coup magique, cette lumière d'en haut U meseoible voir on 



I 11 7 tnnvg leph» slmible rt le plat aillf tecofll thn M. Gollleipin, Ton des 
itftttt êê «ott« btrrvaa, «a ^il la Ul«ul éa poiia l'nall li bien k la teleoee 4o 



» homne qui A!avancd au hasard , le banjd^u Bur idt yeux : on U 
I desserre peu à peu^ il entrevoit le jour ."^t , à l'iaitant où le mott- 
f choir tombe , il se trouve en face du soleil. » 

Le lendemain , en effet , jour anniversaire de sa naissance , Henri 
Lacordaire était k Saint-Sulpice. Tous les sieni^, même sa mère , sa 
pieuse mérc , firent des efforts inouïs pour l'en fetker. Hais sa décision 
était si forte , mais^ses refus étaient é csdntes , %f doux , siînébnidai 
blés , qu'il fallut céder. Madame Lacordaire demanda pardon à Dion 
de lui avoir disputé son fils , et le bénit bientôt de ca steiifiee. ' 

En effet , le jeune séminariste annonçait déj qu'il seraiiiun graaë 
;^pdtre. Les prêtres vénérables qui k fumaient , ces Sulpiciens de qui 
Fériêlon faisait de son temps un si b^ ^oge, toujours mérité depuis, 
avaient pour lui une tendre afferction : ils pressentaient en Ini Tone des 
plus belles espérances de l'Église. J'ai parlé ailleurs de ces vacances 
de la Roche-Guyon, de ce séjour du futur cardinal de Rohan, où venaient 
prendre \\n dernier poli les « diamants ' t idu sanctuaire. L'abbé 
Lacordaire s'y trouva avec l'abbé Dupanloup et avec tant d'autres , 
notre gloire et notre consolation. 

Aux fêtes de Noël 1827 , Honri Lacordaire offrait pour la preniîè^e 
fois le saint sacrifice : il ^tait Prêtre , et désormais son ardente voca- 
tion pouvait se satisfaire. 

Cette vocation l'appelait â la chaire chrétienne : mais il faut qu'il 
s'y prépare. Aussi humble que dévoué , le ministre de .Jésns-Ghrial 
cherche l'obscurité et la retraite avant de descendre dans Tarêfte. : il ne 
veut accepter qu'une place d'aumônier ches les pauvres filles de Saint- 
François de Sales et il se cache derrière les modestes murailles de ce 
saint asile. Il n'en sort qu'un instant pour accepter l'aumônerie da 
€k)Uége Henri IV (1828). 

Peu d'années après , Vàbbé Lacordaire s'attacha aux doctrines de Tabbé La- 
mennais que lÉglise iravait point encore jugées , mais quand le Souverain Poo- 
life eut condamné le prélre rebelle, rabt)é Lacordaire l'abandonoa. Cest à Rome 
même, devant le tombeau des Autres, qu'il demanda à Dieu la force de rompre 
avec un homme qui lui était cher et qui avait exercé sur lui « une dominante 
influence. » 

Au retour « Monseigneur de Quélen reçat av^ nn redoublement 
d'effusion cette chère âme , échappée à la révolte et à. la mort 

Ici commence la vie oratoire de l'abbé Lacordaire. Qui, des hommes 
de notre génération, ne se souvient des premiers éclats de cette fou- 
dre, grondant dans l'humble chapelle du Collège. Stanislas , puis ton- 
nant à l'aise sous les voûtes bientôt trop étrdites de Notre-Dame de 
Paris ? Tout ce qu'il y avait d'âmes intelligentes dans la capitsl^. 
amies ou ennemies de l'Église , accourait . avec un empressement 
inouï , avec un enthousiasme infatigable. La conférence coronâençait 
â une heure , et , dès sept heures du matin , la foule eufahissait la 
nef, et attendait, houleuse et presque bruyante, jusqu'au moment où 
la croix archiépiscopale précédant le Prélat fendait see flots devenus 
respectueux , jusqu'à ce que l'humble habit du missionnaire apparût 
au dessus de ces milliers de tètes. C'était alors uh silence, ube atten- 
tion sans pareille. Quelle joie pour Monseigneur de Quélen, de retrou- 
ver, â l'issue de chaque discours, ces multitudes naguères si révoltées, 
courbées alors sous sa bénédiction dans une recon naissance iinaiii- 
me ! Aussi combien l'illustre martyr de nos tristes divisions remerciait 
ce t prophète nouveau ! » 

Eh bien ! seul , l'abbé Lacordaire n'était pas satisfait de tant ât 
gloire. U lui fallait un dévouement plus entier, il lui falUit un sacri- 
fice plus absolu , plus humble , plus fécond. Il lui fallait s*immoler 
comme moine, et par cette immolation restaurer les moines ^ur la 
terre de France. C'était le phénix de la fable qui se plongeait au feli 
pour renaître des flammes. 

11 va à Home , iV rentre en ce foyer de toute mérité , de toute scien- 
ce, de tout amour. Il y prend le froc des Prêcheurs, d en revient 
Dominicain; 

C'était une grande hardiesse ! A ce siècle qui se disait libéral > il 

< Cest M. de Boisville, évèque de Dijon , qui se renrochait d'avou' consenti à 
laisser partir de son diocèse l'abbé Lacordaire. ce « diamant- • 



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mr 



L^OtJVttliîA. 



^7Î 



letaille défile plus fier, celui de la liberté reUgieuse. Ces fils de Vol- 
taire ,. il les brarait en costume d'Inquisiteur. Ces légistes et ces pro- 
consuls qui avaient dépouillé et chassé les religieux , il se présentait 
à eux comme rhéritier et le rénovateur des œuvres du moyen âge , 
et , dans le moyen âge , de Tœuvre monastique la plus militante, 
celle de saint Dominique. 

Reparaftre sous les voûtes du treizième siècle avec l'habit du 
teinps, c'était une témérité héroïque; quand on Tapprit^leR. P. 
Dominique-Henri Lacordaire reçut des menaces de mort H s'était 
fait précéder d'un Mmoire sur le rétablissement des Frères Prêcheurs ; 
magnifique plaidoyer pro domo sua; où il compare les Ordres reli- 
gieux à ces vastes forêts de chênes que le vandalisme coupe par le 
I^èd , mais qui repoussent des rejetons plus forts et plus verdoyants, 
et oi!i il s'écrie : t Les chênes et les moines sont immortels. » 

La Fralitce est du cdté des âmes généreuses et des gens de cœur. 
EHe s'étonna un peu, puis admira : la cause était gagnée, malgré les 
décrets de prahnal , malgré les échafauds de 93, malgré les ordon- 
nances de 1828 ! 

Dépuis, le Père Lacordaire n'a fait que grandir. Il a fondé plu- 
sieurs maisons de son ordre , il a €vangélisé plusieurs villes , il a re- 
levé la célèbre école de Sorrèze. Paris l'a voulu pour représentant en 
i848; il a été élu par cent mille vrix et plus^ : mais il a vite compris 
que l'atmosphère d'une assemblée politique allait mal i sa nature et 
â sa vocation et il s'est démis. L'an dernier , l'Académie française l'a 
appelé dans son sein , refoge de toutes les gloires contemporaines. 

Henry de Runcet. 



LES G0NPA6N0NS DE LA CROIX-D'ÂRGEIVT '. 



CHAPITRE XXIU. 
Où la lectenr commence à prévoir un dénouement inattendu. 

— 11 ne faut pas pleurer comme vous le faites-lâ, mon enfant t 
-» Je n'ai pas vu mon pauvre père depuis douze jours I 

— Je vous dis que j'ai eu de ses nouvelles, il est bien. 

— Oui, mais il est en prison. 

— Je vous ai déjà promis, ma belle enfant, qu'il en sortirait bien- 

— Ce n'est pas sûr, monsieur le docteur. 

— Ayei confiance. 

(Tétait â Vei-sailles, dans une petite maison située â l'extrémité de 
la ville, que près de la fenêtre d'une grande salle à manger, donnant 
sur le cours la Reine, un matin, entre huit et neuf heures^e docteur 
Guillotin et la Miette échangeaient ces paroles. 

Le vieux médecin avait connu la fille du Marseillais à l'Hôtel-Dieu, 
auprès du lit sanglant de celui que la jeune fille appelait son père. 

Il avait été profondément touché du courage héroïque, de la piété 
filiale, et de la beauté pure et douce de la fille du peuple. 

Quand trois jours après Tamputation, les agents de M. de Crosnes 
avaient emporté le Marseillais aux prisons basses de la Tournelle, en 
exécution de l'ordre délivré le 16 juillet, M. Guillotin était U. 

11 eut pitié de la Miette. 

Qu'allait^elle devenir cette jeune fille, doot le père était emprisonné, 
accusé d'être complice d'un crime mystérieux 7 

Elle ne voulait point laisser s'éloigner le brancard où son père avait 
été placé. Elle insultait les soldats et les hommes de la lieutenance : 
elle voulait se faire conduire, elle aussi, aux prbons basses. 

Le docteur, ne consultant que son coeur, s'était emparé de la jeune 

* A Marseille, comme représentant des Bow^ut-du-Rhône. (N. de la R.) 

• La reprodwtion êtt inltr4itt. — Voir les n- de VOutrier du 3 août au 21 
décenibre. 



fille , fMle de douleur, il l'avait conduite à Versaâlea, où il habitait 
depuis l'ouverture des États-Généraux. 

m'avait confiée aux soins d'une vieille gouvernante qui dirigeait 
son ménage. • ' .t •. .. ■ - 

Dix jours s'étaient passés ainsi. La Miette pleurait son père, le doo« 
teur la consolait, et, quand il aOait k Paris, lui rapportait des nouvettea 
du Marseillais. 

Ce jour-lâ, elle était plus triste que de coutume. ^ 

Assise devant la fenêtre où elle travaillait activement , pour trom« 
per son chagrin , elle agitait dans son cœur mille sombres pensées 
qui appelaient dans bpb yeujt cïiarmanls des larinçs brftkrUes. 

Le docteur, devant sa table , iléjeônait. Sa vieille gouvernante lui 
servait du café au lait d»Rs une grande timbale d'argent. 

Un petit pain moUet attendait sitr ime aBsîelte de porcelaine de 
Saxe, prêt à satiifaire Tappétit matinal du bon docteur. 

Le docteur para i:^ suit préoccupé. ' 

— Mon enfant, dit*il toutâ-eoup, en s'adressant i la Miette, venet 
ici. 

11 la fit asseoir prfs de la table. -^i. s 

— Vous voyez qiie je prends intérêt I vous. Voue me paraissez être 
en ce moment sêule et sans appui. Je suis un vieux médecin, queU 
ques-uns disent un savant. Le roi a bien voulu quelquefois m 'honorer 
de faveurs toutes papticulière»; je suis député aux Etals- Généraux, à 
l'Assemblée nationale , en un mot je puis , comme on dit, quelque 
chose pour ceux â qui je veux du bien, 

La Miette regardait le docteur, 

— Eh bien ! mon enfant ^ ayez confiance. Diles-moî ce secret qui 
vous pèse. Votre père, ce Marseillais, quel est-il t que fait-il? qu'a-l- 
il fait? Vous-même, où êtes- vous née? oomment avet-vous été élevée? 
Je ne puis vous servir si je ne perce le mystère qui cache ce qui vous 
concerne. 

La jeune fille leva les yeux au ciel comme pour lui demander des 
inspirations. 

— Voilà bien des fois que je vous interroge , mais vous ne me ré- 
pondez janiaîs, mon enfant, ce nVsl pas bien I 

A ce reproche, la jeune fîlle ne put y tenir; elle se mit I sangloter, 
et le docteur, tout ému» la consola. 

— Allons, allons , disait- il, ce que j'en dis , c'est dans votre inté- 
rêt. Je voudrais que vous eussiez conflance en moi pour vous tervir. 

La Miette était erueilement torturée. Elle ne voulait pas trahir les 
secrets qui couvraient son père i et cependant elle sentait instinctive- 
ment que le docteur n^était pas de ceux qui trompent ; elle sou£Grait 
de répondre i sa bonté par un silence défiant, 

— Au moins, demanda le docteur, dites-moi votre nom ; eomuent 
vous appelait-on, quand vous étieï avec votre père T 

La jeune fille se mit à sourire. 

— C'est bien peu de chose, ce que je fous demande-U» ajouta le 
vieux médecin. 

La fille du Marseillais regarda un instant dans le regard plein de 
loyauté du docteur, et réfiéchissanl qu'il était bien indiâërent gue lé 
docteur connût son nom, 

— On m'appelait la Miette, lit-eHe, 

A ce nom, le docteur fit un geste de surprise. 

— La Miette ! reprit-il, 

— Oui, la Miette t répondit la jeune filU que la surprise du docteur 
étonnait. 

M. Guillotin rechercha dans ses souvenirs celui que le nom de la 
Miette réveillait. 

11 se trouva par la pensée auprès du Ut de Claude Chopin, recueil- 
lant les paroles incohérentes écliappées au délire du jeune maiade. 

Le nom de la JEiette était un de ceux que Chopin avait prononcés 
avec le plus d'animation. 

Le mystère s'éclairerait^lL? se demanda tout bas le vieux métiecîtt. 

La vieille gouvernante entra subitement. 

— Monsieur, on vient vous ;:liercher« 

— Moi? fit le docteur. 



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tn 



i-,efDVRIER. 



-*Ûui; on. dit ({ail tml %^9^ vaut vdua rendies. tout 4e mte i 

— Qui dit cela T 

— Un deâ hmstien des Éuta. — Li ?ieîlk gouvernante .diaait.e%- 
Ëore qmlt^toÎBt les États, ea «îou venir des Étal»-Gâ^teux., 

— C'eat bi«n^ j'y fak, répoadit le douleur, 

U le levt précipitamment €t te rendit A rassemblée. 

Ge« convo«4tiens extraordinaires étaient CréqisentM; TAisemblée 
nationale était oomme un camp que de rudea alerlBa metUfeniwr pi^ 
A chaque ùulant. 

La Alietie, restée i la maison du docteur, reprit 40B tn^aiU non 
Ml» îetar de tan^ en temps les yeux sur les Iwapnfi» avenues du 
cours la Beioe. 

La vieille gqu cernante ne dUait rien ; elle était, par un phénomène 
«fiseï rare chez ki vieilles filles, extrémtcnent pm caneettse» 

De plus elle était sourde. 

La MkiU travaiiUit,. et pour abréger son travail, elk chaulait, sur 
un air étraûge, des paroles qui n'éuient celles d'aucune chanaon alors 
en fogui; 

M^apéfe ertlefoitr 
• I Qui siffle dans Tombra, 

Quand la nuit ast sombrai 
Soiit W GrmamanL 

Ha mère e&t L'orage, 
Qui grossît^ le soir. 
En mer le Ilot nnir. 
Brisa sur la plage. 

Mon frère est ViS clair; 
Quand ta f«udr# tonne^ 
C'est lui qui siUonue 
Les plainea de Tair. 

La p$\am^ se passa ainsi. 

Là Miette travaillait devant la fenêtre , ^Amnmi ilr«taliBt lonir.à 
tour. 

Le. docteur Guillotiii était k rAstemblée. 

Il devait rentrer à six heuras, après la séance dea iMs^eonme di- 
rait b vieille gouvernante^. , 

Sur les cinq heurea et demie, dtux honuuei panuMâ.avR lirchaMS- 
sée planlé«d'ormei du eourala Heine. 

L*un de ces hommes était matlre Louis* 

L*auLre était Cbude Chepin. 

Le jeune ouvrier, complètement guéri, venait 1 Veraaittea pour re- 
mercier le docteur Guiiloiin d et sains qu'il lui avait dewMa^ 

Le docteur avait écrit au père Brûlot qu'il désirait voir son neveu. 

M GtnUdlîa, un ae le nppelk^ vuil reçu de M. Thi^tlY de Cros- 
nes, le 16 juillet, au matin, une mission toute particuliéfe. 

Il devait ehercèer k main qui avait versé un poisiaft mortel dans le 
breuvage destiné & Claude Chopin. 

n avait, dans cette vue , Tait une enquête ; il avait veidii interroger 
l'Éveillé U s'était rendu i la prison de la Tourbe. 

Le malheureux bossu avait été tris-eurpria d'appraadret'fiie Glande 
eût été ainsi menacé. 

la surprise du Roulenr atait paru si sinoère au deetelur, qu'il ne 
doutait pas de Tinnocence dont elle témoignait. 

Le médeein avait tnterrofé Claude. La conduite de eebii^ Téton- 
naît. Le neveu du pire Brûlot gardait un impkcableailéneesur les 
événements qu'il avait traversés depuis le 11 juillet» jour de son arri- 
vée i Parie, iosqu'au U, jour où tl avait été transporté à Tailheiige de 
la Croix-d' Argent, 

Le médecin ne s^'en était pas tenu là. 

Il avait qufstionué KIlie Brûlot ; il avait eu aveo ttattie Leais de 
lûngtus coLveisations, 

{je mystère ne s'éclaire issait pas. 

Il avait tenjoura eati« lea miim le nuiidil d'untMrdéUfré par 



M. Thiroux de Crosnes, et remis avec Ur nom en b)a&c au Joeteu 
Guillotin. 

Ce mandat était daté du 16 juillet au matin : la Uentenance n*avait 
été supprimée qu*à dix heurea ; le docteur Guillotin était d'ailleura dé- 
puté iTAssemblée^ 

Il ne doutait pas qu*il n*eût, sinon le droit, du moiB^ k ponfoîr 
d*arreatation ; mais ses aoupcona ne rencontraient pas d'objelw 

U avait mandé Claude Chopin à Versailles, pour (aire attirés de lai 
une nouille tentatvre, afin de connaître k vérité. 

Ckude Chopin, accompagné de maître Louk , altendeiten te pro- 
menât sous ka. arbres du eours, que k docteur Guilklin revint de 
TAssemblée. 

Us causaient tous deux , Ckude n'avouant pu à mettre Lmû le» 
eauaes d*une tristesse que celui-ci s*eflbrçait de ceusoki;. 

— Voua ne voulez pas me confier le sujet de voira eni^iU disait 
le maître Compagnon. 

— Cela m*eat impossible, répondait k jeune ouvokr* 
— Votre oncle n'estpas content de vous. 

— ^ Je le sak. 

^ Il aurait vouIm voue voir énower U We»,. 

-^CeatvEai. 

-^ Voua ne. vouki, paaî 

-— Je k veni^ bkPi BPlk.,.^ 

-^ Mak quoi.t 

— &kk fr*eat^p)&>*eu< aime une autre» et U j^une ouvrkr en^dkiu^ 
ces mots l»aissaitla tête sous.k poids d'une peusée douloureuse. 

— On est maître de son cœur, répondait maître Lonia. Si vous n'ai- 

— N'est-ce pas, maître? 

— Qqf, co aeiaiC: nu), u&h TauHre i(ie vont ibkiei eu eet^lkt 

— Je ne sak pas, répondit, d'une voix étouffée, le jeune «ivrie^. 

— Comment, vous ne savei pu T 

— Héks ! non ! 

— Est-ce une fille de Vôtre prpil 
-— Non, maître^ 

— C'est donc une fille de Paris T 
— ^ Je le c^«u 

— Où Tave^vous vue? 

— Je ne pi^ia. k dire. 

— Y a-t-il longtemps que vous ne favex vuet 
-<r<Jef ne L*aî pçivt vue depuis k prise de U BastîDie. 
Les deux hommes se trouvaient prèa de k maiaon du doctevir 
Guillotin. 
Ckude 8*arrêU tout-â-coup. 
— Avoarvope enilei»dt|i? 

— Oinoi? demauda maître Uoius^ 
-^ Cette jpix qui chante ? 

— Oui, j entends. 

En efiet^: une voîx fraiche, pure , mak profondément triste, venait 
de k maisoo: deveot laquelle ae pcomenakAt QM$ et mettre Louk. 
La voix chankit : 

' Ma sœur est k bke, 
Qui dai^ les hivers 
Gémit au travers 
D'une vieille église. 

Claude, immobile, écouUit chacune deà parolet, les jeux fixés sut 
k maison où il n'osait avancer, 
la voix reprit : 

Je SUIS riAcontttt', 
Quand il frit sa rendu* 
11 sort de ce monde 
Gomme il est venu. 

— Qu'avez-vous ? demanda maftre Louii. 



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L'OUVfllEH. 



m 



Dmd« Kfarda la mdira. * 

; -Oui. 

IItt néfie ÎMluil» W do«leiif GvîUotin «f^«f«t II 1^ 
— VoQS ToUI, ft(-il e» croyant 1m 'Hrt hmam 
n rqpnb Chopin. 

^ Vous avex la figure Urat émue ; êtl-e« que iiom étw mmn 
r^ye, «oa gv^wt <èim>dl»t<tt» afM «s. afiaê^enx iaikéL 
^ll^m biM^ iJptndîi nalftM Uni»; «fulMMiit, as voua la imiUt 
lifa, eDlrona. 

- Eatrana, fit le docteur. 

Uoittfe C—np ag u aai dii i roMÎlla im vievi iiMecia, ea mofitant 
h akjrGbes du petit perron qni conduisait au fwtibnle : 
^k crois que k koHàiefi» se CNrapaa attendra. 

CBAPItRE MIT.. 

I Hé'fébittoBf . 

Déoi heures aprèa l'arritée de QaMk Gbopî» el de nalfre Louis 
eu h dedaui Guflfethi , k Miellé, k nMdtreCeinpagnon et k j^une 
^mkr (HMm fétmm anteup A'un fvand Ikiteuil où élaît assis 
.\iMm de science. 

^udeGbefÉn^ e» fetwwrt failhetl»elÉe» kdectear, aiait pou«sé 
ii^ m qui eût trahi son &notion, s'il n*eût consenti à Tafooer. 

y tnmble que k surprise vnik eanaé à k jette filk , qttaud elk 
trait iperpu k^awie ourrier, n,*afait écbaffi ni à nudtre Umm, ni i 
1 ijoillotin. 

Lf docteur fit asseoir l sa taHe ks deux éharpentleri etk ttîerié. 

hrklt dliUM^ qui Int. oqiurt et silencieux, le docteur se tourna vers 

.Dd«: 

- Uon garçon, maintenant que tu as rencontré ici quelqu'un de ta 
Dic^iâsance, il fiiut noua parler â cœur ouvert. 

-h k veuEt kNa« reprît Ckads» maie....* 

-Httsqueit 

U jeaae eunitr Hfiffda U MklteL 

L-Ktiso*û j«fé 49 prder kaecfei, ^tje ne padeaai que si l'on 
Tékn de mum •eiWHM..... 

- PirkK, fit Ufilkdt MMeeiUak; ik ne nouatrahicontpas, et elk 

• ifltrtitk doelewr el UsMltM Gonipagwea. 
CUucteehdil. 

ii rsfionla dane ka pka nÎBetinuxdétaik tout oe qui lui était arrivj; 

>"« «atMa an cahavel du Curiiourg SaintnAnloine , lee violence^ dont 

'3it àéfictiiMuka neaneeequ'on lui avait faites, k salut inespéré 

Uewiiàkllktlm 

i\\Tt Louk et k docteur écoutaîeai avee (ne attenlion (acile à 

U j^ae mmÊB peiiksait Itre encore soaa k coup des terreurs 
tiiiifdt tww er sét > 
Il reiardaît deniiEt Un pouf veir ai aucune personne étrangère ne 
iKueiiUit ses paioks. '^«^ 

B s'urêlaît de taupe en temps pour chercher dans les yeux de k 
%^{{t Fapptohation de son récit 

U pourquoi » demanda k docteur, quand Ckude eut terminé, 
il sfQÎr pae dit cea ehoaea? 

- J'nak promu de garder k secret, réfonJU k jeune ouvrier en 
^mlnatkHi^te. 

-Et pma« je me défiak encore de voua, ft y t^^mhkk pour m.i 

tel. 

I— Ponrvetfemire^ 

* — Oii, ka Campagnooa noirs doives h frapper» ai je les dé- 

*C'«tmm--*^» 



— Ik TexécuterontL 

— Le croyet-vous ? 

— Oui, je le crois, répondit en tramhknt k malbeuveux Chopin, 
La Miette fit unaigne pour indiquer qu'elle partageait les appréhen- 
sions de Glaude« 

Le docteur parut réfléchir un moment. 

— Y a-t-il un couvent de femmes â Soissons<? demandafUl iCknde 
Chopin. 

-^ Ouïr doeteurf le couvent dea Àugustinea. 
•* Saiex->vous si quelquefois on n'y a paa renfermé des femmes de 
distinction, de la personne deiquelies on Taubii a'asjiurer? 

— Oui, docteur, quelqu^rois. La duchesse de Stint^Aiguillon y a été 
enkiméer il y a deux ans^; j'ai été k voir pieser, quand elk en est 
sortie. 

— Les religieuses ont-elles bien soin det personnes qii*en leur 
confin ainû? 

— Je sais que quand k'ducheftâe de Satat-AigUÉlloo eat sortie, elle 
disait qu'elle ne s'était jamais trouvée aussi bien soignée que pendant 
so» séjour krcé chex les religieuses. 

— C'est bien, fit k docteur, 

n tira de aa poche un petit papiar^ demanda de rencre, du papier 
i Lettre et une pkme. 
Et il ae mit â écrire. 

— Les noms et prénoms de votre mêret demandirt-il i Chopin, 
Claude les donna. 

Le docteur adressa une kttre à U niaréchsusiée de Soi$fioni, avec 
k mandat d'amener délivré par le lieutenant gi^néral. 

Le hlauft du mandat avait été rempli : la nia réchaussée recevait 
Tordre d'arrêter k veuve Chopin, demeurant à Soissona , rue de Ji 
Marine, no 2, et de k conduire aux religieuses Auguslines* 

La kttre jointe au mandai donnait tordre d'opârer rirreatation 
avec les plus gianda égards pour k priaonniâre , et le plus p-and 
myatéro. 

Le docteur GuiUotin. adressa une seconde lettre i U supérieure des 
religieuses de Soissons. 

Ordre était domii de traiter k veuve Chopin cooime une prison- 
niére de. haut rang^» -» de lui donner k meiUeure chambre , le meil- 
kur lit et k meilleure chdre du couvent. 

Une troisième kttre était adressée i la veuve Cbopin ; il tui était 
dit de ne pas a'effrayec ai U maréchaussée venait et la conduisait au 
couvent dea Augustines. On lui promettait t^ue sa captivité ne dure- 
rait pas longtemps et on l'sfliraiMi qu'il ne lui serait fait aucun 
mal. 

Le docteur signa les deux premières lettres. 

Il fit signer k troisième lettre à Claude, et il fut recommandé à la 
veuve Chopin de brûler k lettre dés qu'elle la recevrait. 

Ckude ne comprenait pu bien ce que vouUit le docteur ; il le lui 
demanda. 

— Ce que je veqa ? répondit le vieux médecin. 

— Oui. 

— Je veux que votre mère soit â Tabri des atteinlei des Compa- 
gnons noirs. 

— Et vous k mettes en prisent 

— En prison dana uu couvent, dont Tordre du roi lui-même nVu- 
vrirait pas k porte à un homme. 

— Mak ma mère aéra arrêtée avant d'avoir reçu la lettre qui k ras- 
surera? 

— Non, répondit le docteur GuiUotin, j'ai donné l'ordre de n*ei4* 
cuter le mandat que six heures après la réception de la lettre. 

— Quand partira la lettre ? 

-*-Â l'instant, répondit le docteur. ^ 

U soima. 

La vieilk gouvernante entra. 

Le docteur, qui aavait se faire entendre d'elle, malgré la vnrdM 
dont k pauvre filk était affligée, lui dit di porter les kUres i l*Ai«ea» 
blée natknak. 



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trir 



roC?RIETÎ< 




n iTait écrit iu-dssftus de Tadresse : t Et expédier ponr cause de 
nlut pybUc. m 

Quind il eut ainsi disposé d'im m;^ndâl <|uç le lie w tenant de police 
iTiit lïiîft entre ses mains, il se mit à înterrofer Chopin. 

i- Gomment s'appelait le maître des Gompagnoas noirs f 

-^Ghaulat. 

— Comment? Chaulât \ 

— Oui, 

— L'homme qui a lurprif » il y a quiDie jours, la eonfiance de la 
Comoiune de Parii, et a'est, pendant quelques heures, emparé de la 
Uetitenince de police? 

— Précité ment. 

— Et les secreti de l'État ont été pendant quelques heures entre 
les mains d'un pjtreil liotiime? 

— C'est terrib'e ! otï^erTa maître Louis. 

L^ docteur GuiUottn, si ferme que fût son cjiraclére, ne put se dé- 
fendre d'un mouvement d'efïroi. 

— Si le roi savait cela ! ajouta-t-iL 

—Nous ne pouToQs pas le lui apprendre, répondit froidement 
[nsiStre Louis. 
^Pourquoi celaT 

— Parce que les Compagnons de la Croix se sont fait la loi de ne 
jamais dénoncer leurs ennemis, 

Le docteur haussa les épaules. 

— Avec cette générosité héroïque, voua vouiperdei, 

— Peut-être, répondit maître Louis, 

Il y eut, pendant quelques iust:ints, un profa^id silence. 
Chacun des personnages était agitd par une foule de pensées, 

— Tout s'éclaire pour moi. répondit le docteur Guiîlotin* 

— Pour moi aussi, reprit maître Louis. 

— C'est un Compagnon noir,... comtnsnça le docteur. 

^ — Qui a voulu empoisonner Claude, acheva Se mattre Comp.rgnon. 

Ils causèrent pendant quelque temps, eïpliquanl tous les mjsléres 
au milieu desquels ils avaient passé depuis quelques sematues , par 
Kictioû occulte des Compagnons noirs. 

— Qu'ya-t-ii â faire maintenant t demanda maître Louis. 

— 11 faut d'ahord délivrer le malheureux TÉveillé, répondit le doc- 
leur ; il ne faut pas faire souffrir un innocent. 

— Bien l et ensuite? 

— Ensuite, il faut mettre en sf^reté la ?ie de ce garçon, fit le vieux 
mudecin en montrant Claude : elle est menacée* 

— Et puis t 

— Il faut informer le roi des dangers qui Tentourent , et d*QÙ ils 
viennent. 

— Sans trahir les Compagnons noirs , ohserva maître Louis* 

— Sans trahir les Compagnons noirs. 

— Vous oublier quelqu'un ! observa timidement la Miette. 

— Qui cela t demanda le docteur. 

— Mon père* répondit la jeune fille. * 

La vi^'.ux méde4:in fronça involontairement le sourcil : il ne put 
t*empikher de dire : 

— C'est un bien mâchant homme ! 

La Miette reprit avec une ineffable douceur i 

— C'est mon père, et vous m'avei promis de îe sauver 1 

— C est vrai, mais je ne savais pas alors tout ce qu'il avait fait. 

— Vwus saviez tout ce qu'il avait souffert. H n*a plus le moyen de 
mal Tiire : il restera toute la vie infirme, mon pauvre ptîre, et h Miette 

e mit â pleurer. 

— Vous raimeï donc bien? demanda maître Louis. 
-— Jfl suis sa ftlle. 

— Eh bienl dit le maître Compagnon, Il faudra que Sa Majesté 
Éfgne deux ordres de mise en liberté au lieu d'un. 

La même peuftêe rlnt en même lemps à Tesprît de la Miette et 
de Claude. 
-» CoTTiment obtenir cette grUce da roî7 

— Ne f oui inquiètes iw, répondit mutire Uuii en aonriant^ €*eit 



t I 



mon affiire, • 

Le docteur Guillotin le regarda, 

— El ChauUt * demanda4*iL 

— On ignortî ce qu'il est devenu , répondit maître l-^s. Entré an 
€hltel-=t le 11^ juiltet, il en était honleusemeni chassé le 17. et depuis 
ce jour, on ignore où il est. 

— * C'est effr;iyant 1 Ohserra-lë dépati. " ' 

fl était dix heures du soir* *'- 

La Miette se retira. 

— A)ej! c nu fiance, mon enfant, lui dit affectuetisement k docteur. 
Votre père guérira, et afecTaide de Dieu lotti le fereï *e repeûtar 
de sa vie passée. •* 

La jeune fiile leva les yeux au ciel. 

^ Ce matin, vous pleuriei, continua le docteur; ee soir, von» êtes 
un peu consolée. Ayer confiance. 

— Tai confiance en Dieu et m tous, répondit la MieU#* . - 

— Vous oubliez un brave garçon qui me paraît assai disposé I se 
foire coupf-r en quatre pour folre service , et c'est justice, puisque 
TOUS lui avez sïiuvélavie, 

La jeune fille sortit, en rougisianl deraUusion que le docteur venait 
de faire au sentiment qu'elle éprouvait pour Chopin. 

Quand elle eni refermé li porte : 

—Je vois bien, Claude, dit maître Louis , en prenint la main du 
jeune ouvrier , pourquoi vous étiei triste et pourquoi vous ne rètea 
plus* 

I^ nnit ae pansa sans que cefi trois hemmaa pensasseai i prendre 
aucun repos. ^ 

Us causèrent ensemble jusqu^au jonr, 

(La suite au prochain numéro. ) Clément JtJSf* 



LE TRAVAIL PAIES cl LE THVVAIL CHRÉTIEM. 

A voir notre belle France, nû presque charun gafrie librement son 
p.tin â la sueur de son front, oi'i le laboureur nuUive sans relAchê jus- 
quVu plus petit coin de terre, et ofl l'ouvrier ronsacrita vie aux mé- 
tiers les pîuï durs , il semble que l'amour doi travail est naturel no 
cttur de Phomme^ que c*esl pour lui un pentliant et un instinct qu'ail 
apporte en naissant. Il n'en est rien pourtant Le travail est pénible; 
pr»ur y s^ou mettre rhomnie, il faut dès se r^ premières années une longue 
et vigilante éducation; il faut la main sévère et Texemple du père d6 
faniiilti ; il faut surtout la tradition et l'enseignement chrétieD. Un 
coup d'mil rapide snr Vétat des nations p;iïennes nous montrera elai- 
fem<?nt cf^ (|u'élait Touvrier avant la venue de Jésnt-Christ, et tout n« ; 
qne VÉvringvle a eu I changer au cceur de lliomine, pour y implan- 
ter r habitude et Ta m ou r du travail. 

Uta peuples les plus fameux dont news parle Thistoire, ont fondé 
leur puissance par It violence et la guerre, et Tordre social tout entier 
j reposait sur le droit du plus fort, R^jme n'est dam Toriginè qu*ti3f ' 
repaire de brigands bien disciplinés. Pour avoir des femmet, les Ro* 
mains, que personne ne vouljdit épouser, finlèvent les tilles de leixrf 
voisins. Pour cultiver leurs terres , ils hisserit la vie I leurs prison- 
niers de guerre, it en funt des esclaves. A meaure que Rome s'a 
grandit et que ses légions se multiplient , le nombre de ses e^laves 
augint'nte. Chaque année, tbaque expédition en fournit dea milliert^ 
que Ton vend sur les pU>'es publiques, ou que Ton distribue an peu- 
ple. Les rirheg en possed. nt par centaines pour exploiter leurs lerr''S» , 
moudre leur grain, i:onslruir(ï leurs palais , fabriquer leurs meubles^ I 
filer et iht*'.T leurs vêtement.'î, enfin, pur nourrir et élever leurs en- . 
fants, dhet eux le précepli^ur est esclave aussi bien que le cuisinief . 
Le moindre plébéien en possède au moins un , qu^il met k tonte btii* ; 
sogne, qudque vieu^ serviteur de rebut, acheté i vil prix, qu'il nour* ^ 
rit de coups de bâton ; et pendant que le malheureux soufli'e et Im- 
^ÊiXU, le rest€ de son temps sa pa««e i l^dre la main i ti pnrte d^ ] 

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f ....V. _ 



L'OUVRIER. 



f79 



pBdsJa niJlinje de 90D loaître se partage entre les trains publics et 
b spectacles de l'amphithéâtre.' Si le plébé'ien est encore plus pau- 
I n«, il ^F«nd ses petits enfants pour conserver le droit de vivre sans 
rien lîire. Enfin , criblé de dettes , il se vend lui-àlême et disparaît 
ims la multilude des esclaves. ' , 

QiiV'Iait-cc donc que Tesclave? c*était Touvrier d'autrefois ; c'é- 
tait rbomme condamné de père eu ïïis au travail forcé ; c'était le tra* 
ntlleor soos le fouet d'un maître avare et cruel. Malheur i lui quand 
il devenait vieqx et infirme, on l'abandonnait dans quelque île déserte, 
M â était condamné à mourir de faim , ou, par pitié, on le noyait 
éua des étangs où sa chair engraissait les poissons. Malheur k lui, 
e, par maladresse, il brisait un vase ou laissait périr un oiseau, il était 
paoi de mort. Malheur i lui , si ses compagnons se révoltaient et si 
Dfl sed d'entre eux osait lever la main sur son maître , fls étaient 
\m livrés au dernier supplice. Malheur à lui s*il était témodn de quel- 
foe crime, la justice le mettait à U torture pour lui arracher la 
T^rité. 

Sais, dira-t-on, ces maîtres étaient bien mauvais ; lés esclaves au-* 
nient dû se soulever et changer un état de choses si dur et si odieux. 
Les r^ltes n'ont pas nunqué ; mais au fond les esclaves n'étaient 
fH meOleurs que leurs maîtres ; ils ne rêvaient que meurtre et pil- 
hfe; 9s voulaient être k leur tour riches et oisifs, et ils nourrissaient 
dtfis leur cœur la même haine pour le travail. 

Or, comme la civilisation ne se fonde pas sans labeurs , comme les 
plais et les maisons, les villes et les aqueducs, les routes et les ca- 
naei, les ehars et les vaisseaux, les vêtements, les meubles, et avant 
teBl le pain, ne se produisent pas sans sueur et sans fiitigue, il faHait, 
po«r être on grand peuple et pour faire de grandes choses» forcer une 
firtie des hommes au travail que chacun refusait, enfermer, enchaîner 
caosvriers rebelles, suspendre sur leur tête les tortures et la mort, 
H être toujours prêts à tuer des gens ne rêvant que l'assassinat de 
Inn maîtres. 

L'esclavage était donc une triste nécessité ; il était nécessaire, pour 
p'n peuple sortît de rigDorance et de la barbarie , et celui qui n'a 
JM inventé le travail forcé, a honteusement croupi dans l'état sau- 
Hfe. Aujooitf hui encore les forêts de l'Amérique ou les îles de TO- 
danie nous ofi'rent des restes de cette vie primitive , que la poésie 
pest vanter, mais dont la réalité fait dresser les cheveux sur la tête. 
U, las hommes , abrutis par la paresse et la misère , passent leurs 
jeamées couchés au soleil , on blottis dans une hutte de branchages. 
Repoussants de saleté, vêtus de quelques lambeaux de peaux de bête, 
iU ment au jour le jour du fruit de leur chasse ou de leur pêche, et 
fÊàoA ik ont épbisé leur provision de gibier fumé ou de poisson à 
ifton pourri, ils se font la guerre et dévorent leurs prisonniers. 

Ce n'est pas en un jour qu'un pareil état de choses se pouvait cban- 
jer, et dans la hardiesse de leurs théories les plus extravagantes, les 
^âo»>phes n'avaient pas même imaginé qu'il pût y avoir un État sans 
ttdaves. G*est l'Évangile qui apporta au monde la merveille du travail 
Ure. Chacun sait que Jésus-Ghrist travailla humblement pendant 
imie années sous ie« uiuies u uu ciiu peiiuui , ^st qtw ,wt jounuvuo 00 
paa & aider Joseph et Marie qui gagnaient leur vie à la sueur de 
kar front. Ses apd^ donnèE;entle m^^ exemple ; non contents de 
kttn voyages et de leurs tcayau^ spirituels, ils passaient leurs nuits, 
ks nus à &îre des tentes comme isaint Paul, d'autres à faire des sou- 
Eers comme saint Crépin et saint Grépinien , d'autres â^ler comme 
Biot HiUi;»^ fjQoe la. vol$ur ne dfi^fap plus ^ ^cfîvait saint Pierre, 
Bt» quH travaille. Qui ne travaille pas n'a pas le droit de manger.» 

Illustré par ces nolilea exemples , le travail cessa d'être une igno- 
mm^ et les .fpsn^if» chrétiens le pratiquèrent tous eomme un d#- 
>»ir. Ce n'était certes pas^. pour s'enrichir , car depuis des siècles 
rinlérêt et V^oîame n'avaient rien produit de semblable. Leur mo- 
bile secret , c'était la charité, c'était ce même amour de Dieu et du 
prochain fui transformait leur existence , qui créait en eux des 
bamee Mttveèux, et qui les rendait courageux jusqu'au martyre-. 

Pour eux le travail est encore une peme , mais c'est la plus juste 
Bpiatien êv péebé originel et 4es fautes de tous les jours. De plus. 



c'est le moyen de soutenir leurs vieux parents, d'élever leur famille, 
et de soulager les misères du pauvre; les solitaires mêmes de la Thé- 
baîde, ceux qui ont vendu leurs terres, donné leurs biens aux malheu- 
reux et qui cultivent péniblement quelque eoin du désert, se croient 
encore obligés de tresser des nattes dans leurs loisirs pour en distri- 
buer le produit en aumdnes. Aiîisi à c^lé de la propriété tiomaine, 
qui, d'après le droit lui-même , était le fruit de la conquête et pour 
ainsi dire la dépouille de l'ennemi , se forme la propriété chrétienne 
qui est lé fruit d'une activité volontaire et charitable. A d^té de l'ou- 
vrier enchaîné , dont la vie est assimilée â celle des bêtes , et qui se 
tend comme une marchandise , apparaît l'ouvrier Kbre , formé i 
l'exemple de Jésus-Christ. L'esclave ne connaît ni Dieu, ni fiunifle; fl 
travaille tous les jours, mais seulement pour éviter le fbuet ou le ca- 
chot ; le chrétien a un jour par semaine pour se reposer, pour penser 
au Dieu qui l'a mis au monde, au Sauveur qui l'a racheté, â l» vie fe« 
ture qui l'attend, et ce jour, chaque fois qu'il revient, réveille en lui le 
sentiment de sa dignité et de sa liberté ; c'est comme le gage et le sym- 
bole du repos étemel qui suivra sa pénible vie. Les six autres jours, il 
travaille ; mais il y en a trois au moins pour la nourriture de son père, 
de sa mère, de sa femme, de ses petits enfimts, et avant de penser I 
lui-même, il prélève encore la dîme de l'indigent, de l'infirme et du 
malade. Ainsi trois parts dans son existence : une pour son Dieu, et 
Dieu a voulu qu'elle fôt la plus petite et la plus douce, c'est le repos 
du dimanche ; la seconde pour ses frères , et si le bon fils ou le père 
de famille gémit quelquefois sous son fatrdeau , il l'aime pourtant oe 
fardeau , et fi y trouve de nobles jouissances ; la troisième part , la 
dernière pour le chrétien, la seule et unique pour le païen, e*e«t lui-» 
même , ce sont ses besoins , ses appétits, insatiables pour qui les 
flatte et les adore , faciles â contenter pour qui les eofitient et las 
méprise. 

Telle était la pure doctrine de PÉvangile ; mais acceptée seulemeni 
par un petit nombre de cœurs généreux et dévoués , persécutée ou 
dédaignée par la multitude , elle ne parvint pas â changer l'empire 
romain, et cette vieille société tomba ruinée par ses propres vices. Les 
bronches guerriers de la Germanie envahirent ces ricèes provinces, 
renversèrent ces palab et ^i théâtres , réduisirent en servitude es 
peuple nourri de jeux et de spectacles et vengèrent le sang des 
martyre. 

Si les Germains étaient moins corrompus que les Romains, ils n'en 
étaient pas moins païens comme eux. Laissant les travaux ^ea champs 
aux femmes et aux esclaves, ils passaient leur vie dans )m féMina et 
les combats, ne connaissaient d'autre joie que livresee et le eamage, 
d'autre bien que le pillage et les dépouilles du vaincu. Les discipliner, 
les adoucir, les rendre dirétiens, n'était pas ehose fhcile. Avant que 
pût s'accomplir cette oeuvre séculaire, le désordre de J'iovasion ren- 
dait la servitude plus que jamais nécessaire. Il ûdlait retenir au sol les 
esclaves romains prêts è secouer le joug et â vivre de brigandage ; il 
fallait empêcher que la terre devint déserte , inonlte , stérile : d'un 
bout â l'autre, rSupepe se couvrit de ser& enchafnés à la glèbe, 
c'est-à-dire de cultivateurs attachés au sol de père en fils. Maïs en 
même temps les ordres religieux se fixèrent aussi à la terre; les moi- 
tiés rasèrent lair tête comme les serfii, se condamnèrent comme eux 
au travail perpétuel, et leur apprirent que c'était là 1^le noble et sainte 
mission. On vit les fils de saint Benoît et de saint GoWmban défricker 
les forêts vierges de la France, repeupler les déserts de l'Alaaae et de 
la Belgique , s'enfoncer dans les vallées sauvages des Vosges et des 
Ardennes. Semblable à une ruche d'abeilles, cliaqiiie.menastère, à me- 
sure qu'il grandissait, en fondait d'autres autour de lui,, et eetle ligue 
de pieuse colonie , avançant toujours , traversant les flewrea et les 
montagnes,. eouvrit bientôt la France, passa le Rhin et eenquit l'Alle- 
magne tout entière. 

Peu è peu, à l'exemple des religieux, les ouvriers et les laboureurs 
se réunirent entre eux, se donnèrent une règ^ d'association, choisi- 
rent un patron, acceptèrent chrétiennement leurs labeurs, et les com- 
munes se formèrent k l'instar des communautés. Gbaque village, eha. 
que corps de métier eut sa bannière, son saint, son église, sa fête' 



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fOUTRlBR. 






J 



pitiwiale M. set joies du dimanehe. A mesure ^e les liommes s*atta- 
ehèmit au trafail, oo ne songea plus à les y contraindre; les serfs dis- 
parurent guand il n*y eut plus de Tagabonds, et si parfois le seigneur 
était trop dur, les villageois trop mutins « FÉglise s*interposait^ 
prêchant aia uns la douceur, aux autres le respect, à tous la 
charité. 

Yôilà en peu de mots l'œuvre de quinze siècles; voiU comment le 
tr^sjÊJl chriStien s^est implanté en Europe, encore plus par Tezemple 
que par la prédication. Pour bien comprendre cette révolution mysté- 
neuse« il faudrait pouvoir pénétrer dans ces cloîtres fondés du Vl« au 
Xl(«sîéclè, dans des temps de troubles, de guerres et de calamités; 
09 verrait. dan^ ces sanctuaires de Tart et de la science des milliers 
d^ouviiers accomplissant leur tâche de chaque Jour sans autre but 
que la gloire de Dieu et le bien de leurs frères : les uns cultivant la 
terre et se vouant aux métiers les plus humbles^ d*autres transcrivant 
des manuscrits, étudiant les belles-lettres ; les autres construisant ou 
décorant àeê églises , et préparant dans Tobscurité les merveilles ^e 
rar( gothique. Ii« sous Thabit rel^eux , le petit-fils de Clovis et le 
fils de Cbarles-Uariel rivalisaient d'humilité et d'obéissance avec le 
dernier des jnoines, et en les voyant tous courbés avec amour sous 
la loi du travail, comment le pauvre ne se serait-il pas senti consolé, 
fortifié^ encouragé, relevé 4ans sa vie laborieuse? Il faudrait ensu^le 
suivre dès leur iterceau ces «ûqporations du moyen-4ge » toutes for- 
mées dana un esprit d*as&uciation et de fraternité chrétiennes. On y 
verrait les peintres, aous le patronage de saint Lus« les «uiçons, sous 
le patronage de sainte JCaUberine, les orfèvres et les aerruriers, sous 
la bamiièra de aaînt JËloi, Jes cordonniers, sous celle de saiôt Cr^pin, 
se prêter un mutuelappui ^lans leurs besoins , se (aire honneur de 
travailler avec ordre et régularité, élire, comme les moines, leurs au- 
périeura et leurs représentants, et enfin mettre comme eux leur kxe 
le plus cher dans la «construction d'une cbapella ou d*une éjglise. 
Vainement la science y oherche-t'elle les traces de% associations païen- 
nes de la vieille Gersôanie» de ces bandes de pirates ou de guerriers 
unies pour les festins^ le pillage. U fiant être aveugle pour n*y pas 
vmrlea iruits de la ehncité «hsétiautte pioduisant et oiiganisant le 
In^vail. 

Aujourd'hui nous sommes habitués â ce merveilleux changement; 
aous voyauaaans admiration laJla du tiasesand. éUdah Jkuse oen- 
auaier sa lie dans un métier .t•is^ -et monatone, et le Jfils Ju paysau 
«oltiittr imic amour U champ ingrat et pierreux qu*ont cultivé ae^ 
firm^f Nous oublions ce qui les reUent à leur tâche; «e n*est ni leur 
nature toiyoui^ portée A la paj^esse. ni la cupidité ennemie de tout 
4évoue«ient» juais ibâen réOan de vingt. fénéffations laborieuses et 
iAré t ie naoa » qui leur iont <douné leur «ai|g • l^ur «xemplO;, leurs tra* 

Go «Mil de bnves/feua, difr^ou; ils aimeront ^leiQOUts leur iunîlla, 
lis «ont Tittbitude éa itraïaîl. A quoi lx»n leur parler- de (Dieut A quoi 
bon leur leadre lé dimaudie pour les. offices aile. latMiHne? Laia^. 
aez le bon Dieu aux saiivafes qu'il laat civiliser. 

Saas duute le dk 4u ehrâieu Mt aduvent.MCMB «a JitMiéte 
iionHne..Av6elei8iideaa«sèM, il/a suAiidesfpeînaipes:ie ^mriu «1 
d'honneur; il a appris à réspeeter^ou père , etuu-îoarié'aou tour il 
aimera aee-eufiuiAs. Mais sttn'értpaBlni«-mène religiCHx^é,'0«ilcat 
d'ê^ huanète làoiune, ilue.vetfeaipe pas son «aag àla aounoe sainte, 
son fila â kû ne seca plus ^'nn pauvÉ-e sujet. Le mauvais lond de là 
uature ImnMÔue'repMiidra ledhsiÉus; toujours prompèe â repousser, 
k niawfMBe èerbe èmnèiia aatossor abandomé; «elûi.qui n'apra pas 
af pris à aimer, â UBr«r*i«i Dieu>qni l'a o^éé:et quil^ aacbeté «ur la 
<rroiXi u'a iu w ta paaleè pareals qui ilnbauront lionne le jour^tqui Tan- 
runt péniblement élevé. A dix-huit ou vingt ans («ijttle voit que 
ttmp auuveet ), tl iquiHeni le tostpalemel, et tandis que aoupène et sa 
mèfe.'au «lérlin ée ieur-w, tfuîaefeat une vieillesse fsÉjpaée'et peut- 
^IM nusi'raWe. ^i dissipera a» Islies les aalaifes.dea«B plus Mies an»- 
nées, Viandia pour lui 4e juur du muiage; nuis i «'mua ai ipriaeipes 
d'ordre, et d':écoeomie, ni^Mbilnée de dévouement ^ dte reoonnai»- 
^ance. ni enfin cette bénédiction paternelle qui porte bonheur Au lieu 



des jouissances quil cherchait, il trouve blentât ton foyer 
assise de peines et de soucis. Le sahdre qui snfisaitl pane 1 m 
plaisirs au£ra-i<-3 i nourrir ses petits enfiûits ? Les aîfliera-t-i,WI 
qui n'a pas aimé ses parents? A quoi bon le bon Dieu, dtsieiHai 
tout à l'heure t A quoi bon la iamflje, vous répond-il msiotenasl!i 
quoi bon se iatiguer pour sa femme et ses enfants? Aussi, |uiH| 
pour lui la part du lion, l peme leur Iais8e4-il par pitié de quoi A» 
sister. 

Peu ineu les meubles du petit ménage fen vont au MobIdeMi, 
puis les matelas, puis le trousseau que la femme s'est préparé puM 
les veilles de sa jeunesse. Arrivé à ce point de jmsère, le nunasji 
supporte plus; il abandonne sa famille à la charité publique, et^cber- 
chant A s'iétourdir sur son crime, part pour un autre pays. 

Voili oA mine, au bout de deux générations, Toubli de Dies m k 
sa loi 

Que reste-t-ût un ouvrier qui travaille encore, qui peut4tre pe- 
duit et jconsouune beaucoup, et qui régulièrement met en drcolattoL k 
soir ce qu'il a gagné le matin. Mais quand il sera vieux ou naUée, 
qui le recueillera, qui le saignera? Il finira misérablement, oa bieii 
n'y a|»lns de justice au ciel. Et sa femme dont il devait être Up^ 
et le soutien, que deiiendr»-t-elle chargée d'enfants et plongée dan i^ 
misère? Plus nulhéureuee qu'une esclave, elle gagnera â gnnfTpeu 
quelques sous en <onsumant sa vie et ses forces ^ en iravaillaatjfli 
et nuit. Mais ses enfants « que deviend^mt-ils? comment senM^ 
nourris et instruits ? Sans doute, la charité leur donnera qoeiqnela 
un père, et le Dieu qu^on méprise veille encore sur eux. Cepen^Mt 
pente naturelle des choaes ne les uiène-trelle pas au vagabond^ 4 
î'inconduite? Pourquoi ne pas faire comme leur père, et pu sncci 
À qupi bon Pieu^ i quoi bon la famifie, disait-il? Mais â qasiiNa 
probité ? Si nous n'svonspas de gros salaires ni d'économies l 
ser, â quoi bon Respecter les économies et le bien des autrot 
4D:iQment qu'on ne travaille plus que pour soi et pour ses j< 
tous les moyens sont boas, et le voleur adroit fagne plus d< 
sa vie que l'ouvrier. 

Ainsi descendant par die^grés sur cette pente fiitale, l'honuM 
Dieu ne soutient plus arrive au désordre, au crime, et idors^posi 
la société* enfermé, condamné au travail iorcé.il redevient rédkafi 
l'esolavA d'il y a deux mille ans, cet ennemi qu'il faut suneîlkf^ 
fouet «t le /uaÛ ils main, cet être dangereux dont Toiaiveté sstleii 
en complots et quUl faut vainore par la force, dompter par h terni 
désasmer ^lar la fatj^e. 

Si vous voulex empêcher l'homme de retomber par sonpro] 
au niveau honteux 4es t£jup8,p]ûens« si vous voules qu'il respeeli 
jernblables, .qu*ilaime sa (kmiUe, qu*il soit capable d'un noble 
jKient. d'un travail libre et généreux, et d*un repos paiement 
aligne 4e Uii, respectes la part de Dieu et le jour du Seigneur. 

IMfutê m Goipa je^^ 



. 'III ■! \timmtmm»mm n * i n ut mm^mmm'mf^^f^ 

En etwayaM quatre pana êe ^Mfru-poiU dttng une iêttH i^N 
ckieàTaâraiè deU.'Bittfmr, éHUinar, 58,^iks<»nMd^jh|i 
tins, àPûHê,fmnuwnfram» H j^Uniùmr èktmnrm^tmm 

ayant pour titft 7 h 

GRAffiMAIRE GRECQ 

^ iu la ajvkfjm « • 
PAR JEAN-DADW FeTfVIEILLE ^ 

i PORT VOLUNU fH'ii. 

Cet aavrage , complètement inédit , sort' de 
un nouveau prafomme à\ 



Angers, imp. de Laine frères, rue Saint Laud, 9. 

Digitized byVnOOÇlC 



^_*j -. 



SJS- 



W 36. 



4 Janrlw IQOf. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis • 



ADHllIUTBATIOlf t 

H,4Bii ém Gnadt-Angiittiaf 
i I» Iftnirto dt BLÉBIOT, 

A PARIS. 



SOMMAIRE. 

LE CATÉCHISME , ptr Eugène PcneL. - LES C01CPA0N0N8 DE LA 
CROrX-D' ARGENT . par Clément JcsT. -> LA JOX7RNËE D'UN MISSION- 
NAIRE, par Louis Vidillot. — LA NUIT DE NOËL, par Eugène du 
MaRgirii. ~ JURISPRUDENCE INDUSTRIELLE. — AVIS AUX 
ABONNÉS. 



ASONIIBMBIITS D'UV AV 

iNrtir4il*'eéaiMiNii: 

Hàaai. . »' S •• 

BnoM . Éaira» R«b i'Ah, Tv- 

om ft'ÀH. S »» 

ÉTAn-Um M L*Aa«uQa m Na«» . T •• 



LB 



CiTiCHISME. 



Ce D*est paa 
eboee facile que 
de peindre la l^y- 
ôoDomiie hamai- 
oe et de repro« 
diiira aor la toile 
BOD-eeiilement 
b traila phyai* 
qoa, mais les 
lopreMiona di- 
renes qui vien- 
sent y traduire 
ktravaiJ.de Tin- 
teiligenco ou lea 
^motion a du 
î:»ur. Il est plus 
îifEciie encore 
peut-être de 
peindre avec vé- 
rité un groupe 
il'eofants, et sur- 
tout d'enCaola au 
i^pos. A cet âge, 
•ù les impres- 
Âoni iatërieures 
sont elies-mémea 
1»5s^ére», an- 
«Hie traèe bien 
•ensible n'en 
i^te bien long- 
t«nps sur le vi- 
lage, ce mobil 
niroir de l'âme. 
fi n'est pas non 
plus bien facile 
à9 mettre de la 
njïéié dans des 
iguies à peine 
iwaciériaées. 




C'est de toutea ceè difficultés réunies qu'a dû triompher Mlle Hen- 
«tfe Braw3, dans le tableau dont nous donnons la reproduction. A 
pirt troia tétea de garçons, malheoreusément étagées lune au-de»- 
«w de raatre» et qui ont un trop grand air de famille, elle a su 



éviter la mono- 
tonie et Tuni- 
formité dans ces 
physionomies 
d'enfants, réu. 
nia pour le calë- 
chisme. La peti- 
te fille qui est 
debout, récitant 
ou plutôt ne ré- 
citant paa sa le- 
çon, me charme 
entre toutes par 
sa mine espiègle 
et morfondue 
tout à la fois. Ce 
doit être une pe- 
tite causeuse, qui 
tout â l'heure au- 
ra vite oublié aa 
cpnfusiop pré- 
sentai mais pour 
le moment, quel 
air contrit 1 Je 
crois ao vérité 
que ses yeux ae 
gonflent de lar- 
mea, pendant 
que sa main cris- 
pik froisse sa 
ro^e q,u i n'en 
peut maia. Et 
quel regard d'in- 
nocente compas- 
sion lui Jette la 
groaae Joufflue « 
aMiee imi premier 
plan 1 Je ne pas- 
lerai pas en re- 
yue tous les au. 
diteuca du bon 
oufé, maia je si- 
gnalerai encore 
renfaiii qui s i|p- 



prete à passer derrière le pilier, sans doute pour faire quelque farce 
à ses compagnons. Seul, il porte déjà sur U figure une empreinte 
foHement accusée, mais c'est, hélas 1 celle de la disaimulation et de 
l'hypocrisie. L'obliquité do son regard et les rid« de aon/ronifont 



«88 



L'OUVRIER. 



.JAl^.wsi 



très-bien ressortirvpar le cootç^^^riogénuitéet la ciadear des 
autres acieurt d^etup petite écène. 

\ , EuGÉna PÉKEL. 

j'^ ■ » 1 > r 

II» 4;a|9|i^N(p^ DE U CROIX-O ARGKIir. 



f' r i-r »« 



; . '. ■":"■ •;■ ' 'c&ïtiiRE XXV. 

Louis XVI. 
•.. f V saï aai i i ê6l'»wjawrdr*lmt désert, triste, mystérieux; c'est un cadre 

~ craot lo laUcau a uisparu. • 

L*harmome de ses fêtes est muette ; Téclat de ses splendeurs est 
éteint. 

Le grand palais n'est habité que par le peuple sombre des anciens 
souvenirs : Tombre du passé erre pendant la nuit dans le* fOtridors 
étages jparJUan^ard, dans les bosquets arrondis par JblTKôtre. 

Si Ton sç perd dans les petits jardins de$ Trianon , au milieu de 
ces charmilles discrètes , à Tombre de ces arbres exotiques , le long 
de ces eaux limpides, amenées de si loiA à si grands frais, on s*arrête 
de temjis eu temps, croyant saisir dans le bruit des arbres, agités par 
le Vent,, des eyux sillonnées par let cygnes mélancoliques, un evoix se* 
crête; plainte de ces lieux solitaites. On écoute et il semble qu'on en- 
tend' le inot autrefois murmulê par le Tent, répité par les eaux, et 
porté par un invisible écho d^ charmille en charmille et de quinconce 
en quinconce. f 

Si , visiteur respectueu:r, on traverse ces galeries fastueusement 
décorées, aux lambris étirttelants , aux arabesques multipliées à Tin- 
iini, aux emblèmes entrilacés, aux glaces habilement opposées, aux 
ébloulssements magiquesl 6t que Ton s^arréte quelques instants seul, 
dans le coin de quelque |oudoir élégant, ou dans la vaste embrasure 
d'une dé ces gigantesques fenêtres, on lit, gravée par le temps et mêlée 
comme une ironie aux ditflres furieux, là date qu'avait, il y a cent 
ans, lè siècle qui n*est phis. 

Versailles est un cénotaphe iamense oi!i reposé, ensevelie dans un 
inceul séculalfe, la vieiSe monarchie française." 

Lè s^ir du f \ioût 179, il n'en était paé ainsi. 

Yersailléà Vivait, chantait, riait, s'agitait. Les cours du palais étaient 
pleines de moiivement. Les gardes, lAs différents corps de th>upes ap- 
pelés de loin pour défendre la royauté contre ses craintes, les o£Bciers 
fiers àe servir la cour, |es soldats friands dès grosses paies d'hon- 
neur, le domestique immense, suite de la noblesse groupée autour du 
roi, les' gens de M. d* Artois, ceux de H. de Provence, ceux de 
M. d'Orléans, tout ce monde aUlSt , venait , cherchait des nouvelles, 
en donnait: 

Les utts' parlaient de rAss^mHle, de M. Rîquetti de Mirabeau, de 
M. Maury','de M. dt; TaUeyrandi de M. dti Lifnyelte. 

Les autres parlaient de la r^tne; àm éloges in^ens^'s réfutaient d'in- 
fitmés (^alombiès ; les cbansons répondaient aux tii^tnsons; les épi- 
grammes ^ibouii£aîâiit les épiframme^ , et les i^ropûs se croiraient 
avant les éj^écs. 

Hors du château, le tumulte était immefise, dêm les co.urs, sur les 
avenues. '' 

Dans lè (Gâteau , les (jalenes, las conidors , \t& boudoirs , les sa- 
lons, lés antiehauibresi les escaliers, les f«stt!ïules regorgeaient 
de gentitshGfmnieâ. 

Au milteu de ce turnultâ^ aux causes multipliées, il ^ avait une pièce 
' silenHeu^. 

CTétah km petit cabinet dans lequel aucun bruit ne pénétrait. 

Les rumeurs Ûu dehoÉt tenaient s'éteindre aux portes de cette re- 
- traité, kéà énf tiEk)ubler le calme. 

la ffpitx^èHoiCht Wàtitiiiê. *- tôir l«i n- de f (Mener du 3 août «u S8 éé- 
eembc^ 



Lbs meubles étaient simples : une bihliothèqu*^«iin grand secré- 
taire, une petite table chargée' de ifcres H de papiffc. 

Le soleil couchant lilumattun reftel incandesceni â une belle glaea 
de Venise. 

Près d'une fenétréjUn homme étilit assis. ' « • 

Il avait la figure grasse ; de beaux Ji;ei|x.]^eus /largement jQ|U|i;t9i|L' 
étaient limpides , mais sans écfart ; le^ej^aH etîit dotf^^ffmraflr, tfn^ 
peu timide , point profond ; le front, très-arrondi , fuyait en arrière ; 
la forme aquiline du nez était altérée par l'i^mjïlear (tèlLfffitt^ biié^ 
coup trop développées et molles; les lèvr%s^ bien dépwiyées» -dtaitwl- 
épaisses, signe de bonté; la peau était finS', la fi^ffi^jkù^ tf/^^tf^^- 
mais un peu flasque. Le corps était gr^s, sans grande noblesse. Cet 
homme, c'était le roi Louis XV!. • .... a 

Homme de bien, plus courageux que Terme , plein de bonnes etde 
loyales intentions, préférant les expédients aux partis arrêtés et aux 
grandes résolutions, prompt dans ses enthousiasmes, plus prompt en- 
core dans ses oublis , l'âme ouverte à tous les généreux sentiments, 
et Tesprit fermé à quelques grandes idées, Louis XVI avait toutes les 
vertus privées de saint Louis , mais il n'avait aucune de ses vertus 
royales. 

Après avoir lu quelque temps, il s'arrêta. Ses regards se po^tèreoi 
mélancoliquement vers le parc immense , baigné à cette heure des 
lueurs obliques du soleil couchant. ' 

U vit les bassins étamés d'or par la churté ardente de l'astre penché 
sur l'horizon , les grands massifs assomkris et mornes éomme des 
tentures de deuil. \ 

Comparait-il tout bas la royauté è ce soleil tout-â-l'heuré dsparu ? 

Celte scène paraissait émouvoir l'âme de Lo^s XVI. 

H se leva, et, prenant sur la petite table, auprès de laquelFe il lisait^ 
une sonnette d'argent , qui portait ciselées les* armes dé FVad(le , fl 
l'agita. 

Un jeune page entra : il portait, sur un plat d'argent', lin^ lettré 
scellée de rouge. 

— Y a-t-il quelque chose de neuveau? 

— Sire, voici une lettre en forme de placel. 

Le roi prit la lettre , regarda un moment les armes du scêab. 

— Le blason des Rieux, dit-il, avec un mouvement de'sur|)rise: 

n déplia le papier et lut quelques mots tracés d'une édritul'e haute 
et ferme. 
Il releva la tête, juchée sur cette lettre, et dit au jeune pto^é : 

— Prévenez M. de Richelieu que j'ai à lui parier. * ' ' 

— Oui, sire, répondit Te page, et il sortit. 
Le roi resta seul. 

— Je croyais , murmura-t-il , en se promenant de long en large 
dans son cabinet, je croyais que les Rienx étaient tous morts.' 

La famille de Rieux était une des plus illustres de la vieille monai^ 
chie française. Leur noblesse datait de la croisade. Il y Svait eu tin 
de Rieux tué au siège de Césarée, sous les yeux de saint Loufs.' Au 
temps de U Ligue, les Rieux avaient guerroyé rudement contre le 
Béarnais , et s'étaient rendus des derniers aux avances et au {^rdcm 
d'Henri lY. - - 

Pondant la Fronde , ils s'étaient divisés. Un des Rieux avait cfaan- 
sonn'. Mazarin, et avait été décapité. Un autre avait seft! j^our le 
' cardiital; â la bataille de Bléneau , il y avait eu dans chacune des Beut 
armées trois blessés du nom de Rieux. - ' ' ' 

Cette circonstance singulière avait fait le sujet d'une épij^nrine.' 

Louis XVI se rappelait ces vieux souvenirs. Il connaissait toute^iès 
races et toutes les anecdotes de la vieille monarcliie, comme leS allées 
du grand parc et les bosquets de Trianon. < 

La portière qui couvrait la porte du cabinet se soulefa de ilDn- 
veau. 

Le page annonça : 

— M. de Richelieu. 

Le rei se retourna vivement. 

— C'est vous , Richelieu , fit-il en voyant entrer un gentilhonnlè 
haui de tdilie et d^une figure remarquablemenl bt'ile* 



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L'OUVRIER. 



tes 



— Sire, je mis k tos ordres, répondit le premier gentilhomme de 
h Chambre. 

Le page se retira : la portière retomba lourdement. 

— Qu'est devenue, demanda le roi, la famille de Rieux? N'est-elle 
pas éteinte complètement? Vous savex cela, Richelieu? 

— Je devrais le savoir, puisque votre Majesté me le demande» 

— ^aîs vous nd le savez pas t fit le roi avec un léger signe d*im* 
pitience. 

— Que votre Majesté me pardonne mon ignorance , mais nul â la 
çouf n^en sait plus que moi, et ne pouirrait répondre si la famitte des 
^ieux existe encore ou est éteinte? 

— Comment cela? reprit le roi avec un mouvement de curioâté. 

— Le duc Charles-Augusté-Théodore de Rieux est mort il y a dix 
ans : il a laissé son nom, ses armes et sa pauvreté à Louis de Rieux, 
son fils. 

— Son fih uniquet 

— Unique. 

— Et qa^est devenu ce Louis de Rieux? 

— Il a disparu tout-â-coup, et nul ne sait ce qu*il est devenu. 
-^ A qud pro^sf\{uelle cause attriboe-t-on à cette disparition? 

— On a préiteildu que le jénnè duc sMtait tué pour se punir d^me 
facfte à ses jeviffrfénrissiBle. 

-^Geh lie'peiit être, répondit le roi avec calme. Les Rieux ne se 
tuent pas ; ils sont iyrvres et ib croient en Dieu. 

— Pfàsieilrs onY freàsé comme votre Majesté ; alors de Rieux serait 
èairê â ^k Trappe im i la Chartreuso. 

— Non piusV Tepi4t le roi. Les Rietft tiennent à leur race, comme 
"i Hfni hoitteiM Ife duc dé Rieux ne veut pas me laisser son duché 

en mourant. 
^ ' hétnrfA qtiestioimeiir réOéchît pendant quelèiues instants. 

-—La faute que le duc Louis avait commise offensait donc son 
■f^snenr ? tlentandi le roi. 

«^ Mon, ttiâis cehJii d'une femme..... 

— D'une femme de la covr ? 

^^IfoM DléUj non, il Vagissait d'une bourgeoise, delà fille 4*un 
pelH âëri¥«ln')rfiilo8ephe, aux gages de T Encyclopédie. 

Lefiëilnei' gentilhomme dé la Chambre allait raconter, avec la lé^ 
gèreté si frivole et si coupable du temps, la liute du dnc de Rieux. 
LoDÎs XVI'lHftterrontpit. 

— Richelieu, dit-il, les filles du dernier bourgeois méritent autant 
le ieepcei4b^nn ^enliUiemBie que ies piemières dames de France : en- 
tendez-voos? 

riinUiiéi ifi ^pM votre iiajetlé me fût rhonnenr de me ^ap- 



fi y^«iti;iqi toèa^foort moment de silence. 

— Et le père de la demoiselle trompée, qn*a-t41 &it?denuinda le 

MS.' : . ' i 

«— il a espoené ea fille en Amérique avec loL 
. ->^£n^ Amérique? 
•» Oui, Bire« 
^ &L«bi-â revennt 
«•^lUen-eat revenu, mais seuL 
«^fitflu^le? 

— On prétend qu'il l'a tuée. 
«^fitieduedeRiièux? 

<- Le4ue a disparu à la même époque , plongé dans un profond ' 
• déae^r» et jrepenlani de sa faute. 
' «^CHbes die .son crime. 
ii^ i)e.seifc erimot 

Louis XVI s'arrêta, s'assit sur un petit canapé placé devant sa bi^ 
.htieiyqiie. il paraissait profondément ému de l'histmre si dramatique' 
dont 11 venait d*enlendre le récit. ^ C'est étrange ! murmurait-iU 

^ On ne voua a JaoMdanen dit depuia lora du due Louis do Rieuif 
demanda- 14. 

^ IL Thiroux de Crosne prétend que le duc de Rieux a qailté 
aon nonit m* armée et la ne ^il menait poor se faire ouvrier, et 



travailler de ses mami. 

— Quel conte ! 

— Votre Majesté a TitUm , et c'est li tans doute U fable de quel- 
ques romanciers. 

— Quel état aurait-il fait? 

— Charpentier, comnia Pierre-le-Grarm* 

— C'est bien, Richelieu, je n'nï \Am besoin da vous. Dites 4 M. de 
Fronsac d'introduire auprès de moi M. Louis de Rioiw, qui «et thet 
lui en ce moment. 

Le premier gentilhomme de la Chambre Itissa voir les signes de 
la plus grande surpriât^: ; le roi ne put se défendre d'un' iou rire en 
voyant les yeux du gentilhomme et sa bouche âises mal garnie s^eu- 
vrir démesurément. - -r j i- ^ ^m -^ i-> , ti ., 

Le due* de Richelieu sortit. sïi* >?rfiv ici-q l/Jf 

Quelques instants apn s ^ maître Louis entrait dans le cabinet du 
roi et s'inclinait re6peï-tin*useînenl devant Lomiïi XVL 

H était vêtu avec iin« iimpUrité sin^Uère i sa figure était tiiste. 
Ses manières étaient^ flevant Le roi, celles d'un gentiLhooime'^bilué 
à réUquette 4oa cours et ratmlier du château. 

— Duc de Rieux , dit Louis XVI , on ne vous voit plus I Ver^ 
sailles. 

— Gela est vrai , itre , mais les gentibhommes ne manquent pis à 
la coiir de France. 

— Les de Rieux manquent où ils ne sont pas , eat tU ne peuvent 
être remplacés, répondit le roi avec un sourire gracieux, 

L«s joues de mettre Louis bo coloférent d'eue roufeur subilA.-- 
Le roi, cfui «'était levé en entendant Entrer roaîtfc iooi*, 8*asfit et, 
avec une familiarité charmante, il ûi signe à maître Louis de pï^ndce 
un tabouret. , •[ -- 

— Asseyez-vous , duc de Rîeux , et centea-ïious ce qiJ vous 
amène. 

S'asseoir devant le roi était un bonneur envié, rare^ accordé i fort 
peu. . 

Maître Louis s*assit. «t 4^i fi«| ««if salait 

— Parlei, fit le roi» i*écoule. i . l . . . .... 

— ' G'eet une longue et triste histoire, fit le Jeune «me» 

— Racontec-la pourtant, et sans rien passer. 

Maître Loiis raoenta la vie qu'il avait menée depuis dix ana» 
Ce que le duc de Eii:h»Ueii avait rapporté au rot, comme un soup- 
çon, élaif la véât^ 

— Et voua voua 4t€a fait charpôntier ? dep^da Louis XVIi en dis- 
limulant rémotion qui le dominait, quand Le récit de maître Louis fpt 
terminé. 

— Oei, sûre, -^.^et pr^i^ntajit «es mains gantées ^ ^ ai cet m^ns 
étaient nues, volM Majesté verrait qu'fflles «ont dures. 

-—Vous vous êtes imposé un rude chiLim^i^t* 

— C'est vrai, sire , mais je ne me croyais plus le droit de porter 
répée d*un gentilhomme, et je ne voulais poin^^u'un de liteux restât 
inutile i aon toi et i son pâ v$. 

Le roi parut réfléchir quelques instants, puis^j^gleïaal k tète : ^^ 
Vous m'avei demandé une audience, moiiâieur de lUeuxf ie vous Tai 
accordée, qu'a vez-vous âme dire t ^,^ ^^^ 

^-— i'ayais une justice à demander k votre Majesti. ^ê^i m^ 

— Ah ! une grâce, fit le roi d'un air annulé. 

— Que votre Majesté me le pardonnai Je ne viens pas to^lorer 
d'Elle une faveur. 

— Parlez, mfnaieur, répondit le roi , irappé de la frandusç pleine 
de douceur de cette parole. 

Maître Louis raconta avec une clarté merveilleuse les faits qui aT^ient 
amené remfjriiwnpement de VÉveilIé , du Mtrsâilkis ni 4^ Vkxné^ 



I 



ricam. 



Le roi écoutait reU|iGUiemént, 
Tout4-ooupil interrompit le récit 

— Monsieur de Rieux, dil-iU 
«-SirOt répondit maîlro Leuia. 

— Vous êtes Compagnon t 



.(it>lâ tjiif IntÊ^' 
<rut*c^eiif iM-* 

e|^ (««lis 



I 



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\ . 



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184 



L'OUVRIBÎf. 



— Que ^otre M*je«t4 pe peruieUe de ne pas lui répondre »ur les 
fuestiont tju'Elle m'adresierait à ce iuieil 

-* Pourquoi cû^l 

— Paree que j*ai promiB le leçret* 
^- Un f ecret afatolu t 

— Absolu * 
*-Mêm« pour le roi t 

— Même pour le roi « 

— Je counais le Corapagnonnagfl, reprit Louis XVI. J'en ai entendu 
dire beaucoup de mai et beaucoup de bien: Pouvei-voua me dire ce 
fui en eatt 

— SÎPt, îe ne puia pas parler à totre Majesté du bien, sans lui dé- 
noncer le mal, et je ne têuï pas auifre ce dernier parti. 

Louia XVI parut vivement cofltriirié de la résistance qu'il ren- 
contrait. 

— Mais, moDsieurf si k roi commande, on doit obéir. 

— Oui, aire, i mobii ijue le roi ne commande quelque chose de 
mal, auquel cas on a raison de lui résister. 

— Monsieur de Rieux, fît le roi, et il désigne du doigt la porte par 
laquelle était entré maître Luuis. 

Celui-ci s'incîijia. 

Le roi tout-l coup le ravismt : 

— Monsieur de Rieux , vous n'tvei point de secret pour vos frères 
les Com paillons t 

--* Non, sire. 

— De ûçott que tous me diriei tout ce que je désire savoir, si, au 
heu d'être le roi de France, j'étais le dernier des outriert Compagnons 
Je mon roiaumef 

— Oui, iifi, 

— Quelles iOfit tes eonditions pour être reçu Compagnon? 

^- Être cbrélien , savoir travailler de ses maint , et subir une 
Iprenvt. 

Louis 3LVt se leva : H se dirigea vers k petite table sur laquelle 
étaient étalés les papiers. 

— Regardez bien, dit-il. 

Maître Louis suivait du regard tous les gestes do royal persomiage. 

U table était armée d'une foule de serrures : c'éUit un chef- 
d'œuvre de chirpentâfie. Des petits tiroirs à seeret, la disposition sa- 
vmte des pi^ds témoignaient d'un travail excellent. 

Le roi, avec un mouvement d'orgueil mal dissimulé, 'demanda â 
maître Louis : —L'ouvrier qui a Tait cette table lerait-il digne d'être 
raçu Compagnon Y 

—'Oui, sire* 

^ Peut-on diipemer de la troisièine condition nécessaire , dites- 
vous, pour être admis au Gompagaonnage, de l'épreuve? 

— Oui, aire, dini les cIrconsUnces graves. 

Le roi laissa errer sur ses lèvres le sourire plein de finesse et de 
bonhomie, ramilier aux Bourbons. 

— Monsieur de Bieux, dit-iU le ^uts bon chrétien, Touvrier qui a 
fait ce meuble — et il montrait la petite table, — c'est moi, et quant 
aux ctrconstaineeSt celles au milieu desquelles nous vivons sont graves 
Pou vei- vous me recevoir Compagnon? 

— Voua, sire? s'écrti maUr^ Louis, frappé d'une surprise plus facile 
i comprendre qu'à raconter, 

^MoL répondit Louis XVÎ. 
^ Mab,,*. fit maître Louis* 

^^ Voyex'voui quelque obstacle t demanda Louis XVI. 
Le maître Cooipapon leva au ciel un regard plein d'une ineffable 
reconaaissance. 

— Aucun , répondit-il, et il ajouta se parbmt à lui-même : t Mon 
rê¥ftseréaUierail-ilTi 

^ Quel rftft? demandA le roL 

— Obi sire, s'écria mattre Loaiff, taisfez-moî vous le raconter, 
ce rèfeeDchenieurf dont la macçie t^elatantea depuis bien longtemps 
iltumiDémon ccBur tl fait battre plus vite le sang dans mesvdines. 
Oui, tire J ai r«vé qo il arrivenit un jour où dans notre beau pays 



de France il n'y aurait plus de divisions , plus de haines , plus d« 
partis acharnés les uns contre les autres ; un jour où peuples et roi» 
unis par le sentiment commun des devoirs imposés par Dieu aux so- 
ciétés humaines , marcheraient d'accord k la conquête du bien ; ua 
jour où le dernier sujet du royaume s'élèverait sans orgueil jusqu'au 
trône de France, et où le roi de France prendrait pour ne la plus 
quitter la main du dernier de ses sujets ; un jour où le roi serait U 
peuple , et où le peuple serait le roi ; un jour où le mot concorde n$Br 
placerait le mot lutte ; un jour où une Fraoce nouvelle s'élancenît 
radieuse et libre i la propagation des idées vraies, à la défense de la 
religion , à la cqnquéte de la liberté, Sire , cejour n*est-il pu arrivé? 
La royauté ne se fait-elle pas peuple au moment où Votre Miyesté prend 
pour manteau royal le vêtement de travail de l'ouvrier. 

Mattre Louis était exalté ! le roi était visiblement ému. 

Le moment fut suprême où les deux hommes s*embrasaérent pour 
l'accolade qui faisait de Sa Majesté Louis XVI, roi de Franoa, un Com- 
pagnon de la Croix-d'Argent. 

Maître Louis et son royal compagnon causèrent longtemps ensem- 
ble. 

Vivant depuis plusieurs années an milieu du 'peuple» maître Lonit 
connaissait ses besoins. Son esprit, instruit de bonhe heure et ouvert 
par une excellente éducation, s'était enrichi d'une foul^ d'expériencaa 
précieuses. Il avait modifié les théories abstraites de la pensée spé» 
culative par les enseignements de la vie pratique. 

Le maître Compagnon était devenu un grand homme d'état 

,Sur toutes les questions sociales il avait des.ijéesjustea qu'il expo- 
sait clairement, et dont il montrait la réalisatioa facile. 

U voyait les obstacles, les regardait en (ace ai savait bientôt lo 
moyen de les reuverser ou de les tourner. 

Le roi avait Tar^ de bien conaattre les hommes; e'jtait ches hiî mm 
instinct de race. . . / 

Incapable de juger les sentiments d'une foule, d'entendre les eoi^ 
scils de l'opinion publique, il appréciait d'un regard les individus^ ot 
savait prendre les avis d'un homme supérieur. 

n n'eut pas de peine i reconaatlre que mattre Louis en était im. 

— L'un des devoirs du Compagnonnage n'eat-il pas qua las Caoh 
pagnons s'aident les uns les autres de toute leur ] 
da-t-il au maître Compagnon. 

— Oui, Sire, répondit celui-ci, ne sachant pu trop où an ' 
venir son royal interiocuteur. 

— C'est que, répondit le roi, ja vaux remplir i 
en conscience. 

Il se fit raconter toutes les habitudas du Gompagnonaga, laa réu- 
nions ches le père Brûlot, l'auberge de la Croix-d'Argent, la dacteor 
Guillotin et ses bons conseils, leBouleur, les soupçons qui avuentm 
instant plané sur l'Éveillé. 

C'éUit un des défauts de Louis XVI. Il s'inquiéUit trop des déCaib. 
Son âme naturellement bonne aimait â taire du bien à qnnlqwfta i«a ; 
il oubliait quelquerois que le devoir d'un roi est de aa s'attacher à 
personne, mais d'aimer tout le monde. 

Louis XVI, dans cette soirée, qu'il passa avec maître Lads, a*ifllé» 
ressa aux petits événements de l'auberge da laCroix-d'Aifaat,€oaBmo 
si le rQyaume de France eût dépendu de ces quelques ouvrien aluv* 
pentiers. 

— Je veux, dit-il à mattre Louif, donner an Compagnon de la Croix* 
d'Argent un gage de ma bonne volonté, at payer ma bîeB-^mroa. Voua 
direz au père Bmlot — c'est ainsi que vous l'appelet, n'ast-oa past-* 
que je signerai le contrat de sa fille quand il la mariera. Voas voua 
présenterex avec cet ordre de moi aux prbons et vona-rendrw k 
libf'rté k rÉveillé et à votre Marseillais. 

En disant ces mots, il remit à maître Louis un ordre da 
liberté. 

— Quant I vous, mattre Louis*., il parut réfléchir. 
Après un moment de silence il sonna. Un page ente. 

— M. de Richelieu, fit le roi. 
Le pige sortit. Un moment aprés^ M. de AiaheUeii aatii. 



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L'OUVRIER. 



m. 



Le roi , s'adressant an premier g^tiUramme de la chambre ; 

— Monsieur de Richelieu, dit-il, toutes les fois (pie M. de Rjeux. 
vendra me parler, tous l'introduirez près de moi. 

MaHre Louis s'inclina. 

-- Ce n'est nas tout, fit Louis XVI, et s'adressant au maître Com- 
pagnon : Demain tous TÎendrei â mon Conseil ! tous entendez» M. de 
EUeux. 

— Sire, f obéirai! 

Quelques instants après* maître Louis sortait du château. Quand il 
trayeru les salons pleins de gentilshoqunes , il entendit quelques pa- 
roles qui ajoutèrent encore à son émotion. 

«- ToiU le ttouTeau ministre I disaient les uns. 

— C'est folie d*écouter un pareil homme, murmuraient les. autres. 
Une demi -heure après, maître Loub racontait au docteur Guillo- 

lin , â Chopin et à la Miette son entrevue avec le roi Louis XVI , et 
comment il y STait dans le Compagnonnage un Compagnon de plus , et 
quel était ce Compagnon. 

( La suite eu prochain nmUro,) ClAvknt Just. 



LA JOURNÉE D'UN HISSIONNAIRB. 



le connus l'abbé Planson » d^ fieux^ on, pour mieux dire» déjà 
Êtigné, car sa ?ie si longue par les oeutres fut en réalité bien cour- 
te, n raourat afmt cinquante ans, ayant mis, comme il le disait lui-> 
même, les morceaux doubles. Mais Û n*était pas une ville de France 
qu*il n*eât- é^angélisée » et quelle campagne a<-t-il traversée, dans 
quelle église de village s'est-il arrêté pour prier sans y annoncer la 
parole de Dieu? Des fruits abondants, humbles devant le monde, 
prêôeux devant Celui qui pèse les âmes et qui les créa toutes égales, 
germèrent et mûrirent sous le sol arrosé de ses sueurs. Dieu sait ce 
qu'il a fait, nous ne pouvons pas même Timaginer. Il possédait 'un 
don particulier pour ouvrir les cœurs, po)ir les attirer» pourrez en- 
rhaiiief au travail de la charité. U fondait partout des sociétés^ de 
bif^nfaisance, non pas philanthropiques, il avjiit horreur de ç^Uef-M, 
mais cathoHques, occupées surtout du besoin spirituel dit ipall^u- 
reux , à quoi la philanthropie ne songe guère. Quaînd ces spciété<| 
existaient déjà, il les réformait, les laissait en partant plus chrétMq- 
neg , plus riches , plus solides. Voilà ce que j*appelle faire un lj|en 
qu'on ne« peut imaginer ; car on saurait en combien de lieux et com-i 
bien de fois il a prêché, combien de gens il a convertis, com^^jp i{ 
en a cenaolés , combien il en a sauvés à l'article de la mort , oe ne^ 
serait rien : il faudrait sAvoir combien d'autres sont et seront prê- 
ches , eenvertis, consolés , délivrés de leurs péchés à Theure jiu|rêf 
ne, par les ceuvres qu'il laissa derrière lui , pleines de charité ; c'es^ 
ee qui est incalculable. Jamais il n'eut d'autre propriété que sqn^fé* 
vbire el sa soutane, et il fit bâtir plus de vingt églises, plus do cin- 
quante maisons de refuge ; jamais il ne posséda dix francs â b| f^is; 
jamus il ne dépensa trente sous pour son dîner , et il versa des (piiil-* 
lions dans le sein des pauvres. 

Il était plus naïf qu'un enfant, et parlait de ses travaux sans ^dou* 
ter qu'il eût fait quelque chose. Voyant uniquement la miséjp^or- 
dieuse intervention de Dieu dans tout ce qui arrive de bon au^ hom* 
mes^ il comptait pour rien riostrument dont Dieu daignait se servir, 
iurtout quand cet instrument n'était autre que lui-même. Je mis ii 
profit CjeltfS simplicité , dès notre première entrevue, et je lui fis con- 
ter de merveilleuses choses. Je prends au hasard, dans mes souvenirs, 
le récit d'une des journées du missionnaire à Paris, où il .était veau 
pour se reposer en veillant â diverses affaires de sa communauté. 
Nssé-je, rapporteur fidèle, rendre i ceux qui ont connu le saint» 
quelque chose de ee dmix et naïf accent qui remuait les cœurs. Je le 
lusse piller. 

i J*<i|ii tHiiêhmm hmê f#ir wa pwff» bonoM dont j'itmi 



pu, la veille, obtenir l'admission dans une espèce «lllApîtal pMtieo-*. 
lier, fondé par des gens que je ne connaissais pas ;, de bien saintes 
âmes ! Ah monsieur, que dirons-nous au bon Dieu, nous autres prê- 
tres , quand il nous montrera ces laïques dévoués? Mais dès qu'il y. s 
quelque part un hôpital , il y a des gens qui se battent à la porte 
pour entrer. J'avais dix fois traversé Paris sans venir à bout de faire 
agréer mon candidat. J'importunais ces excellentes gens , je les fat^<- 
sfuais. j'en étais honteux; d'autres i leur place m'auraient chassé; 
enfin , un lit est vacant, on me le donne. Voilà donc le pauvre bien 
placé, bien soigné, en bon air , une sœur de charité pour le sertir , 
un prêtre zélé dans la maison pour le conresser , pour radministrer ; 
si Dieu veut qu'il guérisse, une chapelle Q^ il pourra entendre la 
messe tous les jours pendant sa confaleacence, etia foi ravivée quand 
il sortira; s'il meurt, toutes les r^cilitéa de mourir en sâint. Je ne le 
pWÛQS pas. Mon cher ami , les hommes qui ont peur de Ht^pital ne 
font pas réflexion que l'hôpital, c'e^t comme U grande porte du Pa- 
radis ; y a-t-il un endroit au monde , excepté les couvents , où l'on 
soit plus assuré de bien mourir 1 il ne faut vraiment que la vouloir. 
Ces sœurs ont une grâce pour vous préparer â la mort h.. Quand je 
vois passer une civière, je me di^ - Gloire à Dieu, encore un prédes* 
tiné! 

f Ce n'était pas tout : mon malade avait une petite fîlle qui ne 
laissait pas de nous embarrasser^ j'y songeais en allant dire ma messe. 
A point nommé , sous le portail de Saint - Sulpice ^ je rencontre un« 
dame, que l'on m'avait fait remarquer la veille, et qui était bien digne 
en effet qu'on la remarquât : U comtesse de *" qui, depuis quarante 
ans, a nourri et sauvé plus d'orphelins que n'en fit mourir le cruel 
Ilcrode. Une foi de saint, un courage d'apôtre, un cceur.... je ne puis 
le comparer qu'au coeur de Marie . la bonne mèreî Son temps, sa * 
fortune, sa vie, elle a tout donné. On voit toujours chei elle,.*.* ah I 
quel spectacle! plus de cent petites 6Ues, qu'elle nourrit, qu'elle 
habille, quelle élève, qu'elle place, qu'elle n'abandonne jamaii. Je 
r^borde. — Madame, j'ai une entant de sept ans, son pm est k 
riiôpital ; pas un parent, pas d*autre ami que moi dans le monde, pas 
d'autre espérance que Dieu et vous. Je vous en conjure, prenez cette 
enfant. — Hélas ! monsieur l'abbé , je ne saurait où la mettre* Tous 
mes lits et tous mes berceaux &ont oi^fupés. — Je le sab bien, ma- 
dame; mais que deviendra-t-elle si vous la refuset? Nous étions jus- 
tement au temps de Noël. Il faisait un froid Ipre et i^enélrant. -* Ma* 
datfie, poursuivis-je, au nom de Joaeph et de Marie renvoyés des hd- 
tellcries de Bethléem, au nom de Jésus pauvre et nu dans U crèche» 
pr<:nez mon enfant. — A qui ai -je l'honneur de parler, me demandi 
la bonne dame? j'aurais voulu »Hre cardinal — [Uhs^ dis-je, un 
pauvre missionnaire, qui n'a aucuue recommamhtion près de vous; 
nuis cette petite 611e se recommanda, de Jésus souffrant. Voyei com* 
me il dit froid ! Quant à moi , je suis Tabbé Planson , missionnaire. 
Gioiriez-vous, mon cher, qu'elle me connaissait! — L*abbé I^lan^on i 
dit-elle, j'aurais dû m'en dout^. A Dieu ne plaise que je vous refuse. 
Venez chez moi à trois heures. Je n'ai pas de place^ mau, s'U plail à 
Dieu, nous en trouverons une quelque part. 

» Je vais dire ma messe, bien content, le c^ur plein d'actions de 
grâces pour l'enfant Jésus ; car , Dieu merci « j'ai toujours vu la Pro-* 
videnq^ arriver â temps .pour relever ceux qui n'avaient plus d'appui; 
jamais je n'ai douté d'un miracle, quand j'ai pensé qu'im miracle 
était nécessaire aux malheurijui: , et rien ne m'étonne dans tout CQ 
que Dieu fait ; mais rien de ce qu'il fait ne l'acoompUt que je ne 
m'i' merveille et que je n'aie le cœur épanoui de recoimaiisance, 
comme si je voyais mon bon m;iïtre manifester sa miséricorde pour 
la première fois. C'est la vie du prêtra et du misiionnaire : aucuft 
homme ici-bas n'a été plus heurnui que moi. 

» Ma messe dite, mon action de grâce achevée, je commençus I 
sentir que j'avais besoin de manger un morcenii. J'éUis trop pressé/ 
Une jeune personne vient.àtnoî , dans Téglise. J^ls recounais pouf 
ravoir vue et dirigée cinq ou six années auparavant durantuoemti- 
iiond^issez longue durée. Bonne ciéature, âme candide, e&pnt 
Jgfens etcbgrmant*-^ Vous toM^ ma chère Louisv ! %u r Je r avais vue 



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S8S 



L'OtrVRIER. 



f] jeune, ifue je la nommais ainsi, tout familièrement, ne songeant plus 
au tem^ qui s^étàit écouM. — Je ne suis plus Louise , me répond- 
eDe, je suis madame une telle. Et elle se mit â pleurer. Puis, me 
présentant un pauvre petit être rose et joli comme un ange : Bénis- 
sez ma fille, et qu^élle soit plus heureuse que sa mère ! 

$ Louise était bien vêtue; son visdge triste n'annonçait d'ailleurs, 
Cl h maladie, ni la misère, et l'entant resplendissait de santé. Je vis 
de qiioi il s'agissait ; ménage troublé, plaie terrible, où nous ne pou- 
vons guère apporter de remède. 

a En effet, un musicien, un poète, je ne sais quoi; un homme 
qui a de la réputation et 3u talent, â ce qu'on assure... vous connais- 
sez peut-être cela, vous, mais je ne pui»le nommer, s'était fatale- 
ment épris de cette candide Louise, s'en était fait aimer, et ne pouvant 
sans doute la séduire, l'avait épousée. La malheureuse refusa un hon- 
nête |;arçon qui la pleure encore, et qu'elle a bien de la peine â ne pas 
regtett0r aujourd'hui. Enfin!... je lui demandai si son mari l'avait 
abandonnée. — Hélas! me répondR-elle, il ûutpis, s'il est possible. Je 
reste souvent plusieurs jours sans le voir..., et il amène chez moi... 
Ses pleurs lâ^ulltïquérent. Je frémis de ce qui powait se passer dans 
lé cdBur de cette jeune femme. — Ma fille , continuai-je , êtes- vous 
restée ^dèle. i la religion ? — Mon père , reprit-elle , je suis si mal- 
heureuse et Dieu m'éprouve si cruellement !... Je viens quelquefois 
pleurer dans cette église , mais j^ai négligé tout le reste , et ma fbi 
s'est bien afiaiblie. M*** est tout-i-Tait impie , et de mon malheur 
même, il se fait contre \à religion un argument que j'ai trop écouté. 
. Hier, je lui reprochais de m'oublîer. — Je fais, me répondit-il, comme 
ton fidèle Jésus ; demande-lui qull me ramène ! Elle m'avoua qu'elle 
ne s'était pas approchée des sacrements depuis Pâques, c'est-à-dire de- 
puis près d'un an, et qu'elle n'avait point de directeur. — Il faut vous 
confesser, lui db-je. — Oui , mon père, reprit-elle avec un courage 
admirid>le ; il en est temps ! Elle donna sa petite fille en garde à la 
loueuse de chaises, et je l'entendis tout de suite. Ah! vigilance de 
mon bon maître , qui ne veut point que ses brebis s'égarent , et que 
le loup ravissant les dévore ! Il me fut bien facile de faire accepter à 
cette pauvre femme toute la rigueur de ses devoirs, et je la communiai 
après sa confession. Au pauvre malade , Dieu avait donné un asile ; 
â l'enfiint orphelin, il avait envo^^é une mère ; i l'âme éprouvée, com- 
Inttue, il se donna lui-même , avec une surabondance de force et de 
foi qui là mit en mesure d'affronter le péril et de porter le fardeau de 
sa destinée. 

• La petite fille de Louise n'étùt pas encore baptisée. Ce fou cruel, 
qui abreuvait sa femme de chagrins, ne voulait pas que son enfant fût 
rattachée au del par le lien sacré qui nous sauve. Il jurait de tuer le 
prêtre qui oserait faire le baptême. Vous comprenez que la menace ne 
m'intimida guère. Louise étant décidée â tout braver, je la renvoyai 
ehez elle, lui donnant rendez-vous â l'église pour midi, avec une mar- 
raine. J'avais mon idée sur le parrain ; une idée qu'elle trouvait im- 
praticable. Vous aHez voir si Dieu est bon. 

a Je courus... ma foi , je pris un cabriolet pour aller plus vite; je 
covms au fond du Marais, et je trouvai, dans une maison noire, au 
dernier étage, une espèce de vieux Flamand qui semblait n'avoir pas 
d'autre occupation que de fumer sa pipe et de vider son cruchon de 
bière. C'était le beau-père de Louise, qui vivaitli des rentes <fne lui 
fiiisait aon fils; des reiltes assez maigres, conime vous pensez bien; 
mais, enfin, il en vivait, et j'en eus meilleure opinion de notre gar- 
nement. S*il abandonnait sa femme , du moins il n'abandonnait pas 
son père. Cest une remarque â faire , et je l'ai toujours faite avec 
beaucoup de consolation, que Dieu se ménage presque toujours dans 
\es âmes les plus abandonnées, les plus ingrates, quelque petite porte 
par où il y pourra rentrer, un petit recoin où reste une petite vertu 
qui' parle de lui. Cet écervelé de poète a certainement la mine tie 
vouloir mépriser tous les commandements de Dieu et tous ceux de 
ll^ise : EÎi bien ! non ! je le surprends en flagrant délit de piété 
filiale : Pire et mère hanortnu § 

— Ion bon abbé, lui dis-je, permettez-moi d'enlever â votre cha« 
fW une erraur li douce, le eroii qoe votre homme nourrit son père, 



mais je doute qu'il l'honore. Si ^ns saviez ee ipie c'est qu'un ^Ire, 
pour ces gens-là. ^- Allons donc, rigoriste ! s'écria l'abbé Planson^ Je 
sais qu'il ne faut pas demander â ces étotfrdis des raffinements et des 
délicatesses ; mais s*ils n'honorent pas leurs parents, ib n*eir ont qae 
plus de mérite â les nourrir. Quand je leur vois les vertus des sali* 
vages, je suis fort content d'eux ; !eur fonds est méilleitr que leurs 
maximes. 

« Je trouvai le vieux Flamand très-bonhomme , et pas du tout en- 
nemi de là religion. Je lui fis comi^endre ^nH Maît que sa petite- 
fille fût baptisée. A vrd dire, il n'en voyait guère la nécessité^, mais il 6ô 
rendit aux raisons de sentiment. Pat bottheur. il aimait Louise. H ma 
parla de sa défunte, de Son jeune temps, de son pays. Providence'^e 
Dieu, qui songe à tout ! J'avais justement risîté son pays; j'avais prê- 
ché dans l'église où il fîit baptisé lui-même, et cette circonstance nous 
mit au mieux. Je bus delà bière : A votre santé, monsieur le curé! — 
A la vôtre, monsieur un tel ! Véritablement f aurais fiimé s'il VaYait 
voulu. Pourquoi pas? Saint Paul et saint Pierre mangeaienl bien avec 
les gentils. Bref, en taoins d'une heure, je décide ee brave bomôie â 
devenir parrain, et Je l'emmène. Nous ti*ouvons Louise â l'église, avec 
sa mère qui devait être marraine, et l'enfant/ Le baptême est fait; 
voilà cette jolie petite devenue chrétienne. Louise plus heureuse qu^eUe 
ne l'avait ét4 depuis a^n a^^ri^ge, .et» celqui n'esf point |i'/ié4^igner, 
le père du mari et la mère de la femme qui s'étaient un peu brouillés, 
se réconcilient, unissant leurs manm «tieurs coeurs sur cette tête in- 
nocente. Au fait , je crois qu'on peut bien abjurer ses rancunes dans 
une pareille occasion. Mais dites , vous qui faites de la iittéràtim, 
j'espère que le missronnaire a joué un fomein tour i l'homnie de let- 
tres? Eh bien ! il n'en a pas été fâché. Le soir, Louise fui apprit ^[ne 
sa fille était baptisée, et ({ue croye^^ous qu^tl a fitii, eet origînaMât 
U m*a envoyé ses œuvres , des contes, des romans , des vers ; haut 
comme cela ! Des ouvrages, ma foi, très-èien imprimés ! Ça m'k para 
un peu frivole , mais je tâcherai tout de même de les lire. Bans le 
fond, je le crois plus étourdi que méchant. (Test comUM beiniconp 
d'autres de ces gens de lettres : ils écrivent, ils écrivent ; ils ne se dou- 
tent pas seulement qu'as couchent sur le papier des hérésies atissârdes, 
car ils ne savent rien de rien. 

• Mon cher ami, vous croyez que k journée est finief Pas dd tout! 
il était dît que je feraié encore une rencontre dans cette bienheureuse 
église. Au milieu du baptême, j'entendais des gémtssemeiiis..... bth ! 
des gémissements ! des sanglots. — Qu'est-ce que c'eet que oela?— 
Justement, mtmsieur l'abbé, me dit le suisse; c'est une personne qit 
vous demande. Elle est là dans une chapelle, qui s'4teuflfe de flettrer. 
Aiguillonné par ces cris qm me pressaient d'aceonrir , je ceilgédie 
Louise, et je fkis dire k ht personne inconnue que je l'attendi k la 
sacristie. Elle arrive : quelle pitié ! Le suisse la soutenait, ^efowrak 
â peine marcher, et tout de suite en àrrivaht , elle ioimbe â genoux. 
Un désespoir inimaginable. Le suisse nous laisse, et je la conduit dans 
une seconde sacristie oîi nous nous trouvons seuls: Ses sangltfli re« 
doublent , elle vetit parier, et tout ce qu'elle peut articuler d%ne iMiîx 
entrecoupée, c*est : Mon père! mon père! pardonnez-méi^-^lfai 
fille, lui dis-je, cherchant inutilement à mettre un nonk sur oè ni^%^ 
qui ne me rappelle que de très-vagues souvenirs, d^abord, ososalea- 
vous, puisque vous venez â moi. S'il ne vous hni que^fott pimfon, il 
vous est bien acqub; s'il vous en ftut un autre,. non» F«btiaod^<Mtt. 
Elle se remet un peu, elle me regarde, et voyant qu^Jeve puis nie 
rappeler qui elle est. -^ Vous avez été si bon [k)Ur moi, neuié eénaaîsaex- 
vous donc pas? s'écrie-t-elle. Alors , par un efibrt de nette patemtile 
mémoire que Dieu donne à ses ministres, dans celte fetoitte =4Qigte je 
revois une jeune fille , dont j'avais bien longtemps au^ravaiit» étant 
prêtre auxiliaire, dirigé avec un soin tout particuëer Yims ndsote» 
mais reiFétue alocs d'innocence et de caiidour. D^n conptd'àiil Je dé« 
vinai tout ee que ces sanglots et ce repeuHr iaissatent trDpdeviner^ 
Ëh quoi! n^^riai-je en joignant les mains, U4ste è4aipis de .œ que 
j'avais redouté jadis et de ce que je vos^aaMâotenaDl, ma pauvre 
enfant, c'est donc vous ! ! — Hélas, mou père, répondlt-eUe à «e UMft 
fui fit ONrior am larmes, oni^ c'ait mei, BÎalfMi fk§^Uêï»qm tous 



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L'OUVRIER. 



Mt, 



0*11 ez comme. Tous Toyez i\ne malheyareuse qoi de faute en faute a 

quitté Dieo, ea famille, son nom, cl je suis à présent Elle ne pat 

coDliouer. — A présent lui dis-Je, vousôte&une repentante qui vent 

retroufer Dieu, sa iamille et son nom. Dieu est bon, ma fille; si vous 
toi rendez votre cœur , tout vous sera rendu. Priez ici , séchez vos 
larm», et dans quelques heures, Vônéz me trouver ; n'oulr verronil eii- 
iemUe ce qui convient i votre siluation. 

» Je k laissée, et je ne perds point de temps. En quelques niinutes 
je suis chez Mme de ***. — U ne s'agit plus, lui dia-je, de me donner 

sealenient un lit pour mon enfant. Donnez-moi une belle chambre 
poar une grande pénitente qu'il faut retirer du monde â TinsTànt 

nême; car elle veut bien se repentir aujourd'hui, mais le diable ne 
ffitoquera pas de se jeter à la traverse, et peut-être ne le voudra-t-elle 
plus demain.'— Pour cela , 'me répond Mm« de *** , c'est une affaire 
irgeote, et nous avons toujours ce que vous désirez. Je lui laisserais 
plotôt mon fit, et j'irais passer la nuit dans notre chapelle. — Voilà 
psrier en chrétienne, m'écriai-je, mais mon enfantf-^ Notre Âeigneilr, 
reprit-elle, y a pourvu par un enchaînement merveilleux de circon- 
linces heureuses. Une de nos orphelines a retrouvé ses parents que 
l'on croyait perdus : ils sont â leur aise, ce sont de bons chrétfens, et 
h viendront tottt-i41ieure nous la reprendre poui* la garder chez 
eoL Noua mettrons in?*niS4i;«tAmpnf totre petite fille â sa place ; allez 
èmc nous la chercher, car noua avons horreur du vide. 

i Je ne prends |af mène le i^nps de. remercier W» de '**, je me 
faore, boncùftsant de joie, et je vais chercher mon enfant qu'on avait 
(^posée chez une portière, conune un paquet, pauvre petit ange ! Elle 
éukdane un état! Elle avait sur elle toute sa garde-robe, comme un 
mi misaionnaire, ^i tout son linge tenait dans ses deux poches. Le 
Bobilier resta j^ur payer le terme» et encore le propriétaire n'était 
pe trop çooteat. Qu'il y a d'abandonnés dans ce triste Paris , mon 
dièr, malgré les bons chrétiens qui se multiplient pour les se- 
ewirl 

I J'avais pris une autre voiture , car il faut rouler earrosse dans 
votre Paris qui n'en finit pas. Je me fais conduire à la communauté 
là je logeais , et l'on me dit qu'une dame m'attendait au parloir. J*y 
lus. (Tétait ma repentante. Je fus charmé de son exactitude , et j'en 
Hfurai bien, 

• Elle était émue encore, jnaia à son émotion se mêlait déjà un peu 
h crainte des sacrifices que je pourrais demander. Je m'y' attendais, 
et j'avais prie mes mesures, décidé à ne pas laisser se perdre la grâce 
ibgilive dont cette pauvre égarée était l'objet. — Avant toute chose, 
loi dis-je, promeltez-vous de ne sortir d'ici que pour aller où je vous 
coodoirai? Elle hésita et voulut m' expliquer sa situation. Non, reprib- 
fi, je n*enteBdrai rien que vous, n'ayez juré de m'obcir ; car si vous 
ie voulez que m'attrister par le récit de vos fautes et le spectacle de 
TOI inutiles remords, je les connais. Ce n'est point là ce qu'a voulu 
k Seigneur en m'envoyant à vous. Au nom de votre mère et des 
nnrenira qni vous ont touchée quand vous m'avez vu, soyez obéis ^ 
Rate comnae vous l'étiez avant vos fautes,- pour retrouver le bonheur 
et la paix dont vous jomasiez eil ce temps-là* Subjuguée par l'autorité 
fie Dieu Tovlut donnera ma parole, elle se rendit au joug qu'elle avait 
atrefofs si doucement porté, consentit à faire ce que je lui commau- 
ksais, sans résuAance, sans objection, et j'écoutai son récit. Il n'est 
poiat nécessaire que je le rapporte : on sait trop par quels chemins 
ft^ passer une pauvre fille qui fuit la maison de sa mère ; enfin, 
dk était arrivée au tiiéâ|re, et s^us peu jde jours, elle allait débuter. 
Comme eUe était très-belle per^nne , et qu'elle avait reçu une édu- 
Ation distinguée , avantage qui manque à toutes ces comédiennes, 
B^a-t-on dit, les meilleure jtiges s'accordaient à lui prédire un succès 
idatant. file se berçait de cette espérance. Famille, nsligion, passé, 
iMt étant otibBé â peu près, et À\e ne s'inquiétait que de se faire ap- 
(badir, lorgne, pissant près de l'égKse, elle eut la pensée d'y entrer 
fDBT étndier ( voyez ! voyez^^mirablè industrie de- la Rrevidlenee ! ), 
fmr dodiertme ataUie dû moyenne. dont elle veiâait copiée le eos^' 
tame et Taltitade dans le rôle qu'elle devait jouerl Ah ! je fus eon- 
«^ uBuad I entendis cna'! iiacBinwieimiitj'paf' ee-soefot oeeeui Ho* 



prier que l'air des églises réveille toujours lorsque l'on a connu Diev, 
elle se mit à genoux et pria. La prière lui rappelait plus vivement que 
de coutume ce qu'elle g^flbrçait de ne jamais «e rappeler. Ce fut en 
ce moment qde, sortant de la sacristie pour aller aux TonU baptismaux, 
je passai près d'elle, revêtu du a uaplè s et-de l'étole. Gomme ce général 
français chargé d'arrêter le Saint-Père , qui à l'aspect du Pontife re- 
cula, voyant apparaître sa première communioù ,,elle vit.pasaer av^c 
moi les jours de son innocence et de sa ferveur, la tendresse de ses . 
parents, ses promesses à Dieu, ses parjures, toute la chaîne laUte de 
ses péchés. E^e^ vit ce qu'elle avait été, ce qu'elle était , et ce qu^elle 
allait être pour toujours. Jadis , pudique vierge , elle rougissait du 
moindre regard jeté sur elle; maintenant, créature effrontée, elle sol- 
licitait audacieusement d'impudiques regards ; jadis, dans les mystè- 
res du confessionnal, elle trouvait des larmes de repentir pour les fautes 
légères de son âge, et maintenant elle regardait avec une sorte ie paix 
les vices de son coeur! Elle songea qu'elle avait changé, "mais que Dieu . 
ne changeait pas; qu'il pouvait pardonner, mais qu'il pouvait aussi ^ 
punir... Je vous conte moins longuement qu'elle ces pensées qiii ne 
furent que l'affaire d'un instant. Sans former aucune résolution, sans 
savoir ce qu'elle faisait, involontairement , dans son angoisse , elle 
appela le prêtre qui l'avait si souvent rassurée , comme, étant plus 
enfant, dans les terreurs soudaines de la nuit, elle appelait sa 
mère. 

» — • Vous avez bien fait, lui dis-je, et ce ne sera pas en vain que 
vous m*aurez appelé, le vous réconcilierai avec Dieu', j*en suis êfir ; 
avec votre famille , je l'espère ; je vous rendrai Votre nom , je vous 
rendrai la paix , et l'honneur ; mais il faut le vouloir. Il faut rompre 
avec le mal. Je vais tout de suite vous conduire dans une sainte ihai- 
son d'où vous ne sortirez plus que pour rentrer dans la maison de 
vos parents. 

ji Elle m'avait promis de ne rien objecter, elle tint parole, le vis 
que l'effort était grand , que ce pauvre cœur , en dépit de'seè repen- 
tirs, était bien indécis. — Quoi donc, ajoutai-je, quelles i'éffexîons 
vous reste-t-il à faire encore! Faudra-t-il pTuS dé tetnps, pour rom- 
pre avec le vice qu'il n'en fallut pour rompre avec le deVoIrTNon, je 
ne veux pas que personne vienne combattre vos chancelantes résolu- 
tions. Abandonnez tout, et sauvez votre ime. 

• puissance de la grâce, ô clémence infinie de nion Sauveur! 
J'obtins non-seulement l'action généreuse que je demandais , niais le 
plein consentement que je n'osais espérer. — Allons , rtion père , me 
dit eette courageuse fille, c'ed é^t fait, Dien Penrpôrte, partons, quand 
je devrais en mourir! La voiture attendait; nous y retrouvâmes la 
petite orpheline qui donnait dans ma houppelande et' bientôt notis 
fûnes tous trois chez Mm« de^*, oA Ton nous reçut à ettoUr ouvert. 
L'orpheline fut aussitôt conduite à ufie bonne maftresse <(ui IliàBâla 
de pied en cap, et mon héroïque pénitente menée- à ta cellule qui 
lui était préparée. A peine y eût-elle mis îe pied qu'elle j tronta h 
paix. Mm0 de*** la vit se jeter à genoux avec des ton'enti de latmes, 
protestant que ses yeux se dessinaient, et qu'auântlemotttfe Pavait 
attirée , autant il lui faisait horreur. Ce ne tôt pofnt nn enlhouaiâsttie 
passager. Bientôt, par la méditation, par la prière, par t^ri)sohition, 
par la nourriture eucharistique, cette ime afiàiMie et noi^ perdue, 
renaquit â Pinnocence; non' pas sans doute lia bhirtche innoeenoe de 
Tagneau, mais Tinmocence glorieuse aussi , et certes bien ttférttoire, 
des larmes, du repentir, du sang de Jésus conquis par Pexpiati^. 
Maintenant heureuse dans sa tonitte, ma chère Madeleine Mnit Dieu; 
c*est une chrétienne exemplaire, i 

— Mais, mon bonf père, dis-je à Pabbé Planson, ee joiir««l&^ oh 
donc avez-vous dîné T ' 

—-Je ne m'en souviens plu», répondiMl tout étonné, qu'est-ce 
que cela fait? Pourquoi voulez-vous savoir cela? 

Je le serrai dans mes bras, et me mettant à genoux, je le priâ-de 
me bénir. 



(Les NaUe$.\ 



Louis Veuillot. 



^.xrsi9^;r>N# 



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L'OUVRIER. 



LA NUIT DE NOËL. 



L*aii]ié« îliB louebiit i ion tanne et ramenait cette naît bénie où 
le Filt de Dîeu desceA^it nir la terre et se fit petit enfant dans Téta- 
ble de Bethléem. 

Toui le« habitants de Saint*H.j frog bourg situé sur les bords de 
la Djk , en Belgique , étaient à h messe de minuit. La neige , une 
neife épiiiie de deux ou trois pieds , et que le froid avait durcie , 
pr endroits , comoie de la ghce , étalait ses tapis blancs sur toutes 
les rues du villige et sur tous les toits. Si loin que Toeil pouvait at- 
teindre ( et il atteignait bien lt>in , grâce k une lune radieuse ) dans 
les cbtmpSf les prés, au fond des vallées et sur le penchant des 
coteaux , partout même blancheur. Les arbres aussi étaient poudrés à 
frimats , comme de petits marquis ^ et quelques. corbeaux seuls appor- 
taient un peu de noir k ce tableau blanc. Encore , si les corbeaux eûx- 
Tn4mes s'arrêtaient quelques instants seulement sur les branches d'un 
pommier, la neige , qui ne cessait de tomber, les blanchissait aussitôt. 

A Saint- H. donc . comme dans tous.Jes villages voisins , la popu- 
lation eotière était k la messe de minuits Quelques malades gardaient 
te^ maÎMns , ou , dans les fermea trop isolées , quelques domestiques, 
par crainte des voleurs. 

Cbes Peter-Paul , le tisserand , le petit Bavon était resté tout seul 
au Jofîfi. Depuis un mois , la Hèvre le retenait au lit. Malgré ses priè- 
rei « sa mère ne lut avait pas permit de sortir, mais seulement de se 
lever et de s^asseoir au càin du feu» où il. devait , de temps k autre , 
tourner la broche pour empêcher l'oie de brûUr. Il lui était aussi re- 
commandé de prendre , de cinq en cinq minutes , une cuillerée de 
jus dans la lèche- frite , et d'en aixoser le dos doré de la béte. 

Celte besogne plaisait aese^ au petit malade , assex gourmand par 
nature , et qui » depuis plusieurs iemaines , ayant bu force tilleul et 
mangé force Ipinards , n'en appréciait que plus Tappétissant aspect 
àix succulent volatile, 

Ënvelopi>é dans un grand manteau brun , songeant au temps froid 
qu'il faisait dehors , se représentant les pompes àe TÉglise et se chan- 
tonnant i lui-même un beau Noèl du vieux temp« , le petit Bavon 
était aiei» sur une chaise baue , devant ou plutôt dans lâlre im- 



U s'endormit... Tout 4 coup il lui sembla que l'on frappait k la 
pùtrte un coup discret. Sa mère lui avait recommandé de n ouvrir à 
personne; il fit donc k sourde oreille. Mais les coups recommencè- 
rent, et entre chaque coup se disait entendre, une voix plaintive 
comme celle d'un enfant , disant : Ouvrez , je vous en prie , ouvrez ; 
l'ai froid , j'ai fiim ; la neige tombe si fort que bientôt elle m*aura 
couvert tout entjer» et je mourrai à votre porte , si vous ne m'ouvrez 
bien nte. Ouvrei , au nom du Seigneur Jésus , qui est venu , dans 
ct'tte nuit de ^udt f pour sauver tous les hommes. 

Savon avait le co^ur tendre. Ses parents , très-charitables, quoi- 
que pauvrea , lui avaient appris à ne refua^ jamais à un plus ooal- 
beureux que lui. Bien souvent il avait partagé ses pommes ou ses tar- 
\ine& d^ beurre avec de petits mendiants qui manquaient de tout. 

— £n tiie défendant d ouvrir , se dit-il k lui-même , ma bonne 
mère n'a pu vouloir m 'empêcher de donner un abri à ce pauvre petit 
qui grelotte a ma porte. Pendant que je suis ici chaudement , laisser 
tQ\ enfant %om la neige , ce serait cruel ! 

£t sentant bien dans sa conscience qu'il faisait ce qu'il devait faire , 
il alla ouvrir. 

L'enfaiU était beau comme k jour ; mais il paraissait souffrir étran- 
Iti'fnenl du froid. Ses mains étaient gourdes et ^t$ pieds pouvaient i 
peint te mouvoir. Bavoului donna son manteau, lui pritlesmains 
d^rs leasiennaa, lut retira ses souliere, qui étalent trempée, et lui 
? m 1 1 â ^x pledi des bas de laine et des cbMssons bien chauds.— Pais 
ÉjieaeiiTini^a'Qn lui a?ait douaéle matin quelques fnaodises, et lea 



aSant. chereher , il les étala devant le 'petit homme , qui ne parlait 
paa« mais remerciait son jeune bienfaiteur avec va sourire céleste. 

Bientôt on frappa d« nouveau , et bien fort , i la porte. Baven fut 
tout étonné de se réveiller et de ne plut rien voir qui lui rappelât 
son petit visiteur. 

En toute hâte il alla ouvrir; c'était la fiunille qui revenait de la metse 
de minuit. 

Bavon n*eut rien de plus pressé que de raconter son rêve. 

— Quel dommage , mère , que ce ne soit qu'un rêve 1 L*ealant 
était si beau et paraissait si aimable , et j'aurais eu tant de plaisir à 
vous le montrer 1 

— Mon ami , répondit son père , il ne tient qu*â toi de le revoir 
souvent , cet enfant. C'est le petit Jésus que tu u vu en rêve , et 
chaque fois que tu secourras on de tes frères soufiinints , si petit qu*it 
soit . c'est au Seigneur Jésus lui-même , c'est-à-dire au Mettre du 
ciel et f)e la terre, que tu feras du bien. Car il Ta dit lui-même : « Ce 
• que vous ferez au moindre des miens . c'est à moi que vous l'aurea 
t frit.i 

(GinquarUe hiiUrirei.) EUGÈNK DE Marcerik. 



JURISPRUDENGE INDUSTRIELLE. 



Breret d'inraiitioii. — Un tissu , fabriqué sur le métier k maillet 
fixes , réuni au métier k la Jacquard , par une combinaison qui con- 
siste k saisir avec le fil brodeur mu par le métier k la Jacquard » les 
cordonnets de la chaîne établis sur le métier à mailles fixes i des dia^ 
tances' variables , de manière i former tout à la fois le fond du tissi^ 
et la broderie , est un produit nouveau susceptible d'être breveté.! 
( Cour impériale de Paris ; '-9 décembre 1859. ) | 

Un brevet pris en France est de plein droit obligatohre dans lea co- 
lonies françaises , sans qu'il soit nécessaire d'y accomplir les fonndités 
prescrites par les articles 2 et suivants de l'arrêté du 1 octobre i848 , 
qui a déclaré applicable aux colonies la loi du 5 juillet i8ii sur les 
brevets dli^vention. Les dispositions de eet arrêté ne sont relatîvei 
qu'aux brevets demandés dans les colonies. 

C'est i l'autorité , et non aux parties , qu'mcombe l'obligation ^t 
proclamer, tous les trois mois, par une insertion au Bulletin dei Loiê^ 
les brevets délivrés. Par suite , lé iéhni d'accomplissemeot de «ett^ 
formalité ne saurait être opposé au brevet ou â ses ayants cause. A 
plus forte raison ne peut-on invoquer le défiiot de publieation , aux 
colonies, de brevets délivrés et publiés en franco. {Cour de Cassai 
//on; 25 février 1861.) 

. Coalition. — Le fait par des artisans de s'être réunis et entendiu 
pour Cidre augmenter le prix de leun travaux , et l'avis par eux don 
né qu'ils ne les livreront pas â un prix inférieur , ne constituent pai 
la coalition prévue et punie par l'article 419 4n Code pénal , alon 
qu'il n'y a eu de la part des artisans aucunes manœuvres doloaives ni 
aucune fraude. (Cour impériale de Paris ; 24 août 1860.) 



AVIS AUX ABONNÉS. 



L'Ouvrier publiera dans ses prochains numéros ; des ArtlcLM 
inédita de MM. Louis Veuillot , Augustin Coghin , Henry b^ 
RjANCEY , Eugène de Margerib ; — L'Horlogèro , par M. BAràiM 
BouNiOL ; — IêB Cliarmeax , par M. Jean Lander ; — La suâa^ 
des NowraUoa morales des Fanboorga de Paria, par M. i^àhksi 
N. Arnault; — André Bmloy ou l'ApipreiUi, par M. Clbooi^ 
d'Elbub, etc.» etc., etc. | 

Angers, imp. de Laine frères, me Saini-Lavd, 9. 

DigitizedbyVnOOÇlC ^ 






N^ 37. 



11 janyier laSS. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedi|. 



ADlOmSTltATION : 

9S, ^a*i des Grindt-Angiiftiiit 
ilA libndrie dsBLÉBIOT, 

A PARIS. 



SOMMAIRE. 

J.-M .JACQUARD , par Eiigèoé Péril. - LES GOMPAGKOKS DE LA 
CROIX D'ARGENT . par Ciément Jost. -* lifi BON GftZUS. par Aloïs 
LURUNI. — LA PETERGTTE, Poésie, par Vibdwh. — CE QU'IL T A AU 
FOND D'UNE BOUT fiILLE. par Eugène de Marob^ic; 



ABOMMBMBMTS D'U|f.J^|f 

ftkàMtM, '..#•■ 

Bnon, Étnm, Rmhi a^AiiÉ; 1W- ' 

QiBB fe AlB. •>• •■* «VAS 

iiATC-Uaia wm l'Âitfauqin 99 ICom * 7 •• 
Goboin» iT àonm pats p'outmf-ioDa. S 50 



J.-M. JACQUARD 



C'âait.en 180t ou 1802. Un homme, donl les cheveux grisou* 
ikot, mais dont la taille droite et ferme annonçait à peine l'âge de 
isqnaote mi>8, se pr^ntait ches le ministre de Tintërieur Chaptal. 
isTiit ëtd œand^, di^ail-il» par le ministre lui-même ^t venait du 
god de U province pour 
n parler. Dés qu'il eut 
mxd i Bon nom, il fut in- 
Ddnit Le ministre le re- 
it avee lûenveillanoe. 
près le» eoortes polit^- 
■ que. periDditaient les 
sMuides républicaines : 

— Asoeyea-^vons , dit 
^ptal à fion visiteur. 
Celui-ci s'installa dans 
t lantettil, en face même 
I ministre, sans paraître 
bicber . anoune impor- 
bce à la présence d'un 
tedéme personnage, 
■De homnie à la physio^ 
■nie Bongease, au re* 
nd scrotateor, qni» de- 
Mt^ B'appoyait noncha- 
minent contre le marbre 
I h. cbeminëe. C'était, 
nsait-ily quelque secré- 
irs particulier demeani 
i pour atteodre une ins- 
■eiion. 

— On dit, reprit Chap- 
^ que Yoas êtes un nou • 
1} Archiméde. 
" Si quelqu'un dit 
iâ, citoyen ministre , 
^dit le rifiteur , ce 
bt pas moi qni le fais 
b. 

ib eoorire aoefei fin que 
|ide fÊÊBÊL sur les 1^ 

Ésda: seorétaife, avec qui le ministre échangea rapidement an re- 




JACQUARD 



•^ Vooa le faites penser du moins, car vous vous flattez, dit-on, 

t§àr9 de vrais prodiges ; par exemple, un nœud sur une corde 

bdiie. 

^V€mB Toules parler d'an métier à fabriquer du filet, dont je 

fannsal nneoiràfairè le mcdéle avec des allumettes et Tessai avec 

I 



des brins de fil. 
~ Précisément ; et cdt essai vous à réoisi? 
— La réussite était facile. 

Le ministre regarda fixement son interlocuteur.' Clamiste.^oiiiient, 
habitué lui-même aux élucubrations de la science) en conttnuellea 
relations avec dessavants et des inventeurs, Cbaptal savait mieox qne 
personne combien les découvertes les plus précieoses coûtent de r^ 
cherches é. l'esprit de l'homme, et de combien d'inoertitadee leurs 

premiers réaukats sont 
f ^> «.- • ^ , «. t. ^ habituellement entourés. 
11 ee défiait instinetive- 
ment des tnooéa trop 
prompts» 

— Prenes gairdei re- 
prit-il avec gravité ; lea 
rose» d'un charlataii se- 
raient ^te reconnues^ 

— Un charlatan l Mor- 
bleu ! le mot ait dur à 
l'oretUe d'un h o ri n et e 
homme, cMoyeu ' iminia- 
Ire ! Ce n'était pan la 
peine de me iaive fa irs 
cent lieues pour m'însuU 
ter. Mais , attendes... — > 
Et saisissant avec vivacité 
un guéridon placé prés 
de lui, l'étranger ie brisa 
contre le parquet. Puis, il 
tira de sa poche un cou- 
teau et se prit à tailler les 
débris du meuble, si vite, 
si adroitement, qu'en un 
quart d'henre, il eut é- 
bauché un petit itodéle 
(I • son métier. Prenant 
alors sur le bureau du 
ministre une pelote de 
gros fil ronge, il fit jouer 
la navette et ourdit en 
deux tours de main quel- 
ques mailles de filet. 

— Maintenaht, Fuis-je 
un charlatan? s'écria- t-il, 

en présentant à Chaptal la preuve matérielle de son habileté. 

Le prétendu secrétaire s'était approché; il prit le filet, l'examina 
attentivement, et s'adressent à l'inventeur, qui s'essayait le front 
ruisseUint de sueur : 

^ Citoyen, lui dil-il, vous êtes an homme de génie; je mecharge 
de votre fortune, et à dater de ce jour, vous recevre» une pension de 
2,000 écus. Chaptal, ajouta le mystérieux personnage, en prenant 



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S90 



ronvRiER. 



t<mt4-eoap wii tir d*j)|for)l^ , qu*<^init»lle ce brare hoiméé îm 
Gonsenratoire des Art9'«t MÀiere. G'esl u» excellent renfort qui nous 
arrive dans la guerre 4idus|fielle au^noa^ allons faire désorinait ï 

.l'Angleterre et qui vieli^ de çbmmeif|gr à ilotre avantage par PexpQ- 
sition des produits français au Champ^de-Mars. 
• Celi44l)>irlir^<élaiei&^emifrI2>0!|,N|g(44»i^m^ 
rhomme de génie qu'il saluait avec admiration était un ouvrier lyon- 
nais /nSitthff Jicqi'afd\ ; '■' -y \ 

\ Jojeph-Marie Jacqdaird était'né. ei| 1752, dans les environs de 
^yon, 4IWB|^J^ip3k i)riguHk^.dQ.î.ille.^ Successivement relieur et 
fabriaant.de chapeaux à Lyon^ikëtit quitter cette seconde profession 
pour^jprendft \^i trt^, IM^ fiesTlguerres de la Révolution. Mais il se 
sentait appela à une autre vocàRo'nJ et dès qu'il put, il abandonna l'ar- 
mée pour reprendre la vie de l'artisan. Cette fois, il se fit mécanicien. 
11 fut bientôt connu de tous les ouvriers de Lyon pour l'habileté qu'il- 
montrait dans l'exerdee de wa àr<,^et'!'a(métti(é de caractère qui le 
portait à rendre service à tous. Raccommodant, ûbriquant des outils 
poiv 9è^^eisiilifpagtfétiè durs là pethe; tournant des chaises, imaginant 
des modems , simplifiât dies mécanismes, Jacquard était, en 1801 , uni- 
vers<flle«iHit aimé -dei ouvriers en sete qui l'appelaient le père io* 
sepk. Le bruit des peirfeetiMineihents qvll apportait chaque jour aux 
mKchhieir "«Mptoyées pdcnr le tissage' des étoffes était venujusqu'i 
Paris. Afiir 4è VaSsuMir ptfr lui-même de la vérité de ce que pro- 
damah lafenoiiitiée, ^ ttHiîstre de l'intérieur avait mandé, comme 
nornlVroflirtu, l'trawieMnééanicien. 

Ce fut pefldanl son séjëuf à Paris que Jacquard Imagina le métielr 
à tisser auquel il a laissé son nom et qui a si longtemps assuré la 
supériorité 'des fabriques lyennaises. Cette découverte fut récompen- 
sée par «ne médaille de breiiae^ mais la rédaction matadroite du brevet 
compromit «b instant' la vie de l'inventeur et le succès djgilljiavention. 
U y était dit en effet que la médaille ét^t décernée^ M. Jacquard", 
« poil^ Uanénanisme. supprimant un ouvrier dans li^abriealion des 
tissut kroebés. % Les ikinufo * se persuadèrent que le éère Joseph, au 
lieu de travailleff peur ettx eomme par le passé, travaiffail maintenant 
contre 6ux,fe( que son innovation ne tendait à rieq ib^Kins qu'à leur 
ravir le^vail, source de la vie. Quand Jacquard revint^ i %^ii» il 7J^ut 
une émenle. Oa brOk son métier, et l'on fut sur le point de le jeter 
lui-méÉifiîdani le Rb)i¥S. La découverte da père Joseph élait cepen- 
dant un immenae »ervice rend» aux ouvriers; l*ex|>ôfieiihe l'eut bien- 
tôt prouvé. Eut readant-le travail pîus facile, h nouveàtf inèti^ j^t 
donner un.- nouvel essor ^à la production et as^urf^r rAvetnr de ces 
mêmes atavriers dont il paraissait menacer reiistt^nce. hi que-U en 
eflet, lemétieffé tkfser exigeait , outre le tisseur prëprpment Jit , plu- 
sieurs personnes pour faire mouvoir les corder él tp£ jimiiles'dont il 
était snivbargé, ainsi que pour donner aux fils île h iliatn^ ks diver- 
ses positions :niéceMaires pour k brochage ou le frii;onnage de Tétofle. 
On employait de préférence à ce Iravail des jeiMiea flLle& appelées ti- 
reuse» de /er^.G^ ouvrières, mal pajéet^ étiiéni condamnées i con- 
server pendant dee journéea r nlières des ^ittHudés ft^rriH^^ qui leur 
déformaient Les membres et abit'^fâiei^l leur ^k* Aujouril iiui unseul 
ouvrier suffit au métier, quel^' que soit % eoa;tpUr>nior] du dessin à 
reproduire dans l'étoffe; il siiflàt en outiede ctiaiit;- r les cartons, 
pour confectionner avec le même métier les étotfei hn plus diverses. 
— Plus de 60,000 métiers, montes pour t^ plupart su î va ntiesys- 
ième de Jacquarfl» battent actoollenient à Lyoto elàm^ l^^ environs. 
Ils mettent -en œuvre pcjur ^50 millioru de matims premières, et 
rapportant ^n salaire aux ouvriers 125 millions de francs par an. 

Jac<}u;(r4;^strmort en Î834 , à Oullins , près de Lyon , dans une 
maison de campagne habitée avant lui par le célèbre académicien Tho» 
mas. On.ltti ?.^y|^ Yf^ petit monument dans Véglfse de' ce village, 
et une sUUie en brQiue sur;l'ùne cies places àe Lyon. E. PÉfiEL. 

* Noui^ avpQS eipprv^te. ^r^ue textuellement la scène qui précède à l'ou- 
vrage de G. Toucbara-iâfosse , intitute ': 'La totVe ACttoH^w, pinôres^u^tt 6io- 
graphi^. » » • " ' ' • . . 

- r ' • I ■ X -i ^ • . • . , ' 

* Cesi âibsi qu'on appelle a'ijfOD les ouvners en soie.' 



LES COHPAIïMS DK^LAN]R(ffxDi|iGENT 



CHAPITRE XXVI. ^ 



Déitz c: 



liiieSl^^'- 



1' '■ 



Deux homgnes, dans la nutinée du lendemain^ f^rf^Qie^t^reiH*» 
guichet de la Toumelle. #m ». . , , 

La Toumelle était une prison. Foiteresse carrée, bâtie ^p Xll» siècle 
par Philippe-Auguste, pour servir à la défense de Paris, petite bastille, 
à Textrémité du pont, qui poKe encore' aujourd'hui lé aomie Pont 
des Tournelles , la prison de la Toumelle était la plus saine et U 
mieux disposée des prisons de Paris : elle n^était pas la moins sûre. 
C'éUit dans cette prison qu'où; met^il^ l^/p4^onn^ qu|[ Ton 
lait faire passer en jugement , mais qui n'étaient pas encore 
damnés. 

Par une singularité familière aux usages de ('ancienne administn- ^ 
tîon, le concierge delà prison de la toumelle était nommé par le mi» 
nistre de la Marine 1 

Près de laTournefle, se dressait la tour ieSt-Beroarj; 

Le port St-Bernard existe encore aujourd'hui, c'est Te lieu decfébar- 
qiiement des vins, qui sont déposés i l'entrepôt. Lé nom au quai rap* 
p^jla tour St^Bemard , avee les démolitioiif de laquetle il a é}é 

éUbîr. . .. J . * 

Le difê^r Guillotin et Claude Chopin venaient i[*la Tonhiëllë, avee 
l'ordre iie base en liberté délivré par le roi i maître Loiiift. 

Maure touis n'avait pu venir lui-même, il était retenu l'Versaillei 
par rattentÉj (i'u royal rendez-vous qu'il avait reçti^: il 'devait assîstier 
au conseil. 

;: C'éUil au docteur et au neveu du père Brûlot qu'était édiu le sois 
de faire metlrt? en liberté le Marseillais et TÉveillé, entermés tous deux 
à la Tiiurnelle/'^ 

Ils fr^ppérent'^ en soulevant le lourd marteau de la porte niiusive, 
qui dotiuiiil accls Harjs la prison. 

Ils p/îrj.'irïre(il dw^ un vestibule, qu'occupait uîie véritable garni* 
sou d*^ ^^filts. frinvause». ^ *' - 

— ijuM de nioiiJe id! fit le docteur Guillotin en ^adreasant au 
gr. flicr et'en' lui* présentant le laissei-passer dont il était muni. — 
Vous avçx donc bien pour qu'on ne vous prenne vd» prisonniers t 

— Nous sommes payés pour cela, répondit le greffier, en passantsi 
plume cierrière' son oreille, et en prenant un air de superbe impor- 

tance. .... . 

-r Comment t fit le docteur^ toùjoùrs^^eurieux de connaître lesiaîis 
où u pouvait voir un symptôme de VopinU|n publique, esi-çe que U 
peuple veut forcer la prison etmeUre dehors vos priseasiersY 

— Le peuple? Non, répliqua le gretUér. 
j^ — Qui, alors? 

I .£~Yous ne savez donc pas? 
• — Non. Quoi? 

— L'événement d'hier, 

; — Quel événement? . ^ 

.[ — L'assassinat de y Américain. . . •. . 

Le docteur ne dissimula pas sa surprise. Il avait jété^ dbes M. de 

i àrosnés, téàioin de l'ordre donné d'arrêter le sin^^lier persennag^. 
surnommé l'Américain; il avait vu cet homme étrange avec la Miette; 
celle-ci l'avait présenté comme son parrain : elleu-fvaittj«9Ai$ ^ettl« 
en dire davantage , et depuis qu*elle avait confiéau d<àçteMr touft^cta 
secreU, elk avait oependaptjpi#^ à V^r4..de,rAwérieeiP,uu.âiieiMa 
qui paraissait inexplicable à M. Guillotin. — L'Américain assassiné, 
fit-il, et par qui? . :. / 

.. — Of^jieliafaif pas, répoijiditlegrefiier. 

— Et il est mort? 

la rtproductian Ml ifUêrdiU, -> Voir les &•• de r Ouvrier du 8 aoiU au 4 Jp»- 
vier. 



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L'OUVRIER. 



«91 



— Certes, oui, trois coups de poignard au cœur. 

— Trois coups de poignard? 

— Oui, en forme de triangle. 

Claude Chopin se pencha et dit tout bas au docteur : 

— Ces trois coups, donnés dans cette forme , indiquent une ven- 
geance de compagnonnage. 

Le docteur parut pensif. 

Le fî^,^f continua : 

— ^^Ûn homme était venu hier pour parler i rAméricain : il avait 
une permission délivrée par la municipalité, et Tautorisan^ à voir le 
{prisonnier et à le voir sçul. 

'~Êh bieçt demanda le docteur. 

— ^h bien, Vhomme avec sa permission est entré, il a vu rAméri- 
cain seul i s^ul ; on n;a pas entendu qu'une querelle se soit élevie 
entre eux , seulement quand, une heure après le départ du visiteiir, 
on apéaéti^é dans le cachot de TAméricain, on a tri^uvé le prisonnier 
assassiné. 

Le greffier, en achevant ce récit, introduisit Claude Chopin et le 
docteur dans Tintérieur de h^ prison. 

n marcha devant eux, en silence. On n*entendait, sous les voûtes 
•ombres de la Toumelle, que le bruit des clefs qu'agitaient les geô- 
liers, et par instant les giémissem^nts étouffés des prisonniers. 

— Ces trois coups me semblent étranges, murmura le docteur. 
Oande Chopm Ventendit. 

*- Rien de plus simple, observa4-il. 
•^CojpsDaenl?. 

— Sans doute, fout Compagnon noir qui trahit les secrets du 
- Coi8f4|gpf|[^nage dc^t^^tse ainsi frappé. L'Américain âi^*^ parlé ; lies 

Gompsg^s npir^^^a^ront puni. . 
Le doctenr s'adressa au greffier : 
., . --y. Est-fe^fufjr^i]aéricain«vai( fait des révélation! t 
^- Oui, répondit le fonctionnaire. 
^Qua«4cflft 

— Hier. i 
'"■"^^mstf, ô*est hieT qn*a a été tué ! fit observer M. Guiftotin. 

^^ Oui, reprit le greffier, il a parlé à huit heures, devant le jqge 
qni instruisait, ^t îla éll frappé vers trois h^rés. 

— La vengeance n'a pas été longue , murmura l'homme de 



Claude Chopin ne pouvait se défendre d'une terreur singulière. Lui 
niissi il avait parlé. Ne subirait-il pas le sort de TAméricain? 

Avant d'arrifer jusqu'au Marseillais , près duquel ia docteur et 
. C(iwde vonlaiept être conduits,, U course â travers la prison dunhp^ 
d*un qnari^'heure. 

-«- Qju'apportex^yons â l'aecnsé?. demanda le greffier au doctefr^ 
Estrce que vous aîvex l'espoir qu'il ne sera pas condamné? 

—J'apporto la libertés 

«^ La, Ûbe^té? fit lie greffier avec surprise. C*est donc â cause de 
eela ^'on est, lenu le voir si souvent. , 

— D'autres que moi sont venus voir le Marseillais? demanda vive- 
ment le docteiir. . ' 

—Oui, monsieur le docteur, un jeune homme qui paraissait son 
parent k l'intérêt qu'il lui témoignait. 

- On arriva à la porte d'yn cachot. Le greffier appela un geôlier ; le 
geôlier choisit une des clefs qui pendait i sa ceinture. 

Q ^vrit la pcfte. 

Le jonr pénétrant dans le cachot éclaira un spectacle horrible , un 
homme étendu sur un mauvais grabat s'était soulevé en entendant du 
brait. 

Des. couvertiires , quelques linges tachés de sang lui couvraient 1& 
bas du corps. 

C'était le Marseillais. On l'avait transporté à la Toumelle, suivant 
Tofdre délivré le lé juillet au matin, par M. de Crosnes. On avait 
■ûs le maibeureux amputé dans un lit. Le docteur Guillotin avait 
donné des instructions pour qu'on eût de lui le plus grand soin; mais 
la prison n'avsU pM* pour ses tristes habitants des habitudes de bien 



douce sollicitude. 

C'était une faveur singulière accordée au Marseillais que le lit où il 
était couché. Les autres prisonnieri n'avaieûl ([u'an peu d^, paillo. 

Au bruit que fit la porte en s'tuivrant ^ il se ,iire3àa sur son séant j 
i la vue des pçrsonnes qui pénétrai i<?nl dans son cachot, il poussa ud 
cri, cri rauque, étoufl'^, sinistre : « PeTeau ' de Teau î * 

Le' docteur Claude, le geôlier el b grt fïî«-f se regardèrent» 

— De l'eau ! répéta avec une frenesit* horrible le prisonnier. 

— Vou? en avez, mon ami, réjiorhlit le docteur en s'approchant, et 
en montrant au Marseillais, prés du lil, une crunhe,el sur une chaise 
â portée de la main, une écueJle rie fer pleine; d'eaq. 

— J*en ai ! reprit le Marseillais avec un hurlement de désespoir. 
Mais elle brûle. 

— Gomment elle brùleî , : . , 7 V.r*' 

— C'esl du poboa ! ^ 1 . 

.. — Du poison? fil h docteur en ipprôchaat réçnêïïiidâ lealèvr^i. 

•— Ne buvesî pas, & écria, Claude Clmpin. 

Le docteur di^îMandi une lumière : ie geélier sortit an instant et 
nyppojrta une hnipe, 

La clarté qu elle projeta sur la hc% du Marseillais » éclaira tout tes 
signes avant-coureurs de la mort. 

Ses yeux , démesurément ouverts par la fièvre , Tépmdiient una 
ckrtjé singulière. 

Les joues éuîent livides , les chairs de la bouche ml^^t lei nari- 
nes contractées. 

Le docteur avait trempé ses lèvres dans Técuelle ; il joj^ta une 
f 9f g^«» 3" 'il rt^j eta * m médlatem en t . 

— Iln'j a pas de doute, dit-il avec le plus grand çalipe^ œlti eau 
rçpfenne du puΣon. 

Il ajouta rapidement m «'adressant au malade ( 1 •( ^L^i- ,,. 
—..Depuis quand souffrei-vous î 
-r Depuis que j'ai bu. 

— Qu^nd afei-VDUs but 

— Hier sair. 
U jf eut un moment de silence 

étrange éLaieni tous immobile, 

Le docteur Guillotin reprit avec beaucoup de c^iluiâ : 

— Vous ne soulTrirej, plus pf^udant longtemps ! 

Lq Mai^eillais, à la gt.mde surprise da s^ audilaufi, demanda rroi- 
deipent : Il ny a {dus de remççl^î 

— Il n'y en w jamais eu, répondit le docteur « vous allei tout i 
l'heure para^Llre devant Dieu, vous auretàlui rendre ^mpte devotro 
vie^l ^outa rhomme de aeience. 

-—Je vous remercie de me le dire, monsieur, mais je le uis. 

Claude Chopin se tenait derrière le docteur. 

Mille pensées con fuses se pressaient en lui. Le Marseillais einpot> 
sonné ! par qui 1 pourquoi ? Comment dans cette prison la mort était- 
elle venue le cherf^her et pourquoi apui celte format Que dirait la 
Miette ! elle allait donc élre orpheline. 

Il jçe,demanddil quel était cet homme qu'il avait vu pour la première 
fois dans les caves du feubourg Saiqt- Antoine, ^qu' il retrouvait mou- 
rant dans un cachol delà Tourneik, 

La Miette ne dirait 1 ni Youlait rien dire sur son père. Son silence 
cachait sans doute Le my ictère des plus horribles sfélér^esses, quel- 
que crime Iiijeuï que cet homme avait commis, et cet homme ilUit 
mourir. 

Le jeune ouvrier ne put penser à cette fia sinistre sans une an- 
goisse affreuse : il voulut tenter d'édairer Time de ce grand crimiutd^ 
d'allumer dans celt^ eanscience froide depuis si longtemps l'ardeur 
s^rée d'un remords, d'uu repentir suprême* 

Le docteur GuiUolin avait pris la main du Marseillais « et se lenait 
immobile prèfl d« lui; après quelques ini(,ints d'héskilioUp il s 'appro- 
cha du >l;irseillais , celui- li le regarda pendant quelques secûndes ; 
puis ses yeux ouverts par la fièvre brûlaulc i^ouvrirent encore. 

— Vous ici* fit-il, vous? et il fiia sur Claude uu regard indéfinîi- 
••^**' i* fifff «nt« »4 ff>i^#(i uii'^n' 



•1» •* rit" '.«I • f'^ il 

1^ ipectafeuft d^ tatte icêne 



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rOUVftïER. 



-^ Moi , répondit le ]êuae ouvrier* 

— Vous TflDê* Tou* f enger ? 

•^ Ve Teoier, «t de quoi T fît ifec une douceur pleine de tristesse 
le neveu du père Brûlot. Il ne réfléchi Mai t pas que le Marseillais re- 
trouvtit en lui Tobjet d'un de ses plus ùâ\mx attentats. 

— Grjce, grtee, pardonnes^nioi. Je foulais yous tuer, mais ▼oos 
foym que Dieu m'a puni, reprit le moribond. 

— ]^u ! dêmaiida le jeune ouvrier - «'est en effet lui quMl faut 
invoquer^ mais tous ne le connaivséi guère. 

— Yous TOUS trompet 1 répondit le Marseillais, et il expliqua que de- 
puis qu'il avsit éXi traosportè , sprês Tâiuputation, dans le cachot de 
ii Totirnelle, chaque jour un homme était tenu le consoler, Tencoa- 
rager, lui parler de Dieu, de l'autre vie. —Enfin, reprit le Marseillais 
en souriant, il m'a ramené au repentir. Je sens que si je souffre au- 
jourd'hui bien du mal, c'est que j'en ai fait beaucoup. 

Claude Chopin et le docteur se regardèrent muets de surprise. 

Quelle parole i^ait pu changer eu victime résignée à la mort, cette 
héte fauTft naguère si redoutable? 

^ C'est un des Tdlres , dit le Marseillais : il a sauvé ma fille i la 
Bastille quind on voulait la brûler; et il m'a sauvé ici en me faisant 
voir le mal dont j'étais coupable, et m'en inspirant le repentir. 

— Maître Louis ? s'écria Claude, 

— Vous Taveï nommé, reprit le Marseillais : il est venu chaque 
pur me voir , et ro*a dit bnt de choses , m'a- témoigné tant de bonne 
et douce volonté, que je me suis rendu i lui. 

U Marseillais disait vrai. 

Maître Louis av^ une patience admirable était venu insiter le pri- 
sonnier. Cebi-ci , épuisé par les douleurs , suite de son amputation , 
dans la solitude de la prison , avait perdu atee Ténergie du mal la 
volonté de le laire. 

Coniolé, récréé, soutenu par le Compagnon de la Croix, le Gom^- 
inou noir avait écouté dés paroles que jamais il n'avait entendues au- 
paravant, paroles de pais, de charité, d'ineflable douceur. 

11 n'y a pas d'ime si dure que Taffection ne Tattendrisse, pas de 
emuf n firme que Tamour n'y ait accès. 

La douleur avait tué rinstinct du crime dans la nature du Marseil- 
lais; FinrisLance de maître Louis j avait réveillé la conscience. 

Un frère capucin réconcilia avec Dieu Time du grand criminel. 

n voulut voir une dernière fois sa fille, mais elle n'arriva de Versailles 
que loDgtempi après le moment où ion père avait rendu le dernier 
loupir. 

Unpen naittde mourir, et quand les terribles effets du poison se 
fisaient sentir avec viotence, le moribond prit la main du docteur. 

— îê sais que vous avet recueilli ma fille, monsieur le dotfteur. 

^ Oui, mon ami , reprit doucement rhoimile de science; je serai 
sou père, 

— Merci, fit le moribond, mais... 

— Mais quoi? demanda Claude. 
^VoosT 

— Khi bien, voules-vous en signe du pardon que vont me deman- 
diet tout i l'heure; que je vous promette d'être toute ma vie le pro- 
tecteur de votre fille? 

Les jeum du Msrseillai» b« remplirent deJarroes. 

Aimet'la , ajouta-t-il , il n'j a pas longtemps que j'ai dit mil pour 
la première fois. Quand les Compagnons noirs m'Ont pris avec eux , 
j'ai abandonné ma femme , et un petit enfant qu elle portait encore 
dans son sein. J aimais d'un amour si profond la Miette que je n'ai 
pas voulu me séparer d'elle. J'ai mieui aimé l'ensevelir vivante avec 
moi dans les caves du faubourg , que de vivre sans elle : mais elle est 
au milieu de nos crimes restée innocente comme l'oiseau, au milieu 
de nos hontes reitée toujours pure. AimeZ'la. 

Le Marseillais pleursit. Claude avait peine i se tenir debout. Ses 
jstnbês ne le soutenaient plus. 

Ce fut peu de temps après ces derniéreE paroles que le père de la 
Miette rendit Time. 

Lt dtNteu- GvîUotio ferma les jfcui de celui qui n'était plus. 



— Maître Louis, Dt-il en sortant du cachot, est un apAtre. 

— Certes, oui, répliqua Claude Chopin, mais qui soupçonnes-vont 
d'avoir empoisonné le Marseillais? 

Le docteur ne répondit pas: 11 interrogea les geôliers : 

— A quelle heure a-t-on porté , hier, la cruche d'eiii au Marseil- 
lais? 

— A trois heures. *, 

^ A quelle heure l'homme qui a assassiné rAmérieam etUA 
venu ? 

— A deux heures. 

— Est-ce que cet homme, ajouta le docteur, n'a pas voulu pénétra 
près du Marseillais? Est-c^ qu'il n'aurait pas versé dans eetta era 1* 
poison. qu'elle renferme? 

— Oui, reprit le geôlier : il a demandé i voir le Marseillaii. On U 
lui a refusé parce qu'il n'avait pas la permission délivrée par la muni- 
cipalité, mais il est venu devant la porte du cachot , sur le seuil , ea 
dehors , se trouvait la cruche d'eau , et je me souviens qu*il s*en eti 
approché. 

— 11 n'y a plus de doute, fit le docteur en se tournant versCUndo 
Chopin. 

— Quel est l'empoisonneur? 

— C'est le même que l'assassin. 

— Et l'assassin, quel est-il ? 

— C'est un Compagnon noir. 

— Serait-ce Chaulât? 

-^ Je n'en sais rien , répliqua le doeteur I hante tok : dUds f ea 
suis sûr, ajouta-tril i voix basse. 

Et les deux hommes sortirent laissant k priéon tout tene ter le 
second acte du drame terrible dont la veiUè avait m fe premier 
acte. 

Avec eux sortit le malheureux l'Éveillé, auquel l'ordre dû toi ipe> 
nait d'ouvrir les portes de la Toumelle. 

(La fin au prochain ntmidro.) CLiiBNT loST» 



LE BON H. GAIOS 



M. Gains et ton coiffeur. 

Le CorFFEim ( à M, Caïus qui entre éTun air f9itciéux, ) — Eh ! 
bonjour! monsieur de Caîus... mais vous avec quelque chose qui vouf 
trotte dans l'esprit? 

M. Caîus. — Qui, dam!. . et c'est sérieux, plus sérieux que vom 
ne pensez. 

Le Coiffeur. — Voyons... que diable voules-vous dire?... 

M. Caîus. — Sans en avoir Fair, je cherchatt la solution 'd\lne des 
plus grandes questions qui se puisse concevoir... Tai lu en mi certain 
journal. 

Lé Coiffeur. — ^arblèut. . cest le Siècle, tous nd lisez que 
celui-là ou VOpinion nationale , ou quelques autres ejusdem farinœ. 

M. Caîus. — Comment!... Qu'est-ce que vous dites-lâ?... 
' Le Coiffeur. — C'est du latin qui veut dire en français : De /a 
même espèce, 

M. Caîus. - Ah ! ah ! pardon , fort bien!... le croyais que c'était 
autre chose Pour lors donc... je disais... que... mais vous m'avea (ait 
perdre le fil... diantre! Vous êtes toujours comme ça.. . toujours coo* 
perla parole... 

Lt Coiffeur. — 11 s'agissait d'un problème d'une importance ez« 
orbitante , monstrueuse. 

M. Caîus. — Justement. De manière que je me demandab â moi- 
même ce qu'il y aurait à faire , si TÉglise catholique venait â dispa- 
raître... savez-vous qu'on serait embarrassé . car... car qui mettrait- 
on â sa place?... Et ne croyez pas que ce soit chimérique,. j*ti m r 
j vous dis-je, en un certain journal que çâ tooehail à tt flîi* 



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t'OÙVhlEH. 



Lit CoiFPBim. — Eu sorte que , d*apré« tous, l'Église catholique 

B*en aurait pas pour longtemps, et detrait faire son paquet, et deman- 
iersoB passeport. 

M. Caîus. — Voyei-Tous, Guillanme, nous ne sommes plus au 
tamps passé... 
Le Coiffeur. — Çâ, c'est frai.... 
M. Caîus. — Le monde a marché.. •• 
Lt Coiffeur. — CI , c'est Yrai.^., 

IL Caîus. — Moi, je ne crois pas tout ce qu'on dit. 
Ls Coiffeur. — Ni moi non plus, on dit tant de choses. 

M. Caîus. — J'ai entendu parler de miracles, mais je n*en ai jamais 
IV...? des miracles !... des miracles!!.. 

Ls Coiffeur. — Ni moi non plus, mais du reste ce n'est pas éton* 
ont, j'ai peu vopgé, et il y a furieusement de choses que je n'ai pas 
fses. Mais ce n'est pas une raison.... ci ne prouve ni pour ni contre. 
k m'en rapporte.... Il faut bien croire , quand on ne peut pas voir. 

M. Cajus. — Guillaume , vous ne raisonnez pas. Vous detriet tous 
m rapporter â moi. Grojez-moi, Guillaume, ne croyet pas tout cela. 

Le Coiffeur. — C'est donc tous , monsieur Caîus, qu'il fiiut croire ?. . 
tar certains articles, je ne dis pas non... par exemple, en chapellerie. 
Quant i ce point , toute nu confiance tous est acquise ; nuis il y a 
en choses dont auxquelles.... 

M. Caîus. —Je ne me donne pas pour théologien; je contiens que 
je oe suis pas fort sur tout cela , mais je suis aussi fort que tous , 
€n1lamiie , sans me flatter, et comme je ne manque pu de mémoire , 
fa toujours quelque chose i dire. 

Le Coiffeur. — Il ne faut pas prendre la mouche , monsieur 
Giîos... Je n'ai pas l'habitude de texer mes clients... tous le savez 
bien , et il me semble qu'on peut parler froidement sans exaltation ni 
fanatisme de part et d'autre. Tenez , monsieur Caîus , tous rappelez- 
vous qudte fut, il y à trois ans , l'occasion de la guerre de Chine? 

M. Caîus. — Comment* toulez-tous que je ne rappelle ces choses- 
i?.. 

Le Coiffeur. — Vous Tatei su. 
I M. Caîùs. — Ah! certainement, je l'ai su... 

Le Coiffeur. — C'est totre mémoire qui né se rappelle pas , mais 
lOQi le satet très-certainement. 

M. Caîus. — Oui, oui , je dois le satoîr... il y a trois ans... oui... 
m c'est dans mon esprit , mais j'ai tant de choses dans ma patttre 
léte que quelquefois.. . 

Lf Coiffeur. — Ah ! c'est pas étonnant. 

M. Caîus. — Et pourquoi me demandez-tous cela? 

U Coiffeur. — J'ai trouté quelque chose que je teux tous ^Ire 
nir, 

M. Caîus. — Voyons. * 

Le Coiffeur. — Vous satez donc que c'est iToccasion du martyre 
fan missionnaire . nonmié Chapdelaine , que la guerre a été portée 
(B Chine » et que la France a relevé le catholicisme dans l'empire de 
Bessieurs les Chinois. 

M. Caîus. — Je sais... oui... j'ai entendu parler de cela, miûf je 
l'ai pas attaché grande importance... d'autant plus que... 

Le Coiffeur. — *Alors vous n'atez jamais lu le récit du martyre de 
I. Chapdelaine. 

M. Caîus. — Ma foi , non. Est-ce curieux?... 

Le Coiffeur. ^ Fichtre , oui. On dit que le catholicisme est affai- 
âi, mais il n'y paraît guère en lisant cela. Tenez , toulez-tous jeter un 
tovp d'oeil? 

M. Caîus. — Oh ! tous me dites que c'est un missionnaire. 

Le Coiffeur. — Oui , un missionnaire français , M. Chapdelaine. 

M. Caîus. — Ci ne m'intéresse pas... alors. 

Le Coiffeur. — Vous n'en satez rien... Tenes... ce n'est pas long... 
isyes , monsieur Caîus , tous pouvez le lire tout haut ; moi , j'ajme 
«la, je l'entendrais vingt fois de suite... Voilà des choses émou- 
■Btes , qui me font plus d'impreuion que de toir jouer Le Pied de 
los/ofi* 

ILCAiro.-CifiEdiEtii Pki de MmtUi^m (UrmU m Mclee) 



toyons donc cela ... hum ! hum ! . . . 

Le Coiffeur. ^ Voyez , ce n'est pas un eonte cda. . . Voyez un pM , 
c'est écrit par M. Guillemin , Préfet apostolique de Quang-tong et êê 
Quang-si. 

M. Caîus. ^ Parbleu ! je tois bien cda , je ne du pu le contraire.. 
Faut-il lire tout haut? 

Le Coiffeur. — Oui , oui , monsieur Caîus , ne tous gteex pas ^ 
Seulement que s'il arrite du monde, tons suspendrez , car le monde 
est si béte, que s'ils nous voyaient lire cela , ils auraient k férocité 
de nous &ire passer pour des Jésuites. 

M. Caîus. — D'une voix haute et bien accentuée lit ee qui svât : 

ff UUre de M. GuiUemin, Préfet ^peeîelique de Quang4<m§ et de 0Miif* 
ft , é Meaieure les Direeteun de VŒuvre de U Propêf^êtim de h 
Foi. f 

€uitoii,8jttilltt48i6» 
■ Messieurs, 

■ La mission de Quang-tong, si longtemps et si rudement épro u tée» 
peut encore se glorifier de trois nouteaux nurtyrs, qu'elle tient de don* 
ner I l'Église. M. Ch^tpdelaine, missionnaire apostolique de cette pro- 
tince, a été décapité au Quang-si, le ^ février dernier, avec un jeUoe 
néophyte qu'il avait lui-même appelé i la connaissance de TÉvangOe, et 
une jeune tente, nommée Agnès, qui s'était généreusàtteât éftevée 
i llnstruction des femmes païennes. Hier seulement j'ai reçu ces 
tristes noutelles par un courrier et par différentes lettres, qui m*ost 
été expédiées de la province de Koiiei-tcheou. Je n'ai que quelques 
heures avant le départ de la malle pour les recueilltr et les mettre 

en ordre ; mais les circonstances du martyre de ces trois hé|ros ehré- f 
tiens sont si touchantes, elles sont si édifiantes pour les eœuts qui li- 
ment Dieu, que je ne saurais difi'érer de les présenter i tMre piété. 
Veuillez, Messieurs, les agréer comme un témoignage de respect ehi- 
ters les associés de totre (Entre, et un tribut de ténéntiett peur' le, 
digne missionnaire dont nous entioùs l'heureuse fin. * ' 

■ M. Chapdelaine, Auguste, destiné pour la prdtinee é» QM«f*ét, 
qui de temps immémorial n'atait pas tu d'ouvrier étangéHqùe, pavttt 
de Hong-Kong au mois d'octobre 1853, et après troiil mois de la rMte 
la plus pénible, après atoir été p3lé et menacé plusienrs fois d« la 
mort , arrita dans la province du Kouei-tcheou, d*où fl dètaft entier 
dans sa mission. Là il trouta un missionnaire zélé, M. L^^oos qui; de- 
puis longtemps au fait de la langue et des usages du pays, dotait Ty 
introduire. Arrivé i la tue de cette terre promise, M. ChapMaiAe« 
ne poutant contenir la joie dont son cmur était pénétré , se mit i ge- 
noux pour remercier Dieu de l'avoir conduit dans sen héritage; il 
s'oflHt de nouveau k lui et lui conucra tout ce qu'il avait de forces et 
de tie pour tratailler à la glorieuse tâche qui lui était confiée. Ces suc- 
cès répondirent bientôt à la grandeur de son zèle. Après 4eux années 
de trataux, déjà il comptait près de deux cents néophytes oentertis 
par ses soins. La moisson était abondante , l'apétre peutdt regafrder 
atec un œil de confiance l'avenir qui s'ôutrmt detanl lui ; mais biMtét 
l'ennemi de tout bien tint briser des espérances si ddliees, en SRsei- 
tant une des plus terribles persécutions que l'en ait i«e < 
derniers temps. Voici quelle en fut l'occiÉsiM : 

• Un jeune néophyte , ayant ' eu un démêlé av<M et 1 
païenne, è laquelle il disait des reproches sur son inceaMle, celle- 
ci porta ses plaintes à son père et i son frère, qui étfdeat employés 
comme satellites au prétoire du mandarin , et qui, en outre, profes- 
saient une haine implacable contre le christianisme. Sa i s iss e nt cette 
occasion d'exercer leur vengeance , ils résolurent 1» perte- noa*seule- 
ment des catholiques, mais encore du Père qui était i leur tête. Us 
vont donc trouver le mandarin , et formulent contre les ehrélleM l'ac- 
cusation la plu( injuste et en même temps la plus absurde qu'il soit 
possible d'imaginer. Il y était dit , entre autres chose», que la reli- 
gion chrétienne est une religion fausse et perverse-; que ses secta- 
teurs apprennent i voler i k manière des oiseaux ; qu'ils possèdent 
des seerals mafMpies, au moyea deequek Us fuit limt ee q«*ilf tw-- 
leiU;^'ilseBtàle0rtMewi;certaMi èmê§et^ nommé Ikr.nmé^ 



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pi 



L'OUVRIER. 



^«ys loinUins pour porter le peuple à la révolte, qu*il (ait des adeptes 
de toutes paffts , et (}u*il est temps que Tautorité prenne les moyens de 
^opposer anx progrès du mal 

• Malgré la èiusseté'palpjtble de cette accusation, elle fut accueil- 
le par le aiandari& avec un empressement marqué, et Ton put dès lors 
prévoir quels persécution allait sévir avec une fureur extraordinaire. 
.Le eîel4ui>mème sembla confirmer ce pressentiment en faisant éclater 
un de ces signes avant-coureurs de la tempête, qu'il ménage quelquefois 

- i ses élus pour les prévenir contre les assauts de Vtnnemi. DedUti me- 
iueiUibui te iignipcationem ut fugiant à facie arcth. La veille du jour de 
rarrettation, on vit paraître dans les airs une ci-oix lumineuse environ- 
née d'nae couronne éclatante, laquelle resta comme suspendue au-des- 
•«t^du^^afe de Y«o-€han, et fut vue des païens aussi bien que des 

r^dlréliaiit.Les pai0tis*ea tirèrent 'uq^augure défavorable contre las au- 
teurs de Taccusation ; les chrétiens, au contraire, plus accoutumés 
aui'fliystéret douloureux du chrislianisme , jugeant que la couronne 
ne peut Venir que par la croix, redoublèrent leurs prii^és et se pré- 
parèrent i toutes les épreuves auxquelles il plairait au oiel de les sou- 
mettre. L*évéaement ne prouva que trop la justesse de leurs prévisions. 
Le lendemain même , 19 de la première lune, correspondant è notre 
TiagiHiaatrième jour de février, le mandarin, sans attendre la fin des 
vacances, comme cela se pratique ordinairement dans les tribunaux, 
chargea deux chefs de la milice de réunir un nombre sufiisant de sa- 
milites, etti'envahir la chrétienté de Yao-Chan. Dans certaines contrées 
de la Chine*, comme au Qaang-si, et à Si-ling-hien, le gouvernement 
n*entretient pas de satellites en* permanence ; mais lorsqu'une arres- 
tation on une action judiciaire doit avoir lieu , un des chefs, selon 
rimportaace de la cause, fait un appel â la canaille et aux désœuvrés 
des hameaux environnants, qui ne se font pas prier deux fois ; et ces 
sajtelUtes improvisés sont mille fois plus i redouter que les prétoriens 
«d titre, parce que, n'ayant pas de place i perdre, ils ne gardent au- 
CDBe masure, etpUlent tout ce qui leur convient. Ainsi les deux chefs 
de là milice ramassent^ils une centaine d'hommes , tous armés de 
kmgiMn piqués ^ de grands couteaux et d'autres armes oflensives ; le 
père et le frère de la dénonciatrice viennent se ranger parmi eux, e( 
eetto troupe ainsi organisée se dirige vers Yao-Chan , village situé I 
trois Ueues de la ville, où demeurait M. Chapdelaine, et où avait été 
auiriée la jeune femme auteur de la persécution. . 

. , s Au premier mouvement de cette bande de soldats, le bruit s'était 
répandu dans le public qu'ils allaient marcher contre la demeure des 
duréliens et en particulier contre celle du maître de religion. Un néo- 
fliyte résidant â la yiUe, et décoré du globule de lettré, en ayant ap- 

^ pris la noufeUe, s'empressa d'envoyer un exprès, pour annoncer au 

• Père le eoBsplotqui se tramait contre lui, et en même temps pour lui 
offrir sa maison comme lieu de refuge. Le Missionnaire, pressé par le 
danger , accepte avec empressement l'offre qui lui est &ite , et part 
«nssilAt sons la direction d'un jeune néophyte , qui le conduit ï Si- 
liog-bien par une voie détournée, tandis que les satellites s'avançaient 
par le ehemin ordinaire, Derieur côté les chrétiens , aidés du jeune 
serviteur du i^ère, rainassent è la bâte les objets les plus précieux et 
les plus aiMpeots, tels que les ornements sacrés, les livres latins, etc., 
et cachent le tout le mieux qu'ils peuvent dans une chaumière voisine. 
Gek laît» deux ou tr«is chrétiens dju Kouei-tcheou se mettent à l'é- 
eart, pour observer ce qui arriverait, et en porter ensuite la nouvell** 
aux missionnaires voisins , tandis que les autres attendent de pied 
Icrme l'arrivée des satellites. Ils ne tardent pas à paraître. Hélas 1 nos 
pauvres chrétiens, quoique préparés au danger, étaient loin de penser 
que r»ff«ire dèt preiidre une tournure aussi grave. Us espéraient qu'a- 
vec quelques ligaturtM * ils pourraient apaiser les premiers mouvements 
de U perêéeution; mais les satellites, k peine arrivés, déclarent qu'ils 
ne veulent entendre parler d'aucun accommodement. Ils se jettent sur 
les prinoipattX néophytes, les enchaînent, les frappent, et les tourmen- 
tent do toutes nMnières pour se Cure livrer les objets du missionnaire 



«ia tigôiftn 



KBfenne miNe sapèques Bées ensemble, ec la tapèg^n est la 



et extorquer i ces pauvres gens tout ce qu'ils possédaient. En mén 
temps cette bande de forcenés se répand dans le village, pénètre 4ai 
toutes les maisons, frappe i tort et è travers, pille tout ce qu'elle pe^ 
découvrir et l'emporte sans pitié. Bœufs , cochons , chèvres, poulei 
habits, couvertures de lit, sapèques , ballots de roton, dont le paj 
abonde , tout devient la proie de ces ravisseurs ; ils ne laissent au 
chrétiens qu'un peu de maïs et de riz pour les empêcher de moufir ( 
taim. Ainsi chargés de butin, ils se retirent emmenant avec eux ku 
nobles prisonniers au nombre d'hué quinzaine, qu'ils conduisent, m 
point encore 4 la ville, maia dans un grand village païen, afin de po^Toii 
loisir les mettre à la question et leur arracher le peu d'argent.qui le 
restait encore'. A force de tortures, ils leur enlèvent deux cents ooi 
velles ligatures, et ce n'est qu'après cette indigne exaction qa^ils 1 
conduisent au tribunal, où de nouvelles épreuves et de nouveaux toi 
mentsles attendaient. Parmi ces prisonniers se trouvait la jeune Âgné 
dont nous avons cité le nom plus haut, et dont nous aurons plus ta 
l'ocpasion d'admirer la vertu et l'inébranlable fermeté. 

• Laurent Pé-mou, un des plus fidèles néophytes du^ère, avait | 
échapper i la saisie des satellites. Plein d'angoisses sur le sort qui 
tendait son maître, il se dirigea rapidement vers Si-ling-hien, lieu 
se trouvait alors M. Chapdelaine, et vint se joindre â lui en protesta 
qu'il voulait vivre et mourir avec son Pasteur, qui était venu dô 
loin et avait exposé mille fois sa yie pour sauver son âme. Quelqv 
instants après, cinq ou six femmes, mères ou épouses des prisonnie] 
portant leurs petits enfants sur leurs bras, se rendirent égaleoneaj 
Si-ling-hien pour voir le Père et apprendre de sa bouche ce qu*e£ 
devaient faire dans la position périlleuse où elles se trouvaient. Api 
avoir tenu conseil , il fut convenu que ces femmes se présenterai^ 
devant le mandarin, accompagnées de leurs petits enfuits, et qu'eï 
réclameraient leurs maris, leurs fils et tout ce qui leur avait été enle^ 
Comme elles témoignaient , non sans raison , quelque crainte pc 
elles-mêmes : f Eh quoi ! leur dit Laurent Pé-mou , que enàfat 
vous? Si vous n'osez aller seules devant le mandarin, je vous y ca 
duirai ! S'il faut moui ':r, ne craign(ms pas de donner notre vie po 
la gloire de Dieu, et le salut de nos âmes ! » Cela dit, il part le pi 
mier, e^les conduis au prétoire'. Arrivées â la salle d'audionce, 
femmes, seldn Tussge suivi en Chine par ceux qui font des récLus 
tiens sfns présenter de placets, se mettent aussitôt â crier et â se ' 
monter d'une manière pitoyable. Le mandarin, du fond dé son app; 
tement, entendant leurs cris déchirants, sort aussitôt pour en savoir 
cause. Mais au lieu d'écouter leur requête , il les fait battre et e 
chaîner , et décharge en particulier sur Laurent Pé-mou les traits 
sa fureur, parce qu'il a eu l'audace de conduire ces femmes jusq 
dans l'intérieur* de son tribunal. 

i CoDune nous l'avons dit, M. Chapdelaine s'était réfugié â Sî4ii 
hien, chez le digne néophyte Lo-Kong-yê. Il espérait être U un |i 
plus en sûreté, ne pensant pas qu^on osât faire des perquisitions i 
vères dans la maison d'un lettré assez considéré dans la ville et d: 
les environs. Mais il ne faisait pas réflexion que venir au chef-lieu 
la porte même du tribunal, c'était se mettre sous la main de ses pi 
sécuteurs. Peut-être aurait-il pu, pendantbi première nuit qu'il passa cl 
Lo-Kong-yé, s'enfuir du côté de Kouei-tcheou, où il eût trouvé on i 
abri auprès de ses dignes confrères, M. Pemy, supérieur de la If 
sion, et M. Lyons, son voisin, qui déjà avaient tant fait pour lui facîli 
la prédication de l'Évangile au Kouang-si. Mais, comment abandon] 
par la fuite ses chers néophytes, encore si novices dans U foi? N 
tait-il pas à craindre que si le Père» cédant à la frayeur, leslaisî 
ainsi livrés à eux-mêmes, en face de leurs bourreaux, leur courage 
défaillît ! Semblable au bon Pasteur, il prit donc la résolution dCu 
son sort à celui de ses ouailles, afin que, s'il en était besoin^ il put li 
enseigner à mourir pour Dieu, comme il leur avait appris i se déwm 
k son service. Son sacrifice fait, M. Chapdelaine nesohgea plns'a 
s*unir i son divin Maître par la prière et l'abandon le plus éiAier 
lui-même. Mon Dieu ! que nous eussions désiré que, dans ce oftonï 
solennel, où le ciel se préparait à le couronner, il eût adressé '^ 
sonfréres quelques mots d'adieuXi qu'il pouvait regardsi < 



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L'OUVRIER. 



S95 



étmtT^ 1 Que nous y eussions troiité de nobles sentiments, d*afleo- 
tm ^Àemm et de désirs ardents de ne pas Toir différer ki lutte glo- 
viie i laquelle il avait toujours aspiré I Mais non ;.Toyant déjà le ciel 
flpvfH i ses yeux, il avait oublié la terre, et il se jeta i genoux pour 
ammeneer unt prière qui ne finit que lorsque les satellites arhYèrent 
pur ït saisi F. 

• Avant de procéder i son arrestation, un chef du tribunal avait en* 
mfé m satellite dans la maison de Lo-Kong-yë, pour s*assurer si vé- 
piUcm^l le missionnaire était U. L'envoyé arrive, et, se présentant 
tnvt M. Chjipd^Uine, lui dit qu'il vient le trouver de la part du 
KisdtTin. A ces mots, le Père se tourne vers lui, et sans laisser pa- 
fAff âurime émotion, il lui répond : « J'achève ma prière ; va, et dis 
l\M maître que dans un moment je suis â lui. » 

» le mandarin , instruit du lieu de la retraite de M. Gbapdelaine, 
teTMS aussitilt une bande de satellites pour cerner la maison de Lo- 
ti iil-yë, peu éloipée du tribunal. Le chef seul entre dans la maison, 
Eïc^lif que les ^subalternes en gardent soigneusement les avenues. 
fi/ràff; an globule de lettré dont le digne Lo-Kong-yê était déco- 
rv, ils ne touchc^nt i rien de ce qui se trouvait dans la maison; 
b Tfôpeetent également le vieux Lo-Koog-yê , vieillard véné- 
nk privé de la vue, et qui, depuis son baptême , s'était toujours 
Mtré digne du Dom de chrétien. Mais , saisissant M. Gbapdelaine, 
ÉM quff le second fils dii lettré et le jeune néophyte qui, la veille, 
ml accDoipagné le Père, ils les enchaînent et les conduisent tous 
bsb au tribunal du mandarin. 

' i U se trouvaient déjà réunis le courageux Pé-mon avec les cinq 
pBsii Te mines chrétiennes qu*il avait conduites. Sur le soir du même 
jper uTtrèrent les néophytes qui avaient été pris la veille i Yao-Ghan, 
p certe que, le Î5 février au soir, nos dignes confesseurs, au nombre 
Il tiD|t-quaLre ou vingt-cinq , étaient tous réunis pour rendre bom- 
i ta saînleté de leur foi. Quel spectacle ! qu'il dut être beau 
W cûur céleste et touchant pour ces pauvres néophytes qui, dès 
entrée dans \e christianisme , partageaient si volontiers les op- 
is de la vie du Sauveur ! Dès leur arrivée en prison , on les 
de fers* on fit gémir leurs membres sous les coups redoublés 
rotin, et ou ajouta encore la lourde cangue, qu'ils eurent le bon- 
Iror de porter toute la nuit pour le nom de Jésus-Christ. 
I Le lendrunain ^6, Laurent Pé-mou parut le premier à la barre du 
ItondariD. Celui qui s'était ofiert avec tant de spontanéité à suivre le 

tiionnaire dans toutes ses épreuves eut la gloire , le premier, de 
fesser Jésus -Christ avec le courage et la fermeté qu'une foi vive 
Upfrtit 1 son âme. Le mandarin, s'adressant à lui, essaya dès le dé- 
m de Te^rayer par des menaces terribles. 

I , — Pourquoi , lui dit-il , pratiques- tu la religion du Seigneur du 
H, qui est une religion perverse , et qui porte le peuple à la rér 

' i — Non , répondit le généreux néophyte , la religion du Seigneur 
h del n'a rien de ce que vous lui reprochez. Ce qu'elle nous 
Éséi^e, c'est de fuir le mal , de pratiquer le bien et de sauver nos 
bet. 

• — Poiirquoi suis-tu le Maître Ma ( nom chinois de M. Chapde- 
^)? 

■ ^ Je le suis, parce qu'il nous apprend à connaître le vrai Dieu et 
[waliquer sa sainte religion. 

f — Venx-tu le suivre encore? 

*s — Oui, je nti rabandonnerai jamais ! 

• —Si tû ne le quittes pas, et si tu ne renonces à ta religion, je 
ferai couper la tète. 

• — tB mandarin pei»t<i9e tnmcher la tète, non-seulement la 
lienae, mais encore celle de ma femme et de mes enfimts; mais re- 
nier i ma teÙgion^ ila religion du Seigneur du ciel, cesser de lui 

>er mes prières et mes adorations , oh ! non; jamais je ne me 
rii coupable d'une n noire trahison ! Mandarin , coupet-moi la 
.. 'il TOUS voulex, maif je n'apostasierai jamais ! 

• Le maiiïïarirCîmlî;^ décfiîfgeî^siifTuî force coups de rotin; 
tiits, tc»x>^t que Laurent oersistait dans sa résolution : « Eh bien ! lui 



dit-il en colère, tu veux avpûr Ja tête tranchée, tu rauraa. a Et appelant 
un de ses farouches utellites, il le iait déq^piter Ul <,.., , ij 

» Après l'exécut^ojE^ de.,i4aw#nt,P^Tfimu ,. jjjf^l^çf^Ji^ ]fL jeune 
Agnès; mais avant de ra«Off)^J%i>lri^inpt^e M cette jeune héroïne, 
disons quelques mots de ses premières années... 

Le Coiffeur. — Comnmit trouvez-vous cela , mousieur Gaîott... 
N'est-ce pas que ça vaut la peine 

M. Caîus. — Je n'aurais jamais pensé... je n'aurais jamîs^sru... 

Le Coiffeur. — Ah I peste, voilà qu'on vient nous déranger. Vov 
lez-vous suspendre , monsieur Caîus. demain nous continuerons. 

M. Caîus ( des larmes dans les yeux. ) — Oui , demain , i la même 
heure... Mais je n'aurais jamais cru, jamais pensé... Je m'éLofiiequa 
le Siècle n'ait pas reproduit ces pages... ou plutdl non , ce n'est pas 
étonnant, car... c'est diablement mtéressant. Adieu , Guillaume, I 
demain. .,,..,. 

Le Coiffeur. — A demain, monsieur Caîus , â demain la suite et 
la fin. 

(La suite au prochain numéro,) Alûys LeJeuKS. 



lA PÉTERETTE '. 



( CHANDELLE DU PAUVRE, ) 



Péterette, péterette, 

P ma compagne discrète ^ 

Brûle, brûle avec fierté ; ^ 

Sur mon âtre jette, jette ,; 

De ta lumière inquiète , 

La pétillante clarté. .. 

Grossier flambeau, prix d*une unique ouoie. 
Fruit résineux du gigantesque pin ; 
Viens te suspendre à celte girandole ^ 
Que mon fagot vient de fournir ^nutlain. 

De la cabane ô charitable amie , 
Tu réjouis son rustique foyer; 
Auprès de toi ses peines pn oublie. 
Lorsque le soir on te voit flamboyer. 

Du malheureux f-nn SHpi^yA «HfriLi v^^ ^ . .^.i 
A ses douleurs tu semblés prendre part ; 
£t lorsqu'il pleure, on dirait jqne, plaintiv^p ^ 
Tu lui souris dans un piteux regard. * ' 

Tu fais reluire un rayon d'espérance..... 
Au cœur qui souffre, â l'âme qui languit. 
Tu dis tout bas : Courage ! confiance \ 
Du haut du ciel le bon Dieu voui^ bunit.^ 

Pourquoi «'ougir de la vapeur grossière, * 

Du sombre éclat qu'à peine elle répand? 
Va. c'est assez... iL.e pauvre et sa misère, 
Que feraient-ils d'un jour plus échtant Y 

De ces flambeaux qui brillent dans les féiâi» < 
Du lustre d'or, aux festons de cristal. 

Du candélabre aux trois pieds, aux vingt têtest { 

Envienns4u le luxe teut i-oyid? \ 

« Ce net berrichon, très-imitaiil, vient du péiiLLement que produit, e4 hrA 
lant , la réeiue doot est faite cette dumdelle du pauvre. 

• Le cbandelier est auss iéooiiomique que la cha4]dellâ. Un bria ^ b»is , le 
premier venu, en fait les frais. On Taiguise à iii^ bout , pour l'introduire entre 
deux pierrea de Tàtre ; on le fend à Tautre, pour y întenKuar la n«t£retie; et 
voila. 



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fOHrniBR. 



LaisiODf te riek« ^ttkr i6i richesses ; 
Qu'il tourki lionne tu milieu des pïaisirs ; 
Cet biU briUtntB, ces nuits enehanlerêsses, 
Me doÎTent point exciter dos soupirs. 

"Va, cette joie est bien souvent ^tiee; 
On rmi la rose et i épine est dessous : 
Le riche aussi n'a-t-il pas sou calice 
Plus plein souvent et plus amer que nous !••• 

L'ambition de ses promeBses Tsines 
Ne nt*i jamaii lH>^(^é dans mon sommeil ; 
Les rêves d'or n'engendrent que des peines; 
Map rêve I mai ne craint pas le réveil. 

Mon rêve 1 moi c'est mon bœuf, ma charrue, 
Le sillon droit qtie je traçais hier; 
De mon jardin c'est le chou, la laitue, 
C'est un lagoi pour mon foyer l'hiver. 

Jamais le ciel n'a hissé sansulaire 
Du malheureui im travaux assidus; 
Il m*a toujours donnd le nécessaire.... 
Pourquoi, mon Dieu, désîrerais-je pluét 

Tranquille au coin de mon foyer tranquille , 
Le cŒur l^er, libre de tout remords, 
le lis tout bas- ma page d Évangile, 
El chaque soir eu priant je m'endors. 

Content dn soH où le ciel nous fit naître , 
Veillons en pai]L sous cet âtre fumeux : 
Dam leurs palais \m rois ré vent peut-étr^ 
Que soûs ce chaume ili seraient plus heureux. 

Pélerette, péterette, 
ma compagne discrète, 
Brûle, brûle avec fierté : 
Sur mon Itre jette , jette 
De ta lumière inquiète, 
La pélillanlô clailé. 



Sé§ry , if novembre tSÛÎ, 



Verdier , 

Philosophe campagnard 



€E QUU Y A AU FOND DTRE BOUTKILLE. 



Adrien est !c meilleur des ouvrîera du père Sébastien, le riche ar- 
murier d'Haïebrouck. Jamais il ne met seulement le pied au café ou 
au cabaret. Sa paie touL entière est consacrée à soutenir sa vieille 
mère et ses deux jeunes sœura. Le diaianche, il les accompagne i l'é- 
pi rse ; après Tafiice . on le voit « avec elles encore , se promener sur 
les rampa rb ou dans Les champs. 

— Qu'on e£t hijureux d'avoir un fils pareil, disent toutes les mères, 
In le regardant passer. Toujours «ouriant, il soutient les pas chance- 
lants de sa mère, lui uueiUe les fleurs qu'elle aime le mieux, lui ra- 
cgritfv des ! istoircs , ou fait avec elle des châteaux en Espagne pour 
r^tiihlissement de ses sceurs^ 

Tel que vous le voirez , cet ouvrier modèle , il a failli devenir un 
ivrogne. — Voici comment. 

l[ venait de terminer son apprentifsage ; il allait recevoir , pour la 
première fois, fa paie d'ouvrier , à la fin de la semaine. — Depuis 
loflgtemps , il se promelf<iit de rapporter la moitié de cotte soounc à 
U nuks.an [lour les besoins du ménaj^e, et de consacrer Tavtre moitié 
î ai^beter i sa mère uue robe dont elle avait grand besoin. 



Jlait ses camarades lui firent conprendre qu'il devait les régaler 
amsique cela ae (aisait chaque fois qu'un apprenti passait on mer. 
Adriau ne voulant pas se maître npal «^roe ses camarades , trouvant 
eonvanable d'àiUeur» de se eonfonner à Tutafe , les mena toua (ils 
étaient cinq) dtner au Soleil d^or. 

Adrien, habitué à ne boire que de la bière , trouva le vin .ort boa. 

Au lieu de voir là un avertissement d*en boire très^peu, il se laissa 
^Uer i ce plaisir nouveau. Quand les premières bouteilles furent ;vt«- , 
dees, il commanda d*autre viu meilleur encore et plus cher; àb fia 
du repas, il était complètement ivre. 

U ne savait plus ce qu'il faisait... H chercha dispute i Jacques et â 
Pierre..., il saisit un couteau pour en frapper Pierre qui voulait lui 
tenir tête, il fit tant de vacarme, que la garde arriva et l'emmena coift> . 
cher au violon. 

Le lendemain matin, on le relâeha sur w bonne réputation, et par- 
ce qu'on savait bien qu'il y avait eu dans son lait plus d'entraînement 
que de méchanceté. 

La honte l'avait défrisé. Quand il rentra chas lui , il n'eut qu'une . 
pensée, chercher à consoler sa pauvre mère. 

^ Mon cher enlant , lui dit celle-ci, je ne t'ai jamais adressé de 
reproches , par la raison bien simple que je n'ai eu jusqu'i hier soir \ 
qse des éloges è te donner. 

Aujourd'hui, je te prie seulement de considérer tout le mal que le 
vbi ^'a fait commettre : 

i* Tu devais rapporter au ménage une portion du moins de ta 
paie de la semaine^ tu u tout englouti dans les Terres et les bou- 
teilles; 

2* Tn as perdu la raison ; pendant pres.de douze heures, ta n'as 
été qu'une véritable béte brute, semblable au cheval ou au mulet, 
comme dit l'Ë riture; 

3* Tu as failli t'attirer une affaire de CcMir d'assises. Arméjde ce 
reuteau, que tu as saisi dans ton ivresse , que serait^il arrivé , c* tu 
:ivaie blessé, tué peut-être ton camarade? 

i^ Tu as compromis, en quelques heures, cette belle réputation que 
t'avaient acquise tes quatre années (d'apprentissage irréprochable ; et 
on t'a vu traverser toute la ville, entre deux gendarmes , pour aller 
coucher en prison ; . 

5o Tp ^s failli me rendre malade. Songe i ce que j'ai dû éprouver 
d'inquiétude, en ne te voyant pas revenir, et de honte,, en apprenant 
cf qu'il était advenu de toi ; 

&* Toi* qui es un bpn chrétien , quel mal n'as-tu pas fait è la reli- 
gion ! N'entends-tu pas d'ici toutes les plaisanteries de ton ateUer sur 
les dévots, qui ne craignent pas de se mettre dans les vignes 4u 5et- 
ffneur?,.. 

-r^ Arrêtez, nui mère , dit Adrien. Je vois l;ien tout ce qu'il y a de 
déplorable au fond d'une bouteille. Je jure devant Dieu, et devant vous, 
ma mère , de ne plus mettre , d'ici à dix ans> le pied seulement dans 
une buvette. 

Adrien a tenu parole; et cette chute , si vite réparée , est le seul 
cliagrin qu'il ait jamais causé à sa mère. 

EUG^B DE MAncEniB. 



LE TRÉSOR DE L'ENFANT PIEUX. — Rbcubil des 
PRINCIPALES Indulgi^nges. — Extrait des ouvrages les plus 
autorisés , approuvé par Mo^eig^ujr l'évêque de Beauvais et sp^je-. 
lement destiné aux élèves des petits séminaires et autses miiswis d'^ 
ducalion chrétienne. — Prix : 10 centimes l'exemplaire; i franei 
^ centimes la douzaine {franco) avec treizième gratis. — Cet opusK 1 
cule, qui sort de presse, est en vente chez Ch. Blériot, éditeur^ 9S^ 
quai des Grands-Aij^stins , à Paris. 

Angcrî , iuip. do Um frèrw, rw ,SainUfcatt4i 9, 



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18 JanTier 186>» 



L'OUVRIER 

ronmal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



DHIlflSTRATION t 



bk UtaOïl» d* BLÉBI0T, 



SOMMAIRE. 

LERANZDE8 YiÇBEB. p» Eugèae PtKii. ^ LES AVilNl'UAES 
D'UN BCRGEB . ptr Eugène de Haiuiiiiib. LE BON M. GAIUS. par Aloyt 
LijlimB. «- LES CdltPJM»llOlf 8 DE LA COlOIXJyAmOSirr , par Qémtnt 
Jg»t. 



lpiiiiikl«'i6é^iiMi 



yAflii,Ti^ 



»•• 









LE RANl DE& VAGDES 



fuit ttOftOfr dû juin. Le soleil ârait dupÉra derrière let hâuti 
lete du Jort bernois, et les pâtres des montagnes B*empres- 
i de regagner leurs chalets avant la tombée de la nuit, 
r un roehef é»s enrirons de Eadisbolz, le village des Bois, 



an de cea pitres, Frans Lœhmann, redisait sur son aipbota» oa 
corne de montagnes, le ranz des vaéhes qui, chsqtieaOk» Ml&ldi 
autour de lui son troupeau dispersé. 

A l'extrémité du rocher, prés de FrahS, une jeune fille, <Mm* 
cfaée sur lé gazon pour mieux voir dans TaMme qui émouvrait aii 
dessous, une jeune allé paraissait surveiller tous les mouvementé 
des vaches sur le versant des ravins. Mais son attention n'était 
point là. Llsbeth écoutait Franz donnant aux notes de râlpiiohi 




LB RANZ DES VACHES. 



wfWÊmU>n iwoeoatimiée de trislesae H do aiélaoeôlio. 
Très Mom^ mon Ffanii s'éeria-4*eUe. an se relevant^ qvand 
ima bommey cessant de jouer, se disposa à partir arec le 
iBan nM^isfontot léuwi* Celui qui sonne ainsi le rana, ne 
i àmmréaamÀ ploa à quitter nos montagnes poar aller coviir 
aitto oi cber^er fortune à Farb. 

pâttfo né répondit pas, mais, ayant regardé sa soMr d'un 
DéccttiOBt, il se mit à exciter <i^ la voix et do geste une 



vaehe paresseuse q«i s'arrêtait pour hùfliav Tafr <iif sstr. 

— Eh quoi 1 reprit Lisbelfa en ee np yo eb tui t , mé aétM* 
je trompée ? et la pensée maudite serait-elle eOoèiSf fth Ê Mê à ton 
esiArit T - 

Frana Lœhmann était ftgé de vingt ans environ. Il y en avait 
huit qu'il était employé à conduire dans la montages, pipjlant 
lesiroia on quatre noia de la belis aaâson, lotroi^èan é^noba 
propriétaire de Noirmont. Sa mère était morte en donnant le J6dr% 



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l 



198 



.S- 



L* OUVRIER. 



Usbeth , il y avait dif-8«p^ ans <U|fl ; ton père airait péri ^ Vamée 
précédente , écraaé par dï6 aval^che. Depuis liHrs Franz partageait 
avec sa sœur la garde dd troupeau ït les travaut- du chalet pour la 
fabrication du fromage. Ibis depuis lort anssi il nourrissait en son 
âme on noient désir de' qûHter la rude vie de pâtre et de se rendre 
I Paf8[,ÏQAt.-îl*,aifai| entondif raceipler mi^le merveilles par lee ou-, 
vriers horlogers qu^il fréquentait k Noirmont, pendant Thiver. 
wyaili>r<je 4ii éethff it nm pèna sages paroles n*avsî^ût pu guérir 
fesAtfilieetMnz^cétlè folie pensée. 

*' fii'ienne ÇUe,* voyant son flhère plus préoccupé qpe. jamais de son 
4dyem msensé, essaya' de nouveau de Ten disauader, 
• ' «^ Ffiai, loi dMh en lui aaiaiasant le bras^ mon b^n FraiiE,inoir 
-MÊ, tMii#èrei qoette étrangt illusion te pousse ainsi i sacrifier k 
bdab€\3r dmotre temnble existence, pour courir après les chimères 
«de la^tsfliiaua IParisi dis-tu, esV une viUe lie ressources. On y trouve du 
4v«vtiA K im4ravail bien payé , et » grâce au travail , on vit dana l*abon - 
dance et la considération. Je ne sma qu'une uauvre fille , Franx, mais 
i^^me 8em)>le qu*ici même Valwndance et la considération ne te man-> 
quant rpaa. Tâi es bien le premier gréverand ' du canton ; chaque pro- 
priéUife de, la vall^te voudrait avoir pour fruitier; et depuis la mort 
de notre père (Dieu veuille «voir son âme ! ) comme avant, jamais, je 
fijpia, le pain.n*a manqué dans la huche ni Je seret' sur la planche, 
G*e8t 'peu , sans doute , mais c^est assez , quand la quantité ne faut pas 
àrappétit. 

Franz s*arracha violemment à la douce étreinte de sa sœur. 

-—La belle gloire , s'écria-t-il, que de faire le fromage comme pas 
un, et la douce vie , vra iment- , que de passer chaque année quatre 
longs mois sur la montagne , seul , comme îermite d'Undersnyler, 
pour recevoir i la fin soixante francs et manger chaque jour du pain 
de sarrazin erdïTseret one le maître n*oaerait vendre ! Ne vaudrait-il 
pas mieux enfin aller i Paris me perfectionner dans lliorlogerie que 
j'ai appris i Noirmont pendant Thiver, gagner de Targent , et vous 
faire venir ensuite près de moi. Le bonheur alors 

^-Non, ^ ne quitterai pas ces montagnes, ma mère y est morte, et 
mon père aoiai. J*y resterai popr voUs conserver, 6 Franz, k DMison» 
nette et le ehâlet, car hélas ! j*en ai bien peur, Paris ne dontte pas le 
bonheur i tous ses habitants. S'il y a dans cette ville tant de monde, 
comme on voua Ta dit, il ne doit pas être ùcile à chacdit d*y faire sa 
place» n en doit être là comme ici parmi nos bêtes. Voyez la noiraude, 
la maîtresar vache du troupeau. A chaque nouvelle venue, elle s*agite 
et maugrée jusqu'à ce que l'inconnue ait mesuré ses forces avec elle 
et connu h puissance de ses cornes. Voulez-vous ainsi aflronter la 
lutte avec tous ceux qui vous ont précédé dans la grande ville dont 
voua parlez; et pensez-vous être bien aûr d'être le plus fort? 

Et seraia-tu vainqueur, mon Fhmz, continua Lisbelh d*une voix 
émue, serais-tu vainqueur des hommes, qu'il te faudrait craindre en- 
core plutôt les épreuves du bon Dieu. Si un jour la misère ou la ma- 
ladie fondait aur toi comme Tavalanche, d'autant plus imprévue et 
plus prompte que le soleil a été pluslirillant et sa chaleur plus douce, 
qui donc serait li pour te porter assistance, et si tu périssais en- 
glouti, qui donc planterait sur ta tombe la croix de bob, en signe 
d'eapéhmce prochaine et d'étemeUe consolation? 

Franz ne répondit pas. Le frère et la sœur étaient arrivés au chalet, 
lisbeth fit entrer les vaches dans le petit enclos qui entourait la ca- 
bane. Franz s*arrêta on instant sur le seuil, et lentement, lentement, 
prit son alphom et sonna de nouveau le ranz des vaches. Pms, 'sfcns 
rien dire, il embrassa aa aœur et chacun se retira dans sa chambrette. 

Au milieu idWa. huit,' Lisbeth s'éveilk en sukvaiii. U lui sembkiit 
«v#îr ^ndandu ^ouvrir la p«fftfr du ehâlM. 
r -^ Sinnilona-t«dle. 

Dn souffle prolongé , comme le souffle d*un honmie profondément 

^ CTMle ftom idu pâtre qui ftit le fromage fcçoû gruyère. Châletier , fruitier , 
iMinearpItK 0toér|ttK, d^^goenl lo«t MMÈhriOA prepo^ 
^4f cQnji^^dafi,lcoa»aga»i. . 

* Fromage blase 



V 



«■dormi , lui ré[pendit seul. 

— iè me suirf trompée , pei&a*t-éH0i 

Lisbeth ne s'Âait po&it trompée. * 

Le souffle qu'elle entendait Aait cehiî d'une vache qui était venue se 
coucher dans le pré, tout contre le ehâlet et qiÂm simple mur en pail« 
lotis séparait 'de 'ja jeune fille» Quant â FAnz', il iëacesdait4^o pas ' 
rapide ,' malgré fobséurifé, la gorge de là G5ul<ï ,^8ù le'DodVs nèfidil 
de rocher en rocher. Lorsqu'il fiit arrivé au moulin de U Mort , i 
franchit l'eau sur un petit pont de bois, et gravit 'èn'tre'nibBiat «^Klait- 
ce regret d'abandonner ainsi Lisbeth , était^^e pns^entÛBeaA al# 1^ 
venir? — les Échelles de la Mort. - . ' , , • 

On appelle ainsi des échelles qu'il a fallu appliquer, pour le pas* 
sage des piétons, â une paroi de rddiers taillée â pic, prèsdl^moa- 
Hn dont elles ont pris le nom. Une route aboutit i ees édieUet. ^rant 
jprit cette route et se dirigea vers la France. 

Le lendemain, Lisbeth pleura, etlejOÉr sti^mî aissivel tous les 
jours, Franz ne donna point de ses nouvelles. 

Un jour cependant, plusieurs années après le départ du châletier , 
la pauvre fille reçut une lettre, ^ette lettre lui était adressée ^r un 
curé des environs de Paris. Le prêtre, lui apprenait qu*im soir il 
ayait été mandé en toute hâte près d'un jeune homme qui se mourait 
. dans, une chaumière, â l'écart du petit vUlage de Fieury^ au pied des 
coteaux de Meudon. Franz, car c'était lui, n'avait pu trouver de tra- 
vail â Paris. Repoussé de tous les ateliers oA il s'était présenté, et qui 
regorgeaient d'ouvriers , il avait fini par ^/se faire chiffonnier. La mi- 
sère et le vice avaient peu â peu ruiné |on esprit et son corps. Un 
' soir enfin, fatigué de sa triste existence, il était sorti de la grande ^lle 
pour respirer un peu, avec l'aif de la campagne, le calme et le repos 
dont son âme avait un pressant^besoin. âj^vé â Fleûry, ii avait en- 
tendu des cors retentir dans les bdis. U Ivait écouté. L'un êe ces 
cors jouait le ranz des vaches des Franohesi*Montagnea, du canton de 
Berne. Franz était tombé inanimé, écrasé ptf la douleur et le regret. 
Un passant l'avait transporté dans une maisoi voisine, oà il était joort 
en demandant pardon i Lisbeth et â Dieu ! £ugbnk Péic£l. 



LES AVENTURES D'UN BERfiER. 



PROLOGUE 

Où Fautenr rencontre son berger. 

J'aime beaucoup les voyages. On dk qu'ils forment la jeunesse. 
Cela sans doute ne me regarde plus; mais il m'a toujours sembla que, 
même du mauvais côté de quarante ona, comme disent les Anglais, on 
ne saurait guère traverser des pays nouveaux et des sttet inconnus 
sans y rencontrer toutes sortes de salutaires impressions et de leçons 
utiles. 

Voici, par exemple, ce que j'ai rapporté de mon excursion de 
18â9. 

Cette année-lâ, je visitais en touriste, et en touriste pédestre, cette 
partie des Pyrénées qui s'étend depuis les Eaux-Bonnes jusqu*à Ba- 
gnères-de-Luchon . 

Un jour que je ' faisais l'ascension du pie de Bergonz , la chalenr, 
sur le midi, devint si accablante que, malgré mon goût prononcé 
pour lea températures terridds^^t bièi qbe >èt«.ide -blane: niJspMia 
les 'pieds jusqu'à la tète, je dus ^denàndergi^ceià m^itÈmAt 
soleil. ■ M ,■• ' ' . * • î .'^ ,' i u ' 

Je m'assia , ou plutôt je me laissai eàoir sur la beife dikohemio, 
haletet et ruisselant de sueur. Je me débanaasai de mo% aae« 4oat 
les courroies me meurtrissaient lea épatles. Puis,: eatreni.dans le 
prairie, je a^eadis tcpit d^ mcw kfig aur ane herbe tipaios^ efcfteiiée. 
Un instant l'idée me riat de me TQlev0r et/de.foir#'UA4bfuque44àeiees 
belles campanules d'un bleu foncé qui croissaient en grand nombre à 



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L'OUVRIER. 



deux oa trois pas de moi. Mais 1% fatigue me retint et je m'en- 

ûonùis. 

11 paraît que ma sieste dtira longtemps. Car le crépuscule allait 
commencer, lorsque je me réTeillai brusquement, sous le coup d'une 
des plus désagréables sensations que j*aie éprouvées de rùa vie. 

Je rètais, — rêve bitarre ! — - que mon visage était devenu tartine, et 
que sur cette tartme une main invisible étalait a?ec complaisance force 
gelée de groseilles. Puis la scène changeait : ce n'étaient plus des confi- 
tufes, e^étâit quelque corps visqueux, comme qui dirait une grenouille 
bien gluante ou une sangsue bien grasse, qui me traversait la face de 
part en part. 

Je me frottai les yeux pour m'assurer que j^étais bien réveiHé 

Devinez sur quoi tombèrent mes premiers regards? Sur une demi-> 
douzaine de ces chiens des Pyrénées, dont la férocité est proverbiale 
et qui^isaient cerde autour de moi, me montrant leurs crocs blancs 
comme du lait et aigas comme des dents de tigre. Plusieurs pous- 
saient un aboiement lugubre auquel répondaient de loin d'autres 
aboiements apportés par l'écho 

Quand j'eus tout-â-fait repris mes sens, je devinai que Tune de ces 
terribles bêtes, s'étant approchée de moi pendant mon somiheil, avait 
Yoolu tâter lé terrain, et m'avait même fait des avances, à sa manièrei 
en promenant sa longue et humrde langue rose , de mon front à mon 
menton et de mon oreille droite àiàon oreille gauche. Le mouvement 
de tressant que je fis, en me réveillant, transforma en hostilité cette 

attitude caressante Il me semblait voir accourir contre moi tous 

les chiens tie la montagne. Mazeppa , au milieu des loups, ou Daniel 
dans la fosse aux lions, me paraissaient avoir couru de moindres dan-« 
gers. Le futur hetman des Cosaques fuyait au moins, emporté par son ' 
fougueux cheval, la morsure des léles cruelleâ, et le bon Dieu avait 
fait un mirade en faveur de Daniel. 

Une drconstance terrifiante de plus, c'était cette chaleur insolite 
Qui sait si partUi ces chiens , il &'y en avait pas quelqu'un d'enragé ? 

Je me tâtais pour voir si j^avais mon canif et ma fiole d'alcali — car 
de trouver un fer rouge en ce déserti il n'y fallait songer,— 
lorsque les bergers qui, eux aûSsi, abattus par la chaleur, araient fait 
dans leurs cabanes une méridienne beaucoup plus prolongée que de 
coutume , accoururent , attirés par les cris que poussaient leurs 
cfai^iis. 

Ils m'eurent biéù vît« délivré. 

J'entrai en conversation avec mes sauveurs; et, comme je suis 
très-curieux de savoir le comment et le poui quoi de chaque chose , 
)*interrogeaî ccr braves gens sur leur genre de vie , le lieu de leuf 
naissance, le motif qui les avait poussés à embrasser cette rude pro- 
fession, les sentimenU et les pensées qui remplissaient leurs longues* 
heures dé sifence et de soKtude. 

A plusieurs de mes questions ils répondirent naïvement, mais clai- 
rement. A d'autres, ils hochèrent la tête, en disant : 

— Demandez au Roi. Il a reçu de l'éducation, lui; il n'est embar- 
rassé sur rien. ^ • 

. Je ne comprenais pas Voyant mon embarras, l'un d'entre eux 

me dit : 

— OaV, IfeRoi; e'estun de nos camarades que nous appelons ainsi, 

parce qu'il a été roi roi de /'i/e aux Lapins. Tenez, si vous aimez 

les histoires, fl rouS contera la sienne ; car le voici qui arrive, à 

L'homme qui s'avançait vers nous ne portait ni sceptre ni couronne, 
pas ifiême le moindre chapeau k plumes ni le plus petit grand-cordon 
en sautoir. Il était vêtu de laine brune, comme les pâtres pyrénéens. 
Même sa veste était vieille et rapiécée aux coudes ; et son béret , ja- 
dis bleu, était devenu presque blanc, à force d'avoir été mouillé par la 
phiie et séché par le soleil. 

P«irtanl , si, sans me prévenir et confondant Barthélémy avec ses 
. cinq ou six camurades, on m'avait posé la question : i Quel est celui 
de ces honunes qui est surnommé le Roi?» je suis sûr que je n'aurais 
pas hésité & désigner Barthélémy. 

—Tiens, Roi, lui dit l'un des bergers , explique donc à monsieur 



des choses que nous sentons bien , mais que nous né 8â#dn^ guère 
comment dh-e. ^. » ' 

Barthélémy et mot nous noua tèmnfea assis sur un banc ^uî est 
devant la cabane dont il tenait de sortir. 

La chaleur étouffinte de ra|irès-niîdi avait fait placé h une douce 
tiédeur, en attendant h fr<iîclieur de h nuit. Quoi^fu'il fût h peine sept 
heures, la lune mont mit i riioriion son beau disqtie d argent, et l'é- 
toile du soir se levait, comuia pour lui faire escorte, répfûuvaîa une 
jouissance inexprimable à voir au-dessous de moi la brunie mouler du 
fond des vallées, tandis r[ue du haut de m montagne les ombres a*al- 
longeaient et annonçaient la fin du jour. 

Mon compagnon r^^pondnit h mes queftlions ^vec un mAlange de fi« 
nesse et de simplinlé qui me charmait..... Apollon réfugié sur la 
*erre et gardant les troupeaux du roi Admèle nVat pas parlé autre- 
ment..... saurqu'Apolloo , naturellemeut, était païen, tandis que k foi 
sincère et ardente du chnHien communiquait au langage de Barihé-^ 
lemyune grandeur et une majt^slé douce, dont ni les plus grands poètes 
ni les plus grands philosophes ne connaissent le secret. 

Seulement, il était bien évident que ce berger-lâ n'était pas un 
berger ordinaire. 

Après avoir été sous le cl i arme de sa parole, surtout des lentimenta 
qui l'inspiraient, je sentis renaître ma cnriosité. 

J*àllais demander 5 BjrlhcliMnv de la satisfaire , et de m'expliquer 
enfin pourquoi on TaipeUil k HtA , lorsqifil me dît tout-a-coup i 

— Voici le jour qui baisse. El *>st trop tard pour que vous retour- 
niez k Luz sans dan||;i^r. Il ne faut pas non plus que vous demeuriez 
dehors. Le serein du *oir et la rosée de k nuit sont funestes, aux 
étrangers. Rentrons donc , et si vous ne craigneï pas de passer quel- 
ques heures sous mon modeste loit, une piace au teo , une botte de 
jtatlle dans un coin, autant de laîl, de fromage et de pain noir, même 
de lard; que vous voudrez i voila ce que je mets bif-n vûlontierss h vûlrs 
iHsposition. N'est-ce pas Henri IV qui disait r ■ Le Béarnais est pau- 
vre; mais ce qu'il doime il le donne de grand cœur ! t 

J'entrai. 

Entrez avec moi , rher lecteur , si vous vouki savdr ce que c*esl 
qu'une cabane de bergers dans h inontagne. 

L'architecture en esL simple et primitif e. Des troncs de sapins à 
peine dégrossis sont entassi^s W.s unS sur la^ autres ; de la mous&e 
bouchi: les interstirtys. Le toit • si fonné de Ces planches légères que les 
menuisiers appellent dt la toîige , et sur lebqo* lies , de dislance en 
distance , sont poséi-s d'énormes pierres , pour empt^chef cette frêle 
couverture d'être çraporl<^e par le veut* 

A l'intérieur , deux grandes tahle^i % sur la première sont placées 
côte k côte d'immenses jjittes pleines de lait. Voyez sur la seconde , 
entassés comme des IhjuIljIs dans un arsenal, des fromages de chèvre 
et de brebis. D'aulr^^:^ Ti'ouiages encore s'élagenl sur des tablettes qui 
vont presque rejoinilie le plafond , d'où pendent , comme autant de 
guirlandes et de lustr es, uns c h Pipelets d'oignons et quelques; grosses 
pièces de lard. La cfi éminça , que domine une \m»%ii de la sainte fa- 
mille , traversée par une branche de buis bénit » est ornée de deux 
chandeliers de cuivre, 

A côté delà cheminée, on voyait encore chei Barthélémy, arrangés 
en trophée avec une ctiriaint^ i^legance , de solides gourdins, les instru- 
ments qui servent à \ï confection des froinagf^s, di*U3i ou trois comets 
à bouquin, un vieux fuëil qui avait dû, plus d'une fais, servir contre 
les loups, et, chose étrange chez un monlagriprdî un petit modèle dé 
navire comme ceux que Ton rencontre suspendus àb voûte deséglisesi 
dans les villages d^t bords de U mer. 

Nous entrâmes tous ensemble. 

Les cinq bergers ne perdirent pas de temps en conversation , et 
leur toilette de nuit fut bientôt faite. 

Après une courte [trière , — car c'étaient 4e bons chrétiens ^ et , si 
oa leur tût dit qull y a des [layi où Touvri^^r, où le laboureur se 
lève, leoutin, et ae couche, kiûir» lans seulËmeui fdijrâ uûiigiie de 




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t'ouvniRH. 



croix, s«ili iaTïM|uerla protection de moin Pèn qui est dans lu deux, 
sant Btluer Mane.ûkine de pàt€, u^ bommes simples ne Vinnûent 
|>as cm, — âpres donc une courte prière , îli m roulèrent tout ha- 
iillét dans leuri grands nvantaaui » et ■ani chercher ni matelas ni 
trar«rsin, iU sejetèrfnl pèle-mêlè dan» yn coin où il j iTaîl no gros 
II» de pille et de foin. En moins d'une minute, îli étaient toof en- 
dormi». 

Us formaient an groupe intéressant ivec leur» traiti accentués , 
leur eoslume pittoresque et l'étrange encheYêtrement de leurs mem- 
brii qni les faisait ressembler a quelque être Hin Lu tique dont las cinq 
OU six tètes seraient servies pir une douuine de brms et autant de 
jambes. Rembrandt ie fût réjoui de^ beaua effeta de lumière que pro- 
jstaient dam Tombre et i trafers la fumée, deux tisons (l^mblaat au 
fnnd de Tâtre et une petite Lmpe , — plutôt une Teilleuse — que la 
piété des bergers entretenait ]our et nuit datant la Mère de Dieu. 

H n'avaii point envie de dormir. Il me seiribbit que ei je m'étais 
laissé iUar au sommeil dans cette pièce enfumée , je me sertis ré- 
?eiUé aiph|xié. Les trou ou quatre beures que j'avais dormi sur la 
montagne m'avaient d*ailleuri singulièrement reposé. 

— Sîre, dis-je i Bartbélemy ^ ]*aîme mieux tous les sereins et toutes 
tes roséee du monde que ratmosphêre épaisse du palais de Votre Ma- 
jesté. A;e£ donc la bonté de me prêter quelque manteau ou quelque 
«ouverture. Je vais me rasseoir »ur le bane^ à regarder les étoiles, à. 
louer Dieu de la beauté de ses œuvres , I le prier pour ceux que 
j^aime et pour ceux qui ne t'aiment pas. .. Je passerais volontiers la nuit 
1 vous entendre raconter votre bistoire qui doit être bien curieuse. 
Mais» après les fatigues du jour, vous avex sans doute grand besoin de 
repoli Restes donc et ne vous embarrassez pas de moi. 

^^Toufl cooDaissex bien mal Barthéiemj, me dit rex-roi, il vous 
efOjex qnll y ut quelque chose qui lui soit indispensable. Pour peu 
^ne ma compagnie vous soit agréable , «lie est à vous. Je dormirai plus 
tlird.... ^ H ï a mieux, ajouta-t-îl, en se frappant le front. I^ous avons 
f luaîeurs beures devant nous. Et vous me rendriez un véritable service, 
tous, monsieur, ouisuue vous êtes dans ta littérature , ^ je lui avais 
dit que j'écrivais quelquefois , dans les journaux et les revues, ^ en 
Ole donnant votre avis sur un manuscrit que j'ai II. C'est mon bistoire 
qujs j*ai rédigée , uniquement dans la pensée qu'iUe pourrait faire 
Quelque bien. Mais je mn défie de mon propre jugement, et je vou- 
drais avoir Toplnion d'un autre, » 

Étrange et rare modestie chez un auteur et qui me rassura tout de 
Suite \ A (% mol de manuscrit , j'avais tremblé d*abord p pensant avoir 
allaire i un homme de lettres, peut-être p hélas ! à un poète, qui iD*a- 
fijt attiré dans un véritable guet-a-pens, pour n^'infli^eXf sans échap- 
patoire possible, l'audition de ses (Euvret complètes. 

Les heures que je passai k écouter mon berger sont assurément 
parmi les plus charmantes de ma vie. 

ta nuit était splendide, la tune varsait sur les pentes vertes de la 
montagne , sur la masse noirâtre des bois de pins et de mélèzes, et 
jUique sur les hauts sommets dentelés et neigeux ^ des torrents de 
clarté blanche et sereine. On vo^falt , on crojait entendre , scintiller 
dtà mimera d'étoiles dans le brillant azur du ciel. La niture entière 
lembbit enveloppée dans une sorte de religieux silence, A peine, â. 
i^ longs interv^ilies , entendait-on le bêlement de quelque brebis, 
l'aboiement lointain d'un cbien, le cri d'un oiseau de proie, qui volait 
lourdement d^un pic i un autre, ou quelque note perdue de la chan- 
son monotone que chantaient, en regagnant leur gîte, un b<^rger sur- 
pris par la nuit on un douanier qui venait d'être relevé pr quelque 
«Ofl&ère. 

Barthélémy et moi noua savourions ce grand spectacle , dont les 
paroles humaines ne donneront jamais qu'une pâle idée , et que ceux- 
là seuls goûtent dans toute sa plénitude qui savent rattacher tes mer- 
teilles de la cr^tion à la grandeur et ^ la bonté du créateur. 

Tout-^l^coup je m'aperçus que j'ouhliais mon berger et son his- 
loirt, 

«* J'atitads la Itctuft da Voiro Majesté, i dis-je au ei-detint mo- 



narque. 

Barthélémy rentra dans la cabane, le le vis ouvrir un hahot et tirer 
de dessous un amas de vieilleries de toute sorte le minutent en ques- 
tion qu'il se mit en devoir de dérouler.... 

Rien n'était curieux comme Tiiistallation du berger-littérateur. 

Sur un de ees marchepieds nécessaires pour atteindre eeux oet fro« 
mages qui, par droit d'ancienneté, habitent tout près «et eoUiraft* Bar- 
thélémy avait placé une chandelle allumée. 

Il lisait d*une voix sonore et pleine Une fois sa leeture con- 

mencée, il parut même ne plus faire attention à moi et être tout.«i- 
lier i son sujet. 

Sa chandelle pourtant lui donnait quelque souci. Pku d'une fiiît U 
brise de nuit la fit vaciller; et une chauve-souris faillit la rentrerter 
d'un coup d*aile. Gomme un médecûi qui veille sur une vie préeieote, 
Barthélémy, tout en lisant , avait Tosil à sa chère lumière^ et il était 
toujours prêt à la protéger du creux de sa suin contre qudque souf- 
ûe trop violent 

Il ne se doutait assurément pas, le digne homme, à quelle épreuve 
redoutable il se soumettait en me lisant son cahier au milieu de eette 
nuit étincelante, en face de cette nature grandioee, à ceUe heure so- 
lennelle et dans cette atmosphère que toutes les plantes de la mon- 
tagne remplissaient àe% senteun les plus douces et les plus vivifiantes. 
La moindre grossièreté dans Texpression, la moindre vs«gahie aans 
les pensées, la prétention surtout soit dans la composition elle-même, 
ioit dans le ton de Tauteur, tout celi, rapproché du cadre que Bar- 
thélémy avait choisi , m'eût choqué , irrité presque et rendu inîuste 
au mérite du reste de Touvrage. 

Jamais cette fiiusse note ne blessa mon oreille. 

La simplicité de ce récit , Taecent vrai du lecteur , les réflexietts 
naïves de Técrivain , son grand sens des dioees de U rie, son igno' 
rance profonde des conventions de la littérature, surtout son grand 
sens chrétien, c'était là plus qu'il n'en (allait pour ravir un andàtior, 
peut-être un peu trop porté à reiUAmistasnie. 

Quelquefois je lisais i pion tour; et quand j'arrivais à quelque pu- 
sage plus touchant , une émotion se trahissait dans le tremUement 
de ma voix... 

Nous lûmes ainsi jusque trois heures du nutin. Alora, eonme je 
voulais voir le soleil se lever du haut du pie de Bergonx » je nepris 
mon ^ac et mon bâton ferré. 

Barthélémy alla dormir. 

Lorsque je redescendis , vera le milieu du jour, il était dans uat an- 
tra partie de la montagne. J'en eus un vif chagrin. Taurais voulu TeB* 
brasser une fois de plus ... 



L*année dernière, étant retourné tu pic de Bergonx , je me J 
une fête de revoir mon ami... 

Quand j'approchai de la cabane , je vis venir vera n|oi , tout tristes , 
les camarades de Barthélémy... Ils m'apprirent que la veille même, 
le berger-roi était tombé dans une fente de glacier, en voulant ftttfer 
un Anglais 1 

J'oubliais de vous dire qu'en me quittant, Barthélémy avait innsté 
pour que je prisse son nunuscrit 

— Puisque cela vous a plu , me dit-il , faites-en un liffe , si du 
moins vous pensez qu'il puisse servir i quelque chose. Quand j'aurai 
été ainsi imprimé tout rif, sans m'en douter, vous me donnerex un 
exemplaire de mes œuvres. » 

Pauvre Barthélémy ! j'enverrai l'exemplaire è ses camarades. 



Telle est, ami lecteur , l'origine authentique du récit dont je ^ 
ai donné seulement l'introduction et que nous intitulerons tout tran- 
quillement, si vous le t#nes pour sgréahle : Lu AvMUimt d'un I 



(La êuiU an prochain numéff, ) 



EUGÊNK DE MARGKRIg. 



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L'ev^lM^B. 



2Ai» 



LE Bm m. cim 



H. ClfiOl et MU efitObnr. 

GoitLAUMB (éM. CddMtfnj Miri^. **• Boniomr ! lÉioMieur dé Caîus, 
comment ça ^a-t-il?... Comme tous ayet bonne mine !. U! là!!. .. 

M. Gaîus. — Mais pas mal, et tous, Guillaume» comment ça va-t-il, 
9on garçon? 

Guillaume. — Ha foi, tout â la douce ! 
' M. Caîus {s'a$9ey9ni dans un fauteuil,) — Et que dit-on de neuf? 

Guillaume (s^appritant à friser M. Coïus.) — Dam! monsieur 
Caîus , c^est i tous qu^il faut demander ci. Mais â propos?.. 

M.Gaius, — Quoi donc? 

Guillaume. -^ Mais la suite du martyre de M. Cbapdelaine?... Tiens, 
on dirait que tous n'y pensex plus... 

M.. Caîus. —«Si, si fidt, j*y pense. Çâ m*a tnM dam h tête depuis 
Faiitre jour. 

Guillaume. — N'est-ce pas, monsieur Caîus, que tous n'auriez pas 
cm cela?... 

M. CaIus. — Ma foi!, non, franchement... 
, Guillaume. -r- Xe troute, moi, que ce n*est pu naturel... de souf- 
frir et de mourir comme cela... 

M. Caîus. — N^orellement on n*aime pas ces cboses-U. 

Guillaume.' — n faut bien qu'il y ait dans la religion cat&oUque 
quelque. chose... puisque c'est la seule qui ait des martyrs. 

M. Caîus. — ie le crois aussi, mais sommes-nous bien sûrs de 
cela?.. . 

Guillaume. — Afa ! monsieur Caîus , des martyrs comme celui-ci , 
il n'y en a que dans TËglise catholique. Pour cela, j'en suis s&r..< 
car TOUS comprenez bien que si les hérétiques ou les schismatiques 
avaient un martyr, un seul , comme celui-ci , ils ne manqueraient pas 
de s'en glorifier. 

M. Caîus. — ^^Et ils auraient raison, car ci en taut la peine. 

Guillaume. — Je ne dis pas le contraire. Je suis tout-i-fait de trotre 
atis ; et si tous toulez continuer la lecture de l'autre jour , je tous 
éeoiiiQrai atec un noutean pUisir. 

M. Caîus. — Moi, je teuxbien... mais s'il tient du monde, fauJra- 
l-il suspendre? 

Guillaume. — Oh ! oui. . . oui, opi . . . car toyes-tous .... 
, M. CaSOs (lisant à haute voix) : 

• Née en 1833 , dans la protince de Kouei-tcheou, d'un tieuk et 
pautre, médecin chrétien , Agnès Tsaou-Kong se fit remarquer dèé 

;eesplus tendres années ^ par soagoût pour la piété et la pratiqué 
constante, de la tertu. Détenue orpheline à l'âge de quinze anf , et 
par là pritée de tout secours, elle fut recueilhe par la charité des |nis< 
sionnairef de la protince , qui Tentoyérent i l'école, où elle fit des 
progrès rapides dans la lecture et récriture des litres chinois. L'année 
suitante, elle fut nnariée àun chrétien qui, trois ou quatre ans après, 
moamt et laissa la jeune Agnès pautre^ sans aucun appui, mais tou- 
jonrt fertente et résignée i la sainte tolonté de Dieu. Sur ces ^n\ft^ 
ÊûteSy la protince du Quang-si s'outrant à la foi, et le nombre des 
néophytes s'accroissent rapidement, M. Lyons, k la prière de M. Chap- 
delaine, Im entoya cette jeune femme pour instruire dans la religion 
chrAlenne les personnes de son sexe. 

• Saisie le 24 fétrier dans Tâflaire de Yao-chan , sans doute parce 
qn'elle se distingua des antres par son courage, elle fut enchaînée et 
conduite dotant le juge , qui essaya par mille moyens d'ébranler sa 
constance ; mais Agnes se montra toujours mtincible dans sa foi. 

• Interrogée enfin sur la manière dont elle toulait mourir, 
a — Du même supplice que mon maître Ma , répondit-elle. 

a En eflet, le mandarin consentit i son choix , et lui fit aussitôt 

* fMf II r 4i rOiNN^ d« 41 JiBVlir. 



préparer une cage eemblable à celle où déjà le Père Clfifpdfljme/é^it 
renfermé. Cette cage, de la hauteur a un mètre et den^ entiron^ oea^ 
ferme dans sa partie supérieure une ouverture où est placée la tête du 
patient,, et où il reste conmie suspendu, l'extri^miti^ des pieds pouvant t 
peine arriter au bas de la cage. Les brai étendus et fortement liés saiit 
assujettis à dés barres de bois qui \m aennent r»ide& et immobiles. La 
malheureux, ainsi suspendu, privé de mouvement et de toute nourri- 
ture, reste quelquefois cinq ou six jours souffrant tous les tounujents 
de la strangulation sans toir irriver h Jin de »es donleurs. A^nès en-^ 
tra dans sa cage le 23 delà première lune, corrËsponiiant i notre vingt- 
huitième jour de février , à peu près en même temps que le Père 
Chapdelaine. Après atoir passé quatre jours au milieu de cette 
cruelle torture, le 27 de la même lune , cette sa m te et illustre hé-* 
roîne, consumée par U &im, b soif, toute mutilée et brisée, renut 
•on âme entre les mains de sod Créateur, et alla recevoir des mains 
de Jésus-Christ la brillante couronne des martjr^ Il est assez pra* 
bable que soq corps a été enseveU, mais on n'a pas encore pu décou* 
trir le lieu où u repose. Esp^roni qu'un jour Dieu rendra I son 
Église les restes précieux de c^tte sainte martyre, qui nous a donné 
un exemple si admirable de Gdelitê à sun>frviee I 

» Enfin, après atoir contempl^^ de ses propres ^euï leB combats de 
ses généreux néophytes, il était juste que k prêtre de Jébus-Chriit, 
Papôtre de la foi, parût à son tuur sur la scène, et Ht voir le courage 
dont la grâce divine remplissait son ûme. Interrogé d'abord sur sa 
religion, M. Chapdelaine a répundu, comme il devait, à ces questions 
préliminaires ; ensuite le mandarin, lui hmnï plusieurs questions ïm- 
pertinentes, telles que celles-ci ; — Combien as -tu d^argent? Pour-; 
quoi enseignes-tu i tes sectaires â voler! —le raissiounaire , soit 
qu'il ne comprit pas clairement le mandarin » comme quelques-uns 
Tont pensé, soit qu'il toulût imiter Noire Seigneur Jésus-Christ de- 
vant Hérode, se taisait et ne répondait rien à ces invectives. Le juge 
irrité lui fit administrer cent coups sur la joue avec la semelle meur^ 
trière de cuir, dont un seul coup sufllt pour mellre b mioboire en 
sang ; eQ sorte que ces cent coiîps , administrés avec toute la 
force que peutent donner le fanatisme et ta vengeance, durent, k 
la lettre, faire sauter leé dents et briser la mâchoire du glorieux 
martyr. Ainsi mis hors d^état de parler et de répondre , on le fit 
coucher sur le tentré, et on lui déchargea en^vore trois eents coups 
de rotin sur le des. Pendant ces horribles tortures, il ne lui arriva 
pas de pousser un soupir ou de proférer la moindre plainte, au point 
que le mandarin et les assistants en étaient dans T ad mira lion et la 
stupeur. Car, lorsqu'on Chine un patient est soumis â la tlag^Uatîon, 
Tusage tout qu'il pousse des cris lamentables, priant le grand manda- 
rin de lui faire grâce; mais ^ pour notre digne confess^eur, uni de 
cœur et d'âme k Notre Seigneur souffrant, il put endurer tout ce que 
la torture a de plus cruel, sans que sa bouche décelJt la douleur dont 
il était accablé. Le mandarin, attribuant un :^ilence si extraordinaire 
i quelque art magique, fit â V instant éf orger un chien , et ordonna 
que de son sang on aspergeât le corps du martyr; puis on continua 
de le frapper, uns compter désormais les coups, ju$^qu^à ce qu'on lo 
tît incapable de se remuer. Alors on te reparla dans la prison^ car il 
lui eût été impossible de taire un pas. Mais, ù bonté compatissante de 
Dieu ! toili qu'un instant après il s& lève et se met â se promener 
comme il l'eût fait en pleine santé. Les satellites i témoins de ce nou- 
veau prodige, s'approchent de lui et lui demandent comment il se ratt 
que, ne pouvant se remuer un instant auparavant, il marche maintenant 
en toute liberté? Le Père répond en souriant : ■ C'est le bon Dieu qui 
m'a protégé et béni ! » 

M Mais ce n^était encore U qu'une partie ât$ épreuves par lesquelki 
dotait passer notre digne confesseur de la foi. Pendant toute la jour- 
née du 27 , il fut soumis au terrible supplice de la cbaîne de fer. 
Agenouillé sur les anneaux infl^^iibks de c<^tle chaîne, son corps ^(ait 
maintenu en uneeorte d'équilibre par des cordes qui le prenaient s li 
tête et aux mains et qiii allaient se fîier i des pieux en sens contraire. 
Le S8, on le mîtt lui et U jeune Agnès, â la c.ige dont nous avonl 
parlé fittB JmniI* D j patie toute h journée du 23 et la nuit siutanta. 



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rbnvRiERi 



' > àixt nifiea de cette longue et eruelle agonie , lorsque notre digne 
martyr aecâblé, broyé comme le raisin sous le pressoir, n^avait plus 
^w quelques instants I Vivre, le mandarin envoya un de ses serviteurs 
M dire que sll voulait lui donner quatre cents taêls, il lui rendrait 
la liberté. Le Père répondit qu'il n'avait point d'argent, qu*il n*avait 
que des livres. Le vénal et sordide mandarin lui envoie dire une se- 
condé' fois qile, s'il ne peut donner toute cette somme, il lui donne 
au moins cent cinquante taêls, et qu'il' ne le fera point mourir. Mais, 
eette fob comme la première, il répondit qu-il n'avait point d'argent, 
puis il ajouta : • Que le numdarin fasse de moi ce qu*il voudca» je 
ftuis entre ses mains ! 

» Cependant le vingt-neuvième jour de février commençait à paraî- 
tre ! jour heureux pour notre martyr, et qui, en mettant fin â ses maux 
pusagers, allait ouvrir devanlt lui une éternité d'inefiable bonheur ! 
Le mandarin, averti oue, pendant la nuit, un bruit extraordinaire s'é- 
tait fait entendre dans l'endroit où se trouvait notre digne confesseur, 
se bâta d'aller auprès de lui. Il le trouva respirant encore, et craignant 
qu'il ne lui écbappe au moyen de quelque enchantement magique, il 
le îni aussitôt sortir, appelle un de ses satellites , armé du 'coutelas 
tranchant, et lui ordonne de lui couper la tête. Ainsi se termina et fut 
couronné l'apostolat court, mais laborieux et plein de mentes de notre 
cher et vénéré confrère, M. Ghapdelaine (Auguste), né à la Rochelle, 
dans le diocèse de Coutances, le 6 janvier 1814, ordonné prêtre le 10 
juin t8i3, parti pour les missions en 1851, et décapité pour la foi le 
«9 Kvrîer 1856. 

» n semble qu'après tant de vexations et de traits de barbarie, le 
eruei mandarin dut être saUslait; mais non. A peine les trois pre- 
mières victimes de sa rage eurent- elles expiré, qu'il soumit les autres 
prisonniers à de nouvelles tortures. Plusieurs parmi eux , d'après le 
rapport des chrétiens , n'eurent pas moins a souffrir que nos trois 
martyrs, et peu s'en fidlut qu'ils n'obtinssent la même couronne. Puis» 
étendant sa ftirèur sur ceux qui avaient échappé â ses premières per- 
quisitions , il les tidt traîner devant son tribunal , les soumet i une 
cruelle flageUatîon , et leur impose , comme prix de leur délivrance, 
1B6 somme beaucoup au-dessus de leurs moyens. 

• Vquples agréer, Messîeura, etc... 

i GuiLLKmN, 
• Mftê i^^niolifiie ée Qwttng^mig et Qumig^. B 

CtHLLAtJME. — C'est assex comme cela, monsieur Caîus... je crains 
qoê vous ne vous fatiguiez... 

M. CaIùs. — Mais, fiirceur, c'est fini 

Guillaume. — Tiens! c'est vrai! Eh bien! je connais quelqu'un 
qui ne t^esX pas ennuyé.. . 

M. CAÎtJS. — Et moi aussi... 

Guillaume. — Et oue dites-vous de celât... 

M. CAltJS. — Je dis que je n'aurais pas voulu être â leur place... et 
firanchement il &ut que la religion catholique soit divine pour faire 
de tels martyrs... car encore nae fois, ce n'est pas naturel... 

Guillaume. — N'est-^ pas? aussi, c'est une des raisons qui me 
Ibnt croire, comme tmis le dites, que l'Église catholique est di- 
vine... 

M. CaIos. — Seulement , tous les prêtres ne sont pas conune 
M. CiMpdelaine. D y en a qui ne valent pas le diable... 
^ — ^ILLAUME. — Saves-vous, monsieur Caîus? moi, je crois qu'il y a 
du bon et du mauvais partout. C'est ce que ine disait mon défunt 
père... Tant mieux pour les bons I tant pis pour les mauvais ! VoiU 
ma manière de voir. . . Qu'en pensei-vous î . . . 

M. Caîus. — Moi je crois qu'on en dit toujours plus qu'il n'y en 
a... Et d'ailleurs il y a du bon et du mauvais partout, c'est très- 
vrai. 

Aloys Lejeuns. 



LES €OlPiGN0IS DE U €II0II> D'ARGENT \ 



CHAPITRg. XXVH. 
Lm trois demandeft de auHre Lo«if« 

te soir du 6 août 1789, quelques heures après les scènes racontées 
dans le précédent chapitre , les prihcipauT personnages de cette hûi^ 
toire étaient réunis dans le jardin de l'aul-erge de la Croix-d'Argeo^ 
rue du Petit-Musc. . , . 

Les rossignols chantaient dans les bosquets de l'hétel Lesdiguières. 
La soirée était tiède; le ciel pur, semé d'étoiles; la nuit claire conmitt 
une belle nuit d'été. 

La ville, si agitée pendant le jour, reposait silencieuse , et aucun 
bruit ne venait, du dehors, troubler le charme silencieux de ce calme 
profond. , 

Le père Brûlot était assis sous un vieux tilleul; à cété de lui se 
tenait M«e Finette. 

Auprès d'elle , vêtue de noir, une jeune fille écoutait la conversa- 
tion sans y prendre part. 

C'était la Miette ! ' 

Le Marseillais était mort et on ignorait le sort dé la femme que le 
Miette enfant appelait sa mère. 

Le docteur Guillotin avait confié au père Brûlot la pauvre orphe- 
line. 

U lui avait appris que Claude Chopin devait épouser la jeune 
fille. ' . 

— Mais elle n'ajpas d'argent? avait observé le prudent aubjergiste. 

— On lui en trouvera , avait répondu le docteur. 

n est impossible de raconter la joie qu'avait eue Claude Chopin en 
apprenant que le rêve , caressé par lui avec tant d'ardeur, allait se 
réaliser pour lui. — Épouser la Miette ! 

Sa joie était sans mélange. Il avait reçu des nouvelles de sa mère. 
Admise, par l'ordre du lieutenant de police , au couvât de Sois- 
sons, elle y avait été traitée comme une reine ! 

Elle y recevait Thospitalité la plus affectueuse. 

Habituée aux rudes efforts d'un travail nécessaire , elle gp^tait le 
repos d'une vie plus tranquille. 

Va jour, l'abbesse lui avait dit, avec le ton respectueux que la relî'- 
gion commaiide, quand la charité doit parler i la vieillesse : 

— Ma mère, si vous vouliez passer vos jours ici, i prier Dieu et â 
nous aider dans le bien que nous tâchons de lairet 

La vieille femme avait accepté. 

— Mais , avait-elle dit , est-ce que je ne reverrai pas mqn Claude» 
s'il revient â Soissons ? 

-^Yous le reverrez : je vous en donne d*avance la permissioou 
Claude savait ces choses, sa mère, protégée contre le besoin, assu- 
rée contre l'isolement cruel à la vieillesse, aimée, soignée. La pensée 
du bonheur maternel faisait la joie dans le cœur du fils. 

— Nous voici encore une fois tous réuiùs . remercions t)ieu ! fit 
l'aubergiste, après un moment de silence. 

— Et prions-le de ne pas nous retirer lès faveurs qu'il nous ac- 
corde , murmura GuiUot. Vous savez ce qui s'est fait hier soir dans 
l'Assemblée? 

— Non, répondirent quelques voix. 

— Une grande chose, reprit le Compagnon, et il annonça commâit, 
par une abnégation sans exemple peut-être dans Thistpire, les nobles, 
le clergé , tous ceux qui , d'après la constitution de l'ancien régime^ 
avaient dans l'État des bénéfices et des- privilèges, y avaient solennel* 
lement renoncé. 

— Tu étais-là t demanda le père Brûlot. 

-^ Oui , répondit GuiUot , je n'oublierai de ma vie ce que j^si 

La reproduction ut ^ntwiiu. — Voir los n**}de fCfuvrim- du il «oui «a M 
iaovier. 



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/ 



L'OUVRIER. 



S03 



m. Et il raconta le grand événement qui ^'appelle, dans l'histoire de 
Sa Révolution française , la nuit du 4 août. 
Après ce récit, il se fit un moment de silene%. 

— Et à quelle cause , demanda le père Brûlot , attribue^ t-on ce 
changement extraordinaire de politique? 

— A un nouveau ministre ? 

— Quel est son nom ? . 

Plusieurs voix , celle de Claude en particulier, répondirent 1 la 
question : 
. — Mattre Louis ! . 

— Vous ravcx dit! 

Alors commença un concert enthousiaste de louanges, dont mattre 
Louis était Tobjet l 

— ' Quelle grande âme ! 

-^ Penser que -de grand seigneur il avait consenti à se faire ouvrier 
comme nous ! 

L'histoire de matire Louis était connue. 

— Jamais il n*a eu Tair fier que lés grands prennent quelquefois, 
observa un des Compagnons. 

— Il^n'j jurait pas de révolution en France si tous les gentils- 
hommes ressemblaient à A(. de Rieux, ajouta uii autre. 

— Ou si tous lea ouvriers ressemblaient â maître Louis, fit un 
troisième* 

Maître Louis fut pendant quelques instants Tobjet de toutes les 
pensées. 

— Le roi en fera son confident. — Ce sera un Richelieu a|ni du 
peDple. — n corrig^rs d*en haut les abus qu*il a vus d*en bas. -r- Il 
est capable de sauver le pays des plus grands dangers. — J'avais UfVL- 
jours prévu qu*il irait lo^n et haut. — Il est si bon ! — Il est si ^ravel 

— n est si généreux ! . " 
lies éloges se croisaient, tous dictés par la conviction profonde du 

cœur. 

Tont-â-coup on vit un "homme s'avancer dans l'ombre vers le 
groupe «u milieu duquel le père Brûlot était assis. 

— C'est lui ! s*écria Chopin. 

— « Cest Uii ! r4pétèrent les Compagnons. 

. — Vous, ici» monsieur de Rieux? fit le père Brûlot, en ^'avançant. 

— Venir encore vers nous? 

^Le jeune gentilhomme s'arrêta. 

— Comment, fit-il avec surprise , est-ce que mes amis ne me re- 
connaissent plus ? 

11 serra affectueusement la main de tous ses compagnons. 

Une vive émotion remplit l'âme de ceux qui entendaient ces pa- 
roles. Elle s'accrut quand, k la pâle ckrté des étoiles , les Comj^agnons 
virent que leur ancien maître ét^it encore* vêtu de ia. blouse du Com- 
pagnonnage. 

. On causa pendant quelques instants. Maître Louis raconta ce qu'il 
avait appris, 

! 11 s'était fiût montrer les révélations de l'Américain et du Marseil- 
lais. 

Il y ayait vu., édairéft pur une lumière subira, tous les mystères an 
milieu desquels , depuis- quelque temps» les événements s'étaient ac- 
complis^ 

, —7 Çomnient le «oup^n d- avoir empouonné- Claude a-t-il pu se 
porter sur l'Éveillé? demanda Guillot-la^Langue-Morte. 

^^«Yoilé une question posée par une bouche qui en fait rarement, 
observ^ le père Brûlot, qui désirait éviter une réponse. 

Maître Louis reprit d'un ùr grave : 

— Le soir où TÉveillé a quitté si brusquement U chambre de 
Glauëe, il en était chassé par une grande doiùeur; il est sorti comme 
un fou, et il était naturel que les soupçons tombassent sur un homme 
qui fiiisait tArtponr h» confirmer. ' , 

— Comment! firent plusieurs voix, d'où venait donc le chagrin de 
l'Éveillé? Il est si bon. 

^i^a nuit fr*eùt pas caché Ur figure de M^^ Finette, on iuiiil ?i ses 
ioues se coutrir d'une vive rougeur. 
MaRre (ouia resta un moment sans répondre. 



1 - 



^1 



— Les gens de cœur ne sont pas tonjoun en ce monde les .plat 
heureux, dit-il i la fin. . . / - 

On en était U de cette causerie , quand tout-l-coup arriva l*tv^él 
il avait l'air inquiet. 

— Maître Louis ,. fit-il i voix basse , en parlant au gentShomme 
compagnon , je viens de voir rdder des hommes inconnus dans le^ 
environs. 

— Tu crois ? 

— J'en suis sûr, répondit vivement le Rouleur. Peut-être (MUé& ' 
vous qu'on cherche.? . , . .. 

— Il n'y a pas de danger. 

Malgré la sécurité de maître Louis» ks Compagnons sortirent pour 
aller voir ce qui se passait. 
Maître Louis resta dans le jardk. Il retiot W^* fmetle. 
Quand ils furent seuls, il prit sa voix ta plus douces 

— Est-ce .que vous n'ayespas regrat« lui dît-il, de la séviriti avee 
laquelle vous avez repoussé l'Éveillé ! il tous aime beaucoup le pau* 
vre' garçon. 

— Si fait, monsieur, reprit W^ Finette, l'ai louvent pleuré depuis 
un mois en pensant au mal que j'atais causé i un homme qui ne 
m'avait jamais fait que du bien. 

— Et vous voudries réparer ce mal? i - 

— Je le voudrais. 

— Sincèrement? 

— Sincèrement. . 
Maître. Louis prit un ton grave ; 

— Voilà, dit-il, un des obstacles levés, mais ee n'est pas le seul. 
^-Oi!i sont donc les autres? demanda FlneUe, 

— L'Éveillé a été blessé au cœur p répondit maître Louis , et 
puiis.'.... 

— Et puis, interrompit la fille Aè Tsuttergiate. ^ ' 
. — L'honneur que Lui fait le roi 

Maître Louis prononça très-lentement ces mots. 

. — Quel honneur? demanda M>^« Brûlot avec une cunoBité ex^ 
trème. 

Le roi, en reconnaissance des services que le pauvre TÉveillé nous 
a rendus, signera son acte de mariage. 

Mii« Bfiilot resta confondue. ALUre Louis n^avait dit I personne 
les bienveillantes Intentions du Boi. Citait une arme gu'il avait té* 
servée pour vaincre l'amour-propi^e de la superbe demaiselle. 

— Enfin, dit mettre Louis avec un sourire doucement ironique dont 
M\u Brûlot ne s'aperçut pas , voua c^insentei à être la femme de L'É« 
veillé? • 

— J'y consens. 

— Vous savez qu'il est bossu? ajouta finement l'ouvrier gentjt-» 
homme. 

— Je le sais; dites-lui que je serai sa femme si maintenant il veut 
bien de moi 

— Il voudra bien. 

Maître Louis et MU* Brûlot étaient restés seuls sous le vieiix tîlleiit 
pour dire ces choses. 
Le père Brûlot rerint vers eux. 

— On ne voit plus personne, dit-il à maître Louis. L'ËvdUI se stm 
trompé. 

Maître Louis prit i l'écart l'aubergbte. 

— Brûlot, lui dit-il , j'ai trois choses i vous demander, 

— Trois choses? fit l'aubergiste un peu surpria. 

— Vous ne voulez pas m entendre? 

— Moi , je suis i vous , reprit vlventent le pêr« Brûlot , voui m^ 
demanderiez ma vie , mon sang, que sais-je? je vous les donneraii 
sur riieure même. 

— Eh bien ! je vous demande votre fiUe. 
-Mafille? 

— Oui , pour l'Éveillé. 

— Pour le Rouleur? 

— Oui, il est bossu de son corps, mais droit é^ coeur; il aime votri 
fille et il U rendra heureuse ! Vous me l*ac cordez? 

7 ##ti •• ;î 



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set 



L'OUVniER. 



— le Tou$ raeeordi» , rnaii.;..» - * "^ * \ 
llallr« Louii înterroippil le pêr« da Wi* Bmlôt. 

■^ Le roi cîonf^fîbt â signer ricte de mariage qui donnera votre fille 
iHïtirrerïtiiie i rËTetllé. 

Le père Brubl ouïr rit dant Tombr^ deux yeux où te peigniient la 
eurpri&e et Fo rgueil satiifâU. 

«— Ce n'est pu tout, reprit mettre Louk, j'ai eneore iena. choaet i 
v<^ demander. 

— J'écoute. 

— Vont accepterai pour nièce la jeune filîe, l'orpheline qne je voua 
«i^^menée bier, la Miette? 

L*aîibergîsle fit un Haut-lft-corp». 

— Son père élail un icélérat t dit-il, 
*-ït est mort. 

— Claude en eat donc entltl ! 

j— Il déaire ardemment Téponaer, et c'eat I c^use de eela qu'il n'a 
pas ehcrcbê mieui. Je lui avais parlé d'un parti beaucoup piua oril- 
lant, et il Ta refuaé parca qu'il n'avait paa le ctËur libre. 

Le père Brûlot comprit pourquoi Claude n'avait pat voulu épouser 
M*î* Brûlot. 

<— £t la troisième chose t 

— La troisième T 

— Oui, 

— Elle ne ressemble pas auit deox lutrei. 

— Dites toujours, maître î on fera ce que vous désire*. 

Waltre Louis pnile bras du père Brûlot et le terrant affectueuse- 
ment — Je ne sais pourquoi, lui dit-il, jn de tristes prettentimentt. 
Au, moment où m croit toucher de la main Tidéal longtempt cherché, 
où les événements changeant la face de Thistoire lui donnent un ca- 
ractère nouveau, mon cœur est plein d 'angoisses. Le Roi depuit trois 
jour» prend mm conseils; je luf suggère des pensées conformet aux 
intérêts du peuple au milieu duquel j'ai vécu ; j'engage ta volonté 
Jojale et pleine de générosité dane une politique nouvelle. Je voit te 
lever pour le Compagnonnage le |our d'un avenir radieux. Eh bien ! 
nutlgré cela» je doute, je tremble, j'Âldaas Tâmeje ne sait quel inex- 
plicable effroi. Il me semble que je marche dans des ténèbres épaisses, 
et que je vais me heurter à un obstacle caché. — Mon expiation ne 
me p«ratt pas consommée. Je ne pui» croire que rhenrede Uréhabili- 
Ution et du pardon ait aonné pour moi. 

Uaubergi&te écoutait ces paroles avec une tristetse pleine d'affec- 
tipa pour nuHre Louis. 

— Que faut'il faire pour vous rassurer t demanda4-il. 

^ H faut me promettre de satisfaire un vœu touvent formé par 
moi , répondit maître Louis . 

H s'arrêta et regarda te jardin tu milieu duquel fl te promenait 
depuifi une heure. 

— Vous vo^e£ ce jardin, dit-il, cet arbres, ces petitet aQéet, la cha- 
pelle où les Compapons se sont si souvent réuois la nuit. Je voudrait 
qie SI U mort *— une mort que je ne prévois pas — venait ma frapper, 
les Compagnons m'ensevelisient dans un coin de ce jardin , et qu*au 
lieu de mettre lur mon tombeau un titre nobiliaire, ilt y écrivissent 
simplement Maître Louis , Compagnon charpentier. 

Le père firulot pleurait en entendant ce souhait méhincolique, ins- 
piré par de lugubres pressentiments, 

— Maître, iucun danger n« vom menace, dit^tl en terrant la main 
^u maître Compagnon. 

— Àccordeit-moi toujours ma troisième demande comme vont mV 
fu accordé lea deux autres* 

._^ Je tous raccorde, répondit M. Biulot. Les deux hommet te di- 
rigèrent sur fauberire où il^e Brûlot et les Compagnont étaient ren- 
trés depuis quelques instants. 

îimiâ-coup, comme maître Louis elle père Brûlot pattaient prêt 
d'ua buisson dont Vombre éoaisse couvrait TaUée, U maître Compt* 
gnou poussa vu cri. 

< l« buiiso» s'agita; une forme noire s*élança sur le gentilhomme , 
le renversa , et le père Brûlot vit briller un poignard, 
tl se jeta pour défendre maître Louis. 



Hattre Lôùb. ronvené, jeta un eri. * ' ~ 

-^Qtti étet-vout t demandâ-t-îl ^ ton àgretteur. 

— Je tuit lepère! répondit une voit rauquo. 

—-Pardonnez-moi, murmura le Compagnon. 

—Je tuis. vengé ! hurla tonrdement le meurtrier, et il frappa on 
nouveau coup. 

Le père Brûlot Ttvait taiti par le brat^ L*anattin le reponttf pm 
un effort énergique, et t'élançant ven rextréttûté da jardin, il difpa- 
rut dant Tombre. , . . _ 

On accourut de Tauberge avec det lumièret. 

On trouva mettre Louit baigné dant ton sang. * ^ « 

Il avait reçu, dant hs environt du cœur, troit eonpt de pOigMrti 
en forme de triangle 

On voulut Tenlever et le trantporter i la maiton. 

— Met amit , laîttez-moi , reprit-ii avec douceur. Je viit moaiifl 
Allez chercher un prêtre. 

Guillot t*élança pour tatit&ire le détir du mourant. 
Des sanglota éclataiest de toutes partt. 
Maître Louit reprit : 

— Je meure heureux ; j^avaît commit une &ute que je ne pouvait 
me pardonner. J*avaia, pour Texpier, fait de longs efforts. Je tent, 
au coup qui me frappe, que Dieu m'a pardonné. Mourir aO mdaieiit 
où on croit pouvoir être utile â ton payt , au peuple qu'on ahne, est 
le plut grand chagrin qtt*un homme pmtte éprouiver. Dieu me Tin- 
flifo ; je l*®u remercie. U ne frappe que ceux qu'il aioie. 

tl te fit un moment de tilenee. 

— Je vontlaîtte, met amit! Continues Vœuvre que nout aTone 
commencée onteibble. Det tempt de violence te préparent. Traverees» 
let avec la douceur dant le cœu^ , le tentiment du droit , de la joi- 
tice et de la liberté. Ne me vengez pat. Ne vont vengez pat foui* 
mémet ! Combattez le mal en disant le bien. Si cet pentéet, qui otA 
été let miennet, rettent let vôtret, je ne mourrai pat tout entier, et 
Dieu m'accueillera plut volontîert auprét de lui. 

Il parla longtempt; tet forcée t'épuitaient avce le Mngqui t'éc<Ni- 
lait. 

Le prêtre arriva pour aider |e mattre Compagnon i rendre 1 tHài 
ta belle âme , purifiée par l^xpiïtiOù tolontaire dé ta vie, taneti66e 
par l'acceptation de la mort. 

— Quel ett le nom de celui qui vous a frappé t deinànéa le prêM 
â maître Louit. Est-ce que voûtVkvez reconnut 

-— Il ett inutile de le nommer, répondit avec douceur le moribond. 
-*• Si voùt ne le nommez pat, let toupçont pourront, fi^pper un 
innocenta • 

— Vont avez raison» reprjt maître Loiiia, le noni de l'homme qui ' 
m^a frappé ett celui qui avait aux yeux det hommet id-bat tiiion le 
droit de le faire, on du. moint l'excute de l'avoir lait, .c'ett Chaulât ! 

Peu d'inttantt aprè^, maître Louit mourut. 

Le dernier mot qui t'écltappa de tet lèvret fut le contdl éraiigd- 
lique : 

-*- Aimes-vout let unt let autret. 

tet violencet de la Révolution trouvèrent let CotiipÉ^mMé ik h 
Croit-d*Argent fidèlet i la pontée de maître Louk. Ile rétlitMAl en ' 
mal par ]â douceur; t'ilt avaient été plut nombreux et plut jmns- ' 
tantt, ilt auraient hâté le triomphe det deux canteif pdu^ letquisUcIlt 
t'étaient unit,, ta liberté et la religiftn. 

Une petite pierre drestée marqua dant le jardin de l'àulierge déia 
Croix-d'Argent', tout le vieux Ulleiâ^ la place où répétait un ûmt 
hommet, qui, vivant, aurait pu pêut-étre tauver det exc^ rlvdhilbni* 
nairet la France etla Révolntioii eSe-même. 

Sur cette pierre étaient întcritt eet lAott : ' ^ ' 

Maître Louis, coimitMON auMÊsnmtk 
T ib*t nw. 

(#lwi ja^- C t w j wjj tit» ! 4^ 19 CrwMTiiifwM.) ÛMEmofr iopr. • 
Aofen, imp. de Laine fréret, rue Saint-Laftd „ ^. 
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sjsr 



K" 39. 



26 JaBTtor IMS. 



L'OUVRIER 

lourvial hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis^ 



ADimnsnuiTiON s 

58 1 t^Mi dM Gimiidt-Avgatfttiw 
à 1« Ubisiiit d* BLÉBIOT, 

A PAEI8. 



SOMMAIRE. 

LES AVBNTmUBS D'UN BERGER, par Eugène de iUR«illi; — LE 
VŒUX KENDAX ET LE JEUNE BENJAlfIN. par Al.«Tl LmUBB. — 
LE GHARMEXTX, par Jea» Landsr.- L'HISTOIBE DE MA VOISINE^ 

par le Caporal Mietin- 



ABONNE KBNTf P'TI^N A« 

1 Ipilir ù 1^ le cbfB iMii : 

PWamb. f »■ 

leiMPB, Èmmm, Emmi b'Ami, Tap» " 

ttiàva-Onp m l'AiiieiafP m R^m • T •• 
GoMnff w àvffiat fkf t'ovriMHnR- 9 M 



LES AVENTURES D'UN BERGER'. 



CHAPITRE lar. 

Un roi dAtrôaé. -^ Baiiit-Paliitlii. 
soavr du héros. 



A bord dm Irick américai», U 
rand-Serpênt de Mer, latitude 
MiBiM, ce IS anU 1S40. 

J'ai été berger ; je viens 
'être roi ; je retoame à 
les moutons. 

Comme le grsnd empe. 
Burt comme Charles X , 
omme le dey d'Alger, — je 
e parle que des contempo- 
ftin8# — il me faut mettre 
Océan entre moi et ceux 
ni, hier encore, étaient 
oes sujets. Plus heureux 
[ue les potentats ci-dessus 
lommés, ce n'est pas Tcrs 
'exil» c'est vers la pairie 
|oe m'emporte le Grand" 
Serpent de Mert — nom me. 
bamment imposé au yM 
letit brick sur lequel je na- 
jgue, sans doute afin de 
eter le trouble dans l'esprit 
le mes lecteurs et de leur 
>ersuader d'arance que 
oute mon bistoiie n'est 
[u'un canard. 

i\ùvé^ sans l'avoir voulu, 
LQ rang -suprême dans une 
le que les cartes les plus 
lavantes accompagnent tou- 
tes de ce signe dubitalir : 
rife aux Lapins? je redes- 
oends jo^'eusement à une 
jKBÎtîon plus modeëte, et 
j'ai peine à bio lérer les bat- 
ements de mon oœur, 
]uand je pense que dms 
fDoins d'un mois ie Grand- 
^trp^M de Mer aura gagné 
BayomM on Bordeaux , et 



I Veir ls«* ëi YOwrier du Uiainitr. 



— La mère et la 




qu'en quelques jours de marche j'aurai retroaré ma montagne» et 
mes vieux camarades, et mes chèvres, et mes fromages et toute 
cette rude vie de berger que je ne veut plus quitter... Hélaslcelles 
que j'ai le plus aimées au monde, ma mère, ma sœur, je ne dob plus 
les retrouver ici-bas ! 

' Pourtant j'ai trois ou quatre semaines devant moi. Je ne oon- 
nais personne à bord de mon petit navire. Atimpment où mon étrange 
fortune parait sur le point de finir pour me rendre tout entier et 

irrévocablement à llmmble 
condition dans laquelle je 
suis né, je ne saurais mieux 
employer, ce me lemble^ 
ces loisirs forcés qu>n re- 
traçant simplement ce qui 
s'est déjà écoulé de ma vie. 
Ce ne sont pas les Mémai- 
res d'un grand homme que 
j'écris. Je veux lavoir une 
foi de plus, et la plume en 
main, cette existence si 
tranquille d'abord et bien- 
tôt si tourmentée qui a été 
la mienne depuif tantôt 
trente ans à peine que j'I^t* 
bite la machine ron<)e. J'y 
trouverai ample matière 1 
bénir Celui qui fait i^en tout 
ce qu'il f|ûl. Ht m plu; tard 
ces humbles feuUlcis tom- 
baient entre le^ nEiains d'une 
âme abattjaei pe^t-étrê voi- 
sine du dés^fppir, qui sait 
si les Avi:nyéiref <f Wi Berger 
ns luisM£3(ét^0jt pas quel* 
ques motifs d^ csipren^e 
coura^ surtout de s'a- 
bandonner entre (es bras de 
la plup tendre ^ laplus sfige 
de toutes Içs moipf^: la bon- 
ne Providence? 

MoQ pèjTe é|sit tisserand, 
à Lourdes, dans la vsUée 
d'Argelés. 

Je r^i i peine connu. J'a- 
vais trois an% lorsqu'il mou- 
rut, Uissanl ma mère avec 
trois garçons et trois filles, 
et sans ABtre refseurce que 
son intelligence, jatt acti* 
vké, stt« os qui vaut mieux 
sa ooBfiaBse sans boms* 



CHEMIN DE SAINT-PALATIN. 

' que tout, son vif amour de ses devoîi|s, 



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L'OUVRIER. 



in 11 bouté de Ditn. 

m mère aïmaît tendrement son m$n. Elle la pleura de toute son 
âme.., MaU elle prit fioîn que son c^agrm ne tournât jamais en mur- 
mure contre la volonté divine ^ même en doléancea inutiles et qui lui 
eussent retiré quelque chose de cette énergie dont elle avait si grand 
b;efoin potir nous élever* ; ' * 

Une îoiR veuve , ma mère se retira dans le petil village de Saint- 
PaUtb, litué à égale dîstinci de Lourdes et d'Argelès. 

Cétait un de ces liameani: des montagnei, en dehors de toute Yoie 
de covimiinicatioD régulière^ et i|ue traversent seulement» dans la sai- 
mn des bains, quelques toumtea en ejicursioD. Nous devions avoir 
quelque peine à fréquenter Bsstïluement VécolR , qui était aux portes 
de Lourdes, 4 une grailde lieue de chex nous. Mais un de nos parents 
nous avait offert, â Saint- Palatin, moyennant un très-faible loyer, une 
V maison nette Bufîïsante pour nous loger tous, avec une étable où nous 
pûmes afûlr une vachii et une espèce de basse-eour où les poules ne 
nous coûtaient rhUt sans compter le porc qui s'engraissait à très-bon 
compte et que nous revendions avantageusement, 

La population de ce hameau^ très -pauvre et trés-peu civilisée, n'a- 
f fait nî^onlurière, ni tailleur, ni épicier^ ni ferblanller, ni faïencier, ni 
, boulanger, ni charcutier, ni cordonnier... J'énuniérerais tous lés corps 
d*état , si je coulais vous donner la liste de ceux qui étaient absents 
de Saiut-Pabtin ; car le seul industriel du pays était un soi-disant 
boucher, qui tuait un veau maigre tous les quinze jours , et tous les 
^^^U une vieille vache coriace qu'il décorail du nom de bœuf. 

Ma mère eul Tidée de s'entendre avec un boulanger de Lourdes, 
un gros épicier et un charcutier d'Argelé-s, et d'avoir chez elle un dé- 
fi At de toute sorte d'objets de consommation ou autres , sur chacun 
desqueb elle réalisait un petit bénéfice. 

Tous les samedis donc , vers les û\x heures du matin , on était aûr 
de rencontrer, sur le chemin crayeux qui part de la plaine et s'arrête 
i Saint-Palatin , te bidet de mettre Pain blanc et Tâne de maître 
MouUt-dief . La grande pièce de notre rei-de-chaussée se garnissait de 
niicbes de seiie livres , de chandelles, de grosse faïence, de fromage 
'dlialie^de fil, d'aiguilles, de sauciâsea et de pains de-sucre. 

De ce petit commerce, ma mère relirait de qnoi payer notre loyer, 
notre nourriture, ^ un peu de nos vêtements; — je veux dire la ma- 
tière première. Quant â la façon , jusqu'au jour où je quittai Saint- 
Palitîzi d'une manière si tragique , je n'avais pas jiorté sûr moi un fil 
de chantre ou de lin, ou de laine, ou de coton, depuis k plus indis- 
pensable tunique jusqu'à ma grosse routière de la montagne qui n'eût 
été ouvré par les doîgts diligents de ma chère mère. 

Il en était de même de mes deux frères et de mes trois sœurs et de 
la bonne moitié des habitant du village. Cette expression des doigts 
de fée , dont on a tant abusé , semblait faîte exprès pour ma mère. 
Elle travaillait si vite et si bien que deux excellentes ouvrières n'eus- 
sent pas abattu en deux jourei la besogne qu'Angélique Labarre expé- 
diait en une journée. 

Le bon Dieu avait donné a ma mère une santé de fer et un cœur 
dW, deux choses avec lesquelles on va loin. 

Elle ne craignait pas de se lever matin el de se coucher tard, même 
quelquefois de ne se point coucher du tout. S^uf les dimanches et 
fêtes, — qu'elle n'eût pas, pour un empire, fait un poiut ou vendu 
deux épingles , la bonne t-hrétienne qu'elle était, — jamais on ne la 
vît les bras croisés, pas seulement une minute. Il semblait vraiment 
que le travail ne fût pas pour elle une fatigue, comme pour le reste 
des hommes. 

Savez-vous pourquoi? C'était molng encore h cause de la force 
de sa constitution que grâce à ce cŒur d'or dont je vous {parlais tout 
i r heure* Etle aimait Dieu avant tout, et elle savait qu'en travaillant 
iUe obéissait au souverain mattre. Puis elle nous aimait avec une 
tendresse qui n*exciuait pas la sévérité , quand la sévérité était né- 
cessaire, mais qui était heureuse à cette pensée ; je travaille pour mes 
enfiuU. 

Enfin, «lie aimait le travail lui-même. 

Çe»t là une récompense <|ue Pieu accorde souvent i ses bons mr^ 



viteurt. ^ ' - 

La paresse est naturelle à rhomme».fll le travail est un ehlti- 
ment. L'Écriture elle-même nous Tapprend. Mais ee châtiment ac- 
cepté peut devenir une jouissance, — pour quelles -uns même, 
pour ceux qui ne savent pas tout mettre so«s la garde de Dieu, 
«une passion dont U (aut craindre les excés^ 

Iffa mère n'était jamais plus heureuse que 'quand elfe avait «ur M 
table un monceau de vêtements â restaurer où k confectionner. Et 
comme on voit, i l'heure la plus chaude du jour, le' moi^MMNiecir , 
avancer vaillamment i travers les blés et n'accorder ni paix zi ti^ve 
à sa longue faux dont le tranchant reluit au eoleil» qu eoiçme^le^fo];' 
dat qu'enivre l'odeur de la poudre ne connaît point d'obstacle et hU, 
sa trouée dans les rangs ennemis , ma mère plongeait dans te mon- 
ceau et en avait bien vite raison. 

Vous me demanderez conuneUt, malgré sa nombreuse hvmi j^iw 
gélique Labarre pouvait vaquer avec une telle ardeur , et sans être 
constamment distraite , i son commerce et â son industrie. G*est que 
le bon Dieu en lui retirant mon père • lui ava^t laissé un précieux 
coadjuteur, Suzette, notre sœur afnée. 

C'est encore une mère pour moi que cette sœur-lè. ' - . . 

Suzette avait quinze ans seulement, quand nous perdîmes notre 
père. Mais il u'y avait pas, dans toute là vallée d'Argelès, ime fille de 
vingt ans qui la valût pour la sagesse , la piété , la douceur, l^ojpiiniâ- 
tre ardeur au travail. 

— Mère, dit-elle, dès que nous fûmes installés â Saint-Palatin, nous 
n'avons pas de temps é perdre pour nous tirer d'^fiaires , élever toiu 
les petits , et arriver i les établir. Si vous voulez, p^t nioi qui 
vais prendre soin d'eux. Vous qui travaillez si bien, vous travaillerez ^ 
pour les nourrir. Moi, je les lèverai, je les halt^illerai , ie les mènerai 
à l'école, je leur ferai réciter leur catéchisme, je m'arrangerai pour 
qu'ils deviennent laborieux et bons chré^eiîs comn^e notre cher ' 
père, comme vous, ma mère , et qu'en attendant ils ne vous gênent 
pas trop par leurs cris. 

— Tu es une brave fille , répondit ma mère , en la serrant sur son 
cœur ; et le bon Dieu, dans mon malheur, m^a fait une grande grâce, 
en me donnant » poiir m'aider , un cœur courageux comme le'tîen. ' 
J'accepte. Puisque nous avons perdu ton pauvre père , je prends sa 
place et tu prendras la mienne. A partir d'aujourd'hui , c'est moi ^ui 
suis le père de ces enfants. Tu seras leur mère, i ' * 

Je ne sus comment cela se fait. Je commence seulement d'écrire , 
et voici que déjà mes yeux sont tout troubles , ma main tremble et 
des gouttes brûlantes viennent blanchir mon encre à mesui^ qu'elle 
sort de nu plume pour noircir mon papier. , \ 

C'est que je ne puis penser sans pleurer à ces deux saintes femmes 
qui ont pris soin de mes premières années. C'est <}i)e jamais je ne 
pourrai assèx remercier le bon Dieu de m'avoir mis en de telles maiaf. 
C*est que, grâce à ma mère et à ma sœur, j'ai été comme invulnérable 
âla mauvaise fortune, ayant appris, par leurs leçons et plus encore 
par leurs exemples , que le grand art de vivre c'est d'être , ^rtout 
et toujours, soumis i la volonté d'en haut, c'est de tirer de ^aque 
chose le firuit que chaque chose récèle : la reconnaissance dans le ivo-- 
ces, et dans les épreuves la résignation. ? . 

Surtout, je pense que je ne verrai plus qu'au ciel ces deux dièr9!« 
bienfaitrices de mon enfance. \. ^' . - 

Mais je reviens. 

Au commencement de notre séjour i Saint- Palatin i Suiette noua 
menait , chaque matin , mes deux fibres et moi, i l'école que tenait, 
près de Lourdes, le vieux père Goquillard. Le sohr, ^ venait noos 
reprendre. 

Mais pendant ce temps, mes sœurs retombaient i la eharge de jao- 
tre mère. Puis, comme j'étais un peu empêtré, de nu nature, j[>aaMK* 
blement taquin et très-pleurnicheur, comme je ne4avai8|Mëettooi^.ine 
servir de mes deux poings, je devins bien vite ItpaUrÀàB l'école. H 



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e 



L. 



L'OUVRIER, 



^m 



était rai» que ma sœar me rampnât à la maison , sans quelque bala- 
fre Ltrafers la figure, quelque œil poebé, quelque nez enflé, quelque 
oreille saignaute. Uae fois la chose alla jngqu*! une forte foulure au 
]tted, presque une entorse, que m*aYait attirée la brutalité d'un cama- 
rade. , 

1 . i La fount Sitzette fîtt obligée de me rapporter sur son dos. 

Pendant quinze jours que je gardai le Ut, Suzette me donna quel- 
ques leçons, moitié pour m'empécher de m'ennuyer, moitié afin que 
je n'eubliasiie pas le peu que je savais. 

Le meilleur maître est celui que ses disciples aiment le plus. Je me 
seniUio taikii d'amitié poiur Suzette , et un tel désir de lui être agréa- 
ble, elle aussi avait une manière si aimable d'enseigner, elle entremè- 

I Ut de Iréflexîtos si ibtéfessantes pour ma petite intelligence les pre- 

• laier» éléments de la lecture, de récriture et du calcul, qu'il se trouva 

• fu^£n quince jours de maladie j'avais Êiit plus de progrés» sous sa 
direction, qu'en six mois de santé chez mattré GoquUlard. 

Gela doàna â penser A la pauvre fiUe. 

— Si j'employais, dit-elle, à faire la classe aux petite seule- 
ment les trois ou quatre heures que je passe chaque jour à les con- 
duira à réoole et i les ramener, il me semble que nous y gagnerions 
tous, i ' 

Et, de fait, elle installa comme ukie petite école i la maison. 

Bemarde, qui avait douze ans et qui venait de faire sa première 
communion, suppléait Suzette, quand Suzette était obligée de sortir 
pour quelque eonrse. D'ailleurs les filles étaient déji assez grandes et 
en Bavaient assez, en fait d'instruction primaire, pour être surtout oc- 
cupées du travail à l'aiguille et des soins du ménage. 

Magasin, rétîèctoire , atelier de couture , classe, notre grande salle 
du rezHle-ehaussée, où entraient de temps â autre nos poules et dont 
maître verrat franchit lui-même plus d une fois le seuil , notre salle 
était donc une pièce k toutes fins et qui offrait, au premier coup d'œil. 
un asseï étrange pêle-mêle. 

lamais pourtant, grâce i l'admirable entente de nos mères, le dé- 
sordre n'y régna. Le grand Christ de bois peint et doré, i la mode 
espagnole , qu'Angélique Labarre tenait de son père et qui o<;pupait 
la pdaee d'honneur au - dessus de la cheminée , semblait maintenir 
chaque chose et chacun à sa place. 

Cette maison, mon Dieu, a été ma maison. Je suis bien obligé de 
dire pourtant qu'elle était surtout la nôtre. C'est là qu'avec un peu de 
science humaine, que les circonstances ont depuis pas mal développée, 
j'ai appris cette science qui les surpasse et Us remplace toutes t ra- 
moitr de Jésus-Christ et de sa sainte Église , l'amour du travail , l'a- 
mour de la famille, l'amour du sort que le souverain maître assigne à 
chacun de nous. 

J'ai reçu bien des grâces dans ma vie. La première de toutes, celle 
I laquelle toutes les autres se rattachent, dont elles ne sont que 
comme le développement , c'est d'avoir été élevé dans une famille 
chrétienne. 

. : Hélaa ! qu'ils sont coupables, qu'ils sont malheureux tous ceux qui 
abusent d'une grâce semblable et qui, élevés en chrétiens, vivent — 
et ^i]d4uefbis meurent — en païens i 

{LasuiUauproehah^numérQ,) EuG. Di Mârgbrib. 



LE VIEUX MENDAX ET LE JEUNE BENJAMIN. 



' MENDi^. -^ Sab-tu, enfant , ce qu'il y a de plus fort au monde, 
pour ébranler, détniire , renverser de fond en comble t.. 

BENJAifiN . — C'est la poudre à canon. 

Mendax* -^ Enfant ! 

Bekiahih. ^ C'est le peuple. 

IlEKDAX. -^ Ettfaotf 



Ll 



Benjamin. — C'est l'opinioiL 
Mendax.— Enfant! 
Benjamin. — C'est la vérité î... la vérité !... 
Mendax. — Enfant ! 

Benjamin. — Mais la vérité triomphe de tout î... elle m peut pé- 
rir!... 

Mendax. — Toute seule , um le secours du eiel , la vérité sérail 
réduite en poussière, anéantie , il n'en rcîiieratt pas un attae. 

Benjamin. — Comment 1 voua crojei celal„ ^ 

Mendax. — Si je lé croia 1... certes ml.. Jé^us Chmt n^a-l-il pat 
promis son assistance â la vérité religieuse, la plus importante de 
toutes? Sans cela , on en verrait de belles ! . .. Non, non , la vérité — 
i partie égale — n'est pas U plus forte danB h monde..^ 

Benjamin. — Alors c'est donc le mensonge?.,. 

Mendax. —Je ne t'appellerai plus enfant L,. Le bandeau est tombé 
de tes yeux.... Tu comprends maintenant..., oui, c'est ie men- 
songe!... 



U 






Mendax. — Vois^tu cet homme au-desius de nçtist Sais-tu li 
moyen de le couvrir de boue t.,. i -,: * • 

Benjamin. — Non , vraimeiit. - *• 

Mendax. —Tète dure!», il faut mentir, mentir, mentir eneore... 
mentir toujours... 
Benjamin. — ^ Mais , nous croira-t-oa t./, . ^ i ■ 

Mendax. — On croit pluLAl le mal que le bien, — et rien D*e«t 
plus iacilément accepté .par les Immams que le Tnéissonge pernicieux. 
Benjamin. — Mais si ciiL homme est bon , généreux , charitable, 
que faire? ^ 

Mendax. — Louer ses œuvres, incriminer ses intentions^ 
Benjamin. — S'il est savant ? 

Mendax. — Crier â l'obscurantisme.. .. hardiment (,,b'' . » 
Benjamin. — S'il est religieui?,.. 

Mendax. — Crier au fanalisme, à la superstition „.«.i ttte4êlet 
Benjamin. -> S'il est libéral?.,, . -•■•»': •^. 

^Mendax. — Crier i l'hypocrisie l„. 4 > — • 

Benjamin. — S'il est courageux?,.. • » i ^i? 

Mendax. — Crier à rambition !.,, * •--!•. 

Benjamin. — S'il est vertueux ?,.. • ^1 • , • 4^ 

Mbndax. — Crier â l'inlerêt ï.,. ^ •. .,> • ^ 

Benjamin. — Cela suflîra-t-il?.., . - .* ^ 

Mendax. — Oui ,si quelque journal, nous faisant écho, va provo* 
quer en tous lieux l'inévîtahle résultat de notre puissante parole. 

Benjamin. — Mais quel journal oserait se faire Torgana du men- 
songe ? ^ ^ " . . - * 
Mendax . — Comment t. . , ^' , . ^' ^ , 
Benjamin. — Je demande quel journal oserait mentîrT 
Mendax. —Conament?... :. , 
Benjamin. — Mais je demande si un journal peut menUr au monde 
entier? j * t * 
Mendax. — Comment?... . ^- , 
Benjamin. — Mais enfin... au XlXe siècle !!,. peut>on supposer?,.. 
Mendax. — Je te croyais un li(»inme , je le vois bien , tu n'es en- 
core qu'un enfant!... 
Benjamin. — Y a-l*fl longf^mps qii*eii ment dans le moniie ? 
Mendax. — Ah ! diable ! diable!! fl remonte ju^u'au serpent quj 
siffla le mensonge à la mère Eve. 
Benjamin. — Mentira-t-on longtemps encore ' 
Mendax. — El pourquoi pas?.„ Ton s'en trouve si bienl 
Benjamin. — Mais le menteur n*est-i| pas flétri par la floniciêUrto 
des honnêtes gens ? 

Mendax. — Bahl bahîî les méch-inls et les sots sont I moi, —(il 
les honnêtes gens seront toujours dupes du vieux Mendax. 



AtOYS LEJEtmif 



p^^'T^&'i:y'9^^ 



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lOS 



t'otivniF.n. 



L£ GHARMEIX '. 



— f «;mmfc , diftJt un pi^san iA!>û au coin d*une cheminée oA flam- 
bait un grand feu, il n'y a rien a dire ; Notre Marie nW pas une fille 
entêtée nj dérangée en tes actions, 

— Nenni, nennî, dit la Temme en remuant le contenu d*une mar- 
mite suspendue â b cfémailléra , et ce n^est pas moi , dans le 
tempe, qu^on aurait ai bellement f^it rentrer atint le soleil couché 
(fuaud toutes les autres jeunesses de l'endroit étaient encore aux 
danses. 

— Les mauvais gars , dit T homme , sont plus matineux et aussi 
plus tardifs que les bous , et ii en rentrant sur le tard, il y en avait 
qui lui viennent mal parler « cVst pour le plus certain qu'elle soit ici 
if^iut la nuitée. 

— Ta, ta, ta, dit la femme, il faudrait mieux qu'elle se passe une 
danse de plas , q^e d*en a? oir la fine pensée emmi ses rêves , et si 
TOUS Youl«i , Jean- Louis, savoir mon sentiment , c'est que la 'rudesse 
n'engendre pas la franchise et qu'il faudrait mieux, pour notre Marie, 
revenir en chantant avec les autres filles de son âge que de s'en venir 
en rêvasaint par les prêt tandis que le soleil est quasiment encore sur 
les collines, Suis-je pas une femme honnête et craignant Dieu? J'ai 
pourtant dans mon temps suivi les fêtes de toute la contrée, et mieux 
vaut sur le tard de li vie avoir souvenir d'un brin de foUelé que ré- 
pentance de sa sagesse forcée. 

I^e paysan rapprocha sa chaise du feu et sans répondre posa sa tête 
dans ses mains. 

— Non, noUf continua la femme, la prévoyance que vous avez, Jean- 
Louis, ne devrait pas se masquer d'un si rude visage. Ne sauriez-vous 
dire au moins â notre Marie le motif dti YOtre vouloir? Par ainsi elle 
connaîtrait au moins vos sentiments. C'est i savoir encore, Jean-Louis, 
ii let bons anges du ciel n'ont pas plus de douleur des regrets qu'elle 
rapporte i la maison que des plaisirs qu'elle aurait eus U-haut sur la 
place en jouant i la olog nette, 

-^ Vous avei une fière langue , Louison , dit l'homme , et ji en- 
tendre comme vous parlez , il semble que je doive compte de mes 
actions à mes propres enfmts. Doux J^sus, de mon temps, quel gars 
aurait osé demander A sou père le motif de sa volonté ? Le monde 
est bien changé , il faut croire , et vous-même, Louison, malgré tout 
le beau discours que vous débitez , vous u'auriei osé dans votre 
jeunesse tenir tête k U Marie«<Louise , votre mère, qui était, soit dit 
au respect de mm mémoire , une femme de jugement et charitable au 
prochain* 

— Oui, pour de vrai, reprit la femme, ma défunte mère était juste 
et charitable, mais remémorez-vous notre rencontre, Jean-Louis. C'é- 
tait en revenant de la fête à Berlise, sur le tard, je revenais en chan- 
^nl pour m' empêcher d'avoir peur. Vous m'aves remontré mon che- 
min pour revenir 4 Wadimont. Ma mère vous a re^ honnêtement et 
de 11 tout le reste est venu. 

— Qu'appelez-vous le reste, Louison ?.•• 

— ^Le reslo^ Jean-Louis, c'est de vous avoir akné.... et respecté.... 
Mais je ne saurais trouver bon la mine que vous faites à notre Marie, 
mine à Tépeurer, voyez-vous. 

^ Ne faudrait- il pas, Louison , que je la prie comme une Sainte- 
Yierge, pour lui faire bien mener sa vie? C'est une chose assurée d'a- 
vance qu'un père ne saurait vouloir le mal de ses en£wts. Et ne savex- 
vous pas aussi bien que moi que sous la passe de Rubigny il j a le soir 
des charmeox et des loups-garoux ? 

— Les pirM charmeux sont ceux dont on n*a pas méfiance, Jean- 
L^uis , et tenei , le garçon de Marie-Josêphe Adon , le bel André, 
comme on dit , est â mon jugement un pire charmeux que ceux qui 
sont tous la passe ^ et que je n'ai de ma vie jamais vus. Ce n'est 

* On appelle Aïoij dâDS tes campagnes Les individus qui passent pour Jeter 
éii cbariDAi , torU «i attéaces. 



il sait lire, 
i|«'n 



pourtant pas un garçou uc grande richesse, mait il m «ne albn tC 
une mine dégagée qui font f rand eflet sOr la jenaeise. Il a des 
sciences plus qu'on n'en avait dans notre 
écrire, compter et ferait, voyez -voua, une lettre 
notaire. : 

Jean-Louis le lera sans répmidre â sa Indbm. El 
de la maison, il regarda au dehors avec inquiétude. 

— Laissez donc, laissez donc, dit Louison qui le regardait îét$, 

— Le soleil est couché, dit le paysan, et je lui^i fiyt 
ment de rentrer i cette heure. 

^- Ailes donc voir sous la passe ai les eharmeni 1*4 
pan de son jupon? 

-^ Assez oaosé, dit Jean-Lenîs d'mi ton sévère. Servac la mmpt, 

Louison se retourna vers la cheminée comme ponr diereeher la 
marmite, et deux grosses larmes tombèrent de ses yen anr la hntr^ 
rée qui flambait. 

Elle avait, par tous les moyens possibles» essayé de détenmer l'at- 
tention de son mari. Sa fille était en retard, et la pauvre femme con- 
naissait la sévérité dn maître du logis ; elle aurait voulu le faire pa- 
tienter, le faire attendre, le rendre indnlfent; elle avait plaisanté, ri, 
"bavardé, avec des larmes sur le cœur. 

^T6t donc! dit Jean-Louis, en regardant la marmite, et en 
rapprochant sa chaise de la table , fai garmasait le mîlien de la 
pièce. 

— Ne foyei*vous pas, dit Louison, qne b flamme mente trop haut, 
et que je ne saurais prendre cette marmite sans me brftler ; atlenda 
au moirs que la flamme soit tombée t 

En ce moment la porte s'ouvrit, et trois jeunes flHes entrèrent. 

— Jean-Louis , dirent les deux plus âg^, nous venons voua de- 
mander de laisser Marie avec nous jusqu'au soir; nous sonperons 
d'un flan aux balossea, et nous la ramperons ici. 

— Un flan aux balosses ! dit Jean-Louis, c'est plus qne je ne pour- 
rais TOUS en rendre ici, et il n*est pas honnête d'accepter ce «{n'en ne 
peut rendre. 

AUei donc chez vous! Et toi , dit-il è sa fille, mange k aonpe que 
nous avons. Je vous en offre de bon ecsur, dit-il ensuite aux jeunes 
filles. 

— Non, non, dirent-elles, puisque vous ne voulez pas que Marie 
soit notre amie; et quant i nous, nous ne saurions être homètea avec 
vous, étant incapables de fierté , mais seulement eapaUes d'amitié : 
et, remettant prestement les sabots qu'elles svalent quittés en entrant* 
elles sortirent, et s'éloignèrent en chantant. 

Louison plaça trob assiettes sur la table, et k marmite fet des- 
cendue. 

— Eh bien! dit Jean-Louis è sa fille, qu'a-t-on fni de bean et 
d'honnête, à la fête de Rubigny t On vons y a sans doute enseigné 
que les pères et mères avaient des idées du temps passé qu'il ne al- 
lait point suivre i la lettre, et c'est pourquoi vous voili revenant avee 
des têtes légères, demander ce que vous savex bien que je ne veux pas 
accorder. Après le tintement de l'Angelus, une fille honnête doit Àrel 
rentrée. 

La fille de Jean-Louis baissa la tête, et pâlit nn pen. Elle ne langas 
pas, et, sans parler, prit son rouet, et se mit è filer. 

— Vous n'avez rien à me dire ? dit le père. | 

— Demain , dit Marie , je vais en journée efaes la meunière ; A 
m'a rencontrée au droit de k fontaine , et m'a demandée peur hnl 
jours. 

— Alors , dit le paysan, puisque le pUisir que vons avex en è k 
fête vous tient lieu de souper , posez Û votre robet , et aliex loas 
coucher. 

Rubigny et Wadimont sont deux petits vîUagea asak eOte 1 cèle, 
bord d'un petit ruisseau, que les gens du pays nomment ambtt» 
ment une rivière. Cette rivière a nom la Malaequise, et promène 
eau jaunâtre dans les prés , après avoir passé sotts nn petit pont 
bois branlant, jeté d'une rive î l'autre entre les deux villafeSt et 
Ton nomme k passe. Elle est cschée au inilien des aanlea» el Isi 



/• 



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rOOVRIBR. 



M 



^1^w at caeliefitanMai, sur ks dMi mes, an miliea des peupliers 
àê laCiroMBe» etoabrafis partoulde ces arbres admirables» toujours 
pMÀds fleurs ou ëe fruits. 

B a'ia qu'uue seule dgUse pour les deus villsges; wum la nef est 
pvtefée un deux t il y a le edté de Rubifny, sous TinfoeatioD de la 
pttKMHM de Paris , sainte GeneYÎève, la bergère ; et le cAté de Wadi- 
BifBt, sous rinvosaiioii de la sainte Vieq^e. Le même prêtre , tou- 
jsars alerlo^ toujours prêt , toujours gai» toujours heureux dans ss 
WÊÊènt éessert les deux cooMnunes, et demis généreusement Thos- 
piUlité aux passants , parisiens exigeants et maladroits , que la uê- 
sttrill» les ehapÎM, ks aflàirss ou le capriee jett^t au milieu de ses 
pés» de SOS paroissiens et de ses amis. 

CMl prés du petit pont de bois, dont j'ai parlé plus haut, â Téx- 
iréiM de Wedimont* qui touche à Rubigny, que Jean-Louis avait sa 
s, Bsisonnetto couverte en chaume , mais propre et claire 
s. Elle était divisée en trais pièces, l'une ouverte à tout fo- 



m*entendrti pas gronder. 

En ce moment , elle vit se dresser devant elle, dans le oaiM de Sa 
fenêtre , deux têtes ; mais un ielair et joyeux éclat de rikt as laissa 
pas de temps à la peur. 

Céteit deux jeunes filles. 

— Viens donc, Marie, viens donc, dirent-elles; ton père dM; 
passe par ici. Nous sommes â la veillée chez la vieille Jeann«-lf argue» 
rite; ^ie nous raconte des histoires de son jeune âge. Ce nfest pas 
d'hier qu*elle est àa monde ; elle va sur cent ans à cette heure ; et 
quand mon grand-père est né, dte était déjà raisonnable. ViéM ddne, 
viens donc 1 

•— Non , non , dit Marie , le plaisir n'edt pas mon ftit , il tant 
croire. 

En ce moment, la voix claire et nette d* André Adon se fit eetendre ; 
il chantoit en pusant la rivière. 

Marie ferma précipitamment sa f 




J.ABEftUff "=^ 



Femme , disait un paysan assis au coin d*une cheminée.... ( V. page 308, ) 



isal, I grande «hminle, où se eachaît» sous de lourds rideaux d^in- 
fisuBi A fleurs , le lit de Jean-Louis; la pièee à gauche étoit la 
chambre de Marie, meublée seulement d*UB petit Ut uns rideaux, de 
éenx ehaîses de |»aine , et ornée d*un miroir et d'une image de la 
lainte Yierge , peinte en rouge et bleu ; â droite , la troisième pièc« 
Aail eidusivement destmée i contenir le métier A tisser de Jean- 
Louis, et les provisions d*hiver, que metUit en réserve la prudente 
Louison. 

Dès que Marie jugea ses patente endormis , elle ouvrit sa fefiêtre» 
qui donnait sur les prés , et s'assit ensuite sur le bord de son lit ; 
die entendait au loin le bruit de la fête • et le regret chassait le 
Mmmeil. 

— Allons, dit-elle, demain je reprendrai mon ouvrage ; je resterai 
la bmwUb huit jours , et j*y coucherai. Mon père ne veut pas que je 
Imene la paise A la oiit<a> VâilAt pans ai t ■alla» hait jours oA jis ne 



larmes* 

-— Le prend-elle pe«r un loup-garou, dît une des Jeunes filles, ou 
pour un charmeuxT 

— Mets-toi la tête en repos, c*est chatmeux qu'il est avec elle , 
crois-moi l 

— Sainte Vierge ! 

—C'est bon I dit Tautre, je m'entends ; il n'y a pas, dan f cette af- 
fiûre , d'autre sorcellerie que celle de se plaire. 

— André Adon, le bel André, àurait-il donc regardé la fille I Jean- 
Louis t Une fille si chétîve , si blanche de figure qi^'on la dirait ma- 
lade..., et sans antre bien que ses dix doigts; une fille toujours triste, 
avec point du tout de maniement; paresseuse..., gourmande...; folle, 
avec cela, plus d'i-moitié... 

— n fallait parier tout de suite, dtt Fautre jeune ttk, et vitement ta 
dire aflbide d'André, je n^auraû pas psrii ai viu. 



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L'OUVRIER. 



Le tendemain mttin, Marie partit, après a^oir enbraèsé sa mère, et 
4ifoir dH boi^îour à son père^ et se rertditaa moulin. 

^Jean-Louis, dit Louison, Marié a quelque chose, et la peur 
que TOUS lui faites arrête les mots dans sa boucke. Vous Tatez 
issotée par tant de rudesse ! Elle serait malade qu'elle ne dirait 
mot! / 

— Cest Uen! dit Jean-Louis. La meunière est ma cousine, et si 
Marie a lies^in, eUe la soignera. Ah ! dit le paysan, en se retournant 
'^. bruit de la porte qui s'ouvrait pour Ihrrer passage à une grande 
jeune fille, viens-tn Yoir Marie t elle vient de partir pour se rendre 
au moulin. 

: — f,Sd;Tes4-Teus« Jean-iiOuisj dit la jeune fille, que Marie eet une des 
plus belles filles du village, et des plus aimables, et des plus avenan- 
tes, et' des plus riches, il faut croire? 

— Parle pour toi , ma fille , dit le viefflard, et ne viens pas ici me 
£ûre des compliments par manière de m*ofl'enser. Je sais conmie est 
Marie, et n'ai pas besoin que tu me fasses son portrait. 

— Si, si, Jean-Louis; les pères ne savent jamais comme leurs filles 
sont belles. Il n'y a jamais è connaître la vérité, sur ce compte-lâ, que 
les jeunes gens du village. 

— Que veux-tu ^ire? dit le vieillard, qui pâlit. 

— Je veux dire que si le bel André Adon est un honnête homme, 
on fera bientôt la noce ici , et que le soir , quand vous entendrez 
chanter sous la passe, vous feriez bien d*aller voir si la fenêtre 

' de Marie est fermée , ou si elle regarde le clair de lune par les 
prés. 

Le vieillard tremblait, et sa pâleur était livide; il fit un eflbrt su* 
prÔDie, et dit h la jeune fille : 

— Va, ma fille; quand le jour de la noce sera venu, on ira te qué- 
rir pour danser. 

La jeune fille sortit, se prit i courir à travers champs, et, ayant 
rencontre une haie épaisse , se jeta par terre i l'ombre , et se mit i 
fondre en larmes, la tête cachée dans son tablier. 

Qt:anl a Louison, effrayée de la pâleur et du tremblement de son 
mari, elle chercha i le rassurer. 

— Voyez-vous, lui dit-elle, la jalousie lait parler cette tête aflblée , 
et vous voilà pris par ses mentcries. Laissez-moi faire, j4rai ce soir 
chercher Marie ; et si le bel André lui a parlé , je le saui^, et saurai 
quelles paroles honnêtes ou malhonnêtes il a tenues. 

Mais le vieillard, revenu enfin de son premier sabissement, se mit 
i éclater en fureur : 

— Jour de ma vie! Louison, lui dit4l, pensez-vous que je laisserai 
Marie faire risée de moi et de nous toast Pensez-vous qu*unê 
pareille mauviette mettra en péril Thonnêteté de notre nom ? Quant 
A André , c*est un gars de rien, entendez-vous! Je Tai vu en entre- 
tien avec Colas , le charmeux , et s*il a appris avec lui des sciences, 
ce sont sciences de damnation, et ne veux point en éprouver la 
eouleur. 

Je vais chercher votre fille, Louison, et vais la faire marcher de- 
vant moi ; et, d'ici la fin de mes jours, elle ne sortira d'ici. 

—Tenez, dit Louison, au comble de Teffroi, voici M. le curé, con- 
sultez-le avant de faire à votre idée. 

— Je aa suis pu né d'kier, LouisMi, dit Jeaa-Lottis, ' et sais gouver- 
ner ma conduite. 

Au même moment le e«ré entra. . 

Louison ne lui laisM pas le temps de s^asseoir, et le mit au courant 
de la situation. 
Quant i Jean-Louis, il s'assit, et ne parla pas. 

— n y a bien longtemps , Jean-Louis, dit le curé, que je vous fais 
des remontrances ; et â vous aussi, Louison ! 

Vous, Louison, vous en dites plus que vous n'en pensez, sur la li- 
berté et le plaisir qu'il convient d'accorder i une jeunesse ; mais vous 
parlez ainsi parce que vous cherchez à contrebalancer la sévérité de 
Jean-Louis. 

Tous, Jean-Lonis » vous ne montres de vous que la sévérité , sans 
jtmaii •■ déconvrir Uê noliis. Vovi tonle} Tobéiiiance là oA vous 



devriez vouloir l'union. VonS'fOttlef tous les deux, le bonheur letli paix 
de Marie , et vous êtes comme deux ennemis qui se disputent unsr 
proie, qui échappera, croyez4e, aussi bien àVun qu'à l'autre. Qui saitt 
Marie ne fera pas le mal , et pourtant tombera dans le malheur, et 
ce sera votre fauta i tous les deux. LVnion des époui fait le bonheur 
des enfants. 

— Monsieur le curé , s'écria Louison, jamais, entre Jean-Louis e^ 
moi, il n'y a eu un mol plus haut que l'autre , et la bonne saintai 
Vierge sait que je lai ai toujomrs obéi, comme doit le faire une femme 
chrétienne.. 

— Oui, Louison, dit le cvré, vous avez obéi, ee qui ftit que leaiH 
Louis a commandé , et que vous vous êtes soumise ; maie ce qui fait 
aussi qu'il y a eu ici deux personqes, et il ne doit y en avoir qu'une, 
Jean-Louis et sa femme , le bras droit et le bras gauche , tous deux, 
au service de la justice, de la vérité et de faraour , autrement dit de 
Jésus-Christ, qui eet le vrai corps du chrétien. 

L'union, continua le curé, qui s'assit en regsi'dant Jean-Louis, qui 
baissait la tête , c'est être deux et n'être qu'un ; si vous aviez agi 
ainsi, vous auriez, Jean-Louis, pris à' Louison de son indulgence et de 
sa douceur, et vous , Louison , vous auriq^ pris à Jean-Louis de sa 
droiture. Mais vous avez gardé chaeun pour vous les dons que Dieu 
vous avait faits, et ils ont été stériles, parce qu'ils n'ont point été 
confondus. Votre droiture et votre indulg<'nce sont devenues , chez | 
Tun, une injuste sévérité, et chez l'autre, une imprudente tolérance. 
Vous avez, comme des avares, gardé chacun pour vous votre trésor, 
et la punition sera le chagrin , et peut-être la perte de 'votre enfant, 
qui fuira, par la première porte ouverte, le tiraillement qu'elle subit 
entre vous; elle fuira des rigueun quelle ne comprend pas, sans 
savoir que la tolérance de Louison dépasse les bornes , et ne cher- 
che qu'à rétablir un équilibre impossible en dehors de l'union. On 
ne se marie pas , Jean-Louis , pour faire â sa tête ; le père et la 
mère sont gardiens d'une âme qui ne leur appartient pas, et dont ils 
doivent rendre compte k Dieu. 

— Monsieur le curé, dit Jean-Louis, en se levant, les gens d'église 
sont propres à parler en chaire; ôuûs il m'est avis que- le père de fa- 
mille est roi chez lui. 

— Vous seriez le roi, Jean-Louis, que je vous dirais ce que je vous 
dis, reprit le curé ; et quelle que soit notre situation , roi ou père , 
nous ne sommes maîtres de rien , nous ne sommes que dépositaires 
et gardiens. Rien n'appartient qu'à Dieu 

— Monsieur le curé, dit Louison, au prêtre qui se levait pour sor- 
tir, si je suis fautive en quelque chose, dites-le-moi ; la lionne sainte 
Vierge et tous les saints du paradis savent que je n'ai pas mauvaise 
intention. 

Mais Jean-Louis , la figure enflammée d'une colère contenue prête 
i éclater, tenait la porte ouverte devant le prêtre . qui passa et s'é- 
loigna. 

-^ Louison, dit Jean-Louis , en se retournant vers sa femme, re- 
tenez bien ceci, et mettez-le dans votre mémoire pour le reste de vos 
joura : vous irez demander votre pain à ceux dont vous aurez cher- 
ché les conseils. 

Et Jean-Louit, ayant pris son bâton^ ^sorlit, et deeeevdl^ par le 
chemin de Rubigny, marchant de ce pu rAide et pressé d'un hoame 
agité par la colère. \ ' 

Arrivé en vue du moulin, il aperf ut, près d*UDe fenêtre, et fille qm 
travaillait. 

L'attitude tranquille, le visage calme de Marie, et l'attenlioA soute- 
nue qu'elle apportait â son travail , le calmèrent et l'arrêtèrent. U w 
cacha derrière un buisson, et l'observa longtemps. 

Le moyen, pensa>t-il, de savoir la vérité, n'est pas de l'interroger. 
J'observerai, et, d'ici â quelques joura, je connaîtrai les pas et lès tié- 
marches du bel André ; et s'il a parlé à Marie , c'est sûr et certain» 
dit-il presque tout haut, je le tuerai. - 

(U fin au prochain numéro.) Jban Laniml 



•-"SHSt^^^^^ 



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L'OUVRTKR. 



311: 



L'HISTOIRE DE MA VOISINE. 



I. 

— Vous Yoyet bien , de l'autre côté de U nie, cette maison sale et 
^ puTre apparence? 

— Ouï, trésnbien. 

—; Comptez les étages : un, deux, trois, quatre, cinq. T êtes- 
fiîiiT 

j —jy Vnis : tes petites fenêtres avec des pots de giroQéet 
' ^Précisément, c'est là qu*habite le père Billet, le tourneur en 
b(9»; U avait une fille dont j*ai promis de tous raconter Thistoire. 

— Je me le rappelle. »- Voyons, je m'assieds auprès de vous. Gon- 
Uï-moi cela. 

Il me raconta ce qui suit. 

le D*tî Youlu rien changer i son récit ; j*ai même eonserré les 
hmm aasiez peu régulières du langage dont û se sernit. 

I] eonu&ença ainsi : 

I U père Billet anit une fille qui s'appelait Marie ; c'était une belle 
eaiaiit venant sur ses vingt-deux ans, mais fraîche de cœur et jeune 
k tête comme une fille de douze ans, qui n*est point malicieuse. 

Ole avait la figure grande, blanche et si gentillement façonnée, que 
f «lart i^aisir de la regarder. Ses yeux étaient si doux et si bons, qn*on 
I Toyut tout au fond comme le feu d'un cœur bien ardent et bien af- 
fecrueux.' 

On rajjmait bien dans le quartier. 

tia jour qu*on la sut malade, tout le monde dans la rue en lut 
\nût et dans l'inquiétude. 

Elle venait quelquefois le dimanche chez nous ; u venue était une 
Atft qui mettait la gaieté et éclairait toutes les choses autour 

Uiie année , aux Rameaux , ma femme était malade. Marie vint le 
uâtin^livec un' beau rameau de buis bénit, qu'dle attacha au-dessus de 
iolre lit.. . 

un eât dit la colombe que TËcriture raconte et qui vint après le dé- 
t»! ^ porier la branche terte aux hommes. — EÛe ne fut ni mieux 
rf f se ni plus gaiement caressée. » 

n s'interrompit. 

—Tenez, Toyez-Tous, me dit-il, 11, au-dessus de la cheminée, cette 
petite branche de buis t 

— le la fois, elle est toute jaune. 

— Oh ! oui, ily a sept ans qu'elle est U. 
n reprit son récit. 

• Marie éiait un vrai ange d'en haut ; les vieux l'aimaient comme une 
fiUe. les jeunes se sentaient tout pleins à son endroit d'un fort atta- 
chement qui n'était pas sans un petit mouvement d'amour. 

Un jour, Marie avait été i confesse; le lendemain, elle devait rece- 
voir le bon Dieu , elle rentra chez elle un peu plus tard qu'à l'ordi- 
naire.'" ' ' * 

Ole avait les yeux rouges et comme l'air d'une personne qui a un 
ebgrin. 

Sa mère d'abord ne s'aperçut de rien, mais pendant que Marie met- 
tiit le couvert, sa mère Tayant regardé vit l'air qu'elle avait. 

— Qu'est-ce que tu as, Marie? 

^ Moi, ma mère, je n'ai rien, répondit la pauvre petite en se hâ- 
tantà ce qu'elle faisait pour cacher qu'elle devenait toute rouge. 

—Ta as l'air triste? Est-ce que ton ouvrage manquait de quelque 
chose? Taurait-on dit de méchantes paroles à l'atelier? 

— Noui maman; oh l non. 

M pajivre femme, comme prévoyant quelque chose de triste, se leva 
et t'approcha de sa fille : 

—Voyons, Marie, dis-moi vite ce qui te tourmente. Si ton père ou 
boTboiIs y^uvoi^ Tcmède, nous le ferons. S'il n'y a que Dieu qui y 
piisie, nous prierons qu'il te rienne en aide. - 



Les yeux de Marie se remplirent de larmes . ses jeuea devinrent 
toutes rouges, elle se jeta en sanglotant dans lès bras de si^j^ère. 

Celle-ci s'approcha d'une chaise. L'enfant se plongea la' t$t^ ilan^ 
les genoux de sa mère. 

— Ma pauvre mère , je vais vous fiiire un grand chagrin et â mon 
père aussi ! 

— Qu'y a-t-il, enfant, dis vite ! 

— Ma mère, c'est le bon Dieu qui l'ordonne, il faut que je vouf 
quitte. 

— Nous quitter et pour aller oikl 

— Pour idler où Dieu voudra; je serai sœur de charité^ sï»ur de 
Saint-Yincent-de-Paul . 

— Que dis-tu lA, ma pauvre enfant ^ et qui t pu te donner uoe pa* 
reille idée? 

— Personne , ma mère , que le bon Dieu qui m'a parlé et dont il 
faut que je suive la parole. 

La pauvre enfant disait vrai. Dieu rappelait au dur métier de soeur 
de charité, et elle , en bon ouvrier, bien docile au comEnandement, 
obéissait sagement. 

La pauvre mère savait que sa fille étatt sage, avait de Tente n dément 
et n'était point changeante ou téméraire de dessein ou de parole. 

Elle se mit i pleurer, mais d'uAè façon si pitoyable et si tou chante 
que les plus durs en auraient eu le cœur imoUi. 

Elle tournait ses mains dans les cheveux de sa fille qui s'étaient 
dénoués et répandus, elle la presËait sur elle, la pressait â Tétouf- 
fer, puis, un moment après, l'élcignaît d'elle tat U repoussait comme 
on fait â une enfant méchante et qui mus cause volontairement de la 
peine. 

Marie pleurait tout bas; elle disait de temps i autre, ma mère, ma 
pauvre mère, et cela d'une voix si douce, si douce qu'on Tentendait 
â peine 

Le père Billet rentra. 

Quand il sut de quoi il s'agissait, quoique ce f6t un bomme chré- 
tien et bien tourné par habitude à la religion et à Tamour de Dieu» 
il entra dans une colère violente. 

U allait d'un bout de la chambre â l'autre en frappant les pieds, el 
en heurtant les chaises, comme enragé de mécontentement et d'hu- 
meur mauvaise. 

Les pauvres femmes tremblaient dans tu coin. Marie, joignant Les 
mains, priait tout bas le bon Dieu d'avoir pitié de son père, de sa 
mère, d'elle. 

On se mit i table. 

^a'rie et sa mère faisaient tous leurs eHbrts pour manger cl me 
pouvaient pas; les morceaux leur resUiieut dans labûuche. 

Le père ne disait rien, il tenait son couteau dans la main pour cou- 
per du pain. 

Tout-i-coup il jeta le couteau sur U table avec une leUe force qu'il 
atteignit un verre et le cassa. 

11 était comme un furieux. 

— Des folies ! disait-il. Mauvaise volonté d'enfant qui veut peiner 
et tourmenter ses parents ! Des sœurs . il y en a bien astet comme 
cela et de trop ! Un tas de superstitions ! 

U sortit brusquement. La mère de Marie et Marie ae mirent en 
prière devant une petite image de U Vierge qui pendait au fond 
d'un lit. 

Le père rentra tard. 

Marie s'approcha pour l'embrasser. 

11 la baisa sur ie front sans rien dire ^ avec l'air toujoun ÏMié el 
colère. 

A quelque temps de U, la mère de Maria vint avec le père Bdkti' 
nous inviter moi et ma femme à diner avec eux le dimanche suivant 

Ils me dirent que Marie voulait se faire «ceur; que cela les avait dV 
bord grandement contrariés, mais qu'enfin, il fallait que la volonté de 
Dieu se fît ; qu'ils étaient décidés â laisser faire â leur en Tant ce qu'elle 
avait résolu ; qu'ils voulaient que nous vinssions au dîner des 
adieux. Que Marie partirait peut-être bienlât pour la Crimée où 



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su 



Vùvvmm. 



e^éUit nlùn h guerre, et que nous Uur ferions plaUir, ma remme et 
moi, en acrepiitt. 
Kou« ; ailiiuei dtûer le dimanche suit &iit, • 



n. 



tte* jerniérs temps qui ae p-isfèrent afant la prise de S^astofrol , 
ï»o& colonnes franeaiseg s 'avançai ont mutes les nuiU un peu plus dans 
b tranchée. 

Les soldais étaient prolégés des boule ii par répaulemenl en terre 
gui se fornisiit avec les terres enlevées. 

Mais les Ruj^ses envoyaient des obus. 

Et quand un obus tomhatt dans la trunchêe, il y faisait du mal en 
éclatant. 

Celui qui était alors le géu^ral Pélis^fier jugea qu'il fallait établir 
une tibhulanee auprès de b tranohée. 

Il y enfoya deui ehiriirgiens et quelques lidea. Ils trouvèrent une 
position un peu abritée par un rendement du terrain; deux lentes 
furent établies et un poste d'ambulanee s'organisa . 

Le lendemain, le général recul la nouvelle que les chirurgiens de- 
mandaient i ce qu*on leur envoyât one ou deux sœurs de eharilé, 
êans quoi ils ne pouvaient sufllre à panser et à soigner tous tes 
blessés. 

Le général réfléchit un ïnoment, puis il fil venir la sœur Angèle, 

La sœur Ângèle était comme qui dirait U supérieufe des seetirs 
de là -bai. 

La lŒur Angi^le vint sur-le-ebamp. 

^^Ma sœur^ dit le général^ on demande votre secours aui ambu- 
lances des avant-postes. C'est une position tre^-dang^^reuse, les Rus- 
les peuvent j taniber h tout moment, et ks boulets y alteignenL Pou- 
vez -vous y envoyer deux soeui's ' 

— rirai moi -même , dit la sœur Angèle , et avec moi une de mes 
jeunes tœurs, la sœur Marie. 

Le général tendil la main à la sœur Angêle, puis, le levant, ils^iri- 
cUna respectueusement, et reconduisit la «ceur jusqu'à l'eolréa de f^a 
tente. 

n était ému jusqu'aux larmes du courage de oette brave âtle. 

Une heure apfcsà,kâœurAugète et une sœur plus jeune arrivaient 
I Vambulance des aViinl-poste^f. 

La compagne de la sœur Anfrële était la sœur Marie « la Tille do 
tourneur en bois notre voisin. 

Elles £e part.Tgèrent rambubnce ; Tune parlantaux malades, aidaiit 
les moribonds a mourir et préparant les bandes, Tautre pansant les 
bks^és. 

C'était le il septembre 1855. 

Vers le soir, la fusilbde qui partait de la ville redoubla ; elle s'était 
un peu ralentie Ic^ jours précédente et dans la iournée du 17 sep- 
tembre ; elle n'en reprenait que de plus btlle. 

A sept heures, au moment où les travailleurs de nuit se rendaient à 
h tranchée, un boulet enleva le petit drapeau rouge qui était sur les 
tentes de Tambulance, 

La nuit vint de bonne heure, très-obscure. De moment en moment 
tl arrivait dea soldats gravement hlessé^, les deux s^œurs étaient infa^ 
ligiibk*. 

Rien ne les rebutait , rien ne lea eifrayait. Un soldat vint donl le 
pied élait brové par un éclat d'obus. 

Le chirurgien voulut procéder tout de suite i T amputation de la 
jambe. 

Pédant ropératioUf sœur Marie tenait la tête du mal heureux 
lo'di. 

Au mon ent où le fi;r du chirurgien entama les chairs, elle fji'vml 
fiu peu |i5le, mais ne bougea pa^^, sr-u'ement elle se pencha et dil à 
l Mii[uilo de prier le doux Jésus qu'il eût ^itié de lui. 

Li nuit fut horrible. 

Usang ruisselait sur le «ol de rambulauce. 



On entendait à toute minute un obus qui éclatait dioi lei ffim 
de la tente. 
Vers trois heures du matin, h sœur Ângèle dit lia atvurlIjHt. 

— Ma sœur, reposez-vous un instant, essayez de donuif» i 
Ions dire notre prière. 

Les deux femmes se mirent â g^noiii. 

Elles récitèrenl la prière du soir \ elles ajoutèrent tjuelqiiei i 
jâandalions pour les parents et les amis laissés en France. 

Comme elles se relevaif'nt, up horrible craquement f^fttta 
le sol trembla, une fumée épaisse envabit rambiilanoe. 

Une grenade venait d*éctater devant la tente. La sœur Marie l'y 
faissa : elle avait la poitrine traversée par un fra|mefit de font*. 

Le chirurgit'.n s'approcha ; il regarda h blessure , puis m 1 
vers la sœur Ao^èle : 

— Aidei-la i mourir, dit-il, et il passa â d'autres blesséf* 
La sœur Marie ouvrit lés yeux. 
Elle était étendue â terre, la tête sur une boite. 

— Stcur Angèle, dit-elle , je sens que je meure. J*espère sa« 
point de faute grave sur la conscience : il n'y a point de prêtre i 
m^is donnez moi votre bénédiction. Tdcliez que ma mère no se I 
pas trop de mal à pleurer, et que mon père ne se mette point ei 
1ère. Je n ai plus qu'à parlir 

Ses jfeux se rempUrenl im moment de larmw , ptiîi tSk > 
fejma. 

Le sang coulait abondammi^nt sur la robe de hure : lltrke 
les yeux el regarda vers le ciel. 

A ce moment, les premières lueurs du jour parurent i l'Voimw.l 

La fuE^illade avait cessé. 

J^uf et Marie furent les derniers miits que prononça li Bill I 
tourneur en bois. 

Quelques mois aprèi , le père Billet ti sa femme nitTtal I 
maison. 

On causa longtemps de Marie. 

Le père était rc>ignê ; il ne se plaignait pas du bon Dieu. 

— ^C'esl te rameau que Marie vous avait donné , me dit ^â ni 
trant le buis vert, qui ét^it au-oessus de noire croix. 

— Oui, lui dj£-je. Ëat-ce que vous voule7, nous le reprâi^af 
-^ Non , me répondit-il en pleuraul » nous vous est biwgti 

moitié. 

Nous délai hdmes le buis. 

Le père Udki ta pril une petite branche qu'il emporta. 

Nous coiiservimes Taulre branche. 

Noua peiu'ion^, quand nous y regardons, è Marie iioti« * 

£n disant ces mots , il pleurait à chaudes larme«. Il y auiI )M|*] 
temps que les miennes avaient commencé de couler^ 

Le CApaftAt MAht 



MÉMORIAL 

DE LA VIE CHRÉTIENN 

d après te Hemoriale Tlts saoerdotalis , adi|itl 

a lusige des fidèt*£S , 



e|| 



PAR W. L'ABBE 4. DUPOHT. 

Un vaLtiMK iN-IH m W pages. — i^mx : î numsi. 

bn vente chez Ch B16not, SS^ quai des Grands- A ngiiftisi 
à Parii. 

Noun prions non ubonnés de juinére â iouUs Imn hUru mm < 
imndt^ tmpfiméu du journal, 

Ang»îri , imp, de Laine frères, rue Saînt-Laud, 9, 
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r 4». 



i«r février 1S6S. 



L'OUVRIER 

Jbnrnal^bdo madair e illustré paraissant tous les samedis. 



A0MimSTBATIOlf : 

M, ^BAi des Gr&ûdft>Aiiguitiiiâ 
I Ift Ubnlri» de BLÉRIOT. 



i- 



A PAAIS. 



SOMMAIRE. 

LES AVrNTtmEa D'UN BERÛEK , p„ E. de M«a««,.,_8ARABBA8 



Jpirtir Ji I*' deckiiiimiH: 

Et4t*-D»i» vm L'ÂxiuQin w Hou» . T ■» 
Gouwui iT Lvmm paî» t '<nrmi-«iu 1 if 



lES AVENTURES H'im BERGEU*. 

CHAPITRE Ih 
iTalibé Bertrand CJioin, otiré de Saint-Palatin. 
^ voua fsxïet de ma pceiïiiére cûiuuiunion. 




*^t ^;, f^^^^^P*'^^'*^^ qu^ je TOUS fasse îm^ coïiaai.a^nce 
avec M, \ âbbe Bertrand Choni, notre cur4 

M, Chcm é^ait ne à Suint-Bdat. prèl do U frontière d'Espagoo. 
da parents^qui ^on^piaient parmi Jes plus rkhea du payi- 

^t'iiÈ ':,nîant, sa piété et sa charitd étaient extraorJinaîres. Et, 
t=e qu'il y avilit de plu^ remarqu ible en lui, c'est que, im%X en 
ayant Êrand^itié des misùrôa mattirielles de ses frérôi, et tout 
en t'eirurçant de ba eoulaser selon ses petiti moyeni, il itait 






M'^raKjmîi'J 



M Ce disant , l'Empereur atudiaît la croix d'officier aar ta poilrme du capUaine Lerlruiià 'dliom ' lKt";X* W^»! ' "" 

t> cjrame si te caips c était tout, ee qu'îl passait d^heurea en prière, ce qu'il inTentilît é* ia,> 

*"' — ^-'- * - tes ruses pour répandre aotour do liu k coI^|ail9anq} et l Ai^cftir 



m m vm&imi d« l Owi-rtir des 18 et i$ JanvitF, 



814 



rOUVRIKR 



-de la mérité est Ynôment incroyable. On ne l'appelait pas autrement â 
Saint-Béat que le petit saint. 

Un jour qu*il tratersait par hasard notre village de Saint-Palatin, il 
demanda à son père où était Téglise. On lui répondit qu'il n'y avait 
à Saint-Palatin ni église ni curé , que les habitants , pour avoir la 
mess^, le dimanche, étaient obligés de faire deux ou trois lieues, d'al- 
ler jusqu'à Lourdes ou jusc^u'à Argelès. 

— Los pauvres gens , répondit-il , de ne pas avoir le bon Dieu au 
milieu à^e^vçL l Qufind je serai riche, je leur ferai construire une petite 
église. Et, quand je serai grand, si personne ne veut être leur curé, 
ie le serad, moi. ■ 

Ce qur eût pu passer pour un propos en l'air devint une idée fixe 
,^hez Bertrand. 

Tant que dura son éducation , il n'eut qu'une pensée : entrer au 
séminaire quand il auran vingt ans, et, au sortir du séminaire, obte- 
nir la cure de Saint-Palatin. 

Le ciel parut d'abord en décider autrement. 

On était alors au plus fort des guerres de TEmpire. Bertrand tou- 
chait â la réalisation de ses désirs, il allait endosser la soutane de 
séminariste. ' lorsqu'il fut pns par la conscription. 

Bertrand savait que le bon Dieu a des serviteurs partout , que la 
profession dès armes est une noble profession, qu'il y avait d'ailleurs 
au moms autant de bien â faire parmi les trouoiers de l'armée française 
que chez les paysans de Saint-Palatin. D'ailleurs, il s'était habitué à voir 
dans tous les événements la volonté divine, lljremit donc à une autre 
époque raccûtnplbsement de ses v ifiux les plus chers , et ne pensa 
plus qu'à bien a p prend r^^ son méljcr de soldat. 

Comme il était inteliigent, acUf, d'une très-robusle santé, d'un ca- 
ractère on ne peut plus ii^reable, couioie il avait été très-bien élevé et 
qu'il posâédaît une lostructtoii solide et variée, comme il était^aussi 
soumis â ses chefs que dévoué envers ses camarades , comm^ il était 
brave parmi les plus braves, son av^iacemenl fut rapide. 

En juoinB de cinq ans^ il avait gagne sur le champ de ^U^^e tous 
ses ^ades et la croix âlionn*iur.-. Il n'y avait peiU-;être4)as dans 
toute Tannée un capitaine d'ar tille lie plus aimé, plus cc^^éré et 
ayant en perspective un plus bel avenir. 

 la bsitaille de LuUeni an 1813, il se signala |[ar ,d^ lels j>jûd9ges 
de bravoure et de sagadtj f ue ^on ^^néral voulut le pr^s^tef i l'eni- 
pereur. 

— Capitaine Bertrand Gbom , bi dit le ye\iX .Caporal , on nous ra- 
conte des merveilkiï de vous. Nt/u& voim (id^ns o^qler (dt^ la Léglon- 
d'Honneur et cbef d'escadron. Noiis voùihign^ ^ncipr^ jrous accorder 
quelque faveur particollère. Quû âitm-^on^. (^'être aj^ché i notre 
personne, comme ofQ Aer d'o rdtt ni^an ce T * 

Cela était tenta rU, Mm Bertrand , f\m av^it son id,ée , lonif l'occa- 
sion favorable de la goiuiietlre il reiupereur, 

— Sire , dit-il , Voire Majesté pe peruiét-^Jle de lui exppser eo 
toute franchise le dé^ir ^na j'aurais d'une ;iutre récompense? 

— Parlez , dit Tempereur , sur U Tront duquel on vit passer un 
nuage. 

— Sire, au moment où le sort m'a désigné pour servir Votre Ma- 
jesté, je me dbposais à entrer au service d'un autre maître. Je voulai 
me faire prêtre, ce qui avait été le yœu de toute, ma jeunçi^sc. Mes ci- 
nuradessont là pour dire â j'ai été moins bon uiilitaiçe pour cela,, et 
les faveurs dont Voire Majesté mo comble aujourd'hui atttstenl qu'EUe 
au^si a été satisùite de ma bonne volooté. Mais, puisque vou§ voulez 
bien me demander t{ueUe récompense j'ambitionne , la voici. Je ne 
désire qu'une chose au monde, la permission d'entrer au séminaire, 
afin de devenir prêtre, et peut4tre curé d'un tout petit village des 
montagnes, dont le dénuement 8|(irituel m'afflije depuis vingt 
ans. 1 

L'empereur, qui comprenait tous les grands dévouements, fut tou- 
ché d'une semblable demande; et, se tournant vers les oAiciers gé- 
ntmffL^ffoi composaient son état-major , 

V — T]fl((^siêurs, dit-il ,. v.çiçi un ambitieux comn^e il n'y en^ a pas 
li^ui^upli 



Puis il ajovCa : /> 

— Commandant Bertrand Choni , qu'il soit faH^elon votre désir 1 
Nous n'y mettons que deux concBtions : la preftâére que , tout en 
servant le Roi du ciel , soit au séminaire , soit dans votre curé de 
village, vous ne passerez pas un jour sans prier pour votre empereur. 
Le seconde, c^est q«-une fbis cwré,- vois fSrQi ^hcadfef^ €9fh1ff€*^ 
pendrez à une place d'honneur dans votre presbytère les deux objets 
que voici, i 

Ce disant, l'empereur détachait de sa boutonnière la croix d'officier ' 
qu'il y portait d'ordinaire et l'attachait strr la poitrine dé Bertrand. 
Puis, se faisant donner une plume, dé l'enere et m^e ΀\ûïte dé 'pi^ 
pier, il écrivait de cette écriture hardie et peu lisible que Vm con* 
naît, ces mots que j'ai relus tant de fdîs i la cure de Saint-Palatin : 
Croix d' officier de la Lègùm-âk Honneur, donnée par nous. Napoléon l^, 
sur le champ de bataille de Lutten, au cammand^nU Berêrand G^omj 
au moment oit ce brave officier obtenait de. nous la permission de 
quitter notre service pour celui du Roi des rois, 

Bertrand baisa la main de l'empereur, plia le papier précieux et le 
posa sur son cœur. 

Le lendemain, il partait pour Bayonne , o& il resta quatre los^ sn 
grand séminaire. 

Cependant, malgré l'humilité du séminariste, son histoire avait 
transpiré , ce qui lui donna parmi ses jeunes condisciples une cer- 
taine célébrité. C'était d'ailleurs un homme d'un mérite rare et 
d'une éloquence peu commune que l'abbé Chom. Aussi, dès qu'il fut 
prêtre, lui offrit-on les positions les plus brillantes. 

Il conjura son évêque de lui permettre de se consacrer â ses pauvt-es 
montagnards de Saint-Paklin. Ils étaient toujours sans çi|ré ; leur 
église, copstruite presque tout eirtière des libéralités dé Bertrattd, — 
qui avait consacré à cette œuvre une notable partie de sa fortune, — 
venait seulement d'être achevée. 

On finit par céder aux instances de Bertrand. 

Quand j'ai quitté mon cher' village, il y avait sept ans q^ï^n était 
curé. 

Comme on l'appelait le petit saint à SaisC-Béat . I Safnt-Palfttin et 
dans tous les environs on ne l'appela pas autrement que le saint 
curé. 

De pli;is de dix lieues â la ronde on venait le consulter sur des affaires 
délicates , ou bien entendre ses prônes qui étaient dé petits chefs- 
d'œuvre , ou causer avec lui, ou simplement se donner bi joie et Vé- 
diilcation de voir une âme dévorée d'âm^^ur pour Dieu et pour les 
hommes. 

T-^l est le curé qui me fit faire ma prem^re communion^ 

J'étais vraiment privilégié du ciel. 

Après avoir pris mes crémières leçons de catéchisme sur les ipe- 
noux de nos deux mères, de ces femmes dont la vie était si bien pé- 
nétrée de l'esprit évangélique, dont les moindres paro!es.^u les Jùaoin- 
dres actions étaient comme une orédication continuelle, après avoir 
rlé ainsi préparé de loin à cette grande action de la première com- 
munion, tomber entre les mains d'un saint prêtre, comme t^bbé 
Clioui, suivre, pendant deux ans, ces instnictions incomparables qui 
suiil I eslées dans ma mémoire comme le souvenir le plus saldbre et 
le plus doux de ma vie... quelle bénédiction ! et comment m^^flf^n- 
iiaissance pourra-t-elle jamais égaler de semblables bienfintsT 

Quand je vois des impies autour de moi, ma première pensée^ a|liès 
avoirpric pour eux, est celle-ci : «Les malheureux! s'iU avaient^^u 
une sœur et une mère comme les miennes, si le catéduisBie leur eût 
été fait par l'abbé Choiu, ils seraient sans doute tout joilres qu'ils ne 
sont ! ■ 

Une particularité de notre curé , c'était sa condescendance pour ce 
que d'autres eussent appelé les capvioes des enfants. 

Il savait combien ^ grand air, le soleil, les «hampe pternsdéflews, 
les yaiires ombreuses des bois , les courses 4 Drsvers la'mottti^iae« 



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r;ouvRïER, 



M^ 



combien tout cela plaît aux jeunes yeux , aux jeunes jainl>e8 et aux 
jeunes poumons, pour ne rien dire des jeunes imaginations. Et il sa- 
vait que tout tfela leur plaît à bon droit. Car, autant est nuisible â la 
santé et peu fktorable à Texpansion des forces intellectuelles Tentas- 
st^ment de tous ces petits êtres dans une salle étroite, basse, humide, 
étalante quel((uefofis , — autajit c'est une chose heureuse, qujknd 
i^est une chose possible, que d'associer les travaux de Tesprit et sur- 
tout la culture de Tâme au développement, à Tépanouissement thi 
corps. 

Toutes les fois donc que le temps était beau i Theure du cati^- 
ebisme, le bon airé .s'installait k dire son bréviaire sur la grossa 
pierre qui semble faire sentinelle k l'entrée du presbytère. Gela voubit 
dire que le catéchisme se ferait dehors. Dès que nous apercevions ce 
signal, c'étaient des battements de mains et des cris joyeux , que 
M. €hom encourageait un instant par son doux sourire, puis cabnait 
tout-à-coup, en levant seulement son petit doigt. 

On se formait en petite bande , que le curé , en souvenir de son 
ancienne profession, faisait manœuvrer prestement, tantdt par pelota n 
et tantôt par files. On se dirigeait du côté de la montagne bîeu^. A 
moitié chemin du glacier, on s'arrêtait sur une petite plate-forme m 
se trouve un banc de gazon de forme circulaire. 

Les filles s'asseyaient i droite et les garçons â gauche. Debout* mi 
milieu, le curé interrogeait, donnait des explications, faisait son ins- 
truction, et terminait toujours par une ou plusieurs histoires. 

Jamais nous n'étions si sages qu'à ce catéchisme en plein v< m 
Notre cher instructeur savait tirer de tout ce qui nous entourais Jr^ 
plus intéressantes leçons. Ces harmonies entre le monde \isïW. *\ 
Tâme humaine, cette ascension de notre esprit vers Dieu, oi'i }&^ mer 
veilles de la création nous servent de mystérieux échelons ; toni cel 
étnit mis en œuvre par l'abbé Chom avec un naturel et un charnie ir- 
lésist&bles. 

H me semble que j'entends encore toutes les belles et bonnes cho ^ 
ses qu'il nous disait sur l'étoile des Mages et sur la lumière hjt«^.- 
Heure , un soir que , le catéchisme s'étant prolongé bien au-deLï 
de l'heure accoutumée, nous redescendions , k la brune, vers S,iint- 
Falatin , tandis que la voie lactée brillait dans le ciel , et qu'à nos 
pieds des milliers de vers luisants commençaient i illuminer le %3ion 
du chemin. 

Lorsque approchait l'époque de la première communion, le £Èk du 
bon prêtre redoublait. Outre les instructions données, soit sur la mon- 
L'igoe, soit â l'église, à tous les enfants réunis, outre les bons con- 
seils qu'il leur prodiguait au confessionnal , il avait de longues con- 
' versatiohs avec chacun de nous. . 

Oh ! que j'ai encore présente i l'esprit cette dernière conversation 
qu'il eut avec moi, quinze jours avant le plus beau jour de ma 
viel 

Je passais; il m'appela. Gomme les Apdtres, fidèles i la voix du dU 
vin maître , je le suivis dans son jardin. f)t là , sous le beau figuier 
^i ombrage la pelouse, il me tint plus d'une heure i me parler de 
Dieu, de mes devoirs, de la grâce que j'allais recevoir, >de l'obi igi lion 
où j'étais de me montrer toujours digne de l'éducation chrétienne que 
j'avais reçue. 

A mesure que ces paroles descendaient dans mon oreîlk , il me 
semblait qu'un feu nouveau s'allumait au dedans de moi : je me sen- 
tais disposé à tout faire, k tout souffrir, à tout sacrifier pour être 
digne du bonheur qui m'attendait, des fiiveurs que j'avais dëjà 
reçues. 

A la fin l'émotion qui s'amassait dans mon cœur éclata ; je me 
soulageai par des larmes ; j'embrassai le curé. 

— Que Dieu,' lui dis-je, me fasse mourir sur-le-champ plutôt que de 
permettre que je sois jamais infidèle â de pareilles leçons ! » 

Le jour vint de la première communion. 

il ^l'ait temps que cette grande grâce me fût accordée; e»f les 
épfeuy&i allaient pleuvoir sur 



Le soif même de ce jour , dont je ne veux pas retracer k* émo- 
tions , parce qu^i'lles d^pasEent toute expressbii humaine , Sujette, 
<|iii s'élnit fatiguée outri^ mef^ure pour aider ma mère l préparer mon 
peLil troitse^iiu de pr<îuiiêre comcnunîon^ Sujette fut prise d'm^e toux 
violente. 

En quarante^ huit heures , une fluxion de poitrine transportait au 
ciel celle jtiune sainte dont la terre n'était pas digne. 

Ma pauvre mère supporta ce coup, comme elle avait supporté le 
premier, en vailbnle chrétienne. 

Du reste, les leçons de Sujette avaient porté des fruits. Et, comme 
on voit sur les champs de bataille , lorsqu'un brave tombe » tous les 
braves qui Ventourenl serrer les rangs et prendre sa place , fût-ce 
pour tomber eux aussi, Bernnrde, élevée h l'école de SuzeUe, la rem- 
plaça et devint, à son tour, la mère des petits. 

Ma première communion faite , j'espérais commencer I être un 
peu leur père et â gagner quelque argent pour soulager notre mère, 

Aviiîs^je raison de T espérer? C'est ce que nous verrons dans Je 
i hapiLre suîvanL 

[Im xuitt ûu procham numéro.) EuGÈNK DE MARGEUtl. 



BARABBAS. 



C'est convenu pour certaines personnes : en tout et toujours , ce 
^Qtil le» gens religieux qiti ont 101*1; ni IVsprii, ni la nisun, ni ht jus- 
Eice ne sont jam^ii» de leur tàU. Ah bah t c'est un dévol; done il a 
tort Si Ips gpns religieux n*! font rion ^ on s'écrie que ce sort t des 
paresseux, des inc^ipables, des marmottes; s'ils font quelque chose, 
ce sont des intrigants » des gens qui veulent tout accaparer- De quoi 
se mèlfnl-ils? ce n'est pas leur affaire, et vraiment, ils sont Inon heu- 
reux de compter sur le ciel; du côt^. des hommes, ils stiraienl çî m;il 
payés! Celle tendance à les mal juger est cheî les uns Dialice reflé- 
chie; chfii le plus grand nomhre, ç'eit faiblesse. 1.^ vieille iTialiié hu- 
maine ne serait pas du tout fâchée de trouver la religion en défaut, 
ça décharge toujours h ctinscieuce d'autant* Pauvre conscience I plie 
en a si grand besoin, elle e&i ${ chargée; il est vrai, elle a en sa fa- 
veur qutrlques bt^lles paroles, mais lant et de si vibines .1 cl ions ^ In 
les paroles d*homnies ne sont rien; il faul en pri^ndre notrii part», eu 
dépit des discours, en d^pit des faiblf:'&seâ humaines, la religion «^st 
vraie , bonne et divine , et toujours elle restera vraie ^ bonne , 
divine. 

On dit qu'un jour Henrî IV voulut assister i une audience de tri- 
bunaL Le premier avocat parte et il parle bien. < C'e^^t celui-là qui 
a raison, sécrle Henri IV dans sa bonne franchise gauloise, sans en- 
tendre l'autre avocat, il doit gngnerson procès... » Nous arrangeons 
les choses d'une autre façon. Il y a un différend; une des parties f^it 
profession de religion, ic^est ceîui-là qui a tort, s'écrie^t-on, c^estun 
déTot....* ■ L'affaire est jng^e. 

Un protestant, un juif, un mahoniétan ont le droit de faire et dire 
â peu près tout ce qu'ils veulent, mais il n'en est pas ainsi pour tout 
le monde. Pour peu que vous senties le Creâa et le Con^kxîT voua 
n*afe£ plus de voix au chapitre et plus droit à grand chose. Il y a des 
gens qui seraient étennés û on leur disait, par exemple, qu*un relj^ 
gieux est un citoyen français, et qu*il a le droit, comme un autre, de 
faire tout ce que la loi ne défend pas. 

C'est encore là une de ces contradictions dont le monde e&t rem- 
pli, une de ces misères dont il ne se gucrini pas facilement. Son an- 
tipathie et son injustice contre le chrislianisiite| c'est bien vieux. CWt 
vieux comme L Évangile. C'est ce même esprit qui souleva le peuple 
entier de Jérusalem, donna tort à Jésus - Christ et raison â Ba- 
mbhai... 

Depuis ce jour, Barabbaa sait qu'il a pour lui la malice publigue^. 
et il en use. 



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316 



L'OUVRIER 



Un religieux s'ârine-t-il de la houe pour fouir une lande ou défri- 
cher une lavttte ? ^ Barabbas dit qu*il vole le pain du pauvre. 

Se fenferme^t-il diins la prière el la méditation? — * Barabbas le 
taie de fainéantise. 

S'il étudie et s'il enseigne, -^ Barabbas assure qn*il corrompt les 
iogre^ de la science et le cœur de la jeunesse. 

Si le prêtre vit austi^re et caché, — Barabbas Tappelle hypocrite. 

S'il se prête i la société, — c'est un prélat de ruelle, un abbé de 
cour. 

Et s^il ose défendre sa' croyance que l'on sape et ridiculise; — oh! 
alors Barabbas s'écrie : Prenons garde , ils veulent tout envahir, il 
feu t les écraser!.. 

Toutefois, Barabbas consent un Etre suprême , mais à la condition 
ei presse qu'il sera réellement suprême , c*est4-dire qu'il se tiendra 
au plus haut des eîeux , ne se mêlera de rien et ne fera plus de Pro- 
vidence du tout. — Chacun chez soi. 

Barabbas a surtout une tactique diabolique : si un homme qui fait 
profession de piété, un prêtre, un religieux, une religieuse, fait une 
bonne action, et» grâces i Dieu, ils en font par milliers, il n'en dit 
rien. Si Tun d*eux en fait une mauvaise, il la publie sur les toits et 
en rend tout te corps responsable. 

fhi reste, le chrétien est préparé h tout cela, il s'y attend; dans son 
progratnma illui a été dit : Vous serez comme un agneau au milieu 
des loups. Ce qui m*a engag • à vous parler de ces choses, clier lec- 
teur, c'est que je voudrais vois voir du cêté des agneaux et non 
pas du côté de^ loups^ . Mullois. 



LE GHAllHEUX 



Le bruit delà colère de Jean-Louis 'jtdela réception qu'il avait faite 
au curé , ne tarda pss à se répandre dans le village; et le bel André, 
|ui jusque4à n'avait guère pensé â Marie, s'en occupa et la recber- 
iha partout. 

— Marie, lui dii-il un jour où il la rencontra â la fontaine, on dit ton 
f ère bien sévère avec toi, tu es pourtant douce et avenante. 

Mme baissa les yeux et deux larmes se firent jour. 

— Pleure , va ^ lui dit-il , tu n'as pis de meilleur ami que moi , et je 
iniâ que c'est un grand mal de ne pouvoir soulager son cœur. 

André entra ainsi par la compassion dans le cœur de Marie. 

Marie, trop épouvantée de la sévérité de son père, n'osa lui parler 
de ses reucontrea avec André, rien pourtant n'était plus innocent : on 
causait en Fe rendant d une maison à l'autre. 

Mais André avait eti le temps de juger Marie et de découvrir der- 
rière cette timidité presque maladive une nature vraiment dévouée, 
au eœur facile h blesser, facile aussi i satisfeire; il se laissa aller peu 
â p^u au charme de sa sagesse et de sa bonté. Un jour il rencontra un 
de aes amis qui lui dit en riant . 

— Quand te marieras-tu , le bel André? Tu peux prétendre â la 
plus riche fîUe d u v î liage t 

André comprit qu'il ne prétendait qu'à Marie et fut étonné de sentir 
il force des Liens qu'il avait crus si légers. 

I) rentra chez lui, et trouvant sa mère qui filait prés du feu, il lui 
dit: 

— Ma mère» puisque j*ai tiré au sort et que je suis exempt , me 
voilà libre et aussi en âge de me marier. Je viens vous dire que c*est 
ma volonté, 

La bonne kmme poU sa quenouille et dit â son tour : 

— Mon garçon, j'ai à vingt ans épousé ton père, aujourd'hui défunt 
[ que Dieu garde en son saint paradis ) , et à nous deux nou% avions 
tout juste cent écus. Aujourd'hui, te voilà grnnd, fort et science plus 
%ue ne l'est bien souvent un garçon de village. Après moi tu auras 

• f«ir 11 r ds roimitr du 15 Junte. 



encore un petit bien. Marie-toi donc â la satisfaction de ton emmi.Tm 
k la sagesse et ne vise pas aux écus. 

— Ma mère, dit André qui embrassa si impétnensement la vieillt 
femme qu'il renversa le rouet, vous êtes une femme chrétîeiiiie, ne 
vraie mère ; et puisqu'il en est ainsi , regardez par vous-même st 
j'ai visé A la sagesse ; je soumets mou choix à votre jogemeiit. Me 
faites pas votre demande avant d'être aussi contente que je le suis. 
Allez chez Jean-Louis et voyez si sa 6lle Marie ne m'appoiieia pis 
en dot un bon cœur, un grand entendement et une grande sagean 
Voyez si ce n'est pas une fille épargnante, travailleuse, sage ^ pn- 
dente autant par ses actions et démarches que par la retenue de ses 
discours. 

— Cette fille si sage, dit la vieille femme qui regarda son filt, fic- 
elle donc fait confession de ses sentiments pour toi T 

— Nenni nenni, ma mère, mais elle m'aimera , quand elle n'âoratt 
dans son cœur que la souvenance d'avoir été tirée par moi de si mai- 
son , 0^ elle est à plaindre , savez-vous? Jean-Louis voit tout par Is 
mauvais cêté. 

— Allons, allons, dit la vieille femme en ouvrant lestement son a^ 
moire, c'est le moment de reprendre un brin de jeunesse. Il ne faut 
pas du premier coup faire peur à ma bru : je vais mettre ma betle co^ 
nette. Avant souper j'irai voir Jean-Louis; s'il me mange, il ne fera 
pas de moi qu'une bouchée peut-être? Ainsi, attends-moi, dit la bonne 
femme qui rabattit sa jupe retroussée, Wadimont n'est pas si loin que 
Paris. Et elle partit légère, presque jeune. 

— Voilà , pensait-elle tout en parcourant la distance qui sépare les 
deux villages , le moment de rendre mon André heureux. Marie est 
une fille ^age, point riche, par bonheur; son père ne saurait avoir de 
prétentions. Me voilà déjà sur l'âge, ils logeront i la maison, et puis 
André l'aimera, et puis je l'aimerai.... et puis, et puis 

La bonne femme ne s'en dit pas davantage , et entra avec joie 
dans la maison de Jean-Louis : elle espérait en sortir avec une pro- 
messe. 

En la voyant entrer , Jean-Louis qmtta ta table où il était soupant 
en face de Louison, et s'assit brusquement dans l'angle le plus obscur 
de la cheminée. Quant à Louison, elle courut au-devant de MarieJo*' 
sèphe, la mère d'André, et l'embrassa avec effusion. 

— Jean-Louis, dit-elle, et vous Louison, je vais vous prononcer 
une parole de grande amitié , et souhaite qu'elle soit écoutée dej 
même. 

— Arrêtez-vous de parler, dit Jean-Louis qui se Iq^a, je ne saurais 
entendre avec amitié vos paroles, car vous êtes la mère d'un garçon 
qui à apporté ici le chagrin. La fille du père Louchon est venue me 
dire ici que votre garçon parlait à M^rie d'une façon déshonnête, et 
qu'il hante le dessous de la passe en société des charmeux et des 
loups-garoux du pays. 

— Jean-Louis , dit à son tour la mère d'André , méfiez-vous de 
votre colère et gardez vos lèvres des calomnies que débite le vibm 
monde. Mon garçon est un garçon de conduite , et c'est nn grand 
dommage pour votre âme que de dire sur lui dçs paroles mensongè- 
res. Je venais vous demander, pour lui, votre Marie en mariage, et 
vous la demande encore, ayant plus de soucis du bonheur de mon fils 
que de vos vaines paroles. 

— Ah ! dit Louison , qui sauta au cou de la vieille femme , tons 
êtes. Marie-Josèphe , une femme de grande sagesse , et , pour ee qui 
est de moi, je vous accorde votre denunde avec toute la joie de mon 
âme. 

— Hé bien ! dit Jean-Louis, paroles de femme ne sont que vent. Et 
si ma fille se marie, ce sera à mon choix, à mon gré, k ma volonté^ 
et non à la vêtre, entendez-vous, Louison ? Et vous , Marie-Joséph^ 
ajouta-t-il avec colère, si vous avez un garçon, c'est votre bien, gardei 
le en attendant que je vous le demande, et vous ne serez pas séparée 
de lui de longtemps I La peste soit des gens, continua-t-il avec fureur, 
qui viennent commander chez moi* 

— Vous avez dit , Jean-Louis , une manvaise parole , dit Marie*lo* 
sèpbe^ qui ne recula pas devant h eoUra du paysan. Mon garçon «H 



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2: 



î/OtJVRIER. 



311 



non bîén , aves^vous ilit; que nenni , Jeân^Louis , ni Atarifs tiCMi 
Iplm n'est pai le vdtre. Le bon Dieu ne donne pas dei âmes â des 
onitnea pêcheurs et fautifs comme nous sommes. Pensei-Tons 
ne que les enfants soi<?nt des bétes de siomme p m prêt à fendre 
foire , h notre hf ure et k notre gr^ ? Et puisque vous voulez û 
\neri être maUre et roi , la maliea du sort vous rendra, hlre se peut, 
punition de votre orgueil , esclave du démon , croyet-en ma 
inile* 

Jein-Louis avança d'un pas avec un tel geste de fureur que Louison 
Klffra^fâe entrafna Marie-JosépKe au dehors. 

André, impatient de connaître la réponse dp Jean -Louis, attendait 
deux pas de la porte ta sortie de sa mèrf . En voyant paraître les 
ietix femmes, il courut et se jeta au cou de Louison, qui le repoussa 
PlIoDCÊnTent, 

^ Ne te presse pas, mon fils, lui dit-elle avec tristesse, le maître 
chez nous dit que tu si un charnieui et ne veut point te donner 
Itrie. 
«^Un charmeui ' dit André; uu hiimme de raison peut-il parler 



mander plus qu'il ne doit, tombe dans Timpuissanct. Attends done 
que Jean-Louis ait tourné son esprit vers la justice, ou que rimpuil- 
sance de ses m^iuvais projets it le rende â merci. 

-^ lia mèrei ma mère , dit André, voukt-vons donc que j^att^ndt 
de la mort ou de rabAtissement de Tâge une joie qui me devrait venir 
d'un bon cœur et d'un plein consentement? Et André, tremblant 
d^une émotion violente, s^appuva a un arbre. 

— Voila Marie , dit Louison ; disons-lui ce qui se passe » et ne 
la laissons pas rentrer ; son père la tuerait peut'-être , dans u 
colère. 

A ces mots, André se redreasa et courut du câté de Harie, qull ra* 
mena rapidement vers les deux, vieilles femmes. 

^— Marie, lui dit-il, voici ta mère et voici la miennet deux temmefl 
chrétiennes et sages; olles sont U pour entendre ce que je vais tû 
dire : Va, ne sois plus épeurée ; si Jean-Louis est ton père , moi , je 
suis ton ami, et j^ai volonté de te prendre en mariage; tu ii*es pis 
faite pour trembler^ sans seulement siivoir de quoi tu es fautive f Là 
père qni commande si rudement anx enfants ne se souvient'il |^s que^ 




La ÎLlirquise , mi:*" îlMgny ?1 Vf ilîmont. 



des cba rme ux 1 - *m-^_^^ '"**** 

Dans Ica lenips, on parlait ici d'un hommi^qui jetait sur le monde 

dca aorlfi et des maléfices ; mais je crois que le pire sort et le pire 

maléfice est de ne point se soumettre, ainsi que le doit faire un 

iKïn ctirétien « aux enseignements et commandements de U sainte 

. Égliie. 

^ On dit Le grand Colas charmeux etloup-garou, dit Louison, 9Tec 
«ne certaine terreur ; et Jean-Louiï t'a entendu parler avec lui sous 
h paiie* 

Cola» n'est point charmeux , Louison, dit André ; et, si je lui ai 

[fdHie, c'est comme doit le faire un chrétien. Ma mère est là pour vous 
dire que je n'ai pas mis en ou bilan ce le respect que l'on doit à la 
tréi- sainte religion , et que j*ai toujours conservé le respect que l'on 
dît i ses patenta et 1 ses maître». Ne sauriex-vous donc &ire enten- 
ém k vérité à Jean- Louis î 

^ PreDdi patience, mon fils, dit Mifie-Josêphê 1 André* ti colère 
4fi$ iomimê «il un nul fui puiti et ediu fiu tint régner et ù9m^ 



pour i^tre unis en mariage, il faut dire : imi; il faut marquer son voti^ 
loir par un mot? Te maneraMu sans volonté et sans douceur, diras- 
tu oui sans contentement de cœur? Parle un peu^ et dis si tu m'ai* 
mes^ Ai-je démérité de toi par uu mot déshonnète T Td-je dit dôi 
parole*» trompeuses? 

— Non, dit Marie , qui pouvait i peine parler, et que tes tannée 
suffoquaient 

^ A présent, m^aim es-tu? dit André, avec un acc^t indéfinisfable 
de doute et d'espoir. 

— Pour ça , oui ! dit Marie, qui sur ca mot fondit en larmes en M 
jetant au cou do Marie-ioȏphe< 

"Alors, dit la vieille femme, qui embrassa étroitement la jeune 
fille , pemi* que nous voiB quatre d'un {>lein accord. Jean-Louis ce* 
dera, va, ma fitle; le désir de notre joie ouvrira son cœur. 

Quand Marie rentra avec sa mère, Jean- Louis lui fit tiJi geibl JOK 
périeuif en lui ditant ; 

«-Vi t* Wîlthifl 



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L'OUVRIER. 



Ce mot, qu'on dit à peine i un chien^ pour la première fois étonna 
Marie. EUe rentra dans sa ehambre ; et ayant essayé de donner de 
Tair , en ouvrant sa fenêtre , elle la troava clouée. Marie réfléchit 
alors, et trouva que la sévérité de son père avait endurci son cœur. 
EUe en vint à penser que , majeure , elle serait maîtresse d^elle- 
même. Courbée sous la loi 4epuis sa naissance , elle pensa â la 
loi, pour conquérir la liberté, i^e s*aperçut que la crainte que »^ jus- 
que-li, elle «vait eue de son père, était évanouie ; il ne lui restait que 
l'indifférence. 

Elle sentît, en pensant lAudré , qu*il y a deux manières d'obéir : 
par crainte et par amour. Elle se vit enfin maîtresse de choisir, et, 
pour la première Ibis depuis qu'elle était au monde, elle sentit la 
joie. 

Ce cœur serré depuis si longtemps sous une étreinte de 1er, battit 
tibrement Ce visage , pâle , ^e colora enfin , animé par Tespérance ; 
des larmes de soulagement et de tendresse montèrent à ses yeux tou- 
jours secs. Et Marie , vive et jolie pour la première fois de sa vie , 
entra sans crainte dans la chambre où son père querellait Louisbn 
depuis deux beures. 

— Mon père, lui dit-elle, j*ai volonté de vous être soumise; mais la 
soumission est un fruit de justice. Je sais que vous avez renvoyé Marie- 
Josèphe, en lui disant qu'André était un charmeux. André n'est pzs 
un charmeux. Me voici sur mes vingt ans. Pendant un an , je ferai 
mou possible pour fléchir votre vouloir; mais, ce temps passé, je 
prendrai André pour guide de ma vie en ce monde , parce que, à ce 
temps-lâ, le bon Dieu et les hommes me rendent libre de moi-même, 
et qu*il n'y a qu'un esclavage ^u'on ne peut rompre, c'est celui de 
l'amitié ;-la crainte se surmonte. . 

Louison, effrayée du langage de Marie, faisait de vains efforts 
pour arrêter les paroles sur ses lèvres; elle ne reconnaissait plus sa 
fille. ^ . 

Jeen^Louîs, hébété de surprise, l'avait Mssé parler. Il venait de ren- 
voyer une enfant craintive , tremblante, muette ,** écrasée , et il voyait 
reparaître une femme tranquille et résolue. Lui, non plus, ne recon- 
naissait plursa fille. Elle était devenue bellQ. 

LiMison s'attendait à le voir éclater en fureur. 

Mitis ioMi-Louis se leva, et cet homme si rude se mit è pleurer, en 
marchant avee agitation. 

-^ Marie, Marie, disait-il, Marie, renonce! Veux-tu donc me quit- 
ter, jne laisser seul? Je t^ai gardée comme mon. trésor! Je t'ai tant 
aiiML.^1^ je n-ai pas voulu te laisser un instant loin de moi. N 'es- 
tu pis M fille, mon bien, le sang le plus pur de mes veines, le 
sdtfSe wma vie? Reste avec moi. André fera de toi sa femme, son 
v^cl ve; inoi, je suis ton père, Marie; Marie, renonce! Et cet 
I^R^e si ferrible loodui -à genoux en se tordant les mains, pleurant 
et criaoL 

'Maisllarie, que le malheur avait rendue insensible â la sévérité, 
(ùi insensible aux larmes et se retira. 

Jean-Louis, qui se croyait irrépréhensible, tomba écrasé sous le 
poids de cette indifférence, et éclata cette fois en reproches amers sur 
Fingratitttde des enfonts. 

— Voyei ! disait-il i Louison ; une enfant pour laquelle j'aurais 
passé Teau et le feu, pour laquelle j'aurais donné ma vie, une enfant- 
que j'aime par-dessus tout ! En fin de compte, la voiU ! elle m*aban- 
donne sans le moindre regret, pour le premier blanc-bec venu, qu'elle 
ne connaît point !..... 

Jean-Louis continua ainsi pendant toute la nuit, et se leva pâle. Le 
lendemain , il fut triste et ne parla pas ; les jours se passèrent 
sans rien changer i cette nouvelle manière d^être ; les mois se pas- 
sèrent.... 

Louison lui dit un jour : 

— Jean-Louis, voici bientôt un an qu'André est venu demander 
Marie en mariage; depuis ce temps, elle n'est pas sortie de la maison 
que vous ne l'ayez suivie et gardée à portée de vos yeux. J'ai pourtant 
rencontré hier Marie-Josèphe, et elle m'a reparlé des enfants; ils s'iti* 
ment et veulent te marier. André a le eoosentement de sa mère et 



Marie est ou^eure i cette heure. Des jeunesses , ça a mille maniêrei 
de se parler et de s'entendre, et, en fin de compte, Marie n'est pas I 
plus faite qu'une autre pour rester fille ! 
Jean-Louis resta un moment sans répondre, et dit enfin : 

— Je ne veux point ce mariage ; il ne se fera pas de mon 
consentement. Nous verrons si Marie fera valoir ses droits .de 
majorité. 

— Vraiment, dit Louison, vous n'êtes pas un homme chrétien, 
Jean-Louis, et vous aimez vilainement votre fille ; vous l'aimes comme 
étant votre bien; et vous vous croyez le droit de la rendre heureuse 
ou malheureuse, à votre gré. Un père est un père,< et non un maîti^, 
Jean-Louis 1 et un enfant est un enfant, et non un bien ! Ne pourrie»* 
vous donc être assez heureux du bonheur de votre fille , pour dire 
oui d'un bon cœur â ce qu'elle demande ? 

— André est un charmeux ! dit Jean-Louis. 

— Non, dit Louison, André n'est pas un charmeux! 

— Vous êtes bien sciencéel Louison,. pour dire cette parole ! Je 
vous dis qu'André fait commerce d'amiUé avec Colas le charmeux, et j 
que l'entêtement de Marie est un vrai et véritable maléfice jeté sur 
aie ; auiremlBnt, d'eili tiendrait-elle tant d'amitié pour un gars qu'elle 
ne connaît point ? 

— Et vous, lui dit Louison, d'où tenez-vous donc tant de rudesse? 
Parlez i M. le curé, et demandez-lui si c'est honnête et chrétien, ce 
que vous faites? 

Au nom^le M. le curé, le mécontentement de* Jean •Louis se chan- 
gea en fureur. 

— Vous me la donnez belle ! s'écria-t-il ; ne fiiut-il pas qu'à mon 
âge j'aille- prendre consrJl pour ma conduite , au vis-a-vis de Marie, 

près d'un homme aussi fautif, sûrement , que moi Il a assez â 

faire de vous écouter, et de vous donner conseib sur ce qu^. laut de 
sel à la soupe 

C^^penJant, Louison et Marie firent tant qu'un matin iean-Louis se 
leva, en disant : 

— Finissez-en avec cette affaire ! Je^vais donner mon eoneentement ; 
nuiis je ne serai pas i la noce. Puis, tandis^ que Mjrie-Josèphe, Loui- 
son , André et Marie se réjouissaient ensemb!e de cette condescen- 
dance inattendue , Jean-Louis prit son bâton , et s'éloigna. Il s'assit 
dans un pré, au pied d'un simle, et resta immobile, l'oBâL fixe et le 
visage pâle. Bien qu'il ne pariât pas , son visage tralnssiât, par des 
mouvements singuliers, un combat intérieur et violent. U se leva, en- 
fin, et, se pariant à lui-même, il s'écria : 

— Qu'il soit charmeux ou point charmeux , il ne m'en, prend pas 
moins ma fille; et si c'est la jalousie qui a^fait parler Marie Louchon, 
nous voilà deux malheureux ! Est-elle encore ma JfUef celle qui ne suit 
point jnon commandemoit? Peut-il £1^ mo»'fiis,'eehji qui vient dans 
ma maison , m'enlève r mon seul bien ? A cette heure , ma TÎe est 
tinie ; je n'ai plus rien sur la terre Marie , Marie ! je la vou- 
drais veuve et malheureuse , je la reprendrais avec moi ! Si le bon 

Dieu est juste, il affligera dans ses membres celui qui m'afflif^^insi 
dans mon cœur. • 

— Jean-Louis , dit une voix derrière le saule , quand on lait de 
tels souhaits , ce n'est pas au bon Dieu , c'est au diable ^"iï Cant 
parier. 

Jean-Louis se retourna effrayé et se trouva en hce de Colis le char- 
meux , il s'arrêta un moment immobile et effrayé : — Ëoeute , dit*-fl 
enfin , puisque c'est toi , écoute-moi , es-tu charmeux o» fKiint 
charmeux ? 

*- Dans les temps, dit Colas, nos pères et mères avaient dea secrets 
et je ne suis pas là pour te dire s'ils me les ont laissés on hérit. 
D'ailleurs ce n'est pas sous les saules , dans les prés , qu'il ûttat par- 
ler ; le jour où tu voudras me parler sous la passe, tu y attaeheraa une 
branche de coudrier et ce jour-là j'y viendiai à miattit. Va » Jean- 
Louis, ajouta Colas, tu ne seras ni le premier ni U denûer à ai#-j?enjr 
parier. 

— Va4^en, dit Jean^Louis, va-t*en« tn-na fends perdre mtm 4aM. 
Les apprêts de la noce avançaient, et pins le jour henreox eà Va- 



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Kz. 



L'OUVRIER. 



$19 



devait être It femme d*Aiidré approchait , plus Jean-Louis était 
'sombre. Le TÎsage rose de Marie , Pair heureux d*André , la joie de 
LouisoQ, rien ne poi&vait dérider son visage» il ne dormait plus, il 
mangeait i peine et parfois sendilait se réveiller en sursaut. 

— Lenison, dit-il un jour» j'ai comme un feu en moi-même qui me 
fait périr» 

— Le feu que vous avez en vous-même » dit Louison , c'est de ne 
savoir endurer la joie des autres. Vous le savez i cette heure, André 
n'esi^nt charmeux, car il a été faire amendement de ses péchés en 
Gonfesûon i notre paroisse et il a comme un vrai chrétien reçu le 
corps et le sang de notre Sauveur et c^est dans deux jours, Jean-Louis, 
que iM>tre Marie 

Ji^n-Louis ne laissa pas à Louison le temps d'en dire plus long, il 
sortit en courant, en criant et en pleurant. 

Louison le suivit et parvint à Tatteindre au tournant d*une 
haie. 

— Jean-Louis, lui dit-elle, je suis votre femme, faites-moi montre 
de vos peines plus que de votre colère, et peut-être que je trouverai 
quelques bonnes paroles capablet de vous montrer la vanité de votre 
douknr^../ 

— Laissçz-moi, Lowson, lui dit-il, je n*ai plus ni peine ni colère, il 
mersemble que je suis mort. Mais le front pâle et les joues empour- 
prées de Jean-Louis démentaient ses paroles. 

La journée se passa en apprêts pour le mariage et Jean-Louis ne 
rentra pas; le soir vint et Jean-Louis ne rentra pas ; on soupa sans 
lui et Louison pensa que peut-être il'était allé chez quelque parent; 
enfin minuit sonna et Louison qui n'avait pu s'endormir entendit le 
pas de Jean-Louis. £lle feignit alors de dormir et laissa Jean-Louis 
se coucher sans lui parler, mais elle put remarquer que son agitation 
était extrême. 

Le lendeinain et tandis qu*on faisait chez Jean-Louis les derniers 
apprêts, Marie-Josèphe assise près de sa fenêtre vit venir i elle Colas, 
Colas le charmeux. 

-^Te voilà, mon fils, lui dit-elle , André se marie demain et j'ai 
grand regret qu% tu ne sois pas à la noce , mais Jean-Louis te croit 
charmeux et quasiment André avec toi. 

— Il 8*est vu des charmeux. mère Josèphe, dit Colas, mais pour moi 
i vous savez que je ne connais point de maléfices : ouvrez-moi, il faut 
que je vous parle et à nous deux nous ferons Jean-Louis changer de 
sentiments. Je Tai vu cette nuit i la passe de Rubigny. 

Marie-Josèphe pâlit d hésita à ouvrir. 

— Ne jugez de rien sans connaissance, dit Colas, et ouvrez-moi. 
Le lendcmaip « Marie parée d'une belle jupe de mérinos , rose, 

(raiche, entra dans la chambre de Jean Louis. 

— Mon père, lui dit-elle, je vous fais remerciement de votre con- 
sentement, j*aime André et vais devenir sa femme ; mais en ne venant 
point, vous ne donnez votre consentement que par moilié, venez, ve- 
nez voir André, qui va être votre fils, me promettre aide et protection 

-pour toute la vie. 

Jean-Louis était pâle , immobile et muet, Marie ne put Tébranler 
et la noce dut partir sans lui. Quand il fut seul, quand il n'entendit 
plus l€^;mumiure des voix qui s'éloignaient , il se jeta sur son lit en 
poussant des, cris étuufiës, il se levait, courait à la porte comme pour 
sortir , rentrait en s'arrachant les cheveux , pleurait , se jetait à ge- 
noux, et se livrait à des mouvements si déserUonncs qu'on eût pu le 
croire fou. 
Deux heures se passèrent ainsi. Enfin Jean-Louis n'y tenant plus, 

-ouvrit la porte, et pâle, l'œil enflammé, regarda sur le chemin. Colas 
passait, agitant un mouchoir qu'il tenait à la main, et disparut. Quant 
à Jean-Louis, il tomba sur une chaise. Tous ses membres tremblaient. 

: Une sueur iiroide couvrait son visage. Au même moment un homme 
t'approcha de lui et, lui dit : 

— Jean-Louis, le bel André est votre fils, mais que donneriez-vous 
i celui qui viendrait vous dire qu'en sortant de l'église il est tombé 
eomme pris d'un mal ? 

Jeaa-LowÎB iM>ttSta un cri sourd en rentrant dans sa maison- <^t «p. 



mit i crier : 

— C'est fini , c'est fini , j'ai perdu mon âme, j'ai perdu mon fils, 
j'ii perdu Marie, c'est fini ! Otez-vous , Louison, partez avec les en- 
fants. Je veux faire ici mon tombeau. Mais. André, André, Louifron, 
Louison, j'ai perdu mon âme : dites pour moi un Pater et un Ave, 

En ce moment Marie-Josèphe entra et arrêta Jean-Louis en le pre» 
nant par le bras. 

— Confessez-vous, Jean-Louis, lui dit-elle. N'êtes-vous pas allé hier . 
au soir sous la passe? i^ 

— Jeaur-Louis devint livide et répondit : \ 

— Oui. 

— Vous avez donné cent francs à Colas pour qu'il jette un sort sur 
mon garçon... votre fils à cette heure, Jean-Louis. 

— Oui, dit Jean-Louis. 

— Amendez-vous en confession, dit Marie-Josèphe. 

— André est perdu et mon âme aussi , dit Jean-Louis d*aiie voix 
éteinte en s'aflaissant sur un banc. 

— Vous avez donné cent francs pour jeter un sort sur André, qui 
donneriez-vous, Jean-Louis, pour le lever en ce moment? dit Marie- 
Josèphe qm tenait le montant de la porte. 

— Je donnerais ma rie, Marie-Josèphe. Je prends mon saint patron 
à témoin et aussi les bons anges que je donnerais nu rie pour les sau-. 
ver et racheter mon âme. 

Marie-Josèphe ouvrit la porte, et André, ayant Marie â son bras, 
suivi de Colas son ami, entra en disant : 

— Hé bien ! mon père, embrassez-nous : ne donnez pas votre vie, 
mais votre cœur. Embrassez-nous. Colas n'est point un charmeux, mais 
un ami ; et tout le mal qu'il a fait en sa vie est de vous avoir donné 
peur et remords de votre action en vous bissant croire â son pouvoir 
et â sa milice. Voici les cent francs que vous lui avez donnés. 

En ce moment , toute la noce arriva, suivie du curé qui entra le 
premier. 

Jean-Louis saisit les cent francs et, les mettant dans les mains du 
curé, il lui dit : 

— Faire se peut que je meure de tant de peine que j'ai eue depuis 
deux heures. Monsieur le curé, prenez cet argent dans votre main et 
donnez-le aux pauvres. Quant â moi, je vais mettre dans votre cœur le 
récit de mes fautes, car je veux mourir en chrétien. 

Quant à toi,. Colas, dit Jean-Louis, tu m'as trompé, tu n'étais done 
point charmeux? Tu as dû avoir, mon fils, grand'pitié de mon obscur- 
cissement et de ma faiblesse ? 

~ Allez, Jean-Louis , dit Colas , M. le curé est déjà â l'église qui 
vous attend. Nous ne souperons et nous ne danserons que quand vous 
serez rentré. 

Quant à Marie, que les duretés et les prières de son père avaient 
laissée autrefois insensible, elle pleurait et riait tout à la fois dans les 
bras de Louison. J£AN Lanoer 



LE RHUME D'UN RHINOCÉAOS. 



— Monsieur , monsieur. 

— Quoi, mon cher Fritz?. 

— Il est mort ! 

— Qui est mort? 

— Le gros rhinocéros ! 

Cette nouvelle me fut donnée^ il y a une huitaine d'années, au 
moment où, selon mon habitude, j'arrivais vers Us sept heures du 
malin au muséum d'histoire naturelle. 

J'étais attaché commeaide préparateur à l'admiaistration scieiitifi« 
que du Jardin des Plantes. Je logeais me Lacépède, Je me levais le 
matin à sixheures pour aller faire des autopsiesdans les chaireft ana - 
tomiques et devant les tables de dissection. Je suivais la clinique des 
étranges malades de la rue Cuvicr ; je suigDa<siesours,les hyènei| 



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320 



L'OUVRIER. 



ks kanguroos, les jaguars et les hermines ; j'étais rinteme d*uQ hôpi- 
tal zoologique. 

On avait adjoint â mon service un jeune étudiant allemand qui se 
nommait Fritt Vaulers. 

Il était haut comme une potence , portait des bras immenses en 
ailes de moulin , avait le nei démesurément long , les cheveux rou- 
ges , et des lunettes larges comme des châssis devant des yeux mi- 
croscopiques. 

Ce singulier personnage était fils d*un des savants les plus illustres 
de l'Allemagne. 

Le gros rhinocéros , dont mon compagnon de travail anatomique 
m'annonçait là mort, était un des plus beaux sujets de la ménagerie. 

Né à la ménagerie en 1844 , ce rhinocéros était long de trois mè- 
tres vingt-cinq centimètres , gros de deux mètres quarante-huit cen- 
timètres sous les aisselles. 

U pesait 2,300 livres. 

C'était un des plus beaux types d*une espèce difficile â conserver 
en "France. La direction du muséum avait fait de grands sacrifices 
pour la conservation de cet animal véritablement antédiluvien. Le 
British muséum n*avait pas i cette époque acquis le rhinocéros grandi 
corne du colonel John Smiirs. 

La mort nous avait enlevé notre précieux pachyderme, honneur du 
Jardin des Plantes et de- la zoologie française. 

Au moins fallait-il conserver sa dépouille. 

Le directeur du muséum avait ordonné qu'il serait empaillé. L'opé- 
ration était délicate : il fallait pratiquer une large incision dans Tépi- 
derme de Tanimal, détacher cet épiderme, découvrir le squelette cachet 
sons la trame des muscles , dégager ce squelette, le reconstituer 
d'une part après avoir fait dessécher successivement les différentes par- 
tics de l'ossature, puis, d'autre part, préparer l'épiderme «et le réta- 
blir sur une charpente en fer , de manière a présenter aux curieor 
visiteurs du muséum et aux savants présents et futurs l'ostéologie 
interne et l'apparence externe du rhinocéros décédé. 

L'ens«>mble de ces travaux était considénildi*.. Depuis l'empai le 
ment du Jean-Bart, le fameux hippopotame qui s'étouffa, en 1845. 
en voulant avaler d'une seule bouchée , trois bottes de foin , ou 
n'avait vu une besogne pareille à celle qui nous était conffée. 

On avait déposé lé corps colossal de la bete dans une des salles 
basses des ateliers analomiques. 

C'était vraiment un superbe animal. Tout mort qu'il était, il faisait 
peur. Les flancs monstrueux du pachyderme reluisaient comme le 
bronze d'un canon velu. La corne recourbée se dressait sur le nez 
immense comme ces croes de fer auxquels, dans les ports, on aliache 
les navires. 

Ses sabots étaient scellés à ses jambes, grosses comme des trônes 
d'arbres, recouverts de cuir. 

Les yeux étaient ouverts, fixes , mi peu vitreux, terribles encore. 
La mort avait dilaté démesurément i'orbite en rétrécissant les chairs. 
Ces grands globes transparents semblaient renrernicr un regard flottant, 
comme les cloches de cristal renferment des poissons rougè.^. Daris quel- 
que coin de l'immense laboratoire que l'on se plaçât , la grande bête, 
couchée à terre sur le pavé, scmbtait vous regarder * bizarre illusion 
d'optique qui produisait une sorte du fascination. 

Apre? un moment d'exauten du pachyderme, je regardais Fritz : il 
était en contemplation devant le gigantesque cadavre. 

— Est-elle bien morte , cette bclc? me demanda-t-A au bout d'un 
tnstanir 

— Certes, oui, répondis^je, autrement , ni vous ni moi ne serions 
ici h l'heure qu'il est. 

J'expliquai à mon collaborateur que le rhinocéros, quand il \ildans 
nos clinuts, est un auimal extrêmement féroce. 

Fritz, qui était nouveau venu au Jardin des Plantes, ne connaissait 
pa<$ bien les mœurs des habitants de la ménagerie. 

Au récit de quelques- uf^es des prouesses du défunt, le jeune Alle- 
mand dressa ses oreilles comme un ine qui entend siffler et ouvrit, le 
(•lus qu'il put, ses petits yeux. 



C'était chez lui le symptôme double d'une surprise mêlée d*mi oer« 
tain effroi. 

Nous tournions autour du cadavre, Texaminant dans toutes set 
parties. 

Je sortis au bout d'un instant; je voulais m'informer â la ménagenr 
de la manière dont était morte la béte ; j'appris que le gros rhinoeéroft 
avait pris mal i propos un bain dans un des bassins de là ménageriez 
qu'au sortir du bain, le froid l'avait saisi, et qu'il était mort au bout ànt 
quatre on cinq heures. Les gardiens paraissaient étonnés de la fap M ? 
dite avec laquelle la mort s'était produite. 

Le Muséum était consterné de la perte de son gros rhinocéros. 

On me raconta que l'a vaut- veille il se portait encore parfaitement; ''' 
qu à un seul repas il atait mangé quarante livres de betterates et 
trois bottes de foin. 

Ces détails me prouvèrent qu'il ne fallait pas attribuer â une inani« 
tion prolongée la mort du personnage que Fritz et moi nous étions 
chargés d'empailler. 

Je rentrai pour donner ces renseignements i mon compagnon, et 
commencer avec lui l'ouTrage, que la menace d'une dissolution orga-* 
nique devait hâter. Je trouvai Frits â cheval stur le rhinocérot, et fo* 
mant tranquillement sa pipe. 

Le jeune Allemand descendit du siège triomphal qu'il oceupait » et 
venant vers r^i : 

— Vous le croyez bien mort? me dit- il avec insistance. 

— Certes, oui , repris-je en riant. Que voulez-vous qu'il soit ? ea* 
rhumé ? 

— Peut-être, reprit avec un grand sérieux mon interlocuteur. 
Je ne pus me défendre d'un accès de folle hilarité. 

J'allai chercher les outils nécessaires et nous commençâmes^l'opénH 
tion. 11 s'agissait d'entamer l'épiderme pour parvenir jusqu'aux chairs 
isl pra)i(}uer l'excoriation. Je pris un immense couteau frais repassé 
'>t je le plaçai à la charnière de la cuisse , là où , chez le rhinocéros» 
Tccorce de cuir présente d'ordinaire un défaut. 

Le couteau était très- pointu; je poussai de toutes mes forces. Im 
imau céda comme une plaque de tôle , sans que le couteau pût péné^ 
Irer. 

^ Enfoncez, criait Friti. 

— Je ne puis pas. 

— Courage ! allons ! 
* — Impossible. 

Fritz me présenta un coin d'acier, fortement -aiguisé, ce qu*oii ip* 
pelle un poignard anatomique. 

L'épiderme résbta. Fritz voulut essayer, croyant être plus heureux 
(Je réussir ; il fut plus malheureux. La lame se brisa sans entamer le 
pl'K légèrement la rude enveloppe de la bête. 

N*us laissâmes le défaut de la cuisse, et nous attaquâmes le cotps 
p.K 11 gueule. L'épiderme se trouve en général amolH vers les lèvres 
par riitiuicctation salivaire. 
. Frilz fumait. 

J'avais repris mon couteau, et je m'approchai de la tête du monstre. 

J'enfonçais déjà la main dans le trou immense de la gueule pour 
tâcher d'y pratiquer une incision. Tout-à-coup le corps entier de ta 
bète s'agita comme par un tremblement ronvuUif. Un bruit soitrd , 
p;irtant des profondeurs du cadavre, vint gronder en souievilit les 
babines velues , et une bouffée d'air chaud s'échappa de la guede. 

— Quand je disais qu'il était enrhumé , le voilà qui étemoe , t'é-^ 
cria Fritz , moitié riant , moitié sérieux. 

Je m'étais reculé précipitamment. Était-ce un symptôme de vie , q« 
venait du se produire? Ëtait«ce une de ces éructations cadavéreuses, 
dont les autopsiés sont si fréquemment l'occasion? 

Je n'eus pas le temps de me poser formellement cette quettien» 

La bête s'agita, poussa un gémissement plaintif, puis un hnriemwii 
terrible , et ouvrant la gueule , se dressa vi%ante , irritée , fimeoee. 

( La suite au prochain numéro, ) Clément Just. 

gers, imp. de Laine frères, rue Satnt-Laud, iè. 
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52S- 



r n. 



8 février 1802. 



L'OUVRIER 

bornai hebdomadaire Ulnitré paraiuant toat les lamedii. 



AI>M»n8TRATION : 

, qntÀ de8 GrandirAugottins, 
1 1» librairie de BLÊBIOt« 
▲ PARIB. 



SOMMAIRE. 

ZOBS A VJEMTUB ES D'UN BCRaSA. ptr Vogèaê d§ MiECBill. ~ LE 
RHUIUS D'UN BHIlf OGÉBOS , par CMoMit JutT. — L'AmCUUfTIfiA DB 
CHàBX£8 TOC . par t. Dmuwm. — TABIÉSTÉS , Un kmitm contctmtHêta. — 
un êefvieê. — TBAIT D'HfiBOBnlB. 



▲ BONNBKBNTS D'UN AN 

1 pi* èi l*' it ckam «Ms : 
-^ . . >. 

, tli» , RéMMTAMB, Tmi- 

«an »*!■■, • ^ i .....•■» 
BTAi»-niniMi.*A«âua«iMNom». . 7 «^ 



LES AVENTURES D'UN BER6ER\ 



CHAPITRE III 

La moategiiB biMB. 

>an8 les Tlllef, c'est une groese affaire et an erobams aérieux pour 
parents dont l'enfant vient de faire sa première communioni de 
oir quatte profession ils 

feront etobras9er. Se- 
t^il tailleur ou cordon* 
r, tapissier ou lampis- 
Entrera-t-il en sp* 
nlisssge chez un nëgo- 
nt en denrées colonia- 
, — ce que nos pércs 
lelaiept un épicier » 
chez on fabricant d'sU 
leites chimiques ? En 
i-t-on un mousse dans 
poirMe le voir un jour 
enir amiral, un gftte- 
ce ou un saute-ruis- 
a? Je ne parie pas de 

états qui sourient d'à- 

d à la paresse des pe. 

garçons» précisément 

ce que ce sont à peine 

états et qui consistent 
ire grifom ches un jeune 
>inté ou fifre dans un 
Lment. 
L Saint-Palatin, point 

semblaUea héakations. 
nme^ aux premiers 
rs da monde^ Gaïn ei 
>1 fureat l'on agricuU 
r et Taotre berger, on 
connaît guère dans nos 

siges des montagnes d'antre état que le labourage et la garde des 
ipeaux. 

^ent-être le petit bout dlnstmetion que f arais re<^ et la protec- 
» de M^ le eur^ auraient-ils pu me liire entrer dans les bureaux à$ 
loas^préfecture, à Argelés. 

fa mère ne s'en souoia guère, ,ni moi mm plus, lien oncle Jérôme, 
celizi-ià même qui nous louait à si bon compte'noire maisonnette 
3aint^«latiBy — mon oncle qui était riche, surtout en bètes à 

iT^oir les n»* de VOnvrier das 18 et tt Janvier at <•• «vrler. 




laine et en bêtes à cornes, eut justement besoin, à ce moment-là, 
d'un berger pour ses chèvres et ses brebis de la montagne bleue. 

Je demandai cette place, et je l'obtins. Je devais gagner dix francs 
par mois, ce qui était énorme pour le pays et pour l'époque, et ce 
en quoi mon oncle voulait encore, je n'en doute pas, nous obliger 
indirectement. Que Dieu le récompense de sa générosité et de sa 
délicatesse ! 

Je fus insUllé daqs mes fonctions le surlendemain de la Notre- 

Dame-d'Août 1824. 

Tout le monde à la raai^ 
son s'était levé de grand 
matin. Nous étions^ allés à 
la messe du bon abbé 
Chom, à six heureâ. Puis 
nous avions pris le che- 
min de la montagne bleue, 
où nous arrivâmes sur les 
neuf heures. 

Mon oncle y était venu 
de son côté. Il tenait une 
panetière et upe houlette 
emblèmea d^ ma dignité 
nouvelle. Il, fxxe les remit, 
en me disiint : 

— Barthélémy, je n'ai 
pas besoin de te recom- 
mander d'avoir bien soin 
de ton troupeau. Je sais 
qae tu es honnête, intelli- 
gent et le: digne ûls de ma 
sœur. N'iublie pss non 
plus que tu es un bon 
dirétien et que ce mof 
dit tout. — ^ Puis, ai ja- 
mais tu étais embarrassé 
dans ta solitude, ne crains 
pas, après avoir élevé ton 
ecBur veiB Dieu> de con- 
BoUer le sage et coura^ 
geux lieutenant que je te donne. SéUm mérite toute ta confiance. » 
En entendant son nom, Sélim comprit que c'était le moment pour 
lut de se produire. Il se mit donc à gambader autour de moi, et à 
me faire mille caresses auxquelles je répondis de mon mieux. 

Mon onde paitit. Je ne sait si feds û force de le remercier. Car 
ma chère mère s'avançait^ et, me prenant dans ses bras : 

— Mon Barttiélemy, dit-elle, mon enfant chéri, voici la vie qui 
commence pour toi. Tu vas être bien seul et bien loin de nous. Mais 
on n'est jamais seul, quand on se tient en la présence de Dieu, et 
nous serons toujours près les uns des autres par la prière. 



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m 



rOUVRIER 







>-^^-» 



chôseg J onf^ ces ÏÏTresjtvaient été le texte ponr M. le eoî^ |- 
la i^ûoiif 4^s ^' ^^ mère», %m 
n, noD-teufi^eat ^emr cr j|>i^ 

jamaiswpnjplinédit^ je |^ aaî des henm ii 
une pag^ seolemeiiC de ïzadtn ou du aoureau Teiti^ 

Le boa Dieu ffi*Maît donné une mémoire d^une étendue et à*naà 
^ tfqpQ^f prodigieuses. Deux mots luffîâaieaV pour liêfâUkr «n oe^ 
non-seuiement une ou deux idées, mais les difi'érenies instractkm 
• doirf'^c^'^i^îflt 0êei AjSMttf ftlhème, pendant le* quatre ou ôl. 



luiuneJkjtopjiMiu' 
1 de y|hiîP|ëur d 



Voici lalimouBine 
Elle te gardera 

de rechange. Pren<jy[0ipo^ ton 
paroissien. Si quel^foièfoi^e di 
liras ta messe ici.,jiijtu pj gras 




le iJ^untûgUî 
i du sfl. Voi< 

Le. toiBistoire 
ne p§sx yenii 
quijpg£ons. 



i^otre chère petite église jle Saint-Palatin. • « 

je ne Yeux pas, rapporter id| de craittte-d^ettBuyer mon leeleiif et de 
faire encore t9m)>er,fn^, hcmes s«r mon papier. r* n 




wy%*.0^ î T T wr f • ^ 

QiiaiMkaia>aiéfiB, •!«»<&. MmI el Jf^u^^^'i^^J^à^t if ^^f.f^l^. 
Bien seul, et jHnis yralMfe^M^del pi^urv>) 



Heureusemi^t 4^ ^ nie. spuvins très à propos des leçons de notre 

— Après tput, jne 4i3-ie» j^.seràjs bien mju8te.de ^e jjlaipdre. (4e 
qui Dji^arri^é, n*arÔYért-iX pas.i lous les jpetits j^rs ^e mon 4i>?t.^t 
cpmiijien ne suis-je pas plus he^teux que bèaucoijip jotêptri^ eux, pvec 
toutes ces protisions que je dois à la J)oaté de inon oncle et de ma 
mère...., sans cdiùp^ér ceilés (^ue je' dois. à là bpnté de Dieu? — Et 
puis , il fait si beau ! N'est-ce pas une ioië de, respirer cet air rtl dés 
montaghert. .- ■ '^:-h ^^ ^ ■ -^ -^ '■'^- -•; ;:J^ 

Et, comme pour faire durer plus longtemps mon plaisir , jé cbih- 
ijl^enpai, par ne rien faire el par .i;^cpiyia!ti^ ^VS^^^^^^^ïÎ? Tenais 
d^ètre constitua gardiep. 



■Aar.i:n i mqj^'^yj^ ^n lç,9?t^clup^,; 



«lii 



lim parut çompiendre mon intention, et il me suivit, collé à i 
, à.ineiuré q)ie i*allais, de monticule en monticule et de fossi 



le à mon 
talon, à.ineiuré q)ie ^allais, de monticule en monticule et de fosiS^es 
Ibséé, compter, mes embuante brehkttHnjÇi'loixante-dix chèfres^. 

Ce Sélim était Vraiment un précieuï..co|Qpa^on. Plus ancien que 
moi dana là partie ,' il']^aissait me prendre un -peu sous sa protec- 
tiqn, tout en reconnaissant mon au^rité, — sana co'i^paraison comnçiè 
ces vieux se6rétaire de mairie qjn fontsuçce^slTement Téducation de 
chaq«e nodteau iuaire; ix mènent l^ur supérieur, \off;y0JÊàK^ sem- 
llantdelttidbéir. ^ ^ 1 , '\ ^"^ - 

Quand j^eùs fidt d^k ou tr<|fis /foisje tour ^9 iliatrict occupé par -: 
nues sujettes, je ûi^m» àTombi^. Sans cêiéër 4;aTaieV^i)J«.|u guet^ 
et de promener, tle^ temps i autre, un rapider i:egaird.'a)iltiur du Uiv 
Séiim vintie coudiet aimes pi^^. .J-" . 

Sa bonne gtùts^ tété , ces ^oils héris^^ qqi encad^atent si bie^ » 
eomme autant de sovrefls et de Jaiori^ oétte physjftfijmue id'ini^ bon- 
homie un peu smM|€f, t6ê grandu- jeux 4oia, fifii oraUest dofit Tune 
. portait daÛB ées (Icfaancrures lestrapèi glorieuses iMU^ dent do loup, 
ces énoim^' palteé q«il se posaient aieo tant de^dfl i^j ii i H y e siir mes 
geiieuxvt<]f«t4*âMliettditè de mon codabontbur M^igBale coilir; je 
tis d*«beré^^ était intelligentv bon, fidèle et bnive..».. An^ç ces quar 
Mté04i; un éhion/J èduune un honitne, mérite estime et amitié. .... . 

^*enibr«am lebdfeiiittit mon ^, et je remerciai Dieu de m*avoir 
donné oè l«aô'êt MBiable sertitèj^r , au lieu de tant d'autres laids et 
hargneux' queg'^TaiftsenTent renco;itrés sur nm route-^t qui« auMa pré- 
texte.qu'fls iu>ntifidAleé^'se croient permis d!étre disgracieux et reiiè- 
cfaesi'lab^ejoatnée.' . .^ 

J'ai ramsrquét depuis^ que ce traVers ne se rencontre pas^seulement 
diez k nwe eaniae^^OnidLrait Traînent que 4iertaine% 
net soi&î«touéHdbJUiqbiletéatèèiaquelhiiea£ovehcqette Juan 
habillent le BM/dHnuxétement ainu^. Pour ne poinVétpàJDft restée 
nos hoonlUs penaUÉti travaillent i nous montrer la vertu sous des 
' -tsaita «seffUi^Mii '>,;••',' iv- • ^ '•->(.«'• fn •% « -■ . • ' 1 x 09 

, Ma pnmièrai«umé9 .«^ j[>W%7(i!i%^ 

., fiepuismi petit«4llfailf^99^l|^iffR||^tf||!|r;)m ^frf^ f»«ent 
Terté d«w.lïio^â»ftlJpt4fr^^MM)¥Çf»^fe«^ 
^.vonated^ pWKrfretpwf,#v/HUî ^^^m 1?/W»ft iM^f t^ ^^ pre- 
mière édu^atwi^çj^il ii»>,»t??U?J4 W*.<5fWn^ 
,;jwaîs. à c<wiH*^,,w.(r4ffifi|4'^»i^.48Wt^ff»qji d^^^yw..4ea 
moU, d^.anniiçe d'oçcpMti<«:,ajjfljjp|Çl p^ Wl^«'^8WroW?"i ^\^ 
cfaiame , mon hiatoire sainte, mea évangiles', a me redire toutes les 



3<h» i wtiM P tiptt /ril^s-mèmea me. rappelaient le eowmnl«îre êk- 
qnflnl At «împlA gnî «Vn faimi^ A \% ff^riflJMU Iprsque, rentré du csté- 
chism^ je réoéUiaè mes, frères et à mes sœurs ce qoe Tabbé Qioe 
nous>avA4iV«8<rieMiotîC tièWioièÀ irdlvi^t In^yéi fréjonierV 
core à ce qui paraissait si co mp let, en reproduisant sous une antre 
forme et avec un accent nouveau les mânes pensées et les mèmei 
sentiments* i; j ,s .i 1 ; ; > [1 

Lorsque je revis SaitfUMUtiapuBte'îsiirtayrès mon înslallatîtt 
sur la montagoe bleue, je pus répondre en conscience aux qneatifiBi 
%'\ffQXft% ^a^é/^ê j^Aafo tHl^cRftétix de àran soA. Je «amli 
remplôt' dé' inés joûrafôl.:r\.Hâ' W^^'^émbii^Éssa eta pteumt, « 
tous nous remerciâmes Dieu qui nous proté^it «i v lAiêui riil....... 

,^^ Je ne savais pas , hélas ! que j'embrassais Ûoiï 'ma mète poorli 
-1 ^hscnière fois et que ma vie, jusque-là si sereiilè,ialiait ètm 
ballottée par mille or^es*^^ 

Dans la tempête, comiqLe_«iu le calme, k pais ne 
ôdon Dieu, pour f âme qui a coi^aàce en vous l 



CHAPtftlE IV.' 
Les' coBtrebaiidien. 

4e cODimençais seulement iipa seconde qubizainé de vie péitord^ 

et je m'attendais i ce que cette vie durât au Moins 'îféux ou trois aas, 

! lorsqu'un, certain jour "que^j^ileis couché aur ItieHlie, éfRsajanl é? 

' ' trouver tm :peu de fi^toheftc :i Ambre d'uft j^fi de' la mantagoe, |f 

: cnis apercettMf, at^kaaia de ttù^<^ète, dalft un étroit à^Eiè où mm\ 

ehèvrea, mé sesiibbût^, fissent eu peine i passer, des îétm& hs^l 

maineslp^ipontaia^tpéai^ameBt*^ | 

Je ledoeblai.d attention, et, m*étant mis iur itioA séant, j«iif| 

très-clairement une a^ssix loqgue i|le d'honimes, dinfés de sacs fl' 

nepfiMiaBaiest pas bourcésd^fôi^^, se hisMr lies ubs après k«aa- 

Irés, par cette espète de rig<Aé'que nous app^ions le tr^m aur m^ 

Je me soutins algin d'avoir oifl 4i^ qu'ensuivial letîpoa sAx sccti 
pents pendant je né saii flus combien d'heures, — vous voyes qu'il ëaà. 
lonfi— on arfivait en Espagne, sans passer sojus k''eoidé»»riiie ém 
deux;!poltes de douaniers qui sont établis aucfîed 4ù Tenaal ^paprf 
dell mofitagiae bleue. . ^^ ^j '\ - 

,? Mes hofpies portaient des chil^ux rabattus ipii ne Isissttc^ -m 
'^e leurs ifipiges que d'énormes barbes incuAss. Qs «méat .'tes rtm 
ee inty' d 'ua i ceintui^ de laine rouge, selon l/usager^ pàjsi ikiB eaut 1 
ceinture, je crus voir briller , ce qui était osoin» ooiiieféMcâ Toe^ 
ktastifhjdto)pq|gtsriiidu£,d&ii^pirt4le^) Crtibimy sa .budoa;^ 
complétaient leur uniforme.... | 

. 'iTéâfisAtià A'euipM^^i^imerieii^^ d» <Mte^|beiid&tf» M 
flnscberdiit yiMqii'iiS]^ >^<»WBtilPirt rp<ii(d#t jL' fw i ^ar dws> ee çiif câi| 
difficile, et qui faisaient des affaires sur «m^iai^iig^ gr^iid^Mbelle ; ^m ' 
led^Mi P^^wpg» d^ M>)m^ #ia\tjii» iai^JW'4vB0fspa^.^.f 

(QulH ^u(fpr4ejoB,;oHpa,M dPi^P«fHrt^u%<9P)|iKmjpqiBt f^^^ 

Tout en suivant curieusement de Ji'opil d^un des moQVfpiiit* ^ 
ces messieurs, j*étâis ^én'pmuàdi que, par suite itela diifeetiJ^^ 



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^ 



VàvhfViiÈtt. 



fSi 



du ierram, ils. jie m'apercevaient seùtemient pas. Je tus crùellemelit 
détrobpé, .lorsque je Vis \'uti àe ceux âon\ là rninè étai^ la plus' ré- 
barbative rebrousser chemin touM-coup et yenir droit sur moi.'/" 

J*eus beau faire îliomme qui dormait ^ fennemi Au fisc in^aVàit vu 
le r^rd au guet. U ayait décidé, oue ma présoice sut ^ montiagiie 
bleue pourrait être (iréjiidiMa'blé' à lui ef aui siens : bavaStd coMme 
sont les enfants » Jb^tie iâânqiieràis j^a^ iîé ^ublfér sûV lé^ toits f%- 
tra^ge visio;! que j*ayais eue; et, à la prochaine occasion», le trou aiii 
serpenté sftriit oH Wuttfé oùgànii àeïlottifliérf.- ' '- "'* * ; * * 

Lea eontrebandie,^, ^ux, i\e sont pas bavar.dp:" ,' ^ ' 

Mon particulier ;nfe infe dît pas' ' un lîÀ>t Uè" dé (inVjftèiSâe' Seule- 
ment, il tira de sï deititure; eif tilki^i^fë'd^eiibrd'ë, ù^e èsï^i;^ 8^ cou- 
teau, long et bien aMlél Cétiié dfémonst^àtion 'li'àyàih^'aîpakHi plaire 
ISélim, d'arfflenrs vidbleinèiA tr€é-f))Éti ^mpathiquéi Aoti*)} hôtivëau 
camarade, et Sélim ayant même manifesté son déplaisir pâàr'v;h'gi*6gne- 
ment^ourd, le bandit j(mk do j^oigniiif éontréla pau^étltë, ét^*^^ 
dit raide morte à mes nieds. ^' '" '' ^'' ' ' * \'*' 

Mon ccsur était gros d6 'cbaj^ et de èdM. iCelpénâSiilt ta^éai^ip, 
— ie lui donnais ce tibm in pèitd, tfupîquTl n«^ s'agît que a*ttii 'tUen ; 
maïs quel tlJien ! parmi tous'cèà,|;ûëilx qûifiilsâiektliâlt^S^eefit paë de 
nous, dans le trou sut serpents, îtn^ en'aVsitt pas \ih clfrâltlétnènt qui 
valAt le quM «édem^t de moft.pâ^fi^ 'Sllitt;''-^'eè|[ite 
sin, dit- je, après avoir trrà^illëbiëtot és^uy^ Itft ^rilëi^ sén ^riiie 
toute dégonttaiitô dli tlàà^ié mÉ'ètâ, ^i i^éi^,\é cornons 
réloquence menaçante. 




Il partttquerfiôn s6H était ffxia"afaA^.;CSV,*f«^^^^^ 
les çontrebïndîetif, quatre de cëi^ïtAés'së'îfifràiifâd^^ Ift 'm'at- 



tacher, à Mde de fc(rtâf^Mdé»,^'kur îé'tfôi W nffilft'^^dëjà 
nommé. "- . *'^ :i\ i^r ... 

Ce fut TafTiiire d*un instant. Çt, sur un signal dç bs!)!i \4 ^à^Âfsait 
«trelecâpïUine,tfSaita6ÏëléM'é}iîûir(ffle.' *"^ * =*bn-»i,,vl 

Lettrtflet etmoî liôuî^Viïîttistah^m-gfrk'''''"^. '^''^^ ^* ' '^^"'^ 

C'était un vilain chemin et tel que je ne melfôuVeà'&fs^a^'h'iVSIr 
jamaiè piKs lin pareil. PâvIiL pitit^Wle^^iëdUoïltdPafl! à iiik*' ttrtu 
dep^ae<mo^^i^a^ihpàà'tfHtfte«^'» '^f^ ^*^^ rup ^lur.i'Mf 

Les hommes qui marchaient devant faisaient rarement trois pâb^kiâns 
rtâ^Uef\^é({iP(Mkiiè:'^^ W^\ff%m^^ les 

pifeds  pactes Tiiàinf, lut si«fiè^ï^'fdttfa^.tîttal}û«^^ 
1er pluitite; oti patte '<^é 1e*'iWïltoli>itt »^ffilkiea¥md^ 
chamois, â des profondeurs qui donnaient ft*V8rfl||(?.'W pSf fi ^flr ti lMt t , 
lui, gRiSaft^to (jtftltafe-ttaïeteflt.""' **^\^ "^^ '} '» *''r '^i^'**S ^l ^ 

De tehtpë ëii lèmp^ rfoira i^flcmunéurj^surTl^^ 
mes crevasses, s^i^d^ndhifaMi^s I^^Até^ i\ï tHik d^Idd^HëÎMHv 
percetA qû'urife ArrâjiMe^bibuMté,^Wj*cW^ 
frayant encore d*t(it'tdrfkt'(tM'?{)ôiyft &>lt^iiV&^'6^IM^dë^ ^Ms 
au-déiediA dé'iiodr.' ="''''' '^*'^ ' ^' ' '^'^''•'ai no* 3:t?ii*i*j li 

a, aiiiiett^ ûë'^ii9éf'l»m\''miiti(mme^^ 
c'en était fait de Teau-de-vie , des dentelles, du mâf^'èflu jjântf^e 
Barthéréînf . Cette '|[tehièe'*ïn^^iaît? dikii^Os^mem^'im^ièie, 
Sans compter qu*une bonne petite chut^îdcf '^liiiVicè BKrffiflbAlV 'ifu 
fond d*«ftVaiÉISïSfe pf«Bi^^^ïiiiif^trSffiiVéMétnèi)ttff^iux; 
et je m'étonnais que Tidée ne leur fût pas venue d'é ^dtHih^Hte j^'his- 
tructions dârfJïfe lenéiïliaWé*Ato(fr(}if. '"^ •''^^-H-it ^. m^U 

Ce Keu d^atBeuf^'étâit'btën'ftobtoé'^'a'ënçftWey'^é^ 
je ne croyais pas qu'il y en eût dans netf^^'^y^aêèttiiteléW^- 
fois dansl^^jaiflfrés d\i^'nitifé:^%h'(^1Mbltii«Pi eë^ 'éMxH^fÉéits, 
celui-ci pai»al8faftcbiiWi4fi;'s%'«tiiftoî*'éotfH^Wi#'ft^ 
quand tih iSkàtéùimiamm^^t ¥eVéK^è «i ékmm ^aft4ti^a«%é 
la hîde&éà IMë'ét'^riVait^vdyr'tGltrt^ BMrii^mmg^itHèt^é^r- 

Mais si ladite hideuse bête avait ev'Pldlé'de mènfter^un 'pett nlBs 
haut que U Mfia^ du inûMV «t ^uè ; Aie trootanl santf défénile, 'elle 
m'eût étOdlB dainf set repUi fhliiilif . 



kiitw la craîntédù pr&lpice et delTé'deé WrpérttÉ, entre h dptt- 
téMrâP/tnék'tnêtabtkà inisurfrt^'paf !fes C(Més,Mit'^im et la Isotf, dont 

je C( nVnçais à ressentir sérieusement les atteintes , le regret de 

mon pauvre Sélii6,'T1fncèi*tîfiltM dti'sGf^ âûk{tt^^ fatals réservé, le dé- 
•espôîr de j)e!ifeéir <iûll n'y M% j^éttsimûé pour ^tdet notre trou- 
peau , et qu'eu ne ine tëtrbiNliit j^hA^-^déns ^l<(ues jours , ma 
"cB8i'6"âi^i^ înè'èt'biMt'inort, 'l$6ii)^!rniaih8';- iét ik monrmitelle- 
i]iiMedë^éhaj^,^-«Mii>èièit'aé'aèdll^^ et mordes, 

j*étais vraiment un homme profondément malheureux 

Ï<l0h8 ebèàiidiÎÂië^ aitt^i; atHînoiiif 4Âtf^ (ïtt sîr ftetiirel, dans le trou 
aux serpents, sans renconti^l^, Vki ù! é à wè Utl'^m \jA tive,'xi ce n'eit 
■éelfmeiikr^p«A-^'" -1 ^ •" "' •' .-î^'n»'^''- ^: • ■> - 

"Qèrahtf tim "nôVà àWr^tâtheiri 1é**6îr HmSH: 
-'' «epùis'ttlfifé lle<âiitiBiA^,iè\i^ Wûftt^<j«r<f I^M: B»»^ fklhi, 
pbnrNJnièïé iMèt-pti^sâtj Wi^r^;*T^W#iWné'^f8fe*, pe^1é« géttonx, 
ei'erciWauqtt^i if testait "àcèiut^fittS,^ AF'iidyti! Mbiits ^Hm che^ 
val de Franconi. • '*'' - * ' 

Cela même n'avait p«* suffi?" '^ ' ^.''o)r>> • r ,.. 
^ ' Jb fiAîirtii!r'Bi^fe''d6i^'d<laWt»'tMè Hl"i*^n<ï^^'^cdihmode, su- 
rtjotrtèqtré j'éàis"*! Méh'iïëé'^aUttéii Hé détitèlTèà. On nfâtait donc 
détaché et, l^fètvM '^€èt0 èiHf itéÈ^v^ilgnàût , favàîs rampé de 
imiîf niîètar.* W îH*ftàîk inème %K!feé sûr^-le vëntrt, pemhnt dix mi- 
niitl^ qiif nfMiënt ;parù* uà 'éiêde. L'ôbtcufitè eti èe moment était 

pre8è[Uô'fcteîp!étd;'i»^i»^fn^ m^mwtm': • 
^^ TBfal*«ffiiyî;apê?}*il*^ fetiioùsdé- 

bWé«ihiffàitt\iiêMe<^^ pa- 

raissait être le terme de notre voyage. ^^ 

PourTàrPreiflWr^wR depuis mdn ^'ëlSR^^RiièMj ^tiës^'raf'fsècurs des-^ 

Ils se rangèrent tous en cercle, ouvrirent un bissac, firent à tout le 

7,^^e»a ^fff f iïit?"ir»*(!« pswuTPif* w»» ^« 

chèvre; puis ils passèrent a chacun, moi exclus, une outre pleine de 
vin, â laquelle chacun donna uae Uague et tendre accolade. 

Comme je criais la soif, ils m'engagèrent ï chercher quelque ruis- 
4éi«l??.^?^é^c^^«HilA'Win;i%ikNM^ l^^eux 

^^M/flMgéfrdeH'ia KIÀ^ ft^)MaiJliUil»ilfi|M^tf «i'')^ «êt^s, â me 
sembla que, du côte du couchant?^4w¥^(z{r^MaMt dli '%i«ll, Je 
-a^ûi sS^âiiiM^AiAttAMM^lÉâP^ t«nâeF>mi re- 

aux renconlres'fffeftiteJff»"^*^^''^ î'^ •»««"''• '^ ''i*-'^; ^ 

< lGe(»mrfnM«9 <Antf«tAlrfcft^»éHlkMt él m^y''*' * '^ ^ ^ ' 

Mais, par saint Jacoues, elle est Éûre ! Ce né^MÉt<^ AlM* {paresseux 
^dlltafllé^l$^4«NlA•l(lM«lliK^fi^ M<}Mt|«m^f«MI pouvons 
ed(>imiAA»^ifn^q|t«9aiMhMr( M^ ^MUm ^ genêt. 
Vers minuit, rien ne nous empècherai#^ ^DrèttehW^tt ftWKlièfe, et de 
M^ffg IJgs • HBtiHmiR faM»^ M^M^d^gubèloiM^ptim êtfpâgnok ^ue 

* *» TMs'psnéièiA^MMfNPtiMiè éOtMî'L^^QtPè^M^înMIjMi^B^de main 
en main, ftiehéftfm Mil iM^^MsIil ufl0'iSMt#«f»)W prt^loMgé» ^kms les 

Tout-à-coup et au monMft'i(^H^'^|ttilf%âl€Wisàx«eill1v<|^ 
>^lér^së'céi«i<[1fet^<«^ fët^ld^ M^ i^esseiâbli^-aflBeK 4 uo 

Y^^e-pélètdfÀ^btéA n(ÂM)^^fift¥isMlir^Mu»lio«>brM^. 
Chacun aussitôt de lever les yeux en Tair. 

~"«*€fé«At»<^N*llfe<ltiiHrt«tol IpëdMle^^' •*'•> -^i» 

^^^ p«0l teWi »if ift stettf i^qul^^i 4^efkcmiAÊ ehese, datis 
/'l^mta9Mto,M«^MEMfr^4(WH^ deux 

gouttes d'eau, â quelque décoptiOféftue«Aiif«e,J<itf^/^ 0ia«<9/e. par 

9'ii M'^e<lioiè^itibU«%«4Mi«4\HMfettl6[ 
comparer i une espèce de puits. De tous les côtés , la crête de la 
mofllagiie iUiifaroie de soldat9«nié«^ doiit «ft^igfe% biûfer a» 



Digitized ; 



% 



i 



m 



L'OOYlUtlI. 



de liuM 168 casques et les bdennettes. Sur Tmiique sentier qui des- 
cendait en serpentant fers nous étaient étages dei douaniers, armés 
aussi. 
. Nos contrebandiers sautèrent sur leurs carabines. 

Mais la vue de leur petit nombre leur donnait peu de courage. 

Us étaient, je crois» tout disposés k se rendre i discrétion. 

Ils éprouvèrent donc une certaine satisfiiction, lorsque le lieutenant 
des douanes, agitant un mouchoir, fit signe qu*il avait des propositions 
à formuler. 

Le ehef des contrebandiers monta, tandis que le cbef des douaniers 
descendait Us se rencontrèrent I mi-côte. 

— Capitaine, dit k douanier, vous êtes pincé! C^endant, pour la 
première fois que je vous rencontre dans ces parages , je veux user 
de miséricorde. LaisseHnoî4l bien vite tout ce que vous avec d'eau- 
de-vie et de dentdles, et les draps de France qui sont dans vos sacs. 
Quittez aussi vos armes» poignards, pistolets, carabines, et allej^vous 
iaire arrêter aiOaurs. Cest â prendre ou è laisser. Vous voyes que 
nous sommes en nombre I 

— Nous cédons è la fortune, • dit le capitaine. 

Et, sur un signe qu'il fit è ses hommes, chacun de ae désarmer et 
de se dépouiller consdendettsement. Plusieurs, artificiellement obèses 
coDune le mulet, revinrent ainsi à leur maigreur naturdle. 

Quand, au milieu de la vallée, il y eut un véritable monceau d'armes 
et de marchandises, jils remirent le tout, le mulet compris, âun sons- 

oflicier des douanes, délégué pour prendre livraison de ces objets 

et, les uns après les antres, nos contrebandiers disparurent par le 
trou aux serpenta, heureux Moore, pwniieniHht d*en être quittes è 
si b<m compte. . ' 

( La êwU au proekmfmmàv.) bn. M lUnatRii. 



LE ftIUIB D'UN ]III1I0ۃR08. 



Frits qui était près de k porte Townit» a^ébâm» Ht taide teneur, 
se trofjmi poursuivi , veCinsa k perle denièfé lui , m*expoeant 
k une mort qui me pamtHpièvîtabk* 

Je ne via seul avec Fa^nml féMModans eelte pièce ilraiti. Le rhi- 
nocéros s'était élancé duoôlé de k porte. Qiand dk se refenpsa sur 
hii, il s'arrête un instwL le crus g^tt alkit l' anJincsr d'un eeuf de 
corne. Je l'espérais. Sa fureur ae détoumermt de moi. 

D'autre part, d'hnmenses malheurs étaknl è craindre si, forieuz, 
l'animal s'échappait 4anr k Jaidia dae Plantes* A eette hfmn, il y 
' avait peu de monde dans les gwn de a attéoft mail copandant des acci- 
dente étaient inévttphke. v>.f '^ 

Le rhinocéros s'arrête un testant demul kaflVeopkMhea qm for- 
maient k porto; il aspira Tair ava nnknee comme pour flairer ks 
' traces de oeki qui a'étsit enfoi. 

Puis je vk sa niasse énorme toursir kurdemeat mr eBe même. 
G'éteit vers moi qu'il allait ae diriger :k doute n'était point poosibk. 
. Je n'avak point d'anne. D'aiBeara, que pouvaient les armea sur cet 
épidémie que le coin analamique no pouvait pas entamer? 
*^ Mon premier mouvement fnt de me jeter veia ks fonêtres; elka 
étaient garnies de barreaux et d'un treiUaga. 

Les vitres de ces fenêtres étaient dépolies. Sans eette dkposition 
, une foule de curieux se ttt» an tout temps* arrêtée pour regar- 
der les dissections. 

Je brisai d'un coup de couda une des vitiea : ka mailka du tieii- 
li^e fines, serrées ,*en pariait étet t aoaaieat devaot maikur trame 
régulière. Mon regard piécipîlé pa r eous wt l'alléo fui a'étand devant le 
'Muséum. Il n'y avait aucun promeneur. 

La fuite précipitée de Frite avait-elk eflhiyé ks paisibles bourgeois 
que, tous ks matina, je reneontraia dans eelte allée en venant I 

« Voir la r da r(tesr#r dul» lÉfiter« 



travail f Avait-on été chercher du secours t 

U était évident pour moi que si le secours arrivait, il arriverait trop 
tard. 

La fuite m'étant fermée, k ktte était impossibk entre moi et le rhi- 
nocéros. 

L'animal debout, ks yeux allumés, k gueule démesurément béante, 
me regardait comme a'il eût compris que sa proie ne pouvait lui échap- 
per. 

Le bris du carreau k surprit. Aprèa qudques instante d^immdl^, 
il fit un pas vers moi. ' 

n n'y avait pas I hésiter. La porte était derrière mon ennenrf : fl 
fiiUait passer è cêté de lui si rapidement qu'il ne pAt m'atteindre! 

Gea animaux sont i^nformés de telk sorte qu'ils ne peuvent foire 
promptement volte foee. Ils manquent de souplesse sur un parefl 
mouvement. 

Je m'élançai vers le monstre; et, prenant toutes mes forces^ je pas- 
sai entre lui et k muraille. 

Une put se retourner, mak il ae pencha et un instant je crus que 
j'alkk être étouflé entre ka flancs dek bête etk mur. 

En passant devant k rhinocéros, j'avak scoti sur moi son haleine 
chaude, humide, et commek souflk de sa foreur allumée. 

Le mouvement hardi que j'aras accompli m'avait placé près de li 
porte. Je saiak k aerrure afin do l'ouvrir. 

Comment k chose s'était-eUe fidte? Je n'en sak rien; mak k porte 
était formée k dé. 

Je disds teujoura k Frite : c Quand vous sortes , fermes k porte â 
double tour, t La terreur lui avdt sana douto troublé k raison, et il 
avait suivi mon conseil dans cetto terrible circonstance. 

La porto fermée i dé, ma dernière espérance s'évanouissait. 

Je fis un eflbrt désespéré en appuyant Fépaule contre k porte (^ 
l'enfoncer. Les planches, frêks ooiatre l'attaque du rinnooénis, 
étdent plua fortes que moi. 

La porto réaiate. 

J'entendak derrière mm k |hinoeéros; je sentek qu'il s'était re- 
tourné, et que, trompé une première fok, iiae dkposait k fondre sur 
moi, et è me déd|irer. 

L'idée d'un dernier refoge me vint. La cramte d'une mort aussi 
horribk que cdk qui m'attendait éditait prodigieusement mon 
esprit 

La pièce liait aaaat grande , entourée d'annoirea di^MMéei k kng 
des mm. Au-dessus daa armoirea éteient rangés des squelMtea; une 
petite éehdk, dont ou ae aervaitpour atteindre ces olijets haut pkcés, 
était dreaaée dans nn eoin. 

Je pensa» que m je pouvak me hiaaer au-dessus des ces armoiies, 
è k ykoa^ squelettes, je douainerak nmn aauvage ennemi. 

Le ihinoeéros était au milieu de k pièces k petite écheHie aetrou- 
vdt pheéo dans un coin« non kin de k porte. L'ani^ud dardait sur 
moi un regard aUuiné par lea phs terribles foreuif. 

n bakn^ aon énorme tête : tout-â-eoup il pousn im frogne- 
ment sourd» rauque» prolongé» implacablement terribk. ouvrit ta 

Je m'éknçtt vera l'échelk. Mon redoutable adversaire se jete ea 
avant avec un élan fiirieux. 

ravak d^ gravi l'échelk » et je m*étak demi-mort accroupi »uU 
haut daa annoirea. 

Quand k rhinocéros me vit a n damna de lui , il jete un cri épou- 
vantabk et bondit aur lui-même comme pour m'atteindre. Sa masa^ 
énorme retomba tmpuiaaante. 

J'avak aaiai ka aquektiaset, ne sachant que foire, fonde terreur, 
je jelak â aaon ennemi tout ce que je trouvaia sons ma maia, viasol 
ses yeux, ie me serais cru sauvé d j'avak aveuglé mon ennemL 

Et puk j'eapérak qu'on alkit venir. Milk pensées dîveraea kt» tea** 
versaient l'eaprit. L'animd sembkit réfléchir. Je voyak fixée aur md 
aes deux giganticaquos regarda. 

n vint vers Tarmoiro où j'étda. Caa armoirea étdeni aiflifuAm af 
et mtemma par daa aranyosf d^ tec^ no pmmit hatmmm 

' Digitizedby Vor"OOÇl€ 



V Ott niER. 



Ultfi 



tnais de la corne il se mit à les démolir. 

Il seml^a d'aiiord trompé par son insUn^t* A« Ué« de firapper Védi- 
i.:e fragile de Tarmoire sur laquelle j*étais réfugié, il s^attaqua i Far- 
MMiire vQiaine. 

Bile éUit^pleine de cornues, d'alamlùca. de bocaux, de flacoas^ dé 
ôoles, de burettes, de matras, de creusets, de récipients et de 
baUpDS. 

n-fit Toler en éclats tous ces objets. Le bruit des serrée brisés l'ef- 
(^ un ipoment ; il reculade quelquu pas, Tcsil fixe. 

Je respirais. 

De moaenl co momeiit j^ me disais qu*0Q allait tenir. Je croyais 
foir, I traiers les litres brisées des fenêtres, accourir des hommes 
)a*appf»rtant du ^ficours. , 

Le rhinocéros, un moment interrompu^ reprit son œuvre de des* 
Irudioo. n s'attaqua à l'armoire jiur le haut de laquelle je m'étais 
(abU. 

U a^ll imH fhs d*es{Ȏrance. possible. 



Les planches crAquaient sous set eflTorts ; il poussait dliorribles grn 
fnements* Le frêle édifice sur lequdj'étaÎB réfuftié idUit s^éerouler. 
J*éUiis un homme perdu! 



Au moment où je fermais les yeux, me figurant d^â que jetombsifc 
sous les dents terribles de mon féroce ennemi / la porte s'ouf rit 

Deux bra?es gardiens , conduits par Enta et munie de cordée, te* 
naient pour s'emparer de la bête. 

Leur présence seule me sauvait. Le rhineoérw, enenlendttit du 
bruit , se retourna. 

Je ne saurais dire par quelle audace et iu prix de québ 
dangers , on parvint i s'emparer de l'animaà furieux. 

Depuis ce temps-là il y a au Jardin àfi$ Plantes un met qui uôun 
parmi les gardiens et les préparateurs attacl^ aux cabinets anatomi- 
ques. Quand on veut se prévenir de quelque danger • on ne manque 
pas de rappeler /• réunie au rhû^océfoê» CÔÊOèa JlW* 



L'ARGENTIER 



9 MAI 1450. 

Le beffroi a- 
vaitfait enten- 
dre d'heure éitf 
heure sestin--^ 
tements répé- 
tés. 

Par ordre 
d es gouver- 
neurs de la ci- 
té de Bëziers, 
les eecudiers, 
revêtus de leur 
grande livrée, 
avaient par- 
couru tous les 
bourgs, annon- 
çant à haute 
voix, à la po- 
pulation, qu'un 
conseil général 
allait ét^tenu 
dans le manoir 
communal. 

Consuls, con- 
aeUtere, gens 
du roi, nobles 
dn robe et d'é- 
pée» dignitaî- 
raderËgliae» 
toaa étaient 
pfévanus de 
cette grande 
réunion. Le 
populaire était 
nnani averti 
qu'il pouvait, 
debout» U tête 
nott» dlftOB le 
plus gmndr^ 
eseillement 
assiiter au dé? 
bat des ai&i- 
renfmbUquen. 




CHARLES VII 




\ f 



'»rl 




PPRTRAIT de MCQUE9 CffUB, éTnfrU rerlglnsl emej^é h VUm de ville de KrurjM, 



. Oe?ant le 
perron de la 
tour comnui- 
nale, leprécon 
oubérautati- 
1^1 parltrois 
lais de sa trpm- 



Digitized by 



pe, de( 
rauques et 
dur8.La8ëan« 
ce estouTorte. 
Les consuls 
sont sur leur 
eîége, les cin- 
quante-deux 
cooeeiliersoc- 
isupentle pour- 
tour de la salle, 
le clergé, les 
geas du roi, les 
robin8,lesno-»- 
blés d'épée 
prennent rang 
tniTunt l'an- 
cienneté de 
Isors aervieee. 
ou de leurs 
blasons, l^peu* 
pie, dans une 
attitude respec* 
tueuse, garnit 
le surplus de 
l'enceinte, mais 
on remarque, . 
4nn8 cette fou- 
le empressée, 
cette inquiète 
agitation que 
donnentlacu* 
riosité et l'at- 
tente. 

Jean deBa- 
dones, le grand 
' archidiacredu 
chapitre St« 

Google 



m 



t'OUtRlËft. 



Nazairet t'att signé et a tàiilê l«a atsûtants I alunir mentalement 
i TinToeation qu*il advease à TEsprit-Saint, pour loi demander de 
répandre ses lumières snrl^tesemblée. Un murmure religieux suit 
ses paroles, et comme une étii^celle électrique, la prière s'échappe 
>de toutes les lèvres , de tous les cœurs. 

Au mfiliea de la rue Trafersîère. qui aboutissait au portail des Mi- 
norettes, une maison dominait les édifices Toisins. Elle se frisait re- 
marquer par rélégance des eolonnettes qui garnissaient les myrs de 
la hfàdtf ^ k régularité de ses croisées toutes ditisées par des 
meneaux de pierre en quatre ou en six parties, selon le.goAt du temps. 
Des peintres étaient «ocnpés k décorer de dessins gracieux et d'ara- 
besques enjolif éesie pla(bnd du péristyle qui précédait la cour. Un si- 
gnal est ^nné, «t deux varlets précèdent lem* mettre. On s^acfaemine 
Ters la rue FVanehe^ on te dirige Tors la Maison commune* 

Snr son pourpoint bleu, garni d*un collet rabattu, de couleur rou- 
ge, le piremiertârlet portait, brodé sur la poitrine, un éeusson d'aïur, 
I la face d'or, chargée de trois coquilles de sable , accompagnées de 
Irms ccBurs de gueules, deux et un. 

^ L'autre tariet, dont la mise était la même, mais les couleurs in- 
^rsà, pfésèntait aux regards étonnés un autre éeusson doré , en- 
iMifé dé fléur^ de fruits, d'orangers et de plumes de diverses cou- 
leiiffÉ, sotttëmnt et traversant des cœurs avec cette devise : 

A VùillanU cœurs rien impossible l 

A trélslpu de distance marchait un homme, dont le costume était 
iMouissant. Ibe grande robe de soie bleu-d'azur lui enveloppait 
l0«tieix>rps. Son chaperon en laine blanche, façonné en turban, se 
temmiaktpir une calotte rouge ; deux bouts de laine Meue, en guise 
de h^iis, pendaient sur la tempe droite , et donnaient I cette coif- 
fure «no .aUnre tout-â-fait orientale. 

Un.eemail couleur de rose, tout brodé da cofoillaset de cœurs 
m dr,. ajoutait une splendeur de plus à la richesse du costume. 
Joignes : à -eela une taille élancée, des cheveux blonds et des yeux 
Mous. • 

Xet kûmuM marchait d'un pas assuré , et 
poffta^aivee aisance et fierté, sur l'épaule 
gauche, une arbalète, dont le bois était 
mt^H et le fer damasquiné. 
. La physioMinie de ce personnage , mal- 
'ffé.les signes. caractéristiques d'un tempé- 
nlneiit doux et tranquille, décelait cette 
espèM.pafticdpère de résolHtiœi qui, fruit Blason de Jacques Cœur 
de k méditalMn imposée par un grand de- 
voir , par unie' généreuse pensée, se met an service d'un grand 
Vfl^i h fom O i une vie dans un but unique , croît avec le corps et do- 
mim ii bien rindividu daiis son exîst^ce physique et morale , qu'A 
n*y â p^ un mauvement chez lui , pas uae idée dan» sa téie , dont 
elle nâ soît U principe. 





DertM dfl iacquei Coni^ 

On presse le pas, et le maître et le* deux varlats arrivent dans la 
fiste s^llé du conseil. Les escudiers les introduisent au pied de t'es- 
Iride constJaire - le silence se fait partout. 
,r Jean de Vssaérié, comme premier consul, invite Taudiloire au res- 
pect dû à rauforité communale , et s' adressant â rétranier, dont les 
habits somptueux frappenllons ks regards t 
^ Qnd tksseb t^aaèM dam cette eoeeioteif 



Après s'être déclnpepomié, après un salut grideu, l'étranger, 
avea une courtoisie avenante et noble, répondit: 

— Pèlerin studieux, j'ai visité bien des popuktions , et je dois me 
hâter ée dire que votre fertQe contrée m'a toujours agréaÙernsnt 
souri. Les souvenirs' da votre antique illustration ne sauraMat être 
plus brilknts. Votre ciel est pur, votre climat est sain. La popuktion 
de ce pays» toujours croissante^ lui aasnre les prelnierséléttMnts dek 
prospérité. Ses habitants, natar^ement vifs et spirituek, sont «dîli, 
laborieux, pleins d*ordre et d'intelligence. Parmi eux j'ai eu k b^ 
heur de distinguer des amk fidèles, des fertué modeates. des grlees 
touchantes , des âmes ékvées, des cœurs droits , sensibki et géoé-* 
reux. Je demande que vous m'accordiex k droit de eiié panui 
vous. , - - l 

i — Queikestti profesaioD? f 

— Commerçant. 

— Un.dépèt préakble est nécessaine avant que ta suppOlfue aeit 
accueiUie. fl faut que tu verses , à l'instant, trenU livres tournois, 
antre les mains de Pkrre ^Ulis, notaire et greffier de k liaison 
consulaire. Si ta demande est rejetée, cet argent ne te sera pu rendu, 
on le distribuera aux pauvres. 

— Docik â U parok, je vais satis&ire è cette prescription. 

Et l'étranger s'avança vers le greffier et lui remit un carré de pa- 
pier, dont les caractères n'avaient rien de manuscrit, à l'exce^on 
de k signature. 

Le greffier tourna et retourna ce lambeau de papier, et avec une 
émotion visible, s'écria : 

— C'est k première fois que je vok un tel prodige. Cet écrit iCé^ 
mane d'aucune nuùn. Quel est l'inconnu qui a simulé d'une manière 
si parTaite oeque les doigts de Thomme ont seuk k faculté de tracer? 
Ce doit être, sans doute, quelque démon qui aura exercé son génie 
infernal, et pauvre étranger, tu es dupe de cette ùscinatîon, de a 
sortilège. — Et pms que signifie un ordre de paiement adressé i'toas 
les tréaoriers de k Laiogue-d'Oc, sans distinction, de la part d'un pré- 
tendu grand-mattre des monnaies de France? Qui voudra de cet ordre 
inconnu , de cet objet si frêle, de cette valeur inusitée i les grands 
dignitaires du royaume ne font usage que du parchemin, et it confiant 
point â une feuiUe blanche, légère, sans consistance, ni leurs ordres, 
ni leurs écrits. Dans k Langue-d'Oc, ii nous faut des espèces sonnan- 
tes ; garde ta relique, i laquelle je n'ajoute aucune foi. 

— Greffier, tais-toi. Apprends â respecter k valeur de cet écrit 
qui p«rte k signature du grand-mattre des monnaies de France. 
C*estavec cette valeur que les troupes royales reçoivent leur solde dans 
la Langue-d'Oe. Puisqu'il te faut des espèces, mon escarcelle ne s'est 
jamab refusée i me prêter son aide : deux moutons d'or, trois karolos 
et six francs i cheval, voilé tes trente livres tournois. 

Quant aux carac- 
tères magiques et en- 
sorcelés que tu as ren- 
contrés sur k mandat 
de paiement du maître 
des monnaies, Faust, 
le disciple de Guten- 
berg, avait besoin de 
quelques écus d'or 
pour livrer è l'im- 
pression le livre où se trouvent inscrits les principes de toute sageMC, 
k Bible, je les lui ai fournU, et, par reconnaissance, il m'a iopprîmé 
les mandats de* l'bêtel ro|«l des Monnaies de Boui^eiB. GrejBer« 
courbe un front soumis devant cet art ingénieux qui va d^oifiler. iea 
acuités de tous les peuples» at/ hâter les progrès de k ci:viVaa- 
tion ! 

Ah I tu fais fi de ce lambeau de papier ! apprends que^ ffip^ A Tin- 
dustrie, les plus viles matières sont pourvues d'une inunense. utilité. 
Le chifibn , rebut de nos ménages, vient d'être transform|B em . leoille 
bknche et légère qui portera au bout du monde les ordres du 
nerca etka procédéa daa arts. DéjMaitailrt daa aaacafliaMi 



^:. 







Fac^sinile de k signature de Jacques Coeur. 



nsT 



trouTmwn. 



^nou» InniOMltra Teipérienca des siécUs* elle oonser- 
^MftkililretitoiMM propiiélés; nous lui confieront, détormait» les. 
pins noUiae epoune les pins doux sentiments dn eamr; elle sméUe-- 
vers le «^ de t^ute la race humaine. 

Pa^on, honorais premier consul , de cet incident; j'ai fourni la 
pfVrlsîen que tu m'as demandéci j-attends tes ordres. 
• «--LVétran^er ffi lienjt bluter dfuis nos mues, dit § ravemeni 4ean 
4eVa4$érié» en ipeprenafit la parole « doit juatifier de ses moyens 
d'^existence, QueHe est ta réponse i cette question? 

-—Si je ¥oulaîi énumérer ma position de ibrtune, mon récit serait 
va peu Ipng» niais je tcux être bret 

y^ profité du moment où la fermentation dn géme commençait â 
ressusciter les aris pour construire mon hôtel i Bouif es , ma Tille 
satale. J*ai voulu que Tarchitecture française dominât les goûts des 
nations, les 4ges des arts et se créât un caractère d^tinctif en prenant 
des édifices antiques la régularité, et des édifices modernes la har- 
diesse* 1 ' ■ 

Je possède la seigneurie de Saint^Fargean» les baronnies de Goucj 
^ df Ferreuse, la terre et la seigneurie de Lamotte, celle de Boissy 
«4 It^JQoitié di9 d^lle de Roanne et de Saint^Haon. 

J'ai fait construire à Montpellier la maison de la Loge. 

A Marseille, r{iôtçl-Mle-ViUe a été bâti de mes denien» ainsi qn*i 
Beaui^. 

A I^on, \*ù cinq hôtels. Je suis propriétaire des minée de GhifiQioe, 
de Sain^-jPierre-Ja^Palnd, et des mines d'argent de Pomparlieu. Afin 
da.^xipi^r i tous con^ien je tiens à cosur de devenir citoyen de Bé« 
mers, j'ai acquis l'hôtel de Jean de Sorgues , que je fais maintenant 
rej^tanrer, ^ 

J*ai bien encore de côté et d'autre quelques domaines , mais cette 
nomenclature est inutile. Vos eipgences communales doivent être, je 
crois, satisfaites* 

— Tés £^ain8 commerciaux ont eu une croissance bien eitraordi- 
Baire pour te permettre d'acquérir des propriétés aussi immenses. 
f ai hâte de savoir si tu es juif, s*écria Jean de Badones , le grand- 
arsbWacre. Tu sais que cçtte race impie et usurière £ût comme la 
sanpne qm se gorge de la substance d'autrui. 

— : Rassurez-vous, honorable archidiacre, je suis chrétien. Mon fils 
afaié est archev^^ i Bourges, primat, métropolitain, et patriarche. 

— A Dieu M^ plaise, reprit Pierre de Ginestet, capitaine de cent 
lances, que nous n^ajoutions pas foi i ta parole si vive, si franche, 
mais nous remplissons un devoir, et ton esprit élevé fera la port de 
tout ce qu'A y a de scn^tataurdans nos investigations. Dis-moi, es-tu 
dé race' noble et séculaire? 

— Je dois à la vérité de dire ijne je suis extrait de petite gé- 
nération. Mon excdlent père éuit orfèvre é Bourges, et travaillait sur 
le fin. 

— D'où vient , alors , la source de tes richesses? répartit Bernard 
de Luc, docteur en droit. 

— Vn peu de courage, un peu d'aptitude , un peu de capacité, et 
beaucoup de suenns , TofitI là source des biens que f ai amassés. Des 
spéculaiions aussi heureuses qu'habiles m'ont procuré quelques ri- 
chesses dont j'ai aidé *, non-seulement de grands et hauts personna- 
ges, mais encore notre glorieux souverain, seigneur et maitro, le roi 
Charles, sefl^^e 4u p<|m| 4 qui Iteiu conserve lengue vie» Il a eu la 
boBlé de recevoir de moi les fonds nécessaires pour la conquête de la 
Normandie. J'ai aussi trente-deux galères â mon service, montées par 
éBB^m&4e guerre et, deiieMp, i ma aoMé, qui croisent dans k Mé- 
ditMiàé^^ 

—-Ce n'est pu to«t« teprit a«siâ le viguierdu roi, tes antécédents 
80«t4onorables^ safs.doute^iiouaraimonrile croire; mais qui pour- 
rais-tu présenter pour caution de tous tes actes pendant un an, dans 
h cHéf • - , '^ • • ' ■ . 

j^ jgîimei du- lei, i()p Ibnstions te mettront i même de bien juger 
du miérite de la caution que je vais le présenter. C'est celui-li même 

dont tu es le délégué , le roi Charles. Oui, le roi Tiens, lis cette 

charte, et tu verras qu^ je suis Tambassadeur , le représentant, le 



négociateur de notro souverain mettre, aupvèa des tta^da laLangiM- 
d'Oc. Je suis, dej^us, grand-gouverneur des Monnaies de France; 
j'occupe un poste qui exige une confiance illimitée , je .suis, et je: 
m'en fi^s honneur, argentier du roi. 

—-Ta parole est prompte, ta répartie est vive; mais> dis-moi> s'é-.. 
cria Moisuc de Villeneuve, le juge-mage , ton lanpge s'accorde pfdu 
avec le luxe que tu étales. Tu nous assures que tu viens de baase, 
lignée, et pourtant , tes varlets se font parade d'un écusson am^oriéi 
tçut riesplendissant d'or et de soie. Explique-nous ce ipystère. • . 

'— Trèsovolontiers, seignepr juge ; mon nuttre, le roi Cbarites» sen- 
tent de mes services, a voulu me déroturor. J'aileng^ps copbattu 
ce caprice royal. Mais un jour, je fus appelé pour d^riser "sur les 
intérêts du royaume , avec le gracieux monarque. Il était en p^ioft 
pour solder ses troupes » et pour obtenir des subsides, indispensables 
i la milice. Habitué aux calculs du négoce, je lui procurai les nn^yena 
de réaliser ce qu'il souhaitait avec tant d'ardeur. 

En France, il y a dix-sept cent mille clochers, en prenant chaque^ 
ville pour un clocher, d'oà il fallait distraire sept cent mille pour>cepix 
hors d'état de payer subvention , restait un million de qlochers; En 
prenant sur chaque docher, le fort portant, le fiidble, vingt livr^sii tour- 
nois pour toutes aides, tailles, impositions et huitièmes, ceb.devisil 
produire par chacun an, vingt millions nécessairea pour satisIpÂrf â 
toutes ses dépenses. 

Rari de cette idée , il voulut me gratifier d'nn écusfon.armoriét j& 
baisai la main de mon maître , mais je mit une condition ji sa baut^ 
fiiveur, afin que l'ofi ne pût se, méprendre sur nuvn o|MCttro origine; 
je voulus que mes armoiries fussent contraires aux rè^es du blason. 
Tu vois, en efiet, noble juge, qu'elles portent couleur sur couleur, ce 
qui est une hérésie dans l'art héraldique, où il est de prin^pe de ne 
mettre que couleur sur métal ou métal sur couleur. 

Le promier consul reprit la parole, et s'adresaant â l'étranger, il 
luidit: _ , 

— Ton esprit subtil a répondu aux questions d'usage. Je n'en fais 
plus qu'une. Tu es aussi riche que Jacques Cœur; tu as comme lui 
de grands biens, comme lui tu es h<Nierabli (irien ne met obstacle I ce 
que tu participes aux droits de la cité. Ton nom ? 

— Tu viens de le prononcer, dît Jacques Gèsnr ^ Isar c^élsdl' Md- 
même, et relevant avec md»lesse sa belle fêté, îl^ demianda mee grâce 
qu'on abrégeât le cérémonial de la réception. 

Le consul mit |iàx voix l*adBRS8ion du ^éeipiendiir#. Ote inoimense 
acclamation rotealit dans la saNe. Le livre saoramentéire fM apporté, 
Jacques Coénr toucha de sa main droite lea sékils Évangiles, promit 
et jura d'être fidèle â tout jamaît avx privfléges, firancbises et inmra- 
nités de la ville de Béziers. Un escudier prit l'arbalèle apportée par 
Jacques Ccsur et la fit bénir par le grand-archidiaero. Le nouveau 
citoyen s'approcha de l'estrade consulairo, et reçut de Jean de Vassérié 
l'accolade cirique. . ! \ ' J 

Les esçudiers, en corps, s'emparèrent ensuite de Jacques Cœur et 
allèrent le présenter i la noblesse, aux gens du roi, aux gens d'ar- 
mesv auEx hommes de loi et aux syndics des corpotsftiona ouvrières. 
A chaque présentation les étreintes furent vives, et ehaqne fois l'ai^ 
ditoire cria : Noël ! Noël ! 

{ La fm au proeham numéro i) ; L. Domàiaon» 

Membre de plusieurs Sociétés savaniea^, 



VARIÉTÉS. 



UN HOMME CONSCIKNCIEVX. 

Il y avait dans les deux oités de Palestrine et de GaMieaao devx 
^milles rivales et deux? s<âf^M«rr qui ne se peuvaieni pas souffrir. 
C'éUient les Cirulli et les Serra d'Ognano. Le comte GindK fit 
appetor un spadassin nqiadiié Domeoieo Marto» et M pr«poaa 600 
sequins s'il vouhdt asaassmer le mardis d'Ofoano. Le Âgne heame 
s'en chargea, nuis il demanda dn tMupe» pnree qi'fl avait su ^ le 



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rouvttiËR. 



9iarqiiÎ0 se teiMÎt sur set gardes. 

Denx jours après, eelui-*ci fit appeler Domenîeo Marto dans tin lieu 
très-solitaire et très-èeartè. c Mon ami ; lui dit-il; Yoici une bourse 
de 500 sequins, à Teffigie de saint Marc de Venise ; elle est à vous ; 
mais prometteMDoi de poignarder GirulU/i 

Domèoieo prit la bourse, et réjpondil : « Seigneur marquis, je vous 
donne ma parole d*honneur de tuer donTabio Girulli, n'importe ayec 
quoi ni comment, mais il faut que je tous dise une chose, c'est que je 
lui atais déjà donné ma parole de faire moilrir Votre Excellence. • 

Le marquis lui répondit en souriant : f J'espère que tous n'en fe- 
rei rien désormais? • 
, . Maïs Marto hti répliqua sérieusement : • Pardonnez-moi, Excellence, 
je l'ai promis, et je Tais m'en acquitter sur-le-champ. * 

Le marquis d'Ognsno Todut tirer son épée, mais Marto prit un 
pistolet â sat ceinture , et fit sauter la cerfelle au marquis ; ensuite il 
se rendit che£ M. le comte auquel il annonça que son ennemi n'exis- 
tait plué. 

Cet honorable gentilhomme en fut bien aise; il embrassa Marto 
sur les deux joues, il lui fit boire de son tin de Syracuse de la meil- 
leure année ; il lui fît donner une superbe lame en acier de Damas, et 
Ônalement il acquitta son obligation des 500 sequins. 

Domenieo alors sa prit k lui dire, avec un air un peu conAis, que 
le marquis d'Ognino lui avait également promis, pour l'assassiner, 500 
aequins , qu'il lui afait payés vwèX de mourir. Le Girulli dit an spa- 
dassin qu'il était charmé d'avoir prévenu son ennemi. 

— i Beipeur comte, lui répbqua cet homme de conscience, cela 
ne vous servira de rien, car j'avais donné ma parole d'honneur. • 

Et, ce disant, il applique â CîruUi deUx coups de stylet qui lui per^ 
cent le eceur. Les domestiquei du comte étaient accourus an cri qu'il 
avait jeté en tombant ; mais Marto se débarrassa d'eux à coups de poi. 
g isrd «t s'enfuit dans h montagne, oii tous les brigands d'Italie vin. 
reot iê raUier autour de lui, ( Souvenirs de Jf»« de Créquy. ) 



UN SERYICS. 

Auguste avait besoin d'argent ; il va trouver un camarade. . . 
^ Ëroiite. lui dit-il, François, ne poumts-ttt pas me rendre un 
service T , . 

— Un service, mon amit dis donc deux, si c'est possible. 

— Eh bien ! François, liens, préte-moi SOO fr. 

— 360 fr Peste! sais-tu bien que tu n'es pas gêné ! 

— Gomment , pas gêné? Hais si je n'étais pas gêné , je ne te les 
demanderais pas ' 



TRAIT D'HÉROÏSHE. 



Tout le monde connaît de réputation les béguinages de Belgique 
fondés depuis le onzième siècle : parler d'une béjguine é Gand ou i 
Anven » c'est parler d'une soeur grise i Paris. Mais peu savent que , 
' dans une petite ville du Languedoc, i Gtttelnaudary, sous -préfecture 
de l'Aude , un vénérable prêtre, appartenant â une ancienne et noble 
IkmiUe du pays , a voulu introduire en France cet ordre respectable , 
iÎQ aux personnes qui, désireuses de se séparer du monde, n'ont 
ni asseï de santé pour entrer dans un ordre austère, ni assez d'instrue- 
Uon pour entrer dans un ordre enseignant. La nièce de M. l'abbé de 
Soubtran , décidée depuis Tenfance à so donner i Dieu , se mit i la 
tèXe de cette bonne (Euvre il y a huit ans; aujourd'hui vingt-deux sœurs 
composent la petite communauté, où tout semblait prospérer lorsqu\m 
horrible incendie est venu détruire le fruit de tant de peines, dé priva- 
tions et de patience. 

Outre les reliai éuscs , quinse jeunes enfants composant la Préser- 
talion qu elles dirigent ont été sauvées par le eourageux dévouement 
de k jtnne sœur Aieiandrine (Marie-Yvonne Leluel, d'Elven, Morbi- 



han). Réveillée en sursaut par les cris de ses ebttpigiies logées A 
réta^ inférieur, et qui ne pouvaient aller i elle ; Vesealier était en- 
vahi, sœur Alexandrine révéiQe à son tour les ettfimts, les eounène I 
travers un plancher qui s'effondre sous ses pas , se met i genoux sur 
une petite croisée où la fiimée la suffoque et rend encore plus noires 
les ténèbres qui l'entourent; elle fait passer les enffints eeîdlées I ses 
soins dans un galetas qui brûlait déjà d'un cAté. Là , peint d'autre 
issue qu'un trou qui s'est déjà formé sur le toit et pas (le Doyea 4y 
parvenir. Une des plus grandes filles est hissée snr les épades de U 
sœur, puis sur sa tète, et gagne ainsi le toit; ne» compagnes lui urri. 
vent une i une par le même chemin ; mais la sœur n'a personne pour 
l'aider, elle : t Sauvez-vous, mes enfonts, je mourrai seule ici. • 

— Non \ non ! crient les pauvres petites, et lès plus âgées, se pen* 
chant autant que possible par le trou, saisissent sa main, et après des 
efforts inouïs de part et d'Mre aniènènt leur jeune mallressè au 
dehors. 

Hélas! le péril est plus grand encore en cet endroit; la ftmiêe lee 
aveugle â droite , les fiammes les empêchent presque de gagner la 
gauche. Une eùfant de sept ans s'écrie : Je ne veux pas mourir bdk- 
lée I et elle s'élance dans l'espace. Dans cette ehvte de dix i 
moins , elle ne se fait aUcun mal ! 

Les petites filles crient â fendre le cœur ; les mères de < 
unes d'entre elles répondent i leurs angoisses par leor désespoir; en- 
fin une échelle paraît. La jeune et courageuse sœur fait passer une 
enfknt à l'homme qui a pu arriver jusqu'i elles; mais, 6 terreart 
FéchéHe casse par le milieu, et le sauveur el son fitrdean nNsleat 
ensemble. 

Dix minutes iftrribles s'écoulent encore , le fea augmente , lee m^ 
fants ne crient plus, elles prient. 

-- n faut mourir avec courage et fidre son acte de contrition » di- 
sait la sœur; mais au fond de l'âme, racontait-'elle |dus tard, je pen- 
sais : Dieu nous secourra, ne lùt-ce qù'i la dernière minute. 

Dieu veille sur el)es , en effet. Une seconde échelle est apportée; 
elle est trop courte ! Quatre hommes la soutiennent, la jeune, sœur 
fait'^passer une â une les quatorze enfants; les grandes refusent de se 
laisser sauver avant les plus petites ; le f<^u gagne toujonn. Les pieds 
de sœur Alexandrine ne savent plus où se pos0r sur le toit embrasé. 
Ses enfants sont en sûreté : die songe adors qu^elle n'a rien sur elle 
qu'iin petit jupon. Sa pudeur hésite à descendre snr l'échelle libéra- 
trice. 

— Pressez-vous , lui dit-on* 

— Serrez mes vêtements , au nom de Dieul répond - elle » et elle 
s'abandonne en fermant les yetox. 

— Êtes- vous la dernière? dit le sauveur. 

— Oui. 

— Oh ! alors laissez-moi vous toucher la main! 
Sœur Alexandrine n'a que vingt-trois ans. 

(Le Foyer Breton.) 



SORT, DE PRESSE. 

LES PROPHÈTES 

ou 

LES POÈTES HÉBREUX, 

traduction d'après l'hébreu , 

PAR M. MALLET DE CHILLT. 

/ volume de près de 800 pages. — Prix : 6 

Ches Ch. nériot, éditeur, 56, quai dea 
à Paria. 

Angers , imp. de Laine frères, me Saînt'JiM^ >. 

^ DigitizedbyVnOOÇlC 



52rzu.(io 



«•42. 



16 février 1802. 



L'OUVRIER 

Jaarnal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



A0MINI8TRATION : 

8, quai des Grands-Augiiftiiiii 

i U libnûzie de BLÉBIOT, 

▲ PARIS. 



SOMMAIRE. 

LES AVENTURES D'UN BERGER, par Eugène de M«m0i>ii. — 
L'ARGENTIER DE CHARLES VU, par U Domairon. — DÉSASTRES 
DES MINES DE LALLE . par M. Beooisl d'Azr. 



ABONNSKSNTS D'UN AN 

IrMtirlil^'itikammt: 

ftiàmm .0 » 

Bmora, Éerra, Rotns'lun, Tm- 
evn 9* AiB. ••• ••••Os» 

ÉTAi»-Un»ML*A«âua«iMNom». . 7 «» 
GOMIRH n AOTBM Mt* »*9vnB-iin. S 60 



LES AVENTURES D UN BERGER\ 



CHAPFPPB V. 

I krAéleiDy Unbe de h 
pck à frire dans le fe«. 

Pendant tonte 
et te négociation, je 
fêtais tenu coi» ëga- 
nenf oublié par 
I Tainquenra et les 
HDcas. Blotti dans 
B creox de rocher, 
t désirais avant tout 
i£er partir les con< 
'ebandiera, ayant 
idée que si je par- 
is trop tôt, 088 m^ 
îaniea fens ponr^ 
Mnt bien me rëcla- 
ler p&nr un des 
ors ; en retourmiBi 
m la montagne 
eoe. ils ne manque- 
iknt pas de s'as- 
trer de ma dis<- 
rétion^ en m'en 
)yant étudier de 
r^ la configuration 
itéricure d'un de 
s précipices qui 
riraient tant ef~ 
lyé, quelques heures 
iparavant. 

Lors donc qu'il se 
i écoulé un temps 
oral depuis le dé- 
irt du dernier cou- 
re bandi er, et pcn* 
mt que, descendus 
108 la Tallée, douan- 
iers et soldats fai« 
tient le récolement 
» objets saisis, je 
l'écriai lout-i*C'.»up 
une Toiz lamenta- 
e : 




Juan , laniommé le Beau, déguisé en muletier, regagne la caverne des voleurs , en suivant la grande route 

de la Bontagne. 



— Mes bons messieurs de la douane, je vous en prie , ayei( pitié de 
I V«r lea a- de VOuvHar des 18 et 25 janvier etides 4« tt 8 février. 



moL Rendea-moi à ma mère, i mon onde, A mes moutons, à ma 
chére montagne bleue. Hëias ! vous ne pourrez pas me rendre Sélini 
que ces misérables ont assassiné !» 
Pendant que je f arlais, j'étais encore eaché par l'ombre du rocher 

à côté duquel mon 
ami le mulet se re- 
poeait des fatigues 
et des terreurs ^ du 
trou aoz serpents, 
en broutant avec dé- 
lices rberbe fine et 
parfumée. Ma voix 
semblait vraiment sor- 
tir du ventre de l'a- 
nimal. 

— Tiens ! la bour- 
rique qui porté, s'é- 
cria celui qui était 
toujours i mes yeux 
un lieutenant de 
douanes* 

— Erreur, c a p i - 
taine, répondit le 
sergent. Jetions la 
bourrique par les o- 
reilles. C'est un bour- 
Viquet* n 

Et, de fait, je com- 
parus au milieu de 
l'assemblée, les o- 
reillcs toutes çougos 
du rude contact de 
M. le sergent, dont 
les mains ressem- 
blaient à un étau des 
mieux conditionnés. 

On ne peut plus 
surpris d'être ainsi 
traité par les repré- 
sentants de la force 
publique, je crus 
qu'ils me prenaient 
pour de la graine de 
contrebandier et qu'ils 
avaieut horreur de 
mon association 
précoce avec ces T^al 
faiteurs. 

— Bons messieurs, 
repris-je, ne me 

confondez pas les brigands que vous avez ai habilement surpri|B. s 

Ayant de raconter comment j'étais tombé entre les mains des con- 

trebandien, notre^longue traversée du trcm aux serpents^ la joie que 



33c 



L'OUVRIER. 



j'aTiis éfTOiLvëB en apereevint mes Hbérateuri et k juste esp&rtnce 
que je conce¥ais qu'ils if oud raient bien me rernattre à leur» ccmfrères 
du premier poste de douine^ franç^ftes qu'ils reucontreraient. Ceux- 
ci me Teraient facilement reconduire ila monlague bleue, en prenant 
^juelque détour. Car d'j retourner par le trou aux serpents, je n'ose- 
rais, de peur de h fatigue» du dauger^ dû peur surtout d*y rencontrer 
mes ennemis. 

PendanI que je parlais, le capît.iine m'écoutiit d'un air plaisamment 
aérieui, hochant la téta de temps à autre en signe d'approbation, 
même le^anl les yeux au ciel et mettant sa majn sur son cœur dans 
]e« endroits les plus pathétiques. 

Quand J'eus achevé _ 

— BrâTO I dit-il, Tenfant est orateur. S» jamais nous avons besoin 
de faire plaider notre c^use auprès de quelques alguazils encore no- 
vices» ou défaut un alcade un peu cassandre, cet hmoceAt nous pour- 
ra sertir. 

— Seigneur berger , ajouta-t-il en se tournant vers moi, je n'ai 
^*un reproche i fous faire : c'est de nous avoir pris pour des doua- 
niers et des carabiniers, pour de vils suppôts du fisc... Et cependjint 
admire, jeune pastoureau , la magnanimité de don Guzman et de sa 
troupe i nous t'adoptons pour un des uôtres. Désormais, tu n'as pbis 
h te préoccuper de ton sort. Les diJi francs que t'accordait par mois la 
muaiScence de ton onde Jérdme » c'est à peine ce que tu gagneras 
par jour avec nous, au moins trois ou quatre foie la semame. 

As-tu compris maintenant que nous ne sommea pas de mbérables 
douaniers? Notre ? ocalion est plus haute 

Tu sajfi combien de bourgeois, de marchands, de grands seigneurs 
Tfif ent d^usurea, de larronag es secrets ou de rapines ouvertes. L'argent 
mal acquis , ou simplenient celui dont on abuse pour satis&ire tes 
passions, c*esl 11 une des sources les plus abondantes de la perdition 
des âmes, t 

Je me demandais ou en voulait venir cet nomme, qui, avec toutes 
les apparences d'un comédien, parlait comme un prédicateur. Il con- 
tinua : 

— Nous nous sommes donc voués , mes amis et moi, à la noble 
miision de débarrasser noire prochain de ce funeste argent. Quand 
wous savons pir nos rapports de police, — car nous avons une police 
a nous; et TÉLat voudrait bien que la sienne, fftl aussi intrépide et 
aussi rusée, — quand donc nouB savons quel est le coffre-fort ou quel 
est le tronc d'arbre creux où ce vieux fou de Crésus cache sa gre^ 
n&uiUe, nous noua empresse ni d'étudier la question de près et de 
remplacer les espèces du honhomme par des noyaux de pêches ; ce 
qui sugf ère au même bonhomme de salutaires réflexions sur la fragi- 
lité des choses humaines. Ce voyageur qui tHale sur les routes un faste 
insolent , et qui se rend i la cour en un équipage quasi princier, nous 
rattendons au coin d'un bois, et nous le renvoyons dans son village, 
nu comme un petit saint Jean... juste punition des opérations pas- 
sablement louches au moyen desquelles monsieur son père s'est en- 
richi. Vous aveE vu tout à Theure comment nous en usons envers ces 
miâérables contrebandiers qui ne rougissent pas de violer les lois de 
leur pays et de faire à T indu strie nationale une déloyale concurrence. 

— N'ee-tu ps heureux « petit garçon , d'appartenir désormais à 
riUuitre c<»mpagnie des chevaliers fléaux de Dieu et délégués de la 
Providence! 

— Mais vous êtes des voleurs t m'écriai-je plem d'effiroi et d'indi- 
gnation. 

— Tu Tas dît, répondit le chef, ou du moins c^est ainsi que nous 
appellent les préjugés de la foule. Tu vois en moi don Guunan, le ca- 
pitaine de Tune des handes les plus redoutées de toute la Galice. Touis 
ceux-ci, et ceux que tu as pris pour des douaniers, et ceux qui ont 
si bien joué le rdle de soldats, sont mes camarades. Tu ne pouvais 
tomber en meilleure compagnie. 

D'ailleurs, je ne fais pas de difTiculté de reconnaître que tu me parais 
un sujet d'élite. Tu es fort, souple et mince , chose précieuse pour 
certaines opérations délicates. Tu es jeune et tu parais honnête; on 
te donnerait, comme on dit^ le bon Dieu sans cunfeasion. Ton air can- 
dide et ton éloquence naturelle peuvent nous rendre de grands ser- 



vices à l'ooeaMon. £oAn , que veux-tu? |ur mon benneor, tu m*ini« 
pires un vif intérêt. Je te nomme d'emblée , et sans suntumérariat, 
mon secrétaire intime et mon espion de confiance. • 

J'étais indigné, et je déclarai tuutement que, dussé-je en mourir, 
jamais ils ne feraient de moi le complice de leurs coupables actions. 
' — Palati, patata, dit le seigneur Guzman, en me coupent la parole 
Propos de débutant! L'apprenti houcher, aussi, a horreur de fnei 
un hœuf ; l'apprenti cuisinier est tout près de se trouver mal, quand 
il voit écorcher une anguille, saigner un pigeon, écailler une carpe, 

jeter dans l'eau bouillante un homard vivant On se fait i (ont. 

Dans six mois tu m'en diras des nouvelles. Alors ta montagne bleue, 
et tes chèvres, et tes moutons, et toute cette vie moutonnière que tu 
menais li-haut te donneront des nausées, rien que d*y penser. • 

Je me tus, bien résolu, quoi qu'il advint, à n'être jamais que la vic- 
time et point Tassocié de ces misérables. 

Les voleurs s'installèrent pour dormir dans tes cabanes de bran- 
chages préparées pour les contrebandiers. Don Guzman m'indiqua uu 
doigt un coin de la sienne où il y avait un peu de fougère sèche. Je 
m'y couchai de grand cœur, et je m'endormis en médiat U b.el)e 
parole du Sauveur : f Bienheureux ceux oui souflGreiit perséctttioB 
f pour la justice 1 1 

CHAPITRE VI. 
La caYeme des Yolenrs et le finère dnisiAier. ■' ■ ■ ■ 

— La caverne des voleurs 1 me direz-vous. Mais pour qui noito pre- 
nez-vous , de nous conter de semblables calembredàûies? Ces caver- 
nes-là n'existent que dans les livres. Passe encore pour GU Bios on 
les Mille et une Nuits. Mais vous qui avez la prétention d'écrire la 
véridique histoire de votre vie, dites-nous donc des choses un peu 
plus vraisemblables. 

— Cher lecteur, permettez-moi de vous rappeler un vers qui n'est 
pas nouveau , mais qui n'en est pas moins plein de sagesse : 

Le vrai peut quelquefuis n*étre pas vraisemblable. 

J'étais comme vous , d'ailleurs , avant le commencement de mes 
aventures. Tandis que je gardais paisiblement mea chèvres sur la 
montagne bleue, je ne croyais guère plus aux cavernes de voleurs 
qu'aux bottes de sept lieues du petit Poucet. 

Maintenant, il me semble que rien n'est plus simple. J'ai w, depois, 
tant de choses plus extraordinaires 

Donc, le lendemain de ce jour si fertile en incidents et qu^ je vous 
ai raconté dans les précédents chapitres, le soleil se levait i peine que 
don Guzman donnait le signal du départ. 

Les voleurs , comme les contrebandiers , comme tous ceux qui vi- 
vent de fraude et qui ont intérêt à cacher leurs démarches sont, 
faut en convenir, des gens bien ingénieux et qui emploient à faire h 
mal une habileté avec laquelle il semble qu'il leur serait facile d * 
gagner leur vie et même de s'enrichir honnêtement 

Le trou aux serpents était une route royale de première classe 
comptée aux sentiers impossibles par lesquels nous cheminâmee tbu n 
la journée, tellement impossibles, tellement semblables au « paia • 
d'un jeune lapin, • tellement étroits et tellement sinueux, telleme * 
pierreux et tellement glissants , tellement cachés dans les entrailles n" 
la montagne et tellement sombres en plein midi , qu'au premier m» 
ment nos hommes parurent embarrassés du mulet 

Il n'y avait pas à songer à faire passer la bête par ce trou d'aiguiT ^ 
L'abandonner pourtant eût été grand dommage. Outre la valeur ù 
l'animal, un mulet de contrebandiers , ayant bon pied , bon cbîI ^ • 
craignant ni la fatigue ni les chemins difficiles , fuyant dlinstinct g( 
darmes et douaniers, c'était li une richesse précieuse pour les dé 
gués de la Providence 

Us tirèrent donc de leurs sacoches un costume complet de vtki'^t- 
lier, «I en revêtirent un des leurs , Juan , surnommé k Beau par ou 
ses camarades. 

Juan s'en alla regagner le gîtei^ommun, par une route plus lotifu» 
mais plus humaine , poussant devant lui sa moniurei en faisant f n- 



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L'OUVrtïER. 



33f 



per les grelots , se daudinajil tantôt sur une jambe , tantôt sur une 
^"Mre , échangeant at ec les passants miHe propos joyeux , ni plus ni 

moiiis que s'il f&t né muletier de Gastille ou d'Andalousie. 
Pendant que noua nous enfoncions de plus belle dans nos sentiers 
L dfttiape, nous entendions Juan qui, pour compléter son personnage, 
Btkaatait à tue-téte et arec accompagnement de castagnettes , un vieil 
pair national. 

Nous marchâmes, ou plutôt noua rampâmes, nous grimpâmes, nous 
LM«8 hissâmes , nous nous laissâmes choir , nous nous aplatîmes , et 
mb» dirai-je de plus? nous adoptâmes une méthode de locomotion 
Hui tenait, à la fois ou successivement, du limaçon, du serpent, et du 
{rllret, ^ le tout, grand Dieu ! jusqu'au coucher du soleil. 

Alors nous fimes halte dans une petite vallée assez semblable à celle 
Lgà Is #eille j'avais changé de maîtres. Après une bonne réfection , 
lltoas dormfmes quelques heures. Au coup de minuit, —> ceci n'est pas 
Hue métaphore : minuit sonna effectivement dans le gousset du sei- 
gneur Guzman qui ne se refbsàit rien , et avait sur lui jusqu'à un ré- 

veille-iDatiu, — au coup cle minuit donc, nous étions de nouveau sur 

pieds. 
Le terrain avait changé. Au lieu de nous traîner péniblement le 

long des précipices, nous cheminions en rase campagne. Sur un ordre 

du chef, nous primes tous le pas de course. Certainement nous faisions 

près de trois lieues â l'heure. 
A quatre^ heures du matin , nous arrivions sûr la lisière d'un bois, 

que nous longeâmes la valeur de deux portées de fusil. 

Tottt^-ooup on s'arrête. Quelques broussailles sont éeartées , et â 
travers une ouverture un peu plus large que le terrier d'un renard, 
nous nous glissons les uns après les autres dans un étroit sou- 
terrain. 

Au bout de huit à dix minutes, le souterrain s'élargit Nous 

avons repris encore une fois la position verticale et nous avançons i 
travers de longues galeries. 

Des lampes accrochées au mur, de distance en distance, éclairaient 
notre marche. 

Bientôt nous débouchâmes dans une salle immense qui aurait faci- 
lement contenu cinq à six cents personnes. 

Une table était dressée au milieu. Aux deux extrémités un feu clair 
de sarments brûlait dans deux cheminées, surmontées de glaces et 

d'armes de toute espèce. Des lustres pendaient du plafond Je 

croyais rôver. 

Don Guzman jouissait de ma stupéfaction, tl espérait me fasciner et 
que de l'admiration je passerais bientôt i la sympathie. 11 se trompait 
terriblement. 

Sans doute j'étais étonné de tout ce que je voyais, et je ne pouvais 
m'empêeher d'admirer le splendide aménagement de messieurs les 
voleurs. Mais le fond de ma pensée, c'était une grande pitié pour les 
pauvres gens qui lâisaient ainsi litière des commandements de Dieu 
et du bien d'autrui. J'éprouvais une horreur, un dégoût que je ne sau- 
rais dire pour cette vie criminelle. Je vous assure que, si nies yeux 
étaient éblouis, mon cœur n'était rien moins que séduit. 

U le fut, le soir môme, mais d'une tout autre manière. 

Quand les voleurs eurent bien fait bombance , et pendant que plu- 
sieurs d'entre eux cuvaient leur vin sous la table, don Guzman m'ap- 
pela. 

— Barthélémy, me dit-il, tu vois notre empire, et qu'il est étendu 
et agréable autant que sûr. Il paraît qu'il y eut jadis ici des carrières 
de marbre , abandonnées depuis des siècles et au-dessus desquelles 
une forêt tout entière a poussé. Je n'avais pas douze ans, lorsque le 
hasard me fit découvrir l'étroite entrée qui mène à notre palais de 
Villa Villana, C'est même là, je crois, l'origine de ma vocation. 
Comme j'étais à la fois très-entreprenant et très-paresseux, l'idée d'ap- 
prendre un métier me répugna de bonne heure. Je me sentis au con- 
traire beaucoup de goût pour la noble et indépendante profession que 
tu me vois exercer. J'étais sûr, avec cet abri connu de moi seul, 
d'avoir toujours un asile impénétrable à ces messieurs de la police. • 

Ici une pause. Don Guxman s*atlendait évidenunent k quelques 



phrases polies de ma part, peut-être â un commencement de eapîtu« 
lation. 

Je ne répondis que par mon silence. ' 

Le capitaine alors changea ses balteriet. 

— Jusqu'à ce que tu sois bien rompu i notre genre de vie, me dît- 
il brusquement, je vais te mettre sons la direction de notre frère cui- 
sinier. • 

Le frère cuisinier, Lopei, fut mandé effectivement et reçut k double 
mission de me former aux mœurs du Lieu et de partager avec moi la 
cellule et la couchette qu'il occupait â reitrémité de la galerie de VEst. 

Lopex me plut tout de suite. Et , quand toui les voleun , retirés 
dans leurs appartements respectifs ^ se livrèrent aux douceurs du re- 
pos, j'essayai par quelques avances discrètes de me faire bien venir de 
mon mentor. 

Gelui-d se défendit tant qu'il put. Évidemmenl la compagnie qu'il 
hantait le rendait soupçonneux, bien qu'il fût confiant de son naturel. 

Mais j'avais un si grand besoin d'avoir quelqu'un i aimer, je frap^ 
pai avec une telle insistance à la porte de ce pauvre cœur, que Lopei 
n'y tint plus. 

—Je suis peut-être un imprudent, me dît- il. Votre front candide, 
et Totre honnête regard, €t votre sourire si doux, et vos larmes qui 
semblent si sincères, ne sont peut-être que de fausses app:ir&nces. 
Mais je me sens porté vers vous par je ne sais quel irrésistible attrait. 

Il y a quelques heure» que je vous ai vu pour la première fois, 
Barthélémy. Eh bien * il me semble que je vous ai toujours connu, 
toujours aimé, tant il me tarde de verser mon âme dans U vôtre. 

Quelque chose me dit qu'aujourd'hui est une date importante dans 
ma triste vie et qu'en m'amenant un compagnon de captivité , don 
Guzman m'a donné un sjuveur. « 

J'étais profondément touché de cette confiance. Je jurai à Lopex 
qu'il n'aurait pas à s'en repentir. 

Cependant l'émotion ne nous fit pa^ oublier la prudence. 

— Couchons-nous et éteignons notre lumière , de peur d'éveiller 
les soupçons, me dit mon nouvel ami. Une fois dans le lit , nous ja- 
serons, et, si le CŒur vous en dit, je vous conterai mon histoire. * 

Aussitôt, et comme si nous nous étions concertés, nous fîmes 
notre prière. Nous nous déjhabillâmes en toute hite« «t, soufll^nt 
notre chandelle, nous nous étendîmes , I cdté L'un de l'autre, dans 
un lit qui, tout dur qu'il était, me sembla délicieux après les fatigues 
des deux nuits précédentes. 

Une minute de plus, et le sommeil m'empoipait. 

— Il ne s'agit p3S de cela, dts*je â mon camarade de lit^ dans le 
tuyau de l'oreille, et nous ne sommes pas ici pour nous amuser. Vous 
m'avez promis votre tiistoire ! je vous écoute. 

— Vous avez pu vous apercevoir, mon petit amî, me dit-il, que 
dame Nature ne m'a point traité en enfant gâté. Je suis borp^e ; je 
n'entends que d'une ortsUe, — c'est celle-îi qu'il avait eu raltenlion 
de mettre de mon côté, —je suis quasi manchot et tout-à-f^it bancal. 
Par compensation, mon nei en vaut deux et r<*ssemblc â un*! trompe 
d'éléphant, et j'ai sur le dos certaine bosse qui fait penser au droma- 
daire. 

Rien de tout cela ne me promettait un avenir bien brillant. Mais 
ma mère m'avait appris de bonne heure à b+^nîr Dieu de toutes choses 
et je m'estimais t^urore Irès'lieupeujt de ma destinée , lorsque, dans 
une des fréquentes expéditions qu'il faisait aux environs de noire 
bourg, don Guzman me rencontra. J'eus le malheur de lui ttonner 
dans l'œil. Il n'eut pas de peine à s'emparer de nu pauvre personne. 

— Voilà l'homme qu'il nous faut, se dil41. Bâti comme il est, il n*a 
guère de chance de rdussir dans le monde. Nous au 1res, nous Taccep- 
terons, malgré ses vices da constmclLon. Nou» lui ferons un sort. U 
sera notre frère portier et noire frère cuisMii<r. Sjhs parler de.s doux 
liens de la reconnaissance^ ses infirmités seront îinUiii de chaînes qni 
le retiendront dans la caverne de VUta Viîlana. 

Les espérances de Guzman n'étaient fondées qu'à moitié. Mes in^ 
firmités m'ont en effet jusqu'ici rel«!nu parmi ces malfaitrurs. Je n%i 
ai U forcé* ni la souplesse, ni la rar^dité. ni la hardiesse néeeiiajïiri;^ 



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L'OUVRIER. 



pour luller , moi Reul , eoatre quarante poignards , ou simplement 
pour leur échapper. Hais je puis me rendre cette justice, que depuis 
diK ans que je suis ici, je suis leur prisonnier , leur serviteur , leur 
c^ehive même, mais pûiût leur ami ni leur associé. J'aimerais mieux, 
si cela dépendait de mai, errer seul sur les grandes routes, men- 
diant tristement mon pain , et couchant i la belle étoile, que de me 
nourrir ici de cailles et d'ortolans et de dormir sur la plume. 

Peut-être , si j'avaii è\i plus roué , aurais-je pu profiter d*un 
moment oi^i ta hande eût été partie tout entière et gagner quelque 
village. Mais je n'ai jamais su dissimuler mes sentiments. Je fais de 
la morale i tous ces bommea penrers. Souyent iU me paient i coups 
de bâton. D'autres fois aussi. iU m*écoutent, et je me figure que 
je ne perds' pti absolument mon tempe au milieu d*eax. N*élidt le res- 
pect bumitn et Tétroite surveillance que mes bandits exercent les 
uns sur les autres, plusieurs , j'en suis certain, quitteraient la caverne, 
et essaieraient de rentrer dans le commerce des honnêtes gens. 

Cependant , précisément à cause ée ma sincérité , Gobomu ne va 
jamais en campagne sans me laisaer deux ou trois hommes sûrs pour 
me prder; ou bien, s'il a besoin de tout son personnel, il ferme le 
trou du souterrain avec une énorme pierre que six de nos sujets les plus 
vigoureux ont grand'peine à soulever. Je suis donc bel et bien enterré 
ici, pour le reste de mes jours. Une seule chose me rassure un peu, 
en même temps qu'eÛe m'étonne beaucoup : c'est que Guzman m*ait 
choisi pur me confier le soin de votre éducation. » 

Quand Lopez eut fini de parler, je fui dis que mes sentiments étaient 
absolument les siens, que sans doute j*étais bien peu de chose, puis- 
que je n*éuis presque qu'un enfant, mais que pourtant on était plus 
fort i deux qui un, que dans mon village les plus petits écoliers 
étaient renomméji pour leur finesse et leur agilité, que moi non plus 
je ne me sentais manchot ni des mains ni de Tesprit, que je prierais 
tant le bon Dieu et la bonne Vierge qu*ils m'inspireraient certainement 
quelque idée lumineuse et qu'ils ne nous laisseraient pas pourrir dans 
ce sonterrain, au milieu d« ces méchantes gens. 

Alors nous nous souhaitâmes le bon soir, et nous dormîmes tout 
d'une traite jusqu'au lendeniiin matin. 

( £a Êuitê au prockain numéro.) EUGÈNB DE Margbmk. 



L'ARGENTIER DE €HARLES VII *. 



L*émotion de Targentier était visible. Revemi an milieu de Ten- 

ceinte, d'un geste il réclama le silence. 

— Me voilà donc citojende Béxiers; votre touchante réception me 
flatte et m'honore. En réclamant de votre pouvoir municipal une fa- 
vf^ur que j'ambitionnais tant , j'avais un but; je vais vous initier i ma 
pensée intime. 

Mais avant que la parole explique les secrets du cœur, il dut que 
je cède à un de ces sentiments qui inondent mon âme dans les mo- 
ments heureux de ma vie. 

Les malheurs des temps, les discordes civiles , la misère, sont des 
circonBUnces qui font une nécessité de chercher des soubgements 
pour le pauvre. Bons habitanU delà Langue-d'Oc, n*est-ce pas que 
c'est une douce et heureuse nécessité que celle qui ramène les esprits 
au but véritable de la religion et de la société humaine, et qui, partant 
du principe pacifique et vitifiant de Tégalité chrétienne, appdle â la 
solidarité des souffrances «t i la communauté des affections ceux qui 
invoquent tous un même père, ceux que Dieu a tous créés i son au- 
guste image ? Je donne aux pauvres de Béziers cent livres tournois par 
an ; j'autorise le clavaire communal â venir les percevoir dans ma 
caisse le jour anniversaire de ma réception parmi vous. 

Jieques Cœur fut interrompu dans son allocution par un immense 
applaudissement. Chacun bénissait le nouveau citoyen et se trouvait 

* la TipnêiÊCiic» m fê r wml kmm l r émnà t , — Yair u ^ '*e rOwaïUr du 
t lévrier. 



heureux de donner par une marque d*approbation son adhésion i 
d'aussi nobles paroles. 

Le silence se fit cependant peu i peu et Jacques Cœur dit encore : 

•^ Le soulagement des souffrances a toujours été la plus belle mis- * 
sionde Thommesur la terre, la plus haute expression de Thunuaité. 
Il n*y a pas cinquante ans , la religion , jouissant d*un empire incon^ 
testé, enseignait aux uns le sacrifice, aux autres la résignation, cette 
charité du pauvre envers le riche. 

Depuis lors tout a été changé , bouleversé. Dans nos discordes ci- 
viles trop prolongées , le spectre de la misère , jadis accroupi dans ses 
haillons, s'est relevé soudain, et a tout brisé dans sa force brutale et 
ses convulsions désordonnées. 

Et le peuple, suivant ce fâcheux élan, est sorti de ses langes, pins 
fort et plus instruit, dit-on, mais il se trouve en réaUte dans cet état de 
transition dangereuse , qui n'ayant plus la débilité de l'enfanee , n*a 
pas encore emprunté i li virilité la force qui se possède et le juge- 
ment qui se conduit. 

Tirons un enseignement de ces calamités publiques. Remercions U 
Providence de cette crise saïutaire. Que la bienfiusance soit la grande 
préoccupation de notre époque. En réclanunt toutes les upinlîons, 
tous les dévouements, tous les efforts , faisons un appel aux intelli- 
gences et cherchons des remèdes nouveaux i des maux nouveaux. 

Mais, en attendant, donnons pour moraliser ; donnons pour faire 
travailler; donnons pour rendre économe ou prévoyant ; nous ferons 
dès lors un bien qui en amènera d'autres plus grands i sa suite ; 
nous confierons i la terre une bonne semence qu'elle rendra an een- 
tuple; nous travaillerons en même temps pour le bien-être des mal- 
heureux, pour la dignité de Thomme, pour la richesse et la sécurité 
de l'Eut. 

Que le travail ennoblisse l'homme ; c'est la sève qui circule , e*est 
le sang qui cesse de se figer et qui se porte aux extrémités. Par te 
travail, la volonté de Dieu se fait, c'est sa loi qui marcke â son aceom' 
plissement. 

Puissants ou faibles, tous, ici-bas, pour que notre destinée ne soit 
pas manquée, nous avons quelque chose ï foire, un grain de sable à 
ajouter i la masse toujours croissante qui représente te progrès hu- 
main, afin qu'en quittent cette demenre , nous emportions U con- 
fiance de ne pas y avoir été inutiles et d'y laisser une trace de notre 
passage. 

Dans mes courses aventureuses , j'ai ramassé beaucoup d*or ; j'ai 
rétabli la navigation nationale entre le Levant et le Midi. Je sens dans 
l'intérieur de mon âme que je n'ai fait encore que le quart de mon 
rude labeur. Je demande des bras , je demande des hommes ; que le 
, lucre que j'ai si péniblement conquis serve au bonheur de mes sem- 
^ blables. Commerce , industrie , navigation , que ces trois branches de 
l'activité humaine soient en continuel progr^. 

Je veux fonder â Béziers un comptoir d'escompte, d'échange, de 
navigation et d'achat. Venez i mon aide , par la moindre de vos res- 
sources pécuniaires , par votre actirité , par votre intelligence ; ma 
demeure vous est ouverte i tous. 

J'ai déjà mon personnel, il appartient tout entier i votre eîté; et je 
viens d'une manière solennelle proclamer mes choix. 

Jean Derilla, du bourg Montibel, noble et excellent cœur, qui nour- 
rit du produit de ses sueurs un père infirme et trois frères en bas 
âge, sera le clavaire^ du comptoir ; il recevra et paiera. 

Charbonneau, Téperonnier; Jean Sans, le syndic des tisserands ; 
Pierre Garrigue , le ménager ; et Georges Fenassa , syndic des meu" 
niers, voiU mes quatre facteurs. 

Pierre de Ginestet , brave et digne soldat , commandera les troii 
nouvelles galères que j'ai amenées au port de Sérignan. 

Le grand-archidiacre , tout en appelant sur nos tètes les aùséri< 
cordes divines et Ws bontés célestes, sera notre cenaeiir. 

Amis, notre sainte association portera ses fruiU. Chacun» dsns st 

sphère , dans sa spécialité , aura droit â une part dans les bénéfices 

réalisés. 

* Faisons fiiisceau , assodoos-nous pour voir se iMvelopper i Taisi^ 

réncffrie* l'enlhontia^me. a4 l'activité. Que dins noire eompteir r#i 



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L^OÛtfllEft 



333 



ytW p6»Hif, Qtilîtaire> lent et censé dans ses jugements, rende des 
ervices qni ne pourront être remplacés ; que toute voie soit utile, 
[ue tonte force s'emploie; que chez nous il y ait place large pour 
ouB, car nous aurons besoin de tous , riche ou pauvre, ignorant 
)u lettré. 
Que le feu sacre de la charité embrase nos âmes. La charité est 



le lien de l'humanité, le soufAe de la vie sociale, le soleil à la 
chaleur et à la lumière duquel nul ne doit pouvoir se dérober! 

Jacques Cœur se tut. Il était vraimentbeau d'enthousiasme. L'As- 
semblée entière, cédant à l'entrcinement magnétique de sa parole 
puissante, poussa un long cri de joie, et tous les brasse tendirent 
vers cethommesi parfait dans sesdesseins, sihumain dansset actes. 




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3»; 



L'OUVRIER. 






La séance Tut krée, et la population en corpi , en cmnt Noèî ! ac- 
compigna jusqu'à sa demeure le nouTeau citojen de Béliers. De* 
Teux de joie furent allumés en coinaiêmoriition dû cM heureui jour, 
et gricei i ractivite de Deçilk et de Charboijne4u , la cité éprouya 
lofigleinps le bienfait de celte nouvelle œuvre, 

instabilité des choses humaines t notre histoire nationale ren- 
ferme de hien tristes pages ! Quatre ans plus tard , le mallieureux 
Jacques CtBur se vit assailli par la plus affreuBé des tempêtes! 

Tant d'opulence, de crédit et d'honneurs eicilêr*!nt contre lui des 
haines et des intrigues soui lesquelles il finit par succomber 

En hutlé â la rivalité jalouse des Génois et des Vénitiens , qui ne 
lui pardonnaient pas les .succès dans le commerce ; 

Poursuivi par des courtiaans, dont les uns, ses débiteurs, aperce- 
faiént dans sa p«rte le seul moyen de se libérer; dont les autres, en- 
fieux de ses possessions , convoitaient le partage de s*» s dépouilles ; 

Abandonné par ion roi qu*il avait si noblement et si vsillamment 
servi ; 

Arrêté dans la demeure el sous les yeux du prmce ; 

Jugé criminellement par ses plus implacables ennemis; 

A peine écouté dans sa défense ; 

Condamné â la mort, et par grâce au Dannissemenl; 

Jacques Cœur offre un des plus mémorables exemples de Tm^ati- 
tude des cœurs et de Tinjustice des hommes ! 

Détenu dans le château fort de Beaucaire, il dot sa liberté â J^ian 
Devilla. Gel homme énergique eiposa trois foi^^ sa vie pour sauver £on 
htenfaîteur. 

Lorsque Tarrét de confiscation fut mis i eiéculion sur les biens 
de Tin fortuné argentier, malgré U mise en vente de la maison pos- 
sédée par ce dernier dans la ville de Beiiers , par un accord tapi te, 
aucun enrhériBseur ne se présenta. Les gens du roi ne purent la met- 
tre en location. La cité tout entière, par cet exL^mple à jamais louable, 
prolesta contre Tîniquilé de ia sentence. Et plus tard, après la réba- 
biliUUon de li mémoire do grand-maître dei monnaies de France, If^s 
héritiers du défunt rentrèrent en possession de i'asile de leur aïeul, 
qui n'avait pu être aliéné. Loiiis Domairon , 

Mcûibre de pliisi^ursi SijuéiéB sâvaDtes, 



DÉSASTRE DES HINES DE LALLE. 



Dn immense malheur a frappé les mmes de houille de Lalle , dans 
le département du Gard : cent cinq hommes ont péri en un insUnt. 
Jamais un pareil sinistre n'était arrivé en France , tout le pays en a 
été ému et a applaudi aux efforls faits pour sauver cinq malheureux 
ouvriers qui ont échappé miraculé use ment à ce désastre. 

Les détaib de cet événement terrible sont dignes d'intérêt el feront 
comprendre les dangers auxquels sont constamment eiposés ces hom- 
mes inteUigenti et courageux, qui arrachent aux entrailles de la terre 
les richesses derenues les éléments nécessaires de riodustrie. 

La bassin h oui lier d*Alaïs , F un des plus importants de France , 
s*étend dans les gorgés des Cévennes presque au pied des hautes 
monlagnes dé la Loière. Ces montagnes sont nues; quelques rares 
ebitaipiera y entretiennent seuls une apparence de verdure *et lors- 
que les grands orages, les pluies violentes, qu'on ne voit que dans le 
midi, viennent s'abattre sur cette conlrée, les rivières s'élèvent en \m 
moment de plusieurs mètres , les ravins deviennent des torrents, n^n- 
fêrsanl tout sur leur passage. Le il octobre iStîl , un de ces grands 
orages est venu fondre sur les Gévennes. La rivière de la Gêie, véri- 
I lable torrent, qui passe auprès de Bességes et des mines deLaik, est 
I montée de sept â huit mètres et a couvert immédiatement toutes si^s 
j rives. Un petit ravin presque toujours â sec est devenu un torrent. 
Refoulé par la Gêie, il a formé un gouffre dans des terres qui recou. 
) vrâient d'anciens travaux da mine remontant â un temps immémorial 
«t l0tit-i^fait inconnus. Par là les eaux , renversant ks couches de 
Wuille qiû se trouvaient «nire ces riem travius «ït lei expbitalioiu 



actuelles de la mine de Lalle , ont rempli en un moment les galeries 
et les puits et saisi les malheureux ouvriers qui ne pouvaient pré- 
voir un si grand danger. 

Quelques détails sont nécessaires pour se faire bien comprendre de 
ceux qui ne connaissent pu cet art difficile de rexploitation dei 
mines. 

Les couches de houille , formées de débris de végétaux et dépotées 
i la surface du globe i des époques antérieures i Texistence de 
Thomme, recouvertes plus tard d'autres dépôts, puis bouleversées par 
les mouvements de la croûte terrestre i ces époques géologiques qui 
correspondent aux jours delà création, se présentent rarement comme 
des surfaces plates; elles sont ou verticales, ou inclinées, ou plissées 
comme une étoffe, ou brisées par de brusques chutes. Il faut les re- 
chercher et les suivre soit au-dessus du fond des vallées dans les 
montagnes, soit plus souvent au-dessous, et dans ce dernier eas faire 
des puits qui tratersent les terrams superposés, épniser les eani, en- 
tretenir des courants d*air , organiser des moyens faciles de roulage 
dans les galeries et de sortage au jour. Pour cela, de puissantes ma- 
chines ingénieusement combinées, une étude constante de Tallare 
des couches , des bois pour soutenir les galeries , des remblais pour 
mettre â la place du charbon qu*on enlève afin de ne pas donner lien 
â des éboulements dangereux. 

Lors donc que pour des couches inclinées on est arrivé par on puiti 
i une profondeur suffisante pour avoir i exploiter en remontant ud 
grand massif, on prolonge des galeries i la partie inférieure; ce sont 
celles-U qui servent an roulage jusqu'au puits ; on s'élève le long de 
la pente, on va attaquer les parties les plus élevées d'où Ton fait des- 
cendre le charbon vers la galerie principale ; ces remontées se multi- 
plient et se rapprochent , on découpe la masse en piliers qu^on finil 
par enlever entièrement. 

On prend dans les puits plusieurs grands étages pour séparer les tra- 
vaux et les rendre indépendants les uns des autres , et cependant on 
établit des communications nécessaires entre les diverses galeries el 
les divers puits pour la sécurité des ouvriers en cas d'accident < i 
pour la circulation de Fair qui est une des premières choses dont il 
faut s'occuper dans les mines. On a li, en efiet, deux ennemis, le gai 
acide carbonique , impropre à la respiration de l'homme comme â la 
combustion, qui est plus lourd que l'air «t qui remplit souvent les g!» 
leries, puis Fhydrogène carboné , vulgairement connu dans les mines 
sous le nom de grir.ou . qui brûle comme le gaz d'éclairage et qui, 
mêlé â l'air dans une certaine proportion , s'enflamme à la présence^ 
d'une lampe, éclate avec détonation, ébranle et renverse tout, brûli 
les hommes, détruit les boisages et les galeries et canse d'affreu^l 
ravages. 

Les gens qui font des travaux de grapillage sur une eoucne( 
houille ne se donnent pas tant de peine, ils font des excavations wi 
ce qu'on appelle les affleurements, c'est-à-dire le point où une coucha 
se montre à la surface, ils font de petites descenderies tant que le terJ 
rain paraît solide et qu'il ne s'y accumule pas trop d'eau , puis ili 
abandonnent ces trous que les terres voisines ont bientôt i peu préj 
comblés. Dans certaines couches le feu se met spontanément dans ( 
charbons éboulés, et, dans l'un comme dans l'autre cas, e'est un granl 
embarras pour les exploitations ultérieures. C'est pour éviter ces gisl 
pillages d'une richesse publique que l'État concède l'exploitation el li 
surveille. 

Après ce qui vient d'être dit, qu'on se représente les mines de Lallel 
exploitant plusieurs couches très-inclinées, avec tri^s puits *et uni 
descenderie, un premier étage à cinquante mètres de profondeui 
un autre à quatre-vingts mètres , un troisième a cent quatre-vicgl 
mètres, mais ce dernier avec peu de travaux. •— A l'étage supériiu: 
des remontées qui s'élevaient jusqu'à quelque distance du jour, mai 
séparées encore par une certaine épaisseur de charbon de vieux tra 
vaux entièrement inconnus. 

On comprend bien dès lors ce qui arrive au moment où ces vmux In 
vaux sont envahis par un torrent qui tourbillonne avec violebce , 9» 
perce cette épaisseur de charbon les séparant des remontées, qui fi 
nètre m un instant dans les galeries ot lea puits; quel^Mi (mmft 



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\t:M 



L'OUVRIER 



m 



placés prés des issues, se hâtent de sortir, quelques-uns par un mou- 
ntnetii instinctif s*élancent Ters les remontées , presque tous sont 
saisis par le fléau. Ici se présente une première série de traits subli- 
mes de courage et dé dévouement. 

^ On ne croyait pas avoif â se défendre contre un pareil danger, on 
croyait n'avoir â se préoccuper que de travaux extérieurs. Deux ou- 
vriers sortent effarés de la galerie dite de la 4ampisterie et annoncent 
par leurs cris le sinistre, Tingénieur se précipite vers une descenderie 
inclinée, issue la plus favonî)le i la sortie des ouvriers. Quand il ar- 
riva en bas, il était déjà trop tard, quelques ouvriers seulement avaient 
pu fuir le danger ; un maître mineur et les chefs de poste refusent de se 
sauver sans les hommes qu*ils dirigent : ils ont tous péri avec eux, vic- 
times de leur dévouement. — • Un des ouvriers qui avaient pu se sau- 
ver, nommé Auber, se précipite vers un autre puits. U te fait des- 
cendre, il appelle, il donne Talarmel, il sauve cinq hommes dans la 
benne. Il redescend encore une fois , mais les eaux avaient tout en- 
vahi. H ne trouve qu'un enfant qui essayait de remonter le long des 
bois qui garnissent le puits, et il le sauve avec lui. 

Sur «û autre point, ce mâme ouvrier Auber cherche encore i porter 
secours i un pauvre mineur qui apparaît avec sa lampe , au milieu 
même du tourbillon par où Te^u a pénétré, mais qui est bientôt en- 
traîné malgré tous les efforts. 

Des explosions bruyantes , dues au refoulement de Tair par Tean 
qui pénétre dans k mine , se répètent d'une manière effrayante ; la 
terre et les rochers soulevés sont projetés sur les maisons voisines. 
Un homine était sur 1t route , témoin de cet effrayant spectacle , il 
s affaisse sur ltti-4nême. On le relève, il était mort, frappé de. ter- 
reur. 

Au moment où se répandit le bruit de cet immense désastre, tout 
le monde chercha i porter secourt. Les ingénieurs des minet vouines 
arrivèrent en toute hâte, amenant leurs meilleurs ouvriers et se dé- 
vouant eux-mêmes â tous les travaux , .Fingénieur des mines d*Alais, 
le soQt-préfet, le préfet, l'évêque, et plus tard Tinspecteur général des 
mines, arrivant tout exprès de Paris, toutes les autorités du pays, puip 
les direeteurt de la Compagnie propriétaire des mines de Lalle, tout 
lé moAdè se réunit tor le lieu de ce sinistre épouvantable , pour ap- 
porter dés secours ou des consolations. Aucun sacrifice ne sera épar- 
gfkié, rien ne paratt impossible si on a Tespoir de sauver une seule de 
ces malheureuses victimes 

Les torrents s'étaient éeoulés rapidement. La Cèze était â peu près 
rentrée dans son lit; on avait mis en jeu, dans les puits, tous les 
moyens d'épuisement 

Vers midi, un jeune homme, occupé comme auxiliaire aux opéra- 
lions de levé des plans de la mine, va explorer la galerie Sainte- 
Barbe , ouverte dans la couche de ce nom, tout auprès de la rivière 
et que les eaux, en se retirant, avaient déjà abandonnée. Tout en avan- 
^nt , fl frappe sur la paroi de droite la batterie de rappel en usage 
parmi les mineurs. U écoute et croit entendre la réponse i son appel, 
^ilc il oouit à ses camarades, Tingénieur de Lalle arrive, ceux des ex- 
ploitations voisines , Tingénieur de TÉlat, M. Parran. On frappe de 
nouveau : plus de réponse !... Pendant près d'une heure on répète 
lans succès des appels désespérés. C'était un spectacle navrant. Vingt 
[ibitrines suspendaient i la fois leur resp'u'ation pour percevoir le 
moindre bruit qui permît Tespérance , et lorsque le silence avait seul 
répondu, il s'en échappait un soupir de découragement : une sueur 
l'angoisse couvrait les fronts. On va se retirer avec un cruel déses- 
poir, mais en interrogeant toujours la paroi. Tout-à-coup l'un croit 
iToir entendu , puis d^autres ; la plupart doutent encore. Mais à me- 
lure qu'on se rapproche du jour, le son devient perceptible à un 
)his grand nombre d*oreilles. Enfin le voilà distinct, mais c'est peut- 
Hre un écho? On modifie la batterie d'appel, c'est toujours la batterie 
>rdinaire qui répond. Plus de doute, il y a là, à vingt mètres au plus, 
les hommes vivants, condamnés aux angoisses delà faim!..: La nou- 
relle s'èa réband dans la foule anxieuse réunie aux abords de la ga- 
erie. 

En un instant les plans sont consultés et quatre cnantiers sont ou- 
lerts pour arriver, en plongeant, sur les remontées qui, faisant fonc- 



tion de cloches de gazomètre, ont pu refouler les eaux et ménager an 
refuge aux malheureux qu'on a entendus. Les travaux sont poussés 
avec une ardeur que rien n'arrête , tout ce que peuvent l'adretse, le 
courage, l'énergie est employé, les mineurs s'aident et se succèdent, 
chacun veut arriver le premier. On expose sa rie sans hésiter, coinnie 
sur un champ de bataille; les ingénieurs donnent T exemple et s'expo* 
sent les premiers. Mais cet empressement même devient un danger, 
l'air manque : des ventilateurs sont organisés. On a pourvu à tout, V'm* 
génieur des mines, M. Parran, dirige les travaux et les bras ne toan^ 
quent pas , de toutes les mines voisines les ouvriers sont accourus. 
Chacun ambitionne l'honneur de se dévouer. ad tn trahies instincts 
de rhomme, quand sa noble nature n'est pas détournée de sa aubkme 
destinée ! 

La journée du lundi avait conduit i la profondeur de quitorxe mè- 
tres. Là, on répète V*PP^; on ne répond plus. Même silence i eha^ 
cun des quatre chantiers. On ne te décoursge pourtant pas ei maigre 
de grandes difficultés d*airage, le chantier n^ 3 est bifurqué diai Tea* 
poir d'arriver plut sûrement à la remontée, où l'on suppose les ov^ 
vriert. 

. Dans la nuit , les pritonniert répondent > et quelques heures pïut^ 
tard, on let entena crier. A ce moment, on se croit sur le point d'ar* 
river â eux. Ce ne fut pourtant que dans b nuit du 15 au 16, vers une 
heure du matin, après quatre jours et demi d'angoiase, que la bifur- 
cation de droite, chantier n» 3, perçait et recueillait vivants Us nom- 
més Mouton et Therond. Un troisième ouvrier, Verger, avait pu 
d'abord trouver un refuge dans cette^mème remontée ; mais las forces 
lui avaient manqué pour se maintenir sur le sol glissant et incliné qui 
constitue, le mur de la couche , il était tombé dtns Teau et a^étaii 
noyé. 

On demande I cet malheureux : Oue pensiei-vous , anns cette af- 
freuse angoisse; vous vous croyies perdus? — Non, répQndtni^U, noitt 
avions confianu en Dieu et dans no$ eamarudeêi 

Une foule immense couvrait la place, le médecin qui est descendu- 
pi es d'eux demande le sflence» pour éviter une émotion qui pourrait 
être dangereuse., et la foule si animée de ces population b méridiona- 
les, pleine de cœur et de respect, garde un silence absoïu. Ces deux 
malheureux sont transportés à une maison de secours, ils sont sauvés, . 
ils sont rendus à la santé et à la vie. 

On avait poursuivi cependant les travaux d'épuisement. Trois puu- 
santés machines, menées à toute vapeur, élevaient cinii mille mètres 
cubes d'eau par jour. 

On avait &it d'autret travaux pour explorer d'tuires remontée , 
mais aucun signe de vie n'était apparu , tout piraissait désormiis 
sans espoir. Et cependant on rappelait qu'il y a cinqtiante ans, dans 
le paya de liége, dea mineurs avaient pu être rendus à la vie après 
avoir été ainsi renfermés vingt-quatre jours sans nourriture et sans es- 
pérance. 

On chercha donc encore. Deux couches n'avaient pu être explorées, 
il fallait pour y parvenir que le niveau de cinquante mètres fût dé- 
mergé et qu'on pût parvenir à une galerie au roeher qui, à ce niveau, 
recoupe les quatre couches. — On y parvient enHa le §^ oelobre, ou 
cherchait à pénétrer dans cette galerie par ses deux extrémités. 

Une nappe d'air ricié surnageait au-dessus des eaux et cr<!aji de 
grandes difj^cultés du côté delalampisterie. Tl fallait, à l'aide de ven- 
tilateurs et de longues conduites, lancer ne l'air pur â une grande dis- 
tance, dans une galerie sinueuse et inclinée. De l'autre cdté , on ap^ 
prêchait plus du but, l'air était moins vicié , mais deâ éboulements, 
des déblais arrêtaient la marche. L'ouvrier Auber dont le nom repa- 
raît pour la troisième fois était occupé là â fraver le passage dans la 
nuit du 24 au 25 octobre. 

A un moment de repot il entendit let cris : Au secours; il franchit 
aussitôt l'éboulement qu'il a devant lui, trouve un obstacle insunnon- 
table dans l'eau accumulée derrière , remonte alors au jour , descend 
par la lampisterie et informe l'ingénieur qui se trouvait U des cris 
qu'il a entendus. Cette nouvelle ne ctuaa que la constemâtioii t on 
crut tout d'abord que ces cris étaient pousses par quelque travail- 
leur imprudent aventuré dans l'atoiotphêcf aiphvxiant&< On renonce 



33f 



L'onvnfFn. 



i toute précaution et, bien que les lampes brûlent i peine, on se porte 
dins b directioti indiquée par Auber ; lui-même, est en avant et le 
premier enteDd le no m et reconnaît la voix de Privai 

Qe n^était pas une nouvelld victime, citait au contraire un de ceux 
que leurs familles pleuraient depuis quelques jours déjà. Un instant 
ipréi, on le trouvait se cramponnant aux parois de la galerie pour sou- 
tenir il mirclie sur un sol irrégulier dévasté par les eaux. Derrière 
lui » ton camarade Bmrs, plus âgé et plus affaibli, se traînait sur ses 
fenoux. On eut peine i les arracher aux embrassements de leurs libé- 
ra teitira. Au ni i lieu de Témotion générale et avant de se laisser em- 
porter dans les bras de ses camarades , Privât leur annonça qu'ils 
avaient Uiate dans une remontée à quarante ou cinquante mètres de là 
' UQ troisième compagnon de captivité , le jeune Marins Prosper'; on le 
trouvera enfoui sous le menu charbon dont ils Tout recouvert pour le 
préterver du froid. M. Courroux, ingénieur de la mine, et le géomètre 
Bernard partent aussitôt à sa recherche. Les lampes 8*éteignent, ib 
■^tviDcent dans Tobscurité, et bientôt après, gmdés par les gémisse- 
nienti qu'B fait entendre , ils dégagent Marins des menus charbons 
qui 1» recouvrent. Il était complètement nu et grelottait de froid. 
M. Courroux Tenveloppa dans ses propres vêtements et songea à le 
descendre \ Vopération était difficile. Le porter dans ses bras on d'une 
façon quelconque , était impossible. Le sol était incliné, recouvert de 
vaM latsiée par les eaux , Tobscurité complète. M. Courroux prit 
Marins dans ses ttras, se coucha sur le dos , tendit ses jambes à Ber- 
nard qui eut à diriger la descente de ce singulier traîneau. Ils repa- 
raissaient un instant après devant les ouvriers restés pour les atten- 
dre dans la galerie i rocher, et trois nouvelles victimes étaient arra- 
chées I k mort 

Ce sauvetage devait être le dernier. Un instant il fît naftre des es- 
pérances qui devaient , hélas , s'évanouir bientôt. Peu à peu Tairage 
se rétablissait dans le niveau de cinquante mètres et, à mesure que 
Tair vicié était expulsé , on explorait en toute hâte les nombreuses 
galeries de cet étage. On ne rencontrait que des cadavres et il fidltit 
renoncer à tout espoir. 

Les trois hommes si heureusement retirés de la mine , y étaient 
entrés le 11 octobre à six heures ; ils n*en sortaient que le 25 à deux 
heures du matin. Leur captivité avait donc duré près de quatorze 
jours réfolus ; quator7,e jours sans nourriture! et pourtant leur état 
nlnspiraît aucune inquiétude aux médecins. 

Leur plus cruelle loufiranoe physique ne parait pas avoir été la 
faim, mais bien plutôt le froid. Ils racontent qu'ils ont dû se coucher 
côte â côle pour se réchauffer , chacim passant à- tour dé rôle au mi- 
lieu de ses camarades. 

Tout d'abord ib curent de l*eau à proximité, et lorsqu'elle se fut 
retirée ils la puisaient à l'aide d'une botte attachée à un cordeau resté 
par hasard en leur possession. 

Prifat eut la pensée de manger du bois pourri et réussit assexbien 
à ravaler sans souffrance , après l'avoir broyé et en avoir fait une 
bouillie avec de Teau. dans la cuvette dé sa montre. 

De leur refuge ils purent entendre le roulement des caisses à eau 
du puits incliné Saint-Henry, situé à deux cents mètres de là. Us di- 
sent même avoir si bien porté leur attention sur ce travail , qu'ils 
étaient parvenus à noter le moment où les mécaniciens se relevaient : 
chacun de ceux-ci avait une manière propre de conduire sa machine 
et lui imprimait une vitesse variable qu'ils avaient observées 

Dès qu'ils purent reconnaître que le niveau des eaux s'était abaissé 
jusqu'à découvrir en partie la galerie de l'étage de cinquante mètres, 
Marias, le plus jeune, s'aventura jusqu'à trois reprises à la recherche 
d'une issue pour lui et ses compagnons. A la dernière, il était par- 
venu jusqu\iu pied de la galerie de la lampisterie avec de l'eau jus- 
qu'à la poitrine 

U tomba là dans un trou creusé par les eaux, put nager un instant, 
trouva un ^ippui dans un rail tordu et laissé là parle torrent, retrouva 
son chemin et rejoignit la remontée où il arriva complètement nu. 
Ses eamarades durent le couvrir de menu charbon pour le protéger 
contre là froid. Ëux*mêiM8 quittaient un peu plus tard leur refuge , 
et ila arriviii^^t à pAïneà la galerie à travers bancs qu'ils purent 



échanger leurs premiers cris d'apprl et de délivrance avec Ymrrm 
Auber 

Leurs souffrances morales ne paraissent pas non plus avoir éic ^^im 
grandes qu'on serait porté à le penser. Un iDStïtnt ils se crortml ptt 
dus ; mais lorsque, après avoir échappé à ]^ poursuite des raui ^ 
s'élevaient derrière eux, ils furent parvenus au sommet de U reœ&D^ * 
tée, leur refuge, ils sentirent comme un ioimen&e soulagement î k 
terreur qui les avait* d'abord frappés. Ils ûrmi en commun nne pri^Tv 
suprême et, disent-ils, se résignèrent dés Ion à tout ce ^*il p^ni 
à Dieu d'ordonner à leur sujet 

En résumé, cent dix ouvriers avaient été renfermés dans U mine, i»' 
11 octobre; cinq en sortaient vivants , et le nombre total des maefnm 
de la mine était, en ce moment, de cent quarante ^ulemejitl Jam» 
aucun atelier n'avait été frappé dans une au^î afll^geante propor- 
tion. Et pourtant la mine de LaUe avait quatre issues; d auue part û 
s'est écoulé près d'une demi-heure entre le début de l'irrnptioB drt 
eaux et leur nivellement , et plus de cent ouvrière se troovaîeiit an 
deux étages supérieurs , à cinquante et quatre-vingts métrée de pi»* 
fondeur. 

Quand on essaie, à l'aide des indications fournies par let onvnen 
échappés au désastre , et surtout en se basant sur la position du |das 
grand nombre des cadavres, quand on essaie, dis-je, de se tracer ss 
tableau de ce qui s'est passé au moment de la catastrophe , on ta 
frappé de la faUlité inexorable qui y a présidé 

Un plus grand nombre d'abord devait s'échapper des nivetox ée 
cinquante et quatre - vingts mètres. Malheureusement les onvricn 
n'ont songé en majeure partie qu'à fuir par la lampisterie , veie orA- 
naire d'entrée et de sortie. Or , cette galerie était dès l'origiiie eau- 
hie par le torrent dont elle était voisine 

Tout était désormais sans espoir, on avait &it de tout côtés dlon- 
tiles travaux pour explorer les remontées , mais sucon signe de vie 
n'était apparu. — On recueillit les cadavres, les uns mésaniuîmblfli, 
les autres dans l'attitude de la' prière. On éleva un avtal en pleÎB sir, 
près du lieu du sinistre, on rendit les derniers devoirs lelîfiflox àca 
malheureuses victimes. Le service funèbre fut célébré par Mgr l'évà- 
que de Nîmes. Toutes les autorités du pays étaient réunies peu te- I 
moigner la sympathie générale qu'inspire un si grand malhew 

Puis vient le rôle de la charité pour les autres victimes, ventes, sh 
phelins qui perdent le soutien de leur vie. La Compagnie dm forges ée 
Terre-Noire et Bessèges, propriétaire des mines de Lalle, règle ioné- 
diatemeut, avec grande générosité , les pensions et les seoonrs. De 
tous côtés s'ouvrent des souscriptions ; toutes les grandes Gompagiiei 
de ce pays industriel y concourent : chemins de fer, mines, forgei. 
Tout le pays a été profondément ému , toute la France a partagé et 
l'anxiété et les regrets. Tout le monde a fait son devoir d'inteUigeDee, 
de dévouement , de charité. De nobles récompenses ont été doooéei, 
deux croix de la Légion-d'Honneur : l'une à M. Parran, ingénieer 
des mines, l'autre à M. Ghalmeton , directeur des mmes de Bességei. 
Puis des médailles d'or et d'argent à ces généreux ouniers qui ost 
exposé leur vie pour sauver leurs camarades 

admirable effet de la morale chrétienne sur la société hmaaiiM! 
respect pour la vie de l'homme , dévouement, sacrifice de sa propc« 
vie pour sauver un frère ! Bénissons Dieu de trouver dans notre psn 
et dans notre temps de pareilles vertus. Et pour ceux qui dédaigaest 
les travaux de la grande industrie , qu'ib apprennent à estimer C0 
hommes qui s'y dévouent à tous les degrés, qu'ils sachent bien ^ 
là se trouvent plus d'intelligence appliquée , plus d'affection récipro- 
que , plus de dévouement , plus de noUe fraternité , plus d'esprit k 
travail, plus de véritable sentiment chrétien que dans k plopart àa 
autres professions. Qu'on vienne visiter les écoles qui réônisseat b 
enfants de cette population intelligente, les édifices chantaUes et re- 
ligieux dont la grande industrie entoure ses établissements et l'os re. 
connaîtra que là est une véritable société chrétienne 

^ 

Angers, imp. de Laine frères, rue SainM^ndc S. 



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•ranBta.(10 



U» 



K» 43. 



22 ttxxtar IflCa. 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis^ 



AbiCINISTltATION : 

15^ ifô^âi des Crrands-Augustiiif 

à ÏM librairie de BLÉRIOT, 



▲ PARIS. 



SOMMAIRE. 

LES AVENTUBESD'UNB^'RafïR. par Eugène de MAReniR^ ~%E8 
REMORDS D'UN ASSOMMEUR, par A. Levarsedh. — LES HISTOIRES 
DE THÉODORE, par Louis Vbcillot. — JURISPRUDENCOB INDUS. 
TRIELLE. 



▲BONNE MENTS .D'tlN AN 

1 .partir 4i 1*' àt dlaqie mm : 

VtAiica. . . tt »a 

Boaon, Éstpr, Emhb »'AMi, Tw« 
oam d'Awb. , . . . 6 >• 

BTATt-Uim Df L'AlfiaiQUt DO NoR» . 7 » « 

CoLonM iT Aonm pats o'oirnui-im. 8 60 



LES AVENTURES D'UN BERGER' 



CHAPITRE VII. 

L'évaston. 

Pendant ]a quinzaine qui suivit, il y eut dts expéditions pesque 



tous les jours. Don Guzman et sa bande partaient dès le fin ma- 
tin et ne revenaient qu'à la nuit. Chacun rentrait au logis les po« 
ches pleines d'argeht, quelquefois d'or et de bijoux. 

Espérant me tenter, Guzman faisait briller à mes yeux ces 
belles pièces jaunes dont l'ëclat exerce ^ sur l'esprit des enfaxits 
un si grand preatige. 

Dieu merci! Je n'ëtais p's ('branH. 




Un aoîr, (Jeux des nôtres, qui avaient été envoyés pour faire 
o onquele,' rapportèrent que don Antonio de Las Vegas, liche 
gneiur des environs, avait quitte son château, y laissant pour 

Voir les »•• de VOumier des IH et 26 janvier et des !•', 8 et 15 février. 



toute garnison utie vieille femme de change infirme, et deux gar- 
des-châsse presque centenaires. Pour arriver au magot du- bon- 
homme, il fallait passer par un certain œil-de-boéuf très-étroit 
et auquel on "arrivait en escaladant un 'mur peu ëlehrë, aprèt avoir 
traversé un étang à moitié desséché et rempli d'ajonos. 



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338 



L'OUVRIER. 



f — Je ne toîi, dit IHm des explonteun, penonne d^ssez mince ici 
pour faire le coup, sauf ce petit écureuil deBiHliélf^ruy. Du reite . il 
ne courrait lucon danger. Pendaili qu*il grimperait juiqu*! rceil-de- 
bcpuf et fiu'iprès avoir fait sauter le vËi-re avec un diamant , il descen- 
draîl dans le cabinet de dan Antonio et crochèterait tranquillement le 
lecrétaire» Giï , Pedro et moi noua enireriona par ia grande porte, 
ééguiiis en caTaliéra ; nous ferioni force politesses aux vieux iervi- 
leufi , nous leur conterions loule sorte d^hisloires , et , i la dernière 
exirémiléf nom aurions I argument sans réplique de nos pistolets. ■ 

Malgré les caresses de Guimen et ses promesses » malgré ses me- 
Qicei et ie« eoups , rien ne put me décider, 

— Vous pouvei me tuer, leur dis -je ; mai* faire de moi un voleur 
comme vous, jamais ! 

^ Nous verrons blen^ dit Gn^man, £n attendant, jeune montagnard, 
tu vas demeurer confiné dan a ce sou terrai n» et tu n'en bou^erav^ pas 
jusqu^â ce que tu te sois rendu à discrétion . > 

L*expédilion se fit sans moi...^. mais sacs succèa, Jamais Gomei^ \^ 
plus mignon de toute la troupe , ne put passer par roeil-de-bcpur. Kt 
quant 4 démolir le croisillon lui*même, c'était chose impossible : la 
fenllre était taillée dans la pierre massive ; il eut fallu faire jouer U 
mine, moyen bruyant pour lequel messieurs les délégués de la F ravi- 
deace ont une répugnance inaurinoniabler 

Un mois «près, j'étais plU et maigri. J'avais perdu Tappétit et le 
sommed. L'air manquait à mes poumons et je me sentais étouffer. 

Une autre très- belle affaire se présenta. 

Le licencié, don Luit Ferrer, riche et pîeu^ ecclésiastique» s'était 
reliréf pour se préparer âliiourir, et, en attendant, prendre soin di^ 
pauvres et des ignorants du voisinage » dans une grande propriété 
qfiW tenait de son père et qui n'était pas très-éloignée de notre ca- 
verne. Le bruit courait qu'il y avait dans la caisse du licencié des 
doublons à remuer à la pelle, sana compter les émeraudea, les rubis, 
les perles et les briUinti que la comtesse sa mère lui avait laissés 
tu mourant. 

Une petite visite d'exploraUon à ce digne personnage, pendant la^ 
quelle on étudierait les lieux , au besoin on soustrairait quelques clés 
et on prendrait queltïuea empreintes, pouvait être fort utile i notre 

Guzman tira de son vestiaire un costume tout neuf de séminariste. 
Il semblait qu'il eût été fait pour moi. Oa m'en revêtit; et, comnie 
■*il ne doutait pa& de mon obéissance : 

' — Va, mon fils, me dit notre cbefi va trouver don Luis. Conte- 
lui tous les contes que tu voudras. Tâche de l'inléresaer en ta fîiveur* 
Capte aa confiance. Soulire-lui le plus de sécréta posiible. Puis re- 
tiens nous faire ton fidèle rapport. Tu auras alors glorieusement gagné 
tel éperons , et tu seras nommé par acclamation , et avec dispense 
d'ige , sous-lieutenant de notre petite armée, i * 

L'offre était séduisante. Non que j*eusae un seul instant accueilli 
ridée de me faire espion au profit de mes persécuteurs ; mais par- 
ce qu'en feignant de me plier 1 leur projet ^ je pouvais précisément 
le faire avorter, me jeter dan^ les bras de don Luis et sortir de cap^ 
tivilé. 

Mais , outre qu'il me répugnait même de feindre seulement une 
complicité â d'au^^i odieux desseins , je ne voulus point séparer mon 
sort de celui du pauvre Lopeï. 

Je refusai donc mon miniftére aussi énergiquement que la pre- 
mière fois, et je me confiai à la Providence qui ne pouvait manquer, 
tAt ou tard, de nous venir en aide. 

I*avaî8 été frappé de ce que mVvitt dit Lopez, que plus d'un voleur 
•urail bien voulu sortir de cette trisLe profession , mais qu'ils n^o- 
laient...-^ J'examinai donc avec la plus grande attention le visag>i de 
iioi divers corn mentaux, chaque fois que Gu^niaii prononçait devant 
eux quelque parole bien impie ou bien cynique , ou lorsque Lopez, 
pfolitant d'une liberté qu'on ne lui déniait plus guère, Faisait an- 
tendre, dans cette tmmm 4e mailail <ura , les acceata de U vertu in- 



dignée. 

Répétant plusïeura fois mon examen , j'arrivai I cette cooviefki 
que Pabto, Stefan et Manuel étaient évidemment les rootnt gmltit» 
dans le crime, ceux qui, abandonnés â leurs bonnes in^piratinos, prs- 
sés surtout par de bons conseils et secondés par des cirosiyâaiica 
favorables, ne demanderaient pas mieux que de travidler i mjeUr iz 
joug qui, après tout, pesait â leur conscience. 

lulerrogeanl Lopex , je sus que c'étaient bien ces trois-li cbet te- 
quels il croyait avoir surpris quelques bons mouvementi. 

Mon plan était arrêté. Le jour oji Lopez et moi , liusli ÛMaa \* 
souterrain, pendant une expédition un peu prolongée, aoins mwnmm 
pour gardiens ces trois hommes, ce jour-il nous pourriana laém 
quelque chose. 

Une heureuse coïncidence pouvait les réunir. Hais cette eoui&* 
dence aussi pouvait ne se point présenter ou tarder conftdêraèk- 
m>^r^t En attendant, je sentais que mes forces s'en allaient et <pie ]^ 
n'y tiendrais pas longtemps 

Voici donc ce dont je m'avisai; et Dieu bénit cette ruse itsâ p»- 
aiêre. 

Le jour où je tombai entre les mains des conlreb3iidi€rs , j'avais 
par hasard, dans la poche de ma roulière, toute une provision d« 
certaine herbe des montagnes, dont j'ai oublié le nom, — à sup|iMer 
que je l'aie jamais su , — et qui est un purgatif puisant. 

Comme j'étais aide de cuisine , il me fut facile de faire bouillir ta 
paquet de cette herbe, La veille d'une campagne importante , j*e^- 
soin de verser quelques cuillerées de ma drogue dans les bouleîlki 
de mes trois bandits soupçonnés d'honnêteté, k la ViUa Vtllûsm . 
comme chet les grands seigneurs , chacun avait son vin h part. 

LVffet ne se fit pas attendre. Quand il fallut partir de bon matin at 
que Ton dut songer à distribuer les rôles, Manuel s'avança bors ém 
rangs, d'un air un peu penaud , et dit 

— Capitaine , vous savei que je ne boude pas contre le dauf 9 ri 
que j'aime mieux courir Ips aventures que de garder le logis, cenoit 
une femme. Mais je suis malade ce matin, et je demande a rester. ■ 

Don Guzman fronça le sourcil..... ce qui n'éLait pas signe de beri 
temps 

Cependant il fallait bien laisser quelqu'un pour surveiller lliiMlâiU 
ouverte de Lopez et ma résistance morne mais décidée. Autaal Mi^ 
nuel qu'un autre ! D'ailleurs son teint blême et sa mine coulée disaim 
asse£ que Manuel ne mentait point. 

Pablo et Stefan eussent bien voulu mettre en avant la Enêm» ex- 
cuse. Mais ils n'osaient. 

Fort heureusement pour eux et pour nous, GuEman^ d'nii raptè? 
coup d'œil, dévisagea tout son monde. 

— Stefan et Pablo ^ dit^il, vous resterex aussi. Qudlee Hgtarei 4t 
déterrés ! Êtes-vous malades? i 

lis avouèrent qu'ils l'avaient été toute la nuiL 

L'expédiUoo partit. 

Je ne me sentais pas de joie du luccàs de ma ruse. 

Je me contins cependant environ un qufirt d'heure, de peur qvf , 
ramené par quelque oubli ou quelque soupçon , don Gurman , revt^ 
nant â la Villa ^ ne nous trouvât tous cinq conférant ensemble, et ifo^ 
n'en conçût de plus sérieux ombrages. 

Le quart d'heure écoulé , je considérai un inslint met itmû pi- 
diens qui se promenaient lentement ^ de long en large, i traven U 
grande salle et qui paraissaient s'ennuyer à hauche qu€ vtn£^u. 

Puis je me demandai quelle él ait la manière la plus habile d'eatrfr 
en propos, d'amener ijur le tapis \^ sujf.t que j'avais tant i coeur, ûf 
sonder une fois de plus les dispositions de mes Iroia partienljin, 
enfin d'articuler ma proposition 

— Ah i hast! me dis-je, tout cela perdrait du temps. BtenplolÀ 
jouons cartes sur table et menons l'afi'iiire tambour baltanl. Ce n'nl 
pas un siège qu'il faut ici; c'est un assaut..*.. Donc, battons la i 
et que Dieu nou£ sovt fu aide ! 

— H«ia amb, leur di«^je à briUe-uourooint* vous savei <k 



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vammy.T^ 



^^^ 



et moi noue ne sommes habitants de Villa Villana qu'à notre corps 
défendant. Vous ayez été laissés ici, comme des sentinelles, pour nous 
empêcher de nous sauver. Voulez-vous nous y aider, au contraire, et 
vous sauîer avec nous? Voulez-vous , d'esclaTes que vous êtes et de 
malfaiteurs, essayer de devenir libres et honnétes'gens? • 

A cette proposition inattendue, Stefan et Pablo pâlirent d*étonne« 
ment. Puis une rapide rougeur traversa leur front et ils s'appuyèrent 
contre le mur. Sur leurs traits décomposés on lisait surtout Tem- 
preinte du découragement et d'un découragement que mes paroles 
fflmliUient rendre plus vif, comme serait le désespoir d'un damné i 
(^i Ton proposerait un projet pour sortir de Tenfer, tandis qu'il sait 
Ùea et qu'il sent bien que Tenfer est son partage pour Tétemité. 

Manuel me dit : 

-T-.Je le voudrais. Mais que devenir paripi ces honnêtes gens qui 
savent quel triste métier nous avons fait, depuis quinze ans? Que 
voulez-vous? Il faut que nous restions au milieu des voleurs, puis- 
que ailleurs tout le monde nous repousserait. Et puis, i moins d'aller 
aux extrétnités du monde, comment échapper à cette active police de 
Gnzman qui saura bien nous reprendre et nous ramener ici, si toute- 
fois il ne préfère, au moyen de quelque bon coup de poignard ou 
d'arquebuse, nous envoyer porter de ses nouvelles à son cousin 
Lucifer, b 

Je -m que Manuel parlait pour les trois. Ils n'avaient aucun goût 
pour leur triste état. Seulement ils ne savaient comment en sortir et 
eomment se tenir ailleurs. C'était tout ce que je voulais. 

---liien n'est impossible i l'homme de cœur qui a confiance en 
IHeu, repris-je. 

Voioi mon plan. Nous quittons cette maudite caverne. Vous savez 
certainement le chemin qui nous doit mener jusqu'à cette première 
vallée où tous avez si bien joué le rôle de douaniers. C'est là qu'il faut 
aller. ^~ Une fois que nous y serons, je saurai bien, moi, malgré mes 
anciennes terreurs , remonter le trou aux serpents. Gela fait , nous 
serons en France , sur ma chère montagne bleue. Nous aurons bien 

vite retrouvé mon oncle et ma mère.... si ma pauvre mère, hélas! 

n'est pas morte de chagrin. Je vous promets que mon oncle vous oc- 
cupera; soit à garder ses troupeaux, soit à cultiver ses pommes de 
terre et son maïs. Ah ! quel bonheur de revoir le jour et le soleil ! » 

Les trois hon^mes se concertèrent du regard. Ils pensaient tous de 
même. Tous à la fois vinrent m'embrasser. 

— Partons, » dirent-ils. 

Et ebjcnii de fiiire son paquet, y compris le bon Lopez, qui d'abord 
voulait absolument rester, de peur d'entrater notre marche 

Cependant, à mesure que nous approchions de la sortie, nous nous 
étonnions de ne pas voir ces petits filets de jour qui passaient d'ordi- 
naire à traven les broussailles de l'ouverture. Une idée me traversa 
l'esprit : 

— Guzman aura eu en s'en allant une ombre de soupçon, et pour 
être plus sûr de son fait, il aura refermé la pierre. § 

C'était cela , en effet. Mes compagnons d'abord furent pris de dé- 
couragement. 

— Allons-nous, pour si peu, leur dis-je, jeter ainsi tout de suite le 

manche après la cognée? Mais, à propos de cognée, venez voir 

ma réserve. J'avais prévu cet obstacle. Voici de quoi le lever. • 

A mes moments perdus, et quand j'étais sûr de ne pas être vu, j'a- 
vais réuni, dans un coin bien obscur et bien reculé du souterrain^ un 
assez grand nombre d'outils : des pioches , des pelles , des pics, des 
haches 

— Qtt6 chacun prenne un de ces instruments, dis-je. 

J'ai bien étudié la configuration des lieux , quand nous sortions , 
Lopex et moi, quelques minutes, pour prendre l'air. Immédiatement 
à côté de l'endroit où la pierre clôt si parfaitement le souterrain, il y 
a on petit hêtre, un arbrisseau plutôt qu'un arbre, et qui peut avoir 
i peine quinze ans. Ses racines occupent certainement dans le sol un 
espace à travers lequel chacun de nous passerait largement. Il ne s'a- 
gît giie de l'arracher. La chose est plus malaisée, sans doute, p<mr 



nous qui avons Farbre au^dâsiut de nos têtes que n noua Tavions â 
nos piedâ. Miih rimporlant c'est que la chose ne soi! pas impossible. 
En deux heures d\in travail ac harn>^ noua coucherons le hêtre sur îû 
fiant-, je nVn doute pas. Dans tous lejs cas, que coûte-t-il d^essa^erl 
Cth nous disiratni et nous fera gagner de Tappétit. .,...» 

L'idée fut gtuHée d'un ehaçun et inimédiat<*ijienl miSii exécution. 

Au bout d*un quart d'heure nous rencontrions t'eiilrémilê i!hevêke 
des racines du hôtre. A mt*sure que nous ïes d^^gagiona, ces radiies 
dtivenEiient pfusj f^ro^sps. En les ebra filant , nous faisions tomber des 
ni^Fïffis de terre qui ntanquéreni nous aveugler, 

ïl n'y avait pas sept quarts d'heure que nous opérions , lors- 
que ^Uuuet , eu secouant la principale racine , sentit tout l'arbre 
trembler. 

M^iiiuel i}taiL d'une viguf^ur peu commune p II tîra, il poussa de tou- 
tes ses forces penti^int plusieurs minutes ^ tout en appuyant sa tête 
contre h racine. Il finit par entendre un fort craquement, en même 
temps qu'une pluie de sable et de gravier jaunissait sa reste et pou-* 
drait ^ rotegquemc'iit son épaisse chevelura. 

Ct^dant â un dernier effort, T arbre tomba de càié^ comme une dent 
â laquelle TopéraLeur vient d'imprimer un violent mouvement de tor* 
ai on. 

Et, pour continuer notre comparaison^ de même que cette dgnt| 
quand elle lienL bien fort et que t'artiâte n'a que de médiocres outilsi 
emporte sotivent avec elle une bonne partie de Talvéolô, même un 
peu de la p+^ncive, l'arbre, en tombant, entraîna d'énormes mottes de 
terre, lit fit un trou par lequel la lumière du soleil vint soudain inon- 
der nos ri^gjirtl* joyeux,. 

Sans demander notre reste, en un clin d'œil nous étions tous de« 
hors et nouà détalions au plua vile, 

Lopez, qui avait cru être un embarras pour nous^ Hit notre salut. 

Le pauvre garçon, qui était boiteux, comme je vous l'ai dit, ne fut 
pas longtemps de force â suivre notre marche ou plutôt notre course. 
Cûnune ï\ était de h dernière importance pour nous de ne pas perdre 
une minute, nous prîcues le parti de le porter â tout de rdle iur 
nos épaules. 

Les rares passants que nous rencontrâmes étaient touchés de voir 
ces ouvriers, — c'est ce dont nous avions Tair, — si secourables â 
leur camaraile inrnine. Chacun aiuâi était toUt d'abord Bien disposé en 
notri> faveur^ et Tidée da nous soupçonner ne venait à personne,..,. 

Clopin-dopant , nous arrivâmes , en nîoitls de douze heures, non 
pas à la vallée dans laquelle débouche lé troul aux serpents, mais i 
celle où don Guzman m'avait pour la preïuiére fois révélé sa véritable 
profession, ^ 

^'ous étions épuisés de fatigue. La nuit venait. Sauf Manuel, qui 
était taillé en hercule, tous nousdéclarâmei qu^avant d'aller plus loin 
il nous fallait absolument prendre au moins quelques heures de repos. 

Nous nous jtt^mes sur un tas de fougères fiâches qui se rencontrait 
là fort à propos. * 

Je rêvai que je revoyais la montagne bleue » que tons mes compa- 
gnons trouvaient à s'établir honorablement è Saint- Palatin ou dans les 
environs. Mr^ine SéUm avait eu tort de se croire mort; il n'itait que 
Lli^sé : du routeau des contrebandiers il n'avait conservé d'autre sou« 
vecitr qu'une glorieuse cicatrice de plu^. 

Iléhs ! ce révc était un rêve ! 

{ La èiùte au prochaiit numéro.) Evù. de. MAHtiEHEE* 



LES RESIOnDS D'HIV ASSOMUEUIt. 



AVANT - PROPOS, 

Oliii qui , en 18'^0 , aurait vu défiler le» enfants qui sortaient dt 
Tel oie df Chatini, ci^ Angleterre, celui- là aurait peut-élre renrtarquf 
un Délit garçon de Luit ani, h U mim éveillée et au regard iinfulié^ 



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M 



t'OUVRfER 



rement vif et obierv^teur. 5'ii iTait^oulu consulter le professeur, il 
eût pu apprendre que cet Bnhni, nommé Charles Dickens, se faisait 
disltttguer par une mémoire prodigieuse, et par la promptitude de 
%on intelligence. En le rencontrant quelquefois , il eût pu observer 
encûre (|tie renPjnt avait toujours â la main quelque livre , et que, 
dans ces însUnts, bà connplétemeni perdus par ses camarades, où Ton 
iê rend k la cfasse , od Ton en revient, dans tous les instants enfin 
qui ne sont pris par aucune oct:upation sérieuse ni par aucun amuse- 
ment fé|piUer , renfant se plongeait dans une lecture assidue. Quel 
que fût le sujet du livre, pourvu qu'il fût i la portée de son intelli- 
fence précoce, Dickens le dévorait, et meublait sa mémoire des idées 
et des passages qu'il en retirait. " 

Voilà ce qu'eût pu remarquer ou savoir le promeneur. Mais eût-il 
deviné que cet enfant devait être un jour le premier romancier et 
Tun des premiers écrivains que T Angleterre possède en ce mo- 
ment T 

Il est permis d'eu douter, puisque le père de Tenfant ne le pressen- 
tit pas lui-même. 

Après l'avoir retiré du collège, ou il Tavait fiiit entrer i douze ans, 
au sortir de Chataoi, et où il l'avait laissé plusieurs années, M. Dic- 
kens , qui était employé dans les bureaux du payeur de la marine, 
plaça son £ls che£ un avoué; il le destinait i la jurisprudence. 

Bien n'était plus contraire Sun désirs comme aux goûts du jeune 
homme ; l'élude du droit lui était tout spécialement pénible et rebu- 
tante ; aussi ce fui ni sans lutte ni aans douleur qu'il entra dans cette 
carrière. Il obéit cependant; et demeura deux ans chez l'avoué où son 
père TaTsit placé. 

Deux ans ! deux ans d'ennui et d*un trayail antipathique à son ca- 
ractère ! 

C'était bieji long, à son dge, et avec les désirs de yie indépendante 
et de travaux littéraires qui le tourmentaient sans cesse. Enfin, il n'y 
put tenir davajilage, et, laissant là le droite il chercha â vivre par lui- 
même et à sa guise. Pendant deux ans encore, nous le trouvons écri- 
vant dans quelques feuilles des articles encore sans célébrité, ou as- 
ftistant comme excellent sténographe aux débats du Parlement, pour 
le compte de l'un des grands journaux anglais. Enfin la publication 
du €iub de Pickwick , ouvrage qu'il fît paraître en deux ans , par li- 
TraiEoni périodiques, le fit sortir de la foule. 

Ké I Portsiûûuth, le 7 février 181 S, Dickens ayait alors vingt- 
cînn ans. 

Ce fut un prodigieux succès ; et, dès lors, commença pour Dickens 
ine suite de triomphes , dont chaque année un nouvel ouvrage vint 
accroître le nombre , et qui n*a subi nî décadence ni interruption. 

Les CftfUei de Noèi , — Nicolas Nkkîeby^ — David Copperfield , — 
têi VoUura de Londres ^ — ta Maison fatale %i les Dombey père et fils 
nous Hemblent les plus remarquables de ces ouvrages nombreux. 

Animé d'un ardent amour pour les libertés de son pays, et pour le 
progrès bien entendu de ces libertés, Dickens a consacré souvent sa 
plume i l'expc^sltion de ses idées. Outre les nombreuses et belles pa- 
ges qu'il y a données dans ses romans , il fut l'un des fondateursdu 
Ikiiîy-Newi^ journal fondé pour être Torgane des libéraux progressis- 
tes; et plus d'une fois il lui a depuis porté sa collaboration. 

Nous ne voulons pas entrer ici dans la vie pnvée de Dickens; nous 
pourrions l'y montrer heureux et tendre père de famille et faisant un 
noble l'mploi d'une très-grande fortune acquise par vingt-cinq ans de 
Iravail et de succès; mais nous ne prétendons parler que de Té- 
Ciivain. 

Dickens s*est moins attaché k peindre des caractères généraux que 
les mœurs de son pays; moins des Européens quelconques, que des 
Angtaia et des Anglais de telle ou telle classe. De là ces mille détails 
Il inlimes, si vraiment pris sur le fait^ qui dénotent un coup d'ooil si 
Uivealig^teur et si Gn, et qui, tout minutieux qu'ils paraissent quelque- 
foiiif n'eu eoncourer.f pas moins tous à leur but, et rendent vivants 
tous hjè per.fonnages qui, en si grand nombre et avec une telle va- 
riété, pensent , parlent, te mcrurent, agissent et respirent dans ses 
UnrA, §09 ftyle. tour à tour rapida ou l'amutant aux accidenta de la 



route, est souvent pittoresque et coloré, toujours original ^ parfbii 
poétiqpe. .toignons à ces qualités la singulière originalité de son es« 
prit, son rare talent d'observation, la sensibilité et la pasaîon qui ra- 
niment souvent, et nous comprendrons alors son talent, ainsi que lei 
' causes de son succès et de sa célébrité, 

I Nous doiinons aujourd'hui aux lecteurs de rOmrier un épisode 
j dramatique emprunté au roman les Voleurs de Londres , l'un dea 
I chefs-d'œuvre mcontestés de Dickens. Cet épisode a été libremeol 
I imité de l'anglais et nous en avons modifié quelques détails , afin 
d'accommoder cette publication aux habitudes du publie fran^aii. 



CHAPITRE W. 
L6 crims. 

Il est â peu près deux heures avant la naissance da jour, \» ptet 
fort de la nuit en automne : les rues sont désertes et silencieoses : 
l'ivrogne et le débauché regagnent, en chancelant, leurs denoeurea. 

Dans une ruelle étroite et tortueuse du quartier Saint-Xacquea , 
entre deux murs qui ferment des jardins de maraîchers . est une petite 
maison élevée seulement d'un étage , aux fenêtres étroitea, i l'aspect 
délabré. On ne la distingue i travers l'obscurité que par sa nasse, 
plus compacte que le reste ; la porte enfoncée dans le mur asiea 
épais, est visqueuse et verdie par la mousse et Thumidité. 

Au premier étage brille une petite lumière ; elle éclaire une cham- 
bre d'un aspect singulier ; les objets les plus divers y sont rasaembléa : 
d'un paquet, â moitié défait par terre, s'échappent des cachenûra 
d*une grande valeur; sur la cheminée, plusieurs pipea cassées, des 
verres souillés de vin ; à côté , des bouteilles cachetées et un poignard 
damasquiné ; sur une des trois chaises, qui, avec une table commune 
et un buffet, forment tout le mobilier de cette habitation, des ciie- 
mises d'hommes en fine toile de Hollande, merveilleusement cousues; 
â un clou , au milieu des lambeaux de papier décollé , une petite 
montre de femme , avec ses breloques et sa chaîne. : sur la table , les 
restes d'un repas , des croûtes de pâté dans des morceaux de papier, 
et pour tout couvert , un couteau : tel était l'aspect de cette demeure 
étrange 

Un honmne -veille dans cet affreux repaire : c'est un vieillard , un 
juif, au regard faux , au visage repoussant, rendu plus affreux encore 
par un encadrement de cheveux rouges et nattés. U est velu d'une 
robe de flanelle couverte de taches de graisse : son cou est nu t son 
visage pdle et ses traits décomposés , aes yeux rouges et iniectes de 
sang le font ressembler , moins à un homme , qu'A quelque hideux 
fantôme, moisi par le tombeau et tourmenté par le diable, 

11 est blotti sur les cendres de son foyer éteint , enveloppé dans 
une vieille couverture ; une chandelle, presque consumée , est pïaciêe 
sur la table i côté de lui. Absorbé dans ses pensées , il ronge les od 
gles noirs de sa main droite , et laisse voir , semés çà et là dar 
ses gencives dépouillées , qnelques morceaux de dents qui pournieni 
appartenir i un chat ou à un rat. 11 se nomme Isaac : c'est le rer^îeur 
que connaissent tous ceux qui volent; c'est le confident de tou« ceu^ 
qui tuent ; c'est le complice de tous ceux qui font mal. 

Dans un coin de la chambre, un homme dort sur un matelas pi: 
terre : de temps en temps , le vieillard tourne les yeux de ce eu it) 
puis les reporte sur la chandelle , dont la longue mèche et le tuiJ 
amoncelé sur la table , témoignent clairement que les pensées d'ka^ 
sont ailleurs. 

U reste ainsi sans bouger, sans paraître prendre garde au tempe 
qui s'écoule. Tout-â-coup, un bruit de pas dans la rue attire son 
attention : « Enfin! » murmure-t-il, en essuyant sa bouche ^che t\ 
fiévreuse , « Enfin l • 

On sonne doucement : il se traîne vers la porte et revient wm- 
tôt , accompagné d'un homme enveloppé jusqu'au menton i et qiu 
porte un paquet tous le bras. 



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rOtîVRIBR. 



' Le ooa^eau venu se nommait Hagot : c'était an homme d*entiroii 
trente ans. Voleur intrépide , il était célèbre d^ns les prisons pour 
âToir su tromper les efforts de la police el ses recherches les plus 
adirés : on ne disait cependant pas qu'il eût jamais tué personne. 
Aunt de descendre dans la vie criminelle , qui était detenne la 
sienne , il avait épousé une jeune fille appelée Nancie. 

Rêget entra , s'assit , ôta son paletot , el laissa voir la forme et 
Fapparence d*un homme robuste : f YoiU ! » dit-il , en posant son 
paquet sur la table , « ayex soin de cela , et tirex-en le meilleur parti 
possible ;. j*ai eu assez de peine i Tavoir ! il y a trois heures que je 
devrais être ici 1 • 

Isaae prit le paqu^, Fenfenna dans Faraioire et se rassit sans rien 
dire. 

U né quittait pas le volevr des y<*ux : ser lèvres tremblaient si Ibrt, 
son visage était tellement altéré par les émotions qui le. boulever- 
saient que le nouveau venu recula involontairement sa chaise et s'écria 
tout effrayé : i Qa*y a-t-^lî Pourquoi me regardet-vous ainn? Qu'a- 
ves-vouaT • 

Le juif leva la main et agita convulaivement l'index; mais aa caler» 
était si grande qu*il ne put parler. 

— Damnation ! s*écrià Ragot , il est devenu fou ! Malheur à moi ! 

— Non , non ! murmura Isaac , retrouvant un peu da voix , cela 
n*est pas , je ne t*en veux pas, Ragot ! 

— - Oh vraiment ! reprit celui-ci , laissant voir un pistolet, qu*il mit 
plus i sa portée , c*est heureux pour un de noua ; pour qui ? cela ne 
lait rien à raffaire! 

— J*ai quelque chose i te dire, Ragot , dit le juif, rapprochant sa 
chaise. Tu es encore dans do plus mauvais draps que moi ! 

— Oh! oh! fit le voleur d*un air incrédule : Silence! tais-toi, 
vieux chien ! ou Nancie ma oroira perdu I 

-— Perdu ! c'est déjà choie fiiite dans son esprit ! 

Ragot , interdit , regarda fixement le juif , et , ne lisant sur son vi- 
sage aucune explication de rénigme , le prit au collet et le seeeua 
rudement. 

— Parle ! ou je t'étrangle ! ouvre ta bouche , explique^toi claire*' 
méat! entends-tu! 

— Suppose que ce garçon qui est couché U.... . 

Ragot se tourna vers le dormeur, comnM s^il ne l'avait paa eoeore 
remarqué ; puis , reprenant sa première position : « Après ! » dit'^il. 

— ^ Suppose que ce garçon nous dénonce , nous livre tous , èher- 
che les gens ûd koe pour cela , puis donne notre signalement et les 
marques particulières pour nous reconnaître et indioue le trou pour 
nous traquer : suppose qu'il sorte furtivement la nuit pour s*entendre 
avec noa ennemis les plus acharnés ; m'entends-tu I cria le juif, les 
yeux flamboyants de rage; suppose qu'il ait fait cela ! 

— Malédidian ! si c'était vrai et que je l'eusse trouvé encore en 
vie , je lui aurais écrasé le crAoe sous le talon de ma botte en autant 
4le grains de poussière qu'il a de cheveux sur la télé I 

— Et SI c'était moi le coupable! moi qui en sais si long et qui poui^ 
rais en faire prendre un si grand nombre , sans me compter. 

— Je ne sais pas , répliqua Raget , grinçant des dente et pittissant 
rien qu'à l'idée de cette trahison du juif ; je ferais quelque chose pour 
me bire mettre aux fsrs avec toi ; puis , si j'étais jugé en même temps 
que tei , je me précipiterais sur ton affreuse carcasse en pleine cour 
d'assises et je te ferais sauter la cervelle devant toute l'aasistance. 
l'aurais assex de force , grommela le voleur, en brandissant son bras 
musculeux , pour t'écraser la tète , comme si un wagon lourdement 
chargé avait passé dessus. 

— Vraiment? 

— Oui ! de par tous les diables ! Essaies*en ! 

— Bt si c'était la Taupe, ou le Pourvoyeur, ou Samson , ou.... 

— N'importe qui! reprit Ragot, avec impatience, je les traite- 
rais de même façon! 

Uaac regarda encore le voleur fixement; et , lui faisant signe de se 
laire , se baissa vert le matebs et seooua le dormeur pour l'éveiller. 
Bagot était assis lei naina mu see ftaMi k ttlê «hmM^ 9H^ 



demandait à quoi allaient aboutir toutes ces questions. 

— Grison ! Grison ! Pauvre gars ! dit Isaac , negardant avec une 
impatience diabolique le dormeur appelé GmoH , à cauae de. son 
adresse â se dissimuler dans l'ombre ; il est las ! las d^avoir < 
pour elle! d*avoir espionné pour elle ! Riigot! 

~- Que veux-tu dire? demanda Kagol en se ret^uUnt. 

Le juif ne fit aucune réponse ; msk bq peochant ée nouvenu sur le 
dormeur, il le hissa sur son séant. Qiïind aon sobriquet eut été ré^ 
pété plosieure fois , Grison se frotta les yeu^ , et ponssant un long 
bâillement, regarda stupidenient autour de lui, 

— Conte-moi cela encore une fois « encore une fois , a6n qu'il 
entende, dit le juif , montrant Ragot. 

— Quoi! dît' le Grison, de mauvaise humeur d^^Toir été réveillé. 

— Ce qu'a fait Nancie , dit Isaac ^ «aiaisaant Hs^ot par 1i^ poignot 
comme pour Tempêcher de partir avauV d Hvair Uiut miiendu. Tu Tas 
suivie? 

— Oui. 
-*AuPaki8-Royalt 

— Oui. 

-—Où elle rencontra deux personnes? 

— Ouï, elle les k rencontrées. "^ 
— :Un monsieur et une dame qu'elle était déji aîl^e tfou^f'r d%41i- 

mème avants qui lui demandèrent d'abandonnrr tout, â comiricnrer pr 
Ragot, ce qu'elle promit ; de donner son signalpme nt, rt^ quVKe fit ; de 
dire où il allait, où on pouvait le trouver, c€ qii eilt^ fii ; où il pi^ur- 
rait être espionné , et avec quels geoB il était , ce qu'elb ïil Elle fit 
tout cela, elle dit tout, sans être menacéi'', aans se pbiudre. N'est-ce 
pas vrai? ne dit<«lle pas tout? hurla le juif â moîiié fou de colère. 

— *G'^t vrai, répond le Gristu!» en se grallanl la tête; c'est jtiaU 
comme cela. 

— Que lui ont-ila dit au sujet de dimanche dernit^r? 

— De dimanche dernier , dit le Grisou en réf^ehissant , je te Tai 
déjà dit. 

— Répèle-le encore! répète- le ! cm b.iac , tenant toujours 
R-igot , et agitant son autre maiu en Vnr , récume Lui sor tant des 
lèvres. 

— £a lui ont deaiaadé , dit le Grison ^ qui , un peu plus éveillé , 
oommençait â reconnaître Ragot; ils lui ont Hi^mand^^ pourquoi elle 
n'était pM venue au rendez-* vous, dimant'he^ f!otiin)e elle I av^il pro'- 
oùa; elle a répondu qu'elle n'avait pas pu. 

-f Pourquoi ? pourquoi ? interrompt le juif Iriomphaieniçtii. Di»- 
lui pourquoi ! 

-* Paroe qu'elle avait été retenue de force, 1 k maisoii, par... 
par... par son mari ! 

— Dont elle leur avait parlé. 

-^ Et de lui, de soa mari, dis-lui l qu'a -t- elle dit ? 

— Qu'elle avait de la peine i sortir aaos lui dira où elle aïUit ; et U 
première fois qu'elle alla voir la dam«, elle — ah 1 ahi je ria quauJ je 
pense k cela , — elle lui donna du laudanum ! 

— Mille tonnerres ! cria Ragot se dégageant rudement du juilL 
Laisse-moi aller! Repoussant Le vieillard , il se précipiy ïwn de la 
chambre, et s'élança furieux dans l'escaLier. 

— Ragot, Ragot, cria le juif, le suivant en toute bâte, un mot, un 
seul mot! 

Ragot n'écoutait pas, mais il fut arrêté par l impossibilité d ouvt îr 
la perte de la rue qu'il accablait inulilement de coupa de ^lads et 
d'iiyures, quand le juif arriva tout haletant, 

— Ouvre-moi! ne me parle pas! ou... ouvre-moi, te di£^el 

» Un seul mot, dit le juif , tenant U se m ire. Tu ne seras p^a 
trop 

— Ouvre ! dit l'autre. 

«-Tu ne seras pas trop... violept.. Hagot t pleumicW hiu^. 

Le jour se levait. On y voyait as&ei pour disiinguer let tuiti un 
viàage. Ra échangèrent un rapide coup détail i leurs yeux itr^lliueut 
d*ua édat auquel on ne pouvait se méprendre. 

M»ft fMS en, eontintta lauc, reoonuiissant que toute ktivs^ é^ 



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L'OUVRIER. 






w 



qnitfle, je veux dire q«e tu ne sois ps assez Tiolent pour compromet- 
tre U sûreté : sois rusé. Ragot, et non trop hardi. 

Ragèt ne répliqua rien, mais poussant la porte dont le juif avait 
tourné la def, il s'élança dans les rues silencieuses. 

Sans un moment d'arrêt ou de réflexion, sans tourner une fois 
k tête â droite ou â gauche, sans lever les yeux vers le ciel ou les 
abaisser vers la terre, mais regardant droit devant lui avec une réso- 
lution sauvage-, les dents si fortement serrées que ses mâchoires sem- 
; percer la peau qui les couvrait, le voleur continua sa course, 
I prononcer une parole , jusqu'à ce qu'il atteignit la porte de son 
logb. 

Il l'ouvrit doucement avec une clef, enjamba légèrement T^scalier, 
et entra dans sa ehambre, ferma la porte â double tour, et y appuyant 
«se loi^e table, ouvrit les rideaux du lit. 

La jeune fenune était couchée è. moitié habillée; il l'avait tirée de 
icm sommeil, car elle se dressa avec un regard surpris. 

— Lève-toi, dit Ragot. 

— Est-ce toi, mon ami? dit-elle avec une expression de plaisir 
causée par son retour. 

r— C'est moi ! lève-toi ! 

Une chandelle brûlait encore, mais Ragot la retira, en toute hâte, 
du chandelier et la jeta dans le feu. Voymt la faible clarté du jour 
poi|Mlre au dehors , la jeune femme se leva pour ouvrir les ri- 

•** Laisse cela, dit Ragot, la retenant; on y voit asset pour ce que 
j*«i à bire. 

— Ragot, dit Nande alarmée, pourquoi me regardes-tu ainsi ? 

Le voleur s'assit, la regarda pendant quelques secondes. Sa poitrine 
•e SQuleva avec force , ses narines se dilatèrent : tout-à-coup il la 
saisit par les épaules, la tira au milieu de la chambre; puis regardant 
vers la porte, mit ses grosses mains sur la bouche de la jeune femme, 
pour l'empêcher de crier. 

— Ragot! Ragot! murmura-t-elle , luttant avec toute la force que 
dontie une crainte mortelle. Je ne jetterai aucun cri, pas un seul; 
écoute-moi, parle-moi, dis^moi ce que j'ai fait ! 

r-Tu le sais bien, démon que tu es, reprit le voleur, retenant son 
haleine ; on t'a espionnée cette nuit , on a entendu tout oe que tu as dit. 

-^ Alors , pour Tamour du del , épargne ma ^e comme j'ai 
é^rgné la tienne , reprend la jeune femme s'accrochant après lui. 
Ragot, Ragot, tu n'auru pas le cœur de me tuer. Oh! pmise i tout 
ce que j'ai refusé , cette nuit même , pour toi ; tu dois réfléchir à ce 
que tu fais , et ne pas commettre ce crime , je ne te. lâdierai pas , tu 
ne peux te débarrasser de moi. Ragot, Ragot, pour l'amour du bon 
'Dieu, pour toi, pour moi, arrête avant de répandre mon ung; je 
t'ai été fidèle, j'en jure sur mon âme. 

Rajot fit de violents efforts pour dégager ses bras , mais ceux de 
Nande étaient entrelacés autour, et il eut beau se démener, il ne put 
pas se débarrasser d'elle. 

— Ragot, dit-elle, s'efibrçant de mettre sa tête sur la poitrine du 
jiime homme, ce monsieur et cette chère dame m'ont parlé, cette nuit, 
d'une petite maison en pays étranger où je pourrais finir mes jours 
Àum la paix et la solitude. Laisse-moi les revoir , et je leur deman- 
derai ft genoux d'avoir les mêmes bontés pour toi que pour moi , et 
àous quitterons tous deux ces lieux maudits, et nous irons vivre bien 
km d'une vie meilleure et nous oublierons le passé , excepté dans nos 
prières. Il n'est jamais trop tard pour se repentir, m'ont-ils dit , je le 
sens maintenant. Mais il fiiut que nous ayions un peu de temps, si 

«peUr que ce soit. 

Le voleur débarrassa un de ses bras, saisit son pistolet. La certi- 
tude d'être immédiatement découvert, s'il tirait, traverse son esprit, 
^imême au milieu de sa furie. Prenant le pistolet par lé canon, il 
Stt ^éna de toutes ses forces deux coups sur la tête de Nancie qui 
ilâirlevée vers hû et touchait presque la sienne. 

Elle chancela , et tomba presque aveuglée par le f ang qui coulait 
iW profonde ouverture au front ; puis se levant avec diffièuUé sur 
Il elle joignit les miins et les élennt versb ciel tuisi haut 



que ses faibles efforts pouvaient le lui permettre, elle murmora une 
prière pour implorer la- pitié du Créateur. 

C'était un spectade affreux. 

Le meurtrier s'appuya au mur en chancelant et , mettant n main 
devant ses yeux , saisit un gros bâton et Tassomma. 

( La suite au prochain numéro, ) François Rouveau. 



LES HISTOIRES DE THÉODORE. 



A M. PROSPER DE DUMASt. 

Très-cher ami, ce pieux voyageur qui nous arrive de si loin, après 
avmr fait si modestement de si grandes, choses ; un autre dévoué 
soldat de TÉglise, qui, comme une humble et laborieuse ména- 
gère, cache sa vie et son tra^vail dans la liaison ;..et moi. qui vottdnds 
bien n'être pas inutile et n'être pas vain , nous diniona hier chei 
Théodore, que tous aimes et que vous n'avez jamais vu, qui ne 
connaît que votre nom et qui vous airae. Nous étions en famille ; nous 
causions avec pleine confiance et pleine libeHé , sûrs de ne pouvoir 
prononcer dans l'abandon de la causerie , un seul de ces mots qui 
font, à Vinsu de celui qui les prononce , d'amères blessures i celui 
qui les entend. Et pourtant, lorsque j'ai, il y a trois semaines, em- 
brassé notre voyageur, et serré cordialement les mains de Théodore, 
je les voyais l'un et l'autre pour la première fois. Mais combien déjà 
tous m'étaient chers, et m'étaient connus. Un chrétien leur pr^eote 
un chrétien : voilà la connaissance faite et la voilà ancienne , la voilà 
profonde et entière; nous sommes frères, nous avons été nourris aux 
mêmes mamelles. On ne me demande point de produire des titres, 
des œuvres , ni d'ôii je sors , ni ce que je vaux. Béni soit celui qui 
vient au nom du Seigneur ! 11 est chrétien,, c'est un nom glorieuaç et 
vénérable ; s'il n'a point d'œuvres, il a de bons désirs, c'est soa titro 
sacré. Qu'il prenne place à ce bon foyer du Christ qui brûle dans nos 
cœurs. Aident et doux fpyer, .receefré .comme la (iumlle, large 
comme le monde ! Frère, as-tu laissé quelqu'un sur la route? Va l'ap- 
peler, qu'il vienne ! As-tu des malades? Nous tâcherons de les secou- 
rir. As-tu des affligés T Nous saurons les consoler peuft-être. Veux-tu 
des efforts, veux«tu des aumtoes, veux-tu des prières? 

Nouii causons donc, nouvelles connaissances^ vieux amis, comme 
des frères qui n'ont cessé de vivre ensemble quoique séparés; ne 
sachant rien de nos aventures réciproques, coenaissant tout de oos 
sentiments les plus profonds ; et selon ce que racontait n'.imperte le- 
quel de nous, les autres s'affligeaient ou se réjouissaient avec lui, 
sans qu'il eût besoin de dire : Là j'ai été heureux, là j'ai souffert. Ces 
discours étaient francs et modestes; «ac mère et deux enfants écou- 
taient; leur présence purifiait dans l'expression jusqu'au plus amer, 
souvenir que ks spectacles du nonde avaieirt pu nous laisser. Autre 
bonheur que vous ne sentez pas SMsi vivement que moi, sans doute! 
car vous vives, yôus parlez toujours dans cette. chaste atmosphère de 
la famille, dont l'icfloence , unie aux conseils d'une indulgente raison, 
ferme votre bouche à toute parole violente , vous fait taire les plaies 
que vous ne peuvet guérir , et seulement plaindre des excès qu'un 
zèle moins sage s'emporte parfois à maudire inutilement. 

Cependant la conversation nous avait conduits en Anf^eterra, et 
Théodore nous racontait, avec le paisible sourire qui ne le quitte gnère, 
comment il avait jadis passé une année à Londres, au milieu du beau 
monde. La suprême élégance était de vivre la nuit, de dormir le jour. 
On se levait après midi, on s'habillait pour déjeûner, on d^eûnaitde 
une heure à deux , et tout de suite on courait à la promenade. U y 
fallait paraître, non pour jouir du beau ciel, des arbres, des fleurs, 
mais pour voir et pour montrer des habits, des robes et des chevaux. 
Vers quatre heures , on s'habillait de nouveéu pour les visites du 
malin. Ces toilettes n'étaient pas une petite affSaire, et ne prenaient 
pu jpev de temps, Lae visites du m^tm se faiaaieiit de cinq i $Êfi 



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^- 



fa^. 



L'OUVRIER 



$13 



beares du soir; apris quoi Ton atait i $*habiller encore , afin de se 
rendre aux invitations â dîner. Si les invitations étaient pour httit 
heures , Télëgance et le bon ton voulaient qu'on n'arrivât pas avant 
neuf heures. Le convive sans usage qui se serait présenté â huit heures 
et demiB , aurait couru chance d'apprendre que la maîtresse de la 
maison n'avait pas terminé ses visites du matin. On dînait enfin , à 
grand appareil de vins , de viandes et de laquais ; on restait jusqu'à 
onze heures i table, jusqu'à minuit chez l'hôte*. Après minuit, qua- 
trième toilette, et alors on allait en 8oirée, l'on ne rentrait plus qu'au 
jour, pour fermer aux douces clartés du soleil , à la brise matinale, 
aux ramages des oiseaux, les volets lourds de la chambre à coucher. 
Cette folie des riches anglais, qui emploient ainsi à brûler de l'huile 
et de la cire Us courts moments de l'année où le ciel leur accorde 
de la lumière et des fleurs , nous paraissait presque incroyable. De 
tout ce temps, ajoutait Théodore' , je n'ai pas ouvert un livre ; si j'a- 
vais vodu réfléchir un peu sur moi-même, je ne l'aurais pu , toute 
ma vie, comme celle des autres, étant de m'habiller et de me mon- 
trer, et le plus ridicule est que ce fol usage n'amusait personne. 
Chacun en maudissant impatiemment la tyrannie , mais la subissait 
néanmoins. Ainsi lé voulait l'élégance; dans ce pays du' libre arbi- 
tre religieux et politique, une semblable raison domptait les plus ré- 
voltés. Ces gens qui miauraient dit que la religion exige trop de veilles, 
d'abstinences, de pratiques et de rigueurs, se soumettaient à changer 
d'habit^ cinq fois par jour , se privaient de sommeil , de liberté , de 
réflexion, détruisaient niaisement tout l'ordre de l'existence humaine, 
obéissaient en esclaves aux plus puériles prescriptions d'une loi que 
changeait tous les jours le caprice intéressé du tailleur et' des cou- 
turières. 

Là-dessus nous mesurions le degré de misère morale où il fallait 
que ces pauvres riches fussent tombés pour imaginer de si maussades 
extravagances et s*en faire des plaisirs ; puis d'autres discours ve- 
naient et d'autres histoires. Vous savez quels exemples redoutables, 
quels phénomènes aflreux peuvent produire ces trois plaies : la ri- 
chesse, le désœuvrement, et, la plus terrible de toutes, l'ignorance de 
Dieu. Malgré la noble femme et les deux anges qui étaient là, nous en 
eûmes bientôt dit plus qu'il n'en fallait pour nous attrister 

— Laissons ce pénible sujet, reprit Théodore, comme si, se rap- 
pelant l'anathôme prononcé contre ceux qui deviennent le scandale de 
leur prochain, il eût craint d'ajouter notre légitime colère au lourd 
iardeau de ces malheureux : voilà des excès de folies et de vice,, 
mais j'ai vu aussi sur la terre des merveilles de vertus qui sauront bien 
vous consoler. 

Alors il nous conta les histoires de son village, un bon village d'Al- 
sace, tout ignoré, tout caché dans les bois, tout catholique au milieu 
des protestants, très^lévot à Dieu, à la bonne sainte Vierge, à sainte 
Odile et à tous les saints du Paradis. J'ai retenu ces histoires et je les 
décris, tandis ^que les douces paroles de Théodore résonnent encore 
dans ma mémoire; je les écris par mandement spécial de ceux qui 
furent comme moi ravis de les entendre ; je les adresse à vous, parce 
que je ne sais pas de plus fier et de plus noble esprit qu'elles puissent 
charmer. Lisez- les à nos amis, répétez-les, qu'elles aillent partout 
réjouir tous les cœurs qui s'aiment en Dieu. 

fl — J'ai connu , nous dit donc Théodore , une vieille femme qui, 
dans sa jeunesse , avait fait le vœu de ne jamais refuser son assis- 
tance aux pauvres de Jésus-Christ. Elle était pauvre elle-même , ne 
possédant que sa chaumière, un petit champ et sa robuste santé. Jus- 
qu'au jour de sa mort , c'est-à-dire pendant cinquante ans et plus , à 
travers tout ce que Dieu voulut lui envoyer d'infortunes, de maladies, 
de mauvaises années, elle fut fidèle à son vœu. On la connaissait, on 
lavait que sjl maison ni sa main n'étaient jamais fermées, qu'elle était 
toujours prête à veiller un malade, à ensevelir un mort, à partager au 
mendiant qui passaitson d ernier morceau de pain, et, s'il en passait 
deux , ou oue le morceau fût trop petit , à tout donner. Que de fois 
die entendit, au milieu de la nuit, frapper à sa porte l Chaque fois elle 
se le r a diligem Bient, même dans sa vieillesse et dans ses maladies, 
ouvrit irhOte «ne EMieHlui adressait et la fil entrer, en le remerciant. 



quel qu'il fût, d'être venu rhex elle. S'il avait froid, elle aHumait du 
feu ; s'il avait faim , elle pr^purait en hâte un repas ausei bon qu'elle 
pouvait l'ofirir; si c'était un vîaillardl , un infirme, un malade, elle 
pansait sa plaie et lui donnait son lit, heureuse de prendre pour elle la 
paille et le grabat réservés â ceux dont T^tat n^exi{;eiît pis tant de 
soins. Le matin arrivé , elle renouTelfiit ses remerclments , ajoutait 
quelque chose à l'aumône de la veilla, et le pauvre pouvait partir ssnt 
dire ni son pays ni son nom. • 

— Mon Dieu ! s'écria l'un de noua interrompant Théodore , quand 
le jugement viendra et que la charité de cette femme s^ra glorifiée 
aux yeux de la terre et de tout runivers céleste, quelle pensée 
aurons-nous de nos misérables aumônes ^ si pompeuses et pourtant 
si avares ! 

— Oui , reprit un autre , quelques -uns recevront le ctd pour un 
verre d'eau , mais beaucoup recevront seulement ce qu'ils auront 
donné. Quand ils auraient donné dea millions , qu'ils seront pauvres 
alors ! 

— • Dieu, qui voit ses pauvr^^s, ajoutai-je , et qui n'est pai embarrassé 
de les nourrir, se sert souvent de notre paresse et de notre vanité 
pour venir à leur secours. Mais comment voudrait-on qu'il nous sût 
gré d'un peu de monnaie jetée â l'indigent pour nous débarrasser de 
sa vue et de sa prière ! Autant vaudrait dire que c'est vertu de prendre 
une voiture pour s'épargner le mauvais chemin et le mauvais temps. 
Et ces riches qui achètent i prix d'argent un renom de charité^ sans 
songer le moins du monde à rânim<>r k charité dans leur âme, ib peu- 
vent bien s'attirer le sourire des quêteuses et le remerctment de 
quelque Conseil municipal ; mais que leur doit de plus le bon Dieuf 
Trop heureux si cette généro^iilé ne s'appeHe pas hypocrisie dans ]e 
ciel, et ne leur est point imputée à cricne I Pour moi , j'aurais de quoi 
bâtir cent bêpitaux, et je les bâtirais, que mon ceuvre serait petite, je 
le sens, à côté du moindre verre d'eau, du pbs mince elpluË dur mor- 
ceau de pain qu'ait donnés cette angélique créature. 

• — C'était une femme, continiia Théodore, mais vive, gaie, pleine 
de ce bon sens parfait et sup^^ rieur que l'on trouve toujoura chez les 
ignorants qui connaissent Dieu. Je ne pense pas qu'elle ait su lire ; et 
quand elle parlait du ciel, de Vàm& et de Dieu , je vous assure qu'elle 
en parlait plus clairement, plus êloquemment et plus savamment que 
nous, l'ai rencontré dans ma vie des philoaofihes entêtés, contre les- 
quels je m'épuisais vainement , que j'iiiraii voulu voir au foyer de 
cette ignorante, ou à son dmve! lorsqu'elle y attendait paisiblement la 
fin. Elle fut charitable envers la souffrance, et douce envers la mort; 
elle les vit venir et les reçut comme elle avait reçu les pauvres, cei 
autres visiteurs de Dieu, avec h sourire , l'empressement el la paix* 
Les souffrances lui donnaient souvent le délire ; alors elle s'agitait, 
criait, bondissait, devenait folle^ et il fallait h ItËr. Or, elle ne voulait 
pas qu'on la liât. Quand une cri^e s'annonçait, sa fille prenait tran- 
quillement les cordes : — Allons, ma mère, il faut que je vous lie. — 
Pourquoi donc, ma fille? — Votre mal vous reprend. — Je t'assura 
que non. — Si , ma mère ; je le vols. — Je ne veux pas qu'on me 
lie, s'écriait-elle avec force. — Eh quoi ! reprenait la Bile , Notre Sei- 
gneur lui-même, nVt-il pas été lié? L'effet de ce mol était imman^ 
quable. Le nom puissant de Jésus-Christ calmait soudainement tout le 
désordre de la nature. Cette pauvre malade présentait ses bras ; Fais, 
ma fille, disait-elle; el elle s(^ laissait lier, 

• Je Taimais beaucoup ; j'jtlLais souvent la voir et ni'édjlier auprès 
d'elle. Sa prière était entraûiante; elle di&sit d'iidmirabks choses. Un 
jour, au premier coup d'œil, son ét^t me parut iimciioré. Elle semblait ; 
avoir plus de force, elle parlait gaiemi^nt el nfMttntcul, — ^ Vous voilà 
bien, lui dis^je. — Mais oui , me répondu -rlJe, c'est aujourd'hui que 
je meurs. Je me tournai vers sa iibie , ei je lui demautluî l'avis du 
médecin, ne pouvant croire qu'elle fût si bas. — Le médecin est con- 
tent, me répondit cette fille avec la même feritiélé; mais noi je croîa 
que nui mère va mourir, puisqu'elle le dit. — Oh ! j'en bMk bsensûre, 
reprit la bonne femme; de minute en minufe je s^m que le moment 
approche. Je suis prête;. j'ai \u M, le curéf il ma promis de revoir; 
l'aurai le temps de me «^^nfesser encore uue l'ui»; ; ini iui^u'au 



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4M' 



L'OUVRIER. 



ioir. Et éUâ se mît è me parler do eiel arec cet accent de la (bi et de 
la téfilé qui pn^^bêtîse dana U bouche èm saints mourants. G'éiait là 
ce qui me faisait périmer qu'elle allait en f Ëfet mourir, car extérieure- 
ment Elle ne s'aEiibli^iait pat. Vous jugez bien quM n'y avait en elle 
paa plu a de philosophk et de jactance que je |i,*y voyais 4e l^i^reur. 
L'bnjoble créature ne s'était jamaii dit qu'il convenait de mourir bra- 
iment. Elle ifiioratt que ea ^ie eût été ËubHme, et je savais seul quel 
grand spectacle m^oflrait sa mort. Point de faiblesse, point de regrets, 
point d'impatience : c'était le voyageur au bout de sa course, qui, voyant 
I peu de diatance la maison de sâ famiUe , oublie le chemin qu*il a 
fait, ne doute pas de l'accueil qui Tatiend , et déjà se sent tout reposé* 
par 1« seul aspect dn lieu de son repo3. Le médecin vint, et dit encore, 
«ans ébranler la conviction de U malade , qu*elle n'était pas au mo- 
laeot 4e mourir, lï ne lui trouvait qu'un peu de fièvre, et mm, persuadé 
coiuBie elle que son heure ét^ît heureusement venue, je me demandai 
fi] celte fièvre, qui lui donnait la forée et Téclat de la eanté, venait de 
la faiblesse du corps ou de la force de rame, trahissait la nature expi- 
Fliite cm rétékit l'assistance de Dieu? Le curé vint. Nous nous écar- 
Utnes, U monranle se confessa une dernière fois, semblable i Tenvoyé 
0dèle, i|ui, sans songer au mérite de u missioii bien remplie et du 
long chemin qu'il a parcouru , secoue, avant de paraître i Taudience 
de BOA roi, un reste de poussière jeté sur kû par I effort des vents. 
Oh ! qu'il faisait bon la voir, toute revêtue delà apSendeur du pardon 
luprème, attendre^ pour ainsi dire, debeut, ie jugement, U récompense 
mafutSque du tout-puitsanl maître qu'elle avait sibieu servi ! EUe ne 
cessa point d'être modeste » et néanmoins, entre elle et moi, la Mpé- 
riorité du rang temporel disparut. Sur ce lit, OÙ lesipiuvreff avaient 
souvent pris ^a place, elle était lur un trône au pied duquel, poisses- 
eeur de<t biens mensonfïer» de la terre, je reçus avec bonheur la pro- 
mêâse d'être proti^f é par celle qoi avait pour jamais conquis les biens 
véritables. Je ne lui demandai peint de me bénir : elle ne mesurait pas 
compris ; je lui demandai de prier pour moi , elle m'en <ionna Tasau- 
rance. Et le soir même elle me tint parole. Ainsi qu'elle l'avait annon- 
cé, elle acheva le jour, mais elle n'alla pas plus loin. Au moment où 
le soleil ent^e dans la mer, celte âuie bénie sMleva paisiblement dans 
réternit^. Elle arriva devant Dieu avec les prières de TAngelus. Si les 
bienheureux taîisaîent ici- bas une autre lumière que eelleiloni ils illu- 
mintnt nos cceurSj l'œil aurait, ce soir-là, cœupté une éteile de plus 
parmi les flambeaux eharmanta qui dirigeai la nuit lea pat Migués 
du pauvre et du pèlerin. ^ 

j Comment dire toutes les héroïques vertus qui fleuirisnient dans. 
m cher village ! Ver» le même temps j'^ connaissais un jeune pysan, 
qui dnpnis plusieurs années était frappé d'une maladie horrible. La 
moitJâ de son corp» tombiit en lambeaux, il exhalait une odeOr épou- 
vantïtbie, et souffrait des douleuiv que l'on ne peut exprimer. Juges de 
ce qu>^ c'était i eelui-U aussi, je l'aimais beaucoup, je savais quelles 
con;;olBiions lui procuraient mes visites, etmoi je ne pouvais penser i 
lui sins être pénétré d'admiration, car tant de tortures qui lui arra- 
fîhiiieriL des cris, ne pouvaient lui arracher une plainte; au eontraireil 
b''Hïfi$ait Dieu et le remerriait tendrement:;*— néanmoins cette odeur 
de t h:iir en putféfaclian était si terrible que je tremblais de l'afiron^- 
îer ; !<> f cBiîr me manquait i quand je l'axai s subie , j'en étais malade. 
A cause de cela , je laissais souvent passer plusieurs jours sans pou- 
voir prendre sur moi de faire une visite â l'innocent martyr. J'allais 
ju^qu'l h porté, et je n'osait entrer. Une fois j'avais été plus liche que 
de ceulume, et je m'en faisais d'amers reproches, car le malheureux* 
m'avait demandé . En tin je m'efforce , j'y vais, lentement , par le plus 
long A peine au eeuil, je croîs entendre ses gémissements; on ineur». 
monUble dégoût me saisit , me suffoque , je perds tout courage et je 
m'cmfuts...., mais en courant. ^^ ^^ j^ ^^^^ *ûasî plus de deux cents 
ps. Alors la reflexion vient, j'ai honte , je retourne ;: et je me con- 
damne , si cette pusillanimité me reprend encore, à découvrir le ma- 
lide et à rn garder ses plaies. Au moment d'entrer, ea m'appelle dans 
une autre maison. C'était une bonne vieille voisine; elle m'apprend 
qi/elle me guettait depuis plusieurs jours pour me donnei* de9 fleurs 
(l^tives que les i^remiers soleiis du printemps avaient fait éclore dans 



•on pauvre jardin. En un din d*œil elle me compose un énorme bou- 
quet,: dont l'agréable senteur me fit penser que Dieu avait pitié de luâ 
faiblesse. Mon bouquet i la main , j'abordai le malade. — Âri ! sV 
cria-t-il , soyes béni ! Depiiis quelques jours cette iniecuoL essi deve- 
nue telle que je ne U puis supporter moi-même , et je priais .tant la 
sainte Vierge de m'envoyer des fleurs ! » 

Ce fut ti^ut le récit de Théodore sur cet enlant; U n'iajouca rieti^ 
sinon qu'après cinq ans de souffrances, sans avoir un^seuie fois mur- 
muré contre la volonté de Dieu, il mourut saintement. Ah ! Prosper, 
dites! ne songez-vous pas combien elles durent briller aux yeuxdd' 
Théodore, ces aimables fleurs, dans les mains du pauvre aflligê? J'ai 
vu la belle rose s'épanouir au soleil du matin, le lis bercer dans .e«i 
calice les gouttes de la rosée, le chèvre-feuille et Taubépine réjouir les 
haies sauvages , les branches souples de l'églantier , toutes chargées 
d'étoiles, former des arceaux embaumés où chantaient la mésange et 
le bouvreuil; et ce sont li certes d*heureux et charmants spectacles. 
Cependant, que j'échangerais volontiers le souvenir de la pldl belle 
matinée de mai, dans les champs les plus ornés de la terre, pour b 
vive image de cet infortuné sur son lit de torture, souriant et remer- 
ciant Dieu , dont la bonté daignait lui envoyer quelques-unes de ces 
fleurs qui s'étalent par essaims innombrables aux regards de tant d'in* 
i grats heureux ! (Les Nattes. ) Louis Vbuillot. 

(La suite a» proehaîn mmérê, ) 



JURISPftUDElVGE INDUSTRIELLE. 



CoAditioiis deitaYftil. —On ne pent ittsCantaiiémenl ébangèrlea 
conditions de travail d'un ouvrier ; et une indemnité lii étt due lors- 
qu'on le congédie subitement pour refus d'accepter Taggravaitiota de 
travail qui lui était iinpdsée. (Conseil despHi^hwmm dê'ÉtlUt : 13 
septembre 1860.) 

— Lorsque les conditions du travail d'un e«rvrier aent' ehiôffées et 
qu'on l'oblige è une auginentiition dé travail ou' i une dimiàotiéR pro- 
portionnelle de Claire , il eM- d'usagé général de Tivertir préalable- 
ment ; et , s'il refuse , sa quinsaine de trafv^l peur congé doit liii être 
aecordée stiinmt les conditions aliciénnes. (iknséildèS'pniit^Wmmes 
de DoiMii ; i6 octobre 1860. ) 

Confectioiuiear : Modèles de vêtements remis au commeii* 
cément d'«ae saison à une maison 4e pionveantés et retoniu 
par elle. Dommages-intérêts. — Si 4es modèles de vêtements (mati< 
telets) ont été remis , au commencement d'une saison , par un con- 
fectionneur à une nudson de nouveauté, et qu'après avoir promis de 
faire confectionner un certain nombre de ces modèles , la mais<m de 
nouveauté les a retenus soit pour les livrer k la confection dans ses 
ateliers , soit pour toute autre cause , et a ainsi privé le confection- 
neur ieè bénéfices de la saison , elle doit être condamnée «[irers lui 
â.des dpmmages-intérèU. ( Coo^ct/ des Prui^hmm» de Paris ( i 
tne des tissus): 16 mai 1861. ) 



LES PREUVES DE LA RELIGKMW 

PRÉSENTÉES A LA JEUNESSE 

PAR BALMÈS 

trad. p. PÔSTEL 

f vol. in "32, franco : 80 CEKTUBi 

„^ — ' ' — ' '■■■ '■ I l I f 

Angers , inip. de Liiné frères, iie Sainl^Landi t. 

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KV44. 



!•» 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tons les samedif * 



ABlCnnSTRATION : 

«• qpiai des 6niid»-Aiigiiftiiit 
à U ]fl»miri« dflfBI^ABIOT, 

▲ PARIS. 



SOMMAIRE. 

LES AVENTURES D*X7N BCROER ; par Eugène dt Mamsiui; — LES 
REMORDS D'UN ASSOMBIEUR, rtr F. Rouviav. — SIMPLE Bl^GXT, 
p»r Aloys Luiu.^l. — LES HISTOIRES DE THÉODORE , par Louit 
Vioi&iOT. — VARIÉTÉS : Le Stwant, * Le Payw. 



ABOMiraHsirTs B'vm 



ÉTATV-Um M L*Aiiiutsi m II«m . T 



• 9 



LES AVENTURES D'UN BERGER'. 



CHAPITRE VIII. 

srtliélaiDy éohappe Rdrcitement au conseil de guerre 
et miraculensement à la mort; il lait oonnaissance 
aveo l'hôpital de Cordoue. 

J« fus réveille par une étrange mu si que. 



Ce n'étaient paa les accords doux et un peu traîi>anU du cor- 
net à bouquin, le seul inairument q^6 je connusse* Ce n'dtaîsttt 
pas davantage les notes aigres et criardes qne Jes ménétriers 
d'Argelès tirent de leurs crincrins ^ quand ils condaisent lep no* 
ctfdâ^par les chemins de la joiontagne; encore moins les sqns gut- 
turaux que fait entendre, à la grand'mes«e de Lourdes» SiMa^ 
serrurier et ophicléide, surnommé, à cause ds cette dpaUe pro- 
fession, U terpent à sonnettes. 

L'instrument que J'entendais poor k premidro fois ^it dair, 




Entrée ëep 



f» joyeux, martial. •• Je devinai que c'était une trompetts. 

Que venait laire une trompette en ces gorges sauvages? 

Nous teutons... la trompette se tait... Des tambours lui ré. 

ITdr les B««derOiisHir des it eiS51uiTler, !•'. 8, 4S et 11 fénisr. 



pondent. 

Nous regardons.... Lss pentes de la montagne étaient téulee 
couvertes de soldats... des soldats français, me dis*je aveoîii^y 
en rsconneissent leurs pan t al on s louges et hors habits bkns.^ 



3i6 



L'OUVniER.', 



A la Tue dû mea coDapalrio(ea , jâ me erui siu?é,__ 



.W 



— A ^\lù\ bon m^ËXtéoiier pour regagner toAD tiUin trou iux ser- 
pents? me dJs-jf â moi-même* La où est le drapeau , là est b France- 1 

El, par un mouvement qui o'étiït peut-âtre pas asse» réfléchi, je 
me mis à courir vers le prt^nupr peloton de Fanant garjje, qui descen- 
dait , au pas gymnastique , u a petit mameloo -tout proche de nous. 
J JAalpê nia jeunesse , j'étais k chef de notre petîlc bande. Entraînés 
^i^^ffT mon exemple, ta^ *auin#t^e« m* sertîrertt d^escorte, Manuel, 
I Stefan et Pablo courant à pi^rtJre baleme, Lopet les suivant de loin 
et à'îssi vile q^e le lui permet lait rinégalité de ses jambes, 
^ ^r Kous avions marché tyuLiejour précédent. HévelUés en sursaut, 
iMils^'ft¥iaii« pas pris le le m ps de faire une toilette bien approfondie. 
' Nds habits étaient ad! es et déchirés, nos mains noires» nos chaus^su- 
' m'bkncfiea de pousaitie; nm li^agea exténués par la fatigua ailes- 
taietit de reste que nous avions plus couru que mangé depuis quinze 
heures. Manuel j Stefan et Pablo avaient d'ailleurs, même à rétal 
nbhsal /des faces passablement patibulaires. Pour nous rendre jus- 
tice dous formions donc nn quintette assei peu présenlable, et qui 
Ti'étatt pas «le nature â inspirer de prîme-abord une confiance sans li- 
Initesi. 
'^ î * T^ï% Tut assurément Timpression du lieuteouit qui commandait le 

*^Jireïdîer détachement d'avant* garde, 
^^ En ■ m*entendânt parler français , et sans me laisser entrer dans au- 
cune explication , 

**— '^i ton Idée en pions, dît-it tu sons-officier qui marchait h c6lé 
de lui. Nous les avons surpris, et ils veulent piyer d*audace en venant 
I notre rencontre. Sergent , condutseï-les au maréchal. IL fera bonne 
justice de cette engeance, » 
• Je ne me troublai pas, 

^ Eassurez-vouSf dis-je i mes compa|nons qui commençaient i me 
reprocher ta témérité de notre fuite et à regretter les douceurs de 
Villa Villana, nous n'avons rien â craindre avec les soldats français. 
Je saurai bien les convaincre de notre innocence» et ce sont eux 
qui seront nos sauveurs. » 
Cependant je priais Dieu de m' inspirer. 

11 j avait plus d'un mois que je tenais tête k don Guzmau. Je n'a- 
tais pas non plus baissé pavillon devant le chef des contrebandiers. 

— Comment trcmblerais-je , me dis-je pour me donner du cœur , 
comment tremble rais-je devant un honnête homme et un général 
fnnçtb, moi qui ai afl'ronté k colère de ces malfaiteurs? £i com- 
ment 0ieo ne me mettrait-il pas dans la bouche les paroles que je 
dois dire pour sauver , non point seulement mt. vie , mab celle de 
ces brmvet ^ens qui se sont conilés â moif ■ 

J'arrivais de?anl le maréchal, 
!r "^Tu e* bien jeune, me dit-il, pour exercer ce vilaîn métier d'es- 
pion. Ce ^ont ces sacriptns sans doute qui t'auront entraîné. Et quant 
i cet autr« qui arrive en boitant , je parie que , si sa liberté était le 
prix de la course, il deviendrait tout k Theure ingambe eomote un 
chasseur d'iiards. 

«^ Hou f ènérali répond ia^je , je ne suis qu'un enfant et les appa- 
reueet ioot contre moi. Cependant vous ne voudrex pa& nous condam^ 
lier stna nout avoir entendus. Me permettez-vous de m'ezpliquer? 

*— le le le peranets. Dis-moi d'abord de quel pajs tu e^î 

^* Je siûn des Hautes-Pyrénéev^, d'un petit vilUge que vous ne eon- 
naisseï certaineoient pas , car les ^éo. graphies n'en parlent guère. Il 
s^appeUe Saint'Palatiii , et est située dans la montagne , à égule dis* 
tance de Lourdes et d'Arfelès. 

— Tu tombes mal, si tu débutes par un mensonge, dit sévèrement 
le maréchal. » 

Pendant que je parlais , un vieux colonel d'artillerie , à la mousta- 
che grise , lu teint bronié » â l'aspect austère , s'était approché du 
maréchal et lui avait glissé quelques mots daus Toreille. 

— Je n'ai jamais menti , répondts-je , avec assurance. 

•^ Eh bien I répliqua le vieux colonel, auquel le matéchtl avait fait 
ngae de continuer l'ioterrogstoire, dis à M. le maréchal qu'est-ce 
i|ue fou voit de oarticulier à la cure de Saint-Palatin et ai ton curé a 



toujours porté une souUne. 

— Mon colonel , répondis-ja » il paraît que Tons connaisse! Vh 
ioire de M. l'.ibbé Bertrand Chom. Ëh*i^ien! avant d'être notre < 
il avait un uniforme qui ressemblait pas mal autôtre, et il j a ûmm 
te salon du prei^bjtére une certaine croix d'honneur et une certaini 
signature que vous ne pourriez regarder sans pleurer « mon eolonel» 
ne vous en déplaise ! i 

Le «olonel baissa la tête, en manière d'assentiment, peul^étre aussi 
pour cacher une larme furttve, et, sur rinvitatiou du maréclial doeii 
l'expression devint toute bienveillante, je racontai- mes aventur^i^ 

J'insistai sur Tadmiriible conduite de Lopez , qui n'avait jamais bron- 
ché devant les voleurs et qui de peur de retarder notre marche , cu^ 
rait voulu se vouer à une éternelle captivité» Je fis valoir ausat la 
courage de Stefan, de Manuel et de Pablo, et je dis qu'il serait doiik* 
mage qu'ils eussent a se repentir d'avoir ose rompre avec don Gu& 
man, que j'espérais mieux de la justice de mes compatriotes, etc., ete* 

— àVocal, vous plaider fort bien, me dit le maréchal, quand j'«iii 
tînî. Je vous croîs, et, bien que les apparences, comme voua le dites, 
soient contre vous^ vous ne i^erex point passé par les armes, ni vont ne 
passerez devant un conseil de guerre. Je comprends même l'inlérét 
qu'il y a pour vos camarades i sortir d'Ëipagne, o£iili pourraiËntatoir 
des démêlés avec la justice, sans compter k vengeance de cm terribii 
don Cuiman.,. Je vais donc faire escorter ces quatre messieuri ju«q«« 
de l'autre côté des Pj^ renées. 

Quant â vous qui êtes jeiuie , innocent comme l'enfant qtii fient 
de naître , intelligent et brave au-delà de votre âge , je voua retiem 
avec nous... * pour votre bien, U vous sera utile de commencer â eoâr 
naître le monde. Pour le connaître , il faut le parcourir un peu , et 
ne point vieillir au milieu des chèvres et des brebis de k montagne 
bleue. — Colonel de Carnac , vous prendrez soin de cet enfant, ie 
vous le eoni^Ë. » 

Il ne s'agissait paa de discuter av«c le maréchal, dans les maôm dl^ 
quel je me trouvais. 

Je compris d'ailleurs qu'ail 5 avait du vrai dans ses paroles^ £n uni 
semblable société , j ^apprend rais bien des choses qui pourraient m'ai^ 
der â rendre aux miens plus de services que je n'aurais jamais fait 1 
si je me fusse livré , pour le rejeté de mes jours , 4 k garde dei 1 
vres et à k confection des (romAges. 



1 



Je poussai donc un grajid soupir en sentant s'évanouir l'espoir, 
instant conçUi de revoir tout c^ que j'aîoiab le plus au monde. I 
donnai 1 mes quatre compagnons une lettre qui les recommander 
chaudement a mon oncle et une autre 4 l'adresse de Ma** Aogéliqîie 
Labarre ; j'expliquais â ma chàre mère les circonstances bigarres, mai» 
providentielles , qui me retenaienl encore loin d'elle. 

Puis j'embras.^ai ces bons amis , ne sachant pas , hélas t s'^ïl me je^ 
rait donné de les embrasser une fois encore , avant de mourir^ 

Tandis qu'un détachement de quinze hommes les eondiiisait â k 
montagne bleue, le maréchal me ât donner une mule, dont mea jan^ 
bes fatiguées avaient grand besoin. Monté sur le' ^octle anima 1« et in- 
corporé dans l'armée française, avec des fonctions a^scï mal déânitii 
je me dirigeai, en la compagnie de nos braves aoldata, ven Ï1n|4rlifllf 
de l'Es pagne. ' 

Mes mémoires auraient au moins vingt volumes , si je voulais 1 
conter en détail tout ce qui m' advint , d^ins ce beau pa^fs , depuif 
jour 01^ je fus donné par le maréchal Moncej au vieux colond 
Carnac jusqu'au jour où , le plus inopinément du monde » je ] 
pour l'Amérique. 

Mais, comme C'est sur ma route vers le Nouveau-Monde que ja 1 
contrai mon royaume de tile aux LapitiS , lequel j'ai hâte de ^ 
tenter^ je me contenterai de vous faire, en peu de mots, le portrait^ 
trois maîtres que je servis successivement, avant de n'avoir plus 1 
tre nûaître que Celui par qui régnent les rois. Ces trois maitrea fun 
le colonel de Carnac, le vieui médecin Paitcraiio et te ncbe aé^ 
Miullorés. 



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L'OUVRIER. 



347 



Je puis bien dire que je mangeai mon pain bltnc le premier. 

Le vieux colonel avait de très-longues moustaches grises. Cela joint 
k deux larges balafres qui lui traversaient le visage de part en p^rt, A 
a^façeu d*une croix de saint André, ne donnait pas à sa pbygiimfYinia 
ine expression par trop tendre. Sa voix aussi était rude et brève et 
)0D geste impérieux. Il ne supportait pas la contradiction de la part 
lèses inrérieurs, non par orgueil, mais par un vif senthiient de la 
liscipHae, sentiment qui le portait du reste à obéir lui , lotit le pre- 
mier» à ses chefs, sans jamais discuter leurs ordres. 

Tel était le colonel de Camac dans Tèxercice de ses fonctions. 

Hais, une fois en dehors de ces fonctions redoutables, il 4Uit doux 
conHue un agneau, naïf comme un enfant, timide comme nnn j^une 
fille, pieux comme un séminariste. Autant il se montrait terrible quand 
il était de service, autant, quand il se promenait officieux «nu en t dans 
les chambrées, était-il d*une douceur, d*une affabilité, d'yne bonne 
humeur, d*une obligeance qui le faisaient adorer du soldât. 

Pour moi qui n'étais pas sous les ordres de Tofllcier, mais de 
rhomme , je n'éprouvai jamais que le côté charmant de son carac- 
tère, n aimait à causer avec moi de son vieil ami Chom et à me friire 
conter la vie que menait notre saint curé parmi les pauvres m on ta- 
gnards de Saint-Palatin. Puis, il se plaisait à perfectionner mon édu- 
eatiou; et, sans vouloir le moins du ihonde faire de moi un sâvant, 
il m^apprenait en arithmétique, en* histoire, en géographie, en comp- 
tabilité,, une infinité de choses qui m'ont été , dans la sniLe de mon 
existence, d'une utilité que je ne saurais dire. 

Surtout, je jouissais infiniment de retrouver chez le ban colanel, 
précisément cette même foi ardente et simple qui avait bercé ma pe- 
tite enlance et instruit ma première jeunesse. Ma mère, un*! pnu\Te 
villageoise, — notre curé, un pauvre prêtre, pauvre vobii taire mais 
assurément le plus pauvre de la paroisse — et ce brave colonel blan* 
chi dans les combats, on sentait qu'ils comprenaient la vie absolument 
de la même façon. Bien qu'ils marchassent dans des sentiers divers, 
la lumière qui les éclairait était la même et ces sentiers divers les 
conduisaient tous vers le même but. 

Souvent dans4ïette guerre d'Espagne, nous campions en pknn air 
Quelquefois» la nuit, quand Ici colonel ne pouvait dormir, îï m'emme- 
nait sur quelque point élevé d'où l'on jouissait d'un ciel étendu et 
d'une belle vue de campagne; et certes les réflexions où s't^paucbait 
son âme pieuse étaient bien sœurs de celles dont le bon abbd Chom 
m'avait nourri. 

Je n'aurais assurément jamais quitté de moi-même un ai bon 
maître 

Dans un des derniers combats que l'armée française eut k soutenir 
contre le £uneux Mina, je figurais en amateur i côté de mon cher co- 
lonel Une balle siffle â mes oreilles et va frapper M. de Garnac à 

b tempe droite. 

Je le vis tomber et s'écrier : • Seigneur Jésus , aye^ pitié de 
moi! • 

Tandis que je me penchais pour le prendre dans mes bras et le por- 
ter & notre ambulance organisée â la hâte derrière un masâif de fi- 
guiers, je me sentis à mon tour atteint d'un coup de feu. Je tombai et 
je perdis connaissance. 

Quand je revins à moi , j'étais couché dans un lit d'hôpital Une 
sœur veillait â mon chevet. Je voulus parler. Elle mit son doigt sur 
ses lèvres pour me recommander le silence. 

Cependant , devinant l'objet de ma curiosité et craignant que je ne 
me misse l'esprit à la torture , ce qui eût encore accru ma Havre , 

— Hélas ! me dit-elle , le colonel est mort sur le coup.... Mais , 
quand on trouve les poches d'un militaire garnies comme celles de 
M. de Garnac , on a confiance que ce soldat-là était un soldât de Je- 
ras-Christ. 11 avait sans doute la prévision de sa fin. Car, à côté de $on 
vieux chapelet et de sa petite croix de cuivre, il y avait dans sa pocha 
on papier plié en quatre. — « Si je meurs aujourd'hui ^ y et ait- il 
écrit , je désire que Ton remette à mon cher Barthélémy k cbapcUt 



de grains d'olivier et b petite crûix d# cuivre roiage quinem*ântpt8 
quitté depuis vitigt ans. » 

La sœur, donl la voix trcmbbft, mr. remit ces précieuses relique 
el m'engagea au calme. 

Je fus malade un mois. Mais entre le souvenir vénéré de mon cher 
maître et les soins afl'ectueux dont j'étais l'objet , ce mois , malgré 
quelques soufi^rances , malgré de fri^uenteâ insomnies et la pénibie 
exlrartion d'une balle qni s'était logée entre mes cMes , fut âssitré- 
menirun des plus délicieux de ma vie. *. 

Dès que je fus mîeuK, je fis écrire à ma miré d^nt jMtats îmjwt 

sans nouvelles. 

Moins d'une semaine après , je recevais une lettre timbrée de ^ 
Lourdes, Elle était cachetée de noir et de récriture de Lopes. 

Je l'ouvris en tremblant , et , sans m'arrêter aux prenne f es phr»* 
ses qui , je le devinnis, voiilaicnl nte préparer â un coup alft-elix , }-tp4 
pris par le post-scriptum qn<î ma mère n'était plus* 

Je tombai ^ genoux, el, tout en pleurant a m^, femlre b poitrirte» 
je cherchai â comprimer les élans de ma doutmr et â me résigner ^ ït 
volonté de Bieu. Je réeilai pour la chère défunte un De proptndfi\ 
ainsi qu'elle nous avait accouttimês de le (^té ^ dès q^it nous appre- 
niona quelque morti fAt-ce celle â\m homme qun nous n^avions ja- 
mais vu. J'avais néanmoins une gnmdo eonfiancé qtie ma bonne mère 
recevait là haut la rikompen^e de tonte une vie de travaux et d^hufti* 
blés vertus et qu'elle priait Dieu pour li>n fik. . •• ^^ «^ *^'*1 

Quand je fus un peu remis de cette terrible se*obr$se , je relus pltit 
posément la lettre de Lopei. Elle était remplie des sçrilimenls de la 
plus tendre reconnaissance, I^la m^re aviil d^jrWessé de vivre ,1orB^ 
que Lopez et ses compagnons étaient arrivé.^ â Saint^Palalin. Milîl 
mon oncle les avait accueillia avec une extrême bonté. 

Ju&lement, la vieille A gai lie, h cuisinière, venait d'obtenit «ttii* 
valiâss ; on lui ehercliaît un succcss'^ur- Moiï ontle prit Lopèi, rpii se 
trouva heureux comme un roi de ne pas pdrdre sa main et en même 
temps d'exercer ses Udents culinaires au pfofllt d'honnêtei gens. 

Stefan , Manuel cl Pablo prérérérent une né en pletn air. Mon on- 
cla les adjoignit 4 ceux de aes bergers qui gardent chèTres et brebis 
sur la montagne bleiie. 

Tous les quatre ne parlaient de moi qtie fctnflme de leur biertfiitetir; 
Ils m'auraient écrit pMs tôt, s'ils avaient tÙ oti me trouver'. Ils ^tilent 
ravis d^appremlre que je n'étais que tileïifeé; car ils m'ai^tienl em 
mort. Us espéraient bîài que je ne tardiMt pas h guérir et qu^âlbrs 
je reprendrais le chemin de la France, 

On ajoutait que je ne m'inquiétasse pa$ de itiêi frères el sœurs. Grâce 
à mon oncle ^ grâce à monsieur le Ctir^, pàtB surtout à i'admirabk 
réputation qu'avait hîsâée ma mère i tous étaient canvenablenrenf 
casés, i - ^1làt^n:>^-I^ ».k 

Ce dernier point rae dScidir^' •'^^" ^''^ ^^ ^ ''^ "- ^ 

Puisqu'on n'afaiî pas besoin de moi I Saint- Palatin , puîsqi/en j 
retournant je trouverais vide notre pauvre cbaumike , j'aimais fnîeut 
courir encore le monde pendant deux ou trois ans. J'avais commencé 
I apprendre Vespagnol : je ne voulais pas revenir cheî nous sins le 
«ayoir parfaitement. La bonne sœur qui ma soignait m'avait donné, 
je ne dis pas des leçons de ntédectne, mais un certain nombre d*ex' 
cellents conseils et d'indications pr^cieusea, fiiute de quoi j*ïVaÉs vu 
souvent , dans nos villages, de légères indisêposilions devenir de groi% 
aes maladies et finir par amener la mort. Mon ambilion tilait, un© Fois 
guéri , de servir quelque médecin et de faire , sous îuï , mon petit ba- 
gage de connaissances mé Jicilles pratiques. 

Je confiai mon projet à îa soÊur Sainte^Agnès, 

Le surlendemaiu, le docteur PancraziOi l'un des médecins de fliê- 
pital , me d4clarait gu^ri et m'acceptait pour soil petit vatet, 

[La suile m prochain numéro,} , EuG, Dfi MaivgiBII. 



^^^.^C^fi^hA^^ 



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L'OUVRIER/ 



LES REMORDS D'IIN ASSOHHfillR \ 



CHAPITRE lU 
IêlMU. 

tê crime est lé plit affrmix de tout eeax qui ont êiê eomiini, I It 
Itnmt fto robtcnrité, depuis que It nuit étend ses oibbres sur les 
iuhm ftobovrgs de Paris. Jamais horreur ne somlla Fair du matin 
fwm odeur plus iadme. 

Le solefl , le brittant soleil qui , chaque jour , appoHe â l'homme, 
Mii-seulement la lumière, mais aussi la nt et Tespérance, tersa ses 
rayons clairs et limpides sur la cité tumultueuse. Sa lumière pénétrait 
égalemenl à travers les titraux de prix et la fenêtre au carreau de 
papier, à tratert le dtee de la cathédnde et les trous les plus in- 
fects, n éclaira aussi la chambre où gisait k femme assassinée: Le 
meurtrier essajt de Tempêcher d*entrer, mais il ne put y panrenir. Si 
te spectacle du crime wradt été affreux â la triste clarté du matin, 
eembimi phu â ce jo«r ndieux ! 

Ragot n*anit pu bougé : l'eilroi Parait empêché de remuer. 11 y 
twt eu un gémissement, puis la main avait remué, et la terreur, ajou- 
tée â la haine. Tarait dit frapper et frapper encore. Une fois il avait 
jelé nue couverture sur le cadavre : mais c'était pis encore de se fi- 
gurer les yeux , de se les imaginer se mouvant vers lui , que de les 
voir lournéi en 1 air, comme s'ils suivaient du regard la réverbéra- 
iàùm de la mare de sang qui brillait et dansait sur le plafond , dans 
uM baade de Innnère. Il avait retiré la couverture. Et le corps était 
U , *- rien que de la chair et du sang , — mais qudle chair et quel 

n battit le briquet, alluma du feu et y jeU le bâton. Au bout du 
bâton, il y avait des cheveux, qui donnèrent une flamme claire, bien- 
tôt changée en «nrespèee de cendre légère qui, saisie par Tair, s'en- 
vola en tourbillonnant dans la cheminée. 

- Tout groesier qu'il était, cela même lui fit peur : cependant il 
tint le Mton jusqu'à ce qu'à romptt , puis l'empUa sur les charbons 
^ourle CnrobrAler et se changer en cendres. 

Il se hmi et liroCta ses habits : il y avait des taches qui nes*en al- 
laient pus; Il eoupa les nMrçeaux et les brAla« 

QuiÂqueo taches aussi étaient çl et là dans la chambre; même les 
fuUee du diien étaient pleines de ssng ! 

^ Ev UmÊà tout oek, il ne regarda pas une seule fois le cadavre, -*- 
pas une sèilefms! — Quand il eut fini , il se dirigea vers la. porte, 
traînant le chien après lui. 

n lîn la porte doucement, k ferma, prit k def, et quitU k 



D traversa k rue et regarda k fenêtre pour s'assurer que rien ne 
io voyait du dehors. Le rideau était baissé. — Ce rideau, Nande avait 
iwttla k tirer pour laisser entrer k lumière qu'e/k ne devait plus 
toîr. — Le corps gisait tout auprès : k meurtrier k savait. DienI 
combîenk aoldl versaitde clartés sur ce lieu maudit ! 
. Ragot ne jeta vers k fenêtre qu'un regard. C'était un soukgement 
d'être hors de k nuison. U siffla k chien, et s'éloigna rapidement. 

Il Inversa k kubourg Saint4acques, k barrière o& l'on guillotine, 
•iarrivi à k Gkcière, près de k Tombe-Issoire : il tourna brusque- 
ment à gauche, n'ayant aucun dessein , ne sachant où alkr ; il amva 
sous ks mnrt de Bicêtrè : retournant à droite, il traversa entre Gen- 
tilly et Arcneil, et laissant le Bourg-la-Reine sur k gauche, fl prit 
un chenûn qui conduit à Bagncux, en passant par un four à plâtre. 
Ne voulant pu entrer dans k village, il tourna à droite, longea Cbâ- 
fHka et arriva dans les carrières aux environs de Montrouge; là il 
ae ooacha sous une hak et s'endormit. 

■akil ne dormit pu kngtempe et se remit à marcher, non à Ira- 
von k empagne, mak vers Paris , par k grand'route; puk revint 



• fMr k «• it rdurMr Ai • IMsr- 



sur ses pas, et refit une partie du chemin qu'il avait déjà parcoum, 
errant çà et U, s'asseyent aux «bonis des foués; se remettant en mar- 
che, refaisant les mêmes tours et détours, et toujours dlant.... 

Quel est le lieu pro'^he et pas trop pubtic où il pourrait trouver I 
manger? Ctamart : il y avait là un bon endroit, pas loin et <m peu I 
l'écart. Il se dirigea du ce cêté, tontêt courant et tantôt avec une len- 
teur de colimaçon, quelquefois s'arrétant tout-à-fait et batknitluhaies 
avec son bâton. Mais quand il arriva dans le village , tous cAùfqu'i 
rencontrait, jusqu'aux enfants, devant les portes, semblaient te^t^|b- 
der avec soupçon. Il s'en alk , sans oser acheter de quoili3Bi9el 
manger, quoiqu'il n'eût rien pris de k journée, et U se remit l^'^^r- 
courir les champs, incertain où aller. ^ '^ 

U fit plusieurs tours et revint au point d'où il était parti. Le mÉtia 
et l'après-miai étaient passés. La journée s'avançait, il errait tcvjdàn 
de çà et de là, en haut, en bas, toujours ridant dans le même espace. 
A la fin il s'en alla et se dirigea vers Bourg-k-Reine. 

Il était neuf heures du soir, quand rhoiUme, tout épOisé, et le chien 
haletant et boiteux , à k suite d*un exercice inaccoutumé, descendi- 
rent k côte du paisible viUage, et, marchait kborieusemént le long 
des maisons, se glissèrent dans un petit café, dont k lumière parci- 
monieuse les avait guidés jusque-là. Un grand feu était allumé dans 
une pièce du fond , et quelques ouvriers buvaient devant une tabk; 
ik firent place à l'étranger auprès d'eux; mais il n'iiccepta pu et s^as* 
sit dans le coin le plus éloigné, mangea et but seul, ou plutêt avec ion 
chien , auquel il jeUit un morceau de temps en temps. 

La conversation des hommes rassemblés là roulait sur le pays en- 
rironnant, puis, ces sujets épuifcés, sur l'âge de quelque vieillard en- 
terré k dimanche précédent : les jeunes gens asauraient qu'U étaH 
très-vieux, et les ^ux déploraient sa mort prématurée. — H n*était 
pu plus vieux que moi ! dit un rieilkrd à cheveux blancs; il avait 
encore dix ou quinse ans devant lui , s'il n'avait pu ûdt d^Dpro- 
dence..... 

n n*y avait rien là pour attirer l'attention ou exciter l'alarme. Le 
voleur, après avoir payé son écot, s'assit silencieux et inobservé dans 
un coin. Il s'éUit un peu assoupi, krsqu'il fut éveillé par rentrée 
bruyante d'un nouveau venu. 

G*était un drêle de personnage, à moitié colporteur et à moitié sal- 
timbanque, voyageant à pied dfus les campagnes pour vendre des 
pierres à fusil , cuirs à repauer, rasoirs, savons , médecines pour 
chiens et chevaux, parfumerie bon marché, cosmétiques et autres 
choses semblables , qu'il portait dans une botte |)endue derrière son 
dos. Les ouvriers accueillirent son arrivée par de nombreuses pliisan- 
teriu, qui ne se ralentirent pu jusqu'à ce qu'il eût dfné et ouveii sa 
botte de trésors. Il était ingénieux à fiôre marcher de pair le {drieir et 
ks aflaires. 

— Cette drogue est-eUe bonne à manger, Petit-Flk T (c'était k nam 
du colporteur) demanda un jeune paysan fiicétieux, montrant une es- 
pèce de pâte en forme de pain. 

-r- Ceci, dit k colporteur, en exhibant sa mairchandke, ced est vne 
composition infaillible et sans prix, pour enlever toute espèce de ta- 
ches, rouille, crotte, lait, Uehe brilknte, terne, souillure ou cmdiat 
sur soie, utin, toile, batiste, drap, crêpe, mérinos, mousseline, bom- 
bazine, Orléans et kinage. Tachea de vin , Uches de fruit, tachen de 
bière, Uches d'eau, Uches de peinture, Uches de poix, toutes espèces 
de Uches enfin s'enlèvent au premier frotUment, avec cetto confposi- 
tion infaiRibie et sans prix. Deux sous le' pain ! avec ées qualités sans 
prix, deux sous le pain ! 

U se trouva tout de suite deux acheteurs; beaucoup d'audlteors 
hésiUient, ce que le vendeur observant, il redoubla de loquacité. 

— Elle est vendue aussi(êt que kbriquée. Quatorte moulins^ù' èau, 
six machines à vapeur et une pile de Volta sont toujours en foneficm; et 
ne peuvent utisfeire les demandes du public, quoique les ouvriem tra- 
vaillent tellement qu'ik en meurent, et les veuves reçoiveîitnne pen- 
sion de deux cenU francs par an par chaque enfant, plus une pdme 
de mille francs pour les jumeaux. Deux sous le pain ! On peof dub- 
ner un gros deux sous/ ou deux petiU f^us ; di:| Centime sûnt tè^ 



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^ j[jm. lu' 



rooVàiER. 



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reeoniiaiBiaiiee. Deux sous 1^ pain ! Taches de ▼in • tacheè Ae 

; tadies de bière, Uehes d*eatt, taches de peintqre , taches de 

. taches de boue» taches de sang. — Voili une tache sjir le cha- 

^ mimsieur ; je vais Tenlefer afaat qu'il me lasse fenir un ferre 

w. 

•^ Ah ! cria Hagot, rendecHoaoi mon chapeau ! 

^ , «^- Je renlèverai, m tache, monsieur, continua le marchand, faisant 

djne â la compagnie, ayant que tous ne trafersies la chambre pour le 

1^ prendre. -^ Messieurs , remarquée eelte tache : eUe n*est pas plus 

: }m9t qu'un sou, mais elle est plus épaisse qu'une pièeeile cinq francs. 

Si c%st une tache de vin, une tache de fruit, une tache de bière, une 

. Incbe d*eau, une taebe de peinture, une tache de pois, une tache de 

boue, ou une tache de sang 

Le colporteur n'alla pas^lus loin, car Ragot Ucha un affreux jure- 
Mal, renversa la table d'un coup de poing et lui arrachant le cha- 
fùm, s-enfuit de la nuason. 

A?ee ee mélange de ténaeitè et d*irrésoltttion qui anit semblé , 
Inule la journée , le goufonior malgré lui-même , le meurtrier voyant 
fu*«i«e le poursuitaît pas, el que très-probablement on avait mis son 
■ sap n d s sur le compte de fWresse , reprit le chemin de la ville , et , 
évitant la clarté des knteraet d'une voiture arrêtée, il continuait son 
it lorsqu'il reconnut la mette aux lettres, et vit qu'elle attendait 
le bureau de poêle. H no s e dé n iait pu de ce qu'il allait en- 
, il traversa la rue, el éeouli : 
Le eonducleur é(ail d eb oul è k peilo, attoudml le paquet : un gen- 
s'approeha. 

— n n'y a rien de noweemi à Paris, Pierre? demanda-t-ii, en se ^• 
eulittt jusqu'au mur pour mien admirer les chevaux. 

— Non, rien que je sache, répondit le conducteur , mettant séi 
ganls : les Ués ônl un pou monté ; f ai entendu parler d'un assàisH 
nat aussi, barrière do k ftmié, nuis je n'y crois pas beaucoup. 

* Oh ! c'est très-vrai, éil un voyageur de k maUe , qui regàrdail 
par k portière, e'esl un crime épouvMiteble. . _ 

-^Vraiment ! ëi k gandiMM, élmil oon chapeau. Pardon, niôi-' 
siour, un homme ou une fmamoT 

— »Bno Csnuno! dîlle voyy r : on supposa 

-* Eh ! y sommes nous? èàU postillon, avec impatience. 

— Danmé pnqnel! dît k sendusisur; lles-vous tous endormii, ti-i 
dedans? 

—Voilà, dit \t bnraKale, accowant _^ 

— Donnes! oria k eonduetour En route 1 

Le cor sonna quelques notes joyeuses et k voituio partit . • 2 
Ragot restait tout dkbout dans Is rue, indifférent en apparence ^ ce 

qu'il avait entendu, el agité soukoMnl par l'ineertitude du chéÉUn 
qu'il voukit prendre :. â k in il tourna â gauche et prît k ron|^Tî|i 
conduit au pavé de Choiay. 

n marchait résoboMul; msas â m es u re qu'il kissait k bourg £r- 
rière hn el s'avançait de plus en plus dans k solitude et l'obse^ifit j 
de k nuit, il sentit une. angoîsoe el une terreur nouvelles s'emy^rer, 
de son cœur; tout ce qu'il reneoniraîl, snbstance ou ombre, ^||oae 
animée ou inanimée, revêtait Tapparenoe d'un objet terrible... JUais 
tout cek n'était rien. Une vision l'obsédait, cette plk figure aie§|8i- 
née» BUNTchant sur ses talons. 11 aurait pu en dessiner k silhoq^tle 
danerobscuriié, corriger k plus petit défaut du trait, compter spfjias 
raidko et terribles. 11 entendait le bruissemeut de ses vêtementf jjfns 
les fcnilles, et chaque souffle de vent lui apporUit son dernier gé^iis* 
Si le meurtrier s'arrêtait , k vision cessait de marcher. S'i} 
, eUe k suivait, non en courant, ce qui aurait été un soulage- 
mont, mais comme un cadavre ne possédant que le mécanume de U 
>ît, el porté sur un vent faiUe et triste, qui jamak ne s'élevait, pi je 



h^ temps en temps Ragot se retournait, résolu è repousser eet|f 
l isî on, dût-elle k tuer d'un regard ; mau ses cheveux se dressaient 
tnr Si lêto et son ssngse gkçait, car e//e avait tourné avec lui #( était 
MO(|io 4errièro lui. Il ravait eue devant lui ce matin, elle était derrière 
ini h ffféiont.... toujours. 11 s*eppuya contre un bene el k lenUt de* 



bout derrière luii se détachant sur le ciel froid et lombre de k nuîL 
n se coucha par terre tout de son long sur k route ; k vision se 
dressait sur sa tête, droite, silencieuse, tranquille comme un tombeau 
vivant, avec une épitaphe écrite en lettres de gang. 

Qu'on ne dise plus que les assassins échappent à la justice et que la 
Providence s'endort : il y avait mille morts viole nies dans une minute 
de cett^ agonie de terreur. 

Il traversa un champ : un hangar lui offrit un abri pour k nuit. 
Trois grands peupliers y projetaient une ombre assec forte» et le veni 
gémissait tristement à travers leurs branches. Il ne pouvait pas mtr 
cher jusqu'au jour. Il s'étendit donc U, tout contre le mur : il chan- 
gea seulement de torture. 

Une nouvelle vision se présenta, aussi constante et plus terrible qui^ 
l'autre : ces yeux fixes, ternes et ritreux dont il avait supporté plutôt 
k vue que k pensée, lui apparurent au milieu de l'obscurité, briUsnt 
par eux-jEuêmes, msU n'éclairant rien; ib n'éUient que deux, mais 
ils étaient partout. Si, pour échapper h cette obsesiion , Bagot baissait 
les paupières , il revoyait cette chambre et ces objets bien connus : 
sa mémoire seule ne lui aurait pas tout rappelé ; rien n'avait diangê 
de place ; le corps était au même endroit et les yeux tels qu'il les avait 
vus lorsqu'il s'éUit enfui. 

Il restait k , dans une angoisse dont nul que lui ne peut mesurer 
l'étendue,. tremblant de tous ses membres et couvert d'une sueur 
froide.... 

Tout-i-coup , un bruit éloigné et confus de voix et de cris d'à- 
krme perça le vent de la nuit. Tout son humain , quoiqu'il annonçlt 
un danger réel, lui était agréable. U reprit sa force et son énergie, se 
leva et se précipiU dehors. 

Le vaste delsembkit en feu. Des nappes de flammes s'élevaknt < 
l'air, roukient l'une sur l'autre, versaient des pluies d'êtincelks, éck 
raient le ciel an loin, et poussaient des nuages de fumée dans k direi 
tion de Ragot. Les eris devenaient plus forts i mesure que le tumulte 
augmenUit , et il entendait les mots uu feu , mêlés su gks de la 
cloche d'alarme, k chute dea bâtiments elle pétillêiiienl des flammes 
qui s'enroulaient autopr de quelque nouvel obstacle ^ et sembliient 
puiser dans la résistance un accroissement de force pour s'élancer 
vers le ciel. Pendant que le voleur regardait , le bruit augmentait tou- 
jours. Il y avait là du monde , des hommes , des femmes , dm lumiè- 
res , du tumulte ; c'était comme une nouvelle vie pour lui. H a e pré- 
cipita tout droit devant lui , sans rien regarder , traversant ronces et 
prés , sauUnt clêtur^ et fossés , aussi follement que le chien qui cou- 
rait à cêté de lui avec un aboiement retentiisant et prolongé. 

Il arriva sur le théâtre du sinistre. Des gens , i demi vêtus, trans^ 
portaient les meubles çè et U ; d'autreu s'efforçaient de tirer hors des 
écuries et des étables les chevaux effrayés, le bétail ; d'autres encore 
déménageaient les bâtiments embrasés au milieu d'une pluie d'étin- 
celles et de l'écroulement des poutres enflammées. Les ouverturea 
o& étoient, une heure svant, des portes et des fenêtres kiseaienl voir 
un gouflîre de feu dévorant; les murs chancelaient et tombaient dans 
l'abîme incandescent. Le plomb fondu et le fer chauffé i blanc cou- 
laient sur k terre. Les femmes , les enùints pkuraient ^ les honjmes 
s'encourageaient les nm les autres par des cris bruyants et des ap- 
pkudissements. Le bruit de k pompe è incendie , le pétillement de 
l'ean tombant sur le bou en feu, ajoutaient au murmure tumultueux. 
Le meurtrier crû , lui aussi, jusqu'à ce qu'il n'e^t plus de voix , et, 
voulant échapper â ses pensées et â lui-même , se rua au plus épaii 
de k foule. 

Il travailk toute k nuit , tantôt se jetant k travers k fîim^ et les 
flammes , et ne cessant jamais de s'employer 14 où le péril ét»it plus 
grand. En haut et en bas des échelles, sur les toits des btlimenU, sur 
des pknches qui tremblaient sous son poids , sous les pierres et les 
briques qui s'écroulaient , il ne sentait ni brûlure ni meurtrissure, et 
surtout , il échappa âViai à lui-même jusqu'au retour du jour , qui 
rerint éclairer de k fumée et des ruines. 

Cotte folk surexeitotion étant passée, Thorrible eonscienee de son 
crime revint i Ragot avec une force déenfUi. U ngaréa crairtm* 

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L'ÔTTVRIER. 



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maàt mtonr <do loi : les hommes csusaieot en groupes ; il craignit 
d*étre le sujet de leurs conversations. 

Le chien obéit au geste significatif que lui fit le meurtrier, et ils se 
retirèrent furtiTement. Ils passèrent prés d*un moulin sur la Bièvre : 
quelques, hommes étaient assis autour d*une table dans la cour ; ils 
appelèrent Kagot pour se rafraîchir avec eux ; il accepta un peu de 
pain ejl de viande » et pendant qu'il Ji>uvait une chope de bière, il en- 
tendit les pompiers qui étaient de la Maison Blanche , près la bar- 
rière , causer du meurtre. On pense qu*il a pris la route 4u Havre , 
dit Tim d'eux. Mais il sera arrêté i son signalement est donné et toute 
la police est sur pied. 

r Le meurtrier se sauva et marcha jusqu'à ce que ses forces fussent 
à bout ; alors il se coucha dans un sentier et eut un assez long som- 
meil,' mais fiévreux et agité. Puis , il se remit à errer , ne sachant où 
aller^ et terrifié par l'appréhension d'une autre nuit solitaire. 
I Tottt-i-coup, il prit la résolution désespérée de retourner à Paris. 

« A tout éi^nement i*aurai li quelqu'un à qui parler , pensa-t-il ? 
C*est u|i bon endroit aussi pour se cacher ; ils ne s'attendent pas à me 
gober là après cette chasse dans la campagne. Pourquoi n'y reste- 
rais-je pas une semaine? et puis, forçant Isaac à me donner de l'ar- 
gent , je partirai pour Bruxelles. Le diable m'emporte I je veux en 
courir les chances. • 

Il mit sans délai ce projet à exécution , et choisissant les routes 
les moins fréquentées, il commença- son voyage, résolue rester ca- 
ché à une courte distance de la ville, et à y entrer seulement à la nuit 
tombante, pour aller, sans s'arrêter, au lieu de sa destination. 

Quant au chien , il devait être aussi signalé , il servirait à faire re- 
connaître son maître. Ragot résolut de le noyer dans l'étang de la 
Glacière. Dans ce dessein , il ramassa une grosse pierre , et la lia 
dans son mouchoir tout en marchant. 

L'animal, pendant ces préparatifs, regardait son maître, et, soit que 
son instinct lui fît pressentir quelque chose de ses simstres projets, ou 
que le regard oblique du voleur fût plus sévère que de coutume , il 
n'avançait qu'a regret, la queue serrée entre les jambes et les oreilles 
basses. Quand son maître s'arrêta au bord de l'étang , et se retourna 
pour l'appeler , il s'arrêta tout court. 
. fl Ici 1 ici 1 tout de suite ! • cria Ragot en sifflant. 

L'animal obéit à la force de l'habitude ; mais comme son maître se 
baissait pour lui attacher le mouchoir autour du cou , il poussa un 
sourd grognement et recula. 
» ff Allons ! ici ! • dit le voleur , frappant du pied. 

Le diien remua la queue , mais ne bougea pas. Alors , Ragot fit un 
nœud coulant et appela encore. 

Le chien avança , recula , s'arrêta un instant , puis il repartit et se 
uuva i toutes jambes. 

L'homme siffla plusieurs fois , s'assit et attendit , s'imaginant qu'il 
allait revenir !.. Point de chien.... Ragot se remit en marche. 

( La Mtte «I proehâm numérQ. ) François Rouvbau. 



SIIPLB RÉCIT. 



Certain personnage, incrédule comme beaucoup d'autres, mais 
homme de bonne foi comme il y en a peu, me prit naguère à partie. 
La chose en valait la peine. Jugez vous-même : je vais tout bonne- 
ment: vous raconter l'aflaire. 

J'étais en compagnie de savants, philosophes , littérateurs, les uns 
catholiques sincères et zélés , les autres indifférents , d'autres même 
ne croyant rien de rien. 

La conversation tomba naturellement sur toutes sortes de ques- 
tions; les dissentiments se manifestèrent bientôt; plusieurs groupes 
te formèrent et de toutes pâhs régna une animation vive, mais con- 
tenue. 

Maturellemeni ennemi des discussions , je prenais pourtant intérêt 



à ces courants contraires d'idées , qni se formaient autour de^moi» 
et retiré dans ma coquille, conservant la plus stricte neutralité, je me 
livrab paisiblement à mes réfleximis. 

Mon bonheur ne devait pas être long ! N'eus-je pas la malencon- 
treuse fantaisie de m'approcher d'un groupe oik la discussion commen- 
çait à devenir ardente. Aussitôt , ne sais comment , je suis remarqué, 
on me prend pour juge, et bon -gré mal gré, me voilà mis en scène, 

— Mais de quoi s'agit-il t 

— 11 s'agit de la religion, me répond un des faiterlocnteurs. 

— Qu'en dit-on t 

— Je réclame, moi , le ^mi de penser, au XIXe siècle, siècle dés 
lumières, que la religion n*est qu'une superstition. 

— Pensez ce qu'il vpus plaira , monsieur, la religion est indêpen» 
dante de vos pensées. 

— A la bonne heure I j'en conviens, peu importe ce' que j'en pente; 
mais n'est-il pas vrai que qui dit religion, dit superstition? 

— Et comment prouvez-vous cela? 

— Comment? 

— Oui. 

— Mais ce n'est pas à moi 1 le prouver. C'est â vot» â promrer" 
que j'ai tort. 

— Pardon 1 monsieur, vous attaquei la religion. Or, vous ne detez 
attaquer que vos preuves ea main. 

— Mais, mais 

— C'est comme f ai llionneur de vous le dire. Cependant je rem. 
vous répondre. Selon vous donc, la religion ne serait qu*nne supers* 
tition ; les gens religieux auraient tort et leè incrédules aUndent raison. 
Voilà ce que vous dites. 

— Oui. 

— Tout cela vous mènera loin* Si vous êtes eonsA)tieift*, tout »^- 
mettrez que c'est une sottise d*adorer la divinité, et mkt verttt de 
s'en moquer. ' 

— Mais non , je ne vais paé si loin. 

» C'est que la rectitude naturelle de la conscience voms retient; 

— De grâce, ne placez pas la discussion sur le terrain de la eM«- 
science, car sur ce terrain je serai battu. Voyez-Tous^ ma^ contcieiiee 
et mon esprit sont en désaccord , mon cœur et nta tfte ne peavent 

s'entendre Hélas 1 mon âme est une arène oà se livrent de em^ 

combats ! 

— Mais on peut raccorder la machine, rétablir l'harmonie. 
^ Et comment donc? 

» N'est-il pas vrai que votre ccbut se reporte naturellement rtm 
Dieu, comme l'enfant vers le sein de sa mère. 

— Oui, en vérité, c'est instinctif chez moi, prineipatement i 
l'heure des tristesses, des déceptions, des peines de la vie. 

— Il faut respecter la nature. Ces. mouvements de votre ccsitr » ce 
cri de votre conscience, il faut en tehir compte. 

— Mais il n'est pas fkcile de mettre mon esprit i l'unisson avec 
ma conscience. 

— Voyons , répondez-moi franchement : une erreur étant «tt mai, 
peut-elle produire le bien? 

— Non, car le mal ne produit que le mal. 

" — A merveille ! mais considérez donc que la religion fitit du faiea. 
^- Cest lA que je vous attendais ! Quel bien ûdt-elle la religion ! 

— Et ne savez-vous pas qu'eUe est le soutien de la société? 

— Ma foi, non. 

— C'est pourtant bien simple. Tenez : une société démoralisée se- 
rait ingouvernable, n'est-ce pas? " - 

— J'avoue que la morale est nécessaire. 

— Et quelle est la base de la morale ? 

— Ce sont les lob. 

— Mais vous n'y pensez pas. A quoi bon des lois, si le peuple- éla| 
démoralisé? 

— Il est vrai qu'elles deviendraient impuissantes. 

— Cest donc la morale qui est le soutien des lois; nuis eU6»i 
repose sur la religion. ^^^ j 

Digitized by LjOOQIC. 



L OUVRIER. 



tM 



— Comment «la ! 

— lisez l'fai$toke, et "vtmM terrei que le» peuple» les plus religieux 
Imitt été let plus moraux, et que le déclin des mœurs a toujours suivi 
^le déclin de U religion. 

— J'admets irolontiers qtie U, religion maintient la morale, et que 
morale maintkmt les lois. Mais après lout, à (UhMl de Tune et de 

|Atilf%. n^avont-noue pas les gendtii'inei pour mainlenir l'ordre! 
^^^ Oui, fomme les médieanienU pour remédïer aux maladies, 

— Votre manière de ^oir , monsieur, me paraît fondée. MaU d'où 
d1 que U religion a toujours été si peu prisée! 

^-^ Vous êtes dant l'erreur. Sachet bien que les anciens législa- 
[ Teurent toujours en grande estime. Au$$ri Lycurgue, Dracon, 
Dll, qui formèrent les plus Qorissantes répuliUques de la Grècep &- 
ent-ils de la religion la base de leurs iustiiulions. Romuîus et Numa 
nnrenl la même n'igle. Les plus a' le lires philosophes iont d'acc^jrd 
i ces législateurs \ Arislote et Platon représt- nient la religion comme 
principale source du bonheur et de la tranquillité des États. Et je 
DUS étonnerai peut-être en tous disant que Tlatou Youlait qu on pu- 
iUiât dea lois aéTères contre les délits de l'inipiélé, principalement con- 
f Iro le sacrilège et raïliéisnie, auxquels on doit, selon lui, infliger, en 
PEtams cas, la peine de mort et la priwtion des honneurs de h se- 
lire. Je pourrais vous * iter aussi des textes de Cicéron à Tappui, 
fmaîs cela suffit. Qu'en penaei-Tous ! N'ai-je pas d'honorables de- 
l^ineient..... 

— Je suis heureux, monsieur, d'avoir reçu ces éelaircissements, 
i jettent dans mon esprit un jour nouveau, dont j'esptîre profiter ; 

r désormais je serai plus réservé sur cette grave question. 

Nom échangeâmes une cordiale poignée de main el nous prîmes 
['mutuellement rengagement de nous revoir. 

Alotts Lejeune. 



LES HISTOIRES DE THËODORE. 



Théodore nous fit connaître encore une histoire plus louchante t 
c'est celle de Mathias , ridioi ^ et de ses parents adoptifs. 

tUne femme du village allait mourir; elle était trés-niisérable, et 

ftVait rien à regretter dans h vie; elle était très- dire tienne et ne 

l^redoutaît rien dans la mort; mais elle était mère, et laissait sans appui 

Ldeux enfanta , une tille afili^^ée d'un goitre qui la rendait impotente , 

iun prçon, llâthias, tout4-fait idiot. Elle avoua ses inquiétudes à une 

lie qui l'assistait a ses derniers moments. -* Ne soyez point en peine, 
^tépondit celle-ci , mon mari et moi nous adopterons vos orphelins, 
ISur cette assurance, la pauvre femme mourut en paix. Les orphelins 
[tTsient pourtant un père, mais c'était un malheureux abruti de vices. 
L'amie, fidèle à sa parole, présenta les deux enfants à son mari qui 

I accueillit avec joie. Or, quelles ressources possédaient ces gens 

nr se charger d'une telle famille! L'homme était le fossoyeur du 
tiillage, la fenima travaillait à la journée. Dans toute la commune, on 
Il M connaissait point d'hahitarUs plus pauvres qu'eux. Leur maison va- 
l^kit Men , en tout , deux cents francs ; elle se composait d'une seule 
jcbambre. Us y firent un second lit, el s'en remirent à Dieu pour ne 
pas mourir de faim, puisque ces enfanls qui allaient accroître les dé- 
Ipenses, prendraient encore, par les attentions et la surveillance qu'ils 
I exigeraient, bien des heures au temps du IravaiL Ils vécurent, Dieu 
Kiait comment, Dieu sait â quel prix ! Tout ce que nous avons su, nous, 
raest que, durant dix-huit longues années, ks deux orphelins reçu- 
• re^t, sans interruption, les soins les plus assidus, les plus tendres, et 
[foe jamais le fossoyeur ni sa femme , voyant qu'ils sufïisnient h leur 
kiBUtre céleste, ne demandèrent des secours qu'ils savaient pourtant 
[kkn qu^on ne leur eût point retusés. Non qu'ils y missent de l'or- 

^, d mon Dieu £ maj£ en travaillant avec une ardeur ^ans pareille, 

¥ûîr le OF dfi t'Ou^kr du ^ féTrier. 



mais en se prÎTant avec une rigueur inexorable, maïs en jeûnant lora* 
qu'il n'y avait du pain à la chaumière que pour la goitreuse et pour 
l'idiot, mais en ae refusant le soin me il après ïeurs journées pleines dâ 
fatigues lorsque ces pauvres êtres tombaient malades, ce qui arri«ait 
souvent; mais en se dépouillant Thiver pour les couvrir, comme iU 
s'épuisaient et s'abstenaient en toute saison pour les nourrir, ces 
cfBurs héroïques parvenaient ch^ique jour â leur but , et Tayant at* 
teint , ne longeaient plus qu'à remercier Dieu î Vous qui m'écoutei, 
vous êtes chrétiens ; la constance de cea saints n'est pas pour tous un 
problème : vous mesurez aux insondables profondeurs de l'amour de 
Dieu leur confiance, leur bonheur et leur paix*... • 

J'y songe ^ Prosper, peut-être connaissei-vous déji cette histoire T 
Elle a été publiée en détail dans un rapport de l'Académie sur la dis- 
tribuLîon des prix Wonthyon, el vous d<^niande£ comment arriva au 
pauvre fossoyeur l'aventure étrange d'être au bout de dix-buit ani 
découvert et couronné nar l'Académie ? Ce ne fut pas assurément sa 
faute. Toute la commune s'était émue. Les pauvres admiraient , les 
riches s'informèrent , admirèrent â leur tour , firent des démarches , 
eijfm ils obtinrent, non sans peine, un second prix ou un deuii prix 
de vertu, trois mille francs, que l'humble héros a qui on le« donnait, 
ne voulut jamais recevoir en personne ^ tant il craignait lea regards 
du monde. Et quelque étonnés que fussent les gens de Paris iU récitde 
ce qu'il avait fait, il s'étonna lui-même bien pluB encore de leur éton-^ 
nement. Ce fut un mystère au-dessus de son intelligence, de voir qu'on 
se mettait en frais d'argent pour payer un homme qui s'était constitué 
le créancier du bon Dieu. Toutefois il prit l'argent, et là s'arrête pour 
vous l'histoire. Vous alleï voir ce qu'il lit de ces trois mille francs, et 
comment le diable, quia peut-être fané de bien belles couronnés avec 
les prix du bonhomme Monthyon, perdît ici sa peine. 

• — Çl, dit ie lauréat â Théodore , dès que la somme lui fut ren- 
due, je nVi nul besoin de cet argent, el ce n'est pas à moi que Dieu 
vient de renvoyerimais, dans sa bontés il a songé â nos pauvres en- 
fants; il a voulu les mettre a l'abri du besoin, quand ma femme et 
moi viendrons à leur manquer. Plaçons donc tout de suite cette somme 
eu leur nont, afin qu'ils la trouvent entière avec les intérêts, lorsque 
nous serons morts. Et que Dieu soit béni! 

» Peu de temps après , poursuivit Tliêodore , le fossoyeur tomba 
makde, et , comme tous les saints que j'ai vus soulTrir , H souffrit 
cruellement. Cependant il faudrait trouver un mot pour caractériser 
ces douÎMurs pleines d'espérance, plemes de joie et d^ajnour, durant 
lesquelles le rh rétien est comme une statue intelligente qui , sous le 
fer et le marteau du sculpteur divin, aurait , pardessus le sentiment de 
la douleur, l'inénarrable conscience du travail qu'elle subit, verrait â 
chique coup apparaître en elle une nouvelle beauté, une ressemblance 
de plus au modèle sublime qu'elle doit reproduire, et la vie gagner 
partout la pierre morte, et son créateur, qu'elle aime, Taimer davan- 
tage lui-mpiue a mesure qu'il la rend plus digne du lieu d'honneur 
où, vivante et glorieuse, et parfaite comme il est parfait , il veut la 
placer dans lelernité de ses regards. 

» Je ne puis vous rapporter toutes les paroles pieuses, surprenant 
tes, in e fiable a que ce pauvre homme prononçait, j'ose dire â peine de 
quelles grâces Dieu daignait le prévenir, et les ravissements de sa 
prière , et les visions ou tout au moins les beaux rêves qui le conso- 
laient ! Un jour, en sortant, diraî-je du sommeil ou de rextise?!! regarda 
sur sou lit, comme s'il cherchait quelque chose qu'ail était fâché de no 
pas y voir : — Eh bien 1 demanda^l'il enfin, où sont donc mes roses! 
— Quelles roses ! lui dit-on , il n'y en a point ici. — Les roses, re^ 
prit^l, que la sainte Vierge m'a données. 11 y en avait six, trois blan* i 
ches et trois rouges. Elle est venue, elle m'a souri, elle m'a présenté 
un bouquet de roses et je l'ai gardé. Nous crûmes qu'il avait le délire; 
mais il jouissait de toute sa droite raison. J'ai rêvé, ajoutait-il douce* ' 
ment, et il nous parla de bon ^ens, selon sa coutume. Lui et sa femme 
m'honoraient de leur amitié; vous pensez bien que j'allais fréquem- 
ment les voir. Souvent leur pauvre maison n'était qu'un hépital. Joly 
( c'était le nom de ce digne homme) languissait sur son lit ; la fol- 
tfpuse, sujette à des oppressions PËTrayaHles, étouffait sur U iieiif râlinl 



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SIf 



L'ouvribu. 



plui 4|ii*eUe ne respirait ; Fidiot, immobile et muet d^ini un couii laii- 
nit detiner par son attitude ût& lûnflrauces dont il ne pounit parler. 
Au mtUeu d'eux, lli°* ia\y, épuisée de rieillesee , de fatigue^ de mi- 
sère , mi il Tilide encore, puisque, héhs ! les autres ne pouTtient re- 
muer p lUiit I son mari^ à ses enfiuts , faisait boire celui-ci, soulevait 
eeluî-lâ, tJ chant qu'un peu d'air entrât dana sa poitrine, veillait à Ti- 
diot, deTinart «on mal, Tembrassait, était sceourable i tous, souriait 
1 Unis, et n*iTaît besoin de consoler personne, parce que le milade^ 
la gotlreuse, Tidiot lui-même, or* le vit plus lard, se tenaient, comme 
elle, dant La sainte présence de Dieu, offraient leurs mâux au Sauveur 
eruciâé, priaient tans cesse. Oh ! Tadmirable femme î Oh ! les Rubliuies 
eœurs I Oh ! bénédictions de Dieu qui tombaient sur cette pauvreté, 
plai abondantes que la rosée et la manne , et qui rassasiaient ces in- 
digents des fruits de )a lumière dont se nourrissent les an^es t Vous 
ne pouvez imaginer combien cette femme était humble. Il m'arriva, la 
rencontrant faible et lasse, de prendre son bras soua le mien, afin de 
raider i marcher, et cela lui parut un tel effort de charité qu'elle en 
parlait sans cesse avec admiration. Il semblait, à Teutendre, qu'à câté 
de cette action toute sa vie ne fût rien, qu'elle n'avait rien fait que 
de naturel, d'ordinaire, et que le grand exemple était donné par moi. 

t Mais je voulais vous raconter l'histoire de If athias : je ne dis point 
queje vais vous faire le récit d'un miracle ; j'ai vu une ciiose surprenante, 
quêje ne qualifie point, et je vous la dis simplement comme je Tai vue. 
Ce garçon était idiot; i dii-neufou vingt ans , il ne savait prononcer 
que quelques mots k peine , ou plut A t il poussait des crîs inarticulés 
dont sa sœur et les parente» adoptifs savaient seuls pénétrer le sens ; 
il fallait deviner tous ses besoins , et le servir comme un petit enfant. 
Un jour , pendant que Joly était malade, Mathias fut tout4^coup saiii 
d'une inquiétude et d'une angoisse extraordinaires; il parut trés-souf* 
frant, il fallut le déposer sur son lit, et on jugea qu'il allait mourir. Il 
fit entendre par signes , en indiquant ma demeure , et en prononçant 
mon nom , qu'il voulait me voir. Je n'étais pas cbei moi ou j'étais oC' 
eupé; enlin , je ne pus me rendre à son désir que sur la un du jour , et 
il ne cessa de me demander. Lorsque j'arrivai , il laissa voir sa joie , me 
prit la main et la plaça sur sa tète , comme s'il demandait unt bénédic- 
tion, le m'informai , on me dit qu'on l'avait cru à l'extrémité. Cepen- 
dant il se leva , Vapprocba avec une sorte de solennité du lit où gisait 
son père adoptif, et posant ses deux mains sur les bras de Joly, durant 
quelques instants , il arrêta silencieusement sur lui un ce il intelligent 
qu'on ne lui avait jamais vu. Surpris , et ne devinaut ni ce qu'il voulait 
ni ce qu'il allait faire , nous attendions la 6n de cette scène. -— Mon 
père, dit enfin à son bienfaiteur, et d'une voix distincte et tendre, celui 
qui n'avait jamais parlé, mon père , je vous remercie de tout ce que 
vous avez fait poui* moi, — Que dis-tu, Mathias ? s'écria sa sceur, saisie 
comme nous tous d'une profonde stupeur. — Oh l reprit Mathias en 
regagnant sa couche, après avoir biise pieusement le front de son père, 
je m'en retourne , je vais a /a maimn. Il remonta sur ëoo lit , mit ses 
bras en croix, leva tes yeux au ciel, poussa un flcupir,.. C'était le der- 
nier. Nous noua approchâmes : Mathias était mort. Voilà ce que j'ai 
vu. ■ 

Et moi, trèsH^her Prosper, voii& ce que j'ai été heureux d* en tendre, 
et ce que je suis heureux de vous redire. Oui, heureux et bienheureux, 
aprèâ tant de spectacles , tant de discours , tant de lectures , tant d'é- 
crils pleins et saturés des violences et des passions du temps, de sen- 
lif en mon cœur des frémissements et dc^ larmes devant ces tableaux 
de rhumbie vertu chrétienne j heureux et bienheureux d'être encore 
|ugé digne de les voir; heureux et bienheureux de connaître dans le 
mf)ode de nobles esprits à qui je puis les montrer a mon tour ! 

( Lu iSattu,} Louii Veuillot. 



Nqus prioîtë noi ûbmnés de joindre à touUs leurs ktiru une du 
èûndu intpnmëes du jmmûL 



VARtÉTÉS. 



LE SiTAITT. 



\ 




Vous n'avei pas connu Antoine, ce fameux lead^mider» , dontU 
science était si profonde, TespHt si brillant, et les distractions si bi- 
sarres? Moi qui voua parle, je l'ai bien souvent rencontré, et je le 
vois encore d'ici , marchant dans les rues, gHve, absorbé et loujoùrt 
les yeux plongés dans un livre. Son atteution était si profonde é 
sa lecture qu'il ne levait jamais la tête ; il se contentait dUncUner 
peu le front, en forme de salut, quand il entendait passer quelqu 
près de lui, 

11 était un jour avec sa sœur, et tous deux se promenaient sur 
route, du côté de Vaugîrard ; voici qu'un Ine, chargé de paniers, 
vient tout en se balançant, au-devant d'eux. Quand l'ine et le savant 
se croisèrent, Antoine, en voyant une ombre couvrir le chemin devant 
lui, salua de la tète, sans regarder, suivant sa coutume. — S» KBttr 
n'y tint plus i 

^Mon frère, dit-elle, en riant i gorge déployée , vous ■««ftï 
pas qui vous venez de saluer ! ^ ~ 

— Vraiment non I 

— C'était un âne. 

^ Ah 1 répondit Antoine ; j'ai sdué tant d'hommes qui loi reeteifr 
blaientl 

LE PATSAH, 

Autrefois, les députés des Trois- Ordres se rendaient 1 Pau , qttiB4 
les Étals du Béarn étaient convoqués pour le règlement des impôts. 
On jour, M. de L^ns, qui les présidait, les avait invités i sa table. 

Un berger, dépulé de la vallée d'Oâsau, se trouva placé à cèté d*ua 
financier anobli qui voulut se moquer de lui et lui dit : 

— Monsieur, quand vous voulex le soir faire descendre de li mo 
lagne dans la plaine votre troupeau, comment le rassembles- vous f 

— En sifTlant. 

— Hais de quelle manière? allons n'ayez pas de honte, m^ntrci' 
le-moi , et fiiles ici comme ï la campagne^ 

Le berger se fit prier quelque temps ; enfin , il cède et sifQe toal I 
doucement. 

— Trèâ-bien, lui dit l'autre ; mais vous sifflez plus fort que otb 4 
générait 

— Oh ! oui, monsieur, répond le berger, quand le troupeau est ^ 
fond de quelque ravin, ou qu'il est très-loin ; mais monsieur, nous ne 
si (lions pas plus fort que cela quand les bètes sont i c6té de nûas« 

(frêduii du Bmfnaiê.) 



YVO LE FILS DU CHARPENTIER 

ou LA VOCATION MANQUÉE, 



CONTE 0£ U FORÊT NOmgt 



Iraduaim libre dé raUemmd dtÂUERBACff , 

PAR EMM, PERROT , 

ttocteur en médecine , andeo Préfet dps éludes au «olléga 
ancien Inspecteur, Officier d'Acadéatis* 

1 VOLUME m -DOUZE. — PRIX : î il. 



Arv 'fp, imp. de Uiné frères » rue Saint-Laud, %^ 



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5r? 



lum 



(lO«aB4M4àb«M,) 



r 4S. 



S mars 1862. 



mal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



I AlpRiriSTRATiaïf : 

li f^fti des Qraudt-Aiigufttmi , 
HiUbmim de BLÉBIOT, 



L'OUVRIER 



SOMMAIRE. 

LES AVENTUllESÏïUN BIIBQIIE* ptr E. d<» M*naimi. — LETTRES 
A JACQUES rWp^^r^J, pflT Ferjus RmiMli», — RCVORDS D'tTîf ÀSSOM, 
HEUR , pir Fram^oh Rocrtin — L^BOBLO^ËRE . par Bdthild Borutoi.. -- 
jUmSPRUDElfGE INBUSTEIELLE. 



ABûWHEMlîilT» D Uir J,|t 

1 ^ ji 1" J« chme aoîi : 

'"■«^ ^ 8 «• 

<] DJl p'A«t, * , , » . . , » # 



IfiS AVEiïTURES D*UN BERGER". 

CHAPITRE rX. 
M. Cliiéiifl0n et le docteur Pancarzio. 

fcrfte îïeHe chofle que la mtSJ^îGino! Quelk vocation admirable 
â'tfliiâier 9Âm[ à fond l'organmtion du cprp 3 humain, puis 



de oon^icrersos joun et ses nuîts a i^pousser ces cruoUes avant- 
courrîeres de la mort, les maladies, què^uefoi» à faire recnler la 
mort elle-même! Après ïa bun prâtr>, le bon niëdecin esL poût- 
être l'homme qui peut rendre à se^ semblabhs les pltii mmbréui 
et les plus signalés serv ces. 

bu reste, mon adni Vâlioti pour la faculté ixë datait pas de Cor- 
doue, ^ j'ai oublié, jii croîa, de vous dif^ que c'éUii h Cordoue 




Cet msf ruaient, le void î cîii en môj^tra^.t 6a fille h docteur Pi.icrazio. (F. /%i: 3^5 J 



l/if»îs été ojaJada à l'bôpitai, — et le dooteur PancrMio n« 
■l^pvmi lea âls d'EiGulape, le premier objet, do cette admi- 

f^ l« Q«< de rOttQrftér du m jÉufter an H oiari. 



.11. . iT*i. it 5 .... c ,A, f 

ri y aviil à Lourde, un paum ofaeîer do eant^ qui sappelait 

M. Guéridon, ^ drêlft de non, n'eEtr<ïc (^ss? et bien upprupHt^ à 

un médecin, La clientèle de M. Guéridon était auisi pauvre que lui : 

il iofgnait de préférence I«i habitants dâ toua ceioetit» ▼illaoeB 

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354 



rooritiEH. 



fituéi, comme Samt-Pifiatm, en de^^det grand«t^oute8«Mpntés 
de toute etpèce de refl«)ure(K. Aussi )|{atfdl connssous le'^^iflidu 
tnédecm de la MontagmJ f 

Cet homme modeste et qri est nk^t , .eomme ilâTait vfeu » 96ti- 
seulement sans fortune , m^ presque dans la fféne , non-seulement 
sans gloire, nuisais aulre notoiélft ({ifeÊeeUeSqù^l'fiarAiii Joîl|<saiii 
dans nos eœurs , ce M. Guéridon éti^t, 8*il en fût, un homme de 
bien et , dans son humbie sphère ,' un Yéritahle bienfaiteur de lliu- 
'manité. 

Je le foif encore areo tee grande boUes et son vieux chapon ra- 
battu et son carrîck venire4e-biche i sii collets^ ne craignait ni la j^ie^ 
ni la neige , ni les louragans qui déracinent les sapins et emportent, 
comme un fétu de paille , les plus solides chalets, ni les loups .qui» 
lorsque le froid est par trop vif, s*aYenturent plus souvent qu*on ne 
pesse dans les petits senliert de la montagne ; or, c'étaient précisé- 
Bent ces sentiert4à que |I; Guéridon j^courait tons les jours, hÎTer 
comme été, dans sa tournée matinale. 

Je le Tois surtout, le cher docteur, au cheyet de ses malades. 

D y a des hommes qui ne peuf ent entrer dans ime maison sans 
que tottt de suite «ne grand* consolation, une grande paix, surtout ' 
une grande lumière n'y entrent aTec eux. M. Guéiidon était de ces: 
honunes. 

Ce n*était pas le médedn seulement qu*on aimait et qu'on at- 
tendait en lui ; c'était Tami qui comprenait toutes les peines et qui 
sondait les plaies du cœur plus vite encore que les plaies du corps ; 
et chacun savait bien qu*il ne les sondait que pour les guérir. 

Partout où il arrivait, M. Guéridon était comme un envoyé de 
Dieu. 

Que de fois j*ai vu des familles entières, chex lesquelles régnait un 
morne silence, prélude ordinaire des murmures et des récriminations, 
se rasséréner soudain à rentrée de M. Guéridon, écouter d'une oreille 
docile »e$ prescriptions et ses conseils, et, lui parti, au lieu de blas- 
phémer, au lieu de se disputer, ne pas tarir en éloges sur Thabileté, 
sur la bonté du docteur ! Ces pauvres gens allaient glisser sur la pente 
du découragement; il les avait retenus. Chacun alors, parmi les va- 
lides, se rendait gaiement à son ouvrage. Et le malade luinoiême sen- 
tait bien que , si sa guérison était en bon train , cela était dû bien 
moins encore aux sages ordonnances du médecin dé la Montagne qu*à 
certaines paroles fortifiantes et douces denl^ & ne manquait jamais de 
les assaisonner. 

J'en suis fiché pour ceux qui ne sauraient pas encore ou qui au- 
raient oublié que tout ce qui est bien vient de Dieu ; mais ma cons- 
cience dliistorien m'oUige & aller plus loin et à vous le dire carré- 
ment : si M. Guéridon rendait tant de services à nos malheureuses 
populations, s'il guérit si souvent des maladies réputées innirables , 
maladies de Tesprit et de Time plus encore, que du corps , ce n'était 
pas seulement parce qu'il avait le cœur sensible , parce qu il se dé^ 
vouait avec une rare abnégation an soulagement de l'humanité souf- 
frante. 

C'était surtout parce qu'il aimait le bon Dieu, parce que cet amoiur, 
tout en développant , tout en échaufant les bons sentiments naturels 
du pauvre médedn , lui inspirait des sentiments supérieurs à ceux 
que même des âmes bien nées et instinctivement compatissantes éprou- 
vent & la vue des douleurs du prochain. 

M. Guéridon était un fervent chrétien. Il connaissait le prix de la 
résignation , le mystère de la souffrance, l'efficacité de la prière, la 
puissance de l'intercessiott des «Mnts sur le cœur de Dieu. Puis il 
savait combien les passions agissent sur l'organisme, et que, la plupart 
du temps chercher à guérir celui-ci sans attaquer celles-là, c'est vouloir 
la fin sans se soucier des moyens. 

Enfin , il avait médité les exemples du Sauveur. H avait compris 
que pour. agir sur les volontés, — h Tolonté dh malSiJe ^ plus d'in- 
éuence que l'on ne croit sur sa guérison, — il fallait avoir la clé des 
cceurs , il fallait se hire aimer. Or, pour être aimé, il faput ahncr. 

M. Guéridon chérissait tous ses malades. Ceux-ci le savaient . ds 



Il seotlient. Ûi lui (^éissaient par devoir^ et par amitié. Et ils Itti 
obéissaient, non-seulemeni aans ce qui est le domaine propre de le 
m][deQfee, maisf dans combien d'autres choses ! 

Qp de réconl^iajiiins opérées au Ut de la oaort, que de restitutions 

copsenties, gr$Q^ au bon médecin l Que de convernons étaient 

dâiiâisâiiffm&iingteAypZià&il paiivrèt mdades* mais ne pouioiîèiil 
s'effectuer en des cœurs où régnait la haine ou qui ne voulaient point 
se déprendre de biens injustement acquis! Une fois le |^ Mcrii^ 
ou d'orgueil ou d'intérêt consenti d'après les sages conseils As 
M. Guéridon, Dieu rentrait tout de suite et conune naturellement dans ' 
ces âmes purifiées 

M* le curé se manquait jamais , daiis ces occasions-ll » d*apf»eler 
M. Guéridon son précurseur. 

Vous trouvez pettt->étre que )e prends un Men long détour pour ar- ^ 
river à mon nouveau maître, le docteur Pancrazio. 

C'est que je me faisais un véritable reproche d'avoir oublié, en vous 
racontant ma vie de Saint-Palatin, celte intéressante figure de M. Gné- 
ridon, véritable type du médecin. ^ — Combien , hélas ! mon doétenr 
de Cordoue était loin de cette perfection ! 

Don Pancrazio était un très-habile homme. Non-seulement c'était 
le médecin de prédilection des grandes familles |le la ville; mais oe 
Séville, de Grenade, de Jaen, de Ciudad-Réal, de Tolède même et de 
Madrid , très-souvent on appelait don Pancrazio pour des cas déses- 
pérés. 

C'était aussi un homme très-généreux : la nuit comme le jour, il 
était à la disposition de tous ceux qui sollicitaient son ministère. D 
soignait d'ailleurs aussi volontiers les pauvres que les riches. Tous les 
jours, il passait à l'hôpital deux ou trou heures â faire sa visite. El 
sur cent malades qu'il assistait ainsi, il savait bien que pas deuxieole-' 
ment ne pourraient jamais lui payer le moindre honoraire. 

Mais le grand dé&ut du docteur Pancrazio , et ce en quoi il était 
cruellement inférieur à mon bon et cher M. Guéridon, c'est que toui 
ces malades qu'il soignait si bien, par amour de l'humanité, n'étaienl 
pour don Pancrazio , que des corps. 

Le malheureux ! il avait étudié jusque dans ses plus petits détails 
cette admirable ibachine que l'on appelle le corps humain. Et, au lieu 
de se dire que cette machine supposait un machiniste, autrement dit 
un créateur, autrement dit Dieu; — au lieu de se dire qu'il y aiail 
dans l'homme quelque chose de plus que desl>ras et des jambes, qnc 
des yeux et une bouche, qu'une poitrine et un estomac, qu'un cer- 
veau même^ qu'il y avait une puissance de penser, et de réfléchir et 
d'aiqusr, une âme, en un mot, dont la matière ne suflirait jamais pour 
rendre raison; — au lieu de dire avec le catéchisme, et avec la rai- 
son, et avec l'expérience, et avec la masse du genre humain : l'homme 
est composé d'un corps et d'une âme, et c'est Dieu qui a formé ce 
corps; c'est Dieu qui de son sou£Qb a créé cette âme ; — notre pauvre- 
savant ne voyait que le corps , ne croyait qu'au corps , cherchait à 
trouver dans le corps de quoi tout expliquer, de quoi supprimer l'àinc 
et Dieu. 

C'était U un grand malheur pour don Pancrazio ; c'est toujours un 
malheur d'être loin de la vérité. -^ C'était un grand malheur aus&i 
pour ses malades. 

Très-souvent les maladies du corps ont leur source dans ces nu^ 
dies morales que l'on appelle les passions. En guérissant celtes*^ , 
on guérit ou on modère celles-là. Même lorsqu'il n'en est pas ainsi , 
il est certain que l'état calme de l'âme , la résignation, Tacceptatioi 
des souffrances mettent le corps dans une disposition plue flivoraUe / 
h ^érisett. Tout au moins , rendent-elles la douleur physique phi 
supportable , tandis que le murmure , la révolte , l'aigreur , la haine 
ou l'envie ne font qu'ajouter aux angoisses du corps d'autres* an 
goisses mille fois plus poienantes encore. 

^*était ttans l'étude de ces phénomènes que le bon M. Guéridon 
troiiUt "une puissance de'gùenr et de consoler vraiment incroyaUe^ 
— Tout cela était de l'hébreu pour don Pancrazio , bien plus savant 
cependant et bien plus habile opérateur que son obscur collègue de 



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L^nrvfttEK 



3SS 



6aint-Palatin. 

J'ai bien dil opératewr. Mon nouveau mqltre n'était pas ^utre 
chose; et sans vouloir lui nmnquer do roâpgct, ni à lea dieaÈip je 
me demande eu quoi rillnslre docteur, le çhirurgiorï refiommé bif- 
ferait essentiellement d'un vdtérinaire. Tous deux 80îî»inaient des 
corps; seulement les corps soigne's par le docteur étaient un peu 
plus parfaits que les corps soii^nës par le vdienn^im* 

Quoique donPancrazio lût très huuriîn, [{u'il n'eût point l'habit 
■^ttidede bourrer le pauvre monde, je tii^ hii entendis jamaîâpronQn- 
tStf unedçces paroles que M. GuëriJonlaiaâaitchac^uejourtombâr 
deà ses lèvres dans les plus humbles rédiuis. 
' Don Pancraz'Oi quand il entrait danâ une maisoïi^ inspirait le t^e^ 
pectpar son talent et son honorable caractère. Mais c'était tout. 
. M. Guéridon était, non-seujement considMj muia tendrement chéri 
et vénéré. Le sentimentqui s'attachait a lui, c'était qudquechose de 
ce que nous éprouvons pour le bon Dieu. Nous le savons âa^e, nous le 
savons puissant, nous le savons juste. Surtotitnoug le savonaauuve- 
rainemcnt bon. Et, de même que celui qm a passé quelque temps à 
prier dan s une église, en sort et meil- 
l6nr,etpluscouTageux,jamai8 on ne 
pouyait passer avec M. Guéiidon. fût- 
ce seulement un quart d'heure, sans 
emporter avec soi quelque chose de 
fortifiantjsansglorifier Dieu d'à voir 
donnéàses créatures un guérisseur 
et un consolateur aussi bon et aussi 
bienfaisant que ce cher docteur. 

Don Pancrazio était donc bien 
loin do Dieu. 

Mais c'étiit encore plutôt la faute 
dû son esprit que de son cœr-. 11 
ëlail généreux; il était dévoué ; il 
iStalt doux aux malheureux. Dieu 
lui tint compte do ces qualités... 

Pour première récompense, il loi 
avait donné une fille, un ange, do a 
Idabelle. 

Isabelle no vivait que pour son 
père. Veuf depuis longtemps cl 
n'ayant j.imais eu d'autre enfant, le 
docteur Pancrazio avait pour sa fille 
une tendresse que tuu te la raison do 
celle-ci n'empêchait qu'avec peine 
détourner en passion et on folie. De 
son côté, reconnaissante de cette af- 
fection dont les excès même attelaient la vivacité, IsuLelle était d 
el'e seule pour son pcre le plus charmant inldriaur. 

Prête à l'écouter, s'il voulait parler. àL^ayi^cis^'il prérér^it Ja Cyu^ 
vorsation, à sortir, si le docteur avait envie l railler faire un luursur 
^8 bords du Guadalquivir ou de gravir lea premièPus penteâ tîû la 
Sierra-Morena ; si le docteur voulait rei i trcr^ conten f e de regagner le 
logis; lisant tout bas, quand ledocteur rainait sa méridienne, lisant 
tout haut, ou chantant ou jouantdela giïit^u■e, quand il manifeslait 
le.désir d'entendre la voix touchante d'Isabelle, — don Pancrazîuue 
f)Ouvait laisser deviner un vœu sans que âa fille iieâ'emprefsiit de 
•s'y conformer, et cela d'un air si joyeux qu'il iemblail que le bien- 
faiteur ce fût toujours Pancrazio et Isabelle l'ublig^e, 

Aussi> comme le docteur l'aimai! \ Comme il la vénérait malgré 
sa jeunesse 1 Comme il disait à qui voukit 1 ent n îre quMIe n'avait 
pas ea pareille 1 Comme i^ avait contlatjce en ses idées, et comme 
il se sentait ébranlé quelquefois, en pensant qu'elle était si pieuse 
tandis que lui croyait à peine en Dieu l 

Cependantlsabelle ne se lassait pas de prier tt de faire prier autuur 
d'elle pour que la lumière se fît dans Târae de son père, — Mon 
Dieu, disait-elle tous les jour», tourner vers vous le coîuf de mon 




père; et puîs faîtes de moi to!it ce q fie vtus voudrez, n 

Dieu l'exauça, mêlant k sévérité 4 la miséricorde. 
In jour, le docteur venait tltt prendreson chocolat, lï allait partir 
pour l'hÔ[iital ^ <|Ejand il tomba tout-il-coup, frappé de paralysie* 
Isabelle aec43urut ou bruit ; elle vit son péra gisant à terre Comme 
un cadavr^. Quand il revint à lui, il [louss^ît des sons inarticulée, 
et faisait signe qu'il ne pouvait parler, 
Isabelle lova vers le cîel un regard suppliant.. 
Don Pancrazio vit ce regard et la comprit^ 
Il sairit un crayon qui &o Houvait à sa portée, et de sa main 
gauche, le seul de stsa membres qui ne fût pas paralysé^ îl traga, 
en caractères à jnàin^ lisibles , ces mots qu'Isabelle devina pIuLôt 
quelle ne le-: déchiCTra : 

— Va me chercher un prêtre! « 

La jeune Elle poussa un cri et partît comme un trait d'arbaléte. 
Quîm*ile prêire fut arrivé, la docteur parlait* 
-^ Que l'on amène ici tous mes domestiques^ diUil,et Pere^, cet 
ancien înterne de mon hopitaf, et 
mes voisins, le négociant Miraflorêa 
et sa femme , et tous ceux de mea 
amis que l'on pourra réunir* J*ai 
quelque chose à leur dire. ■ 

En une demi-heure, il y eut plus 
de vin^lperson nés dans la chambre. 
l.e prêtre voulait les faire e'ëbicner^ 
de peur qu'ils n'incommodassent là 
malade, ' 
— Non, mon pi^re, dit celui-cî. 
!^^^ J 'ai tou te m a v le {;ué i^î les cor \a Au- 
joiïrd'hui, avant de mourir, — car 
ji'' sens que je ne dorerai pai long- 
î omisse jii ne sais comment remet- 
<*ir r Dieu des momen ts iîe rit'pit q u*i l 
(u'accorde, — ^ avant dû mou rirdonCp 
j'ai une besogne \ fiire qui aidera 
pciit-Êln' k guérir f|nel<ptes ûmcs n 
Ibabuli^iéïfiît ngrnouillée prds d i 
ht île son pèrei Elle pliuraiti mais^ 
1 1 ^n- i 1 ■ le ses I a r h I os , ou d e v i t» ai t uiio 
eurij=ii|:itîon el nno jaie incxpHma- 
blo.-^. Cciix r|uS ont assistée do sem* 
b' a blesse^ nés nivenl toutcoqu'ûlloa 
apportant avûc eJIes dans les amea 
vraiment chrétiennes et de déchi- 
rement et de baume secret* 
^ Plusieurs se sont étonnés, dit le dodeuri qu'un homme aussi 
savant quu moi ait pu étudier toute sa vie ce chef-d'œuvre, lliomme, 
et nepaa ilécûuvrîr le Créateur dans sa créature ni Tame humaine 
sous |e corps qui lui sert d'envebppe, Je dois avouer, pour être 
sincère, quo ]e n'étaia pas aussi assuré dans mon incrédulité qae 
je le disais à qui vouUîl i*ent' ndre, que j'essayais de me te dire 
i moi-mome. L'orguoil de la science m'empêchait do me plier âi 
rbumilibï de la foi. 

Mais il est une chose à laquelle je n*ai pas pu rt^siater; il est une 
intlieui e quî , douctînient et peu â peu , avait raison de toutes mog 
rési£tariccs. Il est un instrumeriL dont la Providence 3*cst servis pour 
ruB vaincre, pour mUmposer l'heureuse défaite que je célébra aii^ 
jourd'bni, 

Ctt i iistrumen t Je voici! dit il en montrant ea fille. Elle a prié' elle 
m'a ûiméi elîea éié tout pour moi ; elle m'a montré» dana ses ver- 
tus mûtÎL^ates, dans ai chanté de tous les insïaniSj dans sa paHenccd 
touteépreivvûj daug îaconslante abnégalion deaônpopresens, dans 
ce pci p ■ 0.1 oubli de ses aises et cette tendre préoccupation des avân- 
tûi^es du procbaifî, elle m'a mon' ré des i fîeta que je savais bien iie 
pouvoir rattachera aucune cauiehumaiïjcDoâVtrtusdemaÛlle, je 



belle. 



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r 



sse 



VGVVRitn. 



suis rei^ionté tout naturellement à la source divine d'où elles décou- 
lent. Je me suis protnis de me coilvertir. 

Tai eu le tort d'attendre quelques années de trop , et Dieu a eu 
la bouté de m'accorder le loisir de lui rendre hommage avant de 
mourir. 

Je le dis bien haut : si aujourd'hui je meurs en chrétien , ce n'est 
pas seulement pour taire plaisir à ma fille. C'est parce que je crois 
fermement que Thoinme a des devoirs à remplir envers son Créateur, 
et que , parce que j'ai eu le malheur deies négliger toute ma vie , ce 
n'est pas une raison pour les méconnaître encore , à cette heure su- 
prême. » 

Don Pahcrazio ajouta bien des paroles que les anges ont recueil- 
lies 

Après s'être réconcilié avec Dieu , il reçut, en présence de tons sea 
amis, les derniers sacrements....... II mourut le lendemain. 

Isabelle, que la mort du docteur laissait orpheline, eut une de ces 
èouleurs que les chrétiens seuls connaissent et que Dieu lui-même 
prend soin d'entourer d'ineffables consolations. Avohr perdu sen père, 
quelle affliction en apparence inconsolable ! Mais après avoir prié 
vingt ans pour sa conversion, le voir mourir en chrétien fidèle et ra- 
chetant par sa mort édifiante ce qui avait pu manqver à sa vîe, quelle 
joie pour la fille chrétienne! quelle douceur, au milieu de ses larmes, 
chaque fois qu'elle pensait & son bien-aimé père! 

Isabelle est maintenant sœur 'de charité dans un Mpital de Madrid. 
( La mie au prochain ntméro, ) EuG. DE Marg«R1E. 



LETÎRE1S A JA4:it1}£S. 



:a. 



VOuvrier commencera prochainement, sous le titre de : Let(^ à 
Jttcquks . une publication importante de if. Perjus Boissard.Ce tra- 
vail , écrit spécialement pour les ouvriers, traitera de diverses ques- 
tions fort intéressantes d'histoire et de morale. Tïous en donnons au- 
jourd'hui la dédicace. 

A JACQUES. 

Jacques, pauvre iaeqiies , que de fois je mis sorti de chez tôt le 
cœur serré et les larmes aux yeux! 

Je f ai visité dans ta mansarde , dans ton atelier , dans ta chau- 
mière ; je t'ai vu au milieu des villes et dans les campagnes ; je t'ai 
rencontré sur les places publiques et dans les carrefours des grands 

chemins Ici, tu étais seul, sans parents et sans amis; 11, tu avais 

auprès de toi ta femme et tes enfants; — hier, la maladie avait usé tes 
forces ; — aujourd'hui , le travail manquait i ton courage ; — partout 
et toujours tu pleurais..... 

Tu es en quête d'bn outil sans lequel tu ne saurais vivre et d*un 
gîte où reposer ta tête..... Tu souffres du froid, l'hiver, quand la neige 
tombe, quand le vent souffle, quand la pluie bat à ta fenêtre, car ton 
lit est sans couvertures et ton foyer sans feu ; tu souffres de la eha- 
leur, l'été , lorsque la terre est brûlante et le ciel embrasé , car 
l'air ne circule 'pas dans ta triste demeure...;. Souvent le pain man- 
que sur ta table , et tu n'as rien â donner à ceux qui te disent : j'ai 
Àim... 

Tu nais avant que ta mère ait préparé des langes pour t'envelop- 
per ; tu grandis dans une chambre obscure ou sur la voie publique ; 
î douze ans tu manies la bêche, la lime ou le marteau. 

Lorsque tu as pris une compagne , tu n'as plus qu'une pensée : 
nourrir ta famille. Tu te lèves avant le jour pour commencer ton la- 
beur ; pendant douze heiires, tu tailles la pierre, tu façonnes le bois, 
tu coupes,. tu scies, tu clouas, tu rabotes; à b nuit, tu rentres chez 
toi fatigué et, après avoir wifé, aprif evoir nfa une careise de ta 



femme et un baiser de toh enfant , tu l'endors pour recomtoencn la 
lendemain. Et il viendra peut-être un temps où ta t*^mme sera nKnts;, 
où ton enfant sera parti » et où tu resteras seul avec tes doùloufett.- 
souvenirs 

Tel est souvent toh sort, d pauvre Jacques, et voilà pourquoi cru 
qui t'aiment montent ton escalier , frappent à ta porte , 5*ass€Îeatà. 
ton chevet, et te tendent une main frnlerneUe. Fois ils sa réunksiÉI 
pour parler de tes souffrances et de lt:s douleurs. Que faire, sed^. 
mandent-ils. pour cette Emilie , pour celle femme, pour cet enâslf 
Et, suivant les besoins, ils distribuent du pain, de la viande, diLtoîs» 
des Vêtements, heureux s'ils peuvent nourrir tous ceux qui ont Drâ 
et consoler tous ceux qui pleurent. 

Mais il y a encore quelque chose qui me tourmente, lorsque je le 
quitte. ■ 

Sais-tu bien ce que c'est? Je me dis : l'homme a un corps et une 
intelligence, et il a besoin de nourrir son corps et son intelligence ; U 
ne vit pas seulement' de pàtn, mais de toute parole de Dieu, c'M-k-^n 
de vérité, de science, de sagesse et de justice. Celui qui, enfermé dans 
une bibliothèque, au milieu de ses livres, oublie son corps, meart 
inlailliblement ; mais celui qui, absorbé dans un travail tnanoel, 
oublie son intelligence , devient semblable à l'animal qui n'a paa da 
raison. 

Hélas ! le pain de Tintelligence manque encore plus que le pdût da 
eorps i ceux qui gagnent leur vie à la sueur de leur front .' 

Que feras-tu donc , Jacques , pour t'instruire, pour cultiver ton es- 
prit ? Interroge ceux qui ont étudié et qw savent enseigner. ^ Piassc, 
tout en façonnant ton ouvrage. — Réfiéchis au milieu du iKhilt des 
scies etdes marteaux. — Aux jours de repos, pendant léa élr6iiia|es, 
i rheure de la maladie, ouvre un livre et lis. 

Mais, prends garde, il y a des livres qui éclairent fuitelligenéa, et 
d'autres qui l'obscurcissent. Il y en a qui rendent le corar ben et 
d'autrea qui le corrompent. On demandait un jour â un boniiÉie de 
beaucoup d'esprit ee qu'il y a de meilleur au monde et ce qv!! y a de 
pire, il répondit : C'est la langue, parce qu'elle fait et le plus de biea 
et le plus de mal. On peut dire la même chose des livres. Les uns 
sont comme ufte liqueur délicieuse, les autres comme un poison i 
tel. Il faut donc lire, mais il faut savoir ce que Ton lit. 

Et toi aussi, femme de Jacques, lis; lis aussi, toi, son eiifaM ; i 
lisez avec prudence. 

Toi qui souffres, dans notre société, sais-tu ce qu'on souffrait autre- 
fois? Sais-tu comment le pauvre était traité? Sais-tu ce qu*dn a fait 
pour lui et qui a pris sa défense ? Sais-tu quelle était, Itans Tantiquité, 
e'est-â'dire dans les temps anciens, l'existMioe des travailleurs? Saîa 
tu comment, leur sort a été changé et comment il peut s'améliorer 
encore? Sais-tu quels traitements on faisait subir, dans ces inénies 
temps, à la femme du travailleur et â ses enfants? 

Il faut pourtant que tu saches l'histoire des pauvres gens et des en- 
vriers. Il faut que tu saches des choses qm sont écrites dans tous lei 
livres, des vérités qui courent les rues, comme on dit quelquefois, et 
dont tu ne te doutes peut-être pas. Ne dis pas : Que m'importe F^s- 
toire? que m'importe le passé? que m'importe l'avenir? Il n'y a pour 

moi que le présent avec ses souffrances et ses tourments La vérité 

est pour tous comme le soleil du bon Dieu, et il n'est permis i per* 
sonne de rester indifférent â ce qui intéresse la grande fàmîDe I»- 
maine. Peut-être ne songes-tu pas â ceux qui t'ont précédé, peut-ètra 
acceptes-tu sans te plaindre ta misère et tes malheurs , mais, â coup 
sûr, dans le fond de ton cœur, tu fais des vœux pour le bonbeor ds 
ceux qui riendront après toi. D'ailleurs, ne faut-il pas â chaque lionuBa 
quelques rayons de vérité pour éclairer son esprit et échauÏÏersoa 
cœur? Les plantes, les fleurs et les arbres n'ont pas besoin d'ans 
ég.ile quantité de chaleur et de lumière , mais il bur faut qudqoes 
rayons de soleil et quelques gouttes de rosée. 

Aussi, Jacqu* a, ai-je beaucoup pensé à toi pendai^ les longs mm 
d*hiver qu'une maladie m'a fait passer au milieu de mes IîvHm, dsn 
ma chambre, sur mon friuteuil, au coin de mon feu. Je regrettais lai 
TÎMtes que j'avais l'habitudiî de te reodre et las eofivefiations f» 9m 



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roOvRiJïR. 



Wl 



vyn»tm souvent ensemble. Je me iuis iiit : Si je ne m'assieds plut 1 
(on foyer, si je ne lui porte plus ni consolations, ni secours, il fauida 
noÎBs^ne je lui écrive. J-ai pris la. plume et je t*ai écrit. 

Voici ees lettres. 

Tu -ne connais pas les poètes , les philosophes, les historiens de 
'amiquité ; tu n'as pas lu l'ancien et le nouveau Testament, rbisteire 
h» Papes et des Conciles , les ouvrages de ceux qu'on a appelés les 
loel^rf , les savants de TËglise catholique ; j'ai lu tout cela et je vais 
Le dîv% oe que j'y ai trouvé. 

.iléO^ suite pr^ehainemenL ) Ferjus Boissard. 



LIS ftfillORDS BUN ASSONNfilR '/ 



CHAPITRE in. 
Le cftiàHaïail. 

Dans ee quartier qui est traversé par la petite rivière de Biévre, aux 
environs des rues Croullebarbe et du Champ-de-rÂiouétle, près de la 
lfantt£pkcture des Gobelins , existe une population , inconnue au reste 
de la ville, la plus nuigre» It plus hâve» la plus étrange qui se puisse 
îmagiiier. 

Depuis son arrivée dans la grande cité, un peu au-dessous 41e Gen- 
Cilly, jus^u'i son embouchure dans la Seine, sur le quai de la Tour- 
heÛe, k Ëièvre, au cours déjà lent et monotone, encombré de vase, la 
Biévre est sucée par ipiatorse usines. Les teintures impériales y dépo- 
sent leur limon fétide ; tout autour ce n'est qu'indigo et garance : les 
ruisseaux en regorgent ; les boutiques en dégouttent. Pour arriver aux 
Gobelins , le piéton doit traverser une multitude de petites nMS tor- 
tueuses, sales, montueuses, aux maisons verdies par l'humidité, antres 
sombres et malsains, que ne visite jamais le soleil et qui abritent 
toujours la douleur, souvent le vice. 

Au coin d'une de ces petites rues, la rue Traversins, s'élive une 
maison â la façade étroite , aux murs fendillés , crevassés , sul'plom'^ 
bant la rue de presque la moitié de sa largeur : ses fenêtres aflbctenl 
les formes et les décorations les plus diverses ; là , des loques d'af» 
freuses couleurs, i cheval sur une corde ; ici, la croisée ouverte, bat" 
tant au vent depuis des miois; plus haut, un garde-manger éventr^ )'oû 
s^échappent des immondices. Tout cela, k la faible clarté de l| lune, 
étaii sombre, froid, désert. 

Une seule petite lumière brillait en haut de cette maison. ■ 

Dans une chambre étaient rassemblé» trois hommes, 4issis ditn un 
profsBd et sombre silence et jetant l'un sur l'autre , de temps elt 
temfM^ des regards de perplexité et d'attente. 

Dieux d'entre eux étaient encore jeunes ; le troisième, âgé d'enviroif 
^ cinquante ans, était un célèbre voleur qui avait eu le nez presqiif en-» 
foncé dans une rixe. Son visage était traversé par une affreuse l^tla- 
fre, qin avait probablement la même origine. C'était un échappé dé 
Gayeuae qui s'appelait Trompe^la-Mori. 

— ' Taorais préféré, dit un des deux jeunes, appelé le Renard, k non 
compagnon nommé José , qne vous eussiez choisi quelqu'sutre ^tei 
. quand vous vîtes qu'on vous suivait, et que vous ne fussiei pas venu 
ici, mon cher. 

— - Cest vrai, étourdi que vous êtes, dit Trompe-la-Mort. 

— Eb bien ! je penssis que vous séries plus conteot que cela de me 
voir, reprit José, d'un air triste. 

-— Écoulez^ messieurs, dit le Renard, quand un citoyen, k force de 
Boîus, se préserve comme je l'ai fait et rient k bout d'avoir v^n chsa 
soi, sans personne pour espionner et fureter autour, il n'est pas trè»^ 
flatté de recevoir la visite d'un jeune homme dans votre position, que, 
cepesidant, dans tout autre circonstance, il rencontrerait avec plaisir 
dns un salon, et avec leqn^ il ferait volontiers unc^ partie de cartes. 

« rsir Ifi iM ds romiir des » (évriar s( l*' 



— SuHout si cet homme prudent a déjà avec lui un aiiu , revenu 
de pays étranger plus têt qu'on ne Vatléndaîl et trop timide pour àé- 
sirer de se présenter devant la justice â son retour, dit Trompe-la^ 
Mort. 

11 y eut un court silence, après quoi le Renard, p^rai^sanl abandon^ 
ner, comme impossible i soutenir, 3 on ton JLabiLui4 de perslfflage el 
de fanflironnade, se tourna vers José et ki dit brusquement : 

-^ Quand haac a-t-il été pris ? . 

— A rheure du diner, k deux heures, cette aprés-uiidi ; It Taupe el 
moi nous décampâmes par la cheminée, et Brichon se fourra d^ns la 
fontaine ride, la tête la première; mais aes damnées jambes sont si 
longues qu'elles dépassèrent du haut, et il fut pri^s aussi* 

— KUa Biche? 

— Pauvre Biche ! Elle a voulu aller voir le corps , pour dira adieu 
à la pauvre Nancie ! dit José tout ému ; quand elle revint , elle éUit 
folle : elle se tapait la tête aux murs , si bien qu'on lui a mh li ca- 
misole de force et qu'on l'a conduite à h Salpètrière , et elle y est 
encore. 

— ït qu'est devenu Pierrot? demanda Trompe-la* Mort. 

— Il fl4ne ici autour, pour n'entrer qu'à la nuit dose, mais iJ ne 
tardera pas, répondit José. 11 est impossible d*aller autre part mainte- 
nait ; tout le faubourg est en éveil, et chez la mère Andoehe, toute la 
salle basse est pleine d'agents, je Jes ai vus de mes deux yeux. 

— C'est un désastre , dit le Renard en se mordant les lèvres , il y 
en aura plus d'un pris du coup. 

— Les assises siègent en ce moment, dit Trompe- Jâ-Mod ; sî on 
mène l'instruction rondement, si le Borgne se tourne contre nous, 
comme il n'y manquera pas , â en juger par ce qu'il a déjà dit, on 
peut avoir la preuve de la complicilé dlsaac, et indiquer raflaîre pour 
vendredi. Dans six jours, à partir d'aujourd'hui, h tête du vieux juif 
peut la danser 1 

— Il fallait entendre les imprécations du peuple, dit José; on l'au- 
rait mis en pièces, si les gendarmes ne s'étaient battus comme des 
diables pour le défendre. Une fois, il fut jeté p^ir terre, m^iis ils fi- 
rent un cercle autour de lui et s'ouvrent un cheiuiu k coup de |ilita 
de sabres, ils continuèrent péniblemtmt lour nl:irl:llt^ Il fallait te voir, 
tout crotté et tout sanglant, regarder le mande et s'^ici rocht^r ^ux gen- 
darmes, comme à ses meilleurs amis. Jt< les ai encore Jev^nt lei yeux ; 
ils avaient toutes les peines du mondn à se tenir debout ^ l»nl la Toule 
levpressait, et ils le traînaient après eux; les hommes mont^iientiur 
le dos les uns des autres, grognaient el lui montraient le>s dents romrae 
des bêtes féioces; je vois ses cheveux et s 3 )i«irbe ensanglantés, et 
j'entends les cris horribles que poussaient les femoies en p^of^trant â 
coups de coudes au milieu de la foule , et en jurint qu'elles lui ar- 
racheraient le cœur ! 

En achevaihi ces mots, José , eneore frappé lïhor^ eur , ferma les 
yeux, se boucha les oreilles avec ses potof^a et ^e mit a marclier 
comme un fou, â travers la chambre, tandis que se<( deux auditeurs, 
fortement impressionnés , se tenaient motets , Ici yeux fuéi sur te 
plancher. 

A ce moment, un léger bruit se Bt entendre dans Tesca^ier et le 
chien de Ragot s'élança dans la chambre. Les voleurs coururent à la 
fenêtre, au bas de l'escalier, et dans ta rue. Le rhien n'essaya piis de 
les suivre. Il avait pénétré dans la maisun par une fenêtre entr'uu- 
verte : son maître ne l'accompagnait [>a$. 

-^ Qu'est-ce que cela signifie? dit le Rciiard en rentrant dans ta 
chambre. Il n^oserait pas venir ici, je.,, je Tespère au moins 

— S'il avait dû venir, il serait venu avec le chien» dit Trompe^Ia- 
Mort, se baissant pour examiner l'animal, qui était étendu p haletant, 
sur le plancher. — r Pst ! ici 1 — Donne-lui un peu d'eau, il est épuisé 
â force d'avoir couru. 

— 11 a tout lampe , reprit Trompe-1a-Mort , aprt's avoir eonsidéré 
le chien quelque temps en silence. Il est tout crotté , il boite , il n'i 
plus qu'un œil. 11 faut qu'il vienne de loin. 

^•D'où peut*il venir? s'écria le Renard. Bien lûr qu'il a lt£ 1 
tOMtai lai towmti M U» (roi'vsnt çimtê d'étrmfiert , U l'ait Kfi^ 



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3?? 



L'OUVRIER. 



gié ici où. il ê«t Tenu bien des fois. Mais d*où arriTsitril et pourquoi 
est-il seul , sans Tautret 

— H... (aucun d'eux n*osait prononcer le nom de Tassassin) il ne 
s*est pas tué? Qu*en pensez-vous? dit Trompe-la-Mort. 

Le Renard secoua la tête. 

— s'il s'était tué , reprit Trompe-la-MÔrt, le chien aurait voulu nous 
conduire au lieu du suicide. Non, non, je pense qu'il a quitté la 
France et qu'il a laissé le chien. Il faut que la bêle ait perdu sa piste 
pour se tenir si tranquille. 

Cette version, paraissant la plus probable, fut adoptée, et lé chien, 
rampant sous une chaise, se replia sur lui-même pour dormir ; on ne 
fit plus attention à lui. 

La nuit étant tout4-fait venue , on ferma le volet de la fenêtre , on 
alluma une chandelle, que Ton plaça sur la table. Le terrible événe- 
mipjit de Vavant-veille avait fait sur ces trois hommes une impression 
profonde i laquelle ajoutaient encore le danger et l'incertitude de leur 
propre position. Ils rapprochèrent leurs chaises, tressaillant au moin- 
dre bruit. Ils parlaient peu et tout bas, et étaient aussi silencieux et 
terrifiés que si les restes de la femme assassinée eussent été gisants 
dans la chambre voisine. 

Tout-:à-coup on entendit frapper â la porte de la rue. 

— C'est Pierrot! dit Trompe-la-Mort, prenant Tair bourru pour 
shasser la crainte qu'il éprouvait. 

On frappa une seconde fois. 

Non, ce n'était pas Pierrot. Fierrot ne frappait jamais ainsi. 

Le Renaud entr'ouvrit la (enêtre et tremblant de tous ses membres, 
rentra bien vite sa tête. H n'y ayait p^s besoin de lui demander qui 
Vêtait : BfL pâleur le disait de reste. Le chien aussi fut sur pieds tout 
de suite, et courut en gémissant vers la porte. 

— : Il twi le laisser entrer, dit le Renard, prenant la chandelle. 
' — N'y a-t-il pas moyen de faire autrement? demanda l'autre homme 
d'une voix iiauque. 

— Non, il faut le faire entrer. 

— Ne nous laisse pas dans l'obscurité, dit Trompe-la-Mort, prenant 
une chandelle sur la cheminée et l'allumant d'une main si tremblante 
que l'on frappa deux fois encore avant qu'il eùi fini. 

Le Renard descendit ouvrir la porte et revint suivi d'un homme' 
dont tout le bas du visage était enveloppé dans un mouchoir, et qui en 
portait un autre en marmotte noué sous le menton et son chapeau par- 
dessus. 

lise découvrit la figure en les retirant lentement : la face pâle, les 
yeux éteints , les joues creuses, la barbe de trois jours , la chair flas- 
que » l'haleine courte, ce n'était plus que l'ombre de Ragot. 

Il prit une chaise qui se trouvait au milieu de la chambre ; mais , 
tremblant au moment de s'y asseoir et jetant un coup d'œil rapide 
derrière lui « il poussa le siège à reculons jusqu'au mqr, l'adossa con- 
tre le mur et s'assit. 

Pas un mot n*avait été prononc&i // regardait alternativement l'un et 
l'autre en silence. Le regard oui furtivement rencontrait le sien, s'en 
détournait aussitôt. Quand sa voix sépulcrale rompit le silence , tous 
Us trois tressaillirent. Us n'avaient jamais entendu de tels sons. 

— Comment ce chien est-il venu ici ? 
•— Seul, il y a trois heures. 

-^ La Patrie dit qu'Isaac est pris. Est-ce vrai t 

— Trés-vrai. 

Le silence recommença. 

» La peste vous étouffe ! dit Ragot, passant sa main sur son front. 
N'avez- vous rien à me dire? 

Un sentiment de malaise passa au milieu d'eux. Mais personne ne 
«dit rien. 

-— Vous qui êtes le maître de cette maison, dit Ragot, s'ad ressaut au 
Renard, avez-vous l'intention de me livrer, ou me laisserez-vous me 
cacher ici, jusqu'à ce qu'on ait fini de me donner la chasse? 

— Vous pouvez rester ici , si vous pensez y être en sûreté , répon- 
dit le Renard, après quelque hésitation. 

Ragot, se détoamtnt â pein^, promena lentement sou regard du bas 



en haut du mur, et dit : 

— Le corps est-il... enterré? 
Ils firent signe que non. 

— Pourquoi ne Test-il pas encore? reprit Ragot, jetant encore un 
coup d'œil derrière lui. Pourquoi conserver des choses si affireusesî 

— Qui est-ce qui frappe? 

Le Renard fit signe que ce notait rien, alla ouvrir et revint loutde 
suite, suivi de Pierrot. Ragot était assis en face de la porte , si bîai 
qu'à peine entré dans la chambre, les yeux de Pierrot tombèreoCivr 
le meurtrier. 

— Ragot ! s^écria-t-il , dès qu'il Veut reconnu. Pourquoi' iié^mVi« 
voir pas averti ? 

La répulsion que Ragot avait rencontrée dans cette ehambre était 
si terrible que le malheureux homme brigua là h^te^St d'im regard 
bienveillant , même de Pierrot. En conséquence il lui fit i son 
vée un signe ae tête amical et voulut lui serrer la main. 

— Laissez-moi aller dans la chambre à côté, dit le jeune garçon eo 
se reculant. 

— Pierrot, dit Ragot, en s'a^nmçanl, ne ne me reconnaia*ta 

pas? 

— Ne m'approche pas , monstre ( s'écria Pierrot en se reetdant et 
en regardant le meurtrier avec horreur. 

Ragot s'arrêta , et les yeux des deux hommes se rencontirèrent ; 
mais les regards du meurtrier se baissèrent vers la terre. 

— Soyez témoins tous les trois^ dit le jeune garçon, en agHant son 
poing fermé , et en i'exaltânt de plus en plus , soyez témoins que je n'ai 
pas peur de lui. Si on vient le chercher ici, je le livrerai, je vous en 
réponds... Il peut me tuer, sH le veut, s'il l'ose, mais je vous le ré- 
pète, je le livrerai... Oui, je le livrerai, dût-on le brMer vivant... Au 
secours 1 à l'assassin ! S'il y avait uu cœrur d'homme parmi vous, tous 
m'aideriez ! Au secours \ à l'assassin ! mort à lui I 

En poussant ces cris et les accompagnant de gestes furieux, Pier- 
rot, armé seulement de ses mains, se jeta snr Ragol, et le terrassa, 
grâce à la violence et I l'imprévu dé l'attaque. 

Les trois spectateurs de cette scène étaient terrifiés. ITs ne suinter- 
posèrent point dans la lutte ; l'homme et le jeune garçon roulèreirt 
par terre, se tenant fortement embrassés, le premier insensible aux 
coups qui pleuvaient sur lui. s'accrochant atix vêtements du meurtrier 
et ne cessant d'appeler au secours Je toutes ses forces. 

La lutte, cependant, était trop inégale jpour durer longtemps. Ragol 
avait le genou sur la gorge de Pierrot, Ibrsque le Renard, tout alari 
mé, le tira par derrière et' lui montra la fenêtre. 

Des lumières brillaient çà et là dans l'obscurité ; on entendait des 
voix animées et le bruit de pas précipités. Le liruit allait en augmea 
tant et on frappa fortement à la porte, an milieu d*un murmure psreâ 
I celui de la mer en courroux. 

— Au secours ! cria Pierrot d*une voîx qui fendit Pair; il ^eet kit 
enfoncez la porte ! 

— Au nom de la loi ! cria-t-on du dehors et le bruit allait en aug- 
mentant. 

— Enfoncez la porte ! hurla Pierrot, ils ne rouvriront pas. "We â la 
ehanibre oi!i est la lumière ! enfoncez la porte f 

Des coups de plus en plus forts retentissaient sur la porte de la 
rue et sur les volets des fenêtres , et un long hourra s'éleva de la foule, 
donnant à Ragot, pour la première fois, une idée de la masse de tob 
qui le poussaient. 

— Ouvrez-moi quelque trou oii je puisse enfermer ce damné gai 
min , cria Ragot , courant après Pierrot et le saisissant par le fond et 
sa culotte, aussi facilement qu'il aurait fait d'un sac nde. Là ! vite ! 

Il le jeta par la porte entr'ouverte d'un cabinet , et flsmiant eeUt 
porte , il mit la clef dans sa poche. 

— La porte de la rue est-elle fermée? 

— A double tour et i la chaîne, répondit le Renard, toujours Mlipi» 
fié et immobile, ainsi que ses deux compagnons. 

— Les panneaux en sont-ils forts? 

— Doublés et garnis de fer. 



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r^: 



L'OUVRÎEl 



m 



— Et les fenêtre»? 

— Les fenêtres aussi. 

— MaUieor I vous ! crût le misérable désespéré , ouvrant la fenê- 
tre et menaçai la foule. Faites tout ce que vous pourrez. Vous ne 
B» tenez pas. 

Jamais cris humains n'égalèrent en horreur ceux de cette foule 
(brîoiae. Quelques voix conseillaient de mettre le feu â la maison , 
é'aulTM disaient aux gendarmes de lui tirer un coup de fusil. 

— Ginquai^te francs à celui qui apportera une échelle » cria le ea* 

Les phis proches répétèrent oe cri et des milliers de voix s'en fi- 
j«nt kt'édîûs. Ceiix-ci demandaient dea écfaettes , ceux-U des mar- 
d'futres , courant çà et li avec des torches et vociférant , se 
ea avant comme des fous et paralysaient ainsi les efforts des 
gendannes. Las plus hardis grimpaient après les gouttières et les 
cmisses du mur ; tous se mouvaient dans Tobscurité , semblables 
i un champ d'épis agités par un vent furieux ; ils poussaient de temps 
; en temps un rugissement frénétique. 

— Une corde ! donnez-moi une corde » cria l'assassin , se retirant 
de k fenêtre en chancelant , je peux me sauver par les jardins : une 
corde ! ou je vow toe tous k» trois et moi après ! 

Lm Arois iMBimes » liapfés de terreur , indiquèrent par un signe 
«ù te trouvaient ces sortes d'objets. L'assassin, ehoisisaant â la hite 
k pins longue et U plus forte corda , s'élança au haut de la maison. 

Toutes les lenéirett i cet étage , avaient été depuis hmgtemps mu- 
rées, sKceplé une. petite kcanie , dans la mansarde où Pierrot était 
enfemé^, et qui était trop petite pour qu'il pAt y passer son corps. 

Mais de cette ouverture » il n'avait pas cessé de recommander â 
ceux ém deiMm de garder le derrière de la maison , de sorte que 
lorsque l'aasaifiii apparut sur le toit , par la porte du haut de l'esca- 
lier, 09 grand cri.avertit eeux qui étaient dans la rue , qui , immé- 
diatement, se mirent i faire le tour de la maison qu'ils entourèrent 
de leurs flots tumultueux et pressés comme les vagues de la mer. 

Bagot ferma la porte derrière lui , et l'assujettit si bien avec une 
barre de fer qu'il avait apportée i cet effet , qu'il devait être très- 
difficile de l'ouvrir de l'intérieur : puis , rampant sur les tuiles , il 
regarda l'abime. 

La foule était silencieuse depuis quelques instants , guettant ses 
■euveflients et incertaine de ses projets : mais au moment où elle 
pensa qo'il recoimaissait l'impossibilité de s'échapper . elle poussa un 
bourru & haine et d'exécration tel que tous les cris précédents ne 
parareat pins que des murmures. Ge hourra recommença trou fois : 
ceux qui étaient loin le répétèrent et l'augmentèrent sans savoir de 
fu<H il s'agissait ; le peuple se pressait dans la rue ; des deux côtés 
de la maison , le mur était escaladé et, çà et là, une torche éclai- 
rait des visages ailimés par la haine et la soif de la vengeance. Les mai- 
tons les plus voisines étaient envahies par la foule ; les fenêtres étaient 
ouvertes, les tètes étagées rang par rang et le peuple couvrait les 
toits. 

— > fis le tiennent , cria un homme â cheval sur le mur. 

Tontes les têtes se découvrirent, toutes les casquettes s'agitèrent en 
SvÊt ^lo Bourra recommença. 

— Gant francs de récompense , cria on vieux monsieur , proprié- 
taire bioA connu dans le quartier , cent francs i celui qui le prendra 
eu vie. Je reste ici jusqu'à ce qu*on vienne me les demander. 

Il y eut un antre hourra. Eii ce moment on dit dans la foule que la 
porte était enfoncée et que celui qui avait demandé l'échelle était 
nwU dans la chambre. Cette nouvelle courut de bouche en bouche , 
it ceux qui étaient aul feûêtres descendirent et se bousculèrent, 
montant les uns sur le^ autres pour arriver près de la porte et voir 
rtssa55În quand les geAdarmes redescendraient avec lui. On enten- 
iût les cris horribles de ceux qui étaient foulés aux pieds ou étouffés 
par k Ibnle : toutes les issues étaient barrées , et en ce moment l'at- 
tention était partagée entre les efforts des curieux qui voulaient arri- 
ver I la raaison et les crû de détresse de ceux que la foule étouffait. 
Laufuiiioii était donc un peu détournée de la personne de l'assassin , 



bien que l'intérêt que chacun portait à sa capture se fût accru , s'il étafl 
possible. 

Quant à celui-ci , il s'était affaissé sur lui-même tout4-fait déses- 
péré par la férocité du peuple et rim))ossibilité de fuir : mais s'aper- 
cevant tout-â-coup de cette diversion dans l'attention de ses ennemis, 
il se releva décidé à tenter un dernier effort pour sauver sa vie à la 
faveur de l'obscurité. 

Stimulé par le bruit venant de la maison qui annonçait qu'elle 
était prise , il noua fortement un des bouts de la corde à une souche 
de cheminée, et , à l'aide de ses dents et de ses mains , il fit dé 
l'autre bout , en moins d'une seconde , un nœud coulant. I^ corde 
était assez longue pour le mettre à quatre ou cinq pieds de terre , et 
avec son couteau , tout prêt dans sa main , il la couperait et se lais- 
serait glisser. 

Au moment où il allait passer sa tête dans l'ouverture du nœud , 
avant de descendre la corde jusque sous ses bras , le vieux proprié- 
taire qui avait mis la vie de Hagot à prix , s'écria que l'assassin mé- 
ditait de se jeter du haut en bas de la maison. Au même instant, 
Ragot , regardant derrière lui sur le toit , leva les bras au ciel et 
hurla dans une épouvantable horreur : 

— Ses yeux ! je vois ses yeuï ! 

Puis , chancelant comme frappé par la foudre , il perdit l'équilibre 
et tomba dans l'espace ; le nœud de la corde était autour de son cou : 
le poids du corps le serra aussi raide que la corde d'un arc et aussi 
promptement que la flèche qu'il lance. L'assassin tomba de trente- 
cinq pieds de haut. Il y eut une forte secousse , une horrible convul- 
sion des membres , et il resta suspend uavec sou couteau tout ouvert 
dans sa main raide. 

La vieille cheminée soutint bravement le choc; elle fut un peu 
ébranlée , mais ne bougea pas. L'assassin pendait sans vie le long du 
mur , et Pierrot de sa lucarne , écartant la corde qui lui obstruait la 
vue , supplia le peuple de venir le délivrer pour l'amour de Dieu. 

Un chien , qui jusque-là était resté caché, s'élança sur le toit, cher- 
chant çà et là avec un gémissement lugubre , puis prit son élan pour 
sauter sur les épaules du cadavre. Mais il n'y réussit pas; il tourna 
sur lui-même , se frappa la tête contre le mur, et tomba sur la foute 
qu'il couvrit de sa cervelle jaillissante. François Rouveau. 



L'UORLOGÊRE. 



Les époux Odoul étaient mariés depuis quelques ' mois I peine, 
et dans les conditions les plus favorables pour le bonheur dé tous 
deux. 

M. Odoul, horloger en chambre, mais travaillant à son compte, et sûr 
d'une nombreuse clientèle dont sa probité , son exactitude, non moins 
que son habileté lui conciliaient l'estime, n'avait point à redouter les 
chômages. Non-seulement le produit de son travail suffisait aisément aux 
dépenses du jeune ménage, mais encore chaque mois il lui permettait 
de porter quelques économies à la Caisse d'épargne. Il fkut dire que 
si M. Odoul était un ouvrier modèle, laborieux, rangé, sobre, économe, 
ne mettant jamais le pied dans un café, et délassé des fatigues de la 
journée par un sourire de sa femme, celle-ci, pour nous servir d'une 
expression vulgaire mais énergique , était la raison et la sagesse en 
personne. Heureuse d'une toiletttt conforme à sa position et curieuse 
uniquement d'être belle pour son mari, elle se parait de propreté, de 
simplicité plus encore que d'élégance , et savait être charmante avec 
un bonnet sans rubans et un peignoir d'indienne. Ge n'était point en- 
core le temps où florissaient la crinoline et toutes ces inventions nou- 
velles et sottes qui semblent prospérer par le ridicule ; mais d'autres 
extravagances , chères à la mode, faisaient fortune et tournaient les 
têtes féminines, même celles que les nécessités de position et le bon 
sens devaient garder de tels écarts. V^ne Odoul ne donna point dans 



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MO 



^OUVRIER, 



•8tr«fen« fille rtiU, tu defaon comme an,. dedans, la femme de 
Tartisan , aisé i la vérité , et ne songea point , par le luxe de sei^ 
robee et de ses chapeaux » i éclipser la femme du propriétaire. 

N'ayaot point d*eniants pour roccuper» se levant tôt, se couchant 
tard, et, grâce à son activité, promptement débarrassée des soins de 
son petit ménage , la jeqoer.femmjS se trçuvait avoir souvent plus de! 
loisir qu*elle ne Teût désiré. On se fût miré dans les carreaux de u 
chambre, comme danji la pièce Uplus vulgaire de u modeste batterie 
de cuisine ; et sur tous les meubles on eût cher* hé inutilement un atdme 
de poussière. Son liugf^» %nï lui devait (le linge fin au moins) sa blan^ 
cheur éblouissante et sa bonne odeur, neuf pour la plus grande partie, 
réclamait peu son aiguille. Puis, comme avec des yeux dé lynx, elle le 
visitait régulièrement et n'attendait point , pour les reprises, le trou 
ou la déchirure que lait craindre l'élimage ; elle diminuait singnlière- 
ment sa tiche et il lui restait bien du temps encore. Ce temps, tou- 
jours précieux, elle ne s'avisa pas, comme des dames ou des demoi- 
Mllei que je connais, del'employer â lire des feuilletons. Elle n*ima- 
giiia pas de. faire delà tapisserie pour des meubles dispendieux, ou 
des broderies, petit traTsil pour rire, amusement et contenance de la 
demoiselle du monde assurée d'une belle dot. Jalouse d'aider è son 
mari , el ne voulant pas que sur lui ^ul pesât tout le fardeau , elle 
songea k gcossir, elle aussi, le budget commun de ses gains de chaque 
jour. Mais, ne trouvant pas i occuper son aiguille asset â »on gré et 
d'une manière suffisamment lucrative ou peut-être par l'instinct d'une 
secrète vocation, elle s'avisa d'une autre idée. Aussitôt son humble be- 
sogne de ménagère terminée, elle venait s'asseoir auprès de son mari, 
et, tout en cousant, mais non sans se piquer fréquemment les doigts 
par suite de la distraction, elle suivait d'un œil intelligent, souriante 
et curieuse, k main de l'lM>rioger, occupé de sa difficile et déli-ate be- 
sogne. Plus d'une fois son mari, levant les yeux, surprit les regards de 
la jeune femme absorbée dans cette contemplation qui lui fai;^it oublier 
de tirer l'aiguille. 

— Gela t'amuse donc bien» lui disait-il. parfois en riant, de me voir 
travailler t Ah! çâ, est-ce que tu voudrais apprendre le métier par 
hasard, et devenir mon apprentie? 

— Je ne dis pas non, e^ n!était la peur de t'ennuyèr et de te faiie 
perdre du temps, vois-tu bien.,... 

— Petite folle, va, tu en aurau bientôt assex et moi aussi. Gela ne 
s'apprend pas en quelques heures, comme â chiffonner un ruban, ni 
même en quelques mois, U faut de* années d'ui^ apprentissage péni- 
ble, et encore plus' d\in réussit à peine â faire tn ouvrier passable, 
moi tout le premier, car, vois^ pom^avoir levé le nés et prêté l'oreille 
i tes sornettes, je ne sais plus où j'en suis de mon rhabillage. 

— Il me semble, reprit la jeune* lemme timidement, que c'est cette 
petite pièce, li, sousJa cloche à droite, qu^ tu prends d'habitude. . 

— Tiens ! c*est vrai, dit joyeusement le mari, tu as de bons yeux, ma 
Louise, des yeux meilleurs presque que le^ miens avec la loupe, et de 
la uiémoire encore. plus. Dcci^éroeitt tu, as de la vocation,, et si qiic^ue 
jour je me sens du loisir et surtout de I9 patience (ce dont je doute ufi 
peu},, je te prends comme mon. apprentie, i la condition, bien en^ 
tciidui que la cuisine n'en souffrira point, et que tu ne me feras pas 
manger du rôti braisé, c'est-à-dire en* braise, ou de la. soupe au 
gratin. 

— Pour cela, tu dois être tranquille, et l'amour de l'art ne me tour. 
nt-r.i p.is à. ce point la cervelle. Tu peux ne m'acceptcr q\i'â l'essai , 
d'ailleurs. . , 

— Vraiment prendrais-tu la .chose au sérieux , ne vois-tu pas que 
j" pbisanlais? Tu peux en juger toi-même, sac-à-papier, comme dit 
ma iiicre-grand ; occupé autant que je le suis, je n'ai guère dé temps I 
pcidtc pour faire des élèves. Encore si je pouvais utiliser mon appren- 
tie pour les courses ; mais ce n'est pas corvée qui convienne à une 
1^190 et gentille femme. Tiens, justement voilà trois heures et il 
laut que j'aille à l'autre extrémité de Paris pour une montre que j'ai 
promis de rendre aujourd'hui même. Ces diables de pratiques, c'est 
comme im (ait exprès, les voilà toutes qui semblent se donner le mot 
pour aller demeurer aux Bati^olles. J'en ai pour deux ou trois himres 



tu moins de celte promenade. Adieo» mignomie^ nn baiser et je me 
sauve , car le Monsieur, galant homme du reste , mais exact comme 
mon meilleur régulateur , n'adçaet pas une. minute , pas même quel- 
ques secondes df) retard. Il a dit quatre heures , et, quatre benriii 
sonnant, il faut que je carillonne à sa portée A bientôt ! mais méfie- 
toi, en rentrant j'aurai faim,, et, il me fant douUe ration^aigqi^is 
d'hui. "„ . 

Et, après avoir embrassé sa.femm^, l'horloger sortit en coaca^ . 

( la suite au prochain numéro, J BiàTHU^) ^9iyNlp^:, 

JURl»Pai}DEl»Gft IKDUSTBIELtS. 



Cfiigé. — Un chaufTcur de machioe ne peut , d'apeès Tutafe. à$ 
Utte, ,3 moine de^ motUs graves , ét^ congédié sai^mi af ertmement 
pi^éalable. 

En cas de renvoi immrdiat, il a.droit>à des domm^^e-intérêts, 
saiM qu'on puisse lui opposer qu'en mégmique, les* ouvriers ne soot 
q^ provisoirenseot engagés pendant la première hl^ta)i^o da InvaiL 
( ConMdl des Pruifhmmes de Lille ; 9 aoO^ 1860.) 

ftigaçemoAt de Mirail. — Un ettgagement d# travml powr troii 
ans , contracté verbalement , puis copifimé par lettre, est vabMe et 
doit être entièrement rempli , surtout lorsqu'il a reçu un eoauneo- 
cement d'exécution d'environ neuf mois , et quoique les partÎM éi^ 
sent convenues <ie faire régulariser Jeurs oonveDCionspar «p ode écrit 
Le difrut de réaUsatîon de-oel aelo^ne peut. être me «mise légale de 
résotètiOH du contrat verbal ainsi confirmé. 

Si donc wio des parties rcAise- d'exécuter ^ttiéfemcat l'engage- 
ment , elle est paesiMe de dommages-intérête eaf^rs fMre» rCentrti 
dts Ptud'hmmes dé Ulh; ^décembre t8l^ y 

Louage, de seirice et d'indostrio. — La convention .fiiite aveJ 
di;s. manufacturiers de leur fournir, pendauf un temps excédant unQ' 
année,, des, ou Viviers en nombre suffisant poui^ mettre el m^tenir e|, 
activité, une quantité de métiers déterminés., est parfaitement licite; 
on' ne saurait y voir une condition impossible dans le sens de Tarti^ 
cle 117% du cod.e Napoléon , ni une violation de la l^i du 22 germi» 
nal an XI , qui permet des engagements de plus d'une anpée lorsque 
le^ ouvriers ont un traitement et des conditions stipulées par un acts 
exprès, et à laquelle , d'ailleurs , l'article 1780 du ci>d|S Bapoléoq 
n'a pas dérogé. 

On se prévaudrait j aussi , vajnement« pom^ justifier Fioexécution 
d!une pareille, convention , dé la circonstance que lès salaires étaient 
à fixer par les manviff cturie^v , ce/ qui taisait dépendre le contrat 
d'une condition prôtestative, s'il n'était pas justifié que les prix de &- 
çoa proposés par ces derniers eussent jamais, été insuffisants. 

Gette convention constitue une obligation de faire; en consé- 
quence , les contrevenants ne peuvent être contraints à l'exécution : 
fls sont seulement pasS|ibles du domii^|^es-intéré(s. ( Cour iw^fériak 
«J? Cp/mor; 51 j^yicr 1860. ), 

' ' ' ' ". ■ " ■ H 'I " ^ l 'I ' J ■ 1 Il I H m 

BIBLIOTHÈQUE USUELLE DES VILLES 

ET DFS CAMPAGNES , 

PAR GhLLE^ * DAMITTB : 

!• Amendements et engrais . • • • Pnx : 

2? Art des, feux d'artifice • • • • 

3* Uygiiène de 1« t«ble . . . • • 

A* Ci^isifle. éconpmiq^e, et^simplipé^ • «^ 

Les quatre vohunes parus. • • 



• 3C 

• 35 

■ 30 J 



1 IB 



. il 



Angers . imo. de Laine frères . rue Sainiitaud . IL * 



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^st 



r M. 



15 mam 1S62. 



L'OUVRIER 

léBmal hebdomadaire illuitrè paraiuant toui lei lamedis. 



ABMINI8TRATIÛN x 

B, ^fuX &m Gnndt-Aiignftiiu, 

i U Bbniito de BLÉBKfT, 

êL PARIS. 



80MMAIHE. 

AVIS AUX LECSTEUB8. - LES AVIU t TUM E» D'UN BEROSII, fti 
Eugène de M «koikii. * XJBS TRENTE-HUIT RÉPONSES DE If. FER- 
RICHON, par le Caporal Maktin. — I*'HORI«OOÉRE . ftr Bathild Boimi*i. 
.. JURISPRUDENCE INDUSTRIELLE*' 



ABONNEMENTS D UN AN 



Ipvtiriil^iickHiii 



i»'A«i,Tah. 
•■■ »*Aml ... «...Sa» 

lT4Ta-Ul« M L'AHftMQIMMlloM. . . 7 x » 



AVIS AUX LECTEURS 
VOtfvrter commencera incessament la publication des 
L\NGBS de Manzoni, l'un des chefs-d'œuvre les plus 
tcoQtestés de la liUérature catholique. 
Les fiancés seront splendidement illustrés. 

LES AVENTURES DDN BERGER'. 



CHAPrniE X. 



> na pen do médeoine. -* Bathélomy aa service 
de Mireflorès, Tavare. — Une histoire de bûches. 
-^'Daaa Filiiipiiia. — Départ pour l'Amérique. 

D Faot qne je reyienne un peu sur met pas et que je vous ra- 



conte ce que je faisais cbei le docteur Pancrazio, pendant>s deux 
aoniSes que je passai à son service. 

Je n'étais pas on valet de chambre ordinaire. D'abord c'eût ëlé 
une vraie sin^ure que d'être, sans rien de plus, le valet de 
cbanabre de don Paneras io; car le digne homme avait horreur 
de faire £s're par autrui ce qu'il pouvait» sans perte de tempe, 
faire lui^mSflM. Ce n'était pas seulement du mépris, c'était une 
isdignation furieuse qu'il mani&slait quand son confrère, le doc- 
teur Paoheco, racontait toutes ces tribulations. l.e pauvre Pa- 
cbecol Croiriea-vous qu'il avait toutes les peines du inonde à 
trouver on valet do chambre qui l'habillât, le poudrât, lui fît la 
barbe, lui mît aa cravate, allât lui chercher son chapeau, son 

mouchoir, sa canne et son lorgnon le tout avec adresse, rapi<« 

dite, i>onne grâce et silence ! 

Don Pancrari) était tout l'opposé de don Pacbeco; et je dus â 




Le Christophe Colomb au milieu des éoneils. 



'boDcrmble répugnance de mon maître pour le service personnel, 
le monter, officieusement sinon officiellement» d'un cran dans 
échelle sociale. 

Don Fancnudo, à vrai dire, m'employait plutôt â servir ses 
ulades qu'à le servir lui-même, et il n*aurait tenu qu'à moi de 
alptitoler .élévè en médecine et aide-de*camp du plus fameux doc- 
ear de la province de Cordoue. 

Vtir ks s«> 4s VCmri9r iu 4S Jaîmsr aa S mm.] 



Ce fameux docteur faisait en général ses visites à pied. Je por- 
tais ses instruments de chirurgie et deux ou trois volumes dont 
il ne voulait jamais se séparer. 

Quand il albit, pour cas urgent, jusqu'à Séville ou jusqu'à To- 
lède, il me prenait aussi avec Ini. lia compagnie, je le dis sans va- 
nité, ne lui semblait pas déugréable. Don Pancrazio n'aimait rien 
tant que la science, etmd, avec la discrétion qni seiait à mon hum- 
ble position» je cherchais toujours â m'instruire auprès de mon 



ses 



L:eiiv*|UER. 



n^»ni patron. Aussi ilTinj^s qii'ilfie fûf^longé dufs qiielqi|| pr£8>nde 
méditation, — re domje nl^a perce V2|^i3|e , et dàks ce ca^à , je me 
gardais bien de le troubler, — ma o^rioëté par^vait lui ||airff/''et il 
ne se faisait jamais_|rier p^r y r|pgndrë. ]<^ T j;-^ 

Il voyait bi^n d'ailleurs oue ce n'était pas 1â une curiosité de singe 
ùu â& pèiTotiiKËA laà£flère tùàk ùâ queluEkljbi ^éAÀCliÀOil 

I actes avant d'in- 
même dans mon lit 




>nne sœur Sainte-Agnès, j*avai8 



déjà voulu 'tooflMicot'ttdn. AkMltièn 



Au bout de sti fnôfs, la médecine usuelle n*avaît plus de secrets 
4ffllir moi. i}ue v ous fus s iez ^ n rhumé> pris de ma ldej;orge pu djine 
douleur de dents, que la fièvre tierce ou la fièvre quarte eût élu do- 
micile chez vous, que vos ebfahts fussent^atteints de la* rotigeole , de 
la coqueluche, de la scarlatine, même de là p^tïtê^fàie, que^ grâce 
i votre maladresse votii( tons fussiez* briiftlBs dôigts^ otf démis la che- 
villé, que totre gloutonnerie eût trouvé son cITâtim^nt dans^ une in- 
digestion ou votfrB 'colère dans' un débofdftrment de bile..... rien de 
tout cela rie m*é)onnait. 'Et il me semblait que, si , i^ir un coup de 
baguette de'quelqneTée'Gracîeilse', fensseété^traiispôrtéàiionrAès,-' 
dans le petit logis ^u bon docteur Guéridon ^,^ ]tf ih i»e sefrais-'paîf 
beaucoup plus mit tiré que Itii t àiià les trèSs ^ûaffe des ^ca>^ 'de la 
partie professionnelle d% s6h ministère. ' -:. . t .- ^- i* 

C'était autel , je crois , Favis^de mon docte maître. Qvftttd il était tt^>(l ' 
pressé, â gardait ||M)ur loi t%s gros mandes, ^''entends lesfrosses malà»^ 
dîtes — et' il m'envoyait, "de par hl VUÏe, 8e^nèr,'^ëtf'^tt nom, leti co-^ 
liques, les angines, les coryzas, les menues tl&vi^es. Même phAiews dé 
ses ctient8prénâieiftt1nbitikl#tle'medeiDafidèi%<tUanâiriie leur sem- 
blait pas que leurs maux méritassent Pintervention d'un aussi savant 
homme que don Pancrazio. Et lorsque,- le mal persistant, celui-ci ve- 
nait â son tour auprès de mes malades , il trouvait toujours que mes 
prescriptions avaient été sages. 

Si don Pancrazio eût vécu, peiit4tre me fbssé-je décidément tourné 
fers b médeeine. 

— Ce garçon-lè, disait-il souvent k dona Isabelle, a vraiment des 
dispositions étonnantes, et f ai envie de le faire étudier;* 

Malhenreuseraent mon maître mourut, et il s'agit denouv^fi^^oiipr 
moi de trouver oA gagner mon pain. Mes gages étaient sif *u4de ohî|Se , 
et j*étais , en quittant Tbôpital , si peu garni de linge et defvéteme^ts , 
qu'à grand'peine avais-je pu , depuis deux ans , économiifKr ipaieUfses - 
piastres.... pas le ifutrt sêolenaiei^ de ce 4)u!il m'eût Mlu tHpenser » 
si j'avais voulu sérieusement retourner ehèt moi. 

^J^bésitais sur le parti que ji» devais prendre , lorsque je t^u un pe- 
tit billet de dona Filippina , U fsmmederlkraflorès, le plus riche né- 
gociant de Cordooe , et l\m des proches voisins de don P^ncraiio; 

J^avais connu dona Ftlippba pendatit non séjour â lllôfnf^l, où elfe 
Tenait, chaque matin, vitiler eteoignef quelques malaëee. Ette^vait 
été ma bienfaitrice , me foupntissaitt toutes les douceurs que rMemait 
ma convalescence et que lertouae^'u'étaieht pas assez rMes pour nie 
procurer. Surtout, elle m'avait témoigné une compassbn et un kl^ 
rét qui m'étaieut allés droit au cœuCc- Sa piété était frofoede, «^ 
dente et 4ouce,*etla voir priera la«napelle était une {âitféiotioa qui 
valait, je crois, même les pf^îisrdoi'abbé Chom. 

Dona Filippioiiraiulâît^vQir, pour .'«riet^, chambre et aussi uo peu 
pour serviteur de confiance^ëe^^Huari-, un garçon jeune ,' adriAt , 
honnête et de joyeuse humeur.... Je ne pouvais rien refuser i une 
femme à qui je devais tant et qui mejugeàitîsl'fktorablèmrnt.' - 

£t puis, il me sembla que ce serait. pour jpdQx uu.e t^ëuédUtiou du 
ciel que de demeurer saus^)e.4néme toitqiie c^Ue ,;piu^ créature ! 

J'acceptai donc , sans trop m'in fonder ,4e ce qu^ c'é^l^it que. le sei- 
gneur Miraflofès» Jl passait pour dur et pour avare. Hais. le monde 
est si méchant etji jnuidç ^es&O' fait ^i|t jd'^y^ejiix.! Je me persua- 
dai qnej^on nouveau, mfitre jv^aU^piieux que ^af^uta lion. En tous 
m t il atait ^ofi qualilé q^e gifr&oiuie ^i^^^igeait. i lui cy^^ter : 



rc'éÛSl^son aiifSliq\ç^'fémme. . " 

' feus ne vo^s don|sriez jaMais du motif pour leqiiel ce Miraflorèi , 
éolit la fortui^co^ésale égllait pour le niAins les listes civiles réu- 
nies d'une dizaine de princes^ souverains ditlleîâdgne , avait désiré 
l^ï4)i**J<inî^#rvicet^..'.^ ] ^l .^ \ ^ I^ * ' . ' ! ^ '' '* 

C'est qu'il a^ait calculé qu'avec un valet de chambre ayant, comme 
fUQi^unç sérieuse teinture de médecine , il pourrstit faire J*économie 
d'un médecin. 

' Qdand il ^itttl\W , PaûWé pfrôèédente ,'*pbûr uiie*fli*i*oni*e pei^ 
'Utûé'l' payer â don Panbrazio , vihgt-cinq ^IWa i Uife^lâaiAfifr^ari' , 

site'^ili'^veii^i^itt P^^^^^^^""'"^'^^ *^ °® pouv^t s'en/iiepen- 
j^er. Mais que son cœur avait saigné^au départ de toutes ces belles 
pièces d'argent! 11 Vélai^ bieu promis ïê^pe plus élrè nfalader.r. Et 
pourtant cela ne dépendait pas de lui absolument. * 

Pkr ringéniéuse eombinaisôn^'uu valet de chaadireimédecîn. Ht- 
raidrèu pouvait être malade tout i son mue , sans qu'iUuieu coûtât 
un sou.... sauf les drogues.^.. £t eQCpjre» moi qoi^ ^n ma qualité de 
Pyrénéen , devais connaître bt simples d^ montagnes, |ie poufrais- 
je pas , à mes moments perdus , aller herboriser sur les pentes de la 
Sierra-Moreqy, ^t^ recueillir, pqur j ieu tou^ soi;te ^e p^ntes^roédici- 
nales que cet affrbiit Alnnbar, lipolhicaift, vebdait Mi ^éids ë« ]^t. 

Me voici donc installé chez u|i af^fV*; 

Mais, comme il y a fagot et fagot , il y a avare et avare. Le mien 
était' une "firiéfé àirilitise de Pespèce. 

H ttêt^H pas de een hirj^ag^ns ^ns puieur qui affielMul psesqne 
leur ladrerie, qui' du fliô^nsBYlt^rertl'^Ais respoet^'hiiaiaintetsaas 
qu^auSun nntré^entkneRt que cehii de la faim ;<de ia^soif et du froid 
vienne contrarier les délices de la thésaurisation et de la contemplation 
de ces chers écus , de ces sequius bien-aimés. 

Nou , l*avarice de Miraflorès était plus compliquée : il était à b fois 
ofgueilleux et pingre. Il se montrait fier de sa grande fortune , fier 
du rang qu'elle lui faisait occuper en tète du haut commerce de Cor- 
doue. Il voulait se faire honneur de ses richesses. Lui , fils d'un pauvre 
petit tailleur de la EsirelU, à n'était pas insensible à la gloriole d'en- 
tendre dire que son palais était plus beau que celui t)u gouverneur. 11 
se rengorgeait à la pensée que , s'il avait eu des filles , toute la fran- 
. des$e de la province eût solliâté i*|ionoeur de s'allier i la famille du 
marchand Miraflorès. Il était hiMeux;^ quand un des beaux noms de 
la' noblesse castillane , un Êhémé-Gceli.f «imit lui (aire la cour pour 
||i emprunter quelques miUiers.de eequios.... ce i quoi du reste nen 
tip pouvait décider Miraflorès qu'un iutfcét sfiieuseoient usuraire; 
csr, en sa qualité de fesse mathieu , MiraBorés criMfuaît presque au- 
tant de prêter que de donner. 

Ce «i^ange de faste et d'awise "amenait paHSsis les plus drôles 
d'avetttkffes. 

l^en veux citer une entre mille. 

SanrpÉrier dee magasins de Miraflorès, où s'entassaient les prodne- 
tiotts'du monde entier et qui4iéces»i4aieat un pert^onnel considérable, 
les bureaux où se tenaient ses -écritures étaient gattus de plus de vingt 
employés. 11 (allait beaucoup de hfiis, l'hirèf, pour chaufier tant de 
-flmde; 

0n de ces commis » qui demeurait dans la maison , étant , une cer- 
tfâneikât, atteint d*i«somnie , fut très-étouaé , vers les deux heures 
«hi matifl , Hle voir de la lumière dans les bureaux. 

La nuit suivante , à la même heure, même apparition qui dura 
quelques miuuM-è peine.- 

La troisième nuit , le comnnis Vembusqua derrière un monceau de 
vieux ballots , de manière i pouvoir ,' sèjon le progi*aùime ordinaire 
des romans et des comédies , voir sans être tu. Qiitl ne fut pas son 
étonnepaent d'agercevoir Miraflorès lui-même , dans le fAus ^pls 
appareil , entrer à pas de loup dans les bureaux , se dinger^Kérs m 
petit enfoncement où était le bois , et en emporter quatre on cinq 
bûches sous son bras. Puis » il sortit , descendit f escalier 4ill)ft dé- 



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ci; , • 



roiwiii'EK. 




fioeer son chargement dans ler bûcher, qui est situé an ÎÊ/aà de )ki eour. 
n recommença ce manège deux ou trois ibis.,.. 

Mtralkvrés voUH le bois de ses commis ; et povt «^riofair ainsi 
d'iHie îkwraiffé dé bûches*, il se relevait au miliea é^ k miii » il s'ex-^ 
posait k attraper quelque bonne fluxioirde poitffinew^. uumtOBBfÊ^t 
le nsque qu^il courait de se couvrir de ridicule. 
~ ¥ms' p^ef si'l^ cttonnis se fiiMvi de ra«ontKr lai^kfse i«as OMttli- 
radps. On en fi( des gorges-chaudes au bureau. Mais on se promii lé 
sf^tfA. ,- ab tuliitts p«(ir'qMtqiiès |oiir8 , afin de peuvoir jouer im l»on 
t^W'àCflltniÉorés: 

^ ^fi^sélrfm'il é'étiit fbiat'^u^ le bois allait bien vito, on soupçoiinâ 
quMl^yeprénfcrait ks nuit suivante «on rMe de revenant. Sa qsûttaot k 
b«iveav, les <5oBmis attaobèrenlt doue, ftor des flW de lûtop très-^ 
màices , les bikhes qui étaient en baut de la pile tux iils«ottdueteun 
de quatre tm cinq sonnette» qui répoMtoient dans les différentes pig- 
ées de rbûtel. 

Al» moment où Miraftorès saisissait le premier rondi» » vm affreux 
eanlion se fît entendre et le rondin résista. Effrayé , notre homme 
perdit tout-i-fait la tête. Au lieu de se sauver en éteignant sa lan- 
terne , il demeura consterné et comme pëtrifîé , jusqii'i ce que doea 
Filtppina, deux femmes de chambre, le cuismier et moi-même, noua 
fussions aeeourus. 

Le respect et la crainte eui«ent grand'peine i nous enpèeher d*é* 

dater Rien n'était comique comme la màne akufie et penaude du 

pauvre Miraûorés. Vous pensez bien qu'il se refusait à toute explisa- 
tion. On le èrut somnambule ou fou. 

Maie, ke lendemain , h mot de réetgme desceadit deç baeeaux à 
l'office, «t de lèse répandit par toute \a villes Pendant uft mi» on ne 
parla pas d'autre chose, et plus d'une chanson ^eircttla«queiles|faflUJi8 
de Cordoue venaient dianler, eiifmse de sérénade» sous>])es fisnâtree 
de Mirafiorès : bûche j rimait avec cmcAe; et même des gens ssérieux 
prirent l'habitude de désigaeié mon maitre par un met-espagnol qui 
veut dire i Célm fut «e voh êôi^fnéfue. 

. : •. •• .3 . •• i/ . - ^ i . ;. • 

Quant â moi, je n'avais pas précisément i me plaindre de lui) sauf 
qu'il m'exploitait jusqu'à la corde et me mettait h toute sauce. 

il m'avait pris pour son valet de chambre. Maïs,* oeibme je aâtais 
bien écrire et bien compter^ que d'ailleurs je parlais et j'éeaiuis éga^ 
lement bien le français et respagnol,iè m'employait aussi- dans ses Jbu- 
reain, et j'étais un peneoDMvis. jc .. 

Pour la médecine , j^ai dit cb qu'il en était* Miraâorès flKtiait mes 
talenle i centribotkm, non-seulenntent pour lui-même, pour sa femme 
et pour «on nombreux domestique; il voulut mémemofinee soigner 
ses ehevauft , son chien , ses serins et son chat. : — 

Eiitln , comme j'eus l'imprudence de raconter qu'd- VHh VUbmu , 
j'avais été aide de cuisine, il me fit tamrejpïm d'un miérim, alor»que \ 
le vient ^oachfmle cuisinier était malade oU feignait de l'être. . 

Habitua â prendre les choses du bon côté, je me dis qu'après tout 
autant valait empl<iyer mon temps de la sorte «qu'autrement* qu'ainsi 
je me conservais la main i tous les ^peints de vue, que* peut^tre^ Un 
jour, je sèfois beureifx d*apvoir*ainsi dé^leppépar l^eaeraiee dès-eon- 
naissances aeqeises par l'observation. 

Rien de bien saillant ne vint accidenter mon s^nr de don ans 
ehex Mirâftoréij. 

Gomme j'exerçais quatre ou cinq professions A la fois , je n'avais 
pas de temps ft perdre en rêvasseries. Mais je ne pouvais m'empêcber 
d'étudier les deux caractères fti dissemblables de Mirafiorès et de sa 
femme et de tirer d& cette éttfde tonte sorte de réi«xious dont je vous 
eonnnuniquerai seulement une partie. 

Toujours Mirafiorès nv^it l'air soucieux. Il était riche pourtant, puis- 
samment rirhe. Ses affaires avaient constamment prospéré. Sa consi- 
déralion était grande à Cordoue et aux enviions, et bien qu'elle s'a- 
dréseiC peut-ètre â ses éeos tnk pêii plus qu'à sa personne^ Mrr<fftorès 
en jotifssait profendément. Dûna Filippina était 4a doacenr, la iionté, 
le complaisance, la grâce et l^maèilité néne. 11 est ""^ qu'ik xC^ 



vsientpasid*enrantB. Mais k cœur jde Mir^flurès ne paraissaTl pns en 
souffrir beaucoup î et c^rEain^nient sa rajiion s'en félicilait^ lorsqu'il 
se disait 'q«ie, n'ii eût eu idiilejnenl une fîlk, il Im eût fallu la doter, 
et la dlster lâche nient Qu4 ilétîhire ment pour ses içûlriiiil^s dVvare î 
.Pevrquûitidfine Mirafiorès, k ^^} riaa u« uuipqu^iil, élsùt'il sou ci eux? 

Précisément par<%quâ kovk âm^ ^^it aUai, b^^ aux Itip^s de ce nnondd 
qu'il possédait en âbouiitince san» doute, inab<Tue, d'un jriur à Tautre, 
uftiiiCeildie^'UD niufrjfe^.ihH^ .^IIÀt^i ^PM révolution, pouvaient en-» 
taner.^H é^t MicK^^it^^eL U ^^T4^% que, dans le conunt^rcef pour 
gagner beaucoup — et il tenait Inontil^ent â guigner b^a^coup — il 
faut beaucoup risquer. Muis si tont^â'Coup le vent de la fortune allait 
tourner contre lui! Ou s'il «Udit mp^irir ! C^r« â supposer que ses fer 
mes, ses vsisseaux^ ses maisons, son coffre-fort ne le quittassent pas 
qoëfoe jpde; il fand^t btç4 ne jou^ <^e Im quittât l^^utes ces 
choses ! 

Ht^ast Je'i'li recormn depuis, Mitaflorès n'est pas seul atteint de 
cette feHe.Quîrnnqne aime par^dâssus tout Targsut, b gloirt», las lion* 
neurs, 4es jouissamoft «t les aiftes de la viey quitM^nque atlacKe son 
<Heur même aux plus nobles étudtii, aux alTeçirons les plus légitimes, 
l'amant de la science, le frère, l'ami, l'époux, le père, le citoyen dé* 
vouéiOehiMèise prépare dé oriie Ile H déceptions. Rien de ce qu'il aime, 
même de l'aMour le plus pnr, ■>«*-& plus forte raison si l'objet de sa 
tendresse était frivole ou coupable^ ^^ rien de tout celj ne doit durer 
autant que lui, Les Ticissitudes de U vie peuvent tout briser autour 
de-eet homme heu rmix. Surtout, et quand la prospérité lui servit lou* 

jours fidèle, ik mort arrive un jour et ilors pour L'a^'cueillir d'un 

visage serein, — même , quand elle est krin, pour ne point trembler â 
sa pensée, pour que cette pensés n'empoisonne pas les joies les plus 
vives, ^-^ il fiiet avoir pkcésea affections dans un mondii que k mort 
ne peut pae at teindre é •• i • . «* 

t 

'^'estc^que faisait dena Filippina* ' ^ 

A premièire rae, il semblait qu'elle àtï élre^bten moins heureuse que 
son isari. 

- fiOe di|iit indifférente aui jonisFancea du luie et de la vanité aux* 
qoellee MMpiprés se mon trait si sensible. Elle méprisait l'argent que 
Mirafierès aimait et estiinait. Tan dm que MiraflorÉB ne trouvait cbes 
sa feOMpe qu'une douceur inaltérable et une patience h toute épreuve, 
dena EiHppMUi avait souvent à endurer: les emportements ou Les ré- 
criminstto^V >*^ ^ propos aigrês-^doux. ou les critiques sournoises 
de son fantasque époux, 

'Malgré cela, dena Eilîppiaa ne perdait jamais le calme d'une con- 
science tranquille. Ce oHline se ré fié lait sur son visage , cotntne il se 
tvaduisaitMilaaa taule aa via* 

II. siifiisait:de voir une demi-journée Mirajloréâ et sa femme pour 
se dire t l!un ei^t mi)beur^ux.> parce qu^ik est comme rivé à la terre^. 
L'antre jsst-^ureuse , parce qu'elle ^, constamment tes regards tour^- * 
nés'versilecssi ~ ^ . , 

.-■■ . ■ 1 - . ^ .., • . . .1 . 

ttéliel eelte cenBtàate pféocoupation des biens de ee monde , ce 
vlésir d'être: lonj ours plus riche , ce désespoir k Vidée qu'au lieu de 
.'einqnante fliillions de rente, il pourrait bien un jour« par je ne sais 
quel tour de roue de la fortune , n'en avoir plus que vingt OU même 
que<eiBpf ^ «e'jdevait llreu la peiïte de îlirsQorès, 

Au printemps de \%W , il ;d tendait deux navire d'Amérique. Par- 
tis du port de ùm\\% avec uwh carg-iison cops^idérahle qu'ils devaii^nt 
vendre «sa. Aiilttles, k MhdflmèM.ti la filippina avaient dû prendre hï 
un chocgement d<i sucre et de café. Le tout , ^ nomprisla valeur des 
bâtiments qui élsierd tout neufË, représentait, ^u bas mot, deu^K ou 
trois millions. 

Une.lettre dé la H^vano annonçait le retour d^s dpux navires dans 
le part de Carihagéne pour le \h av. il Au l'^'^niii, on n'en avait pds 
-de nouvelles; pas davantage au 1er juin, Aliraniirétï écrivit â sesi cof^ 
respondants : ses lettres demeurèrent sans réponse. L'impali^^nce le 
prit«- Malgséi les supplicationji de sa femmô ^ il se résolut à aliter lui* 
même chercher le fia znet de iretie aSsire. 



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mi 



roiJVBIER. 



.^Im 



Tout ce <{iie dont Fîlippina put obtenir de Itii , c« fut qu'il m'em^ 

-— Barlhélemj , me dit-eUe , La fèitle éê notre déptrt , j« tê mnûa 
loti maître. Je tais que tu m bon , brife et fidèle chrétien. Si j'ai eu 
quelque eoin de toi , qniad tu étais i l'hôpital , je ta demanda de Iô 
rendre i mon cher mari. Que le eiét v oua conierrê I » 

La leiidemaîn , doui étioni en route, No«m rûmea bientôt 1 G»dix^ 
Trois joura aprës , nom nous embarquioni lor /« Chriiiophê Cifiùmlf, 
qui était ea partancfl pour Cuba. 

CHAPITRE XL 
La trftTeFiéo. -^ ïïb Incfindio tn mer. * < terre T terre I > 

Ma pfemière entrevue i?ee réiénient liquide fut a&tei maussade. 

N<Jus aTÎous I peine quitté le pert , et ici painageft agilaieut en- 
eore Leurs mouchoirs , eu signe d'adieu h ceni qui étaient demeu- 
rés sur le rivage , que je ressentaia déjà les premières atteintes du 
mai de mer. 

J'éprouvais d'afireuseï nausées p un froid glacial me parcourait tes 
f einea^ tua force et ma souplesse ordinaires sembliient avoir fjiit place 
â un enervem€nt oomplei ; tous roei membres étaient en proie à un 
iij^iUise inouï , et ce malaise avait gagné mon âme elle^mèine , au 
point que » ai Ton m'eût aaUî i bra^le^corpi pour me jeter par-das* 
sus le pont, bien loin de m'en aâlifet* ^ <n*ea ^sae rejoui, conune 
de U Un d'une crise trop violente poui ^^rt »f ^gtemps supportée, 

Avec le pf u de préaonce d'esprit qui me reatait , je récapitulais tous 
les mo^ena de transport que j'afais expérimantéi dans ma courte vie ; 
et il lue paraissait que j'aimeraia mieux encore ramper pendant douie 
heures dans le trou aui lerpenti » même être attaché sur le dos du 
mukt de mes ancien» amis les contrebandier! , que d'endurer , cou-- 
cbé sur le pont du na?ire , les horribles donleun du mal de mer. 

Cependant , après avoir bien souffert ^ je me dis que c'était bon 
pour une femmelette de ae laister ainsi iurmonter par ce qui u'êtait 
après taut qu'un très*fortmal de cœur. J'ajoutai que si je paisiis ainsi 
tout le temps de la travenée i me lamenter» roulant par terre comme 
une masse inerte , je m'acquitterait tristement de la mission que m*a- 
v.ijt ronûée dona Filipptna ; mon maître pourrait être malade , même 
tomber dans la mer et être mangé par les requins , sans que je m'en 
aperçu ise seulement. 

J'eus alors un exemple — dont le souvenir m'a lervi toute ma vie 
«— de ce que peut La volooi^ d'un honnête homme^ 

Je luttai contre la douleur au lieu de m'j abandonner. Je marchai 
sur le pont , au lieu de demeurer gisant parmi les baltota et lea amas 
de cordages. Je me dis tant de fois que je ne voulais plus être ma- 
lade, que je ne Tétais plut, qu il me fallait absolument reprendre mon 
tervice auprès de Miraâorés, •* lequel commençait k tourner do Tmil 
dans un coin, ^ qu'apréa avoir, i deux ou trois reprises, (ait hommage 
aux poissons d'un déjeûner qui me chargeait reitomac outre mesure, 
Je sentis peu i peu mes forces renaître, et je pus m'occuper à soigner 
le pauvre MiraÛorés qui était dans un état pitoj^able et crieit bien haut 
qu'il allait mourir.... « 

Ce fut mon seul tribut pajé i la mer. Mira florès aussi, aprèa une 
uuin^nine, 6nit par i'aceUmater. ^ 

\}n pire ennemi que la m«r pour MifaQorès, c'était Tenniii. 

Cet homme, vieilli dans lea grandes affaires, accoutumé à vivre tou^ 
jours en dehors de lui-même, se trouvait tout-i-coup transporté dans 
un monde nouveiu et comme ^n dehors de son atmosphère respirable : le 
mouvement de ses bureaui, le va-et'vîent de set cUanb, le dépouille^ 
iiit.'nt de sa correipondanee, surtout le cher souci de «es combinaisons 
JiruncièreA et commerciales venaient à lui manquer a la fois. Que de^ 
venir, en compagnie de ses seulet pentée^t 11 n'aimait pas l'étude. 
Lire ou écrire quelque chose qui n'eût pti un trait direct i l'augmen- 
liUon de M fQrtune lui paratitiîl tuk^ pure feUi» 



Quant i causer avec ses compagnons de traversée, c't^taieJit pretqoe 
tous det piurres gens que Miraflorét méprisait, ou des étranf en dont 
il ne compreniit pat la langue* 11 y avait bien un prêtre et deux riflî- 
gieusea qui te rendaient aux miisiona^H»., Mail, inttiaettvement, W" 
raÛorès évitait leur compagnie* 

Pour moi, j^était au contraire trés-heureux lur te CJMffopJW-' 

Lt» oeeupatione d'abord ne me manquaient pas. Outre let totili 
que je donnais à Miranorèt, comme il n*^ avait pas de médecin 1 bord 
et que le cuisinier élait très- mauvais, je put rendre de grande servi* 
cet tui makdet de notre navire et à ceux qui, bien portants, ne ee> 
valent guère d'autre remède contre let ennuis de la traversée que 
de bien déjeuner, de bien diner, de bien goûter et de bien souper^ ^ 
Plusteurt de met coulii aidèrent k faire couler les heures; et je cod^ •jl 
posai det gâteaux si intéressants que lea fronts les plus toucieux te 
d(^ ridaient rien qu'à les voir paraître ; en les consommant , nul ne 
pouvait retenir sa joie* 

J'eus encore une bonne fortune. C'est que parmi nos matelots, troîi 
ou quatre étaient de la Bise a je. Ils avaient plus d'une fois franctù lee 
Pyrénées : ils connaissaient Saint-Palatin, la monta pe bleue, le hon 
abbé Chom, M, Guéridon « Us avaient même ouï parler du trou aux 
serpents et de Villa VilUna. J'avais donc avec ces braves gens det fa« 
jets inépuisahles de conversation* 

Enfin, et j'aurais peut-être dû commencer parla, j'avais la mer* Je 
ne pouvais me laster de ce mapifique spectacle, non point teulement 
magnifique , mai a si riche en utiles levons ! Dans cette coque de noix 
qui me portait k travers les flots je lisais la bardieste et le génie de 
l'homme. La majesté de Dieu t^clatait dans le lever, dans le coucher 
du soleil, ou bien dans une de ces nuits aercinet, presque aus^i bril- 
lantes que le jour. Si nout échappions aux écneils, si la tempête te 
détournait de nous , ti quelques planches réunies suffisaient â nout 
promener sur Tabîme et en même temps â nous détendre contre 
lui , tout cela c'était Tceuvre et la manifeatation de la douce Pran- 
dence* 



I 



1 



Hélts [ hi Providence se manifette autsi par des eoupt de foudrSi ^ 
ce n'est pat toujours le lemp.^ de la miséricorde. 

One nuit, — il ; avait deux mois que nous navigxiions, et quelques 
vieux loups de mer assuraient tout bas que noua avions singulièrenaenft J 
dévié de notre route ; même It veille , nous avions failli nout brjser 1 
contre dea rochers à fleur d'eau, et notre pilote avait cru reconnaitr^p || 
dant It brume, det cdtes qui avaient Taspect de celles de la NouveUe- 
Hollande, — une nuit donc, nous fûmes réveillés par ce cri : i Alerte ' 
alerte, le feu sat au bâtiment t« . 

Je dormais, au pied du grand mât, tout babillé, et enveloppé dap» i 
mon manteau. La tiède température de ces latitudes me permettait de 
m'étendre ainsi sur le pout, doublement heureux de fuir VatmosplieTe ^ 
empettée des cabines , et , quand j'ouvrais les yeux , de voir tu-desM 1 
de ma tête les splendeurs de la voûte étoilée» 

Je fus donc sur pied^ Tun des premiers, et j'aperçus avec terreur des 
tourbiUont de fumée, puis de grands jeb de ffamme qui sortaient de 
l'arrière du navire et semblaient s'élancer vers le ciel, comme dlm- 
mentea langues de feu. 

De vieilles balles de coton avarié, laissées i fond de cale parmi le 
lest, et oà l'incendia fermentait depuis longtemps , s'étaient (out-î- 
coTip eufiamméet. Et quand Vofiicier de quart vint prévenir le capi- 
taine qu'une forte odeur de brûlé se répandait dans la navire, il était 
déjà trop tard pour espérer se rendre maître du feu* On gavait pour 
tant travaillé pendant plus d'une heure, avec k courage du déses- 
poir. Mai» on ne tarda pat k reconnaître l'inutilité de tout ces efî^orU 

Le capitaine Gt réunir sur le pont lea passagers et Téquipage. 

11 eiposa la situa tion* 

<— il Eaut sacrifier le navire et la cargaison, dit^il. Hib , a? ee Je 
calme , nous pouvons encore sauver nos viei* Avant que ce pimti 
vâistean ne t'ebEmei nout ivoiu une bonne heure devant nouv, H om 



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i'iUiymÈK. 



3CS 



I tout cent deux personnes abord, depuis le seigneu^ Min* 
flores jnsqu*an dernier mousse. Nous avons cinq chaloupes ou Ôânots, 
eapables de contenir, l'un dans Tautre, chacun de vinçt-cinq à trente 
chrétiens. C'est plus que te nécessaire. Seulement je répète qu'il nous 
but du calme arant tout. Nous allons affecter les deux premières eni-< 
barçatiotts aux femmes, aux enfants, aux vieillards, aux malades ; cha* 
cuiîe aura en outre un homme expérimenté pour là conduire et deéx 
on trois matelots pour faire la manœuvre. La troisième comprendl^ 
Vhfèà» des passagers. L*équîpage se répartira entre îa quatrième et U 
cmhSiéme, laquelle cinquième je conduirai moi*méme. » 
trÀait parler d'or. 

~Walheureusement , on perd volontiers la tête en présence dé la 
mort ; et c'est ce qui advint à nos pauvres compagnons. Plusieurs , au 
Heu de se disposer au sauvetage , au lieu de suivre docilement les 
ordres que donnait le capitaine, se mirent k se lamenter, à pousfer de 
grands cris, à déchirer leurs vêtements, à se perdre en récriminations 
oiseuses sur les causes de l'incendie. D'autres, plus nombreux encore, 
prétendaient, quoique parfaitement valides, entrer dans la première 
embarcation, et comme Féquipage s'y opposait résolument, ces lâches 
audacieux voulurent conquérir leurs places de force. Il s'en suivit 
une lutte et une confusion , au milieu desquelles plus d'un rebelle 
tomba â la mer et y périt ; car la préoccupation du danger codimun 
était trop grande pour que Ton compromit , i sauver des égoïstes, 
une vie qui pouvait être utile i tant de pauvres femmes et de petfts 
enfiints. ^ 

D'autres aussi, que la peur rendait impitoyables, fe liguèrent une 
domaine pour s'emparer d'une des chaloupes. Après y être entrés» 
ib s'éloignèrent i force de rames, en dépit des prières et des malédic 
tiens de ceux et de celles qui voyaient ainsi diminuées d'un cinquième 
leurs chanses de salut. 

Pourtant, en chargeant un peu plus les deux grandes chaloupée, té 
sauvetage marchait 

Tint enfin le tour de ceux de l'équipage qui n'avaient pas été H^i^ 
tb dans les quatre premières fournées et de quelques passagéN'()ttt 
avaient été , je ne sais comméat » laissée en arrière. Miraflorii* et 
moi y ainsi que les trois Biscayens , nous étions du nombre. 

Lo bâtiment qui restait, canot plutôt que chaloupe, était de Jbéltli 
coup le moins «grand et le moins neuf. Il devait avoir de la ^if é 1 
contenir quinze personnes, et fl en restait vingt sur la seule partie d^ 
navire que le feu n'eût point encore atteint. 

Comment fiire et qui sacrifier t Et faudrait-îl charger le sil'l^ 
fûre lu part du feuî * ^ 

La charité ne le voulut pas. , ^, ' 

Uf awiit, tout prés du capitaine, ce prêtre et ces deux reli^ledlll 
donl Je vous ai parlé. Sans ostentation, mais avec un profond rbclÉil' 
léBMiiWéN saintes âmes priaient. A plusieurs reprises, on avait vOfilu 
embanpier les religieuses. Elles avaient doucement r^isté, en répm«« 
dant : • Plus tard, • et l'on n'avait pas insbté. 

A ce moment suprême, le capitaine regarda le prêtre, et le prêlfé 
regarda les religieuses. Ces nobles cœurs s'étaient compris. 

On fit placer les quinze voyageurs dans le canot , que le maftré 
timonnier fut chargé de diriger. -^ Aussi tranquille que s'il fAt 
rentré dans sa cabine pour y dormir , le capitaine descendit une 
dernière fois l'échelle attachée au flanc de son navire ; il coupé hi 
corde qui retenait la chaloupe, remonta sur le pont, en criant : « Dieu 
vous garde! i Puis il vint s'agenouiller aux pieds du prêtre. Les féli* 
gieuses en firent autant. 

Un instant après, l'étroit espace que la flamme avait respecté jus* 
que-lè, était envahi i son tour par le terrible élément. Tout le navire 
n'était plus qu'une masse de feu, au milieu duquel apparaissaient, 
comme dans une gloire, les bras levés au ciel, ces quatre martyrs de 
U charité. 

Cependant il s*éleva une forte brise et, peu tprês, une véritable 
. tMBpéto. 
" tÎMi eMogpHtfittfibofd éniiBlMviivé iê eiMfirft^^li ipiiro. 



dont le commandant manquait un peu d'expérience , tenait HJ^tieu- 
lièrement à se maintenir dans le sillon tracé par ses deux devancières, 
dirigées, l'une par le second du Christophe-Colomb, l'autre par le pi* 
lote, — les chaloupes, dis-je, furent bieniAt dispersées^ J'eepère que 
Dieu aura eu pitié de tous ceux que )e n'ai plus revus. 

Pour moi, je me trouvais, comme je Tai dit, ainsi que MiraOorès el 
trois matelots biscayens, sur la dernière embarcation. 

Notre commandant, le timonnier du Chrisidphe-flQlomb^ élait un 
homme assez habile de son miUier , tnais une tète faible, excellent 
pour manier le gouvernail par un temps ordinaire, même pour lutter 
contre une bonne petite tempête ^ quand il sa sentait è Ythn derrière 
la solide carcasse d'un vaisseau de hatit-bor^j, Mriis ici, dans une cha- 
loupe petite, pas toute jeune, plutôt trop chargée que trop peu, n* 
magination encore pleine du spedade de ce terrible incendia^ ne 
sachant point au juste dans quels parages il naviguait , partageant 
d'instinct le sentiment générale meut répandu parmi tout l'équipage, 
que l'on était dans les environs de la Nouvelle-Hollande : — les natu^ 
rels de ces contrées ont une n^pu talion d'anthropophagie peu rassu- 
rante, — notre pauvre timonnier, improvisé ca pi raine, n'était guère k 
la hauteur de sa mission. 

Nous voyions bien tous et son embarras et le trouble de ses pensées; 
mais nul narmi nous n*avait la moindre notion de la science nautique : 
même les Biscayens et les autres matelots n'^iâtaient que dea manœu- 
vres. Nous étions autant d'aveugles avec un norgne pour roi. 

Force nous était doue de nous confier i ce borgne ; ou plutôt, noua 
confiant i Celui par qui lés pilotes conduisent , comme c'est par Lui 
que régnent les rois, nous suppHiont le souverain Maître de prendre 
en mam notre gouremail et, nous guidant à travers la furie des élé> 
ments , de nous faire aborder sains et saufs dans quelque crique. 

Dieu nous exauça. 

Nous avions déjà passé deux iourt et une nuit dans cette affreuse 
anxiété, baUottés sur les flots par un ouragan qui semblait ne s'apai-* 
sér un instant que pour fiure place è un ouragan plus funeux. La se- 
conde nuit commençait, et lé courage aUait manquer même aux c<enn 
les plus braves, lorsque tout'l*cQup le vent cessa , les Dots se c^lmé« 
rent ; les nuages amoncelés s^entr' ouvrirent comme un rideau, pour 
laisser voir un joyeux eoin du ciel, où deux étoiles brillaient d'un vif 
éclat. 

Pendant que nous salniont, comme un heureux présage, ce change^ 
ment de décoration, des senteurs embaumées nous arrivèrent portéci 
sur l'aile des vents attiédu. 

Les matelots ne s'y trompèrent pas, et crièrent ; i Terre ! terre l • 

Un quart d'heure après, nous rapercevioui celte terre tant déairée, 
nous dliohs y tottclMr 

Un instant effrayés i la pensée des récifs qui, si souvent, bordent les 
côtes, BOUS étions tont de suite rassuras, en voyant, à la clarté des 
étoiles, qu'une [rfage de sable entourait partout , comme d^un blane 
eollier, eette tle hospitalière..., il nous parut du nmins que c'était uns 
Ile. Rien de pins simple dmw que de nous échouer bur le rivage, puis 
de gagner à la nage la terre ferme. 

Il y avait quelque chose de plus simple encore.... En promenant la 
lorgnette de ci et de 11, l'un de noua aperçut, i une petite distance 
rembonchvre d'me rivière, asset large pour recevoir notre bâti- 
ment. 

Redevenu maître de lui, le timonnier noua dirigea de ce cèté. 

Nous entrons daus le cours d'eau..,. Que nous regardions 4 droite 
ou que nous regardions à gauche , nos yeux se repo.^ent avec délices 
sur des bouquets de palmiers nains , du milieu desquels , de temps i 
autire, s'élance un palmier gigantesque. Des collines bordent la vue, 
et le sol est tapissé de toute sorte d'herbes odorirérantes. 

Notre navigation sur ce fleuve charmant ne fut pas de longue durée 
Au bout de quelques minutes, nous nous sentons retenus dans lei 
foseanx. Noos amarrons wMre chaloupe au tronc d'un vieux tamarin, 
•t, aans presque DM» mouilter les ptedi, noua prenons pusieuion dt 



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set 



•rouvniER. 



Je lîi* k savais psB encore i m.ws cette terre inconnue que je Ton- 
îiîs pour la première fois, ce devait êlre bientrtt mon myaurae; j'y 
devait; trouver une ieconde patrie ^ y rencontrer la plus vive et ta plus 
profonde d? nif»» afTHCtions, 
^ lîous étions dans Vîiê aux Lfipins, 

{ La miU au prat h ain nu méro , ) EuG . D ê M ar g E rie . 



us TREXTE-IILIT RÉPO^SIS DE M. PERUICUON. 



M. Perrîchon 4 uns marotte. 

li Ta disaoi partout , toujoui^ , I tout propos et hors de tout pro- 

pOi , que 1 Eglise calhoUque a horreur de la science. 

11 dit celte sottii^e cher lui , d^Taut sa femme qu'il scandalise , et 
devant ses enfant» dont i) fausse Tespr it. 

U la réjiète le m^tin , quand tl a lu dans son journal quelque mê- 
cbjiDt «nie le , plein de mensonges et de ffiute» de français. 

n la répeîe le soir , quand il revient du café , où il a perdu son 
t^mps, dt!ux p;irli^ de dominos et le peu de bon aeus naturel, dont 
FavHit doué le bon Dieu. 

L Eglise catliolique favorisé Tignoranee , ou , pour parler comme 
M* Pt^rrii hun , riftnoraûljsmo, 

L'Eiïlise Cdlbolique éteint partout les lumières de resprît humain. 

L'Église eaihittique étouffa partout la pensée. 

L'Église catholique déleste et persécute la science , les études de 
Tinte 11 igence. 

L Egiiâe calholique condamne Thistoire , la philosophie, ks scien- 
ces naturdîea , les sciences physiques , l'économie politique en par- 
ticulier et la liltéraiure en généritl. 

il. Perrit'bon^ne lail pas un mot d'histoire , il ne sait pas un mot 
de philosophie , il n'a jamais ouvert un livre de scienc**s , il n*a jamais 
lu que lea romana de M. Paul de Kock , et il parle français comme un 
enfant de FAuvergne , quoiqull soit né à Pontoise ( Seine-el^Oise}, 

Peu importe 1 U. Perrichon réclame contre TÉglise catholique , au 
n^m de la philosophie, de Ihi-^toire , des sciencea naturelles et phj- 
siguet , de l'économie poUlique en particulier et de la littérature en 
génëraL 

A cela un catholique, le premier venu , répond â M, Perrichon que , 
depuis dii-huit c^nta ins , l'Église catholique a tuujours tenu école 
ouverte à tous les arts , à toutes les scjenees , i tous les enseigne- 
neiita# 

M. Perrichon bîiusie légèrement Jes épaules. 

Le premier venu ajoute : rÉjjflise calhnliqne hait si peu U philoso- 
phie quVlie I mis sur ses aut^-k saint l^ïhvu^ , saint Augustin, saïut 
Basile, Mini Uilaire » saint Ambroise , saint Athanase , saint Gré- 
goire , saint Jean Cbrysost*Sme , saint Léon , aalnt Irénée , samt Bo- 
naventure , saint Thomas d^Aquin , saint Bt^niard ^ qui tous , dans 
leur temps, élaieut des philosophes Irà'Considéres; il est vrai quVls 
n^étaient pas de rAcadémie françaiie , mais c'est que de leur temps 
PAcadémie française n'eiittait pas. 

M. Perrïchou secoue la tête. 

U premier venu ajoute ; l'ÊjïUse catholique è^tsi favorable i la phi- 
losophie q'te les trois plus grands phîlosojihes du XV lie siècle avec 
D^-scartes étaient sortis de sua sein ; un nommé Bosàuet , qui fit de 
faillis ouvrages phiio>opliiqiit'a , était évéque de Meatii ; un ci^rliin 
Ft-nelon , qui (il quelques traités de métajjhjsique asi-t^z reeomuMd^i' 
bî^'s , était évéque de Dmhrai , et enfin Al,ilk branche , un des plus 
hardis penseurs qui fut jamais , était un or^turien, 

M. Perrichon tire son mouchoir de sa poche et le déplie. 

Le pri^mîer venu redouble ; il montra quH l'É:lise c;4hùliqne de nos 
jours e»t Tasile de la plus haote philoi^ù^jhie. Balmè« , Vtsulura , La^ 
cordairc et le Père Gratrj sont des philotopkei. 

H. Perrichon ië looucbe avec bruit. 



Le premier v^nu s'écbaujTe i il h\î voir qu6 \"tg\m cathal^l 
ppiidsnt tout le moyen-ige appris â parler, i lire eli i 
qui ne savait rien. 

H, Perrichon dte iea lunettei et en tiraie 1« 

manche. 

Le premier venu raconte comment , au XVI h «ièck , pu 

Jo^^eph Caïahns» fonda, pour ensetg:ner l^a enfanta piuvnïi, 
cofigri%alton qui eut ses écoles h Romi^ , â N-4plcs , A Flinîuct; 
touleâ les villes d'Italie, en Sicile, en Srirdaigne, eo llor^^rii*, ■ 
béme , en Bavière , en Autriche , en Prusse , dans la moitiA élll 
rope. 

M. Perrichon qui avait dté ses lunettes les r«met. 

Le premier venu cite tous lea ordres religieux formés soui 
ration de T Eglise et dévoués â renseignement gratuit du peii|iit|î 
Doilririaires , li^s Th^alins , les Barnabitea , les Minimes , le» S^f 
les P^res de la M^rci, lea Mathurins » les Brigitbrn» , les Caj 
les Bt'coltets , les Co'-deliers , les Dominicains , les Carmiiv , \m 
gir^lins , lea Génofévaini , les religieux Préraonlré , \t% Otirtrvstf 
les Camaldule? , les Céleslins , les religieux de CrauttiMiit mé^f^ 
teaux. 

M. Perriebon bdille. 

Le premier venu énumêre les grands monastères 4*An|1t»l#rf* • 
d'Allemagne destinés â rensei^înemenl , It^s monaMêrfts de ti 
burg , drt Malme&bury , de Crojbnd , de Fuide , de Priliar, an . .,. 
Gai , de Rf icbenau , de Prom. 

M, Perrichon tire de sa poche une tabatière en éraiHe et ToiifT* 

Le premier venu insiste; il invoque le témoignage peu silsp«â il' 
nd. Guizot, protestant» qui^ dan» son histoire de la civiBsitiOil, tpp^l;'. 
lea monast+kes le refuge el k foyer de rinstructioD. 

M. Perriebon referme U Ubatière %n écaille, après en iTolf r^lîfl 
uue pincée de tabac, qu'il tient entre le pouce et l'index. 

Le premier venu» en arrivant aux jésuites, les montre comnitlfi 
précepteurs de TEurope lettrée et les maîtres de 1 Europe i^^ 
rante. 

M. Perrichon laisse tomber la prise qu'il tenait entre l« pouct - 

l^index. 

Le premier venu rappelle en faveur des jésuîtej les témnig oafM 4» 
Mi)nt*'*qijieu, de Voltaire et cdui de Napoléon, qui a dit dfî£ j4«iiilM 
qu'ils avaient laissé, sous le rapport de reoseiguement , tia vid*^ «»■« 
rempli, 

M. Pprrit'hon se gratte le menton. 

Le premier venu fait voir que Tun des préceptes de l'Élue, «»?- 
forme i la loi évangélique, a toujours été d*ensi*jgner irattiifrmri 
les pauvres, les enfants, les ignora otit, que c'est 11 uned«$ man^U 
charité recommandée aux fiflêlea , un des moyens quMi ont éè hm ' 
pénitence, 

M. Perriebon passe ta main droite sur la mine ho g aocbs é^^ vc 

habit pour la brosser. 

Le premi»^r venu apprend à mn auditeur que rÉglrse caUiiitL, 

envoyé ses sœurs de Saint- Vmeent-de- Paul en Turquie pour v ifio 
dre k lire et décrire aux enfants de ceux qui les outragent, 
M . Pf rrithon r*^ste tranquille* 

Le premier venu parle des rai^sionna ires qui, cbaqui^ ann^e» pri 
de l'Europe cntholique pour aller porter aux quitre ci>ins ijii m 
dps **nseignpnientN civilisateurs, au risque, pu retour de kur dèf 
mm\, d'être brOlés à petit fi^u, maogAs par des caoiftihates, ema 
lorlurés, piloti''s, ccarlelês, mas arrés, noyéâ, pendui, lé tûot ; 
Panjour de Dieu et le plus grand avanl^ige des imM. 

M. Perrichon, qui était debout, s'asseoit. 

Le premitr veau démontre U goût d« rÉ|li»« pouf Vh 



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L'OtTVRîER. 



A» «l^.%ii'ell0 a vm reo^ignôioeat dea piuvrec au premiar rang dès 
I^PAMs «eavres. 

M. Perriefaoç» qui était atai^, ae Ute. 

Lie premierTemi compare le nombre de ceux- cpif fiaient lire, écrire 
et compter aa nombre de ceux qui savent leur Pater, et ceux-ci étant 
beaucoup phis nombreux, le premier yenu en conclut que Tenseigne- 
nlent qui vient delËglise est le plus répandu. 

. Jtf^ Perricbon boutonne sa redingote dont le premier bouton est au 
niveau du ventre. 

Le premier venu iait remarquer i M. Perrichon que dans toutes hs 
écoles du monde il y a un crucifix pendu au mur, et qu'il est dans hs 
luibitudes des enfants de dire une prière avant de se mettre au tra- 
irait ; ee qu^ prouy^ que la religion n*eat paa ennemie du travail intel- 
lectueî. 

M. Perrichon achève de boutonner aà redingote^ dont le dernier 
bcMBteo ^ a«iaa iiamenton. 

Le premier venu demande à M. Perrichon ai jamais celui-ci a vu un 
membre de TAcadémie dea sciences apprendre k lire et à écrire, au 
cetn d^e borne, i un enfant dn peuple, qui avait la tête dure et ne 
▼oulait rien retenir. ' 

M . Perrichon qui a boutonné ta rednigote, y plonge majestnenae- 
ment aa main droite. 

Le premier venu demande à M. Perrichon a'il ignore qu*au moyen- 
àg^ iea capucins* dont on se moque tant, ae aont chargea, à una épo- 
que où personne n'enseignait le peuple, de renseigner. 

M. Parrîflhon touaae fortement. 

Le premier ^nu &ît abaerver que, ai pauvre que aoit lliomme du 
peuple, il n*a, a*il veut entrer dans une église, qu i ouvrir les oreilles 
pour recevoir renseignement le plus élevé. 

Le pM droit de H. Perrichon bat la générale aur le parquet. 

Lé premier venu rappelle â M. Perrichon que^ Tannée dernière, le* 
dit lA, Perrithon ayant voulu faire faire la première communion à 
l'enCmt deaa cuisinière, pour qu'il pût entrer en apprentissage, M- le 
curé h*a pas voulu permettre â Tenfant ce que voulait M. Perrichon, 
parce que le fila de la cuisinière de M. Perrichon n*était paa assez 
instruit. 

M. Perrichon change de place et fait quelques pas. 

Le premier venu se demande combien coûte le moindre professeur 
d^écriture, d*ortbographe et d'arithmétique, et il remarque que VÉglise 
a de tout temps mis au service de tout le monde, des hommes qui se 
aont chargés d*enseigner gratuitement. 

M. Perrichon continue à se promener dana la chambre, etc., etc. 

Le lendemain, M. Perrichon , rencontrant un de ses amis, égale- 
ment ennemi de TÉglise catholique, rinterpelle en ces termes : 

— Vous ne savez pas? hier:.* 

— Non. 

—-J'ai eu afiaire i un jésuite. 
. — Vraiment! 

— Vous ne aaves paa ce que je lui ai ditT 

— ^Koji^ . . - 

— - Je lui ai dit que FÉglise catholique favorisait Tignorance , étei- 
gnait Iea Jvoiièrea de Tesprit humain , étouffait partout la pen- 
sée , etc. 

— Ah ! et qu'est-ce qa*il a répondu? 

— Une foule de raisons, toutes plus singulièrea les unes que les 
autrea. 

— Mais encore, qu*a-t-il dit ? 
•^ Je ne m*en souviens plus. 

— Vous ne Tatez donc pas écouté? 

^^ilp^ jnfVtJ.aAremnl* ^alrc^ 4Me > écoule dea g«na.qui dérai* 
sonnent ? 

— Et qu'a vei- voua lipoodu i aes raisonnements et à ie$ 4érai8on> 



nemenl»? 

— Moi? rien! Est-ce qu'on répond â des folies qu'on ne veut pas 
écoul<?r ! 

Et M. Perrichon res^ convaincu que TÉgltse ^aiholiqii^ favorise 
rïgnofanee, etc., etc., etc. JUë Cafoeal IliUnTiN. 



LMIORLOGERE \ 



IL 

Maii I petne h porte se fiitref«rin^^ sur lui, la jeune Temnte quitta 
vitemenl sa chais^e et vint s'as&eoir 4 la pbce que son mari biiKait 
vacante. Pendant quelques inatanls, dk examina , avec une attention 
qui semblait shsorliËr tûiites ^ea f^cuHés, la montre restée sur l'établi 
presque entièrement démontée et dont «lie avait toutes les pièces aoua 
les yeux. Puiît elle élundil la main, et, non san» quelque hésilaliou 
d^ahofd, loucha U préi'éte ^, loucha la loupe, et rhacune des picc^ 
l'une aprAs l'autre. Sa main treniblait comme si elie eût eu la ^èvre. 
Ole reapimit avec efi'i^rt, comme babtante elious Je coup d*une vio- 
lente QppcfïSiron. 

— Si j'osais, murmuri-t'^eUe, Il me semble que maintenant,.. I*ai 
bien observé comment s'y prend mon mari. Je connais tontes les piè- 
ces et la place de cbacune d^elles. Pourquoi n^es^iieruis-jé pas? Je 
suis prt^sque sûre de réussir et qu'il ne s'apercevra de rien. £t apréf 
tout, j*en serai quitte pour une gronde et un baiser. Je me risque, 
tant pis ! Mais d'abord un coup d'oeil à ma cuiaine afin de n'être paa 
en retard el pour qu'il ne se doute de rien. 

Après s'être assurée que ion râti cuirait i la température conve- 
nable , la jeune femme revînt s'a^eair à la table d'horlogerie et pril 
résdumf>nt la loupe d'une main et la pince de l'iulre. 

— ËnGn , tant pis. tant pis, dit-elle, les dotgtt me brûlent et je n'j 
tiens plus. Je ne veux pas manquer une si belle occasion. Du coungeî 
Eh ! maiSf avant de commencer, reprit-eïle en se levant , si je fj^isait 
une pelite prière au bon Dieu et à la sainte Vierge? Comment n'j 
[lensais-je pas d'abord ? Ce n'est pas mal après tout ce que j'entre* 
prends, el au contraire, puisque je ne veux Iravaîller qu'à bonne in* 
tention, pour que ce cher ami se donne un peu moins de peine. Ja 
puis, en toute con&ance , demander au Seigneur qu'il béniite mea 
projets. 

El, s'agennuillant devant le eruclfix placé près du lit, elle pria quel* 

que s instants avec ferveur puis , se relevant plus calme , «vec cette 

i^érénilé de la pleine confiance qui se sent sûre dédire exaucée» elle se 

remit à la table du travail. D'abord, comme dani le récit du Tabulmte» 

elle : 

S'y prit mal , ptti« mia peu mieux , puia h'i^n. 

Mais ce ne fut pas sans dei tâtonnements, des hésitations, des mé- 
prises même, el toujoura avec la eriinte que telle de cea pièces si te- 
nues souvent dont ae compose l'engrenage compliqué du mouvement* 
ne vtnl â lui échapper ou a se briser entre ses doigts inexpdrimefjlé^. 
Plus d'une lois , arrêtée par un obâlack inattendu , étonnée , m luu- 
chant certains rouages dont elle ne voyait paa immédiatement rem- 
ploi , elle eut des moments d'angoisse et se senlit presque défiiillir , 
pile el découragée. La beiogne avançait si lentement â son gré et la 
pE^ndule marchait si vile. Quoi! si son mari venait à rentier avant 
que tout fût remiâ en place et en ordre , et qu'il la surprit en El;«grart 
délit de curioiitê« presque de désobéissance L.. El, s'il faut ravouer, 
Tarn ou r' propre élail bien aussi pour quelque chose dana son inquiet 
tude. La tueur ^ comme à la suite de la plus énorme fatigue , perlait 
par instants â larges gouttes aur le Front de la jeune rémme. Màh 
aussi quelle EaUitaction , <|uel joyeux cri de triom^be , quand » à furci 

* Voir la D* dfl rOutritr du i mare. 

" Nom de la pmce dont se sett rhoT loger* 



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L'OUVflIBn, 



de patieflce el d'obstinailon ^ le «uecéi fut récompensé ses e^rts et 
qu'elle vit la moatfe remontée entièrement et prête i mtrcher, si elle 
Tèât Yonlu \ Mais » tout au contraire , elle se hâta de la démonter 
ausei vHe c|ue poisible, besogne au reste qu'elle trouva moins difficile 
i;ue la première. Elle posait sur la table la dernière pièce quand la j 
pendule sonna six. heures. | 

— Six heures, i'écria-t-dle slupé faite M comme si elle sortait d'un 
rêve, six heures î mais ce n*est pas poisihle. Il me semble qu*il n'y a ' 
pas dix minutes que je me suis assise là. Ah ! sotte , et mon mari qui 
va rentrer. Et mon dîner que l'oubliais et qui brûle si j*en juge par 
Todeur. 

Elle courut â ton fourneau et trouva , qu'en effet, les pigeonneaux, 
par elle oubliés dans la casée rôle , étaient en train de se carboniser , 
tandis que son potage , réduit à Tétat solide , pouvait se servir tout 
d'uue pièce en façon de gdtaau. Le bouillon manquant 4 la ménagère, 
il lui fallut recourir à la fontaine; encore, forcée d'employer Teau 
avec diacre (ion , ne réussit-elle quU m parfaitement i ramener sa se- 
moule à rétat liquide^ Le mari rentra eur ces entrefaites; il embrassa 
sa femme; mais celle-ci fut étonnée et inquiète de ne plus lui voir le 
même air joyeux qu'il avait en partant. Tout an contraire, il semblait 
rêveur, préoccupé, trisle même; ii £t maigrement honneur au dtner 
et ne parut pas s'apercevoir des mésaventures de la cuisinière , qui 
d'abord tremblait de s'eutendre gronder, sans avwr une excuse spé- 
cieuse à présenter. 

^ Hais qu'ai-tu donc , mon ami T dit â son nari la jeune femme 
dont les regards exprimaient une tendre sollicitude , qu'as-tu? Tu ne 
manges pas, tu ne me dis rien. Quelle contrariété inattendue?... 
Tat;raii-'je fiché sans le vouloir? Ma cuistoe, i la vérité, est un peu... 
faible aujourd'hui. 

— Non vraiment l Elle est parfaite, au contraire. 

— Ob ! parfaite î voiU qui me prouve que tu es disirait et que 
bleu décidément tu as quelque chose , si ce n'est pas contre moi... 

— Contre toi, bonne et belle (c'était le petit nom d'amitié qu'il lui 
donnait parfois), contre toi » Louise , que j'aie de l'humeur , et pour- 
quoi 7 Bst-cc que tu m'en donnes jamais l'occasion ? N'es-lu pas 
pour cela trop sage , Itop gentille, gentille pour ton bourni de mari , 
même alors qu'il prend ses miuei de hibou t Ttt peux être tranquille , 
cJiérfi petîtef tu n'es pour rien... 

— khi j'avais donc raison ; et il y a bien réellement quelque chose 
qui l'occupe ? 

— Eh bien oui , amie , il. faut bien te le dire puisque je ne saurais 
rien te cacher et ne puis me taire pas [il us que mentir. Figure-toi , 
qu'en revenant des Biitignolles^ j'ai rencontré notre docteur, et quel- 
que temps nous avons fait route ensemble. 

— Je ne vois rien lé... 

^ Écoute jusqu'au bout. Tout en marchant je lui parlai de ces dou- 
leurs de tête dont je souHre parfois et aussi de certaine fatigue dans 
la vue à la suite de quelque veille laborieuse. U devint grave, ^et, après 
avoir réfléchi tout en m'examinant attentivement, il me dit qu'il fal- 
lait prendre garde à ces symptômes, me ménager, davantage; car, 
tans vouloir m'alarmer, ajouta-t-il, il ne devait pas me le dissimuler, 
on pourrait craindre que ces petits accidents ne fussent' les préludes , 
vagues sans doute encore, d'une aff^^ction ophtalmique, d'une amau- 
roso peut-être. Cette confidence, je te Ta voue , m'a tout bouleversé, 
et, â la seule pensée d'un tel malheur , j'ai senti... Oh ! une angoisse ! 
une terreur !.^, moi aveugle, conçois^u, chère, aveugle à mon âget 

— Pauvre ami, dit la femme tout émue, et avec l'accent de. la ten- 
dre rifi'ecLion. Le docteur avait bien besoin... La première fois que je 
m verrai, il peut compter sur mon compliment, t'efitray^r ^nsi ! Mab 
nous n'en sommes pas Là,,, grâce au ciel, ces. Messieurs de la faculté 
m hùul paii infailliblet. Tous les jours ou entend parler 4^ leurs bévues 
Nicmo aux plus habiles, 

— Ok î je &ais bien, reprit le mari devenu moins soucieux, je sais 
1 i> ri i[u'iî ne faut pas toujours prendre lia lettre... s'effrayer trop 

— Il) ne mets pas, d'aiUeurs, en doute le Baitû* et l'expérience de 



cee Messieurs , de nMre docteur en partieulier. Senlemeiit tu n'igno- 
res pas, ami, quïl est un peu de l'école de M. Tantpis et que, jugeant 
tous ses nulades des étoumeaux sans raison , il est prompt i leur 
imittre, comme on dit, la puce à Toreille, crainte îles imprudences. 

Quoiqu'elle s'efforçât ainsi de rassurer gatment son mari, U jeune 
femme n'en resta pas mouis quelque temps tous le coup de uê$a^ t^ 
fidence qui l'avait vivement émue ; et ee lui tut un motif de plut.ii6 
persévérer dans ses projets. Le pressentiment d'un gaalheur la Jfjrar- 
mentait et ajoutait par un motif sérieux à l'attrait vif autant que sin*' 
gulier qu*elle éprouvait pour le métier d'horloger. 

(La iuiU au prochain numéro, ) Batbild BoimiCM;.* '*- ' 



JURISPRUDENCE INDUSTRIELLE. 



Marque de fabrique et de commerot. CmàUm éia brtrat. — 

Les tribunaux de commerce sont incompétents pour prononcer sur les 
actions civiles relatives aux marques de fabrique et de commeree; et 
l'incompétence doit être prononcée d'office comme étant â raÎMi de 
la matière. \ - 

Le nom de perle d'élher donné à un produit obtenu en capsules 
par un procédé particulier breveté, nom et produit déposés aii greffe 
du tribunal de commerce, est une marque de fabrique ou de com- 
merce. 

La c^ion du brevet pris pour l'instrument destiné i fabriquer ce 
prodfaît ne fait pas perdre aux cédants la propriété du nom , dont il* 
n'ont abandonné l'usage 4 leur cessionuiire que pendant la durée 
du brevet. Ils ont, par conséquent, miiftme peodant cette durée, le 
droit de poursuivjçe toute usurpation du nom par eux adopté. ( Ceiir 
impériale de Paris ; 21 mars 1861 . ) 

Nom commercial. — La femme veuve , qui continue le conunerve 
de son premier mari , a le droit de conserver le nom de cetui^ci sur 
son enseigne quoiqu'elle se soit remariée ; et son beau-frère, faisant 
le même commerce dans la même ville , ne peut l'en empêcher , sur- 
tout si elle et ses enfants mineurs sont les véritables héritiers du dé- 
funt. (Cour impériale de Nancy; 22 février 1859. ) 

Ouvrier blessé dans des traraux publics. — L'arrêté ministé- 
riel , aux termes duquel tout ouvrier d'entrepreneur de travaux pu- 
blics atteint de blessure ou de maladie occasionnée par les travaux , 
doit être soigné gratuitement â l'hôpital ou à domicile , et recevoir , 
pendant la durée de l'interruption obligée du travail, la moitié du sa- 
laire qu*il aurait pu gagner s'il avait continué à travailler , doit être 
interprété en ce sens , que la moitié du salaire doit être payée même 
pendant le temps que l'ouvrier eî»t soigné gratuitement i l'hospice 
ou ailleurs. 

Et le paiement du salaire doit être continué quand même les tra- 
vaux de l'entrepreneur viendraient à être interrompus par le-hroid , 
sans que celui-ci soit admis à prétendre que , ne payant pas ses autres 
ouvriers , il ne doit pas non plus payer celui qui a été atteint de 
maladie. ( Conseil des Prud'hommes de Paris ( inéuslries diverses); 
30 janvier 1861.) 



LES PREUVES DE LA RELIGION 

PRÉSENTÉES A Lk IBUNE86B 

PAR BALMÈS 

trad. p. P05TEL 

I 9ùl. in - 53. franco : 50 tenfimm 

Ghei G. Blérioi , 55, quai des Grands^Auguilias , à Pftrii 

Angers, imp. âi*. Laine frères, rue Sailit4'«iul « ft. 



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iC4r. 



22 mars 180Sl« 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les 'samedis. 



5, qaki dM Gmade-Augastiai 
à U libndri» d« BLÉRIOT, 

JL PARIS, 



SOMMAIRE, 

AVIS AUX LECTEURS. — LES AVENTURES B'UN BCII0ER, par 

Eugùnd de MiAUKiie; — LETTBES A JAGÛUEB, (t^* Lettre], p&r Fcrjus 



ABONIfBMSirTIl D'UN AM 

i ^rtjj II 1*' de chiqm miii : 

Pkuict. . » . > 5 ■« 

BvMrrt T BcTm, Rumh a^Aiib, Tut- ^^ 

4VI1 b'Ahb. 4 ...... t ■ a 

ÉTàTt-Unii &■ t'AiilvtatrK bu îf ûm^ . 7 » * 

GOLQIUB IT 4DTMI PàTi D'gD-ni-MXR. 8 00 



AVIS AUX LECTEURS 

L'Ouvrier commencera incessamment la pablicati :>n des 
lANGÉS de Maxzosi, fun des chefs-d'œuvre les plus 
icontestés de la litlémlure ratboliqne. 

Les -fiancés seront splendidement iliusfrr.^, 

LES AVENTU RES P^t S BEIIGER'. 

CHÂPiTPE xn. 

L'Ile aux lapins. 
Notre premier mouvement à tous, tortq lo nous sentîmes sous 
«pieds le plancher Hes vaches, ce fut de nous j^ter à genoux 



d de remercier Celui qui nous avait arr&ehéa à un 3 mort affreuse 
et guidés iàins et saufs vers cette terre hospitalière. 

Hospitalière! non pas que nous comptassions sur l'hospitalité 
de sei habitants.... Ati contraire, nous avions, à peine débarques» 
aoquis U conviction que notre île nous offriraLt de quoi nous nour- 
rir, et ne recelait dans son sein aucun de ces humains inhuinains 
qui eussent èiè tentés de nous faire passer à l'état d'aloyaux ou 
d'entre- côtes. 

Voici comment nous avions raisonné. 

Au moment où nous débarquions, un grand bruit nous fit 
nous arrêter tout court. Un instant le spectre de l'anthropophagie 




• A 



L'île aux lapins. 



« dressa devant nous Aussi eûmes-nous peine à relcnir 

los fîiesr- lovsque noua vîmes, sortant de dessous terre, quittant 

I Voir les 1^ de ÏOmrier ^vl iB janvier m 45 iosra. 



des espèces de ruches que nous avions prises d'abord pt^ur de 
buttes de sauvages-nains, nous partant dans les jambes, quel- 
ques-uns même, dans le paroxysme do leur terreur, se jetant à 
la nage... Qui? Quoi 7„* des lapina, non pas des dissain^ ou des 



-.j^ 



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370: 



I^TÏJVJIIER. 



centaines, mais de» milfiers, mJ^JêJ^yriadésT " * 

Jamais nous n'avions tu un partil iîébordeméîit de lapfaÉ. 

Nous foici done assurés contrem faim, mettre contr^-e^ r%ime 

exclusif de coquillages auquel iLsem^ïe que, déas une ^, âù soit 

toujours exposé. Ces lapins que nous voyons, sans'comj^ter ceux qui 

' 801^ reltéed0|n Im^ frofn^us pp>gpt{!^^ ^^f7T^i!?'^<^Q^9t 

Puis , s'ils sont si nombreux , si Ton n|a mis aucun obstacle a l'ep- 

frayEh»lei(^r(ypagift%#d%«ée<lé'^flècel c'est quel'homme n'habile pas ici, 

et qtus le IdpiA-^st tc^db^iMt^ île. Donc nous aurons de quoi manger, 

etiioùs-m^es né ferons pas iâànges... deux points qu'il ne semblait 

ffi9 indiffèrent d'établie attribut de llOlre^MM9 èSÂ^^eé; ' "^ 

* • .■ • 

Stnr cette douideet dotiez espérance , nous tirâmes de notre em- 
barcation une des caisses qui y ataient été déposées comme le&t et qui 
«etrouvf^ contenir du biacuit. Nous ^n Qmes.une petite distribution. 
Nous y joignîmes chacun vn.wpe d'^au de^ notre rivière i|ui, chose 
étonnante 4 cette cçurte 4i$t;^nçe de la me^l n'avait j[>as le moindre 
goût salé. ... ^ , . . 

Malgré la teiùation-^^ pre;}^ pojssessiop de noiç sujets, en. faisant 
rôUf ou fiûc^s^ un de oes rong^eurs à ^rembJ^Ate^^, orçUl^es ,Qu^.en-' 
eom^raient nçtre cheinin^ il oiotis parut qy'il était tro|> tard. Ej^uisés 
de fatigue , nous nous étendîmes sur une herbe épaisse et joyeuse» 
au pied d'un bouquet de palmiers > e( bientôt le silçnpe le plus profond 
régna dans rtleauxLapins. 

Les lapins eux-m.êm^ regagnèrent leurs gîtes respectifs. Mais, dit 
Don Gôniglio, leur historiographe , ils dormirent peu; la plus grande 
partie de la nuit fut consacrée , dans la cité souterraine «Jt Taconter 
aux fiunilles éplorées l'aiM^le des envahisseurs. 

Cependant , les trois mâ^tf b&fiiyen8»âont je tous ai parié et 
moi, nous fûmes réveillés dès l'aurore.. Nos compagnons dormaient de 
si grand coeur que c'eût été péché de le«» rappeler inutilement au 
sentiment de la vie aventureuse qui aUait commencer pour nous tous. 
Nous crûmes mieux ûdre de respecter leur sommeil , et d'inaugurer 
notre journée en fiusant, à nous quatn, une petite tournée d'ex- 
ploration. 

Nous prîmes; chacun^ notre etrabine. — Il y avait , sur le Chris- 
iophe Colomb ; un chargement d'armes , et le capitaine avait eu la 
présence d'esprit d'en faire déposer sur chaque embarcation un nom- 
bre égal à celui des hommes qui la montaient. 

Donc , le fusil sur l'épaiés , mes trois hommes et moi qui foisais 
fonctions de caporal , nous vous didgeons vers l'intérieur des terres. 

Je dois dire que le raisoÉnemertl tiré du grand nombre des lapins 
impliquant la non présence des hofaimes ne m'avait pas complètement 
édifié. Aussi , lorsque , passant près d'un bois de palmiers centenai* 
res , je vis, au pied d'un de ces arbres , et séchant au soldl , deux 
magnifiques peaux de lapins , je me souvins de mes talents d'aide de 
cuisine. 

— Les file d'Adam ont passé par ici, me dis-je. Ce n^st pas un renard 
ou un aigle qui saurait ainsi dépouiller, selon les règles, ces in- 
nocents aninumx. Ceci sent ta gibelotte d'une lieue. ■ 

Je me demandais cependant où était l'artiste, et je ne voyais nulle 
part la moindre teace dliabitation. 

Je voulus en tfoir le comr net. 

— Déchargeons nos carabines, dis-je k mes Biscayens. Je veux 
bien devenir la^ moi^-roéme, si, 4 ce bruit, ces diables de sauvages, 
— 4 supposer que sauvages â y ait, — ne montrent pas leur nez, ■ 

Je commandai le feu qui fut exécuté avee nn ensemble parfait. 

Lorsque la fumée fut un peu dissipée , nous entendîmes un étrange 
bruissement de feuQles qui semblait venir du cid... Puis, de chaque 
tète de paUnier , nous vîmes sortir itûte domaine dé titer... faamaines, 
nous sembla-t-il , bien qu'4 première vue nous ayons été tentés de 
prendre ces curieux pour des écureuils gigantesques , tant à cause de 
ce perchoir insolite que parce <pie les/yisag^v d*un bryui clai^* qui 
rappelait les tons duçuirdeHussiei étaieïa surmontés d'ép;»issesehâ- 
velures d'un roux Xoncé. ^ > . .. ., 

Nous tes comptâmes de roûl, el» md saut; terreur:, aous4^cou* 



' trtmin|fqu'ils4|MeBi^tiiviron demhcents. m^ «-^^ * 
i Cependant, %>rèsamirmi^ne£lUafenltre,ilsrèârèrealtondai 
i^ui^ appartenlents tériensi et difrtminutes s'écîiièrent . pcadasl 
lesquelles nouri nous demandfcnes # que nous devfins &ire. 

Nous crûmes'^pks sage d'attendre , pensant^fM-ll^TOvidesee sof- 
^é^evj^ ^«aètre ^ ^^^ivtges CUX-Jffim .qû^que^ ^éç^dj)»^ Mm 
prôfteriohs pour sortir tf^emhârfas. *- " * ^ *■ - •■ 

En effet, les dix minutes écoulées, nous vîmes descendre vers noui, 
avec la vélocité d'un lézard, l'un des habitaitt'idil4»Alier1r|ta 
voisin. Celui-14, choA étonnante I nlavait ni la petu histc* m-ki 
Wièvfeèxardëies." - ' - ' 

—Voici uU sauvage qui ressemble furieusement i mi Eoropéen, 
me dis-je , en voyant un vieillard 4 barbe blanche, de Taspedle pfas 
vénérable et 4 qui manquait seulement le froc de saint Fran^ peur 
avoir l'air d'un superbe cajhicin. i 

Mais ce n'était rien encore... Nous faiUttnes' tomber 4 la renvem 
d^étonnement , lorsque ce vieillard nous adressa la parole, en espagnol 

Son langage n'était pas des plus purs, ni son accent irréprochable, 
n semblait tout-4-fait brouillé avec h grammaire et faisait entendre 
de temps 4 iptr^ideeioifs ipcperqujl ^^^^^f 4éniuté des aoditesxs 
moins attentifs. Quelquefois, an inilîeu (Tune phrase', il s^ai^^tait 
tout court, Êdsant signe que le moftkii manquait, et cherchant à 
suppléer par ses gestes 4 l'in^uQjsance.de son vpcahulaire. 

Mais nous avions un si grand intérêt 4 nous comprendre, lù-ffléoie 
paraissait si heureux de retrouver des Européens, nous y' mettions de 
part et d'autre une si énergique bonne volonté que , eh moins d'onr 
heure , les positions étaient nettement dessinées. 

Voici le discours du vieil Espagnol que je traduis librement, et et 
vous Êdsant grâce des nombreux points de. suspension. 

— n y a cinquante ans que je suis dans cette île. J'avais 4 pêne 
vingt ans, lorsqu'un accident semblable à celui qui vous a jetés sur 
notre plage, me fit le concitoyen des habitants de Hle aux Lapns. 
J'y ai vieilli. J'ai presque, comme vous le voyez, désappris ma langue 
maternelle. Je croyais même l'avoir oubliée tout-4-feit, et il a falk 
l'apparition de visages blancs pour réveiller en moi quelques souve- 
nirs du langage qu'a parlé ma jeunesse. 

Les Lapinions sont, ou du moins étaient anthropophages... maisax- 
thropophages de rencontre. Naturellement indolents, et paressenx 
autant qu'on peut l'être, comment auraient-ils le génie de la guerre, 
et sauraient-ils, en faisant des prisonniers 4 leurs voisins de l'île aux 
Renards et de l'île aux Oies, se fournir tant soit peu régulièrement 
de ce gibier que les sauvages océaniens préfèrent au chevreuil, 4 la 
bécasse, au faisan, au sanglier : la chair humaine. Ils se contentent 
donc de manger , de temps 4 autre , les rares naufragés qu'un di^ 
favorable — ils parlent ainsi — fait échouer sur leurs côtes. Mais, 
comme ils sont très-peureux, pour peu qu'un naufragé ait du cœur, 
pour peu seulement qu'il ait un fusil , ils tremblent devant loi et le 
respectent 

C'est aiilsi-qu'il y a cinquante ans, ma hardiesse et mes balles me 
sauvèrent la vie. Depuis, mon fusil s'est nooifié; ma proviâon de 
poudre s'est épuisée. Mais j'ai su rendre aux Lapiniens de tels sé- 
vices de tout genre qu'ils ont fini par m'adopter pour un des Igos. 
Ils me considèrent presqu'à l'f^gal du grand Lapin Roux, le premier 
de leurs dieux. Pourtant je vteiHis. Je sens que je n'ai plus le res- 
sort nécessaire pour maintenir mon prestige. J'ai peur qu*ils ne fi- 
nissent par s'ennuyer de moi, comme ils s'ennuiart d'euxHnêmes, 
les malheureux ! et que, malgré ma peau coriace, ils ne se décident 
quelque jour, pour tenter de se désennuyer, 4 m^accorder une a^ 
pulture dans leurs estomacs. 

Vous tenez donc, oliers compatriotes, on ne peut plus i propos 
pour me sauver... et aussi pour vous sanrer vous-mêinel, 4 suppose 
que totb ayez quelques talents pour guérir les gens malades, pov 
réveiller l'appétit blasé des gens dégoûtés , surtout pour amustf les 
oisifs. La fièvre, une fièvre lente que rîfen ne ^eut diminuer ^ ifaîts 
tuô par douiàiAcS, la tt^rréfrtr dàMàfin rHatat *ï W dé^offt te 1l|Éi 
cuit, pourtant leur seule nourriture, l'ennui surtout «li IcSn 



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rOUVRIER. 



371 



Toilâ leur triple maladie. Us la sentent, ils la déplorent, ils ne savent 
que £iire pour la combattre. 

Vous voici donc , vos camarades et vous , dans sne étrange passe, 
ou d'être croquée, si vous ne pouvez rien contre le mal qui dévore 
eeite triste population^- ou si vous parvenez à la sauver de la fièvre, 
k la réconcilier avec le lapin, surtout avec elle-^même, i vous acqué- 
rir des droits à son étemelle reconnaissance Ge peuple a Tingra- 

'litude en horreur. Sauvez-^-le, Barthélémy, et, en récompense, devenez 

•soi à% l'île ëux Lapins. • 

> Le vieux barbu avait réservé pour la fin cette phrase à effet qu'il 
dit presque couramment. Je ne savais trop si tout cela 'était sérieux, 
ou si ce vénérable n'était pas quelque paillasse retraité qui voulait se 
jouer de moi. 

— Comédie ou tragédie, qu'importe après tout! me dis-je. Je n'ai 
pas lé temps de réfléchir longtemps. Donnons la réplique à l'ambas- 
sadeur, et chargeonfr-le de nos propositions pour cette population ar- 
boricole. • 

Et, me tournant vers mes Biscayens , je fis semblant de les con- 
sulter. Tous trois mé lancèrent un regard suppliant qui voulait dire : 
• Barthélémy, vous qui avez tant de ressources dans l'esprit, vous qui 
providentiellement êtes aussi versé dans le^ cataplasmes que dans les 
sauces, vous qui jamais n'engendrâtes la mélancolie , ni l'hypocon- 
drie ni le spleen, vous dont les historiettes au contraire dérideraient 
une momie, n'allez pas nous perdre par une injuste défiance de vous- 
même. Déployez tous vos talents, ingéniez-vous, fetournez-vous, 
multipliez - vous , fouillez jusqu'aux dernières profondeurs de votre 
cervelle, afin de trouver grâce devant nos hôtes. Surtout sauvez 
notre pauvre peau. Tout plutôt que d'être mangés vifs par ces espè- 
ces de singes! • 

Cette traduction me coûta bien moins de temps i faire que je n*en 
mets \ l'écrire. 

-^ Ta dire â ces oiseaux sans plumes, répondis-je â l'Espa^el, 
que le ciel leur envoie à point nommé l'un des plus fameux méde- 
cins et des plus habiles cuisiniers de l'ancien tnonde , et qtie ce cui- 
sinier et ce médecin est aussi*, malgré sa grande jeBnesse, un sage 
qui possède contre l'ennui un nombre inflni de recettes. Que les La- 
piniens m'accordent huit jours seulement pour justifier mes' dires. Si 
j'échoue, je consens â m'accomm.odçr moi-même àJa sauce piquante. 
Mais, si je réussis, je demande la perrpission de travailler à leur bon- 
heur, en achevant ce que, dans la pcemière semaine, je n'aurai fait 
qu'ébaucher. » 

Ne vous scandalisez pas« lecteur csmdiijle, de la, l^^re eiuigération 
que contenait ce message. Avec la grâce de Dieu, j'èt^ûs sûr. de mon 
fait. Et je savais que pour frapper l'imagina tioii de ces grands enfants 
que l'on appelle des sauvages, il fallait leur parler un langage fo^e- 
ment épicé. 

J'syoutai , pour donner du poids à mes cotnmunications , ,que j'at- 
tendais leur réponse avec impatience , pour en faire^parl à une dou- 
zaine de nos camarades, campés vers Ventrée de la rivière,, avec une 
douzaine d*armes semblables à celles qui venaient de jeter dans la 
jucnoir des Lapmiens une si grande terreur. ... 

L'ambassadeur ne prit que le temps de remoi^tef. Il redescendit 
avec un ultimatum d'un admirable laconisme. Il éleva, puis baissa la 
tête, pour signifier que l'on acceptait mes propositions, et, comme 
clause pénale, il amputa tout en riant jaune , 

— Vous serez tous mangés, oii tu seras roi ! • 

La question ainsi posée , nous nous en retournâmes vers nos ca- 
marades, pensant les retrouver là où nous les avions laissés. 

M^, en vaîn, pendant plus d'une heure, qqiu»^ baitioie» le hois de 
paloiierf , les prairies .et les coteaux voisins; en vain n^ùs criâmes à 
nous écorcheria |^rge,.noua.agitimes nos jnoucàoirs,! méipe nous ti- 
râmes deux ou trois coups de lusil... kiqûets^ sous reviames ii Bttre 
cainpemeBt..Ri6n... Alors nous eûmes l'idée, de nous enquérir de la 
chaloupe... Elle ausisi avait disparu. 

Nons conjecturâmes que, Mtôt réveîHés, nos covipagnons s'étaient 
ilMiaiidé ce iipie nou^ 4tions deveaiu. Peiit-dtre la fiayeur les avait- 



elle saisis ; leur imagination s'était montée ; ils nous avaient suppo-^ 
ses dévorés par les bêtes féroces , ou par cette béte, k plus féroce 
de toutes, quand elle s'y met, T homme. — Peut- être aussi Fégoîsmo 
de quelques-uns avait-il, encore une fois^ pda le dessus, et s^étaienl- 
ils dit que, puisque nous avions chacun un fusil, et que le lapin était 
ici en abondance, nous ne. mourrions toujours paA de faim, que nous 
serions même plus faciles à nourrir qimtrn qun quinze. Quant â eux, le 
se sentant aucune vocation pour la vie difïtcile que présagerait celte île 
déserte, ib préféraient tenter une ri>is encore la fortune des flots. -^ 
Enfin, at quant à moi, je nrsrrêtai à cette dernière supposition ^ Mt- 
raflorès, qui était des nôtres et qui désirait avant tout arriver en 
Amérique pour avoir des nouvelles de 'ses navires , Miraflorés aura 
usé de son ascendant sur ces pauvres matelots pour les entraîner 
avec lui. Qui saitt Peut-être leur aura-t-il promis une récompense 
plus qu'honnête, s'ils parvenaient à quiilque [îort civilisé , d*où Ton 
eût quelque chance de pouvoir gagner Culja. Intrépides et pmnres, 
séduits par la beauté du temps et le calme de la mer^ les marins au- 
roht accepté, sachant bien , au besoin ^ employer la force pour re- 
mettre au gouvernail le craintif linionnier. 
Quoi qu'il en sbît ; ce qui est certain , c'est que des onze compa- 

■ gnons qui nous quittèrent ainsi , comme de ceux qui nmnlaient lus 

I autres embarcations, pas un ne nous a jamais donné de ses nouvelles. 

I Aux inquiétudes que nous conçûmes tout de suite sur leur sort , se 

1 joignit une certaine préoccupation touchant le ndlre. 

j Que diraient les écureuils roux en nous voyant revenir sans es- 
corte? Ne croiraiept-ils pas que nous avions voulu les jouer? Et ir es- 

j saieraient-ils pas de terminer brusquement T affaire, en nous mangeant 

i à la croque-au-selt . 

I — Nous jerrons. bien , dis-je â mes trois compagnons, d*un air 
dégagé. Dans cette bjpqthèse extrême ^ nous vendrions chérciiient 

P nos vies. El encore ,, c'est une question de savoir si un B<^arDais et 
trois Biscayeng. n'a Viraient Plis raison de ces deux cents chauves-sou- 
ris.... Mais ne nous arjc,étpiis pid â cette, pensée^ et payons d^a^^dace î < 

/ ." CHAPITRE XÎIL 

De deux cvresmeTreilIeiises et d'une gibelotte an serpolet, 
et comme quoi , pour prix de ses talents , Barthélem^r fat 
' proclamé roi de Vllê nux Lapins, 

Je payai d'audace en effet. 

— Seigneurs Lapiniens, dis-je â mes grands oiseaux , — toujours 
par l'interméditqû^e du vieil Espagnol qui, pour un oui, pour un non, 
, montait ^t descçndait le l9ng d'un palmierj haut de plus de cent pied*; 
et Usse con^ met.une Jto^fr akéf,, m plus ni moins qu'un chat ou qu'un 
pivert, — seignoMn» Lapiniens , je ne ramène pas mes camarades, lis 
; sont allés faire une promenaôe d'agrément dans vos environs. Mèm@ 
ils ont emmené la pirogue, • — en paihnt â des sauvages, je crus que 
oe mol^deipirogMe'aiait une couleur locale des plus heureuses, — m 
qui menéoeân-fenvi pnicque h plupart de mes instruments tant de 
mëdeoiiie.qtté daciuiisiDe<£iiiit restés â èord. Cependant, 11 me tarda 
tellement d'entrer en commerce avccjous et de mériter vos bonnes 
goAees que \h *veux -inunédîalcment aborder deux dos épreuves qui 
dofveBt idécideiv.de mon' sdrt. 

iVettilleLdonctBi'eiiY(iyerf par le retour du courrier, une couple de 
malades, si vous en avei. Je mettrai la première main à leur guéri* 
«oii. Puis , poQPiceux qui seront bien portants , — car les mal .t îles 
doivent être mis à une diète rigoureuse , — j^apprèterai un plat de 
mon métier qi» plaira > j^espèra^ à vos seigneuries. » 

J'aurais été bien eBibarrasse , ti Ton m'eût expédié un poitrinaire: 
ou un goutteux. Mais Dieu, qui nous protépait. m*i?nvoya un i^irii- 
culier%qm avait une) rage de dénis et un autre qui souffrait de la 
fièvre.' 

Pour le i^remieri fort heureusement, j'avais sur moi une pince avec 
laquelle, — inspection préalablement faite de la mâthotre du sujet, 
paiTaitement sainey sauf sur un ^eut point, — j'arradiai la dent cou* 
pable. 

Le samn^poussa d'abord un cri de doukur, «t,i se retoumaut. îl 

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J 



JH 



L'OUrflfEfl 



miMt m'élon^ler Mais, tmjt^à-coup U s'aperçut, à e* Ires-^anJ*^ 

surprise, qu'il ne Eonïïmi plus en tout &i rcconmis^nca alors 
éclata t il faillit ni^éttiiiffer à fûroe d'emBrassadei. Remontant m 
ém% scrondes vers fia dwneufe, ie l'entendis qui all.it de branche 
^iti liranche raconter b ch«sa â toute la tnhn. Des batlenicnls de 
mains pE des hochements de tète bienYCïllant* lu'amioncflrcnt un pre- 

ïiiier succès. 

Plusieurs des insulaire* voulurent voir de près le raervciUeux 
guérisseur î et ils m'entourèrenl avec toutes les dénionstralions mu- 
linables de respect et de gratitude.» Cependant j'administrais à mon 
second malade une bonne dose de quînquina- 

Pour qu'on ne s'étonne pas trop de me Toîr ainsi nanti . i point 
nommé, de drogues et d'instruments de chirurgie dentaire . je dovi 
rappeler que depub que j'étais au service de Mlraflorés, j'avais pris 
rbabitnde d'avoir toujours sous la main une petite pharmacie. Sur 
h Christophe-Colomb , les occasions ne m'avaient pas manque dj 
i^oir recours. Aussi, par un sentiment de prudence instmclive , m 
moment où nous passions dans la clialoupe , j'avais bourré mes po- 
ches de petits paquets numérotés et étiquetés , sans compter une ou 
deux lancettes et la pince déjà nommée. Je ne me doutais pas que 
tout cela dût sitôt contribuer notablement k me sauver ta vie. 



Le quinquina une fois administré , 

— Passons â U cuisine, dls-je à mes Biscaîena. Vous aîleï me tuer 
doute lapins, bien que je ne doive d'abord en accommoder que trois. 
Mais il faut que j'opère sur des sujets de choix, » 

Pendant que mes trois hommes chargeaient leurs carabines, et 
choisissaiejit pour les abattre des bpiui qui broutaient tranquilles â 
une distance considérable, —cette justesse de tir ne laissait pas que 
de suggérer de Mlutaires réflexions 1 ceux de nos hôtes qui auraient 
conservé quelques velléilés de nous laire jouer dans leur alimentation 
un rôle, non plus actif, mais passif,— je fouillai dans mes poclies et 
j'en tirai une peUlc boîte de ferblans oft se trouvait du sel, du poivre, 
de la muscade et quelques autres épicei. Surtout, je courus au lieu 
où le pins beau des douie lapins avait cessé de vivre. 11 y avait U 
tout un champ de serpolet parfumé, mais si parfumé qu'à côté de ce 
serpolet aromatique nos lerpolels d'Europe sonl de la vraie poirée. 
Pub je fis dépouiller les trob plus belles bêtes par un de mes Bis- 
ciyens. L'autre alluma du feu. Le troisième alla quérir, renseigné par 
le vieil Espagnol, une sorte de calebasse incombustible, 
• Tout étaïl prépré. _ ^ 

Avec le reeueillemenl d'un grand artiste , je mélangeai dans les 
proporiions voulues tous les ingrédients ci^dessus décrits, sans comp- 
t(?r le foie d'un lapin, préalablement haché très menu. Un autre ani- 
mal, aussi sacrifié, me fournit sa graisse en guise de beurre, et mes 
trois beaux lapins de cuire tout â leur aise. 

Je n'mis pas b prétention de nourrir deux tmU personne* avec 
trois lapins. Mais je voulais que ce fût une faveur de goûter i mon 
plat, et que cela disposât les estomacs et les cœuti â le trouver déli- 

eieux. 

J'avais appris de mon Espagnol que chaque arbre contenait deux ou 
trois fannlks, sous la direction d'un chef. Ces chefs étaient au nom- 
bre de quiuie; et mes deux malades étaient justement l'uu et Faulre 
de ces quinte. 

-^Lapiniens. leur dis je, il faut loujenra honorer les chef^ de fa- 
mille. Vos quinte nalriarchcs vont consommer les trois lapins que 
toiti. S'ils sont satL^ails et que vous ajei une immense casserole A 
tne fournir, je travaillerai ensuite pour le reste de la nation, Seide- 
meut le patriarche malade de la fièvre alteridra que son remède ait 
opéré; car, je 1 ai dit. sans diète absolue, point de guéridon, i 

Ce pauvre patriarche était justement assis i cAlé de mon établisse- 
ment tulinaire improvisé. Le fumel des plantes aromatiques caressait 
agréablement son appareil olfactif. Son œil aussi était satisfait î et il 
»e disait que rien ne ressemblait moins aux cadavres h peine cuits 
dont il s*éuit nourri si longtemps que cette gibelotte dont chaque 
morceau j^renaille» tonsdoréi lit plm ap?i4iiiiiiî* e* remplwwit l'au 



des plua fiuave» exh niai sons. 

Patriarche, fûtcs-vous guéri sur le coup par ces délicîeuaes 
leurs? Ou bien la gourmandise l'emporla-t-elle chei vous sur li t^ 
rite, lorsque vous vous écriâtes que votre mal avait cempléteme«n 
disparu, que vcus ne voutî élieai de votre vie senti aussi dispos Op 
aussi enappt^tit, et que vous réckmiesténergiquement votre quinûèmfi 
dans le mets divin préparé par cet habiU étranger t 

Quoiqu'il en soit, chacun de nValtribuerla guéri son in sUntanée dl 
gastronome , chacun de s'extasier sur ma science médicale,... D'uos 
commune voix, les quinze barbes grises déclarèrent que si mm n*. 
goût tenait à leurs estomacs les promesses qu'il faisait i leur vue et î 
leur odorat, je serais proclamé roi, aans avoir besoin de passer ^ 
la Irobième épreuve. 

Aussitôt ou s'attable , c*esl-i-dire on se couche par terre. Gha 
vénérable avait apporté avec lui sa calebasse. Je partage équitable- 
en quinze parts les tr.ns lapins. 

Ni couteiiux ni Fourchetles chci ce peuple primitif, bien enlcnda 
11^ cntpoignaienl avec leurs doigts velus les morceaux, absolumep 
comme reraieiil avec leurs pattes des chiens , ou plutôt encore ^' 
orang-oulangs . Puis au lieu de s'essuyer aux serviettes qu'ils n'av* 
pas, ils léchaient consciencieusement les doigts en question , tnoiat 
par un sentiment de propreté que pour ne pas perdre une parcMk de 
eeite délicieuse substance. Ce qui restait de sauce dans chaque cak- 
basse, —il n'en restait pas beaucoup : j^avais été fidèle i cette deviie 
aussi juste en cuisine que funeste en morale ; cmrle et bmnè — 
mes Lurullus le buvaient aussi tranquillement que si c eût été du i 
rop de groseille. 

Les embrassades que j'avais dû subir après l'extraction de It i 
vinrent m'assrullir de nouveau; el j'avoue qu'il me faUut avoir le i 
Éolide pour les subir , avec la circonstance très -aggravante dei <* 
pleins de f auce qui venaient a^appliquer tendrement sur mon v _ 

Non contents de me prendre les mains , de m'embrasser comtnt i 
j'ai dit , d'épousseter avec une palme mes vêtements et mes chaussurea, 
même 'de se prosterner h mes pieds, ces braves sauvages voulursii 
me porter en triomphe, indiquant par la, medit rÊUpa|nol, ""- ^"- 
vation au trône. 



é du *^ 

ItdJ 
leeiM 
3âmM 



Les sauvages sont, d'ordinaire et sans avoir pris de leçons qnt^ 
la nature, des gymnastes de première force. Ceux-ci m'en donnlri' 
un exemple qui me fait encore venir la chair de poule, rien qm < 

penser* 

Choisissant le plus grand arbre du poulailler, -- je suis t0ii)< 
tenté d^appeler ainsi ce juchoir humain , — quatre sauvages rfr- 
rèrenl et me hissèrent sur leurs épaules. Puis, d'autres »|n 
prenant les premiers par les jambes , se mitent eux-mêmes m \ 
de l'arbre» puis furent i leur tour élevés d'un cran par la wppar 
de nouveau-venus, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'arrivé i l'cnlr 
b demeure aérienne du principal personnage de l endroit» j'en! 
un cri qui voulait dire : • Uchct tout l » Seul , l'introduclew 
ambassadeurs resla pour me présenter aux dames , et tous les J 
ie laissèrent glisser à terre . comme des gamins qui viennent^ 
gagner un bonnet de colon i m mât de cocagne de village. 

La présentation faite, on eut encore recours! une échelle vil 
pour me faire descendre* 

Puis , ce furent toute la journée des danses et des procetsM 

mon honneur. i ^ » 1 

L une de ces danses avait Ueu autour de ce fameux Lapin Rwj 
principal dieu des Lapiniens, sur lequel j'aurai occasion de 1 

Les danses et les processions terminées, on vint m grand* ] 
m^offrir une longue ba (met le de corail, une merveille vratmêaN 
en Europe eût valu bien des milliers de francs. Cétail mon W- 
Ma couronne était une sorte de casquette , également ornée d« ( 
et de madrépores et qui de loin faisait i peu prés l'effet d tt** -^ 

de loutre. 

Je fis une nouTclle gibelotte pour le dîner de tonte li penpM 
|QilUi moi- manie et li Umm ftteelknte, bien gii^ **•*- 



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VbVifMtLiL 



pna me fût très-pénible. 

Puis» je deoMndai où était situé mon palais. Je manifestai le djsir 
qv^U tùi un peu plus terre i terre que lliabitation de mes sujets. 

Kn un clin d'œil on m*eut construit une jolie cabane de feuillage. 
D1AII8 ce climat privilégié, il n*| a pointa craindre la fraîcheur des nuits. 

PavTre naufragé, le matin même craignant la dent des cannibales, 
J6 n^e couchai donc ce soir-lâ roi, roi Tolontairement acclamé. 

le priai ardemment Dieu qui m*ânit sauvé de m'aider 4 faire le 
liofilieur de ces pauvres idolitres. 

. ,,Ve n^était pas une petite tâche. Dix ans de ma vie y ont été consa- 
cra , et avec quel succès , hélas? 

( la suiU au prochain numéro.) EuG. DE Margerie. 

m i»^— — ■ M I II I II I ... Il 

LETTRES A JA CQUES ^ 

LETTRE U: 

Qtn a ewUitê le monde? — Qu'eêUee que la eitnlisation ? — Jééus 
Sauveur. — Le monde ancien ei le monde nouveau. — îmmente 
révolution. — Uaniiquité déshonorée par quatre grandes iniquù' 
tés sociales : f * Esclavage de Fhomme , — 2^ Dégradation êe 
ia femme; — 5» Mépris de V enfant et abandon de la vieillesse; 
^- 4^ Barbarie des gouvernements. 

La dviUsationl Voilà ui grand mol» n'esl^e pu, Jacques? Et une 
irande chose. 

U fiwi toujours oommeneer par le commencement. Avant donc de 
nmoBler, raisonnons un peu, philosophons. 

QQ*est-eè done que la civilisation? 

On dit d'un homme sans instruction \ malhonnête , dur et gros- 
iMc, qui 8*imtr«it, qui prend des manières polies et des mœurs dou-^ 
ees : n se eiviUse. 

On dît d*un peuple ignorant» aauvage , 'méchant et emel , qui de- 
mot înstrait, pacifique, doux et bon : D se civilise. 

Se civiliser, c*est donc passer de Tignoranee à la science , de la 
violence à la douceur, de la méchanceté i la bonté. 

Être eîvflisé, c'est donc être iastrait, doux et bon. 

Far conséqneat, la dvilisstion est le triomphe deoe qui sftvfii et 
^ ee q« est saint, c'est-à-dire dé ee qui est juste* 

On yeai donc la définir d'un mot : û justice, mais la justice i^n^a 
«liyireBeBt acceptée. 

Lee caractères do la eivilisMtoi sont iacâes à reeonnattre. )te te 
tomiile4-i pas que ce soH le respeet, l'amour, le dévouement et hi 
paix? 

On doit dn respeet à tons, maia portieulièrement à ceux qui lauF- 
Irent, àceux qui sontftibks ou déUnssés : «ux enfimls^ aux feiHpiés» 
aux mahides, aux pawvres, aux infirmes, anx vieittards.— On doit i(i« 
mer tous ses semblables, sans distinction de rang, de fiunille ti ^e 
race. Le pnuvre et le riche, l'ouvrier et le pation, le serriteur et ce- 
lui qtti est servi doivent s'aimer réciproquement — - Le dévou^mc^t 
est facile à ceux qui aiment , car celui qui aime véritablemfnt se 
demie et cherdie à se donner, sans cakul, sans arrière-pensée, avec 
empressement et sTee joie. —La paix est la conséquence naturelle et 
forcée du dévouement et de l'amour/car la guerre n'est que U fruit 
de U haine. 

Hais comment peut-on savoir au juste à quel degré de âviliiation 
un peuple est arrivé? 

Je reconnais que c'est difficile, très-difficile, alors même qu'il sV 
girait du peuple le plus civilisé du monde. 

B en est en eflfet d'un peuple comme d'un individu. 

Or tel camarade qu'aujourd'hui , dans certaines drconstanees et 
avee eeitaines personnes, tu as jugé doux, compatissant et dévoué, 
demain, peut-être, dans des circonstances diflérentes, et avec d'autres 
petsennef, le tronveras-tu violent, emel etégoiste* 

^fekk^éarOmrtKriêêmÊfÊ» 



Nous ne sommes pas le» ut d'une pièce , comnie on dit , tout-i-fâH 
bons ou tout-à-fait mauirâi». Les naturel tes meilleures ont kun àâ^ 
fiints, les caractères les phis méchants ont Leurs qusLltéâ. Iljf a dans 
notre conduit^ bien des ii]cunsdE|uenees, comme il y a bien dea dé- 
faillances dans notre intelli^tiiice et dans notre cœur. 

Le bien etlemalse.di&putentle monde. Si donc cette lutte apparaît 
dans chacun de nous, combien plui se manifeste ri- t-elle au milieu 
des milliers d'hommes qui ccnposentun peuple? 

Tandis que les uns pratiquent la vertu, honoreni la juitice et cher* 
chent k faire régner la paix, ks autres l'abandonnent au vice, aiment 
l'iniquitéet entretiennent partout le désordre et la guerre. 

Et cependant, il est possible de juger de la civilisation d*un slâcle 
au milieu de tant d'éléments diverti dans le pële-mèle de ses aspira- 
tions élevées et de ses tendance! honteuses, de ses instincts géné- 
reux et de ses appétits grossiers. 

Tu sais bien, Jacques, comment on procède pour établir la lituition 
d'un commerçant? On fait Tinventaire de ses magasins, on eiamine 
ses livres, on compte ce qu'il posiède et ce qu'il doit; en an mot, 
on établit son actif et son paesif. C'est ce qu'on appelle dresser un 
bilan. Eh bien, il fautauasi, pour juger de la civilisation d vn peuple, 
faire l^inventaire de ses vertus el de ses vices, dresser le bilan de sa 
moralité. 

L'homme étant i la fois esprit et matière, et Fesprît étant au-dessus 
de la matière, il est nécessaire de savoir si un peuple accorde la pré- 
domînan.ce aux choses de Tes prit ou aux choses de U matière. 

Le plus souvent , comme je te le disais tout44'heure , la balance 
penche tantôt d*un c'ôté, tantât de Tautre ; il y a cependant des siècles 
où la paix, la justice, le dévouement, k vertu remportent sur la 
guerre, Tiniquité, Tégolsme et le vice. 

Alors un peuple est civilisé , alors la civilisation règne et triomphe. 

Si tu MB voyagé, mon cber Jacques, tu as dû voir quelques-uns dé 
ces fleuves majestueux dont les eaux pures et limpides se trouvent 
tout-à-coup souillées par les eanx fangeuses d^un torrent descendu 
de la montagne. Pendant quelque temps, tu distinguais les deux cou- 
rants de nuance différente ; tu les voyais couler Tun près de Tautre 
sans se mêler ; ils se confondaient enfin, et plus loin tu retrouvais le 
fleuve avec toute sa pureté et sa limpidité. 

Ainsi, ches les peuples civilisés , la vertu peut être ternie un mo- 
ment par le vice, mais elle ne tarde pas i reparaître et i reprendre 
son éclat. 

J'ai flni de philosopher avec toi. 

Tu ne t'effraies plus maintenant de ce grand mot : la civilîâatJûn. 
Si tu en as bien compris le sens, tu comprendras aussi que la dvîli- 
sation est le but vers lequel doit tendre chaque peuple et rhumamté 
tout entière. 

Je vais maintenant te raconter Thistoire de U civilisation du 
monde. 

Lorsqu'on étudie l'histoire des hommes , depuis les premiers peu- 
ples qui ont habité la terre jusqu'Â ceux qui l'occupent maintenant, 
en est frappé d*un double spectacle. 

Pendant un grand nombre de siècles , la violence règne sur le 
monde, la force y tient lieu de loi, les vices dominent les individus, 
la ûimille et la société. Puis, la douceur devient en honneur, la justice 
pénètre dans les codes qui régissent les peuples , la vertu agit sur les 
honmies et jusque sur les nations entières. 

On se vengeait des moindres offenses, on pardonne les plus grandes 
injures; on n'simait que soi et on regardait tout étranger comme un 
ennemi, on s'oublie soi-même et les étrangers sont traités comme des 
frères. La colère a fait place i la paliencef U cruauté à la bonté, Tim- 
moralité à la chasteté , Torgueil i l'humilité. On élevait des autels h 
une foule de dieux qui étaient les protecteurs de tous les vices et de 
toutes les ignominies, on n'adore plus qu'un seul Dieu qui commande 
toutes les vertus. L'amour de la guerre était dans tous les c<Burs, un 
esprit de paix anime des milUons d'hommes. Le sang humain coulait 
dons les temples pendent les cérémonies réligieuees, et sur tes thél^ 
1res, aux jott» do fttei populaires, la vie de l'homme est respectée; 
ÛB'êÊtpmttê ft ywiWii de la nvîr m^m i Yê^Uni qm nmi de 



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roûTRTKR. 



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naître, et mil a*a le droit de se Tôter à soi-même. 

Qa*e8t-il donc arrivé? 

Qui a changé les usages, les mœurs et les lots ? 

Comment ee qui était fêté et honoré est-il tombé dans Toubli et 
le mépris, et comment s*est-on mis 4 aimer ce que Ton avait dé- 
testé? 

Comment s^est opérée une semblable révolution? Est-elle l'œuvre des 
hommes ou de Dieu? La terre a-t-elle pu elle-même s*améliorer ainsi 
et se purifier, ou le ciel lui est-il venu en aide ? 

Quelle voix asses puissante a pu parler au monde et accomplir un 
pareil miracle? 

lËcoute, Jacques, une histoire que tu sais déjà. 

Une nuit, dans une petite ville de l'Orient, à Bethléem, un enfant 
BaR. 

$a mère. se. nomme Marie; celui qu*on appelle son père est Joseph, 
«n charpentier de Nazareth. 

Joseph et Marie s'étaient mis en route pour obéir i César-Auguste 
qui avait ordonné de ifaire le dénombrement de tous' les peuples aux- 
qudsil commandait; et ils étaient venus se (aire inscrire à Bethléem, 
la ville de David, parce qu'ils étaient de la maison et de la Cueille de 
David. 

Joseph et Marie étaient pauvres ; aussi n'ayant pu trouver à se loger 
dans les hôtelleries de Bethléem, ils s'étaient réfugiés dans une étable 
abandonnée. 

C'est là que Marie enfanta son fils. Elle l'emmaillota , puis elle le 
ooùcha sur' la paille , dans une crèche, dans le yoisinage d'un âne et 
d*un bœuf. 

Dis-moi, Jacques, connais-tu quelqu'un qui soit né comme cet en- 
hùi dans une écurie? Qui n'a eu pour berceau qu'une crèche? Qui, à 
sa naissance, a été couché sur la paille et n'a eu pour se réchaufler que 
le souQe de quelques animaux? 

Ahî sans doute, cet enfant est destiné â passer sur la terre sans 
laisser même le souvenir de son nom. 11 sera inconnu , ignoré de 
tous. Peu importe au monde sa naissance; on n'entendra probable- 
inent jamais parler de lui. 

"Et cependant , voilà que des bergers courent i cette étable, s*age- 
ftouillent devant cet enfant, et Vadorent. 

f C'est notre Sauveur, disent-ils ; des anges nous l'ont annoncé et 

• ont télébré sa naissance par des cantiques. » 

Voici encore qu'une étoile s'arrête au-dessus de l'étable, et que, des 
Mages, c'estrâ-dire des hommes puissants, riches et savaqts, s'y pré- 
sentent, apportant de For, de l'encens et de la myrrhe, f Ib ont vu, 

• disent-ils, l'étoile du Roi des Juifs, et ils viennent l'adorer. • 

Cet enfant est présenté au temple de Jérusalem, conforitaément â la 
loi de Moïse. Là, un saint vieillard , nommé Siméon , le prend dans 
ses bras, bénit Dieu et s'écrie : t C'est maintenant, Seigneur, que vous 

• laisserez mourir en paix votre serviteur , puisque mes yeux ont vu 

• le Sauveur que vous donnez et que vous destinf'z pour être exposé 

• â la vue de tous les peuples. * Là aussi, une prophétesse, appelée 
Anne et qui passait sa vie dans le temple, jeûnant et priant , loue le 
Seigneur au sujet de cet enfanf , et. parle de lui â tous ceux qui atten- 
daient la rédemption d'Israël. 

Cet enfant est appelé du nom de Jésus qui veut dire Sauveur. 

Mais Hérode, roi de Jérusalem, s'inquiète de ce nouveau-né auquel 
on donne déji le titre de roi , et pour être assuré de le faire périr, 
ordonne de tuer, dans Bethléem et dans le pays d'alentour, tous les 
enfants âgés de deux ans et au-dessous. 

Jésus a cependant échappé i la fureur dHérode. Un ange a apparu 
à Joseph pendant son sommeil et lui a dit : f Levez-vous, prenez l'en- 
f faut et sa mère, fuyez en Egypte et n'en partez point jusqu'à ce que 

• je vous le dise. * 

Hérode étant mort» Jésus a quitté l'Egypte et est venu habiter Na- 
Jtareth. 

11 a douze ans lorsque étant allé à Jérusalem, pour les fêtes de Pâ» 
qnes» avec Marie et Joseph^ il s'assied dans le temple, au milieu des 
lioct^vrs, les écontet ^ interroge et les Mvit par sa sagesse et par 



A trente ans, il commence à prêcher. 

Jean, un homme qui vivait dans le désert , qui prêchait la péni- 
tence , et qui baptisait sur les rives du Jourdain , avait d^ annond 
le Messie, f Je voutf baptise dans l'eau, disait-il, mais il en viendra no 
» autre plus puissant que moi, et je ne sms pas digne de dénouer kê 

• cordons de ses souliers. C'est lui qui vous baptisera dans le Snnt- 
» Esprit et dans le feu. t 

Un jour , en efl'et , pendant qne h foule se pressait aux boi€«^'<itt 
Jourdain et recevait le baptême dea mains de Jean, un homme se filé* 
senta, et tandis que Jean lui versait l'eau, une toîx du ciel ftt^n- 
tendue qui disait : f Vous êtes mon fils bîen-aimé ; c'est en volif ^«e 

• j'ai mis toute mon affection. • 
Cet homme, c'était Jésus. 

. Bientôt il n'est plus questnm que de lui ifatns Ir 6riiiéê. 

Il enseigne dans les synagoi^ea des Juifs, anr lee grands chesnÎM 
et dans les places publiques. 

Il délivre les possédés. 

Il guérit les malades, rend la vue aux aveugles, l'ouïe aux soords, 
l'usage des membres aux paralytiques. 

Il ressuscite les morts. 

Le peuple accourt de tous côtés pour le voir et pour l'entendre. H 
se presse sur son passage , l'entoure dans les villes, le suit dane. les 
campagnes, et ne pense plus à boire et à manger pour l'écouter parier. 
On veut toucher le bord de son vêtement , on monte sur lea arbres 
pour le regarder passer, on répand sur sa tête et aur ses pieds des 
parfums précieux. 

On veut le faire roi. ' 

Un jour, il entre IriomphiAemeÉt i Jéraialam. Ce^iont, da&t toÉtes 
les villes, des cris de joie et d'admiration. Qn jette 4ee brandien d'ar- 
bres et on étend des vêtements sur les chemins qu'il Inverse. 
On répète de toutes paiis : * déni soit le m qui mot «inom du Sei- 
t gneur ! Que la paix soit dans le eid,iM gloire dans tes lien trie* 

• hauts I a 

Mais bientôt ce même peuple s^èvé^contce Gehri qu'il a si chaleu- 
reusement acclamé, le traite d'impoéletr et demande sa mort 

On«e précipite eur lui avecées Ipéee et des bâtons. On leniène 
chez le grand-prêtre Caîphe; là on- foi ivande les yeux et on le teppe 
au visage en lui disant : • Devine quit'n frappé;! on.le eonduil tfaez 
Tikte^Oû'fl est flagellé et couronné d'éf^nes; en le traîne chez 
Hérode qui le méprise et lere^t d'ime robe jblandM en oigne 4e 
moquerie. 

Jésus, condamné à mort , porte sa croix sur tes épanini tt«i#nle 
au haut d'une mêniagne qu'on appelle le^lgotiia. 

il est étendu sur eette «roixftyesteleué ptr 4ee pied^ai par 
les mains. 

Il expi^ entre deux vole«r»fu «lien^iiesdiijnBes» dbnnÉreaauies 
et des imprécations de la populace. 

Mais ce n'est pas impunément qûe-)^ peut mettre â «Oft Gaki 
'qui avait passé au milieu des honraies enfaitantlle bien. 

'Au moment où il rend le dernier soupir, les, ténèhnca ohnenrâs 
sent la terre, le eoleil disparidt, les moorts aortefti^e*4eoie jé- 
pukres. 

En vain, Jésus est enfermi dans un lesnfceaa «oetfi «t eiite«ré de 
gardes, il ressuscite, appandt I ses 4iseipk»«t-inonte)aii oîeL 

Déjà une société nouvelle ^eat formée dans le sMnde; elle a sa 
religion, son culte, ses autels; elle pratique ce que.Jéeua a en- 
seigné. 

Pierre, le pêcheur de poissons, dont Jésni a fait un pèdienr 
dliommes, convertit troia mille pèraônnea â sa première préiÛcatiott. 
et cinq mille à la seconde. 

Paul, converti miraculeusement, se mi à prêcher Jésus resenseité. 
U prêche à Antiocbe, à Jérusalem , dans toute la Judée , dans 1« Ma- 
lïédoine, et jusque dans Rome , la. capitale du monde.ll convertit les 
Juife assemblés dans les synagogues, lesGentils ^'il reotnatre anr 1^ 
places publiques, les^geêÛers qui k gardent en prîaon; il QTplîfne ss 
foi et la justifie devant les sénateurs d'Athènes, devant Félix et Fes* 
tns, gouvemeuri de la Judée, dânnt Affripoa . mi de Tochenite^» 4 



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L'OUYRIEA» 



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. Néitm, Tempereor 
•hm makUm de Jésvs ont parcouru le mt nde, eofeignant eomme 
PiHrmi6lf'ooiiiB6 Paul 

Ik oflft esduré» par amour powlear foi» les œjore», les torturea, 
%pe»séca^kHi« e|' l» mortmêcae. 

Pitrce eit crucifia a Rome, auf k mont Janicule. 

Paul a la (ôte tnmohée, le même Jour, et dana la même ville « à la 
p«H»<l^lîe* 
.i#dré mevrt a«r unexioix» à Patraa^ en Achaje, 

^cjlitâemi eet éeocehé vif. 

Jacques , Jude , Thomas , Mathias» Sinu>o, domient aussi leur vie 
pour eovteair ta vérité ^*il8 profiessent. 

La r«Ugiou de Jésus se répand dans les villes et dans les campa* 
gnee ; elle s'iolroduit paroii les esclaves ; elle pénètre jusque dans les 
paliùs des Césars, et, peu i peu, la société anciei^ie, société orgueil-, 
leuse» égMSte, cru^le, in|ttste , corrompue , fait place 4 une société 
nouvelle où; Thumilité, le dévouement, la douceur» la justice et la 
chMstelé saut en honneur. 

£st-oe à dire, mon cher Jacques, que tout dorénavant va être par^ 
fiât dans les sociétés chrétiennes^î 

tlél|i»l irea. Il j aura encore. dans le monde transfiguré, des hom- 
mes qui resteront païens malgré la hienfaiaante influence qui les en- 
viconiie» et qui, par conséquent, conserveront les défauts du paga- 
nisme; il j en aura d*autres qui ne seront chrétiens que de nom, et 
qui, malg^ leur Utre glorieux, mèneront une vie déshonorée. 

Est-ce i dire aussi, mon cher Jacques, que tout était mauvais ohes 
les anciens^ 

Certainement non, et j'ai hâte de t'en prévenir, car je tiens essen- 
tiellemedit à me garder de toute exagération et i ne te dire que la 
plus exacte vérité. 

U 7 a eu dans l'antiquité de grandes intelligences, de grands cœurs 
et de grands caractères, et Thistotre de ces siècles reculés est pleine 
d*actioiis héroïques. 

Pourtant, à y regarder avec attention , on trouve habituellement, 
même dans ce qu'on est le plus tenté d'admirer, quelque chose qui 
exclut la perfection. Il y a toujours une ombre au tableau. 

Lucrèce, une grande dame romaine, est un modèle de fidélité con- 
jngakf mais une fois que Sextus, un des fils du roi Tarquin, Ta dés- 
honorée, elle ne sait pas survivre à sa douleur , et elle se donne la 
mort. 

Virginius, un soldat romain , ne peut voir Appius Claudius, un in- 
fime magistrat, ravir è sa fille Virginie F honneur et la liberté, et il la 
poifpoarde kd-méme au milieu du peuple. 

Annibat, le nénéral carthaginois qui a vaincu les Romains dans tant 
de combats, s'empoisonne pour ne pas tomber vivant entre les mains 
de ses ennenùs. 

Caton se tue d^ désespoir, lorsque sa patrie a perdu la liberté. 

Lucrèce et Virginius sont dignes d'admiration pour leur amour de 
la vertu ; Annibal est grand par ses victoires ; Caton doit être loué 
pour «a fidélité k ses convictions; mais il a manqué i tous le courage 
de la résignation, le plus diflicile de tous les courages, et ils n'ont su 
se vaiQei;e ou vaincre les autres que par le fer et le sang. 

La chrétien, au contraire , sait soufi^rir; il ne donne pas la mort â 
ses frères,, il ne se frappe pas d'un poignard homicide; il sait mourir. 

Gonune je iele disais tout à l'heure, Jacques, il y a cependant, dans 
es sociétés chrétiennes , des intelligences perverses, des cœurs cor- 
rompe et des caractères lâches. On retrouve chez elles toutes les fai- 
blesses, mais le mal y est toujours flétri, et la vertu toujours glorifiée. 
Alors même que l'injustice et le vice viennent à y triompher, U vertu 
y est encore prêchée, et il y a encore des hommes, des femmes et des 
eslinta par qui le mal est vaincu. 

Ceux qui rendent ainsi le bien victorieux sur la terre, sont les hé- 
ros liea.temps nouveaux : ce sont les sainU. 

One ne puia^ Jacaues, te développer longuement toutes ces idées? 
Ce serait un cours d'histoire complet. 

Aimesr-tu l'histoire? 

On j^foitlds sociétés pafeanea aa transTormer en sociétéi cbré- 



tieanes. 

On y tmt les peuples chrétiens, éclairés par Tenaeignement de Jésua* 
Christ, marcher de plus en plus dans la voie de la paix, de la JMStief 
et de l'amour. 

On y distingue , sur une montagne , à la porte de Jérusalem , «M 
croix du haut de laquelle a retenti par tenlB là.téi^ renseignement 
qui a changé le monde. 

Une inmiense révolution a été accomplie. ^ 

Tu dois comprendre , Jacques , qu'il faudrait des volumes pour tb 
raconter comment cette révolution s'est opérée , et pour te dire ee 
qu'il y avait à détruire, à améliorer et à instituer pour Taccomplir dans 
les individus , dans les familles et parmi les peuples. 

Tout était â réformer. 

Ceux qui ont passé de longues années dans lès collège , qui ont 
appris le latin et le grec , qui ont suivi des cours d'histoire , qui ont 
lu' beaucoup , qui ont travaillé dans les bibliothèques , qui ont voyagé, 
savent tout cela. 

Toi , Jacques , tu n*as pas été au collège et tu ne sais parler que 
la langue de ton pays , tu n'as eu pour professeurs que le maître d'é- 
cole de ton village , ou le curé de ta paroisse , ou les firères de la 
doctrine chrétienne , et personne n'a pu t'en montrer tien long, car, 
jeune encore , tu as dû aller à l'atelier ou dans les. champs. Tu ne lis 
pas ; tu n'étudies pas; la journée suffit à peine i ta tâche; peut-être 
n'es-to jamais sorti du village où tu es né. 

Comment pourrais-tu savoir ce que nous avons mis tant de jours el 
tant de nuits à apprendre , nous qui avons consacré notre temps , nos 
forées et notre intelligence aux choses de Tesprit? C^est un devoir, en 
effet, pour nous, délire , de réfléchir, d'étudier, d^écrire, comme c'en 
est un pour toi de bâlir un mur, de creuser un fossé , de battre du fer 
sur une enclume , de bêcher la terre , de mener paître les troupeaux. 

Je voudrais cependant te voir comprendre quels bienfaits la religion 
de Jésus-Chnst a apportés à l'humanité; ce n'est pas aussi difficile 
qu'on pourrait le croire . et que peut-être tu te l'imagines. 

Lis ces lettres , et tu me diras si je me trompe. 

Lorsque tu es au sommet d'une colline , et que tu regardes la cam- 
pagne qui s'étend au loin devant toi, tu ne distingues que les larges 
routes « les arbres élevés, les grandes habitations. De même, lors- 
qu'on regarde l'histoire des peuples sans fixer son attention sur cha- 
que peuple en particulier, on ne voit que la marche générale de Fhu- 
mariité et les transformations qui s'opèrent dans son sein. 

Or, en examinant ainsi l'antiquité tout entière , j'y découvre quatre 
grands faits , qui , au lieu d'annoncer la civilisation dans ces siècles 
passés , sont , au contraire , le cachet de la barbarie. 

Ce sont quatre iniquités monstrueuses qui suffirent pour déshono- 
rer une époque , quatre crimes contre Dieu et contre les hommes. 

1^ L'homme réduisait l'homme en esclavage. 

La liberté était ravie â l'homme , et il n'était plus considéré que 
comme une chose. 

11 y avait des hommes esclaves , des femmes esclaves , des enfants 
esclaves ! 

Il y avait des races entières esclaves, des peuples entiers assenis! 

2* La femme , même dans la famille , ne s'appartenait pas elle- 
même ; elle était la propriété de son père ou do son mari. 

La femme, compagne de Thomme , était indignement outragée et 
déshonorée ! 

On ne respectait ni son intelligence , ni son cœur, ni son corps ! 

3^ L'enfant était méprisé , et le vieillard souvent délaissé. 

On exposait les enfants nouveau-nés , on les tuait , on les vendait. 

On abandonnait le vieillard infirme et malheureux. 

V Le gouvernement des peuples était une eflVoyable barbarie. ' 

Les gouvernements ne se connaissaient pas de devoirs et les gouver- 
nés n'avaient pas de droits. 

Si donc , Jacques , je te raconte quel était le sort des esclaves , 
des femmes , des enfants , des vieiÙards et des peuples dans l'anti- 
quité , et si je te montre ensuite ce que le catholicisme a fait en fer 
veur de tous ces opprimés , je t'aurai donné une idée de ce que la 
civilisation doitiJésus*Christ ^ A l'Église qu'il A p mih i é i? | 



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ira 



L'ODVIUER, 



Sans doute, tu ignorems encore bien de« chotes, mais tu seras h«ii- 
reoi f j'en mh sAr, de lavoir ce que je Hah Rapprendre. 
\ La êuii€ au pr^hain numéro, } FSRJUS BûlSSARD. 



L'HORLOGËRË \ 



IIL 

£Ile eontiDua, toujours de plus en plus attentÎTe» i suivre du regard 
le Irai aU de iou tuari, en s'essaya nt â mettre i profit ces leçons indi- 
rectes auBsitdt qu'elle se trouvait seule, ae qui arrivsit assez souvent. 
M. Odoul sortait forcement chaque jour pendant un temps plus ou 
tuoias long , soit pour des courses ehes les fiibricants , soit pour des 
remonliges de pendules chei ses pratiquer. Il suffit d'une heure ou 
deux employées chaque jour par la jeune femme à de nouveaux es- 
sais pour qu*au bout de quelques semaines elle connût les éléments 
du métier et pût démonter et remonter le mouvement le plus compli- 
qué presque avec Tiiabileté d'un ouvrier. £t elle avait eu ce bonheur, 
grâce d'aiîleurs Aune eilrême prudence , qu'aucun accident ne la 
traiiU, auprès de son mari doat la surprise, plus tard, devant ses pro- 
grès^ devait être pour elle une petit» fête et nm innocente vengeance, 
lî ignorait si complètement qu'U avait en eUe une élève dans son art, 
qu'elle pouvait impunément se permettre , en tapinois, quelques ma- 
lices, dont elle s'amusait toute seule ensuite comme une pensionnaire. 
Plus d'une fuis ^ il arriva que l'horloger , en prenant le matin une 
montre qu'il avait plicée la veille sur la table avec Tintention de pro- 
céder le lendemain au nettoyage , trouva la besogne faite. La jeune 
femme avait prulilé d'une absenoe dans laprès-midi ou la soirée pour 
se donner ce pUisir. 

— Hais c*ost singulier, disait alors le mari, c*est incroyable ! j*att- 
rab parié n'avoir pas touché à celte montre et cependant je la trouve 
nettoyée et en parfait état. Je me savais un peu sujet aux distractions, 
femme, mai», vraiment, cela devient trop fort, et pour peu que je 
continue, j'en viendrai, comme ce !Han$ieur de l'histoire, â faire de 
véritables sottises, â mettre dans k poche ta pjinlouile pour mon livre 
du messe, ei prendre â réglise h chapeau du pauvre homme pour le 
bénitier. J^en viendrai à oublier le numéro de ma maison et jusqu'à 
mon nom^ 

-^ Le mien aussi? demandais jeune femme avec an malicieux sourire. 

— Oh ! pour cela impossible ! ce n'est chez moi que la tête qui a 
de ces oublis ; et ton nom il est là au plus profond de mon cœur. Ne 
crains rien^ va, ceux, que j'aime, ma Louise, je les aime bien. 

-- Ct ils te le rendent l reprit M«^ Odoul » en tendant la main i 
ion mari avec le sourire du bonheur, 

— Après cela , je me trompe peut-être ; cette montre sans doute 
ne m'avait pas été remise pour le nettoyage, mai* pour quelque répa- 
ration; je verrai, à moins que, par hasard, je sols somnambule et que 
je me relève la nu il pour iravaiUer. 

Et la jeune femme, â cette idée, de rire aux édats et de se moquer 
de son mari qui du reste ne semblait pas parler sérieusement. Toute- 
fois , voyant que ce qu'il jugeait ses» distracUons et fes étourderies 
Sniisait par le préoccuper réellement , elle s'abstint de ces espiègle- 
ries, ou ne se les permit que plus rarement et pour ménager la tran- 
sition. Cependant elle continua ton apprenti. ^^J^ge ; mais, les premiè- 
res diflicullés surmontées , elle se vit plus souvent arrêtée et elle ne 
tarda pas  comprendre que, sans quelques conseils plus directs, elle 
n'avancerait pas aisément dans la praiique^ Pourtant elle ne voulait 
pli «'ouvrir encore â son mari. Une circoasliincc imprévue et toute 
urovîdentielle vint la tirer d'embarras. Des afï'^ires de famille, qui ne 
louflraient pas do relard, obligèrent son mari i s'absenter pour un 
voyage de quelques semaint^e. t^ncore que ce fût pendant la morte-sai- 
»an, il voulait» pour ne pas mécontenter sa clientèle» qtt*OA pût donner 
*^tii»faclion aux plus pressés. Prendre un ouvrier chez lui, d'un antre 
«:âli^, ce n'était pas possible, puisqu'il laissait la jeune femme seule â 
Hmat««û. Il ne lui convenait paa davantage d'envoyer lés pratiques 



S 



t Yoir lea n** de fOuvrkr dee fi et 49 ours. 



chez quelque autre qui, peu délicat, eûtdMrché â let retenir peur l«i- 
méme. Grand embarras ! Par bonheiir i il enl, rar oct entreiûtae , la 
TÎsite de son vieux maître d'apprentissage, retiré aux Petit»-llénafei 
avec le peu qui hû restait de ses éconeniee, englMtiet, |M>ar lar plus 
grande partie, dans une banqueroute. Voyant la ferplexiii de 
M. Odoul , le digne vieillard s'offrit i ^remr ehaqve jeur pa i t e r 
quelques heures ches aon ancien élève pour la besogne eovmle. 

— Avec cette téte4à, dit avec un sourire le septuagénaire «i t«H 
chant son front chanfe et ses che? eux lout-à-fidt blancs, il n*y n pas 
â craindre le babil des méchantes langues i propos de met rititee. J'ai 
deux fois l*air du grand-papa de ta gentille femme. 

L'offre fut acceptée avec reconnaissanee et M»* Odoid, en partie»- 
lier , remercia avec effusion le digne homme de sa cempdaisanee 
qu*<^ll6 comptait bien mettre i contribution largement. En effet , son 
mari parti , dès la première visite du vieillard qu'attendaient, atee le 
plus gracieux accueil, un friand goûter et certaines chatteries qui ne 
potfvaient déplaire 4 un pensionnaire des Petits-Ménages , elle hii fit, 
sous le sceau du secret , confidence de ses projets et termina en di- 
sant qu elle avait compté sur l'obligeance dn vieux maître d'appreatia- 
sage de son mari pour achever de l'initier aux secrets dn métier. Le 
bonhomme , dans l'admiration surtout quand il l'eut Tue à TcMnre et 
qu'il eut jugé de son intelligenee et de son adresse par ce qu'elle avait 
appris seule, promit de n'^rgner rien pour qu*eUe devint en pende 
temps une artiste consommée. Et il tint narole; pendant les quelques 
semaines que dura le voyage de M. Odoul, le vieil horloger» ancien 
élève de l'Ûlustre Bréguet, mit un tel léle danr son enseignement, et 
la jeune femme , de son côté , grâce i son intelligence et à sa dexté- 
rité, en profita si bien, qu'elle pouvait maintenant trionapher de toutes 
les diiBcultés et achever seule de se perfectionner. Ce qu'elle fit quoi- 
que moins assidûment après le retour de son mari. Pendant quelque 
temps même elle dut suspendre presque complètement, forcée de a^oc- 
cuper d'un travail bien différent, de la layette d'un marmot de l'un on 
de l'autre sexe, qui promettait de faire incessamment son apparition 
dans le monde et de venir ainsi ajouter au bonheur dn jeune ménage. 

Au bout de quelques mois , en effet. M"»* Odoul était mère d'une 
jolie enfaut, comme disent les bonnes gens , un amour de petite fille, 
qu'elle et son mari ne se lassaient pas de couvrir de baisers ; et son- 
vent penchés i la fois sur le berceau, se souriant i Tenvi, ils ae dis- 
putaient les caresses du chérubin. 

— Vraiment , bonne et b^Ue , disait parfois M. Odoul i sa femoie , 
nous sommes trop heureux , c'est le paradis sur terre. J'ai penr de 
quelque malheur et que cela ne dure pas. 

— Oh ! répondait en riant la jeune femme, n'aie donc pas de ces 
idées ; jouissons de ces beaux jours que le bon Dieu nous envoie et ne 
songeons qu'à Pen remercier. Li croix, sans doute, viendra pour nous 
comme pour les autres, car tous ont la leur. Mais ayons confiance que 
le bon Dieu alors, en nous l'envoyant, nous donnera le courage. De- 
mandons-lui dès â présent de nous épargner les épreuves les plus 
douloureuses ou de nous les alléger par la résignation. 

Quoique nourrice maintenant en même temps que ménagère et de 
plus en plus occupée , Min« Odoul ne perdait pas absolument de me 
son grand projet. Bien qu'elle aimât son enfant, en mère tendre et dé- 
vouée, elle ne prétendait pas qu'il fût pour elle un prétexte i Totaiveté. 
Elle eût trouvé ridicule et bldmable de jouer comme une petite fille des 
journées entières â la poupée et de tenir sur les bras l'enfançon qui 
pouvait tout aussi bien et môme mieux dormir dans son berceau. La 
chère bambine d'ailleurs était douée du plus heureux nature qa*on 
ne gâta point en cédant tout d'abord pour l'apaiser i ses impatienoes 
et i ses caprices. La iuère put ainsi, tout en veillant sur son trésor avec 
une constante et ardente sollicitude, continuer à s'occuper de son inté- 
rieur; et, sans que rien en souffrit, profiter souvent des absences de 
son mari pour reprendre la pince et la loupe, afin, suivant l'exprossion 
des gens du métier, de ne pas perdre sa main. Aidée, an besoin» ptr les 
conseils du vieux maître d'apprentissage, elle détint ainsi, totôontai 
rinsu de son mari, réellement une ouvrière habile. 

( La suite an prochain numéro. ) Bathilp BouNlOL. 



(Angers , imp. de LaloA (rteaa » i^ Ssiut-Uud • V. 

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•omntt. ( lu 1 



K-IS. 



29 mars 186SL 



L'OUVRIER 

Journal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis « 



AUMIJIIETRATION : 

51, qttd dM Qnuidt-âiigmpthit 



A PARIS. 



SOMMAIRE. 

LES ATEHrURES D*xnf BBRaER, par EugèDe de MARMtir. — 
LETTRES ▲ JACaUES ( II* Lettre), par Feijut BoniAliD.-L*HO]U;.OOÉRB . 

, par Batbiid Boqioi., 



ABONNEMENTS D'UN AN 

1 piftir 11 l** le ckifoe meû : 

I. 6 •• 

I, Éaira» RiMB »*AaB, Tor- 

fliiB »' Ahb. • • 6 » • 

ÉTAïa-Uim M L'AiiimiQnv »u Nokd . 7 » » 
GoMHtti BT Aonm »ATs D'ouna-icBi. 6 60 



LES AVENTURES D'UN BERGER' 



CHAPITRE XIV, 

Bat*tlièl«iiiar 'VttinqMUr de ses voisins et bienieiteui* 
de aon peuple 

Ud philosophe japonais assure que le bien est plus facile 4 Taire 
que le mal. 

h suis toat à fait de 
50D avis. 

Aussi , décidé que 
]éiïïis à faire du bien 
à mes peuples , à les 
transformer, de véri- 
tables bêtes qu'ils 6* 
taient> en hommes» 
puis en chrétiens. Je 
crus .qu'il fallait d'a- 
bord m'enionrer à 
leurs yeux d'un grand 
prestige. L'auréole de 
la gibelotte ne serait 
pas étemelle. . Je visai 
à quelque chose de 
plus éclaiant : la gloire 
des armes. 

L'occasion do me 
montrer grand homme 
de gaerre et de me 
rendre ainsi plus res- 
pectable et plus indis- 
pensable à mes sujets^ 
fie présents d'elle- 



Nous étions aux der- 
niers jours de septem- 
bre! 

Malgré les prodiges 
qoe je n'avais cessé 
d'opérer sur la sanié 
physique et morale des 
Lapiniens; malgré les 
ressoorces infinies de 
ma sdence culinaire, 
que, cnniite de mo- 
notonie. Je ne bornai 
pas aox seuls la- 
pins : les canards sao-* 
rages qui habitent en 
grand nombre les 
bordi de notre rivière, plusieurs variétés de ehévres qui te rencon- 

1 Toiff les n*« de VChmrwr du 18 janyier au S3 mars. 



BarlMlany el le ? iaD Bapagnol altaadaol les lUnardlM. 



trent dans les collines, les innombrablesespéces de poissons et de co- 
quillages que nous péchions sur le rivage> tout celafat par moi ac- 
commodé sous toutes sortes de formes. Puis je cherchai à remuer 
l'intelligence paresseuse de mes sujets. En leur racontant mésaven- 
tures, en cherchant a leur faire entrevoir ces mille caAux dans les- 
quels se jette l'aclivilé des intelligences européennes, en leuf indi- 
quant quelques-unes des choses les plus simples par lesquelles il me 

seoiblait qu'ils pour- 
raient débuter, pour 
peu qu'ils désirassent 
échanger contre une 
vie plus humaine la 
vie d'huîtres qu'ils 
menaient, j'étais par- 
venu à les intéresser 
et à combattre ce ter- 
rible ennemi, l'ennui 
qui, plus encore que 
la Ûévre et le dégoût 
du lapin, les rongeait 
lentement, lorsque 
j'arrivai parmi eux, — 
en dépit cependant de 
tout cela, quand vin- 
rent les derniers Jours 
de septembre, Je m'a- 
perçus que lattention 
des Lapiniens échap- 
pait à mes récits les 
plus émou vants et 
qu'ils semblaient de 
nouveau e n proie À 
quelque étrange préoc- 
cupation. 

-^ C'est ^ la crainte 
des Renards, • me 
dit l'Espagnol qua 
j'interrogerai. 

J'ouvris de grands 
yeux et j'allais lui ex- 
pliquer que le Renard 
mange les poules et 
non pas les hommes. 

— J'appelle Renards 
ouRenardins, reprit le 
Castillan, les habitants 
d'une île voisine, 1 îie 
aux Renards. Ces di- 
gnes insulaires ont une 
grande fête nationale 
le !«' octobre. Ce joar4è| lenr principale idole, certain rocher qui, 
par un bizarre caprice de la nature, ressemble à un renard colossal, 
doit être arrosé de sang humain. Remarques en passant qft'il en est 

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378 



L'OUVRIER. 



de même ici , où le plus grand des dieux est un rocher taillé en forme 
de la pin. Ce^t ordinairement notre pusillanime peuplade qui fournit la 
vjcliitie, laquelle^ après avoir été saignée sur le rocher sacré, est con- 
sommée en grande pompe. 

Or, les Renards, qui sont gens de précaution, arrivent ici, armes 
de Ûèebes, dans la dernière semaine de septembre. Il leur semblerait 
pucrîl d* entreprendre une campagne pour conquérir un seul prison- 
nier. Ils font donc rafle de ce qu'ils trouvent de plus tendre , en fait de 
jeunesse. Ceux qui ne SE>rvent pas au sacrifice de Tannée sont mis en 
réserve pour les années suivantes. On en fait des esclaves; et, quand 
un <!hef est nmbdOj on e.st EÛr de pouvoir lui servir un bouillon de La- 
pinien, remède que les médecins locaux ne manquent jamais de com- 
mander dans les cm extrêmes. 

Lo moment de rinvssion annuelle est tout proche. Et voilà pour- 
quoi ces pauvres Lapîriiens ne sont plus à leur afiaire. 

— * Va leur dire, répondis-je, qu'ils se rassurent. Je veille sur eux, 
et le premier Renard qui mettra le pied sur mon Ûe aux Lapins le 
paiera cbas ' 

Je prévins me^ Discayeni de se tenir prêts pour une petite expédi- 
tion. Le Castillan aussi , — c'est le nom que nous avions donné au 
vieil Eï^pagnol, pour le distinguer des Biscayens, — le Castillan 
donc voulut se joindre à nous. 

Trois jours de suite ^ nous nous tînmes en embuscade au milieu 
d*uri groupe de roche rg ^ admirablement disposés pour voir de loin 
nos ennemis, et pour lt:s canarder de près, dès qu'ils seraient â por- 
tée de no^ caràhines. 

Franchement, nous avions l'air, surtout le Castillan et moi, avec 
notrê'costume moitié banque et moitié sauvage, de bandits méditant 
un mauvais coup. Le vieux à qui j'avais fait cadeau d'une culotte 
bouEfaute et d'une paire de grandes guêtres rejetées par la mer peu 
de temps après notre arrivée, avait pour par-dessus , — je crois hé- 
las ! sans beaucoup de par-dessous , — une espèce de large paletot 
de peau de béte à longs poils. Ses cheveux blancs étaient recouverts 
d'une casquette de madrépores à Taste visière, proche parente de 
mon casque rojal et qui , comme celui-ci , jouait tout-i-£iit la cas- 
quette de loutre. 

Quant â moi, j'avais conservé mon costume de voyage qui ressemble 
assez à celui des pitres basques ou bretons. Seulement mes cheveux, 
depuis mon départ d*Es[>3gne, avaient poussé en véritables broussail- 
les, el mon vieux feutre pointu, semblable 4 un philtre de confiseur, 
paraissait trop pedt pinir ma tête. J'avais, bien entendu, dépouillé mon 
iTiauieaUj pour être plus libre de mes mouvements. 

Tout'i-eoup, en regardant par notre ouverture de droite, j'aperçois 

une pirogue J\ii le temps défaire charger les fusils; nous faisons 

volte-face vers des es[ik:ei; de meurtrières pratiquées à gauche dans le ro- 
cher et qui s'ouvraient juste assez pour nous laisser pointer nos armes 

et bien distinguer \v& arrivants Bientôt ceux-ci passent sous nos 

fenêtres nous tirous. 

Chaque coup porte. Deux Renardins sont blessés au bras, assez lé- 
gèrement. Deux autres , — c'étaient le chef de là bande et Tun des 
guerriers les plus renommés de la peuplade, — sont atteints plus 
grièvement, qui, I la poitrine, qui, à la cuisse. 

La violence et Tlmprévu du coup leur font perdre l'équilibre. Ils 
étaient debout sur Va van t de la barque : ils tombent à la mer. 

Leurs compagnons^ ^ le dévouement n'est pas la vertu Êivorite du 
éauvage, — sentant le péril sans le comprendre, virent de bord et 
font force de rames pour quitter des parages où ils viennent d'être si 
mal accueillis. 

fHous courons â bride abattue sur le rivage. Nous nous précipitons 
tout habiUés dans la mer , heureusement assez basse en cet endroit. 
Do u riant d'abord nous n'apercevons point les blessés. Puis, une trace 
de sang nous guide i nous plongeons et nous sabissons par les che- 
veux ees pauvres diables qui aviîent perdu connaissance et enfonçaient 
peu à pew^ 
i 



Nous les ramenons sur le sable. Nous les déshabillons , opération 
assez facile , leur costume n'étant pas des phis compliqués. Nous les 
séchons au soleil et nous les frictionnons vigoureusement pour les fairt 
revenir à eux. Puis , je pose le premier appareil sur leurs blessures. 
J'avais prévu ce résultat et je m'étais muni en conséquepce dn matériel 
nécessaire aux pansements. 

Cependant le peuple entier des Lapiniens était aeconm. Tobs ce» 
trembleurs, se sentant à l'abri derrière notre courage et notre adresse, 
prenaient des poses hardies qui imprimaient une terreur plus grande 
encore dans l'esprit des pauvres blessés. 

Nous soignâmes ceux-ci de notre mieux. Quand ils furent conva- 
lescents , je les distrayais , en leur montrant à quelle distance pro- 
digieuse mes hommes et moi nous savions lancer la mort. 

Ils partirent , persuadés que des êtres surhumains avaient^ris pos- 
session de nie aux Lapins et rendu invincibles les Lapiniens eux- 
mêmes , ces Lapiniens jadis si timides. 

Pour que cette conviction jetlt dans l'esprit de nos voisins des 
racines plus profondes encore, je fis élever sur le rivage en leur pré- 
sence, un grand poteau. 

On y voyait écrit, en caractères grossiers, — sorte d'écriture ni- 
dimentaire, commune i tous les habitants des tles voisines , — non 
point : • La mendicité est interdite dans la commune de l'île aux 
Lapins; • ni : • Le public est prévenu qu'il y a des pièges i loups de 
tendus dans cette propriété , t mais bien ceci : 

c L'île aux Lapins est désormais gouvernée par un blanc invincible, 

• qui dispose en maître, pour abattre ses ennemis, de la foudre et 

• des éclairs. Que les habitants de Tîle aux Renards et de 111e aux 

• Oies se le disent, et, s'ils tiennent i leur peau , qu'ils ne mettent 

• plus jamais le pied ici ! s 

Mon ovation après la gibelotte n*avait rien été , comparée aux ap- 
plaudissements frénétiques qui saluèrent mon triomphe à la fois mili- 
taire et diplomatique sur ces redoutés Renardins.. 

Mon peuple me baisait les mains , se roulait à mes pieds , m'em- 
brassait â grands bras, m'apportait les rares objets précieux que 
contenait chaque cime de palmier. Plusieurs me proposèrent sérieu- 
sement de faire de moi leur dieu , et de renverser les autels du grand 
Lapin Roux , pour me mettre à sa place. 

Bien que j'eusse la conscience d'avoir mieux mérité de la patrie 
lapinienne que ce vieux fétiche, je refusai la divinité. 

— > Je ne demande qu'une récompense, leur dis-je; c'est que vous 
me laissiez faire votre bien, s 

Il y avait tant i défaire et â refaire chez ces pauvres sauvages que 
je ne savais vraiment par quel bout commencer. 

Enfin je me rappelai que , pour signifier l'extrême misère , dans 
notre Europe , on dit communément d'une pauvre famille : Ils s'ont 
sans pain ; ou bien : t^ n'ont pas de chemises. 

J'eus donc l'idée de doter mes sujets de pain et de chemises. 
C'était bien commencer par le commencement. 

Outre que la chemise est un vêtement indispensable , à toute sorte 
de points de vue, et que le pain est une nourriture très-saine, j'avais 
l'avantage par là d'initier mes sauvages au travail , au plus utile et au 
plus noble des travaux, à celui qui, s'exerçant en plein vent, devait 
convenir le mieux à une population si amie du ciel ouvert que même 
ses chambres à coucher n'avaient d'autres plafonds que la voûte étoîlée 
et la feuiUée des bois. 

Nous semâmes des céréales et des plantes textiles. Celles-ci d'ail- 
leurs , — quand ce ne seraient que les palmiers , — existaient déjà 
dansllle. 

Au bout de peu de mois , — sous ce ciel enchanteur , on ferait 
quatre moissons par an , — nous pûmes avoir du pain ; et je ne saurais 
vous dire avec quelle joie je retrouvai cet aliment auquel mon enfance 
avait été accoutumée et sans quoi les mets les plus ex<)uis étaîeni 
toujours tout prêts de me tourner sur le cœur. 



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rouvRi 



'Avec des feuilles de palmier et un peu de chanvre que je semai , 
lous eûmes des chemises. 

La Tanité s*en mêlant , tous voulurent en porter. Ce fût beaucoup 
plus décent; et même , — les plus encroûtés Tavouêrent, — dans la 
saison des pluies , ce fut plus chaud. 

Surtout , les hommes prirent goût au travail des champs. Les femmes 
ae plurent à tisser des étoffes, qui furent d'abord grossières, puis 
mieux faites et finirent par être d'une rare délicatesse. 

L'oisiveté était chassée de /'t/e aux Lapins. Bien entendu, elle avait 
eihmené avec elle l'ennui , son fils premier-né. 

Me» sujets commençaient i devenir des hommes. Il me restait à 
faire un pae de plus , i les transformer en chrétiens. 

CHAPITRE XV. 

Barthélémy fait le catéchisme à ses sujets. 

Je Tois d'ici quelques-uns de mes lecteurs foire la grimace à ce mot 
de catéchisme. 

— Sommes-nous donc des enfants pour qu'on nous parle de caté- 
chisme?... 

Et , de dépit , ils ont bien envie de planter là les Aventures d^un 
berger. 

Libre i vous, mes bons amis; et même, si ces mémoires vous en- 
nuient, il y a longtemps que vous auriez dû allumer votre feu avec, ou 
en faire des eomets. 

Mais aussi, avouez-le , libre â moi de penser que vous ne raisonnez 
pas beaucoup vos sentiments, quand le mot de catéchisme vous impa- 
tiente ii ce point* 

Comment i Vous trouvez tout simple que l'on fasse des résumés 
d'histoire , de géographie, de physique, de droit, à Tusage de ceux 
qui ont oublié ou qui n*ont jamais su ces diverses sciences. Et vous ne 
voulez pas qu*il y ait un abrégé de la première de toutes les sciences, 
de celle qui nous révèle â*une manière certaine notre origine et nos 
destinées, qui nous expose nos devoirs envers Dieu notre créateur, 
^vers les nommes nos iréres , envers nous-mêmes l 

— Est-ce que vous ne manquez jamais , dites-moi , k aucun de ces 
devoirs? Est-ce même que vous, les connaissez tous bien clairement? 

Soyons de bon compte. Quand vous vous indignez tant que Ton vous 
ramène au catéchisme, et que vous nous demandez si Ton vous 
prend pour des enfants, c'est précisément parce que vous Tavez oubliée, 
cette loi divine dont le catéchisme est le résumé, et qu'il vous ennuie 
qu'on vous la rappelle. Tenez pour certain que ceux-là font le plus les 
dégoûtés, quand on parle de doctrine chrétienne, qui auraient le 
plus besinn de la rapprendre. 

Quoi qu'il en soit , j'ajoute que je ne suis même pas libre de sauter 
ce chapitre dont le titre vous chagrine. Je raconte l'histoire de ma vie ; 
et ce catéchisme que je fis à mes ehers sauvages est une circonstance 
trop importante et qm tient de trop près aux événements qu'il me 
reste i vous raconter pour que je puisse, quand je le voudrais, le passer 
sous silence. 

Tétais trop bon chrétien pour ne m'occuper que du corps de mes 
sujets. J'avais protégé leur vie contre les féroces Renards; je leur avais 
appris k se nourrir de pain, â se vêtir d'étoffes confectionnées par leurs 
propres mains; ils commençaient, eux naguère si paresseux, à trouver 
des charmes au travail, ils avaient secoué cette lèpre hideuse de 
l'ennui. 

Il me restait â songer â leurs âmes , â leur donner sur la divinité, 
^ur la vie future, sur la Providence, sur la révélation, quelques-unes 
de ces notions précises que contient le catéchisme, au lieu des grossières 
et absurdes superstitions qui constituaient tonte leur religion. 

J'ai dit que le peuple des Lapiniens adorait un gros rocher, sculpté 
parla main delà nature et du temps, en forme de lapin. Tous les ans, 
après la saison des pluies , qui lavaient è grande eau le pauvre dieu 
et le faisaient devenir presque blanc ^ ses dévots adorateurs lui écra- 



saient sur le dos une eertaîne baie dont k jus rendait I rmimal c^'s 
belles tcinten roussitres sans lesqut llea il n'eût justifié qu'à moitié 
«on titre officiel : le grand Lapm Roux* 

D*autres préréraient adorer des lapÎTis en hom ou m Une glaise 
qu'ils rabriqxinient eux-mêmes , ou bien encore un lapin vivant. 

Mai» , ilnpuïi mon arrivée , le nombre àm adhérents de cette dernière 
secte avait seniiblement diminué. Les tapins^dieux étant lei mieux 
eonformés et les mieux nourris , bien peu ^ parmi les détenteurs de 
ces divinités, avaient résisté â Li tentation de m*apporter, pour que fen 
fisse autant de gibelettea au serpolet, leurs pauvres dieux occis. 

Lapin de pierre , ou lapin de bols , ou lapin de terre , ou lapin de 
chair et d'os, les esprits sérieux parmi mes sujets , les philosophes, 
estimaient qu'il était inepte de les adorer, — ce en quoi les philosophes 
avaient grandement raison. 

fis en eooduaienl , — mais en cela les philosophes avaient gran- 
dement tort , — que le mieux était de s*adorer soi-même « 

La superstition était plus grossière chez les premiers ; chéi les se- 
conds , rorgueil était pire; et je vous assure que ceux-nï né valaient 
pan mieux que ceux-là. — Même, je pus remarquer une chose, lors 
que ]e m'eiïorçai de faire comprendre aux Lapiniens rexistence d'un 
Dieu qui est dans le ciel : c*est que les sages eurent plus de peine i 
se d éprendre de leur fausse sagesse et de Tadoration d'eux-mêmes 
que les pauvres ignorants à quitter leur Tolie et le culte du lapin. 

Cependant , je ne savais trop comment entrer en maliêr« , et faire 
naître chez mes sujets un premier désir de la vérité religieuse , 
du moins quelque cunosité h cet égard. 

Je priai Dieu de mlmpirer quelque idée. Voici celle â laquelle je 
m'arrêtai. 

Une nuit que toute la peuplade donnait profondément ^'emmenai 
mes Bisca^ens sur ce côté du rivage oû^sMlevait, entre deux bouquets 
de palmiers, le grand Lapin B&ux. Avec deux ou trois coupa de pic » 
nous L'eûmes facilement isolé des rocs voisins auxquels il adhérail 
de droite et de gauche; puis, â sa basai nous déposâmes un bon 
paquet de poudre. 

Le lendemain , je convoquais tous mes sujets sur la place du Grmtd 
Lapin, et je leur tenais à peu près ce langage i 

— Chers amis, vous pensez que je tous ai rendu de grands serviees, 
en nlTrayant vos ennemis et en vous faisant connafireles douceurs du 
travail. Il m'en reste un bien plus grand I vous remfre : c'est de vous 
montrer quelle folie c'est d'adorer une bête. Il me reste â voua faire 
cofinailra lo grand Uieu qui règne dans le ciel, qui voua a créés, et 
qui I un jour ^ si vous êtes B Jèles à sa loi , vous réunira â lui dans un 
bonlieur qui ne finira point. ■ 

Mes chers sujets, — ^ je le savais d*avance » — ne comprenaient qu'à 
moitié mes explications. 

Une chose pourlant les frappa d'abord» Ce fut Is peu de révérence 
avec laquelle je parlais de leur dieu. Plusieurs qui, depuis longtempsi 
éprouvaient^ sans précisément s*en rendre compte , un sentiment ana- 
logue au fond de leurs cœurs» ressentirent une espèce de bten-êlre, 
en entendant leur roi ^ ^ — qulls considéraient comme un être supé- 
rieur , — exprimer nettement une opinion aussi hardie. 

Pourtant quelques âmes simples allouèrent rantiquité du lapin dé 
pierre , que de tout temps leurs ancêtres avaient connu , et sa solidité 
k toute épreuve. 

C'était la que je les attendais. 

— Voule7-vous avoir une idée de celt€ solidité? leur dis-je. Voye*; 
De ce point où je suis jusqu'aux pieds de co fameux lapin, je vais 
semer une petite poudre uoire. J*j meUrai le feu. Le feu courra, un* 
trera dans les entrailks du dieu et le fera sauter en Taîr avec ^andi 
fracas. Prenez garde seulement qu'en rtilombant , les mort^aux U»> 
dieu ne vous écrasent. » 

Chacun de sMloij^ner et de regarder de tous ses yeux. 

Je in«^ts le fau a la tralni^e de poudre, La flamme pétille, avancu 
comme un serpeiiL Arrivée I lu hauteur de l'orteil gauche dn lapin* 
elle rencontre le pa({uct de poudre. L'animal aussiti^t est ébranltl, 4é* 



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4^ 



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t'OtlVniER. 



cLiré, lancé dans les airs avec un vacanne afircui:. Plusieurs de ses 
fj'MiçiTieiiU allèrent s'abîmer dans la mer. D'autres brisèrent un bou- 
quet de j en lies paînuerË. Quel(|iie3-iins virirenl tomber à trois pas de 
moi l notamment celui qui contenait la majeure partie de la tête du 
dieu. Mes sujets j virent une abdication que venait de faire , à mes 
pieds et en ma faveur , celui que leurs pères avalent si longtemps 
adoré. 

En somme pourtant, le grand Lapin Roux était démoli dans la 
plupart des esprits : maïs c'était tout. Il s'agissait, à la place de cette 
suite idole t de faire accepter k tous ces pauvres esprits la vraie idée 
de Dieu. 

Ce ne fut pas l*a (Taire d'un jour> 

Maïs, h force d'arrêter leur attention sur le spectacle de la nature, 
de leur faire remarquer que Dieu ne pouvait êire ni une créature inr- 
férieure à eux-mêmes , comme une pierre ou un animal ; ni eux- 
même», bien que quelques-uns d'entre eux le pensassent; ne voyaient- 
ils pas qu'Us ne s'étaient pas &its tout seuls , qu'il y avait donc au- 
dessus d'eux un être souveralii , auteur et conservateur de leur 
exbtenceT ne sentaient-ils pas que beaucoup de choses leur étaien^t 
impossibles , que ce n*étaîent pas eux qui amenaient sur leurs mois- 
sons la |>biiB ou le soleil , pas eux qui dirigeaient le cours des sai- 
sons? — à force de mêler doucement dans mes instructions Tobser- 
vatlou ei le raisonnement, de Eaire appel k celle voix intérieure qui 
proclaino Dieu ; noire conscience, c^^mme la majesté des cieux le ra- 
conte à notre imagination, — je finis par faire ad[netlre i presque tous 
mes auditeurs la nécessité d'un Dieu, être souverain et spirituel, tel 
que le catéchisme nous l'enseigne. 

Une foiâ compris ^ cette vérité rivit tous mes Lapiniens, et l'on 
pf^Lil dire que ce premier fondement de tonte croyance religieuse, 
l'existence de Dieu, ne trouva guère de contradicteurs. 

" Mais si Dîew est si bon , me dirent tout de suite quelques-uns 
de mus sauvages , pourquoi Thomme est-il si malheureux quelque- 
fois ! Pourquoi sommes -nous malades? Pourquoi mourons- nous? 
D'où vient que les hommes se font les uns aux autres une guerre si 
cruelle, et que, n'était votre courage et votre force , nous serions 
encore exposés , chaque printemps , i devenir la proie des féroces 
Rt'nards ? t 

Vous vo]fei| ami lecteur , qu'il n'; a rien de nouveau sous le so- 
leil. L'orgueil de mes philosophes océaniens qui prétendaient s'ado- 
rer eux-mêmes et qui croyaient à peine en Dieu et pas du tout i leur 
huBj je Ta vais connu jadis i Cordoue , chez le savant docteur Pan- 
crazio. Et quant à cette objection Urée du mal physique et moral , et 
que me faisaient, en toute simplicité ^ ces pauvres sauvages » que de 
fois dans notre Europe, j^ai entendu des gens qui passaient pour sen- 
sés, la faire et y insister avec une obstination ridicule! 

Je dis ridicule, parce que mille fois Ils avaient entendu la réponse 
que je lis à mes sauvages et qui ^ du coup , non-seulement les con- 
vainquit, mais bîs transporta d'admiration. Je veux parler de cette 
belle et intéressante histoire de la création^ de la chute du premier 
homme, de la promesse du Rédempteur et de la venue de Notre 
Seigneur Jésus -Christ, 

Je passai plusieurs journées I leur dérouter ces choses si belles et 
où se repose si délicieusement l'âme simple et de bonne foi. Quoi 
de plus satisfaisant que cette explication, en même temps éclatante et 
mystérieuse, pour tous ceux quij partant de la misère de l'homme 
individuel, remontent ainsi jusqu'à la source commune des misères 
de l'humanité, puis redescendent , par un merveilleux enchaînement, 
jusqu^au divin Béparateur , jusqu^à cette institution qui le continue 
parmi nous , qui est , comme lut • le chemin , la vérité et la vie : 
rËgllse catholique. 

Certainement ^ dans ces fonctions nouvelles de ratéchiste , j'étais 
loin d* avoir 11 science des vrais missionnaires. Mais le souvenir du 
Ion albé Chop , beaucoup de banne volonté dwi les auditeun 



comme chez leur instructeur, l'aide de Dieu, que je ne manquais pai 
d'invoquer chaque fois que j'ailais commencer mon cours , — cela , 
au bout d'un mois, amena les plus heureux résultais. 

Ce peuple, ainsi préparé, était mûr pour recevoir rinslruction chré- l 
tienne d'une bouche consacrée. 

J'avais accompli mon œuvre. Dieu envoya celui qui b devait par^ 
faire. 

C'est ce que nous verrons dans le chapitre suivant. 

{La suite au prochain numéro.) EuG, Dfl Margerii, 



LETTRES A JACaUËS \ 



LETTRE Ile. 

De r esclavage dans V antiquité. — Cotidition des uelmms. — Péna- 
lité appliquée aux esclaves. ^- Nombre des esciaves. — Pria 
des esclaves. 

U y avait des esclaves dans l'antiquité; cela est vite dît, mais ca 
qui est long à comprendre et à expliquer, e'est ce que c'était an 
juste qu*un esclave. Je voudrais te le montrer aujourd'hui, Jacques. 

Arme-toi de courage pour écouter cette horrible histoire des temps 
païens; il m'en&ut à moi poor surmonter le dégoût qu'elle inspire, 
et je t'écris cette lettre avec la plus profonde tristesse. Maïs il est bon 
que l'homme sache ee dont il est capable , et jusqu'oiï il peut des- 
cendre » lorsqu'il a une fois oublié le resfMCt de ses semblables , et 
lorsque l'amour qu'il doit avoir dans le cœur pour ses frères a fait 
place â l'égolsme. 

Tu frémirais si tu lisais les livres qui m'ont appris ee que je vais te 
dire. Ces livres ont tous été écrits par des hommes qui vivaient au 
milieu des esclaves, et qui souvent avaient eux-mêmes des esclaves : 
tu ne peux donc pas douter un moment de ce qu'ils renferment. 

Gomment un esclave était-il traité? Quel cas faisait-on de luit QupIi 
étaient ses devoirs T Quels étaient ses droits, s'il avait des droits? Kn 
un mot, quelle était la conditùm des esclaves? Première question. 

Seconde question : Quel était le système de pénalité appliqué a^x 
esclaves? c'est-â-dire ooomient les punissait-oa lorsqu'ils manquaient 
à leurs devoirs, ou lorsqu'ils remplissaient mal leur tlcbe? Quels 
châtiments leur infligeait-on s'ils refusaient d'obéir , s'ils se révol- 
taient? 

U importe de savoir si le nombre des esclaves était considérable, car 
si l'esclavage n'est qu'un fiiil isolé, ches quelques peuples seulement . 
chez quelques familles qui abusèrent de leur puissance et de leurs ri- 
chesses, il faudra, tout en déplorant cette «justice et ce crime, ne pat 
en faire un reproche à l'antiquité tout entière. Quel était t€ nomhn 
des esclaves ? Ce sera la troisième question ? 

Enfin, il est curieux de savoir eombien on estlmiit en srgi?nt ces 
malheureux esclaves que l'on vendait et ^e l'en achetait. De li une ! 
quatrième et dernière question : quel était le prix des esclaves f ' \ 

L'examen de ces quatre questions te montrera quel était le soif ^ ' 

des travailleurs- dans le monde, avant l'établissement du cathoH- ! 

cisme. ' 

lo Condition des esciavks. | 

U y Avait des marchés d'esclaves comme il y a chec notis d» mi^* ' 
chés de chevaux. ' I 

On les vendait soit en bloc, soit en détail. i 

Ils étaient entassés autour du champ de foire dans de miiérabli» 
tavernes. A l'heure de la vente, on les exposait sur des estrades ou 
dans des cages. Ceux que l'on vendait sans garantie portaient un bon- 
net; les prisonniers de guerre avaient une couronne. Souvent un étn- 
teau, suspendu au cou de l'esclave, indiquait au public son origine, 
•es qualités, ses débuts et ses talents ; d'autres fois, un homme, i 
sur une pierre, vantait, à grand bruit, les esclaves mis en vente. 



\ 



• Voir lee B» de romrrisr to 8at fi mm. 

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L'OÛVRigft. 



Le Tendeur avait bien soia de |Mirer sa marchandise, mais Tacbeteor 
a^ait la dépouiller pour la yisiter du regard et de la main. Il (aiaait 
uisuile marcher, courir et sauter les sujets qu'on lui proposait, 
wmme dam nos marchés , les maquignons , avant de payer un cho- 
ral, le montent, l'essaient, tu pas, au trot et an galop. 

Il était fort nécessaire d'examiner de près les esclaves , car les 
narcliands avaient des secrets pour donner de l'édal à leurs membres. 
Les mes rédhihîtoires étaient du reste déterminés parles lois. 

De même que nous connaissons les contrées de la France qui pro- 
Juisent les meilleures bêtes de somme , let bœuft les plus gru, les 
folailles les mieux nourries, de même un bon acheteur d'esclaves de- 
vait pouvoir juger, â première vue, si mi eselaTO était de bonne race, 
i|uelle était son origine, et savoir de quels pays viennent les beaux et 
vigoureux esclaves , ceux qui chantent, qui dansent et qui font de la 
musique. 

. Pour te âgurer un marché d'esclaves , il te sufit donc d'aller aux 
environs d'une de nos grandes villes, dans ces vastes marchés où Ton 
entasse les bceufs, les pores, les moutons, et de te représenter, i la 
place de ces animaux , des hommes, des femmes et dés enfants, en«> 
chaînée et parqués au milieu de la foule qui les examine, qui les choi- 
sit et qui les marchande. Quel horrible spectacle 1 Gela iait peine , 
n'est-ee pas? Cela arrache des larmes. 

Une to l'esclave entre les mains du maître il devient sa chose. 
L'heure do travail, sa nature et sa durée; le temps du sommeil, le 
moment du lever et du coucher, les repas : toulr est prévu. U recevra 
une mesure de lanne , de l'ail, des figues scrupuleusement pesées ; il 
aura pour vêtement une pièce de toile en ceinture, un manteau court, 
une tunique de laine, parfois des fourrures, et un bonnet de peau de 
chien. 

Un Romain célèbre a donné une recette pour k boisson des es* 
daves. t Mêles, dit^, dix mesures de vin deux, deux mesures de 

• vinaigre bien mordant, autant de vin cuit, cinquante mesures d'eau 

• douée et soixante-quatre mesures de vieille eau de mer. t 

Il ne paraît pu les mieux vêtir. « Donnei-leur, dit^il encore, une 
t tunique sans manches tous les deux ans , reprenant les vieux vête- 

• ments pour fûre des pièces; donnea-leur aussi dae sabots avec des 

• clous die fer. B , 
L'esclave des villes est tenu i la maison ; l'esclave des chaiiips est 

enfermé la nuit dans une espèce de prison où parfois il travaille dans 
la journée « presque nu et les pieds enchaînés. On a vu des esclaves 
avoir au cou une machine semblable à une roue pour les empêcher 
de porter leur main i leur bouche , et de goûter la farine qu'ils 
préparaieut; on en a même vus qii étaient mus^éa comm# des 
chiens. > 

L'ouvrier, ainn traité, n'est véritablement plut qu'une esp4ee de 
bête de somme , et W travail auquel il eat assiqetti qu'une dfera- 
dation. 

Le maître consentira parfois k honoref son esclave en lui permet- 
tant de l'amuser. H le fera combattre sous ses yeux contre des bêtes 
CSroees, et il daignera lui déclarer qu'A est content de hii. On a 
trouvé, eu creusant la terre, dans une petite ville de France, sur le 
bord de la mer, cette inscription : À l'enflmt Septentrion , âgé de 
douie etm, fui parut deux jours au ihéâiret dansa et plut, 

n plut l C'est asses pour son bonheur ! 

Chex certains peuples, la mort même du maître ne pouvait séparer 
de hù son esclave qui devait être sacrifié sur son tombeau, pour aller 
le servir dans l'autre monde. 

En voili asseï sur cette première question, je passe è la seconde. 

. 2^ Système de pénalitb appuquè aux esclaves. 

Toute loi doit avoir une sanction , o'est4-dire que quiconque déso- 
béît à une loi doit être pimi. 

Lorsque tu veux labourer la terre, tu prends une bêche; c'est avec 
un marteaq que tu casses la pierre, avec une scie ou une hache que 
tu coupes le boit; mais lorsqu'il s'agit d'un animal que tu veux faire 
ebéiri de tou chieu, par exemple, tu te serviras d'an fouet, mais In 



t'adresaeras le plus souvent â ton lasUnct. Vis-i-vîg rhomme, il faut 
avoir recours â ea raison, parler à son intelligence pour l'éclairer, 
et â son cceur pour le toucher. La forcé peut être nécetsaire contre 
l'homme révolté, mais il est évident qug pour lui faire compri^ndre iina 
loi, pour l'obliger â obéir I cette loi, pour le punir de sa d^i^obéis- 
sance, il fiiut s'adresser â aon intelligence et ï son cceur. 

Tu dois croire par conséquent que les lois sur les eicUves or*t été 
inspirées par cette pensée. 11 n'en est rien. Pouvait-on, en eifet, 
parler à leur raîsou* Non, puisqu^on les regardait comme des êtres 
privés de raison. Pouvait-on s'adresser à leur cceurî Paa davantugif 
puisqu'on ne les supposait pas capables de sentir et d'aimer. 

Aussi chaque faute de l'esclave, chaque désobéissance, chaque ma^- 
ladresse seut-eHes brutalement punies. U y a toujours, auprès du lui, 
un instrument de supplice pour le rappeler i son devoir. Uénuméra* 
tion seule de ces initnimeuls de suppliée donne le frisson. 

On frappait r esclave avec un bâton, avec des vergei; — on le fusti- 
geait avec des étrivl^res ; — ou le pi^iuaît avec un aiguillon ; — on lui 
mettait des menoLtesaux pieds et aux mains; — on lut attachait le cou 
i une fourche ; ^^ on le chargeait de chaînes; — on renfermait dans 
des cachots. — Il y avait les entraves, \n roues, les êdieiteaj les pou- 
lies, pour dUj oindre les membres et hrber les 01. 

Est-ce asset ^ Non. 

Ces différents genres de supplices étaient souvent combinée en^ 
semble pour produire des supplices nouveaux. Ainsi, avant de fouets 
ter un esclave, il arrivait qu'on k suspendait avec un poids de cent 
livres aux ^\tih* 

Est-ce tout? Non encore. 

Il y avait des maîtres qui mordaient leurs esclaves , qui les estro- 
piaient, qui, d'un coup de pied on d'un coup de poing, leur faisaient 
sortir les yeux de la tcte , qui leur crevaient les yeui avec un poin- 
çon, qui les marquaient au visage avec un fer rouge. 

Est-ce tout enfin? Ile las ! non, non encore. 

La plume me tombe des mains pendant que je t'écris ces lignes, el 
pourtant j^irai jusqu'au bout, je te dirai tout. 

L'esclave qui allait être frappé au visage devait gonfler sa joue el la 
présenter ainsi i son bourreau , afin que le eonp portât davantage : 
on joignait pir là Tinjure â la cruauté, en le forçant à être lui-même 
l'instrument de sa propre souffrance. L'esclave pouvait être cruciflét 
éventré, jeté sux poissons que Ton nourrissait dans les vii/iers. VA 
pourquoi? Pour avoir tué une caille, un sanglier^ pour avoir cassé un 
verre de cristal : cela s'est vu. Que dis -je? pour moins que cela, et 
parfois pour rien. Il sufîjsait d'un caprice» d'une fantaisie du maître. 
Un jour, un grand personnage de Rome , un sénateur, fit mettre i 
mort un de ses esclaves pour montrer à un de ses amis les ^ÏÏ^Xm 
d'une mort violente. Cet ami n^avait jamais joui d'un pareil specta- 
cle... Une reine, qui voulait connaître les propnétcâ d'un poison^ en 
fit boire â un esclave , «t put ainsi calculer au juste en combien de 
temps ce poison devait donner la mort. 

Les meurtres d'esclaves s'accomplissaient souvent en publie et par 
centaines. C'est ainsi que » si un maître était assassiné, ses esclaves 
étaient mia à mort, quelque nombreux qu'ils fussent. On en vît im 
jour égorger quatre cents dans la ville de Home, parce qu*ils n'avaient 
pas prévenu le meurtre de leur maître. La loi le voulait ainsi. A 
Sparte, une des grandes et belles villes de rantiquitê , on organîtait 
des chasses â Fesclave, comme une battue à la bête féroce. Les jouncs 
gens partaient av^c des vivres et des armes. Le jour, iS% se cachaient 
dans les cavernes , dans les taillis . et, le soir, ils se mettaient h la 
piste et guettaient leur proie 4 l'affât. Après une révolte d'esctaves, Va 
prisonniers furent crucifiés le long d'un grand chemin , sur une dis- 
tance de quarante lieues. 

Je m'arrête. Bn lisant ou en écoutant de pareils récits, on croit ifo^' 
tir une odeur d>^ carnage, on croit voir du sang parlo»t. 

Et ne te Hgure pas, Jacques, que ji^ me sois laiss^^ «der â unir e^ta- 
gération. Je voudrais mériter ce reproche pour Thonneur de l'Iinma- 
nité. Mais tout cela est de Hr^toire incontestable, et je n^çretti^ de ne 
pouvoir te citer les propres paroles à%êp^^*^^ p%A^* 't'-^'uricm %d 



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382 



rOUVRIER. 



ont écrit tous ces dêUtis et dont les livres sont dans toutes les biblio- 
thèipei, 

Croiraii-tu que lei femmes torturaient aussi leurs esclaves? Oui, les 
rem mes ^ qui âemhlent faîtes , à toi comme à moi , pour consoler et 
pour aim^r, les femmes, non- Reniement assistaient i la mort des es- 
davËS, mais deYcnaient elles-mêmes leurs bourreaux. Elles fusti- 
^'■'aient souvent de pauvres femmes attachées â leur service. On en a 
càtd une qui les mordait, une autre qui, avant de les faire frapper avec 
des nerfs de bceuf, ordonnait qu^elles fussent suspendues par les che- 
veux au montant d'une porte, 

G'étaîl surtout pendant leur toilette que les femmes étaient cruelles. 
Pour une distraction , pour une négligence, pour un manque de goût, 
filles tançaient âla tête de leur esclave le miroir qu'elles tenaient à la 
main; elles leur piquaient les bras et la poitrine avec de longues épin- 
gli's. Un grand poète qfii écrivait en btia, voulant faire Téloge d'une 
femiite nommée Corinne, a dit : t Je n*ai jamais vu les bras de son 
t eiclave Cypanis blessés de coups d'épingle. > Et pourtant cette Co- 
rinne tenait â sa cbevelure et i sa toilette !.. Quel éloge I 

Lorsque les esclaves, qui avaient été châtiées, accompagnaient leur 
mattresBO au bain, elles devaient montrer leur dos ensanglanté. C'était 
tout â la fois pour les eouvrir de honte et pour rendre publique la 
iustice de U maîtresse. 

Au moins, ces malheureux esclaves étaient-ils en petit nombre, dans 
IVntiquitéî Tu vas en juger. 

3* Du NOMBRE DES ESCLAVES. 

Je te le dis tout de suite. Les hommes esclaves étaient souvent plus 
nombreux que les hommes libres, La liberté, ce don de Dieu, tette 
gloire de l'homme, était Te^cceplion; et Tesclavage, ce crime contre 
Dieu et contre l'homme, était la règle. 

Il y avait des esclaves partout, dans tons les pays, chez les peuples 
barbares et chez ceux qui se croyaient civilisés. 

h^ suis bien sûr, Jacques , que cette question pique ta curiosité et 
que lu as envie de savoir combien il y avait d'esclaves dans les grandes 
vili^^s de ranfiquilé. 

Tu me demnndes-Iâ une chose difiicile. Je veux pourtant te satis- 
fiîre au teint que possible. 

A uuf^ époque, il y avait â Sparte^ une ville dont je t*ai déjà parlé, 
sept fois plus d'esclaves que de mattres. A Athènes, une autre ville 
eélèhré el voisine de Sparte, la population esclave était également 
bermcoup plus nombreuse que la population libre. 
Mais tu veux des chiffres, j'en suis sÔr. En voici. 
Des lavants de France et d'Atlemagne, qui se sont beaucoup uv«^pés 
de cette question , ont trouvé les chiffres suivants pour la ville d'A- 
thèrtes, sans tenir compte cependant de tous les esclaves qui s*y trou- 
vaient t 

Esclave e d^-mestîqufs, iO,000 

Esclaves agricoles, 35,000 

Eaclavei des mines, 10,000 

Esclaves pour Vin dus trie , le com- 
merce, la navigation, 
Enfants au-dessous de 1 S ans, 
Vieillards au-dessus de 70 ans, 



Total , 



90,000 

20,000 

6,000 

201,000 



Or, I AUtènes. la populaUou libre était de 107,000. 

Pour la ville de Rome, d'après certains écrivains romains, il y avait 
de leur temps de véritables armées d'esclaves, il y en a des foules, dit 
run,"des légions, dit un autre, des tohorteSf dit un troisième. 

Lès escbves pour les travaux publics s'occupaient des routes , des 
aqueducs, des carrières ; les escbves pour les services publics étaient 
chargés des distributions, des jeux, des prisons. Dans les champs, il y 
avait, entre autres, les fermiers, les surveillants, les laboureurs, les 
vignerons, les meuniers, les boulangers, les tisserands, les médecins, 
les oiseleurs, ks bourreaux; dans les villes, les prioeipaux étaient les 
inteu^ants, les huissîeri. ks iûLroductcurs, Ua portiers, les coisimerf, 



les pâtissiers, les découpetirs^ les goûteurs, les courriers, les écriviiM, 
les savants. 

C'estàTinfinL 

Les femmes avaient des accoucheuses, des nourrices, des berceuses, 
des ouvrières pour coudre, filer et tisser, des coiffeuses, des pédîcu^ 
res, dés dentistes. 

U faut voir une grande Dame romaine i sa toilette , et la suivra 
dans les rues , lorsqu'elle se rend au bain ou â la promenade. Vient 
avec moi, Jacques, assister â ce curieux spectacle.- 

La voilà entourée de ses esclaves. L'une préside â la colflure^ 
l'autre apporte l'eau ; celle-ci choisit les diamants , les parures , et , ' 
selon la saison , les bagues d'hiver ou les bagues d'été; celle-là prépara 
le fard : elle souffle sur un miroir de métal pour que sa mattresse sente 
si son haleine est bien parfumée et si elle a mâché les pastilles pres- 
crites , avant de broyer le fard avec sa salive ; d'autres accourent pour 
couper et polir les ongles des pieds et des mains , pour teindre Isa 
sourcils. Faut-il poser des dents, voici celle à qui est confiée cette tâcha 
délicate. Désire-t-on savoir l'heure, qu'on appelle celle qui est chargée 
d'observer l'horloge. 

Tout est prêt. Vite les coureurs en avant : ils doivent être d'un tràt^ 
beau noir et avoir des plaques d'argent au cou , à la poitrine et aux 
bras; vite les huit porteurs et la litière recouverte de coussins élasti- 
ques ; vite tous ceux qui sont chargés des ombrelles , des éventails , des 
marche-pieds, des sandales. Qu'on se range en ordre, qu'on sa BMtte 
en marche, et place dans la rue. Voilà le cortège qui s'avance ; la grande 
dame traverse la foule en jouant avec des boules de cristal pavr ra* 
fratchir ses mains , ou avec des boules d'ambre jaune , qui exhalent 
un agréable parfum. 

Les riches Romains aimaient aussi à sortir précédés ei suivis d*es«- 
ckves qui distribuaient de l'or à pleines mams, et qui, ie soir, las 
entouraient en portant des torches. Avoir 500 esdaves n'était pas 
chose rare. Plusieurs en ont eu , dit -on , jusqu'à dix et vingt mille. 
C'était un objet de luxe et de fantaisie comme aujourd'hui on dogue , 
un épagneul on un lévrier. 

Tu dois bien penser, Jacaues , que ces milKars d'esclave se révol- 
taient souvent , et qu'ils n'étaient pas meilleiirs que leurs maîtres. 

Spartacus, l'un d'eux se trouva un jour à la tète d'une armée si 
nonibreuse et si puissante, que Rome, U capitale du monde^, en eût 
peur , que son sénat délibéra sur les moyens de le vaincre , et qo^dla 
envoya pour le combattre un préteur, deux consuls et ses plus fameux 
généraux. 

Je comprends que l'on n'osai f>as donner à tous les esckves un ces- . 
tume particulier; s'ils avaient connu leur nombre, ne se seraient41r pas 
révoltés plus souvent ? Je comprends aussi qu'on ait pu écrire, dans ce 
temps là, ces paroles qui étaient malheureusement trop vraies : la 
genre humain tout entier est fait pour quelqueê hommee, 

4o Prix des esclaves. 

Les savants ont encore bien longuement discuté sur ce pmnt. 

Il résulte de leurs recherches qu'à une époque antérieure au règne 
d'Alexandre , un grand conquérant , qui vivait il y a plus de 2000 ans, 
les esclaves destinés aux mines ou aux travaux inférieura coûtaient 
environ 200 fr. de notre monnaie, et les artisans environ 300 fr. 

Si l'on faisait entrer l'intelligence en ligne de compte , le prix variai! 
bien davantage. C'éUit 900 fr.; ce pouvait être 1,300 fr.; enfin, si 
l'on voulait des esclaves de luxe, il fallait dépenser 1,800 fr., môme 
2>000 fr. et plus encore. 

La valeur d'un esclave savant était sujette à des oeura très-variés» 
suivant les temps et suivant les lieux. Ici , il pouvait valoir le prix d'in : 
beau cheval ; là on l'échangeait contre du sel. 

Il y avait des sujets de choix , il y en avait de pacotUle , comme «di *, 
chanteur qui fut vendu 144 fr., tandis qu'on payait parfois un esdava ' 
recherché jusqu'à 25,000 fr. 

La chair humaine était en hausse ou en baisse selon sa qualité el nç 
selon le nombre des chalands. U en était de l'homme eomma dea 
de^réA^ sur h plaee publique , et des marchandises dans les oagasins. 



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rOUVRÎTÎR 



9Bi 



Cela réfoUe, et Von se deniaod^ qui était plus criminel, eelui qui a- 
didaiC , celai qai vendait , ou 1« peuple qui autorisait de semblables 
marché». . , * 

If ne sais si JH me trompe , mais il me semble cpie tu comprends au 
fosie maintenant ce qu'Mait un esclave. LtecomprendS'^tu bi en ^ Jacques? 
Vftis-lu bien cequ»; devait êlrn une société ainsi organisée? 

Je le crois* Déinurnons donc nos regards de ce sombre et sanglant 
idtleaa que j'ai dû faire passer devant tes yeax« 

J'ai hite de terminer cette lettre ^ et je me réivme en quatre niûts 
Epiî ne &ont pa» de moi , mais de quatre écrivains de Taiiliquit^, 

< Le- ventre est tout pour Tcsclave. i 

m II n*y a rien de pire que Tesclave , même le metUeur, ■ 

■ Autant d'esclaves , autant d'ennemii. • 

m Un esclave es t-il donc un homme?* 

Fehjus Boissard. 



L'HORLOtiÉRE \ 



IV, 

Pins iTiifie année l'était écoulée depuis la naissance de Venfant, 
1^'ùo avait pu «evrer depuis quelques jours. La jeune Teoime n*avatl 
plus k eraindre , â cause de son bit, Le danger^ si terrible souvent eu 
}wf^ CMM, des soudaines émotions , et ce fut bien heureusement^ car 
ant cruelle épreuve vint li frapper tout-i-coup. Une aprt^s-midi elle 
tfafaillait , s'inquiétant de ne pas Toir rentrer son mari sorti depuis 
friusieun heures , quand ^ tout^H^oup ^ elle entend dans rescalier un 
kruit de pas précipités , puis on soime vivement h la porte ; elle court 
au^rir, et Toit entrer sa concierge qui lui dit d'une ym% haletante: 

— Hadime..... pauvre Madame, je monte hien lite pour vjous pré* 
t^ir TûUS préparer..,, au malheur! 

— Un malheur, s'écrie M"™»» Odoul éperdue. Qu'y a-t-ilT qn*eat-ce? 

ni on Dieu! mon mariî c'est mon mari sans doute mort peut- 

/.tre? 

— Oh l non^ non, rassurez -vous, honne Madame. Grâce au ciel^ le 
aalheur n'est pas si grand « quoique Taccident ait été grive. Votre 
min n'est que blesié, sûrement il s'en tirera. 

— Mais au nom du ciel, oiï est-il î 

— Je Tai Laissé dans un G acre en bas où il était comme Ivanouî* 
il «m mflrï avec un autre Monsieur s'occupait à le faire revenir, 

M>»» Odoul n'avait pas entendu la fin de la phrase , et la concierge 
l^rliiit encore, que déjl la jeune femme se trouvait au bas dti Fesca- 
1er, pour tendre les bras à son mari horriblement pâle et qui sortait 
|d û^'çm appuyé ou plutôt porté sur les bras du concierge et du co- 
^f^r, aidés d^une autre personne. Il avait du sang â la Hgure ; le sang 
l< tiait ses féteinents souillés aussi de boue ; et sa main droite peu- 
bit enveloppée d'un mouchoir tout ensanglanté. 

— Mûû pauvre ami, dit la jeune femme tout en larmes^ en embras- 
iiiL l« blessé. Hais que t'est-il donc arrivé? Comme tu es pâle? Et 
1^ blessures, et ce sang, d'où viennent^ls? 

— Chjère femme I chère... bonne! Dieu soit loué, si je meurs, du 
loin 3 nudn tenant j ce sera dans tes bras. 

^ O mon Dieu, se pourrait-il? serait-ce aussi grave t 

— Non, non, amie, ne t^effrjie pas. Quoique j'aie été un peu vio- 
lomieat lecoué, ce n^ett rien, ce n-est rien. Tu sauras !..» là-haut je 
I iLtran.... mais d abord qu'on m'aide â monter. 

Le paQvre blessé, ne se soutenant qu'avec effort, fiit porté jusq^i'i^ 
idiâflière» oùf étendu sur le lit, il s^évanouit de nouveau. Pendant 
m SA femme s'occupait 4 le faire revenir, un médecin du voisinage, 
Ex^jé par la concierge, visitait ses blessures. Après s'être assuré qu'il 
«lit à ta poitrine qu'une simple contusion, il enleva le mouchoir 
t» c^mwrsàth main, et alors ceUe^i apparut sanglante, déchirce/mu- 

• i4i I» W* de rc/nt-fiir du â au i2 mars. 



tilée, comme si elle eût été prise et brodée dans Tengrenage de ^el- 
que horrible machine. Tel n'était point cependant l^'accident qui avait 
eu pour l'infortuné des suites si cruelles, et qui menaçait de k ptivei* 
peut' être complète ment de l'usage de sa main. 

M. Odoul, comme sa femme l'apprit ensuite d'un témoin oculaire, 
descendait, pour revenir k son domicile, tort tranquillement ta rue de 
Vaugirardjors^qiietout-â-coup il entend derrière lui de grands crii et 
un fracas de voilure. Il se retourne et il aperçoit â quelque distance 
un vigoureux cheval attelé â une lourde charrette qu'il entraînait comme 
iL eAt fait d'une brouette. Emporté d^'un galop furieu]!, $on conduc* 
leur Laissé derrière sans doute, l'animal descendait fougueusement la 
rue et devant lui on s* écartait avec épouvante. Odoul, rasant les mai- 
sons, n^avait rien a craindre ; mais au milieu de la me , à quelques 
pas devant Im , des enfants , surpris dans leurs jeux , couraient les 
plus pands dangers* Deux surtout , un petit garçon et une petite 
filLe , le frère ei la stcur , en vouknt se sauver, étaient tombés , et , 
embarrassés Tun dans l'antre, il était infaillible que cheval et chartet*' 
leur passeraient Fur le corps avant qu'ils pussent se relever. Et ce- 
pendant, de r^mtre cûté, au deuxième étage, une malheureuse 
femme, la mère fans doute, avec des cris de désespoir et d'horrible 
angoisse» debout sur la fenélrej le corps penché en avant, sambUit 
prèle à se précipiter au risque de se briser sur le pavé pour coutir 
au secours des pauvE es petits. Elle l'eât fait peut*être , si tout^i- 
coup les bras d'une autre femme ne reussent enlacée et retenue de 
force. U . Odoul ce pend ant avait vu d'un coup d'ui^il l'imminenee dtt 
péril en même temps que les chances de salut. Une seule presque 
s'offrait*.-., qu'on arrêtât court le cheval furieux avant qu'il pût afri* 
ver jusqu'aux enfants. Il^is quel hras asset vigoureux, quel cœur as^ 
sez intrépide pour cela ? Qui oserait se dévouer au risque d'être ren* 
versé et broyé sous les pieds de l'animal! Aussi tous fuiaîent avec 
terreur. 

Mais Odoult avec l'élan de son généreux cœur , et au cri de 11 
m^^re surtout, ému dans ses entrailles de père, ne put rester specta- 
Leur impassible de la terribLe sf^êne. Cakulant la dislance avec autanl 
d'audace que de sang- froid, d'un bond il est au milieu de ta chaussée, 
h quelques pas en avant dej enfants qu'iL couvre de son corps, et sailia^ 
saut des deux mains k bride du cheval au moment où il arrive sur lui 
à fond de train , par un puissant effort il Toblige à reculer* L'animul ^ 
plus furieux et se cibrant, enlève presque de terre le vaillant jeune 
homme qui lutte désespérément pour le maîtriser; Il y réussissait, et déjà 
les enfants, enir^îiné^ par des miins courageuses, étaient sauvés, quand le 
cbcTal fil un écart, pub saisissant la main droite de AI. Odoul, rejeté 
violemment eu arriére, il s'efforça de la broyer entre ses dents. La 
douleur fut horrible pour le jeune homme déjà afiaibU par un coup de 
pied reçu en pleine poitrine. Il lâcha la bride , et , rendant le sang par 
la bouche et par les narines , il roulait â terre ^ sous les pas du che- 
val, s'il n'eût été relire à temps par des ouvriers accourus d'un êhau- 
lipT voisin et qui bientôt^ en réunissant leurs efforts, furent mallrea 
du cheval. M. Odoul, â moitié évanoui, porté d'abord dans une phar- 
macie, dés qu'il eut repris ses sens, t^upplia qu'on le conduise chet 
lui; et c^est ainsi que placé dans un fiacre et accompagné par un des 
témoins de la scène racontée par nous, iX avait été ramené dans &s 
maison. 

V, 

Le docteur, après le premier appareil posé sur la blessure, dédara 
qu'il reviendrait le lendemain matin avec un confrère et, qu'à La suite 
de la consultation, aurait lieu l'opération et peut-être lampirtaliou si 
elle était jugée nécessaire, ce qui semblait malheureusement bien Icrain- 
dre. En effet, le lendemain* le docteur et son confrère, d'après l'état des 
plaies de la main, déeUrèrent l'amputation de plusieurs phalanges et les 
plus utiles d'une nécessité impérieuse , immédiate, k cette condition 
seulement ils pouvaient répondre de la vie du bl^âé l mais d'ailleurs 
ils ne dissimulaient pas que la plaie faite dans les tissus déchirée, 
longtemps dn^oureuse, ne se guérirait que fort lentement. Ei même 
alors la main mutilée comme l'avant- bras, atteiut dam ks nerfs «sier-^ 

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384 



L'OtîVRTIB. 



tielf, ne rendraient pas les mêmes service», %ènè$ p«r de rengctur' 
disaeiii€îii et de la raideur. IJ fallut bien se soutuettre â U dédiîou 
dCB doetears et ropération eut lieu san*; retard avec un succès coeq^ 
plel d'aîlLeurs. Il e«l vrai que M. Odoul, qui avait retrouvé toute son 
(Ijiergie» la h\ih\t avec un courage iloïtpie ; le désir de ne pas ajouter â 
t^aflliction de ^ femme lui fit^ supporter avec calme, preffjue avec le 
sourire aui lèvres , Tangoisse des pfus cruelles souffrances, li tenlait 
doubler aon eournge quand ks regards de sa pieuse épouse, fixés tfur 
lui avec une inefT.tbJe coaïpas&ion, lui disaient qu elle soufîrait^ par le 
cœur, autant qut^ lu; de ses douleurs. Et avec queUe douce joie, ou- 
bliant son mal , le pauvre blessé vit h visage de la jeune femme s'il- 

I lu miner d^une expression presque céleste , quand le médecin mur- 
mura d*unair satisf^iit t t C*est Rni, vous pouvez être tranquille. Bien 
i craindre maintenant. ■ Il est si bon de se savoir aimé d'un amour 
sincèi-e. tll laffeclion de la jeune feuime, cette affection chaste, ar- 
dente, dévouée, gejnblait accrue encore depuis la veille et son mari à 
ses yeux s'était comme transfiguré par Théroï^me de son dévouement. 
Aussi , pendant les jours et les nuits qui suivirent» elle veillait em* 
pressée et inquiète dans ^a sollicitude presque jalouse et jamais asse^ 
rassurée, bien que le médecin lui répétât chaque matin et d'une ma- 
niére plus adirmative que la guéris on était certaine quoique lente. 
PuiSi combien n*é tait-elle pas heureuse des témoignag^^ de cardiale 
ajmpatbie prodigués tu blessé ! Nous aimons à pouvoir dire que les 
plus empressés â venir, dés le premier jour^ le matin et le soir, s'in- 
former de rétai de H. Odoul, furent le père et la mère des enfants 
qu'il avait, on sait â quel prix, sauvés d'une mort certaine. L'ingra- 
titude, â la vérité f eût été odieuse, maij, hélas! on en voit souvent 

. de si tristes exemples. 11 ti*en fut pas ainsi cette fois , grâce au ciel. 
Ces braves gens appartenaient toul-à-fiiit â la classe populaii e ï le 
mari était ouvrier menuisier . la femme faisait des raccommodages, 
lis témoignaient pour le blessé d*un intérêt vif et sincère, et, avec des 
accents où Ton sentait le cœur , ils semblaient ne pouvoir se hiïseT 
de le remercier , de remercier surtout la jeune femme d'un service 
qu*iîi disaient avec raison le plus grand qu'on pût l^ur rendre. C'é- 
taient la pour H. Odoul des consolations réelles et bien fuites pour 
adoucir Fépreuve si cruelle qu'elle fût. En effet, les premiers jours 
surtout, malgré de vives souffrances, il paraissait non-seulement 
calme, résigné, mais presque gai, et c'était avec un front serein et le 
sourire aux lèvres qu*il accueiliait les visiteurs. Pourtant sa femme 
crut remarquer que spuvent, quand elle tournait la tcte ou paraissait 
occupée dans l'autre pièce, le maLide, qui ne se croyait pas observé, 
devenait sombre, et son regard se fixait avec une expression poignante 
de tristesse sur le berceau dans lequel jouait ou dormait leur enfant. 
Une après-midi même, entrant tout-â-coup, eile surprit son mari, 
qui commençait à se lever, assis près de i*enfant endormie et la con- 
templant d'un air de douleur pendant que de grosses larmes coulate^nt 
sur ses joues, 

— Mais, mon pauvre ami^ dît la tendre épouse courant à lui, oL ! 
maintenant j'en suis certaine, cette fois encore tu ne me dis pns touti 
non , non, tu ne me trompes pas avec tes sourires. Il est quelque 
chose qui te ronge et te torture et sans doute tu le tais , crainte de 
oi'idlliger. Crois-tu donc que je ne souffre pas plus crur^llement de 
ton silence 1 Allons, (ju^a^-tu? souffres-tu davantage de ta pauvre 
main? 

*— Non, mn Louise, non, bonne, dans la main s^ns doute je res- 
sens toujours mes élancements ; mais ce ti*ei)t pas là pourtant que je 
souffre le plus, li surtout est mon mal. 

p^t il pofLiit U main è «a poitrine^ 

— Au cŒ-urT 

— ' Oui, au cmurl murmura-l-il d'une voit étouffée. 

— Rt {K>urquoL ! Et comment donc? Est-ce qu'il te manque quel- 
jHii chose sous ce rapport, et n^s-tu pas riche , riche de ces trésors 
ki [flus précieux de tous, les trésors de l'affection ^ A ton malheur, si 
cruel qu'il soit, n'est-il pa^» une compensation? Ces amis si dévoués, 
fa ft-mnit^ qui t*aime, le bon Dieu sait comment, ta ù gentille enfant, 
Jïotre ihérubi»^-*-- 



— Ah! interrompit Tin fortuné af«iC un profond i 
sanglot» c^eat là surtout d'où vient mon tourmeut. Vout^ mil 
aimés, voua qui remplissez mon cœur, voua faitef ilâ foui 

latiou et ma douleur. 
^ Gomment cela T 

— Tu me le demandes? Quoil faut-il U le dire, cbere fci 
ne comprends-tu pas mon inquiétude et que j'aie pour vous* 1 
amours, le souci incessant, dévorant de l'avenir? Puii-je ne pif | 
que nos économies ne dureront pai toujours, quelesdépensiH vtmt\ 
trop vite, avec la maladie? Et alors veux-tu que je ne m« dtte psi 
nos ressources épuisées, je ne pourrai rïen pour vous, U faim ^ 
frapper i notre porte, s'asseoir I notre foyer ! Avec cette mata i 
avec ce bras pour longtemps presque paralysé, chère femme, ne i 
p.^s que j'ai perdu notre gagne^pain à tous, notre ricbesfie« nutr 
lune? Moi, votre soutien , je deviens une charge «t un ixiiiSlle fai 
Non, bonne, non, je ne doute pas de b Providence, croisse bîeii,J 
cofiOance en Dieu. Mais enfin je ne puii vouloir Tim possible. Qiiei 
le Iravail de ton aiguille , pauvre amie , absorbée déjà par le i 
ménage, de l'enfant et du triste invalide? Quelle ressource au 
autre que hs aumân^ de la charité? 

— Et voilà , dit la jeune femme avec un sourire et une 
voilà la cause de ton chagrin , la seule? la pénible précieatp 
Tavenir, la crainte de voir ta femme souffrir de U misera, la i 
aussi de ne pouvoir élever , comme le veut Ion cc^ur , notre i 
enfant? 

— Assurément ! c'est parce que je tous aime , etai 1 
vous ! . . . 

— Et cette crainte dissipée^ tu redeviendrais calme el In i 
raisi ami, ton bon sourire et ta gaieté? 

— Certes! mais» par malheur ^ c'est II tout simplement le i 
impossible. Et â moins d'une fortune qui nous tombe du del, 1 1 
d'un oncle inconnu qui revienne de U CaUfomie d'où Foii 
guère, je ne vois pas par quel mojen !,,, 

— IL n'est pas besoin d*un prodige ; et le moven, dont le i 
Vrovidence pour nous tirer d'embarras , est plus simple et i i 
portée. Nous l'avons j grâce à Dieu, chei nous, sous U main, 

— Je ne comprends pas, 

— Tu ne peux plus, toi, mon pauf re ami, traviiUer de I 
au moins, mais d'autres le peuvent â ta place ^ 

— Oui, en les payant 

-— Ta clientèle nous reste, une clientèle eiceUente^ 
-^ La belle avance, 

— Quoi , si un ouvrier courageux » dévoué, a&sex intelligeiil j 
frait? 

— D'abord il faudrait le trouver tel . et, supposé qu'il 
longtemps fidèle, et travaillÂt sans arriére- pensée vis-a-vis de ta i 
LiMe, il faudrait le payer. le payer largement « ce qui aheorb 
plus chir dubénéticc. 

— Mais si Ton n'avait rien à lui donner, s'il faisait la beso 
le plaisir de la faire, et par aifecllon pour toi, pour nous? 

^Pourquoi cette supposition absurde? dit le mari] 
amertume. Je ne te croyais pas, en vérité , d'humeur â pbii 
un pareil sujet, et dans les circonstances où nous nous trouvom. 

( La miite au prochiiiti numéro. } Batuilo Bqu 



M É A L E C H 



ou 1.K LIVRE BU PAUVB£ 
PAR LOUIS TOSÎl 

Un volume in - 31 , prix franco par li poste i 60 rruliittg 
Librairie dû Blérioi, 55, quai des Gr^iidi'Âu^mimê ^ pÊt 



Angers f îm|). 



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1« V» / j A oiBtiai»* 1* m* \ 



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N* 49. 



5 avril 1862. 



L'OUVRIER 

mrnal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



[^M IKISTRATIOZf ; 

»l <3eft Grand &-Ai]§tifttii]i, 
i la tibimim de BLÉHIQT, 
& PARIS. 



SOMMAIRE. 

LES ATENTUHEB D'Oîf BERaER, p^r Eugène de U^iBiiit. 
ENTRETIENS SUR L'HISTOIRE DE FRANCE, par A, LABCTiI. 
L' HORLOGERS, par Bathilii Bntniioii, 



ABOHNSMEKT» D UK AIT 

1 finir h 1*' 4e c]iu{ie «lii : 

faànci . , . . , , , . . , , 5 «■ 
Bnaortu éoirTi, BirvHip'Afii, Tctt- 
OQTE D'Ain, t ■ t . . « , fi V * 

titATvUKBDE L'AlllilQ0t»DN01UÏ. .7 ft« 



LES AVENTURES D^UN BERGER' 



CHAPITRE XVL 

Deux nou^eauic per^oîiiiagee . 
'une des idées chrétî^^nne^ qui germdrent le plus vite dans î'eaprit 
||t3^ ehers sauvap^eii, fie fut l'idée de la Provîrîencô. 
B'ffit (|u*en csffet il n*en est pûint de pluâ cûnnûlante. Et cm pauvres 
h'l|ftl, jusqu'à mon arriTée. sa repPliaentaierst k Divinlle commis 
ant d'un^ sorte de bonheur <^g Vi'ste et stupide, n*in fer venant 
» dans les évéaemçntB do )t vîohumîiintî, Ïj 8;ibitndQnannt,^ une 
iistatice m;fg^ 
etiAe ei mal 
qu'ils iip- 
it l? destin 
hasard — 
de a a 11 V a - 
n'est-ce pas! 
ir lecleu r , 
coudoyon I 
joufr vous 
mu\t pîir mi les 
i»i civilisa» ! -- 
e« poiiriea g en s 
me 60 soiilûîcnt 
»tit heureux oL 
it tiers à 1^ 
^ft qwe Dieu 
• Tînaît, qii'ri 
renaît soin 
'onx I qn fi p ns 
cheveu de 
ur^ I i* i e ne 
vIjiII a îin a sa 
rr mîfisîoTij qa^ 
ta cr ti ation 
îdiio pour 

L^ar € û n & a n ' 
ni le souve- 
lîtfê, sou- 
fré î n ornent 

* ot souverainemenl bon, iitail touebanta et vraiment fliialc. Las 
mots do Ja première prîdro que ]e leu v avais apprise m Notre 
f j qui i§l€» aux cieux n les avaient frappiia at ils ne se h^saai0nt 
I d0 ieâ rt'pétof . 

■ip quand mon cours do catéchisme terminé, j'exprimai le 
1 qWi nous n'euifiiona pas un prêt te parmi noua, un prêtfaj 

^ ViÉ^ lia a*^ dt rOubft^r du IS janvier au 1*> Mar. 




J<]an l^uruisseau, ^^inuii Jl i'iuis, s^rmoimi* i^ar sa more. 



c est~li-dire un homme revitu de ce earaot^rt saerd qui en bit Thé* 
Htier des premiers dîadpïea du Sauveur, le dispânaateurdea mys^ 
Éérei augusîes de la religion ^ llnstructeur par oiCfillence, Tintermé- 
tjïairo* tn un mot, nntre Ibomme et le Cr^alour, —quand j'expri- 
mai, dîs-j>, ce regret, plasieura de mes audiÉoura, une surtout dont 
j*aiirai occasion de voua ruparler, Thak, surnommëe la àonnet s'é- 
crièrent : 

— Soyez Irinquille, roi Barthélémy, Dieu ost hon, ef, ai nous 
avons besoin d*un de ses mînis'res, il saura bien noua l'envoyer* » 
Jf» fufl vivement émn de cette confiance, et ja ne doutai pas que 
Diiîti n'y r(Spo^dît. 

C'était dans la 
sais on des iem- 
p ë t e â. Dj^p ui fr- 
quinze j o u rs j la 
pluio tombait 
presque sans în- 
terruptton ; ou , 
si el ie s'arrêtait 
pendant <] u e I- 
qucja heures, la 
violence de î ' o u - 
ragan tedon b lîiit 
ulori ot li foudre 
ne c a s a i t d # 
gi'ondcr» Qut*|^ 
quefaîs la foudre 
ecLiUit , et, en 
un clin d * m i 1 ^ 
des arbres ce n - 
tenâi ca dlaient 
frappés , b ris es, 
d i 5 perse s aux 
quatre vonts du 
eiel, ou bien ré- 
du i t s en uu p<j- 
tit tas do cendre. 

Les pauvres 
Lapiniens trem- 
blaient au fond 
de leurs abria 
aëriena» un p a u 
plus impénétrables cependant à eeâ torrents do pluie, depuis que, 
se vêtiasant euji- mêmes, mes eh ers sujets s'étaient in génies à en- 
duire d'une certaine gomme qui suinte de plusieurs de leurs arbres, 
de vastes piëcea d'élolTeB- Ainai préparés, ces tissus devenaient pres- 
que imperméables; chaque famille les étendait au* dessus de ion 
perchoir, au double tiLre de parapluie et de manteau. 

Moii je ne perdais pas mon temps. Accompagné de mes trois Bïa- 
eayens et du vieil Espagnol, qui a'élait constitué mon pods-esplngole, 



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$m 



L'OUVRIER j* 



jfî me rendais , au pelit jour, sur le bord de h m^r, où ptis&ient , 

chassées par le vent , comme des nuages de mout^herons , dm années 
êûtiéres d'oiseau x To;rageun. Nous en tuions par centaines , afin de 
varier un peu noire régime ordinaire de lapins et de coquillages. Puis 
nous en prenions quelquea-una vivants , et , leur coupant les ailes , 
nous en TiiiBions un commeiicement de bssse-cour. 

Un jour donc qu'au milieu de Ja ptus elTroyable hourraeque qui se 
puisic imaginer, noui nous livrions à cet exercice, j'aperçus , se jouant 
dans les flots à peu de distance du rivage , une masse noire que je 
pris tout de suite pour un requin ou un eachalot. Requin ou cacha- 
lot , ranimai nous eût été une précieuse conquête , a cause de la 
grande quantité d'huile qu'il renferme , et que je rèvaia déjà d'appU^ 
quer à plus d'un usage domestique. 

J'allais décharger sur lui ma carabine , lorsque rEspognol , dont le 
regard était des plus perçants , me retint le bras , en criant : Ombre! 
{ un homme )> 

En effet, la masse avançait vert le rivage; et je distinguai bientôt ^ 
s'élevant de temps à autre au-dessus dei flots , puis disparaissant 
dans leur écumo , un vieillard à longs cbeveuit et à barbe blanche. A 
mesure qu'il approcbail , je m'aperçus qu'il ne nageait que d'un bras. 
DeTautre , il paraissait soutenir quelque pe^nt fardeau. 

Noua allions nous précipiter à la mer pour Taider à aborder, lors- 
qu'une vague monstrueuse vint le saisir, Tenroula dans ses plis , le 
souleva jusque sur sa crête, et, retombant de toute sa hauteur, le jeta 
presque à nos pieds, lui et son fardeau^.., Ce fardeau était un grand 
enfant d'une quîniaine d'années. 

Nous nous empref^sons de les charger l'un et l'autre sur nos épau- 
les f et nous fuyons les lames furieuses qui , deux secondt's plus tant , 
revenant là où elles avaient déposé lea naufragés , les eusse^nt rejetcs 
dans la haute mer,--. C'eût été une mort certaine , car kurs forces 
étaient épuisées , et nous eûmea même beaucoup de peine â leur 
faire reprendre connaissance. 

Cependant f et comme ai cette fureur dei éléments n'eût eu d'aulre 
bot que de faire échouer sur notre plage cette double épave humaine, la 
tempête se calma peu de temps après, La pluie cessa lout-à-fait et h 
soleil brilla de tout son éclat » non pas un de ces pâles soleils comme 
notre Europe les connaît , mais un dS ces soleils des Iropjquea qui , 
en une demi -heure , dur rissent le sol le plus détrempé- 

k plus forte rai E on eut^l bientôt séché les vétemenfs ruisselants 
de nos deu% biM^s. Ce que ni noi appels les plus tendres , ni des 
frictions que je dirigeait pourtant d après les régies de l'art , ni ménif 
quelques gouttes d'un cordial excellent que les Lapintens fabriquent 
avec la liqueur du coco , ce que tous ces moyens n'avaient pu obte^ 
nir, en quelques minutes les caresses du soleil y réussirent. L'enfant 
ouvrit les yeux et promena autour de lui des regards étonnée. Le vieil* 
lard aussi souleva sa paupière^ Mais il était d'un âge où rien n'étonne. 
U se mit sur son séant; puis , avant toutes choses, se jetant a genoux, 
il fit un grand signe de croiît et s'écria , en espagnol : t Merci » mon 
Dieu ! merci ! » 

Alors, se tournant vers nous , 

— Qui que vous sojez , dit- il , instruments de mon salut , so}-^z 
bénis ! So jez bénis surtout de m'avoir aidé à sauver cet enfant qui est 
bien jeune pour mourir. * 

C*est alors qu'appliquant ponr la première fols ma penst^e à dé- 
mêler quelle pouvait être h position sociale de ce vieillard , je re- 
connu le froc brun et les sandales des enfanl^ de saint François. 

1 Barbe ^ bâton, bréviaire, sont trois instruments nécessaires aux 

-1 capucins, i murmurai s-je malgré moi, en me souvenant d'une 

plaisanterie de mon enfance. La barbe y »!tait » et des plus belb'S. 

Quant au bâton et au bréviaire, on comprenait qu'ils fussent devenus 

la proie du gouffre imer* 

— Mon Père, lui dis-je , c'est le ciel qui vous envoie. Tous ces braves 
|ens que vous vojeXi — j ^indiquais du doigt mes sujets ^ ^-sont des 
wuvages â moitié civilisés et qui m'ont cbolat pour leur roi , â cause 
d« quelques services de médecine, de cuisine et d'a^rleuUure que je 



leur ai rendus. Jalouse de rerapltr les devoirs de ma cbarge, je letir 

ai donné les premières notioiîfi de la doctrine chrétienne , j*ai baptisé 
leurs petits enfants en danger de mort <!t ceuj^ d'entw eux que la 
vieillesse ou la maladie avertissait de ne pas différer cet acte iin« 
portant- Pour le gros de la nation ^ j'ai altendu que Dieu nous en- 
voyât un prêtre..,. C'est aussi la confiante attente de ce peuple. El 
voici que Dieu vous envoie , et voici que vous parlez espagnol , et que 
c'est auësi notre longue nialemelle , ou d'adoption , â ce vieillard 
presque naturalisé Lapin ien , — cet île s'appelle Tlle aux LapiiAs , -^ 
aux trois Biiïcayens que voici et à moi , né tout prés de l'Espagne, au' 
pied des Pj' ré nées, i 

Le vieillard levait vers le ciel un regard reconnaissant- Les sauvages,' 
t^m pressés autour i/e lui, admiraient sa belle barbe d'un blanc ar- 
genté et ses cheveux qui entouraient comme d'une auréole son grand 
front rbauve. 

Pendant qu'ils attendaient avec impatience un diseoursde cet envoyé 
du ciel j le jeune garçon qui l'accompagnait et auquel \h avalent à peine 
lait attention, parut toul-à-coup sortir de sa torpeur. Il secoua se» 
Inngs cbeveux , pour en faire tomber un reste d'bumidité qui, en dépit 
du soleil , y était demeuré logé- Puis , prenant la parole , sans at- 
fendre qu'on la lui donnât : 

— Bonjs sauvages, dît-il, s'il vous plaît, procédons avec ordre* Il 
e^i juste qu'avant tout vous sachiez à qui vous avet affaire. 

Ce brave vieillard, dont vous admirez la magnifique barbe, — que 
serait-ce si vous voyiez son àmct c'est bien autre cbose,' — ce vieillard 
vous représente le PèreUlric, capucin, originaire d'Islande, un pays 
uû il fait infiniment moins chaud que chez vous« et où les ours blancs 
àont presque aussi abondants que parmi vous les éléments de §ihe* 
lotte. Par une suite d'aventures trop longues ou trop compliquéer 
pour que je vous en fai^se le récit, le Père Ulric, qui avait débutéfaréirt 
forgeron , »— si vous saviez ce que c'est qu'un foi^eron , vous com- 
prendriez qu'il est vraiment taillé pour ce rude métier, — après avoit 
pssayé de pas mal de carrières et do pas mal de religions, finit pjr 
trouver le repos de son âme dans la religion catholique. Désireux de 
faire partager â d'autres son contentement intérieur, il se mit à étu^ 
dier la théologie ; il donna aux pauvres une jolie fortuue qui lui était 
advenue par héritage. Devenu prêtre et capucin , il fut tonglcmps aû^ 
sionnaire en Espagne. Puis, toujours insatiable de dévouement, il partît 
pour aller évangéliscr les sauvag<»Sj dans l'Amf^rîque du tsud, 

11 vint s'embarquer a Bajonne , sur U Bengati ,'un joli navire qui , 
parmi ses passagers, contenait un assez mauvais sujets quej'ai aussi Thon- 
neur de vous présenter , — il faisait , ce disant , un geste comme pour 
se présenter lui-même , — et qui s'appelle Jean Duruisse^u, 

Jean Duruisseau , dont je pourrai qut*îfpie jour vous conter 
rhistoire , nage h peu prés comme un cbien de plomb. Aussi , lors* 
qu'il y a quelques jours , une tempête que rien ne nous faisait 
prévoir nous eût jetés dans ces parages semés d'écueils , Tidét? que 
le Bengali pourrait bien se briser contre quelque récif me gênait un 
peiL A tout hasard, je me résolus^ si pareil malheur arrivait, de nral" 
tacher au Père Ulric ni plus ni moins que son ombre- « U sait nager, 
me disais-je ; il est fort comme un Turc ; c*esl un cœur conipatifr 
sant, s'il en filt; le bon Dieu, qu'il aime tant, doit l'aimer aussi et It 
protéger. J'aurai donc , auprès de lui , toute sorte do chanees île sa* 
lut. it 

Vous voyiez que je n'avais pas si mal raisonné. Hier matin ^ notre 
Bmgati donna contre un banc de corail. 11 fit bien vite eau de toultJ 
parts, et nous voiiâ tous à la merci des vagues et du vent qui s*éle- 
vait furieux. J'eus soin de m'accrocber , sans riea dire, i l'une d«t 
jambes dii Vèra. Ulric, 

— Pas comme celait me dit41 tout simplement; et il me fit «•* 
seoir â caUfoitrchtvn sur son dos. 

Il nagea ainsi plusieurs heures- Pui* nom renconlrimes, fort heii»k 
rcusenienl, â la marée basse, un îlot de sable ou nous nous repodUiMi 
quelques heures et reffures nm forces avec quelques douiaînes d*huî^ 
trM sans beurre ni citron ^ par exemple, tassés p«r la luAféi 



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L'OUVRIER. 



montante , nous reprîmes notre bain. La Providence nous offrit en- 
core UQ refuse dans un flot un peu plus élevé que le premier et que 
k marée ne recouvrait que pendant deux heures environ. Pourtant, 
quand arrivèrent ces deux heures, il fallut repartir, Père Ulric faisant 
toujours la bête de somme et moi lé cavalier. 

Puis vint la furieuse tempête de ce matin. Les reins brisés , Père 
Uhrie préféra ne plus nager que d'une main, et me tenir de l'autre, 
OMiime un paquet de linge sale. 

"Cependant cela ne pouvait plus durer longtemps, et celte vague 
qui nous a jetés à vos pieds est arrivée fort à propos. J'en dirai au- 
tamt de vos charitables secours. 

Mais , quoi qu'il en soit , je considère' le Père Ulric comme mon 
sauveur, je le porte à tout jamais dans mon cœu^. Et , pour ne pas 
terminer d'Une façon mélancolique , je vous certifie que ce Père Ulric 
est un fameux lapin, foi de Jean Duruisseau. t 

CSe discours se tenant en français, moi seul avais pu en go&ter toutes 
les finesses. Je savais déjà assez le lapinien pour le traduire en gros 
â mes sujets. Ils en furent enchantés , et ils s'en allèrent procession- 
neUement baiser les mains du Père Ulric. 

Quand vint le tour de Thala , elle se mit â genoux, et, baisant les 
pieds du missionnaire : 

— Il y a longtemps que je vous attendais, mon Père , dit-elle. Je 
veux embrasser ces pieds qui vous ont mené jusqu'à nous. • 

Le Père Ulric vit une telle foi et un tel amour dans le regard de 
Tbala qu'il ne put s'empêéher de dire : 

-— Le bon Dieu vous aime , ma fille. H vous réserve à de grandes 
choses. Vous serez k bénédiction de ce peuple, i 

CHAPITRE XVII. 
Noces royales. — Histdiro de Jean Dnniisseaii. 

Pendant que je traduisais à mes chers Lapiniens le discours de Jean 
Duruisseau , nul d'entre nous ne se doutait que ce jeune homme dût 
devenir un jour le mauvais génie de notre île. 

Lui-même n'en avait pas alors , et n'en eut pas de longtemps , le 
moindre soupçon. 

Enchaîné par la reconnaissance à son vénérable ami , il trouvait un 
vif bonheur à suivre ses conseils , même à suivre de loin ses exem- 
ples. L'adolescent se faisait gloire d'être le disciple , l'aide-de-camp , 
le messager, le serviteur, l'esclave du Père Ulnc. Et si celui-ci refu- 
sait, le plus souvent, ceux des bons offices de Jean qui ne s'adressaient 
qu'à lui , pauvre prêtre , il accueillait avec joie tous ceux par lesquels 
Duruisseau se mettait au service, matériel ou spirituel, de ses frères; 
c'est-à-dire au service de Dieu.... le plus honorable emploi qui se 
paisse imaginer, puisque, comme on Ta si bien dit, servir Dieu^ 
c'est régner. 

TarU encore, le Père, dont l'œil intérieur était merveilleusement 
perspicace , voyait que son disciple se compromettait dans la bonne 
cause. Et , après les fmiestes influences qui avaient entouré l'enfance 
de Duruisseau , après la véritable fascination qu'exercèrent longtemps 
sur lui la fainéantise et son triste cortège , il ne suffisait pas , pour 
que notre jeune homme Ait reconquis à Dieu , qu'il remplît le juste 
mintiittiiii de ses devoirs : il fallait qu'il s'y plongeât tout entier , qu'il 
goûtât les joies du dévouement , qu'il sentît dans son âme ce déli- 
cieux témoignage d'une conscience pleinement satisfiaiite; il fallait que, 
sur ce terrain si disputé , les attraits de la vertu combattissent , à 
armes égales , les séductions du vice. 

Hélas ! malgré ces heureuses conditions , malgré le véritable culte 
que Duruisseau professait pour son bienfaiteur, malgré la rare chance 
d'être jeté dans une vie pleine d'activité et où manquaient presque 
complètement les occasions du mal , malgré ce qu'il y avait d'intéres- 
sant, et en même temps d'honorable, à être associé , lui tout jeune, 
â cette grande œuvre de la i^ègénération d'un peuple , — qu'im- 
porte que le peuple soit petit! l'œuvre n'en est pas moins grande, — 
noalgré tout cela , Duruisseau ne devait marcher que quelques années 
dans cette route du bien que k Providence avait semée pour lui de 
tant de fleure ! battrait du mal devait > par k seule puissance de son 



souvenir, le solliciter. L'oisiveié chi cœur, k pire de tmû&t , devait en- 
gehdrer chez lui rambilion , cette variété de rorgueil.». Une fois 
l'orgueil réinstaUé dans celte Âme , Tingratitude y était bien vite ar- 
rivée. 

Mais n'anticiponi point. Surtout gardons-nom de aoupcontier d'a« 
vance que cette chute , que nous entrevoyons , ait été VtiïH du ha- 
sard , ou le fruit de la fatalité , mots funestes derrière le^queb 
l'homme faible aiuié abriter ses lâchetés cl ses crimes, i 

Comme nous tous , Duruisseau étiît doué de liberté. La grdce de 
Dieu était là pour L'assiater, pour peu qu'il voulût T implorer par la 
prière et U mériter par une lutte courageuse contre le mal. Quand 
l'homme succombe , c'est toujours parce qu'il ne veut pas triompher, 
qu'il ne le veut p.iâ du moins d'une volonté suffisamment énergique 
et suffisamment humble. 

Il y avait lin an déjà que la Providence nous avait envoyé le Père 
Ulric. Les IVuitis de son apostolat étaient merveilleur. Ceux qui 
avaient si longtemps résisté à tous mes efforts , le Père n*eut presque 
qu'à se monlrer pour le« amener â composition. 

Jean Duniisseau lui était un au^tilîaire on ne peut plus pr^ieui. 

Les Lapiniens aiQiDnt extrêmement les driileries de tout genre, 
Duruisseau, en vrai enfant de Paris, y excellait. Il y avait dans ses 
moindres propos un tour plaisant qui ravissîiit mes bons insulaires. 
Surtout quand le jeune homme contaît quelque histoire boufTonne, 
qu'il rapportait , en les arrangeant â m manière, en y intercalant une 
foule d'incidents et d^explica lions destln^k â les mettre â la portée de 
son auditoire , quelqu'une des farces qu'il avait vues dans les petits 
théâtres du boulivard ou des barrières , les pauvres Lapiniens se te- 
naient les cét^. Du temps de leur idolâtrie , ils eussent eertaînemcnt 
élevé des autels à rhomme qui leur faisait passer des quarts d'heure 
si réjouissants. 

Ce qu'il y avait ici d'admirable , ce qui faisait de DuruissMU \m 
instrument inappréciable , c'est qti'il se mettait lui-même aussi bat 
que le plaç^aient haut ses auditeur!;, 11 disait , a nous autres Européens^ 
qui seuls pouvions le comprendre, que son œuvre à lui n'allait pos 
au-delà de ïa hagatelh d& ia porte. Ses meilleures plaisanteries n'étaient 
jamais , dans son intention , autre cimse qu'une amorce pour amener 
les bons sauvages, qui ne s'en doutaient pas, k avaler T hameçon. Une 
fois pris, il les passait au rère Ulrit, qui n'avait souvent qu'à parfaire 
l'œuvre ébauchée par ion pri^paratcur. Carks histoires les plus ébou- 
riflàntes de cdui-ci avaient toujours une conclusion morale. Nul plus 
que lui ne méprisait l'art pour Tart. Et je no croîs pas que l'on ait 
jamais fait du rîre un plus saint usage que n'en faisait cet enlant de 
Paris.... Hélas I . \^ 

• Comment en un plomb vil Tor pur a'ett-îl changé ï « 

La seconde année après Tarrivéo du Pêrq Ulric et de Jein , j't^poussi 
Thala, cette jeune sauvagt^s^sc dont je vous ai parlé. 

Je ne pus naturellement pas faire faire, à ta mairie de Saint- Pabitln* 
les publications preicritps par le^ articîei63 et 64 du code civil. Il y 
avait à cda une iiHj j^siïitUtfl mati^rielle. D'ailleurs mon mariaga fut 
célébré conformément aux usages du lieu et béni par notre char Père 
Ulric. 

Je n'entreprendrai \m de tous peindre tous les mérites et toutes 
les grâces qui laU'jiimt de Tliala une femme incomparable, I^ Péra 
Ulric, qui savait ht puissance de la prière sur le cœur de Dieu, disait 
souvent qu'il croyait que la conversion dés Lapiniens était h récom- 
pense des vertus de Thala , surtout dt^s supplications incessantes que 
cette âme naturellement chrétienne avait si longtemps élevées vors 
le ciel, pour que le ciel daignât lui envoyer, et h ses comptrioîe6, 
un aliment (^u'eUe ne connaissait pas encore, mais dont eïhs^ sentait 
affamée : h vérité. 

Les parents de Thala furent fliULL^s de penser que Icar fiUo allait 
devenir reine. CeUe-ci, qui me considérait comme le sauveur dti 5^*11 
pays, m'avait, dès rorigine, témoigné une vénération qui »en»bk, un 
iastant, le seul obstacle à b rt^alisalion Je mes vceux. Oserait-i.')la 
jamais aimer, comme ion mari f celui qu'elle considérât aimme m 1 



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L'OttRiËfl. 



toi , cimintfî un. èira a pari choisi de Diea pour régâiérer son 
peuple T 

Ce 8cni pille fut lËvé par h Para Ulric. Il dit à Thala que sa place 
fUi'ii sur le trône, parce que de là ellf^ pourrait faire plus de bien, se 
consacrer plus c^riipliéteineut et plus f^GGcacement i la propagation de 
la vérité. Il ajouta que h solitude pesait à mon cœur et qu'il n'y 
avait pas, dans l*ile aux Lapins , un cœur plus capable que celui de 
Tbala de remplir le cffiur de Barthélémy et de payer, par son amour, 
la dette de reconnaissance de toute la nation. 

Tliala dit donc oui, eu rougbsaïU. Et je crois qu'elle n'eut pas de 
peine i aimer, par-de^us tout, après Dleu,*celui qui trouva dans son 
anjour les jours les plus doux qu'il ait passés sur la terre. 

Je ne vous décrirai pas les pomper de notre mariage. J'ai lu dans 
des relations deToyage de semblables desciiptions, et beancoup mieux 
réussies que je ne pourrais les taire. 

Je vous transporterai seulement A la fin du repas de noces. Nous 
venions de botre -, k la santé les uns des autres , avec de la liqueur 
de sureau fermenté , lorsque Duruisseau demanda si l'on n'aurait pas 
un peu de musique. 

IFn vieux sauvage s'exécuta le premier. Il chantait faux, da moins 
pour nos oreilles » ^ ^ romance , qu'il accompagnait de gestes bor^ 
ribîi'â et de roulements d'yeux abominables, célébrait les douceurs 
d'un festin de chair humaine^ -^ Le Père Ulric le laissa aller jusqu'au 
[mi\\, pour prendre occasion de s^étever, une fois de plus, contre l-a- 
Irocité de ces mœurs barbares , et de faire ressortir le bienfait de 
la Providence , qui, en appelant les Lapinions au christianisme , leur 
avait , du même coup , donné In vérité religieuse et la vraie civili- 
sation. 

Puis l'un des BiscayenSj d'une ? oix qui me parut céleste à côté de 
celle qui l'avait précédée, nous régala d'un vieil air asturien, tout en 
piric;ant d'un certain instrument que les Lapinions appellent /iCam^o et 
que mon Biscayen avait adopté, h cause d'une lointaine ressemblance 
avec la gaitarp. 

Puis Thala chanta, ou plutôt psalmodia cette espèce de complainte 
nullan colique et monotone que les femmes océaniennes murmurent en 
balançant dans leurs tombeaux aériens leurs enfants nouveau-nés. Bien 
que cette ballade eût, d^n;^ la bouche de Thala, un charme et une dou- 
ceur extrêmes, c'était un peu triste pour un jour de noces Je dé- 
ni a udai donc â Duruisseau de nous servir quelque chose de plus gai. 

— Je n'at jamais su chanter, répondit-il. 

— Mais^ ^ propos, reprls-je, il y a mieux. Tu ne nous as pas en- 
eon? conté ton histoire. Dis-nous-la donc. Gela nous changera un 
peu. Çïir, loujoura des chansons 

— Volontiers , dit Jean. Seulement , je vous avertis que , si vous 
eroyeir. que cette hiiïtoire est drôle , comm^ celle que j'invente queU 
quefois, et qu'elle va vous désopller la rate, vous vous trompez lour- 
dement* ■ 

Tout k monde fut d^avis que cela ne faisait rien à l'affaire. Qu'il fit 
rire ou qu'il Ri pleurer, ou qu*il fît réfléchir, le récit de Duruisseau 
serait la bien-venu. 

— Père Ulric, dit mon jeune boni me, en prenant un ton solennel, 
roi Barthélémy, reine Thala, vieil Espagnol, braves Biscayens, et vous 
tous , peuples de l'île aux Lapins , vous êtes curieux sans doute de 
eounaître l'origine de mon nom. Ecoulez-moi. 

Mim grand»père appartenait à une famille noble de Picardie : il 
i^appelait le chevalier du Rousseau, Par suite d'une série de malheurs 
qui â^ënt leur source dans son inconduite , il descendit , les uns 
après les autres, tous les échelons de l'échelle sociale, et finalement 
ru fut réduit â se faire chiiîonnier , dans le faubourg Saint-Mar- 
ceau. 

Ilalheureusement rinfortune ne lui enseigna pas la sagesse. Quoi- 
qull eût une femme et quatre enfants, il n*aimait guère qu'une chose 
au monde, la bouteille. 11 raimait tant qu'il en perdait souvent la rai- 
son, îl passait au cabaret la plus grande partie du jour. Quand venait 
le loir^ l'heure à laguelle ba chîffozmiérs commençât leur besogne^ 



le pauvre homme sortait, comme les autres, sa hotte sur le dos, sa 
lanterne d'une main et son crochet de l'autre. Mais une lumière 
qu'il ne parvenait guère à rallumer^, c'était celle de son entendement. 
Presque toujours il trébuchait en traversant le ruisseau de h. ru« 
Mouffetard à l'endroit où eelle-ci monte un peu comme pour rece* 
voir la rue du Petit* Moine. Tombé la face contre terre, ou platôl 
dans l'eau il (allait que quelque âme charitable le ramenât clies^ lok 

A force de le repêcher ainsi tous les jours dans le même nnssetu, 
on l'appela le père Duruisseau > au Heu de du Rousseau. 11 finit par ré> 
pondre à ce nom. Son dernier enfant, qui devint mon pèrei fut mtaie 
inscrit sous les noms de Gasimir-Jean-Jaeques Duruisseau , sur les 
registres de l'Ëtat-Givil du 12« arrondissement. 

Mon pauvre père hérita du faible de son père pour lelnmjui <f«6- 
lohre. Je me souviens encore des scènes terribles qu'il laisait à oui 
mère , lorsqu'il rentrait ivre. 

Son exemple aurait dû m'empécher de l'imiter; car f limais ten- 
drement ma mère^ et je voyais combien les désordres de mon père, 
non-seulement affligeaient sa femme, mais nous réduisaient sMvent 
à une extrême misère : plus d'un soir, nous nous couchâmes sans sao- 
per, et nous fûmes obligés bien souvent de mettre au Mont-delHété 
matelas, couvertures, pantalons, jupons 

Cependant , soit â cause qu'il n'y avait pas â la maison nne foigne 
assez ferme pour me maintenir, soit par suite de cette disposition de 
notre pauvre nature qui suit plus volontiers les mau?vais exemples que 
les bons,, je manifestai dès mon enfance d'assez tristes dispositioios ; 
et les voisins disaient bien haut que je serais digne de mon père et 
de mon grand-père. 

Je fus un très-mauvais écolier, beaucoup plus ardent, et par consé- 
quent plus habile, â la toupie, à saute-mouton, aux billes et à la ma- 
relle qu'à l'écriture et à la table de multiplication. Je osois même 
que c'est malgré moi que j'appris à lire. En revanche, il n'était sorte 
de niches que je ne me plusse à jouer à mes maîtres, et je fus suc- 
cessivement renvoyé de toutes les écoles du quartier, de la mutuelle 
aussi bien que de chez les frères. 

Je trouvai un refuge chez un pauvre instituteur du passage det 
Patriarches, le fameux père Mouillebuche , bien connu de tous ceux 
qui ont (labité le faubourg , de 1805 à 1835. Son établissement était 
une espèce de petite Roquette où les enfants qui ne pouvaient pas 
tenir dans les grandes écoles publiques étaient élevés littéralement à 
la baguette. 

J'ai voué au souvenir du redoutable M. Mouillebuche une profollde 
reconnaissance. Outre que j'appris chez lui le peu que je sais , il est 
la première personne qui ait su mè dompter. En lui j'avais vraiment 

trouvé un maître Je me rendais dès lors cette justice de penser 

que ceux-là seuls avaient raison de moi qui me conduisaient avec une 

verge de fer Le Père Ulric devait me montrer plus tard une autre 

discipline bien autrement douce, tout en étant anssi efficace. 

Mauvais écolier, je fus naturellement un. plus mauvais apprenti. 
J'aurais voulu trouver un métier qui s'apprît tout seul , sans travail, 
sans Qfforts. sans bonne volonté, sans persévérance. Le charronnafe, 
que j'essayai pendant six mois , était trop pénible ; la eord<mnerîe. 
dont je tâtai six semaines, me forçant à demeurer tout le jour le dei^ 
rière sur la chaise, me donnait des migraines ; l'épicerie, c'était trop 
bête ; l'horlogerie demandait trop d'application. 

Après avoir traîné mes guêtres d'ateliers en ateliers et de magasinr 
en magasins , je finis par m'arrêter à ces métiers de (ainâmt qui 
ne demandent pas le moindre apprentissage : je fis des commiisiotts ; 
je m'improvisai abatteur de marche-pieds ; je vendis des chaînes de 
sûreté , des bouquets de violettes, des contremarques, le fus le cern» 
père des marchands de crayons et de ceux qui, sur le quai VolliBre, 
ofl'rent aux passants de merveilleux satfons à dégranHr. Iwm kt 
matins, je faisais nettoyer le col de ma redingote, qui en avait Wtt« 
ment un terrible besoin , et j'achetais avec enthousiasme ^jneyenoMit 
une pièce de quarante sous que le marchand m'avait préKeieel effet, 
un pain de ce savon sans pareil. 

Cependant, grâce â ses habitudes d'ivrognerie, mon père toidM 
gravement malade. Pendant cettç suladie» oui fut m deniiéi»^ fit* 



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rouvRiËft. 



mère, à laquelle il n'avait jamais fait quo du mal, le soigtia 
ine m-déTooeaient et une tendresse qui ne se démentirent pas un 
iBtaBt.ElleobtiAt même qu'il se réconciliât avec Dieu , et il mourut 
en b«B chrétien. 

Le jeer de l'enterrement, comme je revenais du cimetière, ma 
DKrs me it de sériesx et maternels reproches sur ma conduite, 
m'engageiiit â prendee ettfin un état honnête et i m'y tenir. 

le lirkâian parier... J'étais ému de son chagrin: j'en avais moi- 
Béme haaaooop ; ne venais^je pu de mettre en terre mon père qui , 
aalfsélMMsas défauts, m'avait eeostamment témoigné beaucoup d'a^ 
Wlii el dont la mort chrétienne m'avait singulièrement édifié?.. Je 
chfrthais à former de bonnes résolutions , mais je me disais qu'à 
Fark, à tMé de ces camarades corrompus qui voudraient toujours 
B'«tiifB«r.an cabaiet, an café, aux mauvais théâtres, jamais je ne 
pourrais résister... 

Je prit tovI-^'-coQp mon courage à deux mains. 

— Chère mère , dîs-je , quant i taire de moi un bon sujet id, il 
fie tel pas y penser. A quelle époque est-ce que je t'ai donné quel- 
fqne — bre de satisfaetion T Pendant les deux ans que j'ai passés 
^•ous k férule de M. Mouittebuche. Il me dut quelque chose de sem- 
^bbble maintenant, si je veux eissâyer de rompre avec les habitudes 
de vagabondage et d^indiscipline — pour ne rien dire de plus — où 
je me suis laiMé entratoer.... Je vais me faire mousse, t 
I Ma mère résista un peu. Pourtant, comme elle était très-bonne 
Idirétienne, et qu'elle sentait que je me perdais grand train, elle fin-t 
par voir dans mon projet une inspiration du ciel, 
l ( La mite «tf prochain numéro.) EuG. de Margerie. 



ENTRETIENS SVR L'HISTOIRE DE FRiKCË. 



Allons, *voos autres, vous voilà à me regarder tous en ouvrant les yeux 
grands comme des salières. Vous n'avez pas oublié mes contes de l'hiver 
dernier, et vous voudries maintenant que les veillées recommeoccnl, 
que je vous amuse encore avee dea histoires de sorciers et de reve- 
nants; mais bernique! Assez de ces radotages-U : ce n'est pas pofar- 
tant que j'aie envie de rester bouche dose comme une statue ; j'ai tins 
dans ma tète, au contraire, dévoua conter quelque chose, mais pu du 
mémo échantillon. J'ai rein dans mon vieux livre, que vous m'avet vi) 
bre si souvent, tant et si bien que je le sais quasiment par cœur, e^ je 
veux vous en fiûre part peâds^t que j'en ai la mémoire tojite 
fraicho. 

Ce que je vous dirai ne vous plaira peut-être pu autant ((ne les 
laribolas de l'an passé; mais ça vous instruira , ce qui vaut itiieiix. 
Au fiûtp c'est que mon vieux livre est tout simplement une bofidi et 
belle hktoire de France, et coomie l'histoire de son pays est uae his- 
toire 4|n'ii faut connaître quand on a l'âge de raison, et que do oelle* 
li vous ae savei encore rien, si ce n'est que le roi Dagobert mettait 
,48 culotta k Tenvers, il n'ut pu mauvais que je me passe là fan- 
taisie de vous l'apprendre. Attention donc, une poignée de urgents 
dsns le fao et silence dans lu rangs : je commenee ma premier^ 

ÉPOQUE GAULOISE. 

I. 

k Faut tons dire d'abord qu'autrefois la France ne s'appelait pas la 

RhaBcet mais la Gaule, et que lu Français ne s'appelaient pas Fran- 

mm, mais Gaulois. Dans ce temps-lâ (il y a plus de deux mille ans, 

Risque Notre Seigneur n'était pas encore né) , il n'y avait p|| seu-t 

•ent an seul roi dans toute la contrée : c'était comme qui difait U 

titf , é*eBt-âHKre un tu de petitu républiquu seméu partout, 

# pas «ne capitale pour donner le mot d'ordre â tout le mqpde ci 

ft miarcher tout cela du même pas. Seulement, en guise d% oapi* 

II, il y jnrait de temps en temps un grand homme, un grand général, 

toutu lu républiquu obéissaient. Dans ces moments-li ça 

ï BU mde tremblement en Europe, parce que lu Gaulois c^ébor- 

ftiWtl. C*«il 9mm fiftt'ilf ImlphMiiMf» iij«feo i Rom 



ÎÉ^L 




Dans un de ces voyages, ils Turent conduits par un nommé Brennns 
Otez voire bonnet et saluez, car c'est ce généraMâ qui rapporta le prè» 
mier au pays un cep de vigne : avant lui , il n^y avait pas de vigne 
dans la Gaule, et lu habitants ne buvaient que de la bière, de l'hydro- 
mel , du mauvais cidre , enfin un tas de tiunu bonnes à donner le 
choléra. 

Je ne peux pas vous dire^ ifuelle eouleur étrit le drapuu de nos 
pèru lu Gaulois : mais ce qui ut bien eettain, c'ut que leur emblème 
national était un coq, parce que le coq ut un oisuu qui est le sym- 
bole du courage. Personne ne pouvait leur reprocher d'être du van- 
leurs pour avoir èheisi cet oiseau^lâ, puisqu'ils étaient si bravu qu'eux- 
mému en portaient le nom. Et c'est bien vrai, ce ^e je tBs*lâ ; car 
ayant en occasion d'en parler â M. le curé, pu plus tard que hier, il 
m'a confirmé dans mon idée que Gallus, qui veut dire coq en latiii, 
vent dire auui Gaul&ii, Au surplus, il n'est pu besoin d'en dire plus 
long là-dusus puisqu'ils avaient été prendre R^me plusieurs fois, 'et 
que les Romains passaient alors pour le peuple le plus solide sous les 
armu qu'il y eût au monde. A la fin pourtant, lu Romains, qui au- 
raient bien avalé la terre , finirent par mettre le pied chez nous, fis 
échancrèrent un tantinet noire territoire, environ deux cents aiis 
avant la naissance de Notre Seigneur, et ils appelèrent leur conquête 
la Prot;mce. Plus tard, rien qu'en changeant nn t en e, on la nomma 
la Protisfice, vous savez , un pays qui se trouve en tirant du côté' êe 
Marseille, où l'on récolte des figues et des olives, oA l'on ne voit pas 
un homme blond, pas une femme blonde, mais où les gens ont lu 
cheveux coukur de corbeau, mangent de l'ail et ont buucoup d'àe^ 
cent. 

U. 

Si vous croyez qu'après nous avoir pris ce petit morceau , ce fut 
fini comme çè, c'est que vous êtes encore d'une bonne pâte. Pouf des 
affiimés et des acoquinés i prendre le bien d'aulrui comme eu Ro- 
mains, un petit coin de notre territoire, c'était comme une bouchée 
de pain dans le ventre d'un éléphant : il leur fallait tout. Donc , ude 
soixantaine d'années plus tard, quatre-vingts i tout brûler ; mettei^n 
cent même, si çâ vous arrange mieux, ils envoyèrent pour nous pren- 
dre tout , le plus fameux général passé , présent et futur, qu*oh ait 
jamais vu, et qu'on verra jamais sous la calotte des cieux, Jules Céuf, 
enfin, rien que çâ ! 

Pourtant, tout Jules César qu'il était, il mit plus de dix ans â faire 
sa buogne ; mais â cause toujours qu'il n'y avait pas de capitale pour 
donner le & giiil à tout le monde k la fois, que la république de ce 
pays-là jalousait la république de ce pays-ci, que ceux de Lyon n^îi)- 
maient pas ceux de Rouen, que ceux de Reims ne pouvaient pas sdu^ 
frir ceux de Sens ; que les Hgties enfin , comme on appelait cehi, no 
s'entendaient pas entr'ellu, se fiiisaient la guerre, se détutaieiit. Cé- 
sar, qui était alors pressé d'aller se (aire nommer empereur chez ki 
et qui se dépêchait â travailler comme un homme qui a un autre ou- 
vrage i faire tantôt , César finit par nous entortiller et , â la fin de 
compte, un certain jour après nous être endormis Gaulois, vôilâque 
nous nous sommes réveillés Romains. Tout le monde fut bienaitra(À 
quand le tour fut joué ; on se fit réciproquement des reprochu comme 
il arrive toujours en pareil cas ! Ah ! si vous autres, perfidu Sensois, 
aviez envoyé votre continrent â temps, si par- ci, si par-U : toutes 
histoires enfin qui ne remédient Irien, et qu'il faudrait ihieux réseï^ 
ver pour une autre occasion. 

Pourtant, quand César fut parti, chacun commençai se regard^ 
dans le blanc des yeux, et à se parler à l'oreille ; . d'un pays â l'autfJs " 
on se faisait du signaux, sous prétexte de biOler des brousuilles sà'r 
lu collines et lu petits mamelons, si bien qu'un beau matin : coque- 

rico ! Voilà le coq gaulois qui chante! à bas les chiichOteriesfOn 

parie tout haut dans la langue du pays qui était le bas-breton, i ce 
que je me suis laissé dire. 

En ce temps-là, nos pèru, les Gaulois, avaient un fameux général t 
il s'appelait Vercingétorix , entendez-vous , Vercingétorix , drôle de 
nom, et comme il n*y en a plus de ce genre-là aujourd'hui; n(|ài8l# 
proverbe a raison, le nom ne lait rien à la chose. Donc atissilôi qui 
Vercingétorix antauiii b coq gaulois cbintcr. en wi tour de mâid 



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•^i 



390 



L'OUVRIER. 



•ans prendre le temps de dire adieu à sa famille et â ses voisins , il 
monte  ehefal, quitte TÂuvergne, ia patrie, où il demeurait aux en- 
tirons de Stint-Flour et ou il possédait plusieurs châteaux, se met i 
la tête des insurgés et s*apprète â tuilier de Fouvrage à César, qui 
était refenu chex nous au premier vent qu'il avait eu de ce qui s'y 
passait. 

H faut TOUS dire que celui-ci, après «a eonquête et ayant de partir 
peur Rome y n'ignorant pas que Vercingétorii, qui pour Tâge était un 
vrai conscrit, eu savait pourtant plus long que bien des vieilles mous- 
tachea , qull était brave eomme son épée , tréanustruit , fort comme 
feu Hercule, lui avait fait un tas de cajoleries, le traitant de cher ami 
et lui promettant de le faire roi l'année prochaine. Mais il est bon 
aussi que vous sacbîei que, tout en faisant contre fortune bon cœur, 
notre général était resté patriote jusqu'au fond de l'âme, et était inca- 
pable de vendre son pa^i ; â telle enseigne que ce fut lui qui livra à 
son enjôleur les pluf balles batailles auxquelles il se soit jamais trouvé, 
comme il en est convenu depuis. 

On a fait beaucoup de bruit , dans ma jeunesse , de Tincendie de 
Noscou p par les Busses eux-mêmes , afin de réduire nos soldats à 
prendre leurs quartiers d'hiver dans la neige, et â mourir de faim et 
de froid i eh bien ! c'était tout simplement un coup de Jamac re- 
nouvelé des Grecs, je veux dire des Gaulois. Je ne mens pas, car au 
moment oi^ César, en moins rien de temps possible, et comme si les 
chemins de fer eussent déjà éLé inventés, arrivait tout d'un coup sur 
les bords du EhÔne, Vercîngétorix, qui l'attendait de pied ferme, afin 
de contraindre l'armée romaine h coucher h la belle étoile, à manger 
de rherbe et i boire de Veau, fît ravager toutes les campagnes par où 
elle devait passer pour arriver jusqu*â lui, brûler toutes les maisons, 
tous les villages , tous les bourgs et toutes les villes , sans que per- 
sonne j trouvât le plus petit mot â dire , et essayât de jeter seule- 
ment un verre d'eau sur le feu. Malheureusement, et à fin de compte, 
i cause peut-être qu'on n'avait pas encore assex brûlé, comme je Tai en- 
tendu dire a un bourgeois de Joigny, qui était de l'Académie de Dijon, 
tout cela ne servit de rien, et après des hauts et des bas, Vercingétorix 
fat vaincu dans uue grande bataille^ 

Cette grande bataille s^est donnée dans notre Bourgogne sur le 
Hont-Auioii , i trois lieues de Sémur, où dans ce temps-Ii il y avait 
une grande ville et où ^ présent il n'y a plus qu'un bourg nommé Sainte- 
Beint. Le n^on sieur de l'Académie de Dijon m'a dit que la ville s^ap- 
fêlait Alésia. Cette bataille fut le coup de grâce pour nos pèrea : elle 
coupa la gorge au coq gaulois , et quoique après on essayât encore de 
guerroyer par- ci par-U , ça ne produisit jamais rien qui vaille. Voyez* 
vous, vous autres, dans toutes ces aiïiires-U, après bien des céré- 
monies, c'est toujours une grande bataille qui règle la partie, et c*est 
eomme fl qu'à Waterloo.,., Mais qu'est-ce que je dis donc, nous ne 
sommes pas près d'y être à Waterloo , et nous aurons lait bon chemin 
11 nout arrivons seulement a Henri IV pour les fêtes de Noël. 

Le brave Vercingétorix s'oflrît i César comme une vraie victime , en 
le priant de se contenter de lui et de ne pas faire de peine aux autres ; 
mais, voyei-vous » quand un homme est dominé par l'orgueil et qu'il 

I été humilié dans cette vilaine passion , il devient, s'il est puissant, 
brutal comme un ours et féroce comme un tigre i or César se trouvait 
très-vexé d'avoir fait beaucoup d^avances inutiles â Vercingétorix, et 
surtout de ce que ce jeune homme l'eût mis i deux doigts de sa 
perte « comme il paraît qu'il l'avait mis, tout vieux routier qu'il était. 
Alors faut pas trop s'étonner, que tout clément et généreux qu'il 
était d'ordinaire r il se soit conduit envers lui comme le dernier des 
derniers ^ et qu'au lieu d*honoT''er k muraye malheureux , il le fît en- 
chaîner f traîner dans les prisons de Bûnie , dont il le tira six ans 
après pour l'attacher â son char de triomphe et ensuite lui faire 
donner la mort* Ça vous révolte, n'est-ce pas 1 eh bien ! apprétez-voui; 
vous en en tendres bien d'autres d'ici à Pâques. 

III. 

f oill donc la Gaule devenue romaine : et ma foi puisquHl faut dire 

II vérité même quand elle écorehe la langue , rllo resta romaine 
jusqu'au grand remue-méssge dont je vais vous dire deux mois tout 



à Vheure. Quant i ce qui 8*y est passé jusque-là , mon n^m ^ 
n'en conte pas grand chose et renvoie â riiistoirÉ du pmiiîê i 
Je ne saurais vous dire si Fauteur en agit ainsi par pareye i 
raison. Il y a quelque temps qu'un certain dimanche après lei i 
je priai monsieur le curé qui en sait un peu plus long que nwf et i 
faire part de ce qu*il en pensait , il me répondit qu'il n'en j 
rien et que je ferais bien d'en faire autant. Pourtant â fores j^j 
pousser, il me dit qu'il se pas&a longtemps après la c^nqn^ mâ\ 
qu'on parlât latin même dans les villes , mais que jimais cettt hr^à 
n'a pu prendre parmi le peuple des campagnes , et que m!cne V 
n'aurait peut-être jamais été la langue des livres si T Église m 
pas adoptée dès le commencement , que de tout le reste je E 
aussi bien de ne pas me casser la tAte et de laisser cela aui ai 
Qu'au surplus si ça me disait plaii^ir de le savoir, qu'il y avait «s. 
empereur romain, nommé Julien tApoUat, que ce Julien âtarrr 
et agrandir Paris qui de son temps élait encore tout petit et te 
mait iMiiUt ^ preuve qu'il y fît construire un palais, qu'on ^, 
le palaii dê$ Thermes , et dont on voit encore les restes, bouleti 
Sébastopol rive gauche, ci-devant rue de la Harpe, et qu'il y denu. 
dans la belle saison. • 



INVASIONS BARBARES* 



- HÈROTINÛIEM. 



Cependant les Romains, quatre cents ans après U conquête i» là 
Gaule par César , au lieu de tenir bon sur toute la ligne , se hist 4^ 
entamer par des espèces de Cosaques du Don (je ne saurais '^ 
dire duquel ) qui prirent place partout et s'abattirent sur notr^ ,4^ 
comme une véritable nuée de sauterelles. D'abord , on fît bonti^ •*#-! 
tenance, et même le fameux Attila, roi des Huns, dit le flmu dt L 
qui commandait une armée de plus de 500,000 hommes, fut èi^ 
d'importance près de Chalons-sur-Marne, et s'en retourna tout peMif 
de l'autre e^té du Rhin , après avoir laissé dans les plaines delà Hkm 
pagne près de 300,000 de ses soldats. Je serais porté â croira jf 
e*est â cet engrais extraordinaire que ce paya doit ses famcut '^ 
gnobles, dont les vins sont célèbres dans les quatre parties da mmà^ 
Si je me trompe , il n*y a pas grand mal â cela. 

Mais après les Huns qui n'étaient pas déjà les premiers feimi , I 
arriva d'autres Cosaques , puis encore , puis toujours : si biei i^ t 
finirent par prendre pied chex nous. Alors notre Gaule ressemMil 
la tour de Babel , sous le rapport de la conrusion des langues ; ml 
parlait tous les patois et on se battait partout sans se compr^idl 
nulle part. Ici c'étaient les Burgondes, qui ont donné leur nûotil 
Bourgogne ;, au midi , c'étaient les Golhs et les Visigoths ; au mrin 
â l'est, c'étaient les Fhmcs, SalUens, Hîpuaires : que sais-je, mH 
un gâchis â n'y rien entendre , un tremblement à tout renveno'.B 
que je peux vous dire de plus fort i ce propos, c'est que, mmi 
savait pas d'avance que de tous ces barbares ce sont les France q( 
ont fini par prendre chez nous la place des Romains , on ne pa»i 
pas deux sous de plus pour les uns que pour les autres. Il parait qfoHirf 
ce débordement avait été occasionné par un trop plein de 
du e^téde l'Asie, et que les uns poussant les autres , tous 
miens , se portant pêle-mêle sur les barrières de l'empire j 
qui était un peu phis grand que mon mouchoir de poche , les ifi| 
craquer, et qu'i force de craquer elles se rompirent. Quand %Wm tal 
rompues , les voilà tous qui se mettent II entrer sans piss^fort;! 
d'étape en étape, les voilà en plein cœur de civilisation. Je ne p^iand 
vous démêler cet écheveau fil par fil , la centaine est trop embrouiik 
et mon vieux livre , tout malin qu'il est , n*est pas très-fort sor c 
chapitre quoiqu'il n'en cou vienne pas , et il est facile de voir ^ 
l'auteur n'est pas fâché d'arriver aux rois Francs dits Mérovingisl 
On m'a dit que, depuis la mort de celui qui Ta composé on é un || 
tiré tout cela à clair, et qu'il y a des livres neufs qui en disent liuf I 
dessus, mais comme ils coûtent un peu plus cher qu'un almiun^, i 
m'en prive. 

IL 

Qu'il vovs sttlfise donc de laroir que le moisieur de VltêMm 



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L 



L'OUVRIER . 



3N 



; dont je tous ti déjà parlé , in*a dit que ptr le tempç qui 

^n, «D J-egardait comme une frime Thistoire d'un sieur Pha^ramond , 

félmâu fiU d^un «leur Marcomir. Selon lui , rien n'était plus comique 

ri*; d^ippeler ce militaire & tous crins , roi de France , ni plus ni 

îni i{iit saint Louis. Que son fils, qui s'appelait Glodion et était 

H fort cbei^elu et excessivement barbu , a bien pu prendre Tournai 

i^Iimbraî irers i^l ; puis faire ensuite une promenai de mililaire en 

û, mak que c'était un peu fort de dire : Clodion, rot de France» 

f^iû é Mon père Pharamond, qu'il ne fallait plus répéter ces ragots 

' nos jours , él que pendant qu'on y était il était bon de faire peu 

Ji de EdêroYëe et ne pas croire qu'il monta sur le trône après la 

ie Viodim. Que ce Mérofée n'avait jamais été qu'un général de 

ufîierie , peut-êtra même d'infanterie. Sur cela jehii dis : Faut donc 

i^'^ptiser l> première race de fios rois qu'on appelle Mérovingiens, 

TmiB i caosÊ de ce MérQvée-là? DcbaptiBez-là si vous voulez, 

Bkfidiet , ce n'est pas moi qui vous en empêcherai , me ré- 

iilril. 

lerchex votre vie dans tout cela, vous autres, moi je m'en bats 
, et je vous conseille d'en faire autant. Pourtant , comme il faut 
i^dre ^on parti en toutes choses, nous laisserons d'un seul 'coup, 
lerrière la tapisserie, Pharamond , Glodion et Mérovée; quant au qua- 
riè^e de li même espèce, Ghildéric , puisqu'il faut l'appeler par son 
im , véritable frauc-salien comme les autres , il paraît qu'il s'était 
jtt en flandreâ , une espèce de royaume. Le bruit court qu'il était 
M ÛA Mérovée. On raconte que vers 480 il fit un voyage h Paris, 
la'il j rencontra sainte Geneviève, qui y demeurait alors (rue Sainte- 
leo^vière probablement) ; mais , ce qu'il lui dit et ce qu'elle lui ré- 
j^iulit , «"est ce que je ne puis vous rapporter parce que je n'en sais 
mu. BLANGHET, 

Vigneron , à Saint-Julien-du-Sault. 

P»m- copie conforme : A. Labutte. 



L'HORLOGÊRE \ 



V. . ( SuiU. ) 

" Mats je ne plaisante pas, c'est très-sérieusement, au contraire, 
i)uft j« faniioncc un ouvrier, déjà, je crois, passable, et qui, aidé de 
tes consejlâ surtout , en se perfectionnant, sera pour toi la main que 
1m h as plus et sufiira , j'espère, à la besogne. Et pour cela il ne de- 
aunde point d'»rg<;nt, rien, rien que ta bonne amitié, et de partager 
»Tec noua le pain qu^il gagnera pour tous. 

-- Abl ça^ voyons^ est-ce un rêve? que me dis-tu là? Je ne vois 
^i^t^onne autour de nous !... Ah ! s'il est sur la terre un pareil ami, 
ni etl quelque part^ cet homme qui veut être pour nous plus qu'un 
I ircp ah i qu'il vienne donc, qu'il vienne bien vite ! j'aurais hâte de 

dire que je l'aimerai comme j'aime ma fenune et mon enfant! S'il 
fxtsie, oh \ s'il est possible qu'il existe, ma Louise, et j'en doute en- 
core, mais aitiène-le-moi pour que je l'embrasse comme j'embrassai 
iDoa père i son dernier jour, pour que je le serre mille fois sur mon 
cœur! 

— 11 est dans tes bras, dit la jeune femme, ne pouvant résister plus 
longtemps à son émotion, et se penchant vers son mari, tout inondé 
de ses larmes, et qui la regardait avec de grands yeux fixes et muet 
de saisissement et de stupeur. 

— Toi, toit... murmura-t-il enfin i travers l'émotion. Gomment cela 
est-il possible? Vraiment tu me fais peur I mon Dieu, mon Dieu! oh F 

ta raison ou la mienne après tant de secousses ! Oh ! bonne, dis- 

«01, ipie tn n'es pas folle ! 

— Mais non , pauvre ami , je suis comme toi parfaitement saine 
d'esprit, sois-en sûr. 

— >lbis alore je ne comprends pas?.... comment peux-tu devenir 
Bkon ouvrier. Madame l'horlogère? ajouta-t-il en souriant. Pour sa- 
voir notre métier, il iaut l'avoir appris , et ces choses-là ne sont pas 

i * Voir lèe n*> de tO^vrier du 8 au 89 mars* 



de celles qu'on devine, eût-on comme toi de Tesprit josqv'au bout 
des doigts. 

— Allons , je vois qu'il te faut , comme à i'apôtre incrédule, révi* ^ 
dence pour te convaincre, la preuve de foiti Eh bien donc, la 
voilà 1 

Et, prenant l'une des montres qui se trouvaient accrochées à l'éta* 
bli, elle la démonta et la remonta tout entière en quelques instants 
sous les yeux de ban mari avec une prestesse et une facilité dont il 
resta confondu. Puis, elle lui montra successivement plusieura autres 
montres i lui apportées la veille de son accident pour des réparatipns 
diveraes et quelques-unes fort graves. 11 n'avait pu , bien entendu , y 
toucher et cependant toutes marchaient parfaitement. 

— Ma Louise, ma chère et excellente femme, dit M. Odoul avec 
l'accent d'une profonde émotion , il n'y a que le bon Dieu qui sache , 
ce que je sens là pour toi ! Moi qui ne croyais pas pouvoir t'aimer ^ 
davantage, le jour béni où, si heureuse et oubliant tes souffrances, tu ; 
mis dans mes bras le cher ange qui est là. Vois-tu, boone^ voisrtu, 
nu toute belle, j'ai bien souflert depuis quelques joura » j'ai été mal-,, 
heureux au point même, je puis te l'avouer maintenaut, d'avoir pres-c 
que regret à ce que j'avais fait , une mauvaise pensée que, grâce à^. 
Dieu, j'ai repoussée. , ^ 

— Oh ! j'en suis sûre. j, 

— Mais maintenant va, j'oublie tout, ou plutôt je me. vois récom- , 
pensé de tout. Non, non, Je puis te le dire et c'est devant Dieu que , 
je parle, sincèrement, du fond de mon cœur, j'ai tant de joie en ce ^ 
moment que je ne voudrais à aucun prix que ce qui est arrivé ne/ fût 
pas arrivé. Et toi, toi, chère enfant, dit le père en se penchant sur le . 
berceau et embrassant sa fille, c'est toi que je charge après le bon ^ 
Dieu de la récompense. Donne à ta mère une fille qui lui rcs- . 
semble. 

— Allons , mon ami , c'est assez d'émotions pour toi et pour moi., 
Irop de compliments. Tu me fais beaucoup^ meUleure que je ne suis. 
-Mais tant mieux, ajouta-t-elle radieuse, que tu sois redevenu toi-mêmei 

gai et souriant, parce que maiii tenant maintenant attends un 

moment pour que j'achève la phrase (elle disparut dans la pièce voi- 
sine et revint aussitôt tenant à la main un magnifique bouquet), mai)i- . 
tenant , reprit-elle , on a plus de plaisir à te souhaiter ta fête ; cai 
c'est aujourd'hui et je ne l'avais pas oublié. 

— Oh I tu n'oublies rien, dit M. Odoul, comme étouffé par l'émo- . 
tion et prenant les deux mains de sa femme dans la sienne en même 
temps que le bouquet! Je vois bien à l'arrangement de ces fleurs , 
quelle main les a disposées , et quelque chose de ton cœur a passé 
dans leur parfum. 

VL 

Getle journée devait être la journée aux douces émotions et plus 
tard aux heureux sou>enirs. Nos deux époux commençaient à peine à 
se remettre, et, dans la joie sereine de deux cœurs sûrs l'un de Tau- 
Ire , .à causer plus tranquillement de l'avenir et de leurs nouveaux 
projets, lorsqu'on frappa à la porte. M"i« Odoul ouvrit et elle vit en- 
trer, suivis de leur mère, les deux enfants du menubier armés cha- 
cun d'un énorme bouquet. Tous étaient en grande toilette et dans 
leurs plus beaux atours. Les deux enfants s'avancèrent un peu timide- 
ment, puis tout-à-coup se tournant vera leur mère, elle-même pres*- 
que embarrassée, ils parurent hésiter. 

— Pour le Monsieur ou pour la Dame, nuunan ! dit le petit gaf çqq, , 
enfant de cinq à six ans, et qui paraissait l'ainé. Lequel des deux est . 
Eugène ? 

— G'est moi , mon petit ami , dit M. Odoul en souriant. Est-c» 
donc pour moi ce beau bouquet ? 

— Ah ! oui. 

— Vous m'excuserez , Monsieur, Madame , dit la mère troublée, li 
n'est pas, tant s'en faut , auss| beau que nous l'aurions voulu , mou 
mari et moi, c'est pourtant ce qu'on fait de mieux chesle marchand. 
Mais nous vous devons taut ! Pardon d'être venus ! c'est peut-être 
bien osé à nous qui vous connaissons depuis si peu de temps. 

— Non, Madame, car vous êtes pour nous déjà des amis. 

— Merci , Monsieur, de cette bonne parole. Mais voilà' nou^ vous 



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M^^ 



SH 



L'OUVniRR. 



^ 



anoiui entendu plusjêiirt fbt» pommer par Madame de votre petit nom, 
ce qui ftit que nous h Bavions, mon marj et moi. Et vm, nous nous 
leriens cnu des ingrats de laisser passer U fête uns vous amener le8 
enfants, sane venir nous-mêFies. Car mon mari, retenu â son travail, 
se promet bien ce loir d'être \d. Mak en attendant le petit a de fa 
part un biUet, Donne, Pierre» donne ten papier i Monsieur, 

L'enfant alors tira de des.sou8 sa blouse une lettre qui, par son vo- 
tun^f retiemblait à un pbeet ministériel et il la tendit triomphant à 
M. Ode fil qui commença par embrasser le marmot sur les deui joues, 
puis, prenant la miesire, il la décacheta et lut ce qui suit : 

■ Monsieur et cher sauveur et bienfaiteur, 

a Lei petits^ I mon défaut, vous porteront, ainsi que mon fpouie, . 
les souhaits de notre afleetion, en attendant que je puisse, nioi^me 
permettre de voua serrer la main de tout cœur et corn ne un 
homme i un homme; je le fais dès i cette lietire en intention. Oh! 
e^est entre nous, â la vie, â la mort , et ce que je vous dois, je vi- 
?riis mille ans , que je ne l'oublierais pas» C'est qu'un père, allez, 
est un père , et quoiqu^on ne sott qu'un ouvrier , sans la polissnre 
de réducatioD, on aime tes marmots, oh ! oui, on les aime, et Ton 
se ferait tuer et baeher pour eui en cent morceaux. Voilà! aussi 
vous devez comprendre, sans que je vous le dise plus au long, 
puisque je uh d'aitleurs que ça vous gêne , si je pourrais être un 
ingrat, si j^aurais a cœur de vous prouver^ autrement qu'en paro- 
les L.. enfin suffit, je m^entends. 

» Il faut donc que je vous ouvre mon eo^orf II, avec francbise, et 
comme un ami parlant â un ami. un frère â un frère. Inutile d*a- 
jouter que je suis à mille UeueE, ab l certes de vouloir dire quoi que 
ee soit qui puisse vous chagriner. Je m'en voudrais seulement d'y 
penser Ah bien 1..,,. mais j*ai des yeui! pour lors j^ai aussi des 
idées, des pensées, des inquiétudes qui me tracassent la cervelle et 
le cœur tellement que la ^uit je n'en dors pas. Voici î je sais, excu- 
sex-moi de -vous le dire ^ je sais que vous n*êtes pas ce qu'on ap- 
pelle un richard, ayant des maisons ou des rentes. Votre état, quoi- 
que plus avantageux que le nôtre , et avec lequel on est un 
bourgeois, pourtant exige qu'on ait la main en même temps que la 
télé I sou service. Jugez de mon cliagnn , cémme de ma recon- 
naissance , quand je songe â ce que vou^ coûte ce que vous net 
f^it pour nous ; quoi ! k main droite, juste irotre gagne-pain et ce- 
iui de la fempie et de Tenfant. Pour lors , je ne puis pas ignorer i 
quoi cela m'oliIrgCf M je serais un sans cœur et un rien de rien si 
je disais : tant pis! et dormais ensuite sur les oreilles. Ah! bien 
£Ùr le bon Dieu m*en punirait plus tard dans mes enfants ] 
ji Mais grÂee à Dieu, tant s>n faut qu'au contraire, et je ne pense 
quasi plus qu'au moyen de faire et de bien faire ce que je dois. 
Pour lors , je n^'ai pas deux chemins , et je vais droit au but. Les 
niédecms et les apothicaires ça coûte cher ! vous svei peut-être 
besoin d'argent? or, ne vous gênei pas. ÎMon épouse a dan^: sa*po- 
che quelques billets de cent. Ça dormait à la caisse. Je les ai reti- 
rés à voire intention. Ainsi pas de cérémonies ! Dien entendu ce 
n'est qu'un petit â -compte. Vous voilà , vous , noire ami, excusez- 
moi de vous appeler ainsi , vous voilà â peu près manchot , et , en 
conséquence , fort gêné pour gagner votre vie ; c'est ma faute , i 
savoir , celle de mes bambins qui flânaient sur la voie publique et 
qui ^U6 vous , i r heure qu'il est , dormiraient h Mnnt - Parnasse, 
le sais h quoi ça m^'engage. 

1 A SSCI bon ouvrier ^ je gagne mes quatre francs , quatre francs 
cinquante par jour régulièrement , et la bourgeoise sa pièce de 
trente sous* Poor lors , nous partagerons en frères par k moitié le 
te lai jusqu'à ce que vous soyez sortis d'embarras , et même tou- 
jours , s^jI est besoin , à la grâce de Dieu , voilâ. Point de remer- 
cieineolsî c'est une dette que j'acquitte ^ et jamais, jamais assez, 
«Tuanû av#îc l'argent je donnerais dix onces de mon rang. Vous ne 
me retuserei pas bien entendu ; vous avez trop de vœur, de bonté, 
de dron sens, pour céder à une manvaisc p^nifée de va ni lé. Vous 
* ongcrcit d'ailleurs â la fera me ut à la chère enfant , el vous accep- 
lurez comme i'oUre , rondementÉ 



J 



f Votre tréf^Hiflible serviteur et dêToué de ctBur , 

» ÊtJSTAcaE ROB€Rï. . 

La lettre lue el non sans qu'il lui fallût plus d'une foii por:., ^ 
main è aet yeux , M. Odoul la tendit à sa femme en disant « 

— Lit , mon amie, lis, lu comprendras bien cela toi. Mh | ^ll li 
cœur tel que Dieu l'a fait. 

Mn« Odoul lut la lettre ^ et e'eat avec de grosse larmes ûîfp^ 
yeux qa*après PaToir achevée , elle dit â la femme du menuîfi^r 
•^ Voua avex pour mari , Madame , un homme d'un grand e£^« ' 

— Oh ! ce n*e8t paa pour le flatter» mais il a de ^, et eUes» f^ - 
paît la poitrine. Mais d'après la manière dont voua prenei la cà 

je m*en réjouis , sans doute vous acceptez? 

— La lettre , oui , dil M. Odoul , pour la garder dans nos m' 
nirs de famiUe comme l'un des plus précieux , comme le téBott 
vivant d'une généreuse gratitude ! Merci , merci miUe fois et dn ^ , 
du cœur 1 Dites bien à votre mari ^ Madame , comme j^'eipèie 1« j 
dire bientôt moi-même que je suis profondément touché , atten .; 
reconnaissant de son oflVe \ Hais , grâce au ciel , grâce au ût, v 
ment de mon excellente femme qui a trouvé mo3fen de me ^upfdéff, 
noua n*âvona paa besoin que nos amis se mettent pour nous û»'^'* 
gène peut-être, «^imposent aucun sacrifice . Notre avenir estasavi- 

-* A la bonne heure l mais enfin, si jamais l car on ne laii ^ 

ce qui peut arriver l si jamais vous aviez besoin de poovoir tomfmi 
sur des amia, oh J promet lez-moi de nous donner la préferen^a^ 
i — Je Vous le promeU, digne femme. 

•^Ce sera ayec bien de la joie^.. nous seront heureux, mon 
et moi, qoePoccasion ae présente de vous rendre service. Et fuiB#i 
nant, ajouta- t^elle en se levant. 

— Oh ! mais , dit M«iv Odoul en la forçant k te rasseoir , j'^apll 
bien que vous ne vous en allez pas ainsi ou du moins que vont tmi 
reviendrez ce soir avec votre mari et que nous dlneroiis tout m M 

, mille. « 

— Mais c'est que.i. je ne ftais.i. je eratn**.. 

— Oh ! d'abord je ne vous laisse sortir qu'à cette c^^ndition et 
si vous dites bien franchement : oui. 

^ C'est trop de bonté et vraiment.,,,. 

— Est-ce oni î 
— r A une invitation faite de si bon cœur on ne peut pas reponèr" 

non! mon mari heureusement quitte son atelier k six heures, jt 
crains pas de vous &ire trop attendre, 

— Ne vous inquiétez pas, on attendra aulant qu'il faudra* Vm^ 
tant, c'est qu'il n'y ail pas de place vide. 

Le soir, «n eifet, une même table réunissait toutes ces exeelleal^ 
gens. Et â voir tous les fronts si radieux, et t'épanoniasemeut da ^ 
sages, et les sourires el les regards, et les aerremeota de mains, ci^f 
bonnes paroles qui s'échangeaient d'une façon si cordiale et n'end 
cbasent point de faire honneur an dîner , ou sentait que tous ^êÎê^ 
heureux d'un bonheur sincère, que les cœurs, vraiment de la fête, 
talent tous à Punisson. 

Au deasert, le brave menuisier tendant ton verre que rempli^^ 
M. OJoul, dit gainient : 

— Oh ! cette fois pas de mélange et , serviteur h U c«rale , ^ ]• 
bois â la vôtre, cher Monsieur, comme â celle de votre refpecUW 
el aimable épouse et de votre belle petite Jille, 

— Et je vous le rends bien sincèrement , répondit M. Odoul; uj/k 
ne puis voua faire raison qu'avec de Peau rougie, le cœur y est. 

— Merci, merci, reprit le menuisier avec l'accent d'une mile mm 
tionf.Ah! c'est bien vrai qu'il y a encore dans le monde des hié^û 
gens et de bons chrétiens. Ça fait du bien â penser et «urtout k vor. 
Met amis, cœurs d'or, je ne vous souhaite pas de malheur^ et faî^iid 
contraire, je donnerais mon sang pour Pempêcher, ot cependi]it)i 
serais contant de prendre un peu ma revmiche. Je voudra que fa^j 
casion se présentât de me jeter dans Peau ou dans le feu pour Pue é\ 
vous. Batiuu) Batwic^ 

( La Famille du vieux Cëibataire, — Ambroise 0r»y. ) 



Angers « imp. 4e LMnt^ irâr«s . 






'\t(10 



loM^ 



Krso. 



12 avril 1862. 



L'OUVRIER 

Joarnal hebdomadaire illustré paraittant tout les tamedit. 



U>MIXn8¥RATI0N : 

qiuU dei Grandt-AnguBtins 
i la libiftixi« d« BLÉBIOT, 

▲ PARIS. 



SOMMAIRE. 

X.B8 AVENTURES D'UN BCRGEH, xm tugèot ë« lfâ0ioai« ^ 
RIBTOIRE D'UK TABLEAU ET D XJNB CAMTINIÊRE. pt^r Giiiseppe 
Caimblb. — AVIS mPOHTANT. - FI DES COQUETn»^ par «tigtoe 
de Marsvrib. — VARIETES : D'un vin de Bmne qui ne pitrtaU pa* à la tête. — 
JURISPRUDENCE INDUSTRIELI.E. 



ABONNEMENTS D'UN AN 

I pvtir di 1*' de chafie moig : 

fmààûÊ. ...*...... 6 »■ 

SmoMÉ, Èérrn, S«m VAtn, 1W- >'< 
omi^As. . .6 >• 

ÉtATC-UkH m L'AlOlMQin DU N O&B . 7 » • 

CoMHiii IT àsnm P4T1 d'outei-nhi. 8 50 



LBS AVENTURES DCN BERGER'. 



CHAPITRE XVII. ( Suite) 
Noœs royales. — Histoire de Jean Duruisseau* 
a ci-devant jjamin de ParU continua ton r^cit en C09 termes 
9 partis pour Brest. ^ __ . 

lait jours après, com- 

il y arait alors des 
laces de guerre mari- 
B, et qu'on ne pouvait 
iver assez de mousses 
r la marine marchan- 

tant la marine mili- 
s en consommait,^ on 

dirigea sur Nantes, 

l'on m'embarqua à 
1 du Bengali t une 
tille goélette, qui fui- 

le coaunerce entre lii 
lagne et l'Amërique du 
l, en relâchant quel- 
foia à Bordeaux, 
roone, Porto, Lisbon- 

, Cadix. Mon inexpë- 
loe, en matière de ma- 
p, était complète} muis 
'montrais beaucoup de 
me volonté, et comme 
c mes quinze ans, je 
ùssais en avoir dix- 
t, on pensa que je pour- 
I être mis à diverses 
ices et, au besoin, sup* 
erun ouUeloi. 
lëlas I an navire c'est 
nonde en miniature. Il 

trouve des braves gens 
de JDdebSntas gens, leâ 
5 et les autres en assez 
it noo^iMee, mais, au 
lien nue masse drames 
blés qui se laissent en- 
Iner, soit au bien par 

uns, sottr par les antres 
mal. 



Jean Duruisseau, mousse, tenté par lé vicomta de Merlaiik» 



l'étais de ces &mes faibles, plss hsMtué malheureasement à la 

mvaise pente qu'à la' bonne. 

Font luitersnemdBt, je me rapprochai donc de Taide-disi^pefttier, 

Viir les a«p 4a rOiwr<6r 4a 4S JsBfier an ft «vriL 



de deux ou trois matelots, d'un ou deux mousser et ide deux aven- 
turiers de passage qui formaient la fine fleur delà canaille des Deuf^ 
Mondes. 
Pourtant la chose ne se fit pas absolument toute seule. 
Je me souviens encore du jour où l'un de ces aventuriers^ qui était 
couché comme un veau, sur le pont, essayait, d'abord en vain, de 

m*attirer vers le mal. « G'é 
tait pour revenir au bien 
que je nçi'étais fait mousse. 
Il e(it été bien déraison- 
nable de tout 4e su^te re- 
prendre mes n^iuvaises 
habitudes parisiennes . . . .d 
Je résistais donc à toutes 
les avances de M- Merlan, 
— c'était le véritable nom 
de cet ex-gartçon coiffeur 
qui se faisait appeler le 
vicomte de Merlalne, — 
lorsque. tirant de sa poche 
une pièce de monnaie et 
touchant, avec, mon pied 
nu, il me demanda si Je 
ne jouerais pas volontiers 
une partie. de bouchon. 

La chaleur était étouf- 
fante. Tout l'équipage fai- 
sait la méridienne, à l'ex- 
ceplion du pilote. Et en- 
core le pilote lui-même 
n'était pas, que je croie, 
bien éveillé. .Sa piloterie 
tournait ft la sinécure : il 
n'y avait pas un brin d'air , 
et depuis deux jours le 
navire ne bougeait pas. . . . 
Nous étions donc. Merlan 
et moi, maîtres du pont. 
Nous y fîmes une partie 
de bouchon qui réveilla en 
moi l'amour du Jeu, la 
soif du gûn . . . 

Puis, mon nouveau ca- 
marade étala devant moi 
tant de souvenirs de la 
vie parisienne, il me fit 




un tableau si séduisant de l'existence qu^ comptait mener aux co- 
lonies, des industries diverses qu'il se proposait d'exercer, de 
mille tours pendables mais charmants, à l'aide desquels il exploit 
ttrait ces bons colons que, du coup, tous mes mauvais instincts, 
comme des serpents engourdis que l'on approche du feu, relevèrent 



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39« 



L'CfUVRIBR. 



U tête. Je me gentirit lutti capable que qm que ee fût de toutes lee 
ronerîes imaginables, et il me semdblait qu'associés ensemble , Mer- 
lan et moi , nous ferions des merveilles. Il y avait bien mon enfage- 
ment comme mousse qui me gênait un peu. Mais , une fois à Buenos- 
Ayres ou â Lima , je saurais échapper i la surveillance un peu som- 
nçlente de mes cbe&. .. . Et ïien habile qui me repéchmit dans d'ansii 
grandes villes ! 

A la suite de cette rechute , feus de fréquentes conversations avec 
raimablr lie doikt je tous ai parlé.... Après chaque entretien, j'éprou- 
vais un vif remords que je cherchais en vain è Cure taire.... Et pour- 
tant je ne savais pu romprO tfec cette funeste société. 

n y avait sur le Bengali quelqu'un que j'avais â peine remarqué et 
qui suivait toutes mes démarches... C'était le Père Ulric. 

J'étais une âme en détresse : il fit tout an monde pour pue sauver. 
^ D'abord il chercha une occuion de me parler en particulier. 

Le Père Ulric, vous le savez , Lapiniens , aussi bien que moi , est un 
homme irrésistible. A peine eus-je causé une demi-heure avec Itii que 
je me sentis le besoin imf^rieux de lui ouvrir mon cœur. H ^ut bien- 
tôt toute mon histoire , non point seulement l'histoire des petits évé- 
liementà qui avaient accidenté ma vie , mais l'histoire de lÉies senti- 
ments et de cette double tendance qui tantôt m'entraînait vers le 
bien et tantôt vers le mal. 

Le Père Ulric tout seiil , placé dans le plateau du bien , était un 
coiitre-poids èuffifliant pour enlever, comme s'il n'eût contenu qu'un 
létn de paille ou une feuille de rose , le plateau du mal où s'entas- 
saient en vain Merlan et tous ses acolytes. 

Le Père Ulric' eierçait sur moi une véritable 'séduction. Il avait , à 
pro{^rement pâtler, i6i» fe grappin sur ce fiimeui Duruisseau, si jaloux 
dé son indépendance ; ti ce grappin m'était si doux que je ne crai- 
gnais qu'une chose : c'était que cette bienheureuse influence venant a 
cesser par le départ du bon capucin , je ne retombasse encore une 
fois sous le joug de quelquee méchants compagnons. 

— Vous êtes bien bon , disals-je quelquefois au Père Ulric. Mais le 
diable est si habile l Ne trouvera-t-il pu quelque moyen de me sépa- 
rer de vous ? Et aldrs que deviendrai-je î » 

Le Père me tépondait tolite sorte de choses sages et rassurantes. 

Dieu fit mieux. Dieli ne permit pu que j'atteignisse ma destination 
première , où le Père Ulric m'eût forcément perdu de vue et où je 
serais peut-être' redevenu la proie de quelque Merlan. Au contraire , 
il me jeta dans votre île , Lapiniens , seul avec mon vénérable ami. 
Puissé-je être toujours son imitateur, son auxiliaire dans l'œuvre mé- 
ritoire de votre éducation ! 
_ J'ai dit... ou plutôt non , car j'allais oublier la morale. 

La morale de mon. histoire , à supposer que tos intelligences exer- 
cées ne l'aient pas encore découverte, c'est que l'homme est un être 
faible , et capable , si Dieu pe l'assiste, de toute sorte de fautes et de 
crimes. Pour moi , je me confesse un mbérable , et que , sans cet. 
envoyé de Dieu , je sends devenu , selon toutes les probabilités , pire 
qu'un anthropophage. 

CHAPITRE XVm. 

L'âge é'ôr' dn royaume des Lapiniens. 

> Qn a dit qu'il n'y anit pu d'histoire plus ennuyeuse que celle des 
^nples heureux. Un bon roi , aussi éloigné de la nonchalance des 
derniers Mérovingiens que de la tyrannie féroce des despotes orien- 
taux, des sujets fidèles, un commerce florissant, pu de guerres ni de 
révolutions, pu de choléra ni de peste noire, peu de vols et d'assassi- 
nats, point de piocès, scandaleux quoi de plus monotone pour le 

lecteur?,.*- C'^ comme s'il parcourait ces interminables plaines de 
ia Beauce ou de la Brie, couvertes de riches moissons, mais plates, 
nuds uniformes et qui n'ont pu le plus petit mot pour faire rêver 
le poète ou pour îpsp^r l'artiste. 

Donc, si vous aimez les. émotion3, si vous y tenez absolument, cher 
lecteur, passe» vite sur c^» chapitre de Tige d'or des La^enpi. llm 



contient pu un seul événement, mais seulement la ^deseriptioB — el 
encore je l'abrège par condescendance pour votre fiiibleese — dis bes- 
heur sans mélange dont jouirent mes bien-aimés sujets , àeupmê Té* 
poque de mon mariage avec Thala jusqu'aux étcanges aventures que 
je raconterai dans le chapitre suivant. « 

n y a pourtant, je crois, un certain intérêt poinrles espdts eliieex^ 
i contempler un instant ce tableau d'une nation heureuse «t è réi^ 
Mt sur les causes qui amenèrent et qui maintiurent ee 
pendant six longues années, — sur les ôauses aussi qui le 

mirent tout-&-coup, hélas ! pour longtemps Plaise 4 Dieu que ce 

ne soit pu pour toujours! 

S'il est permis d'appliquer a cette petite peuplade de l'île aux LapiM 
des idées et des expressions faites pour de puissants États , je dirai 
que nos insulaires se divisaient ^n deux catégories : les gouvernés, 
qui étaient tout le peuple ; les gouvernants , c'est-i-dire , moi le roi , 
aidé de mon conseil , qui , officieusement sinon officiellement , se 
composait du Père Ulric, de Thala et du petit Jean Duruisseau. 

Une des premières paroles que m*avait dites le vieil Espagnol, en . 
me parlknt de ceux qui n'étaient alors que mes futurs sujets , c'était 
que les Lapiniens avaient horreur de l'ingratitude. 

Rien n'était plus vrai. Tout le temps que je demeurai parmi eux, le 
lien le plus fort qui les rattachât è moi, la racine de leur respect^ de 
leur amour, de leur confiance, de leur docilité, était le souvenir des 
bienfaits qui avaient signalé mon arrivée dans leur Ile. 

J'étais donc un roi, ou si vous voulez un père ; car bes cent cin- 
quante ou deux cents sujets pouvaient passer pour une nombreuse 
famille aussi bien que pour une petite nation : Andorre et Saiot-Marin 
eussent été, i côté, de vastes empires; — j*étais donc un roi paternel 
ou mieux encore, un patriarche, malgré mon menton presque im- 
berbe. Même les barbes blanches se regaqiaient comme mes en&nts. 
Tous étaient tellement persuadés de la supériorité de mes lumières, 
de mon désir sincère de faire le bien, de la protection efficace dont, 
par ma seule présence , je les couvrais au vis-i-vis de leurs voisins, 
de l'abîme de âiibleue dans lequel les plongerait mon départ, ils sen- 
taient et disaient si bien que, le premier, j'avab su, d'animaux qu'ils 
étaient, fidre des honunes, ébaucher même ces chrétiens que le Père 
Ulric devait achever, — que l'idée de me résister ; même en pensée, 
ne vint presque jamais i aucun d'eux 

D'après cette imparfaite esquisse des sentiments que mes sujets ' 
professaient pour leur monarque , vous comprendrez que , même à 
moi seul, mais les tenant par les clyînes puissantes du cœur et de b j 
raison, c'eût été une tâche facile de les gouverner. 

Pourtant, comme il est impossible que, dans une société, nefût^Ile 
que de vingt-cinq personnes, il ne se rencontre pas quelques opposants, 
quelques récalcitrants, quelques volontés rebelles ob du moins hésitan- 
tes, quelques intelligences ou quelques imaginations tellement éprises 
des séductions d\i mal ou tellement identifiées à son esclavage qu'elles 
sont aveugles à la clarté du bien, ou que, si elles entrevoient cette lu- 
mière, le courage leur manque pour la suivre, — Dieu me donna, dans 
les trois membres de mon conseil ci-deuus nommés , des auxiliaires 
auxquels rien presque ne put résister. ' 

Et quand je dis auxiliaires, c'est pour parler comme la Genstitation 
des Lapiniens, aux termes de laquelle la plénitude de l'iirtorité m'ap^ 
. partenait. Dans le fait, sur trois auxiliaires , deux au mcnns vulaieat 
infiniment mieux que moi, et possédaient une puissance de convîetioD 
et d'entraînement, dont toutes mes merveilles culinairu, médicales, 
administratives, militaires et diplomatiques n'aj^focbèrent 



La mission du Père Ulric consistait surtout i poursuifreidenslain 
derniers retranchements la superstition et l'orgueil dont vous a entre* 
tenus l'un de mes prétédeilts chapitre^.' 

Cédant â une sorte de respect humain , auquel, si .tons:. vous ea 

souvenes, se mêlaH un grain de gastpenomie, tous les lafâniem 

avaient, depuis quelque temps déjà , renoncé au culte oublie de Ta- 

, nimalqui se nourrit de choux; Pluaieura pouetant regrettaisoCrW- 



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J 



L'OUVRTRÏÏ, 



nouille où xégoait ce dieu^facile , peu exigeant en matière de culte et 
sociout de mori^. Pour leur cacher à eux-mêmes la konteuse origine 
du ees..regpet«, U diable leur suggérait lUiypocrite pensée de se (jra* 
p^ éti patriotes^» de répéter tout bas que, pendant des siècles, Tile 
, aux Lapins n'avait pas connu d'autre dieu que Tinnocente bestiole 
^oîcluÂaTait donné son nom» que c'était saps doute offenser les an- 
cècret et affliger leurs mâ^es que de paayser ainsi & un dieu nouveau, 
kjm dieu étranger ^ue personne n'avait vu et qui prenait plaisir à 
^omaier le cul^ national 

^»f Qut cela n'était pas fort comme arg'u(nent. Il ne s'agisiait pas de 
^¥oir en effet si le lapin élait un animal inoffe'nsif . fnais si cet ammal 
était un dieu. Qu'importait que, pendant des siècles, on eût rendu à 
lasj^rembtant^ béte.un cult^ stupide? Et n'était-ce pas une raison de 
pU» de se dépêcher d'embrasser une croyance plus raisonnable? En- 
fin, les ancêtres n'avaient rien i voir ici, et s'il est bon de ne pas 
^fcu m i o n n er à la légère les usages qu'ils nous ont transmis , il est 
■meilleur, pour obéir à Dieu, le premier de nos ancêtres, de renoncer 
k -des cérémonie3 absurdes ou coupables. 

Voilé ce que, dès l'origine, j'avais essayé de faire comprendre â 
celte petite coterie d'opposants , dont la masse était composée d'igno- 
rants fanatiques, et la lête de deux ou trois ambitieux qui ne croyaient 
ni à Dieu ni i diable, ni, â plus forte raison, au. lapin. 

If^is j'avais échoué contre l'infatuation des dupes et le parti pris des 
-flftenenrs. 

^ Par une sorte d'instinct, meneurs et dupes évitaient, tant qu'ils 
pouvaient, le Père Ulric. Ils se souvenaient de ce que Duruisseau avait 
dit de son habileté sans pareille à jeter le grappin sur les volontés et 
sur les intelligences Pourtant cette habileté agissait même à dis- 
tance. Il y avait, chex notre bon capucin, une puissance d'attraction 
^ laquelle la mauwise foi tout-è-fait déterminée pouvait seule ré- 
sister. ^ 

Peu â peu presque tous les. rebelles vinrent mettre bas les armes 
entre ses mains. Ils reconnurent les bienfaits de Dieu, la folie de leur 
résistance, la beauté du dogme chrétien, le dévouement avec lequel le 
Père Ulric courait après leurs âmes Jis devinrent les jplus dociles dos 
ouailles du missionnaire et les plus fidèles de mes sujets» 

Deux ou trob philosophes se défendaient encore. Ni les bienfaits 
ûont j'avais comblé leur nation, ni la bonté surhumaine qui rayonnait 
dans les moindres paroles du Père Ulric , ni l'admirable lucidité de 
ses enseignements, ni cette voix qui du fond de là conscience de ces 
prétendus sages s'élevait et leur disait : Va donc vers cet homme ; il 
ôonnait les secrets du ciel ; toi, tu n'es qu'un orgueilleux et un entêté, 
— - rien de tout cela ne pouvait triompher de cette dernière jésis- 
tance. 

li fiillait là main d'une femme, ce toucher si délicat, et si fort dans 
sa délicatesse, il -falUit des services personnels, un dévouement s'a- 
dretsant au rebelle lui-même et lui seul , pour faire germer dans ces 
ecenrs une reconnaissance plus forte que l'orgueil , et un amour plus 
puissant que la vaine science.... il fallut la bonté même de Dieu, 
opérant par Thala, pour avoir raison de ces durs-à-cuire. 

Le chef de ceux que j'appelle de ce nom familier et qui s'appelaient 
^oxHuêmes, plus pompeusement, fies derniers des Lapiniens, • élait 
un vieux savant des plus considérés » l'illustre Bancok. La littérature 
des archipels polynésiens n'avait pas de mystère pour lui. Il avait 
même , jadis , visité quelques villes civilisées. Il en avait rapporté la 
conTÎction modeste que le Lapinien est le premier peuple du monde. 
Il avait été longtemps grand-prêtre du vieux Lapin Roux. Depuis l'ex- 
plosion du dieu , Bancok , mis à la retraite pour cause de suppres- 
sion d'emploi, avait conçu contre toutes nos nouveautés européennes, 
et contre moi , leur introducteur, une haine sourde et qui pouvait de- 
venir dangereuse. Il résistait d'autant mieux à l'argumentation du 
Père Ulric qu'il étsit» tout autant que celui-ci, convaincu de l'absur- 
dilé du culte des lapins. Mais il y avait, jadis, trouvé son profit. 
Ilnîntenant il éprouvait une sorte de complaisance â être considéré 
mamnb is chef de Is résistance» comme le seul front assez fier pour 



demeurer ferme , tandis que taua le$ autres se courbaient dêTant le 
Dieu de Barthélémy et du Père Ulric î 11 ne âenrait de rien qu'un 
zèle infatîgiible fit luire aux yeux de Bancok la pleine lumlèfe ! Baii- 
çok était bien décidé i ne pa& la voir. 

Insemible à l'éclat de b Y^rité, — du moina il te croyait tel , --*■ 
Bancok ne Té tait pas aux atteiûtes de la maladie. 

Uq mal étrange le saisit un jour et le cloua i^ur ion Ut, au Mit de 
son palmier. Je le vie; j'ordonnai divers médicaments. Mais eomnie 
Taffection me parut morale, ou pluli^t mentale, pour le moins lutant 
que physique, je ne dissimulai pas â Bancok qu'il était indispensable 
que, jour et nuit, quelqu'un vcilllt 1 son chevet, pour lui porter les 
secours nécessaires et venir me chercher en cas de besoin. J'auriii 
pu ajouter, ce que je ne fis fias, de peur d'effrayer le malade, que Je 
craignais fort un accès de Gèirre chaude et que Bancok ne profitât * 
pour se jeter par la fenêtre, des facilités qu*oiïrait la cotiformation de 
son logis, 

Bancok malheureusement était garçon. Ni femme ni fille par cou- 
séijuent pour lui servir d'infirmières. U employa les prières, puis la 
promesse d^une riche récornpensep pour trouver, parmi le» itiitronet 
lafùtiîennea, quelque bonne Jme, ou quelque âme cupide, qui vou- 
lût bien faire fonctions de garde^malade auprès de lui. Mais, outre que 
Bancok éiait peu aimé, le caractère myitérjeui de sa maladie «ffraya 
tout le motide. On craignait que le mal ne AU conlaËicux ; ou crai- 
gnait dVHre seul avec lui dans ce nid de c»go^ne ; saiai tout-l<oup 
de quelque verligo, Baticok ne pouvait-il pas prendre sa garde pouf 
un vokur, et, vigoureux qu'il était, la précipiter, la tète la premièret 
£ur le ii^rrain rocailleux du milieu duquel a^élève le palmier du vieuy 
sauvage î 

Thala, qui s*èhit etnployiie pour découvrir cette introuvable infir* 
tnièri^ , ne put se résoudre â laisser te malheurçax Baacol^ stOA. as- 
sistance, 

— J'irai moi-même, me dit-elle» 

Etj coninjc je paraissais disposé â ttire quelque objection, 

— 1^3 sommes-nous pas roi et reine pour nous dévouer â nos su* 
jetst me dit-elle. El pourquoi me reruseraia-je à cette forme de dé- 
vouement que me présente aujourd'hui k Providence! Qui sait? Peut- 
être qu*en soignant le corps de lïancok , j'attendrirai son Ime et 
qu'elle consentira enfin k recevoir ta bonne Bemence que le Père Ul- 
ric n'a encore pu lui Faire accepter. * 

Bancok , quand il vit Tbula s'installer aupréa de lui comme gardê^ 
maUde ^ u'en pouvait croire £es yt'ui. 

Qu,*r;inle jours et quarante nuits ^ le pauvre Tieux fut entre la vie 
et la mort. Quarante jours et quarante nuit^, Tbala ie soigna , le 
vtfiUa , cùiuine ai ell^ eût été sa Bile , ta plui tendre ^ la plus dé-* 
vouée, h plus merveilleusement intelUgente dei lillea,... SouTent 
Bancok 4 Lil le délire i toujours il reconnut thala ; Louiours il eut 
pour elle la ulus absolue obéissance ; toujours il l'appela des noms lei 
pluïf doux ; toujours il protesta que , l'il guÊrisBait , il irait pour elle 
au bont du monde, 

Simple comme un enfant , Tbala parpîisaît ne pas ae douter de cA 
que son dévouemeol av^t de sublime.... Dieu la écrit dans le ctel» 
M.ais , en >tttendant les réconipenaes éternelles , combien Tbala ne 
fut-elle pas dédommagée de se3 peines ^ lorsqu'elle vit Theureuse ré* 
volution qui s'accomplissait peu à peu dans Teaprît de Bancok 1 L'ai- 
greur et le fîel en avaient complètement disparu : ThunnUté avait pris 
h pL^ce de Torgueil. Dieu pouvait yenir prendre paasession de cett^ 
Ime, 

Un beau malin , de lui-même Bancok déclara qu'il était un grand 
misérable , qu'il y avait longtemps que son cœur était secrètement 
touché des doclnnesque le loi Barlhélemyi pni^le Père Ulric avaient 
annoncées au3i lapiniens. 11 ne doutait pas que ce ne fût b vérité* 
S'a avait résisté , c'était par ambition d*Être chef de parti , par i^anilé 

de pouvoir le dire le dernier soumis Mais m.iin tenant cela était 

plus fort que lui. Il s'avouait vaincu, et, se sentant plus mal, il cou* 
jurait Tbala daller chercher le Père Ulric , pour Vaider â mourir..., 

Djacok ne mourut point , du moins (HJtte (bis. Sa conversion n'en 



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990 



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ht pas moins siDGèra *^^ motns solide, Désormatg nùun pûmes le 
compter , le Pèro Ulric et inoi , parmi les plu^ aûrs appuis de cette 
cÎYÎlkation chrétUnne dont nous avions doté Vtle aux Lapins^ Sa re^ 
conDaissanue pour Thala ne eonnsissait pas de bornes , et manquAil , â 
cliaque insUnt 1 de h fslt& retomber dans son vieux péché d'idolâtrie. 
Chacun , bien entendu » attribua cette conversion de Bancok , si 
îongtemps inespérée , aux vertus et au dévouement de Tbala, Thala 
seule etit plus raison que les autres p — qui pourtint ne se trom*' i 
paient pas , — elle TaUribua à Dieir 

tin mot encoie , — j'en ai loucbé déjà quelque cbos« dans le pr^- 
sédent chapitre « — sur mon troisième auiiliaire , Jean Du ruisseau. 

On ne Toit pas Irop d'abord quel rôle il pouTait jouer ici » qu'un 
rAle de doublure. 

Durub^eau avait au contraire une três-aéneuse nmsion , sous des 
apparences un peu frivoles. 

D'abortï il ^tail une réponse vivante à ceux qui eussent é{& tentés 
de prétendre ^ — plusieurs Taffirment de ce cdté-ei de T Océan , — 
que rien nVst ennuyeux comme la vertu et laid comme le christia- 
nisme ; que la foi n'est qu'un êteignoîrj et ta morate un bâillon. 

Duruisseau comh allait cette sotte idée nar une série de raisonne- 
ments f de récits , de paraboles , de joyeusetés ^ qui prouvaient que , 
ehez lui du moins , les hauts pnncipes n^cngend raient pas la mélan- 
colie. 

Fuis , si quelquefois on essayait de soutenir devant lui cette thèse 
quil ; â du moins pms d^agrément et surtout plus de liberté dans 
une indépendance absolue de croyance et de conduite que dans unn 
vie réglée oar la loi divine , Duruisseau entrait dans une colère comi- 
que f et  travers une enAlade dliistoires , toutes plus drâles les une^i 
que It?s autres ^ et dont la conclusion était toujours celle*ei : Obéir n 
Dieu est non-seulement un devoir mais un bonheur, non-seulemen! 
une loi mais la nlus grande paix et le seul repos possible de T^jne , 
— il arrivait â un argument décisif , un argument personnel ^ ce qnW 
ivait coutume d'appeler eon coup d*asiomnioir, 

— J'ai connu, disait-il, un parUculier, mon très-proche parent , qui 
a été longtemps un assez pitoyable sujet. Il m'a plusieurs fuis avoué , 
bteii bas , qu'il n^a îamais pu élre heureux en faisant le mal : il le 
faisait, parte qu^il était lâcbe et qu'il ne savait pas résister aux ten- 
tations. Mais toupurs le remords arrivait en croupe derrière la 
faute. ^.. et pour mon individu ce supplice du remords ne s*arrét;iit 
ni jour ni nuit Depuis , ce même parent a changé. Il est devenu 
bonnéle homme et bon chrétien. Sans doute , il lui en coûte beau- 
coup quelquefois pour ne pas retomber dans son ancien fumier. Âlais 
son bonheur est si grand et ai délicieuse la paix d'une conscience' 
tranquille qu'il na Téchangerait pas contre un million.... Ce mien 
parent , eVst moi-même , disait-il en terminant. » 

Oui eût jamais pensé que ce pauvre Duruisseau , qui parlait si 
bien f dût ^ tout-à-€Oiip et sans crier gare , tourner le dos au bon 
Dieu et rentrer au service du diable , un maître si dur , et qui nous 
donne presque toujours dès cette vie, u^ avant-goût du triste sa- 
laire qu'il prépare ^ dans l'autre vie , â ses malheureux esclaves ? 

( La tuiie au pr^ham numéro. ) EuG. lïE Marge Ri£. 



Ul&TOIRE D'UN TABLEAU ET D'UNE GANTINIERE 



J'entrai il | i quelque temps ehex Jules Martin. C'est un jcum^ 
peintre de mes amis, garçon de talent et d*aveair. 

tes critiques l'appellent «M. Martin, a 

L^sbsbîtanls de sa ville natale disent t notre jeune peintre; t queU 
q^ie^uns ajoutent « notre illustre compatriote, t 

Ses amis le nomment Bimplement > le petit Jules. ■ 

Quand /entrai duu ritelkr, Jidei étili se&l; îl trivailbit a une 



toile de grande dimension , placée sut un £hevalet t an centre dti b^^ 
pièce. J 

Je ne vous parlerai pas de fatelier. Tout le monde connaît ces mille J 
objets jetés dans un pittoresque désordre, ce musée de toutes choses dJ 
de tous genres, qui encombre les coins et garnit les murailles de «etii 1 
grande pièce , que vous vo^ex d^ici , avec sa haute fenêtre â grandi 1 
carreauXj d'nû tombe francbe et claire la lumière. i 

Je m'approchai du tableau que Jules terminait. j 

Au milieu de nuages de fumée et de poudre s'avançaient des ioi*^ 
dats, emportés en avant par un même mouvement ; faisant feit, ehir^ ] 
géant leur arme , croisant la baïonnette , ou armant leur fusil, %o^ j 
couraient I l'ennemi. j 

Au centre de la toile, se détachait sur le fond un officier i f hevsl» | 
qui^ répée k la main, dominait tous ces hommes et les entraînait avec j 

lui. J 

Mais ce qui frappait davantage encore te regard , c^était au premier I 
plan I gauche , une jeune femme , une cantinîere , armant un fiwîi j 
qu'elle avait retiré des mains d'un soldat tombé 1 ses c^ités, et qui, 1 
Tcell Ûté sur l'ennemi, prenait, elle aussi, une pstrl activa I J 
l'action, i 

— £b î bieUf me dit Jules, qu'en penses-tu ? 1 

— G'eit très-fort I mon cher ; te voilà pas^è maître ! I 

— Oui, je crois que c^est asseï réussi; mais voyons ton optniom j 
entière* ] 

— Que veux-tu? c'est superbe, tout bonnement Voili un co- 1 

loris â Èire pâiir Delacroix..... et la composition! Quel feu! qMttï 
mouvement \ Les têtes sont expressives » vivantes, et tes soldats i*^ 
raient signés par Charlet, J 

— Et le cheval, vous platt-il, monsieur le flritleurt ] 

— Parfait l il respire, îl appelle le combat. C'est bien un dt iimim ^ 
auxquels pensait le poète, quand il parlait I 

■ Bo ces chevaux à l'œil de fijunme , aux jamt>es grAtei I 

m Qui volaieat dans les blës comme des sautereUos. m 1 

^lais pourquoi as^tu cette femméHu premier plan? I 

— La Françonnette? " 

— Françormelic ou Mananne, peu imporle ; la cantîniëre. | 

— Klaisj c'est qu'elle est te béros de rhigtoire, et que j'ai fait tout la < 
rrste pour elle. 

— PoureUê! une histoire ! une vieille histoire i coup sûr, i ea-^ 
juger par les uniformes. ^ 

— Oui, une bisLoire d*il y a soixante ans, 1 

— Mais que ne disais-tu plus Idt qu'il ^ avait une bistoîre \ Allofts» ] 
voyons, âpprenJs4a-nioi. 1 

— Comme tu voudras ; quoique cela n^ait rien de gai. i 

— Allons, mon cîgare est allumé , je suis tout oreilles , et tu êê Is 
parole, ' 

— Tu sais, me dit Martin , que mon grand-père a servi dam let | 
guerres de notre grande époque militaire; e*est de lui que je ti^it e« ' 
récit, I 

Dans son régiment se trouvait un soldat nommé Den^. à 

C^était un beau et bon garçon, doux comme un niofuton et vigiMi-»^ 
reus comme un taureau , nul n*êtait plus brave que lui ; avec C9k V^ 
était modeste et rangé comme une jeune fiUâf et pieux égale- 
ment. 

La cantinière était sa sc^ur. 

Au régimiut, on V appelait la FrançonneltOL 

Sou vrai nom était Françoîbti. 

Françoise avait toutes les qualités de son frère ; et tons deux êtitf 
r exemple et Thonneur du régiment. 

lis étaient nés â Paris, dans une petite maison de la rue Pter 
Lombard, au faubourg Saint-Marceau. Denjs n'avait qu'un an, qilaii 
ils perdirent leur père, qui les laissa dans u pvévreté. 

Leur mère s^èpuisa à les élevé r^ Quand ili fiiî^nt grandi , ies i 
de la pauvre femme étaient usées, et ta ^anté détruite. 

Denyï et Françoise travaîlbient cour.^gcuiement pour li &irt i 



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ï/otivnmB. 



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' Us avaient keiu faire» ils avaient beau «Ire éconnmea. coungeux^ 
aro^ i Touf ragSf el bien vùè dâ tous, le« médîcampnts et les re- 
ni^d^s poitr h mère mangeaient rapidement Targeitl gagné par les 
infants. 

Malgré lotis leurs effort* , la misère restait la même. 

Un soir, Denjs, qui depuis pliisii'ura jours paraifisail tout soucieux, 
■ê rcYiot pas après sa journée, 

H ne s'était jamaii dfrangé ; il n'allait pas au cabaret, il n'Itait pas 
paeiir ; sa mère et sa sœur erurenl qu^il lui était arrivé un malheur. 

L« nuit s« passa dans lea larmes et Im prièrei. 

Le lendemain, vers le matin, Den|s reatri. 

Sa figure était radiauie. 

— Tenet, mèr^^ voilà la santé qaa je tous ipportc* 

Et il jeta sur la table qd sie d'argent» 

La mère pllit. 

— Cet argent, dit-elte, toute tremblante» benp , Deojs, comment 
l'it-Ua t 



— Uemain. 

— Déji ! 

Le régiment part demain de Pans, et fat touIu bms^fuer les etiosfl. 
S'il m'avait talUi rester em orc et se séparer de vous peu a peu . mon 
cœur s'y serait usé. J'aime mieux en fînir de smie, — Tu veillâru 
sur notre mère , et tu prieras pour mûi« n'est-ce pas t 

— Denys ! 

Comme ii l'avait dît » le jeune homme partit le lendemain ; mais li 
pauvre mère ne profita guère de son dévouement ; la secousse était 
trop forte pour sa faiblesse ; les remèdes , !a petite aisance que pro- 
cura l'argent payé à son fils, les soins de Françoise ne purent b 
soutenir que quelques mois encore; puis die s'éteigmt en embrassant 
sa (iHe , en bénissant l'absent p et eu recommandant 1 Françoise de 
vcilier sur lui. 

Françoise demeura seule. ' " 

Elle avait vingt-lfois ans ; Denysen aTsît dix-huit. Que faire? 

Elle n'hésita pas ; il fallait veiller sur lui r pour cela p il fjilUït le 




^*Cû/>^^^^ — — - T^^--^-^— 



Elle prit un fitiji, et^ le durgetm rapidcmc^ii : 

\ .V v-^r-^.;.' ■ .- 

F^-Oh î mère, ne erafgnc^i rien, i! eâi bien à mdi, ]el*ai bien légili- 

enl ftcqviis ', bientôt tous saurez eomuient. 
[Françoise regarda son frère en face, le jeune homme détourna la 

! pour etsujer une larme, 
l Françoise ne dit rïen ; mai» elle l'appuya au mur pour se loute- 

t; elle avait tout compris. 
[IkB|i saisi t un prétexte, et sor^jl bientôt de U diambre. Sa sccur 

f»— Ohî mon Frère, dis-moi que je me suis trompée, s'écm4-elle; 
Doi que je m'égare, que tu ne nous quittes pas« 

|»^Non, Françobe, tu Tas dit; je para cet argent, un autre Ta 

] pour rester au pays ; moi, je suis soldat. 
Ffinçuiie ne put répondre; en6n, au bout d'un moment i 
t'^^AUûns, c'est pour notre mère que tu le fais! Frère, que Dieu te 
|é et qu'il te condifiM.i?,. le serai forte...., je veux j'élr« ^our 
1^ «iMnw toi. . . .* (b^id noua qu^tto-Ui t ^ 



£d avant i l«â braves 3 > dit^«lïe. { f . page 30^.] 

voir; elle prît conseil du saint prêtre qui la connaissait depuis i. 
enfance et qu'elle vénérait comme un père; et , un jour, le eolyuu 
du régiment de Denys voyait une jeune fille se présejiter devant l<ti 
et demander ï suivre le régiment comme eantiniére. 

11 lit mine de refuser tout d'abord; mais la bonne conduite l'i 
Denyii lui avait valu U hieuïeillâoee de ses chefs et sa sœur 6nit piv 
obtenir ce qu'elle voulait. 

An régiment , on se moqua bien un peu de leur piété i tous tes 
deux , el de la courte prière qu'ils ne manquaient pas de faire chaque 
matin et chaque soir ; mais quand on vit qu'après tout la dévotion 
n^Atait rien i leur bravoure , et qu'ils n'en étaient que plus alEibtei 
pour les camarades el dans tous kurs rapports , les rieurs pasaértnF 
de leur calé, les critiques se turent, et ils furent bientôt univefiel* 
lement estimés et ilmés. 

Plusieurs mois l'étairnt écoulés depuis Tarrivée de Francotsn qnan 
li régiment partit pour YlUiiit q^ Yqû bitijl U guerre jux Autneîiieni 



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L'OUVRIEn. 



E^g ioates les actions, Denys sa signala toujours par une Valeur 
â t6ute épreuve et que sa modestie seule égalait. 

Pour Françoise, on la trouvait partout , toujours empressée. Bans 
les marches, c'éuit la dernière â se plaindre; au feu, c'était elle 
qui relevait et soignait les blessés, qui pansait leurs plaies, et, dans 
Toccasion , die. savait si doucement et si bien leur rappeler qu'ils 
avaient une âme et qu'ils devaient roflnr è Dieu. 

Un jour, leur régiment avait été détaché du reste de Varmée pour 
aller occuper une position importante, dont il s'empara après une 
affaire sanglante. Gonune oii craignait un retour off^niif de Tennemi, 
une trentaine d'hommes furent envoyés en avant pour garder les 
abords, pendant que le reste ilu régiment s'établissait dans la position 
nouvellement enlevée. 

Denys était parmi ces trente hommes; Françoise Taoeompagnait. 
' n était quatre heures du soir quand ils arrivèrent au lieu qu*ils 
devaient occuper ; nen ne paraissait inquiétant autour d'eui. 

Le terrain couvert de grandes herbes; hautes et droites, était acci- 
denté , coupé par de petits bouquets de bois propres k des embûches ; 
mais les reconnaissances que firent quelques éclaireurs n'amenèrent 
aucune découverte et l'annonce d'aucun péril. L'ennemi s'était retiré 
sans doute. 

Le détachement s'établit dans une sorte de défilé, o& il ét«t diffi- 
cile de l'envelopper , puis on attendit. 

La nuit vint, silencieuse et sombre; les feux du bivouac b'allumi^- 
rent ; les sentinelles furent posées , et le petit détachement f^ûta un 
peu de calme , rassuré par la tranquillité des lieux environnants. 

Denys et Françoise étaient assis près l'un de Tautre. 

— Sais-tu bien, Denys, dit un des soldats, que ces coquins d'An- 
trîcbiens pourraient bien essayer de venir nous canarder tantdt... Et 
dire qu'autour de nous nous avons la meilleure position. Chien de 
pays pour les embuscades ! 

— Que veux-tu, Michel? si nous ne serions pas mieux «illeurs, 
pourquoi se plaindre d'être ici? D'ailleurs, tu le vois, c^estle passage 
qui mène au régiment, et si l'ennemi veut aller le trouver i il foudra 
qu'il nous dise un mot. 

— Et qu'il s'en morde les doigts. 

— Ou qu'il passe sur nous. 

— Â la volonté de Dieu, dit Françoise, il ne s*agit pas de savoir 
si les Autrichiens nous feront du mal ; il s'agit de faire notre devoir ; 
si nous ne pouvons les arrêter, nous les retarderons, l'éveil sera donné, 
et si nous mourions , m* st avis que nous aurions rendu service tout 
de même. 

— Bien dit, la Françonnette ! mais, nom d'une pipe ! poufouol pai 1er 
de mourir? Donne-nous plutôt à boire ! 

— Que voulez-vous, la Ramée, il y a des Jours où la parole ne 
vient pas gaiement; je pensais tout i l'heure à ma pauvre mère, et 
j'en causais avec Denys ; et comme j'avais, du chagrin plein le cœur , 
tout ce que je dis s'en ressent. 

^ Çà , c'est vrai , ajouta Denys; niais ce que ma Françoise ne dit 
pas , c'est que si je n'étais pas avec elle, le chagrin l'aurait déjà tuée. 

— n en serait arrivé, dit- elle, ce que Dieu dAt voulu ; un peu 
plus tfit, un peu plus tard , ne fiaut-il pas aller répondrai l'appel? 

— Oui, n'esfce pas, Françonnette; tu vas encore noufr^ter 
qu'il faut toujours vivre comme si i chaque instant nous devions ava- 
ler la dragée de jplomb , et de manière à n'avoir rien i regretter? 

— Pourquoi non ? Ceux-là qui sont toujours prêts , répondent le 
mieux i l'appel. 

— A propos , la Ramée , sais-tu ce que tfisait le graind Pierre ? 
^~ Non. Quelle était donc la nouvelle folie de cet original? 
*— Ah ! il prétendait tantôt.... 

tout-â-cotip un cri retentit , rapide , effrayant. 
, w Aux armes ! » 

Puis Fon entendit nn coup de feu; d'autres y répondirent; puis 

l'on n'entendit plus qu'un bruit confus, celui d'une troupe qui avance. 

* Les hommes se jetèretit sur leurs fusils, et, tandis que l'un d'eux 

était eovoyé prév^r le catonel de J'approche des ennemis » les 



* autres s'apprêtèrent à les recevoir. 

L'attente ne fut pas longue. • " 

Les Autrichiens parurent bientôt , et quand ils ftifea^ . ijpoii^ de 
fusil , ils sommèrent les Français de se rendre. \ 

Ceux-ci répondirent en criant • Vive la France ! • 

Et le feu commença des deux côtés. 

Plusieurs Autrichiens tombèrent i la première décharge ; maï?^ 
d'autres les remplacèrept ; les Français au contraire ne pouvaiept^- 
parer leurs pçrtes; chaque homme qui tombait laissait un yid^.qu^ t 
n^étaient pas assez nombreux pour remplir. . I 

Déjà dix-sept étaient tombés , blessés ou morts. 

Les autres combattaient toujours , mais qMelques-uils déjà jetairai 
en arrière un rapide regard , cooune jf^r voir fA les renforts sTar- 
rivaient pas. 

Denys était au premier rang. Les balles sifflaient autour de lui ; 
lui, toujours calme et inipassible, semblait ne pas les voir. Son 
exemple encourageait tous les autres. * ^ 

Françoise était un peu en arrière qui le regardait. 

Quatre hommes tombèrent encore; ils n'étaient plus que Irait; | 
mais la disposition des lieux ne permettait à l'ennemi de les attaquer 
que de firent. 

— Courage , camarades , cria Denys, en se voyant seul an premier 
rang , encore un moment , et le régiment sera sauvé. 

Tout-à-coup il chancela et tomba ; une balle l'avait frappé à la tête. 
Françoise le reçut dans ses bras. 

— f Adieu, sœur, prie Dieu pour moi, • dit- il et il mourut. 

La mort de Denys fit perdre cœur à ses camarades ; ils rcculèrrni 
en désordre ; tin pas encore et ils fuyaient ; les Autrichiens passaient 
sans obstacle, et le régiment était surpris. 

Françoise le comprit. 

Se pencha^^t sur son frère , elle lui prit le fusil que retenaient en- 
core ses doigts roidis , et , le chargeant rapidement ] 

— En avant , les braves ! dit-elle, et elle fit feu. 

Un officier ennemi tomba , et sa chute étonna les Autrichiens ; iU 
hésitèrent un instant. 

C'en était assez ; nos soldats s'étaient arrêtés ; à la voix de Fran- 
çoise ils coururent à elle , et se reformèrent à ses côtés. 

Pendant quelques moments le combat continua encore avec mi 
même acharnement, mais il ne pouvait durer longtemps ; il était trop 
inégal. 

Le bruit du tambour retentit enfin derrière eux. 

C'était une paiiie du régiment qui arrivait à leur secours. 

Il était temps. Le petit groupe ne comptait plus que des blessés; 
Françoise avait reçu une balle dans le côté ; mais elle avait continué 
à combattre. 

Les Autrichiens essayèrent bien de résister, nuis fls ne purent 
tenir contre Télan des nôtres, et durent se retirer en désordre, 
vaincus lorsqu'ils avaient espéré surprendre. 

Françoise avait combattu encore avec les vainqueurs; mais bientôt 
elle n'y put tenir ; la perte de son sang lui enlevait tes forces , et la 
douleur la brisait; elle tomba à genoux. 

Mon grand-père se trouvait de ce côté ; û s'approcha d>)lle. 

— Eh ! bien , ma pauvre Françonnette , vous voflà blessée , vons 
aussi ! Mais allons, courage, nous vous soignerons vous qui nous soi- 
gniez si bien , et' le mal ne sera rien. -^ Tenez , appuyez-vous 80>' 
moi , et venez. 

— Oui , oui , allons , menez -moi prèi de mon pauvre Deh^fs. 
Elle essaya de se relever ; mais elle était trop faible ; eUe retcniba. 

— Eh ! bien , je vous porterai ; venez. 

— Merci , caporal Martin ; Dieu vous sache gré dé votre charité 
et vous en récompense ; moi , je ne puis que vous en remercier. Mais 
laissez-moi.... c'est fini. 

— Non, vous guérirez; pourquoi dire ceUft 

— Non, non , je le sens ; Dieu me demande'.... je ré{>onds I fj^ 
pel. C'était mon frère tout à l'heure ; voici mon tour.... Quand nu 
mère nous quitta. Dieu m'avait liiasée pou? mre prèa de Denji ; 



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J 



-(*-.- --ST^Y 



L^OUVRTEB. 



k ToUâ parti lui aiuri.... reaUohe est accomplie.... 

Sa paffèle derenait plus pénible et entrecoupée; elle s^arrétatun 
m^sm^t^^pus rq^t ; ^ 

— Caporal , tous m'avez toujours été amical ; je me confie à 
vous. Faites qu'on m'eqterre près de mon frère.... et.... quand on 
descendra voire pauvre Françonnette , qu'on lui laisse au cou cette 
petite croix.... que je n'ai jamais quittée en ce monde.... Vous le 
ferex^,. merci.';.. Ah!... si j'osais. - 

p^ tluoi donc? Françonnette , je ferai tout ce que vous direz. 

— '^Mon Dieu !... Eh Italie, il y a bien des prêtres.... quand vous 
serez au prochain village.... demandez une messe... pour mon âme.... 
el.... A vous en savez encore.... dites une prière pour moi 

Elle s'arrêta encore pdur recueillir un reste de forces. 

— Cest fini; je vais mourir.... Adieu , camarades.... Je m'en 
vais.... eonfmie Denys;... Mon Dieu.... mon Dieu.... me voilà.... je 
viens à vous.... 

Et si tête s'inclina lourde sur sa poitrine; elle chercha encore à 
saisir la petite croix pendnè à son cou ; sa main lui refusa ce dernier 
service. 

MoÀ grand-père le comprit , et la lui porta aux lèvres. 

Elle le remercia du regard ; puis ses yeux se levèrent vers le ciel ; 
M elle olpira. 

Jules s'arrêta. 

— Eh!. bien , voilà mon* histoire, dit-fl d*nne voix nn peu émue ; 
et voilà mon tableau. 

Je ne répondis pas ; je pensais à la Françonnette. Enfin je relevai 
les yeux , t|ue j'avais fixés à terre , et regardai la toile. 

— Mais tu n'as pas tout dit , lui répondis-je. Que (ait dans ton 
récit cet'ofiicier qui est près de la pauvre Françoise? 

— L'officier? Rien du tout. 
— >'Mai^, alors? 

— Lui, oh ! je l'ai mis parce qu'il faisait bien dans le laDleau. 

GiusEPPE Carmele. 



/iVIS IMPORTANT. 



Avec le mois de mai commence la deuxième année de L'OUVRIER. 

G^est l'époque du renouvellement de presque tous nos abonnés. 

Le nombre de ces derniers étant très-considérable , nous invitons 
vivement tous nos lecteurs à nous adresser de suite le montant de 
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ciable à la régularité du service, et nous considérerons cet empres- 
sement, dont nous les remercions d'avance , comme un témoignage 
de la sympathie dont on nous a donné tant de preuves. 

Ceux qui désirent mettre en volume les numéros de la première 
année pourront nous demander la couverture , le titre , le faux titre 
et la table des matières. Cette livraison supplémentaire leur sera 
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Les numéros sont réimprimés dès qu'ils s'épuisent. Nous sommes 
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d'au moins cinquante exemplaires , payés d^avance , par vole de che- 
min de ter on messageries, le journal L'OUVRIEB ^ au prix de & cen- 
times et avec 25 p. 7o ^^ remise ( le quart ) ; le port re&tant â b 
charge du destinataire. 

Nous acceptons en paiement des limbres'poite ; mais U est bon de 
faire remarquer que le mandat sur la poste présente plus de garan- 
ties , l'abonné conservant un reçu entre les mains. 

Le grand développement que nous avons pris d'une part « et de 
l'autre la nécessité de simplifier et de réduire les frais d'admimstnf- 
tion ft cause du bon marché tout-i-fiit exeepUonneï de notre jour- 
nal , nous mettent dans l'impossibilité d'inscrire d^a bonnement a cré- 
dit ; toutes Û08 opérations sont au compUnl , et cela , comme on le 
voit , dans l'intérêt même de L'OU VBIEB . 

U en résulte que l'administration ne continue pas d' office le se^- 
vice des abonnements et qu'à leur expiration , elle cesse Fénvot dés 
numéros , si elle n'a point reçu le montant du renouteUement. 

Toutes les lettres doivent être adressées à H. BLËRIOT, gérant de 
L'OUVRIER , 55 . quai des Grands-Augiistins , à Pam, 

FI DES COQUETTES 1 



Un soir d'été, le vieux Guillaume s'en revenait des champs wrm 
son fils Jules^ beau et honnête garçon de vingt-cinq ans. 
Jules avait l'air préocciipé. 

— Qu'as-tu, mon amiî lui dit le père. Décharge ton cœur tout de 
suite, plutêt que de5H>nserver cette mine pUsuse; elle n« convient 
point à un grand gars comme toi, qui a de boni parents et du pain 
sur la planche; qui surtout, grâce i Dieu, a*est pas un impie comm*' 
tant d'autres. 

Jules se fit un peu prier. Puis, comme il aimait et respectait wm 
père : 
-— Mon père, {e voudrais me marier^ dilnl en relevant la tête. 

— Mon fils, il n'y a pas de mai 4 cela \ et ce n'est pas une raisoii 
pour être triste. Ta mère et moi, nous commençons â devenir vieux. 
Il est temps que tu te fasses un intérieur^ et que tu apprennes à com- 
mander, après avoir longtemps obéi. Tu t'es toujours bien conduit ; il 
ne faut pas attendre pour te mettre en ménage que tu aies fait quelque 
sottise. 

— Mon père, reprit Jules, non sans embarras, c est ce que je me 
dis depuis deux ou trois mois , depuis surtout que la fille de noire 
voisin Raymond est revenue de la ville. Il me semble que j'aifue 
Sidonie, et que je serais heureux avec elle, 

— Pauvre enfant ! dit Guillaume. D'où vieut donc qu'en me parlant 
de Sidonie, tu es si embarrassé 1 U semble pourtaut que ce soit uu 
parti sortable pour toi. Son âge convient au tien , 3a fortune â la 
nôtre. Ses parents sont de bravas gens , el elle-même , outre qu'elle 
est belle fiUe, est honnête, je crois. Eh bien i mon cher ami , quand 
elle aurait dix fois plus de Jortune , el qu'elle serait la plus belle ^ la 
plus savante et la plus recherebée de tout le canton , je te dirais : 
fuis-la cêmme la peste; cette femme-lâ ne te rendra jamais heureux. 
— Dis-moi toi-même pourquoi. 

— Serait-ce , mon père , parce qu'elle aime un peu la toilette 1 «t 
qu'on la dit un peu coquette T 

— Précisément, mon garçon. Seulement , pour être juste , il lam 
dire qu'elle aime beaucoup la toilette et qu'elle est txirèmtmmi co- 
quette. Je ne suis pas injuste p mon enfant ; je comprends qu'une 
Jeunesse ait quelque plaisir à être mise bravement » et qu'elle se ré- 
jouisse en toute simplicité , les jours de fête , d'un ruban rose à sor 
bonnet ou d'une robe neuve. 

Mais Sidonie ne s'en tient pas U : d'abord elle aime la parure avec 
passion. En veux-tu des exemples qui te montreront jusqu'où peut 
conduire la fureur des beaux ajustements ? 

Dimanche dernier, Ù y avait msemblû au CAetie iwK. Sidonie avait 



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400 



t'OtlVfllKR. 



m: 



^m^i 



jarl d'être k iiii«Bx jniie de toot le bii. Si robe lui e$i arrivée de 
h Tille, stmedi, I dii heurei du loIr, par le rolUiaer. iSî^odie Ta et^ 
nyéb «t I troufé qti'elb ne lui «Uxit pas. Qii'a4-eUe fait? Elle a élé 
chercher roumère du village , h pauvre Jenny, qoî n'a que smi ai- 
fuille poor TÎfTe. U a fallu démoater complètement la robe. Toutes 
deux joDt travaillé toute la nuit, e'eit-i-dire qu eUea ont péché «ontre 
la loi de r£glise, qui eit la loi de Dieu. Jenaj roulait g'arréter quand 
miouit tonna. Sidonia Fa menacée de ne plui Foeciiper* et la pauvn 
ille a bien élé obligée de céder. Voilà comme oa méprise. Dieu quand 
«n aime trop la toilette» 

J*a)outeni que, pour aJler 1 cette UMen^lée . Sîdonie a quitté son 
père malade, qui avait le plus gratid beioln de ses soin, et iqoe, pour 
pajer cette robe (beaucoup trop riche pour «a position), elle a refusé 
10 fr. à sa vieille nourrice. C'est 1 peine si la pauvre femme a de quoi 
manger ; tt elle avait le ccsur bri»é de voir û dure pour elle oelle 
qu elle avait jadis nourrie de son litiL 

— Gomme vous êtes iéfère, mou père î Sidonie n*a sans doute pas 
fensë 1 tout cela, 

— Ëh bien I ne pas penser que Ton viole la loi de Dieu, qne Ton 
dé laisse son père , que Ton abandonne les pauvres , tu appelles cela 
nen ! Et voilà pourtant ju^u'où mènent l'auiour de la toilette et le 
dèair de briller ! 

<— MaiB vous ave£ dit, mon père , que Sidonie était coquette. En 
étes-vous bien sûr ! Toute» tes jeunes fiUes d'ailleurs ne le sont-elles 
pas «Il pe« î 

— 7f ou, mon ami. U f en a, Dieu merci, beaucoup qm ne le sont 
pas, le t'assure que ta mère n*êtait pai coquette quand eUe avait dix- 
buil ans- Ta cous me Marie, qui est belle et riche, •» l'est fàn davan- 
tage, ni U petite Agoèi, ni LouUe, nos toiaines, Ini tant>d*autres qne 
je pourrais nommer, Ssii^tu ce que c'ei^t que d'êlr^ coquette? C'est 
de chercher toujours â attirer les regards ; c'est de s'habiller, de se 
coiffer, de prirler, de marcher, de tout Eaire dsnsle but d'être regar- 
dée, admiréef louée, exaltée an-^essus de ses conpagnes. On ne peut 
donc être 4 la fois coquette et simple, coquette et modeste, coquette 
et vraîmant humble, coquette et vraiment chrétienne^ Qtt*èst^-ce qu'une 
jeune fiUe qui n'a m simplicité, ni modeitie, ni humilité, ni religion ? 
C'est une jeune Bile qui court grand risque de mal tourner. Car, 
lor.Mju'on est avide dei louangea lït dos regarda des hommes, OU finit 
p^r ne plus guère être scrupuleuse sur lesmojéns iprendie.peiuries 
obtenir. 

Souviens-toi de Pierrette et de sa tris le hiBtoire. Elle était, il y a 
dix ans, ce qu'est aujourd'hui Sidonie. Un pauvre èenêl, Charles, le 
fils de Jean le Roux, voulut Tépouser. Jean chercha à Ten détourner. 
Charles tint bon , et le père eut le tort de céder. Une fois mariée, 
Tierrelte dépensa pour ses afUqutlsdeux fois plue que sa fortune ne le 
{HTiucUail. Elle manqua gravement â la contiance que son mari lui té- 
inoignaitf employant a payer des robes et des bonnets l'argent destine 
â solder des factunts ou à soulager les pauvres. Alors Charles mit son 
argent sous clef. Pierrette se demandait ce qu^elle ferait pour ne pns 
quitter ces habitudes de folle dépense auxquelles elle tenait si fort, 
lorsqu'un beau monsieur de la ville offrit à Pierrette beaucoup ^l'ar- 
gcnta des conditions qu*uae feuïme honnête eût rejetées tout de 
suite avec indignalion, PierreUe, au contraire, les accepta, «t, aban- 
don n;ifit son mari et ses enfants, elle s'enruit un jour avec cet homme 
indigne, qui ne tarda pas lui-même à l'abandonner. Elle est morte, il 
n'y a pas longtemps, dans un hôpital de Paris* 

Jules sentit que son père avait raisou. U eut lo courage de lutter 
^onlre sa passion, et, six mois aprèfi, il épousait sa couaine Marie. Ils 
it eu plusieurs enfants , qu'ils ont élevés dans l'amour de Dieu et la 
inc Je la coquetterie. 

Sidonie a fmi comme Pierrette. La coquetterie Ta menée au désor- 
0, et son mari a été obligé de la renvo|er à son père. Elle tratne 
aintenant unr existence misérable. 

fà donc des coquettes , mes chers amis. Jamais une fille coquette 



ne fera tme bonuo ménagère, tme fenuno aebn leccèar^ 9ieè« wM 
époMehonnlIe ,et une diguê mère 4olMuitte! Ea6. w UàMcmit. 



VARIÉTÉS. 



D'un Tin de Beanne qui M pottM ^ à'ia tft». 

DyaenBourgogne* pas hion loin de Beaune, une petites 
dont le curé est adoré de ses paroissiens. Au premier de l'ja, ik otà 
voulu se cotiser pour lui donner des étrennes, et ils ont imifÎBé ëe 
lut offrir un produit du cru : une pièce ne vm. Quelqu'un a fomrn le 
tonneau ; puis chaque habitant est venu y verser la meilleure bouleillé 
de sa cave. Or , presque tous ont une leave, car presquo tm|t 9tml 
vignerons. 

Quelques jours après, c*étaient les Rois ; notre bon curé «a profit» 
pour inviter è dîner vingt ou trepte de aea paroi/Miena. a'agiiSiMft • 
de déguster le fameux vm : vous comprenec qu^on ne manque pan ^^ 
rappel. On |>rend place, et la vieille servame 4» curé 46seea4é In 
.cave. Cinq, minutes ^>rès, un cri perçant. n« on entend )a finuBta 

qui remonte elle rentre pile, etfarée, avec une carale^d*eaoilp 

main, f Eh bien, qu'y a t-il? qu'est-ce que cette carafe?— llonatear 
le curé , c'est le vin de la pièce ! > 

Stupéfaction générale. Îa bon curé s'émèrveîlUit ^ ear éditait le^ 
miracle des noces de Cana , excepté que c'était tout le eodtlitflre. Qoaift 
aux assistants , ils se sont regardés et se sont* mis à rire. H pamtt 
que chacun avait eu la même idée: seulement , personne tt*afnâlfoafé 
que celte idée pourraitvenir.au voisin. 



JURISPRUDENCE INDUSTRIELLE. 



PiiTilége des ouTriers sur lot sommei daes à L'onftnpm- 
nenr. — L'action directe accordée aux ouvriers et sous-traitaott 
employés â la construction d^uti bîtifneiitr èii d'autres ouvrages Ut» 
i l entreprise , contre celui pour kquelks ouvrages ont été faits , jis- 
qn i coiicurrepce. de ce dont le propriétaire des ouvrages fe trettvo 
débiteur envers l'entrepreneur au moment où Taction est intentée, 
ne peut être exercée sur les sommes que Tentrepreneur a cédées par 
transport régulier et sans fraudé antérieurement i cette action. {p9W 
de Cai talion ; 1 1 juin 1861 . ) 

Salaire. -^ Quoique de9 ouvriers, aient travaitté pour «a oevrier 
sous-traitant ou marchandeur et qu'ils aient été engagés uniqnemoal 
l>ar lui . ils ont droit de réclamer leur salaire conlre rentrepreneur 
au |ucl les objets confectionnés par eux étaient destinés , si rentre- 
preneur, afin de se faire remettre directement ces objeta eu une par- 
tic que les ouvriers retenaient en garantie , lear a donné l'assurtiice 
qu'il les paierait sur les sommes dues par lui en tnarchandeur. (Cen- 
seil det Prud^kêmmes ût Pvm {vudmlm des imuê); 15 1 
1859. ) 



LES PREUVES DE LA RELIGI(»r 

PRÉSENTÉES ▲ Là JlimSSBI 

PAR BALMÈS 

trad. p. POSTEL 

I voè* m 'Se, fhm& : 90 eMÉKar 

Ches C. Blèriot» Mf qaai des Qranda-Aagiistiiis , i Iteis 

■ ■■^1 ■■ *■ hii. I II .1 I I .g II I ÂÉ tii^iiw^hifa* 

Angers , imp. de Laine frères , rae î^aint-LÉad « 9. 



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Id avril iéôi. 



L'OUVRIER 

Jonrnal hebdomadaire illustré paraissant tous les samedis. 



▲DJHIKISTRATION s 

II, fMl dat Gfandft-AogiittiQS 
«lilâMiiedAKiiBIOf; 

V. 1. À PAR», 



SOMMAIRE, 

X.E8 AVENTURES D'UN BERGER, par Eugène de M^MllII. — 
-ENTRETIENS SUR I«'HISTOIRE DE FRAJVGE. par A. Ubutti. -» 
AVIS IMPORTANT. 



ASONNEMSNTS WVU AN 

Aiartvdil^'deikHMaMf: 

tuaçÊ, S »• 

Imon, tnrta,Kvmm >'A0, T»- 
OWb'As. S >• 

tv4n-yim M>'Aiii»«m •« llw»l .Ta» 



LES AVENTURES DCN BERGER'. 



CHAPITRE XIX, 
Hed culpd, — M^lhsars de famille. — Barthélémy passe à 
rétat de roi faioéant^ et Dnruisseau à céhii dé ohei de 
conepiratioii. -^ Les coulures au rooher des Chèvres. 
-» Un discours de la Reine. 

Oui, meà culpàl II est grand temps que je me frappe par trois fois 
la poitrine et que je fasse 
ma confession, cher lecteur. 

Il faut que je sois un 
bohimebien pétri de vanité I 
Au moment de vous racon- 
ter par suite de quelles cir- 
constances Jean Duruisseuu 
passa à l'ennemi et comme 
quoi inon manque de carac- 
tère, noon indigne abandon 
de mes devoirs de souve- 
rain induis' rent le pauvre 
Parisien dans cette ientati' in 
de révolte à laquelle il ne 
sut pas résister, je remonta 
par la poosëe tout le cours 
de mon histoire, telle que 
je Tiens de l'écrire, et je 
m'aperçois que je ne m'y 
donne çuaai que des éloges. 

-^ Quel homme coura- 
geux , dévoué , hordi, plein 
de ressources! Quel chré- 
tien toujours soumis aux 
dessein^ <de la bonne Pro- 
vid^ee! Quel ouvrier en- 
tbo|a(isiaete et patient à la 
fois dans le champ du péro 
de famille!... voilà quel- 
quesrunes des exclamations 
que lef Ames candides ont 
dû pousser i la lecture de 
mes mémoiree« 

«— En voilà an qui ne se 
donne pas de coups de pied 
dans les os. des jambes I « 
dirait Du rnisaeas lui-même, 
sHl lui était donné de lire 
ce petit livre. 

' Voir 1«8 n«>d0 VOumêr du 18 jaavier au iS^Sfrili 




Tombeau des epfants de Thala, 



Je ne sais comment cela s'est fait. Je n'ai pourtant pas Toala man- 
quer à la vérité ni rien cacher de mes défauts. Il faut croire que jus- 
qu'à l'événement que je vais raconter, le boa Dieu m'a si bien sou- 
tenu, a si c-onstammeat écarté de moi les tentations auxquelles 
j'aurais succombé, m'a si paternellement méi^agé d'appieirentes difû- 
cultes qui ne faisaient qu'exciter mes bonnea dispositions Batttretles, 
que j'ai eu l'air d'un homme remarquable, presque d'un héros, (an- 
disque j'avais seulem /nt le mince mérite défaire iin bien qui ne me 
coûtait pas... J'étais déplorablement faible cependant, appelons lea 
choses par leur nom : j'étais lâche; et pour tomberbien bikif il ne 

m'avait manqué jtiequ'ici 
. que l'ocoasion. 

« C'eat l'occasion qui fait 
le poltron-, » pourrait-on 
dire avec une- toute petite 
variante à un 'texte bien 
connu. •' 

Il y avait six ans que j'é- 
tais Doarié. Là lu ne de mici 
durait toujours. Jaixiàîs, non, 
jamais, je n'avkia pii saisir 
en-Thala l'ombre d'un dé- 
faut. Les seuls "chagrins 
qu'elle m'ait causés prove<« 
naient de l'inquiétude ou 
me jetait quelquefbis son 
dévouement ù toutes les mi- 
sères. 

' L'exemple de Bancok 
avait été contagieux, non 
qu'il eût donné à' d'antres 
Lapihien nés une sainte ému- 
lation et créé partni elles un 
corps de sœurs dé charité 
volontaires , spécialement 
coiïsacrées à Roigner les 
malades. Non, ce éont ceux- 
ci qui avaient pris Tbabitu- 
de, quand leur ij^al parais- 
sait s'aggraver, et que les 
soins de leurs familles n'é- 
taient ni assez' délicats ni 
assez, intelligents, de de- 
mander Thala. Ils le fai- 
saient avec de telles instan- 
ces que Tbala né savait pas 
refuser. Et il s'écoulait ra- 
rement un mois, qu'elle 
ne passât deux ou trois 
nuits blanches; au chevet de qoelque fiévreux ou de quelque mo- 
ribond. 

Le ciel nous avait accordé trois enfants : deux filles et un garçon. 



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«os 



LOtJVRIEB. 



J'avais appelé les filles , Tune Angélique et Tautre Philippine, en sou- 
venir de notre sainte mère et de la pieuse femme de Miraflorès. Le 
gnrçon se nommait Bertrand , eu Thonneur du bon abbé Ghom. 

Si je vous dis que nos trois enfants étaient beaux comme le jour , 
doux , intelligents , pieux , ardents i toute bonne chose , instinctive- 
ment éloignés de toute chose basse , le portrait en un mot de leur 
chère et bien-aimée mère,... vous ne me croirez peut-être pas et 
vous me rappellerez le dire du hibou : 

« Mes petits sODt mignons, 
» Beaux , bien feits «t jolis sur tous leurs compagnons. » 

Ce qu'il y a de' certain , c'est que Thala et moi nous ne pouvions 
assez remercier Dieu des heureuses dispositions que nous croyions 
vemarquer dans ces chers innocents.... Déjà , nous les voyions en 
imagination franchir cette ligne indécise qui sépare l'enfance de Ta- 
dolescenee , puis arriver à la jeunesse. Fidèles à nos leçons , à celles 
surtout du Père Ulric qu'us aimaient déjà de toute la foi-ce de leurs' 
petites âmes , ils continueraient notre œuVre dans l'île aux Lapins. 
Ainsi le christianisme et la vraie civilisation qui en découle , seraient 
â jamais naturalisés sur cette terre inconnue.... inconnue des hom- 
mes , mais connue , aimée et bénie du ciel. 

Les desseins de la Providence étaient autres.... A la suite des pluies 
torrentielles qui durent près de six sem&ines dans ces régions , il se 
déclara , au mois de janvier 1839 , une épidémie de fièvres de tout 
genre : tierce, quarte , intermittente , lente , cérébrale , muqueuse, 
typhoïde. La mortalité fut considérable. Ma provision de quinquina 
é|ait presque épuisée : je ne pus donc administrer le précieux médi- 
cament qu'à doses insuffisantes. Je ne sauvai f uère plus d'un malade 
sur trois. 

Même cette crueUe proportion ne me fut pas laissée , quand il s^a- 
git des miens. Angélique , Philippine et Bertrand furent pris tout-à-. 
coup d'une fièvre cérébrale. Malgré les soins de leur mère , malgré 
^a science , malgré les prières que toutes les saintes âmes de l'île , 
à commencer piar le Père Ulrie , adressèrent au ciel pour la conser- 
vation de Jours qui nous étaient si chers , mes pauvres enfants suc- 
combèrent tous le« trois dans la naême lemaine» après un mois à 
peine de maladie. 

Thala fut adounibldde résigniUon.... Elle pleura beaucoup.... Dieu 
l'a jamais défendu les larmes aux yeux d'une mère.... Mais elle pria 
davantage.... elle pria tout en pleurant. 

Tandis que ses trpb petits anges étaient disposés sous un dôme de 
verdure , au plus épais d'un bois touffu , où les beaux arbres de ces 
régions tropicales entrelacent leurs feuillages fantastiques et mêlent 
les parfums puissants de leurs immenses fleurs , pendant que le vent 
balançait comme un encensoir ces mobiles tombeaux.... Thala pleu- 
rait sur le fruit de ses entrailles.... Mais , s'élevant plus haut que la 
mère , la chrétienne savait remercier Dieu qui avait épargné la lutte 
à ces chères créatures , qui les couronnait ayant le combat et qui pla- 
çai t parmi les anges du ciel ces âmes vierges. Qui sait si les souillu- 
res de la terre n'eussent pas on jour sali leurs robes blanches? 

Puis , après avoir consacré à sa douleur trois jours , — selon les 
rites océaniens, c'est le temps que durent les fiinéraiUes des enfants, 
— Thala reprit sa vie ordinaire... On la revit sereine, quoique sérieuse 
et triste, recommencer les leçons qu'elle donnait chaque matin à 
quelques petites Lapiniennes , renommées pour une tête exception- 
nellement dure et que Thala seule était assez patiente , assez ingé- 
nieuse , assez aimable e^ assez aimée pour préparer à leur première 
communion. £lle s'occupa de nouveau. des choses de sa maison. Elle 
^la voir les malades. EUe qui portait au cœur une plaie incurable , 
elle savait trouver des paroles pour calmer des douleurs bien moin- 
dres que la sienne. Jamais un murmure ne sortit de sa bouche. Ja- 
mais même on ne vit sur son frodt ces nuages sombres qui indiquent 
la révolte intérieure , ou du moins une âme qui marchande à Dieu 
son sacrifice 

Quand on loi parlait de ^ enfants » de la perte immense qu'elle 



avait faite , aussitôt des larmes mMtaieti dans set yeux. Si voixtrem 
blait en répondant. Elle se détournait pour pleurer en silence. Quel- 
quefois la force de l'amour maternel la faisait éclater en sanglots. 
Mais , dès qu'elle parlait , c'était pour faire ^entendre des paroles de 
soumission, pour bénir la main qui U frappait, pqur assurer (^» 
même an miUeu de ces kftgdisses , à y avait lims la 4oésuft^n km 
volontés divines une bien douce paix. 

Pourquoi n*ai-]e pas voulu suivre cet exei^plet 

Thala me conjura , dans l'intérêt de naon âme , dans l'intérêt de 
l'édification publique , par amour pour elle aussi dont le coeur était 
navré en me voyant céder au découragement, presque à«L désespoir, 
éclater parfois en reproches amers contre la Providence, Thala, 
dis-je , me conjura d'être fidèle à toute ma vie antérieure qui avait 
été surtout un exercice d'obéissance. Thala me demanda tomoient 
elle pourrait supporter ce pesant fardeau, si moi, son soutien, je ne 
l'aidais un peu. 

Rien n'y fit. J'avais eu bien des peines ei des épreuves dans ma 
vie. La mort de ma mère avait été pour moi une profonde .douknr. 
Mais cette doul^r était venue me trouver au milieu d'une position dif- 
ficile et alors que je devais, pour vivre, me donner beaucoup de 
niai , et secouer à tout prix cette torpeur et cette inertie que les vio- 
lents chagrins laissent après eux à l'âme qui s'y abandonne. 

Ici rien de semblable. Avoir vu mourir dans mes bras et malgré 
tous les efibrts d'une science avec laquelle j'avais sauvé tant d'étran- 
gers, avoir vu mourir coup sur coup mes trois enfants, et disparaître 
en un clin d'œil cette postérité en laquelle je me sentais revivre , 
retrouver vides ces places qu'ils occupaient déjà si bien à table , au 
foyer, comme dans nos coeurs.... c'était une épreuve, — je ne dirai 
pas trop lourde pour mes faibles épaules : le dire serait une impiété, 
— mais la plus cruelle que j'eusse encore rencontrée , et qui eût de- 
mandé, pour lutter contre elle , un déploiement de toutes les forces 
de mon âme, de toutes celles que, depuis labbé Chom jusqu'au Père 
Uiric, j'avais été habitué à chercher non en moi, mais autour de 4uoi. 

Je ne sus pas , ou plutôt je ne voulus pas , dans l'espèce de som- 
bre fureur oiï me jeta la perte de mes enfants, je ne voulus pas laire 
mon sacrifice 

Même cette sombre lUreur, -^ tant l'homme est une créature in- 
conséquente , — sen^>lait redoubler «score au contact de Tadmirable 
sérénité de Thala. Qui donc pourtant lui avait enseigné cette vraie 
science de la vie , si ce n'est moi , en jetant le premier dans son 
âme des semences de christianisme 1 

Je passais des journées entières à parcourir en tous Sens les par- 
ties les plus sa'uvnges de l'île. Je ne donnai plus aucun soin au 
gouvernement de mes sujets , croyant me décharger , et en même 
temps pourvoir suffisamment au birn public, en remettant toute mon 
autorité aux mains de Duruisseau. Ceux qui me rencontraient , 
errant comme un maudit, tantôt précipitant ma course , tantôt m'ar- 
rêtant pendant des heures , appuyé contre le tronc d'un arbre ou 
blotti dans le creu d'un rocher, ceux qui essayèrent de me parler et 
qui n'obtinrent de moi qu'un silence presque menaçant , tous me 
crurent fou 

Je risquai de le devenir en eflet. ie tombai malade ; et , comme je 
devais être moi-même mon propre médecin , je vis bien que je tou- 
chais aussi à une fièvre cérébrale 

' J'eus pourtant la présence d'esprit et le temps de faire vâur le 
Père Ulric , de lui avouer mes fautes récentes , et de i^Mrer dans la 
maladie , — cette terrible nudadie qui est eomme une fëlie momen- 
tanée , — que tout prêt à paraître devant Dieu, si \e jsàA , cotnme je 
le pensais, devait die traiter aussi rigourensemetot quil ivaittmé 
mes enfants. 

n y a longtemps que je ne vous ai parié, avec quelques détaik, de 
Jean Duruisseau. Il faisait pourtant terriMèment parler de lui, dè|liis 
deux mois , dans Ttl-' aux Lapins. 



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r OUVRIER. 



- 1^ u()éme qiie j'ataû succombé à k tentalion du découragement , 
Utennsseni tHceombait peu i peu â la tentation de Fambitioiu 
~ . Je croîs (fQ*il ayait commencé par s^ennuyer 

Les premières années , cela allait bien. D'une part l'attrait de la 
«oaTemié et cette situation bizarre d'un enfant de Paris , jeté par la 
tempête au milieu d'une peuplade sauvage à demi civilisée pi^ un 
français , de l'autre le rôle important qui lui fut tout de suite ^ et par 
un consentement unanime , accordé parmi les gauvemants de l'îie , 
enfin le culte qu'il ne oeisait de professer pour le Père Wric et Tin- 
g^éirîeuse persistance de celui-ci à trouver un emploi pour chacune 
des facultés de Duruisseau , tout cela le tint en haleine. Pendant trois 
ou quatre ans environ , 'û supporta très-bien Vexistanee 

D'ailleurs il avouait franchement que , s'il fût resté à Paris, il n'y 
fût pas resté longtemps ; car il prenait , ou peu s'en fallait , le che^ 
min qui conduit à Brest ou è Toulon. Si , au contraire , associé de 
Merian et O, il eût atteint quelque port du Nouveau-Monde , Du- 
^iweau avouait eneore qu'il n'eût guère mieux tourné. Mèfne , si à 
New-York ou à Paris , il eût essayé de rester honnête, que de vache 
enragée il eût dû manger avant de se trouver un sort , lui qui , tout 
inteffigenl qu'il fût., n'avait pas le moindre métier au bout de ses 
doigts! 

Cependant la cinquième année depuis l'arrivée de Duruiaseau , qui 
était la sixième amiée de moii règne , le Père Ulrie tomba malade. Il 
ne quitta plus sa cabane , et ne put guère exercer sur le pauvre Pa- 
risien eette toute-puissante action des premiers temps. Duruisseau 
alors commença i s'ennuyer. Il essaya de se marier. Une honnête 
eauvagesse , Halfa , aux pieds de laquelle il voulut déposer son cœur, 
le refusa tout net. Elle croyait le cœur excellent. Mais Halfa avait 
Tasprit sérieux et trouvait Duruisseau trop qveue-rouge 

Duruisseau en conçut un vif dépit. Sous l'influence de ce senti- 
ment , il se .laissa échapper en paroles amères contre la famille 
d^Halfa , l'une des^ premières du pays , contre le Père Ulric, contre 
mei , contre Thala , contre la Providence. Moi qui ne savais pas que 
bientôt, >en ce qui concerne la Providence, je serais logé i la même 
enseigne, je dus remettre mons Duruisseau à sa place. 

Il feignit l'obéissance. Mais, intérieurement, il me voua une haine 
â mort et jura de se venger ^ 

Cependant il sut si bien dissimuler que je ne lui retirai point ma 
eoi^nce. Même, lors de la maladie de nos enfants , dont les soins 
nous absorbèrent pendant quelques semaines, le Père Ulric étant ma- 
lade, c'est Duruisseau que je chargeai de la régence 

Après la mort de mes innocents , j'aurais dû , me sentant trop fai- 
ble pour m^occuper moi-même d'affaires, remettre les rênes du gou- 
yemement à Thala , dont je connaissais la fermeté, en même temps 
que sa prodigieuse influence sur tous ses compatriotes. 

Je ne sais comment cette idée ne me vint pas. 

Une idée vint â Duruisseau. 

Se venger èe moi et en même temps devenir roi i son tour, échap- 
per ainsi parles émotions d'une conspiration , puis par les agréments 
de la royauté â l'ennui qui commençait à peser sur sa vie.... c'était 
une trouvaille. J'avais eu la simplicité do lui remettre en main des ver- 
ges pour me fouetter. Aurait-il , lui , celle de n'en point user ? D'ail- 
leurs qui pourrait découvrir les trames mystérieuses i l'aide desquelles 
il comptait me supplanter? Le vieil Espagnol était mort; le Père Ulric 
gjsait dans sa case. Les Biscayens n'étaient pas fins ; les Lapiniens en- 
eore moins 

Duruisseau avait compté sans Thala. Ou plutôt , comme je gardais 
toujours le lit» il s'était dit qu'elle faisait auprès de moi une fac- 
tion ininterrompue , et que par conséquent elle ne saurait soupçon- 
ner ee qui se brassait â l'autre. bout de Ytle* 

Un soir de juin , comme la chaleur avait été si accablante pen- 
dant le jour que nul n'avait pu mener à bien sa sieste quotidienne , 
tons eeux de mes sujets qui demeuraient étrangers i la politique — 
estait la très-grande majorité — s'étaient retirés de bonne heure au 
haut de leurs palmiers, où ils dormaient idu sommeil du juge « » 
\ àH Duruisseju 



J'étais, depuis deux fois vingt-quatre heures , entré en e^avaki* 
eence.... moi aussi , je dormais prorondémBut,.* 

Thala, qui ne m'avait pas quitté un instant depuis que je wi'éUh 
alité, fit entendre tout-à-coup un lé^«r siÛIement. 

Aussitôt les Biscayens, qui avaient adopté le perehoif local, descen* 
dirent tous trois du même palmier, ihm U tronc duquel ils a^aîenl 
enfoncé des barreaux pour la facilité dos communications, — co qm 
faisait ressembler leur palmier au Mion d*un perroquet ou à l'arbre 
de l'ours Martin, au Jardin-des-Plantei 

Thala mit son doigt sur sa bouche , pour recommander le silence. 
Elle chargea le plus âgé des Biscayens de veiller sur moîi et partit, es^ 
cortée des deux autres 

La nuit était brillante, quoique la lune ne fût pas eneore levée. 

La reine et son état-major traversêraDt en diagonale l'Ile tout en- 
tière 

Au bout d'une heure , ils arrivèrent i nn boâquel de tamarins et 
de lentisques qui croissent dans le s^ble. Pas un brin d'herbe ne 
pousse, i leurç pieds. Les trois explorat^iurs purent donc s'avancer, 
sans le moindre bruit, dans la direction du bord de la mer 

Il y a là un amas de rochers que Ton appelle h R£ndei^tfous âa* 
Chèvres, Au milieu se trouve un amphilhedtre naturel^ dont les sièges 
étaient occupés par une trentaine de Lapiniens. 

Au centre se tenait Jean Duruisseau, pérorant. 

Je ne vous redirai pas son discours. CMlaît un appel I la révolte. 
Au point de vue dul>on sens et de la logique, il ne se peut rîeii îma- 
Iginer de plus faible. N'était-il pas évident , — même pour ceuK qui 
écoutaient l'orateur, surtout pour Foraleur tui-nième, ^qtie je n'a- 
vais fait que du bien â mes sujets ; qu'à qudque point à^i vue que Vm 
se plaçât, religieux, économique, intellectuel, moral , militaire, agri- 
cole, l'état actuel des Lapiniens était â leur état ancien ce que le jour 
est à la nuit ? 

Trop habile pour essayer d'une discussion en forme , Duruisseau 
cherchait â remuer les passions, à parler aux intérêts, à raviver ka 
blessures de l'amour-propre 

Pourquoi avais-je épousé Thala, plutôt que celle-cj ou celle-là î ^ Il 
nommait les filles des principaux conju r«:£ 

Comment n'avais-je pas considéré qu'en établissant celto nouv^'lle 
religion , je ruinais quelques-uns des plus honorables Lapiniens ? -- 
Plusieurs ex-prêtres de Tex-dieu éUiitnt danira^sklance 

L'ancienne religion n'était-elle pus bien plu^ commode qne la noU' 
velle? Et qui assurait que celle-ci filt plus mm 
. Et puis n'étais-je pas un monarque bien sévère , et n'avais-j»; pas, 
l'année précédente, injustement condamné plusieurs de mes sujets t 
— Les repris de justice, présents, savaient bien que je les avais con- 
damnés justement. Mais ils étaient ravis d'entendre dire le con- 
traire. 

Duruisseau continuait sur ce ton, et allait aborder sa péroraison, ^ 
le morceau le plus diflicile * il s'agisssit de conclure et de po^er sa 
propre candidature, — lorsque tout-à-coup, comme une panlhère tombe 
au milieu d'un troupeau effrayé , Thala parut au seuil de l'amphi- 
théâtre. 

Elle fit signe â Duruisseau d'aller se rasseoir, ce que , sdus l'impres- 
sion de cette apparition inattendue, c<*lyi-ci eïécula sana résislance* 
Puis , le foudroyant du regard , elle commença uni? harangue qu'un 
vieux magisler lapinien , qui se trouvait, un peu à son corps dékih 
dant, parmi ks conspirateurs, assure être le pluit hum discours qiÀ 
soit jamais sorti de la bouche des hammes. Depuis , il Vu Iranscrit 
de mémoire, el ses élèves l'apprcnrient par cœur comme une p\èm 
classique. 

Thala n*e'Jl pas de peme â établir qu'il ny avait pis dans Tîto une 
seule bonne chose dont l'île ne ma fût riàdivable. t\h montra m 
rog'«rd la noire ingratitude de Duniifseiiii qui me devait la vie et qui 
complotait ma mort, â qui j'avais ciiiiIjo mon auLorittict qui en abu- 
sait traîtreusement pour chcrclier à mo perdre , qui , apnb *iToir Mi\ 
aauvé Mr i) Père Ulrie, sauvé du mal et j^auvr/t A*^a Huts. osait bicii 



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f/dtIVttlEft, 



blâspli^itier le Dieu du Père 01ric, k vrai Dku, et ratûener les La- 
ptnkns à leurs groâsières superstitions 

— Pas un de voua , mai auiii , dil-ôlle en lerminsnt , ne croit un 
iiKit de ce que voui dîl c« mikliant. Lui-mi^rae n*y croit paa.*.. Que 
ceux qui £Dnt pour lui , contre Barlhélemy , Totre sauveur et voire 
roi j contre le Père Ulric » Totre mlermédiaireiupFêa de Dieu , contre 
moi f ûOfltre Dieu lui-mètae i gue ceux-là aillent se joindre au traî- 
tre !,„ Que ceux , au contraire , qui n'ont pas oublié que la recon- 
iMussance eatla grande vertu dea Lapinicni , viennent avec moi trou- 
ver Bârthéieuiy , qui revient à la aanté ; t|u*ilt lui demandeot par- 
don d'un égarement momentané ! i 

Paa un n'alla trouver Duniisseau. Toua vinrent se grouper au- 
tim? de Thala qui , avec cette brillante eacorle , fit vers moi un re- 
tour triomphal. 

Duruuseau resta tout leul... Il dut encore s'estimer heureux de 
rester. 

Car j'oubliais de vous dire qu*aprês le discours de Thala, un vieux 
Lapinien s'était levé et avait dit : 

— Reine f tu as raison. Durulsaeau est un misérable et mérite une 
punition exemplaire. Mais ce misérable a tant d'esprit, il est si sé- 
duisant, que nous ne savons comment lui résister. Je propose que 
pour écarter cette dangereuse tentation, et sans que cela doive tirer 
â conséquence , noua mangions Duruiaseau en grande pompe» 11 est 
jeune, il est gras ; il ne sera pas mauvais, i 

Et, ce disant, mon Lapinien retournait et palpait mon Faristen, ea 
véritable connaieseui-, 

Gette proposition , qui resauscîtall Vanthropopbagie au proBt de li 
morale, eût eu de grandes chances d*être appuyée , tt Thala ne l*eût 
renouBsée avec indignation.... Mais Duruîsaeau l'avait échappé belle. 

CHAPiniE XX. i 

Double guérison de Barthélémy. — Duraisseao reTient lur 
l'eau. — 0ne réTolntioQ paciâqnd. 

Quand Thala revint du Rocher des Chèvres , j'étais non plus seule- 
ment convalescent , mais guéri. Une révolution s'était faîte en moi ; 
je sentais que j'avais défînitivement échappé aux serres de la ma- 
ladie, 

Thala me trouva aï bien qu'elle ne craignit pas de me raconter son 
expédition. 

J'étais donc doublement saiivft. 
Cette accumulation de faveurs, au moment oi je h. méritais si peu, 
acheva de m'éclairer. Et lorsque Thala m*engagea I ressaisir vigou- 
reusement le timon des affaires, à ne plus déléguer des pouvoirs qu'il 
m*était si facile d'exercer moi-même, surtout â (aire amende honorable 
envers la bonne Providence et à rentrer, pour n'en plus sortir, dans 
les voies de la résignation et de la parfaite conformité aux volontés 
d'En Haut. — à la manière dont je lui répondis, Thala reconnut qu'elle 
prêchait un converti- 

Hélas! il était trop tard!.... non point pour la bonté de Dieu qui 
^jte "repousse janiais ceux qui, d'un c<pur droit, reviennent à lui , mais 
trop lard pour les hommes , beaucoup moins débonnaires , beaucoup 
plus exigeants que Dieu dans leurs relalions mutuelles. 

On ne gouveriie bien que ceux sur lesquels on exerce un certain 
prestige. 

Vous connaissez ces vert : 

L'bonQC'ur est eorome une lie eBCarpéa et sana borda ; 
■ On n'y p<?ut plus rentrer y qunkd on en est debon. «^ 

Ainsi du prestige. Une fou évanoui, il est bien rare quil repa- 
raisse. 

En faisant appel aux sentiments généreux qui sont dans le cœur de 
t<»us les hommes , TbaU avait bien pu , une première fois , détourner 
la frmdre prête à me fripper. Elle était jeune, elle était belle, elle 
parlait pour son mari avec un eothoutiiime contagieux- Dtivant elle» le 



traître Du ruisseau le taisail et tremblait comme la feuille; so« eti 
seule détachait de lui ses complices. Thala d'ailleurs avait pour»^ 
le prestige, plus puissant que jamais, de sa charité. Tous les Laptni« 
jeunes et vieux , s'étaient laissé entraîner aax accents émui do m 
éloquence. Us avaient un instant maudit les criimneUes machina tia 
de Duruiascau. Us avaient senti renaître leur ancienne reconnals^nd 
envers moi 

Mars ce n'était là qu'une exaltation passagère. Le sentiment q^ i 
les rattachait n'était qu'un reflet de l'admiration et de la sjutp 
qu 'ils ép ro u va ient pou r Tfa ala . 

Quant 4 moif personnellementt j'étais un homme fini. 

En cherchant â reconquérir mon ancienne popularité^ je faitrâ 1 
effort louable, mais qui devait être stéril 

J'avais repris toute mon activité Les Lapiniem me refard 

faire avec des |eux étonnéa , comme on regarde un homme qui lu 
contre un fléau évidemment plus fort que lui, qui fait jouer les pu 
pes dans un navire prêt i aombrer, ou qui, avec Teau d^uue i 
chercherait à éteindre un violent incendie. 

Ils me Ta voua ient eux*mêmea ingénuement 

— Dieu n'est plus avec loi , puisqu'il t'a retiré tes enfants, i 
sait mon propre beau^pére, le père de Thala. Toi, si habile médê 
qui guérissais tous les jours les derniers de tes sujets , tu n*ai 
écarter la mort de ces tètes si chères I Dieu l'a abandonné. D'à 
ne Tas-tu pas montré, en t'abandounant to^méme, en perdant le i 
r.ige, comme une femme, en vaguant par les préi et lea bois ^ 
un animal, en tombant malade à ton tour Ta 

Je baissais la tête avec confusion, avouant qu'il y aviit dans ceai 
proches beaucoup de vrai. Et, quand mon beau^pére ajoutait , 

— Vois Thala, ^on r mur de mère n^était-il pas plus tendre, pli 
Eensibie encore par conséquent que le tien a ces atTreux décbn 
ments? Est-ce qu'elle a , eumnie toi , tout oublié dans cette furit i 
douleur? Qui t'a protégé, sinon elle î Qui vient d'arrêter cette terrili 
conspiration si habilement ourdie par ce petit serpenteau de Du 
seau? Qui, de vous deux, était l'homme et qui la femme t> 

A ces paroles j'adhérais encore de toules mes forcea. 

Je voulais seulement montrer i mon censeur que ma faute avi 
été dans ma moU-^^se I supporter Tépreuve et non dansTépreuve «Ht 
même, que tous les jours les coups les plus terribles tombent aur 1 

têtes les plus innocentes Vaillamment acceptés et supportés, * 

coups ajoutent autant de perles i notre couronne Ua sont aata 

d'arguments en faveur de h vie i venir , la vraie vie. Car, sans c^tj 
vie où tout rentrera dans Tordre , que deviendrait la justice divinel 
El comment supporter sana indignation le triomphe des méchaota i 
les calamités des honnêtes gêna 

Mon cher beau -père goûtait médiocrement cette démonstration^ 
très-juste en elle-même ^ mats qui avait le double inconvénient 
porter sor U vie future, — ^or, lui, ne se souciait que de h vie pi 
sente, — et d'être formulée par quelqu'un en qui il n'avait plaa au 
eu ne confiance i votre pauvre serviteur 

Un grand malheur pour moi, e^était que le Père Uirtc fût malad 
La goutte le retenait captif dans sa cabane 

Je savais bien aller V^ trouver. Il me donnait d*excellents oonstiH 
toujours d'accord d'ailleurs avec ceux de Th^li , avec ceux que j« 
trouvais écrits dans ma conscience. 

Mais cei pauvre!^ Lapinîens , eux , ne se mettaient guère en ^einr 
d'aller faire leur cour au malade. 

Les hommf?» sont ainsi faits qu^il ne suffit pas , pour ies couf 
cre, surtout pour les entraîner k mettre leurs actes en harmonie af 
leur foi, il ne suffît pas quels vérité soit quelque part, même au i 
d'eux et facile h aller consulter. Il faut que la mérité elle-même vie 
lea chercher, qu'elle les sollicite , qu'elle les harcelle , qu'elle s*att 
â eux malgré eux ; il faut qu'elle fasse la chasse aux Imei 

Tant que le Père Ulrie avait été ingambe, M avait été cette per 
nification de ta vérité. En vain cherchiex-vous 1 lui échapper ; il n*ë 
4lait, lut, que plus ardent 4 voua poursuivre. Une foii qu1l vous \ 
êMui, A f ïïm\§tQ§ k pari«r qu'il tous disputeftit vtOofî 
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t't»Utrftrt«» 



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m àiÊk)» «C â yom-méme. 

OuuttieM hô-aiéine , — qui t'éUH Venu eoi, pendant un trimesti^ 
allier après wa èebec du Rocher des Chèvres , mais qui, depuis une 
08 deui semaines , redressait la tète et faisait de nouveau parler de 
làj — Duruissean, dennt un Père Ulrie valide, eût dû baisser pavil- 
lon. Peut-être , bien loin d*enréler des complices pour ses intrigues . 
fût-il rentré i de son plein gré , dans la ligne du devoir. 

ilélaet Iluruisseau, qui avait du flair, s*était dit que peu importait 
après tout qu'il eAt été battu i plate-couture par Thala. C'avait été une 
lotte d'éloquence et un succès de surprise. Or, Duruisseau abandon- 
nait Tolontiers è la reine le premier prix de rbétoriqiie, pourvu que la 
reine ae le dérangeât plus dans ses plans. Il s'y prit si adroitement 
cette fob que le succès , un premier succès du moins • ne tarda pas 
de «Mffonner ses efforts. 

Décidément eonvtmtos que Dieu n'était plus avec moi, ennuyés de 
mevdr reprendre le gomrernemeut «l'une main ferme, jaloux de mon 
autorité, désireux d'un changement, sans trop savoir en quoi il consis- 
terait, éblouis par les brillantes perspectives que ce rusé de Duruisseau 
faisait sans cesse miroiter i leurs yeux, les principaux des Lapiniens, 
ces quioie pour lesquels j'avais fait dans le temps cette première et 
mémorable gibelotte au serpolet, entrèrent dans une conspiration dont 
le but définitif n'était pas bien précbé. Chacun pourtant était d'ac- 
cord sur la première mesure à nrendre • qui était de se débarrasser 
de moi. 

Mais sur le mode d'exécution de cette mesure, les divergences re- 
commençaient. 

Duruisseau, — l'ambition rend féroce, — opinait pour la mort. C*é* 
tait une solution traochée..., tranchante même , disait-il, le mauvais 
plaisant. Cet obstacle ainsi écarté, Duruisseau , le seul habile héillms. 
parmi tous ces nigauds de sauvages, n'aurait pas de peine à me Hic- 

céder. Tbala, pour se laire une position, l'épouserait et tout iraii 

pour le mieux. - ^ 

Mais jamais, parmi les seise membres qui composaient le haut con« 
seU des conjurés , jamais, — voyei comme les sauvages valent tnleyx 
que des civilisés dépravés, — jamais Duruisseau ne pot recruter |dki8 
d'une iFoix , c'était la sienne , pour l'occision. 

— Nous lui devons beaucoup, disaient imperturbablement c«a &râ>4is 
sauvages. Sans doute, nous commençons i en avoir assez de \^\^ et 
nous désirons te voir quitter notre royaume. Mais, quant â tretn^e^ 
nos mains dans }e sang de notre bien&iteur, «• d'un si bon ciuAinisr, 
ajoutait, la larme à l'œU, le gastronome Coulo; il pensai l (jua, àdi 
parti, mil n'approcherait de la perfection avec laquelle, ceriainf jdbrs 
de fête , je ne dédaignais pas d'accommoder , de mes royatles 4l«ÎDa « . 
un lapin* one truite, un canard sauvage, — quant à tremiter noi pi\i\A 
dans le sang de notre bienfaiteur jamais, i . - 

Avec des sentiments si humains, si le Père Ulric ou Thala euafonl 
pu pénétrer dans le conciliabule , nul doute qu'ib n'eussent f ppQr^ 
ramené ces pauvres gens è une conduite plus raisonnable, }jt^i I9 
conspiration avait été ourdie, cette fois, avec un merveilleux ^Cfe( ; 
et, tout en trouvant quelque chose d'étrange dans les regards ((^i^ti^t 
des eonjurés auxquels j'avais a£Diire, je n'eus, longtemps que ^e vo- 
gues soopçons..... 

Pourtant, je finis par être informé de la chose. 

Moucher beau-père était parfaitement consentant i n'importe uueiie 
mesure, non sanglante, qui dût le débarrasser de moi. Biais, comme 
il aiinaît beaucoup Thala , il entendait bien la garder près de lui. Elle 
était femme d'un si grand sens qu'elle n'hésiterait pas àimiter le bon 
Dieu qui m*avait abandonné, et pendant que j'irais me faire pendre ail-. 
leurs, â demeurer dans tUe au» Lapins, attendant les éyénemcpU* 

Le père s'ouvrit donc de tout ceci è u fille, laquelle n'eut rjqn de 
plus pressé que de tout me rapporter. 

n va sans dire qu'elle rejeta la proposition de m'^handonnef , f|vef 
OBt indignation, tempérée cependant dans ra fomi** par ce tiîijdrç 
leipect qo*eUi M voulut i«m«is perdre po^r so* , • - 



Mais je crus voir dans cette conspiration qui ralliait tous les chefk 
des Lapiniens, qui néanmoins voulait obstinément respecter m» vie, 
et qui , en même temps , donnait i ma chère Thala une occasian de 
manifester la persistance et l'étendue de son amour , je crwA wmr II 
une indication du ciel qu'il fallait céder i Tûrage. 

— Nul devoir ne me retient ici. Car, h^\\é corn me il est contre dioî, 
quel bien pourrais-je faire à ce pauvre peuple? La prudence ne me 
conseille-t-elle pas de m'en aller, maintenant que l'on ne me de- 
mande que mon absence? Plus tard , exaspérés par ma résistance, 

c'est peut-être ma tête qu'ils demanderaient J'^ntmèneraî avec 

moi celle qui est tout pour moi Ne serai^e paa encore bien heu- 
reux? 

— Vous en pariez d'un ton bien dégagé, me dire£-vous^ cher ko^ 

teur. S'en aller, c'était facile i dire mais k faire? Koi Barthé* 

lemy, aviez-vous donc une flotte prête à mettre I la voile « dans les 
ports de l'île aux Lapins, et n'y avait>il qu'i en détacher quelque belle 
frégate, pour conduire vos cx-Majeslés à Porto-Rico, i k Nouvelle- 
Orléans, 4 Londres ou â Marseille? 

-» Pas Précisément. Et pourtant, ami lecteur^ vous croyez plaUan-» 
ter, et vous êtes tout prêt de la vérité. Il y avait deux ou trois jotire 
qu'à l'aide de ma lunette d'approche, je voyais en panne, à une demi- 
lieue de l'île aux Lapins , un grand navire. La pensée que , si je gi^ 
gnais ce bitiment, — ce qui m'était facile, à l'aide trune pirogue, — 
je pourrais, dans quelques mois, revoir jnon pays nilal, cette pea«^e 
me faisait battre le cœur k me briser la poitrine. Cependant, je 
l'avais repoussée d'abord , comme une pensée mauvaise. « Aviis-je le 
droit d'abandonner ce peuple qui m'avait choisi pour son chef , sur 
tout de le livrer, par mon départ, â la i^cheu^e ioQuence de Duruis- 
seau?» Voilà ce que je me disais. 

Mais les révébtions de Thala changeaient U thèse du tout au tout, 
En restant, je ne pouvais faire aucun bien. En partant* j'épargnais sux 
Lipiniens la tentation d'un grand crime.... 

Nous allâmes, Thala et moi, consulter la Père Ulric. H fut d'à vil 
que nous devions, sans perdre de temps , che^her è gagner le 
navire. 

Je lui proposai de l'emmener. Il ne pouvait pas marcher. Hais je 
le porterais bien jusqu'au rivage. En -Europe , peut-être trouverait-il 
quelque habile médecin qui le guérirait de sa goutte. Ici , au con- 
traire, on le savait mon ami. Duruisseau n'eïciteraît-il pas coutre lui 
U colère des Lapiniens T 

— Non, mes enfants , répondit le Père. La goutte e$t ma compa- 
gne, et oe serait folie d'entreprendre un si louf vojfâge dans l'espérance 
incertaine de la mettre dehors. Je ne pense pas que ce peuple, qui e^^t 
faible, mais bon, se livre jamais contre moi aux sévices que vous re- 
doutez. S'il le faisait, ne m'y attendaîs-je pas, lorsque jn m'embarqua ^ 
il y a six ans, pour les lointaines missions? Je crois, au contraire, qiio 
le uioment ne tardera pas où, éclairés sur les sottises que ce pauvre 
Duruisseau leur a fait commettre, mes pauvres Lapiniens me revien- 
dront. Et qui sait? Peut-être sera-ce Duruisseau lui-nvêma qui me Us 
ramènera. Quel malheur, si je n'étais pas ici pour retevoir dans mes 
bras ces enfants prodigues ! Et puis , tant de pauvres femmes 4|ui 
n'ont pas trempé dans la sotte conjuration de l'ours pères et de leun 
maris, voulez-vous que je les prive, par mon Jepiirt, de tout secours 
spirituel? —Non, mes enfants. Dieu veut que vous partiez, mais il 
veut que je reste. • 

Nous nous jetâmes i genoux pour recevoir sa bénédiction. Nous 
allâmes prier au tombeau de nos enfants. Nous prîmes avec nous un 
petit bagage, et, escortés des Biscayens qui s'estimaient heureux de 
cette chance de revoir leur pays, nous allâmes détacher Tune des pî- 
rngues qui étaient amarrées dans la petite crique où, six ans aupara^ 
* ant, nous avions débarqué. 

Nous adressâmes au ciel une fervente prière pojr que le navire 
ne s'avisât pas de partir, au moment où nous nous dirigions leif 
lui , ce qui n'aurait pas été drôle du tout 

N »Ms f. n*^ exauwf 



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tm 



fOtTtRIfitt. 



^ 



A six heures du matm, le i^^ février tSiO, nous accostions le 
Grand-Serpent de Mer. C*était un \rick américain , parti de la Nou- 
velle-Orléans pour Bordeaux , quelques semaines auparavant. Il avait 
été poussé par la tempête, puis surpris par un calme plat, au milieu 
des archipels polynésiens. 

Nous contâmes en gros notre histoire. Le capitaine nous crut sur 
notre bonne mine et nous prit â son bord. La pirogue suffit pour payer 
notre passage. 

Sans doute la bonne Profide«ee n'avait penms ee cahne plat que 
pour nous donner le loisir de nous réfugier sur k Hfûnd-Serpent de 
Mer, Car, nous y étions i peine depuis un quart d'heure, qu'un vent 
lirais s'éleva. Le navire déploya ses voiles , et nous n«u8 mtines en 
rootepourFEurope. EuG. db Margbrib. 



ENTRETIENS SUR L'HISTOIRE DE FRANGE \ 



LES MÉROYINGIENS (SuiU.) 
l. 

€e Childéric était un honune de mœurs païennes et très peu réservé 
envers les femmes les plus respectables. H finit à cause de cela par 
déplaire à ses administrés qui le prièrent d'aller se promener quelque 
tempe iTiAranger. Il paraît qu'il n'y avait pas moyen dédire non. 11 
s'en fat done en Allemagne , à la cour du roi des Thuringiens et lui 
demanda Thospitalité. Celoî-ci qui n'avait rien à refuser Jt un confirère, 
le reçut très-bien et lui donna la table et le logement dans son propre 
palais. Veue eroyes peut-être qu'il fiit fort reconnaissant d*un tel pro- 
cédé, ee ChHd^ot Détrompei-vous alors , car tout au contraire, il 
' corrompit la femme de son hAte, qui s^sppelait Basîiie , sans doute 
parce que son parrain s'appelait Basin. 

Malhenreosement, cette Basioe était de nlédiôcre vertu, et quand 
son séducteur fot retourné dans son pays , elle courut après lui, le 
priant de Tépouser, ce que Childéric lui accorda, quoiqu'il fût déjà 
marié lui-même. Mais tous ces rois païens, toutes ces reines païennes 
se mariaient pluaieurs fois l*an,- au grand étonnement des chrétiens 
gallo-romaine qui n'en pouvaient pas revem'r. 

Quoi qu'il en soit, ce fut de ee prétendu mariage de Childéric le 
frane et de Bas'me la thuringienne que naquit Glovis , roi véritable 
eeluî-là, et ayant droit au n9 l«v, en qualité deibndateur de la monar- 
chie franiiaise. 

Ainsi, sans plus tatillomieret nous arrêter davantage à des histoires 
trop embrouillées pour nous , nous allons parler de Cloviê h', roi 
da Prtmcs » et non rai de France , parce qu'à cette époque , 8*il y 
avait des Francs k foison, Hn'y avait pas encore de France, comme la 
smte vous le fera voir aussr clair que le jour. 

IL 

Clovis était âgé de qumze ans, â la mert <le son père. Païen comme 
ses ancêtres, il adorait des dieux originaires du Nord, ou plntêt qui 
avaient été inventés U, dont le paradis était un grand estaminet où 
l'on fujoaait du tabac de première <pialité dans des pipes très4ongues 
et où Ton buvait de la bière de man depuis le matin jusqu'au 
soir. 

II prit la place de Childéric et fut reconnu par sa peuplade qui oc- 
eupait toujoura la Flandre. 

Il iaut que vous sachiez que, dans ce temps-lâ, le nord de la France 
actuelle était aux mains des Francs. Tout ce territoire était découpé 
en menas morceaux; si bien qu'il contenait un tas de petits royaumes 
et de petites capitales à n'y rien reconnaître. Cambrai, Saint-Quentin, 
Laon, Amiens, au lieu d'avoir des préfets et des sous-préfets comme 
à présent , possédaient une feurmilUère de rois chevelus et barbas 

« Voir le D* de rOurrUr du 6 avril. 



comme le Juif-Errant, si toutefois ee n'est pas conscience de les ap** 
peler rois. 

Govis, pendant quelque temps, ne fit pas grand'chose ; mais quand 
il eut pris ses vingt ans, il commença à regarder autour de lui d'un 
certain air, et jeta son dévolu sur le roi des Romains nomimé Sja- 
grius. , 

A bien dire, ce Syagrius était plutôt un gouverneur |kMnr les Ro- 
mains qu'un roi, mais conune il n'y avait pas alors de roi véritaMA 
nulle part, quiconque avait une certaine position au-dessus des autres 
et commandait seulement oniatre hommes et un caporal , prenait ce 
titre. 

Les possessions de Syagritis .étaient du côté de Soissons. et cette 
ville, si célèbre aujourd'hui par ses haricots, étût sa capit^e. 

Mais avant d'aller plus loin , il est bon de vous dire 'tout de suite 
un petit mot concernant saint Rémi qui était alora évêque de Reims, 
parce que, voyez-vous, Clovis et samt Rémi soîit inséparables dans 
notre histoire. 

Donc , saint Rémi, voyant que Clovis annonesit des dispositions, 
commença à lui donner dés conseils et è faire des prières pour sa 
conversion. Il espérait, avec raison , que s'il parvenait i le baptiser, 
les autres chevelus Fimitant, se feraient baptiser â leur tour, et qu'ainsi 
toute la Gaule deviendrait chrétienne. Dans cette idée , il commença 
à entretenir avec lui un petit conmierce d'amitié ; il lui écrivait de 
temps en temps, lui laissait entendre quMl avait jeté ses vues sur lui 
et qu'il en attendait beaucoup plus qu'il n'en voulait dire, mais qu'a- 
vant tout il fkllait qu'il abandonnât è^ dieux du Mord et ses mœurs 
païennes. 

Qoris, sans faire la sourde oreille et tout en répondant poliment l* 
saint Rémi, ne renonçait pas cependant â l'espérance de Testaminet 
céleste et â la bière de man, parce que, pour Hieure, il ne voyait rien 
de plus beau que çâ. Mais saint Rémi, qui n'ignorait pas qu*0Q prend 
plus de mouches avec du miel qu'avec du vinaigre, ne se fichk point 
de ces lanternements, sachant que tout vient à point à qui sait atten- 
dre, comme dit le proverbe, et comme la suite le prouva. 

Je reprends maintenant ce que je vous disais tout à l'heure. 

Clovis Voulant étendre ses domaines et devenir un roi povr de 6<m, 
avait jeté un regard de travers sur Syagrius. Pour se donner plus de 
chance, il fut trouver son confrère le roi de Cambrai, un nommé Ra- 
ghenuher (si vous retenez ce nom-li vous êtes malins}, et lui proposa 
bravement de se mettre deux contre un et' de tomber ensemble sur 
.le Romain. Le roi de Cambrai lui répondit qu'il n'allait pas par quatre 
chemins et qu'il acceptait. 

Comme depuis le temps qu'ils étaient en Gaule, les Francs commen- 
çaient â vouloir se donner des airs de civilisés, au lieu de tomber bru- 
talement et sans dire gare, sur Syagrius , Clovis et son confrère de j 
Cambrai lui envoyèrent des messagers pour l'engager i fixer un champ 
de bataille. 

Syagrius, après avoir ri comme un bossu des manières que voulaient 
se donner ces princes sauvages, qui jamais ne s'étaient seulement ra- 
sés, Içur répondit, par la même poste, q^u'il acceptait le défi ean^ délat 
et sans crainte; 

Aussitôt de chaque cdté : En avant marche P halte ! front ! Les 

deux armées se rencontrèrent dans les plaines de Laon, où l'on cul- 
tive maintenant de superbes artichauts et de magnifiques asperges, i 
La victoire resta aux deux barbus , et le nôtre, pour sa part, prit le I 
Soissonnais et fitdeSoissons sa capitale. Le malheureux Syagrius s'é- 
tant sauvé à Toulouse, chef-lieu du royaume des Goths, dont Alaric 
était roi, fut réclamé par les vainqueura. I 

Alaric eut là petitesse de le livrer et Clovis celle de le faire assassi- 
ner. Dans sa religion, il n'y avait pas de mal à cela, au contraire. Jv* 
' gez-en par cet échantillon. 



m. 



Quelque temps après s'être installé à Soissons, Clovis, tookatc»' 
eore ag randir ses domamet , s'avança sur Cbiloof H mr trafii' 



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t'ouvniRR- 



tm 



li il passait aoue lea murs de Beims , une bandF. de ses soldats 

Ira, milgré lui, dans U vilk de âon bon ami wsmt Rétni et enleva 

ises nacres, parmi lesquels il y en avail un d'un très-grand prix. 

ht Rémi n'éïait pAS contmt, comme yous coniprcnez, et fil des re* 

elles au ro\ qui lui répandit : Que voulf'Z'Vous? jene suia pas en- 

1 liitit-à-fair maîlre dt* me* stildat«, mais il viendra un mmnRul où 

i ferai marcher â l'œil comme vous faites marcher vos c il antres. 

it an ?ase, je !e réclamerai hors p&rt, lofsqtt'on fera le partage du 

M, et j'aisrai le aensible plaisir de vous le rendre. Oui, mais quand 

irtage cui lieu, un sapeur frappa le vaie de sa hache en di&ant : 

uurai ritR qut tt gue le sort factordera, 

ïl&vis aurait pu faire un éclat, maîa il truuva plus prudent de dis- 

■1er sa colère. Or, un an aprèâ, comme II pasiait uue revue 

I régiments, ayant aperçu le même sapeur, îl TapoEïtropTia rude- 

fkî sur sa malpropreté , Ta l ta quant sur toutes^ les parties de son 

aiment, enfîn il lui arracha sa hachis des mains et la jiHa à terre. 

t Sapeur s^éUnt hnlMê pour la ramagser^ C1ovî$ lui fendit la tête de 

incîsque en lui disant : Qu'il ie soit fait comme tu as fait au vase 

iw^irU Rémi! 

qui TOUS prouve qu*il avait la mémoire longue et le bras fort, 
si ï partir de ce jour, «es soldats lui obéirent rondement, et le^; 
petits rois ses confrères eommencèrent â trembler aur leurs peliti trA^ 
Des. Quant à lui, Vambition lui montait de plus en plus à la lète, et il 
trouvait que Paris lui conviendrait mieux que Soissons pour capilak. 
U b^i ailla donc en conséquence. Mais l'empire romain s'en allant en 
morceaux , Tancien esprit gaulois s'était réveillé et la cité de Paris , 
eumme beaucoup d'autres , toulaît profiter de Toccasion pour rede- 
venir indépendante. Les Parisiens trouvaient d'ailleurs que ce monar- 
qiie barbare , qui croyait toujours à ses dieux , et résistait aux mai- 
fiuatioDS de saint Rémi et des autres évéqucs qui le pressaient de se 
Fnire «.brétien, ne leur convenait nullement. SamLe Geneviève était de 
^m^ A vis el c'était tout dire 

^^B En attendant qu'il prtt Paris , Clovis eut la chance de faire un bon 
^ftirtage eu épousant sainte Clotildc, uiéce du roi des Bu rg on des (Bur^ 
^^Mdes ou Bourguignons c'est tout un). H avait si souvent entendu 
parler d'elle comme d'une femme accomplie et parfaitement bien élevée, 
qu^ïi dédira vÎTement Tépou^er. Ne pouvant aller lui faire part de ses 
sentiments , parce qu'il n'avait pas le temps, il lui envoya un anneau 
où étaient gravés son nom et sa /i^ure. Pour son nom , ça se com- 
prend, mais pour sa tigure^ soit de face, soit de profil, ça se comprend 
moins. 

Quoi qu'il en soit, ce procédé était gentil pour un chevelu, et sainte 
Cloiilde le trouva tel. Gomme elle avait d'ailleurs beaucoup de raisoujï 
et des meilleures , pour quitter au plus vile la cour de son oncle (si 
toutefois on peut appeler cela une cour), elle n'hésita [nu à envover 
à Ciovis, par le même commissionnaire, son propre anneau. 

Dans tous les temps ces petits échangea en disent long, mais dans 
ce têmps-là surtout. Ainsi quand un homme et une femme s*en étaient 
fait de semblables, on les considérait presque comme mariés. Jugeï 
si Clovis fut content t U vous paraîlra donc tout simple que, sans at* 
tendre à demain, il euvoyâl une ambassade a Gondebald pour lui d^^ 
Biandâf sa nièce en mariage. Gondebald k lui accorda, ÀussUùt et 
sans perdre un moment, les ambassadeurs du roi de Soiasons l'épou- 
sèrtnt au nom de Sa Majesté leur auguste maître , comme on Va fait 
t rés'souvent depuis et comme on le fait encore de nos iours ^ quand 
il s'agit de mariages entre rois et reines. 

Bien de si simple : l'ambassadeur, au nom et eu vertu des pouvoirs 
que lui a donnéft le roi qui l'envoie , engage sa parole pour lui et le 
eonlrat est formé comme il le roi avait signé lui-même ; il n'y a plui 
à j revenir. 
la cérémonie eut lieu à Ghâlon-aur-Safine » après quoi la mariée 
lUl montée dans un chariot auquel on attela des bœufs, on se mit 
L route pour le royaume de Soiasons , ea marchant sur le pied de 
Qn& lieues en quinze jour«. 



IV. 



Cependant iainte Clotilde qui craignait que ^on onek ne te rtvisit 
ei ne Ht courir après elle pour la réintégrer chex lui, au premier relai 

planta là son chariot et ses boetifs, et montant sur un bon cheval, é*4^ 
van ça vers son mari h grandes journées. Bien lui prît d'avoir ap de 
la sorte , car Condehald avait fait précisément ce qu'elle avait pensé 
qu'il était capable de faire, en lançant après elle des émissaires pour 
la ramem^r de gré ou de force. MaU il ét^it trop tard pour It rattrt* 
per, parce qu'elle avait gagné du paja et passé la frontière quand les 
estafiers de son oncle y arrivèrent. 

U faut voua dire que. cet oncle avait commis une foule d'atroctt&i 
contre les parents de sa nièce, qu*il avait fait massacrer ton père, sa 
mère et ses frères , et qu'elle-même n'était pas très en sûreté chex 
lui. 

T. 

Si je TOUS df»mandaia quelle fut la première personne qui vint 
complimenter Giovii et le féliciter de son mariage, vous me répondriôt 
tout de suite que ce fut saint Hémi, el voua auriez raison. Au reste, 
ses compliments n'étaient point de simples politesses ordinaires d'é- 
véque à roi. Saint Rémi était véritablement charmé de cette union, 
ne doutant pas que sainte Glotilde , qui était Irès-supéneort par 11p. 
telligence et par la foi, n'amenât peu â peu son mari sur les fonts de 
baptême, ce qui assurerait alors aux évéques une fameuse épée pour 
les aider à civiliser ta France et â combattre des hérétiques qu'on ap- 
pelait Ariens et qui en occupaient tout le Midi. G' est asiez vous dé' 
signer Alarîc et ses Goths, Saint Ecmi avait bien préjugé de la reint 
Clotilde. Elle obtint d'abord que son premier enfant sertit baptisé. 
Puis peu de temps après, la veille d'une bataille qu'on ippelle la ba- 
taille de Tolbiac, elle fit jurer â Glovis que, s*il remportait k vie* 
loire, il n'hésiterait plus à s'enrôler soub la bannière du Gbrist. 

La bahjillc fut très* disputée. Mais au moment où tout paraissait 
désespéré , que Clovi^j a^ant invoqué tous ses dieux collectivement et 
individueUemcnt, sans en rien obtenir, s'adressa au £)ie^ dËClûîildtt 
Lout changea de face et en peu de temps la victoire favorisa le Cùar 
Franc , comtne l'appelle mon vienx livre. 

Sainte Clotilde a^ant averti secrètement saint Rémi de ce qui 
venait d^ te. passer , celui-ci arriva près de Glovis sans perdre une 
minute, et après les salutations d'usage l'entreprit de La belle manière. 
11 lui dit bien des choses que nous pouvons imaginer et d'autres en- 
core dont nous n'avons pas seulement l'idée, car il étutt tris-venè 
dam la science dû ta rhétorique, â ce que rapporte un ancien auteur 
nommé Gré|oire de Tours , quâ le mien cite au bas de ta page pour 
ne pas couper son récit. Enfin il prêcha tant et si bien que Cbvis fut 
convaincu. Gependant, pour n'avoir pas l'air d'un homme incapable de 
placer un mot dans la conversation il fît cette objection : ■ Saint Père 
i ( maintenant on dit Monieigneur ) , je vous ai écouté avec plaisir 
A et ferai tout ce que vous voudrei , mais mes peuples consentiront' 

* ils â abandonner nos anciens dieux? voilà ce qui me donne h penser ; 
» permet tel donc avant lout que j'aille leur dire un mot de votre 

* part. « 

A^anl alors provoqué une grande réunion publique ^ il fit faire si* 
lence. Mais au moment même oii il ouvrait la bouche pour leur ex-» 
pliquer de quoi il était question, ils s'écrièrent loua d'une voix ; 
i C'est inutile i c'est inutile ! nous BaTons de quoi il retourne : nous 
i sommes pour le Dieu de Rémi et de notre Reine. G'est lui que nous 

* recûunaisdons , qu'on ne nous uarle plus des autres, ce sont de 
« faux dieux. § 

Pourtant un certain nombre de ceux qui n'avaient pu se rendre â 
l'a&semblée ne fut pas de cet avis , et quand Glovis eut reçu le bap- 
tême ils quittèrent ses états et passèrent chez les rois ses voisins qui, 
comme eux, étaient toujours engoués des dieux du Nord, ce qui, 
pour le dire en passant, ne leur faiiait pas beaucoup d*honneur> 

?L 

Le baptême de Glovis eut lieu le propre jour de Noël 496, 
La cathédrale de Reims , où se paait h cérémoni*^ « était fi 



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L'OUVfllEn. 



fîquement décorée i U i*j trounît tant d*évêqii€8 et de si belles tapit- 
ieries , tiQt de eierges alluinés et de si riches omeroents, que Ciovia 
en etilrant, n'ayint jamais rien tu ^ semblable en sa vie, demanda 
bonneinent I saint Rémi si c^était déjà le paradis. « Non, Altesse, 
( n ta in tenant c'est M^té ) , répondit Tévêque . ce n*en est que le 
vestibule. 1 

Au moment où saint Rémi allait administrer le sacrement an roi , 
il lui dit cei bellee paroles : Courbe la téU , /Ser Sicafhbn, adore ce que 
iu as brûlé ^ brûk et que tu as adoré. Les Sicambres étaient un peuple 
de la grande famille des Francs et Qovis était de ce peuple-U. Vous 
ne le istiet pas , mais saint Rémi le savait , lui. 

Après la céréiBonie , le nouveau chrétien fut félicité de tous e^és. 
Je ro'imigine que sa femme ne fut pas la dernière â lui adresser ses com- 
plimenta et i lui faire toutes sortes d'encouragements , pourtant e*est 
une idée que je me lais, car mon livre n'en dit rien. Mais ce qui est 
eertain , c'est que le Souverain-Pontife lui-même lui écrivit une belle 
lettre dans laquelle il lui mandait entre autres choses qu*il espérait bien 
que désarmais il serait la colonne de fer de l'Église. Puis, comme par 
enchantement » un grand nombre de peuples, voire les Bretons, qui 
dés ce temps*tà étaient les plus entêtés de tous , le reconnurent pour 
roi, Quand je dis les Bretons, j*en excepte pourtant ceux de la Breta- 
^e tretonnante , car ceux-li demeurèrent libres dans leurs bruyères 
en vrais Gaulois qu'ils étaient toujours restés. Enfin, pour en dire long 
en peu de mots , il vînt demeurera Paris au palais des Thermes , et, 
à TinEtigstion de sainte Geneviève , il y fit bâtir une église. Vous ra- 
conter toutes ses guerres, tous ses combats , toutes ses victoires contre 
iint! foule de rois et de roitelets , notamment contre Tonde Gondebald 
qui élaii hérétique ^ contre Alaric qui ne Tétait pas moins, etc. , ce 
siTait pour n'en pas finir d'ici aux jours gras. MalJ^eureusement Gloyis, 
qui avant d*éf rebaptisé était tr'ès-rude à la main, le fut encore b<^u- 
coup trop depuis. Seulement quand il cédait à sa passion , au moins 
rn avait-il remords après, et promêttait-il â la reine et à saint Rémi 
de s€ corriger^ tandis qu*atttrefois il se débarrassait de ceux qui le gê- 
naient avec la même facilité que vous boiriez un verre d't^au. Bien plus, 
qu.md îl avait eupédié son monde, loin d*en avoir la conscience trou- 
blée , il en levait la tête plus haut , comme 6*il avait mérité le prix de 
vertu t très -persuadé que ses dieux étaient contents de lui. 

Parmi les faits et gestes de Sa Majesté Glovis l«r qui furent les 
plus affligeants pour le bon saint Rémi et la reine , mon vieux livre 
raconte celui-ci , que je ne veux pas passer sous silence, ne fût-ce 
que pour faire voir d*un cdté, combien il était difficile aux saints de 
ce temps -li de faire un chrétien d*un barbare, et d'un autre côté 
combien il était mal aisé à un barbare de répondre toujours à la grâce 
de son biptènie. Ecoutez bien. 

Un beau jour Glovis insinue à un nommé Glodovic de se défaire de 
^on père Sigîbert , sous prétexte qu'il est vieux et qu'il boite d'une 
jambe. Comme si tous les pères qui sont d'un certain âge et qui boi- 
tent d'un pied et même de deux n'étaient plus propres qu'à être tués 
par leurs enfants ! 

CbdoYio récoute trop bien et tue le bonhomme au moment oi!i il 
dormait eous s4 tente après avoir dtné. Sigiberl mort , Glovis envoie 
des ém<s5aires fhei le fils, avec otdte. le vetiger sur sa personne Tas- 
sassfnat qu'il avait fait commettre. Ges émissaires s'acquittent en eon- 
st^icnee de leur commission sans toutefois courir le moindre danger', 
I hoîstFsiant le moment oA le parricide se baissaitafin de puiser d.ms 
\m couvre où feu le père Sigîbert mettait $«'$ petites économies , pour 
l'nssonmier à coups de francisque. Le père assassiné , le fils assommé, 
CloYi& se fait proclamer roi dt leur pays! 

Î4'e.-t-ce pis le C2$ de dire : Chassez le naturel , il revient au galop? 

Aprâa ce gros crime, si Glovis fut certes loin de marcher toujours 
Tau cceur droit devant Dieu, C4>mnne tout honnête chrétien pourrait 
Mr l'imaginer, au moins se montra-t-il moins infidèle à sa vocation 
ui t'arfois même par la naïveté de sa foi il dut consoler le digne évê- 
ffiie qui av^il fonde tant d'espoir eU lui. 

AmsL , un jour de vendredi-saint qu'il as istait dans une cathédrale 
$. un superbe sermon sur la nasaiou do Notre Seigneur , au monif^nt 



oii il entendait le prédicateur raconter comment ii» Juifs êéUteiA 
emparés de sa personne , au jardin des Oliviers ^ il se leva tmil-4* 
coup du fauteuil en plein cœur de chêne où il était assis ei s'éciia 
-d'une voix formidable : « Que n'étaia-je li avec mes Franettl » 

Enfin, comme grands et petits , riches et pauvres, seélérals el 
braves gens , il fiint toujours mourir , et qu'en définitive tout finit 
par Ci-sfit, Pierre ou Jacques^ qui en son vivant fut par ci , fwi par 
\à , Glovis moumt â Paris , Tan 511 ou 512 , âgé senlen^nt de qiu« 
rante-cinq ans , et ftit enterré dans l'église ffotîX avait dit bilk,#;^9f 
l'on nommait la basilique des saints Apôtres. 

BLANGHET, 
Vigneron , à Sàini-Julien-dtt-6au]t. 

Pour copie conforme : A. Labuttx. 

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Avec le mois de mai cominenoe la deuxième année do L'OUVRIER. 

Cést l'époque du renouvellement de presque tous nos abonnea. 

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ciable à la régularité du service , et nous considérerons cet empres- 
sement , dont nous les remercions d'avance , comme on témoignage 
de la sympathie dont on nous a donné tant de preuves. 

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année pourront nous demander la couverture, le titre , le ftux titre 
et la table dea matières. Gette livraison supplémentaire leur sera 
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sire une série entière , soit qu'on désire des numéros isolés. Le prix 
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nements , â servir mêpie à dix adresses diflérentes , aura droit à deux 
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laire remarquer que le mandat sur la poste présente plus de garan- 
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lion à cause du bon marché tout-i-fait exceptionnel de notre jour- 
nal, nous mettent dans l'impossibilité d'inscrire d'abonnement â cré- 
dit ; toutes nos opérations sont au comptant, et cela , comme on le 
voit, dans l'intérêt même de L'OUVRIER. 

11 en résulte que Tadministration ne continue pas d'oifice le ser- 
vice de^ abonnements et qu!à leur expiration , elle cesse Tenvei des 
numéros , si elle n'a point reçu le montant du renouveHemeat. 

Toutes les lettres doivent être adressées à M. BUËRIOT, fén^ds 
VOUVRIER , 55 , quai des Grands^Aug^stins , i Parif . 



Angers, imp. de Laine 



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N' 82. 



2e attU 1808. 



1 OUVRIER 

Jôarnal liebdoiiiadaîre illoslré paraissant tous les samedis. 



ABM1I118TRATIOK : 

, qumi 4m Grandi-Aiigiittiiii 
i U VkJuâMâé BIÂOOT, 

A PARIS. 



SOMMAIRE. 

Lies AVENTURES D*X7N BCROEfI . par Eugène de MARanit; — ZiA 
DAME DE BELL AGIO, pM Giuseppe GAlimi. — > PETITS INCIXMBNTS 
DE VOYAGE DE COURT COURS, par Jean UftIèV. -^ âPHÉVÉBIDES. 
par Giuseppe Gammbli. — AVIS IMPORTANT, 



ABONNEMENTS D'UN. AN 

. 1 fu6r 11 I*' iie ckifiw mw : 

FkAirai. . • • », • ,• . i5 •■ 

Bubon, ÉiaTFrB, Rjdmb D'Àfv, tnr- ' 

œn^'AiB.' '••.•.... 6 •• 

tffàia-Um» BB |.'AHteiQim Bolfoao . 7 »• 

GOLOnit BT AUIW PATS B'pnTBS-inB. .8 00 



CHAPITieE XXI. 

Lé Grand Serpekt âe Mer. — Mort de Thala. -^ Ce qui 
' reste à ceux qui ont tout perdu. 



Si îe Gfrand Serpent de Mer fut notre salut, il est bien juste 
dire que nous fûmes poiir le Grcmd Serpent de Mer une rtre 
nne fortune. 



il faut avoir navigué pour comprendre Tennui d'une longue 
traverrée, et le redoublement de cet ennui, lorsque tout-à-coup 
le veut cesse complètement, et que pendant des journées, quelque- 
fois des semaines entières, le navire demeure presque aussi immo- 
bile, au milieu du grand Océan, que s'il était saisi par les glsces, 
non loin du pôle Norçi. , . , 

Les pajBsagers du Grand Serpent iie Mer^ partis depuis un 
mois à peine de la Nouvelle-Orléans^ s'étaient, je * çrois^ ennuyés 
dès le premier jour, peut-être par la raison toute simfple qu'ils 




Le Grand Serpent de Mer mouillé dans les eaux de Itlef aux Lapins. 



ifent très ennuyeux.' Les heures et les jouniées semblaient se 
siner péniblement pour ces pauvres gens qui ne connaissaient 
lére d'autre méthode de tuer le temps que la pipe, le petit 
)rre, les caHes et les dominos. Mais, lorsqu'au bout de vingt- 
nq jéefSy poussés par une violente bourrasque en dehors de 
ur route normale, ils se trouvèrent à rimproviste en face de ce 
tlme plat, qui se prolongea, sans faire mine de vouloir cesser, 

• Voir les a«* 4a i*Omr»fr du A% Janvier au 19 Sfril. 



vingt-quatre heures, puis quarante-huit, puis quatre-vingt-seize... 

lùE malheuireux ne savaiisnt positivement plus où donner de la 
1 tête. 

I L'arrivée de cinq nouveaux voyageurs fut donc saluée avec 
I enthousiasme. Et comme, aussitôt ces voyageurs à bord, le vent 
I se leva, on trouva que nous avions porté bonheur au Grand Ser^ 
, pent, et, dès les premiers instsnts, nous jouîmes d'une prodigieuse 
I popularité. 
' C'était un grand événement pour nous et une date mémorable 



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♦1 



fOUVRIER. 



r 



dans noire ^îe que ce départ pour FCarope. Aussi aariont^lloitt aimé 
i nous reeueilUr un peu en nous-mêmes eL l'un avec Tautre. Les 
premiers jours iurtoutt il n'y eut pas mojen. Nous appartenions aux 
pasîagers qui uq nous lâchaient pas. 

Tandis que^ tîans Tentreponljes Brscayens, en réunissant quelques 
iqmIs d ^anglais qu'ils avaient m^ jadis» en éclaircisBaiil teûr baragooin 
1*1 r un langage d'acUon dans lequel ils étalent passés maîtres, dis- 
trayàiÊDl Téquipage et provoquaieut souvent de^ explosions de rires et 
d'a{}plaudbgemenls, qui nous arrivaient comme de véritables éclata de 
tonneri^Oy Thab cl moi , assis aur le porl , nous voyions se grouper 
autour de nous les offîcien et les plus huppés dei paasafera. On ne 
fumait presqa@ plus , par reipect pour Thala. On ptaaa des jevrs en- 
I tiers fana toucher une carie. Tout rinlérét de Texistence paraissait 
Concentré sur nous. Ma vie si accidentée, les descriptions, dans les- 
qudles je me complaisais^ de mon ciel nafal, de FËspagne oili je ren- 
contrai des fortunes si diverses i ce trône si vite conquis, si vite per- 
du, tes aventures aussi du Père Ulric et de Je^n Duruiaseau, que je ne 
craignais pas d^enchevétrer aux miennes , tout cela raviissait mes àu^- 
diteurs. Ha auraient voulu â la fois que je leur contasse chaque jour 
presque toute mon histoire, — taftt ce récit les intéressait, — et que 
I je ne leur en dérou lisse qu'une toute petite longueur, afin de Ikire 
! durer le plaisir plus longtemps. Du reste, ma narration n'était pas 
[plutôt achevée que, d'une voix unanime, tous les enfants présents 
issisUient pour que je ta recommençasse sans désemparer. Et pour- 
■ tant ils la savaient si bien que si, déférant a leurs vœux, j'en repre- 
naia un chapitre et que je me permisse la moindre variante sur la 
préct'denLe narration, plus d'une voix argentine m'arrêtait en disant : 
f Ce n*est pas cela, i et mes bambins de rétablir, iqui mieux mieux, 
le texte primitir. 

Tbak n^obtenaît pas un moindre succès, en décrivant les mœurs de 
^ patrie, les terribles invasions des Benardins qui furent le cauche- 
mar permanent de son enfanee, et ce besoin de la vérité, qui, au mi- 
lieu des ténèbres de la plus grossière idolâtrie, travaillait tant â*âmes, 
besoin qui , laut-à*coup , gr^ce â moi , plus tard grâce au bon Père 
Ulric, trouva sa complète satiss faction. 

Barement Thaï a pouvait-elle achever un de ses récits d*une ?oix 
1ou£4«fait rassurée. Qusiid ce n'était pas le nom de nos enfants qui 
de lui-même venait sur ses lèvres, leur souvenir lout4-coup en^ahis- 
fiait son ccpur. Ou bien elle pensait â son père ^ i tous ceux qu'elle 
laissait derrière elle , i ce péril prochain de perdre la foi où se 
trouvaient tous les pauvres Laptnieng^ et son âme, son âme de chré- 
tienne plus encore que de Glle, ou de sœur, ou d'amie, était profon- 
dément triste. 

Mais la tristeïsef chez Thala, ne revêtait jamais ce caractère de mol- 
lesse et d'énervement où se complaisent tant de prétendues natures 
lûnsibles. Bien vite , elle remontait son courage, 

— Ne iuis-^je pas bien heureuse? me diEâit-ellc , quand elle parvenait 
â être seule avec moi. Si j*ai laîj^sé là-bas des êtres et des souvenirs 
qui me sont chers^ j'emporte avec moi mon Dieu et mon mari! • 

Puis elle jetait un coup d'ceil ravi sur la rude existence que aous 
nous étions promis de mener ensemble dans les montagnes des Pyré- 
nées. Tbala avait une santé de fer ; elle était dure i la souffrance , je 
je veux dire â sa propre souffrance ; combien n'était-elle pas tendre , 
au contraire , aux sou^rances d'autrui l L'idée qu'elle ferait du bien 
autour d^elle, à Lourdes, à Saint-Palatin, sur b montagne bleue, par- 
tout où il plairait è la Providence de planter notre tsnte , cette idée 
Penchantait... Et puis, qui n'a éprouvé ce qu'il y a de douceur i penser 
que Ton va les voir enfin^ ces lieux et ces personnages qu'aime celui 
que nous aimons, qui ont été comme le premier cadre de sa vie»^ qu*il 
se plaisait tant i nous raconter^ qa'il se plaira davantage encore â 
Eous montrer! 

Maiii ni les plus ingènteuset réflexions, ni ks paroles les plus sages 
ne furent jamais pour Tbala qu'un commencement et «omipe. une en- 
trée en ïnatiére. Apres avoir pense, apfès avoir prié, après avoir pigr-^ 
U, U M fallait agir. £t il temblail qu« toujours les ocoasioBSk d« 



joindre Texeiople*»! conseil naquissent iMs sas^wr 

11 y eut des malades sur Al Grand Serpeai de Me^, Pu de 
â bord , bien entendu, ni de sœurs hospitalières, wà de inrétre. Je fit 
PEsculape. Thala se constitua infirmière, et ne quitta plut le chevel 
de deux ou trois malheureux fébricitants. C'était chez elle si iiata- 
rei, Pélan de là chtrilé'étail si fort q»e fid^efu'ille (AiHiepeB'MMfflfet 
ces pauvres gens , avec autant de délicate sollicitude et de zèle ar- 
dent qu'elle en avait employé , quelqiles mois auparavant . autour de 
SCS propres enfimts , que cette idée , j'en suis bien sûr , ne Hti 'rât 
même pas. Comme le soldat va au feu, Thala allait partout ^ il y 
avait une souffrance i odmer , fiartout où le baume de' se éeotfe ft- 
rote, versé sur un cœur aigri , avait quelque chance de Papaiser et 
de le tourner vers Dieu. 

Justement, parmi les trois qui tombèrent malades les premiers, il 
s'en trouvait un qui ayait bien plus besoin des soins spirituels de Thala 
que de son assistance matérielle. 

C'était un franc mauvais sujet que ce William Doodle, Irlandais d'o- 
rigine, et partant catholique, — de nom, -^ mais lié en Ainirîqae eà, 
après une jeunesse des pbs orageuses, il s'était ftit itatleiot. Ce mal- 
heureux , au milieu de débordements de toute sorte , avait conserve 
une conscience mais une conscience qui ne lui laissait commet- 
tre aucune des abominations dont son existence était tissue, sans faire 
entendre un cri aigu qui jetait Doodle dans une espèce de rage. Il 
avait tout essayé pour imposer silence i cette importune crieuse*, 
rien n'y avait fait. La conscience de l'Irlandais ressemblait â certains 
scarabées : elle avait la ?ie dure. 

En ce moment, dès qu'il se vit malade , bien que cette maladie 
n'eût d'abord aucun caractère grave , il entrevit qull pourrait bien 
mourir. A cette pensée , il frissonna de la tète aux pieds; une suenr 
froide couvrit son corps. Cette conscience si vivace dont nous parlions 
tout â l'heure semblait s'être concentrée en un seul sentiment : la 
crainte de la mort. 

La première nuit que Thala le veilla , Doodle paraissait dormir. 
Tout-à-coup il s'agite violemment, et pendant qu'il se tord de déses- 
poir, ces mots sortent de sa bouche : • Mourir ! mourir ! L*enfer ! 
l'enfer ! • 

Il dormait en effet. Mais combien un pareil sommeil est peu répa- 
rateur ! Doodle se réveilla brisé. 

Pour le distraire un peu , pour chercher le point précis où cette 
pauvre âme pouvait être attaquée, Thala voulut le (aire parier. Ole 
lui demanda quelques détails sur sa vie antérieure. 

William s'y prêta volontiers. 

— Je suis un misérable, dit-il; ma vie n*a pas été autre chose 
qu'une suite non interrompue de crimes plus odieux les uns que les 
autres .... Mais maintenant, je vais mourir..... mourir sans un prêtre 

pour m'assister Et le diable m'emportera car je suis bien â 

lui. 9 

Cette terreur de la mort, ce désespoir â l'idée de ce qui devait sui- 
vre la mort, à Pidée de cette vie future dont il avait si souvent plai- 
santé alors qu'il était en santé , tout cela ne pouvait qu'aggraver le 
mal de William. Je déclarai bientôt qu'il n'avait pas pour deux jours 
k vivre. 

C'est alors que Thala , comme jadis auprès du vieux Bancok, re- 
cueillit le fruit de sa charité. Au moment où il paraissait le plus vio- 
lent, le désespoir de Doodle tomba : le panvre moribond comprit que 
Ton n'invoque jamais en vain la clémence de Dieu , et que , si une 
simple créature , conune Thala, pouvait être si bonne , que serait-ce 
de Celui qui est la source de toute bonté t h se jeta avéeeeufiasas 
dans les br^s de la divine Miséricorde. Il accepta, ea expietiea^escs 
fautes, la mort et une agonie de quarante- huit heures-pendant lafoeUe 
il souffrit d'effroyables douleurs. U accepta de mourir loin del'Iiiande, 
son pays d'origine qu'il avait toujours ardemment souhaité de sena^ 
tre, loin de sa vieiUe mère qu'il aimait tant, d'être jeté dans les HoU 
et de devenir bientôt la pâture de ces afifreux monstres marins. -U ac- 
cepta de mourir, sacrifice bien plus dur , sans recevoir de la BMÎa 
d'un prêtre la dernière absolution fit il mourut «Bfeisl 



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L'OUVRIER. 



m 



i ^^ i^ ^ tUp i'eUe lui fenna les yevx, Thala » qui Tavait sauvé, avait dans 
une ex|»res8ioa bublime. Mais il me sembla qve je sur- 
i«a fend de ce regard comme une arrièreipensée d*efiroi, il me 
i voir un l^|^r frisson ébranler les membres de Thaï». 
'-"hb pauvre William avut i peine été jeté i la mer que ma pauvre 
iÉiii^) ee eenlast chanceler sur ses jambes, demanda à se coucher. 
- - ^«Dlrevis tout de suite Therrible vérité. Ce mai, auquel William 
'9oo4it^ venait de succomber, et que ma courte science n^avait su ni 
âÊmM» m oembaiftre, oe mal était contagieux. Thala payait la peine de 
iifl^iMe^daoe.lHe payait surtout la rançon de rimexpx'elle venait 



n faut raconter brièvement. de semblables douleurs : autrement le 
««Mtr se brieeraiH de nouveau, et Ton risquerait de perdre, au souve- 
mr seul de Fépreuve, le courage que Dieu nous a donné pour la sup- 
porter.' 

Ge^oowage, si je Teus cette fois, je le dus surtout aui prières de 
VMi]a> i ceUes qu'elle adressa au ciel pour moi, à celles qu'elle m*a«- 
Aressft â moî-»ème. 

lorsqu'elle comprit qu'elle allait mourir, une pensée parut la préoc- 
cifper. 

— Barthélémy, me dit-elle, après m'avoir fait les plus tendres 
adieux , après m'avoir remercié du bonheur que je lui avais donné, 
•— comme si j'avab fait autre chose que de chercher à ne pas être ingrat 
enTere elle , — Barthélémy , Dieu m'appelle : je veux tout ce qu'il 
veut; je vais è Lui. Un seul lien me coûte â rompre ici-bas, c'est celui 
qui m'attache â toi. Mais tu m'as appris à subordonner toutes choses 
â la Tolonté divine ; tu m'as appris qu'unis sur la terre, nous le serons 
à plus forte raison li-haut , si nous sommes fidèles à Dieu. Une chose 
poarrait cependant empoisonner celte dernière heure , que la bonté 
ée Dieu veut bien me rendre si douce ; ce serait la crainte que ma 
mort n'amenât dans ton âme un desordre semblable à celui qui en 
remua toutes les profondeurs , quand nous perdîmes nos enfants. 
Promets-moi qu'il n'en sera rien , et que tu accepteras cette amcrc 
douleur avec résignation, en disant, en pensant que ce que Dieu fait 
est bien fait. » 

Je le promis. 

Puis je vis peu à peu la vie s'éteindre dans ces yeux si beaux et si 

doux Thala n'eut pas d'agonie. Elle sembla s'endormir dans la 

mort. 

Nous eussions vu les anges descendre du ciel et l'emporter dans 
leurs bras comme une sœur, que pas un des plus grossiers matelots 
n'en eftt été étonné , tant il y avait dans toute l'attitude de ce qui , un 
instant auparavant , était Tliala , quelque chose de vivant encore , 
quelque chose de céleste I 

Les anges ne vinrent pas Je passai la nuit en prières auprès 

d'elle, le cœur déchiré, mais soumis 

Le lendemain, dès l'aube du jour, ma chère femme, enveloppée 
do ses vêtements de mariée, fut jetée â la mer. Un instant. Tonde 
amère s'engouiFrant dans ses longs voiles blancs, la soutint â la sur- 
face des flots. Puis , imbibés d'eau, les vêtements eux-mêmes furent 

nn poids de plus ajouté au poids du corps , et le corps dis-^ 

parut. 

Qh ! que le ciel vous épargne, lecteurs inconnus qui me lisez, que 
le ciel TOUS épargne de voir ainsi descendre dans les abîmes de l'O- 
eéaa les restes de ceux que vous avez le plus aimés 1 -Ou plutêt, — 
ear pourquoi s'arrêter â ce détail, si navrant qu'il soit, et ne point 
TQxr toutes choses avec l*œil de la foi? — que le ciel vous accorde, 
pour ce moment suprême des séparations, une pleine résignation ! 

Car, après tout , qu'importe que la terre pèse sur ce cadavre ou 
qu'il soit ballotté par les flots mouvants ! Qu'importe que les vers le 
dévorât ou qu'il devienne la proie des requins ! L'âme ne connaît 
pas ces ministres de la mort. Et le corps lui-même , il ne sera pas 
plus difficile au Tout-Puissant, lorsque sonnera la dernière trompett*', 
d'en aller recueillir les parcelles dispersées au fond des mers lointai- 



nes que dans la poussière des tombeaux. 

Ma résolution était bien prise d'une absolue résignation Mais < 

qu'elle fiit difficile à te'mr ! Que de tentations de révolte pendant les ■ 
quiuze premiers jours qui suivirent cette lerrilile épreuve ! ^ 

D'abord, je ne pus nen faire que de m'abîmcr dans rna doiileiirp 
pleurant à chaudes larmes, puis tombant, pour des bcures, dan^ un 
morne abattement, surtout fuyant les consolations^ sincères mais im- 
portunes, que voulaient m'offrir mes compagnons de traversée, puis 
revenant toujours i la prière , je ne dirai pas le meilleur, mais riim* 
que soulagement d'une âme désolée comme la mienne, d'une via 
brisée. 

c n reste toujours quelque chose à ceux qui ont tout perdu, « me 
disait Thala en mouraat ; — je ne puis exprimer combien cctLc pa- 
role, sans cesse méditée, m'a fait de bien , — ^ et ce quelque cliose cal 
plus grand que les plus riches trésors, même que les Vvm les plus 
précieuses et les affections les plus chères. Ce quelque chose , c'est 
Dieu. • 

En vue de Bayonne, fer juin i84û^ 

Oui, Dieu uie reste , et c'est pourquoi moi qui espérais arriver m 
le cœur joyeux , et ramener triomphant parmi lus tniens cette perk 
que j'étais allé chercher au milieu de rOc4l3n , c'est pourquoi , Lion 
que j'arrive seul et triste, j'arrive résigné. Il n'j a pas d'itnertume 
dans mon âme. 

Je devrais terminer ici ces Mémoires, en les remerciant de la salu- 
taire diversion qu'ils ont apportée è ma douleur. 

Car j'ai dû, pour les écnre, faire un tÏÏQVl dont je ne me cropis 
pas capable. Il ne fallait pas , en effet ^ sous peine de leur retirer 
d'avance tout intérêt , qu'en les ouvrant, le lecteur en soupçonnât la 
triste dénouement. Il ne fallait pas que T historien , pnr cet accent 
navré qui m'eût si bien convenu â moi, pauvre veuf, fît de ce tûciI, 
où l'élément comique a si souvent dominé , un récit bnnoyant. J'cs^ 
père donc que mes lecteurs ne m'accuseront pas d'avoir manqué île 
sensibilité , quand j'ai tâché , en conservant l mes aventures leur 
cachet véritable, d'être fidèle âmes devoirs de narrateur et de rh^k 
contre des angoisses qui, si je ne me fusse raidi contre eliei, m'eus* 
sent entraîné au découragement, peut-être au murmure. 

Je devrais donc m'arrcter ici. 

Dans quelques semaines, ]c compte pourtant ajouter â ces Mtfmoircs 
un appendice. 

Mes lecteurs sont peut-être , comme je le suis moi méme^ curieux 
de savoir comment j'ai retrouvé mon pa^s na1.il ^ et idus d'un pcr^ 
sonnage abandonné depuis le commencement do ce récit. 

Puis , si jamais il m'arrivait quelques nouvelles de mon ancien 
royaume, je les joindrais également â ce manuscrit. Le Père Ulric , 
Jean Duruisseau , l'île aux Lapms ont joud a^ns m^ vie un râle tr^p 
important pour qu'on se résigne Volontiers i les abandonner ainsi 
au plus intéressant de leur histoire. 

( La suite au prochain numéro.) Evù. de Maugëbie. 

LA DAME DE BELLAGIO '. 



J'avais alors dix-huit i vingt ans« et souvent, par pkisir ou pour 
affaires, il me fallait traverser le lac de Côme , eu allant de Lecco iî 
Colico. La route» qui est tracée maintenant sur ses bords, n'e^tistait 
pas alors, et l'on n'avait pas encore organisé le service des baleaui à 
vapeur, qui n'ont, du reste, été maintenus que peu de teinpa- Il M^ 
lait faire la traversée sur un niéchant bateau, qui partait le ^oîr, pour 
n'arriver que le lendemain au grand jour. La société j était fort mêldc : 

• Cette nouvelle est l'œuvre de l'un des plus iSkislrts écrivains de Ttialic cou- 
IcinporaiDB. Nous croyons faire pla'isir à nos leck^urs on [a leur pr(?âf niojil cipriê 
Y avoir fait quelques légères modifications de déUllj, 



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•« 



fOOVRIER. 



V\ 



nombre de marchands, reveiiaiil de la- ville, quelques p^jaans, peu de 
femmes ; rarement y trouTait-oa un satant ou un artiste traversant le 
pays. On eausait peu, et le sileneede lanuitn*était guère troublé que 
par quelque prière pour les trépassés, dite par un vieux matelot, et 
répétée par tous les passagers. 

4Jne nuit, le ciel était limpide et moi, à la clarté de la lune, j'étais 
debout, apipuyé sur le rebord de la barque. 

Je rèyai^, comme on aime à le faire à vingt ans, quand la nuit est 
silencieuse, qu'on est au milieu d*un lac, et qu*on a tant d'espérances 
radieuses. Hélas ! combien, peu ont été remplies! Beaucoup sont en- 
core dans Tavenir ; et tant d'autres ont fui, ne me laissant qu'un amer 
désenchantement. 
^^ Un léger mouvement â mes eôtés me fit me retourner. J*iperçus 
alors près de moi un homme d*un ige mûr, et d'aspect noble ; il re-^ 
gardait et rêvait, lui aussi. 

Entre deux personnes dont Toccupation est semblable,, la conversa- 
tion s'établit rapidement. Il me cantii les recherches des savants, re- 
latives è ce lac; je lui faisais voir l'effet étrange des fours à chaux, 
brillant comme d^es volcans sur le flanc sombre des montagnes. Lui 
me montrait les ruines sur la rive, il me parlait des couvents, de je 
ne sais quelle -reine Théodolinde^ qui. éleva* disait-il, la haute tour de 
Vatenne ; et moi je lui faisaié reinarquér les sillon» qu'une cause in- 
connue traçait sur la surface des eaux. : 

— Voyez, disais-je, /somme l'azur du ciel est pur ! Les étoiles dont 
il est semé ne sont-elles pas comme des Ues de lumière dans l'océan^ 
de l'air ? 

— Oui, disait-il; qui, en les voyant, n'éprouverait pas l'envje de 
s'élever jusqu'à elles , plus haut qu'elles , et de se perdre dans une 
lumière plqs pure et plus iu^mortclle encore?» 

Nous nous tûmes, et nous restâmes, contemplant le ciel, les mon-' 
tagnes, le lac. / . 

Nous étions arrivés près dOlcio , et du sein de l'eau s'élevait noir 
et accusé fortement , le promontoire de Bellagio , qui s'avance dans 
le lac; les passagers causaient entre eux du château de Bellagio et du 
seigneur du lieu. 

— Les gens de cet endroit, disait uû vieillard ; n'ont pas. toujours 
été bons comme le matlre> actuel ; n'est-ce pas. monsieur? 

— Hélas! non, répondit mon voisin. On en raconte d'étranges' 
choses ! Mais Dieu est bon ; il leur aura pardonné sans doute i eux 
aussi. . . 

Ces parles avaient piqué ma curiosité ; je lui demandai d'en dire 
plus long; il. y consentit. 

Nous nous étions assis : les matelots eux-mêmes restaient attentifs, 
et mon voisin, avec cet air grave et doux qui lui allait si bien, nous 
parla ainsi : 

« Si vous étiez passés ici il y a trois siècles , vous n'auriez pas rcr 
connu le cap de Bellagio. Le site n'était pas le même; la main de 
l'homme y paraissait différente. — Une noire forêt de chênes-liéges 
et de pins , dont vous ne voyez que les débris , recouvrait la colline 
d'un manteau sombre, impénétrable ; des broussailles épaisses y crois- 
saient de toutes parts; et l'homme n'aurait pu, ce semble, se frayer 
une route â travers ce fourré inextricable. 

D n'en était rien cependant : au sommet de la colline , on voyait 
une enceinte de murailles. Elles étaient garnies de tours, hérissées de 
eréneaux , percées de meurtrières , qui avaient plus d'nne fois lancé 
la mort. 

Cette enceinte enfermait le beau château bâti par les Stanga et dont 
une partie reste encore. Un peu plus bas, s'élevait un vieux clocher, 
qui dominait une petite église et un petit couvent de capucins. 

Contraste étrange, des idées d'une paix bénite et d'une guerre fu- 
nnonde, de religieux et de soldats, de châtiments et de consolations, 
de canons vomissant la mort et de cloches qui dans la tempête appe- 
laient le matelot égaré. 

Au moment dont je parle, les bruits de U guerre ne troublaient , 
fu le «aime de ees Ueui ; tout y <Uit paisible. | 



U n'^ était pas de même de l'esprit dlaaurt,4a ^ 
£lle n'avait que (rente ans; elle étaif ridie et belle; 
regardasse lisait «n trouble intérieur. Un jour, mvàe, accolée I m 
balcon, d'où la vue s'étendait sur la Trémezzine, encore i ^aM dé- 
serte, et se perdait au loin sur les montagnes fermant la vaUéi i"h- 
telvi, elle regardait tristement le soleil qaî se couchatt derfièsi li 
colline de San Zeno, et qui envoyait un dernier rayon jeter use luesr 
tremblante sur le lac tranquille. 

Qui de nous n'a éprouvé ce charme seerel âû la médttalM i la 
telles heures? ce plaisir intime, du retour sur soi-même « mu soa 
passé, en voyant l'astre du soir tout brillant d'une darié BMBMtief 
Mais ce charme, ce plaisir, Isaure les éprouvait d'une mamère diff^ 
rente. 

Pour elle, le sonvenir était un reipret; et l'avenir était-il méiii 
une espérance? elle n'osait l'affirmer. 

Tant de pensées lui étaient rappelées i l'e&prit par le calme du soir, 
par le chant des paysannes da^is le lointain, par la im d'une ïmqm 
traversant doucement le lac ! Elle recommençait alors sa vie; dk 
revenait à sa^ première jeunease. Elle revoyait le tempe ^ o4, entm 
innocente, et dans une fortune modeste , ella courait UbreEneot f^ 
les campagnes ; elle revoyait la tendresse d'un père, d'une mêrfs, d'uoe 
sœur, et les jours d'un calme uniforme, et les soirées tranquilles, j»i 
une prière rendait meilleur le repos de la nuil. 

Puis, voila qu'arrivait le jour où le jeune maf<]uis Stanga dia^sat 
dans les environs, la rencontrait, l'aimait. VoiU k jour où, etilevée j 
son père, elle épousa le jeune homme ; voilà \e& quelques mome&U de 
bonheur goûtés alors. 

Mais pourquoi tout-à-coup ces regards si sombres ou cc^ pleurs F 

C'est que voilà qu'arrivait le jour où son époux co^itMe ïstï^ndim* 
nait ; voilà qu'il mour^iit peu à près, et la damt^ de Bellagio ne pouvait 
s'empêcher de fréniir en voyant repasser devant elle la vie cniniaelU 
qu'elle avait nlen<fe depuis. 

Hontes et crimes,' rien ne lui avait été inconnu ; et quand «Ue y 
songeait, elle sentait dans son cœur un remords qu'elle eût voulu le 
cacher à elle-même, mais qui lui parlait intérieurei&eQt , ei dout b 
voix se relevait sans Ci^sse. 

Quelquefois elli; se drmandait comment se calmer eUe-mêioe; H 
sa conscience lui disait de prier Dieu et de lui demonder pardon. 

Mais depuis longtemps elle avait oublié la prière. 

Pauvre Isaurc ! clic était fatiguée de son existence actuelle , H mt 
savait pas en sortir. 

Ah ! s'il lui eût ^té donné de recommencer fa vie I 

Tout-à-coup ss rêverie fut troublée; un page entrait âim li tbarulire 
d*Isaure, une torche à la main. 

— Qu'y a-t-il? demanda-t-elle d'un ton d'impaUence. 

— Le chevalier Moroni. 
Isaure tressaillit. 

— Qu'il entre, dit-elle. 

Et dans ses yeux , celui qui l'aurait alors regardée , eut pu lire le 
trouble qui l'assaillait en ce moment. 

Riche, noble et généreux, le chevalier fUgroui habitait depuis 
peu de temps la contrée. Fatigué des guerres et de^ décbirements de 
son pays, il s'était retiré dans ces lieux sauvaps, pour y vivre aa 
paix; mais la vie d'action qu'il avait menée jusqu'alors k dévorait 
encore dans son repos , et on le voyait sans cesse ^ un bâton à la imin, 
gravir les montagnes les plus élevées, pour y chercher un air pl«a 
pur, comme s'il eût étouffe dans la plaine; ou seul dsns une barque, 
affronter les vents contraires quand un orage se déchaînait eut lebe. 

Mais là surtout où l'on était sûr de le rencontrer, c'était là ou il 
y avait une souffrance à guérir, là où il y avait quelque bteu à &ire 

Isaure n'était pas revenue encore de son trouble qtiand le chevaliei 
entra. 

C'était on homme de trenta^inq ans, à l'air noble , i la laïUe haulfc 
et vigoureuse ; ses traits réguliers et intelligeQt s respiraient U boolé, 
et ea calme d'une àme qui s'est rendue maîtresse d'dle-mènie. 

U remit aux mains du page UUton ferré ^ qui était son o^mpap^i 



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V.ÙiiVRlEfLr 



m 



cbafMrjMf, el le feiHre i larget ^ràs, qu'il portait dans la 
Bla^ » al wtix lequel Ûottui «ne lofigue plwme blanche. 
S*ap^ra€liaiit entuite de la dame de Bellagso^il s'avança et lui baisa 



Les ^miers mots qju'ils échangèrent forent froids et pleins de 
kanalilë. U cœur disaure était trop agité; lui était préoccupé. 
Zt fut lui qui fut franc le premier. 

— Oà est Juliette? demanda-l-il. 

* i —. Ses affaires l'occuptnl , la, n^alheurçuse. 

j ^ Quoi! est-elle donc vraiment si malheureuse' % belle et si 
^«oane, elle mériterait bien une fortune meilleure. Pourquoi ne nf a- 

'Mk-vous jamab conté son histçiTe T 

— Oh! c'eit une, 
jHitoire bien courte et 
inea simple. . . . Elle est 
fille de PoAydore Bol- 
done , de Bellano. 

— Boldone! celui 
qui commandait une 
bande de monta- 
gnards, i la tête des- 
quels il combattait Ks 
Espagnols, avec des 
sireeés divers, mai% 
toujours un égal coU* 
rage.... 

— Ouï , c'est lui. 

— Mais parle! 
donc \ Qu*e8t-il deve- 
nu? Je l'ai souvent eu- 
tenciu nommer dans 
notre camp, mais de- 
puis longtemps je ne 
sais ce qu'il a fait 

— ACôme, il com- 
mandait les artilleurs, 
qiiand le marquis du 
Guast vint assiéger la 
rille ; après la prise de 
Côme, il défendit Tor- 
'no, et y vit tomber 
sous ses coups le fils 
du marquis. Quand 
Medeghino arriva dans 
ce pays , Boldone se 
joignit à lui; mais 
voyant qu'au lieu de 
se battre , on ne fai- 
sait que piller et vo- 
ler, il s'en éloigna en- 
tièrement , et Mede- 
I^MHo ayant voulu é- 
pomer k sœur de Po- 
Ijdere» celui-ci ré- 
peadit qu'il ne voulait 

ni alliance ni parenté avec des brigands. Mal lui en prit ; Medeghino 
w% tourna contre lui , dévasta ses terres , brûla sa maison et détrui- 
sit aa (amille. Il ne lui resta que cette pauvre enfant 

fille était errante , un jour ici , un jour là ; je la recueillis. 

Pour Boldone , on le dit mort : ses ennemis croient le contraire , 
et le marquis du Guast a obtenu de Gfiarles-Quint un édit , qui ré- 
compense celui qui livrera Boldoae , vif ou mort , et déclare coupable 
âe lèfe-majesté celui qui le cacherait i 

Tovt cela était vni, et tel que le disait la dame de Bellagio. — H 
Étt TTii iOMi que les gnndf erimiûeb aiment parfois à avoir â Iom» 
I Mri faueeiBt «I I le ^eUfer ^ IDit pour le taire illuiipB 




II partit peu d'instants après l'arrivée de Juliette. ( F. Tpag^ 414 



â eux-mêmes par ce semUaat de charité , soit pour, avoir du moinf 
quelqu'un qui les bénisse , pendant que tous les iriaudisaênt « et qia 
les aime pendant qu'ils sont hais de tous. . :. 

Le récit dé la dame de Bellagio avait rendu tout pensif le chevalier; 
il ne répondit que par des paroles vagues , sans suite « et comme «*U 
hésitait â révéler une pensée secrète. 

Isauçe crut qu'il songeait à elle , et voulut l'enhardir. . 

— U me, semble, dil-elle , que depuis quelque temps voua me 
cachez un secret. Pourquoi ne pas vous confier i moit ne suiaje pas 
capable d'éprouver les mêmes sentiments que vouât 

Elle éiait si aveuglée par l'envie qu'elle en avait , qu'elle cirbyait 
voir le chevalier tombera ses pieds e/ V^ dire qull voulait l'époiiser. 

L'errciir. ne tu t pas 
longue. 

— Oui, dit-K aj^rét 
un instant de sH^nce; 
oui , je vous le ré vê- 
lerai, madame.,. C'est 
une pensée que depuis 
longtemps j'ai dans le 
cœur... J'aime...' 

— Et qui donct 
heureuse celle que 
vous avez distinguée. 

*— L'enfant que vous 
pioféget; et si vous y 
consentez je la pren- 
drai pour femme^ 

La foudre serai g 
tombée â ses côtés . 
qu'Isaure eOt été 
moins frappée. L'a- 
mour, l'orgueil, la 
rage, l'assaillirent 
tout-à-coup. Elle eût 
blasphémé , si le cal- 
mé du chevalier ne 
lui en eût imposé. 

Elle se leva , par- 
courut là chambre 
d'un pas rapide , puis 
s'arrêta toyt-à-coup en 
Aice de lui. 

Le chevalier n'avail 
^s bougé. * 

— Seigneur , loi 
dit-elle , j'aurais cru 
^û'iH gentilhomme 
tomme vous placerait 
aiieux ses aflectidna. 
Une misérable , fiUe 
d'un proscrit, san» 
nom , sans fortune, 

— Madame, je ml» 
quièt^iî du BoiD » on 

de la fortune'; je ne vois que ses vertus. 

Ces paroles pénétrèrent jusqu'au fond du cœur dlsaure , qui eavail 
bien n'avoir rien de ces qualités. Furieuse , elle s'écria... 

— Des vertus l des vertus 1 Eh l bien, venes vous en éclaireir 
vous-même. 

Et fiiisant signe à Moroni, elle le mena sur une terrasse qui doanail 
sur le lac. 

La kne , comme aujourd'hui , jetait une clarté tranquille sur \m 
eaux , et laissait distinguer les barques qui naviguaient. 

laaure en montra une du doigt. 

On fO/tU dâM la bar^e, ue kmt Manche, qui ae poitTiit éMi 



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4ii 



fOTJVRlËïl. 



un rameur ou un péclieur. 

QuâmDâ barque se Tut rapprochée onj distingua irae femme; celle- 
ci t qtianil la nacelle eut abordé moDla yen le château , suivie d'un 
tiéux. serviteur. 

Le cheYalier reconaut luliette. 

— Eh ! bien, i*écria Uaure , elle vient de toir celui qu'elle aime. 
VoUÂ sea vertus L votre espérance; la voilà. 

Si figure res^^iraît le triomphe eu disant ces mots; Moroni était 
Irmihlé. 

Juliette entra, 

Elle était belle comme un ange , et ûe paraissait pas moins tortueuse. 

Elle courut ae jeter dam les bras de sa protectrice. Celle-ci , de 
longue date habituée au meufonget lui rendit ses embrassements 
plus tendrement que jamais* 

— Sois la bien-venue , chère enfant , lui dfiHlIê. 

luUetta ne devina rien; mais regardant ensuite le dwvidier, elle s'a- 
perçut de son trouble et ne lui trouva plus s a nw t iceoutumé. Elle sa- 
vait qu'il Taîmait, et n*était pas elle-même ffffiftéie indifiérente à ses 
vertus. Elle ne savait maintenant comment s>xplif«er «sn attitude. 

11 parti! peu d'instants aprèa Tar rivée de Miellé; «t jeta sur elle 
an sortant un rc^gard qu'elle ne comprit pas^ mais ^ elle lut un re- 
proche inexpliqué. 

! saura ne lui donna aucun éclaircissemenl. 

( La mite a» prochain numéro. ] CCSUM* CATftO* 

Traduii librcmtMit p«r GwsspfE GA-auBLi. 
^ ^ - - - .. -^ — - . . ^ ... 

PETITS INCIDENTS D CN VOYAliS 

D£ COURT COURS. 



1- 
A bofd. — La poUteese. 

Li seéne se passe à bord d'un paquebot à vapeur, fraîchement ar- 
rivé dans le port de Marseille. Presque toua les passagers sont mon les 
sur la pont et regardent du c6té de la terre. Les derniers , grimpant 
par les escaliers des ca binée , allongent un cou si^rmonté d*Qne tête 
qui porte les traces visibles d''une indisposition fécente. Les bagages 
Eont péchie, par les matelots, dans Teutrepont, hissés sur le tîDac et 
empil4a en il es ordre ^ avec une délicatesse, un smn et des précautions 
capables d'enfoncer les côtes d'un canon paixhans. Chaque voyageur 
s'occupe selon ses goûts , et comme les goûts de chaque voyageur ne 
sont pas tous les mêmes , il s'en suit un superbe péle-môle d'actes 
disparates et da réflexions pol^^glottes digne d'une succursale de la 
tour de Babel. 

Un gros monsieur qui revient de Gêiias avec ta femoM, un grand 
garçon de douze ans et un poupon porte par sa nourrice. 

tJne vieille dame , qui a dû passer Thiver et la semaine-sainte i 
ftome, avec sa femme de chambre. 

Un soua-lieuteDâUt du corps expéditionnaire dltalie, avec un chien 
des Akimei, fumant (l'officier) un cigare. 

Beui scsurs de charité, qui reteument de Gonstantinople. 

Un gentleman anglais, voyageant seul, par exception, et assis sur une 
malle de cuir, revêtu d'une chemise de toile , absolument comme un 
chrétien. 

Puis un tas de gens da toutes nations, de toutes professions, de 
toutes conditions, de toutes religion s, de toutes opinions : tel est, en 
ibréfé, le tableau qu'offrait le tillac du navire. 

Le gros MONStiCR. — Dis donc, Aspasie , c'est^il çâ Notre-Dame 
le la Garde t 

La femme, — Mais non , mon ami , c'est le ehlteau d'If. — Faites 
doue attention , Fane hette, tous faites toujours crier Tenfant. 

— Dam, madame, c^est qu'il veut faire quelque chose, ce chef 



Le gros monsieur.' — Ce n'est pas une raison pour le poiciifT 
comme çà par-dessus le bord , pour le laisser tomber dans le fnà 
de la mer. Un enfant, çl peut faire sa petite affaire partout. 

Le sous-lieutenant. — Mademoiselle, si c*était un effet de votre 
bonté de porter ^otre poupon un peu plus loin que sur ma boite i 
épaulettes. 

La maman. — n y a des gens bien mal endurants dans le monde^ 
Gomme si çà tachait, à cet âge ' f 

Un mousse, pieds nus et tenant i la main un (aisceau de BceUes i ^ 
moitié pourries, en guise de balai. — Pardon, messieurs « mes*: 
dames. 

L'Anglais* — Faites attention, 8*il vô plaH, monsieur le mousse, qu^ 
TÔ éclaboussez mon figure. 
Le mousse. — G^est rien, milord, c'est pour la propreté. 
L'Anglais. — Il est drôle votre propreté , mon ami ^ que ift me 

couvrez avec le chose de moasîenr k haby. 

La permission de débarquer est arrivée : un essaim de portefaix 
s'élance sur les bagages et les roule dans des barques, pour les trans- 
porter â la douane. Les veyagemrs se précipitent comme une avalanche 
et s'entassent dans d'autres barques « "et cette petite escadrille glisse 
sur Teau croupissante et infecte, au milieu de débris de toutes sortes, 
d*écorces d*oranges, de papiers, de pailles, de feuilles dé laitaee, de 
bouts de cigares, de fenilleloBS du Siècle, de premiers Paris de 1*0- 
pimon NaHonak, et de tovtes «ortes de malpropretés qui semblent 
pousser sur Tonde fétide du port «de Marseille. 

L'Anglais, suivant la couenne ée ses compatriotes a choisi la meil- 
leure place, Tofficier a pris la première venue , le gros monsieur et 
sa famille , oétles qui les a pu i*émifr, et les sœurs de charité celles 
dont personne n'a veiAu. 
Le garçon du gros M^Ksibor. — l^pa, j*ai encore mal au cœur 
La maman. — Ne va pas Caire ie sottises, Auguste ; tiens , mon bi- 
jou, prends une prise de tabac de camphre. . 
Auguste. — Çâ me fait encore plus mal. 

Le papa. — Couche-toi sur le ventre, sien garçon. Çâ va te passa* 
tout de suite. Ferme les yeux..., sorre les poings..., retiens tHi ha- 
leine..., ne fais pas attention au roulis :du navire Diable d'enCinlb 

avec son renard ! il m'a envoyé tout çâeur mes bottes. 

l'OFFiCiER. — S*il avait tout envoyé «ur vos bottes, il n'aurait p.1 
inondé ma botte à épaulettea. 

L'Anglais. •— Et mon valise ! Oh ! le unse , il a un marmelade de 
poires dessus. 

FANGHETTE.^-^Çâ ne teva rien, «Hmsiettr^ je vas l'essuyer avec 
mon mouchoir ^e poche. 

L'Anglais. — Dans mon patrie on ne "voit pas de choses conome 
cela. 
Ls PAPA. —Ah ! je croyais que dans voliM|>ays les gens avaient le 

mal de mer et les petits enbitts ttisaient 4|tt8lquefois leur 

La maman. — Allons, 4ais-^toi donc, monsieur Michaud, tu Remportes 
toujours comme une soupe au lait. 

M. Michaud. — Je ne m'emperte pas, nudame Midiaud, mais je 
défends l'honneur de mon pays. 

L*Anglais. — Vous avez beau dire, monsieur, on le voit bien; les 
pays catholiques sont beaucoup inférieurs aux paya protestants pour le 
civilisation. 
L'OFnciER. — Ah bah ! vous trouvez? 

L'Anglais. — Oui, Monsieur, sans offenser vô, le cathoUctona 
est le ennemi du progrès de la lumière. 

L'OFFicnn. — Nous avons déjà causé de cda i bord , Honsieiu', 
et soit dit sans vous offenser, vous ne feriez pas mal, vous antres 
anglais protestants , d'étudier la politesse à l'école des français catho- 
liques. 

L'Anglais. — Le politesse î Pas comprendre du tout , mol. Qn'est* 
ce çâ , le politesse? 

Mme Michaud. — Je crois que c'est de ne pas vider les. phUi 
table quand il y a d'autres personnes i serrir. 
L'A>i^>UlS. — Moi , je ai une grande 



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^OUVRIER. 



41» 



^- M, MitMâUD. ^ G'eat de respecter les dames. 

L'ANCiJUS. — Oh 1 en Angleterre , noua reipecte beaucoup les 
là mes; iprès dîner, nous îes renvoyer toujours, toujours, pour 
dire tout seuls et couler tout doucement sous te lable , tout seuls , 
près avoir bu dupNcr, du brandy et ùnpunch^ beaucoup, tout seuls. 
L^OFFlCïEn. — Un ne les respecte coniuîe cela dans aucun pays 
cMbolique; mais, m revanche^ dans tous les pays catbolii^ues , on 
tdclte de ne se rendre désagréable en voyage^ ou ailleurs, â personne ^ 
même à ceux qu'on ne connaîl pas ; et Ton appelle cela de k po- 
litesse. 

Uu cboc et une «eeonsse asseï rude annonça aux passagers qu'ils 
avaient louché terre. Tout le monde se précipite vers la salle de la 
douane pour avoir le plaisir de voir m€ltrû tous ses effets sens dessus 
dessous par les agents du fise. 

IL 
£e donane. — Le oler^ê* 

En attendant que les mall&s soient déposées dans le eompartunenl 
où doit se faire la visite de leur contenu , les passagers , qui n*ont 
rien de mieux à faire , causent dans le salon d*attente. 

Dehors f un gros eu ré , qui paraît arriver de la campagne , regarde 
de tous ses yeux dans rinlérieur, cherchant quelqu'un. 

Le jeonb MtCHAUD. — Maman , pourquoi donc qu^il a le bout du 
nez aplati et tout hlanc, ce curé? 

H^B MicuAUD, — Tu vois bien que c^est qu'il l'appuie contre la 
vitre , petit nigaud. 

H. Mk:haijd. — C'est égal, c'est heureux que le Monsieur Anglais 
n'ait pas attaqua rofiîcier sur le clergé et eur la religion. Je suis bien 
aise qu'on lui ait dit son fait pour la politesse ; mais c'est étonnant 
qu'il ne nous ait pas reproché d^avoir une religion d'argent. Les pro- 
testants sont bien heureux pour çâ , n'est-ce pas ^ ma biche ? 
, Mn* MiCHAUD. *- Çâ fierait drdie, tout de même , de faire dis- 
puter le curé avec l'Anglais. — Bihi, va donc demanderi sans avoir 
l'air de rietp I ee curé qui il cherche dans la salle. Çà vaudra mieux 
que de se frotter a perpétuité le nei sur la vitre. 

AtJGUSTB f criant. — Monsieur le curé ! Monsieur le curé I mam^n 
iiL*a dit de f ous demander comme çà sans avoir l'air de rien qui c'est 
que TOUS cherchez dans la salle » que çâ vaudra mieux que 

Miô* MiCHAun t s'élançaut vers son héritier. — Gugusse î veux-tu 
bien te taire , petite bête. 

Le curé. — N'j a-t^l pas une sœur de charité dans k salle, mon 
petit ami? 

Une sœur. — Sœur Louise, je crois que c'ett votre oncle, te 
curé de Martigues. 

Les sœurs ^ qui Jtaient assises du côté de la fenêtre se lèvent , et 
«'avancent vers le curé. Grands saints i négocia lion près d'un eni^ 
plojé pour introduire le curé ; entrée triomphale de ce dernier , qui 
Tient s'asseoir auprès de sa nièce. 

M. MiCHAUD. — Dites donc , mon lieutenant , sont-ils gras » nos 
curés ? 

L'oFFiciEn. — Eh ! Monsieur, j'en connais de gras et de maigres. 

M. HiCHAUD. — C'est égal^ ils peuvent prendre de Tembonpoint, 
avec leurs honoraires et leur casuel. 

L*OFFICtËR. — Je ne connais pas le traitement des curés. Je pense 
que ce doit être comme un capitaine. 

Mme MiCRAUD. -^ Combien u-t-il , un capitaine? 

L'OFFIGIEH, — Environ B.OOO francs ; et ce n*est pas lourd* 

M™« MicuAUD. — Ud curé doit avoir plus que ci, surtout quand 
il a des pauvres à nourrir. 

H» MiCHAOD. — Ils ont joliment bien fait de supprimer le clergé 
en Angleterre* Çâ doit être une fameuse économie. Si nous n'avions 
pas tant de prêtres et de religieux fainéants, nous n'aurions pas tant 
de pauvres en France. 

L'omctER. — Mais je ne croîa pas du tout qu*on ait supprimé le 
clergé 1^ Angleterre, 



M<» UiciiAUD. — Je vais demander I rAnglaîs. le sufToqtw de cu< 

riosilé. Mîlord I mîlord ! 

M. MiCEiAUD. — Ûh l les femmes ! les femmes l 

Le chien de ToSicier, qui s' eu tend appeler par son nom, ai fi~ 
veille en sursaut , retourne la tète et se rendort pour continuer uu 
rêve superbe. L'Anglais se dirige vers M™* Mîchaud : Vô me paHex , 
madame ? 

M"» MICHAU0. — Pardon , Monsieur , mon mari désirait taroîr li 
vous aviez uu clergé en Angleterre. 

L'Akguus. — Une clergé, qu'est-ce que c'est que çà, une clergé? 

M. MicuAUD. ^ — Des prêtres, parbleu l 

VAHGLAUè. -^ Des prêtres 1 oh ! non ; nÔ avoni pas de prêtres dans 
le Angleterre ; nô avons des ministres. 

Min« MiCEiAUD. — Cela doit faire une fameuse économie. 

L'Anglais. ~ Une économie! Pour qui nousprenei-vô? Le Angle- 
terre n'est pas une mendiante comme les pays catholiques , qui ne 
peuvent pas payer leurs prêtres. En Angleterre , û6 éceaomisons pas 
avec les cltrgi^en, 

L'oPFlClEK, — Ah ! diable. 

L'Akglaib. — Oh ! y es , le Angleterre depouU le reformata on « le 
glorieuse ré formation , n^'a plus de prêtres, monsieur, ni de moines 
mendiants^ monsieur; mais des miniaires, des clergymeji, des hommes 
respectables, monsieur, de grande honorabilité, et ce que v4 appeler 
le clergé est très-riche et possède à peu près le tiers de la fortune de 
toute le Angleterre. 

M. MiCiiAUD. — Ah 1 diable. 

L'Anglais. — Oh ! oui , monsieur , |'aî un frère qui est ficaire 
dans un petite paroise de deux cents habitants auprès deSoulhampLon, 
et son bénéfice lui rapporte quatre mille livres. 

Mi'ia UiCHAUD. — Ah [ diable , quatre mille francs l c'est encore 
joli pour un vicaire < 

L'ANGUls, — Quatre mille francs! goddem, quatre mille livres, 
v6 dis -je. Nd prenez- vd pour des pauvres? 

L'officier. — La livre anglaise vaut vingt-cinq francs; cela fait 
juste cent mille francs de rente, c'est eocore ]oli pour un vîciire. 
C'est le double du traitement d'un archevêque ^ 

L'Anglais. — Un évêque , dans mou patrie , il est plus riche que 
Vôtre pape. Et il a de quoi vêtir sa femme et nourrir ses petits. Oh * 
le bénédiction de le Être-Suprême , il est tombé du firmament sur le 
Angleterre depuis le réformation glorieuse, etleder^é, comme vd dites, 
est plein de respectabilité. 

L'officier. — Je le crois bien 1 quand je sungequ'a Borne d'où je 
viens , uu cardinal n'a que vingt mille franca de traitement et qu il t 
le rang de prince du sang, même en France. 

L'Anglais. — Vingt mille livres? ce n'est pas trop. 

L'oFFiGiEn. " Vingt miUe francs ! vous dis^je, cela ne fait pas mille 
livres sterling. 

L'Anglais. — Pauvres gens i oh î avec le réformation ils auraient 
aussi les bénédictions de l'Être-Suprêma. 

M™!^ MiciiAUD* — Tiens, parlons plus bas, voilâ le gros curé 
qui jase de la même chose que nous avec la seeur. 

La sœtJR, — Mais comment faites^vousdonc, mon oncle, avec vos 
neuf cents francs de traitement pour secourir vos pauvres? 

Le ctJKE. — Ah 1 mon enfant, que veut-tu ? on fait comme on 
peut ; il y a quelques bonnes âmes qui nous confient leur^ aumênea 
et puis le casuel. 

La sœur. — Est-ce qu'il est fort , votre casuel , mon onde ? 

Mii>« Mighaud» riant. — Ahl ahi le casuel?.*. 

Le ciriiÉ. — Mais oui, mon enfant, asset fort, cela double à peu 
près nos revenus, et çâ nous permet de faire un peu de bien. Quand 
je dis ; nouSf je veujL dire moi, et les curés qui ont une paroisse im^ 
portante, car dans les campagnes le casuel est tout-â-fait nui; il n']f 
a pas , dans la plupart des paroisses que je connais , dix francs de 
casuel par année* 

La sceur. — Alors , les ministres protestants en France sont plus 
riches que vous ? iîs peuvent faire plus d*auni{fnes. 



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roorRiBB. 



Lb cuut . — Au âmd ». lioD , tton enfant . ils ont . vn traitement â 
peu près double do nôtres e'est vrai ; mais comme ils. ont femme et 
enfimts â entretenir » somme toute , ceux d'entre em qm;sont aumd- 
nieus , et il y en a , ne pourraient pas donner grand'cbose de leurs ' bé- 
néfices, 8*iU nVaient les fonds de la société biblifjao i leur dispo- 
sition. 

L'Anglais. — La société biblique! admirable institution l pleine 
de reepectabilité. 

L*OFnciSR» -— Elle est riche la société biblique 1 

L*Ali(HLAl&. — Oh! yes, très-respeetable. Plus de donié millions 
de retenus. Le bénédiction de rÊlre-Supréme sont sur le An(;leterre. 

La ewft. — Vous êtesl>ien heut'eux , tous, mou oncle, de pouvoir 
tout donner et de n*a?our que. votre paroisse pour épouse, 

L^ cuni. -r- Et que les pauTres pour enfants. 

fin ce moment les interlocuteurs durent se séparer pour assister 
i la tisite de leurs bagages respectifs et, nous devons le dire, cela 
n'avait pas l*air de leur faire un immense plaisir. 

Quand on a passé comme madame Michaud cinq heures â faire tenir 
dans une seule malle ce qu'une créature humaine vulgaire ne mettrait 
pas en* deux, ce n'est pas amusant du tout de voir ce chef-d'œuvre 
d'architecture de ménage bousculé, éparpillé; fouillé par les mains 
profanes des douaniers , gens incapables de sentir les beautés inté- 
rieures d^un coffre où il n*y a pas plus de vide que dans là coque 
d'un œuf flrais, et puis, voyez-vous , il y a dès choses que.... non ; 
franchement , les elysopompes , les faux cheveux et tant d'autres 
objets de première nécessité, ne devraient pas être ainsi exposés aux 
regards du public, Il y a des mystères â respecter dans l'intérieur 
des valises comme dans celui des familles , et les faussés dents de 
madame ne regardent pat plus les agents du Ose que la perruque de 
monsieur. 

Mortels infortunés ! vous qui , comme moi , avez eu le désagrément 
de passer et de repasser la frontière^ vous souvient-il. encore de 
cette fonnalité lamentable qu'il vous y a fallu subir? Ah ! puissent 
nos yeux voir poindre,' enfin, l'aurore du jour heureux auquel un 
pauvre voyageur ne sera plus exposé à se voir fouiller en remettant 
le pied sur le sol de }a patrie. 

( La suite an prochain numéro. ) Jean LoVsèau. 



ÉPHÉHÉRiDES. 



{ 



l«r MAI t572. — Mort de saint Pie V. 
Cefrand Pape qui appartenait à l'ordre dés Frères Prêcheurs, il- 
lustré déjà par tant de grands hommes et de grands saints, poussa, 
jusqu'à l'extrême rhumililé, la charité et le zèle apostolique. Ses ta- 
lents égalaient ses vertus. Ce fut lui , quand les Turcs menaçaicr t 
d'envahir toute l'Europe , qui réunit }es Espagnols et les Vénitiens 
contre l'ennemi commun, et amena, par ses efforts , la glorieuse ba- 
taille de Lépante, où les flottes turques, regardées comme invin- 
cibles, furent détruites, et où l'Europe fut sauvée de la conquête mu- 
sulmane. 

2 MAI 14Î22. -r Prise de Meaux par les Anglais, 
Le roi d'Anglclerre, Henri V, allié au duc de Bourgogne, s'empara 
dr} la ville de Meaux, qtii défendait la cause de la nationalité française. 
Ln ville ne se rendit qu'après un long siège , héroïquement soutenu. 
Le gouverneur et les principaux chefe furent mis à mort , les autres 
furent envoyés à Paris, qui était alors au pouvoir des Anglais. 

. S MAI 1813. — Bataille de Lutzen, 
Après U campagne de Russie , l'Empereur marchait sur Leipzig , 
quand sa droite fut attaquée par les Russes et par les Prussiens de 
DUiclii^r. Les conscrits qu'il avait alors avec lui se battirent en hé- 
ros , M Tenncmi n'avait pu les entamer, quand l'arrivée du prince 
Eugène et de Macdonald avec dea renforts décida pour nous la vic- 
toire. Le soir, r&mjpereur, maître du champ de bataille et des rives \ 



de l'Elbe , disait au maréchal Duroc : « Je suis de noimau avt ii^ is 
rEnrope. • # 

,3 MAI 1319. -^ Arrêté du roi Pkilippé-h'Beî , ordonnant au pr^ 
vdt des marchands de Paris de &ire construire un quai le long de la 
Seine, devant l'hôtel de Nesle. Ce quai , le premier constmt dajis ta 
ville , s'appela alors quai de Nesle; puis quel Guéné^aud , après la 
destruction de l'hétel de Nesle. C'est maintenant le quai de Conli. 

. GlUSETPË Car MELE. 

AVIS IMPORTANT. 



Avec le mois de mai commence la deuxième an n^ de L^OUVBIER. 

C'est l'époque du renouvellement de presque tous nos abonnée. 

Le nombre de ces derniers étant très-considérable , nous inTitons 
vivement tous nos lecteurs â nous adresser de suite te montant de 
leur abonnement. On nous évitera ainsi un encombrement préjddi-» 
ciable â la régularité du service , et nous considérerons cet empreii* 
sèment,. dont nous les remercions d'avance , comme un témoiçi^ga 
de la sympathie dont on nous a donné tant de preu^ev. 

Ceux qui désirent mettre en volume les numéros de la première 
année pourront nous denMinder la couverture , le titre , le faux titre 
et la table des matières. Cetié livraison supp^émentaîrê leur sert 
adressée moyennant l'envoi d'un timbre-poste de ^ centimei. 

Les numéros sont réimprimés dès qu'ils s'épuisent. Nous sommes 
en conséquence toujours en mesure de satiafaire aux demanda de 
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sire une série entière , soit qu'on déaire des numéros boléa. Le prix 
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La première année réunie en un beau volume aéra expédiée firamc4 
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six abonnements , i servir même à six adrofises difrérentes , anr 
droit à un septième abonnement gratis. 

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nements , i servir même à dix adresses différentes , aura droit k deuj^ 
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fira droit â cinq abonnements gratis. 

On expédiera chaque semaine , pour toute la France , par paquelt 
d'au moins cinquante exemphiires, payés d'avance, par voie de che- 
t in de fer ou messageries, le journal L'OUVRIER j au prix de 5 ceiH 
times et avec 25 p. 7« d^ remise (le quart); le port restant à la 
charge du destinataire; 

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faire remarquer que le mandat sur la poste présente plus de garan- 
ties , l'abonné conservant un reçu entre les mains. 

Le grand développement que nous avons pris d*une paK , et de 
lautre la nécessité de simplifier et de réduire les frais d'administra- 
tion i cause du bon marché tout-â-fait exceptionnel de notre jour- 
nal, nous mettent dans l'impossibilité d'inscrire d'abonnement à cré- 
dit ; toutes nos opérations sont au comptant , et cela , comme ou le 
voit , dans l'intérêt même de L'OUVRIER. 

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vice des abonnenents et qu'à leur expiration , elle cesse l'envoi des 
numéros , si elle n*a point reçu le .moi(itant du renouvellement 

Toutes les lettres doivent être adressées â M'. BLÉRIOT, forant de 
LOUVniER , 55 , quai des Grands- Augustint , à Paria. 



La première année est en vente : 

Prix du volume broché - . . . . . . . 5 f ' 

— — relié ....... 6 

Rendu fra/nco par la poste. 



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Angers , imp. de Laioé frères , rue SainULaod . iL 



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É'OUTItlElt 



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TABLE ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS 



•« ^ . # t «- * • 



AiîiACtT (M. N.) - Le éijoutiw duPauBourg Saînt- 
Martin, p. 8442-50-68. 
■-5£i Portière (ïuifiîuiïourg' dû Temple, p. 483-896^ 

BàNOisT d'AW. -- DëâiÈrtfti' éii Minés de Lallo', ;): 83*. 
BonsAse (Feijbs). — Lettre* à Jacques , fi. 886^8- 
880. ._,..■ ■-,- . ■ - „-......:.•• 

Boifiiïol. lBï#i»W. — L'Horlogère, p. 358^7-376- 

'883-391. 
CAMŒUt (Giusbppe). - Variétés^/». 347-353. 

— La Dame.de Bellagio, />. Ail. 

— Éphémérides,j9. A16. - ,: ., 

— JJistoire.d'un T«Wt«u et d'une Ôantinière, p. 396. 
C«ANTM« (J.)- — >^ ^?^^^ S«isons, /). 97-105. 

— La Persécution, p. 229. 

Chovin. — Paris, p. 110. y - 

DoMAifioM (L.) — J.-J. Perret, p. »7-265, 

— L'Argentier de Charles VII, p. 325-338. 
E... G... — De la Grandeur de PUnivers, p. 28. 
Elbhb (Clément d'). — La Lettre de Commande,^, 82- 

92-98-111. 

JusT (Clément). — Les Compagnons de la Croîx-d'Ai^ 
gent,p. 107-1 15-122-131-139.U7-15A-ie2. 
170-178- 186.19A.20A.212-218-^î6-23/HiA8i 
a51-ï60-£68-S75-282-290-302. 

— Le Rhume d'un Rhinocéros, p. 819-32fc. 
KxuuBtt (Emile). — Deux Moines du XlIP siède, p. SO. 

— Saint Louis, p. 129-1 87-U5. 

— Le Travail païen et le Travail chrétien, p. 278, 

L/. . . (Louis). — Keyless Lock, p. 1 17. 

LABDtTE (A.)» ^ Entretiens sur l'Histoire de France, 
p. 389.A06. 

LàtÀUNE (Jean). — Un An de vie, p. 29-39-M. 

^ Une Pièoade. Cent sous, p. 12A. 

-^ Entrevue àveo le bou in' é nu de- Rcfeegjpîerre, p. 198. 



• f 



Lande» (Jean). — Le Charniert, p^ 308^16- 
Lb Dbbuu-li (l'abbë). — Le Vieillard, p. 5* 

— BerBâni de Palissy, p. 65. - * - 
LbFiiakc; (Candide), — A quoi bon? p. S* 

— Aveux piquants, p. 20- -. . . 

— Corresïk)nda!TO6> p* ^- * * . - 

— Un Coup d'ëpée dans Teau, p. S8* , , 

— Le Progrès, p. J*6- ^ i 

— L'eusses*tu cm? p. 53. ^ l . 

— Un Signalement, p. 61. , , 

— Causerie sur des riens, p. 77. - - 

— Histoire d'une jculotte, p, 85- 

— Voracité, p, 90. 

— Un Coup de balai, p. 100. 

— Lettre du paysan Guyot , p I DO. ^ . 

— Une Manière de voir, p. lÔL 

— Scènes in Urnes , p. 106. 

— Un I nfant terrible, p. 206, , 

— Visite â un Capucin, p. 213. 

Lejbune (Aloys). — Le 1>oïi M. Caïus» p. 162-30L 
Le vieux Mendax et le jeune Benjamin, p* 307. 

— Simple rdcit, p 350. 

Le Prévost (Maurice). — Du Choix d'un état, p. ®}-7t 

— Légendes de l'atelier, p, 7i»^6-188-220-2A7, 

LoYSBAU (Jean). — Les Omgea de la Mère Noîre^ p. li*- 
21-31-36-A7-5A- 6â-78-88-9A-102- 1 19- ISi- 
151-158-182-191-198^207-215. 

— Petits Incidents d'un voyage de court ooura, p.klk. 
Maignen (Louis). — Le Conscrit, p, 1 57-160-1 7A. 
Mainfboy. - Un Voyage à vol d'oiseau, p. 126-1^3- 

167-173. 

Mabc»bib (Kugène de). -* La Nuit de Noël, p, Î88. 
Ce qu'il y a au (opd d'une bouteille, p. 296^ 

— Fi des Coquettes! p. 399. 

— Les Aventures d*un Berger, p; 993-305-318-321. 

a2»333-3A5-353-3ai-S69-377-385-393*401 - 
1*99. 



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4t0 



L OUYRrER 



MAAtfi Angéliqus. — L'idiote, p, 254, 

(Martin (le caporal). — La Tolérance de M, Pemchon, 
I p. 117, 

— Une Nouvelle manièm de calomnier, p. 27L ' " ' 

— L'Histoîré deinà Voisine^ p, 31L 

^ Les Trsnte-huit réponses de M. Perriehon,jD, 366. i 

TU . ^ ïrtu j V ri» ' 1 j fcf ■ ! — ^ ^^^^ ^^^ Vaches, p. 297, 

MoNTALBMBiftT (G** de). — Iravaux agncolesdes Moi- - ^ r • 

nés dans les fôretSj p . 66. 

— Les prai: iers Apôtres de Tlrlande, p. Il A* 
MuLLois. — Barabbas, p^315. 
N-.. G..., -p-«Le Confectionneur, p, 67, 
NicoLET (Amédée). - La Pipe du père Rémy, p.U. Ségub (Ms^ de). - Comment on devient réraliitîofiiiidre, 
PlNBL [Eugène), — Beaux-Arts, p. 7-9-31 -5Jlir73r:lâl- p. lO, 



Pénbl (Eugène), — Jurîsprudenœ méustri^lle, p 
232-256-S63^S73-S88^A-86O-3«»-A0(h ' 

— Le Japon, p. 2^, 

— Lès Badauds de Paris, p. 8)16, 

— Jacquard, p. 289. 



RiANCBY (H. de), —le R, P, Laconlaire, p, 273- 
RoiïFFi (J,), — L'Oiseau de Paris, p. 125, 

Rouvsâu (François), — LesRçmonia d'un Aaaommeur 
p, 339-3A8-357. 



1Ô3-167-175-18S-190 217-281. 

— Chronique industrielle, p. 7-16-40-80, 

— Jeanne Hachette, p. 17^ ., ^ • :, , , 

— Bataille de Bouvines, p. M< •• . - 

— Variétés, p. 56. .» ' . * 

— Marie Stuart,p, 67. • ' ' .. ' 

— Lavoîsîer, p, 81. ' * " "/ • "- 

• • 

— Jenner et la Vaccine, p, 89-1 OA. ' 

— Parmentier, p. 113. ^ ' " 

— Economie rurale (le Guano), p, 161-175, ' 

— Le Jardin d'acdimatation, p, 193. 



SSvifeRB (Jules). — Revue dramatique, p, 38, 

TotîRNBMiRB. - Une Péûitenoe efiîcace, p, 263, 

VEnniER. — La Pëterette,p. 295. 

YBvthLOT (Louis), — Ce que c'est qu'un Curé, p. 8-10^ 
18-26. 

— Gntenberg,p. 33. " -" . .4M. 

— Un Grand Homme, p. 68, *• • 

— Les Cloîtres, p. 106, 

— La Journée d*un Missionnaire, p, î^, 

— Les Histoims de Théodore, p. 3A2-35L 



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~ ^'^rr'.ori.^.T^''"***"'^''*^'^^'^^""'^-^ ; Vrignault (Paul). - Le Dimanche de l'ami Ja 



aû9-333-aAi-ai9. 



p. 77. 



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L'OU-VRIER 



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TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES 



BIOGRAPHIES. 



ARTICLES DIVERS. 

Ceque e*est qu'un Curé, par L. .Vèuillot. — Pages 3- 

10-18-26.' 
Choix d'un état (du), par Maurice Le Prévost. ^-^'P. 60-71 . 
dettes (les), par L. VeuUlot. — P. 106. 
DJsastre des Mines de Lalle» par Benoist d^Azy. — P. 33A. 
Eofarovue avec le bourreau de Robespierre, par J: La- 

gaune. — P. 198. 
Gmnd Hoihiàe (un), par L, Veuilloi. — P. 68. 
Jauroëe d'un Missionnaire (la), par i. VeuUlot. — P. 285. 

iLdgendes de l'atelier, par Maurice Le Prévost. — P. 7A- 
86-188-220-9/47. 
LettresàJaoques,par^>r/u« «oÎMarrf. -H. 356-373-380. 
Bemaixl de Palissy, par Vabbé Le Dreuille. — P. 65. 
Guteoberg, par I. VeuUlot. — P. 33. 
Jacquard, par Eug. Pend. — P. 289. 
Jeanne Hachette, par Eug. Pénel. — P. 17. 
Jenner et la Vaccine, par Eug. Pénel. — P. 8940/** 
Lacordaire (le R. P.), par H. de Riancey. — P. 273. 
Lavûisier, par.fia^. Pénel. — ^ P. 81. 
Marie Stuart, par Eug. Pénel. — P. 57. 
P^rmentiw, par Eug. Pénel. — P. 113. 
Perret (J.-J.)> P^ ^^ Domairon. — P. 257-966. 

CAUSERIES. 

i quoi bon? par Candide Le Franc. — P. 2. 
Lvcux piquants, par Candide Le Franc. — P. 20. 
inibbas, par M. Mullois. — P. 315. 
I qu*il y a au fond d'une bouteille, par Eug. de Mar^ 

gerie. — P. 296. 
ïuserie sur des riens» par Candide Le Franc. — P. 77. 
CoGcunent on devient révolutionnaire, par M^^ de Ségur. 

— P. 10. 
Goap dMpëe dans Peau (un), par Candide Le Franc. — 

P. 98. 
Coup de balai (un), par Candide Le Franc. — P. 160. 



Enfant terrible (un), psiV Candide Le /^rtfWv— P. SOX 

Fi des Coquettes ! par Eug . de M ar gerie, -r- P . S99, * . : 

Histoire d'une Culotte, par Candide Le Franc. — 1^..9-'>. 

Lettredu paysan Guyot, pdivCmdideL Franc. — P . 1 50. 

L'eusses-tu cruf par Candide Le Franc. — P. 53. 

Manière de voir (ano), p^rVandide Le Franc. — P. J8J . 

Monsieur Caïus (le boii)| par Àloys Lejeune. -^ V .^St- 
301, 

Nouvelle manière do calomaier (une), par tje ietipôral 
Martin. -^ P. ?ni. • .• - 

Petits Incidents d'un voyage de oottrt cours, par Jean 
Loyseau. — P. AlA. 

Pipe du père Réray (la), par Am. fficolet. — P. »A. 

Progrès (le) par Candide Le Fra'nc. — P. A6. 

Scènes intimes, par Candide Le Franc . ~ P. 196. 

Signalement (un), pd,v Candide Le Franc. -^ P. 61. 

Simple récit,. par Aloys Lejeune. ^ P» 850. 

Tolérance do M. Perrichon (la), par Le caporai Afor^m. 
— P. 117. 

Trente-huit réponses de M. Perrichon (les), p2^r Le ca- 
poral Martin. -— P. 366. 

Vieux Mendax et le jeune Benjamin (le), par Aloys Le- 
jmne. — P. 307. 

Visite à un Capucin, par Candide Le Franc.— P. 213. . 

Voracité, par Candide Le Franc. — P. 90. 

iHSTOIRE. 

Bataille de Bouvines, par Eug. Pénel. — P. Al. 

Deux Moines du XIIP siècle, par Emile Relier. — P. 50. 

Entretiens sur l'Histoire de France, par A. Labutte. — 

e. 389-ii06. 
Éphémérides, par Giuseppe Carmde. — P. Al 6. 
Mouvement populaire dans les Croisades (le), par Bug. 

Pend. — P. 201.909-233-2A1-2A9. 
Premiers Apôtres de l'Irlande (les), ^ le comte dé Mon- 

^alembert. — P. IIA. 
Saint Louis, par Emile Relier. — P. 199-137-1A5. 
Travaux agricoles des Moines dans les forêts, ^tieeom^ 

de Montalembert. — P. 66, 






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L'OUVRIER 



POÉSIES. 

Confectionneur (le), par jV* C-. — P. 67, . 
Conscrit ;ie}^ par L. Matgnen. P. 157-166-174. 
Dimanche de ramîJacfjt.îes( le), par P. VrignaulL — P. 77. 
Oiseau de Paris (V), par J. RouflL — P. 125. 
Pénitence efficace (une)> par lournemire. — P, 263. 
Persëcutioii (Ia)j pat- Chanteple^ — P. 229. 
P*^terette (la), par Verdier, — P. 295. 
Quatre Saisons {iesjf par Chantepie. — P. 97-105. 

ROMANS, — CONTES KT NOUVELLES. 

An de vîe (un), par J, Lagaune. — P. 29-39-AA. 

Argentier de Charles VU (P), par L. Domairon. 
i\ 3iî5-33â. 

Aventures d*on Bçrger (lesj, par Etig. de Margerie, — 
P, 296-303 3 l3-321-329-337-3i»5 353-361 369- 

iJ77-385-393-i*01-i*09. 

Kjoutier du Faubourg Saint^Martin (le), par M, N. Ar-^ 

nault, ^ l\ 3/*-Aâ-lO-Ô8. 
Channeux (le), par Jean Lander. — P. 308-316. 
Compagnons de k'Croîx-d' Argent (les), par Clément 

JusL— R 107-1 15-122 I3M39-1A7-15A-162-170- 

1781 sa- 19ii-30A-212^S18- 226-23^.2^3-251-260. 

363-275-282-290^303. 
Dame de Bella-^îo (ta), par Giuseppe Carmehy d'après 

Cantù. ^ P. Ail. 

Histoiie de ma Voisine (F), pai^ Le eaporal Martin.— 
P, 311. 

Histoire d'un Tableau et d^une Cantinîére, [jar Giuseppe 
Oartmlê. - P. 396. 

Histoires de lliéodore (les), par L. Veuillot. — P. 8A2- 
35L 

Hortogére (l'), pai* Bathild BounioL — P. 359-367-376- 
b83-391. 

Idiote 4'J par Marie Angélique, — P. S5A. 
Lettré de Commande (la), par Clément d'Elbhe. — P. 82- 
92-98-1 11, 



Nuit de Noôl (la), par Eug. de Margerte. — P, S88l 

Orages de la Mère Noire (les), par Jerni Loyse(m.\^ 
partie.) - P. U-21-31-364f7-5J*-62-78-8^9Ji-10i 
Jl9-13A-151-158-18â-191-198-a)7-âl5, 

Portière du>Faubourg du Temple (la), par M. N.Ar- 
natdt. — P. 223-230-238. 

Ranz des Vaches (le), par Eug, PéneL — P. 297^. 

Remords d'un Assommeur (los^, par Fr. lîouyeaa. — 
P. 339.3A8-357. 

Rhume d'un Rhinocéros (le), par Clément Jusi. — P.^ 
317-32A. 

Vieillard (le), par l'abbé Le DreuUle. — P. 5. 

SCIENCES. — ARTS. - VOYAGES ET INDUSTRIE. 

Beaux-Arts, par Eug. PéneL — P. 7-9-31.5A-75-141- 
153-167-175-182-190-217-281. 

Chronique industrielle, pat Eug : PéneL — P. 7-16-40-80. 
Economie rurale, par Eug, PénèL — P. 161-175. 
Grandeui* de l'Univers (de la), par E. G. — P. 23. 
Japon (le), par Eug. Pénel, — P, 828 
Jardin d'acclimatation (le), par ^ug^ Pend, *— P. 1S3. 
Jurisprudence industrielle, par Eug. fend. — P. VSQf 

232-256.263-272-288-3M -360.3e8-A00. 
Keyless tock, par Louis //.— f*. 117. ' 

Travail païen et le Travail chrëtifflJL(lè), par ÉmiU Kd^ 
/^. — P. 278. 

Voyage à vol d'oiseau (lin), par Atainfrày, •- P. ISÔ* 
1A3-167-173. 

VARIÉ 1 ES- 

Badauds de Paris (les), par Eug. Pend. — 1^. SiJS|s^ 

Correspondance. — P. 22-48. 

Paris, par Chovin. — P, 1 10. 

Pièce de Cent sous (une), par J. Lagaune. — P. llfc. 

Revue dramatique, par Jules Sévère. — P. É8. 

Variétés. — P. 50-l3ft-U3-216-327.328f.35a.A00. 



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Angers, imprimerie de Laine Frères, rue Saint-Laud, 9. 



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